Accueil Site Page 2777

L’ « islamophobie de gauche » en débat ce soir sur Beur FM

19

On risque de ne pas s‘ennuyer ce soir sur Beur FM (106.7 à Paris et un peu partout en France). Le Forum-Débat de la station, diffusé en direct ce mercredi 26 septembre, de 18h30 à 20h, sera consacré « au rapport à l’islam dans notre société – notamment via les acteurs politico-médiatiques traditionnellement identifiés « à gauche »-, avec en toile de fond une analyse des récentes polémiques autour de la liberté d’expression ».

En clair, on parlera donc de l’affaire des caricatures de Charlie Hebdo, des incidents autour de Caroline Fourest empêchée de s’exprimer à la fête de l’Humanité, à cause de sa supposée « islamophobie », et autres fariboles sujettes à polémiques.

Les thèmes sont déjà chauds bouillants, mais contrairement à maintes émissions aux intitulés passionnants où l’on s’endort illico parce que tout le monde est d’accord pour être d’accord sur tout, le plateau de Beur FM (que nous remercions au passage d’inviter régulièrement les rédacteurs de Causeur) ne sera pas vraiment consensuel puisqu’on y retrouvera :
– Marc Cohen, de Causeur
– Gilles Sokoudjou, porte-parole des Indivisibles (le mouvement créé par Rokhaya Diallo)
– Marwan Muhammad, porte-parole du CCIF (Collectif Contre l’Islamophobie en France)

On espère un débat viril mais viril. Pour sa part, Marc Cohen m’a dit avoir promis à sa maman qu’en ce jour de Kippour, il ne dirait rien qui tombât sous le coup de la Loi, qu’elle soit française ou divine – exceptées les lois anti-fumeurs, si on ne lui accorde pas une pause clope durant cette heure et demi d’émission.

Ardisson son son les petites marionnettes

66

Patrick Timsit et Pierre Arditi s'en prennent à Charlie Hebdo chez Ardisson

Une nuit de la semaine dernière, en regardant sur Internet certaines émissions auxquelles j’avais échappé, je suis tombé, mais pas de très haut, sur celle de Thierry Ardisson : « Salut les terriens ». Comme à peu près partout sur les plateaux télé en ce moment, ça commençait très mal. L’animateur lança le sujet sur le film L’innocence des Musulmans et sur la une de Charlie Hebdo en évoquant « une insulte faite au 7ème art et au dessin d’humour ». Pendant des années, ce nabab de l’audiovisuel qui avait reçu sur un plateau quantité d’insultes vivantes et fanfaronnantes à la création et au bon goût, semblait soudainement heurté par des moqueries islamophobes sur pellicules et par des dessins de Charlie Hebdo. Un avis d’esthète pour tout commentaire et une leçon de bon goût pour évoquer cette nouvelle affaire de caricatures, c’est un peu court quand on rabâche depuis toujours que « toutes les vérités sont bonnes à dire ».
Pendant toute la durée de l’émission, on s’acharna sur les « provocateurs », renvoyant dos à dos l’insolence des dessinateurs moqueurs et la violence de certains musulmans fulminants. Par ailleurs et comme d’habitude, on s’empressa de rappeler, tels des imams modérés, qu’il n’y avait pas le moindre lien entre les émeutiers, les incendiaires, les meurtriers ou les manifestants qui en plein Paris hurlent « Mort aux juifs » après leur prière, et leur religion.
Très vite, dans ce café du commerce pour people, la parole fut donnée à des acteurs venus vendre leur camelote ou invités pour l’ensemble de leur œuvre. L’air grave et la colère théâtrale, Pierre Arditi et Patrick Timsit rivalisèrent de sévérité à l’endroit des auteurs qui, comme eux-mêmes tentent de le faire désespérément, avaient réveillé une société du spectacle endormie. Après nous avoir rappelé combien l’islam était une religion de paix et de tolérance, la moutarde leur monta au nez. « Un torchon, une merde de film à écraser du talon regardée par des crétins », criait l’un. « Des salopards, des dessins racoleurs, de l’huile sur le feu pour vendre du papier », hurlait l’autre – qui « ne voyait pas où était la liberté de la presse là-dedans ». En substance, et de l’avis général : des provocations lamentables à but lucratif. Comme si ces deux bons clients de télé ne s’étaient jamais compromis dans des productions navrantes et pas drôles pour gagner de l’argent. Enfin, vint l’argument fatal : ces provocations « mettaient des gens en danger ». Ceux qui avaient si souvent répété, mais surtout en temps de paix : « je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites mais je me battrai pour que vous puissiez le dire » n’avaient plus qu’un mot à la bouche : « responsabilité ! ».

Je ne pus m’empêcher de voir une grande lâcheté sous cette brillante comédie et des propos lénifiants sous cette farce. Je pensais à Tino Rossi et à Maurice Chevalier chantant devant les Allemands quand Chaplin tournait Le Dictateur et Lubitsch To be or not to be, ou à Philippe Henriot dénonçant sur Radio Paris les « responsabilités » des Résistants qui « mettaient des gens en danger ». Mais je pensais aussi aux ripostes de Pierre Dac sur Radio Londres, et à Churchill qui donnait aux hommes libres la force de s’opposer aux barbares en déclarant : « nous ne pouvons pas perdre contre le nazisme, ce paganisme de pacotille, parce que nous sommes la Civilisation (judéo)-chrétienne ».
La Civilisation : ce monde qui a transformé les rapports guerriers en échanges civils, où l’on peut être radicalement et raisonnablement islamophobe sans hurler à la mort des gens, où l’on dessine tant qu’on veut sans brûler les journaux, où l’on convoque une justice qui tranche sans couper les têtes, où l’on peut se moquer des culs-bénits en djellaba et en colère, et des calotins susceptibles et meurtriers sans finir assassinés ou sous protection policière. Ce qui arrive parfois aux « blasphémateurs » qui exercent et donc défendent le droit, notre droit, de dire à des gens qui nous haïssent pour ce que nous faisons et même pour ce que nous sommes, des gens qui n’ont que le mot « respect » à la bouche et qui ne nous respectent pas, qu’on se moque d’eux et qu’on les emmerde, tous autant qu’ils sont, et ce malgré leur redoutable et redoutée capacité de nuisance.

Messieurs les comiques, les comédiens, les marionnettes, qui prêchez le respect et la prudence, et qui fustigez l’insolence et la provocation, vous ne vous exposez qu’aux feux de la rampe, jamais aux flammes des enragés. Vous, pathétiques vedettes du show biz en mal d’amour que des foules sentimentales regardent d’en bas sur vos tréteaux médiatiques au lieu de vous regarder de haut, vos courbettes lamentables qui visent l’apaisement seront reçues comme autant de signes de faiblesse par ceux qui reviendront plus nombreux, plus forts, plus vociférants et plus menaçants, tant que vous vous coucherez devant eux au lieu de relever la tête, au lieu de répondre à leurs menaces de mort et à leurs déclarations de guerre par un verbe haut et fort, c’est-à-dire par une guerre avec des moyens civils, et civilisés.

*Photo : peretzp

Iran : Street Fighting Ladies

6

L’Iran est un pays grand par la taille, dont le président est un petit homme barbu qui se prénomme Mahmoud et nourrit des sentiments belliqueux à l’égard de ses principaux ennemis jurés que sont les… juifs. Cette obsession l’occupe une bonne partie de la journée, avec le sudoku et le zapping frénétique entre les programmes de MTV et d’Al Jazeera sur son écran plat ultramoderne, aux coins carrés.
Tel un roi sans divertissement, il reçoit de temps à autres des « antisionistes » français patentés qui viennent lui gratter le dos, et lui réciter à l’oreille de longs et touchants poèmes en prose. On a vu, ainsi, Dieudonné M’bala M’bala en train d’embrasser la mule sacrée du grand leader iranien, et Michel Rocard – le comique troupier, pas l’autre – esquisser une déchirante danse du ventre séductrice devant le palais d’Ahmadinejad… (Un numéro à propos duquel l’histoire devra un jour s’interroger…)

L’histoire avait pourtant bien commencé ; bien que partiellement désertique, l’Iran regorge d’une flore et d’une faune exceptionnelle. Il n’est pas rare, baguenaudant à la rencontre de la ruralité, de croiser un lynx d’Eurasie, un chat de Pallas, une gazelle indienne (à ne pas confondre avec la gazelle à goitre qui fait aussi partie du paysage) ou encore un onagre du désert. Et c’est sans parler du gypaète barbu, de la buse féroce et de la flore sublime et poétique affleurant sur les montagnes… Depuis, l’histoire est bien connue. Les mollahs ont pris le pouvoir, les femmes ont pris le voile et les libertés ont pris un coup dans l’aile ! Que s’est-il passé… ?

Mais de Téhéran arrivent quelquefois des informations réjouissantes. Ainsi, apprenait-on la semaine dernière sur CNN que la gent féminine se rebellait de temps en temps. Le quotidien belge L’Avenir, qui rapportait cette histoire iranienne, a titré : « Deux jeunes filles tabassent un religieux qui avait demandé à l’une d’elles de se couvrir ». Boum ! Prends-ça, connard ! L’influence n’est pas encore bien identifiée… Chuck Norris, Steven Seagal, Sylvester Stallone, Jean-Claude Van Damme ou Charlie Hebdo… ? « Un imam a passé trois jours à l’hôpital après avoir été molesté par deux jeunes filles dans le village de Shahmirzad, en Iran, à la fin du mois d’août. Il avait admonesté l’une d’entre elle afin qu’elle se couvre la tête. Les deux jeunes femmes ont alors tabassé le religieux ! » Crac boum hue ! La peur aurait-elle changé de camp ? Espérons-le…

Comme quoi, les universelles turpitudes caractérielles des préadolescentes, adolescentes et post-adolescentes – pardon, des « jeunes-filles-en-fleur » – ont parfois du bon, suivant les circonstances…

Qatar : l’argent wahhabite pour les banlieues ?

60

Le Qatar aide les banlieues françaises... et propage le salafisme ?

C’est le grand paradoxe. Il y a quelques jours, les milieux politiques et médiatiques s’inquiétaient de la montée de l’islamisme suite à la manifestation parisienne contre la vidéo L’Innocence des musulmans. Aujourd’hui, le Qatar, monarchie absolue wahhabite où les partis politiques sont interdits, s’apprête à investir dans les banlieues françaises avec la bénédiction, si on peut dire, du gouvernement français par la voix d’Arnaud Montebourg, ministre du Redressement Productif.

