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A l’ère de l’onanisme unanime

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Edgar Degas, Danseuses en rose, 1880
Edgar Degas, Danseuses en rose, 1880.

Alain Finkielkraut nous a donné avec Un Coeur intelligent, un magnifique exemple de lecture du monde contemporain à la lumière de la littérature. Je voudrais tenter ici le même exercice grâce à l’ouvrage publié il y a quelque mois par Benoît Duteurtre, Ballets roses, qui, en même temps qu’il retrace fidèlement un célèbre fait divers de la fin des années 1950 mettant en scène André Le Troquer, le faiseur de roi de la IVème République accusé au début de la Vème de pédophilie, se livre à une méditation aussi discrète que subtile sur la sombre nature du désir humain.
 
De façon apparemment paradoxale, Benoît Duteurtre se met lui-même en scène dans le cadre d’un fait divers qui se produisit avant sa naissance. Ainsi, au cours de ses recherches, Duteurtre s’identifie implicitement à ces retraités « à la recherche de renseignements sur leurs trisaïeux (p.65) ». Lui aussi en effet est « à la recherche de renseignements » sur son trisaïeul, le Président René Coty, à l’occasion de la rédaction de son ouvrage. René Coty n’est pourtant dans l’histoire que raconte Benoît Duteurtre, et dans l’Histoire tout court, qu’un personnage secondaire, celui qui, par sens du devoir, et avec une pointe de ressentiment que Benoît Duteurtre n’élude pas, cède sa place à plus grand que lui. Le modèle de Benoît Duteutre, c’est donc un aïeul certes prestigieux, mais qui entre dans l’histoire par un geste politique paradoxal, puisque c’est celui de l’effacement. Il en va de même pour Benoît Duteurtre. L’auteur est absent de l’histoire qu’il raconte, puisqu’elle est consacrée à une époque qui précède sa naissance. Mais c’est ce douloureux sentiment d’absence, de ne pas être au cœur des choses, qui motive le récit.
 
Ainsi, l’auteur ne peut prendre une place dans son propre récit que de façon périphérique, en temps que simple observateur. C’est en effet par une « dérogation » (le titre du chapitre IV) que Benoît Duteurtre se voit accorder le droit « de plonger le nez dans une affaire un peu louche (p.70) ». Si, de façon significative, l’obtention de cette « fameuse « dérogation » est facilitée par son statut d’écrivain relativement connu que lui reconnait une commissaire de police cultivée, cette reconnaissance est signalée par l’auteur sur un modèle discrètement ironique. « Comment, vous ne connaissez par Benoît Duteurtre ? » s’exclame à l’attention d’un subordonné moins cultivé qu’elle la commissaire de police qui ouvrira les archives secrètes du dossier à l’auteur. Mais cette exclamation n’est pas sans rappeler celle, plus cocasse encore, de Mme Verdurin dans la Recherche, « Comment, vous ne connaissez pas le fameux Brichot ? ». Ce n’est qu’accompagné par le sentiment de bénéficier d’une dérogation imméritée que l’on devrait éprouver celui de toucher au cœur des choses. Nous sommes des étrangers à notre propre histoire. L’humanité ne comprend pas ce qui lui arrive. C’est une illusion prétentieuse et mortifère propre à la néo-humanité contemporaine qui la pousse, à coup de googlelisation et de recherches approfondies (sur internet), à se croire dépositaire de la vérité des êtres et de la réalité des choses.
 
Benoît Duteurtre, lorsqu’il médite sur les turpitudes d’André le Troquer, fait appel à François Mauriac qui, lorsqu’il commentait lui-même ce fait divers, parlait de l’imagination comme du pire des crimes. La plupart d’entre nous n’ont heureusement pas les moyens de réaliser ce qu’ils imaginent. « Les ballets dont ils s’enchantent se déroulent sur un écran invisible », écrivait à ce propos l’écrivain catholique. Cet écran invisible est devenu par la grâce ou la disgrâce d’internet parfaitement visible. Voilà une différence avec l’époque dont nous parle Benoît Duteurtre. Nous avons aujourd’hui tout le loisir d’obtenir la confirmation des horreurs que nous prêtons à tort ou à raison aux puissants sur les innombrables pages stockées derrière les innombrables écrans qui nous sont devenus indispensables. Et c’est ainsi que ceux qui réalisent les désirs que nous nous contentons d’imaginer méritent notre opprobre deux fois : parce qu’ils réalisent ce que nous nous contentons d’imaginer, et parce qu’ils réalisent ce qui est interdit.
 
Il y a une horreur du voyeurisme dans le récit de Benoît Duteurtre, et pourtant ce voyeurisme constitue l’objet même du récit. Comment en serions-nous indemnes, nous qui commentons et disséquons les moindres paroles, les moindres écrits, et surtout les actes, réels ou supposés, des protagonistes des affaires qui nous occupent en ce moment, en nous érigeant, souvent en toute bonne conscience, en juges de nos semblables. « Qui t’a fait juge ? » Une ancienne et excellente question que plus personne ne veut entendre.
 
Du point de vue de la satisfaction de notre voyeurisme, l’ouvrage de Benoît Duteurtre est très décevant, et il faut lui préférer l’arène où sont mis en scène les faits divers du jour. Car ce ne sont pas les « crimes » eux-mêmes qui intéressent Benoît Duteurtre, « des moments sexuels ternes où le vieillard se donne du plaisir en observant les ébats des autres (p.121) », mais le regard que nous posons sur eux. Non seulement parce que, aujourd’hui comme hier, c’est ce qui motive l’intérêt des foules pour les turpitudes des puissants, mais aussi parce que, au fond, ce voyeurisme ne touche pas seulement les foules mais aussi les puissants eux-mêmes, et à ce titre, sans doute, révèle quelque chose sur l’essence même du désir. Le désir est le sentiment d’un manque. « Tout désir est désir d’être », tout désir est désir de résider au cœur des choses. Mais cette volonté d’habiter l’essence même des phénomènes est toujours déçue. La description « clinique » de l’affaire par le juge que retranscrit pour nous Benoît Duteurtre le prouve. Les turpitudes de Le Troquer, qui était celui qui résidait au cœur même du pouvoir, celui qui dominait la toute-puissante assemblée pendant la IVe République, celui qui faisait et défaisait les gouvernements, se réduisent à un voyeurisme masturbatoire de l’espèce la plus commune. Voilà le pauvre réel : le roi du monde est un « exclu » de la scène fondatrice, un pauvre être désirant, séparé des objets qu’il convoite. Avec cela, « tout est dit ou presque de la triste réalité (p.155) ». Cette « triste réalité », et le voile que l’on pose sur elle pour lui préférer des fables flamboyantes, c’est ce qui intéresse la littérature, mais c’est ce que refusent de voir les foules désinhibées de l’ère internet. Ce que la foule imagine des frasques sexuelles des puissants, ce n’est que cela, un voyeurisme redoublé, une façon d’épier les actes de d’autrui, de se masturber avec les obscénités que l’on a soi-même tracées sur l’écran.
 
Quand nous voudrions établir des frontières étanches entre ceux qui habitent pleinement la réalité, et qui pour cela sont l’objet de notre ressentiment et de notre vertueuse indignation, et ceux qui, pauvres gens du peuple séparés de leurs désirs, sont toujours en peine d’étreindre la réalité (par manque de moyens ou par soumission à la loi commune), Benoît Duteurtre nous révèle la réalité du désir pour ce qu’elle est, une excitation vaine de l’esprit, un « trouble déraisonnable de la conscience (p.168) ». Le désir est spirituel avant d’être corporel. Satan est un esprit, il n’a pas de corps; Merlu, l’âme damnée de Le Troquer est appelé un Mephisto (p.170). Il ne faut pas s’étonner que les sombres désirs de la modernité s’étalent aujourd’hui sur les écrans ectoplasmiques d’internet et de la télévision. Notre époque hypermoderne est aussi un abandon de la dimension charnelle de l’existence. Le Troquer est moins esclave de ses instincts corporels que de « l’abstraction de ses désirs » qui l’emportent dans un monde tyrannique, loin de la réalité et de la « présence réelle (p.177) » des nymphettes dont il se sert. C’est cela le crime au fond, l’oubli de la « présence réelle » des gens dont on use ou que l’on lynche sur internet. Ce n’est pas le corps le coupable, mais une désincarnation du désir, une pure imagination qui nous coupe de la matérialité du monde.
 
Lorsque nous nous laissons aller aux délices masturbatoires de la persécution collective en alimentant cette hargneuse machine à fantasmes virtuels qu’est devenu internet, nous sombrons exactement dans les mêmes péchés que Le Troquer il y a cinquante ans.

BALLETS ROSES

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Turquie, l’autre génocide

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Si le drame arménien est aujourd’hui connu de tous, il n’est hélas pas isolé, à cette époque et dans cette même région du monde. La Turquie s’est livrée dans les années 1920 à un nettoyage ethnique et à des pogroms contre ses habitants grecs. Ce constat n’est pas tiré d’un livre d’histoire mais plutôt d’un livre récent publié par le commandant en chef de l’OTAN, l’amiral américain James G. Stavridis, dont le grand-père a dû fuir son Anatolie natale après la mort de son frère tué par le Turcs. L’excellent Amir Oren, de Haaretz, lecteur infatigable et connaisseur hors pair des armées américaines à qui l’on doit cette petite découverte, précise que quand Stavridis a publié l’an dernier Destroyer Captain : Lessons of a First Command, livre consacré aux 28 mois (1993-1995) passés au commandement d’un bâtiment de guerre sophistiqué de la marine américaine en Méditerranée, il ne se doutait pas qu’il allait être bientôt nommé – à la surprise générale d’ailleurs – au poste hautement politique qu’il détient aujourd’hui et qui l’oblige à ménager, entre autres, les susceptibilités d’Ankara.

