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Iran : fête la guerre, pas l’amour !

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On savait déjà que l’islam est une religion d’amour, de tolérance et de paix et même les plus distraits d’entre nous avaient remarqué que certains musulmans n’y allaient pas avec le dos de la cuiller pour imposer cet amour, cette tolérance et cette paix.

Dans les théocraties, on est encore plus catégorique sur l’amour, la tolérance et la paix. La Saint-Valentin est en effet désormais proscrite en Iran, comme vient de l’indiquer l’agence ILNA (Iranian Labour News Agency) : « Imprimer et fabriquer tout produit en lien avec ce jour, qu’il s’agisse d’affiches, de boîtes, de cartes représentant des cœurs ou des roses rouges, est interdit ainsi que toute activité faisant la promotion de ce jour. Les points de vente qui violeront cette directive auront affaire à la justice. » Pourtant la Saint-Valentin est une fête très populaire au sein de la jeunesse iranienne. Les boutiques des grandes villes se paraient jusque là de décorations glamoureuses de circonstance et les restaurants de Téhéran affichaient tous complet.

Il est peut-être un peu tôt dans la saison pour frapper d’interdit la fête aux petits cœurs, penseront certains. Mais les délais des imprimeurs de cartes postales sont peut-être plus longs encore à Téhéran que dans l’hexagone. Donc, prenons les devants !

Mais l’année nouvelle qui s’offre à nous devrait pousser à l’optimisme et, de toute façon, la subliminale consigne à laquelle nous ne saurions déroger n’a pas changé, il faut po-si-ti-ver ! Positivons donc. Et voyons-y une passerelle jetée entre islamistes calinophobes et chrétiens bigots outrés par ce détournement de la commémoration d’un saint, auxquels pourraient même se joindre une flopée d’alters révoltés par la marchandisation néolibérale du sentiment amoureux. Œcuménisme, sauce « Mon Chéri », c’est tentant, non ?

Ce serait arrivé près de chez vous

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Bernard Quiriny
Bernard Quiriny signe Les Assoiffées (Seuil).

Est-il possible d’écrire après Zamiatine, Orwell et Huxley quand on veut démonter les mécanismes d’une société totalitaire par le roman, en décrypter les signes et en souligner les sinistres invariants ? Bernard Quiriny y est parvenu avec Les Assoiffées, roman scandaleusement oublié par les prix de fin d’année.

Il s’agit donc, ici, de nous livrer à une session de rattrapage afin que nos lecteurs ne passent pas à côté de ce livre éprouvant, ironique, désespéré et, au final, terriblement possible. Pour commencer, précisons que Les Assoiffées ne se projettent pas dans notre avenir, mais davantage dans un présent qui aurait pu être le nôtre. On appelle cela une uchronie. L’uchronie à laquelle Emmanuel Carrère a consacré un bel essai[1. Le Détroit de Behring, POL.] et qu’il qualifiait de « divertissement mélancolique » consiste à imaginer ce que serait notre époque si celle-ci avait connu une « date de divergence », par exemple si le débarquement de 1944 n’avait pas réussi ou, en remontant beaucoup plus loin, si Pilate avait épargné le Christ[2. Roger Caillois, Ponce Pilate, Gallimard/L’Imaginaire.].[access capability= »lire_inedits »]

L’Empire des femmes

Bernard Quiriny, lui, fait remonter cette date de divergence à 1970. Une révolution féministe éclate en Hollande, renverse la monarchie et, à l’été 1971, entame une grande marche qui conduit à l’envahissement de la Belgique et du Luxembourg. Le 30 septembre, l’Empire des femmes est officiellement proclamé et recouvre la superficie du Benelux. Cette révolution féministe attire des sympathisantes et des sympathisants du monde entier, les immigrants affluent malgré le durcissement des lois sexistes en 1978, l’interdiction du mariage hétérosexuel en 1980, la création d’une zone de sécurité autour de l’Empire en 1983. Et c’est en 1995 que l’Empire des femmes, avec à sa tête la Bergère Judith, qui prétend posséder l’arme atomique, se retire des organisations internationales et devient un État aussi fermé que l’Albanie ou la Corée du Nord.

Fantaisiste ? Allons donc ! Le lecteur qui se souvient comment, dans les années 1960-1970, un certain féminisme radical fut le catalyseur artificiel, mais le catalyseur tout de même de tous les autres mouvements d’émancipation, qui découvre l’habileté et la force réaliste avec laquelle Quiriny met en scène ce cauchemar, se dit très vite : « Et pourquoi pas, finalement ? » Rappelons que, dans ces années-là, il y eut des lecteurs pour prendre au sérieux le SCUM Manifesto[3. Society for cutting up men. Littéralement : « Société pour châtrer les mecs ».] de Valerie Solanas qui proposait, ni plus ni moins, la castration des mâles et qui prouva qu’elle pouvait passer à l’acte puisqu’elle tira plusieurs coups de feu sur Andy Warhol.

Mais ce n’est pas là l’aspect le plus important du roman de Quiriny. Bien sûr, choisir le féminisme comme totalitarisme n’est pas innocent et le livre flirte de façon tout à fait voulue avec une certaine misogynie, de bon aloi finalement, ou plutôt avec l’idée qu’une femme au pouvoir n’aura aucune qualité particulière à faire valoir du fait de son sexe.

Non, tout le talent de Quiriny est de construire une véritable synthèse des traits les plus saillants des différents totalitarismes du siècle précédent. On croit être dans une version ovarienne du stalinisme quand, soudain, on se retrouve dans les lebensborn d’un nazisme misandre où l’on tente de perfectionner la race en prélevant la semence d’hommes esclaves qui peuvent ensuite faire leur Offrande à la Bergère en acceptant volontairement la castration.

Un totalitarisme religieux à la Mao

Sans compter le totalitarisme religieux, puisque la Bergère Judith, qui a succédé à sa mère Ingrid, sont l’objet non seulement d’un culte de la personnalité délirant qui rappelle celui de Mao au moment de la Révolution culturelle, mais deviennent aussi l’objet d’une vénération mystique. On est persuadé qu’elles accomplissent des miracles et elles s’appuient sur une hiérarchie militaire qui se double d’une hiérarchie religieuse, une « officière » des « brigadières » étant aussi, souvent, une cardinale ou une chancelière de la nouvelle religion.

Quiriny est dans la satire, bien entendu, dans le conte philosophique, mais il a aussi su rendre l’ensemble diablement réaliste en menant deux récits entrelacés. D’abord, à la première personne, celui d’une citoyenne toute simple de l’Empire des femmes, Astrid, qui tient son journal comme le Winston de 1984. Elle vit dans une extrême misère, comme toutes les citoyennes de l’Empire, avec ses deux filles, mais tout de même aidée par un esclave mâle. Elle a aussi eu un petit garçon qu’elle fait élever en cachette à la campagne et qui va mourir assez vite de malnutrition. Choisie pour participer aux cérémonies de l’anniversaire de la Bergère, elle est remarquée par celle-ci, devient une favorite et se retrouve au cœur du pouvoir partagé par Judith et les Quatre Grandes. Elle découvre cet « anarchisme du pouvoir » dont parlait Pasolini à propos de son film Salo ou les 120 Journées de Sodome, quand il montrait la parenté entre le roman de Sade et les derniers temps de Mussolini : un pouvoir absolu rend fou, sadique, arbitraire jusque dans le moindre détail d’une vie ponctuée d’orgies et de disgrâces inexplicables.

Autoroute qui ne mène nulle part

Parallèlement, Quiriny raconte le premier voyage autorisé dans le pays depuis des années : celui d’artistes et d’intellectuels français, proches ou membres du PFF (Parti féministe français), émanation du parti-frère au pouvoir dans l’Empire. La galerie de portraits germanopratins, qui va des convaincus absolus aux sceptiques qui n’osent pas le dire, est tout aussi savoureuse qu’est inquiétant leur périple très surveillé sur une autoroute qui ne mène nulle part et dont le seul intérêt est d’être vue de l’espace car son tracé représente le profil de la Bergère. Nous reviennent alors des images de la Roumanie de la fin de Ceausescu, quand nos voyageurs (mais comment ne pas penser aussi à Sollers en Chine, à travers le personnage de Bordeaux ?) se promènent sur une Grand-Place de Bruxelles complètement bétonnée.

Plus généralement, Quiriny nous rappelle que l’intelligence et la culture n’ont jamais protégé de la bêtise, de la veulerie, du fanatisme et de l’ignominie : les parallèles avec le voyage de Nuremberg des écrivains collabos comme avec ceux qui eurent lieu en URSS du temps de Staline ou en Chine du temps de Mao sont très clairs. Le ridicule y dispute à l’aveuglement quand on voit des poètes s’extasier sur des statistiques sans intérêt, visiter des camps où des hommes sont humiliés quotidiennement ou accepter de se prosterner devant les statues géantes d’Ingrid et de Judith.

Les Assoiffées de Quiriny, insistons bien là-dessus, rendent terriblement crédible cette contre-utopie aberrante d’un empire de femmes eugénistes où l’on entrerait après avoir franchi un check-point à Lille. Et c’est tout le talent de Quiriny de transposer chez le lecteur une sidération qui est, de fait, celle de tous ceux qui vivent le totalitarisme : on a beau ne pas y croire, c’est pourtant bel et bien là, et ce qui est de l’ordre de la folie s’impose impitoyablement comme la réalité quotidienne.

Les Assoiffées

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PPDA, tricheur ou victime ?

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Patrick Poivre d’Arvor est actuellement la cible des quolibets de quelques-uns de ses confrères après les révélations, par L’Express, de quelques emprunts massifs et grossièrement maquillés à un auteur américain, Peter Griffin, pour écrire sa biographie d’Ernest Hemingway. Celle-ci, déjà tirée à 20.000 exemplaires, est publiée par les éditions Arthaud, une filiale de Flammarion, et était prévue pour arriver en librairie le 19 janvier.

Comme il est d’usage dans ce genre de circonstances, les « épreuves » de cet ouvrage ont été adressées courant décembre à quelques journalistes triés sur le volet, susceptibles de rédiger des recensions au moment de la mise en vente du livre.

C’est ce qui a permis à Jérôme Dupuis, de L’Express, de lever le lièvre d’un plagiat dont la réalité ne peut être raisonnablement niée, à la lecture en simultané de quelques paragraphes figurant dans les deux biographies. L’argument de l’éditeur, selon lequel les journalistes auraient reçu une « version de travail » du livre de PPDA malencontreusement confondue par ces crétins d’imprimeurs avec la « bonne » version est une lamentable tentative de sauver les meubles, qui ne trompe évidemment personne ! Il eût été plus convaincant de présenter aux critiques du présumé plagiaire un exemplaire du livre déjà imprimé, mais on aurait sans doute pu y rencontrer les mêmes phrases volées que dans les épreuves…

Visiblement, PPDA a été victime, comme d’autres avant lui (Alain Minc, Thierry Ardisson) d’un nègre indélicat qui s’est contenté de bidouiller grossièrement un livre antérieur sur le même sujet, en se servant du dictionnaire des synonymes pour masquer son forfait.