Après avoir acheté le PSG, l’immeuble du Figaro, monté les chaînes BeIn Sport et investi dans plusieurs grandes entreprises françaises (Total, Vivendi, Lagardère…), le Qatar poursuit son implantation en France. L’émirat pétrolier va mettre en place un fonds d’investissement en faveur des banlieues avec un apport de 50 millions d’euros, l’Etat et des entreprises françaises apporteront aussi leurs contributions pour un capital qui pourra atteindre 100 millions d’euros, une aubaine en pleine rigueur budgétaire. Ces sommes serviront notamment à des créateurs d’entreprises. À titre de comparaison, le budget 2011 pour la « revitalisation économique » des quartiers atteignait à peine 145 millions d’euros.

L’aide du gouvernement français, c’est ce qu’attendait le Qatar pour boucler son projet. Annoncé en décembre dernier, le fonds a été mis en sommeil en février en pleine campagne présidentielle. Mais François Hollande qui a reçu le Premier ministre qatari en juin, s’est montré très bienveillant avec l’émirat. Il est vrai qu’une confortable rente pétrolière permet de détendre l’ambiance. Et l’argent n’a pas d’odeur.

Sauf que tout n’est pas une question de gros sous. Le Qatar n’a pas besoin de l’autorisation de l’Elysée pour investir en France. Et 50 millions d’euros, c’est presque de l’argent de poche quand on sait que le PSG a racheté Thiago Silva au Milan AC pour 49 millions.

Ici, on est surtout dans une logique d’influence diplomatique par l’économie, de soft power, comme on dit en bon français. Le Qatar essaie ainsi d’exister sur la scène diplomatique face à l’Arabie Saoudite ou l’Iran en misant non pas sur la force mais sur l’argent. Investir dans les banlieues main dans la main avec le gouvernement français consolide les amitiés et donne une belle image de mécène. Racheter un club de foot offre une vitrine médiatique exceptionnelle et permet d’inviter ses « amis » dans les loges VIP. Son point d’orgue : l’organisation de la Coupe du monde de foot en 2022 qui fera du Qatar le centre du monde pendant deux semaines.

C’est là que le bât blesse. Le Qatar va-t-il se servir de son argent pour importer sa propre vision du monde ? Sur RMC, le chercheur Pascal Boniface démentait une telle accusation estimant que le PSG « n’est pas devenu un club wahhabite ». Mais Boniface, par ailleurs supporter du PSG, oublie que racheter un club de foot est une chose et agir aux cotés du gouvernement en est une autre.

Dans la classe politique, il y a peu de monde pour s’en indigner. Bien évidemment, Marine Le Pen pointe un « cheval de Troie de l’islamisme » et à gauche, on ne trouve que le sénateur PS Claude Dilain, ex-maire de Clichy-sous-bois, pour dénoncer un « projet dangereux » d’ingérence étrangère. Il y aussi Nicolas Dupont-Aignan qui estime que « ça s’apparente à de la prostitution ».

Certes, pour éviter toute polémique autour d’un fond alloué par un Etat wahhabite à des banlieues largement peuplées de jeunes musulmans, le ministère du Redressement productif a assuré que les zones rurales seraient aussi concernées. Mais le fait est qu’en sortant le carnet de chèques, le Qatar étend progressivement son influence. Certains réclament un plan Marshall pour les banlieues, il sera peut-être mis en place avec Doha à la place de Washington. Pour le meilleur et surtout pour le pire.

Et qui a pu porter un tel projet ? Tout vient de l’Association nationale des élus locaux pour la diversité (Aneld). Cette association s’est déplacée en décembre dernier pour réclamer l’aide qatarie pour les banlieues. L’Aneld deviendra aussi partie prenante du fonds en entrant dans sa commission d’attribution, chargée de choisir les projets financés. Toutefois, l’Association des Maires de France et des celle des Régions de France devraient aussi y trouver leur place.

L’Aneld s’est également faite connaître l’été dernier pour avoir demandé l’introduction des statistiques ethniques en France après un voyage aux Etats-Unis, pays tant admiré des communautaristes. Dans une interview à Marianne2, Leïla Leghmara, vice-présidente de l’Aneld et élue Nouveau Centre de Colombes, déclarait à ce sujet : « Il faut arrêter avec l’assimilation (…) on peut être français et d’origine étrangère, c’est un patrimoine, une richesse qu’il faut respecter ». Voilà qui en dit long sur les convictions de l’Aneld. Malgré tout, l’association a trouvé une bonne oreille au gouvernement. On pensait que les valeurs républicaines n’avaient pas de prix. Pour 50 millions, Hollande s’est laissé convaincre.

*Photo : Patrick Peccatte/Le Parisien

Superstar : Culte sans personnalité

8

Xavier Giannoli met en scène Kad Merad dans Superstar

« J’aime beaucoup ce que vous faites. » Si nous étions capables d’entendre ce qui est dit et de voir ce qui est montré, cette réplique, extraite de Superstar, film de Xavier Giannoli sorti fin août, serait déjà culte. C’est qu’elle est, en quelque sorte, le concentré d’une époque qui a érigé l’intransitivité en règle et la tautologie en art.

Dans ce monde sans pourquoi, on est amoureux ou révolté tout court : pas besoin de raison puisqu’on a toujours raison de se révolter. De même, Martin Kazinski, enfant de Joseph K. et d’Endemol, est célèbre sans que personne ne sache pourquoi, ni lui, ni les milliers d’anonymes qui se ruent sur lui avec leurs smartphones, ni les journalistes qui se l’arrachent, ni l’attachée de presse écervelée qui lui lance ce « J’aime beaucoup ce que vous faites » et n’a pas la moindre idée de ce à quoi elle fait référence − elle pourrait parler de son bœuf mironton aussi bien que de son interprétation d’un concerto de Mozart.[access capability= »lire_inedits »] Profitons-en pour saluer celle de Kad Merad, parfait dans ce rôle de John Doe du XXIe siècle − John Doe est L’Homme de la rue de Frank Capra, incarné par Gary Cooper.

Bien sûr, cette célébrité qui tombe sur la tête d’un inconnu comme la foudre ou une maladie paraît tellement absurde qu’on préfère penser qu’il s’agit d’une fable, voire d’une grossière caricature. Sauf qu’à y réfléchir, on n’est pas si loin de la réalité. On se rappelle les participants du premier « Loft Story », conviés à être eux-mêmes − et à n’être qu’eux-mêmes − sous le regard de leurs contemporains. Ils n’avaient rien de plus que vous et moi − et pour certains, plutôt moins −, n’avaient rien fait de remarquable ou d’extraordinaire qui justifiât l’intérêt des téléspectateurs[1. Gil Mihaely m’apprend que l’hébreu moderne a forgé un néologisme pour parler des « célébrités » : mefourstam est un mélange de mefoursam (« connu ») et de stam (« rien »). Cela signifie donc « connu pour rien ». On ne saurait mieux dire.]. La seule chose qui les distinguait du reste de l’humanité est qu’ils s’étaient volontairement placés sous la surveillance permanente d’une caméra : ils s’étaient même battus comme des chiens pour avoir le droit de s’offrir aux regards.

L’un d’eux, à peine sorti de cette maison de verre, eut cette phrase involontairement profonde : « C’est bon d’être célèbre ! » À aucun moment, il ne se demanda s’il avait mérité sa célébrité − sans doute fût-il alors arrivé à la conclusion de son imposture. Certes, on n’a pas attendu Giannoli pour savoir que, dans la vidéosphère, la hiérarchie de la notoriété n’a plus rien à voir avec celle du mérite et qu’une blonde volcanique a plus de chances de faire star que l’inventeur du vaccin contre le sida. Neil Armstrong, qui n’en manquait pas (de mérite), l’avait bien compris. Il refusa de signer des autographes à partir du moment où il comprit que sa signature avait une valeur marchande et ne manquait jamais de rappeler que la conquête de la lune avait été le résultat d’un gigantesque travail d’équipe. De fait, et cela n’enlève rien à son exploit, il y a quelque injustice dans le fait que seuls son nom et son visage soient restés dans l’Histoire, tandis que les ingénieurs qui l’y ont propulsé sont anonymes pour l’éternité. C’est ainsi : seul celui qui est passé à la télé demeure dans nos mémoires.
On peut s’étonner qu’à l’exception de Libération, qui a décrété que ce film était rien moins qu’« infâme », la presse ait plutôt bien accueilli Superstar, tout en passant largement à côté de ce qu’il nous dit. Paradoxalement, les confrères ont relevé et même largement approuvé la charge contre les médias, comme si les journalistes étaient désormais résignés à n’être que les Messieurs Loyal d’une société qui n’a rien à cacher parce qu’elle n’a rien à montrer.

Mais, au-delà des médias, ce dont nous parle Giannoli, c’est de nous, et même de toi, « hypocrite lecteur, − mon semblable, − mon frère ! », comme l’écrivait Baudelaire. Le personnage principal de Superstar, le vrai coupable de la disparition du réel, c’est le public qui se rue en meute sur la barbaque sanglante qu’on lui jette par écrans interposés et qu’il renvoie à son tour, agissant comme démultiplicateur de néant. Ainsi nos téléphones portables munis de connexions Internet sont-ils des armes de destruction massive de la vraie vie. C’est nous qui avons décidé que les êtres humains étaient désormais répartis en deux catégories : ceux qui sont connus et ceux qui ne le sont pas. Et non seulement il est idiot de chercher à savoir pourquoi et pour quoi les gens connus sont connus, mais il est carrément inconvenant de se demander de qui ils sont connus. Dans ce monde solipsiste où l’on n’existe que par le regard de l’autre, l’autre n’existe plus.[/access]

Métro, Hidalgo, collabo

27

Anne Hidalgo nazifie le FN

« L’Histoire a du sens, le Front national n’est pas un parti qui s’est constitué dans le cadre républicain, c’est un parti qui a lutté contre la République, qui a soutenu pendant la guerre la collaboration avec les nazis ». Prononcée hier matin par Anne Hidalgo, première adjointe et probable successeur de Bertrand Delanoë à la mairie de Paris, cette petite phrase n’a pas fini de faire le tour des journaux, radios, télévisions et autres télécrans virtuels. Immédiatement, les langues malveillantes se délient, pointant l’anachronisme (« le FN a été créé en 1972, na na nère ! »), le contresens historique, voire la grosse gaffe qui pourrait lui coûter les voix du boboland parisien, ce bastion poujadiste inexpugnable ! Bien sûr, on pourrait rappeler à Anne Hidalgo la responsabilité de la gauche républicaine dans le collaborationnisme, tout particulièrement de sa frange la plus robespierriste et jaurésienne, représentée à l’époque par le néo-socialiste Marcel Déat, fondateur du Rassemblement National Populaire (RNP) et proche d’un certain Robert Jospin[1. Dont le fils Lionel a assumé les errements avec dignité.].

