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Delors « décontamine » le programme du FN

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Jacques Delors, père de l’ « impétrante » Martine Aubry et accessoirement ancien président de la Commission Européenne, vient de jeter un nouveau pavé dans la mare.

Cette fois-ci, il ne désavoue pas sa fille en préférant le quinquennat Sarkozy aux années Chirac. Pis, il piétine le dogme de l’infaillibilité européenne en prônant carrément une refonte des traités européens qui permettrait à certains pays d’abandonner la monnaie unique.

Évidemment, ce père indigne vise avant tout les brebis galeuses de l’euro que sont la Grèce et, dans une moindre mesure, l’Espagne, le Portugal et l’Italie. Regrettant logiquement l’absence de coordination économique de la zone euro sans se contenter de pleurer sur le lait renversé, il préconise l’adoption d’un nouveau traité prévoyant la « possibilité de sortir un pays de la zone euro avec une majorité (des États membres) surqualifiée de 75% ».

Dans les colonnes du Monde, l’autre vieux Jacques contredit donc ses amis sociaux-démocrates qui lisent l’avenir d’une France sans euro dans L’Apocalypse de Saint Jean. De quoi désarçonner les argumentaires anti-FN du duo Aubry-Hollande, qui nous répète que la France et la Grèce se ruineraient en sortant de l’euro.

Décidément, on est bien loin de « la France qu’on aime » et du bisounoursisme chers à la maire de Lille.

Et si l’octogénaire Delors était aussi handicapant pour Martine Aubry que Jean-Marie pour Marine ?

Michéa et les bons esprits

Montage : http://cuicuifitloiseau.blogspot.com

Depuis quelques années, de bons esprits s’emploient à démontrer les inconséquences (ou les dangereuses conséquences) du progressisme, à en démonter les mystifications et à dénoncer cette forme nouvelle d’inquisition dont les dogmes sont l’antiracisme, la haine des limites, le mépris du peuple et l’éloge obligatoire du déracinement.

Ces bons esprits, dont certains ont su trouver un succès justifiant les espoirs des franges les plus lucides de la population française, sont souvent de bons républicains, nostalgiques d’une nation une et indivisible où l’École éduquait, où le passé n’était pas nié ou présenté comme une suite de massacres et d’injustices, où l’immigré s’intégrait à une culture respectée, où la France rayonnait par ses arts, ses lettres… et sa force de frappe atomique. De droite, de gauche, parfois − mais très rarement − du centre, ces bons esprits admirent généralement la belle langue classique du général de Gaulle, la rigueur de Pierre Mendès France, le Parti communiste français des années 1950, les plus réactionnaires d’entre eux cultivant même une tendresse particulière pour Richelieu et Louis XIV. [access capability= »lire_inedits »]

Défenseurs de belles traditions françaises, ces érudits ont le grand mérite de mettre en transe l’inquiétante Clémentine Autain, de croiser le fer avec le sinistre Bégaudeau et de contester les nombreux mutins de Panurge régulièrement lancés sur le marché de la culture et de la politique.

Notons enfin qu’ils se sont souvent manifestés par leur attachement à la souveraineté nationale et par leur refus, au nom de l’un et de l’indivisible, du « communautarisme et de ses démons ». Tout cela n’a rien de bien exaltant mais s’avère plus sympathique que les divagations d’Attali sur le nouvel ordre nomade.

Une lecture superficielle du dernier livre de Jean-Claude Michéa, qui voudrait le récupérer au profit d’une quelconque politique (par exemple celle du triste Mélenchon ou d’un souverainisme d’avant-hier) pourrait suggérer que notre philosophe orwellien est dans la ligne de ces bons esprits.

Certes, Michéa partage nombre de leurs cibles, et critique justement la passion délirante pour toutes les innovations à laquelle on reconnaît la gauche la plus moderne. Il analyse finement la conjugaison, chez le lecteur de Libé (archétype du bourgeois de gauche), de la fascination pour la « caillera » et du dégoût pour le peuple ; et relève enfin la contribution des nouvelles gauches (les nouvelles radicalités chères aux Inrocks et à Toni Negri) aux figures les plus modernes de l’aliénation. Ce sont là des critiques et des réflexions qu’il a en commun avec un Alain Finkielkraut ou un Éric Zemmour.

Or, l’originalité et la force particulière de la pensée de Michéa se trouvent davantage dans les prémisses de sa critique de la modernité, dans les raisons et les fidélités historiques qu’il dresse face à l’impasse libérale, que dans ses convergences avec tel ou tel esprit « réactionnaire ».

En effet, pas plus qu’il ne s’oppose à l’état présent du monde au nom du rétablissement de l’ordre gaulliste (version Zemmour), il ne se satisfait pas du conservatisme élégant et désabusé d’un Finkielkraut que la barbarie contemporaine trouble et indispose.

Sa pensée s’obstine à chercher les voies de l’émancipation − un gros mot pour beaucoup de nos intellectuels qui se vouent désormais aux luttes pour la parité et contre les discriminations − en méditant sur les conditions d’une démocratie authentiquement populaire, où le peuple ne serait plus le souverain abstrait[1. Cette masse anonyme qui se fait représenter et que l’on invoque en période électorale. des démocraties libérales mais une fraternité d’hommes libres et responsables.].

Par ces « temps de basses eaux » (Castoriadis) et d’inculture généralisée, c’est l’une des singularités de Michéa que de renouer le fil d’une tradition socialiste et anarchiste dont le développement fut brisé par l’hégémonie marxiste-léniniste sur le mouvement ouvrier, puis par la domination stalinienne sur les partis des classes populaires[2. « Il faut savoir finir une grève », disait le gros Thorez, avant d’aller dîner avec les représentants de la social-démocratie patronale.], et enfin par la liquidation des derniers résidus du socialisme[3. Et donc de l’opposition radicale à la vision libérale de l’homme en société.] de la part d’une gauche trop heureuse de jouir des bienfaits de la mobilité et des bénéfices de la spéculation.

Michéa remet cette tradition à jour en refusant l’atomisation des sociétés libérales avancées autant que les phantasmes d’homogénéité qui animent les idéologies totalitaires. Son opposition − dès leur apparition sur la scène historique − aux illusions du progrès et aux idoles de la croissance et du développement industriel pourrait inspirer des politiques alternatives ainsi qu’une critique sociale qui ne serait plus la chasse gardée des intellectuels professionnels.

Dans cette filiation socialiste et anarchiste, on retrouve la critique de l’individualisme des Lumières par le socialiste français Pierre Leroux, la défense et l’illustration de la « décence commune » − cette capacité morale de l’homme du commun à refuser l’ubris et « les choses qui ne se font pas » − par George Orwell, mais aussi les différentes expériences de l’anarcho-syndicalisme et l’analyse des conditions anthropologiques du capitalisme par le Pasolini des Écrits corsaires.

Ces références offrent de beaux outils pour saisir et combattre le système de servitude mondialisée sans céder aux nostalgies autoritaires de certains bons esprits impatients. La pensée de Michéa, qui s’inscrit dans cet héritage et le complète[4. En s’inspirant notamment des travaux des psychanalystes sur les pathologies de l’individualisme contemporain.] a le mérite de se livrer à un démontage global de la modernité techno-libérale.

Jean-Claude Michéa n’est pas de ceux qui se lamentent des conséquences dont ils chérissent les causes, selon le mot toujours actuel de Bossuet. Ni de ceux qui dénoncent l’horreur de la transgression dans les escroqueries sans-papiéristes ou le tag d’un crétin à capuche tout en ménageant les manipulations génétiques ou l’installation d’une centrale nucléaire de nouvelle génération. C’est décidément un auteur que nos bons esprits devraient lire et méditer.[/access]

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Obama repart en campagne

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Image : gademocrats

Ça y est. Trois ans après son élection, Barack Obama vient de lancer sa nouvelle campagne présidentielle. Désormais, sa priorité est de marquer ses différences avec les Républicains en les accusant d’empêcher le gouvernement de prendre les mesures économiques nécessaires pour relancer l’économie, l’emploi et le pouvoir d’achat.

Jusqu’à l’été dernier, pendant les trente premiers mois de son mandat, le président démocrate avait toujours recherché le compromis. Bénéficiant initialement de la majorité démocrate dans les deux chambres, Obama avait tenu à négocier avec les Républicains, sans jamais leur forcer la main ni leur imposer ses solutions. Il voulait rassembler et proposer une politique non partisane. A l’intérieur comme à l’extérieur, ses discours ont d’ailleurs toujours été suivis d’actes inscrits dans la tradition de la plus pure realpolitik.

Or, non seulement cette stratégie politique n’a pas eu les résultats escomptés, mais le raidissement idéologique des Républicains a rendu son exercice impossible. Depuis cet été et l’échec des négociations entre Obama et les leaders républicains sur la question de la dette, il est devenu évident que le Tea Party, relayé par ses militants sur le terrain et ses élus à Washington, enferme le camp républicain dans le piège du puritanisme idéologique. En campagne pour sa réélection, Obama a compris le message et essaie de prendre ses rivaux à leur propre jeu. Le rassembleur au-dessus de la mêlée a ainsi laissé place au candidat démocrate à sa propre succession. C’est ce changement de stratégie politique qui explique l’échec de son plan emploi, que le Sénat a rejeté le 11 octobre malgré une campagne de terrain vigoureuse menée en fanfare par Obama. En fait, l’échec prévisible de ce plan constitue une manœuvre politicienne d’Obama et des Démocrates pour mettre les Républicains dans l’embarras.

Pris dans sa globalité, le plan pour l’emploi d’Obama avait en effet toutes les chances de bénéficier d’un soutien bipartisan confortable. Il s’agissait d’une série de mesures d’un coût total de 447 milliards de dollars : des grands chantiers de travaux publics, impulsés et pilotés par les Etats et financés par Washington, des subventions permettant aux Etats de ne pas licencier de fonctionnaires (enseignants, policiers et pompiers…) et des réductions d’impôts plafonnées à 106 000 dollars de revenu annuel dont profiteraient 160 millions d’Américains. Il y a un an, ou même il y a trois mois, Obama se serait réjoui de voir ce package adopté à une large majorité, jusque chez les républicains.

