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Elisabeth Lévy a disparu !

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En surfant sur le site d' »Enquêtes, d’informations et de mauvais esprit » cher à Xavier Niel et Sébastien Fontenelle, j’ai trouvé un truc plutôt touchant. Voilà le compte-rendu de l’émission Parlons Net, animée par David Abiker du 30 10 08 dans Bakchich : « La rentrée littéraire avec Pierre Assouline, Didier Jacob, David Abiker et Bakchich. Mercredi 29 octobre, David Abiker recevait les journalistes, blogueurs et critiques littéraires Pierre Assouline et Didier Jacob sur France Info. Bakchich était sur le plateau. »

Et maintenant, voilà le même compte-rendu dans Causeur : « Pierre Assouline et Didier Jacob. La république des critiques littéraires. Deux critiques littéraires, piliers de la blogosphère littéraire, Pierre Assouline et Didier Jacob, sont les invités de Parlons net, le club de la presse d’Internet, avec David Abiker (France Info), Anaële Verzaux (Bakchich.info) et Elisabeth Lévy (Causeur.fr). »

Heureusement qu’il n’y avait pas une photo officielle de l’émission, jointe d’autorité par David Abiker à la bande son. Nos amis de Bakchich auraient été obligés de la tripatouiller pour en faire disparaître la Lévy de sinistre mémoire. Mais il est vrai que les spécialistes de ce genre de retouches se font rares, depuis la disparition de l’URSS.

Hanoukah Pride, non merci !

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Après ça, allez vous bagarrer contre l’antisémitisme. Les loubavitchs qui ont décidé d’organiser un allumage géant de ménorah géante à quatre jours de Noël et à deux jets de pierre de l’Etoile adressent un message clair à leurs concitoyens : « On vous emmerde ! La rue est à nous. »

Donc, comme me l’apprend un courrier de Jacques Tarnero assorti d’un commentaire consterné (« les juifs deviennent fous ! »), les loubavitchs convient tous les juifs à allumer la première bougie de Hanoukah. Enfin, on suppose que cela s’adresse aux juifs puisque les participants sont invités à remercier hachem (le petit nom que l’on donne à Dieu dans les circonstancesofficieuses) pour ses miracles. Dommage qu’Elton John soit goy et gay sinon il aurait sans doute été invité à chanter Candle in the wind, comme à l’enterrement de Lady Di.

Passons sur l’esthétique criarde de l’affiche sur laquelle les bougies surplombent l’Arc de Triomphe. Mieux vaut s’interroger sur le sens de cette manifestation religieuse ostentatoire sur la voie publique.

Quelques éclaircissements s’imposent pour ceux qui se seraient arrêtés au cours élémentaires en questions juives. Des loubavitchs, vous en avez tous croisés, avec leurs inimitables vêtements, leurs papillotes et leurs nombreuses familles. Ils sont l’un des nombreux courants hassidiques issus de ces vastes terres juives que l’histoire a ballotées entre la Pologne, l’Ukraine, la Russie, la Roumanie et sous bien d’autres drapeaux encore. Mais c’est aux Etats-Unis, à la fin des années 1940, sous l’impulsion d’un dirigeant particulièrement charismatique et révéré jusqu’à sa mort il y a quelques années avec une ferveur que l’on pouvait juger déplacée dans une religion fondée sur le rejet de l’idolâtrie, que le mouvement loubavitch est devenu une multinationale du prosélytisme à usage interne. Plus américains qu’européens (tout en recrutant surtout parmi les séfarades), les « loubas » se sont faits une spécialité de ramener à la Torah les brebis juives égarées. Pour tout dire, ils font un peu penser aux témoins de Jéhovah. Ils veulent votre bien.

Alors, on dit souvent que les juifs orthodoxes n’emmerdent personne, n’attaquent pas de moquées et ne brûlent pas de voitures. Ce n’est pas de leurs rangs que sortent les Baruch Goldstein, même si, dans les affrontements du XIXème arrondissement, il faut être naïf pour penser qu’il n’y a que de gentils petits juifs attaqués sur le chemin de la synagogue par de méchants Maghrébins ou Africains. Il est cependant vrai que, dans l’ensemble, les loubavitchs sont plutôt pacifiques et souvent sympathiques. Beaucoup affichent pour les biens matériels un enviable dédain. Mais ils pratiquent un entre-soi qui les conduit à limiter au maximum les contacts avec le reste de la société. La certitude a un prix.

La grande affaire des loubavitchs, ce sont donc les born again. L’allumage public de la ménorah, le chandelier à sept branches qui en a neuf[1. La ménorah du Temple avait sept branches, celle de Hanoukah en a neuf, mais c’est pas un cours de religion, ici.], fait partie de cette entreprise de « conversion ». Quant à Hanoukah, c’est l’une des rares dates du calendrier juif qui célèbre une victoire, celle de la révolte des Machabéens qui reprirent le Temple de Jérusalem aux cultes païens qui s’y étaient installés – et aussi celle de la foi sur l’incrédulité, puisque selon la tradition, l’huile nécessaire à l’éclairage du Temple, prévue pour durer une journée dura huit jours. Cette fête a aussi la particularité d’avoir été transformée en substitut de Noël, notamment sous l’influence des loubavitchs, pour éviter que les juifs ne se mettent à célébrer en masse la naissance du Christ.

Donc, aujourd’hui, c’est Hanoukah pour tous. C’est peut-être cela que le président de la République appelle « laïcité positive » : l’exhibition des identités, l’occupation de l’espace public par les rituels religieux, la fierté d’être soi plutôt que le souci d’être soi. D’autres parleront de communautarisme, terme que Laurent Lévy, père des petites musulmanes voilées Alma et Lila dont l’une trouvait que son nom était bien utile quand elle se rendait à la banque, avait assez finement démonté : le communautarisme, c’est toujours celui des autres.

Pour ma part, je dirais que cette Hanoukah Pride traduit un sacré sans-gêne. En Israël, on parle de chutzpah (culot) et cet aimable trait de caractère qui explique que le type devant vous puisse vous envoyer la porte à la figure fait partie de l’ADN national – il en fallait, du culot pour transformer des gringalets sortis de la yeshiva (école religieuse) en travailleurs de la terre. En France, ce sans-gêne est tout simplement contraire à la loi non écrite de la République qui prescrit un certain tact, une forme de pudeur, à l’égard de ses concitoyens issus d’autres cultures comme on dit pudiquement. Ce tact aurait pu dissuader les organisateurs du happening des Champs-Elysées d’allumer une bougie géante à quelques encablures de la tombe du soldat inconnu. La première pudeur, ce n’est pas de cacher ses avant-bras, c’est de ne pas jeter son identité à la tête de tous.

On peut être juif en France (ou se réclamer de toute autre appartenance) sans se cacher ni s’afficher. On me dira que les catholiques s’affichent bien, avec les papes célébrés en pop-stars. Sans doute, mais qu’on le veuille ou pas, édulcoré ou pas, le catholicisme est l’appartenance dominante des Français et notre héritage à tous. Cela ne me paraît en rien choquant qu’un sapin de Noël trône dans la cour de l’Elysée. Affirmer que les musulmans ou les juifs sont aussi français que les « de souche » ne signifie nullement qu’ils occupent la même place dans l’histoire nationale, ni qu’ils doivent avoir la même visibilité. À moins évidemment qu’on essaie de démocratiser l’histoire afin que chacun en ait une part égale ?

Pour corser le tout, on annonce la présence de Son Excellence l’ambassadeur d’Israël en France à cette célébration. C’est même lui qui procèdera à l’allumage de la bougie. « Tous sur les Champs-Elysées avec Dany Shek ! » Ah bon, c’est le roi des juifs, l’ambassadeur d’Israël en France ? De quels juifs, alors ? Des loubavitchs ravis d’avoir recréé de New York à Bombay, de Jérusalem à Paris, le ghetto de leurs ancêtres ? De Marc Cohen qui appelle ses sœurs cairotes à envahir les rues en string ? De votre servante qui ne discute pas son appartenance mais en négocie pied à pied les modalités ? De mon père, juif de l’étude, de la prière et de la République ? D’Elie Barnavi, quintessence du juif laïque, qui a pleuré en juin 1967, en arrivant devant le Mur des Lamentations ? D’Arthur et Elie Sémoun ? Or, dès lors que tous sont englobés par le même signifiant, «le mot « juif »» comme le dit Alain Badiou[2. Alain Badiou, Circonstances III, Portées du mot « juif », Léo Scheer, 2005.], tous sont en quelque sorte requis par des événements sur lesquels ils ne peuvent rien – c’est la rançon de l’appartenance. « Pas en mon nom », s’étaient énervés il y a quelques années Rony Brauman et d’autres à propos de la politique israélienne. Eh bien, je ne veux pas qu’on allume des bougies géantes en mon nom, je ne veux pas qu’en mon nom on transforme un rituel transmis depuis des générations en attraction foraine. Ni en mon nom, ni en aucun autre d’ailleurs : je penserais exactement la même chose si on organisait pour l’Aïd un grand méchoui place de la Concorde ou une « tenue blanche ouverte » sur l’esplanade des Invalides.

En vérité, cela fait belle lurette que la République n’exige plus que l’on soit « juif (ou musulman ou ce que vous voulez) à l’intérieur et français à l’extérieur ». L’explosion des revendications religieuses adressées à l’école, à l’hôpital et à la société en général a déjà imposé une redéfinition des frontières entre public et privé et une renégociation implicite du contrat social dans laquelle chaque groupe, communauté tente d’accroitre sa surface sociale sans plus se soucier de la maison commune. On ne fera pas rentrer cette mayonnaise identitaire dans le tube. Mais s’il s’agit de redéfinir les limites entre le public et le privé, le religieux et le politique, qu’on me permette de faire appel à la sagesse juive. Selon celle-ci, les lumières de Hanoukah doivent être placées à la fenêtre afin d’être visibles de l’extérieur. Alors oui, pourquoi pas, que chacun accroche ses lumières à sa fenêtre – comme je le ferai moi-même – et laisse à ses concitoyens la liberté de les admirer ou de les ignorer. C’est ce qu’on appelle vivre ensemble au pays des Lumières.

