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France 24 : fin de règne pour Christine ?

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Est-ce une coïncidence ou la conséquence du départ de Bernard Kouchner du Quai d’Orsay ? Toujours est-il que moins d’un mois après le remaniement ministériel éclate, au sein de l’Audiovisuel Extérieur de la France (AEF), une affaire d’une gravité exceptionnelle, qui pourrait atteindre directement sa directrice déléguée, Christine Ockrent, à la ville compagne de Bernard Kouchner. Avant d’entrer dans le détail de ce scandale sorti par Emmanuel Berretta, il convient de donner quelques éléments de contexte permettant d’en comprendre les tenants et aboutissants.

AEF est une holding publique qui gère Radio France International (RFI) et la chaine d’information télévisée en continu France 24, détenues à 100% par l’Etat français et la participation de la France (49%) dans TV5 Monde, une chaîne généraliste francophone à laquelle participent également la Suisse romande (TSR), la Belgique (RTBF) et le Québec (Radio Canada).

L’ancien patron du groupe de pub Havas, Alain de Pouzilhac, en est le PDG et Christine Ockrent la directrice générale déléguée, responsable des rédactions.

Ceux qui la critiquent : de vilains machistes

La nomination de cette dernière à ce poste avait déjà fait jaser dans le landerneau médiatico-politique : la tutelle de l’Etat sur AEF était en effet exercée par le quai d’Orsay, et la proximité de Mme Ockrent avec le ministre en exercice pouvait alimenter quelques soupçons de népotisme. Tous les amis de Christine, et ils sont nombreux dans les hautes sphères médiatiques et politiques, sont alors montés au créneau pour dénoncer ces vilains machistes qui osaient suggérer que cette nomination n’était pas due seulement aux époustouflantes qualités professionnelles de la dame. Passez votre chemin, manants, et laissez la reine Christine combattre CNN et la BBC comme jadis Jeanne d’Arc s’efforçait de bouter l’Anglois hors du royaume de France. Ces exploits supposés justifiaient par ailleurs une rémunération annuelle qui, à en croire les confrères, se monterait à 310 000 €.

Pour la forme, la tutelle d’AEF fut transférée du Quai d’Orsay à Matignon, mais cela ne trompa que les couillons. Le ministre des Affaires étrangères gardait toujours un œil vigilant sur l’écran de France 24 et une oreille attentive aux émissions de RFI.

Malheur à ceux qui, comme Grégoire Deniau et Bertrand Coq, rédacteurs en chef de France 24, auteurs de livres et de documentaires insuffisamment complaisants envers le French doctor, osent défier Christine ! Ils sont débarqués sans ménagements. Car elle est comme ça, la Christine, tout sourire à l’extérieur et méchante comme une teigne dans les endroits où on a l’imprudence de lui confier quelque pouvoir. Sa méthode : diviser pour régner, mettre le souk au sein des rédactions en montant les uns contre les autres pour apparaître comme la reine tranchant souverainement les conflits. Lors un passage digne d’Attila à la tête de la rédaction de l’Express dans les années 90, elle fut affublée du surnom de Caïus Detritus, ce légionnaire romain de La Zizanie qui sème la discorde dans les troupes de César.

Cette propension à monter les gens les uns contre les autres se double d’une paresse personnelle infinie pour tout ce qui n’est pas paillettes et promotion d’elle-même. Les mauvaises langues susurrent que cette « grande professionnelle » fait parfois appel à des « nègres » pour écrire les ouvrages qui ajouteront à sa gloire. On n’ose le croire. Mais Vincent Peillon se souvient fort bien qu’en 1995, alors qu’il était un jeune prof de philo à peine entré en politique comme conseiller de Lionel Jospin, la dame l’avait sollicité pour « l’aider » à écrire un livre sur l’élection présidentielle à venir. Vincent Peillon avait alors décliné cet honneur, ne « sentant pas » la thèse que voulait alors développer Ockrent, à savoir que les candidats présents lors de cette élection ne le seraient pas lors de la suivante. Jospin, Le Pen et Chirac ayant remis le couvert en 2002, Peillon a bien fait de passer son chemin…

Alain de Pouzilhac, qui a gardé de juteuses activités dans des conseils d’administration divers et variés, dont l’activité casinotière, ne s’occupe que des aspects « business » d’AEF, notamment en négociant les conditions de diffusion de France 24 et RFI par les sociétés de câble ou de satellites dans le monde entier. Il mène également une dure bataille de réductions d’effectifs à RFI contre les syndicats de la maison. Il a laisse donc la bride sur le cou à Christine pour toute les questions rédactionnelles, jusqu’au moment où il s’aperçoit que cette dernière a fait embaucher en douce une trentaine de collaborateurs francophones à France 24, sans que ces emplois soient prévus au budget. Fou furieux, il demande la tête d’Ockrent à Sarkozy, qui la lui refuse. Néanmoins, l’homme-lige d’Ockrent au sein de la rédaction, Vincent Giret, est viré.

L’addition de la liste des cadres de la maison qui ont fui les méthodes ockrentiennes et de celle des membres actuels de la rédaction qui se taisent pour ne pas mettre en danger leur poste dans un contexte de chômage massif dans la profession coïncide à peu de choses près avec le tableau des effectifs.

Système d’espionnage interne

Pour tous ceux-là, la découverte de la mise en place d’un système d’espionnage interne dans AEF dans lequel il n’est pas exclu que Christine Ockrent soit impliquée tombe comme pain bénit, même si tout le monde reste encore à couvert. On ne sait jamais, la bougresse peut encore s’en sortir… Mais cela semble difficile lorsque l’on découvre que les boites mails du principal collaborateur de Pouzilhac, le diplomate Frank Melloul détaché à AEF comme directeur de la stratégie, sont piratées depuis son domicile par Candice Marchal, la plus proche collaboratrice d’Ockrent, avec la complicité de l’entreprise extérieure en charge de la « sécurité des réseaux ». Le patron de cette société de services, Thibaut de Robert, a été introduit dans la maison par Ockrent elle-même, après avoir longtemps travaillé pour BK Conseils, la boite de consultants qui faisait vivre Kouchner quand il n’était pas ministre. Toutes les informations confidentielles, en principes réservées au PDG atterrissaient ainsi sur l’ordinateur personnel de Candice Marchal.

Cette dernière a immédiatement été mise à pied et la justice est maintenant saisie de l’affaire. Lors de la réunion du comité exécutif d’AEF du mercredi 1er décembre, Christine Ockrent s’est défendu bec et ongles, affirmant n’être en rien mêlée à cette crapoteuse entreprise. Plus, elle contre-attaque en mettant en cause Frank Melloul pour avoir annoncé au Point qu’il allait porter plainte. Dans la maison, du PDG Alain de Pouzilhac au plus humble lampiste, personne ne croit une minute que Candice Marchal ait manigancé de sa propre initiative cet espionnage informatique. L’intersyndicale d’AEF a demandé de rencontrer séparément Alain de Pouzilhac et Christine Ockrent pour entendre leur point de vue sur cette affaire, se réservant le droit, une fois son opinion faite de demander les mesures nécessaires aux autorités de tutelle. Aux dernières nouvelles, Alain de Pouzilhac aurait décidé de passer en force et de licencier Christine Ockrent pour « faute grave » mettant tous les amis de cette dernière au cœur du pouvoir devant le fait accompli.

Nicolas Sarkozy aurait en effet promis à Bernard Kouchner de ne pas couper la tête de Christine après son départ du Quai. Mais les promesses, c’est bien connu, n’engagent que ceux qui les écoutent.

C’est Balzac qu’on assassine !

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L’histoire peut paraître anecdotique, mais elle est symptomatique du cancer de la bien-pensance égalitariste qui ronge la société française depuis des années. Depuis un quart de siècle, le Collège-Lycée Honoré de Balzac (Porte de Clichy à Paris) est l’un des fleurons du système scolaire public en Île de France. La moitié de ses classes sont composées d’élèves bilingues, qui intègrent Balzac en 6e grâce à leur maîtrise parfaite d’une langue étrangère et à un dossier scolaire immaculé, pour y préparer le prestigieux BAC Option Internationale. On y trouve donc des classes d’élite qui font le bonheur de leurs professeurs, avec des élèves étudiant l’arabe littéraire, l’anglais, le portugais, l’italien, l’espagnol ou l’allemand. Ces élèves dits « internationaux » ont intégré Balzac sur concours, et viennent de toute l’Île de France chaque matin (parfois après une heure de transport) pour suivre leurs cours.

L’autre moitié de l’établissement est constituée de classes générales, normales, avec des élèves issus du quartier. La Porte de Clichy n’étant pas vraiment un coin favorisé de Paris, on trouve parmi les « généraux » un fort pourcentage de cancres en difficulté. Parmi ces cancres, il y a bien entendu quelques brutes encagoulées qui n’hésitent pas à mettre des baffes aux « bouffons » des classes internationales, voire à leur piquer leurs Choco BN, quand ce n’est pas leur portable. Mais rien de bien méchant, hein. On voit pire, bien pire, dans la majorité des établissements de banlieue. Balzac n’a rien d’un coupe-gorge. En tout cas, pas encore.

Depuis 25 ans, le Collège international de Paris fonctionnait ainsi. Un mélange de classes d’élite et de classes lambda, vivant à peu près en bonne intelligence dans ce gigantesque paquebot de béton. Et puis une nouvelle proviseure est arrivée cette année, avec un « projet d’établissement » sous le bras. Madame Katia Blas a décidé de mélanger les classes générales et internationales dès la rentrée prochaine. Jointe au téléphone, la proviseure s’est montrée choquée par l’indignation des parents d’élèves internationaux. Comment ne pas être d’accord avec son projet égalitaire, qui n’a d’autre but que de « prévenir la violence » et « améliorer les résultats de l’établissement » ? Avec un aplomb digne d’un Benoît Hamon expliquant son projet « d’égalité réelle », Madame Blas s’est émue des différences de résultats entre les classes « d’élite » (93% de reçus au brevet) et les classes générales (à peine 45%). Pour la proviseure l’idée même de classes d’élites est insupportable. Comme de bien entendu, le mot « discrimination » fait partie de son vocabulaire. Pour ces petits soldats de « l’égalité réelle », il ne saurait y avoir de justification à l’existence de classes internationales, peuplées d’intellos avec seize de moyenne, dans un établissement public.