Mais aujourd’hui, le consensus n’est plus son objectif. Ainsi, les stratèges politiques démocrates ont décidé d’ajouter une mesure symbolique forte : une surtaxe de 5,6 % sur les revenus annuels dépassant le million de dollars par an. En promouvant cette « taxe des riches » (ou « Buffet tax », du nom du milliardaire américain qui l’a proposée), Obama pousse les républicains dans leurs retranchements, entravant le soutien des plus ouverts d’entre eux, qui approuvent par ailleurs l’essentiel du plan présidentiel. Obama sait que la taxe des millionnaires est une mesure très populaire et il n’ignore pas que la pression des militants Tea Party qui exigent moins d’impôts et moins d’Etat lie les mains de sénateurs républicains. Le piège parfait se referme sur ses proies.

Contrairement à ce qu’il aurait fait jusqu’à récemment, Obama ne s’est pas efforcé de négocier un compromis avec les républicains, mais il a parcouru les Etats-Unis pour marteler son message dans ce qui ressemble à une primaire solitaire : « La taxe des riches est juste, mon plan va créer de l’emploi et mettre de l’argent dans vos poches mais les Républicains le bloquent parce qu’ils servent un intérêt partisan plutôt que l’intérêt général de la nation ».

Mardi 11 octobre, en s’opposant au vote du plan, les républicains ont foncé tout droit dans l’embuscade qui leur était tendue par la Maison Blanche et les Démocrates. Ils ne pouvaient probablement pas faire autrement et leur embarras était palpable : aussitôt connus les résultats du vote, certains sénateurs ont fait savoir qu’ils ne feraient aucune obstruction si ces mesures étaient présentées une par une, plutôt que sous la forme globale d’un « à prendre ou à laisser » sans nuances.

Toute la question est de savoir si la stratégie présidentielle de refus des compromis sera payante et si le chef de l’exécutif pourra passer, aux yeux de l’opinion publique, pour la victime impuissante des manœuvres politiciennes de ses adversaires républicains. L’enjeu est de taille, car sur le terrain, les chiffres sont cruels : quand Barack Obama a emménagé à la Maison-Blanche, il y avait 132,8 millions de salariés aux Etats-Unis. Aujourd’hui, 32 mois et des centaines de milliards de dollars plus tard, ils ne sont plus que 131,3 millions…

La teinture de François Hollande

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Des cheveux teints, une bouille de gosse un peu faux-cul, une gestuelle maladroite, aucun magnétisme et peu d’idées originales, voici le candidat que la gauche s’est choisie comme challenger dimanche soir au terme de ses « primaires citoyennes ». Il n’a qu’un mot à la bouche : rassembler. Il veut rendre à la France tout ce dont l’Infâme Nicolas Sarkozy l’a dépossédée pendant cinq ans.

Cet apparatchik du parti socialiste la joue modeste. Le peuple français est un peu énervé, il va le calmer. Ce n’est pas un programme très exaltant, mais vu l’état du malade quelques professeurs et quelques infirmières de plus, cela s’impose. Cette démagogie douce, bienveillante, humaniste, ne heurtera en définitive personne. C’est comme sa teinture, elle passe inaperçue. C’est comme sa nouvelle silhouette : on a déjà oublié ses kilos en trop. On oubliera bientôt son programme. Trop inconsistant.

Ce n’est pas qu’il soit antipathique, François Hollande. Il est à la politique ce que Tahar Ben Jelloun est à la littérature. Il incarne une forme de fadeur qui lassera vite, sauf peut-être les institutrices et les infirmières. On attendait un candidat neuf et on nous refile une vieillerie.

La teinture ne fait pas tout.

Hollande, morne plaine

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Les socialistes veulent vraiment le pouvoir, voilà l’élément fondamentalement nouveau apparu au cours des primaires citoyennes qui se sont terminées par la nette victoire de François Hollande hier soir. L’ensemble de ce processus inédit a démontré que les leaders de la génération laissée en rade par Lionel Jospin le soir du 21 avril 2002 ont finalement réussi à s’apprivoiser entre eux en trouvant un moyen original d’assumer leurs divergences sans pour autant offrir le spectacle d’une lutte florentine, leur pêché mignon.

Il leur aura fallu dix ans pour retrouver des couleurs présentables à une présidentielle et afficher ce visage conquérant. Dix années partagées entre les synthèses molles d’un François Hollande premier secrétaire, une bataille qui vira au combat fratricide sur la question européenne (à l’occasion du référendum sur le Traité Constitutionnel Européen, qui préfigura la campagne présidentielle atterrante de 2007), et enfin le fiasco du congrès de Reims en novembre 2008 où l’opacité le disputa à l’irrégularité pour liquider « l’épisode Royal ». Durant cette période, le PS étant devenu le « parti des territoires » vainqueur de toutes les élections locales, son incapacité à définir un projet clairement alternatif à celui de la droite pouvait laisser penser qu’il était prêt à se satisfaire de ce rôle somme toute confortable.

Puis un héros vint de l’ouest. Une vieille gloire des années Jospin qui avait trouvé un asile doré à Washington fut exhumée par la baguette magique des sondages. L’élite des journalistes avait trouvé un remplaçant à Nicolas Sarkozy, que l’encombrante impopularité commençait à rendre indéfendable. Installé sur le trône avant d’avoir fait mine d’y songer, DSK minutait son retour avec l’application d’un horloger suisse mais neuf minutes obscures dans une chambre d’hôtel firent tout chavirer. L’heure de François Hollande était venue.

Le banni de Reims, renvoyé dans sa Corrèze élective après que Martine Aubry fut intronisée cheffe de l’opposition presque contre sa volonté, sillonnait pourtant « la France des régions » depuis un an, reprenant langue avec tout ce que le monde socialiste compte de baronnies. Il a suffi de cinq jours après la sidération provoquée par les nouvelles du Sofitel et de Rikers Island pour qu’un sondage TNS-SOFRES permette au vide d’être comblé. La « prophétie auto réalisatrice », comme Jean-Luc Mélenchon baptisa la dynamique Hollande, se mit en place, sans que le premier intéressé ne fit rien. Une curieuse alchimie opéra et l’ex premier secrétaire glissa alors naturellement dans le costume prêté jusque là à DSK. Le promoteur de la présidence « normale », hier moqué, transforma soudain en moues enjouées les sourires compatissants qui se dessinaient jusqu’ici sur les visages à l’évocation de sa candidature. Il vola en tête des sondages, se composant un personnage super sérieux, aussi concentré sur son régime qu’assumant une ligne on ne plus centriste. Chirac y alla même de son bon mot de légitimation, profitant de sa proximité corrézienne avec François Hollande pour envoyer une pique à son successeur.

On verra bien le 6 mai prochain si cette tranche de peuple a eu raison. En attendant, la gauche va soutenir à l’élection présidentielle l’ex-compagnon de sa précédente candidate et offrir à leurs enfants une seconde chance d’avoir un de leurs parents à la tête du pays, chose anecdotique si elle n’était un symbole furieux de l’endogamie des élites. Au moins, « ce couple est une réussite » comme l’a finement fait remarquer Ségolène Royal.

Mais comme chacun sait, après la famille, il y a la France, « nation politique » par excellence selon un mythe qui se vérifie de façon assez irrégulière. Et c’est bien là que le bât blesse. Le choix qui nous est proposé, du moins quant aux postulants ayant une chance d’arriver au bout de la course, peut-il être autrement résumé que celui entre l’impuissance de gauche et l’impuissance de droite ? En réalité, les horizons que nous promettent Sarkozy et Hollande ne sont pas si éloignés tant leur récent discours se place sous la même tutelle : la dette.

De manière prémonitoire, ils s’étaient affichés ensemble à la une de Paris Match le 17 mars 2005 alors qu’ils défendaient le « oui » au TCE. Ils ont le même âge, furent élus pour la première fois députés en 1988 et s’élevèrent parallèlement dans les hauteurs de leurs partis respectifs en partageant un même objectif élyséen. Bref, ils ne se sont jamais vraiment quittés et l’affrontement à venir entre eux ravira les amateurs de téléologie politique. Leur seul face à face électoral direct remonte à 1999, lorsque Nicolas Sarkozy remplaça au pied levé Philippe Séguin à la tête de la liste RPR pour les élections européennes. Ce fut une déculottée mémorable pour l’actuel président et les proches de Hollande n’ont pas manqué de rappeler cet épisode pour convaincre que ce qui fut fait peut être réédité.

Quel que soit celui qui remporte le deuxième round, espérons que le match soit plus grisant que des joutes du type : « C’est moi le plus crédible pour gérer la dette », « non c’est moi, toi tu veux plus de fonctionnaires ! ». Car, si les socialistes affichent une réelle une volonté de prendre le pouvoir, ou « d’arriver aux responsabilités » comme dit Hollande, très partisan de novlangue bureaucratique, il serait intéressant de faire de son « rêve français » autre chose qu’un accompagnement du lent et progressif recul du pays[1. Même si nous avons de beaux restes et pour encore longtemps.].

Si les époques peuvent être jugées aux vertiges politiques qu’elles offrent, la notre est du genre pathétique. C’est assurément de notre faute à tous, nous avons les dirigeants que nous méritons. Et quel mérite ! « Hollande, Morne plaine entre Maastricht et Amsterdam », comme me l’a dépeint un ami socialiste cruel mais si lucide quant à l’européisme béat du candidat socialiste. A droite, Nicolas Sarkozy « devint président grâce au génie du peuple français qui a été d’éviter que ne fut ce qui ne devait pas être » me glisse un contempteur anonyme du (ségolène) royalisme.

Mais après tout, les français étant bien persuadés que « Bernard Tapie est un entrepreneur, Claire Chazal une journaliste, et BHL un philosophe », on peut leur faire confiance pour trouver à Hollande toutes les qualités d’un président comme ils l’ont fait pour Sarkozy.

