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Souriez vous êtes informés

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Le magazine quotidien des médias « Souriez vous êtes informés », diffusé de 9h45 à 10h sur France Inter, existe aussi en version hebdomadaire, enregistrée tous les mercredis et consacré à la Toile. La semaine dernière Guillaume Erner et Elisabeth Lévy y ont parlé avec Mickael Darmon dans sa vie en Sarkozie.
A bon auditeur, salut !


Souriez vous êtes informés Mickael Darmon
envoyé par franceinter. – Regardez les dernières vidéos d'actu.

Le souk des fuites diplomatiques

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Ce qui devait arriver arrive : après la grande braderie Wikileaks cautionnée par des organes de presse européens dits de qualité, la chaine qatarie Al Jazeera et le quotidien britannique The Guardian mettent sur la place publique plusieurs centaines de documents relatifs aux dix dernières années de discussions entre Israël et l’Autorité palestinienne. Cela apparaît comme une suite de Wikileaks, mais ce n’est pas le cas.

À la différence des documents récupérés dans les arcanes de l’Administration américaine par l’organisation de Julian Assange, ces documents proviennent de diverses sources, principalement de membres ou d’anciens membres de la Negociation support unit (NSU) de l’Autorité palestinienne. Cet organisme, composé d’experts juridiques, économiques, cartographiques internationaux a été mis en place en 1998 par le gouvernement de Tony Blair, à la demande de l’Autorité Palestinienne pour servir de support technique aux négociateurs palestiniens qui ne disposaient pas de la puissante logistique diplomatique des Israéliens pour défendre leurs positions. Le financement de la NSU, d’abord uniquement assuré par le Royaume Uni, a été complété par la suite par des fonds venus de Norvège, de Suède et des Pays-Bas. Cette unité, intégrée au ministère palestinien des Négociations, dirigé par Saëb Erekat, a accueilli nombre d’experts d’origine arabe ou palestinienne vivant aux Etats-Unis ou en Europe, comme l’avocat franco-palestinien Ziyad Clot, qui a rapporté, dans un livre[1. Ziyad Clot « Il n’y aura pas d’Etat palestinien » éditions Max Milo] son expérience de son activité au sein de la NSU.

Avant d’en venir au contenu de ces fuites, il faut noter que les documents en question ont tout d’abord été uniquement transmis à la chaîne qatarie Al Jazeera, dont le penchant pour les islamistes radicaux du Hamas et du Hezbollah libanais est clairement affiché. Cette inclination est apparue dans sa couverture des derniers événements de Tunisie, où cette chaîne s’est efforcée de mettre en valeur les islamistes tunisiens, alors que ces derniers n’étaient pas, loin de là, les principaux acteurs de la révolution dite du jasmin.

Pour donner de l’écho à la publication de ces documents, Al Jazeera s’est associé au Guardian, quotidien le plus viscéralement anti-israélien paraissant hors du monde arabo-musulman.
D’après ces « Palestine papers », comme on les appelle désormais, les négociateurs palestiniens, entre l’échec des négociations de Camp David et de Taba en 2000 et l’arrivée au pouvoir de Netanyahou en 2008 auraient tenu un double langage. D’un côté le soutien à l’Intifada, l’intransigeance sur les frontières de 1967 et le droit au retour des réfugiés palestinien, et de l’autre un discours conciliant avec les Israéliens, notamment sur le maintien en Israël, dans le cadre de la solution « deux Etats pour deux peuples », de quartier juifs de Jérusalem construits après 1967 au delà de la « ligne verte », comme French Hill, Pisgat Zeev et Gilo. Cette proposition, faite à Ehoud Olmert et Tzipi Livni en 2008 a été repoussée par ces derniers car elle excluait trois autres implantations : Maale Adoumim, Har Homa et Ariel jugées non négociables par le gouvernement israélien de l’époque. Saeb Erekat et Mahmoud Abbas auraient également accepté, selon ces documents, de limiter à quelques milliers le nombre de réfugiés palestiniens admis à revenir en Israël dans le cadre d’une « action humanitaire », alors que la position officielle palestinienne soutient un droit généralisé au retour dans leurs foyers de tous les réfugiés de 1948 et de leurs descendants…

Dans le contexte actuel, ces révélations portent un tort considérable à l’Autorité palestinienne, faisant passer ses dirigeants pour des funambules du double langage, mentant à leur peuple, et bradant la cause sacrée de la Palestine pour leurs ambitions personnelles.
Elles mettent également en difficulté ces dirigeants israéliens qui proclament qu’il n’y a pas de partenaire palestinien pour la paix, mais les dégâts sont, pour eux de moindre ampleur : le, plan Olmert, fondé sur la cession à Israël des grands blocs de colonies contigües à la ligne verte en échange d’une surface équivalente de territoire israélien remis à l’Etat palestinien était bien connu. De plus, l’opinion publique israélienne ne nourrit aucune illusion sur la possibilité prochaine d’un accord avec les Palestiniens, et soutient, faute de mieux, l’attitude intransigeante de son gouvernement.

Le « réalisme » de Abbas et Erekat, vieux routiers de la négociation avec Israël, est pourtant le seul moyen qui pourrait permettre de sortir d’une impasse que les maladresses de Barack Obama au début de son mandat ont largement contribué à établir. En les « flinguant » aujourd’hui, on les livre pieds et poings liés à la surenchère du Hamas.

Et pourtant, à examiner de plus près ces papers, ce serait plutôt la subtilité des négociateurs palestiniens qu’il faudrait souligner : ils savent bien que Olmert et Livni sont dans l’incapacité politique de « lâcher » Ariel, Maale Adoumim et Har Homa, aussi ne courent-ils aucun risque réel en faisant, oralement, des concessions qui peuvent être utilisées par la suite à des fins propagandistes…

L’objectif de ceux qui ont organisé les fuites vers Al Jazeera et l’idiot utile Guardian est limpide : torpiller les négociations indirectes qui viennent de reprendre entre Israéliens et Palestiniens sous la houlette de Dennis Ross, qui a maintenant pris la main sur ce dossier dans l’Administration Obama. Ce dernier a sans doute passé plus de temps, ces dix dernières années, avec Erekat qu’avec son épouse…

On pourra toujours brandir le drapeau de la transparence du droit de tout un chacun de savoir ce qui se trame dans les arcanes de la diplomatie secrète. Il n’empêche que les conséquences de ces manipulations peuvent être catastrophiques, surtout dans un contexte où la situation libanaise est explosive et où l’Iran vient de faire un nouveau bras d’honneur à Catherine Ashton sur le dossier nucléaire. Al Jazeera, au moins, ne cache pas ses objectifs politiques : elle se fait l’interprète des éradicateurs d’Israël et le fourrier de l’islamisme politique radical. L’embrasement de la région n’est pas pour lui déplaire, bien au contraire. Quant au Guardian, gageons qu’il saura trouver le moyen de dégager sa responsabilité de l’incendie qu’il aura contribué à allumer. En toute bonne foi et toute objectivité.

Pretty burqa

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C’est peut-être la première fois de ma vie que j’éclate de rire devant une vidéo pakistanaise. Postée sur Youtube en décembre Burka Women, la parodie du tube de Roy Orbison Pretty Women, est en train d’exploser les scores de pages vues. L’auteur, Saad Haroon, un comédien et animateur télé pakistanais, y chante son amour pour une femme « ninja », dont il admire, les orteils vernis. Et qui, tous les soirs, « rentre à la maison et flirte avec les rideaux de la salle à manger », et en VO c’est encore plus drôle.
Depuis plusieurs années, Saad Haroon fait rire les salles pakistanaises en Ourdou et en Anglais avec différents spectacles. Il va bientôt présenter le premier show de satire politique sur une télé locale.

Evidemment, au Pakistan où le blasphème est puni par la loi et où on ne compte pas une semaine sans attentat suicide, Saad Haroon a été menacé par les fondamentalistes. Du temps de Salman Rusdie, les barbus condamnaient à mort l’auteur pour un livre qu’il n’avaient pas lu. Là, on espère au moins qu’ils auront vu la vidéo avant de lancer leur fatwa…

Bobby Fischer : de Reykjavik à Reykjavik

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Il y a deux ans mourait Bobby Fischer, le plus fameux joueur d’échecs de l’Histoire. Il aura beaucoup voyagé avant d’atteindre une relative sérénité les trois dernières années de sa vie, passées en Islande. Voilà qui fouette l’imagination : pourquoi diable venir mourir dans un endroit qui n’évoque rien de plus qu’un roman de Pierre Loti ?

L’affaire s’est nouée le 21 mars 2005, lorsque le citoyen américain Robert James Fischer, détenu au Japon pour cause de passeport invalidé, est devenu, par la grâce d’un vote quasi unanime du Parlement islandais, citoyen de ce pays. Le 14 juillet 2004, Fischer, alors qu’il s’apprêtait à quitter le Japon, est arrêté par la police à l’aéroport international de Narita. Il est alors menacé d’un retour express aux Etats-Unis, qui le réclament (sans que ce soit très clair : aucune demande formelle d’extradition n’a été déposée) sur le fondement d’un mandat d’arrêt vieux de près de douze ans (15 décembre 1992) concernant la violation de l’embargo visant la Yougoslavie.