Ne faisons pas, pourtant, retomber tout l’opprobre de ce comportement inélégant sur l’ancien présentateur du JT de TF1.

Personnellement, j’aurais plutôt pour lui la compassion que l’on peut éprouver pour un drogué : la came de PPDA, c’est la notoriété, le paraître, l’exposition médiatique permanente. Celle-ci lui a été garantie pendant trois décennies sur les grandes chaînes françaises, mais aujourd’hui, il faut qu’il rame pour maintenir son image au premier plan du PAF.

Publish or perish ! Cette règle ne s’applique pas seulement aux universitaires d’outre Atlantique, mais à ceux qui doivent être en « promo » permanente sur les médias pour qu’on ne les oublie pas. C’est un boulot de galérien, comme on peut le constater en voyant tout ce que PPDA a produit au cours de l’année 2010 : une émission hebdomadaire de télé, une chronique quotidienne dans France Soir, six préfaces pour des auteurs amis, et une mise en scène d’opéra avec son frère Olivier.

Donc, comme on n’a pas quatre mains et trois cerveaux, il est nécessaire de se faire aider. Et c’est là qu’intervient l’éditeur, ce marchand de bouquins à l’œil rivé sur le compteur des ventes, qui ont tendance à se réduire à un rythme comparable à celui des journaux et magazines en papier. Non, j’exagère, tous ne sont pas des épiciers sans scrupules, mais il faut bien qu’ils fassent tourner la boutique pour que leur passion pour des textes de qualités écrits par des gens peu connus puisse trouver leur chemin vers le public. Quand on n’a pas la chance, comme Gallimard, de posséder un fond de littérature française et étrangère classique vous assurant de confortables revenus, il faut bien se débrouiller. Le recours à des pipoles pour signer un livre est l’une des manières de se procurer des picaillons, mais ce n’est pas la seule. Combien d’éditeurs dits « sérieux » ont accepté de publier l’autobiographie d’un patron, grand ou petit, en échange de l’achat par ce dernier de la quasi-totalité du tirage ? J’en connais plusieurs, mais chuuut ! Cela vaut aussi pour les hommes politiques qui s’assurent une présence éditoriale immédiatement avant l’ouverture officielle des périodes électorales, ce qui leur permet ne pas faire entrer cette propagande dans les comptes de campagne…

Le trait commun à toutes ces publications, c’est le recours aux « nègres », souvent des écrivains de talent, mais d’accès trop difficile pour que cela leur permette de vivre de leur plume sous leur signature. Dans ce domaine l’omerta est encore plus stricte que dans la Camorra : un nègre qui se dévoile est un nègre mort, professionnellement, du moins.

Donc, dans cette affaire Hemingway tout le monde est coupable et personne n’est en faute, sinon le responsable de chez Arthaud qui a malencontreusement choisi un escroc pour tenir la plume de PPDA.

Faut-il « assainir » le milieu de l’édition en rendant transparent le mode de production des best-sellers ? Pas si sûr, car le lecteur de ce genre d’ouvrages, comme le spectateur du Tour de France n’est pas dupe quant aux méthodes employées par ses idoles pour parvenir aux sommets des cols ou de la notoriété littéraire. Mais il s’en fout.

Tonton flingué

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Bien sûr il y aura du monde, ce samedi, autour de la pierre tombale de François Mitterrand à Jarnac, 15 ans jour pour jour après sa mort. On y verra sa famille (ou disons ses familles) au grand complet, à l’exception du ministre de la Culture qui dit vouloir éviter que qui que ce soit puisse exploiter politiquement sa présence.

On y verra aussi une délégation massive de la direction du PS : pas moins de 11 membres du Secrétariat national entoureront Martine Aubry. Quant à Ségolène Royal, elle sera naturellement là, puisque la dernière demeure de François Mitterrand se trouve dans sa région de Poitou-Charentes. Du côté des compagnons de toujours, Roland Dumas, devrait être là, lui aussi, mais il est peu probable que son ami retrouvé Jacques Vergès l’accompagne…

Cela dit, il y aura aussi des absences remarquées. Ainsi, d’après Libération Lionel Jospin, Robert Badinter, Laurent Fabius, François Hollande, Pierre Joxe, Jean-Louis Bianco et Michel Rocard se sont tous fait excuser. Et si on peut comprendre à la rigueur que Michel Rocard, à qui le cher défunt n’a jamais su cacher sa détestation, ne soit pas du voyage, tous les autres éléphants ou ex-éléphants du PS cités par Libé lui doivent l’essentiel de leur carrière. Ils ont du l’oublier… Mitterrand ? Connais pas !

Une ingratitude, qu’à en croire Roger Hanin, François Mitterrand avait bien pressentie. Sur ses vieux jours il lui disait souvent : « Je n’ai pas peur de mourir, j’ai peur de ne plus exister…»

Le dormeur du parking

Tu t’appelles Pierre Hibon de Frohen, d’un nom qui sent l’ancienne France, celle de la Normandie et de l’Île Bourbon, qui fait rire le populo et que tu n’as pas choisi. Tu n’es qu’un étudiant en histoire, né par ici et habitant de hasard d’une résidence des abords de Montpellier. Tu n’as pas 25 ans, tu écris des conneries sur ton Facebook et sans doute tu rêves comme tes contemporains d’aller voir là-bas, au-delà des mers, si peut-être la vie y est.

Quand ton père t’appelle, tu le suis : là, en bas, sur le parking de la résidence, sur ce bitume de nulle part, un gars qui pète les vitres des voitures pour chouraver des autoradios, des larfeuilles ou des sacs à main. Evidemment, le gars a une capuche, mais tu t’en fous. Ce n’est pas ta voiture, mais tu t’en fous, ce n’est pas la voiture de ton père, mais tu t’en fous. Quand ton père chancelle sous le coup de surin, tu courses le gars. Tu as sans doute froid dans le ventre et chaud dans le crâne à ce moment-là. Cinquante mètres, tu vas l’avoir, cet enfoiré. Il s’arrête, se retourne : est-ce que tu la vois, la lame ? Je ne sais pas.

Les parfums ne font pas frissonner ta narine ; tu dors dans le soleil, la main sur la poitrine.
Tranquille. Tu as un trou rouge au côté gauche.

Tu t’appelles Pierre Hibon de Frohen, tu es mort maintenant, le petit gars est en fuite, planqué comme un rat dans son appart’ de cité. Lui, il voulait juste quelques thunes, toi tu étais juste derrière ta fenêtre avec ton paternel. Tu n’avais rien à y gagner à jouer les justiciers, c’est même le chef des policiers qui l’a dit : « Aujourd’hui, il faut être prudent. »

Toi, tu ne le savais sans doute pas que tu étais un héros, tu ne l’as peut-être pas fait exprès. Mourir pour la caisse des autres, c’est trop con, qu’ils diront, c’est sûr. Rassure-toi, il n’y aura personne à ton enterrement, personne que ta famille et tes amis, et ton père qui aurait voulu être à ta place.

Tu t’appelais Pierre Hibon de Frohen, Zorro de Chantebrise, dans une semaine on l’aura oublié.

Tu t’appelais comme ça, je m’en souviens.

Toussaint rouge à Bagdad

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Autant le dire tout de suite : Bagdad n’est pas près de devenir un lieu de week-end, même pour amateurs de sensations fortes. Ni même sans doute un endroit où il fera bon venir relancer l’avenir d’une PME familiale armé d’un épais carnet de commandes. Pourtant, le week-end de la Toussaint, c’était l’objet de la croisière aérienne médiatique organisée par la compagnie Aigle Azur, qui rouvrait fièrement la ligne Paris-Bagdad, avec un vol inaugural plein de journalistes, d’hommes d’affaires et même d’une ministre, Anne-Marie Idrac.[access capability= »lire_inedits »]

Bon timing : la Toussaint, c’est mort sur le plan médiatique. Excellent plan com’ : il s’agit de montrer que la France veut exporter et reprendre pied après la guerre dans un pays en reconstruction, grâce à une compagnie aérienne qui n’a pas froid aux yeux. C’est l’occasion pour le jeune et sarkozyste ambassadeur de France en Irak, Boris Boillon, de montrer son sourire ultra-bright et d’affirmer son volontarisme sur toutes les chaînes d’info continue. Evidemment, personne ne peut prévoir que c’est cette même nuit de la concorde et du pont aérien retrouvés que 53 chrétiens vont se faire massacrer dans la cathédrale, pas si loin de l’ambassade de France…. Les terroristes et les factions irakiennes ne respectent donc rien.

D’un strict point de vue du retour sur investissement médiatique, l’affaire a été remarquablement menée. J’imagine qu’il faut du cran et de solides appuis politiques pour mettre à disposition d’une bonne vingtaine de journalistes et de petits patrons invités à la Foire commerciale de Bagdad un Airbus flambant neuf et les conditions de sécurité qui vont avec, histoire de promener tout le monde au bord du Tigre et dans la Zone verte. D’ailleurs disons-le tout de suite, bien que n’étant guère fascinée par les militaires ni même les paramilitaires, il y a quelque chose d’étrange, une fois sur zone : l’omniprésence d’armées privées, blanches, musclées, on espère efficaces, qui mettent entre le visiteur occidental ou oriental et l’Irakien de base une barrière qu’on espère infranchissable.

L’Irak, depuis ses deux guerres coalisées, est devenu la patrie mondiale de l’enlèvement crapuleux et des armées privées. Jusqu’ici, on avait une approche livresque de l’affaire. Au sol, et avec le recul, ça pose vaguement question, notamment sur la légitimité à faire la guerre quand on est coté au Nasdaq. Et aussi sur le fait que les soldats américains qui ont quitté les opérations de la Coalition peuvent toujours rempiler sous d’autres uniformes pour faire régner la sécurité dans des voitures blindées. La seule présence américaine officielle qu’on peut encore deviner localement se matérialisera par un vol d’hélicoptères Apache entrevu depuis le toit de la résidence de l’ambassade. L’Etat irakien, lui, n’est même pas à l’état de chimère…

Le journaliste persifle, sait mieux que tout le monde et affiche un air d’indépendance supérieure

Alors, évidemment, balader un troupeau de journalistes − le plus grand groupe depuis le déclenchement de la seconde guerre − dont certains n’ont jamais mis les pieds en zone sensible, est un véritable cauchemar, et pas que sur le plan logistique. Le journaliste persifle, sait mieux que tout le monde, veut toujours s’écarter des sentiers battus et affiche un air d’indépendance supérieure.