Bien sûr, on pourrait conseiller à la future édile parisienne de se replonger dans les œuvres de Simon Epstein (Un paradoxe français : Antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la Résistance), Jean-Claude Valla (La Gauche pétainiste) et François-Marin Fleutot (Des royalistes dans la Résistance) pour nuancer le mythe de la République dreyfusarde, antiraciste et résistante. Faute de temps, on accorderait volontiers un répit à Mme Hidalgo en la soumettant à l’étude de documents, cette épreuve d’histoire si prisée par les professeurs de troisième, à travers l’examen comparé des trajectoires du colonel Rémy et de Jacques Doriot, dont on devine aisément qui est le plus républicain des deux. Allez, assez torturé Anne Hidalgo, reconnaissons-lui le droit à la maladresse. Après tout, cette élue a parfaitement le droit de déterrer les tristes destins des frontistes Roland Gaucher, de François Brigneau et des autres nostalgiques de la Légion Charlemagne communiant avec le lepéniste et résistant historique Roger Holeindre dans l’anticommunisme viscéral.

Vingt-quatre heures après le drame, Anne Hidalgo s’est fendue d’une nouvelle déclaration fracassante, pour préciser ses premières intentions. Revue et corrigée, la sortie scandaleuse d’hier donne : « Oui, je le soutiens, la filiation historique du Front national remonte à la collaboration avec Pétain et aux ligues d’extrême droite d’avant-guerre ; ceux qui ont constitué le FN venaient de partis néonazis…». Filiation historique : le mot est lâché, au nez et à la barbe des mauvais coucheurs historiens. Hidalgo songe certainement au noyau dur néo-fasciste d’Ordre Nouveau, en occultant le ferment poujadiste du FN et l’antigermanisme viscéral des ligues d’avant-guerre, dont bien des militants connurent de meilleures années d’Occupation que le vieux Maurras, « devenu fou à force d’avoir raison », selon le mot cruel de De Gaulle.
Mais qu’importe la rigueur historique, seule la conscience politique compte. Pourvue d’un « sens de l’histoire » sincèrement républicain, antiraciste, laïc et universellement bienveillant, Anne Hidalgo reste vigilante.

Alors que le couple exécutif connaît un sérieux coup de mou et qu’il devient de plus en plus délicat de distinguer la substance du hollandisme de celle de son devancier sarkozyste, un bon coup de pédale anti-FN ne peut pas faire de mal par où il passe. En guise de stratégie de défense, les hommes-lige de Marine, Louis Aliot et Steeve Briois ont eu l’indélicatesse de rappeler le passé vichyssois tourmenté de François Mitterrand, tout en poursuivant Anne Hidalgo en justice. Une condamnation pour propos diffamatoires aurait de quoi garantir un quart d’heure de temps médiatique supplémentaire au Front National, contraint de se faire l’arbitre des élégances de rue pour gagner un peu de surface télévisuelle. C’est peut-être là le vrai fond de l’affaire : une stratégie dédiabolisatrice, laquelle oblige Marine Le Pen à troquer les jeux de mots graveleux de son père contre des propositions farfelues, n’a plus que des rogatons d’antifascisme à affronter. Le théâtre antiraciste n’est décidément plus ce qu’il était, même Harlem Désir fait grise mine sur le fauteuil de Solférino que l’ébéniste Hollande lui a confectionné.

On saura gré à Anne Hidalgo de vouloir ressusciter le cordon sanitaire anti FN par période de gros temps. Espérons seulement que le temps pris pour briser les mille et une têtes de l’hydre xénophobe ne retarde pas trop l’avènement du paradis socialo-capitaliste censé durer mille ans.

Anne Hidalgo, une historienne à l’Hôtel de Ville

19

De l’UMP jusqu’au Front de Gauche en passant par toute les nuances du PS et parfois même par l’extrême droite, le point Godwin est la niaiserie la mieux partagée par notre classe politique (juste devant les métaphore sportives à la noix, il est vrai).

Et d’un bout à l’autre de l’hémicycle, chacun a en mémoire ce magnifique adage de Montesquieu, à moins qu’il soit d’Yvette Horner : « Quand rien à dire tu n’auras, d’Adolf Hitler tu parleras »

Plus rien ne nous étonne donc dans ce champ sémantique-là, mais quand même, Anne Hidalgo a fait très fort, hier matin sur iTélé, en balançant tout-à-trac a un Christophe Barbier médusé : « Le Front national n’est pas un parti qui s’est constitué dans le cadre républicain, c’est un parti qui a lutté contre la République, qui a soutenu pendant la guerre la collaboration avec les nazis ».

Ledit Front a aussi sec porté plainte contre la successeuse désignée de Bertrand Delanoë, en prétendant que la date de 1972 , à laquelle le FN avait été fondé, se situait environ 27 ans après la reddition sans condition de l’Allemagne et du Japon en 1945. C’est bien connu, les chiffres, on leur fait dire n’importe quoi.

De toutes façons, ces arguments fallacieux ne risquent pas d’intimider la courageuse première adjointe au Maire de Paris qui a précisé l’après-midi même : « J’ai dit cela parce que je pense que l’on perd le sens de l’Histoire ». Un argument imparable : quiconque a fréquenté récemment un lycée voire une école primaire sait que l’Histoire telle qu’on l’enseigne proscrit l’apprentissage des dates et autres vieilleries réactionnaires.

Mariage de déraison

200

Non au mariage gay : il faut un homme et une femme

Il n’y a pas d’égalité entre hétérosexuels et homosexuels en matière de parentalité. Comme le soulevait Michel Schneider dans Big Mother : « Il ne faut pas confondre égalité des droits et droit à l’égalité. » Dans son article « Le mariage célébré par ses célibataires mêmes »[1. Exorcismes spirituels IV, (Les Belles Lettres), 2005], Philippe Muray soulignait avec drôlerie que les hétérosexuels n’avaient jamais combattu pour obtenir ce droit. Et j’imagine mal Marcel Proust, Oscar Wilde et Pier Paolo Pasolini réclamer le mariage gay ou l’homoparentalité.

Les lobbies homosexuels revendiquent l’homoparentalité et le mariage à l’égal des hétérosexuels qui, eux, constituent le modèle familial de base puisqu’ils sont naturellement dotés de capacités procréatrices. Penser le contraire et exiger l’homoparentalité revient à détruire la spécificité de l’homosexualité, laquelle se caractérise par un amour sexuel sans enfantement. Ou alors il faut revoir la sexualité de l’homosexuel de fond en comble. À ce titre, les homosexuels auraient les mêmes droits que les hétérosexuels s’ils consentaient à faire l’amour avec le sexe opposé pour engendrer. Mais comme ils sont homosexuels, cette voie leur est bien évidemment refusée.

Le « désir d’enfant » ne peut éclore qu’à une époque qui a fétichisé l’enfant jusqu’à la bêtise comme le notait Jean Baudrillard. Cette fétichisation de l’enfant intervient à une époque où les adultes refusent d’être adultes, restant adulescents ou se complaisant dans le jeunisme : l’égoïsme infantile est devenu le marché à choyer pour vendre, relais de l’égoïsme libéral de base. Cette bébémania est l’état régressif vers lequel il faut tendre d’une façon symbolique. Il n’est donc pas étonnant que, par victimisme interposé, les associations homosexuelles revendiquent l’homoparentalité pour des personnes qui, de fait, ne peuvent pas engendrer. Il s’agit de faire comme on veut dans la réalité et de demander ensuite à l’Etat de légaliser notre transgression.

Si l’on répond qu’il est normal que l’homme se soit éloigné de la nature et qu’il est sain qu’il en soit ainsi, ce principe permettant d’attribuer des enfants à des gens qui ne peuvent pas en avoir, il serait tout aussi logique de demander aux homosexuels de mettre leur désir d’enfant en veilleuse, ce désir étant biologique et naturel chez l’homme. On ne peut pas avoir le beurre, l’argent du beurre, le cul du crémier et sa maison par-dessus le marché pour complaire à une petite minorité qui s’agite beaucoup.
Depuis des milliers d’années, les choses se passaient ainsi et on se demande bien pourquoi « il faudrait » maintenant sortir à tout prix d’un tel modèle qui s’est imposé sans combat ! Le mimétisme hétérosexuel des homosexuels est grotesque. Il ne réclame pas seulement d’être de parfaits petits bourgeois en plus d’être de zélés conformistes mais copie le modèle naturel présent depuis des siècles en tentant de faire croire que celui-ci n’a aucune réelle prérogative ou aucune influence. Or, Mère Nature (et non Père nature) a distingué deux sexes car ceux-ci peuvent s’unir pour engendrer un enfant et c’est de cette seule et unique façon que le réel opère. À moins de commettre un déni de réel, l’hétérosexualité reste le modèle « dominant » effectif et naturel. Qu’il soit « dominant » veut simplement dire qu’il est prépondérant. Il n’implique nullement le projet d’éradiquer l’homosexualité mais a tout simplement été créé pour que l’espèce se perpétue. Et le mariage est là pour avaliser cette future descendance afin d’éviter que les hommes et les femmes ne courent à droite et à gauche et et ruinent leur union et leur descendance. Si les hommes et les femmes n’avaient pas la possibilité d’enfanter, ils ne se mettraient pas ensemble et ne se marieraient pas.

Le monde ne se partage donc pas entre hétérosexuels et homosexuels mais entre hommes et femmes. Si l’homosexualité n’est pas un choix, il est impératif d’assumer sa préférence. Être homosexuel, c’est assumer un statut sexuel réel et non imiter les hétérosexuels. Être au monde, c’est faire le deuil de certaines choses tout comme nous choisissons la femme que l’on épouse en renonçant à toutes les autres femmes.
De même, il ne s’agit pas de savoir si oui ou non les enfants d’homosexuels seront homosexuels ou hétérosexuels ou s’ils seront plus ou moins névrosés ou fous. On pose ce dilemme pour le réfuter ensuite et ainsi avaliser l’homoparentalité. Il s’agit dès le départ de donner aux enfants un père et une mère, une différenciation sexuelle et donc une diversité sexuelle. Dans un couple homosexuel, il n’y a pour l’enfant que deux « mêmes ». Comment les enfants vont-ils appeler leur papa ou leur maman dans cette non-différenciation sexuelle, la différenciation sexuelle étant à la base de l’engendrement ? Comme l’avait fait remarquer Woody Allen dans Manhattan, avec un père ou une mère c’est déjà difficile alors avec deux… Car au fond, il s’agit sans cesse de dévier, de n’être jamais satisfait de rien, de réclamer perpétuellement de nouveaux acquis, de nouveaux droits qui ne peuvent jamais combler quoi que ce soit dans l’imaginaire et le désir humain. À la fin, nous vivons dans un monde irréel, dans un univers fantasmatique qui ne connaît plus aucune limite, plus aucun « marquage » de quelque nature que ce soit. Un tel point de vue n’a rien de « réactionnaire » mais tente de sauvegarder un minimum de concret et de stabilité afin de préserver ce monde plutôt que de le livrer à la sphère marchande sous prétexte de « changement » et de « progrès ».

