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La mère, le fils et le bon goût

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Le quotidien économique israélien Globes publie un grand entretien avec Munib al-Masri, l’homme le plus riche en Palestine. L’homme d’affaire, propriétaire d’une société spécialisée dans l’acheminement du pétrole, a fait construire sur la montagne surplombant Naplouse une magnifique maison, copie conforme de la célèbre villa Americo Capra, la Rotonde, située à côté de Vicence en Vénétie. Dans cette interview, l’heureux propriétaire de la villa se dit notamment très fier de sa décoration intérieure particulièrement de sa « commode Marie-Antoinette et de ses canapés Louis XVII »…

Préférez-vous la mort ou la vie ?

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Etes-vous favorable à ce que de courageux petits gars de vingt ans se fassent trucider par des barbares dans un pays lointain ? Bon, je charrie. Bien sûr, ce n’est pas dans ces termes que Le Parisien a interrogé « les Français » – terme qui dans ce contexte désigne 1008 personnes âgées de 18 ans et plus et sélectionnées selon l’ancestrale et mystérieuse méthode des quotas. Il faut saluer la diligence de CSA qui a réalisé ce « sondage exclusif » sur l’engagement de la France en Afghanistan « à l’arrache », le 20 août, trente-six heures après l’annonce de la mort de dix soldats français dans une embuscade des Talibans. Il est vrai que sur genre de coup, il faut être le premier ou rien. L’opération a parfaitement réussi, en tout cas pour ce qui est de la « reprise », c’est-à-dire de la publicité gracieusement faite par les confrères qui est l’unique objectif poursuivi par la presse avec la publication de sondages. Celui du Parisien a bien « fait » l’ouverture d’un nombre respectable de journaux radio. L’effet sur les ventes n’est pas nécessairement garanti. Enfin, moi, j’ai acheté Le Parisien.

Rappelons que cet honorable quotidien n’a pas l’apanage du « sondage à l’estomac », même si, dans le genre, il est plutôt bon. Grâce au vieux couple qu’il forme avec son institut attitré CSA, on sait en effet, en temps presque réel, ce que pensent « les Français » (voir plus haut le sens de ce terme) sur des questions de la plus haute importance comme « Harry Roselmack doit-il rester au 20 heures ? » ou « Faut-il limoger Domenech? », deux exemples qui me reviennent en mémoire mais au sujet desquels je ne me rappelle pas quelles réponses avaient été données.

On apprend donc dans Le Parisien du 22 août que « 55 % des Français sont pour un retrait de nos soldats d’Afghanistan ». Résultat ô combien surprenant ! D’abord, tout être humain normal ne peut qu’être glacé par la mort de dix jeunes gens dans de telles conditions. De plus, dès l’annonce du guet-apens, télévisions et radios ont répété en boucle que ce drame relançait le débat sur la présence française en Afghanistan, tandis que des proches des victimes s’indignaient de ce que l’on ait envoyé des gamins de vingt ans sur un terrain aussi dangereux. Qui ne s’identifierait pas à ces parents, ces frères et sœurs endeuillés ? C’est bien ce qui me chafouine. En interrogeant son « échantillon de France » à chaud, le sondeur ne s’adresse pas à l’être de raison qui sommeille en chacun de nous ou presque (chez certains, il est dans le coma) mais au téléspectateur englué dans des torrents d’émotion cathodique. Ainsi demandera-t-on « aux Français » s’ils sont pour le service minimum au dixième jour d’une grève des transports ou s’ils font confiance aux compagnies low cost au lendemain d’un crash. Dans le cas présent, si la réponse n’est pas totalement contenue dans la question (il s’est tout de même trouvé 36 % de sans-cœur pour affirmer que nos soldats devaient rester en Afghanistan), elle y est fortement suggérée.

On ne voit pas pourquoi les médias s’abstiendraient vertueusement d’exploiter le filon inépuisable de l’émotion populaire, quand les politiques ne cessent de la flatter. Ainsi François Fillon s’est-il engagé à ce que la présence française en Afghanistan fasse l’objet d’un débat et d’un vote au Parlement. On m’objectera que cela est fort démocratique et que notre participation à « la guerre contre le terrorisme » mérite bien un débat. Certes. Mais alors, il fallait l’organiser en avril, quand le président a décidé d’envoyer des renforts à Kaboul. Cette annonce faite quelques jours après l’embuscade de la vallée d’Uzbin – et le jour même de la publication du sondage du Parisien – donne l’impression que le Premier ministre cède à l’opinion ; plus fâcheux, il semble penser que la mort de nos dix soldats rend urgent un débat qui ne l’était pas il y a quatre mois. Comme si ces morts remettaient en cause la légitimité de la participation française à la « guerre contre le terrorisme » (ce qui, au passage, est l’objectif des assaillants). On se gardera de trancher ici l’épineuse question de la présence française en Afghanistan, mais soit la France avait raison d’y être hier, et elle a encore raison aujourd’hui, soit elle a tort aujourd’hui et elle avait déjà tort hier. Reste une réalité qu’on avait oubliée à force d’entendre parler de nos troupes envoyées sur des théâtres extérieurs comme si elles étaient composées d’infirmières en goguette humanitaire. Il s’agit de soldats et de guerres, et à la guerre les soldats peuvent mourir.

Retraite anticipée chez les Kadhafi

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Quelques semaines à peine après que son frère Motassim Bilal alias Hannibal a défrayé la chronique, le plus fréquentable et visible fils Kadhafi, Seif el-Islam, a annoncé son intention de se retirer de la vie politique de son pays. Agé de 36 ans et très impliqué dans les réformes entreprises son père depuis une décennie, cette déclaration est surprenante. L’architecte de l’ouverture vers l’Occident est-il tenu responsable du manque d’égards des Suisses à l’encontre de son frère et sa belle sœur ? Ou bien utilise-t-il les verbes « retirer » et « se retirer » dans leur acception russe contemporaine, ce qui annonce un changement de cap ou, au moins, un petit rappel à l’ordre au sein de la famille régnant sur la Grande Jamâhîriyya arabe libyenne populaire et socialiste.

Les Arabes, une chance pour l’Olympisme !

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S’il est un geste fort dont on ne remerciera jamais assez Nicolas Sarkozy, c’est d’avoir, à peine élu, expatrié Philippe Douste-Blazy. Dieu sait que je suis chauvin, même à jeun, mais avec Diam’s et Starck, Douste est l’un des rares personnages qui me donnent honte d’être français.

Hélas, il semblerait que cette salutaire mesure de bannissement (il a été nommé secrétaire général adjoint de l’ONU en charge des financements innovants – on est prié de ne pas glousser avant la fin du papier…) n’ait pas été assortie d’une obligation totale de silence. Résultat de cette imprévoyance, Douste continue à parler comme s’il existait encore. Et il a fallu qu’il le fasse le seul jour du mois où j’ai ouvert Le Figaro, prenant en traître un pauvre vacancier qui s’attendait à tout sauf à ce retour du mort-vivant.

Qu’a donc à nous dire l’ex-maire de Lourdes ? Que le Comité International Olympique s’est déjugé en ne sélectionnant pas Doha, capitale de l’Emirat du Qatar, dans le dernier carré des villes susceptibles d’accueillir les JO de 2016 et que, peu ou prou, cette honteuse élimination disqualifie cette instance.