Pour éviter toute tentative de coup d’éclat désastreuse, on nous avait mis entre les mains d’un grand chauve, raide comme la justice, parlant doucement, ancien du GIGN ayant pantouflé pour une boîte française de sécurité qui espère gratter quelques milliers de dollars dans un marché qui s’annonce gigantesque. Frédéric Gallois a toujours l’œil sur sa montre et sur les derniers du groupe qui pourraient avoir des velléités de traîner là où on nous dit d’avancer, explique comment se comporter à un check-point et n’oublie pas, entre deux consignes sur la bonne marche à suivre en cas d’incident, de faire modestement l’article pour son entreprise.

Dans le hall de l’aéroport, on trouve le moyen de ricaner de ses précautions ; d’autant que, dans l’avion, personne n’a dormi. Certes, on a vaguement en tête les récits des copains qui ont fait profession de journaliste quand il y avait vraiment la guerre : les bagnoles qu’on faisait rouler très vite, les itinéraires qu’on changeait au dernier moment, les gens dont il fallait toujours se méfier, la route de l’aéroport qui servait de champ de tir.

Là, tout est théoriquement calme, parole de Gallois : « Il y a un an, il y avait 100 morts civils par jour en Irak ; aujourd’hui, moins de 10. »
Et puis on passe les portes vitrées de l’aérogare et on voit que quelque chose continue de déconner grave. Une file de voitures blindées, des types armés jusqu’aux dents, genre Sud-Africains de deux mètres douze, qui vous pressent, quelques Irakiens moustachus, arme dans une main, cigarette sans filtre dans l’autre ; une lumière jaune dru qui tombe et un grand silence. Pas un taxi, évidemment, pas une voiture, rien qui ressemble au bordel indescriptible autour de l’aéroport international d’un pays sous-développé. Rien que des hommes blancs avec des oreillettes et des M-16. Localement, la distinction d’homme doit se mesurer à la taille de l’arme que l’on porte.

Dans la voiture blindée, donc, on se tasse comme on peut avec un chauffeur qui sue à grosses gouttes et dont l’unique souci sera de ne pas perdre le reste du convoi, tout en ayant l’air suffisamment affable pour passer sans encombre les fameux check-points.
L’entrée dans Bagdad par cette grande autoroute qu’autrefois on avait baptisée « de la mort » est irréelle. Une fois sortis de la zone gérée par une milice privée, on arrive donc sur un territoire sous souveraineté irakienne libre. Souveraineté qui se manifeste essentiellement par des hommes perchés sur des blindés avec des batteries anti-aériennes pointées vers Dieu sait quoi, certains vêtus des uniformes flambant neufs, mouchetés de noir et de vert, de la nouvelle armée nationale, d’autres attifés avec de vieux uniformes légués par les Américains : manches trop longues, pantalons visiblement trop larges, casques équipés de caméras de vision nocturne de traviole sur le crâne alors que la température est déjà bien élevée. Il faut en voir certains, avec des gilets pare-balles sur lesquels on n’a pas eu le temps, j’imagine, de rajouter un écusson de l’armée nationale. Ils ont rayé comme ils pouvaient l’inscription « USA » qui barre la poitrine, avec du gros scotch ou un bout de tissu.

Tous les 250 mètres, un barrage, des grilles au sol, des chicanes ralentissent les voitures et le chauffeur, qui explique avoir été prof dans une autre vie, sue de plus en plus. Dans la voiture, il y a ceux qui se remémorent à haute voix leurs souvenirs du feu ici ou là, faisant comprendre qu’ils ne sont pas impressionnés et qu’ils méritent eux, leur titre de grand reporter. Un autre compare Bagdad à Téhéran avec l’air entendu. Une petite JRI se fait houspiller par son rédacteur parce qu’elle ne filme pas assez. Moi, je n’ai rien à dire. J’essaie de regarder par la fenêtre. Tout est ocre, plombé. Une fois dans la Zone verte, je reconnais des monuments vus dans les livres : le Mausolée du soldat martyr, les Mains de la victoire et leurs sabres géants fondus dans l’acier des casques des combattants de la guerre Iran-Irak, le grand pont sur le Tigre par lequel les troupes américaines sont entrées dans Bagdad.

De la rue, on ne voit pas grand-chose si ce n’est des embouteillages monstres, un chaos indescriptible que n’arrange pas un convoi officiel qui prend à l’envers les ronds-points pour passer plus vite. Après de nombreux scandales, les responsables des sociétés privées qui travaillent dans le pays affichent toutes des chartes d’éthique, signent les propositions internationales pour encadrer leurs pratiques, essaient d’embaucher des nationaux pour diminuer leur « impact » sur la société. Et diminuer l’agacement des Irakiens de la rue qui, eux, sont coincés sur la route au risque de sauter dans un attentat et qui ne savent plus s’il faut envoyer leurs gosses à l’école de peur des enlèvements. La vérité, c’est qu’en dépit des proclamations, tout le monde renâcle à faire travailler des locaux : peur de la trahison, des enlèvements, de la transmission des itinéraires à des groupes armés. Si elles le pouvaient, ces entreprises feraient venir de l’étranger jusqu’aux femmes de ménage qui s’occupent de leurs camps retranchés.
Les cuisiniers, c’est déjà le cas : dans le camp de la société anglaise où seront logés certains des patrons français venus là pour faire croire qu’ils vont vendre des machines-outils ou des câbles électriques, les chefs sont népalais et offrent un petit dej’ parfaitement anglo-compatible, œufs brouillés compris. Seule bizarrerie : devant l’entrée du self, un magnifique panonceau bricolé invite à laisser son M-16 à l’extérieur…

Matt Damon, alias Boris Boillon, l’homme de la France et de Sarko en Irak

Les chefs d’entreprise rient fort, passent des coups de fils à base de « Devine d’où je t’appelle… » et se font prendre en photo avec les mercenaires qui ne quittent ni leurs gilets pare-balles, ni leurs lunettes de soleil miroir. C’est comme dans un film de guerre avec Matt Damon.

D’ailleurs, Matt Damon, le voilà. Enfin, celui qui a hérité de ce gracieux surnom au Quai : Boris Boillon, l’ambassadeur de France, qui tient à faire de cette journée la journée de la France en Irak. Celle du volontarisme politique de Nicolas Sarkozy, dont il a été le conseiller Afrique du Nord, Proche et Moyen-Orient à l’Elysée. Tout, dans ses phrases, comme dans sa mise, évoque son mentor : « En Irak et au Moyen-Orient, nous faisons ce que nous disons, nous disons ce que nous allons faire.» Il parle du marché mirifique de la reconstruction, de la confiance dans les entrepreneurs qui font le pari de revenir. Dans toutes ses phrases, il prend soin de citer le nom du président de la République, et mélange langage diplomatique et expressions un peu vertes. Autour de lui, les gendarmes du GIGN qui assurent sa protection ont l’air las, et leur mise tranche avec l’allure du jeune Boillon. Il a 41 ans et le fait savoir : il a déjà eu un portrait dans « Envoyé spécial », sur France 2, où on le voyait faire son jogging dans le micro-jardin de l’ambassade, a été invité au « Grand Journal » de Canal+ et est la coqueluche de certains journalistes qui trouvent qu’il est tellement super : « Il est parfaitement arabophone… »

Boillon a tout pour plaire, jusqu’à son costume Dior Homme cintré comme il faut, sa ceinture Vuitton avec logo apparent et sa Rolex énorme qui flotte un peu autour de son poignet gauche. En vérité, on se demande ce qu’il peut bien faire dans un pays qui n’existe plus, si ce n’est éviter que des journalistes et des hommes d’affaires se fassent prendre en otage.
La plupart des entrepreneurs qui sont du voyage semblent être venus poliment à l’invitation du ministère de l’Économie et de l’Agence pour la promotion du commerce extérieur. Certains connaissent bien l’Irak d’avant la seconde guerre du Golfe et travaillaient ici régulièrement. Aujourd’hui, ils font des affaires avec les Kurdes, qui ont un gouvernement à peu près stable. Retourner à Bagdad, ils en rêvent : « C’est malheureux à dire, mais qui dit guerre dit énorme marché de reconstruction », explique un jeune commercial d’une entreprise lyonnaise de câbles électriques. Il a l’habitude des pays en guerre, de la corruption, des conditions difficiles. Mais là, il n’est guère optimiste : « On vient prendre des marques à la Foire, regarder comment fonctionnent les concurrents, serrer des mains en espérant que ça paye le moment venu. » Tous les représentants des pays européens installés à la Foire de Bagdad tiennent ce discours : ils viennent poser des jalons pour les années à venir, des fois que la situation se stabilise. Tous constatent que les Anglais et les Américains trustent les marchés solvables et porteurs (la sécurité et le pétrole), que les Turcs se sont octroyé les marchés du BTP (les grands hôtels de Bagdad sont tous fermés pour rénovation) ; pour le reste, les Chinois ne vont pas tarder à trouver le moyen de s’imposer. Alors, les parts de marché seront symboliques mais, en la matière, ça compte aussi. Quelques barbouzes en goguette sont là, aussi, pour proposer leurs services.

Le jour où nous débarquons, le pavillon français est en construction : des ouvriers peignent les stands en bleu, d’autres se font houspiller parce qu’ils n’installent pas assez vite les branches de palmier qui vont décorer l’entrée du hall ; seul Lafarge a déjà des gens sur place prêts à vendre des tonnes de ciment. Ailleurs, c’est la même précipitation pour déballer des modèles d’exposition de machines à laver ou de tracteurs.

Comme partout ailleurs, il aura fallu se soumettre à une fouille réglementaire pour entrer, par une femme qui, manifestement, n’a pas bien appris son manuel de palpation. Au retour à l’aéroport, on sera fouillé quatre fois, les sacs à main seront abandonnés sur le sol à deux chiens renifleurs d’explosifs et, avant le passage devant de sourcilleux douaniers irakiens, ce seront toujours des Anglais qui vérifieront que l’on peut embarquer dans le vol de nuit du retour.

La seule vision de la réalité qu’on aura entr’aperçue a été grattée sur le chemin entre l’Institut culturel français et la voiture blindée : de l’autre côté de la route, juste au bord du Tigre, un petit parc avec des jeux pour enfants. On reconnaît des femmes à leurs voiles : elles font de la balançoire alors que la lumière tombe. Un peu plus loin, des gosses jouent au foot dans une impasse proche de l’ambassade de France au milieu des poubelles qui débordent sur la chaussée. Théoriquement, les vols réguliers d’Aigle Azur, au départ de Paris, doivent démarrer en janvier. Il paraît que les réservations sont pleines. [/access]

Et si la première dame du Brésil n’était Dilma ?

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Le Brésiliens ne font rien comme tout le monde : ils ont du soleil toute l’année, une économie en pleine expansion, et une gauche qui gagne trois présidentielles de suite tout en restant de gauche.

