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Vestige de l’amour

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J’ai longtemps cru que la féminisation de la société française annoncée par Alain Soral et décrite par Éric Zemmour était un épiphénomène, une mode curieuse et innocente, une impasse risible. Dans le bâtiment, je ne l’ai jamais rencontrée mais il faut reconnaître que, sur les chantiers où je menuise, je suis souvent le seul à parler français. Ailleurs non plus, je n’avais pas remarqué que les hommes devinssent de moins en moins mâles, mais il est vrai que je ne vais jamais chez le coiffeur et qu’en général, je prête moins d’attention aux hommes qu’à leurs femmes. J’avais entendu parler, comme tout le monde, des « métrosexuels » qui prennent rendez-vous pour une épilation ou se tartinent la tronche de crème avant de se coucher, mais que m’importe ! S’ils laissent sur leur faim les femmes qui ont du goût pour leur contraire, c’est tant mieux, j’adore passer pour le dessert.[access capability= »lire_inedits »]

Les hommes sont sommés de se soumettre aux croyances féminines

En réalité, cette fameuse féminisation en marche ne pousse pas seulement les hommes à baisser les armes pour s’emparer des miroirs, elle les somme de se soumettre aux croyances féminines sous peine d’être ringardisés et impose à tous, comme valeur suprême, la plus vieille des recettes de bonne femme : l’amour. En Occident, l’amour est devenu la religion comme le Père Noël est le dieu des enfants et, si l’on peut encore pratiquer sans être croyant, les plus fanatiques ont tendance à prendre ses commandements au pied de la lettre. Les rares mécréants, athées ou infidèles, généralement considérés comme des brebis égarées, assistent consternés à cet aveuglement collectif. Partout, le cœur claironne sa suprématie sur la raison et répand le règne totalitaire du sentiment. On ne s’étonne plus de vivre dans un monde où l’armée pacifie, où les flics ne tirent plus, où les juges sont pleins de compassion et où, pour finir, les directeurs de prison tombent amoureux. Ainsi, le responsable de la maison d’arrêt de Versailles qui accordait des avantages contre des faveurs à sa prisonnière a déclaré avec le plus grand sérieux, aux gendarmes qui l’interrogeaient, être tombé fou amoureux d’Emma − c’est le nom de la jeune femme qui servit d’appât dans l’affaire Ilan Halimi. Alors qu’il est tout à fait capable de tenir en respect des criminels endurcis, des terroristes, des psychopathes ou des mafieux, le maton d’aujourd’hui n’est pas armé pour garder une femme. Le gilet pare-balles du gardien de l’ordre n’arrête pas les flèches de Cupidon et on peut toujours rire du nigaud qui mord à un aussi gros hameçon… mais que celui qui n’a jamais été pêché lui jette la première pierre !

Il faut aimer ! Voilà ce que clame le monde féminisé et civilisé

L’histoire malheureuse de ce geôlier en chef mérite qu’on s’y attarde parce qu’elle nous raconte notre époque. La reine Margot se meurt pour Boniface de la Mole, Mathilde et Madame de Rénal se compromettent et se perdent pour Julien Sorel emprisonné, Edith Piaf chante l’Hymne à l’amour : « Je renierais ma patrie, Je renierais mes amis, Si tu me le demandais… » Aujourd’hui, des femmes épousent en prison les pires ordures, de Carlos à Guy Georges. Mais c’est ici un homme qui reprend ces rôles jadis exclusivement réservés au « sexe faible ». Aucun chanteur contemporain de Piaf n’aurait interprété ces mots-là : c’eût été simplement contre nature. Vous imaginez Gabin ou Maurice Chevalier… Depuis, Brel a chanté : « Je veux être l’ombre de ton chien… », et Julien Clerc ou Michel Jonasz sont à genoux, voire à plat ventre quand ils chantent l’amour. Depuis, tous les branleurs en cuir et aux poses rebelles qui font la joie des Inrocks rampent à leur tour et reprennent Iggy Pop qui chante : « I wanna be your dog. » Dans notre culture classique, la littérature, l’opéra ou le théâtre de Molière sont pleins de vieux barbons qui usent de leur position pour abuser ou épouser des jeunettes, mais ce n’est pas ce rôle que notre imbécile carcéral a voulu endosser. Il a préféré au caractère du mâle dominant celui de l’amoureux éperdu, esclave consentant. Dans son esprit qui ne voit pas plus loin que le bout de son demi-siècle, c’est bien, c’est moral, c’est normal. Voilà où est la norme pour le mâle occidental en 2010.

Emma n’a pas déclaré qu’elle avait agi par amour. Je suppose qu’elle est prête à passer des années en prison mais pas à passer pour une idiote devant la France entière ou au moins devant sa « France à elle », comme dirait Diam’s. Née d’un mariage forcé en Iran, violée par son oncle, victime d’une tournante, l’amour n’était pas au programme dans la vie de cette victime devenue tentatrice. Comme ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort, la jeune femme était armée pour agir en redoutable prédatrice quand elle a croisé le chemin de notre benêt pénitentiaire, et les barreaux de la cellule qui auraient pu le protéger n’ont rien changé à l’issue d’un combat joué d’avance. Il eût fallu d’autres défenses pour qu’il ne finît chair appâtée.

Il faut aimer ! Voilà ce que clame le monde civilisé et féminisé comme on chante sur le pont du Titanic, incapable de voir qu’on abuse de lui et encore moins de se défendre, car l’amour rend aveugle. Voilà ce que nous dit le monde chrétien par le martyre des moines de Tibhirine, morts en laissant le monde et leur village désemparés et désarmés, ce qui nous fait un beau film et une belle jambe. Il est temps de prendre les faiblesses du cœur pour ce qu’elles sont, de prendre au sérieux les dangers auxquels elles nous exposent et d’œuvrer au redressement raisonnable, responsable, masculin des esprits qui sera notre salut. On pourrait commencer par remettre au programme Rousseau, qui nous dit que : « L’amour a été inventé par les femmes pour renverser le rapport de forces dans le couple. » Davantage que l’étude de Madame de Lafayette, même et surtout dans les concours administratifs, ça peut servir.[/access]

Les Sentiments du capitalisme

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Attentat contre la vie d’Omar Suleiman ?

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Selon la chaine américaine Fox News, le convoi du tout nouveau vice-président égyptien – qui est en même temps le tout ancien chef du renseignement égyptien et bras droit de Moubarak – aurait été attaqué le 29 janvier. Cet attentat se serait soldé par la mort de ses deux gardes du corps. Selon la chaine de Rupert Murdoch, une source anonyme à la Maison Blanche aurait confirmé l’information.

Interrogé par un reporter de Fox News, Robert Gibbs, porte parole de la Maison Blanche a affiché un embarras visible et balbutié quelques mots qui valent confirmation du genre « je ne veux pas entrer dans ce sujet ».

On connaît Fox News et son propriétaire, et on peut aussi s’étonner que Moubarak et Suleiman n’aient pas profité de cet événement – s’il s’est réellement produit – pour serrer encore plus la vis aux opposants. Reste qu’il est en même temps légitime de se demander pourquoi cette info –démentie depuis par les Egyptiens -, dûment expliquée et mise en contexte, n’a pas encore été relayée en France, quelques heures après avoir été annoncée aux Etats-Unis.

Elisabeth Lévy est-elle une machine?

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« Elisabeth Lévy, ne réagissez pas mécaniquement ! » C’est Edwy Plenel qui a lancé cette supplique, il y a quelques jours, sur le plateau de « Ce soir ou jamais ». L’émission de télévision de Frédéric Taddei est, à ma connaissance, celle qui a connu le plus grand nombre de moments de grâce ou de pensée depuis l’invention de ce répugnant média. Elle s’apparentait, ce soir-là, à un dialogue de sourds chaotique et assez peu fécond, dans lequel Elisabeth était bien loin d’avoir le monopole des réactions mécaniques. Pourtant, une sorte de curieuse douceur se mêlait au chaos.

À plusieurs reprises, Edwy Plenel, l’antique adversaire, regardait notre vaillante et bouillonnante cheftaine avec une sorte de bienveillant attendrissement, en remuant imperceptiblement son visage de chouette mystérieusement et perpétuellement effrayée. Elisabeth était prise dans une étrange brochette, assise entre Philippe Sollers et Alain Bauer. L’étroit voisinage de Sollers et Lévy, tous deux gesticulateurs invétérés, débordant sans cesse physiquement l’un sur l’autre, donnait lieu à une pure merveille burlesque. Le corps d’Elisabeth, aussi fluet que batailleur, aussi menu qu’impavide, repoussait pugnacement, avec une patience inépuisable, le corps gigantesque, massif de Sollers, qui la surplombait tel un titan, un colosse au bout du bras duquel tous les invités semblaient craindre à chaque seconde qu’elle ne demeure définitivement suspendue, ses bottines battant désespérément dans les airs comme les pattes de Gregor Samsa.