Je vous épargnerai son introduction choc, et puis non, après tout, je ne vois pas pourquoi je devrais être le seul humain à m’être farci cette daube : « Les Jeux olympiques demeurent sans aucun doute le plus grand événement sportif, de par leur capacité à mobiliser toutes les nations du monde autour des valeurs véhiculées par le sport. Ainsi, tous les quatre ans, la planète vibre au rythme des exploits des athlètes venus du monde entier. » Douste dresse un constat sans appel : « En écartant la candidature qatarie, on a perdu une occasion : celle de créer un précédent historique, en permettant à une capitale arabe d’être parmi les finalistes pour l’organisation des JO, mais aussi de contrer les radicaux qui savent habilement exploiter le sentiment d’humiliation et de frustration dans cette partie du monde. »

Ainsi donc le CIO, comme autrefois la CIA, serait-il l’allié objectif des terroristes islamiques ? C’est hélas fort probable car, comme nous l’explique Philippe, l’argument invoqué par les instances sportives internationales est d’une mauvaise foi insigne : ces messieurs du CIO prétendent qu’il fait trop chaud à Qatar au mois d’août. Une telle discrimination météorologique ne pouvait laisser de glace un chantre de l’égalité.

Il est déjà bien pénible de constater que tous les hommes ne sont pas forcément égaux en matière de performances. On ne va pas aggraver cette inégalité en décrétant que certains pays seraient plus aptes que d’autres.

Tant d’arguments laissent sans voix. On pourra objecter que si la météo n’est pas un vrai problème, alors le Qatar peut se rattraper en déposant sa candidature pour les prochains JO d’hiver…

Plus sérieusement, il faut revenir sur le constat de Philippe Douste-Blabla (comme on l’appelait au Quai), selon lequel les pays arabes méritent les Jeux olympiques. Ah bon et à quel titre ? S’il s’agit d’honorer une population jusque-là négligée, alors c’est à l’évidence le tour du sous-continent indien – ou à la rigueur celui de l’Afrique ou de l’Amérique du sud (Rio de Janeiro fait d’ailleurs partie du dernier carré des villes sélectionnées). S’il s’agit de récompenser les performances sportives alors la péninsule arabique arrive bonne dernière sur la liste à égalité avec le Groenland. Certes, le Qatar a décroché quelques médailles, mais en achetant des athlètes kenyans ou éthiopiens, convertis, rebaptisés et naturalisés en échange d’un salaire à vie. Ça c’est du sport.

On s’étonnera aussi que l’ancien patron de la diplomatie française (ce qui laisse encore rêveur) ne se soit pas arrêté à ces points de détail que sont l’interdiction des partis politiques au Qatar, le traitement inhumain réservé aux travailleurs immigrés ou encore le sort des femmes – qui est meilleur paraît-il qu’en Arabie Saoudite mais reste assez éloigné des normes beauvoiriennes communément admises ici : en janvier dernier, un homme reconnu coupable du meurtre de sa petite sœur, âgée de seize ans, a vu sa peine de trois ans de prison prononcée en première instance ramenée en appel à un an d’emprisonnement avec sursis.

On en déduira donc que, dans la grande tradition chiraquienne, Philippe Douste-Blazy pense qu’il faut soutenir les Arabes parce qu’ils sont arabes. Et ça, au moins, c’est indiscutable.

Pauvre Lorraine

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Bien connue des spécialistes, cette toile de William Bouguereau est un cas à part dans l’histoire de l’art : c’est la première fois que Jeanne la Lorraine est représentée attendant ses voix. Si l’artiste pastiche la manière hollandaise, c’est pour mieux réaliser la synthèse entre trois autres de ses oeuvres magistrales : Gilles de Rais à la Plage (école de Paris), La fille de l’évêque Cauchon soufflant sur le bûcher (école lilloise) et La Valse de Sissi Impératrice (école de la troisième voie en partant de la droite au fond du couloir).

William Bouguereau, Pauvre Lorraine, 1867. Huile sur toile, conservée dans le vestibule de la Fondation Mitterrand.

Tintin pour la Flandre

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Le ministre flamand du Tourisme, Geert Bourgeois, s’indigne du sort réservé au drapeau flamand par les autorités chinoises : ne reconnaissant que les Etats, Pékin estime que l’étendard orné du Lion des Flandres n’a pas sa place dans les stades lors des compétitions olympiques. « Nous sommes aussi mal traités que les Tibétains », vitupère-t-on au Vlaams Belang, où l’on s’attend à voir, sous huitaine, les premiers chars chinois déferler sur Anvers.

Richard Labévière, dernière « victime » du lobby sioniste

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L’été 2008 aura été propice à l’émergence d’une nouvelle espèce de victime autoproclamée : le journaliste viré pour avoir poussé le bouchon un peu plus loin que la ligne rouge dans son zèle à dénoncer les turpitudes du complot américano-sioniste, et de ses auxiliaires sarkozystes. Alors que les clameurs des amis de Siné s’étouffent peu à peu dans la torpeur d’août, le vacarme des islamo-gauchistes hexagonaux, notamment relayé par As-Safir, quotidien proche du Hezbollah, et par le très officiel Damas Post, reprend de plus belle à propos du licenciement, le 11 août dernier de Richard Labévière, journaliste à RFI.

La nouvelle direction de la holding France Monde, qui exerce depuis peu sa tutelle sur Radio France Internationale est accusée de chasse aux sorcières, et même de « nettoyage ethnique » (!) pour avoir expulsé de ses rangs, sans ménagements, un « spécialiste reconnu des questions du Proche-Orient ».

En fait, l’occasion de se débarrasser de ce personnage a été fournie sur un plateau à Antoine Schwarz, PDG de RFI, qui a reçu pour ce licenciement l’aval d’Alain de Pouzilhac et de Christine Ockrent, patrons de France Monde.

Le 8 juillet 2008, Richard Labévière, qui produit chaque semaine l’émission « Géopolitiques », annonce à sa rédaction en chef qu’il vient d’obtenir une interview exclusive du président syrien Bachar el Assad, lequel doit participer quelques jours plus tard au sommet de l’Union pour la Méditerranée à Paris. Joli coup ! Voilà, pensera-t-on, un journaliste qui n’a pas les deux pieds dans le même sabot et qui se démène pour ramener du gros à ses employeurs… Sauf qu’en l’occurrence, c’est le dictateur syrien qui a fait son marché et exigé que seul Labévière recueille ses présidentielles paroles pour RFI et TV5 Monde, la chaîne de télévision francophone internationale. La rédaction en chef de RFI ne l’entend pas de cette oreille et refuse à Labévière de lui adjoindre un technicien maison pour l’enregistrement : si entretien avec Assad il doit y avoir, ce n’est pas à lui de choisir son interlocuteur. Labévière passe outre, et s’envole pour Damas où il est reçu comme un prince. L’entretien sera diffusé le 11 juillet sur TV5 Monde, et le lendemain dans « Géopolitiques » sur RFI. L’insubordination, flagrante, aboutira, le 11 août au licenciement immédiat du journaliste pour faute grave.