La Nativité

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En ces temps de Noël, il est bon de nous replonger dans la peinture religieuse. Cette œuvre de l’Espagnol Bernardino Lapuerta représente l’adoration de l’Enfant Jésus par les rois mages. A eux trois, ils formèrent la première Star Ac’ de l’histoire : c’est en suivant l’étoile qu’ils se rendirent à Bethleem, honorèrent de moults salamalecs le nouveau-né avant d’être reconduits à la frontière par Simplicius Auvergnatus. La tradition rapporte qu’ils offrirent de la myrrhe, de l’or et de l’encens au petit garçon qui était, dit-on, issu d’une excellente famille du côté de sa mère (ce que le peintre souligne en la revêtant d’un élégant drapé pourpre de chez Christianos Diorus). Quant au père de l’enfant, s’il ne figure pas sur ce tableau c’est qu’il était très économe de ses apparitions.

Bernardino Lapuerta, L’adoration des mages, 1627. Huile sur toile, conservée à l’Ambassade de France auprès du Saint-Siège.

Je veux revoir mon Algérie

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Quand j’avais quinze ans, mes parents m’ont emmené en Algérie. C’était leur premier retour sur cette terre quittée dix-sept ans plus tôt et qui avait été la patrie de tous ceux de ma famille nés avant moi, puis avait cessé d’être la France.

Ce pays, je l’avais visité souvent, entre mes grands-parents, assis dans leur cuisine à la table de formica bleu, quand ils m’emmenaient avec eux dans leurs souvenirs. Pendant le voyage avec mes parents, je gardai intactes les images qu’enfant j’avais collées à toutes leurs histoires, souvent héroïques, d’une époque qui paraissait plus drôle et plus tragique que la mienne.

En arrivant à Alger, j’étais curieux de confronter à mes fantasmes la réalité de cette ville. À quoi ressemblaient ces rues où mon grand-père Roger Mesguich descendait quand il avait à peu près mon âge pour faire le coup de poing contre ceux de ses compatriotes qui défilaient au cri de : « Mort aux juifs ! » ?

Dans leurs souvenirs par moi imagés, la ville blanche avait le ton sépia des rares photos qu’ils en avaient conservées. La réalité que je découvrais était d’une teinte plus crue. Je voyais bien dans le regard de mes parents sur leur terre natale l’ampleur du désastre. Dix-sept années d’économie socialiste et de nonchalance orientale avaient rendu possible un monde dans lequel on ne savait pas s’il fallait rire ou pleurer. Il y avait des garages saturés de mécaniciens occupés à des parties de dominos faute de pièces de rechange pour les voitures ; des magasins ou les nombreux employés semblaient jouer à la marchande tant les étals étaient vide de produits. À l’hôtel Aletti – rebaptisé Es Safir – le palace d’Alger qui était de leur temps aussi inabordable que le Ritz, plus rien ne marchait, et les volets roulants à lamelles de bois n’étaient peints qu’en partie, en fonction de leur position au moment du passage des peintres.

Oui, un monde comique pour qui est de passage mais tragi-comique pour qui doit s’habituer à trouver de la semoule et des pois-chiches, mais jamais les deux en même temps.

Puis l’émotion de mon père parti à la recherche d’un copain d’enfance pour apprendre par sa famille qu’il était mort à vingt ans en combattant dans les rangs du FLN.

Enfin, le retour et dans l’avion d’Air Algérie, le regard de ma mère sur un homme de l’équipage. Un steward, algérien naturellement, situation impensable du temps des Français. Je le revois, plein d’allure dans un uniforme blanc, légèrement penché au dessus d’un passager, dans une position empreinte d’élégance, une attitude respirant la dignité. C’est ce mot que j’ai retenu des propos de ma mère nous expliquant à mon père et moi que le foutoir algérien, les balbutiements d’une nation qui apprend à devenir un Etat, tout cela était peu de choses comparé à l’image de cette dignité retrouvée. Elle a aussi prononcé le mot « espoir ». Si la France n’avait pas su permettre cela, cet homme debout dans un avion aux couleurs de sa patrie, héritier d’un combat du peuple pour l’indépendance, pour ne plus avoir à vivre comme des citoyens de seconde catégorie, cet homme si digne la remplissait d’espoir pour l’avenir, pour les Algériens.

C’était en 1979, l’Algérie indépendante avait dix-sept ans. Et moi presque autant. Aujourd’hui, quarante-six ans après la naissance de cette Algérie algérienne, quand ma mère croise à Carrefour un fantôme de femme, une forme sous une bâche qui n’arrive pas à voir où elle met les pieds et que guide un barbu renfrogné, comme un chien d’aveugle qui aurait l’air méchant, eh bien ma mère, ça l’empêche de respirer !

– C’est grave docteur ?
Voilà dix bonnes minutes qu’il m’écoute sans m’interrompre mais il en prend encore une avant de risquer un diagnostic.
– Vous savez, c’est fréquent chez les pieds-noirs quand ils prennent de l’âge : intolérance, complexe de supériorité, résurgence de tendances à l’impérialisme culturel, voire à l’islamophobie.
– Alors, que peut-on faire ?
– Rien. Incurable.
– Tant mieux.

Copé se meurt, Copé est mort

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Jean-François Copé déclarait mi-novembre aux députés UMP : « Moi vivant, il n’y aura pas d’augmentation de la redevance télé. » Or, au Palais du Luxembourg, les sénateurs discutaient cette semaine la loi de finances rectificative et l’augmentation de la redevance : sera-t-elle de 2 ou 4 € ? L’indexera-t-on sur l’inflation ? La commission des affaires économiques et la commission culturelle cherchaient hier encore un accord, dont Michel Charasse dit qu’il ne vaudra pas grand chose puisque la discussion sur le financement de l’audiovisuel public aura lieu le 7 janvier et toute augmentation faite d’ici là relèvera du pur arbitraire… En attendant, si quelqu’un pouvait nous donner des nouvelles de Jean-François Copé. Est-il mort de honte ou de rire ?

Un Canard un peu faisandé

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L’enquête « non autorisée » de Karl Laske et Laurent Valdiguié sur Le Canard enchaîné n’a pas suscité l’émotion et le flot de commentaires qui avaient suivi la parution, en 2003 de La Face cachée du Monde de Philippe Cohen et Pierre Péan. La relative indifférence qui a accueilli cet ouvrage – hormis un édito sanglant de Michel Gaillard, le directeur du Canard – peut s’expliquer par deux séries de raisons.

À la différence de ceux du Monde, les lecteurs du Canard, qui sont d’ailleurs souvent les mêmes, n’exigent pas de l’hebdomadaire satirique la même rigueur éthique et déontologique que celle qu’ils attendent du quotidien du soir. Au Canard, on pardonne approximations, inexactitudes et même une certaine mauvaise foi, à condition que la plus-value distrayante apportée aux informations publiée demeure élevée. La dénonciation, par les auteurs, des petites compromissions qui amènent les bons ragots ne provoque pas l’indignation des « usagers » du Canard, qui voient en lui une sorte de magazine people sans photos. Ce dévoilement aurait même tendance à les énerver, en brisant le charme qu’il y a à se sentir initié aux petits secrets des allées du pouvoir par la seule vertu de fouineurs astucieux.

C’est pourquoi la réaction de vertu outragée du directeur du journal, assortie de la petite mesquinerie de la révélation des demandes d’embauche effectuées quelques années auparavant par Laske et Valdiguié, manque singulièrement de panache et d’élégance. Elle évoquait irrésistiblement la riposte de la troïka Colombani-Minc-Plenel au livre de Péan-Cohen sur le mode : « Circulez y a rien à voir et les foudres de la justice vont s’abattre sur les blasphémateurs ! » La suite est connue : quelques mois plus tard, le trio se déchirait à belles dents et les avocats négociaient dans la discrétion de leurs cabinets un compromis évitant le procès public.

Les pontes du Canard manquent sérieusement d’humour quand deux blancs-becs viennent leur chercher des poux dans le plumage. Pétris des bons sentiments de la bien-pensance ordinaire, Laske et Valdiguié stigmatisent longuement l’atmosphère machiste et beauf qui règne dans une rédaction où les femmes ne sont entrées que très récemment et à dose homéopathique – et pas toujours pour le meilleur. Comme le machisme, la beauferie et même l’ivrognerie sont des comportements relevant de la liberté la plus élémentaire quand ils ne se traduisent pas des actes sanctionnés par le Code pénal, cela aurait dû, comme dirait Chirac, leur « en toucher une sans faire bouger l’autre ». Ils auraient pu faire valoir auprès de leurs censeurs leur droit imprescriptible à vanner les gonzesses, se saouler la gueule et préférer les gros 4X4 au vélib’. Michel Gaillard est furieux du rappel du passé quelque peu collaborationniste de certaines grandes figures d’antan du Canard, Morvan Lebesque, Moisan, ou Georges Gaillard, le père de l’actuel directeur. En quoi ce rappel peut-il être une atteinte à l’honneur d’une rédaction dont la plupart des membres actuels n’étaient même pas nés lorsque ces glorieux ancêtres pigeaient dans les feuilles vichystes ?

Mais si les « révélations » de Laske et Valdiguié n’ont pas produit le scandale attendu, c’est aussi à cause de la superficialité de certains pans de leur investigation. S’ils repèrent quelques fils susceptibles d’expliquer le silence du Canard sur quelques belles affaires crapoteuses de notre République (le rôle de Roland Dumas, ancien avocat de l’hebdo, et la proximité de certains des hiérarques du journal avec le clan mitterrandien), ils ne creusent pas suffisamment le filon. Ils peuvent être bons sur quelques affaires récentes qu’ils ont eu à traiter pour leurs employeurs respectifs (Libération pour Laske, Le Parisien, puis Paris-Match pour Valdiguié). Ainsi les faiblesses, pour être indulgent, du traitement par le Canard du compte japonais de Jacques Chirac ou son pseudo-rapport de l’état-major sur l’embuscade meurtrière pour les soldats français en Afghanistan.

