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Pas de ça chez nous

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A priori, je suis bien sûr favorable au rattachement de la Wallonie à la France, prélude nécessaire à l’annexion intégrale de la Belgique, et, à terme, de la totalité de la rive gauche du Rhin. Mais, on the other hand, ai-je vraiment envie de me retrouver compatriote avec les abominables Frères Dardenne ?

Albert III, roi des Belges

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Assez représentatif de l’école néo-flamande, ce portrait d’Albert III, roi des Belges, est l’oeuvre de Jan van Verendael. Tenu pour un faux grossier par les historiens wallons de l’art (qui prétendent que les Ray Ban n’existaient pas au temps d’Albert III), le tableau reste néanmoins la pièce maîtresse du musée des Arts et traditions populaires wallones d’Antwerpen.

Jan van Verendael, Portrait de SM Albert III, roi des Belges. Huile sur toile conservée au musée des Arts et traditions populaires wallones, Antwerpen.

Insipides dating

Jour 1. Pas à tortiller : en amour, il faut raquer. Pour un mois : 29,99 euros. Pour six mois : 16,95 € mensuels (petite indélicatesse : il n’est pas clairement expliqué que, sans dénonciation explicite du contrat d’abonnement, il sera reconduit automatiquement). La romance commence donc par un arbitrage financier. Et continue par l’établissement d’une fiche digne des RG : âge, ethnie, taille, poids, photos, situation sociale, revenus, religion, etc. Sans omettre votre lettre de motivation (« annonce »). Magie à l’état pur.

Jour 2
Mon acolyte pour ce reportage : Dovra. Un collectionneur. Il passe en revue les fiches que j’ai sélectionnées la veille : « Les pas connectées depuis plus d’un mois, tu oublies. Pour les autres : un flash et un courriel type. » Pour attrapper l’âme sœur, en général, on se résigne à l’hameçon des petites astuces, mais là, c’est la pêche au filet dérivant. Dovra, lui, pianote en fredonnant du Bryan Ferry : « Jump up ! Bubble up ! What’s in store ? Love is the drug and I need to score… »

Jour 3
Café Marly, samedi après-midi, premier rendez-vous. Les premières entrevues se ressembleront toutes : elle flippe, habitué à filer rencard à Brad Pitt et à voir débarquer Michel Blanc. Sa panique se double du syndrome Price Minister : être retournée comme un colis décevant.

Jour 4
Moteur de recherche épatant : on peut trier selon ce qu’elles estiment le « plus attirant » chez elles. Les sophistiquées choisissent « le regard » ou « la nuque », les téméraires « les fesses », et les facétieuses optent pour « les pieds ». Les options « esprit » ou « humour » ne sont pas proposées. Au jeu du maquignon, et selon mes critères, je trouve : « Avocat » (229), « Fleuriste » (71), « Agriculteur » (8), « Chauffeur routier » (5), « Hôtesse de l’air » (215), « Médecin légiste » (kidding !). Et aussi des minis (moins de 1,49 m : 286), des girafes (plus de 1,98 m : 17) – dont Sala89 (1m99 pour 84kg), chasseuse de têtes dans le civil, qui dit parler kazakh et se définit comme « tenace ». Miam ! Bienvenue dans la cour des Meeracles.

Jour 5
Café de Flore, avec Blue_Shyn, jolie maman de trente-trois ans. Inscrite depuis deux ans – « une seule aventure » – et désabusée : « Je suis comme une DRH qui enchaîne les auditions de tocards… »

Jour 6
Une dizaine de messages chaque jour, des centaines de « nouveaux profils ». L’impression d’un cheptel. Il suffit d’entrer. De choisir. Meetic, le fantasme du backroom à portée des hétéros ?

Jour 7
Chez Fuxia avec Klara_Ma : premier blind date (pas de photo). Beaucoup de filles protègent ainsi leur anonymat, afin de ne pas être repérées par une connaissance. Dovra ricane : « Savoir si une nana est inscrite, même incognito ? Fastoche… » Lorsqu’on a oublié son mot de passe, le système propose de vous renvoyer vos « identifiants » par courriel. Un petit malin (ou votre femme…) peut donc aisément interroger le site en testant votre e-mail. De retour chez moi, j’essaye le courriel d’une insoupçonnable[1. Il ne s’agit pas d’Elisabeth L.]… Surprise !

Jour 8
D’origine malgache, Orinka88 se la joue « entretien d’embauche » lors de nos échanges. Bonne pâte, je tolère. Mais quand je retrouve cette créature habituée du Flore[2. Il ne s’agit pas de Marc C.] et qu’elle me décoche : « Un bon point pour toi, tu es ponctuel », je prends la mesure du romantisme à l’œuvre – sélectionné sur CV pour un entretien de débauche… En rentrant, un énième message de Calou4Ever, clone de Claire Chazal. Elle m’invite sur MSN, branche sa webcam, se met à poil (façon de parler : elle est 100 % épilée). Quelque part, Cupidon s’ouvre les veines.

Jour 9
Accoster un canon on line ? Mission impossible. A peine inscrite, elle reçoit un tombereau de mails. Ecœurée ou casée, la bombe ne connaît sur Meetic qu’une durée de vie éphémère. Deux hameçons possibles : un titre de mail qui se distingue des « Coucou ! » et autres « Slt ! » ou l’attente au coin du bois. Car, si dans la vie vraie, on les attend à la sortie (de la fac, puis du bureau…), ici, tout marche à l’envers : il faut les attendre à l’entrée. Catégorie : « nouveaux membres ».

Pas bienvenus chez les ch’tis !

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Député apparenté UMP de Tourcoing, Christian Vanneste a été interrogé par le journal Le Soir, suite au sondage indiquant que 49 % des Wallons et 60 % des Français étaient favorables au rattachement de la Wallonie à la France : « Cela ferait gagner 5 millions d’habitants à la France, ce qui renforcerait son poids en Europe face à l’Allemagne… Mais, la Wallonie est à majorité socialiste, un socialisme pire que chez nous. » A l’évidence, Christian Vanneste n’a pas du tout suivi les législatives belges de 2007, qui ont vu le Mouvement réformateur de Didier Reynders distancer le PS. Encore un coup du lobby homosexuel !

