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Nouveau, le NPA ?

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Un de mes voisins, philosophe autodidacte et rural, consacre les longues soirées de l’hiver montagnard à fignoler un système d’explication du monde où serait démontrée l’utilité de chaque créature, même la plus minuscule, même celle que les hommes considèrent, à tort, comme nuisible. Il trouve réponse à presque toutes les objections que je lui oppose : le moustique ? Le combattre pour vaincre la malaria a fait avancer la science. Ok. La guêpe ? Sans elle, de quelle métaphore disposerait-on pour glorifier la finesse de la taille de nos jeunes compagnes ? Mais il est un problème que mon ami n’est pas parvenu à résoudre, celui du taon, Tabanus sp., insecte suceur de sang qui harcèle les troupeaux sur l’alpage en été. Cette grosse mouche pataude, aux yeux plus gros que la tête s’attaque également aux randonneurs, particulièrement lorsque le temps est orageux. Nul zonzonnement ne signale son approche et, une fois son forfait accompli, il se laisse bêtement écraser par celui qu’il a agressé, laissant sur le visage du promeneur une trace faite de chair noirâtre mêlée de sang frais. A quoi peut bien servir le taon, sinon à rappeler qu’il existe un absolu dans le nuisible ?

Ayant côtoyé, au cours des cinq dernières décennies des trotskistes de toutes obédiences dans les fonctions les plus variées, je me suis souvent posé à leur sujet le problème du taon. Non pas, bien sûr, à propos de la présence au monde de chacun de ces individus en particulier : j’ai connu des trotskistes charmants, intelligents, pleins d’humour et généreux, dignes de respect et même d’admiration. Mais l’observation de leur comportement collectif, dans leurs « orgas » ou au service de ces dernières dans le monde extérieur, incite à se demander pourquoi la France a le triste privilège d’abriter les derniers disciples de Lev Davidovitch.

A quoi servent donc les trotskistes au 21e siècle, une fois accompli leur rôle historique d’avoir été la mauvaise conscience « de gauche » du stalinisme au moment où ce dernier triomphait sur un tiers de la planète ? A maintenir, contre vents et marées, l’idée d’un grand soir où la classe ouvrière triomphante délogera du pouvoir, à l’échelle mondiale, les capitalistes et leurs valets ? A donner une religion à ceux qui refusent les produits classiques du marché des croyances ? A perpétuer dans une frange de la populations l’exercice masochiste – mais ô combien rédempteur ! – des réunions sans fin et des distributions de tracts dans les petits matins blêmes ?

Lorsque l’on met en avant un programme et des revendications (interdiction des licenciements, échelle mobile des salaires, augmentation astronomique du Smic) dont on sait qu’ils sont parfaitement incompatibles avec le fonctionnement de l’économie et de nature à fermer la porte à une alliance avec la gauche réformiste, on se comporte comme le taon des alpages : on affole les troupeaux pour le simple plaisir du harcèlement mené en bande.

Lorsque l’on se prévaut d’être dans le bon mouvement de l’Histoire et que l’un des plus brillants théoriciens de la IVe internationale, Ernest Mandel, salue le soulèvement des Allemands de l’est en novembre 1989 comme le « retour de Rosa Luxemburg », de qui se moque-t-on ? Et lorsque l’on a le culot, après ça, de se justifier en citant Lénine, selon lequel « l’Histoire avance parfois par son mauvais côté », n’est-on pas en droit de demander s’ils galèjent ou s’il sont sérieux ? Question inutile, d’ailleurs, car rien n’est plus dénué d’humour qu’une assemblée de trotskistes.

Mais, objectera-t-on, ne peut-on pas reconnaître, même sans l’approuver, un certain idéalisme altruiste dans cette énergie militante mise au service d’un projet émancipateur des opprimés à l’échelle mondiale ? A cela répondons d’abord que la vénération portée par les trotskistes d’hier et d’aujourd’hui à Lev Davidovitch, massacreur des marins de Cronstadt, au dictateur tropical Fidel Castro, à la triade populiste, clientéliste et indigéniste sud-américaine Chavez-Moralès-Correa confirme le titre d’un de leurs ouvrages de chevet : leur morale n’est pas la nôtre.

Ensuite, nonobstant le fait que les recettes collectivistes ont totalement échoué dans tous les pays, développés ou non, qui ont tenté de les mettre en œuvre, ils n’hésitent pas à les repeindre de couleurs plus attrayantes pour les reproposer aux gogos, en Occident comme dans le Tiers-monde. Cela s’appelle l’altermondialisme, sous-produit politique de la mauvaise conscience de l’homme blanc. Pendant ce temps-là, « l’Histoire avance par son mauvais côté » en Chine, en Inde et au Brésil…

A la réflexion pourtant, je vois une certaine utilité au remplacement de la LCR par un parti « de masse » au sigle rappelant une émission-culte de télé des années 1980. Ils auront tendance à garder chez eux ceux qu’ils envoyaient dans d’autres organisations à fins de noyautage. Ça nous fera des vacances.

Crise à Davos

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davos2009

A Davos, réunis en pleine crise, les dirigeants économiques mondiaux ont tous dénoncé le protectionnisme. Mais pas que ça. Retrouvez les impubliables de Babouse sur son Carnet.

L’interviewer interviewé

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Cette semaine Parlons Net reçoit David Pujadas. Il présente le « 20 heures » depuis 7 ans, il vient de publier un livre très pédagogique sur la fabrique de l’information et son parcours de journaliste : Vous subissez des pressions ? Au lendemain de l’interview radio-télévisée de Nicolas Sarkozy à laquelle il a participé et au surlendemain de l’interview de Bernard Kouchner qu’il a menée mercredi soir, David Pujadas revient sur les coulisses de ces entretiens, sur son livre, sur l’état de l’audiovisuel public et le métier de journaliste avec en toile de fond la révolution d’internet et les états généraux de la presse. David Pujadas est interrogé par Hubert Artus de Rue89, Elisabeth Lévy de Causeur.fr et Samuel Potier du Figaro.fr. L’émission est animée par David Abiker. Voir l’émission.

Vous subissez des pressions ? Dans les coulisses du 20 heures

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Rassurer pour sortir de la crise

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La crise est aussi, et peut-être surtout aujourd’hui, une crise de la demande. Si celle-ci ne retrouve pas un plancher d’ici quelques mois, l’économie risque de sombrer dans une spirale déflationniste – chute de la consommation, baisse des prix, faillites, chômage croissant.

Or, dans un premier temps, le gouvernement a préféré miser sur des investissements massifs pour sortir de la crise par le haut. Le problème est que les effets positifs des milliards d’euros débloqués pour les équipements de défense, les infrastructures routières, fluviales et ferroviaires, la réalisation du canal Seine Nord Europe et la construction de quatre lignes de TGV (projets phares annoncés par le président de la République dans son discours de Douai) ne se feront sentir que dans plusieurs mois voire quelques années. Avant que ces intentions ne deviennent des emplois, il faudra passer des marchés publics, monter des dossiers, obtenir des autorisations, faire face à des oppositions. En somme, pour sortir de la crise, il ne suffit pas que l’Etat commande des TGV, il faut que les gens achètent des DVD.