« Elisabeth Lévy, ne réagissez pas mécaniquement ! » Si la menace de l’automatisme s’était retirée tout entière dans la seule personne d’Elisabeth Lévy, l’humanité pourrait dormir tranquille. Mais ce n’est à l’évidence pas le cas. L’exhortation d’Edwy Plenel et l’ambiance irréelle de ce plateau télévisé m’ont plongé peu un peu dans une rêverie lointaine. Et je me suis soudain souvenu d’Amsel. Grâce à ce personnage, Günter Grass a exploré mieux que personne, dans Les années de chien, le mystère du possible devenir-mécanique de l’homme. Marchons à la rencontre d’Amsel. Amsel, c’est-à-dire le merle en allemand. « Sa vocation consista d’emblée à inventer des épouvantails. Pourtant il n’avait pas de haine à l’endroit des oiseaux ; en revanche, les oiseaux, de quelque volée et de quelque plumage qu’ils fussent, avaient quelque chose contre lui et son esprit fertile en épouvantails. »

L’épouvantail, le grand amour d’Amsel depuis sa jeunesse, devient dans Les années de chien un motif envoûtant, à la fois concret et d’une richesse métaphorique inépuisable. Il accompagne fidèlement Amsel tout au long de son terrible destin. Suivant Amsel pas à pas, Günter Grass nous révèle comment un seul et même homme peut être successivement un stalinien enflammé, puis un nazi exalté, avant de devenir après-guerre enfin un adorateur enfiévré de la démocratie et un chasseur de nazi intraitable. De métamorphose en métamorphose, Amsel reste toujours effroyablement identique à lui-même, animé par une passion idéologique aveugle à l’existence concrète. Amsel a beau revêtir ses épouvantails bien-aimés d’uniformes à chaque fois différents, il s’agit toujours d’uniformes et ceux-ci sont toujours portés par des épouvantails, par des êtres effrayants dont l’ardeur destructrice semble être à l’aune de leur peu de substance. L’âme d’Amsel, rétive à toute expérience, est affamée. Elle est affamée de pureté, d’épurations et de persécutions. « Les oiseaux, de quelque volée et de quelque plumage qu’ils fussent » ont bien raison de craindre Amsel, car il change de victimes émissaires comme de chemises.

Amsel l’inconstant ne trahit jamais sa jeunesse. Il ne trahit jamais l’épouvante et ses épouvantails. Il demeure fidèle à son innocence meurtrière comme à sa passion des uniformes et du mimétisme. Pourtant, et c’est là le miracle des Années de chien, Amsel n’est pas un monstre. Il est au contraire d’une profonde, douloureuse et bouleversante humanité. Amsel constitue une possibilité humaine qui peut s’emparer de l’âme de n’importe quel homme, comme Grass le souligne avec humour : « Assurément on peut dire : de chaque homme on peut tirer un épouvantail ; car enfin, il ne faut pas l’oublier, l’épouvantail a été créé à l’image de l’homme. »

Amsel est notre frère. Nous sommes tous susceptibles de transformer notre chair en machine, de devenir les doubles mécaniques de nous-mêmes et d’accoucher d’épouvantails. Dans L’ère des neutralisations, le tragique épouvantail de génie Carl Schmitt note : « L’antithèse facile qui oppose l’organique [le vivant] au technique est elle-même d’un mécanisme primitif. » Cette remarque me semble rejoindre en profondeur le mystère d’Amsel : la tortueuse complicité qui lie le mécanique et le vivant, l’humain et l’inhumain. Amsel et nous-mêmes.

Les Années de chien

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Notre pain quotidien (2)

Paris, rue de Verneuil. Gainsbourg n’est pas mort ! Le Parisien nous apprend que France Télévisions rendra prochainement hommage à l’auteur de la Javanaise, à travers deux shows animés respectivement par Michel Drucker sur France 2 et Nagui sur France 4. Au programme, entre autre, des reprises de chansons de Serge par d’irremplaçables artistes modernes en matière plastique tels que Bénabar, Kad Merad, Nolwenn Leroy ou Raphaël (qui reprendra la chanson « Elisa »). Apprenant les modalités de cette sombre célébration posthume, le grand Serge aurait recommencé à boire.

Besançon. Une dent contre le « vivre ensemble ». Le quotidien régional L’Alsace nous régalait le week-end dernier d’un compte-rendu d’audience croustillant qui mettait en évidence la tendance naturelle de l’homme à vivre en paix avec son prochain. L’article titré « Scène de pugilat dans la salle d’attente du dentiste » détaillait les différentes phases récréatives d’une véritable tragédie antique : « (les protagonistes) venaient faire soigner leurs maux de dents. Ils repartent avec des plaies et des bosses après une rixe pour l’ordre de passage sur le siège du dentiste. » Une belle victoire de l’intelligence, toute à la gloire de la Franche-Comté : « L’un est arrivé le premier, mais l’autre a son rendez-vous avant lui. Chacun s’estime prioritaire et le fait savoir. » Toute une belle humanité touchante de maturité, réunie dans l’immense et insoutenable huis-clos dramatique d’une salle d’attente de dentiste. Le procès est renvoyé au 23 février.

France. Une dent contre les parlementaires et les journalistes ! Sans transition : une récente enquête de l’IFOP commandée par nos confrères de France Soir au sujet des « métiers préférés des français » met en évidence, contre toute attente, que les dentistes ont une bonne image au sein de la population. 90% des sondés trouvent, en effet, que cette activité cupide qui consiste à arracher un maximum de dents afin de s’acheter des Range Roger option cuir et bois précieux – est une profession respectable. A contrario, une large majorité désavoue les députés, agents immobiliers, banquiers et journalistes. Pourtant mieux vaut mentir comme un arracheur de dent, que faire peur aux enfants avec une fraise en carbure de tungstène.

Sécurité : quand Sarkozy récidive

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Pauvre Laetitia. La malheureuse jeune fille assassinée par un récidiviste en Loire-Atlantique n’est pas seulement la victime d’un crime atroce. Elle n’est pas encore en terre que la droite se dispute déjà les morceaux de cadavre pour faire de la politique. En enfourchant le thème du récidiviste criminel que par laxisme, gauchisme, absence de zèle et fonctionnarisme, les magistrats, les juges d’application des peines, les conseillers de probation et même les flics ont laissé gambader dans la nature jusqu’à ce qu’il commette le crime de trop. L’histoire permet donc au président de la République d’enfourcher son vieux cheval électoral de 2007, la délinquance et les récidivistes qu’il faut mettre hors d’état de nuire.

À gauche et chez les magistrats (tous syndicats confondus), on fustige cette tendance lourde présidentielle à utiliser le fait divers atroce. Juste quinze jours après s’être félicité de chiffres de la délinquance en baisse. Personne n’ira dire qu’il n’y a pas eu de « dysfonctionnements », comme on dit dans l’administration quand quelqu’un ou plusieurs ont merdé grave. Mais si ça se trouve, le « problème » (comme en dit chez les politiques) de la récidive est insoluble.

Reprenons les dysfonctionnements : un juge d’application des peines qui n’est pas remplacé à Nantes et, faute d’effectifs, le suivi de Tony Meilhon, comme celui de plus de 800 autres détenus, avait été abandonné, avec l’accord écrit des autorités. Le suspect avait purgé ses peines et devait se conformer à ce suivi pour une banale histoire d’injure à magistrat. Autant dire que son dossier avait été glissé sous la pile. La gestion de la misère, on dit. Bizarrement, le remplacement tant attendu à Nantes a été débloqué cette semaine…

Chez les policiers, leur mise en cause par le chef de l’Etat -qui pour une fois n’a pas fait de détail- passe mal aussi. On leur reproche de ne pas avoir transmis fin décembre 2010 une plainte de l’ancienne compagne du suspect pour des faits de violence. Selon certains enquêteurs elle aurait parlé de « rapports sexuels non consentis » à la fin de sa déposition, mais n’aurait pas souhaité déposer une plainte pour viol. Laquelle aurait été transmise au Parquet. Une mission d’inspection de l’IGPN (la police des polices) est en train de passer au crible la chaîne des événements pour voir si c’est du côté du commissariat qu’il faut chercher les responsables.

Mais qui est responsable ? Et hormis l’assassin de Laetitia, y’en a-t-il vraiment un ? On peut comprendre que les familles, les amis, les proches cherchent des raisons à ce crime atroce. Des coupables, au moins par négligence, qui auraient pu éviter un tel drame. Mais que le président de la République –qui à ma connaissance n’est pas un proche de la défunte-, mobilise toute ses forces dans cette affaire est déjà plus dérangeant. Qu’il fasse preuve de compassion, oui. Qu’il en fasse le sujet qui mobilise toute son énergie, et celle de sa majorité affaiblie est juste dégoûtant.

Ne revenons pas sur la multiplication des lois supposées encadrer et limiter la récidive dans ce pays, sur les 8 dernières années et notons juste que certaines n’ont toujours pas reçu les décrets qui devaient leur permettre de s’appliquer. Ne faisons pas, parce que c’est mal, de politique politicienne, en se disant, si ça se trouve, le Président Sarkozy cherche à faire ressusciter feu le candidat Sarkozy, si à l’aise avec la délinquance et la chasse aux monstres qui nous menacent à peine libérés de taule.

Mais au fait, qu’est ce que la récidive ? C’est l’action de « retomber dans la même faute, le même délit, le même crime. » En France, qu’on le veuille ou non, un criminel condamné, purge sa peine et au bout, il est libre. Voilà l’idée, on fait confiance, on s’imagine que même le pire des monstres peut être racheté après avoir été éloigné du corps social. Le suspect avait purgé ses peines, était sous le coup d’un délit mineur et a commis un crime atroce. Mais si ça se trouve, contrairement à ce qu’on essaie de nous faire croire (il y a des responsables, on pouvait deviner qu’il allait agir, on pouvait l’empêcher) on ne peut rien faire contre la « récidive », contre cette action du mal, du crime sans motif.

