La communauté latine est furieuse ! Par la voix de son porte-parole, Emilius Quintus Julii, elle a fait connaître sa colère contre le président de l’Union européenne, Nicolas Sarkozy : « Il aurait pu déposer une gerbe ou prononcer une allocution, commémorant l’élection à la tête de l’Empire du regretté Caesar Vespanius Augustus, le 1er juillet 69. Mais, il a préféré écouter le lobby chrétien plutôt que de satisfaire au plus élémentaire devoir de mémoire. Stop à la discrimination ! Salve ! »
Récupération !
Quand ils oublient d’être faux-jetons ou curaillons, nos amis de la LCR savent encore parfois être drôles : on peut en avoir la preuve cette semaine avec le titre de Une de Rouge, qui lance un appel en forme de clin d’œil au peuple de gauche de la gauche : « Vous êtes impatients ? Nous aussi ! »
Bolivar reviens !
Tous ceux qui avaient peur qu’Hugo Chavez accepte sportivement sa défaite au référendum constitutionnel de décembre dernier peuvent respirer de nouveau. Une nouvelle loi sur les services de renseignement accroît considérablement leurs compétences, pour mieux contrer, cela va de soi, « les attaques impérialistes ». Cette nouvelle loi oblige chaque citoyen à « aider » lesdits services. Un refus sera puni de quatre ans de prison pour un simple citoyen. Un fonctionnaire écopera en prime de deux ans de plus. Six ans c’est long, surtout si la seule lecture autorisée en cellule est celle du Monde Diplo.
Edwy Plenel, journaliste participatif
Les gens sont méchants. Certains se sont émus de la présence du patron de Médiapart, Edwy Plenel, samedi dernier, à la tribune de la Maison de la Chimie où Ségolène Royal dévoilait sa contribution aux débats du Parti Socialiste. Il y en a qui voient le mal partout, comme nos confrères d’Arrêt sur Images qui ont trouvé judicieux de rappeler qu’en décembre 2007, quand MédiaPart n’était qu’un projet et Ségolène Royal encore la madone dont le PS promettait de faire don au peuple français, celle-ci avait chaleureusement et personnellement encouragé ses militants à soutenir celui-là. Et comme les gens d’ASI sont décidément des fouilleurs de poubelles, des « chiens » comme disait l’autre, ils ont republié sur leur site le texte qui a malencontreusement disparu de celui de la dame. « Au nom du pluralisme des médias, je vous invite à leur donner leur chance en vous abonnant », écrivait-elle. Avant de conclure, sans doute pour les mal-comprenants qui, à ce stade, n’avaient pas encore mis la main à la poche : « Merci de ce geste militant qui s’inscrit dans la logique de la démocratie participative. » A vot’ bon cœur, amis lecteurs-électeurs.
Je vous vois venir. Vous vous trompez. Il faut vraiment avoir l’esprit mal tourné pour voir là un de ces échanges de bons procédés dont les journalistes ordinaires sont coutumiers mais qu’Edwy Plenel, lui, a toujours condamnés avec la dernière énergie. Il s’agit de tout autre chose, que les esprits bas sont bien incapables de comprendre et qui s’appelle tout simplement la liberté de la presse. Si le détenteur de la moustache la plus célèbre (depuis que Jean-François Kahn s’est séparé de la sienne) du paysage médiatique s’est exprimé, de même qu’Ariane Mnouchkine et le président de « Sauvons la Recherche », Bertrand Monthubert, au cours d’un meeting de Ségolène Royal, c’est parce que la liberté de l’information est en péril. Et comme ce déontologue sourcilleux est aussi un défenseur de la transparence, c’est sur son propre site qu’il est interpellé sur son pas de valse avec madame Royal. C’est promis : chaque fois qu’on le sollicitera pour défendre notre liberté à tous, Plenel répondra présent. « Je répondrai positivement à tous les autres têtes d’affiche du PS (et des autres partis), si elles me demandent de venir parler d’indépendance des médias à leurs militants… », explique-t-il à un internaute sceptique. Il serait plaisant que les dirigeants de l’UMP le prennent au mot.
On pourrait, si on était mesquin, chipoter Plenel sur le fait que sa « participation sans soutien » au meeting de Ségolène Royal n’est guère compatible avec la conception du journalisme qu’il a défendue jusque-là (et qui d’ailleurs n’est pas la mienne). Ce serait avouer qu’on n’a rien compris aux subtilités du plénélisme. « Ma position, c’est qu’un journaliste n’a pas à dire son vote. En revanche, il peut faire partager son analyse », déclarait-t-il il y a un an dans une vidéo sobrement intitulée « Edwy Plenel s’engage contre Sarkozy ». Si on comprend bien, il n’est pas sain qu’un journaliste se déclare pour un candidat mais il est excellent et démocratique qu’il s’engage contre – et peu importe qu’en ce cas l’appel à faire barrage à Sarkozy ait pu être entendu par les esprits malintentionnés déjà cités comme un appel à voter Royal. Essayons simplement d’imaginer un confrère d’Edwy évoquant au cours d’un meeting du candidat Sarkozy les dangers que l’élection de Ségolène Royal eût fait courir à la France. Que n’aurait-on entendu[1. Dans le même esprit, cela n’a pas troublé nos grandes consciences que le philosophe Alain Badiou transforme son séminaire à Normale Sup en think tank anti-sarkozyste (pourquoi pas, mais imaginons qu’il ait fait le contraire).] !