Destroyer Captain: Lessons of a First Command

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Nous sommes tous des fils à papa

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Faut-il se joindre à la meute qui s’est lancée aux basques du jeune Sarkozy, au grand soulagement de Frédéric Mitterrand ? On peut, certes, s’offusquer de voir le fils du président de la République accéder à des fonctions habituellement réservées à des hommes politiques expérimentés. Conseiller général de Neuilly à 22 ans, président du groupe UMP à 23 ans et bientôt président de l’Etablissement public de la défense (EPAD) : une telle carrière n’aurait pas été possible si Jeannot s’était appelé Dugenou et encore moins Mohamed.

Nous sommes là devant un cas flagrant de népotisme politique au sommet qui nous ridiculise aux yeux du monde, et nous disqualifie pour faire la morale aux républiques bananières : la revue de presse internationale sur cette affaire est accablante. Même la télé chinoise se paie la fiole du fils à papa, un comble dans un pays où le comité central du PCC est composé de vieillards, têtes de lignée de familles qui accaparent les postes politiques et administratifs…

Mais examinons les arguments développés par les contempteurs du gendre à Darty : il est, selon eux, scandaleux que la présidence d’un établissement public brassant des sommes d’argent considérables soit confié à un jeune blanc-bec qui rame en deuxième année de Deug de droit à un âge où les brillants sujets terminent leur doctorat.

Si l’on pousse le raisonnement jusqu’au bout, aucun poste politique – car la présidence de l’EPAD en est un – ne pourrait être confié à quelqu’un ne pouvant présenter moins de bac+8 sur son CV…
Il fut un temps où les partis de gauche et les syndicats faisaient office d’universités parallèles pour sélectionner des cadres politiques dans les classes défavorisées : on a connu des titulaires du certificat d’études dont les mérites gestionnaires valaient bien ceux des hyper- diplômés de la classe politique.

Il n’est pas besoin de citer Corneille, ni d’évoquer les généraux de l’an II pour réfuter l’argument de l’âge qui interdirait à un jeune homme ou une jeune femme d’accéder à des postes de responsabilités importantes. Comme dirait Brassens, l’âge ne fait rien à l’affaire et la seule question qui vaille est celle de la capacité politique à assumer les charges que l’on brigue.

En conséquence l’affaire Jean Sarkozy revient à juger de sa taille par rapport au costume qu’il prétend enfiler. Les électeurs de Neuilly, qui n’ont pas l’air d’être des veaux, si l’on considère le sort qu’ils ont réservé au candidat du président lors des municipales, ont élu Jean Sarkozy au poste de conseiller général. En 2014, ils seront amenés à valider ou sanctionner l’action de cet élu local. Entretemps, il est pour le moins prématuré de le démolir au seul motif qu’il est le fils de son père.

Il semble, sous réserve d’inventaire, que Sarko junior soit moins brêle en politique qu’en droit. C’est après 2017 (ou 2012 si papa mord la poussière) que l’on verra à quel niveau il pourra se maintenir par son seul talent. Gilbert Mitterrand, Louis Giscard d’Estaing, Axel Poniatowski, Martine Aubry sont des fils et filles à papa à qui personne, aujourd’hui ne vient reprocher leurs origines, car ils ont gagné leur légitimité par eux-mêmes après le « coup de pouce » initial.

Reste la grave question du népotisme, cette maladie bien française. La Révolution de 1789 a eu beau abolir solennellement les corporations et promouvoir le mérite comme seul critère d’accession aux postes prestigieux de la République, ce népotisme s’insinue par toutes les brèches de l’édifice de nos institutions.

Les fils et filles de… se retrouvent, comme par hasard, aux premiers rangs des nouvelles générations, dans le show-biz, la littérature, le journalisme ou la politique. Les exemples viendront à l’esprit de chacun, chez les gens célèbres comme dans le voisinage. Les classes populaires ne sont pas épargnées par ce phénomène : j’ai conservé d’une vie professionnelle antérieure le souvenir que le Syndicat du Livre, qui jouissait du monopole de l’embauche dans la presse quotidienne ne traitait pas mal les enfants de ses membres…

Le fromage alto-séquanais a une forte tendance à se déguster en famille : Ceccaldi-Raynaud, Balkany et Sarkozy en sont les actuels parrains et marraines. Parfois, des drames cornéliens déchirent ces familles, pour la plus grande joie des gazettes. Ce n’est pas pire que dans le Paris de Jacques Chirac ou le Languedoc-Roussillon de Georges Frêche.

Dans un pays où les Tanguy se multiplient par temps de crise, saluons la belle énergie d’un rejeton de la bourgeoisie francilienne pour se dégager des délices du cocon familial et se plonger dans le monde de brutes des Hauts-de-Seine.

Arabes, pédés : tous ensemble !

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Fernard Cormon, <em>Le Harem</em>, 1877.
Fernard Cormon, Le Harem, 1877.

Si j’acceptais d’apparaître en public en short satiné, maillot bariolé et chaussettes montantes, si je passais mes loisirs à courir dans des stades en portant les couleurs de Castorama ou de William Saurin et si j’avais renoncé à envisager sexuellement l’autre moitié de l’humanité pour préférer l’amour de mes semblables, en deux mots, si j’étais footballeur homosexuel, j’avoue que j’éprouverais une certaine réticence à disputer un match contre une équipe de musulmans pratiquants.

Le dimanche 4 octobre dernier, une rencontre qui devait opposer le Paris foot gay au Créteil Bébel a été annulée. Les gays parisiens, dont on dit un peu vite qu’ils n’aiment pas les femmes alors qu’ils s’attachent à leur épargner toute forme d’enfer conjugal, qu’ils ne les voilent ni ne les violent et nulle part dans le monde ne les lapident, ont appris par courriel que le match n’aurait pas lieu, le nom de leur équipe ayant incommodé les mahométans de banlieue.

Je m’étonne que les plus gênés de l’histoire soient les musulmans car au risque de passer pour islamophobe, si j’étais homosexuel, j’aurais quelques raisons d’hésiter à jouer avec des hommes qui, par leur croyance, n’ont pour moi pas le moindre respect. Je crois bien que le sort réservé aux gays en terre d’islam, les persécutions et les exécutions publiques devant des foules réjouies, les prêches d’imams me comparant à des animaux répugnants gâcheraient mon plaisir à pratiquer un sport avec des partenaires attachés à cette culture-là.

Si j’étais homosexuel et footballeur, l’histoire récente de ces deux jeunes filles lesbiennes d’Epinay sous Sénart, chassées de leur quartier par les injures, les crachats et les coups, contraintes de fuir une de ces cités transformée en enclave islamique dans notre République laïque, m’inviterait à réfléchir avant de consentir à jouer au ballon avec ceux qui cautionnent de telles discriminations. Le calvaire des gays en banlieues, de ces hommes et femmes obligés de vivre cachés, de raser les murs pour éviter les ennuis ne m’aiderait pas à rentrer dans le jeu avec ceux qui pratiquent et revendiquent une telle intolérance à la diversité.

Si j’appartenais à un club de football gay, j’aurais peut être eu du mal ce dimanche matin du 4 octobre, à respecter un engagement sportif plutôt que de rester au lit avec mon amoureux. Je me demande si je n’aurais pas été tenté de renvoyer à mon entraineur ma carte de membre actif ou passif pour avoir eu l’idée de m’envoyer jouer dans un quartier où le Moyen Âge règne sur les esprits mais pas celui de l’amour courtois, et où les Porsches des mâles dominants côtoient sur les parkings les Clios calcinées des gens sans défense.

Je dois le reconnaître, je ne suis pas aussi confiant que les footballeurs homosexuels dans les vertus de l’échange, du dialogue et de la politique de la main tendue pour abolir les préjugés ou surmonter les croyances qui font que les uns refusent aux autres le droit d’exister.

Je n’ai pas cette générosité, cette grandeur d’âme et cet amour de mon prochain pour croire qu’une rencontre avec celui qui a priori ne vous respecte pas est de nature à le convaincre que vous pouvez être respectable et même aimable. Voilà pourquoi j’éprouve une profonde estime pour les membres du football club gay de Paris qui ont su mobiliser leurs sentiments les plus élevés et faire taire leur méfiance quand ils ont acceptés de rencontrer ceux du Bébel Créteil.

Je pense à leur amertume quand ils ont appris que ces derniers, en tant que musulmans pratiquants selon les termes du responsable du club, refusaient un échange que leur religion interdit. « Désolé, mais par rapport au nom de votre équipe et conformément aux principes de notre équipe, qui est une équipe de musulmans pratiquants, nous ne pouvons jouer contre vous, nos convictions sont de loin plus importantes qu’un simple match de foot. »

Les réactions qui ont accueillies cette décision ont été diverses et variées. La Halde marche sur des œufs pour ne stigmatiser personne et s’étonne que des discriminés puissent être discriminants. Le responsable du club musulman a d’abord défendu sa position au nom de la liberté de penser, déploré qu’une fois de plus les musulmans passent pour les méchants et reconnu qu’il avait réagi un peu vite et qu’il aurait du demander leur avis aux imams. Imams qui sont restés prudemment silencieux comme souvent quand il s’agit de trancher entre les usages français et les commandements de leur religion de paix et de tolérance.

