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Les Hongrois n’ont pas digéré l’affront de Trianon

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Si je vous dis « Trianon », à quoi pensez-vous ? Au parc de Versailles, bien sûr, quelle question ! Prenez maintenant l’avion pour Budapest et allez poser la question au premier Hongrois que vous rencontrerez. Inutile de parler hongrois, prononcez simplement les trois syllabes Tri-a-non. Vous le verrez alors aussitôt se cabrer. On peut le comprendre. C’est en effet au Grand Trianon que fut signé le 4 juin 1920 un traité de paix, en fait un véritable diktat, qui imposait à la Hongrie vaincue des mutilations tout aussi humiliantes qu’injustes : perte des deux tiers de son territoire et de près des deux tiers de sa population (qui passait brusquement de 20 à 7,6 millions d’âmes). Une pilule particulièrement amère que les Hongrois n’ont jamais avalée.

Une fois retombée la fièvre irrédentiste de l’entre-deux-guerres, on avait bien fini, tant bien que mal, dans l’après-guerre communiste, à panser, sinon à cicatriser la plaie. Bien sûr, tous ces pays étaient frères et devaient s’aimer dans la foi marxiste. Car j’ai oublié de préciser où étaient passés les territoires perdus. Pour résumer : la plus grande part chez les Roumains (Transylvanie), les Slovaques (Haute Hongrie, Ruthénie) et les Yougoslaves (Banat et Croatie, cette dernière étant déjà autonome avant le traité). Certes, la rancœur demeurait, mais enfin, le sujet ne faisait plus la « une », ni dans les médias, ni dans les dîners.

Et voici que le démon revient au galop. Un spectre hante l’Europe centrale : celui des minorités nationales. Peut-être avez-vous entendu quelques échos de la joute verbale qui oppose ces jours-ci Slovaques et Hongrois. Les échanges sont violents et pas seulement verbaux, d’ailleurs (les nationalistes slovaques ont passé à tabac une jeune fille qui a eu le malheur de parler hongrois !…) Depuis quelques années, les incidents sont quasi quotidiens, mais ils prennent brusquement aujourd’hui une tournure inquiétante. Il faut reconnaître que les autorités slovaques, fanatiquement nationalistes, se montrent, en l’occurrence, particulièrement agressives, en particulier lorsqu’elles accusent les Hongrois de mettre en danger toute la région par leur politique de remise en cause des frontières. Si le reproche est totalement infondé en ce qui concerne la position de l’actuel gouvernement hongrois, modéré et soucieux de ne rien envenimer, force est de constater que l’état d’esprit de la population hongroise n’est pas tout à fait innocent.

À ce stade, il convient de se demander qui étaient exactement les quelque 12 millions de personnes arrachées à la Hongrie par le traité de Trianon. Trois millions et demi d’entre elles étaient bien des Hongrois. Parmi les autres, on comptait 2,8 millions de Roumains, 2 millions de Slovaques, 1,7 million de Croates, 1 million de Serbes, 1 million d’Allemands. Autrement dit, les populations arrachées à la Hongrie étaient dans une très large proportion, les membres des minorités nationales. Et c’est cette question, indébrouillable depuis un siècle, qui ressurgit aujourd’hui, mais comme inversée. Hier, Roumains, Slovaques et Serbes constituaient des minorités en Hongrie. Aujourd’hui, ce sont les Hongrois qui forment une minorité en Roumanie, Slovaquie, Serbie (et Ukraine). On finit par se demander si cette région peut échapper aux aspirations concurrentes de peuples qui ont le sentiment d’avoir été floués dans la distribution des Etats et où beaucoup rêvent de redessiner les frontières. Hongrois et Slovaques, membres de l’Union européenne depuis plus de quatre ans, viennent d’intégrer l’espace de Schengen où ils seront bientôt suivis par les Roumains. Au lieu de ressasser indéfiniment cette « injustice » et de se complaire dans leur statut de « minorités victimisées », ne serait-il pas temps, pour tous, de penser en termes d’Europe ?

Pour les Hongrois, Trianon est une punition et une punition injuste. Une version balkanique du diktat infligé aux Allemands. Mais on ne retire pas à un Etat l’autorité qu’il avait sur « ses minorités » (dans le cas qui nous occupe, il s’agit de plus de 9 millions de personnes) simplement pour punir le peuple « allogène ». Inutile de dire qu’ils ne prisent guère ce genre de remarque. Il m’est néanmoins difficile de trouver normal que tous les magasins de Budapest proposent aux touristes la carte de l’ancienne Grande Hongrie qui englobe toute la Croatie, la Transylvanie et une grande partie de l’actuelle Slovaquie. Et de voir cette carte accolée à la plaque minéralogique d’une voiture sur quatre est pour le moins inquiétant. Il y a là, au minimum, de quoi vexer les touristes des pays voisins. Et que dire de la « Garde hongroise », cette phalange paramilitaire mise en place par l’extrême droite avec la bénédiction – au sens propre ! – d’ecclésiastiques en vue, qui prétend défendre le pays contre les menaces étrangères (et intérieures, d’ailleurs, représentées par les communautés tzigane et juive…) ? Près d’un siècle après le traité honni, les commandants de cette milice se réunissent régulièrement au mémorial de Trianon (il existe des musées et associations anti-Trianon…) pour jurer de ne jamais oublier l’affront. Et puis, il y a cette requête adressée au Tribunal de La Haye pour réclamer purement et simplement l’annulation du traité. Certains, décidément, aiment chatouiller le diable.

Al Doura : France 2 accepte un « groupe d’experts »

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Surtout, n’allez pas croire qu’il s’agit de la commission d’enquête réclamée par le CRIF. Dans l’affaire Al Doura, France 2 accepte de s’en remettre au jugement d’un « groupe d’experts indépendants et professionnels » – une sorte d’arbitrage en somme. À en croire Arlette Chabot, Patrick de Carolis veut en finir avec la polémique. La patronne de l’info de France 2, qui affichait une assurance à toute épreuve, intervenait au cours d’un curieux dialogue de sourds organisé et orchestré par Antoine Spire pour le MJLF (Mouvement du Judaïsme libéral de France) : Chabot ayant refusé de débattre avec Philippe Karsenty, ils sont intervenus l’un après l’autre. Peut-être ce groupe d’experts est-il l’amorce d’une retraite en bon ordre de la chaîne publique. En attendant, comme d’habitude, Arlette Chabot a opposé une fin de non-recevoir à toutes les questions concrètes soulevées par Karsenty. Elle a affirmé avec emphase que, si le « groupe d’experts » concluait à la mise en scène, tout le personnel du bureau de France 2 à Jérusalem serait viré. C’est ce qu’on appelle avoir le sens des responsabilités.

Martine Aubry n’est pas candidate

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Elle n’est pas candidate au poste de premier secrétaire. Elle ne veut rallier personne à son « panache blanc ». C’est elle-même qui le dit. Pour autant, Martine Aubry continue à vouloir que le Parti socialiste profite de son Congrès de novembre pour renouer avec les « valeurs de gauche ». Une gauche décomplexée vis-à-vis de l’Europe, c’est ce que réclame la fille de Jacques Delors, qui renvoie dos à dos Olivier Besancenot et François Bayrou, qu’elle accuse de ne pas être des forces de proposition, mais d’opposition. On plaide pour le débat d’idées, mais ça balance quand même pas mal à Lille.

Entretien avec Martine Aubry

Entretien réalisé le 17 septembre, à Strasbourg, au Club de la Presse, en partenariat avec la Librairie Kléber.

Alaska, c’est exquis

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La campagne pour la présidence des Etats-Unis a pris un tournant, peut-être décisif, avec la nomination de Sarah Palin comme candidate à la vice-présidence sur le ticket républicain. Chacun aura d’ailleurs remarqué la discrétion des médias français, majoritairement acquis à la cause de Barack Obama, qui boudent maintenant ouvertement une campagne qui n’a plus rien d’une marche triomphale pour le sénateur de l’Illinois.

Le jeu de massacre auquel a été soumise Sarah Palin dès sa nomination – en fait une reprise mot pour mot des attaques lancées contre elle par l’extrême gauche d’outre Atlantique – n’a pas aidé, c’est le moins qu’on puisse dire, à la compréhension du phénomène qu’elle a suscité.

Sa caricature en reine de beauté devenue mère de famille réac et bigote dans un petit bled paumé au milieu de nulle part, dont elle est devenue maire avant de dézinguer les politiciens corrompus de Juneau, capitale de l’Alaska, ne saurait expliquer l’élan nouveau que son arrivée dans le cirque électoral a donné à la campagne républicaine.

Juneau, justement, je m’y trouvais en septembre 2004, alors que la campagne opposant George W. Bush à John Kerry battait son plein. On est là loin des think tanks de Harvard, des sunlights d’Hollywood, des bars branchés du quartier de Georgetown à Washington, tous lieux où les observateurs français dépêchés par leur rédaction viennent, pour l’essentiel, chercher leur pitance rédactionnelle. En fait, je n’étais pas à Juneau pour faire dans cette charmante bourgade un reportage « décalé » sur la précédente présidentielle, mais pour m’éclater en allant pêcher le saumon, le flétan et le crabe royal à bord d’un voilier skippé par un ancien pêcheur de Noirmoutier.