Pour Labévière et ses amis, il s’agit d’un licenciement politique révélateur de la ligne atlantiste, néo-conservatrice imprimée à l’audiovisuel extérieur français depuis l’arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy : « Cette histoire estivale s’inscrit dans l’orwellisation en cours de la presse française, la remise en cause du pluralisme journalistique et de la liberté d’expression au pays des Lumières. Avec, pour horizon, la volonté d’imposer une lecture unique, néo-conservatrice, de la politique, des crises et des relations internationales », écrit-il pour peaufiner, non sans grandiloquence, son image de martyr.

Cette interprétation n’est pas celle de la Société des journalistes de RFI, pourtant peu encline à soutenir sa direction. En juillet, celle-ci s’était étonnée « des conditions d’obtention et de réalisation de l’entretien avec Bachar el Assad ». Ceux qui écoutent régulièrement cette radio auront du mal à croire que sa rédaction soit un ensemble de marionnettes manipulées par des agents sionistes !

Si l’expulsion de Labévière de RFI est « politique » – ce qui reste à démontrer – elle ne l’est pas moins, en tout cas, que son entrée, par la grande porte, dans cette maison en 2000.

Pendant de longues années, en effet, Richard Labévière a officié, comme journaliste, dans les couloirs des Nations Unies à Genève. Ceux qui l’ont croisé dans les années 1980 et 1990 subodoraient qu’il ne limitait pas ses activités à écrire des papiers pour le quotidien La Suisse ou la Radio Suisse Romande, ses employeurs habituels. Il fréquentait assidûment le monde et le demi-monde des délégations arabes présentes à Genève, ce qui aboutira un livre paru en 1999 chez Grasset sous le titre Les Dollars de la terreur. Labévière y défend la thèse d’un financement du terrorisme islamique par des circuits bien connus des services américains.

Il était un prince Wallon, une fois

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Les Wallons le souhaitent, certains Français l’espèrent. Puisqu’un consentement mutuel nous y invite, réunissons-nous bientôt, avec l’approbation du prince Charles-Joseph de Ligne, l’enchanteur wallon. Belge, il ne le fut point de son vivant, quoique né à Bruxelles en 1735 : il n’y eut d’Etat belge indépendant que cent ans plus tard, proclamé par la Conférence dite de Londres (1831), après de rudes journées révolutionnaires. Mais grand seigneur de la province du Hainaut, et Wallon par la même occasion, il le fut assurément. Charles-Joseph hérita les quartiers de noblesse qui font le sang bleu : prince de Ligne, du Saint-Empire, chevalier de la Toison d’or, Grand d’Espagne… Entraîné vers l’aventure militaire et mondaine, il vécut tous les événements de son temps. Et laissa une œuvre qu’il nous faut redécouvrir.

Avant l’indépendance arrachée à l’Autriche, une « sensation d’appartenance » au territoire s’était cristallisée chez l’élite bourgeoise de Belgique, exaspérée par les méthodes autoritaires de l’empereur Joseph II, lui-même gagné aux idées avancées des philosophes (paradoxe austro-belge !). « Réveillée » par la Révolution française, une coalition du Hainaut et du Brabant, d’esprit et d’intention patriotiques, défait l’armée d’Autriche à Turnhout (24 octobre 1789) et à Gand (13 novembre). La discorde entre les deux parties (l’une conservatrice, menée par Henri Van der Noot, l’autre libérale, conduite par Jean-François Vonk) constitutives de cette première révolution brabançonne, accéléra sans doute son échec, en octobre 1790. On ne saurait affirmer que le prince de Ligne éprouvait du patriotisme (bien qu’il juge le mot patriote « honorable »), car ce sentiment est alors étranger à un gentilhomme de son rang ; il se met au service des Etats, des princes de sang et de la « religion des rois ».

Le prestige militaire dont il jouissait auprès des insurgés, aurait pu l’entraîner dans la dissidence « flamande », ainsi qu’il la qualifie. Y a-t-il songé ? Au maréchal de Lascy, ministre, il croit nécessaire d’écrire, comme pour se garantir, qu’il est « assommé de propositions pour [le] mettre à la tête des Flamands », mais qu’il a répondu qu’il « ne [se révoltait] jamais pendant l’hiver » ! De même qu’elles le préservaient de toute haine, sa bonhomie et sa nonchalance le détournèrent des pièges de l’ambition. Il a aimé l’amour – et sa forme outrée, la débauche – mais ne manifesta jamais l’instinct de prédation du séducteur compulsif ; bien au contraire, il développa un très égalitaire «commerce» avec les femmes, reflet d’une heureuse civilisation qui fonde son développement sur leur intelligence et sur leur consentement : « Les hommes qui s’éloignent de leur société cessent d’être aimables et ne peuvent plus le devenir. » On verra son élégante silhouette se pencher sur tous les bustes à décolletés pigeonnants, franchir nuitamment bien des porches, se hâter vers des inconnues aimables. Il est de galanterie comme on est d’un pays. Arrivant en retard à un dîner chez le roi de Pologne, il prétend que la cause en est « l’une de ses plus belles sujettes », dont l’honneur restera sauf puisqu’il est incapable de se souvenir de son nom polonais « qui est de cinq ou six syllabes diaboliques à prononcer ». En lisant le récit d’une étreinte furtive, au petit matin, avec sa jeune cuisinière, les esprits avisés, ou chagrins, parleront de droit de cuissage ; ils seront démentis par ses mots de reconnaissance pour la charmante complice de son « pauvre petit crime ».

Soldat, il l’est totalement, avec ce mélange de sérieux et de détachement qui le caractérise. Il commande sans morgue et respecte ses hommes : « J’ai fait attendre des empereurs et des impératrices, mais jamais un soldat. » À la guerre, il est d’un courage presque inconscient. Il s’y amuse, pourvu qu’il y combatte : « Je ne me plains pas de quelques coups de fusil qu’on me tire quelquefois, par gaieté, quand je me promène. » Catherine de Russie raffole de ce séducteur, au point de lui offrir la terre « d’Iphigénie en Tauride », en Crimée, non loin de Yalta, qu’elle se propose de lui faire découvrir au terme d’une inoubliable croisière. Il embarque en mai 1787, à Kiev, sur l’une des sept galères somptueusement aménagées. Bien sûr, Catherine dissimule l’objet politique de son pèlerinage en Crimée, naguère sous tutelle turque, provisoirement indépendante : exposer son audace et sa vision civilisatrice à l’Occident, contrarier les ambitions de l’Angleterre et de la Prusse, démontrer sa puissance militaire à la Sublime porte… Dans ses lettres à la marquise de Coigny, il décrit une féerie asiatique mêlée de splendeur versaillaise, de paysages grandioses, de chevauchées de Tartares et de Cosaques. Fasciné par le prince de Tauride, le fameux Potemkin, un colosse à l’humeur contrariée de lubies, il le juge trop hésitant devant l’ennemi. S’il se moque de l’accoutrement d’un régiment de Juifs, fondé par Potemkin, il vitupère le « maudit pape » qui a jugé cette initiative « contraire à la sainte écriture ». Il s’amuse au spectacle des « Tartars mahométans », dont il « approuve la paresse […] assis les bras et les pieds croisés, sur leurs toits ». Puis il finit par se demander ce qu’il fait là.