Qu’un journaliste ait des convictions et même qu’il les défende, parfait[2. Dans la vraie vie, la profession se distingue plutôt par une effarante absence de convictions.]. Le problème tient au fait que les journalistes font quotidiennement la promotion de leurs opinions comme si elles étaient les seules légitimes, ce qui signifie qu’ils les érigent au rang de vérités révélées. (Il est probable qu’eux-mêmes ne font plus la différence.) Quiconque oserait contester que le pouvoir d’achat est la première préoccupation des Français, que l’homophobie fait rage à l’école ou que le métissage culturel est une belle et grande chose (opinions respectables mais vérités médiatico-sondagières) s’attirerait aisément les foudres d’Edwy Plenel et de quelques autres. Bref, un journaliste a le droit (et peut-être le devoir) de défendre certaines idées ou certaines personnes. Quand il le fait, c’est un idéaliste. Qu’il s’avise d’en préférer d’autres et il ne sera plus qu’un idéologue. Pour la liste des idées et personnes défendables, le mieux est de s’adresser directement à Edwy Plenel.
J’ai un doute
La plupart des journaux européens annoncent que la présidence française de l’Union, qui s’est ouverte officiellement aujourd’hui à minuit (heure de Bruxelles), commence dans un climat de doute. Lech Kaczynski, qui adroitement a troqué ses habits de plombier polonais contre ceux de président, entend ne pas ratifier le traité de Lisbonne « devenu sans objet depuis le non irlandais ». On aurait dû conseiller à Nicolas Sarkozy de ne pas prendre cette présidence qui commence un 1er juillet, fête de saint Thomas l’Apôtre.
Criminels non discriminés
Le 1er juillet, l’Etat de Californie doit en principe mettre fin à la répartition des détenus par race et/ou religion dans ses prisons. Les Noirs étaient jusqu’ici regroupés avec les Noirs, les Latinos avec les Latinos, les membres de la Fraternité Aryenne avec leurs semblables, etc. Une avancée pour l’intégration, selon des blogs comme talkleft, qui n’est pourtant pas sans nourrir quelques inquiétudes : les « porte-paroles » de différents gangs ethniques promettent déjà des émeutes si leurs « droits » communautaires devaient être entamés.
L’homme révolté
La Schwarzwälder Kirschtorte est un appétissant gâteau que nous autres Allemandes consommons entre nous dans des pâtisseries, où l’on veille scrupuleusement à maintenir élevés notre taux de médisance et de diabète. Cela s’appelle un Kaffeeklatsch (littéralement un café-ragots).
– Vous prendrez quoi, Frau Kohl ?
– Quelque chose de léger, je sors de déjeuner…
– Une Schwarzwaldtorte ?
– Oui, volontiers. Et un café, avec sucrettes !
Voilà plus de vingt ans que nous devions nous serrer la ceinture pour plaire à nos maris et nous contenter de minables ersatz pour sucrer nos cafés. Or, il n’y a rien de pire au monde que de devoir accompagner une succulente Schwarzwaldtorte et d’admirables médisances d’un café aspartamé à outrance.
Maintes fois, mes papilles ont éprouvé un dégoût si profond de la saveur métallique de la saccharine que je me suis vue, en songe, en train de pisser sur la tombe de Remsen et Fahlberg[1. Remsen et Fahlberg sont au sucre de synthèse ce que Parmentier fut à la pomme de terre : son inventeur.]. Et puis, pourquoi ne pas le dire, outre-Rhin ce genre d’ersatz nous replonge inéluctablement dans les tréfonds douloureux de la deutsche Vergangenheit : quand j’entends le mot sucrette, je sors mon revolver.
Or, nous voici aujourd’hui libérées, grâce à Elle, le magazine français qui libère les femmes et titre cette semaine : « Arrêtez de maigrir ! », « Le cri de révolte des hommes. » Quand j’ai lu ça hier après-midi, j’ai pensé instinctivement que cela devait être vrai : les mecs préfèrent les grosses autant que les grosses préfèrent les mecs. Enfin, je parle pour moi.
Et puis, comment ce magazine, nec plus ultra de la presse féminine mondiale, pourrait-il se tromper, lui qui depuis sa création en 1945 n’a jamais consacré une seule de ses couvertures au régime ni à la minceur. C’était donc ça ! Les décennies de silence de ces dames de Elle sur le poids des femmes n’étaient pas le pur fait de la courtoisie ni de la solidarité féminine : le coup était préparé depuis plus de cinquante ans.