Mais ça, c’était avant. Aux dernières nouvelles, face à la réprobation générale et devant la menace de la fédération de football d’exclure les mauvais joueurs, le responsable du Créteil Bébel parle aujourd’hui de malentendu. « Nous avions renoncé à cette rencontre, non pas par homophobie, comme il nous est reproché, mais tout simplement parce que le nom de ce club ne nous semblait pas refléter notre vision du sport, qui est pour nous exempte de toute revendication communautariste, ethnique ou religieuse, ou liée à une quelconque orientation sexuelle. » Zahir Belgharbi explique donc que ses membres n’ont pas la phobie de l’homo mais du communautarisme, et rajoute que finalement, pour le match, c’est d’accord.

Pour résumer cette histoire, on avait d’abord cru que les stigmatisés de banlieue ne parlaient pas aux enculés de la capitale. C’était une méprise, voire un procès d’intention. En réalité, ce qui choque les footballeurs de ce club musulman, ce n’est pas l’homosexualité, c’est le communautarisme dans le sport et on peut supposer que si l’équipe proposée pour une rencontre avait été composée de femmes, de juifs ou de croisés, la réponse aurait été la même. Français et puis c’est tout !

Quand on vous dit que l’immigration, c’est une chance pour la France. L’honneur est sauf, la cohésion nationale et l’avenir du club aussi. On respire.

Alain Crombecque sort de la coulisse

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Alain Crombecque est brusquement décédé d’un arrêt cardiaque à l’âge de 70 ans. Il dirigeait le festival d’automne de Paris, et avait été pendant sept ans à la tête du festival d’Avignon à une époque où il s’y passait encore des choses intéressantes. J’aimais bien Alain depuis le temps où nous fréquentions ensemble assidûment l’estaminet « Le Caveau », place Antonin-Poncet, à Lyon, antre enfumée des étudiants, peintres et théâtreux de la capitale des Gaules dans les années 1960. Vice-président de l’UNEF chargé de la culture quelques années avant mai 1968, il s’arrangeait toujours pour aller pisser au moment des votes cruciaux, où il fallait choisir son camp. Sa discrétion n’avait d’égale que son opiniâtreté à défendre le spectacle vivant, sans exclusive esthétique ni politique. Dans la coulisse, il était le plus fort.

Neuilly son père

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sarko

Voici donc le petit Jean Sarkozy, 23 ans, promis à la présidence de l’EPAD, Etablissement Public d’Aménagement de la Défense, premier quartier d’affaire d’Europe et gigantesque pompe à fric, s’il en est. Lorsque la plupart de ses congénères en appellent à leur parentèle pour les aider à trouver un premier stage en entreprise, l’élu du canton de Neuilly-sur-Seine-sud, lui, va se trouver propulsé au sommet du World Trade Center français. CDI, limite d’âge 65 ans, ce qui lui permet de voir venir.

Pistonné ? Vous rigolez, s’écrie Xavier Bertrand. Il s’est toujours fait tout seul, Jean… plus jeune conseiller général de France grâce au seul suffrage des Neuilléens. C’est vrai que personne n’est obligé de voter Sarkozy, même à Neuilly. Puis, au moment de choisir un président de groupe UMP au conseil du département le plus riche de France, là encore ça n’a pas fait un pli. C’était tellement évident que tous les vieux briscards du 9-2, connus pour leur sens du sacrifice, se sont spontanément désistés en faveur de leur benjamin. Faudrait vraiment avoir mauvais esprit pour penser que son père y est pour quoi que ce soit !

Pour l’Epad, c’est pareil. Dans les Hauts-de-Seine, tout le monde vous le dira : Jean, il est encore plus doué que son père au même âge. Nicolas, lui, avait dû attendre 27 ans pour s’emparer de la mairie de Neuilly, le nul ! Faudrait être con pour se passer d’un Sarko comme ça sans même réfléchir.

Evidemment, cette carrière éclair qu’il ne doit qu’à son mérite, ça n’a pas manqué de faire des jaloux. On est en France. La gauche raille son « incompétence ». Le Parisien s’est même cru autorisé à rappeler qu’il n’avait obtenu que 12,5/20 aux examens de première année de droit, mention passable, avant d’interrompre provisoirement ses études… pour cause d’entrée précoce en politique. Entrée brillante, aux municipales de Neuilly, dont se souvient parfaitement David Martinon. Il lui doit son poste de consul de France à Los Angeles, où il monte des concerts de rock, de quoi se plaint-il ?

C’est qu’avant de trouver sa voie Jean Sarkozy s’est beaucoup cherché, il ne voulait surtout rien devoir à ses parents, ce qui a sans doute un peu retardé son cursus universitaire. Lorsque Villepin croyait tenir les Nagy Bosca pour de supposés comptes Clearstream, petit Jean pensait faire carrière sur les planches. Le metteur en scène Philippe Hersant affirme l’avoir choisi à l’aveugle pour un rôle dans la pièce Oscar. Le jeune homme s’était présenté à une audition sous le nom de sa mère, Marie Cuglioli. Il lui avait trouvé, dit-il, « un charisme énorme, une très bonne diction, et le sens de l’improvisation ». Toutes choses qui, même si elles ne sont pas enseignées à Science po, font merveille en politique. Jean ne tardera pas à s’en rendre compte, déclinera finalement le rôle et se lancera dans la carrière à Neuilly-sur-Seine. Mais cette fois, bien sûr, en se présentant sous le pseudonyme de son père.

Face au procès en « népotisme » instruit par les bien-pensants, Jean Sarkozy reste de marbre, droit dans ses bottes. Pour bien montrer qu’il ne s’attend pas à hériter de l’Elysée pour son trentième anniversaire, il a courageusement repris ses études à la Sorbonne, malgré un emploi du temps bien rempli. Comme l’a magnifiquement expliqué son amie Isabelle Balkany, si un jour il veut faire autre chose que de la politique (!), il doit avoir un bagage universitaire. Le jeune président du groupe UMP des Hauts-de-Seine a donc passé ses partiels de février. Avec ses nouvelles responsabilités, trouvera-t-il encore le temps de continuer à bucher jusqu’au CAPA ? Il serait le premier étudiant-Pdg de France. Classe, non ?

Dater sa tristesse

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Nina Hagen
Nina Hagen.

Pierre-Louis Basse aime la gauche du monde d’avant, le football et l’histoire. Au point, parfois, de rendre ces trois passions consubstantielles, ce qui donne chez ce grand journaliste des livres d’écrivain, chose pas forcément évidente. Des livres d’écrivain, c’est-à-dire des livres qui ont toujours tendance à déborder leur sujet, comme dans son Séville 82[1. Séville 82, La Table ronde, Petite Vermillon.], où il raconte un des combats les plus tragiques du onze tricolore, quand la France perdit le « match du siècle » avec un héroïsme surhumain en demi-finale de la Coupe du monde, face à une équipe d’Allemagne d’une brutalité peu commune. De même, bien avant l’OPA sarkozyste, il avait donné un essai biographique sur Guy Môquet[2. Une Enfance fusillée, Stock.] qui était aussi une histoire de famille : sa mère, Esther, militante communiste, avait été chargée de récupérer les lettres et les planches sur lesquelles les fusillés de Chateaubriand avaient écrit leurs adieux.

[access capability= »lire_inedits »]Chroniqueur de la ligne 13[3. Ma ligne 13, Le Serpent à plumes.], celle qui l’emmène de Saint-Ouen aux locaux d’Europe 1, où il officie tous les week-ends à midi, il est un observateur lucide, généreux et aimablement désespéré de cette France que l’on défigure à grandes giclées de vitriol communautariste. Est-ce pour cela que, pour son premier roman, Comme un garçon, il se réfugie en 1979, l’année de ses 20 ans ? Ce lecteur de Nizan sait pourtant qu’il ne faut laisser dire à personne que c’est le plus bel âge de la vie.

Que faisait donc Pierre Garçon, le vrai nom de Basse, l’année où commençait le deuxième choc pétrolier ? Comme il a un peu de mal à s’en souvenir, l’homme de 50 ans s’installe dans un hôtel de Clichy, dans le quartier où lui et sa bande s’accrochaient à des rêves de lendemains qui chantaient d’une voix de plus en plus inaudible dans la France du plan Barre. Alors, pour retrouver la mémoire, dans cette chambre anonyme des dortoirs modernes au confort mondialisé, il branche un vieux pick-up acheté en RDA, ceux dont les fils se branchaient directement dans la prise, et il écoute des disques de Zappa, Gainsbourg, Nina Hagen qu’il volait au nom de la reprise individuelle. Et c’est comme si tout recommençait : le corps des amours perdues, les films de Jacques Bral, la silhouette de Christine Boisson et une inoubliable séance de ski sur les pentes enneigées de Montmartre.

Pierre-Louis Basse, ou Pierre Garçon, comme vous voudrez, fait pour ce premier roman un travail aussi essentiel que sans espoir. Bien au-delà d’une simple autofiction, d’un catalogue sentimental, d’une panoplie dérisoire et émouvante qui va de la couleur jaune des tickets de métro à l’haleine mentholée des filles qui fumaient des Kool, il cherche le moment, l’instant peut-être où l’on a basculé d’une époque à une autre. De cette année 1979 à ce temps où « jamais le pays dans lequel il vivait n’avait exhibé autant de preuves d’asservissement à ceux qui dominent et qui détiennent le pouvoir par l’argent ».

Baudelaire, dans Mon cœur mis à nu, parlait de « dater sa tristesse ». C’est ce que fait Pierre-Louis Basse dans Comme un garçon. Et il le fait vraiment bien, les larmes aux yeux, le sourire aux lèvres.[/access]

Juste des gens bien

Anne Wiazemsky
Anne Wiazemsky.

