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Philippe, marquis du Val

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Intendant de l’Imprimerie royale sous Louis XIV, le marquis du Val se montra d’une sévérité telle qu’on le surnomma à juste titre : l’Intolérant. C’est à ce triste sire que l’on doit l’interdiction en France du si beau traité de Martin Luther Von den Jüden und iren Lügen (Des juifs et de leurs mensonges), du manuel polonais anonyme Organiser un pogrom en dix leçons ou encore Pour en finir avec ceux qui empoisonnent l’eau de nos puits et dévorent nos enfants. Avec des censeurs aussi intransigeants que le marquis du Val, la liberté d’expression avait disparu en France et, pour la voir réapparaître, il faudra attendre la fin du XIXe siècle et la publication du Protocole des sages de Sion.

Nicolas de Largillière, Philippe, marquis du Val, 1718. Huile sur toile conservée au mémorial franco-allemand, Montoire (41).

Rions un peu avec la gauche

Qu’est-ce que j’apprends, en lisant 20 minutes ? « Une vingtaine de jeunes de gauche, en habits du dimanche et colliers de perles, ont fait face samedi à une cinquantaine de jeunes de l’UMP en T-shirt bleus et roses à Strasbourg pour le lancement de la deuxième caravane d’été de l’UMP. » D’après un des organisateurs du happening, qui a souhaité garder l’anonymat pour échapper à la répression, il s’agissait de « caricaturer sur le mode de l’humour » (sic) la politique de la droite. Les slogans officiels de cette contre-manif semblent en effet confirmer la piste de l’humour: « TVA à 5,5% sur le caviar ! » ou encore : « Pas d’allocs pour les dreadlocks ! »

Il s’agit en fait, pour tout vous dire, d’un des avatars du mouvement « Manif de droite », dont le concept est simple – pour ne pas dire plus : moquons-nous de ces cons de droite ! Le rire n’est-il pas ce qui leur est le plus étranger ?

En tant que pasticheur du Roy depuis 1793, je trouve littéralement honteux de voir un métier, au sens le plus noble du terme, ainsi salopé par des gougnafiers de rencontre. A un certain niveau de débilité prétentieuse, moi je dis : « Faut lâcher l’affaire ! Arrêter les soins palliatifs, laisser faire la nature… » Et pourtant, même la gauche française ne méritait pas une fin aussi atroce : être gagnée par l’ »esprit » de ces « nouveaux contestataires » (les guillemets me manquent pour dire mon indignation !).

La spécialité de ces « néo-cons » (comme on dit aux USA à propos d’autre chose), c’est de mettre l’humour, ou ce qui leur en tient lieu, au service de causes « citoyennes ». Autant dire les mots, aussi rudes soient-ils : ces jeunes gens font dans le rire engagé. Ils militent pour le progrès, la justice, la générosité et la gauche. Leurs cibles sont donc, en toute logique, la réaction, l’injustice, l’égoïsme… Bref, la droite et ses multiples figures emblématiques : le flic, le curé, le militaire, la duchesse et le patron-à-cigare.

Un fonds de commerce qui, à défaut d’être rigoureusement neuf, a fait ses preuves, de L’Assiette-au-beurre à Charlie Hebdo en passant par le Canard et ses inextricables chaînes. Alors pourquoi se gêner ? Il suffit à ces glands d’ânonner l’antique antienne contre les « bourgeois, les curés et les gavés » pour être adoubés par Canal + où, en janvier dernier, ces subversifs-là avait eu droit en prime time à une heure de publi-reportage maquillé en documentaire, sans compter une promo kimjongilesque dans la presse-qui-pense : « Jeunes révolutionnaires sympathiques » (Télérama), « Militants pragmatiques et joyeux » (Les Inrockuptibles), « What the fuck ? » (Jalons.fr).

Tiens, au hasard : nos amis les Inrocks, qui ordinairement rient quand ils se brûlent, sont carrément pliés en quatre face à des slogans aussi percutants que « La pauvreté, c’est génétique ! » ou « CAC 40, ouais, ouais, ouais ! » Et pourquoi pas « Non aux méchants, oui aux gentils ! » ? Pour faire passer un message aussi platement manichéen, les néo-cons sont-ils bien inspirés de prétendre passer par le deuxième degré ? S’ils m’avaient consulté, je leur aurais plutôt conseillé un truc à leur taille, genre : « Sans-papiers, sans-logis, sans-esprit : solidarité ! »

En ce qui me concerne, j’en tiens pour l’humour dégagé. Dégagé, notamment, de la foi progressiste et de l’esprit-de-sérieux qu’elle impose.

Toutes les révolutions, depuis la Nôtre, ont écrabouillé les peuples en leur promettant le bonheur dans vingt ans. Et pourtant Jésus, qui n’était pas membre du Medef, avait prévenu : « Des pauvres, vous en aurez toujours ! » L’égalité, c’est comme son Royaume : ce n’est pas de ce monde ! (Comme quoi il ne risque pas de faire chier les athées.)

A la racine de tous nos maux, il y a bien sûr l’humaine nature, c’est-à-dire le péché originel -et non pas la société telle qu’elle est ici et maintenant, ou dans la Chine des Ming. Je ne pourrais certes pas écrire ça dans, mettons, les Inrocks. Je ne sais pas si je vous l’ai raconté : ces gens-là sont fascinés par « la radicalité inédite du rapport à la politique de ces collectifs militants iconoclastes ». Puteborgne ! Après une telle phrase, qui aurait encore envie de rire ?

Mais au fait, est-ce qu’on est vraiment là pour rigoler ? Et si oui, pourquoi ? Et sinon, pourquoi ; et pour quoi ?

La bêtise du Mrap n’est plus insondable

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Les impayables straight-lurons d’ILYS ont demandé à leurs lecteurs de se prononcer par sondage sur la signification exacte de l’acronyme Mrap. Une large majorité d’entre eux ont choisi « Mouvement Raciste Adorant les Palestiniens ». Pour ma part, j’ai coché la case « Mouvement pour le RAP », quoiqu’elle ne me parût pas la plus drôle. Mais par respect pour ma maman, je ne pouvais décemment pas me prononcer pour l’option « Ma Reum A Poil ».

Tu t’es vu quand t’as bu ?

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Jeudi, en Meurthe-et-Moselle, une patrouille de gendarmerie a interpellé un aveugle complètement ivre au volant d’une voiture. Nous formulons le vœu que la Halde se saisisse rapidement de l’affaire et fasse respecter les droits de cette personne non-voyante : les aveugles aussi ont le droit de rouler bourrés.