Digital farm

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Non, Orwell n’est pas mort : il blogue encore. C’est ce que nous apprend le Figaro : dès le 9 août son journal, écrit du 9 août 1938 jusqu’en 1942, sera publié en ligne et dévoilé ainsi pour la première fois dans son intégralité sur le site créé par le Prix Orwell. Chaque jour, nous aurons le loisir de lire un orwellien billet du jour, avec un léger différé de 70 ans. « Les meilleurs livres, écrivait l’auteur de 1984, sont ceux qui racontent ce que l’on sait déjà. » Les blogs aussi, peut-être.

Pékin respecte enfin les Droits des Journalistes

On a eu chaud. Un peu plus et les journalistes envoyés à Pékin pour les Jeux allaient devoir bosser. Imaginez la tête des malheureux, dans leur chambre d’hôtel, privés de leur principale source d’information. Lâchés dans un monde hostile, sans la présence familière de Google obligés d’errer dans une ville où, en plus d’absorber en quinze jours la dose d’oxyde de carbone que leur coach leur concède pour l’année, ils auraient dû se contenter de parler aux autochtones. Lesquels ne sont pas toujours coopératifs : figurez-vous qu’ils sont contents, fiers même, de ces Jeux de la Honte. Faut croire qu’ils sont tous sur écoute. Sinon, c’est sûr, il y aurait un portrait géant de Bob Ménard place Tien An Men.

A la longue, ces manifestations du patriotisme chinois pourraient casser le moral des troupes qui, à Paris, luttent héroïquement contre la dictature. Sevré d’Internet, le reporter dépêché à Pékin pour mettre le spectateur en appétit avant que commencent les « choses sérieuses » et qu’affluent des recettes publicitaires non moins sérieuses n’a guère d’autre solution que de nous infliger des « papiers couleurs ». Et il ne s’en prive pas. Exemple entendu au hasard des ondes : le marché « spécial touriste olympique », juste ce qu’il faut d’exotisme, un chaos digne des Ming et des hôtesses qui jonglent impeccablement avec une bonne dizaine de phrases dans pas mal de langues étrangères. Un entraîneur italien et un athlète américain se fendent de quelques commentaires attendus. Tout le monde est ravi. Ainsi va la Chine nouvelle. Accommodé à cette sauce, tout devient vite kitsch, jusqu’au paysan renvoyé dans son village avec aussi peu de ménagements qu’il en avait été arraché pour contribuer à la construction du grand cirque. Mais je m’égare.

Internet, c’est le cordon ombilical qui relie le reporter au monde, et tout particulièrement à l’ensemble de ses confrères. Pompons-nous les uns les autres. Avec Internet, vous avez l’assurance de ne jamais commettre d’écart par rapport à la doxa : vous savez en temps réel où souffle le vent. Sans ce précieux auxiliaire, on court toujours le risque de dire du bien de ceux qui ont été désignés comme les méchants pendant qu’on était à la piscine. Grâce aux dieux du wifi, l’envoyé spécial sait à la fois ce qui se passe en Chine et ce qu’il convient d’en penser, le tout sans quitter sa chambre d’hôtel. C’est dire si, pour un journaliste, la vie sans web est épuisante.

On ne s’étonnera donc pas que la presse ait unanimement salué la victoire remportée sur le régime chinois après quarante-huit heures d’un d’insoutenable bras de fer. Tout allait bien. Bob Ménard était en vacances. Ingrid Bétancourt aussi. On pouvait même espérer que Siné allait finir par la boucler (sa valise). Voilà que le mercredi 31 juillet, un porte-parole chinois confirme ce que quelques confrères avaient constaté la veille : certains sites ne sont pas accessibles aux journalistes étrangers. En prime, il fait le malin : « On vous avait promis l’accès à Internet, pas à tout Internet ! » Branle-bas de combat dans les rédactions. Pas contents, les confrères : impossible, de Pékin, d’aller sur certains sites que l’on dira donc « sensibles ». Terrorisme ? Pédophilie ? Non, apparemment, ce qui fait peur au régime chinois, c’est l’alliance des grands médias et des grandes boutiques de droits de l’Homme. Dans la première catégorie, bizarrement, tout le monde cite la BBC et la Deutsche Welle (seraient-ils les seuls censurés ? ou les seuls qui manquent réellement ? – dans les deux cas, ce serait vexant pour les autres) ; par ailleurs, on redoute la perspective de Jeux sans Amnesty International et, surtout, sans Reporters Sans Frontières, l’agence d’événementiel humanitaire chargée de leur fournir un supplément d’âme. Interdits de voyage, Ménard et ses troupes ont promis une cyber-manifestation d’enfer. Les malheureux reporters confinés à Pékin veulent en être.

Etranglements indignés, cris d’orfraie et mines d’enterrement. D’un bout à l’autre de cette malheureuse planète, on découvre que les Chinois censurent l’Internet. Un scoop mondial ! Ô temps, ô mœurs, sans compter le reste. « Pékin a roulé le CIO dans la farine. Il faut que les journalistes étrangers puissent travailler correctement », tonne Ménard. Et, divine surprise, les Chinois cèdent. Comme quoi il suffisait de hausser le ton. Congratulations générales et assomption de Robert Ménard. C’est la victoire du courage sur la lâcheté, de la liberté sur l’oppression – le triomphe des droits de l’Homme et du Journaliste.

Si vous aviez mauvais esprit, vous diriez que le dissident chinois, il s’en tamponne que l’envoyé spécial du Bien public ait accès au site de la BBC. Et que le rapport d’Amnesty, pour lui, c’est la vraie vie. Ce ne serait pas faux. Mais ce délicieux épisode révèle autre chose. Visiblement, les dirigeants chinois ont compris que les médias sont le dernier attribut de la puissance de l’Occident. Ils savent qu’on ne peut pas les envoyer paître comme un quelconque gouvernement européen. Il faut les nourrir et leur donner l’illusion qu’ils ont gagné, en un mot les rouler dans la farine. De ce point de vue, l’opération « Censure sur Internet » est parfaite. Premier temps : on serre la vis sur un terrain dépourvu de tout enjeu réel ; deuxième temps : on laisse la contestation enfler ; troisième temps : on revient à sa position initiale en ayant l’air d’avoir fait une concession majeure. En clair, les dirigeants de Pékin lâchent sur ce qu’ils ne peuvent pas contrôler et dont, au demeurant, ils se fichent : ce qu’on dit d’eux en Occident. Peu leur importe que les envoyés spéciaux se donnent des émotions avec la littérature subversive, ce qui compte c’est que les Chinois soient contents. Et pour que les Chinois soient contents, il faut les protéger des propagateurs de mauvaises nouvelles et autres ennemis du libéral-communisme. Les râleurs au trou, les journalistes au centre de presse et les vaches seront bien gardées.