Bobby Fischer avait en effet accepté en 1992, pour la première fois depuis sa disparition vingt ans plus tôt, de jouer à nouveau aux échecs, d’ailleurs contre le même adversaire qu’à l’époque du championnat du monde, Boris Vassilievich Spasski. Il se trouve que ce match a eu lieu à Sveti Stefan, petite station balnéaire du Monténégro, ce qui fit encourir à Fischer la peine modique (pour les standards américains) de dix ans de prison, du fait de la violation des sections 1701, 1702 et 1705 du titre 50 du code des Etats-Unis. Il faut reconnaître que l’Administration américaine avait prévenu Fischer par télégramme, avant le match, de son désir de le poursuivre le cas échéant. Fischer n’avait pas alors fait preuve de beaucoup de diplomatie dans la manière de signifier son rejet du contenu du message.

Le plus effrayant dans cette demande d’incarcération, c’est l’absence de visage du bourreau. Qui a pris la décision de poursuivre Fischer en 1992 ? Qui se cache derrière le « warrant for arrest issued on december 15, 1992 by the United States District Court, District of Columbia. » ? Qui a pris la décision d’invalider le passeport ? Le seul document émanant de l’administration américaine (un courrier du 11 décembre 2003 notifiant à Fischer la révocation de son passeport) laisse entrevoir la sueur besogneuse du juriste de seconde zone de l’ambassade des Etats-Unis à Manille : un modèle de style administratif neutre et glacial.

On a beau chercher un humain, on n’en trouvera pas. Bien entendu, le réflexe de tous ceux qui ont soutenu Fischer à ce moment a été d’écrire au Président des Etats-Unis. Inutile de dire que même le président de la Fédération internationale des échecs n’a bien entendu aucune certitude que son courrier a été ouvert, ne serait-ce que par un bureaucrate de cinquième zone. Le plus lucide fut Spasski, l’adversaire malheureux historique de Fischer, qui finit sa lettre à Bush par l’ironique : « Si vous ne pouvez pas laisser tranquille Fischer, je voudrais vous demander la chose suivante : corrigez je vous prie l’erreur de François Mitterrand en 1992 (NdR Spasski était devenu français à cette époque). Bobby et moi-même avons commis le même crime. Arrêtez-moi. Placez-moi dans la même cellule que Bobby Fischer. Et donnez-nous un échiquier. » Suggestion que Fischer a du reste décliné en précisant qu’il préférerait la compagnie d’une jolie fille.

Il ne faut pas désespérer de l’espèce humaine puisqu’il s’est trouvé un peuple assez courageux pour offrir l’hospitalité à Fischer. Et, devant la mauvaise volonté des Japonais et les menaces des Etats-Unis, pour carrément lui offrir la nationalité. Il y a parfois – chose surprenante – des documents officiels qu’on a plaisir à lire et relire, et celui-là en fait partie: « article 1 : icelandic citizenship shall be granted to : Fischer, Robert James, b 9 March 1943 in the United States. Article 2 : This Act shall enter into force at once. »
L’Islande simplement s’est souvenue de l’année 1972, au cours de laquelle un génial Américain est venu mettre fin à la domination soviétique sur les échecs. Pendant quelques semaines, la presse internationale avait eu les yeux tournés vers… Reykjavik, où le championnat du monde s’était déroulé et, où, apparemment, Bobby Fischer n’avait laissé que de bons souvenirs.

La planète comme un échiquier

S’il y a une morale à retenir, c’est bien qu’il ne faut jamais servir les grandes démocraties (si on peut les appeler ainsi) : elles n’ont pas d’âme, pas d’Histoire, rien du tout. Ce sont des bureaucraties aveugles, mêmes pas méchantes exprès. Car le sort réservé à Bobby Fischer est effrayant, si l’on s’en tient aux faits : en 1972, Fischer a démoralisé les Soviétiques bien plus efficacement que tous les bureaucrates de la CIA. Même à l’époque, si Kissinger a un peu récupéré politiquement la victoire de Fischer, les Américains n’ont pas compris à quel point il leur fallait soutenir leur champion, pour qu’il continue.

Ils ont vu les échecs avec leur propre mentalité, sans comprendre que, pour les Soviétiques, cette défaite n’était nullement circonscrite au jeu : du reste, ils considéraient la planète comme un échiquier. Passe encore que l’Administration se désintéresse de Fischer, mais prononcer un mandat d’arrêt vingt ans après pour le crime d’avoir joué aux échecs, puis intriguer pour le faire arrêter au Japon, menacer l’Islande pour qu’elle retire son offre, s’acharner à faire crever en taule un type de 61 ans en mauvaise santé qui n’a jamais fait de mal à personne mais qui, par contre, a servi le prestige de son pays comme aucun abruti d’homme politique n’aurait été capable de le faire, voilà qui est la marque de nos grandes bureaucraties modernes, dont les Etats-Unis constituent le modèle inégalable, en attendant l’avènement final chez nous d’une Union européenne chaque jour plus monstrueuse.

Finalement, à l’époque de l’URSS, le monde libre était beaucoup plus facile à atteindre. On n’était pas obligé de mourir à Reykjavik.

A-t-on le droit de ne pas aimer Céline?

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Si cette affaire est affligeante, c’est en raison de la confusion entre le choix de cet auteur antisémite pour une célébration nationale, donc forcément un peu républicaine, et une prétendue censure dont on aimerait savoir comment elle s’exerce étant donné que Céline a une myriade de volumes dans la Pléiade. Par ailleurs, ses pamphlets antisémites, prétendument introuvables, sont facilement téléchargeables (et pas seulement consultables sur microfilms dans quelques bibliothèques).

Au risque de passer pour une femme de peu de goût, hormis le caractère aberrant de la névrose antisémite du docteur Destouches, je me demande s’il est permis de ne pas apprécier le style de saint Céline, phare et acmé du chic littéraire.
Cela dit et pour en revenir au scandale qui fait couler autant d’encre que ce totem empilait les points de suspension, justement, cette affaire tient en trois points :

Qu’allait faire Frédéric Mitterrand dans cette galère? Car s’il faut nommer un responsable, c’est bien son ministère.

Pourquoi cet acharnement national à révérer ce diariste logorrhéique tout en ayant – et à juste titre – non seulement condamné à mort mais voué aux enfers un Brasillach, et à l’oubli un Drieu? Quitte à « dissocier l’homme de l’œuvre », on a encore le droit de préférer le style de ce dernier.

Et depuis quand Serge Klarsfeld, parce qu’il est juif, devrait-il éviter d’exprimer un désaccord dont moi, qui ne le suis pas, partage entièrement les termes ?

Gagner moins pour travailler plus

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C’est la question à 1000 euros : pourquoi les Allemands réussissent-ils mieux que nous en matière d’emploi ? En effet, après une légère amélioration en octobre, le chômage est de nouveau reparti à la hausse en novembre. Fin 2010, on comptait près de 4 millions de chômeurs en France métropolitaine. Pour le ministre du Travail, Xavier Bertrand, « ce chiffre témoigne de la stabilisation du nombre de demandeurs d’emploi depuis six mois ». Peut-être. Une « stabilisation » bien fragile cependant, car les prévisions de croissance pour 2011 sont revues à la baisse : des 2,5 % annoncés par le gouvernement début 2010, on est passé à 2 % en août selon l’Elysée, niveau que les dernières estimations de Bercy rendent quasiment impossible à atteindre.[access capability= »lire_inedits »]

Or, au moment où ces mauvais chiffres français étaient publiés, ceux de nos voisins teutons mettaient en évidence une nette embellie. Avec 2,9 millions de chômeurs, le marché du travail allemand retrouve ses meilleures performances de 1991, année où les répercussions de l’unification ont commencé à se faire sentir.

Comment font-ils ? La réponse est simple : la stratégie salariale allemande est diamétralement opposée à celle de la France. Depuis 2000, les salariés allemands du privé ont subi une baisse de 4,5 % de leurs rémunérations brutes. Or, en dépit des apparences, au cours de la même période, leurs homologues français ont enregistré une augmentation de 8,6 % (chiffres du Bureau international du travail).

Toutefois, quand on examine de plus près les données allemandes, on se rend compte que les salariés qui bénéficient d’emplois stables ont vu leur revenu moyen croître de 6,7 % au cours des dix dernières années. Tandis que le salaire brut moyen diminuait d’environ 100 euros sur la décennie (il s’élevait à 2 154 euros en 2009), le salaire des CDI augmentait de 200 euros (de 2 752 euros en 2000 à 2 936 euros en 2009).

Autrement dit, le différentiel entre la France et l’Allemagne s’explique par le fait qu’outre-Rhin, les demandeurs d’emploi sont poussés vers le marché du travail, quitte à accepter des emplois très faiblement rémunérés. Ces « chômeurs qui travaillent » se retrouvent néanmoins sur les listes de bénéficiaires des prestations sociales qui, à l’inverse des chiffres du chômage, explosent : presque 7 millions d’allocataires, soit 9 % de la population ! Berlin a donc clairement choisi le maintien de ses citoyens au travail au prix de fortes subventions (l’employeur paye peu car l’Etat reverse à son employé un complément sous forme d’allocation), tandis qu’en France, la politique est au contraire de privilégier le maintien du niveau des salaires plutôt que le taux d’emploi. On peut aussi le formuler plus méchamment : ceux qui ont un boulot sont bien payés… aux dépens de ceux qui l’ont perdu ! Drôle de solidarité.