L’Apocalypse, un marché durable

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Il y a des livres que l’on dévore comme un épi de maïs 863 de chez Monsanto. Avec une gourmandise confuse. Sylvie Brunel nous offre l’un de ces plaisirs croustillants dans un petit volume aux allures de pamphlet : A qui profite le développement durable ?

Professeur de géographie à Paris IV-Sorbonne, économiste et spécialiste des questions de développement[1. Sylvie Brunel est l’auteur d’ouvrages de référence sur la question des relations Nord-Sud ; elle a notamment signé les deux éditions de Développement durable, dans la collection « Que sais-je » aux Presses universitaires de France. A la ville, elle est l’épouse d’Eric Besson, ce qui fera dire aux mauvaises langues que la félonie est conjugale.], Sylvie Brunel bat en brèche le discours dominant qui fait du « développement durable » une vérité révélée, devant laquelle chacun est pieusement invité à suspendre son jugement. Al Gore est grand, Nicolas Hulot est son prophète et nous irons tous, pollueurs planétaires que nous sommes, brûler dans l’enfer climatique qu’on nous promet.

Foin des discours apocalyptiques sur le global change. Pour Sylvie Brunel, le développement durable est avant tout une idéologie qui ne dit pas son nom : « Le développement durable intronise la mondialisation d’une conception du monde directement inspirée de ce que Tocqueville qualifiait dès 1835 de l’ »esprit de religion » américain, mélange de puritanisme et de messianisme qui marque toujours la société anglo-saxonne : omniprésence du religieux, croyance en de grands mythes sur la culpabilité de l’homme face à une nature déifiée et idéalisée, valeur de la rédemption et de la pensée magique (« si je commets cet acte salutaire, je sauve la planète, et moi avec »). »

Et, selon Sylvie Brunel, la nouvelle religion du développement durable ne s’embarrasse guère de détails : tout va très mal, le climat se dérègle, la Nature se venge. On en oublierait presque les travaux d’Emmanuel Le Roy Ladurie sur l’histoire du climat, qui montre que l’Europe après avoir connu une phase de réchauffement est entrée dans un petit âge glaciaire du XIVe au XIXe siècle, avant de connaître à partir de 1850 une nouvelle période de réchauffement. La cause ? L’inclinaison orbitale et l’activité solaire. Pas la révolution industrielle, qui commençait à peine. On en oublierait aussi que les prédictions liées au climat prévoient une augmentation des températures de 1,4 à 6 °C d’ici le prochain siècle : du simple au quadruple…

En 1968, les Nations Unies annonçaient qu’en 2100 la Terre compterait 700 milliards d’êtres humains, provoquant un affolement général (c’était l’époque de René Dumont appelant au contrôle démographique) : aujourd’hui, les démographes s’accordent sur le fait que la population mondiale se stabilisera entre 9 et 10 milliards vers 2100, les pays du Sud, Afrique comprise, ayant déjà amorcé leur transition démographique.

Pourquoi donc cultiver la terreur écologique ? Parce que, explique Sylvie Brunel, cela arrange tout le monde. C’est même, pour reprendre la formule de Condolezza Rice lors du tsunami de décembre 2004 qui permit aux Etats-Unis de reprendre pied en Indonésie, « une merveilleuse opportunité ». Seul organisme présumé capable d’affronter le « changement climatique planétaire », l’ONU se voit réinvestie d’une « position de leader ». Les ONG bénéficient de subsides gouvernementaux de plus en plus conséquents. Les pays riches peuvent stigmatiser la production des pays en voie de développement, leur imposer des barrières douanières, non plus au nom du bon vieux protectionnisme, mais pour préserver l’avenir de la planète… A haute dose de moraline verte et vertueuse, le business écologique fait recette. Les affaires sont les affaires.

Dans ce petit livre frais et salvateur, qui ne manquera pas de passer inaperçu (l’apocalypse, ça fait vendre du papier – recyclé, cela va de soi), Sylvie Brunel nous montre enfin qu’on peut penser l’écologie et les grands problèmes mondiaux sans pour autant devoir se crever les yeux face à la réalité et ranger l’esprit critique au magasin des accessoires.

A qui profite le développement durable ?

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Pour une Internationale des chauves

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En 1993, Larry David, co-créateur, producteur exécutif et scénariste de la série Seinfeld, obtint un Emmy award pour un épisode intitulé The contest (le concours). Il monta à la tribune et prononça ces mots remarquables : « This is all very well and good, but I’m still bald ! » (Tout cela est très bien, mais je suis toujours chauve !)

Par ces mots, Larry David fit entendre pour la première fois le cri de douleur de millions d’hommes chauves et dégarnis. Depuis, il n’a cessé de faire entendre cette douleur toutes les fois que cela lui fut possible. Dans la série Curb your enthusiasm (HBO), dont la production et la diffusion sont en cours aux Etats-Unis, il ne perd jamais une occasion de pointer les vexations, les discriminations auxquels nous autres, chauves, sommes régulièrement soumis.

Les expressions ne manquent pas en français pour stigmatiser notre trop visible différence : crâne d’œuf, « tu te coiffes avec une éponge ! », chauve comme un genou… Certains hommes ne sont même restés dans l’histoire que pour leur calvitie, ainsi de Charles le Chauve (petit-fils de Charlemagne, qui fut gratifié d’un plus généreux qualificatif), le torero Rafael-le-Chauve (connu aussi sous le nom Rafael El Gallo), contemporain de Belmonte…

A contrario, l’un des rois vikings les plus célèbres fut sans conteste Harald-à-la-Belle-Chevelure, qui unifia la Norvège et en fut le premier roi.

Tant que Zinédine Zidane officiait en équipe de France, nous avions un digne représentant, mais depuis son retrait, ce n’est que faux chauves (ces chevelus qui se rasent la tête et nous singent) et ébouriffés.

A la télévision, un homme semblait patiemment sur le chemin qui menait à notre petite communauté, mais, honteux Ganelon, il préféra les implants à la solidarité. Son éviction récente nous apparaît comme un juste retour de balancier.

Jean-Pierre Coffe, l’un de nos plus dignes représentants vient d’être évincé des ondes, où pourtant on le savait chauve.