Investigateurs eux-mêmes et spécialistes du monde et demi-monde politique français, les auteurs se révèlent, par exemple, incapables de décoder les pratiques de Claude Angeli, rédacteur en chef chargé de l’investigation et de la politique étrangère. Âgé aujourd’hui de 77 ans, celui-ci a peut-être arrêté de lire Tintin, mais il ne semble pas prêt à lâcher une barre éditoriale tenue d’une main ferme. Il est depuis des lustres le petit télégraphiste de la fraction la plus anti-américaine et anti-israélienne du Quai d’Orsay, celle qui se pavanait sous Villepin et fulmine sous Sarkozy. Les représentants de cette « rue arabe du Quai », comme la moquent ses contempteurs dans la maison, par ailleurs fervents lecteurs de l’album de la Comtesse, n’hésitent pas à faxer à Angeli les télégrammes diplomatiques confidentiels si cela peut leur permettre de renforcer leur position. Les enquêtes internes diligentées pour connaître l’origine de ces fuites ont fait chou blanc, pour la bonne et simple raison qu’elles sont couvertes par quelques hauts responsables de notre diplomatie. En général, on retrouve ces « scoops » au rez-de-chaussée de la page 3, avec souvent le fac-similé du télégramme pour faire plus authentique.

Comme l’information diplomatique moyenne de l’honnête homme ne lui permet pas de décrypter ces opérations d’intox dont Angeli se fait l’agent actif, on peut se permettre tout et n’importe quoi. Ainsi, lorsqu’un diplomate français est convoqué au département d’Etat à Washington pour fournir des éclaircissements sur des violations de l’embargo contre l’Iran par des entreprises hexagonales, cela devient une entreprise bushiste de vassalisation de la France. Angeli s’est également fait naguère le complice d’une cabale montée derrière les moucharabiehs de la rue arabe du Quai pour déstabiliser Gérard Araud, ancien ambassadeur de France à Tel Aviv, jugé par certains trop proche des positions israéliennes. Les analyses d’Araud, destinées à demeurer confidentielles, se retrouvaient comme par hasard sur le bureau d’Angeli, qui n’avait plus qu’à les recopier, mal d’ailleurs, puisqu’il affublait régulièrement Araud d’un prénom qui n’était pas le sien… Cette cabale a d’ailleurs fait long feu : Gérard Araud a été promu au poste de directeur des affaires politiques du Quai, ce qui en fait aujourd’hui un personnage important dans la hiérarchie du ministère. Comment s’étonner alors que le scandale Boidevaix-Mérimée, deux anciens hauts diplomates français mouillés jusqu’au cou dans l’affaire dite des « bons de pétrole » distribués par feu Saddam Hussein à ceux qui administraient le programme onusien « pétrole contre nourriture » n’ait eu droit qu’à un traitement a minima dans le Canard ? Ce volatile, c’est bien connu, est fidèle en amitié et ne s’acharne pas sur des copains dans la mouise, même si leurs activités relèvent de la corruption à grande échelle.

Enfin, Laske et Valdiguié clouent Angeli au pilori pour son passé de communiste orthodoxe au service de la presse du Parti. Ils sont vraisemblablement trop jeunes pour pouvoir analyser le sens de cet d’engagement dans les années 1950-1960. Angeli n’est pas le seul, loin de là, parmi les grandes plumes de la presse française à avoir fréquenté la boutique à Joseph, avant de devenir un honnête travailleur de la presse bourgeoise. S’il fallait lui faire un procès, celui-là n’était pas le bon.

Le vrai canard

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De de Gaulle en général…

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D’abord il y a un événement : le 11 octobre 2008, à Colombey-Les Deux-Eglises (Haute-Marne), Angela Merkel et Nicolas Sarkozy ont inauguré le Mémorial parachevant le projet dédié à Charles de Gaulle, commencé avec l’édification d’une immense Croix de Lorraine (18 juin 1972). Celle-ci n’a d’ailleurs cessé d’attirer les visiteurs, contredisant la prophétie que le Général, avec cette ironie faussement modeste qui faisait partie de son charme, aurait lancé à propos de « sa » croix, dont il ne voulait pas : « Personne ne viendra, sauf les lapins pour y faire de la résistance… »

Et puis il y a cette affiche dans le métro, pour une pièce de théâtre inspirée du journal de Jacques Foccart, le conseiller du général de Gaulle pour l’Afrique. Elle présente une étrange silhouette et un visage à peine esquissé. Et pourtant c’est Lui, c’est bien Lui, égaré dans le métro, comme tenant en laisse un pavé ! Nulle majesté dans cette représentation persifleuse. Et pourtant, malgré l’évidente volonté de désacraliser, quelque chose est pertinent dans ce personnage perplexe au milieu des pavés…

Enfin il y a un souvenir, celui de la une d’un fameux hebdomadaire satirique, Hara Kiri : « Bal tragique à Colombey, 1 mort ».

Mais les plus nobles destins résistent à la nécessité d’en rire. Non, Charles de Gaulle n’est pas décédé après une valse en compagnie d’Yvonne. Le 9 novembre 1970, il s’est effondré[« Ah ! Il est déjà temps de mourir ! » : les derniers mots du Général, selon le colonel Desgrées du Loû (rapportés par Jean Mauriac dans L’après de Gaulle, chez Fayard).] un peu avant l’heure du dîner, alors qu’il achevait une patience (après tant de réussites…)

Rappel pour les plus jeunes d’entre vous : le 27 avril 1969, le peuple répond non au référendum sur « le projet de loi relatif à la création des régions er à la rénovation du Sénat ». Dès le 28, Charles de Gaulle part sans se retourner… L’air, soudain, paraît plus léger à nombre de Français. Et d’abord à une partie de notre grande bourgeoisie : le vieux képi incarnait ses remords et son peu d’empressement à le rejoindre dans l’exil londonien.
Les politiciens soupirent d’aise : enfin éliminé, ce Charlot qui, en fondant la Ve République, leur avait cassé leur joujou agonisant.

Tous avaient souffert de la dédaigneuse distance qu’il mettait entre eux et lui, et du mépris de plomb qu’il affichait pour leurs misérables combinaisons. Décidément, il vivait très au-dessus de leurs moyens… Intellectuellement s’entend : il ne s’enrichira pas d’un nouveau franc au métier de la politique. Même que le soir, à l’Elysée, tante Yvonne éteignait les lumières : « Il ne faut pas gaspiller ! »

Aujourd’hui, le vieil homme « recru d’épreuves » subit le pire : il paraît « dépassé ». Mais depuis quand ? Dans l’Europe du désastre qui se découvrait à mesure que refluait la catastrophe nazie, à quel sort misérable était vouée la France ? Perdue de réputation, suspecte aux yeux des vainqueurs, menacée de guerre civile, convoitée par les staliniens, elle pouvait tout au plus espérer l’humiliante intégration à un ensemble flou, « gauleité » par Giraud, béni par Jean Monnet et chapeauté par les Américains.
Enfin De Gaulle revint, avec son fichu caractère, qui est aussi la marque des hommes d’Etat au milieu des politiciens nains. Car il en fallait, du caractère, pour faire croire simultanément aux Etatsuniens que la France avait les moyens de son indépendance, et aux communistes que, grâce au parapluie américain, le pays était à l’abri d’un coup de force !

Et pour décoloniser l’Afrique noire et surtout l’Algérie, sans souci apparent de la douleur des rapatriés ni du sort des harkis, maltraités ici, massacrés là-bas ?

Mais « On ne gouverne pas innocemment », comme disait Saint-Just… A moins que vous ne préfériez Péguy : « Ils ont les mains propres mais ils n’ont pas de mains. »

De Gaulle, c’est un drame antique et chrétien à la fois. Un récit qui naît avec le baptême de Clovis, irrigue la chevalerie, transcende la République, s’incarne dans la Résistance – et prend fin avec lui. Il a soulevé la France et étonné le monde par sa vision, son charisme et ses mots. De Gaulle c’est Merlin, plus l’électricité (nucléaire).

Au risque de passer pour un illuminé, laissez-moi, en guise de conclusion vous livrer une confidence : un matin que je me trouvais dans une clairière isolée, non loin de la croix de Lorraine, je vis nettement surgir de la brume froide le spectre du Général ! Il croisa ma route sans me voir. Plus curieux qu’effrayé, j’osai l’interpeller : « Mon Général, que vous inspirent la Marseillaise huée, le démantèlement de la République, la crise mondiale, la fonte des glaciers et la prochaine comparution d’Éric Zemmour devant la Cour raciale, euh, martiale pour atteinte au moral multiculturel de la Nation ? »

Déjà, je ne le distinguais plus qu’à peine, lorsque sa voix sourde roula jusqu’à moi : « Pour la Résistance, voyez les lapins ! »

L'Après de Gaulle: Notes confidentielles (1969-1989)

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Soutien total à Mountazer al-Zaïdi

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Total respect. Comme le monde entier, j’ai été scotché par le jet de chaussures de Mountazer al-Zaïdi. Du courage, de la classe, du sens : que demander de plus à un homme ? Un homme qui n’a pas hésité à risquer sa vie, non pas pour zigouiller banalement du mécréant, façon bombe humaine d’autobus, mais pour signifier son mépris. Il y a du soufflet gascon dans ce travail d’arabe, nos idées progressent, les enfants.