Néanmoins, à l’issue de ce périple d’un mois le long des côtes alaskanes, de quelques bouteilles vidées du crépuscule à l’aube à bord de bateaux partageant avec nous le même mouillage, et de rencontres improbables sur des quais désolés, je revins au pays avec la ferme conviction que George W. Bush allait être réélu les doigts dans le nez en novembre 2004. Je vous laisse imaginer comment ce sentiment fut accueilli à mon retour : quolibets, sourires entendus mettant en doute mes facultés mentales, sans compter les coups de téléphones alarmés de mes amis entre eux se lamentant sur la triste nouvelle de mon virage réac et néo-cons…

Mais arrêtons l’autofiction, dont moi-même je n’ai rien à battre, pour revenir à non moutons, ou plutôt à nos ours, en nous posant la question à un million de dollars : de quoi Sarah Palin est-elle le nom ? De l’Alaska pardi ! Pour de très nombreux citoyens des Etats-Unis, cet Etat arctique immense et peu peuplé est la dernière frontière qui fait rêver le gratte-papier du New-Jersey, la serveuse de McDo du Kansas et même l’intello de New York saisi par le spleen du « Qui suis-je ? Où vais-je ? et dans quel Etat j’erre… » L’Alaska, bien sûr ! Sur un territoire grand comme trois fois la France, agrémenté de paysages somptueux vivent quelque 600 000 habitants dont la diversité ethnique, de mode de vie, de convictions politiques, philosophiques et religieuses cohabitent d’autant mieux qu’il y a suffisamment de place pour ne pas se marcher sur les pieds.

On y trouve aussi bien des lotissements style Desesperate Housewives pour les familles de militaires ou de travailleurs de l’industrie pétrolière à Anchorage, la principale ville, que des cabanes en rondins paumées au détour d’une rivière pour les pêcheurs de saumons et chasseurs de caribous, des villages côtiers indiens repérables à leurs collines pelées : toutes leur forêts domaniales ont été saignées à blanc et transformées en bois d’œuvre pour l’industrie japonaise du bâtiment. Après avoir transformé leur bois en whisky, ils vivent maintenant tristement du welfare et du chèque annuel que l’Etat d’Alaska reverse à chacun de ses citoyens sur les dividendes du pétrole et du gaz exploités dans la région de Purdue, sur la côte arctique. Ce chèque, en 2008, a atteint la somme record de 2 200 € par personne en raison de la flambée de cours du brut.

Pour les urbains, menant un mode de vie similaire à celui du reste des Etats-Unis, ce revenu complémentaire aide à compenser un coût de la vie très élevé, en raison de la nécessité d’importer la totalité des biens de consommation et d’équipement. Pour ceux qui ont choisi de vivre dans la nature, cette somme finance l’essentiel de la survie, vêtements, entretien de la moto-neige et du canot à moteur, outils, armes et munitions pour aller chasser et pêcher. L’abondance du gibier et du poisson assure la nourriture pour les longs hivers. On n’assiste plus, comme au début du siècle, à des légendaires ruées vers l’or et leur cortège de bandits, prostituées et tricheurs au poker. N’empêche, le « quartier réservé » de Juneau a été reconstitué à l’intention des touristes avec des acteurs et actrices plus vrais que nature, dans un Etat où la prostitution et le jeu sont aujourd’hui strictement prohibés.

Pour faire du dollar en Alaska, il faut être très costaud ou très malin. Très costaud comme ces étudiants californiens aux muscles saillants qui viennent gagner en trois mois l’équivalent de deux ans de frais d’université en pêchant le crabe royal dans le détroit de Behring, dans des conditions qui feraient passer l’enfer pour un havre de bien-être. Très malins comme ces bijoutiers indiens (d’Inde) qui attendent à Juneau ou à Ketchikan les immenses navires de croisière bourrés jusqu’à la gueule de touristes du troisième âge qui sautent sur tout ce qui brille. Pour le reste, hors Anchorage l’industrieuse et Fairbanks l’universitaire, la culture se limite aux concours de bûcherons pour les mâles et de T-shirts mouillés pour les femelles. Il y en a qui aiment.

John McCain, ou les crânes d’oeuf qui gèrent sa campagne, ont fait coup double : ils ont introduit du women pride et de l’Alaska dream dans le jeu électoral. Waouh !

Toute révolution est anticulturelle

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Au lendemain des triomphales cérémonies des J.O. de Pékin, France 5 diffusait assez opportunément un documentaire sur la Révolution culturelle chinoise, signé de l’écrivain et réalisateur Xu Xing. Opportunément, dis-je, tant les rencontres avec des rescapés de ce monstrueux psychodrame – filmées voici quelques mois à peine – contrastent violemment avec l’image, impeccablement réaliste socialiste , que nos médias ont bien voulu nous donner l’été passé de la Chine.

L’infortuné Xun Xing n’était qu’un enfant quand ce truc lui est tombé sur la tête. Dès lors, il lui a semblé, selon ses propres termes, « passer dix ans dans le tambour d’une essoreuse devenue folle ». Et trente ans plus tard, on le sent bien, il ne s’en est toujours pas remis. Son père (classé « droitier » depuis 1958, le pauvre !) est soudain « nommé » jardinier d’un bataillon de l’Armée Populaire de Libération en Mongolie Intérieure. Sa mère, médecin à Pékin, est mutée dans la province profonde « pour soigner les paysans et non plus les capitalistes urbains »… Quant à lui, tombé amoureux de la charmante Lin Tao, il ose lui écrire une lettre… Erreur fatale en ces temps de « vertu rouge » ! Paniquée, la jeune fille le dénonce aussitôt aux autorités. Ils ne se reverront que trente-cinq ans plus tard…

Des parents séparés ; un amour interdit ; une jeunesse brisée… De quoi se plaint Xu Xing ? Grâce à son jeune âge, précisément, l’orphelin de la « Révo Cul » a échappé aux foudres des Gardes rouges : il n’a été ni fusillé, ni battu à mort, ni même torturé. Il s’est réveillé vivant de cet interminable cauchemar ; un cauchemar de « ouf malade » qui, dit-il, « hante encore tous les Chinois » et sur lequel, justement pour cette raison, le régime continue d’entretenir le silence le plus absolu. Mais la plus grande folie reste sans doute, dans ce drame, celle de notre intelligentsia occidentale et surtout, il faut bien le dire, hexagonale (cocorico !)

Avant même Mai 68, tout ce que notre pays compte d’ »intellectuels » autoproclamés (ainsi que leurs parents, amis et connaissances) a commencé de se ruer en rangs serrés vers les délires de la maolâtrie. Délires à coup sûr, mais délices aussi : quoi de plus rassurant pour un intello professionnel que de cesser enfin de cogiter pour s’abandonner lascivement au « Phare de la Pensée » ? « Ils n’en mouraient pas tous, mais tous étaient frappés » – dans les deux sens du terme. Le plus drôle, si l’on ose dire, c’est que ces bancs de gros-cerveaux échoués sur la Plage aux maoïstes ignoraient tout de la réalité du Grand Guignol auquel ils applaudissaient.

Pour donner une idée aux plus jeunes d’entre vous, la maolâtrie de l’époque, c’était un peu la dalaïlamalâtrie d’aujourd’hui. Aussi absurde, mais en beaucoup plus grave : au-delà du million d’ »ennemis du Peuple » assassinés ès qualités, cent fois plus de victimes à la vie cassée net. Tout ça n’a évidemment pas empêché nos élites de l’époque – du Monde à Sollers et de l’Obs à Serge July, vous vous souvenez ! – d’accueillir avec des standings ovations, pendant dix ans et plus, les numéros foireux et sanguinaires du Grand Mao Circus.

A preuve, le sort que ces gens-là réservèrent, dès 1971, au seul livre utile, aujourd’hui encore et une fois pour toutes, à la reconstitution de cet engrenage diabolique. Les Habits Neufs du président Mao fut le premier chef-d’œuvre de l’admirable Simon Leys. Pour ce seul livre d’ailleurs – et bien qu’aucun autre ne me paraisse dispensable – Leys mériterait largement l’Immortalité, et l’habit vert du même métal. Certes il est belge, mais il faut bien que ça serve à quelque chose, l’immigration choisie !

Parce qu’enfin, ce mec est un génie. Ou du moins, si vous n’aimez pas les grands mots, le plus grand écrivain francophone vivant. « Sinologue de formation », comme on dira en temps utile dans sa brève nécro du Monde (s’il existe encore), Simon Leys s’est donc fait connaître avec cette charge violente et subtile contre la Révolution « culturelle » chinoise. Une mauvaise blague aux yeux emboués de notre inintelligentsia parisienne, tout entière prosternée devant le Grand Timonier, et qui l’a donc ostracisé aussi sec.

TNT pour tous

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Le Liban a vécu ces dernières années une recrudescence inquiétante de la violence politique, marquée notamment par les  assassinats à répétition de personnalités  hostiles au Hezbollah et à la domination syrienne. Depuis quelques mois, on constate une nouvelle donne avec l’attentat réussi contre Imad Moughniyeh (chef d’opérations du Hezbollah) à Damas en février et celui ayant coûté la vie au député druze pro-syrien Salah Aridi la semaine dernière. Exécutions auxquelles il faut ajouter la disparition mystérieuse de Haj Amin Sallah (un autre haut responsable de la milice chiite) à Tyr, il y a trois semaines. Les négociations de l’an dernier n’ont pas été donc vaines et la vie politique libanaise semble avoir retrouvé l’équilibre.

La femme de la situation ?