Le plan de relance gouvernemental ne constitue donc pas une réponse adaptée au scénario déflationniste qui pourrait se déployer à grande allure – rappelez-vous le tsunami financier, avant d’être mouillé, tout le monde était déjà noyé.

Le cauchemar déflationniste s’explique autant sinon plus par des facteurs psychologiques que par un problème de pouvoir d’achat. Quelqu’un qui émarge à 2 000 € par mois mais qui a l’assurance de conserver son emploi dépense plus facilement que celui dont le salaire s’élève à 2 500 € mais qui craint de perdre son boulot. Mais ceux qui ont peur – et ont de bonnes raisons pour cela – ne sont pas les seuls à contribuer à l’atonie de la demande. Les marchés sont aussi désertés par ceux qui pensent payer moins demain. Bref, les perdants de la crise et ceux qui espèrent en sortir gagnants contribuent également à la nourrir.

Les Français, nous dit-on tous les jours, ont peur de l’avenir. Précaires ou employés dans des secteurs particulièrement menacés de l’économie, ils sont nombreux à réduire leurs dépenses et à augmenter leur épargne pour anticiper un avenir incertain. D’autres, moins chanceux, ont déjà perdu leur travail. Avec des revenus en baisse et une visibilité très réduite concernant leurs futures ressources, pas question pour eux d’engager des dépenses inutiles, même s’ils ont touché des indemnités de licenciement.

Ces situations ont des conséquences en cascade. Qu’il s’agisse du commerce de proximité qui en pâtit ou des retraités obligés d’entretenir même partiellement leurs enfants et/ou petits-enfants directement frappés, de plus en plus de Français auront de moins en moins d’argent à dépenser.

Mais il existe aussi une autre catégorie de Français qui ne craignent pas la crise et espèrent même en profiter personnellement. Ni leurs emplois, ni leurs revenus ne sont menacés – du moins le croient-ils – mais ils préfèrent attendre, pour acheter une voiture, une machine à laver ou un appartement que les prix baissent. Qui, sauf en cas de nécessité absolue, changera de voiture quand d’un côté le marché de l’occasion est en chute libre (baisse de 16 % du nombre de transactions en janvier) et que de l’autre le prix des voitures neuves ainsi que les taux d’intérêt sont en baisse ?

En d’autres termes, ceux dont le pouvoir d’achat a diminué ou va diminuer et ceux dont le pouvoir d’achat va croître ont d’excellentes raisons de diminuer leur consommation. L’effet conjugué des comportements de ces deux groupes risque de pousser l’économie française sur la pente déflationniste.

Le gouvernement doit donc répondre à une double-urgence : rassurer le plus grand nombre d’une part, éviter une spirale de baisse des prix non contrôlée poussant les autres à l’attentisme. Et il faut faire vite : si l’état d’esprit des uns et des autres ne change pas avant l’été, le choc déflationniste est plus que probable.

La manière la plus efficace de rassurer les Français serait d’appliquer à la question de l’emploi la même logique que celle qui a guidé l’action gouvernementale dans la crise financière : de même qu’elle a endossé des dettes privées, la collectivité doit maintenant payer les travailleurs que la baisse de la demande rend – provisoirement – superflus. Concrètement, cela signifie payer des indemnités de chômage plus importantes plus longtemps et élargir le cercle des bénéficiaires.

Les entreprises qui voient leurs carnets de commandes rétrécir doivent réduire leurs coûts et beaucoup seront obligées d’en passer par des licenciements. Le temps de sortir de la crise, ces employés doivent passer sous la responsabilité de l’Etat. L’intervention du chef de l’Etat laisse penser qu’il a décidé d’emprunter ce chemin mais sans s’y engager franchement. Quelques mesures en faveur des jeunes et des CDDistes ne feront pas l’affaire.

En revanche l’idée de lier subordonner les aides publiques à des engagements de non-licenciements est purement démagogique. Difficile voire impossible à appliquer, cette mesure créerait des effets pervers pires encore que les phénomènes qu’elle est supposée combattre et surtout elle risque de ralentir la sortie de crise.

On pourrait analyser dans le détail chacune des mesures envisagée ou annoncée par le président de la République. Mais l’essentiel est ailleurs : le nerf de cette guerre-là, on l’aura compris, est la confiance bien plus que le cash. Les acteurs économiques sont brutalement passés d’une sous-estimation des risques à leur surestimation. Quoi qu’en disent les commentateurs prompts à décréter que Sarkozy a été « nul », il est trop tôt pour savoir si le verbe présidentiel a ramené un peu de sérénité dans l’esprit des Français. Sans confiance, la logique foncièrement égoïste du comportement économique condamne les marchés – comme sur le champ de bataille, quand la peur gagne les esprits, le « chacun pour soi » entraîne la défaite pour tous. Bref, l’important n’est pas de savoir s’il faut supprimer la taxe professionnelle ou réduire la TVA, mais de faire en sorte que les Français retrouvent la foi en l’avenir et le goût du présent. Et ça, ça ne se décrète pas.

BHL, le péan de Dahan

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France 5 programmait hier soir un magnifique documentaire, signé Eric Dahan et consacré à Bernard-Henri Lévy. Cinquante-deux minutes de pur bonheur et de joie vraie passées à regarder BHL dans son bureau à Paris, BHL dans son riad à Marrakech, BHL à New York, BHL de retour à Paris… Il ne manquait plus que les images de BHL jouant dans son bain avec un canard qui fait coin-coin pour parfaire ce chef d’œuvre télévisé, que des langues mauvaises et jalouses pourraient avoir l’heur de qualifier d’hagiographique. Mais c’est que nous ne pouvons, ô nous pauvres mortels moqueurs, comprendre la pensée saisissante de Monsieur L. Et il nous le dit d’ailleurs, conseillant à certains Français d’aller faire un tour aux Etats-Unis pour soigner leur racisme atavique : « Il faudrait les envoyer à Atlanta pour voir les progrès que les Américains ont accompli ces quarante dernières années ! » Sachant qu’Atlanta est l’une des rares villes américaines majoritairement composée de noirs, que la middle class et la upper class y sont largement afro-américaines et qu’elle incarne de ce fait le rêve noir américain, y a pas de mal… Décidément Bernard-Henri Lévy a un petit problème avec la Géorgie. Où qu’elle se trouve.

Mignonne allons voir si la Halde

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Payé avec vos impôts et accueilli avec les compliments d’usage par l’ensemble de la presse subventionnée (du Figaro à Libé, donc), l’inénarrable rapport commandé, avalisé par la Halde sur les discriminations n’en finit pas de faire du potin, et c’est très bien.

Si comme l’a pronostiqué l’édito du mensuel Causeur, Ça craque dans le camp du Bien, un jour viendra où les deux coupables de cette agressions textuelle[1. Puisque ces deux cuistres ont outé Ronsard, moi aussi je balance les noms : Pascal Tisserant, maître de conférence « en psychosociologie », et son étudiante Anne-Lorraine Wagner. On peut leur écrire à l’Université de Metz, qui transmettra vos compliments.], qui ont osé écrire : “Certains textes pourraient contenir des stéréotypes. Par exemple, en français, le poème de Ronsard Mignonne allons voir si la rose est étudié par tous les élèves. Toutefois, ce texte véhicule une image somme toute très négative des seniors », rendront le pognon et seront jugés pour recel de détournement de fonds publics, ou mieux, comme le propose mon vieux camarade Michel Renard, pour « crime contre les humanités ».

