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Préservez-nous du mal

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Quatre garçons ont été arrêtés par la police à Pau, en train d’arracher des distributeurs de préservatifs. Se prétendant « catholiques fervents », ils ont confessé aux enquêteurs vouloir remettre leur butin à leur paroisse. Jeunes hommes, quand on est catholique, c’est à l’index qu’on met la capote. Pas ailleurs.

Un holocauste light ?

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Dans son édito de Causeur version papier, Elisabeth Lévy, commentant l’affaire Siné, appelait de ses vœux une « journée sans Juifs ». Cette excellente idée d’Elisabeth (qui je l’espère, me pardonnera la tautologie), étant pour l’instant restée lettre morte, j’ai décidé de donner l’exemple. Il ne sera donc pas question ici de Juifs, seulement d’antisémitisme, d’antisionisme et de trotskystes, britanniques de surcroît.

Le lièvre qui nous intéresse a été levé par l’Alliance for Workers Liberty, l’un des très nombreux groupes se réclamant de cette mouvance. À l’instar des autres groupes trotskystes du Royaume Uni et du reste du monde, l’AWL est très investie dans la lutte anti-impérialiste, le soutien aux sans-papiers et le combat antifasciste. C’est à ce dernier titre que ses militants ont participé, avec toute l’extrême gauche, le 16 août dernier à Codnor dans le Derbyshire, à un rassemblement de protestation contre la tenue de la fête annuelle du British National Party, principale formation extrême droitiste du pays – un happening qui rappelle nos grandes festivités antifascistes de Strasbourg, lesquelles, malheureusement n’ont eu lieu qu’une fois.

Or, voilà que dans la manif, les militants de l’AWL tombent sur un tract qui les fait sursauter. Il émane de Unite Against Fascism, l’équivalent anglais de Ras l’Front, une organisation animée et contrôlée par les militants du SWP, la principale organisation trotskyste britannique (Que ce soit dit une fois pour toutes, le SWP n’a aucun rapport avec la LCR française, ni avec LO qui ne sont donc pas spécialement visées ici). En plus du fonds de sauce trotskyste, le SWP est très en pointe dans la lutte contre « l’islamophobie », cause si essentielle qu’elle le conduit à passer des alliances électorales avec des groupes musulmans fondamentalistes ; et on ne le diffamera pas en affirmant que son antisionisme est souvent sans nuances.

En Angleterre, tout cela (qui n’a donc rien à voir avec des faits existant ou ayant existé) est connu depuis longtemps. Cela n’a pas empêché les militants de l’AWL de tomber sur le postérieur en lisant le tract de leurs concurrents du SWP. Et de fait, il y avait de quoi : « Le BNP, y explique-t-on, nie l’existence de l’Holocauste, l’Holocauste qui a exterminé des milliers de LGBT, de syndicalistes et d’handicapés. » Point final, pas d’autres victimes recensées. Pourquoi les coiffeurs, au fait ?

La réplique de l’AWL, dans un éditorial assez remonté publié sur son site, vaut le détour. L’auteur, Gerry Bates, qui y tient une rubrique intitulée « Antisémitisme de gauche » (ce qui est déjà culotté), s’interroge en titre : « Has the SWP Discovered a « Jew-Free » Holocaust ? » (La SWP a-t-elle découvert un Holocauste sans Juifs ?)

Une fois passé un léger moment de colère, il hasarde quelques hypothèses : « On n’ose imaginer que le SWP veuille faire appel aux gens qui considèrent qu’Hitler a eu raison de tuer six millions de Juifs, mais regrettent qu’il ait aussi liquidé des gays et des handicapés. Ou que le SWP lui-même considère que l’extermination des Juifs n’était pas une dimension décisive, voire répréhensible, de l’Holocauste. On en déduit donc qu’il s’agit d’une bavure, d’un dérapage. Mais s’il est passé inaperçu aux yeux de l’auteur, du claviste, de l’imprimeur, des organisateurs et des distributeurs, sans oublier tous les lecteurs, alors ce dérapage doit avoir du sens. »

Une autre militante, Jane Ashworth a son idée sur la question : « Cela signifie quelque chose : pour les militants du SWP, l’Holocauste est sans rapport avec le Moyen-Orient d’aujourd’hui – si ce n’est pour fournir l’amalgame entre sionistes et nazis qu’ils utilisent volontiers. » Un autre militant, ferme le ban par une muleta érudite, rapprochant la réécriture de l’Holocauste version SWP de celle qui prévalait dans l’URSS stalinienne, où le monument érigé en hommage aux 33.771 Juifs massacrés le 29 septembre 1941 par les nazis à Babi Yar ne parlait que de « citoyens soviétiques ». Pour l’auteur, le diagnostic est clair : « Le SWP a un problème avec l’antisémitisme. »

Heureusement, de telles polémiques ne risquent pas d’arriver chez nous. Pour la simple raison que personne à gauche ou à l’extrême gauche, ne procède à un travail de veille endogène sur l’antisémitisme[1. Ce travail est en revanche fort judicieusement fait – non pas du côté de l’extrême gauche politique mais, ce qui n’a rien d’un détail, de celui de l’ultra-gauche théorique –, par Yves Coleman sur son site. Qu’il en soit, malgré des désaccords à la tonne, formellement remercié ici ainsi que pour avoir traduit et publié les textes sans concessions du groupe hollandais « De Fabel van de illegaal » sur les ravages de l’antisémitisme au sein du mouvement altermondialiste, qui gagneraient, qui sait, à être mieux connus ici…]. D’ailleurs, on ne voit pas pourquoi quelqu’un s’y collerait, puisque chez nous, il n’y a d’antisémitisme qu’à l’extrême droite. Et quand dans Politis, Bernard Langlois traite Claude Askolovitch « d’agent d’influence israélien », il ne peut s’agir que d’une bavure typographique, sans quoi le MRAP, le PS ou Acrimed auraient immédiatement réagi.

Une bonne vieille révolution ?

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Ce fut juste l’une de ces petites phrases dont tout politique rompu aux lois d’airain de la communication sait truffer ses discours de meetings ou ses interviews. Il a beau avoir l’air d’un oiseau tombé du nid, Besancenot n’est pas un perdreau de l’année. Il sait que le Grand soir est un marché porteur. A Port Leucate, où ses sympathisants étaient réunis pour le séminaire de pré-lancement du NPA, il y est donc allé à la truelle dans le genre « profiteurs à gros cigares (ou devrait-on, désormais, dire à quatre-quatre ?) pendus aux réverbères ». Comme il a des lettres et que les participants des « universités d’été » de la LCR étudiaient sagement les œuvres de Marx et Engels, la bonne bouille de la politique française a parlé de la suraccumulation du capital. « Il y a du grabuge en perspective parce que le capitalisme et les capitalistes français sont en train de craquer. Ce qu’il leur faudrait, c’est une bonne vieille révolution », a-t-il lancé. Et qu’on ne croie pas qu’il s’agit là de rhétorique de meeting. « Pour nous autres révolutionnaires, a-t-il ajouté, les conditions sont réunies pour l’action.(…) Ca pètera dans un mois, dans un an, d’ici 2012 en tout cas. On fera tout pour ça et on sera là. » Le Grand soir, c’est pour demain. Attachez vos ceintures.