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La France aime voter par procuration. Elle choisirait volontiers les dirigeants du monde entier. Certes, il arrive que des peuplades lointaines écartent le candidat qui a les faveurs du Quartier Latin – ainsi, il y a quatre ans, les Américains ont-il réélu « W » alors que Paris avait sacré Kerry. Heureusement, la fabrique planétaire de Jeunes Espoirs ne s’arrête jamais de tourner. Fanas d’Obama (qu’ils ont déjà élu dans leur tête), les Français – c’est-à-dire, en l’occurrence, les médias français – seront fous de Tzipi Livni. Bernard Guetta a ouvert le bal sur France Inter, avec un portrait enthousiaste de la ministre israélienne des Affaires étrangères. Ex-jeune mais toujours femme, la voilà sacrée comme seule candidate sérieuse à la succession de Ehoud Olmert, contraint à la démission par des affaires de corruption au petit pied. D’ailleurs, peut-on imaginer qu’un responsable politique soutenu par Elle pourrait échouer ?

Pourtant, de la dame, on ne sait pas grand-chose, et le peu que l’on sait mérite au mieux une note médiocre (ce qui, il faut l’admettre, n’est déjà pas si mal pour la classe politique israélienne). Cela n’empêche pas la « Tzipimania » de se développer à grande allure. Après tout, en politique, comme en amour, moins on sait, mieux on se porte.

Dans The Great White Hope, une pièce de théâtre montée à Washington en 1967 et devenue en 1970 un film (curieusement traduit en Français par L’insurgé, le dramaturge Howard Sackler (scénariste des Dents de la mer) met en scène un boxeur noir, dont l’ascension, dans une société imbibée de préjugés raciaux, suscite en réaction une demande populaire d’un champion blanc capable de le vaincre, demande encouragée et véhiculée par les médias. Depuis, l’expression « grand espoir blanc » désigne un personnage providentiel sur lequel se reportent les angoisses et les fantasmes d’un large segment du public. Censé incarner une solution – souvent aussi imaginaire que le problème – ce genre de super-héros permet d’échapper à une réalité à laquelle on préfère ne pas faire face. Pour certains Israéliens et un nombre croissant de journalistes dans le monde, Tzipi Livni est en train de devenir ce « grand espoir blanc », un fond d’écran sur lequel ils projettent leurs fantasmes.

A priori, Mme Livni n’est pas une mauvaise candidate à la double succession d’Olmert, à la direction du parti Kadima – issu de l’éclatement du Likoud, pivot de la coalition actuellement au pouvoir –, et donc à la tête du nouveau gouvernement que le patron du parti qui sera désigné dans des primaires jeudi devrait former cet automne. Députée depuis neuf ans, Livni assume depuis six ans des responsabilités ministérielles d’importance croissante, dont le portefeuille des Affaires étrangères qu’elle détient depuis deux ans et demi. Ce parcours respectable a pourtant été sérieusement entaché par la guerre du Liban de l’été 2006.

Son témoignage devant la commission Vinograd – chargé d’enquêter sur le déroulement et la gestion de la guerre déclenchée par l’enlèvement de deux soldats israéliens le 12 juillet 2006 – a révélé un tableau consternant. À en croire ses propres déclarations, elle aurait fait preuve d’une grande lucidité et marqué une saine méfiance vis-à-vis des généraux. Le problème est qu’à l’époque, elle ne l’a pas crié sur les toits. Toujours selon son témoignage, elle a cru voter pour une frappe aérienne courte et cinglante et s’est retrouvée solidaire de quelque chose qui ressemblait fortement à une guerre. Chef de la diplomatie et membre du cabinet restreint qui supervisait les opérations, Livni n’a pas bougé, n’eût-ce été que pour faire part de ses inquiétudes. Inexpérience ? Respect de l’autorité ? Opportunisme et prudent ? En tout cas, depuis cette époque, sa stratégie politique consiste à prendre ses distances vis-à-vis du Premier ministre sans renoncer à sa participation dans le gouvernement, ce qui indique que la troisième hypothèse n’est pas complètement dénuée de fondement.

Quant à ses talents de femme politique, ils restent à démontrer. Son arrivée sur le devant de la scène, elle la doit aux grâces d’Ariel Sharon qu’elle a rejoint il y a trois ans – avec Olmert – au moment de la création de Kadima. Et elle n’a jamais démontré au cours de sa carrière un talent particulier de meneuse d’hommes, pas plus que des capacités extraordinaires (ou même ordinaires) en matière de manœuvres politiciennes, pourtant essentielles dans la IVe République israélienne.

Certes, ce parcours un peu terne ne justifie pas que l’on récuse sa candidature – surtout si l’on songe que ses concurrents potentiels ne sont pas légion et de toute façon pas plus flamboyants. Mais il n’explique pas non plus la starisation dont elle l’objet. Aussi étrange que cela semble, Livni est désormais people. Ainsi, l’hebdomadaire américain Time l’a-t-elle intégrée en mai 2007 dans son palmarès des cent personnages les plus influents du monde. Compte tenu de son influence réelle, ce classement laisse rêveur.

On devine trop facilement les raisons de cette promotion : femme, passablement jeune (née en 1958, elle aura quarante-neuf ans pendant encore quelques années) elle représente un nouveau visage. Bref, un bon rapport passé/avenir : beaucoup de promesses, pas trop de passif. De plus, elle tient un discours de paix et de modération, ce qui est synonyme, dans l’opinion publique mondiale, de « concret ». En somme, elle est sympathique, elle pense bien et elle n’a pas de casseroles accrochées à sa réputation: on ne va pas en plus se poser des questions compliquées sur sa capacité à faire aboutir un projet politique.

Et pourtant, même ceux qui, comme moi, partagent dans les grandes lignes son analyse géopolitique du Moyen Orient, doivent se poser des questions autrement plus importantes que la qualité littéraires de ses discours. Car rien ne permet de penser que Tzipi Livni soit capable de mener à bien les tâches herculéennes qui s’annoncent, à commencer par l’évacuation de plusieurs colonies et par la conclusion d’un compromis territorial basé sur les frontières du 5 juin 1967. Cette mission, qui sera celle du prochain Premier ministre israélien, est à la mesure d’un de Gaulle, pas d’un Pflimlin. Seulement, en Israël comme ailleurs, notre époque secrète beaucoup de Pflimlin mais aucun de Gaulle n’est en vue.

Le pape est pape

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De tous les emplois que peut, au cours de sa carrière, remplir un journaliste, la place de commentateur télévisé est certainement la moins enviable. La visite du pape en France nous en a apporté ce week-end une nouvelle illustration. Comment meubler l’antenne quand n’on a rien à dire ? Se taire resterait la forme la plus polie et la plus adéquate, si nous ne vivions pas en un temps où les silences de Mozart restent du silence[1. Sacha Guitry écrit dans Cinquante ans d’occupations : « Ô privilège du génie ! Lorsqu’on vient d’entendre un morceau de Mozart, le silence qui lui succède est encore de lui. »]. Mais la retransmission télévisée relève d’une phénoménologie particulière, où jamais l’image ne se suffit à elle-même et où rien n’existe réellement qui ne soit commenté.

En un sens, Jean-Claude Narcy, commentant la messe pontificale aux Invalides samedi matin sur TF1, c’est Husserl réinventé. A cette différence près que chez Jean-Claude Narcy les états de conscience ne durent pas plus de trois secondes, le temps qu’il faut à un poisson rouge pour oublier qu’il vient de faire le tour de son bocal, le temps qu’il faut à un présentateur télévisé pour oublier qu’il vient de répéter la même chose pour la trente-sixième fois.

Car lorsque le commentateur a épuisé ses fiches techniques[2. Nous aurons ainsi appris que Mercedes a spécialement conçu les cinq papamobiles que compte le Vatican pour que ces véhicules puissent rouler à 3 km/h sans à-coups.], il essaie de décrocher un bon gimmick. Lorsqu’il estime en tenir un bon, il le répète invariablement et sans discontinuer. Comme sa consœur Marie Drucker, qui traitait l’événement pour France 2, Jean-Claude Narcy avait une idée en tête samedi matin : démontrer que Benoît XVI n’est pas Jean-Paul II.

Plus d’une dizaine de fois, on vit donc Jean-Claude Narcy dépêcher un journaliste de la rédaction pour réaliser un micro-trottoir parmi les catholiques présents sur l’esplanade des Invalides. Invariablement, les mêmes questions et les mêmes réponses :

– Comment ressentez-vous cet événement ?
– C’est une grande joie de pouvoir communier avec le Saint-Père.
– Vous préfériez quand même Jean-Paul II, non ?
– …
– Il avait plus de charisme, Jean-Paul II ?
– Il avait un autre charisme.

Retour sur le plateau pour écouter immanquablement Jean-Luc Narcy déclarer : « C’est encore confirmé : pour les catholiques, Jean-Paul II avait plus de charisme » et d’enchaîner : « Benoît XVI est un pape plus rigide. Un pape plus à droite, non ? » Les consultants invités par la chaîne ont beau récriminer (un catholique peut parfois être protestant) que les notions de « gauche » et de « droite » ne s’appliquent pas à l’Eglise, notre commentateur persiste et répète l’opération une dizaine de fois.