En projetant ses godasses sur l’homme le plus puissant de la planète, Mountazer al-Zaïdi a donc réussi là où des milliers de tueurs djihadistes abrutis avaient échoué : rendre sympathique à la planète entière le juste refus irakien de l’occupation américaine. On notera que cette situation, scandaleuse, n’était guère plus brillante du temps où l’Irak était occupé par les Irakiens : si c’était sur Saddam Hussein que Mountazer avait envoyé ses souliers, j’ai tendance à croire que ce dernier aurait réagi avec moins d’humour que George W.. Et qu’à l’heure qu’il est, notre vaillant confrère serait déjà mort et enterré, non sans avoir auparavant été dûment énucléé, émasculé et éviscéré par les spécialistes en relations humaines du Raïs. Néanmoins, on pensera aussi à remuer nos miches pour tirer ce chouette garçon des griffes de ses tortionnaires du moment. Notre superman national serait bien avisé de lui offrir l’asile politique en France. Si ce jet de souliers n’est pas politique, alors il faudra m’expliquer…

Je reviens sur le sens. Que la portée du geste n’ait échappé à personne, y compris pour ceux qui de Sidney à Trinidad ont entrevu les images sans le moindre commentaire, c’est déjà un exploit, mais ça Ben Laden l’avait déjà fait, et en mieux. Quant à l’arme du crime, c’est une autre paire, non pas de manches, mais de souliers. Les souliers qu’on ôte, parce qu’ontologiquement impurs, au seuil de la mosquée, certes. Mais surtout, dans la mémoire collective arabe, les chaussures renvoient aux mille défaites des glorieuses armées musulmanes, aux images enrageantes de prisonniers moustachus et déchaussés, et plus spécialement aux monceaux de rangers abandonnées dans le Sinaï en 1967 par les troupes d’élite nassériennes. Or par ce geste-là, ce seul geste-là, on est passé d’un seul coup d’un seul, de la rancœur ressassée, de la rumination régressive et du déni autodestructeur à la moquerie libératrice, au grand rire nietzschéen. Je serais israélien, je serais content de négocier avec des gens dans l’œil desquels je vois un peu de malice, un peu de défi, voire un peu de morgue, et plus seulement de la souffrance et de la haine…

Je l’ai déjà écrit ici, le plus détestable chez Oussama Ben Laden, c’est sa modernité. Sa formation universitaire de business engineering. Ce mass murderer rationnel et pragmatique se meut comme un poisson dans l’eau glacée du calcul égoïste, comme disait l’autre. Avec Mountazer al-Zaïdi, changement radical de la donne. Je ne sais pas si Al-Zaïdi a lu Retz ou Baudrillard. Je ne sais même pas s’il mesure la portée épistémologique de son propre geste. Mais il est bien évident que d’autres le feront pour lui. Qu’ils sauront mesurer le bond théorique entre destruction et déconstruction. Ils verront que la tentative de destruction à la Ben Laden renforce in fine l’ennemi supposé : les Twins seront reconstruites, et en mieux. En revanche on n’effacera pas comme ça les traces de la déconstruction moqueuse du mythe américain perpétrée par deux souliers voletant vers le président Bush. Mountazer a instillé le virus de la critique postmoderne dans l’Islam. C’est assurément la meilleure nouvelle de l’année.

Voilà pour les bonnes nouvelles. Passons maintenant aux moins joyeuses. Le problème, c’est que comme d’hab, pour marquer le coup, les Arabes vont se contenter de descendre dans la rue avec des grands portraits de Mountazer et de brûler quelques drapeaux américains ou israéliens. Et qu’ils resteront donc dans leur merde noire pour n’avoir pas compris que la seule chose à faire, ce n’est pas de le sanctifier, mais de l’imiter. De glisser leur pas dans ceux de ses pieds nus.

En écrivant ces lignes, je pense aux 25 millions d’habitants de ma ville natale, Le Caire, qui tous, j’en suis sûr, révèrent Mountazer, mais ne voient pas l’occasion extraordinaire qu’il leur a donné de sortir de leur enfer, de leur cauchemar même pas climatisé.

Amis cairotes, ôtez tous vos babouches, et jetez-les à la tête de vos flics ripoux, de vos fonctionnaires sangsues, de vos dirigeants nauséeux et fanfarons qui vous ridiculisent dans le monde entier.

Amis pédés du Caire, persécutés, déshonorés, violés dans des geôles insanes et en plus oubliés par Act Up et tous les faux-culs altergays du monde libre, déchaussez-vous et balancez vos mocassins à la face des ulémas tartuffes.

Allez vous rouler des pelles goulues sur les sofas de la pâtisserie Groppi et sur les pelouses de l’Université islamique Al Azhar !

Amies princesses d’Héliopolis jetez vos escarpins Sergio Rossi à la tronche de vos salopards de frères, d’oncles et de pères ! Autodafez vos hidjabs et vos jupes-culottes et descendez en string dans la rue ! Montrez vos corps de déesses, mes sœurs, et faites bander la rue arabe ! Que les muslims du monde entier bandent comme des Turcs ! Montrez-vos fesses pommelées et vos seins denses au peuple pour qu’il comprenne enfin qu’il n’a rien à perdre, et tout à gagner. C’est ainsi que commencent les révolutions.

Réformes des lycées : Ubu contre Lyssenko

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Philippe Meirieu, Danube de la pensée pédagogiste, a réussi un nouvel exploit : rendre Xavier Darcos sympathique. Non content d’avoir décérébré des générations de jeunes enseignants grâce aux délires des Lyssenko des IUFM qui n’ont plus vu un élève depuis les débuts du second mandat Mitterrand, Meirieu déclare dans Le Monde : « Cette réforme n’était pas prête. » Effectivement. Darcos, comme Ubu, se contentait d’envoyer à la trappe l’enseignement de disciplines existantes comme le Grec ancien ou l’économie. Meirieu, lui, est au contraire l’inventeur d’une discipline qui n’existait pas et qui n’existe toujours pas malgré les circulaires officielles : les sciences de l’éducation.

Corbeaux et Colombe

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Tapis derrière leur anonymat, de courageux justiciers se sont assigné une noble tâche : faire virer Colombe Schneck de France Inter. Vous voyez le truc, intérêt général, salubrité publique et tout le bazar. Nos conspirateurs ont établi leur QG sur Facebook sous l’enseigne sobre et de bon goût d’une Ligue pour l’abolition de Colombe Schneck – j’ai tenté d’aller y voir mais c’est très compliqué d’aller sur Facebook et, en plus, c’est un peu vexant, depuis que ce machin a remplacé le bistrot, seules 4 personnes ont demandé à être mes amies. On se croirait à l’école maternelle : « Non, tu n’es plus mon amie, mes nouveaux meilleurs amis sont Kangoo et Laguna. » On appelle ça un « réseau social ». En clair, c’est la planque idéale pour fomenter un mauvais coup sans prendre de risque.

« Zappez Colombe », c’est avec ce titre alléchant que les conjurés recrutent par courrier électronique. Il y a urgence, vous pensez. Il y va de la dignité des citoyens. Dans l’ensemble de la bouillie qui s’écoule à grands jets sur les écrans et sur les ondes, parmi tous les programmes concoctés pour rendre nos cerveaux disponibles, il en est un « plus laid, plus méchant, plus immonde », c’est l’émission « J’ai mes sources » de France Inter, animée par Colombe Schneck et diffusée tous les jours de 9 h 30 à 10 heures. Pour les oreilles affutées de nos résistants des ondes, c’est un supplice. Imaginez que récemment, elle a parlé de « l’agence Zenith Média… non Zenith Optimédia » – impardonnable. Pire encore, elle a présenté « le communicant Thierry Saussèze… non Saussé ». C’en est trop. Chaque citoyen responsable est donc invité à apporter « le petit ruisseau d’approximations, erreurs, impropriétés… qu’il aura relevées au fleuve de l’incompétence de la chère Colombe ». Allez, les corbeaux, à vos claviers.

Certains se demandent sans doute quelle mouche me pique. Précisons que Colombe Schneck n’est pas une copine. Pour ne rien vous cacher, moi, je l’aurais bien prise, sa quotidienne, vu qu’elle est arrivée sur Inter au moment où j’étais débarquée de Culture – et avant d’apprendre sa nomination, je l’ai susurré à l’oreille de Frédéric Schlesinger. Sans succès. Elle m’a invitée deux fois, la première face à David Kessler, ce qui était plutôt gonflé et le débat fut assez sportif. La deuxième fois, venue parler de livre que j’ai écrit avec Philippe Cohen Notre métier est mal parti (le titre résume assez bien la thèse), je suis tombée dans un véritable traquenard – qu’elle n’avait pas organisé. Elle a semblé encore plus surprise que moi de voir Sylvain Bourmeau, qu’elle semble tenir pour un garçon civilisé, se transformer en moulin à éructations et imprécations, dont il ressortait que j’étais coupable de toutes les turpitudes de Jean-François Kahn et Franz-Olivier Giesbert réunis. Je n’ai qu’un véritable grief à l’encontre de Colombe Schneck : elle croit qu’il existe seulement trois sites Internet en France (devinez lesquels !).

On a le droit de juger que « J’ai mes sources » n’est pas la meilleure émission du PAF. Moi, je ne l’aurais pas faite comme elle. Quand il est question de médias, on aimerait un peu plus de vitriol et un peu moins de sirop, un peu plus de jugement et un peu moins de promo. Le côté « ingénue » de mademoiselle Schneck m’agace souvent, son numéro d’élève dissipée avec l’instit’ Demorand m’ennuie vite. Son rire de petite fille me fait sursauter. Il lui arrive de parler avant de réfléchir, donc de proférer des absurdités, comme lorsqu’elle demande à Jean-Marie Cavada, 68 ans, s’il est intéressé par la direction de France Télé. On a l’impression qu’elle en rajoute dans la naïveté et puis non, elle est vraiment naïve. C’est son charme. Et il lui arrive souvent d’être courageuse. En tout cas, dans le chœur de la fausse critique qui se déploie à travers de multiples émissions de prétendu décryptage des médias, « J’ai mes sources » tient honorablement son rang.

On me dira qu’après avoir tempêté tant et plus pour qu’il soit permis de critiquer les médias, il serait déraisonnable de prétendre soustraire les critiques à la critique. Sauf qu’il ne s’agit pas ici de critique mais d’une campagne anonyme de démolition – assortie, qui plus est, d’une demande de licenciement. « Il faut virer Colombe », ça c’est une revendication. On est élégant ou on ne l’est pas. De vrais menschs, je vous dis. J’ai toujours été sidérée par la facilité avec laquelle des gens souhaitent votre mort sociale au motif que vous ne pensez pas comme eux. Ils ne font pas rouler les têtes, ils se débrouillent pour qu’on vous coupe les vivres. Je les imagine écoutant chaque matin l’émission dans l’espoir d’y pêcher un bafouillage ou une maladresse dont ils pourront rire avec les autres insurgés. Car sous couvert de débusquer « l’incompétence », cette guéguerre de lâches n’a certainement pas d’autre motif que le ressentiment et autres passions tristes. Pas grand-chose à ajouter à ça. Ou plutôt si : viens le dire ici, si t’es un homme.

