Accueil Site Page 3178

E.T., un nouveau réactionnaire ?

D’où provient ce malaise ? Pas de la salle obscure, j’en suis sûr. Moyenne d’âge : 5 ans. C’est charmant. Ni du film : Wall-E, sorti ce mercredi et produit par les studios Pixar en association avec Walt Disney. Du groupe de Japonaises alors, au premier rang, qui couine des « Ka-wa-ï ! » (mignon) à la moindre occasion ? Pas davantage, évidemment.

Est-ce le côté exagérément politically correct de ce film d’animation ? En résumé : la terre a été abandonnée il y a sept siècles par les humains, qui l’avaient trop polluée. Les descendants des coupables, à quelques rares exceptions, sont bien sûr tous des blancs – et quand on sait qu’en 2008 les plus grands pollueurs sont la Chine et les autres pays « en voie de développement », n’est-il pas irritant de voir encore et toujours le seul Occidental désigné comme cause de tous nos malheurs écologiques ? Certes, certes… Mais le dernier navet de M. Night Shyamalan – Phénomènes (toujours à l’écran) – pousse la caricature bien au-delà… Et puis, en définitive, dans Wall-E, nos amis Yankees se révèleront aussi courageux que soucieux de la nature.

Pourquoi tiquer alors ? L’omniprésence de références geek et tous ces bruitages empruntés, ainsi que le générique le reconnaît, à l’univers Apple ? Kling ! Pardon : que nenni ! La déréalisation de notre univers est une réalité à laquelle on a fini par se faire. Les clins d’œil un peu lourdingues à 2001, Odyssée de l’espace ? Non : après tout Also sprach Zarathoustra dans un film pour gamins, voilà qui nous tire plutôt vers le haut… Quoi, alors ? La disparition complète, définitive, de toute frontière entre l’image réelle, filmée, et celle de synthèse, dans ce film ? Troublant, il est vrai, mais on ne peut que s’ébaubir d’une telle prouesse artistique (ou technique ?), qui relègue Matrix au rayon vintage. Alors ?

Alors le problème – le malaise – tout au long de ce film, c’est la voix off. La voix de l’ordinateur central. Une voix douceâtre, pédagogique, et qui ne cesse de mentir aux derniers survivants de l’espèce humaine. Pour leur bien. Une voix familière. Mais qui ? Voyons voir… Le générique de fin défile et indique : Sigourney Weaver pour la version anglophone. Nous voilà bien renseignés. Lumières allumées et salle vidée, il faut attendre les toutes dernières lignes pour découvrir le pot au rose : cette voix, celle du robot central, qui endort et berne son monde d’un ton d’évidence monocorde, appartient à… Pascale Clark.

Pascale Clark ? Oui ! Celle-là même dont les émissions, menées au knout, comme les revues de presse, furieusement brejnéviennes, ont fait l’aimable renommée. Celle-là même qui, en pleine confusion, réclama, lors d’une émission dont l’invité était Robert Redeker[1. Ce professeur, menacé de mort après avoir publié une tribune contre le prophète Mohamed dans Le Figaro, était l’invité de Laurent Ruquier le 17 mai 2008 dans l’émission « On est pas couché » sur France 2.], le rétablissement du délit de blasphème… Franchement, quel humour ! Accepter, avec une telle réputation, de doubler la voix synthétique d’un tyran numérique dont la fonction est d’imposer aux humains une version de la réalité non négociable parce que raisonnable et officielle… Quelle aisance dans le second degré !

En sortant du ciné, je me suis néanmoins interrogé : avait-elle en mémoire, au moment de signer ce contrat, le mot de Freud : « On ne plaisante jamais tout à fait » ? Lequel Freud n’était ni un souverainiste ni un nouveau réactionnaire, mais le théoricien du « refoulement ».

Wall-E - Edition simple

Price: ---

0 used & new available from

Sida, prévention contre les soins

La vitesse de progression du sida dans nombre de pays musulmans reste encore inconnue, notamment en raison de la propagande, qui associe contamination et occidentalisation. Les soins, eux aussi, sont rendus difficiles par l’idéologie : le numéro un mondial des médicaments génériques anti-sida est l’israélien Teva. Et de la Lybie au Pakistan, on tient à s’en préserver.

Mourir en cette vie n’est pas nouveau

0

Le cardinal de Richelieu avait tout compris de ce qu’étaient le monde et la littérature, lui qui donna à l’Académie son sceau et sa devise : « A l’immortalité ». Les grands écrivains sont immortels. Non pas que la mort ne les frappe pas ni qu’ils deviennent ce qu’ils sont après avoir fait l’expérience concluante de la finitude. Ils ne sont pas même « pareils aux semi-dieux » dont parle Hölderlin dans le poème Der Rhein, assez étrangers aux choses ennuyeuses du trépas. La mort les habite comme ils habitent la mort.

En un mot, je croyais Soljenitsyne mort depuis longtemps – aussi mort, tout du moins, que peuvent l’être Dostoïevski, Boulgakov, Gogol, l’auteur anonyme des Récits d’un pèlerin russe ou encore Serguei Essenine, écrivant en 1925 avec le sang qui s’écoulait de ses veines tailladées : « Au revoir, mon ami, sans geste, sans mot. Ne sois ni triste, ni chagrin. Mourir en cette vie n’est pas nouveau. Mais vivre, bien sûr n’est pas plus nouveau. »

A la vie, à la mort : c’est le leitmotiv millénaire de la Russie. C’est le mot d’ordre de toute littérature possible. Et c’est certainement là, entre la Russie, la vie, la mort, que se noue l’œuvre d’Alexandre Soljenitsyne.