On pardonnera à Jean-Claude Narcy d’ignorer ce qu’est le charisme. Pour lui, c’est un synonyme de « médiatique » et de « télégénique ». Dans la bouche d’un catholique, le charisme a une autre signification. C’est un don particulier de l’Esprit. Saint Paul, dans la 1ère Lettre aux Corinthiens, en souligne d’ailleurs la diversité : sagesse, raison, foi, pouvoir de guérir et d’accomplir des miracles, glossolalie, etc. Il y a un hiatus profond entre les médias et l’Eglise. Les deux parlent un langage différent. Avec Jean-Paul II, l’un des meilleurs clients qu’ils aient jamais eus, les journalistes l’avaient oublié, mais un monde sépare le cathodique du catholique.

Extirpons-nous un instant du bocal télévisuel, où la mémoire ne dure pas plus de trois secondes, pour nous souvenir du traitement médiatique réservé à Jean-Paul II. Au cours des vingt-cinq ans qu’a duré son pontificat, les journalistes ont adopté plusieurs attitudes face au défunt pape. De 1978 à la chute du mur de Berlin, ils l’ont présenté comme une figure exotique, un pape étrange venu de l’Est – résistant dans la Pologne de Jaruzelski sur l’air de Cracovie mon amour. Puis, on l’a qualifié de « pape réac », hostile à l’avortement, à la contraception ou au mariage des prêtres : « L’Eglise ne devrait-elle pas vivre avec son temps ? », s’interrogeaient alors les journalistes. Dans la foulée, les grands rassemblements mondiaux, suscités par ses visites sur les cinq continents et l’organisation de manifestations telles que les Journées mondiales de la Jeunesse en ont fait un « pape voyageur et médiatique ». Enfin, il est devenu le « pape malade », dont chacune des apparitions télévisées suscitait la question des présentateurs : « Le pape peut-il et doit-il démissionner ? »

Une fois mort, Jean-Paul II est devenu plus présentable par les médias. Il faut dire qu’ils l’avaient attendue, cette mort. Cela faisait six ans que TF1 louait à Rome une terrasse surplombant la place Saint-Pierre « uniquement dans la perspective d’événement qui se passeraient au Vatican ». Les journalistes ont donc immédiatement passé l’éponge sur son refus constant de se transformer en VRP du préservatif et joint leur voix à celle de la foule réunie place Saint-Pierre le jour de ses funérailles pour le déclarer « santo subito », oubliant du même coup ses prises de position tranchée sur toutes les matières sociales, sa rigidité morale et sa fermeté dogmatique. Car en vérité, rien ne sépare Jean-Paul II de Benoît XVI, si ce n’est la longévité du pontificat du premier. Jean-Paul II n’était pas plus « médiatique » que le pape actuel : il a simplement été médiatisé plus longtemps, au point de devenir un « bon client » de l’actualité mondiale.

Ce faisant, avec Benoît XVI – un pape tout neuf –, les médias sont désemparés. Ils ne peuvent plus utiliser décemment les formules toutes faites qu’ils avaient mis vingt-cinq ans à griffonner sur leurs fiches et qu’ils pouvaient ressortir chaque fois qu’il fallait parler du pape. Ils essaient d’improviser et d’y aller au débotté.

Comme on leur dit que Benoît XVI a été à la tête de la Congrégation pour la doctrine de la foi pendant plus de vingt ans et que cette institution serait l’héritière de la Sainte Inquisition, ils présentent le nouveau pape comme un nouveau Torquemada – mettant de côté le fait que la Congrégation est une instance dont le rôle se limite, pour l’essentiel, à juger les questions de théologie catholique et à garantir la cohérence du magistère. Essayer de nuancer, comme tenta de le faire Mgr Lalanne samedi sur France 2 (lorsque le cardinal Ratzinger condamnait un théologien au silence pendant un an, expliqua l’évêque de Coutances, il s’appliquait à lui-même la peine), vous vous heurterez au mur de perplexité et d’incrédulité d’une Marie Drucker, à laquelle la notion de « correction fraternelle » semble totalement étrangère. Il est vrai que cette obstination de l’Eglise à se préoccuper de théologie est suspecte.

Pire encore, ce pape est un intellectuel de haut vol, un universitaire internationalement reconnu. Les médias en auraient préféré un à leur portée, c’est-à-dire légèrement débile, comme le suggérait lundi matin sur France Inter Stéphane Paoli qui, bouleversé, répéta plusieurs fois : « Aux Bernardins, le pape a tenu un discours, paraît-il, de qualité… » N’allons surtout pas essayer de lire ni de comprendre le discours de Benoît XVI, dès fois que ça nous donnerait mal à la tête.

Ce qui gêne au fond les médias, sous Jean-Paul II comme sous Benoît XVI, c’est une monstrueuse tautologie : le pape est pape. Il n’est pas une vedette du show-biz ni pétomane. Il ne montre pas son cul dans des reality show et ne joue pas des claquettes. Circonstance aggravante : le pape est l’une des seules personnalités au monde à ne pas tirer sa légitimité du cirque médiatique tout en étant exposé médiatiquement. Il n’est donc pas étonnant que, dans ces conditions, la plupart des médias en perdent leur latin.

Tableau de la vie parisienne

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S’il s’agissait d’un T-shirt, un produit de beauté ou un gadget électronique, on assisterait sans doute à une foire d’empoigne. Comme disaient nos grand-mères, « à cheval donné, on ne regarde pas les dents ». Autrement dit, tout ce qui est donné est bon à prendre. Presque tout. Pas un livre. On accepterait n’importe quelle breloque absurde pourvu qu’elle fût gratuite, mais un livre ne vaut pas l’effort de le porter. Un honnête homme du XVIIIe siècle, et même un honnête bourgeois du XIXe, auraient trouvé incongru, et peut-être vaguement blasphématoire, le spectacle de ces ouvrages empilés dans un carton, livrés au vent parisien, dédaignés sans même un regard, par ceux à qui ils étaient offerts. C’est en tout cas l’un des plus tristes auxquels on puisse assister. Et, en l’occurrence, un déprimant précipité de l’époque. Un écrivain de mes amis qui vit retiré au milieu du monde tente souvent de contrecarrer mes inavouables pulsions réactionnaires en faisant valoir que, désormais, nous avons accès à la bibliothèque universelle. Oui, toute la littérature du monde est à notre portée. Mais le monde se fiche de la littérature.

Après les grands textes philosophiques, Le Monde, décidément fort optimiste sur ses contemporains, a donc décidé de booster ses ventes (ou peut-être d’empêcher leur chute) en proposant à ses lecteurs une édition intégrale de La Comédie Humaine à un tarif très concurrentiel. Pourtant, si l’on en croit une étude fort opportune, non seulement les ventes de tous les titres seraient en progression, mais les gratuits et internet auraient, au bout du compte, tiré le vieux journal papier vers le haut. Bref, tout va bien. C’est à se demander pourquoi les journaux offrent à ceux qui acceptent de débourser quelque argent pour les acquérir DVD, montres, valises, chaines hi-fi, batteries de cuisine et j’en passe, sans oublier les voyages ou les grands crus de l’année à prix réduit. Il peut sembler curieux d’attirer le chaland en lui fourguant autre chose que ce qu’on sait faire. Un confrère milanais s’est un jour désolé devant moi que la presse française n’ait pas su, suffisamment tôt, diversifier son offre comme l’ont fait depuis longtemps les journaux italiens et espagnols. C’est chose faite.

Jeudi, donc, pour le lancement de « l’opération Balzac », chaque acheteur avait donc droit gratuitement au premier tome de la série. Vous pouvez prendre le supplément, lance, visiblement excédée par tous ces tracas additionnels, cette kiosquière des Champs-Elysées à un homme qui se trouve devant moi. Je me demande de quel supplément elle parle. Je ne vois qu’une caisse pleine de bouquins – impossible qu’ils les offrent. En m’approchant, je découvre de quoi il retourne. Bonne pioche ! Parmi les textes rassemblés dans ce premier tome (sur 25 !), je n’ai lu que Le Père Goriot. À moi Le Colonel Chabert, La Messe de l’Athée (qui excite ma curiosité) et L‘Interdiction ! Des heures de lecture en perspective.

Trois ou quatre personnes achètent Le Monde, jettent un regard ennuyé à la pile des suppléments… et repartent sans s’encombrer de cet étrange cadeau. Je n’avais nullement l’intention d’acheter Le Monde, puisque j’y suis abonnée mais, je l’avoue : trois textes de Balzac que je n’ai pas encore lus pour 1,30 €, je me laisse tenter. « Le supplément ! », hurle la voix revêche sans me regarder. « Vous voulez dire le livre ? », osé-je, une octave au-dessus de ma tonalité habituelle. Visiblement, quelque chose l’empêche de prononcer ce mot. « Mais oui, le supplément ! », répète-t-elle, de plus en plus agacée par mon entêtement à ne pas comprendre. Je bafouille un peu car une idée me vient dont j’ai un peu honte. Si j’achetais deux Monde, j’aurais deux livres et je pourrais faire un heureux. « Je vais vous en prendre un autre », dis-je dans un gargouillis, anticipant un regard méprisant. Mais non, un grand sourire illumine son visage (tiens, elle sait, donc ?). « Prenez tous ceux que vous voulez ! » Désolée, les copains, j’ai joué petit bras et suis partie avec mes deux Balzac sous le bras. Mais pour un jour, mon pouvoir d’achat a augmenté. Elle est pas belle, la vie ?

Scoop !

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Dans l’univers de la presse économique aussi, il y a quelques journaux de référence, ceux à qui on peut faire confiance, même par gros temps, pour orienter ses placements. Parmi ces titres inattaquables, Business Week, est souvent cité comme le premier de la classe par les experts. A juste titre, la preuve ici.