Ce refus de courir après le niveau de salaires dicté par les pays émergents peut sembler légitime. Sauf qu’en pratique, il a une conséquence fâcheuse : quitter le marché du travail constitue un risque énorme pour l’employé. Du point de vue psychologique, comme au regard des compétences gaspillées – éléments invisibles sur les tableaux Excel – le prix est considérable. Le chômage, notamment pour les plus âgés, est souvent synonyme de fin de la vie active.

Pendant ce temps, nous cherchons à nous rassurer. Malgré son coût du travail élevé, la France reste attractive. La preuve : elle figure depuis des années dans le « top 5 » des pays attirant le plus de capitaux étrangers. Cinq grands patrons dirigeant les activités hexagonales de grandes multinationales viennent ainsi de publier dans Les Echos une tribune « antidécliniste »[1. Thierry Drilhon, vice-président de Corp Worldwide Channels Cisco Systems, Clara Gaymard, présidente de GE France, François Gerin, directeur général adjoint de Siemens SAS, Christian Nibourel, président d’Accenture France et Benelux, Pascal Roché, directeur général de Barclays Bank PLC en France]. Selon eux, notre pays dispose d’atouts certains : « L’exceptionnelle productivité de notre main-d’œuvre, notre excellence scientifique et technologique, notre localisation au cœur d’un grand marché, la qualité de nos infrastructures. » C’est pourquoi, poursuivent-ils, « dans la compétition que se livrent les pays pour attirer les investissements étrangers […] bon an mal an, il émarge dans les trois premières destinations mondiales pour les investissements étrangers, ce qui est le meilleur signe de son attractivité. »

Les effets pervers d’une politique sociale généreuse

L’ennui, c’est que ce constat optimiste n’est que la moitié de la vérité. Si on regarde la liste de pays exportateurs de capitaux, on constate que, là aussi, la France détient la palme. En 2009, elle a ainsi attiré près de 60 milliards de dollars d’investissements étrangers (médaille de bronze), mais, dans le même temps, elle en a exporté un peu moins de 150 milliards ! En 2000, 43 milliards de dollars venus de poches étrangères étaient investis en France… contre plus de 177 milliards investis essentiellement par des entreprises françaises à l’étranger. Et depuis vingt ans, le solde de ces investissements est – sauf années exceptionnelles − largement déficitaire. Bref, si beaucoup d’étrangers (ou du moins leur argent) jugent les entreprises françaises économiquement intéressantes, encore plus de Français choisissent pourtant d’investir sous des cieux plus cléments financièrement.

Le bilan allemand est, quant à lui, moins déficitaire (62 milliards sortis contre à peu près 36 milliards accueillis en 2009) et, sur vingt ans, le solde est même positif : les Allemands, beaucoup plus que les Français, votent avec leur portefeuille et préfèrent « investir allemand », donc créer des emplois chez eux. Quant aux salariés les mieux payés, côté allemand, ils sont plus enclins à modérer leurs prétentions que leurs homologues français. Ainsi, la logique qui a guidé la loi sur les 35 heures (partager la masse salariale entre plus d’employés) semble-t-elle bien marcher en Allemagne.

La conclusion, cruelle, est que la politique sociale française, généreuse et théoriquement orientée par des considérations de justice sociale, crée dans la durée des effets pervers lourds de conséquences, à commencer par un chômage massif et une exclusion croissante du marché du travail. La France n’est pas aussi attractive qu’elle le prétend pour les investisseurs et fait fuir ses propres capitaux. En même temps, l’exemple allemand démontre que ce n’est nullement le dirigisme français qui est en cause – Berlin et les Länder sont autant sinon plus interventionnistes que Paris – mais l’absence d’une politique économique tournée prioritairement vers l’emploi. Bref, l’Etat est peut-être la solution, mais pas comme ça ![/access]

Causeur bloqué ce dimanche

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Le site à été bloqué hier toute la journée pour cause de défaillance technique. La malchance a voulu que cette panne advienne un dimanche, et il n’a pas été possible de procéder aux réparations nécessaires avant ce matin, première heure.
Nous en sommes désolés et vous prions d’accepter nos excuses.

Boycotteurs contre censeurs : la sale guerre

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« Juifs et liberté d’expression » : entre l’affaire « Hessel/Normale Sup » et le « scandale Céline », cela aurait pu être le sujet de la semaine. Et quelles que soient les arrière-pensées, approximations et mauvais sentiments de tous ceux qui dénoncent, ouvertement ou en langage plus fleuri, le pouvoir du « lobby » qui se serait manifesté en ces deux occasions, je déplore pour ma part que des organisations et personnalités juives se soient, à deux reprises, retrouvées du côté de la censure et de l’interdiction au lieu d’être dans le camp de la liberté et de la bataille des idées, non seulement parce que cette conjonction est contre-productive politiquement mais parce qu’elle me semble indéfendable en principe.

Commençons, non pas par les faits, mais par ce que des observateurs rapides (comme nous le sommes tous lorsque nous ne nous sentons pas particulièrement concernés par un sujet) en auront retenu. Mardi, un débat sur le boycott des produits israéliens auquel devait participer notre nouveau saint national, Stéphane Hessel, est interdit par la directrice de Normale Sup, Monique Canto-Sperber. Et si ni Alain Finkielkraut, ni Bernard-Henri Lévy, ni le CRIF ne sont à l’origine de cette décision, comme a pu le laisser penser dans un premier temps l’éditorial de son président Richard Prasquier, ce dernier s’en est clairement félicité. Traduction, pour pas mal de nos concitoyens : « dès qu’il s’agit d’Israël, on n’a rien le droit de dire. » Le soir même, plusieurs centaines de personnes étaient réunies devant le Panthéon pour entendre Leïla Shahid, Michel Warchawski, Israélien « proche du FPLP » pour reprendre l’amusante formule de William Goldnadel, et bien entendu, « le plus courageux, le plus libre et le plus jeune d’entre nous », vous aurez reconnu Stéphane Hessel qui a accepté avec une modestie touchante l’hommage qui lui était rendu par la dirigeante palestinienne. Edwy Plenel qui se trouvait dans la foule a été chaudement acclamé pour le soutien apporté par Mediapart à l’indigné de la République.

Alors bien sûr, le débat annoncé n’avait rien d’un débat puisque les orateurs étaient tous du même avis et, comme le dit Finkielkraut, tout d’un meeting. Il ne portait pas, contrairement à ce qui avait été annoncé, sur la situation à Gaza mais visait à défendre, à travers les militants de BDS (l’association qui appelle au boycott et aux sanctions d’Israël) poursuivis devant les tribunaux, le boycott lui-même. Enfin, il faut ajouter qu’il est assez difficile, pour un intellectuel sioniste, de s’exprimer à Normale Sup. En clair, ces combattants de la liberté ne se soucient pas excessivement de celle de leurs adversaires et quand ils défendent le droit, c’est avant tout celui du dénoncer Israël. Reste qu’à l’arrivée, les organisateurs de cette réjouissance ont pu se présenter comme les défenseurs de la liberté d’expression et du droit à la critique, en se coiffant en prime de bonnets phrygiens. Et il y avait dans cette manifestation beaucoup de braves gens convaincus qu’il y a au Moyen Orient des bons et des méchants. Certes, ils se trompent mais le seul résultat de cette piteuse affaire aura été de les convaincre que les méchants sont, de surcroît, des censeurs au bras long. Si un acte se juge aussi à ses conséquences, le moins qu’on puisse dire, c’est que madame Canto-Sperber (que j’ai tenté de joindre sans succès) n’a pas rendu service à Israël, ni aux juifs et sionistes français.

J’irai plus loin, au risque de déchaîner la fureur des commentateurs : je ne crois pas, en ce qui me concerne, que l’appel au boycott devrait être interdit, même si je le juge politiquement irresponsable et moralement condamnable. En démocratie, chacun a le droit de défendre ses idées, même celles qui nous semblent les plus choquantes. Autant il serait anti-démocratique d’empêcher les consommateurs d’acheter des produits israéliens, autant je ne vois pas au nom de quel principe on pourrait interdire à qui que ce soit d’essayer de convaincre ses concitoyens qu’en cessant d’acheter israélien ils amèneront la paix au Proche Orient. Est-il si difficile d’argumenter face à des propositions aussi stupides ? La raison ne peut-elle rien contre l’anti-israélisme primaire ? On me répondra que précisément, la diabolisation d’Israël relève de l’émotion et non pas de la raison, et chez beaucoup de militants qui préfèrent les vérités toutes faites à la complexité des choses, c’est vrai. Mais même en ce cas, demander aux tribunaux de sanctionner les partisans du boycott ne fera pas bouger les lignes d’un millimètre. En tout cas, pas dans le bon sens.