De l’admiration. De l’amour. De l’héroïsme. Enfin ! Selon l’idée reçue que les familles heureuses se ressemblent toutes et n’ont pas d’histoire (cette imposture colportée depuis la naissance du romantisme), jamais le malheur n’avait autant marché en librairie. Les sujets qui ont bonne presse, ces temps-ci, ce sont les misery memoirs, entendez par là je vous raconte − avec talent, c’est ça le pire − ma souffrance, mon histoire, ma rupture, mon bébé, ma dépression, mon cancer. Le stade au-dessus, c’est la souffrance par génération interposée : ma mère était méchante, mon oncle me violait, mon grand-père était collabo. Le stade ultime, c’est la psychanalyse opérée sur le dos de l’Histoire : des guerres de religion à la guerre d’Algérie en passant par Vichy, la révocation de l’édit de Nantes et l’affaire Dreyfus, y’a pas à tortiller, on est tous des salauds.

[access capability= »lire_inedits »]Et voici quelqu’un qui ne dit pas de mal de ses parents, ni de leur époque, ni d’elle-même, ne révèle aucun scoop scabreux, ne divulgue aucune petitesse propre à rassurer le lecteur et à le conforter dans sa bonne conscience. C’est même l’inverse : elle convoque des individus formidables, qu’elle aime, qu’elle admire et qui lui manquent. Elle leur rend grâce et hommage, comme elle l’a déjà fait, entre autres, avec une élégance infinie, pour Robert Bresson (Jeune fille, Gallimard, 2007) et pour ses arrière-grands-parents (Une poignée de gens, Gallimard, 1998). Tout devrait donc, logiquement concourir à l’échec public et critique. Eh bien, non ! Au contraire, et c’est une bonne nouvelle sous le soleil de la rentrée littéraire. Il faut croire que certains ont compris qu’il n’y a pas de honte à préférer le bonheur.

Mais cessons de ne louer ce livre que par des négatives : il n’est point mesquin, il n’est point souffrant. Certes. Il est surtout porté par la voix unique, vibrante de justesse et d’épure, d’Anne Wiazemsky. Et tout n’est pas rose, loin de là, dans l’histoire de cette rencontre, puisqu’elle a pour arrière-plan l’une des périodes les plus sombres de notre siècle : l’après-guerre, à Berlin. Claire (la mère d’Anne), fille du « grantécrivain » François Mauriac, y est partie en tant qu’ambulancière pour la Croix-Rouge. Elle a laissé derrière elle une France grise, où l’attendait un fiancé bien sous tous rapports, pour sauver des vies dans une Allemagne en ruines. Jean, dit « Wia », descendant d’un prince russe (ce que papa Mauriac prendra soin de vérifier après avoir confié l’enquête à Henri Troyat), négocie avec les Soviétiques les libérations des prisonniers. Sur le point de l’épouser, Claire écrit à ses parents : « Je ne suis pas sûre de faire une princesse bien présentable. » Partout, autour d’eux, misère et souffrance, mais ils sont jeunes, ils s’aiment, tout les sépare, ça paraît trop mais ça fonctionne parce que c’est vrai. D’autant plus vrai qu’Anne Wiazemsky a rythmé son roman des lettres de Claire, dont elle n’a rien retiré ni modifié. Miracle de l’écriture, la mère et la fille finissent par faire entendre une même voix : bon sang ne saurait mentir. Comme Anne sans doute, Claire est fragile, mais elle est forte ; percluse de migraines, elle refuse de s’écouter, et elle s’éloigne de ses chers parents pour mieux les aimer de loin. Montherlant (ennemi juré de Mauriac par ailleurs, mais tant pis) a dit quelque part : « Annoncez une bonne nouvelle, vous vous rendez agréable ; annoncez en une mauvaise, vous vous rendez intéressant : choisissez. » Anne Wiazemsky a choisi la première option. Heureusement : on avait presque oublié que l’amour existait.

Mon enfant de Berlin

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Deuil, j’y travaille

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Prague, ancien cimetière juif
Prague, ancien cimetière juif.

Les femmes de ma vie vous le diront : je peux toujours faire illusion en écrivant dans Causeur, j’ai beau pérorer sur des sujets de société, des choses importantes de la vie, je ne connais presque rien. Il y a des régions entières de l’âme et du cœur pour lesquelles je reste un étranger, un touriste tout au plus. Par exemple, la mort des autres me laisse totalement désemparé. Le deuil, je n’y comprends rien.

Avant de partager mon canapé avec le couillon tombé dans les filets de la SPA, j’ai eu un premier chien. Je ne voulais pas faire entrer dans la famille un de ces animaux fidèles ou policiers, mais ma fille m’a eu à l’usure. Le harcèlement fut long et acharné.

[access capability= »lire_inedits »]J’ai commencé par lui faire remarquer que le hamster et les trois chats devaient suffire à combler le manque d’amour inconditionnel que son père tardait à lui témoigner, mais les chats, ça ne vient pas se coucher au pied quand on les siffle. J’ai continué en lui expliquant qu’elle ressemblait de plus en plus à sa mère et que, le temps des garçons venant, elle ne tarderait pas à être comblée, mais rien n’y fit.

Après avoir conclu nos conversations pendant des années en lui répétant que, moi vivant, aucun cabot ne viendrait habiter sous mon toit, nous sommes un jour revenus d’un refuge avec une espèce d’épagneul noir et blanc.

Ce corniaud ne m’a attiré que des ennuis. Moins d’une semaine après avoir fait sa place dans la maison entre ma fille et moi, le clébard pointait sa truffe avec, dans la gueule, la cuisse d’une poule, laissant le reste de la volaille vivante et unijambiste dans le poulailler du voisin. Quelques jours plus tard, il tentait de renouveler la prédation sur le facteur avec moins de succès, ce qui me valut une lettre carabinée de la Poste.

Pourtant, quand ce salaud est mort, je n’ai jamais eu autant de chagrin de toute ma vie et il m’a fallu une bonne semaine de pleurs pour pouvoir penser à ce compagnon canin avec regret mais sans douleur.

En revanche, quand ma grand-mère nous a quittés, je n’ai pas versé une larme. Allez comprendre ! Quelques années après avoir perdu cette grand-mère juive chez qui j’avais passé beaucoup de mon enfance, j’ai emmené mon fils en voyage en Israël. Notre visite de Jérusalem nous a menés devant ce qu’on appelait, quand j’étais petit, le mur des Lamentations.

Je dois l’avouer : les vestiges de l’histoire et de la religion des Hébreux m’impressionnent beaucoup moins que les Israéliens. Devant les pierres du Temple, je reste de marbre et, si je suis sioniste, c’est plus par Moshe Dayan que par le roi David. Pourtant, ce jour-là, au pied du Mur, une émotion inattendue est venue me saisir. J’ai été cueilli par le souvenir du judaïsme tendre de ma grand-mère comme si j’avais cinq ans. J’ai peut être été, comme on dit pour les simplets, bercé trop près du mur et, à un moment de ma vie où je ne m’y attendais plus, sans pouvoir m’arrêter, j’ai pleuré ma grand-mère.

Les années ont passé et je me suis trouvé, alors que j’étais invité, un été, dans une maison de famille, devant une photo de famille. Il faut dire que je ne suis héritier ni de l’une ni de l’autre. L’histoire de France m’en a privé et je n’en garde aucune amertume : au moins, je ne passe pas mes vacances à tondre la pelouse et à repeindre les volets.

La photo était celle d’une grand-mère, alors jeune, dans les noirs et blancs d’avant, endimanchée et posant sur un sofa, un bouquet de roses à la main.

Cette image où tout ce qui est donné à voir a disparu, cette mise en scène un peu désuète, qui fait sourire, a libéré et ma peine et des larmes que j’ai eu du mal à endiguer.

Sur la photo encadrée de cette grand-mère inconnue, j’ai pleuré la mienne.

Combien de temps faudra-t-il à mon cœur pour comprendre que jamais plus, je ne reverrai ma grand-mère adorée ? Combien d’événements comme ceux-ci, auxquels s’ajoute l’écriture de ce texte, seront-ils nécessaires à l’accomplissement de ce qu’on appelle le travail de deuil ?

Je n’en sais rien et, à vrai dire, je ne suis pas pressé de le savoir.[/access]

Le régime est en crise

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Il y a quelques jours, le rédacteur en chef de Brigitte, le plus lu des féminins d’outre-Rhin, annonçait son intention de boycotter, à partir de 2010, les mannequins filiformes sur ses couvertures, pour laisser la place à des « vraies » femmes avec des formes. Une décision unanimement saluée là-bas comme dans le reste du monde, au nom, bien sûr, de la lutte contre ces fléaux planétaires que seraient l’anorexie et autres troubles liés à l’obsession de maigrir chez nous autres les dames. Enfin, une quasi-unanimité dont il faut exclure un certain Karl Lagerfeld qui lui, n’est pas tout à fait d’accord. Il vient de le faire savoir dans l’hebdo allemand Focus. Comme d’hab’, c’est assez drôle, et plutôt bien senti : « La mode a toujours reposé sur le rêve et l’illusion, personne n’a envie de voir des rondouillardes, à l’exception des mémères qui passent leurs journées devant la télé avec un paquet de chips. » Karl sera-t-il entendu? On peut en douter, car, comme nous le savons, dans la presse plus c’est gros, plus ça passe.

A l’ère de l’onanisme unanime

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Danseuses, Edgar Degas
Edgar Degas, Danseuses en rose, 1880
Edgar Degas, Danseuses en rose, 1880.