Elisabeth Lévy a disparu !

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En surfant sur le site d' »Enquêtes, d’informations et de mauvais esprit » cher à Xavier Niel et Sébastien Fontenelle, j’ai trouvé un truc plutôt touchant. Voilà le compte-rendu de l’émission Parlons Net, animée par David Abiker du 30 10 08 dans Bakchich : « La rentrée littéraire avec Pierre Assouline, Didier Jacob, David Abiker et Bakchich. Mercredi 29 octobre, David Abiker recevait les journalistes, blogueurs et critiques littéraires Pierre Assouline et Didier Jacob sur France Info. Bakchich était sur le plateau. »

Et maintenant, voilà le même compte-rendu dans Causeur : « Pierre Assouline et Didier Jacob. La république des critiques littéraires. Deux critiques littéraires, piliers de la blogosphère littéraire, Pierre Assouline et Didier Jacob, sont les invités de Parlons net, le club de la presse d’Internet, avec David Abiker (France Info), Anaële Verzaux (Bakchich.info) et Elisabeth Lévy (Causeur.fr). »

Heureusement qu’il n’y avait pas une photo officielle de l’émission, jointe d’autorité par David Abiker à la bande son. Nos amis de Bakchich auraient été obligés de la tripatouiller pour en faire disparaître la Lévy de sinistre mémoire. Mais il est vrai que les spécialistes de ce genre de retouches se font rares, depuis la disparition de l’URSS.

Hanoukah Pride, non merci !

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Après ça, allez vous bagarrer contre l’antisémitisme. Les loubavitchs qui ont décidé d’organiser un allumage géant de ménorah géante à quatre jours de Noël et à deux jets de pierre de l’Etoile adressent un message clair à leurs concitoyens : « On vous emmerde ! La rue est à nous. »

Donc, comme me l’apprend un courrier de Jacques Tarnero assorti d’un commentaire consterné (« les juifs deviennent fous ! »), les loubavitchs convient tous les juifs à allumer la première bougie de Hanoukah. Enfin, on suppose que cela s’adresse aux juifs puisque les participants sont invités à remercier hachem (le petit nom que l’on donne à Dieu dans les circonstancesofficieuses) pour ses miracles. Dommage qu’Elton John soit goy et gay sinon il aurait sans doute été invité à chanter Candle in the wind, comme à l’enterrement de Lady Di.

Passons sur l’esthétique criarde de l’affiche sur laquelle les bougies surplombent l’Arc de Triomphe. Mieux vaut s’interroger sur le sens de cette manifestation religieuse ostentatoire sur la voie publique.

Quelques éclaircissements s’imposent pour ceux qui se seraient arrêtés au cours élémentaires en questions juives. Des loubavitchs, vous en avez tous croisés, avec leurs inimitables vêtements, leurs papillotes et leurs nombreuses familles. Ils sont l’un des nombreux courants hassidiques issus de ces vastes terres juives que l’histoire a ballotées entre la Pologne, l’Ukraine, la Russie, la Roumanie et sous bien d’autres drapeaux encore. Mais c’est aux Etats-Unis, à la fin des années 1940, sous l’impulsion d’un dirigeant particulièrement charismatique et révéré jusqu’à sa mort il y a quelques années avec une ferveur que l’on pouvait juger déplacée dans une religion fondée sur le rejet de l’idolâtrie, que le mouvement loubavitch est devenu une multinationale du prosélytisme à usage interne. Plus américains qu’européens (tout en recrutant surtout parmi les séfarades), les « loubas » se sont faits une spécialité de ramener à la Torah les brebis juives égarées. Pour tout dire, ils font un peu penser aux témoins de Jéhovah. Ils veulent votre bien.

Alors, on dit souvent que les juifs orthodoxes n’emmerdent personne, n’attaquent pas de moquées et ne brûlent pas de voitures. Ce n’est pas de leurs rangs que sortent les Baruch Goldstein, même si, dans les affrontements du XIXème arrondissement, il faut être naïf pour penser qu’il n’y a que de gentils petits juifs attaqués sur le chemin de la synagogue par de méchants Maghrébins ou Africains. Il est cependant vrai que, dans l’ensemble, les loubavitchs sont plutôt pacifiques et souvent sympathiques. Beaucoup affichent pour les biens matériels un enviable dédain. Mais ils pratiquent un entre-soi qui les conduit à limiter au maximum les contacts avec le reste de la société. La certitude a un prix.

La grande affaire des loubavitchs, ce sont donc les born again. L’allumage public de la ménorah, le chandelier à sept branches qui en a neuf[1. La ménorah du Temple avait sept branches, celle de Hanoukah en a neuf, mais c’est pas un cours de religion, ici.], fait partie de cette entreprise de « conversion ». Quant à Hanoukah, c’est l’une des rares dates du calendrier juif qui célèbre une victoire, celle de la révolte des Machabéens qui reprirent le Temple de Jérusalem aux cultes païens qui s’y étaient installés – et aussi celle de la foi sur l’incrédulité, puisque selon la tradition, l’huile nécessaire à l’éclairage du Temple, prévue pour durer une journée dura huit jours. Cette fête a aussi la particularité d’avoir été transformée en substitut de Noël, notamment sous l’influence des loubavitchs, pour éviter que les juifs ne se mettent à célébrer en masse la naissance du Christ.

Donc, aujourd’hui, c’est Hanoukah pour tous. C’est peut-être cela que le président de la République appelle « laïcité positive » : l’exhibition des identités, l’occupation de l’espace public par les rituels religieux, la fierté d’être soi plutôt que le souci d’être soi. D’autres parleront de communautarisme, terme que Laurent Lévy, père des petites musulmanes voilées Alma et Lila dont l’une trouvait que son nom était bien utile quand elle se rendait à la banque, avait assez finement démonté : le communautarisme, c’est toujours celui des autres.

Pour ma part, je dirais que cette Hanoukah Pride traduit un sacré sans-gêne. En Israël, on parle de chutzpah (culot) et cet aimable trait de caractère qui explique que le type devant vous puisse vous envoyer la porte à la figure fait partie de l’ADN national – il en fallait, du culot pour transformer des gringalets sortis de la yeshiva (école religieuse) en travailleurs de la terre. En France, ce sans-gêne est tout simplement contraire à la loi non écrite de la République qui prescrit un certain tact, une forme de pudeur, à l’égard de ses concitoyens issus d’autres cultures comme on dit pudiquement. Ce tact aurait pu dissuader les organisateurs du happening des Champs-Elysées d’allumer une bougie géante à quelques encablures de la tombe du soldat inconnu. La première pudeur, ce n’est pas de cacher ses avant-bras, c’est de ne pas jeter son identité à la tête de tous.

On peut être juif en France (ou se réclamer de toute autre appartenance) sans se cacher ni s’afficher. On me dira que les catholiques s’affichent bien, avec les papes célébrés en pop-stars. Sans doute, mais qu’on le veuille ou pas, édulcoré ou pas, le catholicisme est l’appartenance dominante des Français et notre héritage à tous. Cela ne me paraît en rien choquant qu’un sapin de Noël trône dans la cour de l’Elysée. Affirmer que les musulmans ou les juifs sont aussi français que les « de souche » ne signifie nullement qu’ils occupent la même place dans l’histoire nationale, ni qu’ils doivent avoir la même visibilité. À moins évidemment qu’on essaie de démocratiser l’histoire afin que chacun en ait une part égale ?

Pour corser le tout, on annonce la présence de Son Excellence l’ambassadeur d’Israël en France à cette célébration. C’est même lui qui procèdera à l’allumage de la bougie. « Tous sur les Champs-Elysées avec Dany Shek ! » Ah bon, c’est le roi des juifs, l’ambassadeur d’Israël en France ? De quels juifs, alors ? Des loubavitchs ravis d’avoir recréé de New York à Bombay, de Jérusalem à Paris, le ghetto de leurs ancêtres ? De Marc Cohen qui appelle ses sœurs cairotes à envahir les rues en string ? De votre servante qui ne discute pas son appartenance mais en négocie pied à pied les modalités ? De mon père, juif de l’étude, de la prière et de la République ? D’Elie Barnavi, quintessence du juif laïque, qui a pleuré en juin 1967, en arrivant devant le Mur des Lamentations ? D’Arthur et Elie Sémoun ? Or, dès lors que tous sont englobés par le même signifiant, «le mot « juif »» comme le dit Alain Badiou[2. Alain Badiou, Circonstances III, Portées du mot « juif », Léo Scheer, 2005.], tous sont en quelque sorte requis par des événements sur lesquels ils ne peuvent rien – c’est la rançon de l’appartenance. « Pas en mon nom », s’étaient énervés il y a quelques années Rony Brauman et d’autres à propos de la politique israélienne. Eh bien, je ne veux pas qu’on allume des bougies géantes en mon nom, je ne veux pas qu’en mon nom on transforme un rituel transmis depuis des générations en attraction foraine. Ni en mon nom, ni en aucun autre d’ailleurs : je penserais exactement la même chose si on organisait pour l’Aïd un grand méchoui place de la Concorde ou une « tenue blanche ouverte » sur l’esplanade des Invalides.

En vérité, cela fait belle lurette que la République n’exige plus que l’on soit « juif (ou musulman ou ce que vous voulez) à l’intérieur et français à l’extérieur ». L’explosion des revendications religieuses adressées à l’école, à l’hôpital et à la société en général a déjà imposé une redéfinition des frontières entre public et privé et une renégociation implicite du contrat social dans laquelle chaque groupe, communauté tente d’accroitre sa surface sociale sans plus se soucier de la maison commune. On ne fera pas rentrer cette mayonnaise identitaire dans le tube. Mais s’il s’agit de redéfinir les limites entre le public et le privé, le religieux et le politique, qu’on me permette de faire appel à la sagesse juive. Selon celle-ci, les lumières de Hanoukah doivent être placées à la fenêtre afin d’être visibles de l’extérieur. Alors oui, pourquoi pas, que chacun accroche ses lumières à sa fenêtre – comme je le ferai moi-même – et laisse à ses concitoyens la liberté de les admirer ou de les ignorer. C’est ce qu’on appelle vivre ensemble au pays des Lumières.