Tous les biographes vous le diront : il est envoyé au goulag en 1945 pour des raisons dont la gravité est inversement proportionnelle au caractère totalitaire du régime soviétique. Il a critiqué à demi-mots dans sa correspondance avec Vitkievitch la stratégie militaire de Staline. Et c’est au goulag qu’il devient écrivain ou, plus précisément, que se matérialise la certitude qu’il le deviendra et qu’il avait acquise dès l’âge de dix ans en lisant Guerre et Paix de Tolstoï : « Nous étions tous prêts à affronter la mort et à la subir. Il ne me restait plus qu’un an à tirer, mais nous avions une telle nausée que nous tous nous disions : « Tuez-nous ! »… J’ai écrit des poèmes : c’était facile à mémoriser. Des petits poèmes de vingt lignes écrits sur des petits bouts de papier que j’apprenais par cœur et que je brûlais ensuite. A la fin de la période de prison et de camp, j’avais douze mille lignes en mémoire… J’avais un chapelet : chaque grain représentait un poème ; je le portais dans mon gant. Si on trouvait ce chapelet pendant la fouille, je disais prier : on ne faisait pas attention, ce n’était pas une arme ! »

Le jour même de la mort de Staline, le 5 mars 1953, il finit de purger sa peine et est condamné à la relégation perpétuelle dans le Kazakhstan. Seulement, atteint d’un cancer, on l’interne plusieurs mois à l’hôpital de Tachkent : « Cet hiver-là j’arrivai à Tachkent presque mort, oui, je venais là pour mourir. Mais on me renvoya à la vie, pour un bout de temps encore. »

De cette double expérience – celle de la prison et celle de la maladie –, il acquiert une force spirituelle qui le poussera au baptême en 1957 et lui donnera l’irrépressible volonté d’écrire tout ce qu’il a vécu. Pour l’auteur d’Une journée d’Ivan Denissovitch, écrire c’est décrire, témoigner du monde, rendre justice à la réalité. Et c’est ce que fait Soljenitsyne : il suit la recommandation de saint Paul dans la lettre aux Corinthiens : « Malheur à moi si je ne rends pas témoignage » et fait écho à Derrida paraphrasant Wittgenstein : « Ce que l’on ne peut pas dire, il ne faut surtout pas le taire, mais l’écrire[1. Jacques Derrida, La Carte Postale]. »

Une journée d’Ivan Denissovitch est le premier livre paru d’Alexandre Soljenitsyne en Union soviétique aussi bien qu’en France. A Moscou, après le XXIIe Congrès, les écrivains sont sommés de participer à la déstalinisation et Khrouchtchev en personne donne l’autorisation de publier l’œuvre de cet inconnu, non sans avoir expurgé la première édition de certains passages. En France, le livre paraît chez Julliard et le rédacteur en chef des Lettres françaises de l’époque, Pierre Daix, y voit un chef d’œuvre : Soljenitsyne est alors présenté comme le critique des « accidents » du socialisme réel, non pas comme un adversaire de l’idéologie socialiste. Pour un peu, on le ferait passer pour un précurseur de la doctrine que portera en 1968 Alexander Dubček : le socialisme à visage humain. A ceci près que, pour l’auteur de L’Archipel du Goulag, le socialisme ne peut présenter un visage humain.

Khrouchtchev ignorait qu’en autorisant la publication d’Une journée d’Ivan Denissovitch il allait ériger Soljenitsyne en grande figure de la dissidence soviétique. Beaucoup d’anciens déportés au goulag et les familles de ceux qui y sont morts se rallient à l’écrivain. Les bouches se délient. Le Kremlin prend peur et le KGB se charge de l’affaire. Comme il l’écrit dans Le Chêne et le Veau, on le prive de ressource, on perquisitionne chez ses amis, on saisit ses archives, on manque l’assassiner, jusqu’à ce que le régime se résolve à le déchoir de la citoyenneté soviétique et à l’expulser en 1974 en Allemagne, après la publication à Paris de L’Archipel du Goulag.

La France, d’ailleurs, comptera beaucoup dans l’histoire de Soljenitsyne : c’est François Mauriac qui plaide la cause de l’écrivain russe pour qu’il obtienne le Nobel en 1970 et c’est Claude Durand qui devient son agent littéraire mondial. La réciproque est vraie : Soljenitsyne comptera beaucoup dans l’histoire de la gauche contemporaine française. En 1976, c’est la traduction française de L’Archipel du Goulag qui sert de ciment idéologique aux « Nouveaux philosophes » : Bernard-Henri Lévy, André Glucksmann et consorts ouvrent les yeux et découvrent alors les crimes du stalinisme – Hegel appelait cela le « retard de la pensée sur le monde »…

Soljenitsyne s’installe un temps en Suisse, puis prend le chemin des Etats-Unis. Il ne retrouvera la Russie qu’en 1994. Seulement, de la même façon que Khrouchtchev s’était trompé sur son compte, l’Occident ne retrouve pas en lui le combattant des droits de l’Homme qu’il avait cru déceler. Lorsqu’en février 1975 il arrive à Paris pour y donner une conférence de presse, il fulmine contre l’Occident : l’Ouest se satisfait de la réalité soviétique qui est, tout à la fois, un miroir et un épouvantail ; elle permet à la société de consommation occidentale de trouver sa justification… Grosse déception dans les chaumières de l’Occident bienpensant, qui avait préparé son mouchoir afin écouter l’ode convenue à la démocratie et aux droits de l’Homme qu’on attendait du Dissident…

Ce n’est pas que Soljenitsyne fût un nationaliste outrancier, ni un intégriste orthodoxe, ni un adversaire acharné de la démocratie, comme certains ont voulu le présenter (et comme il ne manquera pas de l’être une nouvelle fois encore dans les semaines et les mois qui viennent au cours des procès en sorcellerie qui constitueront son inventaire après décès). Ce patriote russe avait retenu une chose de la vie : il faut se méfier des idéologies comme de la peste et tenir à distance ceux qui veulent faire le bonheur du peuple même contre son gré. Son idéal démocratique ne dépassait pas celui des cantons suisses. C’est que tout pouvoir, nous apprend Soljenitsyne, n’a besoin de rien d’autre que de mesure.

Puisque, comme Essenine l’écrivait, « mourir en cette vie n’est pas nouveau », il nous suffit pour dire au revoir à Soljenitsyne de fredonner légèrement un petit air de Vissotsky : « Nous apprenons beaucoup dans les livres, mais les vérités volent au vent des paroles… On ignore les prophètes en leur pays ! Et leurs voisins les ignorent aussi. » [2. Vladimir Vissotsky, Я из дела ушел (Je me suis retiré d’une affaire), 1973.]