Mais il faut y regarder à deux fois. « Arrêtez de maigrir, le cri de révolte des hommes » : le titre est plus politique qu’il n’y paraît. La rédaction de Elle s’engage, comme on dit à Marianne et alentours, dans une guerre sans merci contre l’hydre sarkozyste et les vieux démons altoséquanais. Le couteau entre les dents, les amazones de chez Elle arrêteront le combat lorsque Carla Bruni aura atteint le poids de Tante Yvonne et Germaine Coty réunies. En dessous de cent kilos, une première dame de France n’en est pas véritablement une.
Rassérénée par cette lecture, j’ai repris une deuxième part de Schwarzwaldtorte et tancé la serveuse de chez Hafendoerfer : « Donne-moi du sucre, du vrai ! Tu veux que Willy vienne te pousser son cri de révolte ou quoi ? » Défaite, elle m’a apporté un assortiment complet de sucre blanc, roux, candy et de canne[2. Je me dois d’informer mes aimables lecteurs qu’après douze sucres un café devient imbuvable.].
Repue, je suis sortie de la pâtisserie pour me précipiter chez le boucher. Depuis que je suis mariée à Willy, les paradis charcutiers me sont interdits par le zèle végétarien de mon époux. Libérée pour libérée, je me suis plongée à corps perdu dans des montagnes saucissières. La saucisse (nous en comptons plus de mille sortes de Hambourg à Munich) est l’apport allemand le plus précieux à la gastronomie mondiale. Les Italiens ont mondialisé la pizza ; les Chinois, le nem ; les américains, le hamburger. Il n’est que les Français qui n’ont jamais su rien imposer au monde en matière de gastronomie : il n’est pas né celui qui verra les fast-food américains, chinois, italiens ou les vendeurs de hot-dogs à la sauvette remplacés par une chaîne spécialisée dans l’escargot de Bourgogne[3. Au cas où il se trouverait néanmoins un serial entrepreneur bourguignon qui veuille reprendre l’idée à son compte, je la lui revends volontiers contre trois caisses de Pommard.].
Lorsque, hier soir, Willy s’est retrouvé attablé face à deux kilos de saucisses, il a tenté une rébellion.
– C’est quoi cette blague ?
– Comment une blague ? Tu vas me la finir, ta Brotwurst !
– Et d’une, je suis végétarien. Et de deux, tu devrais, ma chère Trudi, penser à ton régime !
– Mon quoi ?… Cet après-midi, tu la jouais Albert Camus, homme révolté et tout le bastringue dans Elle. Et ce soir tu veux me coller au régime. Faudrait savoir !
Bien sûr, Willy n’a rien compris. Il était planté là, devant moi, et me regardait.
– Allez, Willy, dis-moi quelque chose de gentil…
– …tu n’aurais pas perdu du poids ?
Balle mortelle
Alors que la Mannschaft s’effondrait hier soir devant les Espagnols, Arte consacrait une soirée tout entière à un joyeux sujet : « Mourir, la belle affaire ». Les programmateurs d’Arte, qui ont retenu de Paul Celan que la mort est un maître d’Allemagne (« der Tod ist ein Meister aus Deutschland »), le savaient avant tout le monde : hier soir c’était mort pour l’Allemagne.
Mauvais pour l’image ?
Qui y avait-il dans le carré VIP du concert quasi-privé de NTM donné pour quelques privilégiés à l’Olympia lundi dernier ? Jamel, Diam’s, Lord Kossity, Melissa Theuriau, Harry Roselmack, Julie Depardieu, Jean-Charles de Castelbajac, sans oublier Clotilde Courau venue avec son époux, le prince Emmanuel de Savoie. Bref, que du beau monde, comme vous pourrez le constater de visu dans vos hebdos people de la semaine prochaine. Pas la peine, en revanche de rechercher des images d’Olivier Besancenot une coupe de champagne à la main. Il était certes présent, mais a formellement interdit qu’on le prenne en photo… Rappelons que c’est ce week-end que les comités pour un « Nouveau Parti Anticapitaliste » tenaient leur première réunion nationale à la Plaine Saint-Denis.
La déocratie, le mal des mots
Le monde, quoiqu’en disent les niaiseux et les pleurnichards, est bien fait. Les questions fondamentales et existentielles trouvent, fort heureusement, des réponses rapides, certaines et non opposables. Par exemple : « Qu’est-ce que George Clooney a de plus que moi ? » La réponse est « rien ! » Réponse rapide, certaine et non opposable.
L’ennui vient ensuite de ce que l’existentiel, l’important et le fondamental ayant été expédiés au carré de la vitesse de la lumière, nous restons dans la patouille à nous baguenauder avec des questions fort secondaires, dont celle-ci : comment expliquer la fadasserie consensuelle de notre époque ? On se casserait les neurones à trouver par quel bout prendre non seulement la question, mais surtout la réponse. Incolore, inodore et sans saveur cette époque ? Conforme en un mot, cons formés, cons formatés, voila une piste… Incolore, sauf le rose-Barbie des optimistes ou le noir kelvinien des pessimistes. Sans saveur, sauf le tiède-mou-sucré des fast-foodeurs télévisuels qui parlent tous pareil. Sans odeurs ? Certes, oui. Les mots n’ont plus de sens, on ne les sent plus ! Passé au Rexona, le vocabulaire ! Le déodorant du verbe est devenu la première règle grammaticale du newspeak (en français : novlangue).