Pour la sécurité des internationaux (dont elle reconnaît qu’ils se prennent à l’occasion des claques dans les couloirs, sur le mode « zyva sale bouffon »), la proviseure prône donc la seule solution possible : mettre dans la même classe intellos et cailleras nihilistes. S’appuyant sur les travaux de sociologues obscurs, la proviseure certifie que son projet d’établissement est la solution à tous les problèmes. Fini les violences ! En passant leurs journées côte à côte, bons élèves et ados en échec scolaire vont devenir les meilleurs amis du monde. Terminé les claques et les moqueries. Pour couronner le tout, les cancres vont, bien entendu, s’inspirer des bouffons à lunettes et raccrocher les wagons de la réussite scolaire ! Si ce n’était pas aussi triste et naïf, on pourrait en rire. Mais le gâchis est trop terrible. Trop de profs et de parents de bonne volonté se sont battus pour l’existence de Balzac International pour ne pas être effarés par ce projet. L’idée, d’une rare stupidité, rappelle évidemment l’affaire des ERS (établissement de réinsertion scolaire) qui ont fait la une des journaux il y a quelques semaines. Rappelez-vous : des collégiens de St Denis envoyés dans des ERS à la campagne pour reprendre leurs études. La belle idée s’était achevée, là aussi, à coups de claques dans la figure. Personne ne peut forcer un élève à se plonger dans ses livres, sauf peut-être ses parents…

Le fameux déni du réel qui caractérise notre société bien-pensante trouve avec cette affaire un nouvel exemple particulièrement sinistre. Un nouveau scandale. Parmi d’autres. Pourquoi « stigmatiser » les ados qui ne veulent rien faire, quand on peut faire porter le chapeau au « système », forcément bourgeois, de droite et inégalitaire ? Pourquoi protéger les classes « d’élite » (un gros mot dans la bouche de la proviseure ), quand on peut les livrer en pâture à la meute et faire remonter la moyenne générale de l’Établissement d’un demi point ? De quel droit les « intellos » pourraient-ils continuer à travailler tranquillement pendant que le niveau s’effondre autour d’eux ?

Les établissements scolaires devraient être des citadelles dédiées au savoir, à l’abri du tumulte et de l’air du temps. À l’abri des idéologues de la connerie bien-pensante, aussi, si ce n’est pas trop demander.

Cantona t’es foutu, Lagarde est dans la rue !

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Sans me vanter, il y a des matins où on est bien inspiré de lire le Guardian.com : c’est là que votre humble serviteuse avait trouvé le fabuleux dégagement de Cantona contre les banques, qui depuis, n’a cessé de faire boule de neige. Des dizaines de sites ont depuis repris eux aussi la vidéo nous appelant à retirer nos petits sous des gros coffres honnis, histoire de dire aux institutions financières notre façon de penser.

L’idée vaut ce qu’elle vaut, toujours est-il que l’appel au retrait massif ce 7 décembre a déjà été contresigné par 30000 facebookiens enthousiastes. Mais ne cherchez pas Christine Lagarde parmi ceux-ci : en vrai, elle n’a pas du tout apprécié cette intrusion cantonesque dans son pré carré : « Il y en a qui jouent magnifiquement au football, je ne m’y risquerai pas. Je crois qu’il faut intervenir chacun dans sa compétence. Eric Cantona n’est pas à une provocation près. C’est un immense footballeur. Mais je ne suis pas sûre qu’il faille le suivre dans toutes ses suggestions non plus (…) Donc, il faut que chacun fasse son métier; que M. Cantona fasse le sien, moi, je fais le mien”, a-t-elle déclaré ce mercredi à l’Associated Press.

Certains seront atterrés par cette rhétorique un rien téléphonée, voire carrément lourdingue : la défense de Bercy n’est assurément pas à la hauteur de l’attaque de Canto. Mais soyons indulgents, après tout, le domaine que Christine assure maitriser mieux que le dribble ou l’aile de pigeon, c’est pas non plus la poésie symboliste…

Taser, à quoi ça sert?

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Le Taser, c‘est un pistolet électrique. Avec le flash-ball, c’est un peu l’idole des armes non létales utilisées par la police depuis une dizaine d’années, c’est-à-dire depuis que Nicolas Sarkozy est ministre de l’Intérieur. Quand on en finit avec la police de proximité, mais qu’on veut tout de même éviter le carnage, il vaut mieux trouver des solutions de substitution. Alors va pour ces fameuses armes non létales. Comme ça, s’il y a des bavures, et il y en a toujours un peu, c’est comme le coulage dans les supermarchés, au moins elles seront non mortelles. Un genre de principe de précaution appliqué à la répression, si vous voulez.

Conte de fées

Le concept d’armes non létales est un joli conte de fées. Un peu comme celui d’opération chirurgicale bénigne. N’importe quel médecin, sauf éventuellement un chirurgien esthétique dans une série américaine genre Nip/Tuck, vous expliquera qu’il n’y a pas d’opération bénigne, que tout geste chirurgical, même anodin, même mille fois répété, comporte un risque. C’est pour cela que présenter le Taser comme une arme non létale, c’est un peu n’importe quoi. Dans « arme non létale », ce qui compte tout de même, c’est le mot « arme » et utiliser une « arme », par définition, c’est prendre le risque de tuer. Voire chercher à le faire. Il faudrait donc, pour être honnête, parler du Taser comme « d’une arme qui présente un peu moins de risques de tuer, quand vous l’utilisez, que le 9mm en dotation ».
Et puis, ce que je me demande aussi, tiens, c’est pourquoi le gardien de la paix qui patrouille dans le jardin d’enfants près de chez moi porte son 9mm dans l’étui, mais n’a pas de Taser. Parce qu’il n’a aucune raison de s’en servir contre de jeunes mamans qui font goûter les bambins, me répondrez-vous. Nous sommes d’accord. Ce qui signifie, à contrario, que si le policier emporte avec lui un Taser ou un Flash-Ball, c’est donc pour s’en servir. Et que l’on a, logiquement, davantage de risques de tuer ou de blesser gravement quelqu’un avec une arme non létale dont on est sûr de se servir qu’avec une arme létale dont on est sûr de ne pas se servir. Eh oui.
Paradoxe pour le moins dangereux quand ce sont tout de même des vies qui sont en jeu.

Deux décharges

Bon, rappelons les circonstances de l’affaire qui nous préoccupe: c’est un Malien sans papier (pléonasme en ce moment), à Colombes, qui s’est rebellé et qui a reçu deux décharges de Taser quand la police est venue le chercher. Il n’était pas dans un jardin d’enfants avec de jeunes mamans mais au douzième étage dans un appartement où il s’engueulait avec un ami. Quand on est clandestin, on devrait au moins avoir la politesse de ne pas déranger les voisins. La première décharge de Taser, apparemment, ne lui a rien fait. La seconde l’a calmé et tout le monde est reparti par l’ascenseur.
Dans l’ascenseur, avec les policiers, le Malien a fait un malaise et il est mort. Il avait peut-être trop de cholestérol. Ca bouffe à pas d’heure et un peu n’importe quoi, les clandestins, c’est bien connu. Même pas foutu de suivre un régime Dukan correctement. En même temps, il avait peut-être lu des études récentes indiquant que les régimes, c’est presque aussi dangereux pour la santé que le Taser.
Ou alors il était très contrarié de s’être disputé avec son ami. Ou il était crevé par sa journée sur un chantier du BTP qui ne voit jamais passer un inspecteur du travail. Ou ce sont les gaz lacrymogènes utilisés dans un premier temps. Ou c’est quand même de la faute du Taser. Ou de la faute à un peu tout ça mélangé. L’autopsie, à l’heure où nous écrivons, a une discrétion de violette et une prudence iroquoise. Nous citons le parquet de Nanterre : « Une asphyxie aigüe et massive », « il n’y a pas de cause certaine, unique et absolue du décès », « inhalation de gaz puisque du sang a été retrouvé dans ses poumons. », « un cœur dur et contracté, peut-être en lien avec l’utilisation du Taser mais ces résultats doivent être complétés par une expertise toxicologique et un examen des organes».
Allez savoir.

Euphémisation

Monsieur Antoine di Zazzo, PDG de Taser France, lui, est gêné. On le comprend, une arme non létale qui est plus ou moins soupçonnée de tuer, c’est toujours ennuyeux. Une parenthèse, Taser-France, ça veut dire en fait que la maison mère est américaine. Si ces joujoux mortifères semblent tellement indispensables au maintien de l’ordre des années 2010, on pourrait peut-être les fabriquer nous-mêmes ? Cela ne doit pas être bien sorcier. Utiliser un Taser, si j’ai bien compris, c’est un peu comme se servir à distance d’un défibrillateur cardiaque sur quelqu’un qui n’a pas de crise cardiaque.
C’est quand même problématique, quand on y pense, vu sous cet angle là.