Pour qu’enfin notre souffrance soit reconnue à l’égale de tant d’autres minorités visibles, pour que la discrimination qui nous frappe dans la parole comme dans les regards fût enfin combattue avec l’énergie nécessaire,

Chauves de tous les pays et de toutes les couleurs, unissons-nous !

Je propose, par ailleurs la création d’un prix Yul Brynner, attribué à notre frère qui aura fait le plus pour la reconnaissance de la beauté et de la dignité de la calvitude.

A bonne enseigne

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La vie d’ancien ministre n’est vraiment pas rose. Thierry Breton en sait quelque chose, lui qui a été vu entrer la semaine dernière chez Carrefour (Le Monde, du 28 juillet). D’accord, c’était pour s’y faire élire au conseil d’administration. Mais quand même.

Petrella : les pleureuses ont raison

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Les arguments de Luc Rosenzweig en faveur de l’extradition de Marina Petrella sont plus que recevables, ils sont imparables. La douleur des familles de victimes n’a pas à être négligée et l’Italie, serait-ce celle du méchant Berlusconi, est un Etat de droit avec lequel nous avons signé toutes sortes de conventions bilatérales qui appellent ce type de dénouement. Ce n’est pas la même chose d’extrader une ex-brigadiste vers Rome qu’un illégaliste kurde vers Ankara. Jusque-là donc, je ne peux qu’être d’accord avec Luc et aussi avec Gil, Nina, Ludo et bien d’autres commentateurs : ils ont le droit de leur côté et ledit droit ne se divise pas – le causeur Klima est fort avisé de rappeler l’acharnement nonagénairicide de la gauche morale dans l’affaire Papon.

De plus, les pleurnicheries qui tiennent lieu d’argumentaires à maints défenseurs de Petrella sont consternantes. Pour tout dire, ces suppliques sont esthétiquement insupportables à tous les joyeux lascars de l’Autonomie ouvrière qui, comme moi, ne regrettent pas d’avoir crié dans leur jeunesse, à la fin des seventies des slogans enjoués mais tranchants du genre « Ni trop tôt, ni trop tard, nitroglycérine », « Contre la vie chère, contre le chômage : vol, pillage et sabotage », ou encore « Oui, Baader était un camarade ! » (il y avait une variante avec Mercader en cas d’agression délibérée contre le S.O. de la Ligue).

Depuis ces temps bénis de ma jeunesse, j’ai beau être passé de la cagoule à la cravate Charvet et du cocktail Molotov au Daïquiri, procédant au passage à quelques aggiornamento idéologiques, c’est bien triste de retrouver trente ans plus tard le « camarade P38 » métamorphosé en bigote social-démocrate, comme si le temps qui passe et ma (relative) déchéance physique subséquente ne suffisaient pas à alimenter mon agacement. Je ne vous parle même pas des rappels incessants faits par les défenseurs de Petrella de sa condition de mère de famille, son dévouement inlassable de travailleuse sociale, son état dépressif – on attend incessamment que son comité de soutien excipe de son statut d’abonnée à Télérama ou de donatrice au Téléthon. Le travail, le social, la famille, les certificats médicaux, l’appel la mansuétude des juges : tout ça pour ça ?

Décidément ces repentis sont une calamité pour ceux qui, plutôt que de battre leur coulpe ad nauseam, se sont contentés de vieillir et de changer d’avis – mais ça, je l’avais déjà compris en essayant de lire les œuvres de vieillesse de Toni Negri. A tout prendre, les charlots décérébrés et anarchisants d’Action Directe (que, par purisme marxiste-léniniste, nous méprisions copieusement à l’époque, contrairement aux brigadistes ou à la RAF), ont eu infiniment plus de dignité du fond de leur cellule, refusant jusqu’au bout de monnayer des excuses aux familles de victimes en échange de leur conditionnelle et n’exigeant, pour leurs libérations, que la stricte application des textes en vigueur.

Tout ça pour dire, donc, que les arguments de Rosenzweig sont percutants autant que les libelles petrellistes sont gluants. N’empêche, on bute sur un truc, et de taille : l’honneur de la France. La parole donnée par François Mitterrand aux brigadistes en préretraite était probablement inopportune, régalienne, illégale et même (faute d’avoir été étendue aussi aux rangés des voitures d’extrême droite) inéquitable. So what ? C’est la parole de la France. Les Italiens – y compris les degauches – sont fous de rage, expliquent que la fiche Interpol de Marina est longue comme un jour sans gressin, que notre pays viole depuis quinze ans les règles du droit international : ils ont raison, mais qu’est-ce qu’on s’en fiche ? De toute façon, on était déjà fâché à mort avec eux à cause du coup de tête de Zidane et du rachat d’Alitalia. Et à part ça, d’où par où, comme dit ma maman, serions-nous tenus d’être en accord sur tout avec tout le monde, quel impératif catégorique pourrait-il nous empêcher de respecter notre parole quitte à bafouer allègrement le droit international ? Le droit international, il faut le respecter, sauf quand il faut le violer. Certaines nations, moins empotées que la moyenne, on su le faire à bon escient, de Guantanamo à Entebbe en passant par l’Abkhazie : à défaut d’être les plus aimés, ce ne sont pas les Etats les moins respectés, on les écoute quand ils parlent.

La France, elle, ne fera respecter sa parole qu’en respectant sa parole : désormais dépourvus ou presque d’industrie lourde, de forces armées et de rayonnement culturel, il ne nous reste plus grand chose, fors l’honneur.

Cordes sensibles

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Vingt-neuf pendus pour le seul week-end dernier en République islamique d’Iran ! Comme quoi on peut amuser les foules sans avoir besoin d’acheter de coûteuses séries TV américaines. A moins qu’avec l’approche des JO de Pekin, Ahmadinejad craigne d’être relégué au second plan dans les communiqués de presse des ONG…

Le métis est-il l’avenir de l’homme ?

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Les critiques habituels de Nicolas Sarkozy, pourtant prompts à dégainer, n’ont pas relevé l’entorse faite par le président de la République aux usages diplomatiques lors de sa rencontre avec Barack Obama : « Si c’est lui, la France sera très heureuse. Et si ce n’est pas lui, la France sera l’amie des Etats-Unis d’Amérique », a-t-il déclaré à l’issue de son tête à tête avec le candidat démocrate à la Maison Blanche. Je n’ai pas souvenir qu’un président français de la Ve République ait publiquement avoué aussi abruptement sa préférence pour un candidat à l’élection présidentielle américaine. On ne mettra pas en doute la sincérité de Nicolas dans sa déclaration d’amour à son copain Barack : le « petit Français au sang mêlé » se sent certainement plus proche humainement du jeune métis ambitieux que du héros militaire chenu présenté par les Républicains.

