Le reportage de Michel Despratx Comment j’ai tué Pierre Goldman, diffusé vendredi 29 janvier sur Canal+ promet de faire du bruit dans ce qui reste du landernau gauchiste des années de plomb. Trente ans après les faits, l’un des quatre tueurs du commando décide de faire son coming out et balance tout, et la vérité est bien plus simple que ne l’avaient imaginée les amis du gauchiste, les journalistes et la police.

Après des mois d’enquête infructueuse et de torrents de larmes des grandes figures de l’indignation gauchiste de l’époque (Simone Signoret, Maxime Le Forestier, Sartre, Beauvoir…), l’enquête est abandonnée. La victime, Pierre Goldman, intellectuel d’extrême gauche qui avait glissé dans le banditisme ordinaire, prend perpète en 1974 pour le meurtre de deux pharmaciennes boulevard Richard-Lenoir au cours d’un braquage qui avait aussi mal tourné que lui. En prison, il publie un best-seller, Souvenirs obscurs d’un juif polonais né en France, et obtient sa libération après un retentissant procès en cassation. Cette affaire laissera un sentiment de malaise dans l’opinion publique, surtout après la sortie de son autre livre L’ordinaire mésaventure d’Archibald Rapoport, où il revendique entre les lignes ce double-assassinat. Le 20 septembre 1979, il est abattu place des Peupliers par un commando qui revendique son acte au nom d’un mystérieux groupe, « Honneur de la Police ».

Les motivations de cet assassinat ? « Je suis un patriote », avoue simplement Gustavo, le pittoresque tueur (sans gages, précise-t-il) interrogé longuement dans le reportage. Premier scoop : à la fin des années 1970, cette race ne courait plus les rues, ou du moins ne s’en vantait pas. Présenté comme un militant d’extrême droite, ancien mercenaire en Afrique, Gustavo raconte par le menu comment il a fait le coup avec trois camarades, et révèle que l’un d’eux est inspecteur à la DST et l’autre aux Renseignements généraux. Pourtant, l’exécution de Pierre Goldman n’a pas été commanditée par un groupe de policiers nazis fous dans une cave, mais par des gens proches du pouvoir giscardien : Pierre Debizet, défunt chef du défunt SAC, et le plus proche conseiller de Giscard, Victor Chapot, qui ne dira pas le contraire puisqu’il est mort lui aussi. Quant à leur motivation, c’est tout simplement leur révolte contre l’impuissance de la justice dans une affaire exemplaire. Etaient-ils devenus fous ? Si l’on se replace dans l’ambiance de l’époque, on peut remarquer que leur délire paranoïaque rejoignait dans une très faible mesure celui de leurs adversaires politiques (Fraction armée rouge en Allemagne, Brigades rouges en Italie, Action directe), mais à une moindre échelle… C’est qu’en ce temps-là, on n’avait pas d’adversaires politiques, on avait des ennemis.

Comment j’ai tué Pierre Goldman
Reportage de Michel Despratx.
Diffusion sur Canal+ Vendredi 29 janvier, 23 h 10.

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Tristan Brillat est critique gastronomique, toujours de bon appétit et parfois de mauvaise humeur. Table ouverte sur son Carnet.
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