Monsieur di Zazzo a donc tenté de s’expliquer très vite : « Seule l’autopsie de cet homme permettra de dire si notre pistolet est responsable du décès » et il ajoute « à ce jour, dans le monde, le Taser n’a jamais tué quelqu’un ». C’est vrai, l’autopsie laisse pour l’instant le bénéfice du doute au Taser. Monsieur di Zazzo va être provisoirement soulagé. Brice Hortefeux aussi. Admettons, mais d’après Amnesty International, aux Etats-Unis, il y a quand même de très forts soupçons qui confinent à la quasi certitude en ce qui concerne le décès de plusieurs personnes, essentiellement des adolescents ou des sujets fragiles.
Que ce soit ou non la faute du Taser, il va falloir réfléchir quand même un peu à cette notion d’arme non létale et à ses conditions d’utilisation. On a vu à plusieurs reprises ce que faisait le flash-ball quand il était employé dans des opérations de maintien de l’ordre où ce n’est pas son rôle. Un jeunes homme énucléé du côté de Montreuil sera prêt à vous en parler dès qu’il aura remis son œil de verre et retrouvé figure humaine.
L’arme non létale, ça participe finalement de cette euphémisation générale qui est caractérise notre novlangue. L’euphémisation aime bien les anglicismes comme « Taser » ou « management » qui permettent de contourner la réalité de la chose : « pistolet à impulsions électriques » ou « gestion optimale de l’humain dans le but de le presser comme un citron ».

L’arme non létale, c’est aussi, au bout du compte, le reflet de notre mauvaise conscience, de notre conscience malheureuse. Nous avons un reste de scrupule démocratique quand il s’agit de réprimer car la répression qui prouve qu’on n’a pas su prévenir est toujours une défaite personnelle de chaque citoyen. Et ce qu’on voudrait, avec l’arme non létale, c’est le beurre de la paix civile à n’importe quel prix, (même celui de la guerre a-t-on entendu l’été dernier) et l’argent du beurre de la bonne conscience humaniste et républicaine.
Cela va devenir de plus en plus compliqué.

Souriez vous êtes informés

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Le magazine quotidien des médias « Souriez vous êtes informés », diffusé de 9h45 à 10h sur France Inter, existe aussi en version hebdomadaire, enregistrée tous les mercredis et consacré à la Toile. Hier Guillaume Erner, Jean-Marie Durand et Elisabeth Lévy y ont interviewé Jean-Michel Aphatie.
A bon auditeur, salut !

Hariri : affaire classée

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photo : spdl_n1

Après plus de cinq ans, la commission internationale d’enquête créée par l’ONU pour faire la lumière sur l’assassinat de l’ancien Premier ministre libanais Rafiq Hariri est sur le point de remettre un acte d’accusation. À en croire la presse mondiale de ces derniers mois, Daniel Bellemare, le procureur du tribunal spécial pour le Liban (TSL), formé pour juger les responsables de ce crime, le Hezbollah serait désigné comme l’exécuteur de l’attentat-suicide du 14 février 2005 qui a coûté la vie à Hariri ainsi qu’à des dizaines d’autres Libanais. L’ennui, c’est que tout comme les banques dans la crise économique mondiale, le Hezbollah est trop puissant pour qu’on puisse l’obliger à assumer ses responsabilités et à payer pour ses crimes. Alors que certains craignent un coup d’Etat de la milice chiite, la justice et la vérité sont incompatibles avec les rapports de force politiques et stratégiques.

Quant aux commanditaires, ils pourront, sauf énorme surprise, tourner la page. Encore plus incontournable que le Hezbollah, la Syrie rangera bientôt le dossier « Hariri, Rafiq » au même rayon des affaires classées que celui de « Gemayel, Bachir ». Quand on gêne la Syrie au Liban, la Syrie, elle, ne se gêne pas. Cette fois-ci elle s’en tire aussi, mais non sans frais. Assad fils y a laissé des plumes. La réserve qu’il a dû s’imposer après le raid israélien qui a détruit en septembre 2007 son très cher joujou nucléaire – qui a surpris le chef du Mossad, convaincu, selon un câble de l’ambassade américaine à Tel-Aviv, que la Syrie allait réagir –, l’assassinat à Damas d’Imad Mughniyah et le « suicide » de Ghazi Kanaan, un ancien chef de renseignements syrien au Liban, sont quelques-unes des couleuvres que le président syrien a été obligé d’avaler pour se racheter. Reste qu’il aurait pu – et sans doute dû – payer encore plus cher.

Le soir du 14 février 2005, le président syrien est dans une situation désespérée. Certes, il a réussi à s’ôter une épine du pied – Rafiq Hariri était devenu trop gênant – mais il pressent sans doute qu’il s’agit d’une victoire à la Pyrrhus. La brutalité de l’attentat (l’explosion d’une puissance de 1000 Kg de TNT) et la popularité de la victime vont avoir pour effet la création d’un camp anti-syrien puissant et audacieux. Les principales familles politiques libanaises (ce n’est pas une métaphore dans ce cas), chrétiennes et sunnites surmontent les jalousies et les peurs qui les divisaient en créant l’alliance du 14 mars à la suite d’une manifestation-commémoration 30 jours après l’attentat. Même le rusé et généralement prudent Walid Joumblatt, leader des Druzes, rejoint l’alliance et n’hésite à designer les Syriens comme responsables. Joumblatt a plus qu’une intime conviction pour appuyer ses accusations. Quelques mois plus tôt, lui et Hariri avaient été convoqués à Damas où Bachar leur avait intimé l’ordre d’obéir à son homme-lige, le président libanais Lahoud. « Je préfèrerais casser le Liban sur vous que de vous laisser casser ma parole au Liban », leur avait-il signifié. Le 14 février, il apparaît que la formule n’avait rien de métaphorique.

Face au camp anti-syrien, essentiellement sunnite et chrétien, s’en est formé un autre, presque exclusivement composé de chiites. Ces derniers – représentés en grande majorité par Amal et le Hezbollah – se rangent du côté de Damas. Répondant par une « contre-révolution du Cèdre », les mouvements chiites démontrent leur force par un immense rassemblement organisé trois semaines après l’attentat. La date de cette manifestation donne son nom au camp prosyrien : l’Alliance du 8 mars.

Petit à petit les esprits se sont calmés et certains leaders du camp anti-syrien ont le chemin de Damas, à commencer par Michel Aoun, le général chrétien qui avait tiré sur les Syriens en 1989 et qui avait dû fuir son pays pour échapper à leur vengeance. Lui qui, le soir du meurtre, n’a pas hésité à accuser Assad sur France 2 et dont l’Alliance du 14 mars réclamait le retour d’exil, est aujourd’hui le grand allié du Hezbollah et de la Syrie. Le leader druze Joumblatt a, lui aussi, relu depuis son Machiavel.

Mais dans l’émotion suscitée par l’attentat, alors que le traumatisme est encore présent dans les esprits et le sursaut national de la société libanaise encore palpable, le camp anti-syrien parvient à accomplir un exploit : l’internationalisation de l’affaire. Ainsi, le 7 avril 2005, l’ONU adopte la résolution 1595, bras juridique du TSL et véritable épée de Damoclès suspendue au-dessus de la tête d’Assad. Depuis, le TSL est le gilet pare-balles politique de l’alliance du 14 mars.

Seulement, les réalités intangibles de la vie politique libanaise et de la géopolitique régionale reprennent le dessus. Même sans présence visible, la Syrie n’a pas renoncé à sa volonté de dominer le Liban, et malgré quelques revers momentanés, Damas a gardé une large palette de moyens d’action et de pression sur son petit voisin. Les sourires, la silhouette et la conversation de Madame el-Assad ont adouci l’image de son président de mari quelque peu écornée par « l’intime conviction » des chancelleries qu’il est le commanditaire de l’attentat du 14 février 2005. La vieille stratégie syrienne – entretenir et déployer une capacité de nuire pour se rendre indispensable – s’est de nouveau révélée efficace. Pièce essentielle de l’alliance entre l’Iran et le Hezbollah, la Syrie est très écoutée dans le « Dahiya », le quartier chiite du sud de Beyrouth, fief du Parti de Dieu. Une stratégie similaire sur l’échiquier irakien a fait de Bachar le voyou que tous les commerçants du quartier, soucieux de leur tranquillité et sans illusion sur l’efficacité de la justice, cherchent à acheter.

L’acte d’accusation – si les fuites de ces derniers mois sont fondées – sera un compromis entre cette réalité politique et les faits recueillis par les enquêteurs de M. Bellemare. Le TSL se contentera de désigner des individus, de démontrer la connivence entre l’armée et les services de renseignements libanais et le Hezbollah sans pour autant montrer du doigt l’organisation elle-même et encore moins le commanditaire et maître d’œuvre syrien.

Les faits appuyant l’acte d’accusation semblent convaincants sans être pour autant accablants, juridiquement parlant. Il s’agit essentiellement de preuves selon lesquelles huit téléphones portables appartenant à des militants du Hezbollah ont été localisés à l’endroit et au moment de l’attentat contre Hariri. Ces numéros de téléphone ont été d’ailleurs repérés assez rapidement par Wissam Eid, un enquêteur libanais assassiné, bien entendu, quelque temps après par qui vous savez. Il suffit de regarder un épisode des « Experts » pour comprendre que cela est un début prometteur.

Le Hezbollah, de son côté, a habilement mené une campagne de délégitimation dont le message principal est que le TSL est à la solde d’Israël et des Etats-Unis pour couvrir la responsabilité d’Israël dans l’assassinat d’Hariri. Quant à l’information concernant les fameux téléphones portables sur la scène du crime, l’argument ne désarçonne pas les porte-paroles du parti de Dieu : Israël a la capacité technologique de programmer des appels factices dans les réseaux libanais de téléphonie mobile… Face au tribunal de l’opinion publique, le Hezbollah a déjà gagné le procès. Quand des gens sont capables de croire que les employés juifs des Tours jumelles à New York avaient été prévenus par le Mossad la veille du 11 septembre, il n’est pas difficile de leur faire avaler aussi cette fable. Le TSL a justement été créé pour convaincre ces clients-là, et ils sont des centaines de millions surtout en Afrique et en Asie, dont l’imagination est nourrie par un régime intellectuel à base de cabales et de complots.