Féérie socialiste et novlangue du progrès

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La primaire socialiste s’achève et l’on oscille déjà entre nostalgie et soulagement. Et pas seulement parce que cette séquence politique inédite nous aura familiarisés avec la novlangue du progrès.

Nostalgie, parce que nous nous sommes attachés aux figures de proue de cette « révolution citoyenne ». François, Martine, Ségolène ou Arnaud ont su imposer un « processus résolument moderne » et une « autre façon de faire de la politique ». Dans une optique « collective et participative » visant à « remettre l’électeur au centre du système », ils sont parvenus à susciter « l’implication responsable » de 2,7 millions de français.

Nous éprouvons aussi du soulagement. Faisant mentir les prophètes de malheur, et évitant avec brio « le piège de la cacophonie », les caciques socialistes se sont immédiatement rangés derrière leur champion, communiant dans la joie œcuménique « des idées et des rêves ». Voici donc venu le temps du « rassemblement des forces de progrès ». François Hollande aura besoin de toutes les bonnes volontés pour insuffler au « peuple de gauche » un « désir d’avenir » et une « éthique du dialogue ».

En prenant massivement part à la primaire « citoyenne », militants et sympathisants ont en effet exprimé leur volonté de « changer la vie ». Voici donc les socialistes devant un défi historique. Car, comme le disait le généticien Axel Kahn, soutien de Martine Aubry, « réenchanter le progrès c’est le refonder ».

« Quand donc la politique prendra-t-elle en considération l’immense besoin d’amour de l’espèce humaine perdue dans le cosmos ? » se demandait Edgar Morin dans une convulsion poétique. Il semble bel et bien que ce temps soit advenu, ce temps de « l’espérance » et de « la magie du changement », qui sont bien sûr « à réinventer ».

Heureux comme un socialiste en France

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Hollande 2012

Les socialistes sont heureux. Il y a de quoi. La participation aux primaires a encore augmenté. Tout le monde sent obscurément que plus rien ne sera comme avant et que la Vème république est peut-être bien morte le 16 octobre 2011. On se consolera en se disant que depuis l’instauration du quinquennat et la quasi coïncidence des élections présidentielles et législatives, cette Marianne-là n’était plus que l’ombre cacochyme, hargneuse et autoritaire de la belle fille énergique et sociale qui avait repris la France en main en 1958. Il fallait voir Jean-François Copé et Christian Jacob sur les plateaux télé, encore plus blêmes que la semaine dernière, continuant à faire valoir les mêmes non-arguments arithmétiques ou les entendre répéter sans y croire qu’ils n’avaient pas de problèmes de leadership donc pas besoin de primaires. Sans rire. Il suffisait de constater l’absentéisme flagrant aux dernières journées parlementaires de l’UMP pour savoir à quoi ça ressemble, une fin de règne. Et se dire qu’une primaire avant la fin de l’année entre Sarkozy, Fillon, Copé, Bertrand et pourquoi pas Marine Le Pen dans le rôle d’un Baylet qui risquerait d’arriver en tête, ne donnerait pas forcément les résultats escomptés pour le président sortant.

Les socialistes sont heureux. Ils ont refait leur unité, sans doute autour du plus petit dénominateur commun, mais ils ont refait leur unité. On peut regretter que ce soit Hollande, en l’occurrence quand il y aurait pu avoir le volontarisme têtu et compétent de Martine Aubry, le flamboiement démondialisateur de Montebourg, la niaque néo-blairiste de Valls ou le côté habité, Eva Perón, de Ségolène dont le score s’explique aussi par le fait que les classes populaires auprès desquelles elle fait un carton affectif ne se dérangent habituellement pas pour voter et le font encore moins aux primaires.

Les socialistes ont refait leur unité comme jamais depuis le 21 avril 2002 qui fut encore aggravé par la guerre interne créée par le référendum de 2005 et la désignation, médiatique plus que militante, de la candidate lors de la fausse primaire de 2007. Certes, la belle photo de l’ensemble des candidats autour de Hollande, hier soir, sur les marches du siège du parti, avait quelque chose d’irréel. Mais que n’aurait-on pas dit si le camp aubryste avait tardé à reconnaître la défaite ! On a juste repéré un déglutissement un peu amer de Cambadélis ainsi qu’une phrase de Dray le hollandais sur le nécessaire rééquilibrage de la direction du PS. Bon, en même temps c’est insignifiant puisque c’est de Julien Dray qui nous rappelle au passage qu’Aubry n’a pas, comme le laissait entendre l’ami Luc Rosenzweig, le monopole des ex trotskystes dans son entourage. De toute façon, si vous voulez trouver un parti de gauche sans anciens trotskistes, vous pouvez chercher, à part le PCF, je ne vois pas…

Les socialistes sont heureux. Ils ont pu entendre par l’intermédiaire de Nadine Morano, qui au fur et à mesure que le quinquennat arrive vers son terme, accentue sa ressemblance avec un officier des cuirassiers à Eylau, chargeant sabre au clair sans se poser de question, à quoi vont se résumer les « éléments de langage » mis en place par l’Elysée. Pas grand-chose, à vrai dire. On va, à droite, insister sur l’inexpérience, notamment ministérielle, de François Hollande. Ils n’auront, les socialistes, pas trop de mal à objecter que François Hollande doit faire de la politique depuis qu’il a 17 ans, qu’il a su gouverner le Parti socialiste dans les années 2000 ce qui est largement aussi compliqué que d’éviter une guerre civile en France, et que dans la période 1997-2002, en tant que Premier secrétaire, il était associé quotidiennement aux décisions prises par Lionel Jospin Premier ministre.

En plus, il faudra expliquer à Nadine Morano et à ceux qui vont lui emboiter le pas, que l’argument de l’expérience, par les temps qui courent, n’est pas forcément le mieux venu : l’échec économique, social, politique de ceux qui savent donne plutôt l’envie de donner sa chance à un perdreau de l’année ou à celui qui sait se faire passer pour, à l’instar de Nicolas Sarkozy qui a réussi à faire croire qu’il était un homme neuf en 2007 alors qu’il avait derrière lui cinq ans de responsabilités dans des ministères régaliens.

Les socialistes sont heureux. Leur vieille idée fausse qu’une élection se gagne au centre s’incarne parfaitement dans la personne de Hollande. C’est une idée fausse parce que les élections de 2007 ont été gagnées par une droite qui a tenu un discours de droite alors que 1995, 2002 et 2007 ont été perdues par une gauche qui a tenu le langage du centre.

Maintenant, à Montebourg et Ségolène Royal de se faire entendre, l’un sur le protectionnisme, l’autre sur l’interdiction des licenciements boursiers en prouvant qu’il ne s’agissait pas chez eux d’un simple positionnement électoral. Sinon, cela agrandira l’espace politique du Front de Gauche qui, comme tous les sondages le montrent, est déjà plus fort avec Hollande qu’avec Aubry.

Les socialistes sont heureux. François Hollande a gagné et il sera le seul candidat, avant même que le premier citoyen ait déposé son bulletin dans l’urne en 2012, à avoir d’emblée la légitimité de 750 000 voix quand tous les autres ne pourront exciper, pour ceux qui auront eu de la chance, que de 500 signatures.

Les primaires ont inventé une nouvelle forme d’onction républicaine et les Français qui ont toujours aimé une certaine sacralisation dans leur rapport aux hommes de pouvoir risquent d’y être bien plus sensibles que ne l’auraient souhaité les autres candidats.

Un comble, pour François Hollande qui se rêve président « normal », de se retrouver dans la peau de Clovis à Reims.

Toi aussi, encule les Niçois !

Parc des princes. Photo : Néric Blein

Lors d’un dîner auquel je ne participais pas, une discussion a, comme cela arrive parfois, mené à un projet improbable. Quand mes parents m’en ont parlé, j’ai eu le tort de les vexer. « Encore un truc que vous ne ferez pas ! », ai-je répliqué. Je ne l’avais pas vu venir, mais mon père m’a pris au mot et chargé de prendre des places pour le prochain match du PSG au Parc des princes dans l’un des « kops» : pour les non-initiés, les « kops », ce sont ces tribunes situées dans les virages où se regroupent les supporteurs les plus turbulents et les plus assidus − en somme ceux qui font l’ambiance. On y voit peu d’intellectuels parisiens.

Les filles désiraient lever une partie du mystère qui enrobe cette passion masculine en découvrant l’ambiance d’un stade et mon père, qui n’y a pas mis les pieds depuis que je suis assez grand pour y aller seul, s’est gentiment laissé convaincre.

Voilà comment je me retrouve, sur le quai de la station Sèvres-Babylone, à distribuer à l’écrivain et cinéaste Yasmina Reza ainsi qu’à mes parents, Alain Finkielkraut et Sylvie Topaloff, leur place pour la tribune Boulogne.[access capability= »lire_inedits »]

Comme de coutume, arrivée à La Motte-Piquet, la rame est envahie par un cortège composite d’hommes déguisés en rouge et bleu. Le métro n’est déjà plus qu’une antichambre confinée du stade, et je doute de la capacité de ma troupe à tenir la dizaine de stations qui restent.

Pourtant, agglutiné contre la vitre, mon père, imperturbable, continue de parler excessivement fort de la demande de reconnaissance de l’État palestinien que Mahmoud Abbas doit adresser le lendemain à l’ONU. Je suis gêné, mais toujours aussi impressionné par cet esprit qui sait faire abstraction de tout ce qui l’entoure pour continuer de réfléchir.

Quand nous arrivons à la porte de Saint-Cloud, je retrouve avec plaisir cette atmosphère qui dégage une tension sans pareille. Aux abords du stade, la masse est affairée, résolue. Les plus jeunes courent, et la plupart trottinent. La foule avance en file indienne, mais dans des directions opposées en fonction des places de chacun, et il faut une agilité de danseur pour ne pas ralentir.