Le mal remonte à loin, quand ces cuculs de post-soixante huitards américains en ont passé des énormes couches, de déodorant sur la langue. Tous libéraux (en français : de gauche) ils ont inventé les malvoyants (en français : les aveugles), les malentendants (en français : les sourds), les personnes de petite taille (en français : les nains). Les noirs sont devenus des Afro-américains, les indiens des Américains natifs et les blancs des Caucasiens. « Ça vous fait quoi d’être Caucasien, ça vous gratouille ou ça vous chatouille ? », aurait demandé Jules Romains… C’est ainsi qu’est née la déocratie, cette époque maudite des maux pas dits, des mots qui ne sentent rien. Des mots non agressifs, non choquants, pleins de culpabilité, dégoulinant d’amour du prochain, pas un mot plus haut que l’autre, et je ne veux voir qu’une tête, au bas mot.
J’en étais là de mes réflexions lorsque me subjugua une déprime instantanée : ce qui s’applique aux mots, s’applique pareillement aux phrases, aux discours entiers. Syntaxe, priez pour nous ! Faire dire aux mots ce qu’ils ne disent pas, les passer au déodorant, ne pas choquer. Il me souvient, moi qui ai le privilège d’être vieux (pardon, senior !), d’avoir entendu à la radio un préfet de la République, celui de la Sarthe peut-être, dire au mégaphone à un fort-chabroleur bien énervé : « Fais pas de conneries ! ». Que croyez vous qu’il lui arriva ? Fut-il félicité d’avoir empêché un bain de sang ? Que nenni, madame la Marquise, il fut limogé dans l’heure pour avoir « mal parlé » par un ineffable sinistre de l’Intérieur. Le premier à mériter le titre de Superdéo, qui châtia le préfet pour ne pas avoir châtié son langage. Châtié : du latin castigare, punir. La déocratie punit le langage et ceux qui sentent les mots. Parler, écrire c’est comme faire l’amour : il s’agit de faire naître puis croître le plaisir, de s’y abandonner. Avez-vous déjà fait l’amour à une créature douchée et déodorisée de frais ? La chose assurément est frustrante, il faudra vous agiter plus que de coutume pour faire jaillir la sueur dont l’odeur fine (mais si…) déclenchera tous les réflexes indispensables à une heureuse convulsion. Sinon l’affaire se terminera par une banale niquette. Niquette ? De l’arabe, troisième personne du présent de l’indicatif du verbe naïk, faire l’amour, soit i-nik. I-nik, Inique ? Si vous pensez à mal, c’est vous qui l’êtes, inique (qui manque gravement à l’équité, qui est injuste de façon criante, excessive[1. Toutes ces définitions sont à voir sur le site du Centre national des ressources textuelles et lexicales qui, comme moi, mais moins que moi, gagne à être connu.]).
Bon vous n’aimez point que l’on ne nique ni ne fornique, alors bernique. Pop. [Exprime le désappointement] plus rien, plus rien à faire. Vient du vieux français bernicle (rien, non). Même source. En voila un mot qui sent bon, bernique.
Les petits doigts se lèvent, les lèvres se pincent en accent circonflexe ? Tentons alors une autre explication, musicale celle-là, afin de convaincre les beaux esprits par une translation de l’olfactif à l’auditif. La musique, c’est ce truc qui fait du bruit, mais pas n’importe comment : selon des règles de rythme et de mélodie ; et qui produit des émotions… Qu’il s’agisse du Bayerischer Defilier Marsch (demandez à Trudi Kohl, elle vous expliquera, cette bonne Gertrude) ou du trio opus 100 de Schubert, D 929. Et maintenant fermez les yeux et imaginez la musique selon Richard Claydermann ou André Rieu et vous saurez ce qu’est la déolangue de la déocratie.
J’en étais là de mes réflexions, lorsque je suis tombé sur un texte édifiant de David Morley. Il enseigne, que dis-je, il professe à l’université de Warwick dans le Youkey et a commis un ouvrage intitulé Creative Writing. David Morley cite le poète C. D. Wright : « Si tu ne maîtrises pas le langage, il te maîtrisera. » Tout est dit, circulez, y a plus rien à voir, à entendre, à sentir. Eli, Eli, lama sabaktani, tout est consommé comme disait un grand anticonformiste crucifié par les Romains il y a deux mille ans. La messe est dite, la langue et le langage ont été flowerpowerisés, désodorisés. La déocratie a gagné. C’est d’époque ! Le Schein l’a emporté sur le Sein (allo Trudi ?). Et pour les benêts-niais qui n’auraient pas encore compris, David Morley en rajoute une : la précision du langage, dit-il, est une menace pour les autorités dont le pouvoir provient de leur capacité à formuler des illusions. Et pour y parvenir elles sapent et tordent la langue.