Célébrer Voltaire et Rousseau, ce n’est pas si mal de la part d’un catholique paradoxal mais ferme dans sa croyance. Il eut d’ailleurs bien du mérite à acquérir puis à conserver sa foi de charbonnier. Enfant, il fut confié à des précepteurs, prêtres pour certains qui, à l’exception d’un brave abbé, ne croyaient pas en Dieu ! Le prince de Ligne n’est point un « grand seigneur fort méchant homme », sarcastique, à la manière de Don Juan. Il ne néglige assurément pas la chose profane mais n’a aucun goût pour la profanation ni pour les démonstrateurs de néant. Ce qui ne l’empêcha pas de sympathiser avec un Casanova vieillissant, qu’il trouva une fois de plus désargenté, subissant plus qu’exerçant le précaire emploi de bibliothécaire dans un château de Bohême.

Or donc, nous accueillerons bien chaleureusement la « transhumance immobile » qui paraît s’ébranler depuis la Wallonie, pourvu que se place en tête du cortège le majestueux fantôme du prince de Ligne. Il flotte dans son sillage comme un parfum d’Europe défunte, sans doute un peu rêvée, mais bien plus enivrant que toutes les commissions et tous les décrets du « machin » appelé Parlement européen, terriblement ennuyeux, plus apte à recycler les articles périmés qu’à nous entraîner dans une ronde enchantée.

Le Yéti à poils

Rapportés d’Inde par un journaliste de la BBC, deux poils attribués au légendaire Yéti sont arrivés au laboratoire d’Oxford afin de subir des tests ADN. Une première analyse ayant conclu qu’ils n’appartenaient à « aucune espèce animale connue », le mystère demeure entier : sont-ils humanoïdes ? Henri Emmanuelli et Claude Allègre se refusent encore, pour l’heure, à tout commentaire.

Tintin et les Soviets

6

Il faudra définitivement s’y faire, la géopolitique n’a rien à voir, ni avec la morale, ni avec les bons sentiments mais avec la puissance, celle des gros bras qui veulent être les caïds de la cour de l’école. En lisant et en écoutant les uns et les autres, on sait qui a gagné et qui a perdu. Tintin Saakachvili 0, le Soviet Medvedev 1. Sauf que généralement, on emballe ces faits bruts de grands principes. Cette fois-ci, on n’a pas fait tant de chichis.

Le Kremlin tremble encore sur ses bases, après que les ministres des Affaires étrangères de l’OTAN ont décidé de geler les rencontres du Conseil Russie-Otan, lors de leur réunion à Bruxelles, le 19 août dernier. « On ne claque aucune porte, mais il faut bien commencer quelque part », a dit le secrétaire général de l’OTAN, Jaap de Hoop Scheffer, lorsqu’il a annoncé cette insupportable mesure de rétorsion. Pour sûr, il va falloir installer une cellule de soutien psychologique dans les antichambres du président et du Premier ministre russes.

Et le héros auto-proclamé du nationalisme géorgien, le grand stratège Saakachvili ? Il y a fort à parier que son avenir n’est pas des plus brillants, et que lors des prochaines élections il tombera dans l’oubli, peut-être même avant, si une occasion se présente. Parce que, à part Georges Doublevé, qui n’a jamais rien compris à rien, il n’y a plus personne pour le soutenir. Si vous étiez chef d’Etat ou de gouvernement, soutiendriez vous un boutefeu devenu cinglé après avoir viré autocrate qui allumerait la mèche juste là où c’est vraiment dangereux ? Vous vous diriez, parce que vous êtes responsable, qu’il faut vous débarrasser au plus vite d’un type aussi peu fiable, qui veut vous tordre le bras et vous obliger à le soutenir alors qu’il s’attaque avec trois pétoires au caïd de la cour d’école.

Il suffit de lire le communiqué des ministres des Affaires étrangères qui ne veulent claquer aucune porte, mais qui sont bien obligés de faire quelque chose. Avis aux populations : un tel communiqué se lit toujours, et dans tous les cas, en commençant par la fin. Au début, on met de la ganache pour les journalistes et les spin doctors. En diplomatie, la règle est in cauda venenum. Dans la queue du communiqué, donc, le venin de l’OTAN affirme donc que, bien sûr, on en reste aux « aspirations » de la Géorgie telles que prises en compte lors du dernier Sommet de l’OTAN à Bucarest, que l’on reverra tout cela en décembre prochain, « compte tenu des changements » de la situation. Jaap Scheffer, le secrétaire général, qui peut se permettre de dire ce que les ministres doivent taire, était même très clair lors de sa conférence de presse préparatoire le 18 août : le communiqué de Bucarest, a-t-il rappelé, dit que la Géorgie a vocation à entrer dans l’OTAN « un jour », ce qui veut dire entre demain matin et sine die. L’option sine die vient de faire un grand bond en avant dans le CAC 40 diplomatique…

Les ministres de l’OTAN ont aussi approuvé l’initiative à grande portée de l’OSCE. L’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe est un sous-machin créé avant l’écroulement de l’Empire rouge. Basée à Vienne cette organisation est présidée actuellement ad interim par Alexander Stubb, ministre finnois des Affaires étrangères, qui a annoncé comme une grande victoire l’envoi de vingt (et peut être même trente) observateurs à Gori. Gori, ville natale de Staline est située en territoire géorgien, juste au sud de l’Ossétie du sud ; il aurait pour cela obtenu l’accord de Moscou. « Saakachvili, combien de divisions ? », aurait demandé Joseph Vissarionovitch Djougachvili…

Tout cela n’est guère moral ? Evidemment pas. Il ne s’agit pas de savoir qui est le plus moral, mais, comme toujours, qui est le plus fort. Ainsi va la diplomatie. Et puis, la Géorgie tout le monde s’en fout. Jacques Chirac aurait dit : « ça me fait pas bouger l’autre. » La grande erreur, et probablement la perte du président géorgien aura été de croire que tout le monde allait le soutenir. Pas la peine de faire des études de droit international à Kiev, Strasbourg et New York pour être aussi naïf.

Tout cela n’est pas juste ? Certes non. Reste une perspective plus inquiétante, que les journalistes se gardent bien d’analyser. Dimitri Medvedev a pourtant été très clair lors de deux apparitions à la télé. Dans la première, il affirmait que la Constitution lui faisait obligation de défendre les citoyens russes « où qu’ils se trouvent ». La deuxième fois, il a enfoncé le clou : « La Russie n’acceptera pas que l’on tue des citoyens russes nulle part dans le monde. » Une déclaration de cette eau met en route les gyrophares de tout diplomate qui se respecte : trois quarts des 75 000 habitants de l’Ossétie du Sud ont un passeport russe. De même qu’un nombre impressionnant d’habitants d’Ukraine, de Lettonie, de Lituanie et d’Estonie. Bref, il faut prendre ces déclarations au premier degré. Medvedev dit aimablement aux Européens qu’il les tient par la barbichette. Alors, la Géorgie, vous pensez !