Les Hongrois n’ont pas digéré l’affront de Trianon

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Si je vous dis « Trianon », à quoi pensez-vous ? Au parc de Versailles, bien sûr, quelle question ! Prenez maintenant l’avion pour Budapest et allez poser la question au premier Hongrois que vous rencontrerez. Inutile de parler hongrois, prononcez simplement les trois syllabes Tri-a-non. Vous le verrez alors aussitôt se cabrer. On peut le comprendre. C’est en effet au Grand Trianon que fut signé le 4 juin 1920 un traité de paix, en fait un véritable diktat, qui imposait à la Hongrie vaincue des mutilations tout aussi humiliantes qu’injustes : perte des deux tiers de son territoire et de près des deux tiers de sa population (qui passait brusquement de 20 à 7,6 millions d’âmes). Une pilule particulièrement amère que les Hongrois n’ont jamais avalée.

Une fois retombée la fièvre irrédentiste de l’entre-deux-guerres, on avait bien fini, tant bien que mal, dans l’après-guerre communiste, à panser, sinon à cicatriser la plaie. Bien sûr, tous ces pays étaient frères et devaient s’aimer dans la foi marxiste. Car j’ai oublié de préciser où étaient passés les territoires perdus. Pour résumer : la plus grande part chez les Roumains (Transylvanie), les Slovaques (Haute Hongrie, Ruthénie) et les Yougoslaves (Banat et Croatie, cette dernière étant déjà autonome avant le traité). Certes, la rancœur demeurait, mais enfin, le sujet ne faisait plus la « une », ni dans les médias, ni dans les dîners.

Et voici que le démon revient au galop. Un spectre hante l’Europe centrale : celui des minorités nationales. Peut-être avez-vous entendu quelques échos de la joute verbale qui oppose ces jours-ci Slovaques et Hongrois. Les échanges sont violents et pas seulement verbaux, d’ailleurs (les nationalistes slovaques ont passé à tabac une jeune fille qui a eu le malheur de parler hongrois !…) Depuis quelques années, les incidents sont quasi quotidiens, mais ils prennent brusquement aujourd’hui une tournure inquiétante. Il faut reconnaître que les autorités slovaques, fanatiquement nationalistes, se montrent, en l’occurrence, particulièrement agressives, en particulier lorsqu’elles accusent les Hongrois de mettre en danger toute la région par leur politique de remise en cause des frontières. Si le reproche est totalement infondé en ce qui concerne la position de l’actuel gouvernement hongrois, modéré et soucieux de ne rien envenimer, force est de constater que l’état d’esprit de la population hongroise n’est pas tout à fait innocent.

À ce stade, il convient de se demander qui étaient exactement les quelque 12 millions de personnes arrachées à la Hongrie par le traité de Trianon. Trois millions et demi d’entre elles étaient bien des Hongrois. Parmi les autres, on comptait 2,8 millions de Roumains, 2 millions de Slovaques, 1,7 million de Croates, 1 million de Serbes, 1 million d’Allemands. Autrement dit, les populations arrachées à la Hongrie étaient dans une très large proportion, les membres des minorités nationales. Et c’est cette question, indébrouillable depuis un siècle, qui ressurgit aujourd’hui, mais comme inversée. Hier, Roumains, Slovaques et Serbes constituaient des minorités en Hongrie. Aujourd’hui, ce sont les Hongrois qui forment une minorité en Roumanie, Slovaquie, Serbie (et Ukraine). On finit par se demander si cette région peut échapper aux aspirations concurrentes de peuples qui ont le sentiment d’avoir été floués dans la distribution des Etats et où beaucoup rêvent de redessiner les frontières. Hongrois et Slovaques, membres de l’Union européenne depuis plus de quatre ans, viennent d’intégrer l’espace de Schengen où ils seront bientôt suivis par les Roumains. Au lieu de ressasser indéfiniment cette « injustice » et de se complaire dans leur statut de « minorités victimisées », ne serait-il pas temps, pour tous, de penser en termes d’Europe ?

Pour les Hongrois, Trianon est une punition et une punition injuste. Une version balkanique du diktat infligé aux Allemands. Mais on ne retire pas à un Etat l’autorité qu’il avait sur « ses minorités » (dans le cas qui nous occupe, il s’agit de plus de 9 millions de personnes) simplement pour punir le peuple « allogène ». Inutile de dire qu’ils ne prisent guère ce genre de remarque. Il m’est néanmoins difficile de trouver normal que tous les magasins de Budapest proposent aux touristes la carte de l’ancienne Grande Hongrie qui englobe toute la Croatie, la Transylvanie et une grande partie de l’actuelle Slovaquie. Et de voir cette carte accolée à la plaque minéralogique d’une voiture sur quatre est pour le moins inquiétant. Il y a là, au minimum, de quoi vexer les touristes des pays voisins. Et que dire de la « Garde hongroise », cette phalange paramilitaire mise en place par l’extrême droite avec la bénédiction – au sens propre ! – d’ecclésiastiques en vue, qui prétend défendre le pays contre les menaces étrangères (et intérieures, d’ailleurs, représentées par les communautés tzigane et juive…) ? Près d’un siècle après le traité honni, les commandants de cette milice se réunissent régulièrement au mémorial de Trianon (il existe des musées et associations anti-Trianon…) pour jurer de ne jamais oublier l’affront. Et puis, il y a cette requête adressée au Tribunal de La Haye pour réclamer purement et simplement l’annulation du traité. Certains, décidément, aiment chatouiller le diable.

Al Doura : France 2 accepte un « groupe d’experts »

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Surtout, n’allez pas croire qu’il s’agit de la commission d’enquête réclamée par le CRIF. Dans l’affaire Al Doura, France 2 accepte de s’en remettre au jugement d’un « groupe d’experts indépendants et professionnels » – une sorte d’arbitrage en somme. À en croire Arlette Chabot, Patrick de Carolis veut en finir avec la polémique. La patronne de l’info de France 2, qui affichait une assurance à toute épreuve, intervenait au cours d’un curieux dialogue de sourds organisé et orchestré par Antoine Spire pour le MJLF (Mouvement du Judaïsme libéral de France) : Chabot ayant refusé de débattre avec Philippe Karsenty, ils sont intervenus l’un après l’autre. Peut-être ce groupe d’experts est-il l’amorce d’une retraite en bon ordre de la chaîne publique. En attendant, comme d’habitude, Arlette Chabot a opposé une fin de non-recevoir à toutes les questions concrètes soulevées par Karsenty. Elle a affirmé avec emphase que, si le « groupe d’experts » concluait à la mise en scène, tout le personnel du bureau de France 2 à Jérusalem serait viré. C’est ce qu’on appelle avoir le sens des responsabilités.

Martine Aubry n’est pas candidate

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Elle n’est pas candidate au poste de premier secrétaire. Elle ne veut rallier personne à son « panache blanc ». C’est elle-même qui le dit. Pour autant, Martine Aubry continue à vouloir que le Parti socialiste profite de son Congrès de novembre pour renouer avec les « valeurs de gauche ». Une gauche décomplexée vis-à-vis de l’Europe, c’est ce que réclame la fille de Jacques Delors, qui renvoie dos à dos Olivier Besancenot et François Bayrou, qu’elle accuse de ne pas être des forces de proposition, mais d’opposition. On plaide pour le débat d’idées, mais ça balance quand même pas mal à Lille.

Entretien avec Martine Aubry

Entretien réalisé le 17 septembre, à Strasbourg, au Club de la Presse, en partenariat avec la Librairie Kléber.

Alaska, c’est exquis

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La campagne pour la présidence des Etats-Unis a pris un tournant, peut-être décisif, avec la nomination de Sarah Palin comme candidate à la vice-présidence sur le ticket républicain. Chacun aura d’ailleurs remarqué la discrétion des médias français, majoritairement acquis à la cause de Barack Obama, qui boudent maintenant ouvertement une campagne qui n’a plus rien d’une marche triomphale pour le sénateur de l’Illinois.

Le jeu de massacre auquel a été soumise Sarah Palin dès sa nomination – en fait une reprise mot pour mot des attaques lancées contre elle par l’extrême gauche d’outre Atlantique – n’a pas aidé, c’est le moins qu’on puisse dire, à la compréhension du phénomène qu’elle a suscité.

Sa caricature en reine de beauté devenue mère de famille réac et bigote dans un petit bled paumé au milieu de nulle part, dont elle est devenue maire avant de dézinguer les politiciens corrompus de Juneau, capitale de l’Alaska, ne saurait expliquer l’élan nouveau que son arrivée dans le cirque électoral a donné à la campagne républicaine.

Juneau, justement, je m’y trouvais en septembre 2004, alors que la campagne opposant George W. Bush à John Kerry battait son plein. On est là loin des think tanks de Harvard, des sunlights d’Hollywood, des bars branchés du quartier de Georgetown à Washington, tous lieux où les observateurs français dépêchés par leur rédaction viennent, pour l’essentiel, chercher leur pitance rédactionnelle. En fait, je n’étais pas à Juneau pour faire dans cette charmante bourgade un reportage « décalé » sur la précédente présidentielle, mais pour m’éclater en allant pêcher le saumon, le flétan et le crabe royal à bord d’un voilier skippé par un ancien pêcheur de Noirmoutier.