Alain Finkielkraut nous a donné avec Un Coeur intelligent, un magnifique exemple de lecture du monde contemporain à la lumière de la littérature. Je voudrais tenter ici le même exercice grâce à l’ouvrage publié il y a quelque mois par Benoît Duteurtre, Ballets roses, qui, en même temps qu’il retrace fidèlement un célèbre fait divers de la fin des années 1950 mettant en scène André Le Troquer, le faiseur de roi de la IVème République accusé au début de la Vème de pédophilie, se livre à une méditation aussi discrète que subtile sur la sombre nature du désir humain.
 
De façon apparemment paradoxale, Benoît Duteurtre se met lui-même en scène dans le cadre d’un fait divers qui se produisit avant sa naissance. Ainsi, au cours de ses recherches, Duteurtre s’identifie implicitement à ces retraités « à la recherche de renseignements sur leurs trisaïeux (p.65) ». Lui aussi en effet est « à la recherche de renseignements » sur son trisaïeul, le Président René Coty, à l’occasion de la rédaction de son ouvrage. René Coty n’est pourtant dans l’histoire que raconte Benoît Duteurtre, et dans l’Histoire tout court, qu’un personnage secondaire, celui qui, par sens du devoir, et avec une pointe de ressentiment que Benoît Duteurtre n’élude pas, cède sa place à plus grand que lui. Le modèle de Benoît Duteutre, c’est donc un aïeul certes prestigieux, mais qui entre dans l’histoire par un geste politique paradoxal, puisque c’est celui de l’effacement. Il en va de même pour Benoît Duteurtre. L’auteur est absent de l’histoire qu’il raconte, puisqu’elle est consacrée à une époque qui précède sa naissance. Mais c’est ce douloureux sentiment d’absence, de ne pas être au cœur des choses, qui motive le récit.
 
Ainsi, l’auteur ne peut prendre une place dans son propre récit que de façon périphérique, en temps que simple observateur. C’est en effet par une « dérogation » (le titre du chapitre IV) que Benoît Duteurtre se voit accorder le droit « de plonger le nez dans une affaire un peu louche (p.70) ». Si, de façon significative, l’obtention de cette « fameuse « dérogation » est facilitée par son statut d’écrivain relativement connu que lui reconnait une commissaire de police cultivée, cette reconnaissance est signalée par l’auteur sur un modèle discrètement ironique. « Comment, vous ne connaissez par Benoît Duteurtre ? » s’exclame à l’attention d’un subordonné moins cultivé qu’elle la commissaire de police qui ouvrira les archives secrètes du dossier à l’auteur. Mais cette exclamation n’est pas sans rappeler celle, plus cocasse encore, de Mme Verdurin dans la Recherche, « Comment, vous ne connaissez pas le fameux Brichot ? ». Ce n’est qu’accompagné par le sentiment de bénéficier d’une dérogation imméritée que l’on devrait éprouver celui de toucher au cœur des choses. Nous sommes des étrangers à notre propre histoire. L’humanité ne comprend pas ce qui lui arrive. C’est une illusion prétentieuse et mortifère propre à la néo-humanité contemporaine qui la pousse, à coup de googlelisation et de recherches approfondies (sur internet), à se croire dépositaire de la vérité des êtres et de la réalité des choses.
 
Benoît Duteurtre, lorsqu’il médite sur les turpitudes d’André le Troquer, fait appel à François Mauriac qui, lorsqu’il commentait lui-même ce fait divers, parlait de l’imagination comme du pire des crimes. La plupart d’entre nous n’ont heureusement pas les moyens de réaliser ce qu’ils imaginent. « Les ballets dont ils s’enchantent se déroulent sur un écran invisible », écrivait à ce propos l’écrivain catholique. Cet écran invisible est devenu par la grâce ou la disgrâce d’internet parfaitement visible. Voilà une différence avec l’époque dont nous parle Benoît Duteurtre. Nous avons aujourd’hui tout le loisir d’obtenir la confirmation des horreurs que nous prêtons à tort ou à raison aux puissants sur les innombrables pages stockées derrière les innombrables écrans qui nous sont devenus indispensables. Et c’est ainsi que ceux qui réalisent les désirs que nous nous contentons d’imaginer méritent notre opprobre deux fois : parce qu’ils réalisent ce que nous nous contentons d’imaginer, et parce qu’ils réalisent ce qui est interdit.
 
Il y a une horreur du voyeurisme dans le récit de Benoît Duteurtre, et pourtant ce voyeurisme constitue l’objet même du récit. Comment en serions-nous indemnes, nous qui commentons et disséquons les moindres paroles, les moindres écrits, et surtout les actes, réels ou supposés, des protagonistes des affaires qui nous occupent en ce moment, en nous érigeant, souvent en toute bonne conscience, en juges de nos semblables. « Qui t’a fait juge ? » Une ancienne et excellente question que plus personne ne veut entendre.
 
Du point de vue de la satisfaction de notre voyeurisme, l’ouvrage de Benoît Duteurtre est très décevant, et il faut lui préférer l’arène où sont mis en scène les faits divers du jour. Car ce ne sont pas les « crimes » eux-mêmes qui intéressent Benoît Duteurtre, « des moments sexuels ternes où le vieillard se donne du plaisir en observant les ébats des autres (p.121) », mais le regard que nous posons sur eux. Non seulement parce que, aujourd’hui comme hier, c’est ce qui motive l’intérêt des foules pour les turpitudes des puissants, mais aussi parce que, au fond, ce voyeurisme ne touche pas seulement les foules mais aussi les puissants eux-mêmes, et à ce titre, sans doute, révèle quelque chose sur l’essence même du désir. Le désir est le sentiment d’un manque. « Tout désir est désir d’être », tout désir est désir de résider au cœur des choses. Mais cette volonté d’habiter l’essence même des phénomènes est toujours déçue. La description « clinique » de l’affaire par le juge que retranscrit pour nous Benoît Duteurtre le prouve. Les turpitudes de Le Troquer, qui était celui qui résidait au cœur même du pouvoir, celui qui dominait la toute-puissante assemblée pendant la IVe République, celui qui faisait et défaisait les gouvernements, se réduisent à un voyeurisme masturbatoire de l’espèce la plus commune. Voilà le pauvre réel : le roi du monde est un « exclu » de la scène fondatrice, un pauvre être désirant, séparé des objets qu’il convoite. Avec cela, « tout est dit ou presque de la triste réalité (p.155) ». Cette « triste réalité », et le voile que l’on pose sur elle pour lui préférer des fables flamboyantes, c’est ce qui intéresse la littérature, mais c’est ce que refusent de voir les foules désinhibées de l’ère internet. Ce que la foule imagine des frasques sexuelles des puissants, ce n’est que cela, un voyeurisme redoublé, une façon d’épier les actes de d’autrui, de se masturber avec les obscénités que l’on a soi-même tracées sur l’écran.
 
Quand nous voudrions établir des frontières étanches entre ceux qui habitent pleinement la réalité, et qui pour cela sont l’objet de notre ressentiment et de notre vertueuse indignation, et ceux qui, pauvres gens du peuple séparés de leurs désirs, sont toujours en peine d’étreindre la réalité (par manque de moyens ou par soumission à la loi commune), Benoît Duteurtre nous révèle la réalité du désir pour ce qu’elle est, une excitation vaine de l’esprit, un « trouble déraisonnable de la conscience (p.168) ». Le désir est spirituel avant d’être corporel. Satan est un esprit, il n’a pas de corps; Merlu, l’âme damnée de Le Troquer est appelé un Mephisto (p.170). Il ne faut pas s’étonner que les sombres désirs de la modernité s’étalent aujourd’hui sur les écrans ectoplasmiques d’internet et de la télévision. Notre époque hypermoderne est aussi un abandon de la dimension charnelle de l’existence. Le Troquer est moins esclave de ses instincts corporels que de « l’abstraction de ses désirs » qui l’emportent dans un monde tyrannique, loin de la réalité et de la « présence réelle (p.177) » des nymphettes dont il se sert. C’est cela le crime au fond, l’oubli de la « présence réelle » des gens dont on use ou que l’on lynche sur internet. Ce n’est pas le corps le coupable, mais une désincarnation du désir, une pure imagination qui nous coupe de la matérialité du monde.
 
Lorsque nous nous laissons aller aux délices masturbatoires de la persécution collective en alimentant cette hargneuse machine à fantasmes virtuels qu’est devenu internet, nous sombrons exactement dans les mêmes péchés que Le Troquer il y a cinquante ans.

BALLETS ROSES

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Turquie, l’autre génocide

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Si le drame arménien est aujourd’hui connu de tous, il n’est hélas pas isolé, à cette époque et dans cette même région du monde. La Turquie s’est livrée dans les années 1920 à un nettoyage ethnique et à des pogroms contre ses habitants grecs. Ce constat n’est pas tiré d’un livre d’histoire mais plutôt d’un livre récent publié par le commandant en chef de l’OTAN, l’amiral américain James G. Stavridis, dont le grand-père a dû fuir son Anatolie natale après la mort de son frère tué par le Turcs. L’excellent Amir Oren, de Haaretz, lecteur infatigable et connaisseur hors pair des armées américaines à qui l’on doit cette petite découverte, précise que quand Stavridis a publié l’an dernier Destroyer Captain : Lessons of a First Command, livre consacré aux 28 mois (1993-1995) passés au commandement d’un bâtiment de guerre sophistiqué de la marine américaine en Méditerranée, il ne se doutait pas qu’il allait être bientôt nommé – à la surprise générale d’ailleurs – au poste hautement politique qu’il détient aujourd’hui et qui l’oblige à ménager, entre autres, les susceptibilités d’Ankara.