D’accord, cette grande victoire n’a pas changé le sort d’un prisonnier politique chinois ni accru d’un iota la liberté de la presse chinoise. Que ne donnerait-on pas pour améliorer les conditions de travail de ceux qui sacrifient leurs vacances pour nous informer ?

En attendant, tout ça l’a énervé, notre Bobby national. Faut dire qu’il y a de quoi. Auréolé de la défaite infligée à Hu Jintao, il ne doutait pas que, dans la foulée, Nicolas Sarkozy allait se rendre à ses exigences – et pas à la cérémonie d’ouverture. Macache. Non seulement le Dalaï Lama devra se contenter de Carla, mais le président lui, se fadera l’aller-retour pour Pékin. Avec Roselyne Bachelot qui est du genre à parler tout le temps, tu parles d’une partie de plaisir. Il est colère, le Ménard. Le premier à ramasser a été le président du CIO, Jacques Rogge : « un Ponce Pilate, un lâche et un salopard ». Nicolas Sarkozy, désigné comme la tête pensante d’une « coalition de lâches », n’a pas eu droit à beaucoup plus de manières. « Nous ne pouvons que constater la lâcheté du CIO et des dirigeants politiques. Ceux qui ont un minimum de respect pour eux-mêmes n’assisteront pas à la cérémonie d’ouverture. Mais certains en sont réduits à toutes les bassesses avec, en tête, Nicolas Sarkozy. » Prends ça dans les dents. On suppose que RSF ne supportera pas un jour de plus de devoir quoi que ce soit à un gouvernement cumulant lâcheté et bassesse et se fera un point d’honneur de reverser au budget de l’Etat la subvention de 525 000 € qui lui a été allouée, au titre de l’exercice 2007, par le ministère des Affaires étrangères.

Ne parlons pas d’argent. Ménard pense qu’il n’est pas convenable de faire passer l’économie avant les droits de l’Homme. Il a raison. Mais alors, qu’il trouve le moyen de faire taire tous ces gens vulgaires qui ne cessent de réclamer plus de pouvoir d’achat. Si le Pain passe avant les Jeux, où va-t-on ?

Adoptons les Wallons et les Bruxellois

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Madame la Belgique se meurt, Madame la Belgique est presque morte, et nous restons là comme des benêts à contempler cette agonie comme s’il s’agissait d’un épisode du feuilleton débile de l’été sur France 2.

Comme les petits enfants belges ne présentent aucun symptôme de dénutrition (ventre ballonné, côtes saillantes, grands yeux couverts de mouches), et que l’abandon de la compétition par Justine Hénin ne suscite aucune mobilisation populaire demandant son retour immédiat sur les courts, l’opinion reste indifférente aux râles d’une nation en phase terminale. Elle a bien tort, car la France, volens nolens, va devoir réaménager ses relations avec son plus proche voisin, situé à 1 h 20 de Paris en chemin de fer.

L’actuel Premier ministre du Royaume de Belgique s’appelle Yves Leterme, que son nom prédestinait à éteindre la lumière avant de fermer pour toujours la maison belge unitaire. Ce fils de Wallons émigrés en Flandre avait défrayé la chronique en entonnant La Marseillaise, alors qu’un journaliste facétieux l’invitait à démontrer qu’il connaissait la version francophone de l’hymne national belge, La Brabançonne.

Ce lapsus en dit long sur l’insconscient collectif des habitants du plat pays, qui ont fait depuis bien longtemps leur deuil de cette Belgique de papa, chantée par Brel, Flamand francisé de Bruxelles…

La « question belge », celle des modalités de cohabitation de deux communautés et de trois régions (Flandre, Wallonie et Bruxelles) traverse l’histoire du royaume depuis sa création en 1830. Entre 1945 et 2008, ce pays est allé dans un seul sens : celui d’un éloignement croissant des deux principales composantes de cette nation, les néerlandophones et les francophones[1. On a coutume de rassembler ces derniers sous la dénomination de Wallons, ce qui n’est pas exact, car les Bruxellois d’expression française ne se reconnaissent pas comme tels.].

Parfois violent, comme lors de la séparation de l’Université de Louvain dans les années 1960, mais le plus souvent pacifique, ce détricotage de la Belgique unitaire a peu a peu vidé de l’essentiel de son contenu l’Etat central, pour renforcer le pouvoir des régions. Le moteur de cette évolution a été le mouvement national flamand : les francophones s’arrangeaient fort bien d’une Belgique dont ils furent longtemps les dominants, sur le plan économique, politique et culturel. La situation s’est inversée au cours du dernier demi-siècle : aujourd’hui les Flamands ont rattrapé, puis dépassé une Wallonie en déclin, dans le domaine démographique et économique. Jusqu’aux années 1980, l’élite politique flamande, dominée par les démocrates-chrétiens, avait réussi a endiguer la poussée indépendantiste et à satisfaire les revendications autonomistes de la population dans le cadre de ces fameux compromis à la Belge, où la Flandre « achetait » des éléments de souveraineté pour ses institutions provinciales contre des subsides versés à une économie wallonne en déconfiture.

Les dirigeants flamands comme Marc Eyskens ou Jean-Luc Dehaene faisaient d’autre part valoir aux impatients que la construction européenne allait régler une fois pour toutes la question belge : l’Etat-nation était promis au dépérissement au profit d’une Europe, fédérale d’un côté, multirégionale de l’autre.

Ces paroles apaisantes ont été balayées par deux événements majeurs : la chute du Mur de Berlin et le surgissement, puis l’enracinement, en Flandre d’un parti populiste xénophobe et séparatiste, le Vlaams Blok, rebaptisé aujourd’hui Vlaams Belang.

La libération des peuples d’Europe centrale et orientale a eu pour conséquence l’éclatement de deux pays : la Yougoslavie et la Tchécoslovaquie, et la création, sous les ovations de l’Occident, de nouvelles nations souveraines, dont les peuples ne se sentaient plus à l’aise dans les structures étatiques établies après la première guerre mondiale. Les Belges francophones prétendent que leurs concitoyens flamands sont parfois lents de la comprenette, mais cette fois-ci ils n’ont pas tardé à se mettre en tête que, pour peu qu’ils le demandent avec un peu d’insistance, il serait difficile de leur refuser ce que l’on venait d’accorder à la Slovénie, la Slovaquie ou le Kosovo.