En attendant ces jours meilleurs, une remarque s’impose : pourquoi Ronsard ? Je veux dire, pourquoi cette fixation sur Ronsard, qui est loin d’être le seul à avoir émis l’hypothèse qu’on était plus baisable à vingt ans qu’à quatre-vingts ; pourquoi dans leur chasse au snark, nos deux gogols ont-ils vu dans la sénophobie la seule discrimination qui appelle d’après eux une mise à jour du corpus ? Pourquoi, hein pourquoi ? Soit ils ont eu les chocottes d’un procès, et dans ce cas avec Ronsard c’est bordé. Soit ils attendent une rallonge budgétaire de Tonton Schweitzer et de Tata Pécresse pour décliner ad nauseam la liste multimédias des ouvrages et auteurs à proscrire.

En cette période de crise, c’est donc avant tout dans le souci de ne pas aggraver la dépense publique que je me suis proposé de dénoncer, bénévolement, quelques ouvrages logiquement destinés à l’autodafé. Pour plus de clarté, nous procéderons discrimination par discrimination

Les personnes d’âge différent, tout d’abord, Ronsard est loin d’être le seul à les avoir diffamées. Que nous dit Jacques Brel dans Les Vieux ?

« Les vieux ne bougent plus, leurs gestes ont trop de rides, leur monde est trop petit
Du lit à la fenêtre, puis du lit au fauteuil et puis du lit au lit…
Et s’ils sortent encore bras dessus bras dessous tout habillés de raide
C’est pour suivre au soleil l’enterrement d’un plus vieux, l’enterrement d’une plus laide… »

On notera au passage une agression contre les personnes supposées laides. Un racisme peut en cacher un autre. Comme je parlais de ce scandale à Elisabeth, qui mieux que moi connaît la chanson, elle a attiré mon attention sur un autre intouchable made in France, Brassens, dont Les trompettes de la renommée tombe carrément sous le coup des lois en vigueur :

« Sonneraient-elles plus fort, ces divines trompettes,
Si, comme tout un chacun, j’étais un peu tapette,
Si je me déhanchais comme une demoiselle
Et prenais tout à coup des allures de gazelle ?
Mais je ne sache pas que ça profite à ces drôles
De jouer le jeu de l’amour en inversant les rôles,
Que ça confère à ma gloire une once de plus-value,
Le crime pédérastique, aujourd’hui, ne paie plus. »

Comme dirait le même, le temps ne fait rien à l’affaire, cinquante ans plus tard, on retrouve des horreurs similaires chez MC Jean Gab’1. Celui-ci, après avoir qualifié dans Paname Monsieur le maire de « Première tafiole de France », explique tranquillement dans Mes 2 Amours :

« Faut esquiver le Marais
Faute d’avoir mal à la raie. »

Dégueulasse, non ? D’ailleurs qui n’aime pas les gays n’aime pas les humains, et plus spécialement les humaines. La preuve par Baudelaire dans Fusées : « Nous aimons les femmes à proportion qu’elles nous sont plus étrangères. Aimer les femmes intelligentes est un plaisir de pédéraste. »

Flaubert ne vaut guère mieux : « Les cœurs des femmes sont comme ces petits meubles à secret, pleins de tiroirs emboîtés les uns dans les autres ; on se donne du mal, on se casse les ongles, et on trouve au fond quelque fleur desséchée, des brins de poussière – ou le vide. » (L’éducation sentimentale)

Le douloureux sujet des discriminations ethniques mériterait un rapport à lui tout seul : judéophobie chez Voltaire, négrophobie chez Hergé, jaunophobie chez Duras. Quant à l’islamophobie, elle s’est hélas insinuée partout, même chez les auteurs qu’on eut pu croire irréprochables, même dans le noyau dur de la doxa humaniste. C’est le cas par exemple de Jean Jaurès, dont le laxiste rapport de la Halde dit pourtant beaucoup de bien. Voilà un exemple de sa prose : « Quelle doit être notre ambition ? Que les Arabes et les kabyles, commandés par des officiers français, servent à la garde et à la police de l’Algérie, de telle sorte qu’une bonne partie de l’armée d’Afrique puisse, en cas de péril, aller à une autre frontière ; qu’ils entrent peu à peu dans nos mœurs politiques et participent à l’administration de rares affaires, enfin qu’ils deviennent le plus possible des producteurs. Mais si nous n’enseignons pas le français aux plus intelligents d’entre eux, comment pourrons-nous les subordonner à nos officiers ? » (Discours pour l’Alliance française, Albi, 1884, cité par Raoul Girardet : Le nationalisme français, Seuil, 1983.)

Accablant, non ? Franchement, alors que les rayons plaqués érable de nos Billy de chez Ikéa sont truffés de livres, cd et dvd pathogènes, quelqu’un peut-il me dire pourquoi la Halde, qui a montré la voie, s’est arrêtée au milieu du chemin ? On aurait espéré, pour le moins, une garantie de bonne fin. Et on n’ose pas écrire que c’est du travail d’arabe, de crainte de léser les blacks. La semaine prochaine, nous parlerons (en braille) des discriminations contre les aveugles, enfin, contre les minorités non-voyantes.

Y en aura pas pour tout le monde

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causeurboutique

Qui n’a pas son badge ? Lancés la semaine dernière sur le marché mondial, les badges Causeur ont trouvé preneurs et déjà fait de nombreux heureux dans les foyers français. La rédaction tout entière est émue à la lecture des remerciements touchants qu’elle reçoit. Ainsi M. Bernard K. (Paris) nous a adressé ce précieux témoignage : « Ces derniers mois, j’étais assez invisible. Mais depuis que je porte un badge Causeur on ne parle plus que de moi. » Le malheur, c’est qu’il n’y en aura pas pour tout le monde, puisqu’il ne reste plus que quelques séries limitées en vente. Vous n’êtes pas encore badgés ? Dépêchez-vous de vous rendre à la boutique !

Un péan pour Kouchner

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S’ils daignaient s’intéresser un jour à moi, je ferais à coup sûr la joie des sondeurs. Je n’ai pas encore tout à fait l’âge de faire une parfaite ménagère de plus de cinquante ans, mais je dois confesser que j’ai toujours tenu l’abbé Pierre pour un saint homme, Zidane pour un magicien du ballon rond et Bernard Kouchner pour le parangon de ce qu’est et doit être un homme politique français[1. En vrai je m’en tape du foot.].

Un brin primesautier, un rien imprécis, jamais trop efficace, mais renouvelant sans cesse son ardeur à séduire son monde comme s’il s’agissait d’une femme, il incarne l’une des grandes permanences françaises. C’est d’ailleurs ce que ses camarades du Parti socialiste ne lui ont, en réalité, jamais pardonné : l’homme n’est pas simplement un French Doctor, mais il est aussi – du moins dans l’imaginaire des Français qui le plébiscitent sans trop savoir qui il est, ni même s’en soucier – un French Lover, un French Kisser, l’homme que toutes les desparate housewiwes de France et de Navarre voudraient avoir comme amant, comme époux ou, dans le pire des cas, comme gendre.