Destroyer Captain: Lessons of a First Command

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Nous sommes tous des fils à papa

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defense

Faut-il se joindre à la meute qui s’est lancée aux basques du jeune Sarkozy, au grand soulagement de Frédéric Mitterrand ? On peut, certes, s’offusquer de voir le fils du président de la République accéder à des fonctions habituellement réservées à des hommes politiques expérimentés. Conseiller général de Neuilly à 22 ans, président du groupe UMP à 23 ans et bientôt président de l’Etablissement public de la défense (EPAD) : une telle carrière n’aurait pas été possible si Jeannot s’était appelé Dugenou et encore moins Mohamed.

Nous sommes là devant un cas flagrant de népotisme politique au sommet qui nous ridiculise aux yeux du monde, et nous disqualifie pour faire la morale aux républiques bananières : la revue de presse internationale sur cette affaire est accablante. Même la télé chinoise se paie la fiole du fils à papa, un comble dans un pays où le comité central du PCC est composé de vieillards, têtes de lignée de familles qui accaparent les postes politiques et administratifs…

Mais examinons les arguments développés par les contempteurs du gendre à Darty : il est, selon eux, scandaleux que la présidence d’un établissement public brassant des sommes d’argent considérables soit confié à un jeune blanc-bec qui rame en deuxième année de Deug de droit à un âge où les brillants sujets terminent leur doctorat.

Si l’on pousse le raisonnement jusqu’au bout, aucun poste politique – car la présidence de l’EPAD en est un – ne pourrait être confié à quelqu’un ne pouvant présenter moins de bac+8 sur son CV…
Il fut un temps où les partis de gauche et les syndicats faisaient office d’universités parallèles pour sélectionner des cadres politiques dans les classes défavorisées : on a connu des titulaires du certificat d’études dont les mérites gestionnaires valaient bien ceux des hyper- diplômés de la classe politique.

Il n’est pas besoin de citer Corneille, ni d’évoquer les généraux de l’an II pour réfuter l’argument de l’âge qui interdirait à un jeune homme ou une jeune femme d’accéder à des postes de responsabilités importantes. Comme dirait Brassens, l’âge ne fait rien à l’affaire et la seule question qui vaille est celle de la capacité politique à assumer les charges que l’on brigue.

En conséquence l’affaire Jean Sarkozy revient à juger de sa taille par rapport au costume qu’il prétend enfiler. Les électeurs de Neuilly, qui n’ont pas l’air d’être des veaux, si l’on considère le sort qu’ils ont réservé au candidat du président lors des municipales, ont élu Jean Sarkozy au poste de conseiller général. En 2014, ils seront amenés à valider ou sanctionner l’action de cet élu local. Entretemps, il est pour le moins prématuré de le démolir au seul motif qu’il est le fils de son père.

Il semble, sous réserve d’inventaire, que Sarko junior soit moins brêle en politique qu’en droit. C’est après 2017 (ou 2012 si papa mord la poussière) que l’on verra à quel niveau il pourra se maintenir par son seul talent. Gilbert Mitterrand, Louis Giscard d’Estaing, Axel Poniatowski, Martine Aubry sont des fils et filles à papa à qui personne, aujourd’hui ne vient reprocher leurs origines, car ils ont gagné leur légitimité par eux-mêmes après le « coup de pouce » initial.

Reste la grave question du népotisme, cette maladie bien française. La Révolution de 1789 a eu beau abolir solennellement les corporations et promouvoir le mérite comme seul critère d’accession aux postes prestigieux de la République, ce népotisme s’insinue par toutes les brèches de l’édifice de nos institutions.

Les fils et filles de… se retrouvent, comme par hasard, aux premiers rangs des nouvelles générations, dans le show-biz, la littérature, le journalisme ou la politique. Les exemples viendront à l’esprit de chacun, chez les gens célèbres comme dans le voisinage. Les classes populaires ne sont pas épargnées par ce phénomène : j’ai conservé d’une vie professionnelle antérieure le souvenir que le Syndicat du Livre, qui jouissait du monopole de l’embauche dans la presse quotidienne ne traitait pas mal les enfants de ses membres…

Le fromage alto-séquanais a une forte tendance à se déguster en famille : Ceccaldi-Raynaud, Balkany et Sarkozy en sont les actuels parrains et marraines. Parfois, des drames cornéliens déchirent ces familles, pour la plus grande joie des gazettes. Ce n’est pas pire que dans le Paris de Jacques Chirac ou le Languedoc-Roussillon de Georges Frêche.

Dans un pays où les Tanguy se multiplient par temps de crise, saluons la belle énergie d’un rejeton de la bourgeoisie francilienne pour se dégager des délices du cocon familial et se plonger dans le monde de brutes des Hauts-de-Seine.

Arabes, pédés : tous ensemble !

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Fernard Cormon, Le Harem, 1877.
Fernard Cormon, <em>Le Harem</em>, 1877.
Fernard Cormon, Le Harem, 1877.

Si j’acceptais d’apparaître en public en short satiné, maillot bariolé et chaussettes montantes, si je passais mes loisirs à courir dans des stades en portant les couleurs de Castorama ou de William Saurin et si j’avais renoncé à envisager sexuellement l’autre moitié de l’humanité pour préférer l’amour de mes semblables, en deux mots, si j’étais footballeur homosexuel, j’avoue que j’éprouverais une certaine réticence à disputer un match contre une équipe de musulmans pratiquants.

Le dimanche 4 octobre dernier, une rencontre qui devait opposer le Paris foot gay au Créteil Bébel a été annulée. Les gays parisiens, dont on dit un peu vite qu’ils n’aiment pas les femmes alors qu’ils s’attachent à leur épargner toute forme d’enfer conjugal, qu’ils ne les voilent ni ne les violent et nulle part dans le monde ne les lapident, ont appris par courriel que le match n’aurait pas lieu, le nom de leur équipe ayant incommodé les mahométans de banlieue.

Je m’étonne que les plus gênés de l’histoire soient les musulmans car au risque de passer pour islamophobe, si j’étais homosexuel, j’aurais quelques raisons d’hésiter à jouer avec des hommes qui, par leur croyance, n’ont pour moi pas le moindre respect. Je crois bien que le sort réservé aux gays en terre d’islam, les persécutions et les exécutions publiques devant des foules réjouies, les prêches d’imams me comparant à des animaux répugnants gâcheraient mon plaisir à pratiquer un sport avec des partenaires attachés à cette culture-là.

Si j’étais homosexuel et footballeur, l’histoire récente de ces deux jeunes filles lesbiennes d’Epinay sous Sénart, chassées de leur quartier par les injures, les crachats et les coups, contraintes de fuir une de ces cités transformée en enclave islamique dans notre République laïque, m’inviterait à réfléchir avant de consentir à jouer au ballon avec ceux qui cautionnent de telles discriminations. Le calvaire des gays en banlieues, de ces hommes et femmes obligés de vivre cachés, de raser les murs pour éviter les ennuis ne m’aiderait pas à rentrer dans le jeu avec ceux qui pratiquent et revendiquent une telle intolérance à la diversité.

Si j’appartenais à un club de football gay, j’aurais peut être eu du mal ce dimanche matin du 4 octobre, à respecter un engagement sportif plutôt que de rester au lit avec mon amoureux. Je me demande si je n’aurais pas été tenté de renvoyer à mon entraineur ma carte de membre actif ou passif pour avoir eu l’idée de m’envoyer jouer dans un quartier où le Moyen Âge règne sur les esprits mais pas celui de l’amour courtois, et où les Porsches des mâles dominants côtoient sur les parkings les Clios calcinées des gens sans défense.

Je dois le reconnaître, je ne suis pas aussi confiant que les footballeurs homosexuels dans les vertus de l’échange, du dialogue et de la politique de la main tendue pour abolir les préjugés ou surmonter les croyances qui font que les uns refusent aux autres le droit d’exister.

Je n’ai pas cette générosité, cette grandeur d’âme et cet amour de mon prochain pour croire qu’une rencontre avec celui qui a priori ne vous respecte pas est de nature à le convaincre que vous pouvez être respectable et même aimable. Voilà pourquoi j’éprouve une profonde estime pour les membres du football club gay de Paris qui ont su mobiliser leurs sentiments les plus élevés et faire taire leur méfiance quand ils ont acceptés de rencontrer ceux du Bébel Créteil.

Je pense à leur amertume quand ils ont appris que ces derniers, en tant que musulmans pratiquants selon les termes du responsable du club, refusaient un échange que leur religion interdit. « Désolé, mais par rapport au nom de votre équipe et conformément aux principes de notre équipe, qui est une équipe de musulmans pratiquants, nous ne pouvons jouer contre vous, nos convictions sont de loin plus importantes qu’un simple match de foot. »

Les réactions qui ont accueillies cette décision ont été diverses et variées. La Halde marche sur des œufs pour ne stigmatiser personne et s’étonne que des discriminés puissent être discriminants. Le responsable du club musulman a d’abord défendu sa position au nom de la liberté de penser, déploré qu’une fois de plus les musulmans passent pour les méchants et reconnu qu’il avait réagi un peu vite et qu’il aurait du demander leur avis aux imams. Imams qui sont restés prudemment silencieux comme souvent quand il s’agit de trancher entre les usages français et les commandements de leur religion de paix et de tolérance.