PS. Claude Durand, qui n’a pas souhaité s’exprimer sur la mort de son ami, nous informe que Fayard va publier en novembre l’avant-dernier volume de la Roue rouge, un livre de Georges Nivat et un autre essai sur Soljenitsyne.

Photo : Mikhail Evstafiev, Soljenitsyne prenant le train à Vladivostok, 1994.

Impossible Napa français

Château Montelena, l’un des fleurons des vins californiens de la Napa Valley, vient d’être racheté par le milliardaire français Michel Reybier. Autre choc de taille pour les Yankees : l’acquisition par les Belges de l’emblématique marque de bière Budweiser. A la place des dirigeants de Coca-Cola, on surveillerait de près ces assoiffés de la « vieille Europe ».

Sauvez la date !

7

Le Comité international olympique n’en fait plus mystère : la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de Pékin risque d’être purement et simplement annulée. Le président du CIO, Jacques Rogge, vient en effet de s’apercevoir que la date retenue coïncide avec le cinquantième anniversaire de la naissance de Francis Lalanne. En tout cas, Trudi Kohl, notre envoyée spéciale aux JO, sera en direct de Pékin pour couvrir cette cérémonie d’ouverture, le 8 août de 12 h à 22 h. Qu’elle se fasse ou non.

Requiem pour Alexandrie

9

« Né à Alexandrie, mort au Caire. » Cette formule qui pourrait être l’épitaphe de Youssef Chahine s’applique, malheureusement, à l’Egypte tout entière autant qu’au cinéaste récemment décédé. Cité méditerranéenne, incarnation de la mosaïque ethnique d’un Levant mêlant trois religions, Alexandrie n’avait aucune chance contre Le Caire, devenu le symbole d’un nationalisme arabe cimenté par un islam porteur d’uniformisation et d’exclusion. A l’heure où l’Occident s’adonne au multiculturalisme, l’Orient a, dirait-on, choisi de faire simple.

Je n’ai jamais vu la fin d’un film de Youssef Chahine. A vrai dire, son œuvre cinématographique m’intéresse moins que sa vie. Pour moi, Chahine est avant tout le visage de ce qu’on pourrait appeler « l’alexandrisme », la route que le monde arabe n’a pas prise.

Chahine a introduit dans le cinéma égyptien les récits parallèles, ces histoires qui interfèrent les unes avec les autres et finissent ou non par se croiser. On pourrait user du même procédé pour conter son existence. Né en 1926, il a trois ans quand Hassan el-Banna (grand-père de Tarik Ramadan) fonde l’association des Frères musulmans. Pendant que l’un vit sa vie d’enfant à Alexandrie, l’autre prêche le rejet de « l’Occident », c’est-à-dire du socle culturel du futur cinéaste, dans les cafés du Caire. Elève au collège Saint-Marc, Chahine fréquente alors d’autres Frères, ceux qui, dans une grande partie du monde arabe, enseignent dans les écoles chrétiennes. On peut gager que ni l’un ni l’autre ne réalisent qu’une troisième « fraternité », la religion laïque de la Nation, va rafler la mise – provisoirement.

Très vite, le nationalisme brouille tout. Cette construction politico-culturelle on ne peut plus européenne se révèle dotée d’une puissance de séduction redoutable. Ce sont les bourgeois occidentalisés – c’est-à-dire les chrétiens – qui prennent la tête du mouvement. Citons le Beyrouthin Boutros al-Boustani (1819-1889), George Habib Antonius (1891-1941) ou encore Michel Aflaq (1910-1989), fondateur du Baas (« renaissance » en arabe), l’un des penseurs les plus originaux du nationalisme arabe.

Cette idéologie laïque sert de toile de fond au rapprochement – politique et personnel – entre el-Banna et Anouar el-Sadate, jeune officier nationaliste et antibritannique au point qu’il prend contact avec les Allemands lorsque Rommel s’approche du Caire. Sadate sera l’un des « officiers libres » qui prendront le pouvoir en 1952, avec à leur tête le général Naguib, « remplacé » deux ans plus tard par un célèbre Alexandrin, le colonel Nasser.

Une fois au pouvoir, le nationalisme égyptien tente de se débarrasser des Frères en qui il perçoit, et avec raison, une force d’opposition potentielle. Le nationalisme (trop) laïque n’a pas trouvé de véritable assise dans des sociétés arabes qui ne parviennent à créer ni une classe moyenne urbaine politiquement active, ni un Etat et une fonction publique efficaces. Sa version pseudo-socialiste ne fait guère mieux. En réalité, son succès repose sur un énorme malentendu, entretenu par le régime et relayé par les observateurs occidentaux et soviétiques appliquant les termes et les grilles de lecture de leur propre histoire à des sociétés radicalement différentes.

Portée par l’incontestable charisme de Nasser, la religion séculière du nationalisme panarabe se révèle éphémère. Cette brève épopée idéologique connaît un triste dénouement que résume bien l’Egypte actuelle, où les Frères musulmans sont en train de gagner à la fois la partie et la patrie. L’arabité, identité qui a longtemps été ouverte à plusieurs religions, a été quasiment confisquée par l’Islam, comme en témoigne l’exode ou le désarroi des chrétiens d’Orient.

On peut donc dire que les pionniers chrétiens du nationalisme arabe ont, sans s’en rendre compte, lancé la mécanique qui allait condamner leurs petits-enfants à l’exil. Au XIXe siècle Boutros al-Boustani prônait l’abandon de l’appartenance religieuse au profit de la solidarité nationale comme socle identitaire. Jusque dans les années 1960, Nasser (qui, il est vrai avait initié la fusion entre religion et nation en expulsant les Juifs) pouvait affirmer que « musulmans et chrétiens sont les fils de la même nation. La religion est pour Dieu, la patrie appartient à tous ses citoyens ». Deux ou trois décennies plus tard, on se demande s’il est encore possible d’être chrétien ou laïque en Egypte. Bref, en procédant par exclusions successives, le monde arabe est devenu « arabo-musulman » : tel est le sens profond de la victoire idéologique des Frères musulmans.