Il y a, chez Kouchner, une certaine idée de la France. Pas la gaullienne, certes, trop ancrée dans l’antique gravité et le poids de l’histoire. Plutôt une idée de la France de l’Ancien régime qui passe, en se faisant petite, la Révolution, renaît sous l’Empire et ressuscite sous la Restauration. Il y a, chez lui, un peu du chevalier d’Eon, de Talleyrand et de Schulmeister réunis en un seul homme. Du don Salluste autant que du Ruy Blas : rien que de la contradiction. En somme, je ne sache pas que la France nous ait donné un homme d’Etat aussi farfelu depuis Malraux[1. Dès 1921, Malraux en fit un genre littéraire avec Lunes en papier, avant de l’ériger en style de vie.].

Et la politique de la France, c’est avant tout cela : l’option farfelue.

Bien entendu, qu’il se présente aujourd’hui quelques opiniâtres représentants de la France moisie des notaires et de leurs clercs pour accabler sous des monceaux d’injures le plus farfelu de nos hommes politiques n’a assurément pas de quoi nous réjouir. De plus, que ce soit Arnaud Montebourg qui sonne la charge devrait nous inviter à la méfiance la plus extrême. Donner de petits coups de pieds convulsifs sur un homme déjà à terre peut procurer de menus plaisirs, non pas constituer une politique. Le député de Saône-et-Loire, bon apôtre de toutes les ligues de vertu, n’a pas de mots assez durs pour jeter l’opprobre sur celui qu’hier encore il vénérait en camarade : « Si Bernard Kouchner a encore un honneur, il doit enfin s’expliquer sérieusement devant l’opinion publique… Les importantes révélations relatives aux multiples conflits d’intérêt et aux affaires d’argent dans lesquels se débat le ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, constituent pour le moins de graves infractions à la morale publique. »

Dieu soit loué qu’en 1981 Arnaud Montebourg fût encore lycéen et que Robert Badinter opérât au ministère de la Justice : un avocat de la trempe du député de Saône-et-Loire (qui aura tant fait pour la démocratie française et le comptage des voix) n’aurait pas aboli la peine de mort, il l’aurait agrémentée de supplices chinois, divers et variés, mais d’un ressort toujours constant : la morgue hautaine et froide à exécuter la basse besogne.

Car c’est bien là le fond de l’affaire : on peut aimer ou haïr Bernard Kouchner, vénérer ou détester les milliers de conneries que quarante ans de vie publique lui auront fait proférer, mais c’est sur le terrain politique qu’il faut porter le fer. Pas ailleurs. Bien sûr, la moraline injectée à haute dose dans le corps politique français depuis qu’il a été établi que les hommes publics valaient moins que les filles du même nom égare bien des esprits. Mais au fond, le pognon de Kouchner, on s’en balance. Qu’il se soit fait 800 000 euros serait même assez décevant et, pour tout dire, gagne-petit pour un consultant de sa trempe. Ce qui importe, c’est que Kouchner reste Kouchner : le représentant d’une bonne conscience internationale qui serait beaucoup moins drôle de dénoncer s’il n’existait pas.

Et puis, last but not least, quand sonne l’hallali, chacun serait bien inspiré d’aller manger son quignon dans un coin. Non pas que l’odeur de la chair humaine révulse – personnellement je n’y ai jamais goûté. Mais une vieille prévention devrait nous dissuader de bouffer notre semblable dès qu’il se présente à nous. On naît cannibale ou pas.

Le monde selon K.

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Vatican 2.0

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Benoît XVI qu’on croyait archéo, serait-il spécialiste de la bulle médiatique ? Que n’a-t-il fait en levant l’excommunication qui pesait sur les évêques ordonnés par Mgr Lefèbvre ! Incarnations absolues du Mal, au même titre que les Gremlins ou Freddy Krueger, ces quatre guérilleros mitrés et crossés semblaient bien décidés à ne jamais franchir le Rubicon séparant Econe de Rome, tant que l’Eglise n’accepterait pas de remettre la télé en noir et blanc. Honnis par certains, vénérés par d’autres, ces prélats à la nuque raide finissent par se demander s’ils ne sont pas en train de gagner leur combat pour « La Tradition » et tous les autres mots qu’ils écrivent avec une majuscule. En une petite semaine, Williamson est passé du néant à la couv’ de Libé. Un peu de patience et on le verra chez Drucker.

En attendant, dans les médias et plus spécialement sur le net, c’est baston générale. Chacun y va de sa petite opinion sur l’œcuménisme, la réforme liturgique, l’autorité du Magistère, ou encore la longueur du manipule. Les intégristes de la Loi de 1905 ne sont pas les derniers à se lancer dans la bataille. Sans peur et sans reproche, ils se drapent de laïcité, évoquent Voltaire qu’ils n’ont pas lu, prophétisent à l’envi un retour à l’obscurantisme, et finissent par se lasser eux-mêmes de leur bêtise. Enfin, pas toujours, malheureusement…

Bien sûr, la fête ne serait pas complète sans les vaillants défenseurs de la Vraie Foi Catholique de Toujours (bien penser aux majuscules !). Refusant encore de sortir leurs cerveaux du congélo dans lequel ils les ont rangés après Vatican II, ils brandissent quelques bribes de bulles papales moyenâgeuses comme autant de fatwas. De « la communication des idiomes » à « l’apocatastase », ces scholars en scolastique agitent quelques grigris conceptuels mal digérés, nuages de poudre jetés aux yeux des boy-scouts qui les admirent. Et dans cette mouvance traditionaliste, les Pidistes[1. Fidèles de la mouvance lefèbvriste (Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X).] passeraient presque pour des timorés, à côté de leurs camarades sédévacantistes, qui, eux, en plus de prétendre que la « secte conciliaire » (comprenez « l’Eglise Catholique ») est contrôlée par le lobby luthéro-trotsko-judéo-maçonnique, ajoutent que le contrat de travail de Joseph Ratzinger n’est pas valide. Manquerait plus qu’ils en appellent à l’Inspection du Travail !

Bref, j’ai comme l’impression que le pape Benoît XVI aurait fait couler moins d’encre s’il s’était fait surprendre dans une discothèque d’Ibiza devant un rail de coke.

Les Playmobil en deuil. Bien fait pour eux

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L’inventeur des Playmobil est mort à l’âge de 79 ans. Il s’appelait Hans Beck, était allemand et a eu, hélas, le temps d’en commercialiser plus de deux milliards depuis 1974, date de la mise sur le marché de la première figurine. Rappelons que les Playmobil, hauts de 7,5 centimètres, ont un éternel sourire plaqué sur le visage, une différenciation sexuelle approximative et des mouvements limités à la possibilité de courber l’échine. On a beau les avoir déguisés en peaux-rouges, en chevaliers ou en cosmonautes, (une série Gay Pride était en préparation), il n’en demeure pas moins qu’ils sont les principaux agents d’un vaste plan de soumission des enfants aux exigences des démocraties de marché. Leur apparition, comme par hasard, date du premier choc pétrolier, qui allait bouleverser les rapports de production. Muets, béats, flexibles, soumis, les Playmobil symbolisent à merveille le rêve patronal d’une main-d’œuvre qui a enfin perdu sa conscience de classe. Ils vont, malheureusement, survivre à leur créateur.