Ce mal-là n’a pas de logique, n’a pas de sens (même si on se doute que pour les victimes, les familles il faut en donner un. On ne meurt pas à 18 ans de façon atroce pour rien.) Si le mal avait une logique, on pourrait la suivre et essayer de la contrecarrer. Mais il n’en a pas. Alors imposer un contrôle social strict, ou une emprise étatique plus forte sur les faits et gestes de 99,9% de la population juste pour faire croire que ça permettra d’éviter d’autres affaires Laetitia comme l’imaginent ces députés UMP qui proposent de « géolocaliser les récidivistes », est une monstruosité. Pour les victimes, les familles et la société.

Qu’on fasse marcher la justice, qu’on fasse marcher la gendarmerie et la police (c’est aussi affaire de moyens). C’est le boulot des politiques. Qu’on arrête d’imaginer que des hordes de gauchistes relâchent dans la nature des fous sanguinaires, des ogres, prêts à tout pour obtenir leur ration de chair fraîche. Ça n’enlève rien à l’émotion, à la monstruosité du crime, à l’effarement devant les manquements, les loupés. Le plus dur est de s’en remettre à la justice humaine (qui arrive toujours trop tard) et d’accepter que la loi ne peut pas faire grand-chose. À plus forte raison quand elle sert d’inavouables pulsions électoralistes.

Maria Schneider, l’actrice qu’on enterra de son vivant…

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Maria Schneider est morte. Nous ne croiserons plus son beau regard sombre et triste.

Elle fut la jeune femme lumineuse, qui paraît se soumettre au désir brutal de Marlon Brando, dans Le dernier tango à Paris (1972). La scène de la sodomie est demeurée fameuse, où l’on voit l’acteur maintenir Maria au sol, tout en amenant à lui un paquet de beurre. Elle reviendra tout de même dans l’appartement démeublé, où s’accomplissent les cérémonies de leur plaisir. Mais, au final, quand il vient solliciter un pauvre bonheur conjugal, elle le tue, pour se débarrasser de son encombrante sentimentalité ; et l’on voit le mâle, naguère triomphant, dominateur, se recroqueviller, prendre, sur le balcon où s’achève son agonie, la position d’un grand fœtus au visage apaisé…

Le film connut un succès à la mesure du scandale qu’il provoqua. Le Vatican s’émut, les ligues féministes américaines protestèrent avec véhémence, arborant des pancartes vengeresses devant les salles. Brando comprit que Bernardo Bertolucci, le metteur en scène, lui avait volé un peu de son propre personnage. Il se sentit trahi, floué. Mais sa carrière, loin de souffrir de ce rôle soufré, fut relancée au contraire. En revanche, nul ne se soucia plus de Maria Schneider. La « grande famille » du cinématographe, si généreuse, si folle, si libérale, l’ignora ; ses représentants, quand ils la croisaient, regardaient ailleurs, l’air gêné. Elle évoquait, avec une mine navrée, mais sans amertume, le sourire entendu que lui adressaient les garçons de café, quand elle leur commandait un jambon-beurre…

L’hiver des peuples arabes fera-t-il un printemps ?

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On a envie d’y croire. On aimerait « vibrer » avec le peuple tunisien libéré de son joug, se laisser éblouir, avec Laurent Joffrin par la « grande lumière (qui) vient soudain d’Orient », s’enthousiasmer pour la « révolution d’Egypte » – à laquelle on n’a pas eu le temps de trouver un nom ridicule, comme ce « jasmin » si odeur locale qui a tant énervé les Tunisiens -, participer à l’illusion lyrique et se contenter de récits iréniques dans lesquels des peuples non pas en armes mais en marche se sont débarrassé de leurs tyrans. On pense à ce Tunisien qui, sur nos écrans, déclarait, heureux : « C’est une révolution française ! ». Et on voudrait être aussi sûr que Joffrin qu’en Egypte, « le raz-de-marée de la liberté » ne sera pas à son tour noyé par d’autres déferlantes.[access capability= »lire_inedits »]

Il ne s’agit pas de jouer les goguenards ou les sceptiques. Les peuples savent désormais qu’ils peuvent faire reculer les pouvoirs parce qu’ils l’ont vu à la télé. Comment ne s’en réjouirait-on pas ?[1. Au passage, on apprend que malgré les efforts déployés par les régimes pour détourner la colère populaire vers l’ennemi historique, la « rue arabe » ne partage pas l’obsession israélo-palestinienne de Stéphane Hessel, et c’est une excellente nouvelle] Imaginer qu’à Damas et Alger – et peut-être Ryad et Sanaa – ceux qui, depuis des décennies, oppriment leurs populations, accaparent la richesse et maintiennent les citoyens dans l’ignorance passent de sales nuits, cela fait sacrément plaisir (même si ce n’est pas un plaisir très glorieux). Comment ne rêverait-on pas d’un monde arabe apaisé, modernisé, sécularisé où, conformément aux prévisions d’Emmanuel Todd, la baisse de la fécondité et les progrès de l’éducation accoucheraient de sociétés démocratiques ?

On s’en voudrait, donc, de casser l’ambiance de ce « lever de soleil » avec de « lugubres prophéties » – Joffrin, toujours. Ça tombe bien parce que je n’ai pas de prophétie en rayon. Alors que la partie est en cours en Tunisie et en Egypte et que peut-être, sans que nous le sachions, le feu couve ailleurs, l’heure n’est pas aux réponses mais aux questions.

Assistons-nous en direct à des révolutions comme l’a proclamé Olivier Besancenot qui avait provisoirement quitté les plateaux de Canal + pour prendre part à la lutte de ses camarades tunisiens et qui a désormais la conviction que « c’est possible » ? La vérité, c’est que nous n’en savons rien. Que s’est-il passé en coulisses dans les journées qui ont précédé la fuite de Ben Ali et de sa cupide épouse ? On apprendra dans les semaines, les mois ou les années qui viennent quelle a été la part des révolutions de Palais dans les évènements de Tunis et du Caire. Mais on peut difficilement croire que trente jours de manifestations auraient fait tomber une dictature si celle-ci n’avait pas été en bout de course, épuisée de l’intérieur.

Les peuples qui se battent pour leur liberté peuvent y renoncer librement

Sommes-nous coupables des turpitudes de ces régimes jusque-là « amis » ? Avons-nous, au contraire, joué un rôle dans leur chute ? Là encore, la prudence s’impose tant que les archives ne se sont pas ouvertes et les langues déliées. On peut cependant observer que depuis deux ou trois décennies « l’Occident » se contente de s’adapter aux réalités politiques. On pourra gloser à l’infini sur le retard à l’allumage des diplomates français incapables de voir ce qui se passait sous leur nez. L’eussent-ils vu que cela n’aurait pas changé grand-chose.

Reste une question, la plus antipathique de toutes celles qui viennent à l’esprit : est-ce que c’est bon pour nous ? Le premier réflexe, c’est de se dire que la liberté des peuples ne peut être porteuse que de bienfaits. Et puis on pense à la révolution iranienne accouchant d’une théocratie assez peu inspirée par la Déclaration des Droits de l’Homme. Et on se rappelle que les « masses » ne sont pas ontologiquement bonnes et que les peuples qui se battent pour leur liberté peuvent aussi y renoncer librement. Il est vrai que ces spéculations, pour passionnantes qu’elles puissent être, sont parfaitement inopérantes. On peut discuter à l’infini pour savoir si on préfère une dictature laïque ou une démocratie islamiste. À supposer qu’un tel choix existe ce n’est pas à nous de le faire. Cette histoire-là s’écrit largement sans nous et c’est très bien comme ça.[/access]

Hôtel de la Marine : chambres avec vue

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Les Parisiens côtoient des merveilles, qu’ils ne voient plus : l’hôtel de la Marine, par exemple, situé place de la Concorde, à Paris, classé monument historique, construit entre 1757 et 1774, sur les plans d’Ange-Jacques Gabriel, premier architecte de Louis XV. Les frontons des deux pavillons d’angle, reliés par une balustrade, portent des sculptures de Slodtz et de Guillaume Coustou. Sous Louis XVI, il faisait office de garde-meubles royal. On le visitait, tel un musée. Depuis 1789, il abrite le haut-commandement de la Marine, qui le libérera à la fin de l’année 2014, dès que le « Pentagone » français, bientôt en chantier dans le XVe arrondissement, sera disponible.

C’est peu dire que ce bâtiment et son jumeau, l’hôtel de Crillon, comme tout ce qui les entoure, constituent un lieu de mémoire, résumé par les noms successifs de la place sur laquelle ils se dressent : Louis X, de la Révolution, Louis XV encore, puis Louis XVI, et, enfin, de la Concorde.

À un jet de pierre de son entrée principale, le 21 janvier 1793, l’infortuné Louis XVI présenta son col aux aides du bourreau et s’agenouilla sans sourciller sous la lame de la guillotine. Marie-Antoinette le suivit, et Danton, et Robespierre, enfin plus de 1000 personnes, qui donnèrent à la populace sa ration d’effroi, et aux tricoteuses, mégères, mémères et autres mafflues énervées des ravissements qu’elles n’espéraient plus.