Mais il n’est pas interdit de remarquer que l’absence de réaction à cette surprenante ingérence dans la campagne électorale américaine est révélatrice de l’obamania galopante qui s’est emparée d’un grande partie de l’élite médiatico-politique.

On assiste à l’inversion, en faveur d’Obama, des sentiments de rejet, voire de haine envers George W. Bush qui animent ces mêmes cercles de faiseurs d’opinion. Le candidat démocrate a beau, dans son discours de Berlin intégralement reproduit dans Le Monde (à quand la même chose pour McCain ?) chanter les louanges de l’OTAN et appeler l’Europe à l’aide pour exterminer les Talibans en Afghanistan, on n’entend pas le moindre murmure désapprobateur. Besancenot, Bové, Mamère font comme s’ils n’avaient pas entendu, et se gardent bien d’émettre le moindre couac dans ce concert obamanolâtre, nouveau tube de l’été.

On aurait pu espérer que l’élection de novembre allait susciter en France un débat rationnel où l’on aurait pesé le pour et le contre, analysé les deux projets au regard de nos intérêts de Français et d’Européens. Il n’aurait pas été inutile de se rappeler que l’administration Clinton, d’où sont issus nombre de conseillers du candidat démocrate, pratiquait un dirigisme musclé dans la conduite des affaires du monde : j’en ai été personnellement le témoin lorsque je couvrais, pour Le Monde les affaires de l’OTAN à Bruxelles. C’était à la fin du siècle dernier.

Cette passion qui s’empare de BHL, de Nicolas et des autres interdit tout raisonnement au nom de l’espoir en une Amérique meilleure, en un monde meilleur soulevé par la perspective de l’accession d’un « demi-Noir » à la Maison Blanche.

En attendant que la réalité, qui ne devrait pas tarder à pointer son nez chafouin, calme ces ardeurs, je me suis replongé dans un petit ouvrage écrit il y a trente ans par le regretté Guy Hocquenghem (1946-1988) intitulé La beauté du métis et sous-titré « réflexions d’un francophobe ». Le fondateur du FHAR (Front homosexuel d’action révolutionnaire), premier intellectuel français à faire son coming out à grand fracas dans le Nouvel Obs brode joyeusement sur le thème de la haine de soi qui vous pousse inexorablement vers l’Autre, amoureusement et intellectuellement : « Pourquoi la plupart de mes amis, de mes amants sont-ils étrangers ? Pourquoi n’est-ce qu’avec eux que je me sente enfin arraché au plat, au prosaïsme, au médiocre ? Enfant, j’appelais de mes voeux le ravisseur étranger qui m’emporterait dans ses bras, princesse raptée ; adulte, ou déclaré tel, je ne conçois d’amour que cosmopolite. Même pour une nuit, rare est le Français qui ne me glace pas, qui ne me donne l’impression de jouer à deux une comédie sans saveur. L’amour ne me parle qu’en d’autres langues, il me fait toujours signe de l’au-delà des rives connues, des références faciles », écrit-il dans ce livre paru en 1979.

Guy Hocquenghem était un dandy provocateur bourré de talent qui aurait pu devenir l’Oscar Wilde français si le sida ne l’avait pas emporté prématurément. Il n’hésitait pourtant pas, pour les besoins de sa cause, à maquiller comme une vieille coquette la réalité de sa vie. Ainsi, j’ai pu constater, pour l’avoir visité à plusieurs reprises dans sa maison de campagne de Milly-la-Forêt[1. En tout bien, tout honneur, pour travailler sur des numéros de la défunte revue Recherches dont j’étais l’un des animateurs. Je sais, ça fait ringard, voire homophobe, mais il me suffit d’être insulté par des commentateurs pour ce que je suis pour éviter de l’être pour ce que je ne suis pas.], que le cercle de ses amis était très majoritairement français, convenablement diplômé, et délicieusement policé. Même les canards qu’il élevait à des fins culinaires étaient d’un blanc immaculé.

Guy Hocquenghem avait, pendant sa prime jeunesse, traîné quelques temps ses escarpins à la JCR, ancêtre de la LCR de Krivine et Besancenot. Ces bœufs trotskistes prirent les provocations du jeune normalien au pied de la lettre, et après les avoir purgées de leur souffre homosexuel, les adoptèrent comme une variante moderne de l’internationalisme prolétarien du vieux Léon.

Au blanc arrogant, colonisateur, exploiteur et enraciné dans son terroir devait se substituer le métis- réel ou symbolique-déterritorialisé « aux racines qui plongent dans l’avenir ». Issu de cette boutique politique, Edwy Plenel, devenu directeur de la rédaction du Monde, exultait en « une » de ce journal en parce qu’avec Alexandre Dumas c’était selon lui le métissage qui entrait au Panthéon, comme si cette qualité était la raison première de son admission dans la demeure éternelle des grands hommes.

Plenel est parti, mais le même journal, en « une » de l’édition consacrée à la gloire d’Obama, lance cette interrogation angoissée : « Pourquoi le peloton du Tour de France est-il blanc, blanc, blanc ? », autrement dit, pourquoi n’est-il pas black, blanc, beur ainsi qu’il serait convenable dans la patrie des Droits de l’homme. Il faut être benêt comme un rédacteur en chef du Monde – je sais, je l’ai été naguère – pour s’imaginer que les directeurs sportifs des équipes rechigneraient par principe à intégrer dans leur effectif des Noirs ou des Arabes. L’article, d’ailleurs, montre que les patrons du cyclisme français ne verraient aucun obstacle à faire de ceux-ci des dopés comme les autres, à condition qu’ils présentent les mêmes dispositions à se défoncer sur un vélo que les Flamands et les Bretons. Vers l’âge de dix ans, alors que j’écoutais religieusement à la radio les reportages de Georges Briquet sur la Grande Boucle, je m’enquis auprès de mon grand-père des raisons cette bizarre absence de Juifs dans le peloton : « Pas la peine, me répondit-il, tous les ans c’est Félix Lévitan[2. Félix Lévitan (1911-2007), journaliste sportif, fut directeur adjoint, puis directeur du Tour de France pendant plus de quarante ans.] qui gagne ! »

Philippe, marquis du Val

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Intendant de l’Imprimerie royale sous Louis XIV, le marquis du Val se montra d’une sévérité telle qu’on le surnomma à juste titre : l’Intolérant. C’est à ce triste sire que l’on doit l’interdiction en France du si beau traité de Martin Luther Von den Jüden und iren Lügen (Des juifs et de leurs mensonges), du manuel polonais anonyme Organiser un pogrom en dix leçons ou encore Pour en finir avec ceux qui empoisonnent l’eau de nos puits et dévorent nos enfants. Avec des censeurs aussi intransigeants que le marquis du Val, la liberté d’expression avait disparu en France et, pour la voir réapparaître, il faudra attendre la fin du XIXe siècle et la publication du Protocole des sages de Sion.