L’Europe n’a pas d’odeur
La communauté latine est furieuse ! Par la voix de son porte-parole, Emilius Quintus Julii, elle a fait connaître sa colère contre le président de l’Union européenne, Nicolas Sarkozy : « Il aurait pu déposer une gerbe ou prononcer une allocution, commémorant l’élection à la tête de l’Empire du regretté Caesar Vespanius Augustus, le 1er juillet 69. Mais, il a préféré écouter le lobby chrétien plutôt que de satisfaire au plus élémentaire devoir de mémoire. Stop à la discrimination ! Salve ! »
Récupération !
Quand ils oublient d’être faux-jetons ou curaillons, nos amis de la LCR savent encore parfois être drôles : on peut en avoir la preuve cette semaine avec le titre de Une de Rouge, qui lance un appel en forme de clin d’œil au peuple de gauche de la gauche : « Vous êtes impatients ? Nous aussi ! »
Bolivar reviens !
Tous ceux qui avaient peur qu’Hugo Chavez accepte sportivement sa défaite au référendum constitutionnel de décembre dernier peuvent respirer de nouveau. Une nouvelle loi sur les services de renseignement accroît considérablement leurs compétences, pour mieux contrer, cela va de soi, « les attaques impérialistes ». Cette nouvelle loi oblige chaque citoyen à « aider » lesdits services. Un refus sera puni de quatre ans de prison pour un simple citoyen. Un fonctionnaire écopera en prime de deux ans de plus. Six ans c’est long, surtout si la seule lecture autorisée en cellule est celle du Monde Diplo.
Edwy Plenel, journaliste participatif
Les gens sont méchants. Certains se sont émus de la présence du patron de Médiapart, Edwy Plenel, samedi dernier, à la tribune de la Maison de la Chimie où Ségolène Royal dévoilait sa contribution aux débats du Parti Socialiste. Il y en a qui voient le mal partout, comme nos confrères d’Arrêt sur Images qui ont trouvé judicieux de rappeler qu’en décembre 2007, quand MédiaPart n’était qu’un projet et Ségolène Royal encore la madone dont le PS promettait de faire don au peuple français, celle-ci avait chaleureusement et personnellement encouragé ses militants à soutenir celui-là. Et comme les gens d’ASI sont décidément des fouilleurs de poubelles, des « chiens » comme disait l’autre, ils ont republié sur leur site le texte qui a malencontreusement disparu de celui de la dame. « Au nom du pluralisme des médias, je vous invite à leur donner leur chance en vous abonnant », écrivait-elle. Avant de conclure, sans doute pour les mal-comprenants qui, à ce stade, n’avaient pas encore mis la main à la poche : « Merci de ce geste militant qui s’inscrit dans la logique de la démocratie participative. » A vot’ bon cœur, amis lecteurs-électeurs.
Je vous vois venir. Vous vous trompez. Il faut vraiment avoir l’esprit mal tourné pour voir là un de ces échanges de bons procédés dont les journalistes ordinaires sont coutumiers mais qu’Edwy Plenel, lui, a toujours condamnés avec la dernière énergie. Il s’agit de tout autre chose, que les esprits bas sont bien incapables de comprendre et qui s’appelle tout simplement la liberté de la presse. Si le détenteur de la moustache la plus célèbre (depuis que Jean-François Kahn s’est séparé de la sienne) du paysage médiatique s’est exprimé, de même qu’Ariane Mnouchkine et le président de « Sauvons la Recherche », Bertrand Monthubert, au cours d’un meeting de Ségolène Royal, c’est parce que la liberté de l’information est en péril. Et comme ce déontologue sourcilleux est aussi un défenseur de la transparence, c’est sur son propre site qu’il est interpellé sur son pas de valse avec madame Royal. C’est promis : chaque fois qu’on le sollicitera pour défendre notre liberté à tous, Plenel répondra présent. « Je répondrai positivement à tous les autres têtes d’affiche du PS (et des autres partis), si elles me demandent de venir parler d’indépendance des médias à leurs militants… », explique-t-il à un internaute sceptique. Il serait plaisant que les dirigeants de l’UMP le prennent au mot.
On pourrait, si on était mesquin, chipoter Plenel sur le fait que sa « participation sans soutien » au meeting de Ségolène Royal n’est guère compatible avec la conception du journalisme qu’il a défendue jusque-là (et qui d’ailleurs n’est pas la mienne). Ce serait avouer qu’on n’a rien compris aux subtilités du plénélisme. « Ma position, c’est qu’un journaliste n’a pas à dire son vote. En revanche, il peut faire partager son analyse », déclarait-t-il il y a un an dans une vidéo sobrement intitulée « Edwy Plenel s’engage contre Sarkozy ». Si on comprend bien, il n’est pas sain qu’un journaliste se déclare pour un candidat mais il est excellent et démocratique qu’il s’engage contre – et peu importe qu’en ce cas l’appel à faire barrage à Sarkozy ait pu être entendu par les esprits malintentionnés déjà cités comme un appel à voter Royal. Essayons simplement d’imaginer un confrère d’Edwy évoquant au cours d’un meeting du candidat Sarkozy les dangers que l’élection de Ségolène Royal eût fait courir à la France. Que n’aurait-on entendu[1. Dans le même esprit, cela n’a pas troublé nos grandes consciences que le philosophe Alain Badiou transforme son séminaire à Normale Sup en think tank anti-sarkozyste (pourquoi pas, mais imaginons qu’il ait fait le contraire).] !