Il ne faut pas être grand clerc pour deviner que Richard Prasquier, qui n’a rien d’un extrémiste, est sous la pression de la « rue juive » qui lui reproche de ne rien faire, comme s’il pouvait changer l’image d’Israël en protestant auprès des autorités de la République. « Le CRIF est à la manœuvre derrière les actions contre le boycott », écrivait-il dans son éditorial cité précédemment. Quant à Valérie Pécresse, interrogée sur la question, elle a répété à plusieurs reprises : « on n’a pas le droit de boycotter Israël. C’est interdit ». Je crains que nombre de téléspectateurs aient entendu qu’il est interdit de critiquer Israël. Le pompon.

Et voilà que pour finir, un ministre de la Culture décide d’exclure Céline des célébrations nationales après le coup de gueule de Serge Klarsfeld. Je ne m’étendrai pas sur ce sujet fort bien traité par l’ami Leroy. À vrai dire, l’idée d’une célébration nationale de Céline était franchement tartignolle. Mais on suppose que Frédéric Mitterrand avait entendu parler de l’antisémitisme de Céline avant la protestation du chasseur de nazis. Et aussi respectable soit Serge Klarsfeld, cela ne lui confère pas la moindre légitimité pour choisir les personnalités que la France doit honorer.

Tout cela ne fera pas avancer d’un iota la cause d’Israël ou la lutte contre l’antisémitisme et nourrira la paranoïa de tous ceux qui pensent que les sionistes/juifs dirigent le monde. « Peut-être mais il y en a assez de se dégonfler », me dit un médecin juif impliqué dans la vie communautaire et religieuse. On peut comprendre ce réflexe nourri par l’exaspération. Reste que les Israéliens sont payés pour savoir que les guerres se gagnent et se perdent sur le front de la communication et des médias. Les juifs de France, y compris les plus militants, auraient tort de l’oublier.

It’s ever rock n’roll

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Autant prévenir de suite, quitter à vexer l’éditeur, Life, de Keith Richards, n’est pas le cadeau d’anniversaire idéal et passe-partout. Il est plutôt destiné aux grands malades. Que celui qui n’a pas écouté plus de cinquante fois en boucle l’intro de Can’t you hear me knockin’ sur le vinyle de Sticky Fingers passe son chemin : personne ne saurait lui en tenir rigueur.[access capability= »lire_inedits »]

Une deuxième mise en garde s’impose: la drogue n’est pas le vrai sujet du livre même si, rassurez-vous, on en parle beaucoup. Too bad pour les tabloïds : la seule vraie addiction de Keith, c’est le son. Tout le reste n’est que poudre aux yeux − ou dégât collatéral. Keith Richards est avant tout accro au riff, et donc à son champ de tir obligé, la scène, et donc aussi à l’asphalte qui relie Camden à Sheffield et Newcastle à Brighton. Les jets privés entre Singapour et Sydney n’arriveront que bien plus tard, quand l’essentiel de l’histoire aura déjà été écrite…

C’est très injuste, mais c’est comme ça : toutes les substances prohibées n’ont pas le même effet dilatoire selon le profil génétique du consommateur. La mémoire de Keith n’a rien d’hallucinée, elle est hallucinante. Il se souvient de tout. Comme dans Memory Hotel, les souvenirs défilent, et son sens épuré du détail évoque irrésistiblement le tempo millimétré de son buddy Charlie Watts aux caisses claires. La mémoire inouïe du musicien fait l’essentiel du job, avec l’ironie en sous-dominante: le pathos ira coucher ailleurs, tout est là, gravé en rafale sous son crâne, riveté depuis quelque temps par six broches en titane.

Keith, le graphiste intrépide de 17 ans, esquisse l’ambiance d’un seul trait : des ultrasons assourdissants des adolescentes des débuts aux groupies lascives des seventies, des managers rusés aux vrais potes de répet’ qui jalonnent la longue route vers la planétarisation du groupe et sa momification in vivo plus ou moins librement consentie. Et là encore, la route, la route, la route : près de 300 concerts par an. La vraie vie de Keith Richards, c’est cette lueur rouge du feu arrière du car de tournée qui, au montage, se transforme en bout incandescent de cigarette dans la nuit. L’asphalte comme riff originel et rite fondateur, c’était déjà dans New York, New York, de Martin Scorsese, qui les filmera sur scène trente ans plus tard dans Shine a light.

Comme avant lui Sinatra, Miles Davis ou Vivaldi, au gré du succès exponentiel, ses fantasmes deviennent sa vie et, nolens volens, tout devient trop public. Alors, l’esprit de Keith cherche refuge dans les coulisses. Celles des salles de concert, mais aussi dans les backstage de la « blanche ». Tout au long de ce récit quasi photographique, les détails crépitent comme des flashes, les enregistrements en studio ressemblent à de longs trips sans sommeil, mais il compose Satisfaction en dormant et reste encore étourdi de sa prodigieuse fatalité à pouvoir créer de la musique à partir du silence.

« Mick avait choisi jetsetland, et moi dopeland. »

La centrifugeuse des années 1970 n’altère pas son humour insulaire : Keith fait du ski, Keith est sauvé par une femme aveugle, Keith glisse sur un hamburger (à Hambourg !) Keith s’achète un Smith & Wesson et une Bentley. Le moteur et la poudre : oui, son corps est un bolide, un projectile céleste, du granit en combustion cuirassé par les « stupéfiants » (en français dans le texte).

Et Mick, dans tout ça ? Et bien, il est encore là, assurant le divertissement : 14 kilomètres en moyenne par concert, certifiés par huissier. Keith en fait seulement la moitié, mais en portant une Telecaster ou une Les Paul de 4 kilos. Survient la question à 10 shillings : qui est le jumeau de qui, et qui est le boss de qui? Pendant des années, la question s’est réglée d’elle-même à l’avantage du chanteur : « Mick avait choisi jetsetland, et moi dopeland. ». Les vrais problèmes relationnels entre les « glimmer twins » ne surgiront que quand Keith commencera à lever le pied sur l’héro.

Peu enclin au « c’était-mieux-avant », l’unique nostalgie persistante de notre héros est celle des petits clubs. Ceux ou Mick Jagger développa sa gestuelle si particulière dans un espace vital d’un mètre carré entouré de filles en rut. Les Stones, le son, le groupe, la bande, Keith y revient sans arrêt. De Marianne Faithfull au plus anonyme des roadies, Keith donne largement la parole est à une flopée d’amis, exactement comme on invite un saxo ou un clavier à faire son solo à la fin d’un concert. Le message est passé. On en est au deuxième rappel. Les amplis sont encore saturés.

Finalement, il arrêtera l’héroïne presque par paresse : tout devenait trop compliqué. « Les shooteuses passent mal les frontières. » Anyway, cet homme n’aurait jamais survécu aux normes aériennes d’après le 11-Septembre. C’est bien le même gus qui a mélangé quelques cendres de son père à un peu de coke (il n’allait quand même pas les épousseter), et qui a choisi de vieillir bien tranquillement dans son manoir du Connecticut.

Comme l’auteur le dit de lui-même : « Je suis Keith Richards, j’essaie tout une fois. »[1. Extrait de Qu’en pense Keith Richards ? par Mark Blake, Editions Sonatine, qu’on n’hésitera surtout pas à se procurer aussi…] Eh bien, l’essai littérature est diablement concluant. À la réflexion, on peut donc offrir ce livre à des adolescents concernés.[/access]

Life.

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Comment épouser Audrey Vernon ?

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La première fois que j’ai croisé Audrey Vernon, c’était à la soirée Nabe qui célébrait le 3000e exemplaire vendu de L’homme qui arrêta d’écrire. Elle y jouait son numéro habituel de fausse ingénue, perdue dans les plis de son élégante robe de soirée. Les quidams la prenaient pour une speakerine-potiche canalienne de plus : grossière erreur… La demoiselle est aussi une comique qui fait rire (c’est déjà rare) et qui en plus sait écrire


Prenez les rapports de classe et autres inégalités de richesse : lorsque certains vous pondent de longs volumes au nom rébarbatif (Le capital), Audrey Vernon en fait un spectacle comique: Comment épouser un milliardaire ?

Au Sentier des Halles les mardis et jeudis en alternance, vous la verrez suivre les tribulations des plus grosses fortunes mondiales vêtue d’une robe de mariée immaculée. Avis aux mâles libidineux : le spectacle ne vaut pas seulement par la beauté des formes de Miss Vernon, absolument gracieuse pendant la minute strip-tease du stand-up !


Avec une sagacité toute poétique, Audrey en arrive presque à nous faire pleurer sur les malheurs quotidiens de Mmes Waren Buffet, Bill Gates et Carlos Slim. Les petits crève-la-faim africains n’ont pas le monopole du cœur. Pour plus de justice sociale, il faudrait abolir la double peine infligée aux femmes de riches. Non seulement elles s’ennuient comme des rats morts dans de grandes résidences perdues mais doivent en plus subir la jalousie de leurs amies moins fortunées. Morale de l’histoire, disait Vian, « l’argent ne fait pas le bonheur… de ceux qui n’en ont pas !».

Ne serait-ce que pour ce sourire aux lèvres qui ne quitte jamais le spectateur, venons chez Vernon !