Nicolas de Largillière, Philippe, marquis du Val, 1718. Huile sur toile conservée au mémorial franco-allemand, Montoire (41).

Rions un peu avec la gauche

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Qu’est-ce que j’apprends, en lisant 20 minutes ? « Une vingtaine de jeunes de gauche, en habits du dimanche et colliers de perles, ont fait face samedi à une cinquantaine de jeunes de l’UMP en T-shirt bleus et roses à Strasbourg pour le lancement de la deuxième caravane d’été de l’UMP. » D’après un des organisateurs du happening, qui a souhaité garder l’anonymat pour échapper à la répression, il s’agissait de « caricaturer sur le mode de l’humour » (sic) la politique de la droite. Les slogans officiels de cette contre-manif semblent en effet confirmer la piste de l’humour: « TVA à 5,5% sur le caviar ! » ou encore : « Pas d’allocs pour les dreadlocks ! »

Il s’agit en fait, pour tout vous dire, d’un des avatars du mouvement « Manif de droite », dont le concept est simple – pour ne pas dire plus : moquons-nous de ces cons de droite ! Le rire n’est-il pas ce qui leur est le plus étranger ?

En tant que pasticheur du Roy depuis 1793, je trouve littéralement honteux de voir un métier, au sens le plus noble du terme, ainsi salopé par des gougnafiers de rencontre. A un certain niveau de débilité prétentieuse, moi je dis : « Faut lâcher l’affaire ! Arrêter les soins palliatifs, laisser faire la nature… » Et pourtant, même la gauche française ne méritait pas une fin aussi atroce : être gagnée par l’ »esprit » de ces « nouveaux contestataires » (les guillemets me manquent pour dire mon indignation !).

La spécialité de ces « néo-cons » (comme on dit aux USA à propos d’autre chose), c’est de mettre l’humour, ou ce qui leur en tient lieu, au service de causes « citoyennes ». Autant dire les mots, aussi rudes soient-ils : ces jeunes gens font dans le rire engagé. Ils militent pour le progrès, la justice, la générosité et la gauche. Leurs cibles sont donc, en toute logique, la réaction, l’injustice, l’égoïsme… Bref, la droite et ses multiples figures emblématiques : le flic, le curé, le militaire, la duchesse et le patron-à-cigare.

Un fonds de commerce qui, à défaut d’être rigoureusement neuf, a fait ses preuves, de L’Assiette-au-beurre à Charlie Hebdo en passant par le Canard et ses inextricables chaînes. Alors pourquoi se gêner ? Il suffit à ces glands d’ânonner l’antique antienne contre les « bourgeois, les curés et les gavés » pour être adoubés par Canal + où, en janvier dernier, ces subversifs-là avait eu droit en prime time à une heure de publi-reportage maquillé en documentaire, sans compter une promo kimjongilesque dans la presse-qui-pense : « Jeunes révolutionnaires sympathiques » (Télérama), « Militants pragmatiques et joyeux » (Les Inrockuptibles), « What the fuck ? » (Jalons.fr).

Tiens, au hasard : nos amis les Inrocks, qui ordinairement rient quand ils se brûlent, sont carrément pliés en quatre face à des slogans aussi percutants que « La pauvreté, c’est génétique ! » ou « CAC 40, ouais, ouais, ouais ! » Et pourquoi pas « Non aux méchants, oui aux gentils ! » ? Pour faire passer un message aussi platement manichéen, les néo-cons sont-ils bien inspirés de prétendre passer par le deuxième degré ? S’ils m’avaient consulté, je leur aurais plutôt conseillé un truc à leur taille, genre : « Sans-papiers, sans-logis, sans-esprit : solidarité ! »

En ce qui me concerne, j’en tiens pour l’humour dégagé. Dégagé, notamment, de la foi progressiste et de l’esprit-de-sérieux qu’elle impose.

Toutes les révolutions, depuis la Nôtre, ont écrabouillé les peuples en leur promettant le bonheur dans vingt ans. Et pourtant Jésus, qui n’était pas membre du Medef, avait prévenu : « Des pauvres, vous en aurez toujours ! » L’égalité, c’est comme son Royaume : ce n’est pas de ce monde ! (Comme quoi il ne risque pas de faire chier les athées.)

A la racine de tous nos maux, il y a bien sûr l’humaine nature, c’est-à-dire le péché originel -et non pas la société telle qu’elle est ici et maintenant, ou dans la Chine des Ming. Je ne pourrais certes pas écrire ça dans, mettons, les Inrocks. Je ne sais pas si je vous l’ai raconté : ces gens-là sont fascinés par « la radicalité inédite du rapport à la politique de ces collectifs militants iconoclastes ». Puteborgne ! Après une telle phrase, qui aurait encore envie de rire ?

Mais au fait, est-ce qu’on est vraiment là pour rigoler ? Et si oui, pourquoi ? Et sinon, pourquoi ; et pour quoi ?

La bêtise du Mrap n’est plus insondable

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Les impayables straight-lurons d’ILYS ont demandé à leurs lecteurs de se prononcer par sondage sur la signification exacte de l’acronyme Mrap. Une large majorité d’entre eux ont choisi « Mouvement Raciste Adorant les Palestiniens ». Pour ma part, j’ai coché la case « Mouvement pour le RAP », quoiqu’elle ne me parût pas la plus drôle. Mais par respect pour ma maman, je ne pouvais décemment pas me prononcer pour l’option « Ma Reum A Poil ».

Tu t’es vu quand t’as bu ?

9

Jeudi, en Meurthe-et-Moselle, une patrouille de gendarmerie a interpellé un aveugle complètement ivre au volant d’une voiture. Nous formulons le vœu que la Halde se saisisse rapidement de l’affaire et fasse respecter les droits de cette personne non-voyante : les aveugles aussi ont le droit de rouler bourrés.