Mais ça, c’était avant. Aux dernières nouvelles, face à la réprobation générale et devant la menace de la fédération de football d’exclure les mauvais joueurs, le responsable du Créteil Bébel parle aujourd’hui de malentendu. « Nous avions renoncé à cette rencontre, non pas par homophobie, comme il nous est reproché, mais tout simplement parce que le nom de ce club ne nous semblait pas refléter notre vision du sport, qui est pour nous exempte de toute revendication communautariste, ethnique ou religieuse, ou liée à une quelconque orientation sexuelle. » Zahir Belgharbi explique donc que ses membres n’ont pas la phobie de l’homo mais du communautarisme, et rajoute que finalement, pour le match, c’est d’accord.

Pour résumer cette histoire, on avait d’abord cru que les stigmatisés de banlieue ne parlaient pas aux enculés de la capitale. C’était une méprise, voire un procès d’intention. En réalité, ce qui choque les footballeurs de ce club musulman, ce n’est pas l’homosexualité, c’est le communautarisme dans le sport et on peut supposer que si l’équipe proposée pour une rencontre avait été composée de femmes, de juifs ou de croisés, la réponse aurait été la même. Français et puis c’est tout !

Quand on vous dit que l’immigration, c’est une chance pour la France. L’honneur est sauf, la cohésion nationale et l’avenir du club aussi. On respire.

Alain Crombecque sort de la coulisse

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Alain Crombecque est brusquement décédé d’un arrêt cardiaque à l’âge de 70 ans. Il dirigeait le festival d’automne de Paris, et avait été pendant sept ans à la tête du festival d’Avignon à une époque où il s’y passait encore des choses intéressantes. J’aimais bien Alain depuis le temps où nous fréquentions ensemble assidûment l’estaminet « Le Caveau », place Antonin-Poncet, à Lyon, antre enfumée des étudiants, peintres et théâtreux de la capitale des Gaules dans les années 1960. Vice-président de l’UNEF chargé de la culture quelques années avant mai 1968, il s’arrangeait toujours pour aller pisser au moment des votes cruciaux, où il fallait choisir son camp. Sa discrétion n’avait d’égale que son opiniâtreté à défendre le spectacle vivant, sans exclusive esthétique ni politique. Dans la coulisse, il était le plus fort.

Neuilly son père

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sarko

Voici donc le petit Jean Sarkozy, 23 ans, promis à la présidence de l’EPAD, Etablissement Public d’Aménagement de la Défense, premier quartier d’affaire d’Europe et gigantesque pompe à fric, s’il en est. Lorsque la plupart de ses congénères en appellent à leur parentèle pour les aider à trouver un premier stage en entreprise, l’élu du canton de Neuilly-sur-Seine-sud, lui, va se trouver propulsé au sommet du World Trade Center français. CDI, limite d’âge 65 ans, ce qui lui permet de voir venir.

Pistonné ? Vous rigolez, s’écrie Xavier Bertrand. Il s’est toujours fait tout seul, Jean… plus jeune conseiller général de France grâce au seul suffrage des Neuilléens. C’est vrai que personne n’est obligé de voter Sarkozy, même à Neuilly. Puis, au moment de choisir un président de groupe UMP au conseil du département le plus riche de France, là encore ça n’a pas fait un pli. C’était tellement évident que tous les vieux briscards du 9-2, connus pour leur sens du sacrifice, se sont spontanément désistés en faveur de leur benjamin. Faudrait vraiment avoir mauvais esprit pour penser que son père y est pour quoi que ce soit !

Pour l’Epad, c’est pareil. Dans les Hauts-de-Seine, tout le monde vous le dira : Jean, il est encore plus doué que son père au même âge. Nicolas, lui, avait dû attendre 27 ans pour s’emparer de la mairie de Neuilly, le nul ! Faudrait être con pour se passer d’un Sarko comme ça sans même réfléchir.

Evidemment, cette carrière éclair qu’il ne doit qu’à son mérite, ça n’a pas manqué de faire des jaloux. On est en France. La gauche raille son « incompétence ». Le Parisien s’est même cru autorisé à rappeler qu’il n’avait obtenu que 12,5/20 aux examens de première année de droit, mention passable, avant d’interrompre provisoirement ses études… pour cause d’entrée précoce en politique. Entrée brillante, aux municipales de Neuilly, dont se souvient parfaitement David Martinon. Il lui doit son poste de consul de France à Los Angeles, où il monte des concerts de rock, de quoi se plaint-il ?

C’est qu’avant de trouver sa voie Jean Sarkozy s’est beaucoup cherché, il ne voulait surtout rien devoir à ses parents, ce qui a sans doute un peu retardé son cursus universitaire. Lorsque Villepin croyait tenir les Nagy Bosca pour de supposés comptes Clearstream, petit Jean pensait faire carrière sur les planches. Le metteur en scène Philippe Hersant affirme l’avoir choisi à l’aveugle pour un rôle dans la pièce Oscar. Le jeune homme s’était présenté à une audition sous le nom de sa mère, Marie Cuglioli. Il lui avait trouvé, dit-il, « un charisme énorme, une très bonne diction, et le sens de l’improvisation ». Toutes choses qui, même si elles ne sont pas enseignées à Science po, font merveille en politique. Jean ne tardera pas à s’en rendre compte, déclinera finalement le rôle et se lancera dans la carrière à Neuilly-sur-Seine. Mais cette fois, bien sûr, en se présentant sous le pseudonyme de son père.

Face au procès en « népotisme » instruit par les bien-pensants, Jean Sarkozy reste de marbre, droit dans ses bottes. Pour bien montrer qu’il ne s’attend pas à hériter de l’Elysée pour son trentième anniversaire, il a courageusement repris ses études à la Sorbonne, malgré un emploi du temps bien rempli. Comme l’a magnifiquement expliqué son amie Isabelle Balkany, si un jour il veut faire autre chose que de la politique (!), il doit avoir un bagage universitaire. Le jeune président du groupe UMP des Hauts-de-Seine a donc passé ses partiels de février. Avec ses nouvelles responsabilités, trouvera-t-il encore le temps de continuer à bucher jusqu’au CAPA ? Il serait le premier étudiant-Pdg de France. Classe, non ?

Dater sa tristesse

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Nina Hagen
Nina Hagen.
Nina Hagen
Nina Hagen.

Pierre-Louis Basse aime la gauche du monde d’avant, le football et l’histoire. Au point, parfois, de rendre ces trois passions consubstantielles, ce qui donne chez ce grand journaliste des livres d’écrivain, chose pas forcément évidente. Des livres d’écrivain, c’est-à-dire des livres qui ont toujours tendance à déborder leur sujet, comme dans son Séville 82[1. Séville 82, La Table ronde, Petite Vermillon.], où il raconte un des combats les plus tragiques du onze tricolore, quand la France perdit le « match du siècle » avec un héroïsme surhumain en demi-finale de la Coupe du monde, face à une équipe d’Allemagne d’une brutalité peu commune. De même, bien avant l’OPA sarkozyste, il avait donné un essai biographique sur Guy Môquet[2. Une Enfance fusillée, Stock.] qui était aussi une histoire de famille : sa mère, Esther, militante communiste, avait été chargée de récupérer les lettres et les planches sur lesquelles les fusillés de Chateaubriand avaient écrit leurs adieux.

[access capability= »lire_inedits »]Chroniqueur de la ligne 13[3. Ma ligne 13, Le Serpent à plumes.], celle qui l’emmène de Saint-Ouen aux locaux d’Europe 1, où il officie tous les week-ends à midi, il est un observateur lucide, généreux et aimablement désespéré de cette France que l’on défigure à grandes giclées de vitriol communautariste. Est-ce pour cela que, pour son premier roman, Comme un garçon, il se réfugie en 1979, l’année de ses 20 ans ? Ce lecteur de Nizan sait pourtant qu’il ne faut laisser dire à personne que c’est le plus bel âge de la vie.

Que faisait donc Pierre Garçon, le vrai nom de Basse, l’année où commençait le deuxième choc pétrolier ? Comme il a un peu de mal à s’en souvenir, l’homme de 50 ans s’installe dans un hôtel de Clichy, dans le quartier où lui et sa bande s’accrochaient à des rêves de lendemains qui chantaient d’une voix de plus en plus inaudible dans la France du plan Barre. Alors, pour retrouver la mémoire, dans cette chambre anonyme des dortoirs modernes au confort mondialisé, il branche un vieux pick-up acheté en RDA, ceux dont les fils se branchaient directement dans la prise, et il écoute des disques de Zappa, Gainsbourg, Nina Hagen qu’il volait au nom de la reprise individuelle. Et c’est comme si tout recommençait : le corps des amours perdues, les films de Jacques Bral, la silhouette de Christine Boisson et une inoubliable séance de ski sur les pentes enneigées de Montmartre.

Pierre-Louis Basse, ou Pierre Garçon, comme vous voudrez, fait pour ce premier roman un travail aussi essentiel que sans espoir. Bien au-delà d’une simple autofiction, d’un catalogue sentimental, d’une panoplie dérisoire et émouvante qui va de la couleur jaune des tickets de métro à l’haleine mentholée des filles qui fumaient des Kool, il cherche le moment, l’instant peut-être où l’on a basculé d’une époque à une autre. De cette année 1979 à ce temps où « jamais le pays dans lequel il vivait n’avait exhibé autant de preuves d’asservissement à ceux qui dominent et qui détiennent le pouvoir par l’argent ».

Baudelaire, dans Mon cœur mis à nu, parlait de « dater sa tristesse ». C’est ce que fait Pierre-Louis Basse dans Comme un garçon. Et il le fait vraiment bien, les larmes aux yeux, le sourire aux lèvres.[/access]

Juste des gens bien

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Anne Wiazemsky
Anne Wiazemsky.
Anne Wiazemsky
Anne Wiazemsky.

