D’où provient ce malaise ? Pas de la salle obscure, j’en suis sûr. Moyenne d’âge : 5 ans. C’est charmant. Ni du film : Wall-E, sorti ce mercredi et produit par les studios Pixar en association avec Walt Disney. Du groupe de Japonaises alors, au premier rang, qui couine des « Ka-wa-ï ! » (mignon) à la moindre occasion ? Pas davantage, évidemment.

Est-ce le côté exagérément politically correct de ce film d’animation ? En résumé : la terre a été abandonnée il y a sept siècles par les humains, qui l’avaient trop polluée. Les descendants des coupables, à quelques rares exceptions, sont bien sûr tous des blancs – et quand on sait qu’en 2008 les plus grands pollueurs sont la Chine et les autres pays « en voie de développement », n’est-il pas irritant de voir encore et toujours le seul Occidental désigné comme cause de tous nos malheurs écologiques ? Certes, certes… Mais le dernier navet de M. Night Shyamalan – Phénomènes (toujours à l’écran) – pousse la caricature bien au-delà… Et puis, en définitive, dans Wall-E, nos amis Yankees se révèleront aussi courageux que soucieux de la nature.

Pourquoi tiquer alors ? L’omniprésence de références geek et tous ces bruitages empruntés, ainsi que le générique le reconnaît, à l’univers Apple ? Kling ! Pardon : que nenni ! La déréalisation de notre univers est une réalité à laquelle on a fini par se faire. Les clins d’œil un peu lourdingues à 2001, Odyssée de l’espace ? Non : après tout Also sprach Zarathoustra dans un film pour gamins, voilà qui nous tire plutôt vers le haut… Quoi, alors ? La disparition complète, définitive, de toute frontière entre l’image réelle, filmée, et celle de synthèse, dans ce film ? Troublant, il est vrai, mais on ne peut que s’ébaubir d’une telle prouesse artistique (ou technique ?), qui relègue Matrix au rayon vintage. Alors ?

Alors le problème – le malaise – tout au long de ce film, c’est la voix off. La voix de l’ordinateur central. Une voix douceâtre, pédagogique, et qui ne cesse de mentir aux derniers survivants de l’espèce humaine. Pour leur bien. Une voix familière. Mais qui ? Voyons voir… Le générique de fin défile et indique : Sigourney Weaver pour la version anglophone. Nous voilà bien renseignés. Lumières allumées et salle vidée, il faut attendre les toutes dernières lignes pour découvrir le pot au rose : cette voix, celle du robot central, qui endort et berne son monde d’un ton d’évidence monocorde, appartient à… Pascale Clark.

Pascale Clark ? Oui ! Celle-là même dont les émissions, menées au knout, comme les revues de presse, furieusement brejnéviennes, ont fait l’aimable renommée. Celle-là même qui, en pleine confusion, réclama, lors d’une émission dont l’invité était Robert Redeker[1. Ce professeur, menacé de mort après avoir publié une tribune contre le prophète Mohamed dans Le Figaro, était l’invité de Laurent Ruquier le 17 mai 2008 dans l’émission « On est pas couché » sur France 2.], le rétablissement du délit de blasphème… Franchement, quel humour ! Accepter, avec une telle réputation, de doubler la voix synthétique d’un tyran numérique dont la fonction est d’imposer aux humains une version de la réalité non négociable parce que raisonnable et officielle… Quelle aisance dans le second degré !

En sortant du ciné, je me suis néanmoins interrogé : avait-elle en mémoire, au moment de signer ce contrat, le mot de Freud : « On ne plaisante jamais tout à fait » ? Lequel Freud n’était ni un souverainiste ni un nouveau réactionnaire, mais le théoricien du « refoulement ».

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