L’Apocalypse, un marché durable

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Il y a des livres que l’on dévore comme un épi de maïs 863 de chez Monsanto. Avec une gourmandise confuse. Sylvie Brunel nous offre l’un de ces plaisirs croustillants dans un petit volume aux allures de pamphlet : A qui profite le développement durable ?

Professeur de géographie à Paris IV-Sorbonne, économiste et spécialiste des questions de développement[1. Sylvie Brunel est l’auteur d’ouvrages de référence sur la question des relations Nord-Sud ; elle a notamment signé les deux éditions de Développement durable, dans la collection « Que sais-je » aux Presses universitaires de France. A la ville, elle est l’épouse d’Eric Besson, ce qui fera dire aux mauvaises langues que la félonie est conjugale.], Sylvie Brunel bat en brèche le discours dominant qui fait du « développement durable » une vérité révélée, devant laquelle chacun est pieusement invité à suspendre son jugement. Al Gore est grand, Nicolas Hulot est son prophète et nous irons tous, pollueurs planétaires que nous sommes, brûler dans l’enfer climatique qu’on nous promet.

Foin des discours apocalyptiques sur le global change. Pour Sylvie Brunel, le développement durable est avant tout une idéologie qui ne dit pas son nom : « Le développement durable intronise la mondialisation d’une conception du monde directement inspirée de ce que Tocqueville qualifiait dès 1835 de l’ »esprit de religion » américain, mélange de puritanisme et de messianisme qui marque toujours la société anglo-saxonne : omniprésence du religieux, croyance en de grands mythes sur la culpabilité de l’homme face à une nature déifiée et idéalisée, valeur de la rédemption et de la pensée magique (« si je commets cet acte salutaire, je sauve la planète, et moi avec »). »

Et, selon Sylvie Brunel, la nouvelle religion du développement durable ne s’embarrasse guère de détails : tout va très mal, le climat se dérègle, la Nature se venge. On en oublierait presque les travaux d’Emmanuel Le Roy Ladurie sur l’histoire du climat, qui montre que l’Europe après avoir connu une phase de réchauffement est entrée dans un petit âge glaciaire du XIVe au XIXe siècle, avant de connaître à partir de 1850 une nouvelle période de réchauffement. La cause ? L’inclinaison orbitale et l’activité solaire. Pas la révolution industrielle, qui commençait à peine. On en oublierait aussi que les prédictions liées au climat prévoient une augmentation des températures de 1,4 à 6 °C d’ici le prochain siècle : du simple au quadruple…

En 1968, les Nations Unies annonçaient qu’en 2100 la Terre compterait 700 milliards d’êtres humains, provoquant un affolement général (c’était l’époque de René Dumont appelant au contrôle démographique) : aujourd’hui, les démographes s’accordent sur le fait que la population mondiale se stabilisera entre 9 et 10 milliards vers 2100, les pays du Sud, Afrique comprise, ayant déjà amorcé leur transition démographique.

Pourquoi donc cultiver la terreur écologique ? Parce que, explique Sylvie Brunel, cela arrange tout le monde. C’est même, pour reprendre la formule de Condolezza Rice lors du tsunami de décembre 2004 qui permit aux Etats-Unis de reprendre pied en Indonésie, « une merveilleuse opportunité ». Seul organisme présumé capable d’affronter le « changement climatique planétaire », l’ONU se voit réinvestie d’une « position de leader ». Les ONG bénéficient de subsides gouvernementaux de plus en plus conséquents. Les pays riches peuvent stigmatiser la production des pays en voie de développement, leur imposer des barrières douanières, non plus au nom du bon vieux protectionnisme, mais pour préserver l’avenir de la planète… A haute dose de moraline verte et vertueuse, le business écologique fait recette. Les affaires sont les affaires.

Dans ce petit livre frais et salvateur, qui ne manquera pas de passer inaperçu (l’apocalypse, ça fait vendre du papier – recyclé, cela va de soi), Sylvie Brunel nous montre enfin qu’on peut penser l’écologie et les grands problèmes mondiaux sans pour autant devoir se crever les yeux face à la réalité et ranger l’esprit critique au magasin des accessoires.

A qui profite le développement durable ?

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Pour une Internationale des chauves

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En 1993, Larry David, co-créateur, producteur exécutif et scénariste de la série Seinfeld, obtint un Emmy award pour un épisode intitulé The contest (le concours). Il monta à la tribune et prononça ces mots remarquables : « This is all very well and good, but I’m still bald ! » (Tout cela est très bien, mais je suis toujours chauve !)

Par ces mots, Larry David fit entendre pour la première fois le cri de douleur de millions d’hommes chauves et dégarnis. Depuis, il n’a cessé de faire entendre cette douleur toutes les fois que cela lui fut possible. Dans la série Curb your enthusiasm (HBO), dont la production et la diffusion sont en cours aux Etats-Unis, il ne perd jamais une occasion de pointer les vexations, les discriminations auxquels nous autres, chauves, sommes régulièrement soumis.

Les expressions ne manquent pas en français pour stigmatiser notre trop visible différence : crâne d’œuf, « tu te coiffes avec une éponge ! », chauve comme un genou… Certains hommes ne sont même restés dans l’histoire que pour leur calvitie, ainsi de Charles le Chauve (petit-fils de Charlemagne, qui fut gratifié d’un plus généreux qualificatif), le torero Rafael-le-Chauve (connu aussi sous le nom Rafael El Gallo), contemporain de Belmonte…

A contrario, l’un des rois vikings les plus célèbres fut sans conteste Harald-à-la-Belle-Chevelure, qui unifia la Norvège et en fut le premier roi.

Tant que Zinédine Zidane officiait en équipe de France, nous avions un digne représentant, mais depuis son retrait, ce n’est que faux chauves (ces chevelus qui se rasent la tête et nous singent) et ébouriffés.

A la télévision, un homme semblait patiemment sur le chemin qui menait à notre petite communauté, mais, honteux Ganelon, il préféra les implants à la solidarité. Son éviction récente nous apparaît comme un juste retour de balancier.

Jean-Pierre Coffe, l’un de nos plus dignes représentants vient d’être évincé des ondes, où pourtant on le savait chauve.