L’UMP, pour bronzer idiot

9

J’ai reçu hier ce mail hilarant : « Pour la quatrième année, l’UMP au travers de ses Jeunes Populaires se mobilise pour partir à la rencontre des Français sur leur lieu de vacances. Etre en contact avec les citoyens, s’inscrire dans leur quotidien, susciter l’intérêt autour des réformes et provoquer l’échange dans un contexte convivial, telle est donc la démarche de ces caravanes. »

Déjà, ça fait envie, non ? Rien qu’à l’idée de voir un UMPiste junior « s’inscrire dans votre quotidien », un frisson de plaisir ne vous parcourt-il pas l’échine ? Seriez-vous à ce point insensible à la prose du stagiaire qui s’est tapé la note d’information ? N’éprouvez vous pas un minimum de compassion pour ce ou cette cancre de bonne famille, qui, après avoir été recalé trois fois à Sciences-Po ou au CFJ doit faire son stage pratique de l’EFAP, en plein mois juillet, rue de la Boétie ? Alors, vous n’êtes vraiment pas charitable parce qu’à la com de l’UMP, on se donne vraiment du mal pour aller vers le peuple, comme nous le prouve la suite du mail :

« Les caravaniers seront à la disposition des Français pour échanger, débattre, autour de supports instructifs et ludiques :
– le Gratuit de l’été, petit journal des réformes du gouvernement, accompagné de jeux multiples : mots fléchés, sudoku, kakuro, etc. ;
– le tract de soutien à la politique de changement de Nicolas Sarkozy et d’adhésion à l’UMP ;
Faisons bouger l’Europe, document consacré aux grands enjeux de la présidence française de l’UE.

J’avoue ne pas savoir ce qu’est le kakuro, mais vu la haute idée que les jeunes sarkozystes se font des prolos à qui ils daignent causer, j’imagine déjà les mots croisés avec des définition du genre : « En sept lettres : président de la République élu triomphalement en 2007. » Eh ben non, après vérification, c’est encore pire : leurs mots croisés ils ont dû les acheter au rabais en Malaisie et, en plus, ces ânes, ils ne les ont même pas relus avant d’imprimer la brochure. Auquel cas, on aurait sans doute évité, dans la grille de la page 13, la définition « jour de loisir » dont la réponse est… RTT ! C’est Devedjian qui va être content !

Mais bon, comme sa magnanimité est légendaire, Patrick pardonnera sans doute aux coupables, qui après tout, n’ont pas ménagé leur peine pour prouver que l’UMP, ce n’était pas seulement un vote utile, mais aussi un parti utile : « Le passage de la caravane sera également l’occasion de se procurer auprès des caravaniers les nouveaux objets de l’été : t-shirts, tongs, ballons et surtout le kit gilet-triangle de la sécurité routière, pour se protéger à tout instant sur le chemin des vacances. »

Franchement, qui oserait critiquer un parti qui sauve des vies humaines ? Eh bien moi, et je vous le dis comme je le pense : l’UMP prend les salariés pour des cons. Contrairement au PS qui, lui, ne sait même plus qu’ils existent…

Sumer sème sa zone

3

Maître de conférence à l’université de Wolverhampton (Grande-Bretagne), Paul McDonald n’avait rien de plus intelligent à faire pour buller que de réaliser le classement des blagues les plus anciennes du monde. La palme revient à une inscription sumérienne découverte dans le sud de l’Irak et vieille de près de 4 000 ans : « Une chose qui n’est jamais arrivée depuis des temps immémoriaux : une jeune femme s’est retenue de péter sur les genoux de son mari. » Gracieux, léger, distingué : du Siné avant l’heure.

Une histoire à coucher dehors

18

C’est vraiment trop dommage qu’il n’y ait pas la possibilité d’insérer des photos d’illustration à l’intérieur des papiers de Causeur. François Miclo, notre révéré Administrateur, prétend que c’est possible, ce qui veut dire en clair que c’est possible dans ses articles.

Si tel avait été le cas, je vous aurais parlé de l’évacuation – sans incident majeur – de 150 gitans d’origine bulgare d’un bâtiment municipal de Bagnolet – où ils avaient été relogés par la mairie en décembre 2004, après l’incendie de leur bidonville – et des problèmes posé par leur installation aux frais de la mairie dans un Formule un du coin

Je vous aurais causé aussi du compte-rendu plus que spécieux qu’a fait le Monde de cette affaire et qui a inspiré à mon épouse une réflexion du genre : « J’aurais bien voulu voir leurs mines si c’était la rédaction du Monde qui avait été squattée. » C’est bien d’avoir une épouse qui fait le ménage dans vos pensées.

J’aurais évoqué au passage la longue, délicate et finalement victorieuse bataille qu’a dû mener le maire communiste des lieux, Marc Everbecq, à la fois contre les pouvoirs publics autistes et contre les excités pro-clandestins façon RESF, sans parler des autres élus locaux du coin, toujours prêts à refiler le mistigri aux communes mitoyennes. A force de patience, il a pu trouver un compromis acceptable à la fois pour les familles de gitans et pour les contribuables – souvent fauchés – de sa commune du 93, ce qui me réjouit : je suis contre l’immigration sauvage, mais aussi contre la sauvagerie avec ces immigrés. Je pense que nous aurions raison de fermer, pour de vrai, nos frontières à double tour, mais à leur place, je tenterais quand même ma chance…

Et enfin j’aurais joint à mon texte une photo du fameux bidonville incendié accompagné de cette légende : Souvenirs de la maison des roms.

Couscous vs coucous

3

La crise qui oppose l’Etat libyen à la Confédération helvétique gagne en intensité. Le Guide de la grande révolution de la Grande Jamahiriya arabe libyenne populaire et socialiste vient de recommander aux ressortissants libyens de ne pas se rendre en Suisse. Rien n’est plus prudent, dès fois qu’un dangereux confédéré se fasse sauter à l’Appenzeller ou s’immole au Rösti.