La mère, le fils et le bon goût

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Le quotidien économique israélien Globes publie un grand entretien avec Munib al-Masri, l’homme le plus riche en Palestine. L’homme d’affaire, propriétaire d’une société spécialisée dans l’acheminement du pétrole, a fait construire sur la montagne surplombant Naplouse une magnifique maison, copie conforme de la célèbre villa Americo Capra, la Rotonde, située à côté de Vicence en Vénétie. Dans cette interview, l’heureux propriétaire de la villa se dit notamment très fier de sa décoration intérieure particulièrement de sa « commode Marie-Antoinette et de ses canapés Louis XVII »…

Préférez-vous la mort ou la vie ?

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Etes-vous favorable à ce que de courageux petits gars de vingt ans se fassent trucider par des barbares dans un pays lointain ? Bon, je charrie. Bien sûr, ce n’est pas dans ces termes que Le Parisien a interrogé « les Français » – terme qui dans ce contexte désigne 1008 personnes âgées de 18 ans et plus et sélectionnées selon l’ancestrale et mystérieuse méthode des quotas. Il faut saluer la diligence de CSA qui a réalisé ce « sondage exclusif » sur l’engagement de la France en Afghanistan « à l’arrache », le 20 août, trente-six heures après l’annonce de la mort de dix soldats français dans une embuscade des Talibans. Il est vrai que sur genre de coup, il faut être le premier ou rien. L’opération a parfaitement réussi, en tout cas pour ce qui est de la « reprise », c’est-à-dire de la publicité gracieusement faite par les confrères qui est l’unique objectif poursuivi par la presse avec la publication de sondages. Celui du Parisien a bien « fait » l’ouverture d’un nombre respectable de journaux radio. L’effet sur les ventes n’est pas nécessairement garanti. Enfin, moi, j’ai acheté Le Parisien.

Rappelons que cet honorable quotidien n’a pas l’apanage du « sondage à l’estomac », même si, dans le genre, il est plutôt bon. Grâce au vieux couple qu’il forme avec son institut attitré CSA, on sait en effet, en temps presque réel, ce que pensent « les Français » (voir plus haut le sens de ce terme) sur des questions de la plus haute importance comme « Harry Roselmack doit-il rester au 20 heures ? » ou « Faut-il limoger Domenech? », deux exemples qui me reviennent en mémoire mais au sujet desquels je ne me rappelle pas quelles réponses avaient été données.

On apprend donc dans Le Parisien du 22 août que « 55 % des Français sont pour un retrait de nos soldats d’Afghanistan ». Résultat ô combien surprenant ! D’abord, tout être humain normal ne peut qu’être glacé par la mort de dix jeunes gens dans de telles conditions. De plus, dès l’annonce du guet-apens, télévisions et radios ont répété en boucle que ce drame relançait le débat sur la présence française en Afghanistan, tandis que des proches des victimes s’indignaient de ce que l’on ait envoyé des gamins de vingt ans sur un terrain aussi dangereux. Qui ne s’identifierait pas à ces parents, ces frères et sœurs endeuillés ? C’est bien ce qui me chafouine. En interrogeant son « échantillon de France » à chaud, le sondeur ne s’adresse pas à l’être de raison qui sommeille en chacun de nous ou presque (chez certains, il est dans le coma) mais au téléspectateur englué dans des torrents d’émotion cathodique. Ainsi demandera-t-on « aux Français » s’ils sont pour le service minimum au dixième jour d’une grève des transports ou s’ils font confiance aux compagnies low cost au lendemain d’un crash. Dans le cas présent, si la réponse n’est pas totalement contenue dans la question (il s’est tout de même trouvé 36 % de sans-cœur pour affirmer que nos soldats devaient rester en Afghanistan), elle y est fortement suggérée.

On ne voit pas pourquoi les médias s’abstiendraient vertueusement d’exploiter le filon inépuisable de l’émotion populaire, quand les politiques ne cessent de la flatter. Ainsi François Fillon s’est-il engagé à ce que la présence française en Afghanistan fasse l’objet d’un débat et d’un vote au Parlement. On m’objectera que cela est fort démocratique et que notre participation à « la guerre contre le terrorisme » mérite bien un débat. Certes. Mais alors, il fallait l’organiser en avril, quand le président a décidé d’envoyer des renforts à Kaboul. Cette annonce faite quelques jours après l’embuscade de la vallée d’Uzbin – et le jour même de la publication du sondage du Parisien – donne l’impression que le Premier ministre cède à l’opinion ; plus fâcheux, il semble penser que la mort de nos dix soldats rend urgent un débat qui ne l’était pas il y a quatre mois. Comme si ces morts remettaient en cause la légitimité de la participation française à la « guerre contre le terrorisme » (ce qui, au passage, est l’objectif des assaillants). On se gardera de trancher ici l’épineuse question de la présence française en Afghanistan, mais soit la France avait raison d’y être hier, et elle a encore raison aujourd’hui, soit elle a tort aujourd’hui et elle avait déjà tort hier. Reste une réalité qu’on avait oubliée à force d’entendre parler de nos troupes envoyées sur des théâtres extérieurs comme si elles étaient composées d’infirmières en goguette humanitaire. Il s’agit de soldats et de guerres, et à la guerre les soldats peuvent mourir.

Retraite anticipée chez les Kadhafi

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Quelques semaines à peine après que son frère Motassim Bilal alias Hannibal a défrayé la chronique, le plus fréquentable et visible fils Kadhafi, Seif el-Islam, a annoncé son intention de se retirer de la vie politique de son pays. Agé de 36 ans et très impliqué dans les réformes entreprises son père depuis une décennie, cette déclaration est surprenante. L’architecte de l’ouverture vers l’Occident est-il tenu responsable du manque d’égards des Suisses à l’encontre de son frère et sa belle sœur ? Ou bien utilise-t-il les verbes « retirer » et « se retirer » dans leur acception russe contemporaine, ce qui annonce un changement de cap ou, au moins, un petit rappel à l’ordre au sein de la famille régnant sur la Grande Jamâhîriyya arabe libyenne populaire et socialiste.

Les Arabes, une chance pour l’Olympisme !

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S’il est un geste fort dont on ne remerciera jamais assez Nicolas Sarkozy, c’est d’avoir, à peine élu, expatrié Philippe Douste-Blazy. Dieu sait que je suis chauvin, même à jeun, mais avec Diam’s et Starck, Douste est l’un des rares personnages qui me donnent honte d’être français.

Hélas, il semblerait que cette salutaire mesure de bannissement (il a été nommé secrétaire général adjoint de l’ONU en charge des financements innovants – on est prié de ne pas glousser avant la fin du papier…) n’ait pas été assortie d’une obligation totale de silence. Résultat de cette imprévoyance, Douste continue à parler comme s’il existait encore. Et il a fallu qu’il le fasse le seul jour du mois où j’ai ouvert Le Figaro, prenant en traître un pauvre vacancier qui s’attendait à tout sauf à ce retour du mort-vivant.

Qu’a donc à nous dire l’ex-maire de Lourdes ? Que le Comité International Olympique s’est déjugé en ne sélectionnant pas Doha, capitale de l’Emirat du Qatar, dans le dernier carré des villes susceptibles d’accueillir les JO de 2016 et que, peu ou prou, cette honteuse élimination disqualifie cette instance.