*Photo : Dusty Smith – Twitter.com/DustyAllDayLong

Charlie Hebdo, la couverture à laquelle vous n’avez pas échappé

26

Charlie Hebdo, les caricatures de l'islam et Bernard Arnault

Ce que j’aime bien avec Charlie Hebdo, c’est que c’est un journal de gauche, très à gauche même. Au point de sombrer parfois dans une forme de néo-moralisme concernant aussi bien les fumeurs, les amateurs de foot ou de corrida que les consommateurs compulsifs d’objets inutiles. Et si j’aime bien qu’on me fasse rire, comme y parvient souvent Charlie, j’aime beaucoup moins que l’on me fasse la morale. Le « Castigat ridendo mores », il châtie les mœurs en riant, de Plaute est valable pour la comédie. Et Charlie Hebdo n’est pas une comédie, c’est un journal.

La couverture de Charlie Hebdo, celle qui a fait tant de bruit, est drôle. C’est aussi un acte politique. J’insiste sur le « aussi ». Rire n’est pas neutre, bien au contraire. Il s’agit d’avancer une opinion. Le rire, dans un tel contexte, est l’arme utile de ceux qui détestent la violence.
L’air de rien, il est beaucoup plus facile d’assassiner un diplomate, d’organiser des manifs devant l’ambassade des USA et de menacer de mort la Terre entière. Ou au moins sa partie qui pense que l’Islam, instrumentalisé par ses extrémistes, est redevenu un grand danger pour nos vieilles démocraties, comme il l’est pour les femmes, les journalistes, les homosexuels, les chrétiens, les intellectuels dans les pays arabes qui voient chaque jour un peu plus leur printemps tourner à l’hiver.
Oui, c’est plus facile comme il est plus facile, aussi, de s’exiler fiscalement que de prendre une part, même toute petite au redressement économique du pays qui vous a pourtant tout donné. Cela aussi est une autre forme de violence faite à nos concitoyens.
Elle n’est pas comparable ? Pour un journal satirique, qui peut et qui doit tout se permettre, bien sûr que si.

La preuve, c’est la couverture de Charlie Hebdo. Pas celle des caricatures mais celle de la semaine précédente. Elle me semble largement plus dure que celle de Libé sur le même sujet, mais Libé n’est pas un journal satirique, ou alors à son insu, par un effet de comique involontaire. L’intérêt, c’est que la couverture de Charlie sur Arnault nous rappelle qu’appartenir à la gauche républicaine, c’est aussi savoir avancer sur deux pieds. Essayer de penser la guerre de civilisation sans oublier la guerre de classes, toujours présente. Que l’une se confonde avec l’autre ou qu’elle en soit la cause, ou la conséquence, à vrai dire, je n’en sais rien, je ne peux pas le prouver même si j’ai ma petite idée sur la question.
Je sais en revanche que décider de quitter son pays, de vouloir abandonner sa nationalité par pur intérêt personnel, cela aussi est une sorte de déclaration de guerre.

Déclaration de guerre assez absurde au demeurant puisqu’elle parviendrait presque à faire croire que le gouvernement socialiste mène une politique de gauche au point que les ministres doivent se dire en leur for intérieur « Merci patrons ! » Grâce à eux, ils vont pouvoir rejouer la comédie du Mur de l’Argent et des Deux Cents familles alors que leur politique demeure purement social-libérale.
Résumons-nous : primo, il est hors de question de laisser des intégristes mettre un souk planétaire sous prétexte d’une vidéo débile ou de la une d’un journal satirique.
Mais, secundo, il est tout aussi hors de question d’oublier cette révolte des élites dont parlait Christopher Lasch à l’honneur dans Causeur du mois de septembre, et dont Bernard Arnault est devenu l’archétype. Alors, en attendant, comme Charlie Hebdo, je veux rire des deux et avancer sur deux pieds.

*Image : Charlie Hebdo.

L’euro, c’est fini !

75

La zone euro a déjà éclaté quoiqu'en dise la BCE

Invraisemblable, mais vrai : il se trouve encore des économistes pour annoncer à l’Europe des lendemains qui chantent. Le Vieux Continent, nous disent-ils, ne tardera pas à retrouver sa vigueur et sa prospérité, tenant enfin les promesses de l’Agenda de Lisbonne de 2000, aux termes duquel l’Europe devait être en 2010 la région exemplaire pour le reste du monde par sa prospérité, son taux d’éducation, sa capacité d’innovation.

Que mon lecteur se rassure, l’optimisme affiché par ces « économistes » ne trahit pas leur dérangement mental : elle répond à une consigne diffusée à l’occasion de la grande réunion libérale qui se tient traditionnellement à Aix-en-Provence au début de l’été.[access capability= »lire_inedits »] Ordre a été donné aux congressistes de propager la « bonne nouvelle » de l’Europe sur le point de ressusciter. Ainsi, la crise financière du système de l’euro et la récession qui s’étend au sein des pays-membres sont-elles rejetées dans un registre anecdotique. L’Europe reste et restera une terre d’élection pour le développement et l’innovation, nonobstant les aléas conjoncturels qui pourraient faire douter de la chose.

Cependant, cet optimisme de rigueur dans le cénacle libéral n’a pas encore contaminé la direction de la Banque centrale de Francfort. L’un de ses membres, Jörg Asmussen, a énoncé les termes du dilemme qui étreint les dirigeants de la BCE : « Les marchés font le pari de la désintégration de la zone. Un tel risque systémique est dramatique et, pour la Banque centrale européenne, inacceptable. » Plus clairement encore, la BCE n’a guère le choix : soit elle inaugure une politique de rachat massif des dettes publiques des pays en détresse, en contradiction violente avec ses statuts et en opposition à la volonté du pays le plus puissant de la zone, soit elle laisse éclater la zone monétaire placée sous sa juridiction .

De fait, les autorités de la zone euro se heurtent à une situation qui ne figurait à aucun agenda, de Lisbonne ou d’ailleurs . L’élément le plus connu est l’écart entre les taux consentis par les différents États pour financer leurs déficits et leurs dettes : les « spreads » (différentiels de taux) sont à un niveau insoutenable pour des pays comme l’Irlande, le Portugal et l’Espagne, la Grèce n’ayant plus accès du tout aux marchés du crédit. On se demande comment les marchés financiers et les agences de notation ont pu, des années durant, accorder une confiance aveugle aux États qu’ils massacrent aujourd’hui.

Le deuxième élément, plus discret, tient au fait que les nouveaux emprunts émis pour financer les dettes souveraines ne sont plus souscrits que par les banques du pays concerné, espagnoles, portugaises, italiennes (mais aussi françaises). Cette « renationalisation » des dettes publiques est involontaire. Elle s’explique par le fait que les banques entendent bien échapper aux imbroglios des finances publiques des autres États que les leurs, tout en faisant le pari que leurs Trésors publics respectifs (encore financés par leurs soins avec l’argent récolté au préalable aux guichets de la Banque de Francfort) resteront solvables, au prix d’ajustements drastiques des politiques budgétaires.

Toutefois, la rupture de facto de l’Union monétaire est encore mieux illustrée encore par deux autres facteurs dont les médias ne rendent pas compte, ou si peu, tout occupés qu’ils sont à décrypter le jeu des grands protagonistes, Mario Draghi, Angela Merkel, François Hollande, Mario Monti, Mariano Rajoy. Ces médias sont les jouets d’une double illusion : illusion politique sur le pouvoir d’États qui se sont pourtant dessaisis des leviers essentiels de la politique économique et financière ; illusion technique sur le pouvoir des ingénieurs de la monnaie et de la finance, placés auprès de la Banque centrale européenne. Laissons-les à leurs illusions. Il convient, pour notre gouverne, d’insister sur la migration massive de l’épargne du Sud vers le Nord et sur le retrait des banques du Nord imprudemment engagées au Sud.

Que les épargnants grecs, chypriotes, italiens, espagnols, portugais, voire irlandais, retirent massivement leurs avoirs de leurs comptes pour les transférer vers le Luxembourg, les Pays-Bas et l’Allemagne, devrait figurer à la « une » de nos journaux. Car on ne doit pas s’y méprendre : leur comportement ne relève pas d’un phénomène classique de fuite des capitaux . Ce sont moins les fortunes du Sud qui s’enfuient à tire d’aile que l’épargne des classes moyennes qui cherchent à se prémunir contre la faillite potentielle de leurs banques. Tandis que les dirigeants européens affichent leur confiance dans une solution heureuse de la crise des dettes souveraines, les peuples ont déjà compris que, au-delà de la sauvegarde des États et de l’euro, l’enjeu crucial des décisions prises à l’occasion des sommets européens est la sauvegarde des banques.

De ce point de vue, deux grands pays concentrent l’attention : l’Italie et l’Espagne.
Dans le premier, les banques sont, pour l’essentiel, victimes de la récession. La production italienne est aujourd’hui inférieure de quelque 8% à celle du premier trimestre 2008. Et elle baisse toujours, en dépit – ou à cause – des efforts du capitaine du navire, Mario Monti, ancien commissaire européen, ancien conseiller de Goldman Sachs et président de l’université Bocconi de Milan, qui est à la doctrine néolibérale ce que l’École des cadres du Parti communiste était à la doctrine marxiste-léniniste. La récession mine les comptes d’un État qui était déjà l’un des plus endettés d’Europe à la veille de la crise économique. Elle porte atteinte, par un effet collatéral, au crédit des banques italiennes. Comme les Italiens ne voient pas d’issue à l’impasse économique et financière transalpine , ils sont de plus en plus nombreux à redouter une cessation de paiement de leurs banques.