On a déjà tout dit ou presque sur la nouvelle présidente, qui au lieu de faire banalement l’équivalent de l’ENA à Brasilia fit guérillera dans sa première jeunesse, au temps de la dictature militaire, ce qui lui valut en 1970 trois semaines de torture puis trois ans de prison, ce qui n’est pas un CV des plus communs chez les chefs d’Etat

On connaît en revanche beaucoup moins son colistier Michel Temer, et c’est dommage, lui aussi sort de l’ordinaire. Sa principale originalité n’est pas d’être originaire du Liban – il existe au Brésil depuis longtemps une forte communauté levantine. (Amis parisiens ou de passage, j’en profite pour vous signaler un fabuleux estaminet libano-brésilien, l’Aréa, tout près de la Bastille).

Non, ce qu’il y a de plus original chez cet homme, c’est sa femme, qui hypnotise toute l’opinion brésilienne depuis l’investiture de son mari. Michel Temer, 70 ans tout rond, a pour épouse Marcela, un méchant canon de 27 ans qu’on dirait sortie tout droit d’une couv’ de magazine people ou d’une telenovela un rien olé olé. D’ailleurs quoique titulaire d’un diplôme en droit, elle a été mannequin avant son mariage. Il était donc fatal que la presse locale lui trouve un surnom renvoyant à une autre top model reconvertie en femme de, et la pauvre Marcela se voit obligée de répéter en boucle à ses intervieweurs : » Non, je ne suis pas la Carla Bruni brésilienne !  »

Vivre en paix : un crime ?

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« Plus personne n’aime plus personne. » C’est en ces termes que commence l’article de Jérôme Leroy consacré à ces résidences surveillées prisées par des gens qui n’ont rien contre un pays où tous les gars du monde pourraient se donner la main mais qui vivent dans un autre.

D’abord, ce n’est pas tout à fait vrai. Il y a encore des lieux où les gens s‘aiment ou, à défaut, se respectent. Par exemple, je vis en bonne intelligence avec mes voisins, notamment avec l’un d’eux, peintre en bâtiment arrivé depuis peu de Corbeil, ville de l’Essonne désormais bien connue des services de police où, comme ses parents, il avait passé toute sa vie dans l’amour des siens et le respect des autres. Et puis un jour, quand son fils de 10 ans est sorti acheter le pain avec une pièce d’un euro pour revenir sans le pain, sans le sou mais avec le nez cassé, victime sans doute du creusement des inégalités sociales, il a pris sa famille sous le bras et l’a installée dans mon village. Ce n’est pas en prenant la fuite qu’on entretient la cohésion nationale, mais qui lui reprochera de refuser de jeter sa femme, ses enfants ou ses parents âgés dans la bataille pour le vivre ensemble ? Les partisans de la loi SRU sans doute.

D’autres plus fortunés font un autre choix que l’exil, ils s’enferment dans des résidences surveillées comme à Etiolles pour vivre entre eux. Mais si mon camarade Jérôme avait retiré ses lunettes marxistes pour appréhender cette réalité-là, il aurait vu de ses propres yeux que ces cadres supérieurs ne fuient pas leurs prochains qui sont employés, ouvriers ou chômeurs, mais dressent des murs entre eux et des quartiers que l’immigration a transformés en jungle.

Evidemment, on les appelle aujourd’hui des « quartiers populaires », alors tout le monde peut se tromper. Pour éviter de parler d’immigrés là où il y a des délinquants, on a volé ce terme qui désignait les gens modestes et honnêtes pour le donner à la racaille. On insulte le peuple, mais c’est toujours moins grave que d’avoir l’air raciste.
Ce ne sont pas des pauvres que les gens fuient, mais une jeunesse déracinée qui baigne dans un cocktail fait d’islam et de hip hop appelé culture banlieue. Avec de pareilles fées au dessus de son berceau, on peine à trouver sa place dans la civilisation française. Quand on idolâtre un conquérant violeur et assassin, quand on prend pour modèle des stars qui ont l’air de vivre au bord de piscines avec soixante-douze putes, la réalité du jeune racaille de base est dure. L’accès aux vraies filles consentantes est barré. Les sœurs sont sous cloches ou sous clefs et les autres ne se laissent pas draguer par Néandertal. Alors, quand on a vu et revu tous ses pornos, on viole.

Sans travail, (mais quel patron chercherait les embrouilles ?), l’accès à la consommation des marques, du luxe et du high tech est compromis. Alors on vole les plus vulnérables et on tue ceux qui ne se laissent pas faire. Les cas de vieilles dames assassinées au couteau ou bousculées à mort ne sont pas rares. Les barrières morales qui subsistent au fond des crapules bien de chez nous n’arrêtent pas la racaille. L’agression d’une femme blanche pour lui voler son sac ne va pas jusqu’au meurtre pour celui qui pourrait y voir sa mère ou sa grand-mère. Pour certains jeunes noirs ou arabes, aucune identification n’est possible, dans leur monde, les femmes vivent derrière un fourneau et sous un torchon. Si la cupidité pousse au crime, le racisme le permet.

Etiolles (objet de l’article du Monde qui a inspiré le sien à mon ami Jérôme) est une jolie petite ville de l’Essonne qui a la malchance de se situer entre Corbeil et Evry, qui elles-mêmes ont la malchance d’accueillir la misère du monde dans des proportions telles que les bandes ethniques s’y affrontent à l’arme de guerre quand elles ne s’attaquent pas à d’autres Français, qui eux sont innocents. Depuis quelques années, Il y a plus de noirs que de blancs à Evry mais le maire, Manuel Valls, le Monsieur sécurité du PS, ne peut pas le dire, même en caméra cachée et dans ces quartiers, plus de jeunes semblent attirés par la carrière de Youssouf Fofana que par celle de Gaston Monnerville. À Corbeil, où l’UMP est aux commandes, Serge Dassault, en homme de droite corrompu et corrupteur qui croit que tout s’achète, tente d’obtenir la paix en distribuant aux caïds des valises de billets avec le succès que l’on constate.

Du coup, aux alentours, les gens qui ont les moyens se réfugient dans des forteresses, les autres renoncent aux HLM, s’endettent pour devenir propriétaires et se barrent pour retrouver un monde commun à des heures de leur lieu de travail.

Où est la justice quand les gens civilisés vivent derrière des barreaux alors que les sauvages se pavanent à l’air libre, quand les travailleurs désarmés s’exilent pour échapper à des prédateurs qui ont pignon sur rue ? Ailleurs puisque selon notre camarade et Tariq Ramadan, l’injustice est sociale. À ceci près que dans la région, on n’appelle pas la résidence d’Etiolles « le clan des rupins » mais « le village gaulois ».

Mais tout cela a déjà été dit cent fois et je me lasse parfois de répéter en boucle ces évidences, de mettre noir sur blanc ce qui saute aux yeux. J’en oublie même à force les précautions d’usage pour rappeler que tous les immigrés ne sont pas des criminels, d’ailleurs, mon voisin du début est portugais. J’en ai marre de ces débats, de ce bla bla quand depuis des décennies, la situation s’aggrave et que rien ne change ou si peu. À Evry ou à Corbeil, l’UMPS n’arrive pas à réduire une insécurité qui se banalise. Alors quand on vit là, on ne peut rien faire d’autre que sa valise ?

La mafia est un fléau qui empoisonne l’Italie depuis des siècles. Les démocraties luttent, mais en état de droit, la guerre contre cette criminalité n’est qu’un long fleuve sanglant qui ne mène à aucune victoire décisive. Seuls les fascistes de Mussolini qui n’étaient pas entravés dans leurs basses œuvres par le respect des libertés publiques et les droits de la défense des accusés ont réussi à mater à coup d’exécutions sommaires les syndicalistes du crime. L’ennui, c’est qu’ils ont aussi éliminé tous les autres dont Errico Malatesta, anarchiste cher à mon cœur. La solution n’est pas d’appeler des fascistes, car même en démocratie, les territoires perdus peuvent être reconquis. Et si le droit ne le permet pas, il faut changer. Le maire de New York, Rudolph Giuliani, l’a prouvé, alors que le monde ne donnait pas cher de Harlem. Au Brésil, l’Etat de droit reprend pied dans les favelas, porté par des sections d’assaut. Quand le pouvoir met le paquet pour défendre le peuple, la pègre court ou crève.

Entre des démocraties paralysées par des contre-pouvoirs , la réticence de certains d’entre nous à assumer la répression qui s’impose et un renoncement à l’état de droit au profit d’une justice expéditive qui s’abat sur les criminels comme sur les opposants, il doit exister une troisième voie.

Cette voie d’une République démocratique et forte, je la cherche, je réfléchis, je me prends la tête et je me gratte le front. Dans mon crâne, ça bouillonne parfois, mais plus souvent, ça marine. Dès que j’ai trouvé, je vous fais signe.

Les 39 heures, une ânerie !

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photo : PS

Manuel Valls se retrouve aujourd’hui dans une situation paradoxale : il enfonce le clou sur l’abrogation des 35 heures en réclamant un retour aux 39 heures et se voit opposer un démenti par le patronat qui juge que ce n’est ni opportun, ni nécessaire.

Cette prise de position est pour Valls une manière d’ancrer son positionnement à la droite du parti socialiste : en proposant une mesure que même Sarkozy et Fillon ne veulent pas adopter et que le patronat rejette, il va sans doute plus loin dans la droitisation qu’il ne l’aurait souhaité et se met réellement en marge. Mais là n’est pas le plus important.

Cela illustre surtout le décalage complet entre le discours des politiques et la réalité économique. Manuel Valls est incapable de comprendre que la loi sur les 35 heures, là où elle a été appliquée, a donné lieu à des négociations très fines et à de savants équilibres entre temps travail, gains de productivité et pouvoir d’achat.

Dans bien des grandes entreprises, le différentiel entre les 35 heures travaillées et les 39 heures payées a donné lieu à une hausse importante de la productivité (ce qui a placé la France en première position mondiale pour la productivité horaire, loin devant le RU ou les USA) ; dans d’autres entreprises, des négociations ont abouti à l’échange des RTT contre des bonus ; dans d’autres encore, la modération salariale s’est faite aux dépens du pouvoir d’achat… mais dans tout les cas, employeurs et salariés ont trouvé un nouvel équilibre. Au niveau paritaire, patronat et les syndicats sont parvenus à des accords de branche qui après 10 ans de pratique s’avèrent satisfaisants pour tout le monde.

Revenir aujourd’hui sur les 35 heures reviendrait à torpiller ces accords, à rompre les équilibres, à remettre en danger le pouvoir d’achat des salariés. Personne n’en veut, à commencer par le patronat.

Le discours de Manuel Valls ne peut dès lors apparaître comme un gage de « réalisme économique » mais se réduit à une prise de position idéologique clairement libérale. Au final, Valls tire contre son camp en faisant ressurgir de vieux débats qui n’ont plus cours au lieu de trouver les idées qui vont construire la France de demain. Un lancement de campagne qui s’avère être un ratage complet.

Iran : fête la guerre, pas l’amour !