Je vous épargnerai son introduction choc, et puis non, après tout, je ne vois pas pourquoi je devrais être le seul humain à m’être farci cette daube : « Les Jeux olympiques demeurent sans aucun doute le plus grand événement sportif, de par leur capacité à mobiliser toutes les nations du monde autour des valeurs véhiculées par le sport. Ainsi, tous les quatre ans, la planète vibre au rythme des exploits des athlètes venus du monde entier. » Douste dresse un constat sans appel : « En écartant la candidature qatarie, on a perdu une occasion : celle de créer un précédent historique, en permettant à une capitale arabe d’être parmi les finalistes pour l’organisation des JO, mais aussi de contrer les radicaux qui savent habilement exploiter le sentiment d’humiliation et de frustration dans cette partie du monde. »

Ainsi donc le CIO, comme autrefois la CIA, serait-il l’allié objectif des terroristes islamiques ? C’est hélas fort probable car, comme nous l’explique Philippe, l’argument invoqué par les instances sportives internationales est d’une mauvaise foi insigne : ces messieurs du CIO prétendent qu’il fait trop chaud à Qatar au mois d’août. Une telle discrimination météorologique ne pouvait laisser de glace un chantre de l’égalité.

Il est déjà bien pénible de constater que tous les hommes ne sont pas forcément égaux en matière de performances. On ne va pas aggraver cette inégalité en décrétant que certains pays seraient plus aptes que d’autres.

Tant d’arguments laissent sans voix. On pourra objecter que si la météo n’est pas un vrai problème, alors le Qatar peut se rattraper en déposant sa candidature pour les prochains JO d’hiver…

Plus sérieusement, il faut revenir sur le constat de Philippe Douste-Blabla (comme on l’appelait au Quai), selon lequel les pays arabes méritent les Jeux olympiques. Ah bon et à quel titre ? S’il s’agit d’honorer une population jusque-là négligée, alors c’est à l’évidence le tour du sous-continent indien – ou à la rigueur celui de l’Afrique ou de l’Amérique du sud (Rio de Janeiro fait d’ailleurs partie du dernier carré des villes sélectionnées). S’il s’agit de récompenser les performances sportives alors la péninsule arabique arrive bonne dernière sur la liste à égalité avec le Groenland. Certes, le Qatar a décroché quelques médailles, mais en achetant des athlètes kenyans ou éthiopiens, convertis, rebaptisés et naturalisés en échange d’un salaire à vie. Ça c’est du sport.

On s’étonnera aussi que l’ancien patron de la diplomatie française (ce qui laisse encore rêveur) ne se soit pas arrêté à ces points de détail que sont l’interdiction des partis politiques au Qatar, le traitement inhumain réservé aux travailleurs immigrés ou encore le sort des femmes – qui est meilleur paraît-il qu’en Arabie Saoudite mais reste assez éloigné des normes beauvoiriennes communément admises ici : en janvier dernier, un homme reconnu coupable du meurtre de sa petite sœur, âgée de seize ans, a vu sa peine de trois ans de prison prononcée en première instance ramenée en appel à un an d’emprisonnement avec sursis.

On en déduira donc que, dans la grande tradition chiraquienne, Philippe Douste-Blazy pense qu’il faut soutenir les Arabes parce qu’ils sont arabes. Et ça, au moins, c’est indiscutable.

Pauvre Lorraine

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Bien connue des spécialistes, cette toile de William Bouguereau est un cas à part dans l’histoire de l’art : c’est la première fois que Jeanne la Lorraine est représentée attendant ses voix. Si l’artiste pastiche la manière hollandaise, c’est pour mieux réaliser la synthèse entre trois autres de ses oeuvres magistrales : Gilles de Rais à la Plage (école de Paris), La fille de l’évêque Cauchon soufflant sur le bûcher (école lilloise) et La Valse de Sissi Impératrice (école de la troisième voie en partant de la droite au fond du couloir).

William Bouguereau, Pauvre Lorraine, 1867. Huile sur toile, conservée dans le vestibule de la Fondation Mitterrand.

Tintin pour la Flandre

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Le ministre flamand du Tourisme, Geert Bourgeois, s’indigne du sort réservé au drapeau flamand par les autorités chinoises : ne reconnaissant que les Etats, Pékin estime que l’étendard orné du Lion des Flandres n’a pas sa place dans les stades lors des compétitions olympiques. « Nous sommes aussi mal traités que les Tibétains », vitupère-t-on au Vlaams Belang, où l’on s’attend à voir, sous huitaine, les premiers chars chinois déferler sur Anvers.

Richard Labévière, dernière « victime » du lobby sioniste

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L’été 2008 aura été propice à l’émergence d’une nouvelle espèce de victime autoproclamée : le journaliste viré pour avoir poussé le bouchon un peu plus loin que la ligne rouge dans son zèle à dénoncer les turpitudes du complot américano-sioniste, et de ses auxiliaires sarkozystes. Alors que les clameurs des amis de Siné s’étouffent peu à peu dans la torpeur d’août, le vacarme des islamo-gauchistes hexagonaux, notamment relayé par As-Safir, quotidien proche du Hezbollah, et par le très officiel Damas Post, reprend de plus belle à propos du licenciement, le 11 août dernier de Richard Labévière, journaliste à RFI.

La nouvelle direction de la holding France Monde, qui exerce depuis peu sa tutelle sur Radio France Internationale est accusée de chasse aux sorcières, et même de « nettoyage ethnique » (!) pour avoir expulsé de ses rangs, sans ménagements, un « spécialiste reconnu des questions du Proche-Orient ».

En fait, l’occasion de se débarrasser de ce personnage a été fournie sur un plateau à Antoine Schwarz, PDG de RFI, qui a reçu pour ce licenciement l’aval d’Alain de Pouzilhac et de Christine Ockrent, patrons de France Monde.

Le 8 juillet 2008, Richard Labévière, qui produit chaque semaine l’émission « Géopolitiques », annonce à sa rédaction en chef qu’il vient d’obtenir une interview exclusive du président syrien Bachar el Assad, lequel doit participer quelques jours plus tard au sommet de l’Union pour la Méditerranée à Paris. Joli coup ! Voilà, pensera-t-on, un journaliste qui n’a pas les deux pieds dans le même sabot et qui se démène pour ramener du gros à ses employeurs… Sauf qu’en l’occurrence, c’est le dictateur syrien qui a fait son marché et exigé que seul Labévière recueille ses présidentielles paroles pour RFI et TV5 Monde, la chaîne de télévision francophone internationale. La rédaction en chef de RFI ne l’entend pas de cette oreille et refuse à Labévière de lui adjoindre un technicien maison pour l’enregistrement : si entretien avec Assad il doit y avoir, ce n’est pas à lui de choisir son interlocuteur. Labévière passe outre, et s’envole pour Damas où il est reçu comme un prince. L’entretien sera diffusé le 11 juillet sur TV5 Monde, et le lendemain dans « Géopolitiques » sur RFI. L’insubordination, flagrante, aboutira, le 11 août au licenciement immédiat du journaliste pour faute grave.