Certes, comme l’a excellemment observé Eric Dupin qui vient de reprendre les rênes de Marianne 2.fr, il n’est pas très surprenant qu’un parti appelé Ligue communiste révolutionnaire agite l’étendard de la Révolution. Sauf que depuis un bail, la plupart de ses aînés se contentaient de l’évoquer comme une promesse lointaine, un horizon inaccessible – en somme l’équivalent laïque du Paradis chrétien. La Révolution avait un avantage insigne sur toutes les idées disponibles, c’est qu’elle ne risquait pas d’advenir. Pour le reste, comme l’avait compris Furet, nous étions condamnés à vivre dans ce monde-là. Et voilà que le petit l’annonce pour de vrai, le Royaume des cieux, avec la date et l’heure ou presque. De quoi faire trembler exploiteurs assoiffés, possédants avides, marchands cupides. Un bon réverbère, vous dis-je…

Avant de se demander si les contradictions du sarko-capitalisme peuvent enfanter des lendemains qui chantent, il faudrait savoir ce que Besancenot entend par « révolution » et, plus encore, par « bonne vieille révolution ». D’abord, c’est hier ou demain ? Les deux, Camarades ! – « hier » et « demain » se donnant la main pour effacer « aujourd’hui ». En somme, le volontarisme historique affiché s’enracine dans une nostalgie d’anciens combattants. On peut trouver bizarre le coefficient automatique de sympathie qui s’attache au mot et peut-être à la chose, dans un pays qui, en ayant fait l’expérience, sait que dans la vraie vie, la révolution, c’est pas marrant très longtemps, et dans un monde qui a pu observer sur grande échelle l’ivresse mortifère des périodes révolutionnaires. Mais voilà, l’expérience historique ne fait pas le poids face à la mythologie. Dans le roman national, la révolution, c’est sympa, point.

Seulement, si les mots ont un sens, ce qui caractérise une révolution, c’est la violence, en tout cas la brutalité du changement. Il est vrai que notre époque sucrée a inventé les révolutions douces, fleuries, pacifiques, orange ou demi-saison, dans lesquelles les valeureux combattants des Droits de l’Homme finissent par terrasser les méchants dictateurs nationalistes. La chute du mur de Berlin est ce qui s’approche le plus d’une révolution démocratique, mais on peut aussi bien la qualifier de restauration. Le plus souvent, il s’agit de coups d’état soft plus ou moins encouragés par le commandement central du camp du Bien et surtout, retransmis en mondovision. (A la réflexion, la différence entre révolution et coup d’état tient largement au nombre de gens admis dans l’avant-garde révolutionnaire.)

Visiblement, ce n’est pas à ces néo-révolutions télévisées que pensait Besancenot en faisant sa tirade. Ce qui le fait rêver, dans la révolution, et avec lui pas mal de mes honorables concitoyens, c’est le sang, la castagne. « Va y avoir du grabuge ! » Cet engouement est assez mystérieux. On ne voit pas en quoi il serait préférable que les sociétés changent par à coups brutaux plutôt que de s’adapter en douceur, et ceci alors même que l’immense majorité des êtres humains, même les plus malheureux, ne souhaitent pas la destruction brutale de tous les cadres de leur existence ni la remise en cause violente de leur identité, ni même le renversement de toutes les hiérarchies. Ce « conservatisme » explique d’ailleurs le succès des communistes dans les anciennes « républiques populaires ». Or, la table rase est la substance du programme révolutionnaire. « Les premiers seront les derniers » – après tout, la maxime évangélique annonçait déjà « l’esprit sans-culotte » dépeint par Patrice Gueniffey.

Alors quoi, faudrait-il se résigner à un ordre immuable et injuste ? Pour tout dire, il m’arrive fréquemment de penser que certaines têtes finiront sur des piques et que leurs propriétaires l’auront bien cherché – à supposer que la fureur révolutionnaire frappe juste ce qui reste à prouver. De toute façon, il ne s’agit pas de se demander si la révolution est souhaitable, mais si elle est probable. Il faut dire qu’il n’a pas tout faux, ce petit Besancenot. Il est indéniable que la crise du capitalisme est « profonde, sérieuse, grave ». Et tout autant que pour une fraction grandissante du bon peuple, trop, c’est trop. Aussi est-on tenté de penser que l’ambiance est prérévolutionnaire, bref, que « ça pourrait péter » pour employer le langage fleuri de notre Che Guevara à la mode Canal +. Il est certain qu’on ne peut guère compter sur nos aimables socialos, qui viennent seulement de se rendre compte qu’ils avaient renoncé au marxisme, pour ramasser la mise. Mais aussi sympathique soit-il, Besancenot ne sera peut-être pas mieux placé. A observer la couleur des nuages qui s’amoncèlent au-dessus des sociétés, on se dit que si révolution il y a, elle risque d’être teintée de brun plutôt que de rouge et, en prime, d’être corsée par des affrontements interethniques préparés par deux ou trois décennies d’apologie bécasse du minoritaire victimisé. Bref, en fait d’avenir radieux, un processus révolutionnaire aurait toutes les chances de dégénérer en guerre des gangs. Et pour ce genre de jeux, il est un peu tendre, le postier.

Pas de panique, cependant, car, en fait, la révolution n’est pas très probable. Mon intuition est que la télévision la rend à la fois impossible et inutile. Inutile parce que désormais, la catharsis s’opère sur vos écrans : plus besoin de passer à l’acte quand on peut avoir le grand frisson à domicile. Impossible, parce que ce qui n’est pas médiatisé n’existe pas et qu’on ne voit pas pourquoi nos grandes boutiques d’informations donneraient corps à un processus révolutionnaire dont l’aboutissement logique serait leur destruction – et, sans doute, leur remplacement par d’autres. Ce n’est pas un hasard si les révolutions médiatiques précédemment évoquées s’apparentent à des comédies hollywoodiennes dans lesquelles les gentils gagnent. La télé ne peut tolérer la tragédie, les questions sans réponses, les choix impossibles, les dilemmes cornéliens. Il lui faut un monde en noir et blanc et ce monde, elle le fabrique. De fait, la Révolution, la nôtre, n’a pas été radine en matière de manichéisme, elle qui a inventé la loi des suspects et les ennemis du peuple. Certes, mais on admettra que dans la réalité, le combat de l’ombre et de la lumière a fortement ressemblé à une mêlée générale.

Il y a bien d’autres raisons de douter de l’imminence d’une explosion révolutionnaire, à commencer par l’absence sidérale de tout projet alternatif de société. A part « faire payer les riches », les têtes pensantes de la « vraie gauche » n’ont guère d’idée et ils ne savent pas vraiment comment mettre en œuvre cet intéressant programme. Besancenot pense qu’un sans-culotte sommeille en chaque Français, et il a sans doute raison. Mais à côté du sans-culotte endormi, il y a un notaire de province et celui-là est bien réveillé. Au lieu de lire Buonarroti, il ferait mieux de se plonger dans Balzac.