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On savait déjà que l’islam est une religion d’amour, de tolérance et de paix et même les plus distraits d’entre nous avaient remarqué que certains musulmans n’y allaient pas avec le dos de la cuiller pour imposer cet amour, cette tolérance et cette paix.

Dans les théocraties, on est encore plus catégorique sur l’amour, la tolérance et la paix. La Saint-Valentin est en effet désormais proscrite en Iran, comme vient de l’indiquer l’agence ILNA (Iranian Labour News Agency) : « Imprimer et fabriquer tout produit en lien avec ce jour, qu’il s’agisse d’affiches, de boîtes, de cartes représentant des cœurs ou des roses rouges, est interdit ainsi que toute activité faisant la promotion de ce jour. Les points de vente qui violeront cette directive auront affaire à la justice. » Pourtant la Saint-Valentin est une fête très populaire au sein de la jeunesse iranienne. Les boutiques des grandes villes se paraient jusque là de décorations glamoureuses de circonstance et les restaurants de Téhéran affichaient tous complet.

Il est peut-être un peu tôt dans la saison pour frapper d’interdit la fête aux petits cœurs, penseront certains. Mais les délais des imprimeurs de cartes postales sont peut-être plus longs encore à Téhéran que dans l’hexagone. Donc, prenons les devants !

Mais l’année nouvelle qui s’offre à nous devrait pousser à l’optimisme et, de toute façon, la subliminale consigne à laquelle nous ne saurions déroger n’a pas changé, il faut po-si-ti-ver ! Positivons donc. Et voyons-y une passerelle jetée entre islamistes calinophobes et chrétiens bigots outrés par ce détournement de la commémoration d’un saint, auxquels pourraient même se joindre une flopée d’alters révoltés par la marchandisation néolibérale du sentiment amoureux. Œcuménisme, sauce « Mon Chéri », c’est tentant, non ?

Ce serait arrivé près de chez vous

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Bernard Quiriny
Bernard Quiriny signe Les Assoiffées (Seuil).
Bernard Quiriny
Bernard Quiriny signe Les Assoiffées (Seuil).

Est-il possible d’écrire après Zamiatine, Orwell et Huxley quand on veut démonter les mécanismes d’une société totalitaire par le roman, en décrypter les signes et en souligner les sinistres invariants ? Bernard Quiriny y est parvenu avec Les Assoiffées, roman scandaleusement oublié par les prix de fin d’année.

Il s’agit donc, ici, de nous livrer à une session de rattrapage afin que nos lecteurs ne passent pas à côté de ce livre éprouvant, ironique, désespéré et, au final, terriblement possible. Pour commencer, précisons que Les Assoiffées ne se projettent pas dans notre avenir, mais davantage dans un présent qui aurait pu être le nôtre. On appelle cela une uchronie. L’uchronie à laquelle Emmanuel Carrère a consacré un bel essai[1. Le Détroit de Behring, POL.] et qu’il qualifiait de « divertissement mélancolique » consiste à imaginer ce que serait notre époque si celle-ci avait connu une « date de divergence », par exemple si le débarquement de 1944 n’avait pas réussi ou, en remontant beaucoup plus loin, si Pilate avait épargné le Christ[2. Roger Caillois, Ponce Pilate, Gallimard/L’Imaginaire.].[access capability= »lire_inedits »]

L’Empire des femmes

Bernard Quiriny, lui, fait remonter cette date de divergence à 1970. Une révolution féministe éclate en Hollande, renverse la monarchie et, à l’été 1971, entame une grande marche qui conduit à l’envahissement de la Belgique et du Luxembourg. Le 30 septembre, l’Empire des femmes est officiellement proclamé et recouvre la superficie du Benelux. Cette révolution féministe attire des sympathisantes et des sympathisants du monde entier, les immigrants affluent malgré le durcissement des lois sexistes en 1978, l’interdiction du mariage hétérosexuel en 1980, la création d’une zone de sécurité autour de l’Empire en 1983. Et c’est en 1995 que l’Empire des femmes, avec à sa tête la Bergère Judith, qui prétend posséder l’arme atomique, se retire des organisations internationales et devient un État aussi fermé que l’Albanie ou la Corée du Nord.

Fantaisiste ? Allons donc ! Le lecteur qui se souvient comment, dans les années 1960-1970, un certain féminisme radical fut le catalyseur artificiel, mais le catalyseur tout de même de tous les autres mouvements d’émancipation, qui découvre l’habileté et la force réaliste avec laquelle Quiriny met en scène ce cauchemar, se dit très vite : « Et pourquoi pas, finalement ? » Rappelons que, dans ces années-là, il y eut des lecteurs pour prendre au sérieux le SCUM Manifesto[3. Society for cutting up men. Littéralement : « Société pour châtrer les mecs ».] de Valerie Solanas qui proposait, ni plus ni moins, la castration des mâles et qui prouva qu’elle pouvait passer à l’acte puisqu’elle tira plusieurs coups de feu sur Andy Warhol.

Mais ce n’est pas là l’aspect le plus important du roman de Quiriny. Bien sûr, choisir le féminisme comme totalitarisme n’est pas innocent et le livre flirte de façon tout à fait voulue avec une certaine misogynie, de bon aloi finalement, ou plutôt avec l’idée qu’une femme au pouvoir n’aura aucune qualité particulière à faire valoir du fait de son sexe.

Non, tout le talent de Quiriny est de construire une véritable synthèse des traits les plus saillants des différents totalitarismes du siècle précédent. On croit être dans une version ovarienne du stalinisme quand, soudain, on se retrouve dans les lebensborn d’un nazisme misandre où l’on tente de perfectionner la race en prélevant la semence d’hommes esclaves qui peuvent ensuite faire leur Offrande à la Bergère en acceptant volontairement la castration.

Un totalitarisme religieux à la Mao

Sans compter le totalitarisme religieux, puisque la Bergère Judith, qui a succédé à sa mère Ingrid, sont l’objet non seulement d’un culte de la personnalité délirant qui rappelle celui de Mao au moment de la Révolution culturelle, mais deviennent aussi l’objet d’une vénération mystique. On est persuadé qu’elles accomplissent des miracles et elles s’appuient sur une hiérarchie militaire qui se double d’une hiérarchie religieuse, une « officière » des « brigadières » étant aussi, souvent, une cardinale ou une chancelière de la nouvelle religion.

Quiriny est dans la satire, bien entendu, dans le conte philosophique, mais il a aussi su rendre l’ensemble diablement réaliste en menant deux récits entrelacés. D’abord, à la première personne, celui d’une citoyenne toute simple de l’Empire des femmes, Astrid, qui tient son journal comme le Winston de 1984. Elle vit dans une extrême misère, comme toutes les citoyennes de l’Empire, avec ses deux filles, mais tout de même aidée par un esclave mâle. Elle a aussi eu un petit garçon qu’elle fait élever en cachette à la campagne et qui va mourir assez vite de malnutrition. Choisie pour participer aux cérémonies de l’anniversaire de la Bergère, elle est remarquée par celle-ci, devient une favorite et se retrouve au cœur du pouvoir partagé par Judith et les Quatre Grandes. Elle découvre cet « anarchisme du pouvoir » dont parlait Pasolini à propos de son film Salo ou les 120 Journées de Sodome, quand il montrait la parenté entre le roman de Sade et les derniers temps de Mussolini : un pouvoir absolu rend fou, sadique, arbitraire jusque dans le moindre détail d’une vie ponctuée d’orgies et de disgrâces inexplicables.

Autoroute qui ne mène nulle part

Parallèlement, Quiriny raconte le premier voyage autorisé dans le pays depuis des années : celui d’artistes et d’intellectuels français, proches ou membres du PFF (Parti féministe français), émanation du parti-frère au pouvoir dans l’Empire. La galerie de portraits germanopratins, qui va des convaincus absolus aux sceptiques qui n’osent pas le dire, est tout aussi savoureuse qu’est inquiétant leur périple très surveillé sur une autoroute qui ne mène nulle part et dont le seul intérêt est d’être vue de l’espace car son tracé représente le profil de la Bergère. Nous reviennent alors des images de la Roumanie de la fin de Ceausescu, quand nos voyageurs (mais comment ne pas penser aussi à Sollers en Chine, à travers le personnage de Bordeaux ?) se promènent sur une Grand-Place de Bruxelles complètement bétonnée.

Plus généralement, Quiriny nous rappelle que l’intelligence et la culture n’ont jamais protégé de la bêtise, de la veulerie, du fanatisme et de l’ignominie : les parallèles avec le voyage de Nuremberg des écrivains collabos comme avec ceux qui eurent lieu en URSS du temps de Staline ou en Chine du temps de Mao sont très clairs. Le ridicule y dispute à l’aveuglement quand on voit des poètes s’extasier sur des statistiques sans intérêt, visiter des camps où des hommes sont humiliés quotidiennement ou accepter de se prosterner devant les statues géantes d’Ingrid et de Judith.

Les Assoiffées de Quiriny, insistons bien là-dessus, rendent terriblement crédible cette contre-utopie aberrante d’un empire de femmes eugénistes où l’on entrerait après avoir franchi un check-point à Lille. Et c’est tout le talent de Quiriny de transposer chez le lecteur une sidération qui est, de fait, celle de tous ceux qui vivent le totalitarisme : on a beau ne pas y croire, c’est pourtant bel et bien là, et ce qui est de l’ordre de la folie s’impose impitoyablement comme la réalité quotidienne.

Les Assoiffées

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Vidéo sous surveillance

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PPDA, tricheur ou victime ?

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Patrick Poivre d’Arvor est actuellement la cible des quolibets de quelques-uns de ses confrères après les révélations, par L’Express, de quelques emprunts massifs et grossièrement maquillés à un auteur américain, Peter Griffin, pour écrire sa biographie d’Ernest Hemingway. Celle-ci, déjà tirée à 20.000 exemplaires, est publiée par les éditions Arthaud, une filiale de Flammarion, et était prévue pour arriver en librairie le 19 janvier.

Comme il est d’usage dans ce genre de circonstances, les « épreuves » de cet ouvrage ont été adressées courant décembre à quelques journalistes triés sur le volet, susceptibles de rédiger des recensions au moment de la mise en vente du livre.

C’est ce qui a permis à Jérôme Dupuis, de L’Express, de lever le lièvre d’un plagiat dont la réalité ne peut être raisonnablement niée, à la lecture en simultané de quelques paragraphes figurant dans les deux biographies. L’argument de l’éditeur, selon lequel les journalistes auraient reçu une « version de travail » du livre de PPDA malencontreusement confondue par ces crétins d’imprimeurs avec la « bonne » version est une lamentable tentative de sauver les meubles, qui ne trompe évidemment personne ! Il eût été plus convaincant de présenter aux critiques du présumé plagiaire un exemplaire du livre déjà imprimé, mais on aurait sans doute pu y rencontrer les mêmes phrases volées que dans les épreuves…

Visiblement, PPDA a été victime, comme d’autres avant lui (Alain Minc, Thierry Ardisson) d’un nègre indélicat qui s’est contenté de bidouiller grossièrement un livre antérieur sur le même sujet, en se servant du dictionnaire des synonymes pour masquer son forfait.