Arrivés devant la tribune, alors que le match est sur le point de commencer, nous devons encore patienter pour satisfaire à la fouille rituelle. Tout le monde est scandalisé par cette très insultante attente, et je me réjouis de voir Yasmina Reza et Alain Finkielkraut, eux aussi présumés hooligans, faire ainsi cause commune avec les supporteurs du PSG.

La tension monte, les supporteurs veulent entrer. Soudain, un chant d’encouragement destiné aux joueurs s’envole de la tribune qui nous fait face. Dehors, tout le monde le reprend en cœur. J’ai honte de le dire mais je frissonne : tout ce que j’ai toujours aimé dans ce stade est là. C’est l’inutilité de ce hurlement coordonné qui m’émeut. La ferveur qui se dégage de ce groupe et qui m’étreint n’est dépendante d’aucun engagement rationnel, d’aucun choix, si ce n’est celui − qui n’en est vraiment pas un −, de soutenir le club de foot de ma ville. Je suis rassuré de la savoir là, à ma disposition un week-end sur deux. Je suis d’ailleurs convaincu que la plupart des gens de ma génération ont eu besoin d’aller manifester contre Le Pen en 2002 pour ressentir un moment de communion comparable.

Enfin, nous pénétrons dans le stade. Ma mère et Yasmina ont l’air intrigué par ce qui les entoure : les gradins surchauffés du Parc. Aux aguets, elles observent alternativement les visages des spectateurs et le rectangle vert qui se dresse devant elles.
Dans les yeux de ces femmes si brillantes, je reverrais presque ceux du gamin de 7 ans que j’étais lorsque je suis venu pour la première fois. Presque, car au bout de cinq minutes, alors qu’une personne sur deux dans le stade porte un maillot ou une écharpe aux couleurs du PSG, Yasmina me tire par la manche et me demande très sérieusement laquelle des deux équipes est celle de Paris.

Le match suit son cours, on s’ennuie un peu, comme toujours. Alors le public nous distrait en insultant en cœur l’adversaire : on « encule les Niçois », ces « salopes », et l’arbitre aussi, cet « enculé ».

Comme on pouvait s’y attendre, mon père dénonce ces paroles débiles, ce manque d’élégance qu’on ne retrouve dans aucun sport, et rappelle que c’est pour ça qu’il ne vient plus. Le supporteur primitif en moi se rebelle un peu, mais je décide de me taire : chez les Finkielkraut, ce débat a lieu plusieurs fois par an… je passe pour cette fois. À ma grande surprise, c’est ma mère qui se retourne vertement vers mon père : « Mais enfin, c’est un jeu ! Moi aussi j’ai envie de dire que les Niçois sont des enculés, ça fait partie du folklore ! » Mon père la dévisage, tout à fait décontenancé.

Mon père peut être agaçant devant un match. Quand la partie se tend, tel un oiseau de mauvaise augure, il laisse libre court à son pessimisme légendaire. « Ils n’arrivent pas à marquer, ça sent le 0-0. » « S’ils font match nul face à Nice, c’est une catastrophe. » « On va s’en prendre un, c’est sûr. » Malheureusement, il s’y connaît, et il a très souvent raison, mais je me demande si son inébranlable et courageuse recherche de la vérité, à la base de tout son engagement intellectuel, a vraiment sa place ici.

Alors que Paris finit par marquer après avoir outrageusement dominé, le voilà qui lance : « Oh, maintenant, j’ai de la peine pour Nice. Allez Nice ! » Je remercie intérieurement le plan sécuritaire (et liberticide) qui a renvoyé du stade une partie des spectateurs violents : c’est sans doute grâce à lui que mon père ne s’est pas fait casser la gueule.

La fin de match est tendue. Le public joue son rôle en mettant la pression sur l’adversaire. C’est le moment que choisit ma mère pour achever de sidérer son mari : « Je ne comprends pas l’intérêt d’aller voir un match dans une autre tribune, on voit beaucoup moins bien qu’à la télévision, mais là au moins nous sommes au cœur de l’action ! »

Au coup de sifflet final, Yasmina me demande si on ne pourrait pas aller voir un match avec encore plus d’enjeu dans les semaines qui viennent. Avant que j’aie le temps de répondre, un type qui regarde sur son téléphone les scores des autres équipes exulte : « Oh putain !, Lyon a perdu, je bande ! »
Mes trois compagnons éclatent de rire.

Je considérais déjà le football comme l’un des opiums du peuple, mais l’étendue des ses effets n’a pas fini de me surprendre.[/access]

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Primaires : on s’est bien amusé

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photo : melty.fr

Très honnêtement, je n’aurais jamais cru, il y a quelques mois, que je prendrais autant de plaisir à cette séquence inédite de notre feuilleton politique. Tout d’abord parce que je ne suis pas socialiste et ne l’ai jamais été, et que j’ai longtemps regardé ces gens-là avec condescendance, voire pire. Pour ne rien arranger, la campagne de charlots savonnant ardemment la planche de leur madone allumée en 2007 m’avait laissé un souvenir saumâtre.

C’est donc très progressivement, sans y faire attention et sans m’en rendre compte, que je me suis pris au jeu. Un peu comme trois millions de Français, en fait. Pour ma part, c’est le grand souffle d’air frais apporté par Arnaud «Démondialisator» Montebourg qui m’a embringué dans l’affaire, mais il y a eu, j’imagine, mille autres cheminements. La charmante jeune présidente de mon bureau de vote, avec qui j’ai grillé une cigarette devant la salle municipale de la rue Michelet, croyait pour sa part surtout aux réformes sociétales, et notamment au mariage gay et au droit à l’adoption afférent. La gauche est une grande maison…

Or, si je suis aussi content du résultat, c’est aussi parce qu’à mes yeux François Hollande est de loin le plus apte à faire tenir tout ce monde disparate dans le même bateau. Et à faire voguer ledit bateau dans la tempête. Je n’ai ni haine ni mépris pour l’actuel chef de l’Etat, mais je pense qu’après avoir été un excellent candidat, il a été un mauvais président. Je souhaite qu’il parte et très logiquement, je souhaitais que le candidat que la gauche se donnerait soit à même de faire ce job. Sans tenir compte des sondages, je suis certain que Martine aurait explosé en vol, qu’elle serait tombée dans tous les pièges à éléphants disposés sur son parcours par Sarkozy, qu’elle se serait laissé prendre en otage par les mouvances sociétalistes, fédéralistes, sanspapiéristes, et autres zélateurs de l’éolienne, du Hamas ou du clitoris.

En outre, les 35 heures façon Aubry, donc agrémentées de la flexibilité du temps de travail et de la réduction drastique des heures sup’ ont laissé un très mauvais souvenir aux prolos et aux caissières, et ce n’est pas parce qu’on est à découvert dès le quinze du mois qu’on a la mémoire courte. Bref Martine Aubry, c’était mi-Ségo, mi-Jospin, les plus avisés de mes amis sarkozystes ne s’y sont pas trompés en allant voter pour elle en douce deux dimanches de suite.

Or, il faut être clair: sans primaires, avec un vote des seuls militants, le choix du candidat de la direction du parti – devenu une candidate après les aléas qu’on sait – était acté d’avance.

Mais les primaires ne nous ont pas seulement débarrassés de la sparring-partner dont Sarkozy rêvait. Elles ont aussi permis, je le disais plus haut, à la gauche de renouer avec un vrai commencement de débat d’idées. Quand Arnaud Montebourg dit qu’il a sorti le PS du formol, il a raison, et on n’a pas fini de parler de démondialisation. Et je pense qui si Manuel Valls avait été plus audacieux sur la laïcité ou l’insécurité, il aurait lui aussi franchi la barre des 10%. Pour la première fois depuis des lustres, le débat interne au PS n’est pas seulement un choc d’ambitions personnelles, mais aussi un chaudron bouillonnant avec des vrais morceaux d’idéologie dedans. Le pire y côtoie le meilleur, mais bon, c’est aussi ça, la démocratie -même si je regrette souvent que tout le monde ne soit pas d’accord avec moi,…

Bref, la force de ces primaires aura été de réintroduire de la politique dans la politique, et ça, c’est vraiment bien. Il ne reste plus qu’à gagner une présidentielle survoltée contre un candidat surdoué, et pour ça, si ça se trouve, il faudra, en plus de la finesse politique, de la ruse, de la discipline, de l’ambition, de la folie et un rien de goût du sang. Bon appétit, François !

Marc Zuckerberg au secours des Frères Musulmans

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Vous connaissez la dernière ? Non, pas l’élection interne dont on nous rebat les oreilles depuis hier soir, je veux parler d’une info essentielle qui changera la face du monde journalistique : Causeur vient de dépasser les 5000 « fans » sur sa page Facebook.

Alors qu’en bon adjudant, je passais en revue notre armée virtuelle, une petite pastille retint mon attention hier soir. Sur le côté, à droite, là où Facebook fait son beurre en nous noyant sous un flot de publicités, figurait un encadré Ikhwanwiki (littéralement : « wiki des Frères »).

Ni une ni deux, je clique dessus et me retrouve nez à nez avec la version wikipédia… des Frères Musulmans égyptiens.

Un peu comme wikiberal pour les aficionados de Georges Kaplan ou metapedia pour les nostalgiques de Fort Chabrol, Wikipédia fournit une plate-forme encyclopédique à la confrérie des disciples de Hassan al-Banna. Sur ces pages, un vrai petit kit du militant vous attend, avec vidéos de propagande et articles hagiographiques à l’appui.

Je vous vois venir, vous pensez que le cynisme entrepreneurial de Facebook pousse la firme de Marc Zuckerberg à épouser au millimètre les préoccupations supposées de ses utilisateurs. En effet, mon abonnement à diverses newsletters de presse égyptiennes n’est sans doute pas étranger à l’irruption impromptue de cette pub interlope.

Pour ma part, une fois n’est pas coutume, je me risquerai à une interprétation beaucoup moins systématique. Et si, comme Steve Jobs, Marc Zuckerberg était un visionnaire de génie, lisant le sombre avenir de l’Egypte dans les combinaisons internautiques de ses chers usagers ?