De l’admiration. De l’amour. De l’héroïsme. Enfin ! Selon l’idée reçue que les familles heureuses se ressemblent toutes et n’ont pas d’histoire (cette imposture colportée depuis la naissance du romantisme), jamais le malheur n’avait autant marché en librairie. Les sujets qui ont bonne presse, ces temps-ci, ce sont les misery memoirs, entendez par là je vous raconte − avec talent, c’est ça le pire − ma souffrance, mon histoire, ma rupture, mon bébé, ma dépression, mon cancer. Le stade au-dessus, c’est la souffrance par génération interposée : ma mère était méchante, mon oncle me violait, mon grand-père était collabo. Le stade ultime, c’est la psychanalyse opérée sur le dos de l’Histoire : des guerres de religion à la guerre d’Algérie en passant par Vichy, la révocation de l’édit de Nantes et l’affaire Dreyfus, y’a pas à tortiller, on est tous des salauds.

[access capability= »lire_inedits »]Et voici quelqu’un qui ne dit pas de mal de ses parents, ni de leur époque, ni d’elle-même, ne révèle aucun scoop scabreux, ne divulgue aucune petitesse propre à rassurer le lecteur et à le conforter dans sa bonne conscience. C’est même l’inverse : elle convoque des individus formidables, qu’elle aime, qu’elle admire et qui lui manquent. Elle leur rend grâce et hommage, comme elle l’a déjà fait, entre autres, avec une élégance infinie, pour Robert Bresson (Jeune fille, Gallimard, 2007) et pour ses arrière-grands-parents (Une poignée de gens, Gallimard, 1998). Tout devrait donc, logiquement concourir à l’échec public et critique. Eh bien, non ! Au contraire, et c’est une bonne nouvelle sous le soleil de la rentrée littéraire. Il faut croire que certains ont compris qu’il n’y a pas de honte à préférer le bonheur.

Mais cessons de ne louer ce livre que par des négatives : il n’est point mesquin, il n’est point souffrant. Certes. Il est surtout porté par la voix unique, vibrante de justesse et d’épure, d’Anne Wiazemsky. Et tout n’est pas rose, loin de là, dans l’histoire de cette rencontre, puisqu’elle a pour arrière-plan l’une des périodes les plus sombres de notre siècle : l’après-guerre, à Berlin. Claire (la mère d’Anne), fille du « grantécrivain » François Mauriac, y est partie en tant qu’ambulancière pour la Croix-Rouge. Elle a laissé derrière elle une France grise, où l’attendait un fiancé bien sous tous rapports, pour sauver des vies dans une Allemagne en ruines. Jean, dit « Wia », descendant d’un prince russe (ce que papa Mauriac prendra soin de vérifier après avoir confié l’enquête à Henri Troyat), négocie avec les Soviétiques les libérations des prisonniers. Sur le point de l’épouser, Claire écrit à ses parents : « Je ne suis pas sûre de faire une princesse bien présentable. » Partout, autour d’eux, misère et souffrance, mais ils sont jeunes, ils s’aiment, tout les sépare, ça paraît trop mais ça fonctionne parce que c’est vrai. D’autant plus vrai qu’Anne Wiazemsky a rythmé son roman des lettres de Claire, dont elle n’a rien retiré ni modifié. Miracle de l’écriture, la mère et la fille finissent par faire entendre une même voix : bon sang ne saurait mentir. Comme Anne sans doute, Claire est fragile, mais elle est forte ; percluse de migraines, elle refuse de s’écouter, et elle s’éloigne de ses chers parents pour mieux les aimer de loin. Montherlant (ennemi juré de Mauriac par ailleurs, mais tant pis) a dit quelque part : « Annoncez une bonne nouvelle, vous vous rendez agréable ; annoncez en une mauvaise, vous vous rendez intéressant : choisissez. » Anne Wiazemsky a choisi la première option. Heureusement : on avait presque oublié que l’amour existait.

Mon enfant de Berlin

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Deuil, j’y travaille

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Prague, ancien cimetière juif
Prague, ancien cimetière juif.
Prague, ancien cimetière juif
Prague, ancien cimetière juif.

Les femmes de ma vie vous le diront : je peux toujours faire illusion en écrivant dans Causeur, j’ai beau pérorer sur des sujets de société, des choses importantes de la vie, je ne connais presque rien. Il y a des régions entières de l’âme et du cœur pour lesquelles je reste un étranger, un touriste tout au plus. Par exemple, la mort des autres me laisse totalement désemparé. Le deuil, je n’y comprends rien.

Avant de partager mon canapé avec le couillon tombé dans les filets de la SPA, j’ai eu un premier chien. Je ne voulais pas faire entrer dans la famille un de ces animaux fidèles ou policiers, mais ma fille m’a eu à l’usure. Le harcèlement fut long et acharné.

[access capability= »lire_inedits »]J’ai commencé par lui faire remarquer que le hamster et les trois chats devaient suffire à combler le manque d’amour inconditionnel que son père tardait à lui témoigner, mais les chats, ça ne vient pas se coucher au pied quand on les siffle. J’ai continué en lui expliquant qu’elle ressemblait de plus en plus à sa mère et que, le temps des garçons venant, elle ne tarderait pas à être comblée, mais rien n’y fit.

Après avoir conclu nos conversations pendant des années en lui répétant que, moi vivant, aucun cabot ne viendrait habiter sous mon toit, nous sommes un jour revenus d’un refuge avec une espèce d’épagneul noir et blanc.

Ce corniaud ne m’a attiré que des ennuis. Moins d’une semaine après avoir fait sa place dans la maison entre ma fille et moi, le clébard pointait sa truffe avec, dans la gueule, la cuisse d’une poule, laissant le reste de la volaille vivante et unijambiste dans le poulailler du voisin. Quelques jours plus tard, il tentait de renouveler la prédation sur le facteur avec moins de succès, ce qui me valut une lettre carabinée de la Poste.

Pourtant, quand ce salaud est mort, je n’ai jamais eu autant de chagrin de toute ma vie et il m’a fallu une bonne semaine de pleurs pour pouvoir penser à ce compagnon canin avec regret mais sans douleur.

En revanche, quand ma grand-mère nous a quittés, je n’ai pas versé une larme. Allez comprendre ! Quelques années après avoir perdu cette grand-mère juive chez qui j’avais passé beaucoup de mon enfance, j’ai emmené mon fils en voyage en Israël. Notre visite de Jérusalem nous a menés devant ce qu’on appelait, quand j’étais petit, le mur des Lamentations.

Je dois l’avouer : les vestiges de l’histoire et de la religion des Hébreux m’impressionnent beaucoup moins que les Israéliens. Devant les pierres du Temple, je reste de marbre et, si je suis sioniste, c’est plus par Moshe Dayan que par le roi David. Pourtant, ce jour-là, au pied du Mur, une émotion inattendue est venue me saisir. J’ai été cueilli par le souvenir du judaïsme tendre de ma grand-mère comme si j’avais cinq ans. J’ai peut être été, comme on dit pour les simplets, bercé trop près du mur et, à un moment de ma vie où je ne m’y attendais plus, sans pouvoir m’arrêter, j’ai pleuré ma grand-mère.

Les années ont passé et je me suis trouvé, alors que j’étais invité, un été, dans une maison de famille, devant une photo de famille. Il faut dire que je ne suis héritier ni de l’une ni de l’autre. L’histoire de France m’en a privé et je n’en garde aucune amertume : au moins, je ne passe pas mes vacances à tondre la pelouse et à repeindre les volets.

La photo était celle d’une grand-mère, alors jeune, dans les noirs et blancs d’avant, endimanchée et posant sur un sofa, un bouquet de roses à la main.

Cette image où tout ce qui est donné à voir a disparu, cette mise en scène un peu désuète, qui fait sourire, a libéré et ma peine et des larmes que j’ai eu du mal à endiguer.

Sur la photo encadrée de cette grand-mère inconnue, j’ai pleuré la mienne.

Combien de temps faudra-t-il à mon cœur pour comprendre que jamais plus, je ne reverrai ma grand-mère adorée ? Combien d’événements comme ceux-ci, auxquels s’ajoute l’écriture de ce texte, seront-ils nécessaires à l’accomplissement de ce qu’on appelle le travail de deuil ?

Je n’en sais rien et, à vrai dire, je ne suis pas pressé de le savoir.[/access]

Le régime est en crise

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Il y a quelques jours, le rédacteur en chef de Brigitte, le plus lu des féminins d’outre-Rhin, annonçait son intention de boycotter, à partir de 2010, les mannequins filiformes sur ses couvertures, pour laisser la place à des « vraies » femmes avec des formes. Une décision unanimement saluée là-bas comme dans le reste du monde, au nom, bien sûr, de la lutte contre ces fléaux planétaires que seraient l’anorexie et autres troubles liés à l’obsession de maigrir chez nous autres les dames. Enfin, une quasi-unanimité dont il faut exclure un certain Karl Lagerfeld qui lui, n’est pas tout à fait d’accord. Il vient de le faire savoir dans l’hebdo allemand Focus. Comme d’hab’, c’est assez drôle, et plutôt bien senti : « La mode a toujours reposé sur le rêve et l’illusion, personne n’a envie de voir des rondouillardes, à l’exception des mémères qui passent leurs journées devant la télé avec un paquet de chips. » Karl sera-t-il entendu? On peut en douter, car, comme nous le savons, dans la presse plus c’est gros, plus ça passe.