L’abandon de l’utopie fédéraliste européenne après l’élargissement à l’Est et l’échec du référendum constitutionnel réduisait à néant l’hypothèse d’une Belgique soluble dans l’Europe. Sous la pression du Vlaams Belang dont le slogan est « België barst ! » (crève Belgique!) l’ensemble des partis flamands, à l’exception des Verts, ont mis en avant des revendications qui reviennent à faire de l’Etat belge une coquille vide. L’exigence d’une régionalisation de la sécurité sociale, fin de la solidarité interpersonnelle de tous les Belges, est considérée comme un casus belli par tous les partis francophones. Ces derniers vivent également très mal les vexations imposées aux habitants francophones des communes de la périphérie bruxelloise.

Nous en sommes là : le 14 juillet, Yves Leterme jette l’éponge après quelques mois de gouvernement, se trouvant dans l’incapacité de conclure un accord avec les francophones sur la réforme de l’Etat. Le roi Albert II, dont le job et l’avenir de la dynastie dépendent de la pérennité de la Belgique, a beau refuser la démission de Leterme pour forcer le destin, les dés semblent jetés : jamais on n’a été si près de l’éclatement du pays.

Fin juillet, un sondage publié par Le Soir, principal quotidien francophone, indique que 49 % des Wallons et Bruxellois francophones sont favorables à un rattachement à la France en cas de départ de la Flandre. Le reste se partage également entre les « contre » et les sans-opinion.

La publication de ce sondage a provoqué un léger intérêt dans les médias français, qui n’ont cependant pas pris la juste mesure de la révolution mentale qu’il révèle. Alors que jusque-là le mouvement « rattachiste », favorable à l’intégration dans la France de Wallonie-Bruxelles, restait groupusculaire et ne réalisait que des scores infimes aux élections (1,28 % aux législatives de 2007), la percée de ses idées dans l’opinion constitue un événement historique. Il montre tout d’abord le désarroi des francophones devant le refus, catégorique cette fois-ci, des dirigeants flamands « d’arranger les bidons », savoureuse expression belge signifiant bricoler un accord.

Comme le dit un politicien wallon : « Maintenant, il n’ y a plus de gras à se partager, on est à l’os… » La Wallonie est un pays de cités. Chacune d’entre elles veille jalousement sur ses privilèges, et aucune ne supporterait la prééminence d’une autre: pour ne pas trancher entre Liège et Charleroi, villes d’importance équivalente, c’est la modeste Namur qui devint capitale régionale. Quant à Bruxelles, son éclatement en dix-neuf communes de plein exercice rabattrait son caquet de capitale, si toutefois il lui prenait la lubie de se hausser du col. Vingt ans de pouvoir français, révolutionnaire, puis impérial entre 1795 et 1815, ont vacciné les Belges contre le jacobinisme centralisateur et inquisiteur pour ce qui est de l’usage des deniers publics. Faut-il alors qu’ils soient dans la panade pour se retourner vers une France, certes adorée pour les vacances et la culture, mais dont on se passe fort bien dans l’organisation de la cité !

Ce sondage révèle également la défiance que le peuple francophone éprouve envers sa classe politique : ce n’est pas à ces gens-là, gangrenés par le clientélisme et la corruption, que l’on pourrait confier la construction d’un Etat, si la Belgique éclate.

Dans ce domaine, l’affaire Dutroux en 1997 a été le symptôme annonciateur d’une désagrégation de l’Etat belge, de la même manière que Tchernobyl en 1986 avait été celui de l’écroulement du communisme soviétique. Un Etat dont les dysfonctionnements provoquent la mort d’enfants perd sa légitimité.

Dans un mois, dans un an, les dirigeants français auront à répondre à une interpellation venue d’outre-Quiévrain : « Est-ce que vous voulez bien de nous, avec nos chômeurs, nos politiciens corrompus et alcooliques, certes, mais aussi avec nos universités, nos théâtres et nos opéras, et un peuple qui ne demande qu’à se relever pour peu qu’on lui tende la main ? »

Les Chtis sont déjà 60 % à dire « bienvenue chez nous » à leurs voisins, comme le révèle un sondage récent de La Voix du Nord. Cette fois-ci, la réunion des Français et des Belges n’aurait rien d’une annexion, ce serait plutôt une adoption. Avec ce qu’il faut de rééducation de part et d’autre : un peu plus de souplesse décentralisatrice du côté français, et une sérieuse rectification des mœurs politico-administratives du côté belge. Puisque le multiculturalisme est à la mode…

Navigateur solitaire

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Toujours d’après ces mêmes statistiques, j’apprends avec dépit que je suis un des rares causeurs à se connecter à mon site préféré via Camino, l’excellent navigateur gratuit concocté par Mozilla, et qui tourne à merveille sur mon Mac (mais il existe aussi une version PC pour les ploucs et les pauvres). Le plus piquant dans ces stats, c’est de constater qu’il existe des modes de connexions encore plus exotiques : très loin derrière les gros bataillons d’utilisateurs d’Internet Explorer, de Firefox ou de Safari, il s’est trouvé un internaute pour se connecter via sa Playstation 3. A moins qu’il ne s’agisse d’une internaute : c’est trop de la balle d’imaginer que que Lara Croft est peut-être des nôtres…

Un site trop aride ?

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En jetant un œil sur les statistiques et la provenance des visiteurs de Causeur.fr, on s’aperçoit que trois pays se taillent la part du lion : la France, la Belgique et le Canada. Nous souhaitons à nos amis belges et canadiens la bienvenue – ils sont de plus en plus nombreux, alors même que leur rattachement n’a pas encore été prononcé, ce qui ne saurait tarder. En revanche, grosse déception : il ne semble qu’aucun Internaute ne se soit connecté au site depuis l’île Clipperton. Saleté de réchauffement climatique.

Pas de choc pour le pétrolier

En juin dernier, notre ministre (très libérale) des Finances, Mme Lagarde, imposait au groupe Total de contribuer à la « prime de cuve de fioul » à hauteur de 100 millions d’euros, afin de soulager les consommateurs français. On jugera de l’effort consenti par le pétrolier tricolore à la lecture du classement des plus riches multinationales publié par le magazine Fortune. Total y est 5e mondial avec 18 milliards de dollars de bénéfices. Lesquels seront donc amputés de 0,75 % par ladite contribution.