Paradoxalement, l’injustice flagrante qui fait office d’immunité pour la Syrie et le Hezbollah constitue le seul espoir pour le Liban d’échapper au pire. Intouchables, toujours victimes aux yeux d’une opinion publique captive, les assassins de Hariri et leurs commanditaires se sentiront moins contraints de mener la politique du pire.

Le déclin de l’Occident?

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Le gouvernement Fillon III n’a pas seulement écarté les pontes du centrisme que sont Hervé Morin et Jean-Louis Borloo. Il recèle une autre épuration, curieusement ignorée par les médias. En effet, on a beau scruter la liste des nouveaux ministres, un courant historique de la droite française manque à l’appel.

Où sont les anciens d’Occident ? De Patrick Devedjian, sèchement viré du ministère de la relance puis congédié de la fédération UMP des Hauts-de-Seine, à Hervé Novelli, discret mais honnête secrétaire d’Etat au Tourisme remercié sans autre forme de politesse, le bilan est sans appel. Et que dire de la non-promotion de Gérard Longuet, pourtant longtemps pressenti à la Défense, lui qui agonise d’ennui au Sénat ?

Cette inique conséquence du remaniement, cette minorité politique stigmatisée, discriminée, ostracisée nous ferait presque regretter la prochaine suppression de la Halde.

Presque mort pour presque rien ?

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Le 17 novembre, un lycéen tente de s’immoler par le feu dans un couloir de son lycée, à Bordeaux.
Comme les journalistes n’ont presque rien, alors ils parlent en boucle de ce « suicide par immolation dans les couloirs du lycée », changent un verbe, affinent un adjectif : il faut que ça tourne. D’autres sans doute font le pied de grue devant l’appartement des parents, photographient les copines, pistent les copains ; quelques camarades choqués pour entretenir le buzz, cela fait patienter. Ils ne savent rien mais ils actualisent, espèrent un détail, guettent un indice. Un drame ça s’organise. Les cellules psychologiques et les déclarations de ministres, trop vu et revu ! Alors que faire d’une immolation quand même les parents tardent à venir face caméra dire qu’ils ne comprennent pas, qu’ils souffrent mais qu’ils espèrent ? C’est quoi ces parents ?

Il faut que ça tourne ! Il faut envisager des clés, échafauder des pistes, ajouter des adverbes. Pas de responsable ? Pas la moindre vidéo retrouvée au domicile qui expliquerait ce geste par un désarroi existentiel ? Ca sonne bien l’existentiel, ça change du social qui fait tourner en rond, la perte de sens c’est important, sans oublier l’influence des jeux vidéos.
À défaut d’une vidéo, pas de trace écrite d’un enfer sentimental ? Le nomadisme amoureux, ses nouveaux codes et ses risques, c’est bon ça pourtant. Ou une implication ethno-dérapante? Ce n’était pas, comme certains disent sans honte, un jeune n’en pouvant plus de l’infâme racket islamique ? Ni un jeune issu de la Diversité la plus prometteuse en but au mépris de Français trop propres sur eux ? Même pas un gay en proie aux brimades ou un minoritaire quelconque soumis aux préjugés des bandes ?…
Peut-être que si après tout, il ne faut pas perdre espoir trop vite, il y aura bien un clan pour rebondir et faire son miel.

Que faire d’une immolation qui n’incite même pas à discuter d’une loi à l’Assemblée, qui ne permet pas de faire de l’Histoire, d’invoquer les mânes de Jan Palach, de parler du patriotisme qui a changé de forme, ou bien de la fragilité de l’adolescence, cette période où « la rupture est un appel », ou encore de gloser sur l’insécurité, « plaie des lycées », voire tout simplement de donner quelques idées aux pros du stand-up, oh bien sûr quand l’émotion sera retombée, hein !, quelque chose sur les gens qui ont besoin d’avoir chaud, qui font feu de tout bois, il faudrait creuser un peu …

Ils ne savent pas pourquoi mais ils sauront : le fait divers finira par rendre gorge. En attendant ils réécrivent en plus sombre ou en plus didactique, ils ajoutent un adverbe, changent un synonyme, contactent des spécialistes du désarroi et des sommités du risque. Ils espèrent surtout que ce ne soit pas un accident, ce serait trop bête, non il faudrait une motivation qui permette des débats et des photos, et puis si ça tourne mal au CHU de Bordeaux, il sera toujours temps de se rabattre sur le système hospitalier français qui part en vrille.

Une immolation, ça sert à quoi ?

Après Wiki, Karachi ?

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J’aime bien les chœurs de vierges effarouchées. Comme ceux qui se lèvent désormais après les « révélations » (je ne saurai faire autrement que mettre entre guillemets) de Wikileaks sur le thème « la politique étrangère des Etats ne saurait se faire sous le regard de tous ».

Bizarre, parce que juste sous nos yeux, nous avons une bien jolie affaire, ou disons deux pour le prix d’une, à propos desquelles les mêmes belles voix journalistiques réclament la transparence la plus intégrale. Je parle de Karachi, ses sous-marins Agosta, ses commissions pakistanaises, ses rétrocommissions libanaises, son potentiel financement occulte de la campagne Balladur, ses onze morts de la DCN, tout d’abord mis sur le dos de Ben Laden, puis non pas vraiment.

La presse, dans une belle unanimité, réclame la levée du secret-défense sur un certain nombre de documents protégés aujourd’hui, pour que les juges d’instruction chargés des deux affaires Karachi, (celle de l’attentat et celle des soupçons de financement occulte), puissent travailler. Jusqu’ici, le Premier ministre leur a refusé d’aller mettre leur nez dans des écoutes téléphoniques planquées à la DGSE, des pièces comptables abritées à Bercy ou encore des PV d’enquête parlementaire censées ne pas sortir des coffres de l’Assemblée. Toutes ces pièces, et j’imagine bien d’autres, sont couvertes par le secret-défense. D’ailleurs, c’est devenu une sorte de vulgate journalistique que de manier le secret-défense avec une mine pincée de conspirateur, comme pour dire, hou la la, je parle d’un truc énorme, mais je ne peux guère vous en dire plus. Sauf qu’à moins d’avoir fait du droit public et longtemps (ce que nous avons fait, frimons un peu) le concept est flou. Et non ça ne veut pas juste dire : on met un tampon sur des docs pour éviter que ces fouineurs de journalistes/juges/adversaires politiques n’utilisent nos secrets inavouables pour nous faire des misères.

Pour le coup, comme on dit, c’est un poil plus compliqué que ça et ça a à voir avec l’existence même de l’Etat (de droit). « Présentent un caractère de secret de la défense nationale […] les procédés, objets, documents, informations, réseaux informatiques ou fichiers intéressant la défense nationale qui ont fait l’objet de mesures de protection destinées à restreindre leur diffusion ou leur accès », dit l’article 413-9 du code pénal. Evidemment la notion s’est élargie au fil du temps. Dernière évolution en date, en 2009, le gouvernement a restreint la possibilité pour les magistrats d’aller dans certaines zones militaires, en les obligeant à saisir l’autorité qui a classé les docs qu’ils recherchent, qui elle-même doit saisir une commission pour statuer sur l’opportunité ou non d’accéder à leur demande.

Gare à l’épidémie de wikileaksite

Moi, je suis assez basique : je crois toujours que le droit et les formes ça sert à protéger les plus faibles, ceux qui en savent le moins, soit les gens dans mon genre. Et dans le fond, par moment je fais plus confiance à ceux qui planquent des documents, ou plutôt refusent de les mettre en ligne, qu’à ceux qui s’échinent à vouloir me permettre de les télécharger. Que ça cause de sous-marins, de centrales, de contrat d’aviation, d’opérations militaires ou de terrorisme. En la matière, il n’y a pas de morale, hormis celle de l’intérêt public, enfin j’espère. Et les juges qui s’érigent en justiciers à défaut de faire leur boulot me foutent la trouille. D’autant qu’ensuite je sais qu’ils finissent par être candidats à la présidentielle avec des lunettes rouges…

Evidemment, il ne faut pas s’étonner que tout le monde n’ait que le mot transparence à la bouche quand des anciens ministres, genre Millon ou Villepin, balancent des trucs aux juges et à l’opinion avant de revenir doucement sur ce qu’ils ont dit et quand les politiques eux-mêmes donnent l’impression d’utiliser le secret défense pour dissimuler des trucs qui n’en valent pas la peine -ou qui tout en en valant la peine, relèvent plus du dossier pourri à planquer aux oubliettes que du secret défense tel que le définit la loi.. Honnêtement, si tout ce monde était moins bavard et plus respectueux de la loi, et si on avait traité les familles des victimes de Karachi avec moins de désinvolture et de mépris, celles-ci n’en seraient peut-être pas à mettre tous leurs espoirs dans un « petit juge », histoire de faire tomber un système qu’elles estiment responsable de leur deuil.

Si la France était une vraie démocratie, on confierait une partie de l’enquête aux députés, en leur faisant confiance pour ne pas mettre d’huile sur le feu. Au lieu de quoi, agacés de plus en plus par la tournure des événements, certains (enfin un communiste) se disent prêts à la wikileaksite (maladie infantile qui consiste à balancer aux juges les docs demandés, au risque de faire annuler les procédures, mais ça, tout le monde s’en fout).

Somme toute, il va falloir être costaud, et légitime politiquement, pour résister à l’obsession de transparence morbide qui monte. Il faudra peut-être se souvenir de cette phrase d’un ancien bâtonnier de Paris qui disait : « La seule chose vraiment transparente en ce bas monde, ce sont les méduses ». 99 % d’eau, zéro cerveau, m’est avis qu’avec ça la vérité va avancer…

France 24 : fin de règne pour Christine ?