Néanmoins, à l’issue de ce périple d’un mois le long des côtes alaskanes, de quelques bouteilles vidées du crépuscule à l’aube à bord de bateaux partageant avec nous le même mouillage, et de rencontres improbables sur des quais désolés, je revins au pays avec la ferme conviction que George W. Bush allait être réélu les doigts dans le nez en novembre 2004. Je vous laisse imaginer comment ce sentiment fut accueilli à mon retour : quolibets, sourires entendus mettant en doute mes facultés mentales, sans compter les coups de téléphones alarmés de mes amis entre eux se lamentant sur la triste nouvelle de mon virage réac et néo-cons…

Mais arrêtons l’autofiction, dont moi-même je n’ai rien à battre, pour revenir à non moutons, ou plutôt à nos ours, en nous posant la question à un million de dollars : de quoi Sarah Palin est-elle le nom ? De l’Alaska pardi ! Pour de très nombreux citoyens des Etats-Unis, cet Etat arctique immense et peu peuplé est la dernière frontière qui fait rêver le gratte-papier du New-Jersey, la serveuse de McDo du Kansas et même l’intello de New York saisi par le spleen du « Qui suis-je ? Où vais-je ? et dans quel Etat j’erre… » L’Alaska, bien sûr ! Sur un territoire grand comme trois fois la France, agrémenté de paysages somptueux vivent quelque 600 000 habitants dont la diversité ethnique, de mode de vie, de convictions politiques, philosophiques et religieuses cohabitent d’autant mieux qu’il y a suffisamment de place pour ne pas se marcher sur les pieds.

On y trouve aussi bien des lotissements style Desesperate Housewives pour les familles de militaires ou de travailleurs de l’industrie pétrolière à Anchorage, la principale ville, que des cabanes en rondins paumées au détour d’une rivière pour les pêcheurs de saumons et chasseurs de caribous, des villages côtiers indiens repérables à leurs collines pelées : toutes leur forêts domaniales ont été saignées à blanc et transformées en bois d’œuvre pour l’industrie japonaise du bâtiment. Après avoir transformé leur bois en whisky, ils vivent maintenant tristement du welfare et du chèque annuel que l’Etat d’Alaska reverse à chacun de ses citoyens sur les dividendes du pétrole et du gaz exploités dans la région de Purdue, sur la côte arctique. Ce chèque, en 2008, a atteint la somme record de 2 200 € par personne en raison de la flambée de cours du brut.

Pour les urbains, menant un mode de vie similaire à celui du reste des Etats-Unis, ce revenu complémentaire aide à compenser un coût de la vie très élevé, en raison de la nécessité d’importer la totalité des biens de consommation et d’équipement. Pour ceux qui ont choisi de vivre dans la nature, cette somme finance l’essentiel de la survie, vêtements, entretien de la moto-neige et du canot à moteur, outils, armes et munitions pour aller chasser et pêcher. L’abondance du gibier et du poisson assure la nourriture pour les longs hivers. On n’assiste plus, comme au début du siècle, à des légendaires ruées vers l’or et leur cortège de bandits, prostituées et tricheurs au poker. N’empêche, le « quartier réservé » de Juneau a été reconstitué à l’intention des touristes avec des acteurs et actrices plus vrais que nature, dans un Etat où la prostitution et le jeu sont aujourd’hui strictement prohibés.

Pour faire du dollar en Alaska, il faut être très costaud ou très malin. Très costaud comme ces étudiants californiens aux muscles saillants qui viennent gagner en trois mois l’équivalent de deux ans de frais d’université en pêchant le crabe royal dans le détroit de Behring, dans des conditions qui feraient passer l’enfer pour un havre de bien-être. Très malins comme ces bijoutiers indiens (d’Inde) qui attendent à Juneau ou à Ketchikan les immenses navires de croisière bourrés jusqu’à la gueule de touristes du troisième âge qui sautent sur tout ce qui brille. Pour le reste, hors Anchorage l’industrieuse et Fairbanks l’universitaire, la culture se limite aux concours de bûcherons pour les mâles et de T-shirts mouillés pour les femelles. Il y en a qui aiment.

John McCain, ou les crânes d’oeuf qui gèrent sa campagne, ont fait coup double : ils ont introduit du women pride et de l’Alaska dream dans le jeu électoral. Waouh !

Toute révolution est anticulturelle

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Au lendemain des triomphales cérémonies des J.O. de Pékin, France 5 diffusait assez opportunément un documentaire sur la Révolution culturelle chinoise, signé de l’écrivain et réalisateur Xu Xing. Opportunément, dis-je, tant les rencontres avec des rescapés de ce monstrueux psychodrame – filmées voici quelques mois à peine – contrastent violemment avec l’image, impeccablement réaliste socialiste , que nos médias ont bien voulu nous donner l’été passé de la Chine.

L’infortuné Xun Xing n’était qu’un enfant quand ce truc lui est tombé sur la tête. Dès lors, il lui a semblé, selon ses propres termes, « passer dix ans dans le tambour d’une essoreuse devenue folle ». Et trente ans plus tard, on le sent bien, il ne s’en est toujours pas remis. Son père (classé « droitier » depuis 1958, le pauvre !) est soudain « nommé » jardinier d’un bataillon de l’Armée Populaire de Libération en Mongolie Intérieure. Sa mère, médecin à Pékin, est mutée dans la province profonde « pour soigner les paysans et non plus les capitalistes urbains »… Quant à lui, tombé amoureux de la charmante Lin Tao, il ose lui écrire une lettre… Erreur fatale en ces temps de « vertu rouge » ! Paniquée, la jeune fille le dénonce aussitôt aux autorités. Ils ne se reverront que trente-cinq ans plus tard…

Des parents séparés ; un amour interdit ; une jeunesse brisée… De quoi se plaint Xu Xing ? Grâce à son jeune âge, précisément, l’orphelin de la « Révo Cul » a échappé aux foudres des Gardes rouges : il n’a été ni fusillé, ni battu à mort, ni même torturé. Il s’est réveillé vivant de cet interminable cauchemar ; un cauchemar de « ouf malade » qui, dit-il, « hante encore tous les Chinois » et sur lequel, justement pour cette raison, le régime continue d’entretenir le silence le plus absolu. Mais la plus grande folie reste sans doute, dans ce drame, celle de notre intelligentsia occidentale et surtout, il faut bien le dire, hexagonale (cocorico !)

Avant même Mai 68, tout ce que notre pays compte d’ »intellectuels » autoproclamés (ainsi que leurs parents, amis et connaissances) a commencé de se ruer en rangs serrés vers les délires de la maolâtrie. Délires à coup sûr, mais délices aussi : quoi de plus rassurant pour un intello professionnel que de cesser enfin de cogiter pour s’abandonner lascivement au « Phare de la Pensée » ? « Ils n’en mouraient pas tous, mais tous étaient frappés » – dans les deux sens du terme. Le plus drôle, si l’on ose dire, c’est que ces bancs de gros-cerveaux échoués sur la Plage aux maoïstes ignoraient tout de la réalité du Grand Guignol auquel ils applaudissaient.

Pour donner une idée aux plus jeunes d’entre vous, la maolâtrie de l’époque, c’était un peu la dalaïlamalâtrie d’aujourd’hui. Aussi absurde, mais en beaucoup plus grave : au-delà du million d’ »ennemis du Peuple » assassinés ès qualités, cent fois plus de victimes à la vie cassée net. Tout ça n’a évidemment pas empêché nos élites de l’époque – du Monde à Sollers et de l’Obs à Serge July, vous vous souvenez ! – d’accueillir avec des standings ovations, pendant dix ans et plus, les numéros foireux et sanguinaires du Grand Mao Circus.

A preuve, le sort que ces gens-là réservèrent, dès 1971, au seul livre utile, aujourd’hui encore et une fois pour toutes, à la reconstitution de cet engrenage diabolique. Les Habits Neufs du président Mao fut le premier chef-d’œuvre de l’admirable Simon Leys. Pour ce seul livre d’ailleurs – et bien qu’aucun autre ne me paraisse dispensable – Leys mériterait largement l’Immortalité, et l’habit vert du même métal. Certes il est belge, mais il faut bien que ça serve à quelque chose, l’immigration choisie !

Parce qu’enfin, ce mec est un génie. Ou du moins, si vous n’aimez pas les grands mots, le plus grand écrivain francophone vivant. « Sinologue de formation », comme on dira en temps utile dans sa brève nécro du Monde (s’il existe encore), Simon Leys s’est donc fait connaître avec cette charge violente et subtile contre la Révolution « culturelle » chinoise. Une mauvaise blague aux yeux emboués de notre inintelligentsia parisienne, tout entière prosternée devant le Grand Timonier, et qui l’a donc ostracisé aussi sec.

TNT pour tous

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Le Liban a vécu ces dernières années une recrudescence inquiétante de la violence politique, marquée notamment par les  assassinats à répétition de personnalités  hostiles au Hezbollah et à la domination syrienne. Depuis quelques mois, on constate une nouvelle donne avec l’attentat réussi contre Imad Moughniyeh (chef d’opérations du Hezbollah) à Damas en février et celui ayant coûté la vie au député druze pro-syrien Salah Aridi la semaine dernière. Exécutions auxquelles il faut ajouter la disparition mystérieuse de Haj Amin Sallah (un autre haut responsable de la milice chiite) à Tyr, il y a trois semaines. Les négociations de l’an dernier n’ont pas été donc vaines et la vie politique libanaise semble avoir retrouvé l’équilibre.

La femme de la situation ?