Pas de ça chez nous

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A priori, je suis bien sûr favorable au rattachement de la Wallonie à la France, prélude nécessaire à l’annexion intégrale de la Belgique, et, à terme, de la totalité de la rive gauche du Rhin. Mais, on the other hand, ai-je vraiment envie de me retrouver compatriote avec les abominables Frères Dardenne ?

Albert III, roi des Belges

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Assez représentatif de l’école néo-flamande, ce portrait d’Albert III, roi des Belges, est l’oeuvre de Jan van Verendael. Tenu pour un faux grossier par les historiens wallons de l’art (qui prétendent que les Ray Ban n’existaient pas au temps d’Albert III), le tableau reste néanmoins la pièce maîtresse du musée des Arts et traditions populaires wallones d’Antwerpen.

Jan van Verendael, Portrait de SM Albert III, roi des Belges. Huile sur toile conservée au musée des Arts et traditions populaires wallones, Antwerpen.

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Jour 1. Pas à tortiller : en amour, il faut raquer. Pour un mois : 29,99 euros. Pour six mois : 16,95 € mensuels (petite indélicatesse : il n’est pas clairement expliqué que, sans dénonciation explicite du contrat d’abonnement, il sera reconduit automatiquement). La romance commence donc par un arbitrage financier. Et continue par l’établissement d’une fiche digne des RG : âge, ethnie, taille, poids, photos, situation sociale, revenus, religion, etc. Sans omettre votre lettre de motivation (« annonce »). Magie à l’état pur.

Jour 2
Mon acolyte pour ce reportage : Dovra. Un collectionneur. Il passe en revue les fiches que j’ai sélectionnées la veille : « Les pas connectées depuis plus d’un mois, tu oublies. Pour les autres : un flash et un courriel type. » Pour attrapper l’âme sœur, en général, on se résigne à l’hameçon des petites astuces, mais là, c’est la pêche au filet dérivant. Dovra, lui, pianote en fredonnant du Bryan Ferry : « Jump up ! Bubble up ! What’s in store ? Love is the drug and I need to score… »

Jour 3
Café Marly, samedi après-midi, premier rendez-vous. Les premières entrevues se ressembleront toutes : elle flippe, habitué à filer rencard à Brad Pitt et à voir débarquer Michel Blanc. Sa panique se double du syndrome Price Minister : être retournée comme un colis décevant.

Jour 4
Moteur de recherche épatant : on peut trier selon ce qu’elles estiment le « plus attirant » chez elles. Les sophistiquées choisissent « le regard » ou « la nuque », les téméraires « les fesses », et les facétieuses optent pour « les pieds ». Les options « esprit » ou « humour » ne sont pas proposées. Au jeu du maquignon, et selon mes critères, je trouve : « Avocat » (229), « Fleuriste » (71), « Agriculteur » (8), « Chauffeur routier » (5), « Hôtesse de l’air » (215), « Médecin légiste » (kidding !). Et aussi des minis (moins de 1,49 m : 286), des girafes (plus de 1,98 m : 17) – dont Sala89 (1m99 pour 84kg), chasseuse de têtes dans le civil, qui dit parler kazakh et se définit comme « tenace ». Miam ! Bienvenue dans la cour des Meeracles.

Jour 5
Café de Flore, avec Blue_Shyn, jolie maman de trente-trois ans. Inscrite depuis deux ans – « une seule aventure » – et désabusée : « Je suis comme une DRH qui enchaîne les auditions de tocards… »

Jour 6
Une dizaine de messages chaque jour, des centaines de « nouveaux profils ». L’impression d’un cheptel. Il suffit d’entrer. De choisir. Meetic, le fantasme du backroom à portée des hétéros ?

Jour 7
Chez Fuxia avec Klara_Ma : premier blind date (pas de photo). Beaucoup de filles protègent ainsi leur anonymat, afin de ne pas être repérées par une connaissance. Dovra ricane : « Savoir si une nana est inscrite, même incognito ? Fastoche… » Lorsqu’on a oublié son mot de passe, le système propose de vous renvoyer vos « identifiants » par courriel. Un petit malin (ou votre femme…) peut donc aisément interroger le site en testant votre e-mail. De retour chez moi, j’essaye le courriel d’une insoupçonnable[1. Il ne s’agit pas d’Elisabeth L.]… Surprise !

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D’origine malgache, Orinka88 se la joue « entretien d’embauche » lors de nos échanges. Bonne pâte, je tolère. Mais quand je retrouve cette créature habituée du Flore[2. Il ne s’agit pas de Marc C.] et qu’elle me décoche : « Un bon point pour toi, tu es ponctuel », je prends la mesure du romantisme à l’œuvre – sélectionné sur CV pour un entretien de débauche… En rentrant, un énième message de Calou4Ever, clone de Claire Chazal. Elle m’invite sur MSN, branche sa webcam, se met à poil (façon de parler : elle est 100 % épilée). Quelque part, Cupidon s’ouvre les veines.

Jour 9
Accoster un canon on line ? Mission impossible. A peine inscrite, elle reçoit un tombereau de mails. Ecœurée ou casée, la bombe ne connaît sur Meetic qu’une durée de vie éphémère. Deux hameçons possibles : un titre de mail qui se distingue des « Coucou ! » et autres « Slt ! » ou l’attente au coin du bois. Car, si dans la vie vraie, on les attend à la sortie (de la fac, puis du bureau…), ici, tout marche à l’envers : il faut les attendre à l’entrée. Catégorie : « nouveaux membres ».

Pas bienvenus chez les ch’tis !

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Député apparenté UMP de Tourcoing, Christian Vanneste a été interrogé par le journal Le Soir, suite au sondage indiquant que 49 % des Wallons et 60 % des Français étaient favorables au rattachement de la Wallonie à la France : « Cela ferait gagner 5 millions d’habitants à la France, ce qui renforcerait son poids en Europe face à l’Allemagne… Mais, la Wallonie est à majorité socialiste, un socialisme pire que chez nous. » A l’évidence, Christian Vanneste n’a pas du tout suivi les législatives belges de 2007, qui ont vu le Mouvement réformateur de Didier Reynders distancer le PS. Encore un coup du lobby homosexuel !