Delors « décontamine » le programme du FN

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Jacques Delors, père de l’ « impétrante » Martine Aubry et accessoirement ancien président de la Commission Européenne, vient de jeter un nouveau pavé dans la mare.

Cette fois-ci, il ne désavoue pas sa fille en préférant le quinquennat Sarkozy aux années Chirac. Pis, il piétine le dogme de l’infaillibilité européenne en prônant carrément une refonte des traités européens qui permettrait à certains pays d’abandonner la monnaie unique.

Évidemment, ce père indigne vise avant tout les brebis galeuses de l’euro que sont la Grèce et, dans une moindre mesure, l’Espagne, le Portugal et l’Italie. Regrettant logiquement l’absence de coordination économique de la zone euro sans se contenter de pleurer sur le lait renversé, il préconise l’adoption d’un nouveau traité prévoyant la « possibilité de sortir un pays de la zone euro avec une majorité (des États membres) surqualifiée de 75% ».

Dans les colonnes du Monde, l’autre vieux Jacques contredit donc ses amis sociaux-démocrates qui lisent l’avenir d’une France sans euro dans L’Apocalypse de Saint Jean. De quoi désarçonner les argumentaires anti-FN du duo Aubry-Hollande, qui nous répète que la France et la Grèce se ruineraient en sortant de l’euro.

Décidément, on est bien loin de « la France qu’on aime » et du bisounoursisme chers à la maire de Lille.

Et si l’octogénaire Delors était aussi handicapant pour Martine Aubry que Jean-Marie pour Marine ?

Michéa et les bons esprits

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Montage : http://cuicuifitloiseau.blogspot.com

Depuis quelques années, de bons esprits s’emploient à démontrer les inconséquences (ou les dangereuses conséquences) du progressisme, à en démonter les mystifications et à dénoncer cette forme nouvelle d’inquisition dont les dogmes sont l’antiracisme, la haine des limites, le mépris du peuple et l’éloge obligatoire du déracinement.

Ces bons esprits, dont certains ont su trouver un succès justifiant les espoirs des franges les plus lucides de la population française, sont souvent de bons républicains, nostalgiques d’une nation une et indivisible où l’École éduquait, où le passé n’était pas nié ou présenté comme une suite de massacres et d’injustices, où l’immigré s’intégrait à une culture respectée, où la France rayonnait par ses arts, ses lettres… et sa force de frappe atomique. De droite, de gauche, parfois − mais très rarement − du centre, ces bons esprits admirent généralement la belle langue classique du général de Gaulle, la rigueur de Pierre Mendès France, le Parti communiste français des années 1950, les plus réactionnaires d’entre eux cultivant même une tendresse particulière pour Richelieu et Louis XIV. [access capability= »lire_inedits »]

Défenseurs de belles traditions françaises, ces érudits ont le grand mérite de mettre en transe l’inquiétante Clémentine Autain, de croiser le fer avec le sinistre Bégaudeau et de contester les nombreux mutins de Panurge régulièrement lancés sur le marché de la culture et de la politique.

Notons enfin qu’ils se sont souvent manifestés par leur attachement à la souveraineté nationale et par leur refus, au nom de l’un et de l’indivisible, du « communautarisme et de ses démons ». Tout cela n’a rien de bien exaltant mais s’avère plus sympathique que les divagations d’Attali sur le nouvel ordre nomade.

Une lecture superficielle du dernier livre de Jean-Claude Michéa, qui voudrait le récupérer au profit d’une quelconque politique (par exemple celle du triste Mélenchon ou d’un souverainisme d’avant-hier) pourrait suggérer que notre philosophe orwellien est dans la ligne de ces bons esprits.

Certes, Michéa partage nombre de leurs cibles, et critique justement la passion délirante pour toutes les innovations à laquelle on reconnaît la gauche la plus moderne. Il analyse finement la conjugaison, chez le lecteur de Libé (archétype du bourgeois de gauche), de la fascination pour la « caillera » et du dégoût pour le peuple ; et relève enfin la contribution des nouvelles gauches (les nouvelles radicalités chères aux Inrocks et à Toni Negri) aux figures les plus modernes de l’aliénation. Ce sont là des critiques et des réflexions qu’il a en commun avec un Alain Finkielkraut ou un Éric Zemmour.

Or, l’originalité et la force particulière de la pensée de Michéa se trouvent davantage dans les prémisses de sa critique de la modernité, dans les raisons et les fidélités historiques qu’il dresse face à l’impasse libérale, que dans ses convergences avec tel ou tel esprit « réactionnaire ».

En effet, pas plus qu’il ne s’oppose à l’état présent du monde au nom du rétablissement de l’ordre gaulliste (version Zemmour), il ne se satisfait pas du conservatisme élégant et désabusé d’un Finkielkraut que la barbarie contemporaine trouble et indispose.

Sa pensée s’obstine à chercher les voies de l’émancipation − un gros mot pour beaucoup de nos intellectuels qui se vouent désormais aux luttes pour la parité et contre les discriminations − en méditant sur les conditions d’une démocratie authentiquement populaire, où le peuple ne serait plus le souverain abstrait[1. Cette masse anonyme qui se fait représenter et que l’on invoque en période électorale. des démocraties libérales mais une fraternité d’hommes libres et responsables.].

Par ces « temps de basses eaux » (Castoriadis) et d’inculture généralisée, c’est l’une des singularités de Michéa que de renouer le fil d’une tradition socialiste et anarchiste dont le développement fut brisé par l’hégémonie marxiste-léniniste sur le mouvement ouvrier, puis par la domination stalinienne sur les partis des classes populaires[2. « Il faut savoir finir une grève », disait le gros Thorez, avant d’aller dîner avec les représentants de la social-démocratie patronale.], et enfin par la liquidation des derniers résidus du socialisme[3. Et donc de l’opposition radicale à la vision libérale de l’homme en société.] de la part d’une gauche trop heureuse de jouir des bienfaits de la mobilité et des bénéfices de la spéculation.

Michéa remet cette tradition à jour en refusant l’atomisation des sociétés libérales avancées autant que les phantasmes d’homogénéité qui animent les idéologies totalitaires. Son opposition − dès leur apparition sur la scène historique − aux illusions du progrès et aux idoles de la croissance et du développement industriel pourrait inspirer des politiques alternatives ainsi qu’une critique sociale qui ne serait plus la chasse gardée des intellectuels professionnels.

Dans cette filiation socialiste et anarchiste, on retrouve la critique de l’individualisme des Lumières par le socialiste français Pierre Leroux, la défense et l’illustration de la « décence commune » − cette capacité morale de l’homme du commun à refuser l’ubris et « les choses qui ne se font pas » − par George Orwell, mais aussi les différentes expériences de l’anarcho-syndicalisme et l’analyse des conditions anthropologiques du capitalisme par le Pasolini des Écrits corsaires.

Ces références offrent de beaux outils pour saisir et combattre le système de servitude mondialisée sans céder aux nostalgies autoritaires de certains bons esprits impatients. La pensée de Michéa, qui s’inscrit dans cet héritage et le complète[4. En s’inspirant notamment des travaux des psychanalystes sur les pathologies de l’individualisme contemporain.] a le mérite de se livrer à un démontage global de la modernité techno-libérale.

Jean-Claude Michéa n’est pas de ceux qui se lamentent des conséquences dont ils chérissent les causes, selon le mot toujours actuel de Bossuet. Ni de ceux qui dénoncent l’horreur de la transgression dans les escroqueries sans-papiéristes ou le tag d’un crétin à capuche tout en ménageant les manipulations génétiques ou l’installation d’une centrale nucléaire de nouvelle génération. C’est décidément un auteur que nos bons esprits devraient lire et méditer.[/access]

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Obama repart en campagne

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Image : gademocrats

Ça y est. Trois ans après son élection, Barack Obama vient de lancer sa nouvelle campagne présidentielle. Désormais, sa priorité est de marquer ses différences avec les Républicains en les accusant d’empêcher le gouvernement de prendre les mesures économiques nécessaires pour relancer l’économie, l’emploi et le pouvoir d’achat.

Jusqu’à l’été dernier, pendant les trente premiers mois de son mandat, le président démocrate avait toujours recherché le compromis. Bénéficiant initialement de la majorité démocrate dans les deux chambres, Obama avait tenu à négocier avec les Républicains, sans jamais leur forcer la main ni leur imposer ses solutions. Il voulait rassembler et proposer une politique non partisane. A l’intérieur comme à l’extérieur, ses discours ont d’ailleurs toujours été suivis d’actes inscrits dans la tradition de la plus pure realpolitik.

Or, non seulement cette stratégie politique n’a pas eu les résultats escomptés, mais le raidissement idéologique des Républicains a rendu son exercice impossible. Depuis cet été et l’échec des négociations entre Obama et les leaders républicains sur la question de la dette, il est devenu évident que le Tea Party, relayé par ses militants sur le terrain et ses élus à Washington, enferme le camp républicain dans le piège du puritanisme idéologique. En campagne pour sa réélection, Obama a compris le message et essaie de prendre ses rivaux à leur propre jeu. Le rassembleur au-dessus de la mêlée a ainsi laissé place au candidat démocrate à sa propre succession. C’est ce changement de stratégie politique qui explique l’échec de son plan emploi, que le Sénat a rejeté le 11 octobre malgré une campagne de terrain vigoureuse menée en fanfare par Obama. En fait, l’échec prévisible de ce plan constitue une manœuvre politicienne d’Obama et des Démocrates pour mettre les Républicains dans l’embarras.

Pris dans sa globalité, le plan pour l’emploi d’Obama avait en effet toutes les chances de bénéficier d’un soutien bipartisan confortable. Il s’agissait d’une série de mesures d’un coût total de 447 milliards de dollars : des grands chantiers de travaux publics, impulsés et pilotés par les Etats et financés par Washington, des subventions permettant aux Etats de ne pas licencier de fonctionnaires (enseignants, policiers et pompiers…) et des réductions d’impôts plafonnées à 106 000 dollars de revenu annuel dont profiteraient 160 millions d’Américains. Il y a un an, ou même il y a trois mois, Obama se serait réjoui de voir ce package adopté à une large majorité, jusque chez les républicains.