Toutefois, c’est l’Espagne qui est affectée par le mouvement le plus massif de « décollecte », pour employer le jargon consacré. Les chiffres sont tombés le 29 août : durant le seul mois de juin, 54 milliards d’euros ont été retirés par les déposants, ce qui représente une hausse de 40% par rapport au mois de mai, marqué par la faillite retentissante de Bankia. Au total, selon la Banque d’Espagne, ce sont 220 milliards d’euros qui ont disparu des comptes des banques locales durant le premier semestre 2012 − 220 milliards d’euros, soit le cinquième de la valeur du PIB espagnol. Ceux qui ont décidé de faire migrer leur épargne sous d’autres cieux peuvent avancer de puissants arguments. Leurs banques étaient affligées d’un taux de défaut de paiement de leurs débiteurs équivalent en moyenne à 9% des encours, chiffre qui exclut leur retour à la prospérité, à moins d’une transfusion massive de capital nouveau. La récession s’aggrave au point que plus d’un quart des résidents espagnols sont désormais demandeurs d’emploi, avant même que les employeurs de la saison touristique aient renvoyé leurs saisonniers dans leurs foyers pour l’hiver. Facteur plus décisif encore, les Espagnols ont découvert que le Président du conseil et ses ministres ne savaient rien ou presque de la situation des banques au moment de leur entrée en fonction à l’automne 2011. Autant dire que leurs gouvernants leur apparaissent sous les traits d’amateurs propulsés au sommet de l’État à un moment peu propice pour faire leur apprentissage de décideurs politiques.

Pour couronner la détresse des pays dits du Sud, voilà qu’on apprend que les banques françaises et allemandes s’en retirent. Engagées respectivement pour près de 500 milliards et près de 250 milliards d’euros de prêts aux secteurs publics et privés grecs, chypriotes, italiens, espagnols et portugais, elles ont décidé de ne plus octroyer de prêts nouveaux. Leur espoir est toutefois de ne pas subir de pertes trop lourdes sur les prêts déjà consentis . Toute personne sensée comprendra intuitivement qu’elles contribuent ainsi à la spirale récessive qui affecte les pays méridionaux. Entre les difficultés ou la faillite des banques locales et le repli stratégique des banques françaises et allemandes, nos voisins du Sud n’ont guère d’illusions à se faire sur un retour prochain à la prospérité.

Les agents économiques privés placent donc leur épargne au Nord et réduisent ou suppriment leurs engagements au Sud, sans se préoccuper de l’agitation qui règne au sommet de l’édifice. Leurs décisions sont synonymes d’une rupture de l’Union monétaire masquée aux regards des médias et des politiques par la survivance d’un instrument juridique d’échange commun. Combien de temps encore l’euro survivra-t-il à la rupture de la zone monétaire ? Si la réflexion économique peut pronostiquer avec justesse certains événements déterminants, il lui est beaucoup plus difficile de prédire à quel moment précis ils se produiront. Nous pouvons cependant nous risquer à affirmer que la crise définitive surviendra lorsque les opérateurs des marchés financiers prendront acte du basculement de la zone euro vers une récession plus profonde. Car alors, aucun des remèdes palliatifs mis en place jusqu’ici, sous forme de mécanisme de stabilité ou de soutien des dettes publiques, n’empêchera que l’aventure monétaire européenne arrive à sa conclusion.[/access]

*Photo : mlaudisa

L’ « islamophobie de gauche » en débat ce soir sur Beur FM

19

On risque de ne pas s‘ennuyer ce soir sur Beur FM (106.7 à Paris et un peu partout en France). Le Forum-Débat de la station, diffusé en direct ce mercredi 26 septembre, de 18h30 à 20h, sera consacré « au rapport à l’islam dans notre société – notamment via les acteurs politico-médiatiques traditionnellement identifiés « à gauche »-, avec en toile de fond une analyse des récentes polémiques autour de la liberté d’expression ».

En clair, on parlera donc de l’affaire des caricatures de Charlie Hebdo, des incidents autour de Caroline Fourest empêchée de s’exprimer à la fête de l’Humanité, à cause de sa supposée « islamophobie », et autres fariboles sujettes à polémiques.

Les thèmes sont déjà chauds bouillants, mais contrairement à maintes émissions aux intitulés passionnants où l’on s’endort illico parce que tout le monde est d’accord pour être d’accord sur tout, le plateau de Beur FM (que nous remercions au passage d’inviter régulièrement les rédacteurs de Causeur) ne sera pas vraiment consensuel puisqu’on y retrouvera :
– Marc Cohen, de Causeur
– Gilles Sokoudjou, porte-parole des Indivisibles (le mouvement créé par Rokhaya Diallo)
– Marwan Muhammad, porte-parole du CCIF (Collectif Contre l’Islamophobie en France)

On espère un débat viril mais viril. Pour sa part, Marc Cohen m’a dit avoir promis à sa maman qu’en ce jour de Kippour, il ne dirait rien qui tombât sous le coup de la Loi, qu’elle soit française ou divine – exceptées les lois anti-fumeurs, si on ne lui accorde pas une pause clope durant cette heure et demi d’émission.

Ardisson son son les petites marionnettes

66
Patrick Timsit et Pierre Arditi s'en prennent à Charlie Hebdo chez Ardisson

Patrick Timsit et Pierre Arditi s'en prennent à Charlie Hebdo chez Ardisson

Une nuit de la semaine dernière, en regardant sur Internet certaines émissions auxquelles j’avais échappé, je suis tombé, mais pas de très haut, sur celle de Thierry Ardisson : « Salut les terriens ». Comme à peu près partout sur les plateaux télé en ce moment, ça commençait très mal. L’animateur lança le sujet sur le film L’innocence des Musulmans et sur la une de Charlie Hebdo en évoquant « une insulte faite au 7ème art et au dessin d’humour ». Pendant des années, ce nabab de l’audiovisuel qui avait reçu sur un plateau quantité d’insultes vivantes et fanfaronnantes à la création et au bon goût, semblait soudainement heurté par des moqueries islamophobes sur pellicules et par des dessins de Charlie Hebdo. Un avis d’esthète pour tout commentaire et une leçon de bon goût pour évoquer cette nouvelle affaire de caricatures, c’est un peu court quand on rabâche depuis toujours que « toutes les vérités sont bonnes à dire ».
Pendant toute la durée de l’émission, on s’acharna sur les « provocateurs », renvoyant dos à dos l’insolence des dessinateurs moqueurs et la violence de certains musulmans fulminants. Par ailleurs et comme d’habitude, on s’empressa de rappeler, tels des imams modérés, qu’il n’y avait pas le moindre lien entre les émeutiers, les incendiaires, les meurtriers ou les manifestants qui en plein Paris hurlent « Mort aux juifs » après leur prière, et leur religion.
Très vite, dans ce café du commerce pour people, la parole fut donnée à des acteurs venus vendre leur camelote ou invités pour l’ensemble de leur œuvre. L’air grave et la colère théâtrale, Pierre Arditi et Patrick Timsit rivalisèrent de sévérité à l’endroit des auteurs qui, comme eux-mêmes tentent de le faire désespérément, avaient réveillé une société du spectacle endormie. Après nous avoir rappelé combien l’islam était une religion de paix et de tolérance, la moutarde leur monta au nez. « Un torchon, une merde de film à écraser du talon regardée par des crétins », criait l’un. « Des salopards, des dessins racoleurs, de l’huile sur le feu pour vendre du papier », hurlait l’autre – qui « ne voyait pas où était la liberté de la presse là-dedans ». En substance, et de l’avis général : des provocations lamentables à but lucratif. Comme si ces deux bons clients de télé ne s’étaient jamais compromis dans des productions navrantes et pas drôles pour gagner de l’argent. Enfin, vint l’argument fatal : ces provocations « mettaient des gens en danger ». Ceux qui avaient si souvent répété, mais surtout en temps de paix : « je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites mais je me battrai pour que vous puissiez le dire » n’avaient plus qu’un mot à la bouche : « responsabilité ! ».

Je ne pus m’empêcher de voir une grande lâcheté sous cette brillante comédie et des propos lénifiants sous cette farce. Je pensais à Tino Rossi et à Maurice Chevalier chantant devant les Allemands quand Chaplin tournait Le Dictateur et Lubitsch To be or not to be, ou à Philippe Henriot dénonçant sur Radio Paris les « responsabilités » des Résistants qui « mettaient des gens en danger ». Mais je pensais aussi aux ripostes de Pierre Dac sur Radio Londres, et à Churchill qui donnait aux hommes libres la force de s’opposer aux barbares en déclarant : « nous ne pouvons pas perdre contre le nazisme, ce paganisme de pacotille, parce que nous sommes la Civilisation (judéo)-chrétienne ».
La Civilisation : ce monde qui a transformé les rapports guerriers en échanges civils, où l’on peut être radicalement et raisonnablement islamophobe sans hurler à la mort des gens, où l’on dessine tant qu’on veut sans brûler les journaux, où l’on convoque une justice qui tranche sans couper les têtes, où l’on peut se moquer des culs-bénits en djellaba et en colère, et des calotins susceptibles et meurtriers sans finir assassinés ou sous protection policière. Ce qui arrive parfois aux « blasphémateurs » qui exercent et donc défendent le droit, notre droit, de dire à des gens qui nous haïssent pour ce que nous faisons et même pour ce que nous sommes, des gens qui n’ont que le mot « respect » à la bouche et qui ne nous respectent pas, qu’on se moque d’eux et qu’on les emmerde, tous autant qu’ils sont, et ce malgré leur redoutable et redoutée capacité de nuisance.

Messieurs les comiques, les comédiens, les marionnettes, qui prêchez le respect et la prudence, et qui fustigez l’insolence et la provocation, vous ne vous exposez qu’aux feux de la rampe, jamais aux flammes des enragés. Vous, pathétiques vedettes du show biz en mal d’amour que des foules sentimentales regardent d’en bas sur vos tréteaux médiatiques au lieu de vous regarder de haut, vos courbettes lamentables qui visent l’apaisement seront reçues comme autant de signes de faiblesse par ceux qui reviendront plus nombreux, plus forts, plus vociférants et plus menaçants, tant que vous vous coucherez devant eux au lieu de relever la tête, au lieu de répondre à leurs menaces de mort et à leurs déclarations de guerre par un verbe haut et fort, c’est-à-dire par une guerre avec des moyens civils, et civilisés.