Digital farm

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Non, Orwell n’est pas mort : il blogue encore. C’est ce que nous apprend le Figaro : dès le 9 août son journal, écrit du 9 août 1938 jusqu’en 1942, sera publié en ligne et dévoilé ainsi pour la première fois dans son intégralité sur le site créé par le Prix Orwell. Chaque jour, nous aurons le loisir de lire un orwellien billet du jour, avec un léger différé de 70 ans. « Les meilleurs livres, écrivait l’auteur de 1984, sont ceux qui racontent ce que l’on sait déjà. » Les blogs aussi, peut-être.

Pékin respecte enfin les Droits des Journalistes

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On a eu chaud. Un peu plus et les journalistes envoyés à Pékin pour les Jeux allaient devoir bosser. Imaginez la tête des malheureux, dans leur chambre d’hôtel, privés de leur principale source d’information. Lâchés dans un monde hostile, sans la présence familière de Google obligés d’errer dans une ville où, en plus d’absorber en quinze jours la dose d’oxyde de carbone que leur coach leur concède pour l’année, ils auraient dû se contenter de parler aux autochtones. Lesquels ne sont pas toujours coopératifs : figurez-vous qu’ils sont contents, fiers même, de ces Jeux de la Honte. Faut croire qu’ils sont tous sur écoute. Sinon, c’est sûr, il y aurait un portrait géant de Bob Ménard place Tien An Men.

A la longue, ces manifestations du patriotisme chinois pourraient casser le moral des troupes qui, à Paris, luttent héroïquement contre la dictature. Sevré d’Internet, le reporter dépêché à Pékin pour mettre le spectateur en appétit avant que commencent les « choses sérieuses » et qu’affluent des recettes publicitaires non moins sérieuses n’a guère d’autre solution que de nous infliger des « papiers couleurs ». Et il ne s’en prive pas. Exemple entendu au hasard des ondes : le marché « spécial touriste olympique », juste ce qu’il faut d’exotisme, un chaos digne des Ming et des hôtesses qui jonglent impeccablement avec une bonne dizaine de phrases dans pas mal de langues étrangères. Un entraîneur italien et un athlète américain se fendent de quelques commentaires attendus. Tout le monde est ravi. Ainsi va la Chine nouvelle. Accommodé à cette sauce, tout devient vite kitsch, jusqu’au paysan renvoyé dans son village avec aussi peu de ménagements qu’il en avait été arraché pour contribuer à la construction du grand cirque. Mais je m’égare.

Internet, c’est le cordon ombilical qui relie le reporter au monde, et tout particulièrement à l’ensemble de ses confrères. Pompons-nous les uns les autres. Avec Internet, vous avez l’assurance de ne jamais commettre d’écart par rapport à la doxa : vous savez en temps réel où souffle le vent. Sans ce précieux auxiliaire, on court toujours le risque de dire du bien de ceux qui ont été désignés comme les méchants pendant qu’on était à la piscine. Grâce aux dieux du wifi, l’envoyé spécial sait à la fois ce qui se passe en Chine et ce qu’il convient d’en penser, le tout sans quitter sa chambre d’hôtel. C’est dire si, pour un journaliste, la vie sans web est épuisante.

On ne s’étonnera donc pas que la presse ait unanimement salué la victoire remportée sur le régime chinois après quarante-huit heures d’un d’insoutenable bras de fer. Tout allait bien. Bob Ménard était en vacances. Ingrid Bétancourt aussi. On pouvait même espérer que Siné allait finir par la boucler (sa valise). Voilà que le mercredi 31 juillet, un porte-parole chinois confirme ce que quelques confrères avaient constaté la veille : certains sites ne sont pas accessibles aux journalistes étrangers. En prime, il fait le malin : « On vous avait promis l’accès à Internet, pas à tout Internet ! » Branle-bas de combat dans les rédactions. Pas contents, les confrères : impossible, de Pékin, d’aller sur certains sites que l’on dira donc « sensibles ». Terrorisme ? Pédophilie ? Non, apparemment, ce qui fait peur au régime chinois, c’est l’alliance des grands médias et des grandes boutiques de droits de l’Homme. Dans la première catégorie, bizarrement, tout le monde cite la BBC et la Deutsche Welle (seraient-ils les seuls censurés ? ou les seuls qui manquent réellement ? – dans les deux cas, ce serait vexant pour les autres) ; par ailleurs, on redoute la perspective de Jeux sans Amnesty International et, surtout, sans Reporters Sans Frontières, l’agence d’événementiel humanitaire chargée de leur fournir un supplément d’âme. Interdits de voyage, Ménard et ses troupes ont promis une cyber-manifestation d’enfer. Les malheureux reporters confinés à Pékin veulent en être.

Etranglements indignés, cris d’orfraie et mines d’enterrement. D’un bout à l’autre de cette malheureuse planète, on découvre que les Chinois censurent l’Internet. Un scoop mondial ! Ô temps, ô mœurs, sans compter le reste. « Pékin a roulé le CIO dans la farine. Il faut que les journalistes étrangers puissent travailler correctement », tonne Ménard. Et, divine surprise, les Chinois cèdent. Comme quoi il suffisait de hausser le ton. Congratulations générales et assomption de Robert Ménard. C’est la victoire du courage sur la lâcheté, de la liberté sur l’oppression – le triomphe des droits de l’Homme et du Journaliste.

Si vous aviez mauvais esprit, vous diriez que le dissident chinois, il s’en tamponne que l’envoyé spécial du Bien public ait accès au site de la BBC. Et que le rapport d’Amnesty, pour lui, c’est la vraie vie. Ce ne serait pas faux. Mais ce délicieux épisode révèle autre chose. Visiblement, les dirigeants chinois ont compris que les médias sont le dernier attribut de la puissance de l’Occident. Ils savent qu’on ne peut pas les envoyer paître comme un quelconque gouvernement européen. Il faut les nourrir et leur donner l’illusion qu’ils ont gagné, en un mot les rouler dans la farine. De ce point de vue, l’opération « Censure sur Internet » est parfaite. Premier temps : on serre la vis sur un terrain dépourvu de tout enjeu réel ; deuxième temps : on laisse la contestation enfler ; troisième temps : on revient à sa position initiale en ayant l’air d’avoir fait une concession majeure. En clair, les dirigeants de Pékin lâchent sur ce qu’ils ne peuvent pas contrôler et dont, au demeurant, ils se fichent : ce qu’on dit d’eux en Occident. Peu leur importe que les envoyés spéciaux se donnent des émotions avec la littérature subversive, ce qui compte c’est que les Chinois soient contents. Et pour que les Chinois soient contents, il faut les protéger des propagateurs de mauvaises nouvelles et autres ennemis du libéral-communisme. Les râleurs au trou, les journalistes au centre de presse et les vaches seront bien gardées.