La Nativité

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En ces temps de Noël, il est bon de nous replonger dans la peinture religieuse. Cette œuvre de l’Espagnol Bernardino Lapuerta représente l’adoration de l’Enfant Jésus par les rois mages. A eux trois, ils formèrent la première Star Ac’ de l’histoire : c’est en suivant l’étoile qu’ils se rendirent à Bethleem, honorèrent de moults salamalecs le nouveau-né avant d’être reconduits à la frontière par Simplicius Auvergnatus. La tradition rapporte qu’ils offrirent de la myrrhe, de l’or et de l’encens au petit garçon qui était, dit-on, issu d’une excellente famille du côté de sa mère (ce que le peintre souligne en la revêtant d’un élégant drapé pourpre de chez Christianos Diorus). Quant au père de l’enfant, s’il ne figure pas sur ce tableau c’est qu’il était très économe de ses apparitions.

Bernardino Lapuerta, L’adoration des mages, 1627. Huile sur toile, conservée à l’Ambassade de France auprès du Saint-Siège.

Je veux revoir mon Algérie

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Quand j’avais quinze ans, mes parents m’ont emmené en Algérie. C’était leur premier retour sur cette terre quittée dix-sept ans plus tôt et qui avait été la patrie de tous ceux de ma famille nés avant moi, puis avait cessé d’être la France.

Ce pays, je l’avais visité souvent, entre mes grands-parents, assis dans leur cuisine à la table de formica bleu, quand ils m’emmenaient avec eux dans leurs souvenirs. Pendant le voyage avec mes parents, je gardai intactes les images qu’enfant j’avais collées à toutes leurs histoires, souvent héroïques, d’une époque qui paraissait plus drôle et plus tragique que la mienne.

En arrivant à Alger, j’étais curieux de confronter à mes fantasmes la réalité de cette ville. À quoi ressemblaient ces rues où mon grand-père Roger Mesguich descendait quand il avait à peu près mon âge pour faire le coup de poing contre ceux de ses compatriotes qui défilaient au cri de : « Mort aux juifs ! » ?

Dans leurs souvenirs par moi imagés, la ville blanche avait le ton sépia des rares photos qu’ils en avaient conservées. La réalité que je découvrais était d’une teinte plus crue. Je voyais bien dans le regard de mes parents sur leur terre natale l’ampleur du désastre. Dix-sept années d’économie socialiste et de nonchalance orientale avaient rendu possible un monde dans lequel on ne savait pas s’il fallait rire ou pleurer. Il y avait des garages saturés de mécaniciens occupés à des parties de dominos faute de pièces de rechange pour les voitures ; des magasins ou les nombreux employés semblaient jouer à la marchande tant les étals étaient vide de produits. À l’hôtel Aletti – rebaptisé Es Safir – le palace d’Alger qui était de leur temps aussi inabordable que le Ritz, plus rien ne marchait, et les volets roulants à lamelles de bois n’étaient peints qu’en partie, en fonction de leur position au moment du passage des peintres.

Oui, un monde comique pour qui est de passage mais tragi-comique pour qui doit s’habituer à trouver de la semoule et des pois-chiches, mais jamais les deux en même temps.

Puis l’émotion de mon père parti à la recherche d’un copain d’enfance pour apprendre par sa famille qu’il était mort à vingt ans en combattant dans les rangs du FLN.

Enfin, le retour et dans l’avion d’Air Algérie, le regard de ma mère sur un homme de l’équipage. Un steward, algérien naturellement, situation impensable du temps des Français. Je le revois, plein d’allure dans un uniforme blanc, légèrement penché au dessus d’un passager, dans une position empreinte d’élégance, une attitude respirant la dignité. C’est ce mot que j’ai retenu des propos de ma mère nous expliquant à mon père et moi que le foutoir algérien, les balbutiements d’une nation qui apprend à devenir un Etat, tout cela était peu de choses comparé à l’image de cette dignité retrouvée. Elle a aussi prononcé le mot « espoir ». Si la France n’avait pas su permettre cela, cet homme debout dans un avion aux couleurs de sa patrie, héritier d’un combat du peuple pour l’indépendance, pour ne plus avoir à vivre comme des citoyens de seconde catégorie, cet homme si digne la remplissait d’espoir pour l’avenir, pour les Algériens.

C’était en 1979, l’Algérie indépendante avait dix-sept ans. Et moi presque autant. Aujourd’hui, quarante-six ans après la naissance de cette Algérie algérienne, quand ma mère croise à Carrefour un fantôme de femme, une forme sous une bâche qui n’arrive pas à voir où elle met les pieds et que guide un barbu renfrogné, comme un chien d’aveugle qui aurait l’air méchant, eh bien ma mère, ça l’empêche de respirer !

– C’est grave docteur ?
Voilà dix bonnes minutes qu’il m’écoute sans m’interrompre mais il en prend encore une avant de risquer un diagnostic.
– Vous savez, c’est fréquent chez les pieds-noirs quand ils prennent de l’âge : intolérance, complexe de supériorité, résurgence de tendances à l’impérialisme culturel, voire à l’islamophobie.
– Alors, que peut-on faire ?
– Rien. Incurable.
– Tant mieux.

Copé se meurt, Copé est mort

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Jean-François Copé déclarait mi-novembre aux députés UMP : « Moi vivant, il n’y aura pas d’augmentation de la redevance télé. » Or, au Palais du Luxembourg, les sénateurs discutaient cette semaine la loi de finances rectificative et l’augmentation de la redevance : sera-t-elle de 2 ou 4 € ? L’indexera-t-on sur l’inflation ? La commission des affaires économiques et la commission culturelle cherchaient hier encore un accord, dont Michel Charasse dit qu’il ne vaudra pas grand chose puisque la discussion sur le financement de l’audiovisuel public aura lieu le 7 janvier et toute augmentation faite d’ici là relèvera du pur arbitraire… En attendant, si quelqu’un pouvait nous donner des nouvelles de Jean-François Copé. Est-il mort de honte ou de rire ?

Un Canard un peu faisandé

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L’enquête « non autorisée » de Karl Laske et Laurent Valdiguié sur Le Canard enchaîné n’a pas suscité l’émotion et le flot de commentaires qui avaient suivi la parution, en 2003 de La Face cachée du Monde de Philippe Cohen et Pierre Péan. La relative indifférence qui a accueilli cet ouvrage – hormis un édito sanglant de Michel Gaillard, le directeur du Canard – peut s’expliquer par deux séries de raisons.

À la différence de ceux du Monde, les lecteurs du Canard, qui sont d’ailleurs souvent les mêmes, n’exigent pas de l’hebdomadaire satirique la même rigueur éthique et déontologique que celle qu’ils attendent du quotidien du soir. Au Canard, on pardonne approximations, inexactitudes et même une certaine mauvaise foi, à condition que la plus-value distrayante apportée aux informations publiée demeure élevée. La dénonciation, par les auteurs, des petites compromissions qui amènent les bons ragots ne provoque pas l’indignation des « usagers » du Canard, qui voient en lui une sorte de magazine people sans photos. Ce dévoilement aurait même tendance à les énerver, en brisant le charme qu’il y a à se sentir initié aux petits secrets des allées du pouvoir par la seule vertu de fouineurs astucieux.

C’est pourquoi la réaction de vertu outragée du directeur du journal, assortie de la petite mesquinerie de la révélation des demandes d’embauche effectuées quelques années auparavant par Laske et Valdiguié, manque singulièrement de panache et d’élégance. Elle évoquait irrésistiblement la riposte de la troïka Colombani-Minc-Plenel au livre de Péan-Cohen sur le mode : « Circulez y a rien à voir et les foudres de la justice vont s’abattre sur les blasphémateurs ! » La suite est connue : quelques mois plus tard, le trio se déchirait à belles dents et les avocats négociaient dans la discrétion de leurs cabinets un compromis évitant le procès public.

Les pontes du Canard manquent sérieusement d’humour quand deux blancs-becs viennent leur chercher des poux dans le plumage. Pétris des bons sentiments de la bien-pensance ordinaire, Laske et Valdiguié stigmatisent longuement l’atmosphère machiste et beauf qui règne dans une rédaction où les femmes ne sont entrées que très récemment et à dose homéopathique – et pas toujours pour le meilleur. Comme le machisme, la beauferie et même l’ivrognerie sont des comportements relevant de la liberté la plus élémentaire quand ils ne se traduisent pas des actes sanctionnés par le Code pénal, cela aurait dû, comme dirait Chirac, leur « en toucher une sans faire bouger l’autre ». Ils auraient pu faire valoir auprès de leurs censeurs leur droit imprescriptible à vanner les gonzesses, se saouler la gueule et préférer les gros 4X4 au vélib’. Michel Gaillard est furieux du rappel du passé quelque peu collaborationniste de certaines grandes figures d’antan du Canard, Morvan Lebesque, Moisan, ou Georges Gaillard, le père de l’actuel directeur. En quoi ce rappel peut-il être une atteinte à l’honneur d’une rédaction dont la plupart des membres actuels n’étaient même pas nés lorsque ces glorieux ancêtres pigeaient dans les feuilles vichystes ?

Mais si les « révélations » de Laske et Valdiguié n’ont pas produit le scandale attendu, c’est aussi à cause de la superficialité de certains pans de leur investigation. S’ils repèrent quelques fils susceptibles d’expliquer le silence du Canard sur quelques belles affaires crapoteuses de notre République (le rôle de Roland Dumas, ancien avocat de l’hebdo, et la proximité de certains des hiérarques du journal avec le clan mitterrandien), ils ne creusent pas suffisamment le filon. Ils peuvent être bons sur quelques affaires récentes qu’ils ont eu à traiter pour leurs employeurs respectifs (Libération pour Laske, Le Parisien, puis Paris-Match pour Valdiguié). Ainsi les faiblesses, pour être indulgent, du traitement par le Canard du compte japonais de Jacques Chirac ou son pseudo-rapport de l’état-major sur l’embuscade meurtrière pour les soldats français en Afghanistan.