Nouveau, le NPA ?

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Un de mes voisins, philosophe autodidacte et rural, consacre les longues soirées de l’hiver montagnard à fignoler un système d’explication du monde où serait démontrée l’utilité de chaque créature, même la plus minuscule, même celle que les hommes considèrent, à tort, comme nuisible. Il trouve réponse à presque toutes les objections que je lui oppose : le moustique ? Le combattre pour vaincre la malaria a fait avancer la science. Ok. La guêpe ? Sans elle, de quelle métaphore disposerait-on pour glorifier la finesse de la taille de nos jeunes compagnes ? Mais il est un problème que mon ami n’est pas parvenu à résoudre, celui du taon, Tabanus sp., insecte suceur de sang qui harcèle les troupeaux sur l’alpage en été. Cette grosse mouche pataude, aux yeux plus gros que la tête s’attaque également aux randonneurs, particulièrement lorsque le temps est orageux. Nul zonzonnement ne signale son approche et, une fois son forfait accompli, il se laisse bêtement écraser par celui qu’il a agressé, laissant sur le visage du promeneur une trace faite de chair noirâtre mêlée de sang frais. A quoi peut bien servir le taon, sinon à rappeler qu’il existe un absolu dans le nuisible ?

Ayant côtoyé, au cours des cinq dernières décennies des trotskistes de toutes obédiences dans les fonctions les plus variées, je me suis souvent posé à leur sujet le problème du taon. Non pas, bien sûr, à propos de la présence au monde de chacun de ces individus en particulier : j’ai connu des trotskistes charmants, intelligents, pleins d’humour et généreux, dignes de respect et même d’admiration. Mais l’observation de leur comportement collectif, dans leurs « orgas » ou au service de ces dernières dans le monde extérieur, incite à se demander pourquoi la France a le triste privilège d’abriter les derniers disciples de Lev Davidovitch.

A quoi servent donc les trotskistes au 21e siècle, une fois accompli leur rôle historique d’avoir été la mauvaise conscience « de gauche » du stalinisme au moment où ce dernier triomphait sur un tiers de la planète ? A maintenir, contre vents et marées, l’idée d’un grand soir où la classe ouvrière triomphante délogera du pouvoir, à l’échelle mondiale, les capitalistes et leurs valets ? A donner une religion à ceux qui refusent les produits classiques du marché des croyances ? A perpétuer dans une frange de la populations l’exercice masochiste – mais ô combien rédempteur ! – des réunions sans fin et des distributions de tracts dans les petits matins blêmes ?

Lorsque l’on met en avant un programme et des revendications (interdiction des licenciements, échelle mobile des salaires, augmentation astronomique du Smic) dont on sait qu’ils sont parfaitement incompatibles avec le fonctionnement de l’économie et de nature à fermer la porte à une alliance avec la gauche réformiste, on se comporte comme le taon des alpages : on affole les troupeaux pour le simple plaisir du harcèlement mené en bande.

Lorsque l’on se prévaut d’être dans le bon mouvement de l’Histoire et que l’un des plus brillants théoriciens de la IVe internationale, Ernest Mandel, salue le soulèvement des Allemands de l’est en novembre 1989 comme le « retour de Rosa Luxemburg », de qui se moque-t-on ? Et lorsque l’on a le culot, après ça, de se justifier en citant Lénine, selon lequel « l’Histoire avance parfois par son mauvais côté », n’est-on pas en droit de demander s’ils galèjent ou s’il sont sérieux ? Question inutile, d’ailleurs, car rien n’est plus dénué d’humour qu’une assemblée de trotskistes.

Mais, objectera-t-on, ne peut-on pas reconnaître, même sans l’approuver, un certain idéalisme altruiste dans cette énergie militante mise au service d’un projet émancipateur des opprimés à l’échelle mondiale ? A cela répondons d’abord que la vénération portée par les trotskistes d’hier et d’aujourd’hui à Lev Davidovitch, massacreur des marins de Cronstadt, au dictateur tropical Fidel Castro, à la triade populiste, clientéliste et indigéniste sud-américaine Chavez-Moralès-Correa confirme le titre d’un de leurs ouvrages de chevet : leur morale n’est pas la nôtre.

Ensuite, nonobstant le fait que les recettes collectivistes ont totalement échoué dans tous les pays, développés ou non, qui ont tenté de les mettre en œuvre, ils n’hésitent pas à les repeindre de couleurs plus attrayantes pour les reproposer aux gogos, en Occident comme dans le Tiers-monde. Cela s’appelle l’altermondialisme, sous-produit politique de la mauvaise conscience de l’homme blanc. Pendant ce temps-là, « l’Histoire avance par son mauvais côté » en Chine, en Inde et au Brésil…

A la réflexion pourtant, je vois une certaine utilité au remplacement de la LCR par un parti « de masse » au sigle rappelant une émission-culte de télé des années 1980. Ils auront tendance à garder chez eux ceux qu’ils envoyaient dans d’autres organisations à fins de noyautage. Ça nous fera des vacances.

Crise à Davos

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davos2009

A Davos, réunis en pleine crise, les dirigeants économiques mondiaux ont tous dénoncé le protectionnisme. Mais pas que ça. Retrouvez les impubliables de Babouse sur son Carnet.

L’interviewer interviewé

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Cette semaine Parlons Net reçoit David Pujadas. Il présente le « 20 heures » depuis 7 ans, il vient de publier un livre très pédagogique sur la fabrique de l’information et son parcours de journaliste : Vous subissez des pressions ? Au lendemain de l’interview radio-télévisée de Nicolas Sarkozy à laquelle il a participé et au surlendemain de l’interview de Bernard Kouchner qu’il a menée mercredi soir, David Pujadas revient sur les coulisses de ces entretiens, sur son livre, sur l’état de l’audiovisuel public et le métier de journaliste avec en toile de fond la révolution d’internet et les états généraux de la presse. David Pujadas est interrogé par Hubert Artus de Rue89, Elisabeth Lévy de Causeur.fr et Samuel Potier du Figaro.fr. L’émission est animée par David Abiker. Voir l’émission.

Vous subissez des pressions ? Dans les coulisses du 20 heures

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Rassurer pour sortir de la crise

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La crise est aussi, et peut-être surtout aujourd’hui, une crise de la demande. Si celle-ci ne retrouve pas un plancher d’ici quelques mois, l’économie risque de sombrer dans une spirale déflationniste – chute de la consommation, baisse des prix, faillites, chômage croissant.

Or, dans un premier temps, le gouvernement a préféré miser sur des investissements massifs pour sortir de la crise par le haut. Le problème est que les effets positifs des milliards d’euros débloqués pour les équipements de défense, les infrastructures routières, fluviales et ferroviaires, la réalisation du canal Seine Nord Europe et la construction de quatre lignes de TGV (projets phares annoncés par le président de la République dans son discours de Douai) ne se feront sentir que dans plusieurs mois voire quelques années. Avant que ces intentions ne deviennent des emplois, il faudra passer des marchés publics, monter des dossiers, obtenir des autorisations, faire face à des oppositions. En somme, pour sortir de la crise, il ne suffit pas que l’Etat commande des TGV, il faut que les gens achètent des DVD.