E.T., un nouveau réactionnaire ?

13

D’où provient ce malaise ? Pas de la salle obscure, j’en suis sûr. Moyenne d’âge : 5 ans. C’est charmant. Ni du film : Wall-E, sorti ce mercredi et produit par les studios Pixar en association avec Walt Disney. Du groupe de Japonaises alors, au premier rang, qui couine des « Ka-wa-ï ! » (mignon) à la moindre occasion ? Pas davantage, évidemment.

Est-ce le côté exagérément politically correct de ce film d’animation ? En résumé : la terre a été abandonnée il y a sept siècles par les humains, qui l’avaient trop polluée. Les descendants des coupables, à quelques rares exceptions, sont bien sûr tous des blancs – et quand on sait qu’en 2008 les plus grands pollueurs sont la Chine et les autres pays « en voie de développement », n’est-il pas irritant de voir encore et toujours le seul Occidental désigné comme cause de tous nos malheurs écologiques ? Certes, certes… Mais le dernier navet de M. Night Shyamalan – Phénomènes (toujours à l’écran) – pousse la caricature bien au-delà… Et puis, en définitive, dans Wall-E, nos amis Yankees se révèleront aussi courageux que soucieux de la nature.

Pourquoi tiquer alors ? L’omniprésence de références geek et tous ces bruitages empruntés, ainsi que le générique le reconnaît, à l’univers Apple ? Kling ! Pardon : que nenni ! La déréalisation de notre univers est une réalité à laquelle on a fini par se faire. Les clins d’œil un peu lourdingues à 2001, Odyssée de l’espace ? Non : après tout Also sprach Zarathoustra dans un film pour gamins, voilà qui nous tire plutôt vers le haut… Quoi, alors ? La disparition complète, définitive, de toute frontière entre l’image réelle, filmée, et celle de synthèse, dans ce film ? Troublant, il est vrai, mais on ne peut que s’ébaubir d’une telle prouesse artistique (ou technique ?), qui relègue Matrix au rayon vintage. Alors ?

Alors le problème – le malaise – tout au long de ce film, c’est la voix off. La voix de l’ordinateur central. Une voix douceâtre, pédagogique, et qui ne cesse de mentir aux derniers survivants de l’espèce humaine. Pour leur bien. Une voix familière. Mais qui ? Voyons voir… Le générique de fin défile et indique : Sigourney Weaver pour la version anglophone. Nous voilà bien renseignés. Lumières allumées et salle vidée, il faut attendre les toutes dernières lignes pour découvrir le pot au rose : cette voix, celle du robot central, qui endort et berne son monde d’un ton d’évidence monocorde, appartient à… Pascale Clark.

Pascale Clark ? Oui ! Celle-là même dont les émissions, menées au knout, comme les revues de presse, furieusement brejnéviennes, ont fait l’aimable renommée. Celle-là même qui, en pleine confusion, réclama, lors d’une émission dont l’invité était Robert Redeker[1. Ce professeur, menacé de mort après avoir publié une tribune contre le prophète Mohamed dans Le Figaro, était l’invité de Laurent Ruquier le 17 mai 2008 dans l’émission « On est pas couché » sur France 2.], le rétablissement du délit de blasphème… Franchement, quel humour ! Accepter, avec une telle réputation, de doubler la voix synthétique d’un tyran numérique dont la fonction est d’imposer aux humains une version de la réalité non négociable parce que raisonnable et officielle… Quelle aisance dans le second degré !

En sortant du ciné, je me suis néanmoins interrogé : avait-elle en mémoire, au moment de signer ce contrat, le mot de Freud : « On ne plaisante jamais tout à fait » ? Lequel Freud n’était ni un souverainiste ni un nouveau réactionnaire, mais le théoricien du « refoulement ».

Wall-E - Edition simple

Price: ---

0 used & new available from

Sida, prévention contre les soins

1

La vitesse de progression du sida dans nombre de pays musulmans reste encore inconnue, notamment en raison de la propagande, qui associe contamination et occidentalisation. Les soins, eux aussi, sont rendus difficiles par l’idéologie : le numéro un mondial des médicaments génériques anti-sida est l’israélien Teva. Et de la Lybie au Pakistan, on tient à s’en préserver.

Mourir en cette vie n’est pas nouveau

0

Le cardinal de Richelieu avait tout compris de ce qu’étaient le monde et la littérature, lui qui donna à l’Académie son sceau et sa devise : « A l’immortalité ». Les grands écrivains sont immortels. Non pas que la mort ne les frappe pas ni qu’ils deviennent ce qu’ils sont après avoir fait l’expérience concluante de la finitude. Ils ne sont pas même « pareils aux semi-dieux » dont parle Hölderlin dans le poème Der Rhein, assez étrangers aux choses ennuyeuses du trépas. La mort les habite comme ils habitent la mort.

En un mot, je croyais Soljenitsyne mort depuis longtemps – aussi mort, tout du moins, que peuvent l’être Dostoïevski, Boulgakov, Gogol, l’auteur anonyme des Récits d’un pèlerin russe ou encore Serguei Essenine, écrivant en 1925 avec le sang qui s’écoulait de ses veines tailladées : « Au revoir, mon ami, sans geste, sans mot. Ne sois ni triste, ni chagrin. Mourir en cette vie n’est pas nouveau. Mais vivre, bien sûr n’est pas plus nouveau. »

A la vie, à la mort : c’est le leitmotiv millénaire de la Russie. C’est le mot d’ordre de toute littérature possible. Et c’est certainement là, entre la Russie, la vie, la mort, que se noue l’œuvre d’Alexandre Soljenitsyne.