Pour Labévière et ses amis, il s’agit d’un licenciement politique révélateur de la ligne atlantiste, néo-conservatrice imprimée à l’audiovisuel extérieur français depuis l’arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy : « Cette histoire estivale s’inscrit dans l’orwellisation en cours de la presse française, la remise en cause du pluralisme journalistique et de la liberté d’expression au pays des Lumières. Avec, pour horizon, la volonté d’imposer une lecture unique, néo-conservatrice, de la politique, des crises et des relations internationales », écrit-il pour peaufiner, non sans grandiloquence, son image de martyr.

Cette interprétation n’est pas celle de la Société des journalistes de RFI, pourtant peu encline à soutenir sa direction. En juillet, celle-ci s’était étonnée « des conditions d’obtention et de réalisation de l’entretien avec Bachar el Assad ». Ceux qui écoutent régulièrement cette radio auront du mal à croire que sa rédaction soit un ensemble de marionnettes manipulées par des agents sionistes !

Si l’expulsion de Labévière de RFI est « politique » – ce qui reste à démontrer – elle ne l’est pas moins, en tout cas, que son entrée, par la grande porte, dans cette maison en 2000.

Pendant de longues années, en effet, Richard Labévière a officié, comme journaliste, dans les couloirs des Nations Unies à Genève. Ceux qui l’ont croisé dans les années 1980 et 1990 subodoraient qu’il ne limitait pas ses activités à écrire des papiers pour le quotidien La Suisse ou la Radio Suisse Romande, ses employeurs habituels. Il fréquentait assidûment le monde et le demi-monde des délégations arabes présentes à Genève, ce qui aboutira un livre paru en 1999 chez Grasset sous le titre Les Dollars de la terreur. Labévière y défend la thèse d’un financement du terrorisme islamique par des circuits bien connus des services américains.

Il était un prince Wallon, une fois

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Les Wallons le souhaitent, certains Français l’espèrent. Puisqu’un consentement mutuel nous y invite, réunissons-nous bientôt, avec l’approbation du prince Charles-Joseph de Ligne, l’enchanteur wallon. Belge, il ne le fut point de son vivant, quoique né à Bruxelles en 1735 : il n’y eut d’Etat belge indépendant que cent ans plus tard, proclamé par la Conférence dite de Londres (1831), après de rudes journées révolutionnaires. Mais grand seigneur de la province du Hainaut, et Wallon par la même occasion, il le fut assurément. Charles-Joseph hérita les quartiers de noblesse qui font le sang bleu : prince de Ligne, du Saint-Empire, chevalier de la Toison d’or, Grand d’Espagne… Entraîné vers l’aventure militaire et mondaine, il vécut tous les événements de son temps. Et laissa une œuvre qu’il nous faut redécouvrir.

Avant l’indépendance arrachée à l’Autriche, une « sensation d’appartenance » au territoire s’était cristallisée chez l’élite bourgeoise de Belgique, exaspérée par les méthodes autoritaires de l’empereur Joseph II, lui-même gagné aux idées avancées des philosophes (paradoxe austro-belge !). « Réveillée » par la Révolution française, une coalition du Hainaut et du Brabant, d’esprit et d’intention patriotiques, défait l’armée d’Autriche à Turnhout (24 octobre 1789) et à Gand (13 novembre). La discorde entre les deux parties (l’une conservatrice, menée par Henri Van der Noot, l’autre libérale, conduite par Jean-François Vonk) constitutives de cette première révolution brabançonne, accéléra sans doute son échec, en octobre 1790. On ne saurait affirmer que le prince de Ligne éprouvait du patriotisme (bien qu’il juge le mot patriote « honorable »), car ce sentiment est alors étranger à un gentilhomme de son rang ; il se met au service des Etats, des princes de sang et de la « religion des rois ».

Le prestige militaire dont il jouissait auprès des insurgés, aurait pu l’entraîner dans la dissidence « flamande », ainsi qu’il la qualifie. Y a-t-il songé ? Au maréchal de Lascy, ministre, il croit nécessaire d’écrire, comme pour se garantir, qu’il est « assommé de propositions pour [le] mettre à la tête des Flamands », mais qu’il a répondu qu’il « ne [se révoltait] jamais pendant l’hiver » ! De même qu’elles le préservaient de toute haine, sa bonhomie et sa nonchalance le détournèrent des pièges de l’ambition. Il a aimé l’amour – et sa forme outrée, la débauche – mais ne manifesta jamais l’instinct de prédation du séducteur compulsif ; bien au contraire, il développa un très égalitaire «commerce» avec les femmes, reflet d’une heureuse civilisation qui fonde son développement sur leur intelligence et sur leur consentement : « Les hommes qui s’éloignent de leur société cessent d’être aimables et ne peuvent plus le devenir. » On verra son élégante silhouette se pencher sur tous les bustes à décolletés pigeonnants, franchir nuitamment bien des porches, se hâter vers des inconnues aimables. Il est de galanterie comme on est d’un pays. Arrivant en retard à un dîner chez le roi de Pologne, il prétend que la cause en est « l’une de ses plus belles sujettes », dont l’honneur restera sauf puisqu’il est incapable de se souvenir de son nom polonais « qui est de cinq ou six syllabes diaboliques à prononcer ». En lisant le récit d’une étreinte furtive, au petit matin, avec sa jeune cuisinière, les esprits avisés, ou chagrins, parleront de droit de cuissage ; ils seront démentis par ses mots de reconnaissance pour la charmante complice de son « pauvre petit crime ».

Soldat, il l’est totalement, avec ce mélange de sérieux et de détachement qui le caractérise. Il commande sans morgue et respecte ses hommes : « J’ai fait attendre des empereurs et des impératrices, mais jamais un soldat. » À la guerre, il est d’un courage presque inconscient. Il s’y amuse, pourvu qu’il y combatte : « Je ne me plains pas de quelques coups de fusil qu’on me tire quelquefois, par gaieté, quand je me promène. » Catherine de Russie raffole de ce séducteur, au point de lui offrir la terre « d’Iphigénie en Tauride », en Crimée, non loin de Yalta, qu’elle se propose de lui faire découvrir au terme d’une inoubliable croisière. Il embarque en mai 1787, à Kiev, sur l’une des sept galères somptueusement aménagées. Bien sûr, Catherine dissimule l’objet politique de son pèlerinage en Crimée, naguère sous tutelle turque, provisoirement indépendante : exposer son audace et sa vision civilisatrice à l’Occident, contrarier les ambitions de l’Angleterre et de la Prusse, démontrer sa puissance militaire à la Sublime porte… Dans ses lettres à la marquise de Coigny, il décrit une féerie asiatique mêlée de splendeur versaillaise, de paysages grandioses, de chevauchées de Tartares et de Cosaques. Fasciné par le prince de Tauride, le fameux Potemkin, un colosse à l’humeur contrariée de lubies, il le juge trop hésitant devant l’ennemi. S’il se moque de l’accoutrement d’un régiment de Juifs, fondé par Potemkin, il vitupère le « maudit pape » qui a jugé cette initiative « contraire à la sainte écriture ». Il s’amuse au spectacle des « Tartars mahométans », dont il « approuve la paresse […] assis les bras et les pieds croisés, sur leurs toits ». Puis il finit par se demander ce qu’il fait là.