Présidente sans vice

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Mc Cain s’est donc enfin trouvé une vice-présidente digne de ce nom. Hostile à l’avortement, héroïne des conservateurs religieux, membre influent de la National Rifle Association, plaidant pour la construction d’un pipeline et la reprise des forages pétroliers en Alaska. Et dire qu’on passe pour des réacs…

Sale temps pour les junkies

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La production d’opium a baissé de 19 % cette année en Afghanistan, par rapport à 2007, a annoncé l’ONUDC (Office des Nations Unies contre la drogue et le crime). Le responsable ? Ni l’OTAN, ni le « gouvernement » ni même les ONG. Selon Antonio Maria Costa, directeur de l’agence onusienne, la cause principale de cette baisse de rendement, c’est la sécheresse. Comme quoi le réchauffement climatique peut avoir du bon, comme le pensent déjà tous les malheureux qui ont passé le mois d’août à Paris…

Russia on my mind

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Vous je ne sais pas, mais moi je commence à en avoir ras-la-frange de l’avalanche de propagande anti-russe ou plutôt anti-Medvedev, c’est-à-dire anti-Poutine, que nous déversent à pleins flots les démocrates occidentaux tombés brusquement raide dingues de l’exquise petite Géorgie menacée, dit-on, de génocide.

Moi qui étais déjà jeune bien avant la chute du mur de Berlin, je n’ai pas souvenir d’avoir été autant tympanisé avec les crimes de masse – avérés, eux – de feue l’Union soviétique.

Alors, pourquoi ces deux poids et deux mesures ? Lâcheté ? Sans doute. La « gauche morale » a toujours eu une regrettable propension à taper dans le beurre plutôt que dans le fer. « Est-ce par hasard ? », comme disait Dave dans un autre contexte, si Sartre a découvert les vertus de l’engagement en 1945 ?
Lâcheté certes, mais aveuglement surtout : ces singes-là veulent bien parler, mais en aucun cas ni voir ni entendre. Et puis après tout, peu importe : quelle que soit la face par laquelle on gravit la montagne de la connerie, on se retrouve ensemble au sommet !

Rumeurs sur les bancs de la gauche : « Vous n’avez pas le droit de comparer Staline et Hitler au nom du totalitarisme ! » Parce que, figurez-vous, il y a une différence de fond : le communisme, contrairement au nazisme, était pavé de bonnes intentions.

Mais depuis quand l’hypocrisie est-elle une preuve de bonne foi ? Devinette simple : à quoi reconnaît-on infailliblement un intellectuel-de-gauche ? A son étonnante capacité de changer d’erreur sans jamais effleurer la vérité.

En l’occurrence hélas, ce syndrome erroriste semble avoir contaminé les esprits bien au-delà des rangs de la gauche. Parmi les responsables de l’ex-Monde Libre, c’est à qui hurlera le plus fort au viol de la démocratie, depuis Nicolas Sarkozy jusqu’ à Angela Merkel, en passant par le décidément prometteur John Mc Cain – qui croit voir les trois lettres KGB dans les yeux de Poutine (qui ne sont pourtant que deux) avant de conclure logiquement : « Aujourd’hui, nous sommes tous Géorgiens. »

Car la vérité, dans cette affaire, c’est que jamais la Russie n’a été aussi démocratique ! Sans doute pas une démocratie parfaite telle que l’ont rêvée Platon ou Tocqueville. Mais où donc est-elle ? Après soixante-dix ans d’une dictature ubuesque et sadique, puis dix années de chaos où l’Etat désagrégé a démissionné au profit des clans mafieux, « que faire ? », comme disait l’autre ?

S’enfoncer dans le chaos des guerres entre féodalités ploutocratiques (auxquelles Eltsine avait cédé la réalité du pouvoir ) ? Retourner à la dictature communiste par la voie des urnes ? (Encore deux ans du même Eltsine, et on y était !)

En 2000, Poutine a proposé une troisième voie – la seule possible, et donc souhaitable – dans un pays qui revenait de si loin. Sortir la Russie de la crise, faire progresser le niveau de vie sans liquider les acquis sociaux. Et surtout, redonner au pays une fierté nationale et une stature internationale, au risque de fâcher quelques étrangers jaloux…

Que demande le peuple russe ? Ça, apparemment !

Photographie de une : Moscou, 2007, par Panoramas, flickr.

Pas de récession pour le déclin

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Nicolas Baverez donnait le 17 août une interview au Journal du Dimanche : « Il faut dire la vérité aux Français ». Jérôme Leroy n’a pas eu besoin de rencontrer le plus grand économiste français de tous les temps pour lui arracher un entretien. Quand on est écrivain, on sait rédiger soi-même les questions et les réponses.

Nicolas Baverez, votre réaction à la taxation de 1,1 % décidée par Nicolas Sarkozy pour financer le RSA ?
C’est un très mauvais signe envoyé aux forces vives de la nation : patrons du CAC 40, retraités par capitalisation, rentiers, socialistes strauss-kahniens. Ces 1,1 %, nous allons les payer très cher en matière d’emploi, notamment dans l’embauche de personnel de maison (chauffeurs, jardiniers, porteurs de chaise, valets de pieds, cuisinière tamoul pour déniaiser le fils de la maison). Gâcher un tel gisement d’emplois, alors que tant de Français modestes attendent aux portes des hôtels particuliers, me laisse songeur. Quant on pense au modèle anglais et à la domesticité employée par les classes supérieures, on s’aperçoit du gouffre qui nous sépare de cette société moderne, flexible mais où chacun a néanmoins compris quelle était sa place dans le redressement de la nation.

Mais en ce qui concerne le RSA ?
Son montant est scandaleusement élevé. Des couples vont parfois vivre avec 400 euros par mois, ce qui est effrayant quand on pense à la crise financière larvée qui frappe nos riches difficilement protégés par un bouclier fiscal – cette mesure de la dernière chance pour ne pas désespérer Deauville et Chamonix. Donner le goût de la facilité, voire du luxe, aux classes populaires peut avoir des conséquences négatives, et même dangereuses. Si le pauvre, en général alcoolique, achète des alcools de meilleure qualité et commence à consommer du Bushmill malt plutôt que du Label 5, son foie se dégradera moins rapidement et il utilisera davantage sa CMU, aberrante couverture sociale de type soviétique. Et il lèguera, outre son alcoolisme à ses enfants dégénérés, une dette encore aggravée par les débauches budgétaires de gouvernements archéojacobins qui ont décidément bien du mal à se libérer de réflexes honteusement keynésiens.

Aucun avantage, donc, à ce RSA ?
Allons, allons, je ne suis pas non plus un hayekien de stricte observance ! Le RSA pour peu qu’on révise son montant à la baisse, et qu’on le fasse financer non plus par le capital mais par exemple par le Téléthon (il ne faut pas exclure les malades orphelins de l’effort de redressement national, ils le sont déjà assez comme ça) peut avoir un effet incitatif sur l’embauche. Conditionné à une activité, le RSA permettra aux patrons de licencier massivement les smicards afin de réembaucher dans des conditions plus avantageuses, libérant ainsi de la trésorerie et rapprochant le coût du travailleur français de son homologue indien, brésilien et, surtout, chinois.

