La primaire socialiste s’achève et l’on oscille déjà entre nostalgie et soulagement. Et pas seulement parce que cette séquence politique inédite nous aura familiarisés avec la novlangue du progrès.

Nostalgie, parce que nous nous sommes attachés aux figures de proue de cette « révolution citoyenne ». François, Martine, Ségolène ou Arnaud ont su imposer un « processus résolument moderne » et une « autre façon de faire de la politique ». Dans une optique « collective et participative » visant à « remettre l’électeur au centre du système », ils sont parvenus à susciter « l’implication responsable » de 2,7 millions de français.

Nous éprouvons aussi du soulagement. Faisant mentir les prophètes de malheur, et évitant avec brio « le piège de la cacophonie », les caciques socialistes se sont immédiatement rangés derrière leur champion, communiant dans la joie œcuménique « des idées et des rêves ». Voici donc venu le temps du « rassemblement des forces de progrès ». François Hollande aura besoin de toutes les bonnes volontés pour insuffler au « peuple de gauche » un « désir d’avenir » et une « éthique du dialogue ».

En prenant massivement part à la primaire « citoyenne », militants et sympathisants ont en effet exprimé leur volonté de « changer la vie ». Voici donc les socialistes devant un défi historique. Car, comme le disait le généticien Axel Kahn, soutien de Martine Aubry, « réenchanter le progrès c’est le refonder ».

« Quand donc la politique prendra-t-elle en considération l’immense besoin d’amour de l’espèce humaine perdue dans le cosmos ? » se demandait Edgar Morin dans une convulsion poétique. Il semble bel et bien que ce temps soit advenu, ce temps de « l’espérance » et de « la magie du changement », qui sont bien sûr « à réinventer ».

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