Célébrer Voltaire et Rousseau, ce n’est pas si mal de la part d’un catholique paradoxal mais ferme dans sa croyance. Il eut d’ailleurs bien du mérite à acquérir puis à conserver sa foi de charbonnier. Enfant, il fut confié à des précepteurs, prêtres pour certains qui, à l’exception d’un brave abbé, ne croyaient pas en Dieu ! Le prince de Ligne n’est point un « grand seigneur fort méchant homme », sarcastique, à la manière de Don Juan. Il ne néglige assurément pas la chose profane mais n’a aucun goût pour la profanation ni pour les démonstrateurs de néant. Ce qui ne l’empêcha pas de sympathiser avec un Casanova vieillissant, qu’il trouva une fois de plus désargenté, subissant plus qu’exerçant le précaire emploi de bibliothécaire dans un château de Bohême.

Or donc, nous accueillerons bien chaleureusement la « transhumance immobile » qui paraît s’ébranler depuis la Wallonie, pourvu que se place en tête du cortège le majestueux fantôme du prince de Ligne. Il flotte dans son sillage comme un parfum d’Europe défunte, sans doute un peu rêvée, mais bien plus enivrant que toutes les commissions et tous les décrets du « machin » appelé Parlement européen, terriblement ennuyeux, plus apte à recycler les articles périmés qu’à nous entraîner dans une ronde enchantée.

Le Yéti à poils

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Rapportés d’Inde par un journaliste de la BBC, deux poils attribués au légendaire Yéti sont arrivés au laboratoire d’Oxford afin de subir des tests ADN. Une première analyse ayant conclu qu’ils n’appartenaient à « aucune espèce animale connue », le mystère demeure entier : sont-ils humanoïdes ? Henri Emmanuelli et Claude Allègre se refusent encore, pour l’heure, à tout commentaire.

Tintin et les Soviets

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Il faudra définitivement s’y faire, la géopolitique n’a rien à voir, ni avec la morale, ni avec les bons sentiments mais avec la puissance, celle des gros bras qui veulent être les caïds de la cour de l’école. En lisant et en écoutant les uns et les autres, on sait qui a gagné et qui a perdu. Tintin Saakachvili 0, le Soviet Medvedev 1. Sauf que généralement, on emballe ces faits bruts de grands principes. Cette fois-ci, on n’a pas fait tant de chichis.

Le Kremlin tremble encore sur ses bases, après que les ministres des Affaires étrangères de l’OTAN ont décidé de geler les rencontres du Conseil Russie-Otan, lors de leur réunion à Bruxelles, le 19 août dernier. « On ne claque aucune porte, mais il faut bien commencer quelque part », a dit le secrétaire général de l’OTAN, Jaap de Hoop Scheffer, lorsqu’il a annoncé cette insupportable mesure de rétorsion. Pour sûr, il va falloir installer une cellule de soutien psychologique dans les antichambres du président et du Premier ministre russes.

Et le héros auto-proclamé du nationalisme géorgien, le grand stratège Saakachvili ? Il y a fort à parier que son avenir n’est pas des plus brillants, et que lors des prochaines élections il tombera dans l’oubli, peut-être même avant, si une occasion se présente. Parce que, à part Georges Doublevé, qui n’a jamais rien compris à rien, il n’y a plus personne pour le soutenir. Si vous étiez chef d’Etat ou de gouvernement, soutiendriez vous un boutefeu devenu cinglé après avoir viré autocrate qui allumerait la mèche juste là où c’est vraiment dangereux ? Vous vous diriez, parce que vous êtes responsable, qu’il faut vous débarrasser au plus vite d’un type aussi peu fiable, qui veut vous tordre le bras et vous obliger à le soutenir alors qu’il s’attaque avec trois pétoires au caïd de la cour d’école.

Il suffit de lire le communiqué des ministres des Affaires étrangères qui ne veulent claquer aucune porte, mais qui sont bien obligés de faire quelque chose. Avis aux populations : un tel communiqué se lit toujours, et dans tous les cas, en commençant par la fin. Au début, on met de la ganache pour les journalistes et les spin doctors. En diplomatie, la règle est in cauda venenum. Dans la queue du communiqué, donc, le venin de l’OTAN affirme donc que, bien sûr, on en reste aux « aspirations » de la Géorgie telles que prises en compte lors du dernier Sommet de l’OTAN à Bucarest, que l’on reverra tout cela en décembre prochain, « compte tenu des changements » de la situation. Jaap Scheffer, le secrétaire général, qui peut se permettre de dire ce que les ministres doivent taire, était même très clair lors de sa conférence de presse préparatoire le 18 août : le communiqué de Bucarest, a-t-il rappelé, dit que la Géorgie a vocation à entrer dans l’OTAN « un jour », ce qui veut dire entre demain matin et sine die. L’option sine die vient de faire un grand bond en avant dans le CAC 40 diplomatique…

Les ministres de l’OTAN ont aussi approuvé l’initiative à grande portée de l’OSCE. L’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe est un sous-machin créé avant l’écroulement de l’Empire rouge. Basée à Vienne cette organisation est présidée actuellement ad interim par Alexander Stubb, ministre finnois des Affaires étrangères, qui a annoncé comme une grande victoire l’envoi de vingt (et peut être même trente) observateurs à Gori. Gori, ville natale de Staline est située en territoire géorgien, juste au sud de l’Ossétie du sud ; il aurait pour cela obtenu l’accord de Moscou. « Saakachvili, combien de divisions ? », aurait demandé Joseph Vissarionovitch Djougachvili…

Tout cela n’est guère moral ? Evidemment pas. Il ne s’agit pas de savoir qui est le plus moral, mais, comme toujours, qui est le plus fort. Ainsi va la diplomatie. Et puis, la Géorgie tout le monde s’en fout. Jacques Chirac aurait dit : « ça me fait pas bouger l’autre. » La grande erreur, et probablement la perte du président géorgien aura été de croire que tout le monde allait le soutenir. Pas la peine de faire des études de droit international à Kiev, Strasbourg et New York pour être aussi naïf.

Tout cela n’est pas juste ? Certes non. Reste une perspective plus inquiétante, que les journalistes se gardent bien d’analyser. Dimitri Medvedev a pourtant été très clair lors de deux apparitions à la télé. Dans la première, il affirmait que la Constitution lui faisait obligation de défendre les citoyens russes « où qu’ils se trouvent ». La deuxième fois, il a enfoncé le clou : « La Russie n’acceptera pas que l’on tue des citoyens russes nulle part dans le monde. » Une déclaration de cette eau met en route les gyrophares de tout diplomate qui se respecte : trois quarts des 75 000 habitants de l’Ossétie du Sud ont un passeport russe. De même qu’un nombre impressionnant d’habitants d’Ukraine, de Lettonie, de Lituanie et d’Estonie. Bref, il faut prendre ces déclarations au premier degré. Medvedev dit aimablement aux Européens qu’il les tient par la barbichette. Alors, la Géorgie, vous pensez !