D’accord, cette grande victoire n’a pas changé le sort d’un prisonnier politique chinois ni accru d’un iota la liberté de la presse chinoise. Que ne donnerait-on pas pour améliorer les conditions de travail de ceux qui sacrifient leurs vacances pour nous informer ?

En attendant, tout ça l’a énervé, notre Bobby national. Faut dire qu’il y a de quoi. Auréolé de la défaite infligée à Hu Jintao, il ne doutait pas que, dans la foulée, Nicolas Sarkozy allait se rendre à ses exigences – et pas à la cérémonie d’ouverture. Macache. Non seulement le Dalaï Lama devra se contenter de Carla, mais le président lui, se fadera l’aller-retour pour Pékin. Avec Roselyne Bachelot qui est du genre à parler tout le temps, tu parles d’une partie de plaisir. Il est colère, le Ménard. Le premier à ramasser a été le président du CIO, Jacques Rogge : « un Ponce Pilate, un lâche et un salopard ». Nicolas Sarkozy, désigné comme la tête pensante d’une « coalition de lâches », n’a pas eu droit à beaucoup plus de manières. « Nous ne pouvons que constater la lâcheté du CIO et des dirigeants politiques. Ceux qui ont un minimum de respect pour eux-mêmes n’assisteront pas à la cérémonie d’ouverture. Mais certains en sont réduits à toutes les bassesses avec, en tête, Nicolas Sarkozy. » Prends ça dans les dents. On suppose que RSF ne supportera pas un jour de plus de devoir quoi que ce soit à un gouvernement cumulant lâcheté et bassesse et se fera un point d’honneur de reverser au budget de l’Etat la subvention de 525 000 € qui lui a été allouée, au titre de l’exercice 2007, par le ministère des Affaires étrangères.

Ne parlons pas d’argent. Ménard pense qu’il n’est pas convenable de faire passer l’économie avant les droits de l’Homme. Il a raison. Mais alors, qu’il trouve le moyen de faire taire tous ces gens vulgaires qui ne cessent de réclamer plus de pouvoir d’achat. Si le Pain passe avant les Jeux, où va-t-on ?

Adoptons les Wallons et les Bruxellois

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Madame la Belgique se meurt, Madame la Belgique est presque morte, et nous restons là comme des benêts à contempler cette agonie comme s’il s’agissait d’un épisode du feuilleton débile de l’été sur France 2.

Comme les petits enfants belges ne présentent aucun symptôme de dénutrition (ventre ballonné, côtes saillantes, grands yeux couverts de mouches), et que l’abandon de la compétition par Justine Hénin ne suscite aucune mobilisation populaire demandant son retour immédiat sur les courts, l’opinion reste indifférente aux râles d’une nation en phase terminale. Elle a bien tort, car la France, volens nolens, va devoir réaménager ses relations avec son plus proche voisin, situé à 1 h 20 de Paris en chemin de fer.

L’actuel Premier ministre du Royaume de Belgique s’appelle Yves Leterme, que son nom prédestinait à éteindre la lumière avant de fermer pour toujours la maison belge unitaire. Ce fils de Wallons émigrés en Flandre avait défrayé la chronique en entonnant La Marseillaise, alors qu’un journaliste facétieux l’invitait à démontrer qu’il connaissait la version francophone de l’hymne national belge, La Brabançonne.

Ce lapsus en dit long sur l’insconscient collectif des habitants du plat pays, qui ont fait depuis bien longtemps leur deuil de cette Belgique de papa, chantée par Brel, Flamand francisé de Bruxelles…

La « question belge », celle des modalités de cohabitation de deux communautés et de trois régions (Flandre, Wallonie et Bruxelles) traverse l’histoire du royaume depuis sa création en 1830. Entre 1945 et 2008, ce pays est allé dans un seul sens : celui d’un éloignement croissant des deux principales composantes de cette nation, les néerlandophones et les francophones[1. On a coutume de rassembler ces derniers sous la dénomination de Wallons, ce qui n’est pas exact, car les Bruxellois d’expression française ne se reconnaissent pas comme tels.].

Parfois violent, comme lors de la séparation de l’Université de Louvain dans les années 1960, mais le plus souvent pacifique, ce détricotage de la Belgique unitaire a peu a peu vidé de l’essentiel de son contenu l’Etat central, pour renforcer le pouvoir des régions. Le moteur de cette évolution a été le mouvement national flamand : les francophones s’arrangeaient fort bien d’une Belgique dont ils furent longtemps les dominants, sur le plan économique, politique et culturel. La situation s’est inversée au cours du dernier demi-siècle : aujourd’hui les Flamands ont rattrapé, puis dépassé une Wallonie en déclin, dans le domaine démographique et économique. Jusqu’aux années 1980, l’élite politique flamande, dominée par les démocrates-chrétiens, avait réussi a endiguer la poussée indépendantiste et à satisfaire les revendications autonomistes de la population dans le cadre de ces fameux compromis à la Belge, où la Flandre « achetait » des éléments de souveraineté pour ses institutions provinciales contre des subsides versés à une économie wallonne en déconfiture.

Les dirigeants flamands comme Marc Eyskens ou Jean-Luc Dehaene faisaient d’autre part valoir aux impatients que la construction européenne allait régler une fois pour toutes la question belge : l’Etat-nation était promis au dépérissement au profit d’une Europe, fédérale d’un côté, multirégionale de l’autre.

Ces paroles apaisantes ont été balayées par deux événements majeurs : la chute du Mur de Berlin et le surgissement, puis l’enracinement, en Flandre d’un parti populiste xénophobe et séparatiste, le Vlaams Blok, rebaptisé aujourd’hui Vlaams Belang.

La libération des peuples d’Europe centrale et orientale a eu pour conséquence l’éclatement de deux pays : la Yougoslavie et la Tchécoslovaquie, et la création, sous les ovations de l’Occident, de nouvelles nations souveraines, dont les peuples ne se sentaient plus à l’aise dans les structures étatiques établies après la première guerre mondiale. Les Belges francophones prétendent que leurs concitoyens flamands sont parfois lents de la comprenette, mais cette fois-ci ils n’ont pas tardé à se mettre en tête que, pour peu qu’ils le demandent avec un peu d’insistance, il serait difficile de leur refuser ce que l’on venait d’accorder à la Slovénie, la Slovaquie ou le Kosovo.