Pour qu’enfin notre souffrance soit reconnue à l’égale de tant d’autres minorités visibles, pour que la discrimination qui nous frappe dans la parole comme dans les regards fût enfin combattue avec l’énergie nécessaire,

Chauves de tous les pays et de toutes les couleurs, unissons-nous !

Je propose, par ailleurs la création d’un prix Yul Brynner, attribué à notre frère qui aura fait le plus pour la reconnaissance de la beauté et de la dignité de la calvitude.

A bonne enseigne

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La vie d’ancien ministre n’est vraiment pas rose. Thierry Breton en sait quelque chose, lui qui a été vu entrer la semaine dernière chez Carrefour (Le Monde, du 28 juillet). D’accord, c’était pour s’y faire élire au conseil d’administration. Mais quand même.

Petrella : les pleureuses ont raison

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Les arguments de Luc Rosenzweig en faveur de l’extradition de Marina Petrella sont plus que recevables, ils sont imparables. La douleur des familles de victimes n’a pas à être négligée et l’Italie, serait-ce celle du méchant Berlusconi, est un Etat de droit avec lequel nous avons signé toutes sortes de conventions bilatérales qui appellent ce type de dénouement. Ce n’est pas la même chose d’extrader une ex-brigadiste vers Rome qu’un illégaliste kurde vers Ankara. Jusque-là donc, je ne peux qu’être d’accord avec Luc et aussi avec Gil, Nina, Ludo et bien d’autres commentateurs : ils ont le droit de leur côté et ledit droit ne se divise pas – le causeur Klima est fort avisé de rappeler l’acharnement nonagénairicide de la gauche morale dans l’affaire Papon.

De plus, les pleurnicheries qui tiennent lieu d’argumentaires à maints défenseurs de Petrella sont consternantes. Pour tout dire, ces suppliques sont esthétiquement insupportables à tous les joyeux lascars de l’Autonomie ouvrière qui, comme moi, ne regrettent pas d’avoir crié dans leur jeunesse, à la fin des seventies des slogans enjoués mais tranchants du genre « Ni trop tôt, ni trop tard, nitroglycérine », « Contre la vie chère, contre le chômage : vol, pillage et sabotage », ou encore « Oui, Baader était un camarade ! » (il y avait une variante avec Mercader en cas d’agression délibérée contre le S.O. de la Ligue).

Depuis ces temps bénis de ma jeunesse, j’ai beau être passé de la cagoule à la cravate Charvet et du cocktail Molotov au Daïquiri, procédant au passage à quelques aggiornamento idéologiques, c’est bien triste de retrouver trente ans plus tard le « camarade P38 » métamorphosé en bigote social-démocrate, comme si le temps qui passe et ma (relative) déchéance physique subséquente ne suffisaient pas à alimenter mon agacement. Je ne vous parle même pas des rappels incessants faits par les défenseurs de Petrella de sa condition de mère de famille, son dévouement inlassable de travailleuse sociale, son état dépressif – on attend incessamment que son comité de soutien excipe de son statut d’abonnée à Télérama ou de donatrice au Téléthon. Le travail, le social, la famille, les certificats médicaux, l’appel la mansuétude des juges : tout ça pour ça ?

Décidément ces repentis sont une calamité pour ceux qui, plutôt que de battre leur coulpe ad nauseam, se sont contentés de vieillir et de changer d’avis – mais ça, je l’avais déjà compris en essayant de lire les œuvres de vieillesse de Toni Negri. A tout prendre, les charlots décérébrés et anarchisants d’Action Directe (que, par purisme marxiste-léniniste, nous méprisions copieusement à l’époque, contrairement aux brigadistes ou à la RAF), ont eu infiniment plus de dignité du fond de leur cellule, refusant jusqu’au bout de monnayer des excuses aux familles de victimes en échange de leur conditionnelle et n’exigeant, pour leurs libérations, que la stricte application des textes en vigueur.

Tout ça pour dire, donc, que les arguments de Rosenzweig sont percutants autant que les libelles petrellistes sont gluants. N’empêche, on bute sur un truc, et de taille : l’honneur de la France. La parole donnée par François Mitterrand aux brigadistes en préretraite était probablement inopportune, régalienne, illégale et même (faute d’avoir été étendue aussi aux rangés des voitures d’extrême droite) inéquitable. So what ? C’est la parole de la France. Les Italiens – y compris les degauches – sont fous de rage, expliquent que la fiche Interpol de Marina est longue comme un jour sans gressin, que notre pays viole depuis quinze ans les règles du droit international : ils ont raison, mais qu’est-ce qu’on s’en fiche ? De toute façon, on était déjà fâché à mort avec eux à cause du coup de tête de Zidane et du rachat d’Alitalia. Et à part ça, d’où par où, comme dit ma maman, serions-nous tenus d’être en accord sur tout avec tout le monde, quel impératif catégorique pourrait-il nous empêcher de respecter notre parole quitte à bafouer allègrement le droit international ? Le droit international, il faut le respecter, sauf quand il faut le violer. Certaines nations, moins empotées que la moyenne, on su le faire à bon escient, de Guantanamo à Entebbe en passant par l’Abkhazie : à défaut d’être les plus aimés, ce ne sont pas les Etats les moins respectés, on les écoute quand ils parlent.

La France, elle, ne fera respecter sa parole qu’en respectant sa parole : désormais dépourvus ou presque d’industrie lourde, de forces armées et de rayonnement culturel, il ne nous reste plus grand chose, fors l’honneur.

Cordes sensibles

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Vingt-neuf pendus pour le seul week-end dernier en République islamique d’Iran ! Comme quoi on peut amuser les foules sans avoir besoin d’acheter de coûteuses séries TV américaines. A moins qu’avec l’approche des JO de Pekin, Ahmadinejad craigne d’être relégué au second plan dans les communiqués de presse des ONG…

Le métis est-il l’avenir de l’homme ?

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Les critiques habituels de Nicolas Sarkozy, pourtant prompts à dégainer, n’ont pas relevé l’entorse faite par le président de la République aux usages diplomatiques lors de sa rencontre avec Barack Obama : « Si c’est lui, la France sera très heureuse. Et si ce n’est pas lui, la France sera l’amie des Etats-Unis d’Amérique », a-t-il déclaré à l’issue de son tête à tête avec le candidat démocrate à la Maison Blanche. Je n’ai pas souvenir qu’un président français de la Ve République ait publiquement avoué aussi abruptement sa préférence pour un candidat à l’élection présidentielle américaine. On ne mettra pas en doute la sincérité de Nicolas dans sa déclaration d’amour à son copain Barack : le « petit Français au sang mêlé » se sent certainement plus proche humainement du jeune métis ambitieux que du héros militaire chenu présenté par les Républicains.