Ne faisons pas, pourtant, retomber tout l’opprobre de ce comportement inélégant sur l’ancien présentateur du JT de TF1.

Personnellement, j’aurais plutôt pour lui la compassion que l’on peut éprouver pour un drogué : la came de PPDA, c’est la notoriété, le paraître, l’exposition médiatique permanente. Celle-ci lui a été garantie pendant trois décennies sur les grandes chaînes françaises, mais aujourd’hui, il faut qu’il rame pour maintenir son image au premier plan du PAF.

Publish or perish ! Cette règle ne s’applique pas seulement aux universitaires d’outre Atlantique, mais à ceux qui doivent être en « promo » permanente sur les médias pour qu’on ne les oublie pas. C’est un boulot de galérien, comme on peut le constater en voyant tout ce que PPDA a produit au cours de l’année 2010 : une émission hebdomadaire de télé, une chronique quotidienne dans France Soir, six préfaces pour des auteurs amis, et une mise en scène d’opéra avec son frère Olivier.

Donc, comme on n’a pas quatre mains et trois cerveaux, il est nécessaire de se faire aider. Et c’est là qu’intervient l’éditeur, ce marchand de bouquins à l’œil rivé sur le compteur des ventes, qui ont tendance à se réduire à un rythme comparable à celui des journaux et magazines en papier. Non, j’exagère, tous ne sont pas des épiciers sans scrupules, mais il faut bien qu’ils fassent tourner la boutique pour que leur passion pour des textes de qualités écrits par des gens peu connus puisse trouver leur chemin vers le public. Quand on n’a pas la chance, comme Gallimard, de posséder un fond de littérature française et étrangère classique vous assurant de confortables revenus, il faut bien se débrouiller. Le recours à des pipoles pour signer un livre est l’une des manières de se procurer des picaillons, mais ce n’est pas la seule. Combien d’éditeurs dits « sérieux » ont accepté de publier l’autobiographie d’un patron, grand ou petit, en échange de l’achat par ce dernier de la quasi-totalité du tirage ? J’en connais plusieurs, mais chuuut ! Cela vaut aussi pour les hommes politiques qui s’assurent une présence éditoriale immédiatement avant l’ouverture officielle des périodes électorales, ce qui leur permet ne pas faire entrer cette propagande dans les comptes de campagne…

Le trait commun à toutes ces publications, c’est le recours aux « nègres », souvent des écrivains de talent, mais d’accès trop difficile pour que cela leur permette de vivre de leur plume sous leur signature. Dans ce domaine l’omerta est encore plus stricte que dans la Camorra : un nègre qui se dévoile est un nègre mort, professionnellement, du moins.

Donc, dans cette affaire Hemingway tout le monde est coupable et personne n’est en faute, sinon le responsable de chez Arthaud qui a malencontreusement choisi un escroc pour tenir la plume de PPDA.

Faut-il « assainir » le milieu de l’édition en rendant transparent le mode de production des best-sellers ? Pas si sûr, car le lecteur de ce genre d’ouvrages, comme le spectateur du Tour de France n’est pas dupe quant aux méthodes employées par ses idoles pour parvenir aux sommets des cols ou de la notoriété littéraire. Mais il s’en fout.

Tonton flingué

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Bien sûr il y aura du monde, ce samedi, autour de la pierre tombale de François Mitterrand à Jarnac, 15 ans jour pour jour après sa mort. On y verra sa famille (ou disons ses familles) au grand complet, à l’exception du ministre de la Culture qui dit vouloir éviter que qui que ce soit puisse exploiter politiquement sa présence.

On y verra aussi une délégation massive de la direction du PS : pas moins de 11 membres du Secrétariat national entoureront Martine Aubry. Quant à Ségolène Royal, elle sera naturellement là, puisque la dernière demeure de François Mitterrand se trouve dans sa région de Poitou-Charentes. Du côté des compagnons de toujours, Roland Dumas, devrait être là, lui aussi, mais il est peu probable que son ami retrouvé Jacques Vergès l’accompagne…

Cela dit, il y aura aussi des absences remarquées. Ainsi, d’après Libération Lionel Jospin, Robert Badinter, Laurent Fabius, François Hollande, Pierre Joxe, Jean-Louis Bianco et Michel Rocard se sont tous fait excuser. Et si on peut comprendre à la rigueur que Michel Rocard, à qui le cher défunt n’a jamais su cacher sa détestation, ne soit pas du voyage, tous les autres éléphants ou ex-éléphants du PS cités par Libé lui doivent l’essentiel de leur carrière. Ils ont du l’oublier… Mitterrand ? Connais pas !

Une ingratitude, qu’à en croire Roger Hanin, François Mitterrand avait bien pressentie. Sur ses vieux jours il lui disait souvent : « Je n’ai pas peur de mourir, j’ai peur de ne plus exister…»

Le dormeur du parking

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Tu t’appelles Pierre Hibon de Frohen, d’un nom qui sent l’ancienne France, celle de la Normandie et de l’Île Bourbon, qui fait rire le populo et que tu n’as pas choisi. Tu n’es qu’un étudiant en histoire, né par ici et habitant de hasard d’une résidence des abords de Montpellier. Tu n’as pas 25 ans, tu écris des conneries sur ton Facebook et sans doute tu rêves comme tes contemporains d’aller voir là-bas, au-delà des mers, si peut-être la vie y est.

Quand ton père t’appelle, tu le suis : là, en bas, sur le parking de la résidence, sur ce bitume de nulle part, un gars qui pète les vitres des voitures pour chouraver des autoradios, des larfeuilles ou des sacs à main. Evidemment, le gars a une capuche, mais tu t’en fous. Ce n’est pas ta voiture, mais tu t’en fous, ce n’est pas la voiture de ton père, mais tu t’en fous. Quand ton père chancelle sous le coup de surin, tu courses le gars. Tu as sans doute froid dans le ventre et chaud dans le crâne à ce moment-là. Cinquante mètres, tu vas l’avoir, cet enfoiré. Il s’arrête, se retourne : est-ce que tu la vois, la lame ? Je ne sais pas.

Les parfums ne font pas frissonner ta narine ; tu dors dans le soleil, la main sur la poitrine.
Tranquille. Tu as un trou rouge au côté gauche.

Tu t’appelles Pierre Hibon de Frohen, tu es mort maintenant, le petit gars est en fuite, planqué comme un rat dans son appart’ de cité. Lui, il voulait juste quelques thunes, toi tu étais juste derrière ta fenêtre avec ton paternel. Tu n’avais rien à y gagner à jouer les justiciers, c’est même le chef des policiers qui l’a dit : « Aujourd’hui, il faut être prudent. »

Toi, tu ne le savais sans doute pas que tu étais un héros, tu ne l’as peut-être pas fait exprès. Mourir pour la caisse des autres, c’est trop con, qu’ils diront, c’est sûr. Rassure-toi, il n’y aura personne à ton enterrement, personne que ta famille et tes amis, et ton père qui aurait voulu être à ta place.

Tu t’appelais Pierre Hibon de Frohen, Zorro de Chantebrise, dans une semaine on l’aura oublié.

Tu t’appelais comme ça, je m’en souviens.

Toussaint rouge à Bagdad

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Autant le dire tout de suite : Bagdad n’est pas près de devenir un lieu de week-end, même pour amateurs de sensations fortes. Ni même sans doute un endroit où il fera bon venir relancer l’avenir d’une PME familiale armé d’un épais carnet de commandes. Pourtant, le week-end de la Toussaint, c’était l’objet de la croisière aérienne médiatique organisée par la compagnie Aigle Azur, qui rouvrait fièrement la ligne Paris-Bagdad, avec un vol inaugural plein de journalistes, d’hommes d’affaires et même d’une ministre, Anne-Marie Idrac.[access capability= »lire_inedits »]

Bon timing : la Toussaint, c’est mort sur le plan médiatique. Excellent plan com’ : il s’agit de montrer que la France veut exporter et reprendre pied après la guerre dans un pays en reconstruction, grâce à une compagnie aérienne qui n’a pas froid aux yeux. C’est l’occasion pour le jeune et sarkozyste ambassadeur de France en Irak, Boris Boillon, de montrer son sourire ultra-bright et d’affirmer son volontarisme sur toutes les chaînes d’info continue. Evidemment, personne ne peut prévoir que c’est cette même nuit de la concorde et du pont aérien retrouvés que 53 chrétiens vont se faire massacrer dans la cathédrale, pas si loin de l’ambassade de France…. Les terroristes et les factions irakiennes ne respectent donc rien.

D’un strict point de vue du retour sur investissement médiatique, l’affaire a été remarquablement menée. J’imagine qu’il faut du cran et de solides appuis politiques pour mettre à disposition d’une bonne vingtaine de journalistes et de petits patrons invités à la Foire commerciale de Bagdad un Airbus flambant neuf et les conditions de sécurité qui vont avec, histoire de promener tout le monde au bord du Tigre et dans la Zone verte. D’ailleurs disons-le tout de suite, bien que n’étant guère fascinée par les militaires ni même les paramilitaires, il y a quelque chose d’étrange, une fois sur zone : l’omniprésence d’armées privées, blanches, musclées, on espère efficaces, qui mettent entre le visiteur occidental ou oriental et l’Irakien de base une barrière qu’on espère infranchissable.

L’Irak, depuis ses deux guerres coalisées, est devenu la patrie mondiale de l’enlèvement crapuleux et des armées privées. Jusqu’ici, on avait une approche livresque de l’affaire. Au sol, et avec le recul, ça pose vaguement question, notamment sur la légitimité à faire la guerre quand on est coté au Nasdaq. Et aussi sur le fait que les soldats américains qui ont quitté les opérations de la Coalition peuvent toujours rempiler sous d’autres uniformes pour faire régner la sécurité dans des voitures blindées. La seule présence américaine officielle qu’on peut encore deviner localement se matérialisera par un vol d’hélicoptères Apache entrevu depuis le toit de la résidence de l’ambassade. L’Etat irakien, lui, n’est même pas à l’état de chimère…

Le journaliste persifle, sait mieux que tout le monde et affiche un air d’indépendance supérieure

Alors, évidemment, balader un troupeau de journalistes − le plus grand groupe depuis le déclenchement de la seconde guerre − dont certains n’ont jamais mis les pieds en zone sensible, est un véritable cauchemar, et pas que sur le plan logistique. Le journaliste persifle, sait mieux que tout le monde, veut toujours s’écarter des sentiers battus et affiche un air d’indépendance supérieure.