*Photo : peretzp

Iran : Street Fighting Ladies

6

L’Iran est un pays grand par la taille, dont le président est un petit homme barbu qui se prénomme Mahmoud et nourrit des sentiments belliqueux à l’égard de ses principaux ennemis jurés que sont les… juifs. Cette obsession l’occupe une bonne partie de la journée, avec le sudoku et le zapping frénétique entre les programmes de MTV et d’Al Jazeera sur son écran plat ultramoderne, aux coins carrés.
Tel un roi sans divertissement, il reçoit de temps à autres des « antisionistes » français patentés qui viennent lui gratter le dos, et lui réciter à l’oreille de longs et touchants poèmes en prose. On a vu, ainsi, Dieudonné M’bala M’bala en train d’embrasser la mule sacrée du grand leader iranien, et Michel Rocard – le comique troupier, pas l’autre – esquisser une déchirante danse du ventre séductrice devant le palais d’Ahmadinejad… (Un numéro à propos duquel l’histoire devra un jour s’interroger…)

L’histoire avait pourtant bien commencé ; bien que partiellement désertique, l’Iran regorge d’une flore et d’une faune exceptionnelle. Il n’est pas rare, baguenaudant à la rencontre de la ruralité, de croiser un lynx d’Eurasie, un chat de Pallas, une gazelle indienne (à ne pas confondre avec la gazelle à goitre qui fait aussi partie du paysage) ou encore un onagre du désert. Et c’est sans parler du gypaète barbu, de la buse féroce et de la flore sublime et poétique affleurant sur les montagnes… Depuis, l’histoire est bien connue. Les mollahs ont pris le pouvoir, les femmes ont pris le voile et les libertés ont pris un coup dans l’aile ! Que s’est-il passé… ?

Mais de Téhéran arrivent quelquefois des informations réjouissantes. Ainsi, apprenait-on la semaine dernière sur CNN que la gent féminine se rebellait de temps en temps. Le quotidien belge L’Avenir, qui rapportait cette histoire iranienne, a titré : « Deux jeunes filles tabassent un religieux qui avait demandé à l’une d’elles de se couvrir ». Boum ! Prends-ça, connard ! L’influence n’est pas encore bien identifiée… Chuck Norris, Steven Seagal, Sylvester Stallone, Jean-Claude Van Damme ou Charlie Hebdo… ? « Un imam a passé trois jours à l’hôpital après avoir été molesté par deux jeunes filles dans le village de Shahmirzad, en Iran, à la fin du mois d’août. Il avait admonesté l’une d’entre elle afin qu’elle se couvre la tête. Les deux jeunes femmes ont alors tabassé le religieux ! » Crac boum hue ! La peur aurait-elle changé de camp ? Espérons-le…

Comme quoi, les universelles turpitudes caractérielles des préadolescentes, adolescentes et post-adolescentes – pardon, des « jeunes-filles-en-fleur » – ont parfois du bon, suivant les circonstances…

Qatar : l’argent wahhabite pour les banlieues ?

60
Le Qatar aide les banlieues françaises... et propage le salafisme ?

Le Qatar aide les banlieues françaises... et propage le salafisme ?

C’est le grand paradoxe. Il y a quelques jours, les milieux politiques et médiatiques s’inquiétaient de la montée de l’islamisme suite à la manifestation parisienne contre la vidéo L’Innocence des musulmans. Aujourd’hui, le Qatar, monarchie absolue wahhabite où les partis politiques sont interdits, s’apprête à investir dans les banlieues françaises avec la bénédiction, si on peut dire, du gouvernement français par la voix d’Arnaud Montebourg, ministre du Redressement Productif.

Après avoir acheté le PSG, l’immeuble du Figaro, monté les chaînes BeIn Sport et investi dans plusieurs grandes entreprises françaises (Total, Vivendi, Lagardère…), le Qatar poursuit son implantation en France. L’émirat pétrolier va mettre en place un fonds d’investissement en faveur des banlieues avec un apport de 50 millions d’euros, l’Etat et des entreprises françaises apporteront aussi leurs contributions pour un capital qui pourra atteindre 100 millions d’euros, une aubaine en pleine rigueur budgétaire. Ces sommes serviront notamment à des créateurs d’entreprises. À titre de comparaison, le budget 2011 pour la « revitalisation économique » des quartiers atteignait à peine 145 millions d’euros.

L’aide du gouvernement français, c’est ce qu’attendait le Qatar pour boucler son projet. Annoncé en décembre dernier, le fonds a été mis en sommeil en février en pleine campagne présidentielle. Mais François Hollande qui a reçu le Premier ministre qatari en juin, s’est montré très bienveillant avec l’émirat. Il est vrai qu’une confortable rente pétrolière permet de détendre l’ambiance. Et l’argent n’a pas d’odeur.

Sauf que tout n’est pas une question de gros sous. Le Qatar n’a pas besoin de l’autorisation de l’Elysée pour investir en France. Et 50 millions d’euros, c’est presque de l’argent de poche quand on sait que le PSG a racheté Thiago Silva au Milan AC pour 49 millions.

Ici, on est surtout dans une logique d’influence diplomatique par l’économie, de soft power, comme on dit en bon français. Le Qatar essaie ainsi d’exister sur la scène diplomatique face à l’Arabie Saoudite ou l’Iran en misant non pas sur la force mais sur l’argent. Investir dans les banlieues main dans la main avec le gouvernement français consolide les amitiés et donne une belle image de mécène. Racheter un club de foot offre une vitrine médiatique exceptionnelle et permet d’inviter ses « amis » dans les loges VIP. Son point d’orgue : l’organisation de la Coupe du monde de foot en 2022 qui fera du Qatar le centre du monde pendant deux semaines.

C’est là que le bât blesse. Le Qatar va-t-il se servir de son argent pour importer sa propre vision du monde ? Sur RMC, le chercheur Pascal Boniface démentait une telle accusation estimant que le PSG « n’est pas devenu un club wahhabite ». Mais Boniface, par ailleurs supporter du PSG, oublie que racheter un club de foot est une chose et agir aux cotés du gouvernement en est une autre.

Dans la classe politique, il y a peu de monde pour s’en indigner. Bien évidemment, Marine Le Pen pointe un « cheval de Troie de l’islamisme » et à gauche, on ne trouve que le sénateur PS Claude Dilain, ex-maire de Clichy-sous-bois, pour dénoncer un « projet dangereux » d’ingérence étrangère. Il y aussi Nicolas Dupont-Aignan qui estime que « ça s’apparente à de la prostitution ».

Certes, pour éviter toute polémique autour d’un fond alloué par un Etat wahhabite à des banlieues largement peuplées de jeunes musulmans, le ministère du Redressement productif a assuré que les zones rurales seraient aussi concernées. Mais le fait est qu’en sortant le carnet de chèques, le Qatar étend progressivement son influence. Certains réclament un plan Marshall pour les banlieues, il sera peut-être mis en place avec Doha à la place de Washington. Pour le meilleur et surtout pour le pire.

Et qui a pu porter un tel projet ? Tout vient de l’Association nationale des élus locaux pour la diversité (Aneld). Cette association s’est déplacée en décembre dernier pour réclamer l’aide qatarie pour les banlieues. L’Aneld deviendra aussi partie prenante du fonds en entrant dans sa commission d’attribution, chargée de choisir les projets financés. Toutefois, l’Association des Maires de France et des celle des Régions de France devraient aussi y trouver leur place.

L’Aneld s’est également faite connaître l’été dernier pour avoir demandé l’introduction des statistiques ethniques en France après un voyage aux Etats-Unis, pays tant admiré des communautaristes. Dans une interview à Marianne2, Leïla Leghmara, vice-présidente de l’Aneld et élue Nouveau Centre de Colombes, déclarait à ce sujet : « Il faut arrêter avec l’assimilation (…) on peut être français et d’origine étrangère, c’est un patrimoine, une richesse qu’il faut respecter ». Voilà qui en dit long sur les convictions de l’Aneld. Malgré tout, l’association a trouvé une bonne oreille au gouvernement. On pensait que les valeurs républicaines n’avaient pas de prix. Pour 50 millions, Hollande s’est laissé convaincre.

*Photo : Patrick Peccatte/Le Parisien

Superstar : Culte sans personnalité

8
Xavier Giannoli met en scène Kad Merad dans Superstar

Xavier Giannoli met en scène Kad Merad dans Superstar

« J’aime beaucoup ce que vous faites. » Si nous étions capables d’entendre ce qui est dit et de voir ce qui est montré, cette réplique, extraite de Superstar, film de Xavier Giannoli sorti fin août, serait déjà culte. C’est qu’elle est, en quelque sorte, le concentré d’une époque qui a érigé l’intransitivité en règle et la tautologie en art.

Dans ce monde sans pourquoi, on est amoureux ou révolté tout court : pas besoin de raison puisqu’on a toujours raison de se révolter. De même, Martin Kazinski, enfant de Joseph K. et d’Endemol, est célèbre sans que personne ne sache pourquoi, ni lui, ni les milliers d’anonymes qui se ruent sur lui avec leurs smartphones, ni les journalistes qui se l’arrachent, ni l’attachée de presse écervelée qui lui lance ce « J’aime beaucoup ce que vous faites » et n’a pas la moindre idée de ce à quoi elle fait référence − elle pourrait parler de son bœuf mironton aussi bien que de son interprétation d’un concerto de Mozart.[access capability= »lire_inedits »] Profitons-en pour saluer celle de Kad Merad, parfait dans ce rôle de John Doe du XXIe siècle − John Doe est L’Homme de la rue de Frank Capra, incarné par Gary Cooper.

Bien sûr, cette célébrité qui tombe sur la tête d’un inconnu comme la foudre ou une maladie paraît tellement absurde qu’on préfère penser qu’il s’agit d’une fable, voire d’une grossière caricature. Sauf qu’à y réfléchir, on n’est pas si loin de la réalité. On se rappelle les participants du premier « Loft Story », conviés à être eux-mêmes − et à n’être qu’eux-mêmes − sous le regard de leurs contemporains. Ils n’avaient rien de plus que vous et moi − et pour certains, plutôt moins −, n’avaient rien fait de remarquable ou d’extraordinaire qui justifiât l’intérêt des téléspectateurs[1. Gil Mihaely m’apprend que l’hébreu moderne a forgé un néologisme pour parler des « célébrités » : mefourstam est un mélange de mefoursam (« connu ») et de stam (« rien »). Cela signifie donc « connu pour rien ». On ne saurait mieux dire.]. La seule chose qui les distinguait du reste de l’humanité est qu’ils s’étaient volontairement placés sous la surveillance permanente d’une caméra : ils s’étaient même battus comme des chiens pour avoir le droit de s’offrir aux regards.