Déserté par les militaires, à quel usage ce chef d’œuvre d’architecture d’État allait-il être affecté ? À peine avait-on posé la question qu’un homme d’affaires nommé Alexandre Allard, représentant des intérêts divers et surtout privés, sembla surgir d’une boîte à idées, dont la principale consistait à transformer l’ensemble en une galerie commerciale de prestige. On imagine des vitrines de bijoutiers et de maroquiniers de luxe, présentant des marchandises hors de prix, surchargées d’or et de platine : des montres grosses comme un poing, serties de diamants, et supportant, sans le moindre sursaut de leur petite aiguille, une pression de dix bars, communément subie au fond des piscines, dans les baignoires, voire sous les douches des palaces… Bref, une cour de récréation pour les clones de Paris Hilton, bien propre à apaiser momentanément l’appétit de luxe des parvenus de la planète, et des starlettes de la télévision, qui prennent soin de porter des lunettes noires afin d’être reconnues.

Eléphant dans un jeu de quilles, M. Allard était cornaqué par Renaud Donnedieu de Vabres, homme profondément policé, ministre de la Culture dans le troisième gouvernement Raffarin. M. de Vabres agissait dans la coulisse, depuis que l’État, désemparé, avait lancé un appel à candidatures, relatif à « l’occupation, la mise en valeur et l’exploitation » de l’ensemble du bâtiment, concédé à un audacieux par un bail de soixante ans.

Des historiens de grands renoms, des intellectuels réputés, s’émurent, lancèrent une pétition, annonçant l’implantation, au cœur de la capitale, d’un « Barnum commercial assorti de suites de luxe ». On se trompait, on s’égarait. M. Allard est avant tout un mécène, respectueux du patrimoine. Interrogé par Le Figaro.fr (24 janvier), il se défend de ces accusations, riposte posément, se dit prêt à investir 200 millions d’euros « pour les seuls travaux », évoque un espace de prestige, pensé par l’architecte Jean Nouvel, dédié aux artisans d’art « que le monde entier nous envie ». Quant aux chambres d’hôtel pour milliardaires, avec vue sur la Concorde, il ne s’agirait que « de suites conçues pour de grands mécènes, qui paieraient leur séjour, et pour des artistes, qui seraient invités à résidence gratuitement ou dans la mesure de leurs moyens ».

Jusque-là, M. Frédéric Mitterrand, sans doute trop occupé à surveiller les lectures des Français, s’était tenu éloigné de ce dossier. Mais le 23 janvier, le ministre a fait connaître à la presse assemblée, que le président de la République, soucieux d’apaiser les inquiétudes des uns et des autres, l’avait chargé de créer une commission, dont l’objectif était de « réétudier les choses à fond depuis le début ». On dirait du Courteline…

En lieu et place de l’actuel obélisque venu de Louxor, offert à la France, en 1831, par l’aimable vice-roi d’Égypte Mehemet-Ali, officier d’origine albanaise, admirateur de Bonaparte, il y avait jadis une statue équestre de Louis XV, qui fut, un temps, bien aimé, puis détesté. Le peuple chantait volontiers ce refrain :
Ah ! la belle statue, ah ! le beau piédestal,
Les vertus vont à pied, et le vice à cheval
.
Les émeutiers fracassèrent l’auguste cavalier en août 1792.

Après Ben Ali et Moubarak, à qui le tour ?

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Excusez-moi de déranger, mais j’ai juste une petite question qui me trottine dans la tête.
Maintenant que ça commence à chauffer à Damas et Amman, avant qu’on sache clairement qui va l’emporter et qu’on puisse allègrement sauter dans le wagon des vainqueurs, que faire ?

Ceux qui appellent aujourd’hui à lâcher Moubarak, qui critiquent la politique française vis-à-vis des Ben-Ali/Trabelsi, que nous recommandent-ils de faire ? Devrions-nous appeler Assad à quitter le pouvoir ? Exhorter le roi Abdallah II à abdiquer ? Et pendant qu’on y est, devrions-nous appeler les Marocains, un peu trop timides ces temps-ci, à rejoindre le mouvement ?

Si Hillary Clinton, MAM ou Lady Ashton ont une réponse, qu’elles n’hésitent pas à me l’envoyer par mail. C’est promis, je ne le forwarderai pas à Wikileaks

Destination danger

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L’indulgence de David Desgouilles envers Mme le ministre des Affaires étrangères part d’un bon sentiment et du louable souci de ne pas hurler avec la meute qui se déchaîne à l’odeur du sang. On me permettra cependant de ne pas la partager.

Certes, on ne manque pas de faire valoir que MAM n’est ni la première, ni la seule personnalité politique de premier plan à avoir bénéficié des libéralités d’un potentat arabe ou africain, ou de leurs proches : les obligés des rois du Maroc, d’Hosni Moubarak, d’Omar Bongo se comptent par dizaines, à droite comme à gauche. Le fait que quelques-uns d’entre eux, comme Bertrand Delanoë ou feu Philippe Séguin aient été profondément marqués par leur enfance dans le protectorat tunisien, et d’autres par leur naissance dans l’une ou l’autre de nos anciennes colonies, provoque des situations ambiguës. Le regard qu’ils portent sur ces contrées est de l’ordre de l’infra-politique : ils gardent un rapport charnel, émotionnel au monde disparu de leur prime jeunesse. Ils ont l’impression de « comprendre » ces pays mieux que quiconque, et se targuent de posséder les clés qui permettraient, selon eux, de faire évoluer ces terres bienaimées vers un comportement plus acceptable en matière de libertés publiques et de droits de l’homme. Naturellement, il n’en est rien, mais en l’occurrence ce comportement peut être excusé au nom de la part d’humanité et de sentimentalisme qui demeure, malgré tout, dans le cœur et l’esprit de ces hommes et femmes de pouvoir.

Michèle Alliot-Marie n’appartient pas à cette catégorie. Son rapport à la Tunisie ne relève pas d’un roman personnel et devrait donc être déterminé par une sèche analyse politique de l’opportunité, pour le chef de la diplomatie française, de se rendre pour des raisons privées et vacancières, fin décembre 2010, dans un pays en proie à des émeutes sociales, sévèrement réprimées par le pouvoir en place.

Un ministre des Affaires étrangères n’est jamais un vacancier comme un autre : où qu’il se rende (sauf peut-être aux Etats-Unis), il sera l’objet d’attentions particulières des autorités du lieu : salon d’honneur à l’aéroport, limousine aimablement mise à disposition, cadeaux d’arrivée aimablement déposés dans la chambre d’hôtel. Quoi qu’il fasse, le récipiendaire de ces marques d’amitié se met dans un mauvais cas. Refuse-t-il au nom de la morale commune ? Il court alors le risque de gravement insulter le potentat local et de provoquer un contentieux qui n’a rien à voir avec les intérêts supérieurs de la France. Accepte-t-il au nom du nécessaire respect dû aux usages locaux ? On tombe alors dans le piège que n’a pas su éviter Michèle Alliot-Marie. Allons donc, un petit « ride » offert dans un jet privé pour éviter à ses vieux parents les cahots de la route Hammamet-Tabarka ne saurait prêter à conséquence… Il se trouve que le propriétaire du jet est également celui de l’hôtel où séjourne la petite troupe et qu’il est lié au clan Trabelsi ? Broutilles… Qui ne l’est pas, volens nolens, dans ce pays si l’on veut prospérer en affaires ? Si j’aurais su, j’aurais pas venu et serais restée bien pénarde à Saint-Jean-de-Luz à becter la dinde aux marrons en famille.

Toutes ces sordides petites histoires ne seraient probablement jamais sorties si, quelques semaines après son retour de vacances, MAM ne s’était somptueusement plantée en proposant une coopération renforcée avec le pouvoir tunisien dans les techniques du maintien de l’ordre… « Mais, pleurniche-t-elle aujourd’hui, on m’a mal comprise, je cherchais simplement à protéger la vie des manifestants en exportant le savoir-faire policier français dans ce domaine… »

MAM avait tout simplement oublié qu’elle n’était plus place Beauvau, où elle officia jadis, mais au Quai d’Orsay, et que la diplomatie ne se pratique pas à coup de taser… Certes, elle aura été mal informée, notamment par l’ambassadeur de France à Tunis, mais il faut être cynique comme un vulgaire Roland Dumas pour faire porter à son administration le chapeau de ses bévues[1. En 1992, Roland Dumas, alors ministre des Affaires étrangères avait, sans en informer son administration, organisé la venue à Paris, pour des raisons médicales, du leader palestinien George Habache, sur lequel courait un mandat d’arrêt international pour faits de terrorisme. L’affaire s’ébruita, et ce fut François Scheer, secrétaire général du Quai d’Orsay, qui servit de fusible alors qu’il n’avait strictement rien à voir dans l’affaire.]. Ce pauvre Pierre Ménat, l’ambassadeur en question, comme l’avouait candidement Dominique de Villepin jeudi 3 janvier sur France Inter, n’avait fait qu’appliquer strictement les consignes non-écrites du Quai, qui veulent que dans certains pays, dont la Tunisie de Ben Ali, on se garde bien de tout contact avec l’opposition. Et de citer l’exemple de Jean-Christophe Rufin qui s’était affranchi de cette règle au Sénégal et dut en tirer les conséquences lui-même avant d’être débarqué.