Pour éviter toute tentative de coup d’éclat désastreuse, on nous avait mis entre les mains d’un grand chauve, raide comme la justice, parlant doucement, ancien du GIGN ayant pantouflé pour une boîte française de sécurité qui espère gratter quelques milliers de dollars dans un marché qui s’annonce gigantesque. Frédéric Gallois a toujours l’œil sur sa montre et sur les derniers du groupe qui pourraient avoir des velléités de traîner là où on nous dit d’avancer, explique comment se comporter à un check-point et n’oublie pas, entre deux consignes sur la bonne marche à suivre en cas d’incident, de faire modestement l’article pour son entreprise.

Dans le hall de l’aéroport, on trouve le moyen de ricaner de ses précautions ; d’autant que, dans l’avion, personne n’a dormi. Certes, on a vaguement en tête les récits des copains qui ont fait profession de journaliste quand il y avait vraiment la guerre : les bagnoles qu’on faisait rouler très vite, les itinéraires qu’on changeait au dernier moment, les gens dont il fallait toujours se méfier, la route de l’aéroport qui servait de champ de tir.

Là, tout est théoriquement calme, parole de Gallois : « Il y a un an, il y avait 100 morts civils par jour en Irak ; aujourd’hui, moins de 10. »
Et puis on passe les portes vitrées de l’aérogare et on voit que quelque chose continue de déconner grave. Une file de voitures blindées, des types armés jusqu’aux dents, genre Sud-Africains de deux mètres douze, qui vous pressent, quelques Irakiens moustachus, arme dans une main, cigarette sans filtre dans l’autre ; une lumière jaune dru qui tombe et un grand silence. Pas un taxi, évidemment, pas une voiture, rien qui ressemble au bordel indescriptible autour de l’aéroport international d’un pays sous-développé. Rien que des hommes blancs avec des oreillettes et des M-16. Localement, la distinction d’homme doit se mesurer à la taille de l’arme que l’on porte.

Dans la voiture blindée, donc, on se tasse comme on peut avec un chauffeur qui sue à grosses gouttes et dont l’unique souci sera de ne pas perdre le reste du convoi, tout en ayant l’air suffisamment affable pour passer sans encombre les fameux check-points.
L’entrée dans Bagdad par cette grande autoroute qu’autrefois on avait baptisée « de la mort » est irréelle. Une fois sortis de la zone gérée par une milice privée, on arrive donc sur un territoire sous souveraineté irakienne libre. Souveraineté qui se manifeste essentiellement par des hommes perchés sur des blindés avec des batteries anti-aériennes pointées vers Dieu sait quoi, certains vêtus des uniformes flambant neufs, mouchetés de noir et de vert, de la nouvelle armée nationale, d’autres attifés avec de vieux uniformes légués par les Américains : manches trop longues, pantalons visiblement trop larges, casques équipés de caméras de vision nocturne de traviole sur le crâne alors que la température est déjà bien élevée. Il faut en voir certains, avec des gilets pare-balles sur lesquels on n’a pas eu le temps, j’imagine, de rajouter un écusson de l’armée nationale. Ils ont rayé comme ils pouvaient l’inscription « USA » qui barre la poitrine, avec du gros scotch ou un bout de tissu.

Tous les 250 mètres, un barrage, des grilles au sol, des chicanes ralentissent les voitures et le chauffeur, qui explique avoir été prof dans une autre vie, sue de plus en plus. Dans la voiture, il y a ceux qui se remémorent à haute voix leurs souvenirs du feu ici ou là, faisant comprendre qu’ils ne sont pas impressionnés et qu’ils méritent eux, leur titre de grand reporter. Un autre compare Bagdad à Téhéran avec l’air entendu. Une petite JRI se fait houspiller par son rédacteur parce qu’elle ne filme pas assez. Moi, je n’ai rien à dire. J’essaie de regarder par la fenêtre. Tout est ocre, plombé. Une fois dans la Zone verte, je reconnais des monuments vus dans les livres : le Mausolée du soldat martyr, les Mains de la victoire et leurs sabres géants fondus dans l’acier des casques des combattants de la guerre Iran-Irak, le grand pont sur le Tigre par lequel les troupes américaines sont entrées dans Bagdad.

De la rue, on ne voit pas grand-chose si ce n’est des embouteillages monstres, un chaos indescriptible que n’arrange pas un convoi officiel qui prend à l’envers les ronds-points pour passer plus vite. Après de nombreux scandales, les responsables des sociétés privées qui travaillent dans le pays affichent toutes des chartes d’éthique, signent les propositions internationales pour encadrer leurs pratiques, essaient d’embaucher des nationaux pour diminuer leur « impact » sur la société. Et diminuer l’agacement des Irakiens de la rue qui, eux, sont coincés sur la route au risque de sauter dans un attentat et qui ne savent plus s’il faut envoyer leurs gosses à l’école de peur des enlèvements. La vérité, c’est qu’en dépit des proclamations, tout le monde renâcle à faire travailler des locaux : peur de la trahison, des enlèvements, de la transmission des itinéraires à des groupes armés. Si elles le pouvaient, ces entreprises feraient venir de l’étranger jusqu’aux femmes de ménage qui s’occupent de leurs camps retranchés.
Les cuisiniers, c’est déjà le cas : dans le camp de la société anglaise où seront logés certains des patrons français venus là pour faire croire qu’ils vont vendre des machines-outils ou des câbles électriques, les chefs sont népalais et offrent un petit dej’ parfaitement anglo-compatible, œufs brouillés compris. Seule bizarrerie : devant l’entrée du self, un magnifique panonceau bricolé invite à laisser son M-16 à l’extérieur…

Matt Damon, alias Boris Boillon, l’homme de la France et de Sarko en Irak

Les chefs d’entreprise rient fort, passent des coups de fils à base de « Devine d’où je t’appelle… » et se font prendre en photo avec les mercenaires qui ne quittent ni leurs gilets pare-balles, ni leurs lunettes de soleil miroir. C’est comme dans un film de guerre avec Matt Damon.

D’ailleurs, Matt Damon, le voilà. Enfin, celui qui a hérité de ce gracieux surnom au Quai : Boris Boillon, l’ambassadeur de France, qui tient à faire de cette journée la journée de la France en Irak. Celle du volontarisme politique de Nicolas Sarkozy, dont il a été le conseiller Afrique du Nord, Proche et Moyen-Orient à l’Elysée. Tout, dans ses phrases, comme dans sa mise, évoque son mentor : « En Irak et au Moyen-Orient, nous faisons ce que nous disons, nous disons ce que nous allons faire.» Il parle du marché mirifique de la reconstruction, de la confiance dans les entrepreneurs qui font le pari de revenir. Dans toutes ses phrases, il prend soin de citer le nom du président de la République, et mélange langage diplomatique et expressions un peu vertes. Autour de lui, les gendarmes du GIGN qui assurent sa protection ont l’air las, et leur mise tranche avec l’allure du jeune Boillon. Il a 41 ans et le fait savoir : il a déjà eu un portrait dans « Envoyé spécial », sur France 2, où on le voyait faire son jogging dans le micro-jardin de l’ambassade, a été invité au « Grand Journal » de Canal+ et est la coqueluche de certains journalistes qui trouvent qu’il est tellement super : « Il est parfaitement arabophone… »

Boillon a tout pour plaire, jusqu’à son costume Dior Homme cintré comme il faut, sa ceinture Vuitton avec logo apparent et sa Rolex énorme qui flotte un peu autour de son poignet gauche. En vérité, on se demande ce qu’il peut bien faire dans un pays qui n’existe plus, si ce n’est éviter que des journalistes et des hommes d’affaires se fassent prendre en otage.
La plupart des entrepreneurs qui sont du voyage semblent être venus poliment à l’invitation du ministère de l’Économie et de l’Agence pour la promotion du commerce extérieur. Certains connaissent bien l’Irak d’avant la seconde guerre du Golfe et travaillaient ici régulièrement. Aujourd’hui, ils font des affaires avec les Kurdes, qui ont un gouvernement à peu près stable. Retourner à Bagdad, ils en rêvent : « C’est malheureux à dire, mais qui dit guerre dit énorme marché de reconstruction », explique un jeune commercial d’une entreprise lyonnaise de câbles électriques. Il a l’habitude des pays en guerre, de la corruption, des conditions difficiles. Mais là, il n’est guère optimiste : « On vient prendre des marques à la Foire, regarder comment fonctionnent les concurrents, serrer des mains en espérant que ça paye le moment venu. » Tous les représentants des pays européens installés à la Foire de Bagdad tiennent ce discours : ils viennent poser des jalons pour les années à venir, des fois que la situation se stabilise. Tous constatent que les Anglais et les Américains trustent les marchés solvables et porteurs (la sécurité et le pétrole), que les Turcs se sont octroyé les marchés du BTP (les grands hôtels de Bagdad sont tous fermés pour rénovation) ; pour le reste, les Chinois ne vont pas tarder à trouver le moyen de s’imposer. Alors, les parts de marché seront symboliques mais, en la matière, ça compte aussi. Quelques barbouzes en goguette sont là, aussi, pour proposer leurs services.

Le jour où nous débarquons, le pavillon français est en construction : des ouvriers peignent les stands en bleu, d’autres se font houspiller parce qu’ils n’installent pas assez vite les branches de palmier qui vont décorer l’entrée du hall ; seul Lafarge a déjà des gens sur place prêts à vendre des tonnes de ciment. Ailleurs, c’est la même précipitation pour déballer des modèles d’exposition de machines à laver ou de tracteurs.

Comme partout ailleurs, il aura fallu se soumettre à une fouille réglementaire pour entrer, par une femme qui, manifestement, n’a pas bien appris son manuel de palpation. Au retour à l’aéroport, on sera fouillé quatre fois, les sacs à main seront abandonnés sur le sol à deux chiens renifleurs d’explosifs et, avant le passage devant de sourcilleux douaniers irakiens, ce seront toujours des Anglais qui vérifieront que l’on peut embarquer dans le vol de nuit du retour.

La seule vision de la réalité qu’on aura entr’aperçue a été grattée sur le chemin entre l’Institut culturel français et la voiture blindée : de l’autre côté de la route, juste au bord du Tigre, un petit parc avec des jeux pour enfants. On reconnaît des femmes à leurs voiles : elles font de la balançoire alors que la lumière tombe. Un peu plus loin, des gosses jouent au foot dans une impasse proche de l’ambassade de France au milieu des poubelles qui débordent sur la chaussée. Théoriquement, les vols réguliers d’Aigle Azur, au départ de Paris, doivent démarrer en janvier. Il paraît que les réservations sont pleines. [/access]

Et si la première dame du Brésil n’était Dilma ?

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Le Brésiliens ne font rien comme tout le monde : ils ont du soleil toute l’année, une économie en pleine expansion, et une gauche qui gagne trois présidentielles de suite tout en restant de gauche.