Souriez vous êtes informés

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Le magazine quotidien des médias « Souriez vous êtes informés », diffusé de 9h45 à 10h sur France Inter, existe aussi en version hebdomadaire, enregistrée tous les mercredis et consacré à la Toile. La semaine dernière Guillaume Erner et Elisabeth Lévy y ont parlé avec Mickael Darmon dans sa vie en Sarkozie.
A bon auditeur, salut !


Souriez vous êtes informés Mickael Darmon
envoyé par franceinter. – Regardez les dernières vidéos d'actu.

Le souk des fuites diplomatiques

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Ce qui devait arriver arrive : après la grande braderie Wikileaks cautionnée par des organes de presse européens dits de qualité, la chaine qatarie Al Jazeera et le quotidien britannique The Guardian mettent sur la place publique plusieurs centaines de documents relatifs aux dix dernières années de discussions entre Israël et l’Autorité palestinienne. Cela apparaît comme une suite de Wikileaks, mais ce n’est pas le cas.

À la différence des documents récupérés dans les arcanes de l’Administration américaine par l’organisation de Julian Assange, ces documents proviennent de diverses sources, principalement de membres ou d’anciens membres de la Negociation support unit (NSU) de l’Autorité palestinienne. Cet organisme, composé d’experts juridiques, économiques, cartographiques internationaux a été mis en place en 1998 par le gouvernement de Tony Blair, à la demande de l’Autorité Palestinienne pour servir de support technique aux négociateurs palestiniens qui ne disposaient pas de la puissante logistique diplomatique des Israéliens pour défendre leurs positions. Le financement de la NSU, d’abord uniquement assuré par le Royaume Uni, a été complété par la suite par des fonds venus de Norvège, de Suède et des Pays-Bas. Cette unité, intégrée au ministère palestinien des Négociations, dirigé par Saëb Erekat, a accueilli nombre d’experts d’origine arabe ou palestinienne vivant aux Etats-Unis ou en Europe, comme l’avocat franco-palestinien Ziyad Clot, qui a rapporté, dans un livre[1. Ziyad Clot « Il n’y aura pas d’Etat palestinien » éditions Max Milo] son expérience de son activité au sein de la NSU.

Avant d’en venir au contenu de ces fuites, il faut noter que les documents en question ont tout d’abord été uniquement transmis à la chaîne qatarie Al Jazeera, dont le penchant pour les islamistes radicaux du Hamas et du Hezbollah libanais est clairement affiché. Cette inclination est apparue dans sa couverture des derniers événements de Tunisie, où cette chaîne s’est efforcée de mettre en valeur les islamistes tunisiens, alors que ces derniers n’étaient pas, loin de là, les principaux acteurs de la révolution dite du jasmin.

Pour donner de l’écho à la publication de ces documents, Al Jazeera s’est associé au Guardian, quotidien le plus viscéralement anti-israélien paraissant hors du monde arabo-musulman.
D’après ces « Palestine papers », comme on les appelle désormais, les négociateurs palestiniens, entre l’échec des négociations de Camp David et de Taba en 2000 et l’arrivée au pouvoir de Netanyahou en 2008 auraient tenu un double langage. D’un côté le soutien à l’Intifada, l’intransigeance sur les frontières de 1967 et le droit au retour des réfugiés palestinien, et de l’autre un discours conciliant avec les Israéliens, notamment sur le maintien en Israël, dans le cadre de la solution « deux Etats pour deux peuples », de quartier juifs de Jérusalem construits après 1967 au delà de la « ligne verte », comme French Hill, Pisgat Zeev et Gilo. Cette proposition, faite à Ehoud Olmert et Tzipi Livni en 2008 a été repoussée par ces derniers car elle excluait trois autres implantations : Maale Adoumim, Har Homa et Ariel jugées non négociables par le gouvernement israélien de l’époque. Saeb Erekat et Mahmoud Abbas auraient également accepté, selon ces documents, de limiter à quelques milliers le nombre de réfugiés palestiniens admis à revenir en Israël dans le cadre d’une « action humanitaire », alors que la position officielle palestinienne soutient un droit généralisé au retour dans leurs foyers de tous les réfugiés de 1948 et de leurs descendants…

Dans le contexte actuel, ces révélations portent un tort considérable à l’Autorité palestinienne, faisant passer ses dirigeants pour des funambules du double langage, mentant à leur peuple, et bradant la cause sacrée de la Palestine pour leurs ambitions personnelles.
Elles mettent également en difficulté ces dirigeants israéliens qui proclament qu’il n’y a pas de partenaire palestinien pour la paix, mais les dégâts sont, pour eux de moindre ampleur : le, plan Olmert, fondé sur la cession à Israël des grands blocs de colonies contigües à la ligne verte en échange d’une surface équivalente de territoire israélien remis à l’Etat palestinien était bien connu. De plus, l’opinion publique israélienne ne nourrit aucune illusion sur la possibilité prochaine d’un accord avec les Palestiniens, et soutient, faute de mieux, l’attitude intransigeante de son gouvernement.

Le « réalisme » de Abbas et Erekat, vieux routiers de la négociation avec Israël, est pourtant le seul moyen qui pourrait permettre de sortir d’une impasse que les maladresses de Barack Obama au début de son mandat ont largement contribué à établir. En les « flinguant » aujourd’hui, on les livre pieds et poings liés à la surenchère du Hamas.

Et pourtant, à examiner de plus près ces papers, ce serait plutôt la subtilité des négociateurs palestiniens qu’il faudrait souligner : ils savent bien que Olmert et Livni sont dans l’incapacité politique de « lâcher » Ariel, Maale Adoumim et Har Homa, aussi ne courent-ils aucun risque réel en faisant, oralement, des concessions qui peuvent être utilisées par la suite à des fins propagandistes…

L’objectif de ceux qui ont organisé les fuites vers Al Jazeera et l’idiot utile Guardian est limpide : torpiller les négociations indirectes qui viennent de reprendre entre Israéliens et Palestiniens sous la houlette de Dennis Ross, qui a maintenant pris la main sur ce dossier dans l’Administration Obama. Ce dernier a sans doute passé plus de temps, ces dix dernières années, avec Erekat qu’avec son épouse…

On pourra toujours brandir le drapeau de la transparence du droit de tout un chacun de savoir ce qui se trame dans les arcanes de la diplomatie secrète. Il n’empêche que les conséquences de ces manipulations peuvent être catastrophiques, surtout dans un contexte où la situation libanaise est explosive et où l’Iran vient de faire un nouveau bras d’honneur à Catherine Ashton sur le dossier nucléaire. Al Jazeera, au moins, ne cache pas ses objectifs politiques : elle se fait l’interprète des éradicateurs d’Israël et le fourrier de l’islamisme politique radical. L’embrasement de la région n’est pas pour lui déplaire, bien au contraire. Quant au Guardian, gageons qu’il saura trouver le moyen de dégager sa responsabilité de l’incendie qu’il aura contribué à allumer. En toute bonne foi et toute objectivité.

Pretty burqa

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C’est peut-être la première fois de ma vie que j’éclate de rire devant une vidéo pakistanaise. Postée sur Youtube en décembre Burka Women, la parodie du tube de Roy Orbison Pretty Women, est en train d’exploser les scores de pages vues. L’auteur, Saad Haroon, un comédien et animateur télé pakistanais, y chante son amour pour une femme « ninja », dont il admire, les orteils vernis. Et qui, tous les soirs, « rentre à la maison et flirte avec les rideaux de la salle à manger », et en VO c’est encore plus drôle.
Depuis plusieurs années, Saad Haroon fait rire les salles pakistanaises en Ourdou et en Anglais avec différents spectacles. Il va bientôt présenter le premier show de satire politique sur une télé locale.

Evidemment, au Pakistan où le blasphème est puni par la loi et où on ne compte pas une semaine sans attentat suicide, Saad Haroon a été menacé par les fondamentalistes. Du temps de Salman Rusdie, les barbus condamnaient à mort l’auteur pour un livre qu’il n’avaient pas lu. Là, on espère au moins qu’ils auront vu la vidéo avant de lancer leur fatwa…

Bobby Fischer : de Reykjavik à Reykjavik

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Il y a deux ans mourait Bobby Fischer, le plus fameux joueur d’échecs de l’Histoire. Il aura beaucoup voyagé avant d’atteindre une relative sérénité les trois dernières années de sa vie, passées en Islande. Voilà qui fouette l’imagination : pourquoi diable venir mourir dans un endroit qui n’évoque rien de plus qu’un roman de Pierre Loti ?

L’affaire s’est nouée le 21 mars 2005, lorsque le citoyen américain Robert James Fischer, détenu au Japon pour cause de passeport invalidé, est devenu, par la grâce d’un vote quasi unanime du Parlement islandais, citoyen de ce pays. Le 14 juillet 2004, Fischer, alors qu’il s’apprêtait à quitter le Japon, est arrêté par la police à l’aéroport international de Narita. Il est alors menacé d’un retour express aux Etats-Unis, qui le réclament (sans que ce soit très clair : aucune demande formelle d’extradition n’a été déposée) sur le fondement d’un mandat d’arrêt vieux de près de douze ans (15 décembre 1992) concernant la violation de l’embargo visant la Yougoslavie.