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Est-ce une coïncidence ou la conséquence du départ de Bernard Kouchner du Quai d’Orsay ? Toujours est-il que moins d’un mois après le remaniement ministériel éclate, au sein de l’Audiovisuel Extérieur de la France (AEF), une affaire d’une gravité exceptionnelle, qui pourrait atteindre directement sa directrice déléguée, Christine Ockrent, à la ville compagne de Bernard Kouchner. Avant d’entrer dans le détail de ce scandale sorti par Emmanuel Berretta, il convient de donner quelques éléments de contexte permettant d’en comprendre les tenants et aboutissants.

AEF est une holding publique qui gère Radio France International (RFI) et la chaine d’information télévisée en continu France 24, détenues à 100% par l’Etat français et la participation de la France (49%) dans TV5 Monde, une chaîne généraliste francophone à laquelle participent également la Suisse romande (TSR), la Belgique (RTBF) et le Québec (Radio Canada).

L’ancien patron du groupe de pub Havas, Alain de Pouzilhac, en est le PDG et Christine Ockrent la directrice générale déléguée, responsable des rédactions.

Ceux qui la critiquent : de vilains machistes

La nomination de cette dernière à ce poste avait déjà fait jaser dans le landerneau médiatico-politique : la tutelle de l’Etat sur AEF était en effet exercée par le quai d’Orsay, et la proximité de Mme Ockrent avec le ministre en exercice pouvait alimenter quelques soupçons de népotisme. Tous les amis de Christine, et ils sont nombreux dans les hautes sphères médiatiques et politiques, sont alors montés au créneau pour dénoncer ces vilains machistes qui osaient suggérer que cette nomination n’était pas due seulement aux époustouflantes qualités professionnelles de la dame. Passez votre chemin, manants, et laissez la reine Christine combattre CNN et la BBC comme jadis Jeanne d’Arc s’efforçait de bouter l’Anglois hors du royaume de France. Ces exploits supposés justifiaient par ailleurs une rémunération annuelle qui, à en croire les confrères, se monterait à 310 000 €.

Pour la forme, la tutelle d’AEF fut transférée du Quai d’Orsay à Matignon, mais cela ne trompa que les couillons. Le ministre des Affaires étrangères gardait toujours un œil vigilant sur l’écran de France 24 et une oreille attentive aux émissions de RFI.

Malheur à ceux qui, comme Grégoire Deniau et Bertrand Coq, rédacteurs en chef de France 24, auteurs de livres et de documentaires insuffisamment complaisants envers le French doctor, osent défier Christine ! Ils sont débarqués sans ménagements. Car elle est comme ça, la Christine, tout sourire à l’extérieur et méchante comme une teigne dans les endroits où on a l’imprudence de lui confier quelque pouvoir. Sa méthode : diviser pour régner, mettre le souk au sein des rédactions en montant les uns contre les autres pour apparaître comme la reine tranchant souverainement les conflits. Lors un passage digne d’Attila à la tête de la rédaction de l’Express dans les années 90, elle fut affublée du surnom de Caïus Detritus, ce légionnaire romain de La Zizanie qui sème la discorde dans les troupes de César.

Cette propension à monter les gens les uns contre les autres se double d’une paresse personnelle infinie pour tout ce qui n’est pas paillettes et promotion d’elle-même. Les mauvaises langues susurrent que cette « grande professionnelle » fait parfois appel à des « nègres » pour écrire les ouvrages qui ajouteront à sa gloire. On n’ose le croire. Mais Vincent Peillon se souvient fort bien qu’en 1995, alors qu’il était un jeune prof de philo à peine entré en politique comme conseiller de Lionel Jospin, la dame l’avait sollicité pour « l’aider » à écrire un livre sur l’élection présidentielle à venir. Vincent Peillon avait alors décliné cet honneur, ne « sentant pas » la thèse que voulait alors développer Ockrent, à savoir que les candidats présents lors de cette élection ne le seraient pas lors de la suivante. Jospin, Le Pen et Chirac ayant remis le couvert en 2002, Peillon a bien fait de passer son chemin…

Alain de Pouzilhac, qui a gardé de juteuses activités dans des conseils d’administration divers et variés, dont l’activité casinotière, ne s’occupe que des aspects « business » d’AEF, notamment en négociant les conditions de diffusion de France 24 et RFI par les sociétés de câble ou de satellites dans le monde entier. Il mène également une dure bataille de réductions d’effectifs à RFI contre les syndicats de la maison. Il a laisse donc la bride sur le cou à Christine pour toute les questions rédactionnelles, jusqu’au moment où il s’aperçoit que cette dernière a fait embaucher en douce une trentaine de collaborateurs francophones à France 24, sans que ces emplois soient prévus au budget. Fou furieux, il demande la tête d’Ockrent à Sarkozy, qui la lui refuse. Néanmoins, l’homme-lige d’Ockrent au sein de la rédaction, Vincent Giret, est viré.

L’addition de la liste des cadres de la maison qui ont fui les méthodes ockrentiennes et de celle des membres actuels de la rédaction qui se taisent pour ne pas mettre en danger leur poste dans un contexte de chômage massif dans la profession coïncide à peu de choses près avec le tableau des effectifs.

Système d’espionnage interne

Pour tous ceux-là, la découverte de la mise en place d’un système d’espionnage interne dans AEF dans lequel il n’est pas exclu que Christine Ockrent soit impliquée tombe comme pain bénit, même si tout le monde reste encore à couvert. On ne sait jamais, la bougresse peut encore s’en sortir… Mais cela semble difficile lorsque l’on découvre que les boites mails du principal collaborateur de Pouzilhac, le diplomate Frank Melloul détaché à AEF comme directeur de la stratégie, sont piratées depuis son domicile par Candice Marchal, la plus proche collaboratrice d’Ockrent, avec la complicité de l’entreprise extérieure en charge de la « sécurité des réseaux ». Le patron de cette société de services, Thibaut de Robert, a été introduit dans la maison par Ockrent elle-même, après avoir longtemps travaillé pour BK Conseils, la boite de consultants qui faisait vivre Kouchner quand il n’était pas ministre. Toutes les informations confidentielles, en principes réservées au PDG atterrissaient ainsi sur l’ordinateur personnel de Candice Marchal.

Cette dernière a immédiatement été mise à pied et la justice est maintenant saisie de l’affaire. Lors de la réunion du comité exécutif d’AEF du mercredi 1er décembre, Christine Ockrent s’est défendu bec et ongles, affirmant n’être en rien mêlée à cette crapoteuse entreprise. Plus, elle contre-attaque en mettant en cause Frank Melloul pour avoir annoncé au Point qu’il allait porter plainte. Dans la maison, du PDG Alain de Pouzilhac au plus humble lampiste, personne ne croit une minute que Candice Marchal ait manigancé de sa propre initiative cet espionnage informatique. L’intersyndicale d’AEF a demandé de rencontrer séparément Alain de Pouzilhac et Christine Ockrent pour entendre leur point de vue sur cette affaire, se réservant le droit, une fois son opinion faite de demander les mesures nécessaires aux autorités de tutelle. Aux dernières nouvelles, Alain de Pouzilhac aurait décidé de passer en force et de licencier Christine Ockrent pour « faute grave » mettant tous les amis de cette dernière au cœur du pouvoir devant le fait accompli.

Nicolas Sarkozy aurait en effet promis à Bernard Kouchner de ne pas couper la tête de Christine après son départ du Quai. Mais les promesses, c’est bien connu, n’engagent que ceux qui les écoutent.

C’est Balzac qu’on assassine !

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L’histoire peut paraître anecdotique, mais elle est symptomatique du cancer de la bien-pensance égalitariste qui ronge la société française depuis des années. Depuis un quart de siècle, le Collège-Lycée Honoré de Balzac (Porte de Clichy à Paris) est l’un des fleurons du système scolaire public en Île de France. La moitié de ses classes sont composées d’élèves bilingues, qui intègrent Balzac en 6e grâce à leur maîtrise parfaite d’une langue étrangère et à un dossier scolaire immaculé, pour y préparer le prestigieux BAC Option Internationale. On y trouve donc des classes d’élite qui font le bonheur de leurs professeurs, avec des élèves étudiant l’arabe littéraire, l’anglais, le portugais, l’italien, l’espagnol ou l’allemand. Ces élèves dits « internationaux » ont intégré Balzac sur concours, et viennent de toute l’Île de France chaque matin (parfois après une heure de transport) pour suivre leurs cours.

L’autre moitié de l’établissement est constituée de classes générales, normales, avec des élèves issus du quartier. La Porte de Clichy n’étant pas vraiment un coin favorisé de Paris, on trouve parmi les « généraux » un fort pourcentage de cancres en difficulté. Parmi ces cancres, il y a bien entendu quelques brutes encagoulées qui n’hésitent pas à mettre des baffes aux « bouffons » des classes internationales, voire à leur piquer leurs Choco BN, quand ce n’est pas leur portable. Mais rien de bien méchant, hein. On voit pire, bien pire, dans la majorité des établissements de banlieue. Balzac n’a rien d’un coupe-gorge. En tout cas, pas encore.

Depuis 25 ans, le Collège international de Paris fonctionnait ainsi. Un mélange de classes d’élite et de classes lambda, vivant à peu près en bonne intelligence dans ce gigantesque paquebot de béton. Et puis une nouvelle proviseure est arrivée cette année, avec un « projet d’établissement » sous le bras. Madame Katia Blas a décidé de mélanger les classes générales et internationales dès la rentrée prochaine. Jointe au téléphone, la proviseure s’est montrée choquée par l’indignation des parents d’élèves internationaux. Comment ne pas être d’accord avec son projet égalitaire, qui n’a d’autre but que de « prévenir la violence » et « améliorer les résultats de l’établissement » ? Avec un aplomb digne d’un Benoît Hamon expliquant son projet « d’égalité réelle », Madame Blas s’est émue des différences de résultats entre les classes « d’élite » (93% de reçus au brevet) et les classes générales (à peine 45%). Pour la proviseure l’idée même de classes d’élites est insupportable. Comme de bien entendu, le mot « discrimination » fait partie de son vocabulaire. Pour ces petits soldats de « l’égalité réelle », il ne saurait y avoir de justification à l’existence de classes internationales, peuplées d’intellos avec seize de moyenne, dans un établissement public.