MAM, bien sûr, n’a commis aucun crime. En revanche, elle a commis une faute, au sens que donne Talleyrand à ce terme, à propos de l’assassinat du Duc d’Enghien par les sbires de Napoléon. Elle devrait en tirer les conséquences et ne pas se comporter comme ce lamentable petit oiseau jaune qui geint en disant : « C’est pas zuste ! »

Vestige de l’amour

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photo : capture d'écran France3

J’ai longtemps cru que la féminisation de la société française annoncée par Alain Soral et décrite par Éric Zemmour était un épiphénomène, une mode curieuse et innocente, une impasse risible. Dans le bâtiment, je ne l’ai jamais rencontrée mais il faut reconnaître que, sur les chantiers où je menuise, je suis souvent le seul à parler français. Ailleurs non plus, je n’avais pas remarqué que les hommes devinssent de moins en moins mâles, mais il est vrai que je ne vais jamais chez le coiffeur et qu’en général, je prête moins d’attention aux hommes qu’à leurs femmes. J’avais entendu parler, comme tout le monde, des « métrosexuels » qui prennent rendez-vous pour une épilation ou se tartinent la tronche de crème avant de se coucher, mais que m’importe ! S’ils laissent sur leur faim les femmes qui ont du goût pour leur contraire, c’est tant mieux, j’adore passer pour le dessert.[access capability= »lire_inedits »]

Les hommes sont sommés de se soumettre aux croyances féminines

En réalité, cette fameuse féminisation en marche ne pousse pas seulement les hommes à baisser les armes pour s’emparer des miroirs, elle les somme de se soumettre aux croyances féminines sous peine d’être ringardisés et impose à tous, comme valeur suprême, la plus vieille des recettes de bonne femme : l’amour. En Occident, l’amour est devenu la religion comme le Père Noël est le dieu des enfants et, si l’on peut encore pratiquer sans être croyant, les plus fanatiques ont tendance à prendre ses commandements au pied de la lettre. Les rares mécréants, athées ou infidèles, généralement considérés comme des brebis égarées, assistent consternés à cet aveuglement collectif. Partout, le cœur claironne sa suprématie sur la raison et répand le règne totalitaire du sentiment. On ne s’étonne plus de vivre dans un monde où l’armée pacifie, où les flics ne tirent plus, où les juges sont pleins de compassion et où, pour finir, les directeurs de prison tombent amoureux. Ainsi, le responsable de la maison d’arrêt de Versailles qui accordait des avantages contre des faveurs à sa prisonnière a déclaré avec le plus grand sérieux, aux gendarmes qui l’interrogeaient, être tombé fou amoureux d’Emma − c’est le nom de la jeune femme qui servit d’appât dans l’affaire Ilan Halimi. Alors qu’il est tout à fait capable de tenir en respect des criminels endurcis, des terroristes, des psychopathes ou des mafieux, le maton d’aujourd’hui n’est pas armé pour garder une femme. Le gilet pare-balles du gardien de l’ordre n’arrête pas les flèches de Cupidon et on peut toujours rire du nigaud qui mord à un aussi gros hameçon… mais que celui qui n’a jamais été pêché lui jette la première pierre !

Il faut aimer ! Voilà ce que clame le monde féminisé et civilisé

L’histoire malheureuse de ce geôlier en chef mérite qu’on s’y attarde parce qu’elle nous raconte notre époque. La reine Margot se meurt pour Boniface de la Mole, Mathilde et Madame de Rénal se compromettent et se perdent pour Julien Sorel emprisonné, Edith Piaf chante l’Hymne à l’amour : « Je renierais ma patrie, Je renierais mes amis, Si tu me le demandais… » Aujourd’hui, des femmes épousent en prison les pires ordures, de Carlos à Guy Georges. Mais c’est ici un homme qui reprend ces rôles jadis exclusivement réservés au « sexe faible ». Aucun chanteur contemporain de Piaf n’aurait interprété ces mots-là : c’eût été simplement contre nature. Vous imaginez Gabin ou Maurice Chevalier… Depuis, Brel a chanté : « Je veux être l’ombre de ton chien… », et Julien Clerc ou Michel Jonasz sont à genoux, voire à plat ventre quand ils chantent l’amour. Depuis, tous les branleurs en cuir et aux poses rebelles qui font la joie des Inrocks rampent à leur tour et reprennent Iggy Pop qui chante : « I wanna be your dog. » Dans notre culture classique, la littérature, l’opéra ou le théâtre de Molière sont pleins de vieux barbons qui usent de leur position pour abuser ou épouser des jeunettes, mais ce n’est pas ce rôle que notre imbécile carcéral a voulu endosser. Il a préféré au caractère du mâle dominant celui de l’amoureux éperdu, esclave consentant. Dans son esprit qui ne voit pas plus loin que le bout de son demi-siècle, c’est bien, c’est moral, c’est normal. Voilà où est la norme pour le mâle occidental en 2010.

Emma n’a pas déclaré qu’elle avait agi par amour. Je suppose qu’elle est prête à passer des années en prison mais pas à passer pour une idiote devant la France entière ou au moins devant sa « France à elle », comme dirait Diam’s. Née d’un mariage forcé en Iran, violée par son oncle, victime d’une tournante, l’amour n’était pas au programme dans la vie de cette victime devenue tentatrice. Comme ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort, la jeune femme était armée pour agir en redoutable prédatrice quand elle a croisé le chemin de notre benêt pénitentiaire, et les barreaux de la cellule qui auraient pu le protéger n’ont rien changé à l’issue d’un combat joué d’avance. Il eût fallu d’autres défenses pour qu’il ne finît chair appâtée.

Il faut aimer ! Voilà ce que clame le monde civilisé et féminisé comme on chante sur le pont du Titanic, incapable de voir qu’on abuse de lui et encore moins de se défendre, car l’amour rend aveugle. Voilà ce que nous dit le monde chrétien par le martyre des moines de Tibhirine, morts en laissant le monde et leur village désemparés et désarmés, ce qui nous fait un beau film et une belle jambe. Il est temps de prendre les faiblesses du cœur pour ce qu’elles sont, de prendre au sérieux les dangers auxquels elles nous exposent et d’œuvrer au redressement raisonnable, responsable, masculin des esprits qui sera notre salut. On pourrait commencer par remettre au programme Rousseau, qui nous dit que : « L’amour a été inventé par les femmes pour renverser le rapport de forces dans le couple. » Davantage que l’étude de Madame de Lafayette, même et surtout dans les concours administratifs, ça peut servir.[/access]

Les Sentiments du capitalisme

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Attentat contre la vie d’Omar Suleiman ?

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Selon la chaine américaine Fox News, le convoi du tout nouveau vice-président égyptien – qui est en même temps le tout ancien chef du renseignement égyptien et bras droit de Moubarak – aurait été attaqué le 29 janvier. Cet attentat se serait soldé par la mort de ses deux gardes du corps. Selon la chaine de Rupert Murdoch, une source anonyme à la Maison Blanche aurait confirmé l’information.

Interrogé par un reporter de Fox News, Robert Gibbs, porte parole de la Maison Blanche a affiché un embarras visible et balbutié quelques mots qui valent confirmation du genre « je ne veux pas entrer dans ce sujet ».

On connaît Fox News et son propriétaire, et on peut aussi s’étonner que Moubarak et Suleiman n’aient pas profité de cet événement – s’il s’est réellement produit – pour serrer encore plus la vis aux opposants. Reste qu’il est en même temps légitime de se demander pourquoi cette info –démentie depuis par les Egyptiens -, dûment expliquée et mise en contexte, n’a pas encore été relayée en France, quelques heures après avoir été annoncée aux Etats-Unis.

Elisabeth Lévy est-elle une machine?

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« Elisabeth Lévy, ne réagissez pas mécaniquement ! » C’est Edwy Plenel qui a lancé cette supplique, il y a quelques jours, sur le plateau de « Ce soir ou jamais ». L’émission de télévision de Frédéric Taddei est, à ma connaissance, celle qui a connu le plus grand nombre de moments de grâce ou de pensée depuis l’invention de ce répugnant média. Elle s’apparentait, ce soir-là, à un dialogue de sourds chaotique et assez peu fécond, dans lequel Elisabeth était bien loin d’avoir le monopole des réactions mécaniques. Pourtant, une sorte de curieuse douceur se mêlait au chaos.

À plusieurs reprises, Edwy Plenel, l’antique adversaire, regardait notre vaillante et bouillonnante cheftaine avec une sorte de bienveillant attendrissement, en remuant imperceptiblement son visage de chouette mystérieusement et perpétuellement effrayée. Elisabeth était prise dans une étrange brochette, assise entre Philippe Sollers et Alain Bauer. L’étroit voisinage de Sollers et Lévy, tous deux gesticulateurs invétérés, débordant sans cesse physiquement l’un sur l’autre, donnait lieu à une pure merveille burlesque. Le corps d’Elisabeth, aussi fluet que batailleur, aussi menu qu’impavide, repoussait pugnacement, avec une patience inépuisable, le corps gigantesque, massif de Sollers, qui la surplombait tel un titan, un colosse au bout du bras duquel tous les invités semblaient craindre à chaque seconde qu’elle ne demeure définitivement suspendue, ses bottines battant désespérément dans les airs comme les pattes de Gregor Samsa.