Qu’un journaliste ait des convictions et même qu’il les défende, parfait[2. Dans la vraie vie, la profession se distingue plutôt par une effarante absence de convictions.]. Le problème tient au fait que les journalistes font quotidiennement la promotion de leurs opinions comme si elles étaient les seules légitimes, ce qui signifie qu’ils les érigent au rang de vérités révélées. (Il est probable qu’eux-mêmes ne font plus la différence.) Quiconque oserait contester que le pouvoir d’achat est la première préoccupation des Français, que l’homophobie fait rage à l’école ou que le métissage culturel est une belle et grande chose (opinions respectables mais vérités médiatico-sondagières) s’attirerait aisément les foudres d’Edwy Plenel et de quelques autres. Bref, un journaliste a le droit (et peut-être le devoir) de défendre certaines idées ou certaines personnes. Quand il le fait, c’est un idéaliste. Qu’il s’avise d’en préférer d’autres et il ne sera plus qu’un idéologue. Pour la liste des idées et personnes défendables, le mieux est de s’adresser directement à Edwy Plenel.
J’ai un doute
La plupart des journaux européens annoncent que la présidence française de l’Union, qui s’est ouverte officiellement aujourd’hui à minuit (heure de Bruxelles), commence dans un climat de doute. Lech Kaczynski, qui adroitement a troqué ses habits de plombier polonais contre ceux de président, entend ne pas ratifier le traité de Lisbonne « devenu sans objet depuis le non irlandais ». On aurait dû conseiller à Nicolas Sarkozy de ne pas prendre cette présidence qui commence un 1er juillet, fête de saint Thomas l’Apôtre.
Criminels non discriminés
Le 1er juillet, l’Etat de Californie doit en principe mettre fin à la répartition des détenus par race et/ou religion dans ses prisons. Les Noirs étaient jusqu’ici regroupés avec les Noirs, les Latinos avec les Latinos, les membres de la Fraternité Aryenne avec leurs semblables, etc. Une avancée pour l’intégration, selon des blogs comme talkleft, qui n’est pourtant pas sans nourrir quelques inquiétudes : les « porte-paroles » de différents gangs ethniques promettent déjà des émeutes si leurs « droits » communautaires devaient être entamés.
L’homme révolté
La Schwarzwälder Kirschtorte est un appétissant gâteau que nous autres Allemandes consommons entre nous dans des pâtisseries, où l’on veille scrupuleusement à maintenir élevés notre taux de médisance et de diabète. Cela s’appelle un Kaffeeklatsch (littéralement un café-ragots).
– Vous prendrez quoi, Frau Kohl ?
– Quelque chose de léger, je sors de déjeuner…
– Une Schwarzwaldtorte ?
– Oui, volontiers. Et un café, avec sucrettes !
Voilà plus de vingt ans que nous devions nous serrer la ceinture pour plaire à nos maris et nous contenter de minables ersatz pour sucrer nos cafés. Or, il n’y a rien de pire au monde que de devoir accompagner une succulente Schwarzwaldtorte et d’admirables médisances d’un café aspartamé à outrance.
Maintes fois, mes papilles ont éprouvé un dégoût si profond de la saveur métallique de la saccharine que je me suis vue, en songe, en train de pisser sur la tombe de Remsen et Fahlberg[1. Remsen et Fahlberg sont au sucre de synthèse ce que Parmentier fut à la pomme de terre : son inventeur.]. Et puis, pourquoi ne pas le dire, outre-Rhin ce genre d’ersatz nous replonge inéluctablement dans les tréfonds douloureux de la deutsche Vergangenheit : quand j’entends le mot sucrette, je sors mon revolver.
Or, nous voici aujourd’hui libérées, grâce à Elle, le magazine français qui libère les femmes et titre cette semaine : « Arrêtez de maigrir ! », « Le cri de révolte des hommes. » Quand j’ai lu ça hier après-midi, j’ai pensé instinctivement que cela devait être vrai : les mecs préfèrent les grosses autant que les grosses préfèrent les mecs. Enfin, je parle pour moi.
Et puis, comment ce magazine, nec plus ultra de la presse féminine mondiale, pourrait-il se tromper, lui qui depuis sa création en 1945 n’a jamais consacré une seule de ses couvertures au régime ni à la minceur. C’était donc ça ! Les décennies de silence de ces dames de Elle sur le poids des femmes n’étaient pas le pur fait de la courtoisie ni de la solidarité féminine : le coup était préparé depuis plus de cinquante ans.