Mais aujourd’hui, le consensus n’est plus son objectif. Ainsi, les stratèges politiques démocrates ont décidé d’ajouter une mesure symbolique forte : une surtaxe de 5,6 % sur les revenus annuels dépassant le million de dollars par an. En promouvant cette « taxe des riches » (ou « Buffet tax », du nom du milliardaire américain qui l’a proposée), Obama pousse les républicains dans leurs retranchements, entravant le soutien des plus ouverts d’entre eux, qui approuvent par ailleurs l’essentiel du plan présidentiel. Obama sait que la taxe des millionnaires est une mesure très populaire et il n’ignore pas que la pression des militants Tea Party qui exigent moins d’impôts et moins d’Etat lie les mains de sénateurs républicains. Le piège parfait se referme sur ses proies.

Contrairement à ce qu’il aurait fait jusqu’à récemment, Obama ne s’est pas efforcé de négocier un compromis avec les républicains, mais il a parcouru les Etats-Unis pour marteler son message dans ce qui ressemble à une primaire solitaire : « La taxe des riches est juste, mon plan va créer de l’emploi et mettre de l’argent dans vos poches mais les Républicains le bloquent parce qu’ils servent un intérêt partisan plutôt que l’intérêt général de la nation ».

Mardi 11 octobre, en s’opposant au vote du plan, les républicains ont foncé tout droit dans l’embuscade qui leur était tendue par la Maison Blanche et les Démocrates. Ils ne pouvaient probablement pas faire autrement et leur embarras était palpable : aussitôt connus les résultats du vote, certains sénateurs ont fait savoir qu’ils ne feraient aucune obstruction si ces mesures étaient présentées une par une, plutôt que sous la forme globale d’un « à prendre ou à laisser » sans nuances.

Toute la question est de savoir si la stratégie présidentielle de refus des compromis sera payante et si le chef de l’exécutif pourra passer, aux yeux de l’opinion publique, pour la victime impuissante des manœuvres politiciennes de ses adversaires républicains. L’enjeu est de taille, car sur le terrain, les chiffres sont cruels : quand Barack Obama a emménagé à la Maison-Blanche, il y avait 132,8 millions de salariés aux Etats-Unis. Aujourd’hui, 32 mois et des centaines de milliards de dollars plus tard, ils ne sont plus que 131,3 millions…

La teinture de François Hollande

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Des cheveux teints, une bouille de gosse un peu faux-cul, une gestuelle maladroite, aucun magnétisme et peu d’idées originales, voici le candidat que la gauche s’est choisie comme challenger dimanche soir au terme de ses « primaires citoyennes ». Il n’a qu’un mot à la bouche : rassembler. Il veut rendre à la France tout ce dont l’Infâme Nicolas Sarkozy l’a dépossédée pendant cinq ans.

Cet apparatchik du parti socialiste la joue modeste. Le peuple français est un peu énervé, il va le calmer. Ce n’est pas un programme très exaltant, mais vu l’état du malade quelques professeurs et quelques infirmières de plus, cela s’impose. Cette démagogie douce, bienveillante, humaniste, ne heurtera en définitive personne. C’est comme sa teinture, elle passe inaperçue. C’est comme sa nouvelle silhouette : on a déjà oublié ses kilos en trop. On oubliera bientôt son programme. Trop inconsistant.

Ce n’est pas qu’il soit antipathique, François Hollande. Il est à la politique ce que Tahar Ben Jelloun est à la littérature. Il incarne une forme de fadeur qui lassera vite, sauf peut-être les institutrices et les infirmières. On attendait un candidat neuf et on nous refile une vieillerie.

La teinture ne fait pas tout.

Hollande, morne plaine

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Les socialistes veulent vraiment le pouvoir, voilà l’élément fondamentalement nouveau apparu au cours des primaires citoyennes qui se sont terminées par la nette victoire de François Hollande hier soir. L’ensemble de ce processus inédit a démontré que les leaders de la génération laissée en rade par Lionel Jospin le soir du 21 avril 2002 ont finalement réussi à s’apprivoiser entre eux en trouvant un moyen original d’assumer leurs divergences sans pour autant offrir le spectacle d’une lutte florentine, leur pêché mignon.

Il leur aura fallu dix ans pour retrouver des couleurs présentables à une présidentielle et afficher ce visage conquérant. Dix années partagées entre les synthèses molles d’un François Hollande premier secrétaire, une bataille qui vira au combat fratricide sur la question européenne (à l’occasion du référendum sur le Traité Constitutionnel Européen, qui préfigura la campagne présidentielle atterrante de 2007), et enfin le fiasco du congrès de Reims en novembre 2008 où l’opacité le disputa à l’irrégularité pour liquider « l’épisode Royal ». Durant cette période, le PS étant devenu le « parti des territoires » vainqueur de toutes les élections locales, son incapacité à définir un projet clairement alternatif à celui de la droite pouvait laisser penser qu’il était prêt à se satisfaire de ce rôle somme toute confortable.

Puis un héros vint de l’ouest. Une vieille gloire des années Jospin qui avait trouvé un asile doré à Washington fut exhumée par la baguette magique des sondages. L’élite des journalistes avait trouvé un remplaçant à Nicolas Sarkozy, que l’encombrante impopularité commençait à rendre indéfendable. Installé sur le trône avant d’avoir fait mine d’y songer, DSK minutait son retour avec l’application d’un horloger suisse mais neuf minutes obscures dans une chambre d’hôtel firent tout chavirer. L’heure de François Hollande était venue.

Le banni de Reims, renvoyé dans sa Corrèze élective après que Martine Aubry fut intronisée cheffe de l’opposition presque contre sa volonté, sillonnait pourtant « la France des régions » depuis un an, reprenant langue avec tout ce que le monde socialiste compte de baronnies. Il a suffi de cinq jours après la sidération provoquée par les nouvelles du Sofitel et de Rikers Island pour qu’un sondage TNS-SOFRES permette au vide d’être comblé. La « prophétie auto réalisatrice », comme Jean-Luc Mélenchon baptisa la dynamique Hollande, se mit en place, sans que le premier intéressé ne fit rien. Une curieuse alchimie opéra et l’ex premier secrétaire glissa alors naturellement dans le costume prêté jusque là à DSK. Le promoteur de la présidence « normale », hier moqué, transforma soudain en moues enjouées les sourires compatissants qui se dessinaient jusqu’ici sur les visages à l’évocation de sa candidature. Il vola en tête des sondages, se composant un personnage super sérieux, aussi concentré sur son régime qu’assumant une ligne on ne plus centriste. Chirac y alla même de son bon mot de légitimation, profitant de sa proximité corrézienne avec François Hollande pour envoyer une pique à son successeur.

On verra bien le 6 mai prochain si cette tranche de peuple a eu raison. En attendant, la gauche va soutenir à l’élection présidentielle l’ex-compagnon de sa précédente candidate et offrir à leurs enfants une seconde chance d’avoir un de leurs parents à la tête du pays, chose anecdotique si elle n’était un symbole furieux de l’endogamie des élites. Au moins, « ce couple est une réussite » comme l’a finement fait remarquer Ségolène Royal.

Mais comme chacun sait, après la famille, il y a la France, « nation politique » par excellence selon un mythe qui se vérifie de façon assez irrégulière. Et c’est bien là que le bât blesse. Le choix qui nous est proposé, du moins quant aux postulants ayant une chance d’arriver au bout de la course, peut-il être autrement résumé que celui entre l’impuissance de gauche et l’impuissance de droite ? En réalité, les horizons que nous promettent Sarkozy et Hollande ne sont pas si éloignés tant leur récent discours se place sous la même tutelle : la dette.

De manière prémonitoire, ils s’étaient affichés ensemble à la une de Paris Match le 17 mars 2005 alors qu’ils défendaient le « oui » au TCE. Ils ont le même âge, furent élus pour la première fois députés en 1988 et s’élevèrent parallèlement dans les hauteurs de leurs partis respectifs en partageant un même objectif élyséen. Bref, ils ne se sont jamais vraiment quittés et l’affrontement à venir entre eux ravira les amateurs de téléologie politique. Leur seul face à face électoral direct remonte à 1999, lorsque Nicolas Sarkozy remplaça au pied levé Philippe Séguin à la tête de la liste RPR pour les élections européennes. Ce fut une déculottée mémorable pour l’actuel président et les proches de Hollande n’ont pas manqué de rappeler cet épisode pour convaincre que ce qui fut fait peut être réédité.

Quel que soit celui qui remporte le deuxième round, espérons que le match soit plus grisant que des joutes du type : « C’est moi le plus crédible pour gérer la dette », « non c’est moi, toi tu veux plus de fonctionnaires ! ». Car, si les socialistes affichent une réelle une volonté de prendre le pouvoir, ou « d’arriver aux responsabilités » comme dit Hollande, très partisan de novlangue bureaucratique, il serait intéressant de faire de son « rêve français » autre chose qu’un accompagnement du lent et progressif recul du pays[1. Même si nous avons de beaux restes et pour encore longtemps.].

Si les époques peuvent être jugées aux vertiges politiques qu’elles offrent, la notre est du genre pathétique. C’est assurément de notre faute à tous, nous avons les dirigeants que nous méritons. Et quel mérite ! « Hollande, Morne plaine entre Maastricht et Amsterdam », comme me l’a dépeint un ami socialiste cruel mais si lucide quant à l’européisme béat du candidat socialiste. A droite, Nicolas Sarkozy « devint président grâce au génie du peuple français qui a été d’éviter que ne fut ce qui ne devait pas être » me glisse un contempteur anonyme du (ségolène) royalisme.

Mais après tout, les français étant bien persuadés que « Bernard Tapie est un entrepreneur, Claire Chazal une journaliste, et BHL un philosophe », on peut leur faire confiance pour trouver à Hollande toutes les qualités d’un président comme ils l’ont fait pour Sarkozy.