Pour la sécurité des internationaux (dont elle reconnaît qu’ils se prennent à l’occasion des claques dans les couloirs, sur le mode « zyva sale bouffon »), la proviseure prône donc la seule solution possible : mettre dans la même classe intellos et cailleras nihilistes. S’appuyant sur les travaux de sociologues obscurs, la proviseure certifie que son projet d’établissement est la solution à tous les problèmes. Fini les violences ! En passant leurs journées côte à côte, bons élèves et ados en échec scolaire vont devenir les meilleurs amis du monde. Terminé les claques et les moqueries. Pour couronner le tout, les cancres vont, bien entendu, s’inspirer des bouffons à lunettes et raccrocher les wagons de la réussite scolaire ! Si ce n’était pas aussi triste et naïf, on pourrait en rire. Mais le gâchis est trop terrible. Trop de profs et de parents de bonne volonté se sont battus pour l’existence de Balzac International pour ne pas être effarés par ce projet. L’idée, d’une rare stupidité, rappelle évidemment l’affaire des ERS (établissement de réinsertion scolaire) qui ont fait la une des journaux il y a quelques semaines. Rappelez-vous : des collégiens de St Denis envoyés dans des ERS à la campagne pour reprendre leurs études. La belle idée s’était achevée, là aussi, à coups de claques dans la figure. Personne ne peut forcer un élève à se plonger dans ses livres, sauf peut-être ses parents…

Le fameux déni du réel qui caractérise notre société bien-pensante trouve avec cette affaire un nouvel exemple particulièrement sinistre. Un nouveau scandale. Parmi d’autres. Pourquoi « stigmatiser » les ados qui ne veulent rien faire, quand on peut faire porter le chapeau au « système », forcément bourgeois, de droite et inégalitaire ? Pourquoi protéger les classes « d’élite » (un gros mot dans la bouche de la proviseure ), quand on peut les livrer en pâture à la meute et faire remonter la moyenne générale de l’Établissement d’un demi point ? De quel droit les « intellos » pourraient-ils continuer à travailler tranquillement pendant que le niveau s’effondre autour d’eux ?

Les établissements scolaires devraient être des citadelles dédiées au savoir, à l’abri du tumulte et de l’air du temps. À l’abri des idéologues de la connerie bien-pensante, aussi, si ce n’est pas trop demander.

Cantona t’es foutu, Lagarde est dans la rue !

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Sans me vanter, il y a des matins où on est bien inspiré de lire le Guardian.com : c’est là que votre humble serviteuse avait trouvé le fabuleux dégagement de Cantona contre les banques, qui depuis, n’a cessé de faire boule de neige. Des dizaines de sites ont depuis repris eux aussi la vidéo nous appelant à retirer nos petits sous des gros coffres honnis, histoire de dire aux institutions financières notre façon de penser.

L’idée vaut ce qu’elle vaut, toujours est-il que l’appel au retrait massif ce 7 décembre a déjà été contresigné par 30000 facebookiens enthousiastes. Mais ne cherchez pas Christine Lagarde parmi ceux-ci : en vrai, elle n’a pas du tout apprécié cette intrusion cantonesque dans son pré carré : « Il y en a qui jouent magnifiquement au football, je ne m’y risquerai pas. Je crois qu’il faut intervenir chacun dans sa compétence. Eric Cantona n’est pas à une provocation près. C’est un immense footballeur. Mais je ne suis pas sûre qu’il faille le suivre dans toutes ses suggestions non plus (…) Donc, il faut que chacun fasse son métier; que M. Cantona fasse le sien, moi, je fais le mien”, a-t-elle déclaré ce mercredi à l’Associated Press.

Certains seront atterrés par cette rhétorique un rien téléphonée, voire carrément lourdingue : la défense de Bercy n’est assurément pas à la hauteur de l’attaque de Canto. Mais soyons indulgents, après tout, le domaine que Christine assure maitriser mieux que le dribble ou l’aile de pigeon, c’est pas non plus la poésie symboliste…

Un petit pas pour l’écologie

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Taser, à quoi ça sert?

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Le Taser, c‘est un pistolet électrique. Avec le flash-ball, c’est un peu l’idole des armes non létales utilisées par la police depuis une dizaine d’années, c’est-à-dire depuis que Nicolas Sarkozy est ministre de l’Intérieur. Quand on en finit avec la police de proximité, mais qu’on veut tout de même éviter le carnage, il vaut mieux trouver des solutions de substitution. Alors va pour ces fameuses armes non létales. Comme ça, s’il y a des bavures, et il y en a toujours un peu, c’est comme le coulage dans les supermarchés, au moins elles seront non mortelles. Un genre de principe de précaution appliqué à la répression, si vous voulez.

Conte de fées

Le concept d’armes non létales est un joli conte de fées. Un peu comme celui d’opération chirurgicale bénigne. N’importe quel médecin, sauf éventuellement un chirurgien esthétique dans une série américaine genre Nip/Tuck, vous expliquera qu’il n’y a pas d’opération bénigne, que tout geste chirurgical, même anodin, même mille fois répété, comporte un risque. C’est pour cela que présenter le Taser comme une arme non létale, c’est un peu n’importe quoi. Dans « arme non létale », ce qui compte tout de même, c’est le mot « arme » et utiliser une « arme », par définition, c’est prendre le risque de tuer. Voire chercher à le faire. Il faudrait donc, pour être honnête, parler du Taser comme « d’une arme qui présente un peu moins de risques de tuer, quand vous l’utilisez, que le 9mm en dotation ».
Et puis, ce que je me demande aussi, tiens, c’est pourquoi le gardien de la paix qui patrouille dans le jardin d’enfants près de chez moi porte son 9mm dans l’étui, mais n’a pas de Taser. Parce qu’il n’a aucune raison de s’en servir contre de jeunes mamans qui font goûter les bambins, me répondrez-vous. Nous sommes d’accord. Ce qui signifie, à contrario, que si le policier emporte avec lui un Taser ou un Flash-Ball, c’est donc pour s’en servir. Et que l’on a, logiquement, davantage de risques de tuer ou de blesser gravement quelqu’un avec une arme non létale dont on est sûr de se servir qu’avec une arme létale dont on est sûr de ne pas se servir. Eh oui.
Paradoxe pour le moins dangereux quand ce sont tout de même des vies qui sont en jeu.

Deux décharges

Bon, rappelons les circonstances de l’affaire qui nous préoccupe: c’est un Malien sans papier (pléonasme en ce moment), à Colombes, qui s’est rebellé et qui a reçu deux décharges de Taser quand la police est venue le chercher. Il n’était pas dans un jardin d’enfants avec de jeunes mamans mais au douzième étage dans un appartement où il s’engueulait avec un ami. Quand on est clandestin, on devrait au moins avoir la politesse de ne pas déranger les voisins. La première décharge de Taser, apparemment, ne lui a rien fait. La seconde l’a calmé et tout le monde est reparti par l’ascenseur.
Dans l’ascenseur, avec les policiers, le Malien a fait un malaise et il est mort. Il avait peut-être trop de cholestérol. Ca bouffe à pas d’heure et un peu n’importe quoi, les clandestins, c’est bien connu. Même pas foutu de suivre un régime Dukan correctement. En même temps, il avait peut-être lu des études récentes indiquant que les régimes, c’est presque aussi dangereux pour la santé que le Taser.
Ou alors il était très contrarié de s’être disputé avec son ami. Ou il était crevé par sa journée sur un chantier du BTP qui ne voit jamais passer un inspecteur du travail. Ou ce sont les gaz lacrymogènes utilisés dans un premier temps. Ou c’est quand même de la faute du Taser. Ou de la faute à un peu tout ça mélangé. L’autopsie, à l’heure où nous écrivons, a une discrétion de violette et une prudence iroquoise. Nous citons le parquet de Nanterre : « Une asphyxie aigüe et massive », « il n’y a pas de cause certaine, unique et absolue du décès », « inhalation de gaz puisque du sang a été retrouvé dans ses poumons. », « un cœur dur et contracté, peut-être en lien avec l’utilisation du Taser mais ces résultats doivent être complétés par une expertise toxicologique et un examen des organes».
Allez savoir.

Euphémisation

Monsieur Antoine di Zazzo, PDG de Taser France, lui, est gêné. On le comprend, une arme non létale qui est plus ou moins soupçonnée de tuer, c’est toujours ennuyeux. Une parenthèse, Taser-France, ça veut dire en fait que la maison mère est américaine. Si ces joujoux mortifères semblent tellement indispensables au maintien de l’ordre des années 2010, on pourrait peut-être les fabriquer nous-mêmes ? Cela ne doit pas être bien sorcier. Utiliser un Taser, si j’ai bien compris, c’est un peu comme se servir à distance d’un défibrillateur cardiaque sur quelqu’un qui n’a pas de crise cardiaque.
C’est quand même problématique, quand on y pense, vu sous cet angle là.