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La France aime voter par procuration. Elle choisirait volontiers les dirigeants du monde entier. Certes, il arrive que des peuplades lointaines écartent le candidat qui a les faveurs du Quartier Latin – ainsi, il y a quatre ans, les Américains ont-il réélu « W » alors que Paris avait sacré Kerry. Heureusement, la fabrique planétaire de Jeunes Espoirs ne s’arrête jamais de tourner. Fanas d’Obama (qu’ils ont déjà élu dans leur tête), les Français – c’est-à-dire, en l’occurrence, les médias français – seront fous de Tzipi Livni. Bernard Guetta a ouvert le bal sur France Inter, avec un portrait enthousiaste de la ministre israélienne des Affaires étrangères. Ex-jeune mais toujours femme, la voilà sacrée comme seule candidate sérieuse à la succession de Ehoud Olmert, contraint à la démission par des affaires de corruption au petit pied. D’ailleurs, peut-on imaginer qu’un responsable politique soutenu par Elle pourrait échouer ?

Pourtant, de la dame, on ne sait pas grand-chose, et le peu que l’on sait mérite au mieux une note médiocre (ce qui, il faut l’admettre, n’est déjà pas si mal pour la classe politique israélienne). Cela n’empêche pas la « Tzipimania » de se développer à grande allure. Après tout, en politique, comme en amour, moins on sait, mieux on se porte.

Dans The Great White Hope, une pièce de théâtre montée à Washington en 1967 et devenue en 1970 un film (curieusement traduit en Français par L’insurgé, le dramaturge Howard Sackler (scénariste des Dents de la mer) met en scène un boxeur noir, dont l’ascension, dans une société imbibée de préjugés raciaux, suscite en réaction une demande populaire d’un champion blanc capable de le vaincre, demande encouragée et véhiculée par les médias. Depuis, l’expression « grand espoir blanc » désigne un personnage providentiel sur lequel se reportent les angoisses et les fantasmes d’un large segment du public. Censé incarner une solution – souvent aussi imaginaire que le problème – ce genre de super-héros permet d’échapper à une réalité à laquelle on préfère ne pas faire face. Pour certains Israéliens et un nombre croissant de journalistes dans le monde, Tzipi Livni est en train de devenir ce « grand espoir blanc », un fond d’écran sur lequel ils projettent leurs fantasmes.

A priori, Mme Livni n’est pas une mauvaise candidate à la double succession d’Olmert, à la direction du parti Kadima – issu de l’éclatement du Likoud, pivot de la coalition actuellement au pouvoir –, et donc à la tête du nouveau gouvernement que le patron du parti qui sera désigné dans des primaires jeudi devrait former cet automne. Députée depuis neuf ans, Livni assume depuis six ans des responsabilités ministérielles d’importance croissante, dont le portefeuille des Affaires étrangères qu’elle détient depuis deux ans et demi. Ce parcours respectable a pourtant été sérieusement entaché par la guerre du Liban de l’été 2006.

Son témoignage devant la commission Vinograd – chargé d’enquêter sur le déroulement et la gestion de la guerre déclenchée par l’enlèvement de deux soldats israéliens le 12 juillet 2006 – a révélé un tableau consternant. À en croire ses propres déclarations, elle aurait fait preuve d’une grande lucidité et marqué une saine méfiance vis-à-vis des généraux. Le problème est qu’à l’époque, elle ne l’a pas crié sur les toits. Toujours selon son témoignage, elle a cru voter pour une frappe aérienne courte et cinglante et s’est retrouvée solidaire de quelque chose qui ressemblait fortement à une guerre. Chef de la diplomatie et membre du cabinet restreint qui supervisait les opérations, Livni n’a pas bougé, n’eût-ce été que pour faire part de ses inquiétudes. Inexpérience ? Respect de l’autorité ? Opportunisme et prudent ? En tout cas, depuis cette époque, sa stratégie politique consiste à prendre ses distances vis-à-vis du Premier ministre sans renoncer à sa participation dans le gouvernement, ce qui indique que la troisième hypothèse n’est pas complètement dénuée de fondement.

Quant à ses talents de femme politique, ils restent à démontrer. Son arrivée sur le devant de la scène, elle la doit aux grâces d’Ariel Sharon qu’elle a rejoint il y a trois ans – avec Olmert – au moment de la création de Kadima. Et elle n’a jamais démontré au cours de sa carrière un talent particulier de meneuse d’hommes, pas plus que des capacités extraordinaires (ou même ordinaires) en matière de manœuvres politiciennes, pourtant essentielles dans la IVe République israélienne.

Certes, ce parcours un peu terne ne justifie pas que l’on récuse sa candidature – surtout si l’on songe que ses concurrents potentiels ne sont pas légion et de toute façon pas plus flamboyants. Mais il n’explique pas non plus la starisation dont elle l’objet. Aussi étrange que cela semble, Livni est désormais people. Ainsi, l’hebdomadaire américain Time l’a-t-elle intégrée en mai 2007 dans son palmarès des cent personnages les plus influents du monde. Compte tenu de son influence réelle, ce classement laisse rêveur.

On devine trop facilement les raisons de cette promotion : femme, passablement jeune (née en 1958, elle aura quarante-neuf ans pendant encore quelques années) elle représente un nouveau visage. Bref, un bon rapport passé/avenir : beaucoup de promesses, pas trop de passif. De plus, elle tient un discours de paix et de modération, ce qui est synonyme, dans l’opinion publique mondiale, de « concret ». En somme, elle est sympathique, elle pense bien et elle n’a pas de casseroles accrochées à sa réputation: on ne va pas en plus se poser des questions compliquées sur sa capacité à faire aboutir un projet politique.

Et pourtant, même ceux qui, comme moi, partagent dans les grandes lignes son analyse géopolitique du Moyen Orient, doivent se poser des questions autrement plus importantes que la qualité littéraires de ses discours. Car rien ne permet de penser que Tzipi Livni soit capable de mener à bien les tâches herculéennes qui s’annoncent, à commencer par l’évacuation de plusieurs colonies et par la conclusion d’un compromis territorial basé sur les frontières du 5 juin 1967. Cette mission, qui sera celle du prochain Premier ministre israélien, est à la mesure d’un de Gaulle, pas d’un Pflimlin. Seulement, en Israël comme ailleurs, notre époque secrète beaucoup de Pflimlin mais aucun de Gaulle n’est en vue.

Le pape est pape

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De tous les emplois que peut, au cours de sa carrière, remplir un journaliste, la place de commentateur télévisé est certainement la moins enviable. La visite du pape en France nous en a apporté ce week-end une nouvelle illustration. Comment meubler l’antenne quand n’on a rien à dire ? Se taire resterait la forme la plus polie et la plus adéquate, si nous ne vivions pas en un temps où les silences de Mozart restent du silence[1. Sacha Guitry écrit dans Cinquante ans d’occupations : « Ô privilège du génie ! Lorsqu’on vient d’entendre un morceau de Mozart, le silence qui lui succède est encore de lui. »]. Mais la retransmission télévisée relève d’une phénoménologie particulière, où jamais l’image ne se suffit à elle-même et où rien n’existe réellement qui ne soit commenté.

En un sens, Jean-Claude Narcy, commentant la messe pontificale aux Invalides samedi matin sur TF1, c’est Husserl réinventé. A cette différence près que chez Jean-Claude Narcy les états de conscience ne durent pas plus de trois secondes, le temps qu’il faut à un poisson rouge pour oublier qu’il vient de faire le tour de son bocal, le temps qu’il faut à un présentateur télévisé pour oublier qu’il vient de répéter la même chose pour la trente-sixième fois.

Car lorsque le commentateur a épuisé ses fiches techniques[2. Nous aurons ainsi appris que Mercedes a spécialement conçu les cinq papamobiles que compte le Vatican pour que ces véhicules puissent rouler à 3 km/h sans à-coups.], il essaie de décrocher un bon gimmick. Lorsqu’il estime en tenir un bon, il le répète invariablement et sans discontinuer. Comme sa consœur Marie Drucker, qui traitait l’événement pour France 2, Jean-Claude Narcy avait une idée en tête samedi matin : démontrer que Benoît XVI n’est pas Jean-Paul II.

Plus d’une dizaine de fois, on vit donc Jean-Claude Narcy dépêcher un journaliste de la rédaction pour réaliser un micro-trottoir parmi les catholiques présents sur l’esplanade des Invalides. Invariablement, les mêmes questions et les mêmes réponses :

– Comment ressentez-vous cet événement ?
– C’est une grande joie de pouvoir communier avec le Saint-Père.
– Vous préfériez quand même Jean-Paul II, non ?
– …
– Il avait plus de charisme, Jean-Paul II ?
– Il avait un autre charisme.

Retour sur le plateau pour écouter immanquablement Jean-Luc Narcy déclarer : « C’est encore confirmé : pour les catholiques, Jean-Paul II avait plus de charisme » et d’enchaîner : « Benoît XVI est un pape plus rigide. Un pape plus à droite, non ? » Les consultants invités par la chaîne ont beau récriminer (un catholique peut parfois être protestant) que les notions de « gauche » et de « droite » ne s’appliquent pas à l’Eglise, notre commentateur persiste et répète l’opération une dizaine de fois.