Tous les biographes vous le diront : il est envoyé au goulag en 1945 pour des raisons dont la gravité est inversement proportionnelle au caractère totalitaire du régime soviétique. Il a critiqué à demi-mots dans sa correspondance avec Vitkievitch la stratégie militaire de Staline. Et c’est au goulag qu’il devient écrivain ou, plus précisément, que se matérialise la certitude qu’il le deviendra et qu’il avait acquise dès l’âge de dix ans en lisant Guerre et Paix de Tolstoï : « Nous étions tous prêts à affronter la mort et à la subir. Il ne me restait plus qu’un an à tirer, mais nous avions une telle nausée que nous tous nous disions : « Tuez-nous ! »… J’ai écrit des poèmes : c’était facile à mémoriser. Des petits poèmes de vingt lignes écrits sur des petits bouts de papier que j’apprenais par cœur et que je brûlais ensuite. A la fin de la période de prison et de camp, j’avais douze mille lignes en mémoire… J’avais un chapelet : chaque grain représentait un poème ; je le portais dans mon gant. Si on trouvait ce chapelet pendant la fouille, je disais prier : on ne faisait pas attention, ce n’était pas une arme ! »

Le jour même de la mort de Staline, le 5 mars 1953, il finit de purger sa peine et est condamné à la relégation perpétuelle dans le Kazakhstan. Seulement, atteint d’un cancer, on l’interne plusieurs mois à l’hôpital de Tachkent : « Cet hiver-là j’arrivai à Tachkent presque mort, oui, je venais là pour mourir. Mais on me renvoya à la vie, pour un bout de temps encore. »

De cette double expérience – celle de la prison et celle de la maladie –, il acquiert une force spirituelle qui le poussera au baptême en 1957 et lui donnera l’irrépressible volonté d’écrire tout ce qu’il a vécu. Pour l’auteur d’Une journée d’Ivan Denissovitch, écrire c’est décrire, témoigner du monde, rendre justice à la réalité. Et c’est ce que fait Soljenitsyne : il suit la recommandation de saint Paul dans la lettre aux Corinthiens : « Malheur à moi si je ne rends pas témoignage » et fait écho à Derrida paraphrasant Wittgenstein : « Ce que l’on ne peut pas dire, il ne faut surtout pas le taire, mais l’écrire[1. Jacques Derrida, La Carte Postale]. »

Une journée d’Ivan Denissovitch est le premier livre paru d’Alexandre Soljenitsyne en Union soviétique aussi bien qu’en France. A Moscou, après le XXIIe Congrès, les écrivains sont sommés de participer à la déstalinisation et Khrouchtchev en personne donne l’autorisation de publier l’œuvre de cet inconnu, non sans avoir expurgé la première édition de certains passages. En France, le livre paraît chez Julliard et le rédacteur en chef des Lettres françaises de l’époque, Pierre Daix, y voit un chef d’œuvre : Soljenitsyne est alors présenté comme le critique des « accidents » du socialisme réel, non pas comme un adversaire de l’idéologie socialiste. Pour un peu, on le ferait passer pour un précurseur de la doctrine que portera en 1968 Alexander Dubček : le socialisme à visage humain. A ceci près que, pour l’auteur de L’Archipel du Goulag, le socialisme ne peut présenter un visage humain.

Khrouchtchev ignorait qu’en autorisant la publication d’Une journée d’Ivan Denissovitch il allait ériger Soljenitsyne en grande figure de la dissidence soviétique. Beaucoup d’anciens déportés au goulag et les familles de ceux qui y sont morts se rallient à l’écrivain. Les bouches se délient. Le Kremlin prend peur et le KGB se charge de l’affaire. Comme il l’écrit dans Le Chêne et le Veau, on le prive de ressource, on perquisitionne chez ses amis, on saisit ses archives, on manque l’assassiner, jusqu’à ce que le régime se résolve à le déchoir de la citoyenneté soviétique et à l’expulser en 1974 en Allemagne, après la publication à Paris de L’Archipel du Goulag.

La France, d’ailleurs, comptera beaucoup dans l’histoire de Soljenitsyne : c’est François Mauriac qui plaide la cause de l’écrivain russe pour qu’il obtienne le Nobel en 1970 et c’est Claude Durand qui devient son agent littéraire mondial. La réciproque est vraie : Soljenitsyne comptera beaucoup dans l’histoire de la gauche contemporaine française. En 1976, c’est la traduction française de L’Archipel du Goulag qui sert de ciment idéologique aux « Nouveaux philosophes » : Bernard-Henri Lévy, André Glucksmann et consorts ouvrent les yeux et découvrent alors les crimes du stalinisme – Hegel appelait cela le « retard de la pensée sur le monde »…

Soljenitsyne s’installe un temps en Suisse, puis prend le chemin des Etats-Unis. Il ne retrouvera la Russie qu’en 1994. Seulement, de la même façon que Khrouchtchev s’était trompé sur son compte, l’Occident ne retrouve pas en lui le combattant des droits de l’Homme qu’il avait cru déceler. Lorsqu’en février 1975 il arrive à Paris pour y donner une conférence de presse, il fulmine contre l’Occident : l’Ouest se satisfait de la réalité soviétique qui est, tout à la fois, un miroir et un épouvantail ; elle permet à la société de consommation occidentale de trouver sa justification… Grosse déception dans les chaumières de l’Occident bienpensant, qui avait préparé son mouchoir afin écouter l’ode convenue à la démocratie et aux droits de l’Homme qu’on attendait du Dissident…

Ce n’est pas que Soljenitsyne fût un nationaliste outrancier, ni un intégriste orthodoxe, ni un adversaire acharné de la démocratie, comme certains ont voulu le présenter (et comme il ne manquera pas de l’être une nouvelle fois encore dans les semaines et les mois qui viennent au cours des procès en sorcellerie qui constitueront son inventaire après décès). Ce patriote russe avait retenu une chose de la vie : il faut se méfier des idéologies comme de la peste et tenir à distance ceux qui veulent faire le bonheur du peuple même contre son gré. Son idéal démocratique ne dépassait pas celui des cantons suisses. C’est que tout pouvoir, nous apprend Soljenitsyne, n’a besoin de rien d’autre que de mesure.

Puisque, comme Essenine l’écrivait, « mourir en cette vie n’est pas nouveau », il nous suffit pour dire au revoir à Soljenitsyne de fredonner légèrement un petit air de Vissotsky : « Nous apprenons beaucoup dans les livres, mais les vérités volent au vent des paroles… On ignore les prophètes en leur pays ! Et leurs voisins les ignorent aussi. » [2. Vladimir Vissotsky, Я из дела ушел (Je me suis retiré d’une affaire), 1973.]