Mais il faut y regarder à deux fois. « Arrêtez de maigrir, le cri de révolte des hommes » : le titre est plus politique qu’il n’y paraît. La rédaction de Elle s’engage, comme on dit à Marianne et alentours, dans une guerre sans merci contre l’hydre sarkozyste et les vieux démons altoséquanais. Le couteau entre les dents, les amazones de chez Elle arrêteront le combat lorsque Carla Bruni aura atteint le poids de Tante Yvonne et Germaine Coty réunies. En dessous de cent kilos, une première dame de France n’en est pas véritablement une.
Rassérénée par cette lecture, j’ai repris une deuxième part de Schwarzwaldtorte et tancé la serveuse de chez Hafendoerfer : « Donne-moi du sucre, du vrai ! Tu veux que Willy vienne te pousser son cri de révolte ou quoi ? » Défaite, elle m’a apporté un assortiment complet de sucre blanc, roux, candy et de canne[2. Je me dois d’informer mes aimables lecteurs qu’après douze sucres un café devient imbuvable.].
Repue, je suis sortie de la pâtisserie pour me précipiter chez le boucher. Depuis que je suis mariée à Willy, les paradis charcutiers me sont interdits par le zèle végétarien de mon époux. Libérée pour libérée, je me suis plongée à corps perdu dans des montagnes saucissières. La saucisse (nous en comptons plus de mille sortes de Hambourg à Munich) est l’apport allemand le plus précieux à la gastronomie mondiale. Les Italiens ont mondialisé la pizza ; les Chinois, le nem ; les américains, le hamburger. Il n’est que les Français qui n’ont jamais su rien imposer au monde en matière de gastronomie : il n’est pas né celui qui verra les fast-food américains, chinois, italiens ou les vendeurs de hot-dogs à la sauvette remplacés par une chaîne spécialisée dans l’escargot de Bourgogne[3. Au cas où il se trouverait néanmoins un serial entrepreneur bourguignon qui veuille reprendre l’idée à son compte, je la lui revends volontiers contre trois caisses de Pommard.].
Lorsque, hier soir, Willy s’est retrouvé attablé face à deux kilos de saucisses, il a tenté une rébellion.
– C’est quoi cette blague ?
– Comment une blague ? Tu vas me la finir, ta Brotwurst !
– Et d’une, je suis végétarien. Et de deux, tu devrais, ma chère Trudi, penser à ton régime !
– Mon quoi ?… Cet après-midi, tu la jouais Albert Camus, homme révolté et tout le bastringue dans Elle. Et ce soir tu veux me coller au régime. Faudrait savoir !
Bien sûr, Willy n’a rien compris. Il était planté là, devant moi, et me regardait.
– Allez, Willy, dis-moi quelque chose de gentil…
– …tu n’aurais pas perdu du poids ?
Balle mortelle
Alors que la Mannschaft s’effondrait hier soir devant les Espagnols, Arte consacrait une soirée tout entière à un joyeux sujet : « Mourir, la belle affaire ». Les programmateurs d’Arte, qui ont retenu de Paul Celan que la mort est un maître d’Allemagne (« der Tod ist ein Meister aus Deutschland »), le savaient avant tout le monde : hier soir c’était mort pour l’Allemagne.
Mauvais pour l’image ?
Qui y avait-il dans le carré VIP du concert quasi-privé de NTM donné pour quelques privilégiés à l’Olympia lundi dernier ? Jamel, Diam’s, Lord Kossity, Melissa Theuriau, Harry Roselmack, Julie Depardieu, Jean-Charles de Castelbajac, sans oublier Clotilde Courau venue avec son époux, le prince Emmanuel de Savoie. Bref, que du beau monde, comme vous pourrez le constater de visu dans vos hebdos people de la semaine prochaine. Pas la peine, en revanche de rechercher des images d’Olivier Besancenot une coupe de champagne à la main. Il était certes présent, mais a formellement interdit qu’on le prenne en photo… Rappelons que c’est ce week-end que les comités pour un « Nouveau Parti Anticapitaliste » tenaient leur première réunion nationale à la Plaine Saint-Denis.
La déocratie, le mal des mots
Le monde, quoiqu’en disent les niaiseux et les pleurnichards, est bien fait. Les questions fondamentales et existentielles trouvent, fort heureusement, des réponses rapides, certaines et non opposables. Par exemple : « Qu’est-ce que George Clooney a de plus que moi ? » La réponse est « rien ! » Réponse rapide, certaine et non opposable.
L’ennui vient ensuite de ce que l’existentiel, l’important et le fondamental ayant été expédiés au carré de la vitesse de la lumière, nous restons dans la patouille à nous baguenauder avec des questions fort secondaires, dont celle-ci : comment expliquer la fadasserie consensuelle de notre époque ? On se casserait les neurones à trouver par quel bout prendre non seulement la question, mais surtout la réponse. Incolore, inodore et sans saveur cette époque ? Conforme en un mot, cons formés, cons formatés, voila une piste… Incolore, sauf le rose-Barbie des optimistes ou le noir kelvinien des pessimistes. Sans saveur, sauf le tiède-mou-sucré des fast-foodeurs télévisuels qui parlent tous pareil. Sans odeurs ? Certes, oui. Les mots n’ont plus de sens, on ne les sent plus ! Passé au Rexona, le vocabulaire ! Le déodorant du verbe est devenu la première règle grammaticale du newspeak (en français : novlangue).