Bobby Fischer avait en effet accepté en 1992, pour la première fois depuis sa disparition vingt ans plus tôt, de jouer à nouveau aux échecs, d’ailleurs contre le même adversaire qu’à l’époque du championnat du monde, Boris Vassilievich Spasski. Il se trouve que ce match a eu lieu à Sveti Stefan, petite station balnéaire du Monténégro, ce qui fit encourir à Fischer la peine modique (pour les standards américains) de dix ans de prison, du fait de la violation des sections 1701, 1702 et 1705 du titre 50 du code des Etats-Unis. Il faut reconnaître que l’Administration américaine avait prévenu Fischer par télégramme, avant le match, de son désir de le poursuivre le cas échéant. Fischer n’avait pas alors fait preuve de beaucoup de diplomatie dans la manière de signifier son rejet du contenu du message.

Le plus effrayant dans cette demande d’incarcération, c’est l’absence de visage du bourreau. Qui a pris la décision de poursuivre Fischer en 1992 ? Qui se cache derrière le « warrant for arrest issued on december 15, 1992 by the United States District Court, District of Columbia. » ? Qui a pris la décision d’invalider le passeport ? Le seul document émanant de l’administration américaine (un courrier du 11 décembre 2003 notifiant à Fischer la révocation de son passeport) laisse entrevoir la sueur besogneuse du juriste de seconde zone de l’ambassade des Etats-Unis à Manille : un modèle de style administratif neutre et glacial.

On a beau chercher un humain, on n’en trouvera pas. Bien entendu, le réflexe de tous ceux qui ont soutenu Fischer à ce moment a été d’écrire au Président des Etats-Unis. Inutile de dire que même le président de la Fédération internationale des échecs n’a bien entendu aucune certitude que son courrier a été ouvert, ne serait-ce que par un bureaucrate de cinquième zone. Le plus lucide fut Spasski, l’adversaire malheureux historique de Fischer, qui finit sa lettre à Bush par l’ironique : « Si vous ne pouvez pas laisser tranquille Fischer, je voudrais vous demander la chose suivante : corrigez je vous prie l’erreur de François Mitterrand en 1992 (NdR Spasski était devenu français à cette époque). Bobby et moi-même avons commis le même crime. Arrêtez-moi. Placez-moi dans la même cellule que Bobby Fischer. Et donnez-nous un échiquier. » Suggestion que Fischer a du reste décliné en précisant qu’il préférerait la compagnie d’une jolie fille.

Il ne faut pas désespérer de l’espèce humaine puisqu’il s’est trouvé un peuple assez courageux pour offrir l’hospitalité à Fischer. Et, devant la mauvaise volonté des Japonais et les menaces des Etats-Unis, pour carrément lui offrir la nationalité. Il y a parfois – chose surprenante – des documents officiels qu’on a plaisir à lire et relire, et celui-là en fait partie: « article 1 : icelandic citizenship shall be granted to : Fischer, Robert James, b 9 March 1943 in the United States. Article 2 : This Act shall enter into force at once. »
L’Islande simplement s’est souvenue de l’année 1972, au cours de laquelle un génial Américain est venu mettre fin à la domination soviétique sur les échecs. Pendant quelques semaines, la presse internationale avait eu les yeux tournés vers… Reykjavik, où le championnat du monde s’était déroulé et, où, apparemment, Bobby Fischer n’avait laissé que de bons souvenirs.

La planète comme un échiquier

S’il y a une morale à retenir, c’est bien qu’il ne faut jamais servir les grandes démocraties (si on peut les appeler ainsi) : elles n’ont pas d’âme, pas d’Histoire, rien du tout. Ce sont des bureaucraties aveugles, mêmes pas méchantes exprès. Car le sort réservé à Bobby Fischer est effrayant, si l’on s’en tient aux faits : en 1972, Fischer a démoralisé les Soviétiques bien plus efficacement que tous les bureaucrates de la CIA. Même à l’époque, si Kissinger a un peu récupéré politiquement la victoire de Fischer, les Américains n’ont pas compris à quel point il leur fallait soutenir leur champion, pour qu’il continue.

Ils ont vu les échecs avec leur propre mentalité, sans comprendre que, pour les Soviétiques, cette défaite n’était nullement circonscrite au jeu : du reste, ils considéraient la planète comme un échiquier. Passe encore que l’Administration se désintéresse de Fischer, mais prononcer un mandat d’arrêt vingt ans après pour le crime d’avoir joué aux échecs, puis intriguer pour le faire arrêter au Japon, menacer l’Islande pour qu’elle retire son offre, s’acharner à faire crever en taule un type de 61 ans en mauvaise santé qui n’a jamais fait de mal à personne mais qui, par contre, a servi le prestige de son pays comme aucun abruti d’homme politique n’aurait été capable de le faire, voilà qui est la marque de nos grandes bureaucraties modernes, dont les Etats-Unis constituent le modèle inégalable, en attendant l’avènement final chez nous d’une Union européenne chaque jour plus monstrueuse.

Finalement, à l’époque de l’URSS, le monde libre était beaucoup plus facile à atteindre. On n’était pas obligé de mourir à Reykjavik.

A-t-on le droit de ne pas aimer Céline?

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Si cette affaire est affligeante, c’est en raison de la confusion entre le choix de cet auteur antisémite pour une célébration nationale, donc forcément un peu républicaine, et une prétendue censure dont on aimerait savoir comment elle s’exerce étant donné que Céline a une myriade de volumes dans la Pléiade. Par ailleurs, ses pamphlets antisémites, prétendument introuvables, sont facilement téléchargeables (et pas seulement consultables sur microfilms dans quelques bibliothèques).

Au risque de passer pour une femme de peu de goût, hormis le caractère aberrant de la névrose antisémite du docteur Destouches, je me demande s’il est permis de ne pas apprécier le style de saint Céline, phare et acmé du chic littéraire.
Cela dit et pour en revenir au scandale qui fait couler autant d’encre que ce totem empilait les points de suspension, justement, cette affaire tient en trois points :

Qu’allait faire Frédéric Mitterrand dans cette galère? Car s’il faut nommer un responsable, c’est bien son ministère.

Pourquoi cet acharnement national à révérer ce diariste logorrhéique tout en ayant – et à juste titre – non seulement condamné à mort mais voué aux enfers un Brasillach, et à l’oubli un Drieu? Quitte à « dissocier l’homme de l’œuvre », on a encore le droit de préférer le style de ce dernier.

Et depuis quand Serge Klarsfeld, parce qu’il est juif, devrait-il éviter d’exprimer un désaccord dont moi, qui ne le suis pas, partage entièrement les termes ?

Gagner moins pour travailler plus

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C’est la question à 1000 euros : pourquoi les Allemands réussissent-ils mieux que nous en matière d’emploi ? En effet, après une légère amélioration en octobre, le chômage est de nouveau reparti à la hausse en novembre. Fin 2010, on comptait près de 4 millions de chômeurs en France métropolitaine. Pour le ministre du Travail, Xavier Bertrand, « ce chiffre témoigne de la stabilisation du nombre de demandeurs d’emploi depuis six mois ». Peut-être. Une « stabilisation » bien fragile cependant, car les prévisions de croissance pour 2011 sont revues à la baisse : des 2,5 % annoncés par le gouvernement début 2010, on est passé à 2 % en août selon l’Elysée, niveau que les dernières estimations de Bercy rendent quasiment impossible à atteindre.[access capability= »lire_inedits »]

Or, au moment où ces mauvais chiffres français étaient publiés, ceux de nos voisins teutons mettaient en évidence une nette embellie. Avec 2,9 millions de chômeurs, le marché du travail allemand retrouve ses meilleures performances de 1991, année où les répercussions de l’unification ont commencé à se faire sentir.

Comment font-ils ? La réponse est simple : la stratégie salariale allemande est diamétralement opposée à celle de la France. Depuis 2000, les salariés allemands du privé ont subi une baisse de 4,5 % de leurs rémunérations brutes. Or, en dépit des apparences, au cours de la même période, leurs homologues français ont enregistré une augmentation de 8,6 % (chiffres du Bureau international du travail).

Toutefois, quand on examine de plus près les données allemandes, on se rend compte que les salariés qui bénéficient d’emplois stables ont vu leur revenu moyen croître de 6,7 % au cours des dix dernières années. Tandis que le salaire brut moyen diminuait d’environ 100 euros sur la décennie (il s’élevait à 2 154 euros en 2009), le salaire des CDI augmentait de 200 euros (de 2 752 euros en 2000 à 2 936 euros en 2009).

Autrement dit, le différentiel entre la France et l’Allemagne s’explique par le fait qu’outre-Rhin, les demandeurs d’emploi sont poussés vers le marché du travail, quitte à accepter des emplois très faiblement rémunérés. Ces « chômeurs qui travaillent » se retrouvent néanmoins sur les listes de bénéficiaires des prestations sociales qui, à l’inverse des chiffres du chômage, explosent : presque 7 millions d’allocataires, soit 9 % de la population ! Berlin a donc clairement choisi le maintien de ses citoyens au travail au prix de fortes subventions (l’employeur paye peu car l’Etat reverse à son employé un complément sous forme d’allocation), tandis qu’en France, la politique est au contraire de privilégier le maintien du niveau des salaires plutôt que le taux d’emploi. On peut aussi le formuler plus méchamment : ceux qui ont un boulot sont bien payés… aux dépens de ceux qui l’ont perdu ! Drôle de solidarité.