« Elisabeth Lévy, ne réagissez pas mécaniquement ! » Si la menace de l’automatisme s’était retirée tout entière dans la seule personne d’Elisabeth Lévy, l’humanité pourrait dormir tranquille. Mais ce n’est à l’évidence pas le cas. L’exhortation d’Edwy Plenel et l’ambiance irréelle de ce plateau télévisé m’ont plongé peu un peu dans une rêverie lointaine. Et je me suis soudain souvenu d’Amsel. Grâce à ce personnage, Günter Grass a exploré mieux que personne, dans Les années de chien, le mystère du possible devenir-mécanique de l’homme. Marchons à la rencontre d’Amsel. Amsel, c’est-à-dire le merle en allemand. « Sa vocation consista d’emblée à inventer des épouvantails. Pourtant il n’avait pas de haine à l’endroit des oiseaux ; en revanche, les oiseaux, de quelque volée et de quelque plumage qu’ils fussent, avaient quelque chose contre lui et son esprit fertile en épouvantails. »

L’épouvantail, le grand amour d’Amsel depuis sa jeunesse, devient dans Les années de chien un motif envoûtant, à la fois concret et d’une richesse métaphorique inépuisable. Il accompagne fidèlement Amsel tout au long de son terrible destin. Suivant Amsel pas à pas, Günter Grass nous révèle comment un seul et même homme peut être successivement un stalinien enflammé, puis un nazi exalté, avant de devenir après-guerre enfin un adorateur enfiévré de la démocratie et un chasseur de nazi intraitable. De métamorphose en métamorphose, Amsel reste toujours effroyablement identique à lui-même, animé par une passion idéologique aveugle à l’existence concrète. Amsel a beau revêtir ses épouvantails bien-aimés d’uniformes à chaque fois différents, il s’agit toujours d’uniformes et ceux-ci sont toujours portés par des épouvantails, par des êtres effrayants dont l’ardeur destructrice semble être à l’aune de leur peu de substance. L’âme d’Amsel, rétive à toute expérience, est affamée. Elle est affamée de pureté, d’épurations et de persécutions. « Les oiseaux, de quelque volée et de quelque plumage qu’ils fussent » ont bien raison de craindre Amsel, car il change de victimes émissaires comme de chemises.

Amsel l’inconstant ne trahit jamais sa jeunesse. Il ne trahit jamais l’épouvante et ses épouvantails. Il demeure fidèle à son innocence meurtrière comme à sa passion des uniformes et du mimétisme. Pourtant, et c’est là le miracle des Années de chien, Amsel n’est pas un monstre. Il est au contraire d’une profonde, douloureuse et bouleversante humanité. Amsel constitue une possibilité humaine qui peut s’emparer de l’âme de n’importe quel homme, comme Grass le souligne avec humour : « Assurément on peut dire : de chaque homme on peut tirer un épouvantail ; car enfin, il ne faut pas l’oublier, l’épouvantail a été créé à l’image de l’homme. »

Amsel est notre frère. Nous sommes tous susceptibles de transformer notre chair en machine, de devenir les doubles mécaniques de nous-mêmes et d’accoucher d’épouvantails. Dans L’ère des neutralisations, le tragique épouvantail de génie Carl Schmitt note : « L’antithèse facile qui oppose l’organique [le vivant] au technique est elle-même d’un mécanisme primitif. » Cette remarque me semble rejoindre en profondeur le mystère d’Amsel : la tortueuse complicité qui lie le mécanique et le vivant, l’humain et l’inhumain. Amsel et nous-mêmes.

Les Années de chien

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Notre pain quotidien (2)

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Paris, rue de Verneuil. Gainsbourg n’est pas mort ! Le Parisien nous apprend que France Télévisions rendra prochainement hommage à l’auteur de la Javanaise, à travers deux shows animés respectivement par Michel Drucker sur France 2 et Nagui sur France 4. Au programme, entre autre, des reprises de chansons de Serge par d’irremplaçables artistes modernes en matière plastique tels que Bénabar, Kad Merad, Nolwenn Leroy ou Raphaël (qui reprendra la chanson « Elisa »). Apprenant les modalités de cette sombre célébration posthume, le grand Serge aurait recommencé à boire.

Besançon. Une dent contre le « vivre ensemble ». Le quotidien régional L’Alsace nous régalait le week-end dernier d’un compte-rendu d’audience croustillant qui mettait en évidence la tendance naturelle de l’homme à vivre en paix avec son prochain. L’article titré « Scène de pugilat dans la salle d’attente du dentiste » détaillait les différentes phases récréatives d’une véritable tragédie antique : « (les protagonistes) venaient faire soigner leurs maux de dents. Ils repartent avec des plaies et des bosses après une rixe pour l’ordre de passage sur le siège du dentiste. » Une belle victoire de l’intelligence, toute à la gloire de la Franche-Comté : « L’un est arrivé le premier, mais l’autre a son rendez-vous avant lui. Chacun s’estime prioritaire et le fait savoir. » Toute une belle humanité touchante de maturité, réunie dans l’immense et insoutenable huis-clos dramatique d’une salle d’attente de dentiste. Le procès est renvoyé au 23 février.

France. Une dent contre les parlementaires et les journalistes ! Sans transition : une récente enquête de l’IFOP commandée par nos confrères de France Soir au sujet des « métiers préférés des français » met en évidence, contre toute attente, que les dentistes ont une bonne image au sein de la population. 90% des sondés trouvent, en effet, que cette activité cupide qui consiste à arracher un maximum de dents afin de s’acheter des Range Roger option cuir et bois précieux – est une profession respectable. A contrario, une large majorité désavoue les députés, agents immobiliers, banquiers et journalistes. Pourtant mieux vaut mentir comme un arracheur de dent, que faire peur aux enfants avec une fraise en carbure de tungstène.

Sécurité : quand Sarkozy récidive

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Pauvre Laetitia. La malheureuse jeune fille assassinée par un récidiviste en Loire-Atlantique n’est pas seulement la victime d’un crime atroce. Elle n’est pas encore en terre que la droite se dispute déjà les morceaux de cadavre pour faire de la politique. En enfourchant le thème du récidiviste criminel que par laxisme, gauchisme, absence de zèle et fonctionnarisme, les magistrats, les juges d’application des peines, les conseillers de probation et même les flics ont laissé gambader dans la nature jusqu’à ce qu’il commette le crime de trop. L’histoire permet donc au président de la République d’enfourcher son vieux cheval électoral de 2007, la délinquance et les récidivistes qu’il faut mettre hors d’état de nuire.

À gauche et chez les magistrats (tous syndicats confondus), on fustige cette tendance lourde présidentielle à utiliser le fait divers atroce. Juste quinze jours après s’être félicité de chiffres de la délinquance en baisse. Personne n’ira dire qu’il n’y a pas eu de « dysfonctionnements », comme on dit dans l’administration quand quelqu’un ou plusieurs ont merdé grave. Mais si ça se trouve, le « problème » (comme en dit chez les politiques) de la récidive est insoluble.

Reprenons les dysfonctionnements : un juge d’application des peines qui n’est pas remplacé à Nantes et, faute d’effectifs, le suivi de Tony Meilhon, comme celui de plus de 800 autres détenus, avait été abandonné, avec l’accord écrit des autorités. Le suspect avait purgé ses peines et devait se conformer à ce suivi pour une banale histoire d’injure à magistrat. Autant dire que son dossier avait été glissé sous la pile. La gestion de la misère, on dit. Bizarrement, le remplacement tant attendu à Nantes a été débloqué cette semaine…

Chez les policiers, leur mise en cause par le chef de l’Etat -qui pour une fois n’a pas fait de détail- passe mal aussi. On leur reproche de ne pas avoir transmis fin décembre 2010 une plainte de l’ancienne compagne du suspect pour des faits de violence. Selon certains enquêteurs elle aurait parlé de « rapports sexuels non consentis » à la fin de sa déposition, mais n’aurait pas souhaité déposer une plainte pour viol. Laquelle aurait été transmise au Parquet. Une mission d’inspection de l’IGPN (la police des polices) est en train de passer au crible la chaîne des événements pour voir si c’est du côté du commissariat qu’il faut chercher les responsables.

Mais qui est responsable ? Et hormis l’assassin de Laetitia, y’en a-t-il vraiment un ? On peut comprendre que les familles, les amis, les proches cherchent des raisons à ce crime atroce. Des coupables, au moins par négligence, qui auraient pu éviter un tel drame. Mais que le président de la République –qui à ma connaissance n’est pas un proche de la défunte-, mobilise toute ses forces dans cette affaire est déjà plus dérangeant. Qu’il fasse preuve de compassion, oui. Qu’il en fasse le sujet qui mobilise toute son énergie, et celle de sa majorité affaiblie est juste dégoûtant.

Ne revenons pas sur la multiplication des lois supposées encadrer et limiter la récidive dans ce pays, sur les 8 dernières années et notons juste que certaines n’ont toujours pas reçu les décrets qui devaient leur permettre de s’appliquer. Ne faisons pas, parce que c’est mal, de politique politicienne, en se disant, si ça se trouve, le Président Sarkozy cherche à faire ressusciter feu le candidat Sarkozy, si à l’aise avec la délinquance et la chasse aux monstres qui nous menacent à peine libérés de taule.

Mais au fait, qu’est ce que la récidive ? C’est l’action de « retomber dans la même faute, le même délit, le même crime. » En France, qu’on le veuille ou non, un criminel condamné, purge sa peine et au bout, il est libre. Voilà l’idée, on fait confiance, on s’imagine que même le pire des monstres peut être racheté après avoir été éloigné du corps social. Le suspect avait purgé ses peines, était sous le coup d’un délit mineur et a commis un crime atroce. Mais si ça se trouve, contrairement à ce qu’on essaie de nous faire croire (il y a des responsables, on pouvait deviner qu’il allait agir, on pouvait l’empêcher) on ne peut rien faire contre la « récidive », contre cette action du mal, du crime sans motif.