Le plan de relance gouvernemental ne constitue donc pas une réponse adaptée au scénario déflationniste qui pourrait se déployer à grande allure – rappelez-vous le tsunami financier, avant d’être mouillé, tout le monde était déjà noyé.

Le cauchemar déflationniste s’explique autant sinon plus par des facteurs psychologiques que par un problème de pouvoir d’achat. Quelqu’un qui émarge à 2 000 € par mois mais qui a l’assurance de conserver son emploi dépense plus facilement que celui dont le salaire s’élève à 2 500 € mais qui craint de perdre son boulot. Mais ceux qui ont peur – et ont de bonnes raisons pour cela – ne sont pas les seuls à contribuer à l’atonie de la demande. Les marchés sont aussi désertés par ceux qui pensent payer moins demain. Bref, les perdants de la crise et ceux qui espèrent en sortir gagnants contribuent également à la nourrir.

Les Français, nous dit-on tous les jours, ont peur de l’avenir. Précaires ou employés dans des secteurs particulièrement menacés de l’économie, ils sont nombreux à réduire leurs dépenses et à augmenter leur épargne pour anticiper un avenir incertain. D’autres, moins chanceux, ont déjà perdu leur travail. Avec des revenus en baisse et une visibilité très réduite concernant leurs futures ressources, pas question pour eux d’engager des dépenses inutiles, même s’ils ont touché des indemnités de licenciement.

Ces situations ont des conséquences en cascade. Qu’il s’agisse du commerce de proximité qui en pâtit ou des retraités obligés d’entretenir même partiellement leurs enfants et/ou petits-enfants directement frappés, de plus en plus de Français auront de moins en moins d’argent à dépenser.

Mais il existe aussi une autre catégorie de Français qui ne craignent pas la crise et espèrent même en profiter personnellement. Ni leurs emplois, ni leurs revenus ne sont menacés – du moins le croient-ils – mais ils préfèrent attendre, pour acheter une voiture, une machine à laver ou un appartement que les prix baissent. Qui, sauf en cas de nécessité absolue, changera de voiture quand d’un côté le marché de l’occasion est en chute libre (baisse de 16 % du nombre de transactions en janvier) et que de l’autre le prix des voitures neuves ainsi que les taux d’intérêt sont en baisse ?

En d’autres termes, ceux dont le pouvoir d’achat a diminué ou va diminuer et ceux dont le pouvoir d’achat va croître ont d’excellentes raisons de diminuer leur consommation. L’effet conjugué des comportements de ces deux groupes risque de pousser l’économie française sur la pente déflationniste.

Le gouvernement doit donc répondre à une double-urgence : rassurer le plus grand nombre d’une part, éviter une spirale de baisse des prix non contrôlée poussant les autres à l’attentisme. Et il faut faire vite : si l’état d’esprit des uns et des autres ne change pas avant l’été, le choc déflationniste est plus que probable.

La manière la plus efficace de rassurer les Français serait d’appliquer à la question de l’emploi la même logique que celle qui a guidé l’action gouvernementale dans la crise financière : de même qu’elle a endossé des dettes privées, la collectivité doit maintenant payer les travailleurs que la baisse de la demande rend – provisoirement – superflus. Concrètement, cela signifie payer des indemnités de chômage plus importantes plus longtemps et élargir le cercle des bénéficiaires.

Les entreprises qui voient leurs carnets de commandes rétrécir doivent réduire leurs coûts et beaucoup seront obligées d’en passer par des licenciements. Le temps de sortir de la crise, ces employés doivent passer sous la responsabilité de l’Etat. L’intervention du chef de l’Etat laisse penser qu’il a décidé d’emprunter ce chemin mais sans s’y engager franchement. Quelques mesures en faveur des jeunes et des CDDistes ne feront pas l’affaire.

En revanche l’idée de lier subordonner les aides publiques à des engagements de non-licenciements est purement démagogique. Difficile voire impossible à appliquer, cette mesure créerait des effets pervers pires encore que les phénomènes qu’elle est supposée combattre et surtout elle risque de ralentir la sortie de crise.

On pourrait analyser dans le détail chacune des mesures envisagée ou annoncée par le président de la République. Mais l’essentiel est ailleurs : le nerf de cette guerre-là, on l’aura compris, est la confiance bien plus que le cash. Les acteurs économiques sont brutalement passés d’une sous-estimation des risques à leur surestimation. Quoi qu’en disent les commentateurs prompts à décréter que Sarkozy a été « nul », il est trop tôt pour savoir si le verbe présidentiel a ramené un peu de sérénité dans l’esprit des Français. Sans confiance, la logique foncièrement égoïste du comportement économique condamne les marchés – comme sur le champ de bataille, quand la peur gagne les esprits, le « chacun pour soi » entraîne la défaite pour tous. Bref, l’important n’est pas de savoir s’il faut supprimer la taxe professionnelle ou réduire la TVA, mais de faire en sorte que les Français retrouvent la foi en l’avenir et le goût du présent. Et ça, ça ne se décrète pas.

BHL, le péan de Dahan

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France 5 programmait hier soir un magnifique documentaire, signé Eric Dahan et consacré à Bernard-Henri Lévy. Cinquante-deux minutes de pur bonheur et de joie vraie passées à regarder BHL dans son bureau à Paris, BHL dans son riad à Marrakech, BHL à New York, BHL de retour à Paris… Il ne manquait plus que les images de BHL jouant dans son bain avec un canard qui fait coin-coin pour parfaire ce chef d’œuvre télévisé, que des langues mauvaises et jalouses pourraient avoir l’heur de qualifier d’hagiographique. Mais c’est que nous ne pouvons, ô nous pauvres mortels moqueurs, comprendre la pensée saisissante de Monsieur L. Et il nous le dit d’ailleurs, conseillant à certains Français d’aller faire un tour aux Etats-Unis pour soigner leur racisme atavique : « Il faudrait les envoyer à Atlanta pour voir les progrès que les Américains ont accompli ces quarante dernières années ! » Sachant qu’Atlanta est l’une des rares villes américaines majoritairement composée de noirs, que la middle class et la upper class y sont largement afro-américaines et qu’elle incarne de ce fait le rêve noir américain, y a pas de mal… Décidément Bernard-Henri Lévy a un petit problème avec la Géorgie. Où qu’elle se trouve.

Mignonne allons voir si la Halde

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Payé avec vos impôts et accueilli avec les compliments d’usage par l’ensemble de la presse subventionnée (du Figaro à Libé, donc), l’inénarrable rapport commandé, avalisé par la Halde sur les discriminations n’en finit pas de faire du potin, et c’est très bien.

Si comme l’a pronostiqué l’édito du mensuel Causeur, Ça craque dans le camp du Bien, un jour viendra où les deux coupables de cette agressions textuelle[1. Puisque ces deux cuistres ont outé Ronsard, moi aussi je balance les noms : Pascal Tisserant, maître de conférence « en psychosociologie », et son étudiante Anne-Lorraine Wagner. On peut leur écrire à l’Université de Metz, qui transmettra vos compliments.], qui ont osé écrire : “Certains textes pourraient contenir des stéréotypes. Par exemple, en français, le poème de Ronsard Mignonne allons voir si la rose est étudié par tous les élèves. Toutefois, ce texte véhicule une image somme toute très négative des seniors », rendront le pognon et seront jugés pour recel de détournement de fonds publics, ou mieux, comme le propose mon vieux camarade Michel Renard, pour « crime contre les humanités ».