Ce refus de courir après le niveau de salaires dicté par les pays émergents peut sembler légitime. Sauf qu’en pratique, il a une conséquence fâcheuse : quitter le marché du travail constitue un risque énorme pour l’employé. Du point de vue psychologique, comme au regard des compétences gaspillées – éléments invisibles sur les tableaux Excel – le prix est considérable. Le chômage, notamment pour les plus âgés, est souvent synonyme de fin de la vie active.

Pendant ce temps, nous cherchons à nous rassurer. Malgré son coût du travail élevé, la France reste attractive. La preuve : elle figure depuis des années dans le « top 5 » des pays attirant le plus de capitaux étrangers. Cinq grands patrons dirigeant les activités hexagonales de grandes multinationales viennent ainsi de publier dans Les Echos une tribune « antidécliniste »[1. Thierry Drilhon, vice-président de Corp Worldwide Channels Cisco Systems, Clara Gaymard, présidente de GE France, François Gerin, directeur général adjoint de Siemens SAS, Christian Nibourel, président d’Accenture France et Benelux, Pascal Roché, directeur général de Barclays Bank PLC en France]. Selon eux, notre pays dispose d’atouts certains : « L’exceptionnelle productivité de notre main-d’œuvre, notre excellence scientifique et technologique, notre localisation au cœur d’un grand marché, la qualité de nos infrastructures. » C’est pourquoi, poursuivent-ils, « dans la compétition que se livrent les pays pour attirer les investissements étrangers […] bon an mal an, il émarge dans les trois premières destinations mondiales pour les investissements étrangers, ce qui est le meilleur signe de son attractivité. »

Les effets pervers d’une politique sociale généreuse

L’ennui, c’est que ce constat optimiste n’est que la moitié de la vérité. Si on regarde la liste de pays exportateurs de capitaux, on constate que, là aussi, la France détient la palme. En 2009, elle a ainsi attiré près de 60 milliards de dollars d’investissements étrangers (médaille de bronze), mais, dans le même temps, elle en a exporté un peu moins de 150 milliards ! En 2000, 43 milliards de dollars venus de poches étrangères étaient investis en France… contre plus de 177 milliards investis essentiellement par des entreprises françaises à l’étranger. Et depuis vingt ans, le solde de ces investissements est – sauf années exceptionnelles − largement déficitaire. Bref, si beaucoup d’étrangers (ou du moins leur argent) jugent les entreprises françaises économiquement intéressantes, encore plus de Français choisissent pourtant d’investir sous des cieux plus cléments financièrement.

Le bilan allemand est, quant à lui, moins déficitaire (62 milliards sortis contre à peu près 36 milliards accueillis en 2009) et, sur vingt ans, le solde est même positif : les Allemands, beaucoup plus que les Français, votent avec leur portefeuille et préfèrent « investir allemand », donc créer des emplois chez eux. Quant aux salariés les mieux payés, côté allemand, ils sont plus enclins à modérer leurs prétentions que leurs homologues français. Ainsi, la logique qui a guidé la loi sur les 35 heures (partager la masse salariale entre plus d’employés) semble-t-elle bien marcher en Allemagne.

La conclusion, cruelle, est que la politique sociale française, généreuse et théoriquement orientée par des considérations de justice sociale, crée dans la durée des effets pervers lourds de conséquences, à commencer par un chômage massif et une exclusion croissante du marché du travail. La France n’est pas aussi attractive qu’elle le prétend pour les investisseurs et fait fuir ses propres capitaux. En même temps, l’exemple allemand démontre que ce n’est nullement le dirigisme français qui est en cause – Berlin et les Länder sont autant sinon plus interventionnistes que Paris – mais l’absence d’une politique économique tournée prioritairement vers l’emploi. Bref, l’Etat est peut-être la solution, mais pas comme ça ![/access]

Causeur bloqué ce dimanche

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Le site à été bloqué hier toute la journée pour cause de défaillance technique. La malchance a voulu que cette panne advienne un dimanche, et il n’a pas été possible de procéder aux réparations nécessaires avant ce matin, première heure.
Nous en sommes désolés et vous prions d’accepter nos excuses.

Boycotteurs contre censeurs : la sale guerre

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photo : twiga269

« Juifs et liberté d’expression » : entre l’affaire « Hessel/Normale Sup » et le « scandale Céline », cela aurait pu être le sujet de la semaine. Et quelles que soient les arrière-pensées, approximations et mauvais sentiments de tous ceux qui dénoncent, ouvertement ou en langage plus fleuri, le pouvoir du « lobby » qui se serait manifesté en ces deux occasions, je déplore pour ma part que des organisations et personnalités juives se soient, à deux reprises, retrouvées du côté de la censure et de l’interdiction au lieu d’être dans le camp de la liberté et de la bataille des idées, non seulement parce que cette conjonction est contre-productive politiquement mais parce qu’elle me semble indéfendable en principe.

Commençons, non pas par les faits, mais par ce que des observateurs rapides (comme nous le sommes tous lorsque nous ne nous sentons pas particulièrement concernés par un sujet) en auront retenu. Mardi, un débat sur le boycott des produits israéliens auquel devait participer notre nouveau saint national, Stéphane Hessel, est interdit par la directrice de Normale Sup, Monique Canto-Sperber. Et si ni Alain Finkielkraut, ni Bernard-Henri Lévy, ni le CRIF ne sont à l’origine de cette décision, comme a pu le laisser penser dans un premier temps l’éditorial de son président Richard Prasquier, ce dernier s’en est clairement félicité. Traduction, pour pas mal de nos concitoyens : « dès qu’il s’agit d’Israël, on n’a rien le droit de dire. » Le soir même, plusieurs centaines de personnes étaient réunies devant le Panthéon pour entendre Leïla Shahid, Michel Warchawski, Israélien « proche du FPLP » pour reprendre l’amusante formule de William Goldnadel, et bien entendu, « le plus courageux, le plus libre et le plus jeune d’entre nous », vous aurez reconnu Stéphane Hessel qui a accepté avec une modestie touchante l’hommage qui lui était rendu par la dirigeante palestinienne. Edwy Plenel qui se trouvait dans la foule a été chaudement acclamé pour le soutien apporté par Mediapart à l’indigné de la République.

Alors bien sûr, le débat annoncé n’avait rien d’un débat puisque les orateurs étaient tous du même avis et, comme le dit Finkielkraut, tout d’un meeting. Il ne portait pas, contrairement à ce qui avait été annoncé, sur la situation à Gaza mais visait à défendre, à travers les militants de BDS (l’association qui appelle au boycott et aux sanctions d’Israël) poursuivis devant les tribunaux, le boycott lui-même. Enfin, il faut ajouter qu’il est assez difficile, pour un intellectuel sioniste, de s’exprimer à Normale Sup. En clair, ces combattants de la liberté ne se soucient pas excessivement de celle de leurs adversaires et quand ils défendent le droit, c’est avant tout celui du dénoncer Israël. Reste qu’à l’arrivée, les organisateurs de cette réjouissance ont pu se présenter comme les défenseurs de la liberté d’expression et du droit à la critique, en se coiffant en prime de bonnets phrygiens. Et il y avait dans cette manifestation beaucoup de braves gens convaincus qu’il y a au Moyen Orient des bons et des méchants. Certes, ils se trompent mais le seul résultat de cette piteuse affaire aura été de les convaincre que les méchants sont, de surcroît, des censeurs au bras long. Si un acte se juge aussi à ses conséquences, le moins qu’on puisse dire, c’est que madame Canto-Sperber (que j’ai tenté de joindre sans succès) n’a pas rendu service à Israël, ni aux juifs et sionistes français.

J’irai plus loin, au risque de déchaîner la fureur des commentateurs : je ne crois pas, en ce qui me concerne, que l’appel au boycott devrait être interdit, même si je le juge politiquement irresponsable et moralement condamnable. En démocratie, chacun a le droit de défendre ses idées, même celles qui nous semblent les plus choquantes. Autant il serait anti-démocratique d’empêcher les consommateurs d’acheter des produits israéliens, autant je ne vois pas au nom de quel principe on pourrait interdire à qui que ce soit d’essayer de convaincre ses concitoyens qu’en cessant d’acheter israélien ils amèneront la paix au Proche Orient. Est-il si difficile d’argumenter face à des propositions aussi stupides ? La raison ne peut-elle rien contre l’anti-israélisme primaire ? On me répondra que précisément, la diabolisation d’Israël relève de l’émotion et non pas de la raison, et chez beaucoup de militants qui préfèrent les vérités toutes faites à la complexité des choses, c’est vrai. Mais même en ce cas, demander aux tribunaux de sanctionner les partisans du boycott ne fera pas bouger les lignes d’un millimètre. En tout cas, pas dans le bon sens.

