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Nouveau, le NPA ?

Nouveau, le NPA ?

Un de mes voisins, philosophe autodidacte et rural, consacre les longues soirées de l’hiver montagnard à fignoler un système d’explication du monde où serait démontrée l’utilité de chaque créature, même la plus minuscule, même celle que les hommes considèrent, à tort, comme nuisible. Il trouve réponse à presque toutes les objections que je lui oppose : le moustique ? Le combattre pour vaincre la malaria a fait avancer la science. Ok. La guêpe ? Sans elle, de quelle métaphore disposerait-on pour glorifier la finesse de la taille de nos jeunes compagnes ? Mais il est un problème que mon ami n’est pas parvenu à résoudre, celui du taon, Tabanus sp., insecte suceur de sang qui harcèle les troupeaux sur l’alpage en été. Cette grosse mouche pataude, aux yeux plus gros que la tête s’attaque également aux randonneurs, particulièrement lorsque le temps est orageux. Nul zonzonnement ne signale son approche et, une fois son forfait accompli, il se laisse bêtement écraser par celui qu’il a agressé, laissant sur le visage du promeneur une trace faite de chair noirâtre mêlée de sang frais. A quoi peut bien servir le taon, sinon à rappeler qu’il existe un absolu dans le nuisible ?

Ayant côtoyé, au cours des cinq dernières décennies des trotskistes de toutes obédiences dans les fonctions les plus variées, je me suis souvent posé à leur sujet le problème du taon. Non pas, bien sûr, à propos de la présence au monde de chacun de ces individus en particulier : j’ai connu des trotskistes charmants, intelligents, pleins d’humour et généreux, dignes de respect et même d’admiration. Mais l’observation de leur comportement collectif, dans leurs “orgas” ou au service de ces dernières dans le monde extérieur, incite à se demander pourquoi la France a le triste privilège d’abriter les derniers disciples de Lev Davidovitch.

A quoi servent donc les trotskistes au 21e siècle, une fois accompli leur rôle historique d’avoir été la mauvaise conscience “de gauche” du stalinisme au moment où ce dernier triomphait sur un tiers de la planète ? A maintenir, contre vents et marées, l’idée d’un grand soir où la classe ouvrière triomphante délogera du pouvoir, à l’échelle mondiale, les capitalistes et leurs valets ? A donner une religion à ceux qui refusent les produits classiques du marché des croyances ? A perpétuer dans une frange de la populations l’exercice masochiste – mais ô combien rédempteur ! – des réunions sans fin et des distributions de tracts dans les petits matins blêmes ?

Lorsque l’on met en avant un programme et des revendications (interdiction des licenciements, échelle mobile des salaires, augmentation astronomique du Smic) dont on sait qu’ils sont parfaitement incompatibles avec le fonctionnement de l’économie et de nature à fermer la porte à une alliance avec la gauche réformiste, on se comporte comme le taon des alpages : on affole les troupeaux pour le simple plaisir du harcèlement mené en bande.

Lorsque l’on se prévaut d’être dans le bon mouvement de l’Histoire et que l’un des plus brillants théoriciens de la IVe internationale, Ernest Mandel, salue le soulèvement des Allemands de l’est en novembre 1989 comme le “retour de Rosa Luxemburg”, de qui se moque-t-on ? Et lorsque l’on a le culot, après ça, de se justifier en citant Lénine, selon lequel “l’Histoire avance parfois par son mauvais côté”, n’est-on pas en droit de demander s’ils galèjent ou s’il sont sérieux ? Question inutile, d’ailleurs, car rien n’est plus dénué d’humour qu’une assemblée de trotskistes.

Mais, objectera-t-on, ne peut-on pas reconnaître, même sans l’approuver, un certain idéalisme altruiste dans cette énergie militante mise au service d’un projet émancipateur des opprimés à l’échelle mondiale ? A cela répondons d’abord que la vénération portée par les trotskistes d’hier et d’aujourd’hui à Lev Davidovitch, massacreur des marins de Cronstadt, au dictateur tropical Fidel Castro, à la triade populiste, clientéliste et indigéniste sud-américaine Chavez-Moralès-Correa confirme le titre d’un de leurs ouvrages de chevet : leur morale n’est pas la nôtre.

Ensuite, nonobstant le fait que les recettes collectivistes ont totalement échoué dans tous les pays, développés ou non, qui ont tenté de les mettre en œuvre, ils n’hésitent pas à les repeindre de couleurs plus attrayantes pour les reproposer aux gogos, en Occident comme dans le Tiers-monde. Cela s’appelle l’altermondialisme, sous-produit politique de la mauvaise conscience de l’homme blanc. Pendant ce temps-là, “l’Histoire avance par son mauvais côté” en Chine, en Inde et au Brésil…

A la réflexion pourtant, je vois une certaine utilité au remplacement de la LCR par un parti “de masse” au sigle rappelant une émission-culte de télé des années 1980. Ils auront tendance à garder chez eux ceux qu’ils envoyaient dans d’autres organisations à fins de noyautage. Ça nous fera des vacances.


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