On a déjà tout dit ou presque sur la nouvelle présidente, qui au lieu de faire banalement l’équivalent de l’ENA à Brasilia fit guérillera dans sa première jeunesse, au temps de la dictature militaire, ce qui lui valut en 1970 trois semaines de torture puis trois ans de prison, ce qui n’est pas un CV des plus communs chez les chefs d’Etat

On connaît en revanche beaucoup moins son colistier Michel Temer, et c’est dommage, lui aussi sort de l’ordinaire. Sa principale originalité n’est pas d’être originaire du Liban – il existe au Brésil depuis longtemps une forte communauté levantine. (Amis parisiens ou de passage, j’en profite pour vous signaler un fabuleux estaminet libano-brésilien, l’Aréa, tout près de la Bastille).

Non, ce qu’il y a de plus original chez cet homme, c’est sa femme, qui hypnotise toute l’opinion brésilienne depuis l’investiture de son mari. Michel Temer, 70 ans tout rond, a pour épouse Marcela, un méchant canon de 27 ans qu’on dirait sortie tout droit d’une couv’ de magazine people ou d’une telenovela un rien olé olé. D’ailleurs quoique titulaire d’un diplôme en droit, elle a été mannequin avant son mariage. Il était donc fatal que la presse locale lui trouve un surnom renvoyant à une autre top model reconvertie en femme de, et la pauvre Marcela se voit obligée de répéter en boucle à ses intervieweurs : » Non, je ne suis pas la Carla Bruni brésilienne !  »

Vivre en paix : un crime ?

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« Plus personne n’aime plus personne. » C’est en ces termes que commence l’article de Jérôme Leroy consacré à ces résidences surveillées prisées par des gens qui n’ont rien contre un pays où tous les gars du monde pourraient se donner la main mais qui vivent dans un autre.

D’abord, ce n’est pas tout à fait vrai. Il y a encore des lieux où les gens s‘aiment ou, à défaut, se respectent. Par exemple, je vis en bonne intelligence avec mes voisins, notamment avec l’un d’eux, peintre en bâtiment arrivé depuis peu de Corbeil, ville de l’Essonne désormais bien connue des services de police où, comme ses parents, il avait passé toute sa vie dans l’amour des siens et le respect des autres. Et puis un jour, quand son fils de 10 ans est sorti acheter le pain avec une pièce d’un euro pour revenir sans le pain, sans le sou mais avec le nez cassé, victime sans doute du creusement des inégalités sociales, il a pris sa famille sous le bras et l’a installée dans mon village. Ce n’est pas en prenant la fuite qu’on entretient la cohésion nationale, mais qui lui reprochera de refuser de jeter sa femme, ses enfants ou ses parents âgés dans la bataille pour le vivre ensemble ? Les partisans de la loi SRU sans doute.

D’autres plus fortunés font un autre choix que l’exil, ils s’enferment dans des résidences surveillées comme à Etiolles pour vivre entre eux. Mais si mon camarade Jérôme avait retiré ses lunettes marxistes pour appréhender cette réalité-là, il aurait vu de ses propres yeux que ces cadres supérieurs ne fuient pas leurs prochains qui sont employés, ouvriers ou chômeurs, mais dressent des murs entre eux et des quartiers que l’immigration a transformés en jungle.

Evidemment, on les appelle aujourd’hui des « quartiers populaires », alors tout le monde peut se tromper. Pour éviter de parler d’immigrés là où il y a des délinquants, on a volé ce terme qui désignait les gens modestes et honnêtes pour le donner à la racaille. On insulte le peuple, mais c’est toujours moins grave que d’avoir l’air raciste.
Ce ne sont pas des pauvres que les gens fuient, mais une jeunesse déracinée qui baigne dans un cocktail fait d’islam et de hip hop appelé culture banlieue. Avec de pareilles fées au dessus de son berceau, on peine à trouver sa place dans la civilisation française. Quand on idolâtre un conquérant violeur et assassin, quand on prend pour modèle des stars qui ont l’air de vivre au bord de piscines avec soixante-douze putes, la réalité du jeune racaille de base est dure. L’accès aux vraies filles consentantes est barré. Les sœurs sont sous cloches ou sous clefs et les autres ne se laissent pas draguer par Néandertal. Alors, quand on a vu et revu tous ses pornos, on viole.

Sans travail, (mais quel patron chercherait les embrouilles ?), l’accès à la consommation des marques, du luxe et du high tech est compromis. Alors on vole les plus vulnérables et on tue ceux qui ne se laissent pas faire. Les cas de vieilles dames assassinées au couteau ou bousculées à mort ne sont pas rares. Les barrières morales qui subsistent au fond des crapules bien de chez nous n’arrêtent pas la racaille. L’agression d’une femme blanche pour lui voler son sac ne va pas jusqu’au meurtre pour celui qui pourrait y voir sa mère ou sa grand-mère. Pour certains jeunes noirs ou arabes, aucune identification n’est possible, dans leur monde, les femmes vivent derrière un fourneau et sous un torchon. Si la cupidité pousse au crime, le racisme le permet.

Etiolles (objet de l’article du Monde qui a inspiré le sien à mon ami Jérôme) est une jolie petite ville de l’Essonne qui a la malchance de se situer entre Corbeil et Evry, qui elles-mêmes ont la malchance d’accueillir la misère du monde dans des proportions telles que les bandes ethniques s’y affrontent à l’arme de guerre quand elles ne s’attaquent pas à d’autres Français, qui eux sont innocents. Depuis quelques années, Il y a plus de noirs que de blancs à Evry mais le maire, Manuel Valls, le Monsieur sécurité du PS, ne peut pas le dire, même en caméra cachée et dans ces quartiers, plus de jeunes semblent attirés par la carrière de Youssouf Fofana que par celle de Gaston Monnerville. À Corbeil, où l’UMP est aux commandes, Serge Dassault, en homme de droite corrompu et corrupteur qui croit que tout s’achète, tente d’obtenir la paix en distribuant aux caïds des valises de billets avec le succès que l’on constate.

Du coup, aux alentours, les gens qui ont les moyens se réfugient dans des forteresses, les autres renoncent aux HLM, s’endettent pour devenir propriétaires et se barrent pour retrouver un monde commun à des heures de leur lieu de travail.

Où est la justice quand les gens civilisés vivent derrière des barreaux alors que les sauvages se pavanent à l’air libre, quand les travailleurs désarmés s’exilent pour échapper à des prédateurs qui ont pignon sur rue ? Ailleurs puisque selon notre camarade et Tariq Ramadan, l’injustice est sociale. À ceci près que dans la région, on n’appelle pas la résidence d’Etiolles « le clan des rupins » mais « le village gaulois ».

Mais tout cela a déjà été dit cent fois et je me lasse parfois de répéter en boucle ces évidences, de mettre noir sur blanc ce qui saute aux yeux. J’en oublie même à force les précautions d’usage pour rappeler que tous les immigrés ne sont pas des criminels, d’ailleurs, mon voisin du début est portugais. J’en ai marre de ces débats, de ce bla bla quand depuis des décennies, la situation s’aggrave et que rien ne change ou si peu. À Evry ou à Corbeil, l’UMPS n’arrive pas à réduire une insécurité qui se banalise. Alors quand on vit là, on ne peut rien faire d’autre que sa valise ?

La mafia est un fléau qui empoisonne l’Italie depuis des siècles. Les démocraties luttent, mais en état de droit, la guerre contre cette criminalité n’est qu’un long fleuve sanglant qui ne mène à aucune victoire décisive. Seuls les fascistes de Mussolini qui n’étaient pas entravés dans leurs basses œuvres par le respect des libertés publiques et les droits de la défense des accusés ont réussi à mater à coup d’exécutions sommaires les syndicalistes du crime. L’ennui, c’est qu’ils ont aussi éliminé tous les autres dont Errico Malatesta, anarchiste cher à mon cœur. La solution n’est pas d’appeler des fascistes, car même en démocratie, les territoires perdus peuvent être reconquis. Et si le droit ne le permet pas, il faut changer. Le maire de New York, Rudolph Giuliani, l’a prouvé, alors que le monde ne donnait pas cher de Harlem. Au Brésil, l’Etat de droit reprend pied dans les favelas, porté par des sections d’assaut. Quand le pouvoir met le paquet pour défendre le peuple, la pègre court ou crève.

Entre des démocraties paralysées par des contre-pouvoirs , la réticence de certains d’entre nous à assumer la répression qui s’impose et un renoncement à l’état de droit au profit d’une justice expéditive qui s’abat sur les criminels comme sur les opposants, il doit exister une troisième voie.

Cette voie d’une République démocratique et forte, je la cherche, je réfléchis, je me prends la tête et je me gratte le front. Dans mon crâne, ça bouillonne parfois, mais plus souvent, ça marine. Dès que j’ai trouvé, je vous fais signe.

Les 39 heures, une ânerie !

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photo : PS
photo : PS

Manuel Valls se retrouve aujourd’hui dans une situation paradoxale : il enfonce le clou sur l’abrogation des 35 heures en réclamant un retour aux 39 heures et se voit opposer un démenti par le patronat qui juge que ce n’est ni opportun, ni nécessaire.

Cette prise de position est pour Valls une manière d’ancrer son positionnement à la droite du parti socialiste : en proposant une mesure que même Sarkozy et Fillon ne veulent pas adopter et que le patronat rejette, il va sans doute plus loin dans la droitisation qu’il ne l’aurait souhaité et se met réellement en marge. Mais là n’est pas le plus important.

Cela illustre surtout le décalage complet entre le discours des politiques et la réalité économique. Manuel Valls est incapable de comprendre que la loi sur les 35 heures, là où elle a été appliquée, a donné lieu à des négociations très fines et à de savants équilibres entre temps travail, gains de productivité et pouvoir d’achat.

Dans bien des grandes entreprises, le différentiel entre les 35 heures travaillées et les 39 heures payées a donné lieu à une hausse importante de la productivité (ce qui a placé la France en première position mondiale pour la productivité horaire, loin devant le RU ou les USA) ; dans d’autres entreprises, des négociations ont abouti à l’échange des RTT contre des bonus ; dans d’autres encore, la modération salariale s’est faite aux dépens du pouvoir d’achat… mais dans tout les cas, employeurs et salariés ont trouvé un nouvel équilibre. Au niveau paritaire, patronat et les syndicats sont parvenus à des accords de branche qui après 10 ans de pratique s’avèrent satisfaisants pour tout le monde.

Revenir aujourd’hui sur les 35 heures reviendrait à torpiller ces accords, à rompre les équilibres, à remettre en danger le pouvoir d’achat des salariés. Personne n’en veut, à commencer par le patronat.

Le discours de Manuel Valls ne peut dès lors apparaître comme un gage de « réalisme économique » mais se réduit à une prise de position idéologique clairement libérale. Au final, Valls tire contre son camp en faisant ressurgir de vieux débats qui n’ont plus cours au lieu de trouver les idées qui vont construire la France de demain. Un lancement de campagne qui s’avère être un ratage complet.