Néanmoins, on vous sent réticent…
Bien entendu. Comment voulez-vous que je n’aie pas l’impression d’un pas en arrière, alors que j’ai senti le président Sarkozy très ouvert durant la campagne présidentielle à certaine de mes propositions qui sont depuis, hélas, passées à la trappe.

Lesquelles par exemple ?
Le travail des enfants, ce tabou absurde. Nous ne sommes plus au temps de Victor Hugo : « Où vont tous ces enfants dont pas un seul ne rit / Ces doux êtres pensifs que la fièvre maigrit. » On peut imaginer un travail des enfants à visage humain. Des études de nombreux think tanks anglo-saxons montrent l’utilité pédagogique d’un contact précoce avec le monde de l’entreprise. L’acuité du regard d’une petite fille de onze ans, la finesse de ses doigts peuvent faire merveille dans l’assemblage de l’électronique de précision. Des entreprises de pointe comme MicroTechnics à Rennes auraient été bien inspirées d’employer des enfants plutôt que des ingénieurs syndiqués, surpayés et souvent socio-démocrates. Sans compter que le travail des enfants permettrait aux working poors français d’améliorer leur ordinaire, comme cela est très bien expliqué dans La situation de la classe laborieuse en Angleterre de Engels ou, pour ceux qui sont moins diplômés et cultivés que moi, dans Germinal de Zola. On pourrait également – avec un peu de courage politique et quelques aménagements juridiques proposés simultanément par la France, la Grande-Bretagne, l’Italie et l’Allemagne à la Cour européenne des droits de l’homme – rétablir l’esclavage. Le salariat n’est plus adapté à la mondialisation. L’esclavage garantirait une main d’œuvre efficace pour l’entreprise. Il faudrait bien sûr que l’Etat, en cas de conflit entre l’esclave et le patron, offre la possibilité d’un arbitrage juste et empêche les excès de certains patrons voyous (lapidation, mise à mort, mutilation). Mais seul un Etat dégraissé, un Etat dont les inspecteurs du travail se seraient débarrassés de leur vision cryptomarxiste de l’entreprise et auraient relu Sénèque et La Boétie, pourrait assurer cette mission et assurer à l’esclave les garanties de dignité élémentaires dans une société moderne.

Babylon A.D.

« Il faut se méfier des prévisions, surtout en ce qui concerne l’avenir », disait Winston Churchill – à moins que ce ne fût George Bernard Shaw. Voyez Jules Verne, voyez Cyrano de Bergerac : de leurs Voyage dans la Lune, de leurs fulgurances, il ne reste presque rien – fors la poésie. Adapter au cinéma un roman d’anticipation vieux de dix ans déjà est, dès lors, un pari hautement risqué.

Matthieu Kassovitz a choisi de le relever en portant à l’écran l’un des livres culte de Maurice G. Dantec : Babylon Babies devenu Babylon A.D. au cinéma. Le risque était double : trahir un auteur à l’univers aussi particulier que structuré ; offrir une fiction déjà dépassée par la réalité, quand l’action prend place en 2013. C’est-à-dire dans cinq ans à peine, lorsque débutera le second mandat de Sarkozy.

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Dantec, sans doute lié par son contrat de cession des droits de l’ouvrage, n’a guère commenté le film de Kassovitz. Il s’est contenté d’un vague grognement, dans la dernière livraison du magazine Optimum, laissant entendre que le réalisateur, en « ôtant la pierre angulaire » de sa fiction avait fait, au final, de son roman tout autre chose. Crainte infondée : le film offre le meilleur de Dantec – moins de bavardages scientificoïdes, sans doute, mais qui s’en plaindra ?

Daté, le film ne l’est pas davantage. Il donne à voir le monde qui nous attend, qui approche, et ressemble déjà effroyablement au nôtre, ne serait l’ajout de quelques gadgets, sans doute à l’état de prototypes dans quelques laboratoires coréens ou californiens. Un monde de grandes richesses et de délabrement, un monde de surhommes dopés aux nouvelles molécules et bardés de pseudopodes électroniques ; mais un monde dont l’esprit s’est retiré, et d’où la foi, l’espoir même tendent à disparaître. L’originalité de Dantec, on le sait, tient toute entière dans son anthropologie : quand bien même il serait devenu un hybride mâtiné de puces et génétiquement modifié, l’être humain reste un animal religieux.

Or donc, « Babylon A.D. » raconte la conversion progressive d’un mercenaire post-moderne. Ne croyant qu’en lui-même, en la science et en son flingue (serbe), Toorop (c’est le nom de notre héros, campé par Vin Diesel) va connaître le vertige du Mystère. La religion, depuis les vaticinations de Malraux, nous l’attendons tous au tournant de ce nouveau millénaire. Mais, trop souvent, l’imagination fait défaut, et l’on nous fait bâiller en nous proposant un improbable retour de l’Opus Dei, la découverte d’un manuscrit de la mer Morte « qui va tout changer » ou encore une victoire d’un islamisme madérisé. L’originalité de Dantec est d’avoir mêlé, en alchimiste assez dément, les deux grands traits du monde avenir : l’omniprésence de la technologie et le soupir universel d’une créature mutante qu’on appelait jadis l’Homme.

Dira-t-on assez de ce film qu’il est une impressionnante réussite ? La photo est parfaite, décors et paysages sont superbes, tout comme les héroïnes – Mélanie Thierry, en sublime vierge hasbourgeoise, Michelle Yeoh, vertigineuse en robot top… – et l’action captivante de bout en bout. La lumière revenue, amateurs de blockbusters, fans de Dantec, personne n’échappera à l’avertissement du film : noyé dans le divertissement, éclipsé par les prouesses technos, le désir religieux demeure. Inentamé. Qui finira par tout balayer.

Babylon Babies

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Humour arabe

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Le procureur général du Liban a requis la peine de mort contre Kadhafi et six hauts fonctionnaires libyens, impliqués selon la justice locale dans la mystérieuse disparition, en 1978, de l’imam libanais Mussa el-Sadder, pendant une visite en Libye. Réalistes, les Libanais ajoutent qu’il s’agit d’une démarche essentiellement symbolique et qu’ils estiment peu probable que l’accusé principal se rende à Beyrouth pour y être jugé. Or, le problème, c’est qu’il est peut-être trop tard. Une fois la procédure lancée et publiée, les fonctionnaires libanais ne sont plus maîtres de la situation et Kadhafi, avant même d’avoir été déclaré coupable, risque de mourir de rire.

Fifty cents

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Mickael Jackson a eu cinquante ans, aujourd’hui 29 août ! Nous nous associons à l’ensemble de la presse mondiale qui a superbement feint d’ignorer le demi-siècle de Bamby. Comme nous ne sommes pas bêcheurs, nous voulons témoigner au King of the Pop de notre amical soutien : nous, nous savons qu’il a été blanchi.