L’un d’eux, à peine sorti de cette maison de verre, eut cette phrase involontairement profonde : « C’est bon d’être célèbre ! » À aucun moment, il ne se demanda s’il avait mérité sa célébrité − sans doute fût-il alors arrivé à la conclusion de son imposture. Certes, on n’a pas attendu Giannoli pour savoir que, dans la vidéosphère, la hiérarchie de la notoriété n’a plus rien à voir avec celle du mérite et qu’une blonde volcanique a plus de chances de faire star que l’inventeur du vaccin contre le sida. Neil Armstrong, qui n’en manquait pas (de mérite), l’avait bien compris. Il refusa de signer des autographes à partir du moment où il comprit que sa signature avait une valeur marchande et ne manquait jamais de rappeler que la conquête de la lune avait été le résultat d’un gigantesque travail d’équipe. De fait, et cela n’enlève rien à son exploit, il y a quelque injustice dans le fait que seuls son nom et son visage soient restés dans l’Histoire, tandis que les ingénieurs qui l’y ont propulsé sont anonymes pour l’éternité. C’est ainsi : seul celui qui est passé à la télé demeure dans nos mémoires.
On peut s’étonner qu’à l’exception de Libération, qui a décrété que ce film était rien moins qu’« infâme », la presse ait plutôt bien accueilli Superstar, tout en passant largement à côté de ce qu’il nous dit. Paradoxalement, les confrères ont relevé et même largement approuvé la charge contre les médias, comme si les journalistes étaient désormais résignés à n’être que les Messieurs Loyal d’une société qui n’a rien à cacher parce qu’elle n’a rien à montrer.

Mais, au-delà des médias, ce dont nous parle Giannoli, c’est de nous, et même de toi, « hypocrite lecteur, − mon semblable, − mon frère ! », comme l’écrivait Baudelaire. Le personnage principal de Superstar, le vrai coupable de la disparition du réel, c’est le public qui se rue en meute sur la barbaque sanglante qu’on lui jette par écrans interposés et qu’il renvoie à son tour, agissant comme démultiplicateur de néant. Ainsi nos téléphones portables munis de connexions Internet sont-ils des armes de destruction massive de la vraie vie. C’est nous qui avons décidé que les êtres humains étaient désormais répartis en deux catégories : ceux qui sont connus et ceux qui ne le sont pas. Et non seulement il est idiot de chercher à savoir pourquoi et pour quoi les gens connus sont connus, mais il est carrément inconvenant de se demander de qui ils sont connus. Dans ce monde solipsiste où l’on n’existe que par le regard de l’autre, l’autre n’existe plus.[/access]

Métro, Hidalgo, collabo

27
Anne Hidalgo nazifie le FN

Anne Hidalgo nazifie le FN

« L’Histoire a du sens, le Front national n’est pas un parti qui s’est constitué dans le cadre républicain, c’est un parti qui a lutté contre la République, qui a soutenu pendant la guerre la collaboration avec les nazis ». Prononcée hier matin par Anne Hidalgo, première adjointe et probable successeur de Bertrand Delanoë à la mairie de Paris, cette petite phrase n’a pas fini de faire le tour des journaux, radios, télévisions et autres télécrans virtuels. Immédiatement, les langues malveillantes se délient, pointant l’anachronisme (« le FN a été créé en 1972, na na nère ! »), le contresens historique, voire la grosse gaffe qui pourrait lui coûter les voix du boboland parisien, ce bastion poujadiste inexpugnable ! Bien sûr, on pourrait rappeler à Anne Hidalgo la responsabilité de la gauche républicaine dans le collaborationnisme, tout particulièrement de sa frange la plus robespierriste et jaurésienne, représentée à l’époque par le néo-socialiste Marcel Déat, fondateur du Rassemblement National Populaire (RNP) et proche d’un certain Robert Jospin[1. Dont le fils Lionel a assumé les errements avec dignité.].

Bien sûr, on pourrait conseiller à la future édile parisienne de se replonger dans les œuvres de Simon Epstein (Un paradoxe français : Antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la Résistance), Jean-Claude Valla (La Gauche pétainiste) et François-Marin Fleutot (Des royalistes dans la Résistance) pour nuancer le mythe de la République dreyfusarde, antiraciste et résistante. Faute de temps, on accorderait volontiers un répit à Mme Hidalgo en la soumettant à l’étude de documents, cette épreuve d’histoire si prisée par les professeurs de troisième, à travers l’examen comparé des trajectoires du colonel Rémy et de Jacques Doriot, dont on devine aisément qui est le plus républicain des deux. Allez, assez torturé Anne Hidalgo, reconnaissons-lui le droit à la maladresse. Après tout, cette élue a parfaitement le droit de déterrer les tristes destins des frontistes Roland Gaucher, de François Brigneau et des autres nostalgiques de la Légion Charlemagne communiant avec le lepéniste et résistant historique Roger Holeindre dans l’anticommunisme viscéral.

Vingt-quatre heures après le drame, Anne Hidalgo s’est fendue d’une nouvelle déclaration fracassante, pour préciser ses premières intentions. Revue et corrigée, la sortie scandaleuse d’hier donne : « Oui, je le soutiens, la filiation historique du Front national remonte à la collaboration avec Pétain et aux ligues d’extrême droite d’avant-guerre ; ceux qui ont constitué le FN venaient de partis néonazis…». Filiation historique : le mot est lâché, au nez et à la barbe des mauvais coucheurs historiens. Hidalgo songe certainement au noyau dur néo-fasciste d’Ordre Nouveau, en occultant le ferment poujadiste du FN et l’antigermanisme viscéral des ligues d’avant-guerre, dont bien des militants connurent de meilleures années d’Occupation que le vieux Maurras, « devenu fou à force d’avoir raison », selon le mot cruel de De Gaulle.
Mais qu’importe la rigueur historique, seule la conscience politique compte. Pourvue d’un « sens de l’histoire » sincèrement républicain, antiraciste, laïc et universellement bienveillant, Anne Hidalgo reste vigilante.

Alors que le couple exécutif connaît un sérieux coup de mou et qu’il devient de plus en plus délicat de distinguer la substance du hollandisme de celle de son devancier sarkozyste, un bon coup de pédale anti-FN ne peut pas faire de mal par où il passe. En guise de stratégie de défense, les hommes-lige de Marine, Louis Aliot et Steeve Briois ont eu l’indélicatesse de rappeler le passé vichyssois tourmenté de François Mitterrand, tout en poursuivant Anne Hidalgo en justice. Une condamnation pour propos diffamatoires aurait de quoi garantir un quart d’heure de temps médiatique supplémentaire au Front National, contraint de se faire l’arbitre des élégances de rue pour gagner un peu de surface télévisuelle. C’est peut-être là le vrai fond de l’affaire : une stratégie dédiabolisatrice, laquelle oblige Marine Le Pen à troquer les jeux de mots graveleux de son père contre des propositions farfelues, n’a plus que des rogatons d’antifascisme à affronter. Le théâtre antiraciste n’est décidément plus ce qu’il était, même Harlem Désir fait grise mine sur le fauteuil de Solférino que l’ébéniste Hollande lui a confectionné.

On saura gré à Anne Hidalgo de vouloir ressusciter le cordon sanitaire anti FN par période de gros temps. Espérons seulement que le temps pris pour briser les mille et une têtes de l’hydre xénophobe ne retarde pas trop l’avènement du paradis socialo-capitaliste censé durer mille ans.

Anne Hidalgo, une historienne à l’Hôtel de Ville

19

De l’UMP jusqu’au Front de Gauche en passant par toute les nuances du PS et parfois même par l’extrême droite, le point Godwin est la niaiserie la mieux partagée par notre classe politique (juste devant les métaphore sportives à la noix, il est vrai).

Et d’un bout à l’autre de l’hémicycle, chacun a en mémoire ce magnifique adage de Montesquieu, à moins qu’il soit d’Yvette Horner : « Quand rien à dire tu n’auras, d’Adolf Hitler tu parleras »

Plus rien ne nous étonne donc dans ce champ sémantique-là, mais quand même, Anne Hidalgo a fait très fort, hier matin sur iTélé, en balançant tout-à-trac a un Christophe Barbier médusé : « Le Front national n’est pas un parti qui s’est constitué dans le cadre républicain, c’est un parti qui a lutté contre la République, qui a soutenu pendant la guerre la collaboration avec les nazis ».

Ledit Front a aussi sec porté plainte contre la successeuse désignée de Bertrand Delanoë, en prétendant que la date de 1972 , à laquelle le FN avait été fondé, se situait environ 27 ans après la reddition sans condition de l’Allemagne et du Japon en 1945. C’est bien connu, les chiffres, on leur fait dire n’importe quoi.

De toutes façons, ces arguments fallacieux ne risquent pas d’intimider la courageuse première adjointe au Maire de Paris qui a précisé l’après-midi même : « J’ai dit cela parce que je pense que l’on perd le sens de l’Histoire ». Un argument imparable : quiconque a fréquenté récemment un lycée voire une école primaire sait que l’Histoire telle qu’on l’enseigne proscrit l’apprentissage des dates et autres vieilleries réactionnaires.

Mariage de déraison

200
Non au mariage gay : il faut un homme et une femme

Non au mariage gay : il faut un homme et une femme

Il n’y a pas d’égalité entre hétérosexuels et homosexuels en matière de parentalité. Comme le soulevait Michel Schneider dans Big Mother : « Il ne faut pas confondre égalité des droits et droit à l’égalité. » Dans son article « Le mariage célébré par ses célibataires mêmes »[1. Exorcismes spirituels IV, (Les Belles Lettres), 2005], Philippe Muray soulignait avec drôlerie que les hétérosexuels n’avaient jamais combattu pour obtenir ce droit. Et j’imagine mal Marcel Proust, Oscar Wilde et Pier Paolo Pasolini réclamer le mariage gay ou l’homoparentalité.

Les lobbies homosexuels revendiquent l’homoparentalité et le mariage à l’égal des hétérosexuels qui, eux, constituent le modèle familial de base puisqu’ils sont naturellement dotés de capacités procréatrices. Penser le contraire et exiger l’homoparentalité revient à détruire la spécificité de l’homosexualité, laquelle se caractérise par un amour sexuel sans enfantement. Ou alors il faut revoir la sexualité de l’homosexuel de fond en comble. À ce titre, les homosexuels auraient les mêmes droits que les hétérosexuels s’ils consentaient à faire l’amour avec le sexe opposé pour engendrer. Mais comme ils sont homosexuels, cette voie leur est bien évidemment refusée.

Le « désir d’enfant » ne peut éclore qu’à une époque qui a fétichisé l’enfant jusqu’à la bêtise comme le notait Jean Baudrillard. Cette fétichisation de l’enfant intervient à une époque où les adultes refusent d’être adultes, restant adulescents ou se complaisant dans le jeunisme : l’égoïsme infantile est devenu le marché à choyer pour vendre, relais de l’égoïsme libéral de base. Cette bébémania est l’état régressif vers lequel il faut tendre d’une façon symbolique. Il n’est donc pas étonnant que, par victimisme interposé, les associations homosexuelles revendiquent l’homoparentalité pour des personnes qui, de fait, ne peuvent pas engendrer. Il s’agit de faire comme on veut dans la réalité et de demander ensuite à l’Etat de légaliser notre transgression.