Investigateurs eux-mêmes et spécialistes du monde et demi-monde politique français, les auteurs se révèlent, par exemple, incapables de décoder les pratiques de Claude Angeli, rédacteur en chef chargé de l’investigation et de la politique étrangère. Âgé aujourd’hui de 77 ans, celui-ci a peut-être arrêté de lire Tintin, mais il ne semble pas prêt à lâcher une barre éditoriale tenue d’une main ferme. Il est depuis des lustres le petit télégraphiste de la fraction la plus anti-américaine et anti-israélienne du Quai d’Orsay, celle qui se pavanait sous Villepin et fulmine sous Sarkozy. Les représentants de cette « rue arabe du Quai », comme la moquent ses contempteurs dans la maison, par ailleurs fervents lecteurs de l’album de la Comtesse, n’hésitent pas à faxer à Angeli les télégrammes diplomatiques confidentiels si cela peut leur permettre de renforcer leur position. Les enquêtes internes diligentées pour connaître l’origine de ces fuites ont fait chou blanc, pour la bonne et simple raison qu’elles sont couvertes par quelques hauts responsables de notre diplomatie. En général, on retrouve ces « scoops » au rez-de-chaussée de la page 3, avec souvent le fac-similé du télégramme pour faire plus authentique.

Comme l’information diplomatique moyenne de l’honnête homme ne lui permet pas de décrypter ces opérations d’intox dont Angeli se fait l’agent actif, on peut se permettre tout et n’importe quoi. Ainsi, lorsqu’un diplomate français est convoqué au département d’Etat à Washington pour fournir des éclaircissements sur des violations de l’embargo contre l’Iran par des entreprises hexagonales, cela devient une entreprise bushiste de vassalisation de la France. Angeli s’est également fait naguère le complice d’une cabale montée derrière les moucharabiehs de la rue arabe du Quai pour déstabiliser Gérard Araud, ancien ambassadeur de France à Tel Aviv, jugé par certains trop proche des positions israéliennes. Les analyses d’Araud, destinées à demeurer confidentielles, se retrouvaient comme par hasard sur le bureau d’Angeli, qui n’avait plus qu’à les recopier, mal d’ailleurs, puisqu’il affublait régulièrement Araud d’un prénom qui n’était pas le sien… Cette cabale a d’ailleurs fait long feu : Gérard Araud a été promu au poste de directeur des affaires politiques du Quai, ce qui en fait aujourd’hui un personnage important dans la hiérarchie du ministère. Comment s’étonner alors que le scandale Boidevaix-Mérimée, deux anciens hauts diplomates français mouillés jusqu’au cou dans l’affaire dite des « bons de pétrole » distribués par feu Saddam Hussein à ceux qui administraient le programme onusien « pétrole contre nourriture » n’ait eu droit qu’à un traitement a minima dans le Canard ? Ce volatile, c’est bien connu, est fidèle en amitié et ne s’acharne pas sur des copains dans la mouise, même si leurs activités relèvent de la corruption à grande échelle.

Enfin, Laske et Valdiguié clouent Angeli au pilori pour son passé de communiste orthodoxe au service de la presse du Parti. Ils sont vraisemblablement trop jeunes pour pouvoir analyser le sens de cet d’engagement dans les années 1950-1960. Angeli n’est pas le seul, loin de là, parmi les grandes plumes de la presse française à avoir fréquenté la boutique à Joseph, avant de devenir un honnête travailleur de la presse bourgeoise. S’il fallait lui faire un procès, celui-là n’était pas le bon.

Le vrai canard

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De de Gaulle en général…

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D’abord il y a un événement : le 11 octobre 2008, à Colombey-Les Deux-Eglises (Haute-Marne), Angela Merkel et Nicolas Sarkozy ont inauguré le Mémorial parachevant le projet dédié à Charles de Gaulle, commencé avec l’édification d’une immense Croix de Lorraine (18 juin 1972). Celle-ci n’a d’ailleurs cessé d’attirer les visiteurs, contredisant la prophétie que le Général, avec cette ironie faussement modeste qui faisait partie de son charme, aurait lancé à propos de « sa » croix, dont il ne voulait pas : « Personne ne viendra, sauf les lapins pour y faire de la résistance… »

Et puis il y a cette affiche dans le métro, pour une pièce de théâtre inspirée du journal de Jacques Foccart, le conseiller du général de Gaulle pour l’Afrique. Elle présente une étrange silhouette et un visage à peine esquissé. Et pourtant c’est Lui, c’est bien Lui, égaré dans le métro, comme tenant en laisse un pavé ! Nulle majesté dans cette représentation persifleuse. Et pourtant, malgré l’évidente volonté de désacraliser, quelque chose est pertinent dans ce personnage perplexe au milieu des pavés…

Enfin il y a un souvenir, celui de la une d’un fameux hebdomadaire satirique, Hara Kiri : « Bal tragique à Colombey, 1 mort ».

Mais les plus nobles destins résistent à la nécessité d’en rire. Non, Charles de Gaulle n’est pas décédé après une valse en compagnie d’Yvonne. Le 9 novembre 1970, il s’est effondré[« Ah ! Il est déjà temps de mourir ! » : les derniers mots du Général, selon le colonel Desgrées du Loû (rapportés par Jean Mauriac dans L’après de Gaulle, chez Fayard).] un peu avant l’heure du dîner, alors qu’il achevait une patience (après tant de réussites…)

Rappel pour les plus jeunes d’entre vous : le 27 avril 1969, le peuple répond non au référendum sur « le projet de loi relatif à la création des régions er à la rénovation du Sénat ». Dès le 28, Charles de Gaulle part sans se retourner… L’air, soudain, paraît plus léger à nombre de Français. Et d’abord à une partie de notre grande bourgeoisie : le vieux képi incarnait ses remords et son peu d’empressement à le rejoindre dans l’exil londonien.
Les politiciens soupirent d’aise : enfin éliminé, ce Charlot qui, en fondant la Ve République, leur avait cassé leur joujou agonisant.

Tous avaient souffert de la dédaigneuse distance qu’il mettait entre eux et lui, et du mépris de plomb qu’il affichait pour leurs misérables combinaisons. Décidément, il vivait très au-dessus de leurs moyens… Intellectuellement s’entend : il ne s’enrichira pas d’un nouveau franc au métier de la politique. Même que le soir, à l’Elysée, tante Yvonne éteignait les lumières : « Il ne faut pas gaspiller ! »

Aujourd’hui, le vieil homme « recru d’épreuves » subit le pire : il paraît « dépassé ». Mais depuis quand ? Dans l’Europe du désastre qui se découvrait à mesure que refluait la catastrophe nazie, à quel sort misérable était vouée la France ? Perdue de réputation, suspecte aux yeux des vainqueurs, menacée de guerre civile, convoitée par les staliniens, elle pouvait tout au plus espérer l’humiliante intégration à un ensemble flou, « gauleité » par Giraud, béni par Jean Monnet et chapeauté par les Américains.
Enfin De Gaulle revint, avec son fichu caractère, qui est aussi la marque des hommes d’Etat au milieu des politiciens nains. Car il en fallait, du caractère, pour faire croire simultanément aux Etatsuniens que la France avait les moyens de son indépendance, et aux communistes que, grâce au parapluie américain, le pays était à l’abri d’un coup de force !

Et pour décoloniser l’Afrique noire et surtout l’Algérie, sans souci apparent de la douleur des rapatriés ni du sort des harkis, maltraités ici, massacrés là-bas ?

Mais « On ne gouverne pas innocemment », comme disait Saint-Just… A moins que vous ne préfériez Péguy : « Ils ont les mains propres mais ils n’ont pas de mains. »

De Gaulle, c’est un drame antique et chrétien à la fois. Un récit qui naît avec le baptême de Clovis, irrigue la chevalerie, transcende la République, s’incarne dans la Résistance – et prend fin avec lui. Il a soulevé la France et étonné le monde par sa vision, son charisme et ses mots. De Gaulle c’est Merlin, plus l’électricité (nucléaire).

Au risque de passer pour un illuminé, laissez-moi, en guise de conclusion vous livrer une confidence : un matin que je me trouvais dans une clairière isolée, non loin de la croix de Lorraine, je vis nettement surgir de la brume froide le spectre du Général ! Il croisa ma route sans me voir. Plus curieux qu’effrayé, j’osai l’interpeller : « Mon Général, que vous inspirent la Marseillaise huée, le démantèlement de la République, la crise mondiale, la fonte des glaciers et la prochaine comparution d’Éric Zemmour devant la Cour raciale, euh, martiale pour atteinte au moral multiculturel de la Nation ? »

Déjà, je ne le distinguais plus qu’à peine, lorsque sa voix sourde roula jusqu’à moi : « Pour la Résistance, voyez les lapins ! »

L'Après de Gaulle: Notes confidentielles (1969-1989)

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Soutien total à Mountazer al-Zaïdi

88

Total respect. Comme le monde entier, j’ai été scotché par le jet de chaussures de Mountazer al-Zaïdi. Du courage, de la classe, du sens : que demander de plus à un homme ? Un homme qui n’a pas hésité à risquer sa vie, non pas pour zigouiller banalement du mécréant, façon bombe humaine d’autobus, mais pour signifier son mépris. Il y a du soufflet gascon dans ce travail d’arabe, nos idées progressent, les enfants.