Préservez-nous du mal

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Quatre garçons ont été arrêtés par la police à Pau, en train d’arracher des distributeurs de préservatifs. Se prétendant « catholiques fervents », ils ont confessé aux enquêteurs vouloir remettre leur butin à leur paroisse. Jeunes hommes, quand on est catholique, c’est à l’index qu’on met la capote. Pas ailleurs.

Un holocauste light ?

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Dans son édito de Causeur version papier, Elisabeth Lévy, commentant l’affaire Siné, appelait de ses vœux une « journée sans Juifs ». Cette excellente idée d’Elisabeth (qui je l’espère, me pardonnera la tautologie), étant pour l’instant restée lettre morte, j’ai décidé de donner l’exemple. Il ne sera donc pas question ici de Juifs, seulement d’antisémitisme, d’antisionisme et de trotskystes, britanniques de surcroît.

Le lièvre qui nous intéresse a été levé par l’Alliance for Workers Liberty, l’un des très nombreux groupes se réclamant de cette mouvance. À l’instar des autres groupes trotskystes du Royaume Uni et du reste du monde, l’AWL est très investie dans la lutte anti-impérialiste, le soutien aux sans-papiers et le combat antifasciste. C’est à ce dernier titre que ses militants ont participé, avec toute l’extrême gauche, le 16 août dernier à Codnor dans le Derbyshire, à un rassemblement de protestation contre la tenue de la fête annuelle du British National Party, principale formation extrême droitiste du pays – un happening qui rappelle nos grandes festivités antifascistes de Strasbourg, lesquelles, malheureusement n’ont eu lieu qu’une fois.

Or, voilà que dans la manif, les militants de l’AWL tombent sur un tract qui les fait sursauter. Il émane de Unite Against Fascism, l’équivalent anglais de Ras l’Front, une organisation animée et contrôlée par les militants du SWP, la principale organisation trotskyste britannique (Que ce soit dit une fois pour toutes, le SWP n’a aucun rapport avec la LCR française, ni avec LO qui ne sont donc pas spécialement visées ici). En plus du fonds de sauce trotskyste, le SWP est très en pointe dans la lutte contre « l’islamophobie », cause si essentielle qu’elle le conduit à passer des alliances électorales avec des groupes musulmans fondamentalistes ; et on ne le diffamera pas en affirmant que son antisionisme est souvent sans nuances.

En Angleterre, tout cela (qui n’a donc rien à voir avec des faits existant ou ayant existé) est connu depuis longtemps. Cela n’a pas empêché les militants de l’AWL de tomber sur le postérieur en lisant le tract de leurs concurrents du SWP. Et de fait, il y avait de quoi : « Le BNP, y explique-t-on, nie l’existence de l’Holocauste, l’Holocauste qui a exterminé des milliers de LGBT, de syndicalistes et d’handicapés. » Point final, pas d’autres victimes recensées. Pourquoi les coiffeurs, au fait ?

La réplique de l’AWL, dans un éditorial assez remonté publié sur son site, vaut le détour. L’auteur, Gerry Bates, qui y tient une rubrique intitulée « Antisémitisme de gauche » (ce qui est déjà culotté), s’interroge en titre : « Has the SWP Discovered a « Jew-Free » Holocaust ? » (La SWP a-t-elle découvert un Holocauste sans Juifs ?)

Une fois passé un léger moment de colère, il hasarde quelques hypothèses : « On n’ose imaginer que le SWP veuille faire appel aux gens qui considèrent qu’Hitler a eu raison de tuer six millions de Juifs, mais regrettent qu’il ait aussi liquidé des gays et des handicapés. Ou que le SWP lui-même considère que l’extermination des Juifs n’était pas une dimension décisive, voire répréhensible, de l’Holocauste. On en déduit donc qu’il s’agit d’une bavure, d’un dérapage. Mais s’il est passé inaperçu aux yeux de l’auteur, du claviste, de l’imprimeur, des organisateurs et des distributeurs, sans oublier tous les lecteurs, alors ce dérapage doit avoir du sens. »

Une autre militante, Jane Ashworth a son idée sur la question : « Cela signifie quelque chose : pour les militants du SWP, l’Holocauste est sans rapport avec le Moyen-Orient d’aujourd’hui – si ce n’est pour fournir l’amalgame entre sionistes et nazis qu’ils utilisent volontiers. » Un autre militant, ferme le ban par une muleta érudite, rapprochant la réécriture de l’Holocauste version SWP de celle qui prévalait dans l’URSS stalinienne, où le monument érigé en hommage aux 33.771 Juifs massacrés le 29 septembre 1941 par les nazis à Babi Yar ne parlait que de « citoyens soviétiques ». Pour l’auteur, le diagnostic est clair : « Le SWP a un problème avec l’antisémitisme. »

Heureusement, de telles polémiques ne risquent pas d’arriver chez nous. Pour la simple raison que personne à gauche ou à l’extrême gauche, ne procède à un travail de veille endogène sur l’antisémitisme[1. Ce travail est en revanche fort judicieusement fait – non pas du côté de l’extrême gauche politique mais, ce qui n’a rien d’un détail, de celui de l’ultra-gauche théorique –, par Yves Coleman sur son site. Qu’il en soit, malgré des désaccords à la tonne, formellement remercié ici ainsi que pour avoir traduit et publié les textes sans concessions du groupe hollandais « De Fabel van de illegaal » sur les ravages de l’antisémitisme au sein du mouvement altermondialiste, qui gagneraient, qui sait, à être mieux connus ici…]. D’ailleurs, on ne voit pas pourquoi quelqu’un s’y collerait, puisque chez nous, il n’y a d’antisémitisme qu’à l’extrême droite. Et quand dans Politis, Bernard Langlois traite Claude Askolovitch « d’agent d’influence israélien », il ne peut s’agir que d’une bavure typographique, sans quoi le MRAP, le PS ou Acrimed auraient immédiatement réagi.

Une bonne vieille révolution ?

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Ce fut juste l’une de ces petites phrases dont tout politique rompu aux lois d’airain de la communication sait truffer ses discours de meetings ou ses interviews. Il a beau avoir l’air d’un oiseau tombé du nid, Besancenot n’est pas un perdreau de l’année. Il sait que le Grand soir est un marché porteur. A Port Leucate, où ses sympathisants étaient réunis pour le séminaire de pré-lancement du NPA, il y est donc allé à la truelle dans le genre « profiteurs à gros cigares (ou devrait-on, désormais, dire à quatre-quatre ?) pendus aux réverbères ». Comme il a des lettres et que les participants des « universités d’été » de la LCR étudiaient sagement les œuvres de Marx et Engels, la bonne bouille de la politique française a parlé de la suraccumulation du capital. « Il y a du grabuge en perspective parce que le capitalisme et les capitalistes français sont en train de craquer. Ce qu’il leur faudrait, c’est une bonne vieille révolution », a-t-il lancé. Et qu’on ne croie pas qu’il s’agit là de rhétorique de meeting. « Pour nous autres révolutionnaires, a-t-il ajouté, les conditions sont réunies pour l’action.(…) Ca pètera dans un mois, dans un an, d’ici 2012 en tout cas. On fera tout pour ça et on sera là. » Le Grand soir, c’est pour demain. Attachez vos ceintures.