On pardonnera à Jean-Claude Narcy d’ignorer ce qu’est le charisme. Pour lui, c’est un synonyme de « médiatique » et de « télégénique ». Dans la bouche d’un catholique, le charisme a une autre signification. C’est un don particulier de l’Esprit. Saint Paul, dans la 1ère Lettre aux Corinthiens, en souligne d’ailleurs la diversité : sagesse, raison, foi, pouvoir de guérir et d’accomplir des miracles, glossolalie, etc. Il y a un hiatus profond entre les médias et l’Eglise. Les deux parlent un langage différent. Avec Jean-Paul II, l’un des meilleurs clients qu’ils aient jamais eus, les journalistes l’avaient oublié, mais un monde sépare le cathodique du catholique.

Extirpons-nous un instant du bocal télévisuel, où la mémoire ne dure pas plus de trois secondes, pour nous souvenir du traitement médiatique réservé à Jean-Paul II. Au cours des vingt-cinq ans qu’a duré son pontificat, les journalistes ont adopté plusieurs attitudes face au défunt pape. De 1978 à la chute du mur de Berlin, ils l’ont présenté comme une figure exotique, un pape étrange venu de l’Est – résistant dans la Pologne de Jaruzelski sur l’air de Cracovie mon amour. Puis, on l’a qualifié de « pape réac », hostile à l’avortement, à la contraception ou au mariage des prêtres : « L’Eglise ne devrait-elle pas vivre avec son temps ? », s’interrogeaient alors les journalistes. Dans la foulée, les grands rassemblements mondiaux, suscités par ses visites sur les cinq continents et l’organisation de manifestations telles que les Journées mondiales de la Jeunesse en ont fait un « pape voyageur et médiatique ». Enfin, il est devenu le « pape malade », dont chacune des apparitions télévisées suscitait la question des présentateurs : « Le pape peut-il et doit-il démissionner ? »

Une fois mort, Jean-Paul II est devenu plus présentable par les médias. Il faut dire qu’ils l’avaient attendue, cette mort. Cela faisait six ans que TF1 louait à Rome une terrasse surplombant la place Saint-Pierre « uniquement dans la perspective d’événement qui se passeraient au Vatican ». Les journalistes ont donc immédiatement passé l’éponge sur son refus constant de se transformer en VRP du préservatif et joint leur voix à celle de la foule réunie place Saint-Pierre le jour de ses funérailles pour le déclarer « santo subito », oubliant du même coup ses prises de position tranchée sur toutes les matières sociales, sa rigidité morale et sa fermeté dogmatique. Car en vérité, rien ne sépare Jean-Paul II de Benoît XVI, si ce n’est la longévité du pontificat du premier. Jean-Paul II n’était pas plus « médiatique » que le pape actuel : il a simplement été médiatisé plus longtemps, au point de devenir un « bon client » de l’actualité mondiale.

Ce faisant, avec Benoît XVI – un pape tout neuf –, les médias sont désemparés. Ils ne peuvent plus utiliser décemment les formules toutes faites qu’ils avaient mis vingt-cinq ans à griffonner sur leurs fiches et qu’ils pouvaient ressortir chaque fois qu’il fallait parler du pape. Ils essaient d’improviser et d’y aller au débotté.

Comme on leur dit que Benoît XVI a été à la tête de la Congrégation pour la doctrine de la foi pendant plus de vingt ans et que cette institution serait l’héritière de la Sainte Inquisition, ils présentent le nouveau pape comme un nouveau Torquemada – mettant de côté le fait que la Congrégation est une instance dont le rôle se limite, pour l’essentiel, à juger les questions de théologie catholique et à garantir la cohérence du magistère. Essayer de nuancer, comme tenta de le faire Mgr Lalanne samedi sur France 2 (lorsque le cardinal Ratzinger condamnait un théologien au silence pendant un an, expliqua l’évêque de Coutances, il s’appliquait à lui-même la peine), vous vous heurterez au mur de perplexité et d’incrédulité d’une Marie Drucker, à laquelle la notion de « correction fraternelle » semble totalement étrangère. Il est vrai que cette obstination de l’Eglise à se préoccuper de théologie est suspecte.

Pire encore, ce pape est un intellectuel de haut vol, un universitaire internationalement reconnu. Les médias en auraient préféré un à leur portée, c’est-à-dire légèrement débile, comme le suggérait lundi matin sur France Inter Stéphane Paoli qui, bouleversé, répéta plusieurs fois : « Aux Bernardins, le pape a tenu un discours, paraît-il, de qualité… » N’allons surtout pas essayer de lire ni de comprendre le discours de Benoît XVI, dès fois que ça nous donnerait mal à la tête.

Ce qui gêne au fond les médias, sous Jean-Paul II comme sous Benoît XVI, c’est une monstrueuse tautologie : le pape est pape. Il n’est pas une vedette du show-biz ni pétomane. Il ne montre pas son cul dans des reality show et ne joue pas des claquettes. Circonstance aggravante : le pape est l’une des seules personnalités au monde à ne pas tirer sa légitimité du cirque médiatique tout en étant exposé médiatiquement. Il n’est donc pas étonnant que, dans ces conditions, la plupart des médias en perdent leur latin.

Tableau de la vie parisienne

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S’il s’agissait d’un T-shirt, un produit de beauté ou un gadget électronique, on assisterait sans doute à une foire d’empoigne. Comme disaient nos grand-mères, « à cheval donné, on ne regarde pas les dents ». Autrement dit, tout ce qui est donné est bon à prendre. Presque tout. Pas un livre. On accepterait n’importe quelle breloque absurde pourvu qu’elle fût gratuite, mais un livre ne vaut pas l’effort de le porter. Un honnête homme du XVIIIe siècle, et même un honnête bourgeois du XIXe, auraient trouvé incongru, et peut-être vaguement blasphématoire, le spectacle de ces ouvrages empilés dans un carton, livrés au vent parisien, dédaignés sans même un regard, par ceux à qui ils étaient offerts. C’est en tout cas l’un des plus tristes auxquels on puisse assister. Et, en l’occurrence, un déprimant précipité de l’époque. Un écrivain de mes amis qui vit retiré au milieu du monde tente souvent de contrecarrer mes inavouables pulsions réactionnaires en faisant valoir que, désormais, nous avons accès à la bibliothèque universelle. Oui, toute la littérature du monde est à notre portée. Mais le monde se fiche de la littérature.

Après les grands textes philosophiques, Le Monde, décidément fort optimiste sur ses contemporains, a donc décidé de booster ses ventes (ou peut-être d’empêcher leur chute) en proposant à ses lecteurs une édition intégrale de La Comédie Humaine à un tarif très concurrentiel. Pourtant, si l’on en croit une étude fort opportune, non seulement les ventes de tous les titres seraient en progression, mais les gratuits et internet auraient, au bout du compte, tiré le vieux journal papier vers le haut. Bref, tout va bien. C’est à se demander pourquoi les journaux offrent à ceux qui acceptent de débourser quelque argent pour les acquérir DVD, montres, valises, chaines hi-fi, batteries de cuisine et j’en passe, sans oublier les voyages ou les grands crus de l’année à prix réduit. Il peut sembler curieux d’attirer le chaland en lui fourguant autre chose que ce qu’on sait faire. Un confrère milanais s’est un jour désolé devant moi que la presse française n’ait pas su, suffisamment tôt, diversifier son offre comme l’ont fait depuis longtemps les journaux italiens et espagnols. C’est chose faite.

Jeudi, donc, pour le lancement de « l’opération Balzac », chaque acheteur avait donc droit gratuitement au premier tome de la série. Vous pouvez prendre le supplément, lance, visiblement excédée par tous ces tracas additionnels, cette kiosquière des Champs-Elysées à un homme qui se trouve devant moi. Je me demande de quel supplément elle parle. Je ne vois qu’une caisse pleine de bouquins – impossible qu’ils les offrent. En m’approchant, je découvre de quoi il retourne. Bonne pioche ! Parmi les textes rassemblés dans ce premier tome (sur 25 !), je n’ai lu que Le Père Goriot. À moi Le Colonel Chabert, La Messe de l’Athée (qui excite ma curiosité) et L‘Interdiction ! Des heures de lecture en perspective.

Trois ou quatre personnes achètent Le Monde, jettent un regard ennuyé à la pile des suppléments… et repartent sans s’encombrer de cet étrange cadeau. Je n’avais nullement l’intention d’acheter Le Monde, puisque j’y suis abonnée mais, je l’avoue : trois textes de Balzac que je n’ai pas encore lus pour 1,30 €, je me laisse tenter. « Le supplément ! », hurle la voix revêche sans me regarder. « Vous voulez dire le livre ? », osé-je, une octave au-dessus de ma tonalité habituelle. Visiblement, quelque chose l’empêche de prononcer ce mot. « Mais oui, le supplément ! », répète-t-elle, de plus en plus agacée par mon entêtement à ne pas comprendre. Je bafouille un peu car une idée me vient dont j’ai un peu honte. Si j’achetais deux Monde, j’aurais deux livres et je pourrais faire un heureux. « Je vais vous en prendre un autre », dis-je dans un gargouillis, anticipant un regard méprisant. Mais non, un grand sourire illumine son visage (tiens, elle sait, donc ?). « Prenez tous ceux que vous voulez ! » Désolée, les copains, j’ai joué petit bras et suis partie avec mes deux Balzac sous le bras. Mais pour un jour, mon pouvoir d’achat a augmenté. Elle est pas belle, la vie ?

Scoop !

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Dans l’univers de la presse économique aussi, il y a quelques journaux de référence, ceux à qui on peut faire confiance, même par gros temps, pour orienter ses placements. Parmi ces titres inattaquables, Business Week, est souvent cité comme le premier de la classe par les experts. A juste titre, la preuve ici.