PS. Claude Durand, qui n’a pas souhaité s’exprimer sur la mort de son ami, nous informe que Fayard va publier en novembre l’avant-dernier volume de la Roue rouge, un livre de Georges Nivat et un autre essai sur Soljenitsyne.

Photo : Mikhail Evstafiev, Soljenitsyne prenant le train à Vladivostok, 1994.

Impossible Napa français

1

Château Montelena, l’un des fleurons des vins californiens de la Napa Valley, vient d’être racheté par le milliardaire français Michel Reybier. Autre choc de taille pour les Yankees : l’acquisition par les Belges de l’emblématique marque de bière Budweiser. A la place des dirigeants de Coca-Cola, on surveillerait de près ces assoiffés de la « vieille Europe ».

Sauvez la date !

7

Le Comité international olympique n’en fait plus mystère : la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de Pékin risque d’être purement et simplement annulée. Le président du CIO, Jacques Rogge, vient en effet de s’apercevoir que la date retenue coïncide avec le cinquantième anniversaire de la naissance de Francis Lalanne. En tout cas, Trudi Kohl, notre envoyée spéciale aux JO, sera en direct de Pékin pour couvrir cette cérémonie d’ouverture, le 8 août de 12 h à 22 h. Qu’elle se fasse ou non.

Requiem pour Alexandrie

9

« Né à Alexandrie, mort au Caire. » Cette formule qui pourrait être l’épitaphe de Youssef Chahine s’applique, malheureusement, à l’Egypte tout entière autant qu’au cinéaste récemment décédé. Cité méditerranéenne, incarnation de la mosaïque ethnique d’un Levant mêlant trois religions, Alexandrie n’avait aucune chance contre Le Caire, devenu le symbole d’un nationalisme arabe cimenté par un islam porteur d’uniformisation et d’exclusion. A l’heure où l’Occident s’adonne au multiculturalisme, l’Orient a, dirait-on, choisi de faire simple.

Je n’ai jamais vu la fin d’un film de Youssef Chahine. A vrai dire, son œuvre cinématographique m’intéresse moins que sa vie. Pour moi, Chahine est avant tout le visage de ce qu’on pourrait appeler « l’alexandrisme », la route que le monde arabe n’a pas prise.

Chahine a introduit dans le cinéma égyptien les récits parallèles, ces histoires qui interfèrent les unes avec les autres et finissent ou non par se croiser. On pourrait user du même procédé pour conter son existence. Né en 1926, il a trois ans quand Hassan el-Banna (grand-père de Tarik Ramadan) fonde l’association des Frères musulmans. Pendant que l’un vit sa vie d’enfant à Alexandrie, l’autre prêche le rejet de « l’Occident », c’est-à-dire du socle culturel du futur cinéaste, dans les cafés du Caire. Elève au collège Saint-Marc, Chahine fréquente alors d’autres Frères, ceux qui, dans une grande partie du monde arabe, enseignent dans les écoles chrétiennes. On peut gager que ni l’un ni l’autre ne réalisent qu’une troisième « fraternité », la religion laïque de la Nation, va rafler la mise – provisoirement.

Très vite, le nationalisme brouille tout. Cette construction politico-culturelle on ne peut plus européenne se révèle dotée d’une puissance de séduction redoutable. Ce sont les bourgeois occidentalisés – c’est-à-dire les chrétiens – qui prennent la tête du mouvement. Citons le Beyrouthin Boutros al-Boustani (1819-1889), George Habib Antonius (1891-1941) ou encore Michel Aflaq (1910-1989), fondateur du Baas (« renaissance » en arabe), l’un des penseurs les plus originaux du nationalisme arabe.

Cette idéologie laïque sert de toile de fond au rapprochement – politique et personnel – entre el-Banna et Anouar el-Sadate, jeune officier nationaliste et antibritannique au point qu’il prend contact avec les Allemands lorsque Rommel s’approche du Caire. Sadate sera l’un des « officiers libres » qui prendront le pouvoir en 1952, avec à leur tête le général Naguib, « remplacé » deux ans plus tard par un célèbre Alexandrin, le colonel Nasser.

Une fois au pouvoir, le nationalisme égyptien tente de se débarrasser des Frères en qui il perçoit, et avec raison, une force d’opposition potentielle. Le nationalisme (trop) laïque n’a pas trouvé de véritable assise dans des sociétés arabes qui ne parviennent à créer ni une classe moyenne urbaine politiquement active, ni un Etat et une fonction publique efficaces. Sa version pseudo-socialiste ne fait guère mieux. En réalité, son succès repose sur un énorme malentendu, entretenu par le régime et relayé par les observateurs occidentaux et soviétiques appliquant les termes et les grilles de lecture de leur propre histoire à des sociétés radicalement différentes.

Portée par l’incontestable charisme de Nasser, la religion séculière du nationalisme panarabe se révèle éphémère. Cette brève épopée idéologique connaît un triste dénouement que résume bien l’Egypte actuelle, où les Frères musulmans sont en train de gagner à la fois la partie et la patrie. L’arabité, identité qui a longtemps été ouverte à plusieurs religions, a été quasiment confisquée par l’Islam, comme en témoigne l’exode ou le désarroi des chrétiens d’Orient.

On peut donc dire que les pionniers chrétiens du nationalisme arabe ont, sans s’en rendre compte, lancé la mécanique qui allait condamner leurs petits-enfants à l’exil. Au XIXe siècle Boutros al-Boustani prônait l’abandon de l’appartenance religieuse au profit de la solidarité nationale comme socle identitaire. Jusque dans les années 1960, Nasser (qui, il est vrai avait initié la fusion entre religion et nation en expulsant les Juifs) pouvait affirmer que « musulmans et chrétiens sont les fils de la même nation. La religion est pour Dieu, la patrie appartient à tous ses citoyens ». Deux ou trois décennies plus tard, on se demande s’il est encore possible d’être chrétien ou laïque en Egypte. Bref, en procédant par exclusions successives, le monde arabe est devenu « arabo-musulman » : tel est le sens profond de la victoire idéologique des Frères musulmans.