Certes, comme l’a excellemment observé Eric Dupin qui vient de reprendre les rênes de Marianne 2.fr, il n’est pas très surprenant qu’un parti appelé Ligue communiste révolutionnaire agite l’étendard de la Révolution. Sauf que depuis un bail, la plupart de ses aînés se contentaient de l’évoquer comme une promesse lointaine, un horizon inaccessible – en somme l’équivalent laïque du Paradis chrétien. La Révolution avait un avantage insigne sur toutes les idées disponibles, c’est qu’elle ne risquait pas d’advenir. Pour le reste, comme l’avait compris Furet, nous étions condamnés à vivre dans ce monde-là. Et voilà que le petit l’annonce pour de vrai, le Royaume des cieux, avec la date et l’heure ou presque. De quoi faire trembler exploiteurs assoiffés, possédants avides, marchands cupides. Un bon réverbère, vous dis-je…

Avant de se demander si les contradictions du sarko-capitalisme peuvent enfanter des lendemains qui chantent, il faudrait savoir ce que Besancenot entend par « révolution » et, plus encore, par « bonne vieille révolution ». D’abord, c’est hier ou demain ? Les deux, Camarades ! – « hier » et « demain » se donnant la main pour effacer « aujourd’hui ». En somme, le volontarisme historique affiché s’enracine dans une nostalgie d’anciens combattants. On peut trouver bizarre le coefficient automatique de sympathie qui s’attache au mot et peut-être à la chose, dans un pays qui, en ayant fait l’expérience, sait que dans la vraie vie, la révolution, c’est pas marrant très longtemps, et dans un monde qui a pu observer sur grande échelle l’ivresse mortifère des périodes révolutionnaires. Mais voilà, l’expérience historique ne fait pas le poids face à la mythologie. Dans le roman national, la révolution, c’est sympa, point.

Seulement, si les mots ont un sens, ce qui caractérise une révolution, c’est la violence, en tout cas la brutalité du changement. Il est vrai que notre époque sucrée a inventé les révolutions douces, fleuries, pacifiques, orange ou demi-saison, dans lesquelles les valeureux combattants des Droits de l’Homme finissent par terrasser les méchants dictateurs nationalistes. La chute du mur de Berlin est ce qui s’approche le plus d’une révolution démocratique, mais on peut aussi bien la qualifier de restauration. Le plus souvent, il s’agit de coups d’état soft plus ou moins encouragés par le commandement central du camp du Bien et surtout, retransmis en mondovision. (A la réflexion, la différence entre révolution et coup d’état tient largement au nombre de gens admis dans l’avant-garde révolutionnaire.)

Visiblement, ce n’est pas à ces néo-révolutions télévisées que pensait Besancenot en faisant sa tirade. Ce qui le fait rêver, dans la révolution, et avec lui pas mal de mes honorables concitoyens, c’est le sang, la castagne. « Va y avoir du grabuge ! » Cet engouement est assez mystérieux. On ne voit pas en quoi il serait préférable que les sociétés changent par à coups brutaux plutôt que de s’adapter en douceur, et ceci alors même que l’immense majorité des êtres humains, même les plus malheureux, ne souhaitent pas la destruction brutale de tous les cadres de leur existence ni la remise en cause violente de leur identité, ni même le renversement de toutes les hiérarchies. Ce « conservatisme » explique d’ailleurs le succès des communistes dans les anciennes « républiques populaires ». Or, la table rase est la substance du programme révolutionnaire. « Les premiers seront les derniers » – après tout, la maxime évangélique annonçait déjà « l’esprit sans-culotte » dépeint par Patrice Gueniffey.

Alors quoi, faudrait-il se résigner à un ordre immuable et injuste ? Pour tout dire, il m’arrive fréquemment de penser que certaines têtes finiront sur des piques et que leurs propriétaires l’auront bien cherché – à supposer que la fureur révolutionnaire frappe juste ce qui reste à prouver. De toute façon, il ne s’agit pas de se demander si la révolution est souhaitable, mais si elle est probable. Il faut dire qu’il n’a pas tout faux, ce petit Besancenot. Il est indéniable que la crise du capitalisme est « profonde, sérieuse, grave ». Et tout autant que pour une fraction grandissante du bon peuple, trop, c’est trop. Aussi est-on tenté de penser que l’ambiance est prérévolutionnaire, bref, que « ça pourrait péter » pour employer le langage fleuri de notre Che Guevara à la mode Canal +. Il est certain qu’on ne peut guère compter sur nos aimables socialos, qui viennent seulement de se rendre compte qu’ils avaient renoncé au marxisme, pour ramasser la mise. Mais aussi sympathique soit-il, Besancenot ne sera peut-être pas mieux placé. A observer la couleur des nuages qui s’amoncèlent au-dessus des sociétés, on se dit que si révolution il y a, elle risque d’être teintée de brun plutôt que de rouge et, en prime, d’être corsée par des affrontements interethniques préparés par deux ou trois décennies d’apologie bécasse du minoritaire victimisé. Bref, en fait d’avenir radieux, un processus révolutionnaire aurait toutes les chances de dégénérer en guerre des gangs. Et pour ce genre de jeux, il est un peu tendre, le postier.

Pas de panique, cependant, car, en fait, la révolution n’est pas très probable. Mon intuition est que la télévision la rend à la fois impossible et inutile. Inutile parce que désormais, la catharsis s’opère sur vos écrans : plus besoin de passer à l’acte quand on peut avoir le grand frisson à domicile. Impossible, parce que ce qui n’est pas médiatisé n’existe pas et qu’on ne voit pas pourquoi nos grandes boutiques d’informations donneraient corps à un processus révolutionnaire dont l’aboutissement logique serait leur destruction – et, sans doute, leur remplacement par d’autres. Ce n’est pas un hasard si les révolutions médiatiques précédemment évoquées s’apparentent à des comédies hollywoodiennes dans lesquelles les gentils gagnent. La télé ne peut tolérer la tragédie, les questions sans réponses, les choix impossibles, les dilemmes cornéliens. Il lui faut un monde en noir et blanc et ce monde, elle le fabrique. De fait, la Révolution, la nôtre, n’a pas été radine en matière de manichéisme, elle qui a inventé la loi des suspects et les ennemis du peuple. Certes, mais on admettra que dans la réalité, le combat de l’ombre et de la lumière a fortement ressemblé à une mêlée générale.

Il y a bien d’autres raisons de douter de l’imminence d’une explosion révolutionnaire, à commencer par l’absence sidérale de tout projet alternatif de société. A part « faire payer les riches », les têtes pensantes de la « vraie gauche » n’ont guère d’idée et ils ne savent pas vraiment comment mettre en œuvre cet intéressant programme. Besancenot pense qu’un sans-culotte sommeille en chaque Français, et il a sans doute raison. Mais à côté du sans-culotte endormi, il y a un notaire de province et celui-là est bien réveillé. Au lieu de lire Buonarroti, il ferait mieux de se plonger dans Balzac.