En attendant ces jours meilleurs, une remarque s’impose : pourquoi Ronsard ? Je veux dire, pourquoi cette fixation sur Ronsard, qui est loin d’être le seul à avoir émis l’hypothèse qu’on était plus baisable à vingt ans qu’à quatre-vingts ; pourquoi dans leur chasse au snark, nos deux gogols ont-ils vu dans la sénophobie la seule discrimination qui appelle d’après eux une mise à jour du corpus ? Pourquoi, hein pourquoi ? Soit ils ont eu les chocottes d’un procès, et dans ce cas avec Ronsard c’est bordé. Soit ils attendent une rallonge budgétaire de Tonton Schweitzer et de Tata Pécresse pour décliner ad nauseam la liste multimédias des ouvrages et auteurs à proscrire.

En cette période de crise, c’est donc avant tout dans le souci de ne pas aggraver la dépense publique que je me suis proposé de dénoncer, bénévolement, quelques ouvrages logiquement destinés à l’autodafé. Pour plus de clarté, nous procéderons discrimination par discrimination

Les personnes d’âge différent, tout d’abord, Ronsard est loin d’être le seul à les avoir diffamées. Que nous dit Jacques Brel dans Les Vieux ?

« Les vieux ne bougent plus, leurs gestes ont trop de rides, leur monde est trop petit
Du lit à la fenêtre, puis du lit au fauteuil et puis du lit au lit…
Et s’ils sortent encore bras dessus bras dessous tout habillés de raide
C’est pour suivre au soleil l’enterrement d’un plus vieux, l’enterrement d’une plus laide… »

On notera au passage une agression contre les personnes supposées laides. Un racisme peut en cacher un autre. Comme je parlais de ce scandale à Elisabeth, qui mieux que moi connaît la chanson, elle a attiré mon attention sur un autre intouchable made in France, Brassens, dont Les trompettes de la renommée tombe carrément sous le coup des lois en vigueur :

« Sonneraient-elles plus fort, ces divines trompettes,
Si, comme tout un chacun, j’étais un peu tapette,
Si je me déhanchais comme une demoiselle
Et prenais tout à coup des allures de gazelle ?
Mais je ne sache pas que ça profite à ces drôles
De jouer le jeu de l’amour en inversant les rôles,
Que ça confère à ma gloire une once de plus-value,
Le crime pédérastique, aujourd’hui, ne paie plus. »

Comme dirait le même, le temps ne fait rien à l’affaire, cinquante ans plus tard, on retrouve des horreurs similaires chez MC Jean Gab’1. Celui-ci, après avoir qualifié dans Paname Monsieur le maire de « Première tafiole de France », explique tranquillement dans Mes 2 Amours :

« Faut esquiver le Marais
Faute d’avoir mal à la raie. »

Dégueulasse, non ? D’ailleurs qui n’aime pas les gays n’aime pas les humains, et plus spécialement les humaines. La preuve par Baudelaire dans Fusées : « Nous aimons les femmes à proportion qu’elles nous sont plus étrangères. Aimer les femmes intelligentes est un plaisir de pédéraste. »

Flaubert ne vaut guère mieux : « Les cœurs des femmes sont comme ces petits meubles à secret, pleins de tiroirs emboîtés les uns dans les autres ; on se donne du mal, on se casse les ongles, et on trouve au fond quelque fleur desséchée, des brins de poussière – ou le vide. » (L’éducation sentimentale)

Le douloureux sujet des discriminations ethniques mériterait un rapport à lui tout seul : judéophobie chez Voltaire, négrophobie chez Hergé, jaunophobie chez Duras. Quant à l’islamophobie, elle s’est hélas insinuée partout, même chez les auteurs qu’on eut pu croire irréprochables, même dans le noyau dur de la doxa humaniste. C’est le cas par exemple de Jean Jaurès, dont le laxiste rapport de la Halde dit pourtant beaucoup de bien. Voilà un exemple de sa prose : « Quelle doit être notre ambition ? Que les Arabes et les kabyles, commandés par des officiers français, servent à la garde et à la police de l’Algérie, de telle sorte qu’une bonne partie de l’armée d’Afrique puisse, en cas de péril, aller à une autre frontière ; qu’ils entrent peu à peu dans nos mœurs politiques et participent à l’administration de rares affaires, enfin qu’ils deviennent le plus possible des producteurs. Mais si nous n’enseignons pas le français aux plus intelligents d’entre eux, comment pourrons-nous les subordonner à nos officiers ? » (Discours pour l’Alliance française, Albi, 1884, cité par Raoul Girardet : Le nationalisme français, Seuil, 1983.)

Accablant, non ? Franchement, alors que les rayons plaqués érable de nos Billy de chez Ikéa sont truffés de livres, cd et dvd pathogènes, quelqu’un peut-il me dire pourquoi la Halde, qui a montré la voie, s’est arrêtée au milieu du chemin ? On aurait espéré, pour le moins, une garantie de bonne fin. Et on n’ose pas écrire que c’est du travail d’arabe, de crainte de léser les blacks. La semaine prochaine, nous parlerons (en braille) des discriminations contre les aveugles, enfin, contre les minorités non-voyantes.

Y en aura pas pour tout le monde

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causeurboutique

Qui n’a pas son badge ? Lancés la semaine dernière sur le marché mondial, les badges Causeur ont trouvé preneurs et déjà fait de nombreux heureux dans les foyers français. La rédaction tout entière est émue à la lecture des remerciements touchants qu’elle reçoit. Ainsi M. Bernard K. (Paris) nous a adressé ce précieux témoignage : « Ces derniers mois, j’étais assez invisible. Mais depuis que je porte un badge Causeur on ne parle plus que de moi. » Le malheur, c’est qu’il n’y en aura pas pour tout le monde, puisqu’il ne reste plus que quelques séries limitées en vente. Vous n’êtes pas encore badgés ? Dépêchez-vous de vous rendre à la boutique !

Un péan pour Kouchner

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S’ils daignaient s’intéresser un jour à moi, je ferais à coup sûr la joie des sondeurs. Je n’ai pas encore tout à fait l’âge de faire une parfaite ménagère de plus de cinquante ans, mais je dois confesser que j’ai toujours tenu l’abbé Pierre pour un saint homme, Zidane pour un magicien du ballon rond et Bernard Kouchner pour le parangon de ce qu’est et doit être un homme politique français[1. En vrai je m’en tape du foot.].

Un brin primesautier, un rien imprécis, jamais trop efficace, mais renouvelant sans cesse son ardeur à séduire son monde comme s’il s’agissait d’une femme, il incarne l’une des grandes permanences françaises. C’est d’ailleurs ce que ses camarades du Parti socialiste ne lui ont, en réalité, jamais pardonné : l’homme n’est pas simplement un French Doctor, mais il est aussi – du moins dans l’imaginaire des Français qui le plébiscitent sans trop savoir qui il est, ni même s’en soucier – un French Lover, un French Kisser, l’homme que toutes les desparate housewiwes de France et de Navarre voudraient avoir comme amant, comme époux ou, dans le pire des cas, comme gendre.