Mais il n’est pas interdit de remarquer que l’absence de réaction à cette surprenante ingérence dans la campagne électorale américaine est révélatrice de l’obamania galopante qui s’est emparée d’un grande partie de l’élite médiatico-politique.

On assiste à l’inversion, en faveur d’Obama, des sentiments de rejet, voire de haine envers George W. Bush qui animent ces mêmes cercles de faiseurs d’opinion. Le candidat démocrate a beau, dans son discours de Berlin intégralement reproduit dans Le Monde (à quand la même chose pour McCain ?) chanter les louanges de l’OTAN et appeler l’Europe à l’aide pour exterminer les Talibans en Afghanistan, on n’entend pas le moindre murmure désapprobateur. Besancenot, Bové, Mamère font comme s’ils n’avaient pas entendu, et se gardent bien d’émettre le moindre couac dans ce concert obamanolâtre, nouveau tube de l’été.

On aurait pu espérer que l’élection de novembre allait susciter en France un débat rationnel où l’on aurait pesé le pour et le contre, analysé les deux projets au regard de nos intérêts de Français et d’Européens. Il n’aurait pas été inutile de se rappeler que l’administration Clinton, d’où sont issus nombre de conseillers du candidat démocrate, pratiquait un dirigisme musclé dans la conduite des affaires du monde : j’en ai été personnellement le témoin lorsque je couvrais, pour Le Monde les affaires de l’OTAN à Bruxelles. C’était à la fin du siècle dernier.

Cette passion qui s’empare de BHL, de Nicolas et des autres interdit tout raisonnement au nom de l’espoir en une Amérique meilleure, en un monde meilleur soulevé par la perspective de l’accession d’un « demi-Noir » à la Maison Blanche.

En attendant que la réalité, qui ne devrait pas tarder à pointer son nez chafouin, calme ces ardeurs, je me suis replongé dans un petit ouvrage écrit il y a trente ans par le regretté Guy Hocquenghem (1946-1988) intitulé La beauté du métis et sous-titré « réflexions d’un francophobe ». Le fondateur du FHAR (Front homosexuel d’action révolutionnaire), premier intellectuel français à faire son coming out à grand fracas dans le Nouvel Obs brode joyeusement sur le thème de la haine de soi qui vous pousse inexorablement vers l’Autre, amoureusement et intellectuellement : « Pourquoi la plupart de mes amis, de mes amants sont-ils étrangers ? Pourquoi n’est-ce qu’avec eux que je me sente enfin arraché au plat, au prosaïsme, au médiocre ? Enfant, j’appelais de mes voeux le ravisseur étranger qui m’emporterait dans ses bras, princesse raptée ; adulte, ou déclaré tel, je ne conçois d’amour que cosmopolite. Même pour une nuit, rare est le Français qui ne me glace pas, qui ne me donne l’impression de jouer à deux une comédie sans saveur. L’amour ne me parle qu’en d’autres langues, il me fait toujours signe de l’au-delà des rives connues, des références faciles », écrit-il dans ce livre paru en 1979.

Guy Hocquenghem était un dandy provocateur bourré de talent qui aurait pu devenir l’Oscar Wilde français si le sida ne l’avait pas emporté prématurément. Il n’hésitait pourtant pas, pour les besoins de sa cause, à maquiller comme une vieille coquette la réalité de sa vie. Ainsi, j’ai pu constater, pour l’avoir visité à plusieurs reprises dans sa maison de campagne de Milly-la-Forêt[1. En tout bien, tout honneur, pour travailler sur des numéros de la défunte revue Recherches dont j’étais l’un des animateurs. Je sais, ça fait ringard, voire homophobe, mais il me suffit d’être insulté par des commentateurs pour ce que je suis pour éviter de l’être pour ce que je ne suis pas.], que le cercle de ses amis était très majoritairement français, convenablement diplômé, et délicieusement policé. Même les canards qu’il élevait à des fins culinaires étaient d’un blanc immaculé.

Guy Hocquenghem avait, pendant sa prime jeunesse, traîné quelques temps ses escarpins à la JCR, ancêtre de la LCR de Krivine et Besancenot. Ces bœufs trotskistes prirent les provocations du jeune normalien au pied de la lettre, et après les avoir purgées de leur souffre homosexuel, les adoptèrent comme une variante moderne de l’internationalisme prolétarien du vieux Léon.

Au blanc arrogant, colonisateur, exploiteur et enraciné dans son terroir devait se substituer le métis- réel ou symbolique-déterritorialisé « aux racines qui plongent dans l’avenir ». Issu de cette boutique politique, Edwy Plenel, devenu directeur de la rédaction du Monde, exultait en « une » de ce journal en parce qu’avec Alexandre Dumas c’était selon lui le métissage qui entrait au Panthéon, comme si cette qualité était la raison première de son admission dans la demeure éternelle des grands hommes.

Plenel est parti, mais le même journal, en « une » de l’édition consacrée à la gloire d’Obama, lance cette interrogation angoissée : « Pourquoi le peloton du Tour de France est-il blanc, blanc, blanc ? », autrement dit, pourquoi n’est-il pas black, blanc, beur ainsi qu’il serait convenable dans la patrie des Droits de l’homme. Il faut être benêt comme un rédacteur en chef du Monde – je sais, je l’ai été naguère – pour s’imaginer que les directeurs sportifs des équipes rechigneraient par principe à intégrer dans leur effectif des Noirs ou des Arabes. L’article, d’ailleurs, montre que les patrons du cyclisme français ne verraient aucun obstacle à faire de ceux-ci des dopés comme les autres, à condition qu’ils présentent les mêmes dispositions à se défoncer sur un vélo que les Flamands et les Bretons. Vers l’âge de dix ans, alors que j’écoutais religieusement à la radio les reportages de Georges Briquet sur la Grande Boucle, je m’enquis auprès de mon grand-père des raisons cette bizarre absence de Juifs dans le peloton : « Pas la peine, me répondit-il, tous les ans c’est Félix Lévitan[2. Félix Lévitan (1911-2007), journaliste sportif, fut directeur adjoint, puis directeur du Tour de France pendant plus de quarante ans.] qui gagne ! »