Présidente sans vice

8

Mc Cain s’est donc enfin trouvé une vice-présidente digne de ce nom. Hostile à l’avortement, héroïne des conservateurs religieux, membre influent de la National Rifle Association, plaidant pour la construction d’un pipeline et la reprise des forages pétroliers en Alaska. Et dire qu’on passe pour des réacs…

Sale temps pour les junkies

2

La production d’opium a baissé de 19 % cette année en Afghanistan, par rapport à 2007, a annoncé l’ONUDC (Office des Nations Unies contre la drogue et le crime). Le responsable ? Ni l’OTAN, ni le « gouvernement » ni même les ONG. Selon Antonio Maria Costa, directeur de l’agence onusienne, la cause principale de cette baisse de rendement, c’est la sécheresse. Comme quoi le réchauffement climatique peut avoir du bon, comme le pensent déjà tous les malheureux qui ont passé le mois d’août à Paris…

Russia on my mind

12

Vous je ne sais pas, mais moi je commence à en avoir ras-la-frange de l’avalanche de propagande anti-russe ou plutôt anti-Medvedev, c’est-à-dire anti-Poutine, que nous déversent à pleins flots les démocrates occidentaux tombés brusquement raide dingues de l’exquise petite Géorgie menacée, dit-on, de génocide.

Moi qui étais déjà jeune bien avant la chute du mur de Berlin, je n’ai pas souvenir d’avoir été autant tympanisé avec les crimes de masse – avérés, eux – de feue l’Union soviétique.

Alors, pourquoi ces deux poids et deux mesures ? Lâcheté ? Sans doute. La « gauche morale » a toujours eu une regrettable propension à taper dans le beurre plutôt que dans le fer. « Est-ce par hasard ? », comme disait Dave dans un autre contexte, si Sartre a découvert les vertus de l’engagement en 1945 ?
Lâcheté certes, mais aveuglement surtout : ces singes-là veulent bien parler, mais en aucun cas ni voir ni entendre. Et puis après tout, peu importe : quelle que soit la face par laquelle on gravit la montagne de la connerie, on se retrouve ensemble au sommet !

Rumeurs sur les bancs de la gauche : « Vous n’avez pas le droit de comparer Staline et Hitler au nom du totalitarisme ! » Parce que, figurez-vous, il y a une différence de fond : le communisme, contrairement au nazisme, était pavé de bonnes intentions.

Mais depuis quand l’hypocrisie est-elle une preuve de bonne foi ? Devinette simple : à quoi reconnaît-on infailliblement un intellectuel-de-gauche ? A son étonnante capacité de changer d’erreur sans jamais effleurer la vérité.

En l’occurrence hélas, ce syndrome erroriste semble avoir contaminé les esprits bien au-delà des rangs de la gauche. Parmi les responsables de l’ex-Monde Libre, c’est à qui hurlera le plus fort au viol de la démocratie, depuis Nicolas Sarkozy jusqu’ à Angela Merkel, en passant par le décidément prometteur John Mc Cain – qui croit voir les trois lettres KGB dans les yeux de Poutine (qui ne sont pourtant que deux) avant de conclure logiquement : « Aujourd’hui, nous sommes tous Géorgiens. »

Car la vérité, dans cette affaire, c’est que jamais la Russie n’a été aussi démocratique ! Sans doute pas une démocratie parfaite telle que l’ont rêvée Platon ou Tocqueville. Mais où donc est-elle ? Après soixante-dix ans d’une dictature ubuesque et sadique, puis dix années de chaos où l’Etat désagrégé a démissionné au profit des clans mafieux, « que faire ? », comme disait l’autre ?

S’enfoncer dans le chaos des guerres entre féodalités ploutocratiques (auxquelles Eltsine avait cédé la réalité du pouvoir ) ? Retourner à la dictature communiste par la voie des urnes ? (Encore deux ans du même Eltsine, et on y était !)

En 2000, Poutine a proposé une troisième voie – la seule possible, et donc souhaitable – dans un pays qui revenait de si loin. Sortir la Russie de la crise, faire progresser le niveau de vie sans liquider les acquis sociaux. Et surtout, redonner au pays une fierté nationale et une stature internationale, au risque de fâcher quelques étrangers jaloux…

Que demande le peuple russe ? Ça, apparemment !

Photographie de une : Moscou, 2007, par Panoramas, flickr.

Pas de récession pour le déclin

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Nicolas Baverez donnait le 17 août une interview au Journal du Dimanche : « Il faut dire la vérité aux Français ». Jérôme Leroy n’a pas eu besoin de rencontrer le plus grand économiste français de tous les temps pour lui arracher un entretien. Quand on est écrivain, on sait rédiger soi-même les questions et les réponses.

Nicolas Baverez, votre réaction à la taxation de 1,1 % décidée par Nicolas Sarkozy pour financer le RSA ?
C’est un très mauvais signe envoyé aux forces vives de la nation : patrons du CAC 40, retraités par capitalisation, rentiers, socialistes strauss-kahniens. Ces 1,1 %, nous allons les payer très cher en matière d’emploi, notamment dans l’embauche de personnel de maison (chauffeurs, jardiniers, porteurs de chaise, valets de pieds, cuisinière tamoul pour déniaiser le fils de la maison). Gâcher un tel gisement d’emplois, alors que tant de Français modestes attendent aux portes des hôtels particuliers, me laisse songeur. Quant on pense au modèle anglais et à la domesticité employée par les classes supérieures, on s’aperçoit du gouffre qui nous sépare de cette société moderne, flexible mais où chacun a néanmoins compris quelle était sa place dans le redressement de la nation.

Mais en ce qui concerne le RSA ?
Son montant est scandaleusement élevé. Des couples vont parfois vivre avec 400 euros par mois, ce qui est effrayant quand on pense à la crise financière larvée qui frappe nos riches difficilement protégés par un bouclier fiscal – cette mesure de la dernière chance pour ne pas désespérer Deauville et Chamonix. Donner le goût de la facilité, voire du luxe, aux classes populaires peut avoir des conséquences négatives, et même dangereuses. Si le pauvre, en général alcoolique, achète des alcools de meilleure qualité et commence à consommer du Bushmill malt plutôt que du Label 5, son foie se dégradera moins rapidement et il utilisera davantage sa CMU, aberrante couverture sociale de type soviétique. Et il lèguera, outre son alcoolisme à ses enfants dégénérés, une dette encore aggravée par les débauches budgétaires de gouvernements archéojacobins qui ont décidément bien du mal à se libérer de réflexes honteusement keynésiens.

Aucun avantage, donc, à ce RSA ?
Allons, allons, je ne suis pas non plus un hayekien de stricte observance ! Le RSA pour peu qu’on révise son montant à la baisse, et qu’on le fasse financer non plus par le capital mais par exemple par le Téléthon (il ne faut pas exclure les malades orphelins de l’effort de redressement national, ils le sont déjà assez comme ça) peut avoir un effet incitatif sur l’embauche. Conditionné à une activité, le RSA permettra aux patrons de licencier massivement les smicards afin de réembaucher dans des conditions plus avantageuses, libérant ainsi de la trésorerie et rapprochant le coût du travailleur français de son homologue indien, brésilien et, surtout, chinois.