L’UMP, pour bronzer idiot

9

J’ai reçu hier ce mail hilarant : « Pour la quatrième année, l’UMP au travers de ses Jeunes Populaires se mobilise pour partir à la rencontre des Français sur leur lieu de vacances. Etre en contact avec les citoyens, s’inscrire dans leur quotidien, susciter l’intérêt autour des réformes et provoquer l’échange dans un contexte convivial, telle est donc la démarche de ces caravanes. »

Déjà, ça fait envie, non ? Rien qu’à l’idée de voir un UMPiste junior « s’inscrire dans votre quotidien », un frisson de plaisir ne vous parcourt-il pas l’échine ? Seriez-vous à ce point insensible à la prose du stagiaire qui s’est tapé la note d’information ? N’éprouvez vous pas un minimum de compassion pour ce ou cette cancre de bonne famille, qui, après avoir été recalé trois fois à Sciences-Po ou au CFJ doit faire son stage pratique de l’EFAP, en plein mois juillet, rue de la Boétie ? Alors, vous n’êtes vraiment pas charitable parce qu’à la com de l’UMP, on se donne vraiment du mal pour aller vers le peuple, comme nous le prouve la suite du mail :

« Les caravaniers seront à la disposition des Français pour échanger, débattre, autour de supports instructifs et ludiques :
– le Gratuit de l’été, petit journal des réformes du gouvernement, accompagné de jeux multiples : mots fléchés, sudoku, kakuro, etc. ;
– le tract de soutien à la politique de changement de Nicolas Sarkozy et d’adhésion à l’UMP ;
Faisons bouger l’Europe, document consacré aux grands enjeux de la présidence française de l’UE.

J’avoue ne pas savoir ce qu’est le kakuro, mais vu la haute idée que les jeunes sarkozystes se font des prolos à qui ils daignent causer, j’imagine déjà les mots croisés avec des définition du genre : « En sept lettres : président de la République élu triomphalement en 2007. » Eh ben non, après vérification, c’est encore pire : leurs mots croisés ils ont dû les acheter au rabais en Malaisie et, en plus, ces ânes, ils ne les ont même pas relus avant d’imprimer la brochure. Auquel cas, on aurait sans doute évité, dans la grille de la page 13, la définition « jour de loisir » dont la réponse est… RTT ! C’est Devedjian qui va être content !

Mais bon, comme sa magnanimité est légendaire, Patrick pardonnera sans doute aux coupables, qui après tout, n’ont pas ménagé leur peine pour prouver que l’UMP, ce n’était pas seulement un vote utile, mais aussi un parti utile : « Le passage de la caravane sera également l’occasion de se procurer auprès des caravaniers les nouveaux objets de l’été : t-shirts, tongs, ballons et surtout le kit gilet-triangle de la sécurité routière, pour se protéger à tout instant sur le chemin des vacances. »

Franchement, qui oserait critiquer un parti qui sauve des vies humaines ? Eh bien moi, et je vous le dis comme je le pense : l’UMP prend les salariés pour des cons. Contrairement au PS qui, lui, ne sait même plus qu’ils existent…

Sumer sème sa zone

3

Maître de conférence à l’université de Wolverhampton (Grande-Bretagne), Paul McDonald n’avait rien de plus intelligent à faire pour buller que de réaliser le classement des blagues les plus anciennes du monde. La palme revient à une inscription sumérienne découverte dans le sud de l’Irak et vieille de près de 4 000 ans : « Une chose qui n’est jamais arrivée depuis des temps immémoriaux : une jeune femme s’est retenue de péter sur les genoux de son mari. » Gracieux, léger, distingué : du Siné avant l’heure.

Une histoire à coucher dehors

18

C’est vraiment trop dommage qu’il n’y ait pas la possibilité d’insérer des photos d’illustration à l’intérieur des papiers de Causeur. François Miclo, notre révéré Administrateur, prétend que c’est possible, ce qui veut dire en clair que c’est possible dans ses articles.

Si tel avait été le cas, je vous aurais parlé de l’évacuation – sans incident majeur – de 150 gitans d’origine bulgare d’un bâtiment municipal de Bagnolet – où ils avaient été relogés par la mairie en décembre 2004, après l’incendie de leur bidonville – et des problèmes posé par leur installation aux frais de la mairie dans un Formule un du coin

Je vous aurais causé aussi du compte-rendu plus que spécieux qu’a fait le Monde de cette affaire et qui a inspiré à mon épouse une réflexion du genre : « J’aurais bien voulu voir leurs mines si c’était la rédaction du Monde qui avait été squattée. » C’est bien d’avoir une épouse qui fait le ménage dans vos pensées.

J’aurais évoqué au passage la longue, délicate et finalement victorieuse bataille qu’a dû mener le maire communiste des lieux, Marc Everbecq, à la fois contre les pouvoirs publics autistes et contre les excités pro-clandestins façon RESF, sans parler des autres élus locaux du coin, toujours prêts à refiler le mistigri aux communes mitoyennes. A force de patience, il a pu trouver un compromis acceptable à la fois pour les familles de gitans et pour les contribuables – souvent fauchés – de sa commune du 93, ce qui me réjouit : je suis contre l’immigration sauvage, mais aussi contre la sauvagerie avec ces immigrés. Je pense que nous aurions raison de fermer, pour de vrai, nos frontières à double tour, mais à leur place, je tenterais quand même ma chance…

Et enfin j’aurais joint à mon texte une photo du fameux bidonville incendié accompagné de cette légende : Souvenirs de la maison des roms.

Couscous vs coucous

3

La crise qui oppose l’Etat libyen à la Confédération helvétique gagne en intensité. Le Guide de la grande révolution de la Grande Jamahiriya arabe libyenne populaire et socialiste vient de recommander aux ressortissants libyens de ne pas se rendre en Suisse. Rien n’est plus prudent, dès fois qu’un dangereux confédéré se fasse sauter à l’Appenzeller ou s’immole au Rösti.