Monsieur di Zazzo a donc tenté de s’expliquer très vite : « Seule l’autopsie de cet homme permettra de dire si notre pistolet est responsable du décès » et il ajoute « à ce jour, dans le monde, le Taser n’a jamais tué quelqu’un ». C’est vrai, l’autopsie laisse pour l’instant le bénéfice du doute au Taser. Monsieur di Zazzo va être provisoirement soulagé. Brice Hortefeux aussi. Admettons, mais d’après Amnesty International, aux Etats-Unis, il y a quand même de très forts soupçons qui confinent à la quasi certitude en ce qui concerne le décès de plusieurs personnes, essentiellement des adolescents ou des sujets fragiles.
Que ce soit ou non la faute du Taser, il va falloir réfléchir quand même un peu à cette notion d’arme non létale et à ses conditions d’utilisation. On a vu à plusieurs reprises ce que faisait le flash-ball quand il était employé dans des opérations de maintien de l’ordre où ce n’est pas son rôle. Un jeunes homme énucléé du côté de Montreuil sera prêt à vous en parler dès qu’il aura remis son œil de verre et retrouvé figure humaine.
L’arme non létale, ça participe finalement de cette euphémisation générale qui est caractérise notre novlangue. L’euphémisation aime bien les anglicismes comme « Taser » ou « management » qui permettent de contourner la réalité de la chose : « pistolet à impulsions électriques » ou « gestion optimale de l’humain dans le but de le presser comme un citron ».

L’arme non létale, c’est aussi, au bout du compte, le reflet de notre mauvaise conscience, de notre conscience malheureuse. Nous avons un reste de scrupule démocratique quand il s’agit de réprimer car la répression qui prouve qu’on n’a pas su prévenir est toujours une défaite personnelle de chaque citoyen. Et ce qu’on voudrait, avec l’arme non létale, c’est le beurre de la paix civile à n’importe quel prix, (même celui de la guerre a-t-on entendu l’été dernier) et l’argent du beurre de la bonne conscience humaniste et républicaine.
Cela va devenir de plus en plus compliqué.

Souriez vous êtes informés

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Le magazine quotidien des médias « Souriez vous êtes informés », diffusé de 9h45 à 10h sur France Inter, existe aussi en version hebdomadaire, enregistrée tous les mercredis et consacré à la Toile. Hier Guillaume Erner, Jean-Marie Durand et Elisabeth Lévy y ont interviewé Jean-Michel Aphatie.
A bon auditeur, salut !

Hariri : affaire classée

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photo : spdl_n1
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Après plus de cinq ans, la commission internationale d’enquête créée par l’ONU pour faire la lumière sur l’assassinat de l’ancien Premier ministre libanais Rafiq Hariri est sur le point de remettre un acte d’accusation. À en croire la presse mondiale de ces derniers mois, Daniel Bellemare, le procureur du tribunal spécial pour le Liban (TSL), formé pour juger les responsables de ce crime, le Hezbollah serait désigné comme l’exécuteur de l’attentat-suicide du 14 février 2005 qui a coûté la vie à Hariri ainsi qu’à des dizaines d’autres Libanais. L’ennui, c’est que tout comme les banques dans la crise économique mondiale, le Hezbollah est trop puissant pour qu’on puisse l’obliger à assumer ses responsabilités et à payer pour ses crimes. Alors que certains craignent un coup d’Etat de la milice chiite, la justice et la vérité sont incompatibles avec les rapports de force politiques et stratégiques.

Quant aux commanditaires, ils pourront, sauf énorme surprise, tourner la page. Encore plus incontournable que le Hezbollah, la Syrie rangera bientôt le dossier « Hariri, Rafiq » au même rayon des affaires classées que celui de « Gemayel, Bachir ». Quand on gêne la Syrie au Liban, la Syrie, elle, ne se gêne pas. Cette fois-ci elle s’en tire aussi, mais non sans frais. Assad fils y a laissé des plumes. La réserve qu’il a dû s’imposer après le raid israélien qui a détruit en septembre 2007 son très cher joujou nucléaire – qui a surpris le chef du Mossad, convaincu, selon un câble de l’ambassade américaine à Tel-Aviv, que la Syrie allait réagir –, l’assassinat à Damas d’Imad Mughniyah et le « suicide » de Ghazi Kanaan, un ancien chef de renseignements syrien au Liban, sont quelques-unes des couleuvres que le président syrien a été obligé d’avaler pour se racheter. Reste qu’il aurait pu – et sans doute dû – payer encore plus cher.

Le soir du 14 février 2005, le président syrien est dans une situation désespérée. Certes, il a réussi à s’ôter une épine du pied – Rafiq Hariri était devenu trop gênant – mais il pressent sans doute qu’il s’agit d’une victoire à la Pyrrhus. La brutalité de l’attentat (l’explosion d’une puissance de 1000 Kg de TNT) et la popularité de la victime vont avoir pour effet la création d’un camp anti-syrien puissant et audacieux. Les principales familles politiques libanaises (ce n’est pas une métaphore dans ce cas), chrétiennes et sunnites surmontent les jalousies et les peurs qui les divisaient en créant l’alliance du 14 mars à la suite d’une manifestation-commémoration 30 jours après l’attentat. Même le rusé et généralement prudent Walid Joumblatt, leader des Druzes, rejoint l’alliance et n’hésite à designer les Syriens comme responsables. Joumblatt a plus qu’une intime conviction pour appuyer ses accusations. Quelques mois plus tôt, lui et Hariri avaient été convoqués à Damas où Bachar leur avait intimé l’ordre d’obéir à son homme-lige, le président libanais Lahoud. « Je préfèrerais casser le Liban sur vous que de vous laisser casser ma parole au Liban », leur avait-il signifié. Le 14 février, il apparaît que la formule n’avait rien de métaphorique.

Face au camp anti-syrien, essentiellement sunnite et chrétien, s’en est formé un autre, presque exclusivement composé de chiites. Ces derniers – représentés en grande majorité par Amal et le Hezbollah – se rangent du côté de Damas. Répondant par une « contre-révolution du Cèdre », les mouvements chiites démontrent leur force par un immense rassemblement organisé trois semaines après l’attentat. La date de cette manifestation donne son nom au camp prosyrien : l’Alliance du 8 mars.

Petit à petit les esprits se sont calmés et certains leaders du camp anti-syrien ont le chemin de Damas, à commencer par Michel Aoun, le général chrétien qui avait tiré sur les Syriens en 1989 et qui avait dû fuir son pays pour échapper à leur vengeance. Lui qui, le soir du meurtre, n’a pas hésité à accuser Assad sur France 2 et dont l’Alliance du 14 mars réclamait le retour d’exil, est aujourd’hui le grand allié du Hezbollah et de la Syrie. Le leader druze Joumblatt a, lui aussi, relu depuis son Machiavel.

Mais dans l’émotion suscitée par l’attentat, alors que le traumatisme est encore présent dans les esprits et le sursaut national de la société libanaise encore palpable, le camp anti-syrien parvient à accomplir un exploit : l’internationalisation de l’affaire. Ainsi, le 7 avril 2005, l’ONU adopte la résolution 1595, bras juridique du TSL et véritable épée de Damoclès suspendue au-dessus de la tête d’Assad. Depuis, le TSL est le gilet pare-balles politique de l’alliance du 14 mars.

Seulement, les réalités intangibles de la vie politique libanaise et de la géopolitique régionale reprennent le dessus. Même sans présence visible, la Syrie n’a pas renoncé à sa volonté de dominer le Liban, et malgré quelques revers momentanés, Damas a gardé une large palette de moyens d’action et de pression sur son petit voisin. Les sourires, la silhouette et la conversation de Madame el-Assad ont adouci l’image de son président de mari quelque peu écornée par « l’intime conviction » des chancelleries qu’il est le commanditaire de l’attentat du 14 février 2005. La vieille stratégie syrienne – entretenir et déployer une capacité de nuire pour se rendre indispensable – s’est de nouveau révélée efficace. Pièce essentielle de l’alliance entre l’Iran et le Hezbollah, la Syrie est très écoutée dans le « Dahiya », le quartier chiite du sud de Beyrouth, fief du Parti de Dieu. Une stratégie similaire sur l’échiquier irakien a fait de Bachar le voyou que tous les commerçants du quartier, soucieux de leur tranquillité et sans illusion sur l’efficacité de la justice, cherchent à acheter.

L’acte d’accusation – si les fuites de ces derniers mois sont fondées – sera un compromis entre cette réalité politique et les faits recueillis par les enquêteurs de M. Bellemare. Le TSL se contentera de désigner des individus, de démontrer la connivence entre l’armée et les services de renseignements libanais et le Hezbollah sans pour autant montrer du doigt l’organisation elle-même et encore moins le commanditaire et maître d’œuvre syrien.

Les faits appuyant l’acte d’accusation semblent convaincants sans être pour autant accablants, juridiquement parlant. Il s’agit essentiellement de preuves selon lesquelles huit téléphones portables appartenant à des militants du Hezbollah ont été localisés à l’endroit et au moment de l’attentat contre Hariri. Ces numéros de téléphone ont été d’ailleurs repérés assez rapidement par Wissam Eid, un enquêteur libanais assassiné, bien entendu, quelque temps après par qui vous savez. Il suffit de regarder un épisode des « Experts » pour comprendre que cela est un début prometteur.

Le Hezbollah, de son côté, a habilement mené une campagne de délégitimation dont le message principal est que le TSL est à la solde d’Israël et des Etats-Unis pour couvrir la responsabilité d’Israël dans l’assassinat d’Hariri. Quant à l’information concernant les fameux téléphones portables sur la scène du crime, l’argument ne désarçonne pas les porte-paroles du parti de Dieu : Israël a la capacité technologique de programmer des appels factices dans les réseaux libanais de téléphonie mobile… Face au tribunal de l’opinion publique, le Hezbollah a déjà gagné le procès. Quand des gens sont capables de croire que les employés juifs des Tours jumelles à New York avaient été prévenus par le Mossad la veille du 11 septembre, il n’est pas difficile de leur faire avaler aussi cette fable. Le TSL a justement été créé pour convaincre ces clients-là, et ils sont des centaines de millions surtout en Afrique et en Asie, dont l’imagination est nourrie par un régime intellectuel à base de cabales et de complots.