Féérie socialiste et novlangue du progrès

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La primaire socialiste s’achève et l’on oscille déjà entre nostalgie et soulagement. Et pas seulement parce que cette séquence politique inédite nous aura familiarisés avec la novlangue du progrès.

Nostalgie, parce que nous nous sommes attachés aux figures de proue de cette « révolution citoyenne ». François, Martine, Ségolène ou Arnaud ont su imposer un « processus résolument moderne » et une « autre façon de faire de la politique ». Dans une optique « collective et participative » visant à « remettre l’électeur au centre du système », ils sont parvenus à susciter « l’implication responsable » de 2,7 millions de français.

Nous éprouvons aussi du soulagement. Faisant mentir les prophètes de malheur, et évitant avec brio « le piège de la cacophonie », les caciques socialistes se sont immédiatement rangés derrière leur champion, communiant dans la joie œcuménique « des idées et des rêves ». Voici donc venu le temps du « rassemblement des forces de progrès ». François Hollande aura besoin de toutes les bonnes volontés pour insuffler au « peuple de gauche » un « désir d’avenir » et une « éthique du dialogue ».

En prenant massivement part à la primaire « citoyenne », militants et sympathisants ont en effet exprimé leur volonté de « changer la vie ». Voici donc les socialistes devant un défi historique. Car, comme le disait le généticien Axel Kahn, soutien de Martine Aubry, « réenchanter le progrès c’est le refonder ».

« Quand donc la politique prendra-t-elle en considération l’immense besoin d’amour de l’espèce humaine perdue dans le cosmos ? » se demandait Edgar Morin dans une convulsion poétique. Il semble bel et bien que ce temps soit advenu, ce temps de « l’espérance » et de « la magie du changement », qui sont bien sûr « à réinventer ».

Heureux comme un socialiste en France

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Hollande 2012

Les socialistes sont heureux. Il y a de quoi. La participation aux primaires a encore augmenté. Tout le monde sent obscurément que plus rien ne sera comme avant et que la Vème république est peut-être bien morte le 16 octobre 2011. On se consolera en se disant que depuis l’instauration du quinquennat et la quasi coïncidence des élections présidentielles et législatives, cette Marianne-là n’était plus que l’ombre cacochyme, hargneuse et autoritaire de la belle fille énergique et sociale qui avait repris la France en main en 1958. Il fallait voir Jean-François Copé et Christian Jacob sur les plateaux télé, encore plus blêmes que la semaine dernière, continuant à faire valoir les mêmes non-arguments arithmétiques ou les entendre répéter sans y croire qu’ils n’avaient pas de problèmes de leadership donc pas besoin de primaires. Sans rire. Il suffisait de constater l’absentéisme flagrant aux dernières journées parlementaires de l’UMP pour savoir à quoi ça ressemble, une fin de règne. Et se dire qu’une primaire avant la fin de l’année entre Sarkozy, Fillon, Copé, Bertrand et pourquoi pas Marine Le Pen dans le rôle d’un Baylet qui risquerait d’arriver en tête, ne donnerait pas forcément les résultats escomptés pour le président sortant.

Les socialistes sont heureux. Ils ont refait leur unité, sans doute autour du plus petit dénominateur commun, mais ils ont refait leur unité. On peut regretter que ce soit Hollande, en l’occurrence quand il y aurait pu avoir le volontarisme têtu et compétent de Martine Aubry, le flamboiement démondialisateur de Montebourg, la niaque néo-blairiste de Valls ou le côté habité, Eva Perón, de Ségolène dont le score s’explique aussi par le fait que les classes populaires auprès desquelles elle fait un carton affectif ne se dérangent habituellement pas pour voter et le font encore moins aux primaires.

Les socialistes ont refait leur unité comme jamais depuis le 21 avril 2002 qui fut encore aggravé par la guerre interne créée par le référendum de 2005 et la désignation, médiatique plus que militante, de la candidate lors de la fausse primaire de 2007. Certes, la belle photo de l’ensemble des candidats autour de Hollande, hier soir, sur les marches du siège du parti, avait quelque chose d’irréel. Mais que n’aurait-on pas dit si le camp aubryste avait tardé à reconnaître la défaite ! On a juste repéré un déglutissement un peu amer de Cambadélis ainsi qu’une phrase de Dray le hollandais sur le nécessaire rééquilibrage de la direction du PS. Bon, en même temps c’est insignifiant puisque c’est de Julien Dray qui nous rappelle au passage qu’Aubry n’a pas, comme le laissait entendre l’ami Luc Rosenzweig, le monopole des ex trotskystes dans son entourage. De toute façon, si vous voulez trouver un parti de gauche sans anciens trotskistes, vous pouvez chercher, à part le PCF, je ne vois pas…

Les socialistes sont heureux. Ils ont pu entendre par l’intermédiaire de Nadine Morano, qui au fur et à mesure que le quinquennat arrive vers son terme, accentue sa ressemblance avec un officier des cuirassiers à Eylau, chargeant sabre au clair sans se poser de question, à quoi vont se résumer les « éléments de langage » mis en place par l’Elysée. Pas grand-chose, à vrai dire. On va, à droite, insister sur l’inexpérience, notamment ministérielle, de François Hollande. Ils n’auront, les socialistes, pas trop de mal à objecter que François Hollande doit faire de la politique depuis qu’il a 17 ans, qu’il a su gouverner le Parti socialiste dans les années 2000 ce qui est largement aussi compliqué que d’éviter une guerre civile en France, et que dans la période 1997-2002, en tant que Premier secrétaire, il était associé quotidiennement aux décisions prises par Lionel Jospin Premier ministre.

En plus, il faudra expliquer à Nadine Morano et à ceux qui vont lui emboiter le pas, que l’argument de l’expérience, par les temps qui courent, n’est pas forcément le mieux venu : l’échec économique, social, politique de ceux qui savent donne plutôt l’envie de donner sa chance à un perdreau de l’année ou à celui qui sait se faire passer pour, à l’instar de Nicolas Sarkozy qui a réussi à faire croire qu’il était un homme neuf en 2007 alors qu’il avait derrière lui cinq ans de responsabilités dans des ministères régaliens.

Les socialistes sont heureux. Leur vieille idée fausse qu’une élection se gagne au centre s’incarne parfaitement dans la personne de Hollande. C’est une idée fausse parce que les élections de 2007 ont été gagnées par une droite qui a tenu un discours de droite alors que 1995, 2002 et 2007 ont été perdues par une gauche qui a tenu le langage du centre.

Maintenant, à Montebourg et Ségolène Royal de se faire entendre, l’un sur le protectionnisme, l’autre sur l’interdiction des licenciements boursiers en prouvant qu’il ne s’agissait pas chez eux d’un simple positionnement électoral. Sinon, cela agrandira l’espace politique du Front de Gauche qui, comme tous les sondages le montrent, est déjà plus fort avec Hollande qu’avec Aubry.

Les socialistes sont heureux. François Hollande a gagné et il sera le seul candidat, avant même que le premier citoyen ait déposé son bulletin dans l’urne en 2012, à avoir d’emblée la légitimité de 750 000 voix quand tous les autres ne pourront exciper, pour ceux qui auront eu de la chance, que de 500 signatures.

Les primaires ont inventé une nouvelle forme d’onction républicaine et les Français qui ont toujours aimé une certaine sacralisation dans leur rapport aux hommes de pouvoir risquent d’y être bien plus sensibles que ne l’auraient souhaité les autres candidats.

Un comble, pour François Hollande qui se rêve président « normal », de se retrouver dans la peau de Clovis à Reims.

Toi aussi, encule les Niçois !

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Parc des princes. Photo : Néric Blein

Lors d’un dîner auquel je ne participais pas, une discussion a, comme cela arrive parfois, mené à un projet improbable. Quand mes parents m’en ont parlé, j’ai eu le tort de les vexer. « Encore un truc que vous ne ferez pas ! », ai-je répliqué. Je ne l’avais pas vu venir, mais mon père m’a pris au mot et chargé de prendre des places pour le prochain match du PSG au Parc des princes dans l’un des « kops» : pour les non-initiés, les « kops », ce sont ces tribunes situées dans les virages où se regroupent les supporteurs les plus turbulents et les plus assidus − en somme ceux qui font l’ambiance. On y voit peu d’intellectuels parisiens.

Les filles désiraient lever une partie du mystère qui enrobe cette passion masculine en découvrant l’ambiance d’un stade et mon père, qui n’y a pas mis les pieds depuis que je suis assez grand pour y aller seul, s’est gentiment laissé convaincre.

Voilà comment je me retrouve, sur le quai de la station Sèvres-Babylone, à distribuer à l’écrivain et cinéaste Yasmina Reza ainsi qu’à mes parents, Alain Finkielkraut et Sylvie Topaloff, leur place pour la tribune Boulogne.[access capability= »lire_inedits »]

Comme de coutume, arrivée à La Motte-Piquet, la rame est envahie par un cortège composite d’hommes déguisés en rouge et bleu. Le métro n’est déjà plus qu’une antichambre confinée du stade, et je doute de la capacité de ma troupe à tenir la dizaine de stations qui restent.

Pourtant, agglutiné contre la vitre, mon père, imperturbable, continue de parler excessivement fort de la demande de reconnaissance de l’État palestinien que Mahmoud Abbas doit adresser le lendemain à l’ONU. Je suis gêné, mais toujours aussi impressionné par cet esprit qui sait faire abstraction de tout ce qui l’entoure pour continuer de réfléchir.

Quand nous arrivons à la porte de Saint-Cloud, je retrouve avec plaisir cette atmosphère qui dégage une tension sans pareille. Aux abords du stade, la masse est affairée, résolue. Les plus jeunes courent, et la plupart trottinent. La foule avance en file indienne, mais dans des directions opposées en fonction des places de chacun, et il faut une agilité de danseur pour ne pas ralentir.