L’abandon de l’utopie fédéraliste européenne après l’élargissement à l’Est et l’échec du référendum constitutionnel réduisait à néant l’hypothèse d’une Belgique soluble dans l’Europe. Sous la pression du Vlaams Belang dont le slogan est « België barst ! » (crève Belgique!) l’ensemble des partis flamands, à l’exception des Verts, ont mis en avant des revendications qui reviennent à faire de l’Etat belge une coquille vide. L’exigence d’une régionalisation de la sécurité sociale, fin de la solidarité interpersonnelle de tous les Belges, est considérée comme un casus belli par tous les partis francophones. Ces derniers vivent également très mal les vexations imposées aux habitants francophones des communes de la périphérie bruxelloise.

Nous en sommes là : le 14 juillet, Yves Leterme jette l’éponge après quelques mois de gouvernement, se trouvant dans l’incapacité de conclure un accord avec les francophones sur la réforme de l’Etat. Le roi Albert II, dont le job et l’avenir de la dynastie dépendent de la pérennité de la Belgique, a beau refuser la démission de Leterme pour forcer le destin, les dés semblent jetés : jamais on n’a été si près de l’éclatement du pays.

Fin juillet, un sondage publié par Le Soir, principal quotidien francophone, indique que 49 % des Wallons et Bruxellois francophones sont favorables à un rattachement à la France en cas de départ de la Flandre. Le reste se partage également entre les « contre » et les sans-opinion.

La publication de ce sondage a provoqué un léger intérêt dans les médias français, qui n’ont cependant pas pris la juste mesure de la révolution mentale qu’il révèle. Alors que jusque-là le mouvement « rattachiste », favorable à l’intégration dans la France de Wallonie-Bruxelles, restait groupusculaire et ne réalisait que des scores infimes aux élections (1,28 % aux législatives de 2007), la percée de ses idées dans l’opinion constitue un événement historique. Il montre tout d’abord le désarroi des francophones devant le refus, catégorique cette fois-ci, des dirigeants flamands « d’arranger les bidons », savoureuse expression belge signifiant bricoler un accord.

Comme le dit un politicien wallon : « Maintenant, il n’ y a plus de gras à se partager, on est à l’os… » La Wallonie est un pays de cités. Chacune d’entre elles veille jalousement sur ses privilèges, et aucune ne supporterait la prééminence d’une autre: pour ne pas trancher entre Liège et Charleroi, villes d’importance équivalente, c’est la modeste Namur qui devint capitale régionale. Quant à Bruxelles, son éclatement en dix-neuf communes de plein exercice rabattrait son caquet de capitale, si toutefois il lui prenait la lubie de se hausser du col. Vingt ans de pouvoir français, révolutionnaire, puis impérial entre 1795 et 1815, ont vacciné les Belges contre le jacobinisme centralisateur et inquisiteur pour ce qui est de l’usage des deniers publics. Faut-il alors qu’ils soient dans la panade pour se retourner vers une France, certes adorée pour les vacances et la culture, mais dont on se passe fort bien dans l’organisation de la cité !

Ce sondage révèle également la défiance que le peuple francophone éprouve envers sa classe politique : ce n’est pas à ces gens-là, gangrenés par le clientélisme et la corruption, que l’on pourrait confier la construction d’un Etat, si la Belgique éclate.

Dans ce domaine, l’affaire Dutroux en 1997 a été le symptôme annonciateur d’une désagrégation de l’Etat belge, de la même manière que Tchernobyl en 1986 avait été celui de l’écroulement du communisme soviétique. Un Etat dont les dysfonctionnements provoquent la mort d’enfants perd sa légitimité.

Dans un mois, dans un an, les dirigeants français auront à répondre à une interpellation venue d’outre-Quiévrain : « Est-ce que vous voulez bien de nous, avec nos chômeurs, nos politiciens corrompus et alcooliques, certes, mais aussi avec nos universités, nos théâtres et nos opéras, et un peuple qui ne demande qu’à se relever pour peu qu’on lui tende la main ? »

Les Chtis sont déjà 60 % à dire « bienvenue chez nous » à leurs voisins, comme le révèle un sondage récent de La Voix du Nord. Cette fois-ci, la réunion des Français et des Belges n’aurait rien d’une annexion, ce serait plutôt une adoption. Avec ce qu’il faut de rééducation de part et d’autre : un peu plus de souplesse décentralisatrice du côté français, et une sérieuse rectification des mœurs politico-administratives du côté belge. Puisque le multiculturalisme est à la mode…

Navigateur solitaire

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Toujours d’après ces mêmes statistiques, j’apprends avec dépit que je suis un des rares causeurs à se connecter à mon site préféré via Camino, l’excellent navigateur gratuit concocté par Mozilla, et qui tourne à merveille sur mon Mac (mais il existe aussi une version PC pour les ploucs et les pauvres). Le plus piquant dans ces stats, c’est de constater qu’il existe des modes de connexions encore plus exotiques : très loin derrière les gros bataillons d’utilisateurs d’Internet Explorer, de Firefox ou de Safari, il s’est trouvé un internaute pour se connecter via sa Playstation 3. A moins qu’il ne s’agisse d’une internaute : c’est trop de la balle d’imaginer que que Lara Croft est peut-être des nôtres…

Un site trop aride ?

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En jetant un œil sur les statistiques et la provenance des visiteurs de Causeur.fr, on s’aperçoit que trois pays se taillent la part du lion : la France, la Belgique et le Canada. Nous souhaitons à nos amis belges et canadiens la bienvenue – ils sont de plus en plus nombreux, alors même que leur rattachement n’a pas encore été prononcé, ce qui ne saurait tarder. En revanche, grosse déception : il ne semble qu’aucun Internaute ne se soit connecté au site depuis l’île Clipperton. Saleté de réchauffement climatique.

Pas de choc pour le pétrolier

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En juin dernier, notre ministre (très libérale) des Finances, Mme Lagarde, imposait au groupe Total de contribuer à la « prime de cuve de fioul » à hauteur de 100 millions d’euros, afin de soulager les consommateurs français. On jugera de l’effort consenti par le pétrolier tricolore à la lecture du classement des plus riches multinationales publié par le magazine Fortune. Total y est 5e mondial avec 18 milliards de dollars de bénéfices. Lesquels seront donc amputés de 0,75 % par ladite contribution.