Il y a, chez Kouchner, une certaine idée de la France. Pas la gaullienne, certes, trop ancrée dans l’antique gravité et le poids de l’histoire. Plutôt une idée de la France de l’Ancien régime qui passe, en se faisant petite, la Révolution, renaît sous l’Empire et ressuscite sous la Restauration. Il y a, chez lui, un peu du chevalier d’Eon, de Talleyrand et de Schulmeister réunis en un seul homme. Du don Salluste autant que du Ruy Blas : rien que de la contradiction. En somme, je ne sache pas que la France nous ait donné un homme d’Etat aussi farfelu depuis Malraux[1. Dès 1921, Malraux en fit un genre littéraire avec Lunes en papier, avant de l’ériger en style de vie.].

Et la politique de la France, c’est avant tout cela : l’option farfelue.

Bien entendu, qu’il se présente aujourd’hui quelques opiniâtres représentants de la France moisie des notaires et de leurs clercs pour accabler sous des monceaux d’injures le plus farfelu de nos hommes politiques n’a assurément pas de quoi nous réjouir. De plus, que ce soit Arnaud Montebourg qui sonne la charge devrait nous inviter à la méfiance la plus extrême. Donner de petits coups de pieds convulsifs sur un homme déjà à terre peut procurer de menus plaisirs, non pas constituer une politique. Le député de Saône-et-Loire, bon apôtre de toutes les ligues de vertu, n’a pas de mots assez durs pour jeter l’opprobre sur celui qu’hier encore il vénérait en camarade : « Si Bernard Kouchner a encore un honneur, il doit enfin s’expliquer sérieusement devant l’opinion publique… Les importantes révélations relatives aux multiples conflits d’intérêt et aux affaires d’argent dans lesquels se débat le ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, constituent pour le moins de graves infractions à la morale publique. »

Dieu soit loué qu’en 1981 Arnaud Montebourg fût encore lycéen et que Robert Badinter opérât au ministère de la Justice : un avocat de la trempe du député de Saône-et-Loire (qui aura tant fait pour la démocratie française et le comptage des voix) n’aurait pas aboli la peine de mort, il l’aurait agrémentée de supplices chinois, divers et variés, mais d’un ressort toujours constant : la morgue hautaine et froide à exécuter la basse besogne.

Car c’est bien là le fond de l’affaire : on peut aimer ou haïr Bernard Kouchner, vénérer ou détester les milliers de conneries que quarante ans de vie publique lui auront fait proférer, mais c’est sur le terrain politique qu’il faut porter le fer. Pas ailleurs. Bien sûr, la moraline injectée à haute dose dans le corps politique français depuis qu’il a été établi que les hommes publics valaient moins que les filles du même nom égare bien des esprits. Mais au fond, le pognon de Kouchner, on s’en balance. Qu’il se soit fait 800 000 euros serait même assez décevant et, pour tout dire, gagne-petit pour un consultant de sa trempe. Ce qui importe, c’est que Kouchner reste Kouchner : le représentant d’une bonne conscience internationale qui serait beaucoup moins drôle de dénoncer s’il n’existait pas.

Et puis, last but not least, quand sonne l’hallali, chacun serait bien inspiré d’aller manger son quignon dans un coin. Non pas que l’odeur de la chair humaine révulse – personnellement je n’y ai jamais goûté. Mais une vieille prévention devrait nous dissuader de bouffer notre semblable dès qu’il se présente à nous. On naît cannibale ou pas.

Le monde selon K.

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Vatican 2.0

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Benoît XVI qu’on croyait archéo, serait-il spécialiste de la bulle médiatique ? Que n’a-t-il fait en levant l’excommunication qui pesait sur les évêques ordonnés par Mgr Lefèbvre ! Incarnations absolues du Mal, au même titre que les Gremlins ou Freddy Krueger, ces quatre guérilleros mitrés et crossés semblaient bien décidés à ne jamais franchir le Rubicon séparant Econe de Rome, tant que l’Eglise n’accepterait pas de remettre la télé en noir et blanc. Honnis par certains, vénérés par d’autres, ces prélats à la nuque raide finissent par se demander s’ils ne sont pas en train de gagner leur combat pour « La Tradition » et tous les autres mots qu’ils écrivent avec une majuscule. En une petite semaine, Williamson est passé du néant à la couv’ de Libé. Un peu de patience et on le verra chez Drucker.

En attendant, dans les médias et plus spécialement sur le net, c’est baston générale. Chacun y va de sa petite opinion sur l’œcuménisme, la réforme liturgique, l’autorité du Magistère, ou encore la longueur du manipule. Les intégristes de la Loi de 1905 ne sont pas les derniers à se lancer dans la bataille. Sans peur et sans reproche, ils se drapent de laïcité, évoquent Voltaire qu’ils n’ont pas lu, prophétisent à l’envi un retour à l’obscurantisme, et finissent par se lasser eux-mêmes de leur bêtise. Enfin, pas toujours, malheureusement…

Bien sûr, la fête ne serait pas complète sans les vaillants défenseurs de la Vraie Foi Catholique de Toujours (bien penser aux majuscules !). Refusant encore de sortir leurs cerveaux du congélo dans lequel ils les ont rangés après Vatican II, ils brandissent quelques bribes de bulles papales moyenâgeuses comme autant de fatwas. De « la communication des idiomes » à « l’apocatastase », ces scholars en scolastique agitent quelques grigris conceptuels mal digérés, nuages de poudre jetés aux yeux des boy-scouts qui les admirent. Et dans cette mouvance traditionaliste, les Pidistes[1. Fidèles de la mouvance lefèbvriste (Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X).] passeraient presque pour des timorés, à côté de leurs camarades sédévacantistes, qui, eux, en plus de prétendre que la « secte conciliaire » (comprenez « l’Eglise Catholique ») est contrôlée par le lobby luthéro-trotsko-judéo-maçonnique, ajoutent que le contrat de travail de Joseph Ratzinger n’est pas valide. Manquerait plus qu’ils en appellent à l’Inspection du Travail !

Bref, j’ai comme l’impression que le pape Benoît XVI aurait fait couler moins d’encre s’il s’était fait surprendre dans une discothèque d’Ibiza devant un rail de coke.

Les Playmobil en deuil. Bien fait pour eux

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L’inventeur des Playmobil est mort à l’âge de 79 ans. Il s’appelait Hans Beck, était allemand et a eu, hélas, le temps d’en commercialiser plus de deux milliards depuis 1974, date de la mise sur le marché de la première figurine. Rappelons que les Playmobil, hauts de 7,5 centimètres, ont un éternel sourire plaqué sur le visage, une différenciation sexuelle approximative et des mouvements limités à la possibilité de courber l’échine. On a beau les avoir déguisés en peaux-rouges, en chevaliers ou en cosmonautes, (une série Gay Pride était en préparation), il n’en demeure pas moins qu’ils sont les principaux agents d’un vaste plan de soumission des enfants aux exigences des démocraties de marché. Leur apparition, comme par hasard, date du premier choc pétrolier, qui allait bouleverser les rapports de production. Muets, béats, flexibles, soumis, les Playmobil symbolisent à merveille le rêve patronal d’une main-d’œuvre qui a enfin perdu sa conscience de classe. Ils vont, malheureusement, survivre à leur créateur.