Le mal remonte à loin, quand ces cuculs de post-soixante huitards américains en ont passé des énormes couches, de déodorant sur la langue. Tous libéraux (en français : de gauche) ils ont inventé les malvoyants (en français : les aveugles), les malentendants (en français : les sourds), les personnes de petite taille (en français : les nains). Les noirs sont devenus des Afro-américains, les indiens des Américains natifs et les blancs des Caucasiens. « Ça vous fait quoi d’être Caucasien, ça vous gratouille ou ça vous chatouille ? », aurait demandé Jules Romains… C’est ainsi qu’est née la déocratie, cette époque maudite des maux pas dits, des mots qui ne sentent rien. Des mots non agressifs, non choquants, pleins de culpabilité, dégoulinant d’amour du prochain, pas un mot plus haut que l’autre, et je ne veux voir qu’une tête, au bas mot.
J’en étais là de mes réflexions lorsque me subjugua une déprime instantanée : ce qui s’applique aux mots, s’applique pareillement aux phrases, aux discours entiers. Syntaxe, priez pour nous ! Faire dire aux mots ce qu’ils ne disent pas, les passer au déodorant, ne pas choquer. Il me souvient, moi qui ai le privilège d’être vieux (pardon, senior !), d’avoir entendu à la radio un préfet de la République, celui de la Sarthe peut-être, dire au mégaphone à un fort-chabroleur bien énervé : « Fais pas de conneries ! ». Que croyez vous qu’il lui arriva ? Fut-il félicité d’avoir empêché un bain de sang ? Que nenni, madame la Marquise, il fut limogé dans l’heure pour avoir « mal parlé » par un ineffable sinistre de l’Intérieur. Le premier à mériter le titre de Superdéo, qui châtia le préfet pour ne pas avoir châtié son langage. Châtié : du latin castigare, punir. La déocratie punit le langage et ceux qui sentent les mots. Parler, écrire c’est comme faire l’amour : il s’agit de faire naître puis croître le plaisir, de s’y abandonner. Avez-vous déjà fait l’amour à une créature douchée et déodorisée de frais ? La chose assurément est frustrante, il faudra vous agiter plus que de coutume pour faire jaillir la sueur dont l’odeur fine (mais si…) déclenchera tous les réflexes indispensables à une heureuse convulsion. Sinon l’affaire se terminera par une banale niquette. Niquette ? De l’arabe, troisième personne du présent de l’indicatif du verbe naïk, faire l’amour, soit i-nik. I-nik, Inique ? Si vous pensez à mal, c’est vous qui l’êtes, inique (qui manque gravement à l’équité, qui est injuste de façon criante, excessive[1. Toutes ces définitions sont à voir sur le site du Centre national des ressources textuelles et lexicales qui, comme moi, mais moins que moi, gagne à être connu.]).
Bon vous n’aimez point que l’on ne nique ni ne fornique, alors bernique. Pop. [Exprime le désappointement] plus rien, plus rien à faire. Vient du vieux français bernicle (rien, non). Même source. En voila un mot qui sent bon, bernique.
Les petits doigts se lèvent, les lèvres se pincent en accent circonflexe ? Tentons alors une autre explication, musicale celle-là, afin de convaincre les beaux esprits par une translation de l’olfactif à l’auditif. La musique, c’est ce truc qui fait du bruit, mais pas n’importe comment : selon des règles de rythme et de mélodie ; et qui produit des émotions… Qu’il s’agisse du Bayerischer Defilier Marsch (demandez à Trudi Kohl, elle vous expliquera, cette bonne Gertrude) ou du trio opus 100 de Schubert, D 929. Et maintenant fermez les yeux et imaginez la musique selon Richard Claydermann ou André Rieu et vous saurez ce qu’est la déolangue de la déocratie.
J’en étais là de mes réflexions, lorsque je suis tombé sur un texte édifiant de David Morley. Il enseigne, que dis-je, il professe à l’université de Warwick dans le Youkey et a commis un ouvrage intitulé Creative Writing. David Morley cite le poète C. D. Wright : « Si tu ne maîtrises pas le langage, il te maîtrisera. » Tout est dit, circulez, y a plus rien à voir, à entendre, à sentir. Eli, Eli, lama sabaktani, tout est consommé comme disait un grand anticonformiste crucifié par les Romains il y a deux mille ans. La messe est dite, la langue et le langage ont été flowerpowerisés, désodorisés. La déocratie a gagné. C’est d’époque ! Le Schein l’a emporté sur le Sein (allo Trudi ?). Et pour les benêts-niais qui n’auraient pas encore compris, David Morley en rajoute une : la précision du langage, dit-il, est une menace pour les autorités dont le pouvoir provient de leur capacité à formuler des illusions. Et pour y parvenir elles sapent et tordent la langue.