Il ne faut pas être grand clerc pour deviner que Richard Prasquier, qui n’a rien d’un extrémiste, est sous la pression de la « rue juive » qui lui reproche de ne rien faire, comme s’il pouvait changer l’image d’Israël en protestant auprès des autorités de la République. « Le CRIF est à la manœuvre derrière les actions contre le boycott », écrivait-il dans son éditorial cité précédemment. Quant à Valérie Pécresse, interrogée sur la question, elle a répété à plusieurs reprises : « on n’a pas le droit de boycotter Israël. C’est interdit ». Je crains que nombre de téléspectateurs aient entendu qu’il est interdit de critiquer Israël. Le pompon.

Et voilà que pour finir, un ministre de la Culture décide d’exclure Céline des célébrations nationales après le coup de gueule de Serge Klarsfeld. Je ne m’étendrai pas sur ce sujet fort bien traité par l’ami Leroy. À vrai dire, l’idée d’une célébration nationale de Céline était franchement tartignolle. Mais on suppose que Frédéric Mitterrand avait entendu parler de l’antisémitisme de Céline avant la protestation du chasseur de nazis. Et aussi respectable soit Serge Klarsfeld, cela ne lui confère pas la moindre légitimité pour choisir les personnalités que la France doit honorer.

Tout cela ne fera pas avancer d’un iota la cause d’Israël ou la lutte contre l’antisémitisme et nourrira la paranoïa de tous ceux qui pensent que les sionistes/juifs dirigent le monde. « Peut-être mais il y en a assez de se dégonfler », me dit un médecin juif impliqué dans la vie communautaire et religieuse. On peut comprendre ce réflexe nourri par l’exaspération. Reste que les Israéliens sont payés pour savoir que les guerres se gagnent et se perdent sur le front de la communication et des médias. Les juifs de France, y compris les plus militants, auraient tort de l’oublier.

It’s ever rock n’roll

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Autant prévenir de suite, quitter à vexer l’éditeur, Life, de Keith Richards, n’est pas le cadeau d’anniversaire idéal et passe-partout. Il est plutôt destiné aux grands malades. Que celui qui n’a pas écouté plus de cinquante fois en boucle l’intro de Can’t you hear me knockin’ sur le vinyle de Sticky Fingers passe son chemin : personne ne saurait lui en tenir rigueur.[access capability= »lire_inedits »]

Une deuxième mise en garde s’impose: la drogue n’est pas le vrai sujet du livre même si, rassurez-vous, on en parle beaucoup. Too bad pour les tabloïds : la seule vraie addiction de Keith, c’est le son. Tout le reste n’est que poudre aux yeux − ou dégât collatéral. Keith Richards est avant tout accro au riff, et donc à son champ de tir obligé, la scène, et donc aussi à l’asphalte qui relie Camden à Sheffield et Newcastle à Brighton. Les jets privés entre Singapour et Sydney n’arriveront que bien plus tard, quand l’essentiel de l’histoire aura déjà été écrite…

C’est très injuste, mais c’est comme ça : toutes les substances prohibées n’ont pas le même effet dilatoire selon le profil génétique du consommateur. La mémoire de Keith n’a rien d’hallucinée, elle est hallucinante. Il se souvient de tout. Comme dans Memory Hotel, les souvenirs défilent, et son sens épuré du détail évoque irrésistiblement le tempo millimétré de son buddy Charlie Watts aux caisses claires. La mémoire inouïe du musicien fait l’essentiel du job, avec l’ironie en sous-dominante: le pathos ira coucher ailleurs, tout est là, gravé en rafale sous son crâne, riveté depuis quelque temps par six broches en titane.

Keith, le graphiste intrépide de 17 ans, esquisse l’ambiance d’un seul trait : des ultrasons assourdissants des adolescentes des débuts aux groupies lascives des seventies, des managers rusés aux vrais potes de répet’ qui jalonnent la longue route vers la planétarisation du groupe et sa momification in vivo plus ou moins librement consentie. Et là encore, la route, la route, la route : près de 300 concerts par an. La vraie vie de Keith Richards, c’est cette lueur rouge du feu arrière du car de tournée qui, au montage, se transforme en bout incandescent de cigarette dans la nuit. L’asphalte comme riff originel et rite fondateur, c’était déjà dans New York, New York, de Martin Scorsese, qui les filmera sur scène trente ans plus tard dans Shine a light.

Comme avant lui Sinatra, Miles Davis ou Vivaldi, au gré du succès exponentiel, ses fantasmes deviennent sa vie et, nolens volens, tout devient trop public. Alors, l’esprit de Keith cherche refuge dans les coulisses. Celles des salles de concert, mais aussi dans les backstage de la « blanche ». Tout au long de ce récit quasi photographique, les détails crépitent comme des flashes, les enregistrements en studio ressemblent à de longs trips sans sommeil, mais il compose Satisfaction en dormant et reste encore étourdi de sa prodigieuse fatalité à pouvoir créer de la musique à partir du silence.

« Mick avait choisi jetsetland, et moi dopeland. »

La centrifugeuse des années 1970 n’altère pas son humour insulaire : Keith fait du ski, Keith est sauvé par une femme aveugle, Keith glisse sur un hamburger (à Hambourg !) Keith s’achète un Smith & Wesson et une Bentley. Le moteur et la poudre : oui, son corps est un bolide, un projectile céleste, du granit en combustion cuirassé par les « stupéfiants » (en français dans le texte).

Et Mick, dans tout ça ? Et bien, il est encore là, assurant le divertissement : 14 kilomètres en moyenne par concert, certifiés par huissier. Keith en fait seulement la moitié, mais en portant une Telecaster ou une Les Paul de 4 kilos. Survient la question à 10 shillings : qui est le jumeau de qui, et qui est le boss de qui? Pendant des années, la question s’est réglée d’elle-même à l’avantage du chanteur : « Mick avait choisi jetsetland, et moi dopeland. ». Les vrais problèmes relationnels entre les « glimmer twins » ne surgiront que quand Keith commencera à lever le pied sur l’héro.

Peu enclin au « c’était-mieux-avant », l’unique nostalgie persistante de notre héros est celle des petits clubs. Ceux ou Mick Jagger développa sa gestuelle si particulière dans un espace vital d’un mètre carré entouré de filles en rut. Les Stones, le son, le groupe, la bande, Keith y revient sans arrêt. De Marianne Faithfull au plus anonyme des roadies, Keith donne largement la parole est à une flopée d’amis, exactement comme on invite un saxo ou un clavier à faire son solo à la fin d’un concert. Le message est passé. On en est au deuxième rappel. Les amplis sont encore saturés.

Finalement, il arrêtera l’héroïne presque par paresse : tout devenait trop compliqué. « Les shooteuses passent mal les frontières. » Anyway, cet homme n’aurait jamais survécu aux normes aériennes d’après le 11-Septembre. C’est bien le même gus qui a mélangé quelques cendres de son père à un peu de coke (il n’allait quand même pas les épousseter), et qui a choisi de vieillir bien tranquillement dans son manoir du Connecticut.

Comme l’auteur le dit de lui-même : « Je suis Keith Richards, j’essaie tout une fois. »[1. Extrait de Qu’en pense Keith Richards ? par Mark Blake, Editions Sonatine, qu’on n’hésitera surtout pas à se procurer aussi…] Eh bien, l’essai littérature est diablement concluant. À la réflexion, on peut donc offrir ce livre à des adolescents concernés.[/access]

Life.

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Comment épouser Audrey Vernon ?

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La première fois que j’ai croisé Audrey Vernon, c’était à la soirée Nabe qui célébrait le 3000e exemplaire vendu de L’homme qui arrêta d’écrire. Elle y jouait son numéro habituel de fausse ingénue, perdue dans les plis de son élégante robe de soirée. Les quidams la prenaient pour une speakerine-potiche canalienne de plus : grossière erreur… La demoiselle est aussi une comique qui fait rire (c’est déjà rare) et qui en plus sait écrire


Prenez les rapports de classe et autres inégalités de richesse : lorsque certains vous pondent de longs volumes au nom rébarbatif (Le capital), Audrey Vernon en fait un spectacle comique: Comment épouser un milliardaire ?

Au Sentier des Halles les mardis et jeudis en alternance, vous la verrez suivre les tribulations des plus grosses fortunes mondiales vêtue d’une robe de mariée immaculée. Avis aux mâles libidineux : le spectacle ne vaut pas seulement par la beauté des formes de Miss Vernon, absolument gracieuse pendant la minute strip-tease du stand-up !


Avec une sagacité toute poétique, Audrey en arrive presque à nous faire pleurer sur les malheurs quotidiens de Mmes Waren Buffet, Bill Gates et Carlos Slim. Les petits crève-la-faim africains n’ont pas le monopole du cœur. Pour plus de justice sociale, il faudrait abolir la double peine infligée aux femmes de riches. Non seulement elles s’ennuient comme des rats morts dans de grandes résidences perdues mais doivent en plus subir la jalousie de leurs amies moins fortunées. Morale de l’histoire, disait Vian, « l’argent ne fait pas le bonheur… de ceux qui n’en ont pas !».

Ne serait-ce que pour ce sourire aux lèvres qui ne quitte jamais le spectateur, venons chez Vernon !