Arrivés devant la tribune, alors que le match est sur le point de commencer, nous devons encore patienter pour satisfaire à la fouille rituelle. Tout le monde est scandalisé par cette très insultante attente, et je me réjouis de voir Yasmina Reza et Alain Finkielkraut, eux aussi présumés hooligans, faire ainsi cause commune avec les supporteurs du PSG.

La tension monte, les supporteurs veulent entrer. Soudain, un chant d’encouragement destiné aux joueurs s’envole de la tribune qui nous fait face. Dehors, tout le monde le reprend en cœur. J’ai honte de le dire mais je frissonne : tout ce que j’ai toujours aimé dans ce stade est là. C’est l’inutilité de ce hurlement coordonné qui m’émeut. La ferveur qui se dégage de ce groupe et qui m’étreint n’est dépendante d’aucun engagement rationnel, d’aucun choix, si ce n’est celui − qui n’en est vraiment pas un −, de soutenir le club de foot de ma ville. Je suis rassuré de la savoir là, à ma disposition un week-end sur deux. Je suis d’ailleurs convaincu que la plupart des gens de ma génération ont eu besoin d’aller manifester contre Le Pen en 2002 pour ressentir un moment de communion comparable.

Enfin, nous pénétrons dans le stade. Ma mère et Yasmina ont l’air intrigué par ce qui les entoure : les gradins surchauffés du Parc. Aux aguets, elles observent alternativement les visages des spectateurs et le rectangle vert qui se dresse devant elles.
Dans les yeux de ces femmes si brillantes, je reverrais presque ceux du gamin de 7 ans que j’étais lorsque je suis venu pour la première fois. Presque, car au bout de cinq minutes, alors qu’une personne sur deux dans le stade porte un maillot ou une écharpe aux couleurs du PSG, Yasmina me tire par la manche et me demande très sérieusement laquelle des deux équipes est celle de Paris.

Le match suit son cours, on s’ennuie un peu, comme toujours. Alors le public nous distrait en insultant en cœur l’adversaire : on « encule les Niçois », ces « salopes », et l’arbitre aussi, cet « enculé ».

Comme on pouvait s’y attendre, mon père dénonce ces paroles débiles, ce manque d’élégance qu’on ne retrouve dans aucun sport, et rappelle que c’est pour ça qu’il ne vient plus. Le supporteur primitif en moi se rebelle un peu, mais je décide de me taire : chez les Finkielkraut, ce débat a lieu plusieurs fois par an… je passe pour cette fois. À ma grande surprise, c’est ma mère qui se retourne vertement vers mon père : « Mais enfin, c’est un jeu ! Moi aussi j’ai envie de dire que les Niçois sont des enculés, ça fait partie du folklore ! » Mon père la dévisage, tout à fait décontenancé.

Mon père peut être agaçant devant un match. Quand la partie se tend, tel un oiseau de mauvaise augure, il laisse libre court à son pessimisme légendaire. « Ils n’arrivent pas à marquer, ça sent le 0-0. » « S’ils font match nul face à Nice, c’est une catastrophe. » « On va s’en prendre un, c’est sûr. » Malheureusement, il s’y connaît, et il a très souvent raison, mais je me demande si son inébranlable et courageuse recherche de la vérité, à la base de tout son engagement intellectuel, a vraiment sa place ici.

Alors que Paris finit par marquer après avoir outrageusement dominé, le voilà qui lance : « Oh, maintenant, j’ai de la peine pour Nice. Allez Nice ! » Je remercie intérieurement le plan sécuritaire (et liberticide) qui a renvoyé du stade une partie des spectateurs violents : c’est sans doute grâce à lui que mon père ne s’est pas fait casser la gueule.

La fin de match est tendue. Le public joue son rôle en mettant la pression sur l’adversaire. C’est le moment que choisit ma mère pour achever de sidérer son mari : « Je ne comprends pas l’intérêt d’aller voir un match dans une autre tribune, on voit beaucoup moins bien qu’à la télévision, mais là au moins nous sommes au cœur de l’action ! »

Au coup de sifflet final, Yasmina me demande si on ne pourrait pas aller voir un match avec encore plus d’enjeu dans les semaines qui viennent. Avant que j’aie le temps de répondre, un type qui regarde sur son téléphone les scores des autres équipes exulte : « Oh putain !, Lyon a perdu, je bande ! »
Mes trois compagnons éclatent de rire.

Je considérais déjà le football comme l’un des opiums du peuple, mais l’étendue des ses effets n’a pas fini de me surprendre.[/access]

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Primaires : on s’est bien amusé

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photo : melty.fr

Très honnêtement, je n’aurais jamais cru, il y a quelques mois, que je prendrais autant de plaisir à cette séquence inédite de notre feuilleton politique. Tout d’abord parce que je ne suis pas socialiste et ne l’ai jamais été, et que j’ai longtemps regardé ces gens-là avec condescendance, voire pire. Pour ne rien arranger, la campagne de charlots savonnant ardemment la planche de leur madone allumée en 2007 m’avait laissé un souvenir saumâtre.

C’est donc très progressivement, sans y faire attention et sans m’en rendre compte, que je me suis pris au jeu. Un peu comme trois millions de Français, en fait. Pour ma part, c’est le grand souffle d’air frais apporté par Arnaud «Démondialisator» Montebourg qui m’a embringué dans l’affaire, mais il y a eu, j’imagine, mille autres cheminements. La charmante jeune présidente de mon bureau de vote, avec qui j’ai grillé une cigarette devant la salle municipale de la rue Michelet, croyait pour sa part surtout aux réformes sociétales, et notamment au mariage gay et au droit à l’adoption afférent. La gauche est une grande maison…

Or, si je suis aussi content du résultat, c’est aussi parce qu’à mes yeux François Hollande est de loin le plus apte à faire tenir tout ce monde disparate dans le même bateau. Et à faire voguer ledit bateau dans la tempête. Je n’ai ni haine ni mépris pour l’actuel chef de l’Etat, mais je pense qu’après avoir été un excellent candidat, il a été un mauvais président. Je souhaite qu’il parte et très logiquement, je souhaitais que le candidat que la gauche se donnerait soit à même de faire ce job. Sans tenir compte des sondages, je suis certain que Martine aurait explosé en vol, qu’elle serait tombée dans tous les pièges à éléphants disposés sur son parcours par Sarkozy, qu’elle se serait laissé prendre en otage par les mouvances sociétalistes, fédéralistes, sanspapiéristes, et autres zélateurs de l’éolienne, du Hamas ou du clitoris.

En outre, les 35 heures façon Aubry, donc agrémentées de la flexibilité du temps de travail et de la réduction drastique des heures sup’ ont laissé un très mauvais souvenir aux prolos et aux caissières, et ce n’est pas parce qu’on est à découvert dès le quinze du mois qu’on a la mémoire courte. Bref Martine Aubry, c’était mi-Ségo, mi-Jospin, les plus avisés de mes amis sarkozystes ne s’y sont pas trompés en allant voter pour elle en douce deux dimanches de suite.

Or, il faut être clair: sans primaires, avec un vote des seuls militants, le choix du candidat de la direction du parti – devenu une candidate après les aléas qu’on sait – était acté d’avance.

Mais les primaires ne nous ont pas seulement débarrassés de la sparring-partner dont Sarkozy rêvait. Elles ont aussi permis, je le disais plus haut, à la gauche de renouer avec un vrai commencement de débat d’idées. Quand Arnaud Montebourg dit qu’il a sorti le PS du formol, il a raison, et on n’a pas fini de parler de démondialisation. Et je pense qui si Manuel Valls avait été plus audacieux sur la laïcité ou l’insécurité, il aurait lui aussi franchi la barre des 10%. Pour la première fois depuis des lustres, le débat interne au PS n’est pas seulement un choc d’ambitions personnelles, mais aussi un chaudron bouillonnant avec des vrais morceaux d’idéologie dedans. Le pire y côtoie le meilleur, mais bon, c’est aussi ça, la démocratie -même si je regrette souvent que tout le monde ne soit pas d’accord avec moi,…

Bref, la force de ces primaires aura été de réintroduire de la politique dans la politique, et ça, c’est vraiment bien. Il ne reste plus qu’à gagner une présidentielle survoltée contre un candidat surdoué, et pour ça, si ça se trouve, il faudra, en plus de la finesse politique, de la ruse, de la discipline, de l’ambition, de la folie et un rien de goût du sang. Bon appétit, François !

Marc Zuckerberg au secours des Frères Musulmans

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Vous connaissez la dernière ? Non, pas l’élection interne dont on nous rebat les oreilles depuis hier soir, je veux parler d’une info essentielle qui changera la face du monde journalistique : Causeur vient de dépasser les 5000 « fans » sur sa page Facebook.

Alors qu’en bon adjudant, je passais en revue notre armée virtuelle, une petite pastille retint mon attention hier soir. Sur le côté, à droite, là où Facebook fait son beurre en nous noyant sous un flot de publicités, figurait un encadré Ikhwanwiki (littéralement : « wiki des Frères »).

Ni une ni deux, je clique dessus et me retrouve nez à nez avec la version wikipédia… des Frères Musulmans égyptiens.

Un peu comme wikiberal pour les aficionados de Georges Kaplan ou metapedia pour les nostalgiques de Fort Chabrol, Wikipédia fournit une plate-forme encyclopédique à la confrérie des disciples de Hassan al-Banna. Sur ces pages, un vrai petit kit du militant vous attend, avec vidéos de propagande et articles hagiographiques à l’appui.

Je vous vois venir, vous pensez que le cynisme entrepreneurial de Facebook pousse la firme de Marc Zuckerberg à épouser au millimètre les préoccupations supposées de ses utilisateurs. En effet, mon abonnement à diverses newsletters de presse égyptiennes n’est sans doute pas étranger à l’irruption impromptue de cette pub interlope.

Pour ma part, une fois n’est pas coutume, je me risquerai à une interprétation beaucoup moins systématique. Et si, comme Steve Jobs, Marc Zuckerberg était un visionnaire de génie, lisant le sombre avenir de l’Egypte dans les combinaisons internautiques de ses chers usagers ?