Paradoxalement, l’injustice flagrante qui fait office d’immunité pour la Syrie et le Hezbollah constitue le seul espoir pour le Liban d’échapper au pire. Intouchables, toujours victimes aux yeux d’une opinion publique captive, les assassins de Hariri et leurs commanditaires se sentiront moins contraints de mener la politique du pire.

Le déclin de l’Occident?

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Le gouvernement Fillon III n’a pas seulement écarté les pontes du centrisme que sont Hervé Morin et Jean-Louis Borloo. Il recèle une autre épuration, curieusement ignorée par les médias. En effet, on a beau scruter la liste des nouveaux ministres, un courant historique de la droite française manque à l’appel.

Où sont les anciens d’Occident ? De Patrick Devedjian, sèchement viré du ministère de la relance puis congédié de la fédération UMP des Hauts-de-Seine, à Hervé Novelli, discret mais honnête secrétaire d’Etat au Tourisme remercié sans autre forme de politesse, le bilan est sans appel. Et que dire de la non-promotion de Gérard Longuet, pourtant longtemps pressenti à la Défense, lui qui agonise d’ennui au Sénat ?

Cette inique conséquence du remaniement, cette minorité politique stigmatisée, discriminée, ostracisée nous ferait presque regretter la prochaine suppression de la Halde.

Presque mort pour presque rien ?

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Le 17 novembre, un lycéen tente de s’immoler par le feu dans un couloir de son lycée, à Bordeaux.
Comme les journalistes n’ont presque rien, alors ils parlent en boucle de ce « suicide par immolation dans les couloirs du lycée », changent un verbe, affinent un adjectif : il faut que ça tourne. D’autres sans doute font le pied de grue devant l’appartement des parents, photographient les copines, pistent les copains ; quelques camarades choqués pour entretenir le buzz, cela fait patienter. Ils ne savent rien mais ils actualisent, espèrent un détail, guettent un indice. Un drame ça s’organise. Les cellules psychologiques et les déclarations de ministres, trop vu et revu ! Alors que faire d’une immolation quand même les parents tardent à venir face caméra dire qu’ils ne comprennent pas, qu’ils souffrent mais qu’ils espèrent ? C’est quoi ces parents ?

Il faut que ça tourne ! Il faut envisager des clés, échafauder des pistes, ajouter des adverbes. Pas de responsable ? Pas la moindre vidéo retrouvée au domicile qui expliquerait ce geste par un désarroi existentiel ? Ca sonne bien l’existentiel, ça change du social qui fait tourner en rond, la perte de sens c’est important, sans oublier l’influence des jeux vidéos.
À défaut d’une vidéo, pas de trace écrite d’un enfer sentimental ? Le nomadisme amoureux, ses nouveaux codes et ses risques, c’est bon ça pourtant. Ou une implication ethno-dérapante? Ce n’était pas, comme certains disent sans honte, un jeune n’en pouvant plus de l’infâme racket islamique ? Ni un jeune issu de la Diversité la plus prometteuse en but au mépris de Français trop propres sur eux ? Même pas un gay en proie aux brimades ou un minoritaire quelconque soumis aux préjugés des bandes ?…
Peut-être que si après tout, il ne faut pas perdre espoir trop vite, il y aura bien un clan pour rebondir et faire son miel.

Que faire d’une immolation qui n’incite même pas à discuter d’une loi à l’Assemblée, qui ne permet pas de faire de l’Histoire, d’invoquer les mânes de Jan Palach, de parler du patriotisme qui a changé de forme, ou bien de la fragilité de l’adolescence, cette période où « la rupture est un appel », ou encore de gloser sur l’insécurité, « plaie des lycées », voire tout simplement de donner quelques idées aux pros du stand-up, oh bien sûr quand l’émotion sera retombée, hein !, quelque chose sur les gens qui ont besoin d’avoir chaud, qui font feu de tout bois, il faudrait creuser un peu …

Ils ne savent pas pourquoi mais ils sauront : le fait divers finira par rendre gorge. En attendant ils réécrivent en plus sombre ou en plus didactique, ils ajoutent un adverbe, changent un synonyme, contactent des spécialistes du désarroi et des sommités du risque. Ils espèrent surtout que ce ne soit pas un accident, ce serait trop bête, non il faudrait une motivation qui permette des débats et des photos, et puis si ça tourne mal au CHU de Bordeaux, il sera toujours temps de se rabattre sur le système hospitalier français qui part en vrille.

Une immolation, ça sert à quoi ?

Après Wiki, Karachi ?

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J’aime bien les chœurs de vierges effarouchées. Comme ceux qui se lèvent désormais après les « révélations » (je ne saurai faire autrement que mettre entre guillemets) de Wikileaks sur le thème « la politique étrangère des Etats ne saurait se faire sous le regard de tous ».

Bizarre, parce que juste sous nos yeux, nous avons une bien jolie affaire, ou disons deux pour le prix d’une, à propos desquelles les mêmes belles voix journalistiques réclament la transparence la plus intégrale. Je parle de Karachi, ses sous-marins Agosta, ses commissions pakistanaises, ses rétrocommissions libanaises, son potentiel financement occulte de la campagne Balladur, ses onze morts de la DCN, tout d’abord mis sur le dos de Ben Laden, puis non pas vraiment.

La presse, dans une belle unanimité, réclame la levée du secret-défense sur un certain nombre de documents protégés aujourd’hui, pour que les juges d’instruction chargés des deux affaires Karachi, (celle de l’attentat et celle des soupçons de financement occulte), puissent travailler. Jusqu’ici, le Premier ministre leur a refusé d’aller mettre leur nez dans des écoutes téléphoniques planquées à la DGSE, des pièces comptables abritées à Bercy ou encore des PV d’enquête parlementaire censées ne pas sortir des coffres de l’Assemblée. Toutes ces pièces, et j’imagine bien d’autres, sont couvertes par le secret-défense. D’ailleurs, c’est devenu une sorte de vulgate journalistique que de manier le secret-défense avec une mine pincée de conspirateur, comme pour dire, hou la la, je parle d’un truc énorme, mais je ne peux guère vous en dire plus. Sauf qu’à moins d’avoir fait du droit public et longtemps (ce que nous avons fait, frimons un peu) le concept est flou. Et non ça ne veut pas juste dire : on met un tampon sur des docs pour éviter que ces fouineurs de journalistes/juges/adversaires politiques n’utilisent nos secrets inavouables pour nous faire des misères.

Pour le coup, comme on dit, c’est un poil plus compliqué que ça et ça a à voir avec l’existence même de l’Etat (de droit). « Présentent un caractère de secret de la défense nationale […] les procédés, objets, documents, informations, réseaux informatiques ou fichiers intéressant la défense nationale qui ont fait l’objet de mesures de protection destinées à restreindre leur diffusion ou leur accès », dit l’article 413-9 du code pénal. Evidemment la notion s’est élargie au fil du temps. Dernière évolution en date, en 2009, le gouvernement a restreint la possibilité pour les magistrats d’aller dans certaines zones militaires, en les obligeant à saisir l’autorité qui a classé les docs qu’ils recherchent, qui elle-même doit saisir une commission pour statuer sur l’opportunité ou non d’accéder à leur demande.

Gare à l’épidémie de wikileaksite

Moi, je suis assez basique : je crois toujours que le droit et les formes ça sert à protéger les plus faibles, ceux qui en savent le moins, soit les gens dans mon genre. Et dans le fond, par moment je fais plus confiance à ceux qui planquent des documents, ou plutôt refusent de les mettre en ligne, qu’à ceux qui s’échinent à vouloir me permettre de les télécharger. Que ça cause de sous-marins, de centrales, de contrat d’aviation, d’opérations militaires ou de terrorisme. En la matière, il n’y a pas de morale, hormis celle de l’intérêt public, enfin j’espère. Et les juges qui s’érigent en justiciers à défaut de faire leur boulot me foutent la trouille. D’autant qu’ensuite je sais qu’ils finissent par être candidats à la présidentielle avec des lunettes rouges…

Evidemment, il ne faut pas s’étonner que tout le monde n’ait que le mot transparence à la bouche quand des anciens ministres, genre Millon ou Villepin, balancent des trucs aux juges et à l’opinion avant de revenir doucement sur ce qu’ils ont dit et quand les politiques eux-mêmes donnent l’impression d’utiliser le secret défense pour dissimuler des trucs qui n’en valent pas la peine -ou qui tout en en valant la peine, relèvent plus du dossier pourri à planquer aux oubliettes que du secret défense tel que le définit la loi.. Honnêtement, si tout ce monde était moins bavard et plus respectueux de la loi, et si on avait traité les familles des victimes de Karachi avec moins de désinvolture et de mépris, celles-ci n’en seraient peut-être pas à mettre tous leurs espoirs dans un « petit juge », histoire de faire tomber un système qu’elles estiment responsable de leur deuil.

Si la France était une vraie démocratie, on confierait une partie de l’enquête aux députés, en leur faisant confiance pour ne pas mettre d’huile sur le feu. Au lieu de quoi, agacés de plus en plus par la tournure des événements, certains (enfin un communiste) se disent prêts à la wikileaksite (maladie infantile qui consiste à balancer aux juges les docs demandés, au risque de faire annuler les procédures, mais ça, tout le monde s’en fout).

Somme toute, il va falloir être costaud, et légitime politiquement, pour résister à l’obsession de transparence morbide qui monte. Il faudra peut-être se souvenir de cette phrase d’un ancien bâtonnier de Paris qui disait : « La seule chose vraiment transparente en ce bas monde, ce sont les méduses ». 99 % d’eau, zéro cerveau, m’est avis qu’avec ça la vérité va avancer…