Néanmoins, on vous sent réticent…
Bien entendu. Comment voulez-vous que je n’aie pas l’impression d’un pas en arrière, alors que j’ai senti le président Sarkozy très ouvert durant la campagne présidentielle à certaine de mes propositions qui sont depuis, hélas, passées à la trappe.

Lesquelles par exemple ?
Le travail des enfants, ce tabou absurde. Nous ne sommes plus au temps de Victor Hugo : « Où vont tous ces enfants dont pas un seul ne rit / Ces doux êtres pensifs que la fièvre maigrit. » On peut imaginer un travail des enfants à visage humain. Des études de nombreux think tanks anglo-saxons montrent l’utilité pédagogique d’un contact précoce avec le monde de l’entreprise. L’acuité du regard d’une petite fille de onze ans, la finesse de ses doigts peuvent faire merveille dans l’assemblage de l’électronique de précision. Des entreprises de pointe comme MicroTechnics à Rennes auraient été bien inspirées d’employer des enfants plutôt que des ingénieurs syndiqués, surpayés et souvent socio-démocrates. Sans compter que le travail des enfants permettrait aux working poors français d’améliorer leur ordinaire, comme cela est très bien expliqué dans La situation de la classe laborieuse en Angleterre de Engels ou, pour ceux qui sont moins diplômés et cultivés que moi, dans Germinal de Zola. On pourrait également – avec un peu de courage politique et quelques aménagements juridiques proposés simultanément par la France, la Grande-Bretagne, l’Italie et l’Allemagne à la Cour européenne des droits de l’homme – rétablir l’esclavage. Le salariat n’est plus adapté à la mondialisation. L’esclavage garantirait une main d’œuvre efficace pour l’entreprise. Il faudrait bien sûr que l’Etat, en cas de conflit entre l’esclave et le patron, offre la possibilité d’un arbitrage juste et empêche les excès de certains patrons voyous (lapidation, mise à mort, mutilation). Mais seul un Etat dégraissé, un Etat dont les inspecteurs du travail se seraient débarrassés de leur vision cryptomarxiste de l’entreprise et auraient relu Sénèque et La Boétie, pourrait assurer cette mission et assurer à l’esclave les garanties de dignité élémentaires dans une société moderne.

Babylon A.D.

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« Il faut se méfier des prévisions, surtout en ce qui concerne l’avenir », disait Winston Churchill – à moins que ce ne fût George Bernard Shaw. Voyez Jules Verne, voyez Cyrano de Bergerac : de leurs Voyage dans la Lune, de leurs fulgurances, il ne reste presque rien – fors la poésie. Adapter au cinéma un roman d’anticipation vieux de dix ans déjà est, dès lors, un pari hautement risqué.

Matthieu Kassovitz a choisi de le relever en portant à l’écran l’un des livres culte de Maurice G. Dantec : Babylon Babies devenu Babylon A.D. au cinéma. Le risque était double : trahir un auteur à l’univers aussi particulier que structuré ; offrir une fiction déjà dépassée par la réalité, quand l’action prend place en 2013. C’est-à-dire dans cinq ans à peine, lorsque débutera le second mandat de Sarkozy.

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Dantec, sans doute lié par son contrat de cession des droits de l’ouvrage, n’a guère commenté le film de Kassovitz. Il s’est contenté d’un vague grognement, dans la dernière livraison du magazine Optimum, laissant entendre que le réalisateur, en « ôtant la pierre angulaire » de sa fiction avait fait, au final, de son roman tout autre chose. Crainte infondée : le film offre le meilleur de Dantec – moins de bavardages scientificoïdes, sans doute, mais qui s’en plaindra ?

Daté, le film ne l’est pas davantage. Il donne à voir le monde qui nous attend, qui approche, et ressemble déjà effroyablement au nôtre, ne serait l’ajout de quelques gadgets, sans doute à l’état de prototypes dans quelques laboratoires coréens ou californiens. Un monde de grandes richesses et de délabrement, un monde de surhommes dopés aux nouvelles molécules et bardés de pseudopodes électroniques ; mais un monde dont l’esprit s’est retiré, et d’où la foi, l’espoir même tendent à disparaître. L’originalité de Dantec, on le sait, tient toute entière dans son anthropologie : quand bien même il serait devenu un hybride mâtiné de puces et génétiquement modifié, l’être humain reste un animal religieux.

Or donc, « Babylon A.D. » raconte la conversion progressive d’un mercenaire post-moderne. Ne croyant qu’en lui-même, en la science et en son flingue (serbe), Toorop (c’est le nom de notre héros, campé par Vin Diesel) va connaître le vertige du Mystère. La religion, depuis les vaticinations de Malraux, nous l’attendons tous au tournant de ce nouveau millénaire. Mais, trop souvent, l’imagination fait défaut, et l’on nous fait bâiller en nous proposant un improbable retour de l’Opus Dei, la découverte d’un manuscrit de la mer Morte « qui va tout changer » ou encore une victoire d’un islamisme madérisé. L’originalité de Dantec est d’avoir mêlé, en alchimiste assez dément, les deux grands traits du monde avenir : l’omniprésence de la technologie et le soupir universel d’une créature mutante qu’on appelait jadis l’Homme.

Dira-t-on assez de ce film qu’il est une impressionnante réussite ? La photo est parfaite, décors et paysages sont superbes, tout comme les héroïnes – Mélanie Thierry, en sublime vierge hasbourgeoise, Michelle Yeoh, vertigineuse en robot top… – et l’action captivante de bout en bout. La lumière revenue, amateurs de blockbusters, fans de Dantec, personne n’échappera à l’avertissement du film : noyé dans le divertissement, éclipsé par les prouesses technos, le désir religieux demeure. Inentamé. Qui finira par tout balayer.

Babylon Babies

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Humour arabe

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Le procureur général du Liban a requis la peine de mort contre Kadhafi et six hauts fonctionnaires libyens, impliqués selon la justice locale dans la mystérieuse disparition, en 1978, de l’imam libanais Mussa el-Sadder, pendant une visite en Libye. Réalistes, les Libanais ajoutent qu’il s’agit d’une démarche essentiellement symbolique et qu’ils estiment peu probable que l’accusé principal se rende à Beyrouth pour y être jugé. Or, le problème, c’est qu’il est peut-être trop tard. Une fois la procédure lancée et publiée, les fonctionnaires libanais ne sont plus maîtres de la situation et Kadhafi, avant même d’avoir été déclaré coupable, risque de mourir de rire.

Fifty cents

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Mickael Jackson a eu cinquante ans, aujourd’hui 29 août ! Nous nous associons à l’ensemble de la presse mondiale qui a superbement feint d’ignorer le demi-siècle de Bamby. Comme nous ne sommes pas bêcheurs, nous voulons témoigner au King of the Pop de notre amical soutien : nous, nous savons qu’il a été blanchi.