Ce mal-là n’a pas de logique, n’a pas de sens (même si on se doute que pour les victimes, les familles il faut en donner un. On ne meurt pas à 18 ans de façon atroce pour rien.) Si le mal avait une logique, on pourrait la suivre et essayer de la contrecarrer. Mais il n’en a pas. Alors imposer un contrôle social strict, ou une emprise étatique plus forte sur les faits et gestes de 99,9% de la population juste pour faire croire que ça permettra d’éviter d’autres affaires Laetitia comme l’imaginent ces députés UMP qui proposent de « géolocaliser les récidivistes », est une monstruosité. Pour les victimes, les familles et la société.

Qu’on fasse marcher la justice, qu’on fasse marcher la gendarmerie et la police (c’est aussi affaire de moyens). C’est le boulot des politiques. Qu’on arrête d’imaginer que des hordes de gauchistes relâchent dans la nature des fous sanguinaires, des ogres, prêts à tout pour obtenir leur ration de chair fraîche. Ça n’enlève rien à l’émotion, à la monstruosité du crime, à l’effarement devant les manquements, les loupés. Le plus dur est de s’en remettre à la justice humaine (qui arrive toujours trop tard) et d’accepter que la loi ne peut pas faire grand-chose. À plus forte raison quand elle sert d’inavouables pulsions électoralistes.

Maria Schneider, l’actrice qu’on enterra de son vivant…

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Maria Schneider est morte. Nous ne croiserons plus son beau regard sombre et triste.

Elle fut la jeune femme lumineuse, qui paraît se soumettre au désir brutal de Marlon Brando, dans Le dernier tango à Paris (1972). La scène de la sodomie est demeurée fameuse, où l’on voit l’acteur maintenir Maria au sol, tout en amenant à lui un paquet de beurre. Elle reviendra tout de même dans l’appartement démeublé, où s’accomplissent les cérémonies de leur plaisir. Mais, au final, quand il vient solliciter un pauvre bonheur conjugal, elle le tue, pour se débarrasser de son encombrante sentimentalité ; et l’on voit le mâle, naguère triomphant, dominateur, se recroqueviller, prendre, sur le balcon où s’achève son agonie, la position d’un grand fœtus au visage apaisé…

Le film connut un succès à la mesure du scandale qu’il provoqua. Le Vatican s’émut, les ligues féministes américaines protestèrent avec véhémence, arborant des pancartes vengeresses devant les salles. Brando comprit que Bernardo Bertolucci, le metteur en scène, lui avait volé un peu de son propre personnage. Il se sentit trahi, floué. Mais sa carrière, loin de souffrir de ce rôle soufré, fut relancée au contraire. En revanche, nul ne se soucia plus de Maria Schneider. La « grande famille » du cinématographe, si généreuse, si folle, si libérale, l’ignora ; ses représentants, quand ils la croisaient, regardaient ailleurs, l’air gêné. Elle évoquait, avec une mine navrée, mais sans amertume, le sourire entendu que lui adressaient les garçons de café, quand elle leur commandait un jambon-beurre…

L’hiver des peuples arabes fera-t-il un printemps ?

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On a envie d’y croire. On aimerait « vibrer » avec le peuple tunisien libéré de son joug, se laisser éblouir, avec Laurent Joffrin par la « grande lumière (qui) vient soudain d’Orient », s’enthousiasmer pour la « révolution d’Egypte » – à laquelle on n’a pas eu le temps de trouver un nom ridicule, comme ce « jasmin » si odeur locale qui a tant énervé les Tunisiens -, participer à l’illusion lyrique et se contenter de récits iréniques dans lesquels des peuples non pas en armes mais en marche se sont débarrassé de leurs tyrans. On pense à ce Tunisien qui, sur nos écrans, déclarait, heureux : « C’est une révolution française ! ». Et on voudrait être aussi sûr que Joffrin qu’en Egypte, « le raz-de-marée de la liberté » ne sera pas à son tour noyé par d’autres déferlantes.[access capability= »lire_inedits »]

Il ne s’agit pas de jouer les goguenards ou les sceptiques. Les peuples savent désormais qu’ils peuvent faire reculer les pouvoirs parce qu’ils l’ont vu à la télé. Comment ne s’en réjouirait-on pas ?[1. Au passage, on apprend que malgré les efforts déployés par les régimes pour détourner la colère populaire vers l’ennemi historique, la « rue arabe » ne partage pas l’obsession israélo-palestinienne de Stéphane Hessel, et c’est une excellente nouvelle] Imaginer qu’à Damas et Alger – et peut-être Ryad et Sanaa – ceux qui, depuis des décennies, oppriment leurs populations, accaparent la richesse et maintiennent les citoyens dans l’ignorance passent de sales nuits, cela fait sacrément plaisir (même si ce n’est pas un plaisir très glorieux). Comment ne rêverait-on pas d’un monde arabe apaisé, modernisé, sécularisé où, conformément aux prévisions d’Emmanuel Todd, la baisse de la fécondité et les progrès de l’éducation accoucheraient de sociétés démocratiques ?

On s’en voudrait, donc, de casser l’ambiance de ce « lever de soleil » avec de « lugubres prophéties » – Joffrin, toujours. Ça tombe bien parce que je n’ai pas de prophétie en rayon. Alors que la partie est en cours en Tunisie et en Egypte et que peut-être, sans que nous le sachions, le feu couve ailleurs, l’heure n’est pas aux réponses mais aux questions.

Assistons-nous en direct à des révolutions comme l’a proclamé Olivier Besancenot qui avait provisoirement quitté les plateaux de Canal + pour prendre part à la lutte de ses camarades tunisiens et qui a désormais la conviction que « c’est possible » ? La vérité, c’est que nous n’en savons rien. Que s’est-il passé en coulisses dans les journées qui ont précédé la fuite de Ben Ali et de sa cupide épouse ? On apprendra dans les semaines, les mois ou les années qui viennent quelle a été la part des révolutions de Palais dans les évènements de Tunis et du Caire. Mais on peut difficilement croire que trente jours de manifestations auraient fait tomber une dictature si celle-ci n’avait pas été en bout de course, épuisée de l’intérieur.

Les peuples qui se battent pour leur liberté peuvent y renoncer librement

Sommes-nous coupables des turpitudes de ces régimes jusque-là « amis » ? Avons-nous, au contraire, joué un rôle dans leur chute ? Là encore, la prudence s’impose tant que les archives ne se sont pas ouvertes et les langues déliées. On peut cependant observer que depuis deux ou trois décennies « l’Occident » se contente de s’adapter aux réalités politiques. On pourra gloser à l’infini sur le retard à l’allumage des diplomates français incapables de voir ce qui se passait sous leur nez. L’eussent-ils vu que cela n’aurait pas changé grand-chose.

Reste une question, la plus antipathique de toutes celles qui viennent à l’esprit : est-ce que c’est bon pour nous ? Le premier réflexe, c’est de se dire que la liberté des peuples ne peut être porteuse que de bienfaits. Et puis on pense à la révolution iranienne accouchant d’une théocratie assez peu inspirée par la Déclaration des Droits de l’Homme. Et on se rappelle que les « masses » ne sont pas ontologiquement bonnes et que les peuples qui se battent pour leur liberté peuvent aussi y renoncer librement. Il est vrai que ces spéculations, pour passionnantes qu’elles puissent être, sont parfaitement inopérantes. On peut discuter à l’infini pour savoir si on préfère une dictature laïque ou une démocratie islamiste. À supposer qu’un tel choix existe ce n’est pas à nous de le faire. Cette histoire-là s’écrit largement sans nous et c’est très bien comme ça.[/access]

Hôtel de la Marine : chambres avec vue

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Les Parisiens côtoient des merveilles, qu’ils ne voient plus : l’hôtel de la Marine, par exemple, situé place de la Concorde, à Paris, classé monument historique, construit entre 1757 et 1774, sur les plans d’Ange-Jacques Gabriel, premier architecte de Louis XV. Les frontons des deux pavillons d’angle, reliés par une balustrade, portent des sculptures de Slodtz et de Guillaume Coustou. Sous Louis XVI, il faisait office de garde-meubles royal. On le visitait, tel un musée. Depuis 1789, il abrite le haut-commandement de la Marine, qui le libérera à la fin de l’année 2014, dès que le « Pentagone » français, bientôt en chantier dans le XVe arrondissement, sera disponible.

C’est peu dire que ce bâtiment et son jumeau, l’hôtel de Crillon, comme tout ce qui les entoure, constituent un lieu de mémoire, résumé par les noms successifs de la place sur laquelle ils se dressent : Louis X, de la Révolution, Louis XV encore, puis Louis XVI, et, enfin, de la Concorde.

À un jet de pierre de son entrée principale, le 21 janvier 1793, l’infortuné Louis XVI présenta son col aux aides du bourreau et s’agenouilla sans sourciller sous la lame de la guillotine. Marie-Antoinette le suivit, et Danton, et Robespierre, enfin plus de 1000 personnes, qui donnèrent à la populace sa ration d’effroi, et aux tricoteuses, mégères, mémères et autres mafflues énervées des ravissements qu’elles n’espéraient plus.