En projetant ses godasses sur l’homme le plus puissant de la planète, Mountazer al-Zaïdi a donc réussi là où des milliers de tueurs djihadistes abrutis avaient échoué : rendre sympathique à la planète entière le juste refus irakien de l’occupation américaine. On notera que cette situation, scandaleuse, n’était guère plus brillante du temps où l’Irak était occupé par les Irakiens : si c’était sur Saddam Hussein que Mountazer avait envoyé ses souliers, j’ai tendance à croire que ce dernier aurait réagi avec moins d’humour que George W.. Et qu’à l’heure qu’il est, notre vaillant confrère serait déjà mort et enterré, non sans avoir auparavant été dûment énucléé, émasculé et éviscéré par les spécialistes en relations humaines du Raïs. Néanmoins, on pensera aussi à remuer nos miches pour tirer ce chouette garçon des griffes de ses tortionnaires du moment. Notre superman national serait bien avisé de lui offrir l’asile politique en France. Si ce jet de souliers n’est pas politique, alors il faudra m’expliquer…

Je reviens sur le sens. Que la portée du geste n’ait échappé à personne, y compris pour ceux qui de Sidney à Trinidad ont entrevu les images sans le moindre commentaire, c’est déjà un exploit, mais ça Ben Laden l’avait déjà fait, et en mieux. Quant à l’arme du crime, c’est une autre paire, non pas de manches, mais de souliers. Les souliers qu’on ôte, parce qu’ontologiquement impurs, au seuil de la mosquée, certes. Mais surtout, dans la mémoire collective arabe, les chaussures renvoient aux mille défaites des glorieuses armées musulmanes, aux images enrageantes de prisonniers moustachus et déchaussés, et plus spécialement aux monceaux de rangers abandonnées dans le Sinaï en 1967 par les troupes d’élite nassériennes. Or par ce geste-là, ce seul geste-là, on est passé d’un seul coup d’un seul, de la rancœur ressassée, de la rumination régressive et du déni autodestructeur à la moquerie libératrice, au grand rire nietzschéen. Je serais israélien, je serais content de négocier avec des gens dans l’œil desquels je vois un peu de malice, un peu de défi, voire un peu de morgue, et plus seulement de la souffrance et de la haine…

Je l’ai déjà écrit ici, le plus détestable chez Oussama Ben Laden, c’est sa modernité. Sa formation universitaire de business engineering. Ce mass murderer rationnel et pragmatique se meut comme un poisson dans l’eau glacée du calcul égoïste, comme disait l’autre. Avec Mountazer al-Zaïdi, changement radical de la donne. Je ne sais pas si Al-Zaïdi a lu Retz ou Baudrillard. Je ne sais même pas s’il mesure la portée épistémologique de son propre geste. Mais il est bien évident que d’autres le feront pour lui. Qu’ils sauront mesurer le bond théorique entre destruction et déconstruction. Ils verront que la tentative de destruction à la Ben Laden renforce in fine l’ennemi supposé : les Twins seront reconstruites, et en mieux. En revanche on n’effacera pas comme ça les traces de la déconstruction moqueuse du mythe américain perpétrée par deux souliers voletant vers le président Bush. Mountazer a instillé le virus de la critique postmoderne dans l’Islam. C’est assurément la meilleure nouvelle de l’année.

Voilà pour les bonnes nouvelles. Passons maintenant aux moins joyeuses. Le problème, c’est que comme d’hab, pour marquer le coup, les Arabes vont se contenter de descendre dans la rue avec des grands portraits de Mountazer et de brûler quelques drapeaux américains ou israéliens. Et qu’ils resteront donc dans leur merde noire pour n’avoir pas compris que la seule chose à faire, ce n’est pas de le sanctifier, mais de l’imiter. De glisser leur pas dans ceux de ses pieds nus.

En écrivant ces lignes, je pense aux 25 millions d’habitants de ma ville natale, Le Caire, qui tous, j’en suis sûr, révèrent Mountazer, mais ne voient pas l’occasion extraordinaire qu’il leur a donné de sortir de leur enfer, de leur cauchemar même pas climatisé.

Amis cairotes, ôtez tous vos babouches, et jetez-les à la tête de vos flics ripoux, de vos fonctionnaires sangsues, de vos dirigeants nauséeux et fanfarons qui vous ridiculisent dans le monde entier.

Amis pédés du Caire, persécutés, déshonorés, violés dans des geôles insanes et en plus oubliés par Act Up et tous les faux-culs altergays du monde libre, déchaussez-vous et balancez vos mocassins à la face des ulémas tartuffes.

Allez vous rouler des pelles goulues sur les sofas de la pâtisserie Groppi et sur les pelouses de l’Université islamique Al Azhar !

Amies princesses d’Héliopolis jetez vos escarpins Sergio Rossi à la tronche de vos salopards de frères, d’oncles et de pères ! Autodafez vos hidjabs et vos jupes-culottes et descendez en string dans la rue ! Montrez vos corps de déesses, mes sœurs, et faites bander la rue arabe ! Que les muslims du monde entier bandent comme des Turcs ! Montrez-vos fesses pommelées et vos seins denses au peuple pour qu’il comprenne enfin qu’il n’a rien à perdre, et tout à gagner. C’est ainsi que commencent les révolutions.

Réformes des lycées : Ubu contre Lyssenko

7

Philippe Meirieu, Danube de la pensée pédagogiste, a réussi un nouvel exploit : rendre Xavier Darcos sympathique. Non content d’avoir décérébré des générations de jeunes enseignants grâce aux délires des Lyssenko des IUFM qui n’ont plus vu un élève depuis les débuts du second mandat Mitterrand, Meirieu déclare dans Le Monde : « Cette réforme n’était pas prête. » Effectivement. Darcos, comme Ubu, se contentait d’envoyer à la trappe l’enseignement de disciplines existantes comme le Grec ancien ou l’économie. Meirieu, lui, est au contraire l’inventeur d’une discipline qui n’existait pas et qui n’existe toujours pas malgré les circulaires officielles : les sciences de l’éducation.

Corbeaux et Colombe

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Tapis derrière leur anonymat, de courageux justiciers se sont assigné une noble tâche : faire virer Colombe Schneck de France Inter. Vous voyez le truc, intérêt général, salubrité publique et tout le bazar. Nos conspirateurs ont établi leur QG sur Facebook sous l’enseigne sobre et de bon goût d’une Ligue pour l’abolition de Colombe Schneck – j’ai tenté d’aller y voir mais c’est très compliqué d’aller sur Facebook et, en plus, c’est un peu vexant, depuis que ce machin a remplacé le bistrot, seules 4 personnes ont demandé à être mes amies. On se croirait à l’école maternelle : « Non, tu n’es plus mon amie, mes nouveaux meilleurs amis sont Kangoo et Laguna. » On appelle ça un « réseau social ». En clair, c’est la planque idéale pour fomenter un mauvais coup sans prendre de risque.

« Zappez Colombe », c’est avec ce titre alléchant que les conjurés recrutent par courrier électronique. Il y a urgence, vous pensez. Il y va de la dignité des citoyens. Dans l’ensemble de la bouillie qui s’écoule à grands jets sur les écrans et sur les ondes, parmi tous les programmes concoctés pour rendre nos cerveaux disponibles, il en est un « plus laid, plus méchant, plus immonde », c’est l’émission « J’ai mes sources » de France Inter, animée par Colombe Schneck et diffusée tous les jours de 9 h 30 à 10 heures. Pour les oreilles affutées de nos résistants des ondes, c’est un supplice. Imaginez que récemment, elle a parlé de « l’agence Zenith Média… non Zenith Optimédia » – impardonnable. Pire encore, elle a présenté « le communicant Thierry Saussèze… non Saussé ». C’en est trop. Chaque citoyen responsable est donc invité à apporter « le petit ruisseau d’approximations, erreurs, impropriétés… qu’il aura relevées au fleuve de l’incompétence de la chère Colombe ». Allez, les corbeaux, à vos claviers.

Certains se demandent sans doute quelle mouche me pique. Précisons que Colombe Schneck n’est pas une copine. Pour ne rien vous cacher, moi, je l’aurais bien prise, sa quotidienne, vu qu’elle est arrivée sur Inter au moment où j’étais débarquée de Culture – et avant d’apprendre sa nomination, je l’ai susurré à l’oreille de Frédéric Schlesinger. Sans succès. Elle m’a invitée deux fois, la première face à David Kessler, ce qui était plutôt gonflé et le débat fut assez sportif. La deuxième fois, venue parler de livre que j’ai écrit avec Philippe Cohen Notre métier est mal parti (le titre résume assez bien la thèse), je suis tombée dans un véritable traquenard – qu’elle n’avait pas organisé. Elle a semblé encore plus surprise que moi de voir Sylvain Bourmeau, qu’elle semble tenir pour un garçon civilisé, se transformer en moulin à éructations et imprécations, dont il ressortait que j’étais coupable de toutes les turpitudes de Jean-François Kahn et Franz-Olivier Giesbert réunis. Je n’ai qu’un véritable grief à l’encontre de Colombe Schneck : elle croit qu’il existe seulement trois sites Internet en France (devinez lesquels !).

On a le droit de juger que « J’ai mes sources » n’est pas la meilleure émission du PAF. Moi, je ne l’aurais pas faite comme elle. Quand il est question de médias, on aimerait un peu plus de vitriol et un peu moins de sirop, un peu plus de jugement et un peu moins de promo. Le côté « ingénue » de mademoiselle Schneck m’agace souvent, son numéro d’élève dissipée avec l’instit’ Demorand m’ennuie vite. Son rire de petite fille me fait sursauter. Il lui arrive de parler avant de réfléchir, donc de proférer des absurdités, comme lorsqu’elle demande à Jean-Marie Cavada, 68 ans, s’il est intéressé par la direction de France Télé. On a l’impression qu’elle en rajoute dans la naïveté et puis non, elle est vraiment naïve. C’est son charme. Et il lui arrive souvent d’être courageuse. En tout cas, dans le chœur de la fausse critique qui se déploie à travers de multiples émissions de prétendu décryptage des médias, « J’ai mes sources » tient honorablement son rang.

On me dira qu’après avoir tempêté tant et plus pour qu’il soit permis de critiquer les médias, il serait déraisonnable de prétendre soustraire les critiques à la critique. Sauf qu’il ne s’agit pas ici de critique mais d’une campagne anonyme de démolition – assortie, qui plus est, d’une demande de licenciement. « Il faut virer Colombe », ça c’est une revendication. On est élégant ou on ne l’est pas. De vrais menschs, je vous dis. J’ai toujours été sidérée par la facilité avec laquelle des gens souhaitent votre mort sociale au motif que vous ne pensez pas comme eux. Ils ne font pas rouler les têtes, ils se débrouillent pour qu’on vous coupe les vivres. Je les imagine écoutant chaque matin l’émission dans l’espoir d’y pêcher un bafouillage ou une maladresse dont ils pourront rire avec les autres insurgés. Car sous couvert de débusquer « l’incompétence », cette guéguerre de lâches n’a certainement pas d’autre motif que le ressentiment et autres passions tristes. Pas grand-chose à ajouter à ça. Ou plutôt si : viens le dire ici, si t’es un homme.