Déserté par les militaires, à quel usage ce chef d’œuvre d’architecture d’État allait-il être affecté ? À peine avait-on posé la question qu’un homme d’affaires nommé Alexandre Allard, représentant des intérêts divers et surtout privés, sembla surgir d’une boîte à idées, dont la principale consistait à transformer l’ensemble en une galerie commerciale de prestige. On imagine des vitrines de bijoutiers et de maroquiniers de luxe, présentant des marchandises hors de prix, surchargées d’or et de platine : des montres grosses comme un poing, serties de diamants, et supportant, sans le moindre sursaut de leur petite aiguille, une pression de dix bars, communément subie au fond des piscines, dans les baignoires, voire sous les douches des palaces… Bref, une cour de récréation pour les clones de Paris Hilton, bien propre à apaiser momentanément l’appétit de luxe des parvenus de la planète, et des starlettes de la télévision, qui prennent soin de porter des lunettes noires afin d’être reconnues.

Eléphant dans un jeu de quilles, M. Allard était cornaqué par Renaud Donnedieu de Vabres, homme profondément policé, ministre de la Culture dans le troisième gouvernement Raffarin. M. de Vabres agissait dans la coulisse, depuis que l’État, désemparé, avait lancé un appel à candidatures, relatif à « l’occupation, la mise en valeur et l’exploitation » de l’ensemble du bâtiment, concédé à un audacieux par un bail de soixante ans.

Des historiens de grands renoms, des intellectuels réputés, s’émurent, lancèrent une pétition, annonçant l’implantation, au cœur de la capitale, d’un « Barnum commercial assorti de suites de luxe ». On se trompait, on s’égarait. M. Allard est avant tout un mécène, respectueux du patrimoine. Interrogé par Le Figaro.fr (24 janvier), il se défend de ces accusations, riposte posément, se dit prêt à investir 200 millions d’euros « pour les seuls travaux », évoque un espace de prestige, pensé par l’architecte Jean Nouvel, dédié aux artisans d’art « que le monde entier nous envie ». Quant aux chambres d’hôtel pour milliardaires, avec vue sur la Concorde, il ne s’agirait que « de suites conçues pour de grands mécènes, qui paieraient leur séjour, et pour des artistes, qui seraient invités à résidence gratuitement ou dans la mesure de leurs moyens ».

Jusque-là, M. Frédéric Mitterrand, sans doute trop occupé à surveiller les lectures des Français, s’était tenu éloigné de ce dossier. Mais le 23 janvier, le ministre a fait connaître à la presse assemblée, que le président de la République, soucieux d’apaiser les inquiétudes des uns et des autres, l’avait chargé de créer une commission, dont l’objectif était de « réétudier les choses à fond depuis le début ». On dirait du Courteline…

En lieu et place de l’actuel obélisque venu de Louxor, offert à la France, en 1831, par l’aimable vice-roi d’Égypte Mehemet-Ali, officier d’origine albanaise, admirateur de Bonaparte, il y avait jadis une statue équestre de Louis XV, qui fut, un temps, bien aimé, puis détesté. Le peuple chantait volontiers ce refrain :
Ah ! la belle statue, ah ! le beau piédestal,
Les vertus vont à pied, et le vice à cheval
.
Les émeutiers fracassèrent l’auguste cavalier en août 1792.

Après Ben Ali et Moubarak, à qui le tour ?

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Excusez-moi de déranger, mais j’ai juste une petite question qui me trottine dans la tête.
Maintenant que ça commence à chauffer à Damas et Amman, avant qu’on sache clairement qui va l’emporter et qu’on puisse allègrement sauter dans le wagon des vainqueurs, que faire ?

Ceux qui appellent aujourd’hui à lâcher Moubarak, qui critiquent la politique française vis-à-vis des Ben-Ali/Trabelsi, que nous recommandent-ils de faire ? Devrions-nous appeler Assad à quitter le pouvoir ? Exhorter le roi Abdallah II à abdiquer ? Et pendant qu’on y est, devrions-nous appeler les Marocains, un peu trop timides ces temps-ci, à rejoindre le mouvement ?

Si Hillary Clinton, MAM ou Lady Ashton ont une réponse, qu’elles n’hésitent pas à me l’envoyer par mail. C’est promis, je ne le forwarderai pas à Wikileaks

Destination danger

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L’indulgence de David Desgouilles envers Mme le ministre des Affaires étrangères part d’un bon sentiment et du louable souci de ne pas hurler avec la meute qui se déchaîne à l’odeur du sang. On me permettra cependant de ne pas la partager.

Certes, on ne manque pas de faire valoir que MAM n’est ni la première, ni la seule personnalité politique de premier plan à avoir bénéficié des libéralités d’un potentat arabe ou africain, ou de leurs proches : les obligés des rois du Maroc, d’Hosni Moubarak, d’Omar Bongo se comptent par dizaines, à droite comme à gauche. Le fait que quelques-uns d’entre eux, comme Bertrand Delanoë ou feu Philippe Séguin aient été profondément marqués par leur enfance dans le protectorat tunisien, et d’autres par leur naissance dans l’une ou l’autre de nos anciennes colonies, provoque des situations ambiguës. Le regard qu’ils portent sur ces contrées est de l’ordre de l’infra-politique : ils gardent un rapport charnel, émotionnel au monde disparu de leur prime jeunesse. Ils ont l’impression de « comprendre » ces pays mieux que quiconque, et se targuent de posséder les clés qui permettraient, selon eux, de faire évoluer ces terres bienaimées vers un comportement plus acceptable en matière de libertés publiques et de droits de l’homme. Naturellement, il n’en est rien, mais en l’occurrence ce comportement peut être excusé au nom de la part d’humanité et de sentimentalisme qui demeure, malgré tout, dans le cœur et l’esprit de ces hommes et femmes de pouvoir.

Michèle Alliot-Marie n’appartient pas à cette catégorie. Son rapport à la Tunisie ne relève pas d’un roman personnel et devrait donc être déterminé par une sèche analyse politique de l’opportunité, pour le chef de la diplomatie française, de se rendre pour des raisons privées et vacancières, fin décembre 2010, dans un pays en proie à des émeutes sociales, sévèrement réprimées par le pouvoir en place.

Un ministre des Affaires étrangères n’est jamais un vacancier comme un autre : où qu’il se rende (sauf peut-être aux Etats-Unis), il sera l’objet d’attentions particulières des autorités du lieu : salon d’honneur à l’aéroport, limousine aimablement mise à disposition, cadeaux d’arrivée aimablement déposés dans la chambre d’hôtel. Quoi qu’il fasse, le récipiendaire de ces marques d’amitié se met dans un mauvais cas. Refuse-t-il au nom de la morale commune ? Il court alors le risque de gravement insulter le potentat local et de provoquer un contentieux qui n’a rien à voir avec les intérêts supérieurs de la France. Accepte-t-il au nom du nécessaire respect dû aux usages locaux ? On tombe alors dans le piège que n’a pas su éviter Michèle Alliot-Marie. Allons donc, un petit « ride » offert dans un jet privé pour éviter à ses vieux parents les cahots de la route Hammamet-Tabarka ne saurait prêter à conséquence… Il se trouve que le propriétaire du jet est également celui de l’hôtel où séjourne la petite troupe et qu’il est lié au clan Trabelsi ? Broutilles… Qui ne l’est pas, volens nolens, dans ce pays si l’on veut prospérer en affaires ? Si j’aurais su, j’aurais pas venu et serais restée bien pénarde à Saint-Jean-de-Luz à becter la dinde aux marrons en famille.

Toutes ces sordides petites histoires ne seraient probablement jamais sorties si, quelques semaines après son retour de vacances, MAM ne s’était somptueusement plantée en proposant une coopération renforcée avec le pouvoir tunisien dans les techniques du maintien de l’ordre… « Mais, pleurniche-t-elle aujourd’hui, on m’a mal comprise, je cherchais simplement à protéger la vie des manifestants en exportant le savoir-faire policier français dans ce domaine… »

MAM avait tout simplement oublié qu’elle n’était plus place Beauvau, où elle officia jadis, mais au Quai d’Orsay, et que la diplomatie ne se pratique pas à coup de taser… Certes, elle aura été mal informée, notamment par l’ambassadeur de France à Tunis, mais il faut être cynique comme un vulgaire Roland Dumas pour faire porter à son administration le chapeau de ses bévues[1. En 1992, Roland Dumas, alors ministre des Affaires étrangères avait, sans en informer son administration, organisé la venue à Paris, pour des raisons médicales, du leader palestinien George Habache, sur lequel courait un mandat d’arrêt international pour faits de terrorisme. L’affaire s’ébruita, et ce fut François Scheer, secrétaire général du Quai d’Orsay, qui servit de fusible alors qu’il n’avait strictement rien à voir dans l’affaire.]. Ce pauvre Pierre Ménat, l’ambassadeur en question, comme l’avouait candidement Dominique de Villepin jeudi 3 janvier sur France Inter, n’avait fait qu’appliquer strictement les consignes non-écrites du Quai, qui veulent que dans certains pays, dont la Tunisie de Ben Ali, on se garde bien de tout contact avec l’opposition. Et de citer l’exemple de Jean-Christophe Rufin qui s’était affranchi de cette règle au Sénégal et dut en tirer les conséquences lui-même avant d’être débarqué.

MAM, bien sûr, n’a commis aucun crime. En revanche, elle a commis une faute, au sens que donne Talleyrand à ce terme, à propos de l’assassinat du Duc d’Enghien par les sbires de Napoléon. Elle devrait en tirer les conséquences et ne pas se comporter comme ce lamentable petit oiseau jaune qui geint en disant : « C’est pas zuste ! »