Si l’on répond qu’il est normal que l’homme se soit éloigné de la nature et qu’il est sain qu’il en soit ainsi, ce principe permettant d’attribuer des enfants à des gens qui ne peuvent pas en avoir, il serait tout aussi logique de demander aux homosexuels de mettre leur désir d’enfant en veilleuse, ce désir étant biologique et naturel chez l’homme. On ne peut pas avoir le beurre, l’argent du beurre, le cul du crémier et sa maison par-dessus le marché pour complaire à une petite minorité qui s’agite beaucoup.
Depuis des milliers d’années, les choses se passaient ainsi et on se demande bien pourquoi « il faudrait » maintenant sortir à tout prix d’un tel modèle qui s’est imposé sans combat ! Le mimétisme hétérosexuel des homosexuels est grotesque. Il ne réclame pas seulement d’être de parfaits petits bourgeois en plus d’être de zélés conformistes mais copie le modèle naturel présent depuis des siècles en tentant de faire croire que celui-ci n’a aucune réelle prérogative ou aucune influence. Or, Mère Nature (et non Père nature) a distingué deux sexes car ceux-ci peuvent s’unir pour engendrer un enfant et c’est de cette seule et unique façon que le réel opère. À moins de commettre un déni de réel, l’hétérosexualité reste le modèle « dominant » effectif et naturel. Qu’il soit « dominant » veut simplement dire qu’il est prépondérant. Il n’implique nullement le projet d’éradiquer l’homosexualité mais a tout simplement été créé pour que l’espèce se perpétue. Et le mariage est là pour avaliser cette future descendance afin d’éviter que les hommes et les femmes ne courent à droite et à gauche et et ruinent leur union et leur descendance. Si les hommes et les femmes n’avaient pas la possibilité d’enfanter, ils ne se mettraient pas ensemble et ne se marieraient pas.

Le monde ne se partage donc pas entre hétérosexuels et homosexuels mais entre hommes et femmes. Si l’homosexualité n’est pas un choix, il est impératif d’assumer sa préférence. Être homosexuel, c’est assumer un statut sexuel réel et non imiter les hétérosexuels. Être au monde, c’est faire le deuil de certaines choses tout comme nous choisissons la femme que l’on épouse en renonçant à toutes les autres femmes.
De même, il ne s’agit pas de savoir si oui ou non les enfants d’homosexuels seront homosexuels ou hétérosexuels ou s’ils seront plus ou moins névrosés ou fous. On pose ce dilemme pour le réfuter ensuite et ainsi avaliser l’homoparentalité. Il s’agit dès le départ de donner aux enfants un père et une mère, une différenciation sexuelle et donc une diversité sexuelle. Dans un couple homosexuel, il n’y a pour l’enfant que deux « mêmes ». Comment les enfants vont-ils appeler leur papa ou leur maman dans cette non-différenciation sexuelle, la différenciation sexuelle étant à la base de l’engendrement ? Comme l’avait fait remarquer Woody Allen dans Manhattan, avec un père ou une mère c’est déjà difficile alors avec deux… Car au fond, il s’agit sans cesse de dévier, de n’être jamais satisfait de rien, de réclamer perpétuellement de nouveaux acquis, de nouveaux droits qui ne peuvent jamais combler quoi que ce soit dans l’imaginaire et le désir humain. À la fin, nous vivons dans un monde irréel, dans un univers fantasmatique qui ne connaît plus aucune limite, plus aucun « marquage » de quelque nature que ce soit. Un tel point de vue n’a rien de « réactionnaire » mais tente de sauvegarder un minimum de concret et de stabilité afin de préserver ce monde plutôt que de le livrer à la sphère marchande sous prétexte de « changement » et de « progrès ».

*Photo : Dusty Smith – Twitter.com/DustyAllDayLong

Charlie Hebdo, la couverture à laquelle vous n’avez pas échappé

26
Charlie Hebdo, les caricatures de l'islam et Bernard Arnault

Charlie Hebdo, les caricatures de l'islam et Bernard Arnault

Ce que j’aime bien avec Charlie Hebdo, c’est que c’est un journal de gauche, très à gauche même. Au point de sombrer parfois dans une forme de néo-moralisme concernant aussi bien les fumeurs, les amateurs de foot ou de corrida que les consommateurs compulsifs d’objets inutiles. Et si j’aime bien qu’on me fasse rire, comme y parvient souvent Charlie, j’aime beaucoup moins que l’on me fasse la morale. Le « Castigat ridendo mores », il châtie les mœurs en riant, de Plaute est valable pour la comédie. Et Charlie Hebdo n’est pas une comédie, c’est un journal.

La couverture de Charlie Hebdo, celle qui a fait tant de bruit, est drôle. C’est aussi un acte politique. J’insiste sur le « aussi ». Rire n’est pas neutre, bien au contraire. Il s’agit d’avancer une opinion. Le rire, dans un tel contexte, est l’arme utile de ceux qui détestent la violence.
L’air de rien, il est beaucoup plus facile d’assassiner un diplomate, d’organiser des manifs devant l’ambassade des USA et de menacer de mort la Terre entière. Ou au moins sa partie qui pense que l’Islam, instrumentalisé par ses extrémistes, est redevenu un grand danger pour nos vieilles démocraties, comme il l’est pour les femmes, les journalistes, les homosexuels, les chrétiens, les intellectuels dans les pays arabes qui voient chaque jour un peu plus leur printemps tourner à l’hiver.
Oui, c’est plus facile comme il est plus facile, aussi, de s’exiler fiscalement que de prendre une part, même toute petite au redressement économique du pays qui vous a pourtant tout donné. Cela aussi est une autre forme de violence faite à nos concitoyens.
Elle n’est pas comparable ? Pour un journal satirique, qui peut et qui doit tout se permettre, bien sûr que si.

La preuve, c’est la couverture de Charlie Hebdo. Pas celle des caricatures mais celle de la semaine précédente. Elle me semble largement plus dure que celle de Libé sur le même sujet, mais Libé n’est pas un journal satirique, ou alors à son insu, par un effet de comique involontaire. L’intérêt, c’est que la couverture de Charlie sur Arnault nous rappelle qu’appartenir à la gauche républicaine, c’est aussi savoir avancer sur deux pieds. Essayer de penser la guerre de civilisation sans oublier la guerre de classes, toujours présente. Que l’une se confonde avec l’autre ou qu’elle en soit la cause, ou la conséquence, à vrai dire, je n’en sais rien, je ne peux pas le prouver même si j’ai ma petite idée sur la question.
Je sais en revanche que décider de quitter son pays, de vouloir abandonner sa nationalité par pur intérêt personnel, cela aussi est une sorte de déclaration de guerre.

Déclaration de guerre assez absurde au demeurant puisqu’elle parviendrait presque à faire croire que le gouvernement socialiste mène une politique de gauche au point que les ministres doivent se dire en leur for intérieur « Merci patrons ! » Grâce à eux, ils vont pouvoir rejouer la comédie du Mur de l’Argent et des Deux Cents familles alors que leur politique demeure purement social-libérale.
Résumons-nous : primo, il est hors de question de laisser des intégristes mettre un souk planétaire sous prétexte d’une vidéo débile ou de la une d’un journal satirique.
Mais, secundo, il est tout aussi hors de question d’oublier cette révolte des élites dont parlait Christopher Lasch à l’honneur dans Causeur du mois de septembre, et dont Bernard Arnault est devenu l’archétype. Alors, en attendant, comme Charlie Hebdo, je veux rire des deux et avancer sur deux pieds.

*Image : Charlie Hebdo.

L’euro, c’est fini !

75
La zone euro a déjà éclaté quoiqu'en dise la BCE

La zone euro a déjà éclaté quoiqu'en dise la BCE

Invraisemblable, mais vrai : il se trouve encore des économistes pour annoncer à l’Europe des lendemains qui chantent. Le Vieux Continent, nous disent-ils, ne tardera pas à retrouver sa vigueur et sa prospérité, tenant enfin les promesses de l’Agenda de Lisbonne de 2000, aux termes duquel l’Europe devait être en 2010 la région exemplaire pour le reste du monde par sa prospérité, son taux d’éducation, sa capacité d’innovation.

Que mon lecteur se rassure, l’optimisme affiché par ces « économistes » ne trahit pas leur dérangement mental : elle répond à une consigne diffusée à l’occasion de la grande réunion libérale qui se tient traditionnellement à Aix-en-Provence au début de l’été.[access capability= »lire_inedits »] Ordre a été donné aux congressistes de propager la « bonne nouvelle » de l’Europe sur le point de ressusciter. Ainsi, la crise financière du système de l’euro et la récession qui s’étend au sein des pays-membres sont-elles rejetées dans un registre anecdotique. L’Europe reste et restera une terre d’élection pour le développement et l’innovation, nonobstant les aléas conjoncturels qui pourraient faire douter de la chose.

Cependant, cet optimisme de rigueur dans le cénacle libéral n’a pas encore contaminé la direction de la Banque centrale de Francfort. L’un de ses membres, Jörg Asmussen, a énoncé les termes du dilemme qui étreint les dirigeants de la BCE : « Les marchés font le pari de la désintégration de la zone. Un tel risque systémique est dramatique et, pour la Banque centrale européenne, inacceptable. » Plus clairement encore, la BCE n’a guère le choix : soit elle inaugure une politique de rachat massif des dettes publiques des pays en détresse, en contradiction violente avec ses statuts et en opposition à la volonté du pays le plus puissant de la zone, soit elle laisse éclater la zone monétaire placée sous sa juridiction .

De fait, les autorités de la zone euro se heurtent à une situation qui ne figurait à aucun agenda, de Lisbonne ou d’ailleurs . L’élément le plus connu est l’écart entre les taux consentis par les différents États pour financer leurs déficits et leurs dettes : les « spreads » (différentiels de taux) sont à un niveau insoutenable pour des pays comme l’Irlande, le Portugal et l’Espagne, la Grèce n’ayant plus accès du tout aux marchés du crédit. On se demande comment les marchés financiers et les agences de notation ont pu, des années durant, accorder une confiance aveugle aux États qu’ils massacrent aujourd’hui.

Le deuxième élément, plus discret, tient au fait que les nouveaux emprunts émis pour financer les dettes souveraines ne sont plus souscrits que par les banques du pays concerné, espagnoles, portugaises, italiennes (mais aussi françaises). Cette « renationalisation » des dettes publiques est involontaire. Elle s’explique par le fait que les banques entendent bien échapper aux imbroglios des finances publiques des autres États que les leurs, tout en faisant le pari que leurs Trésors publics respectifs (encore financés par leurs soins avec l’argent récolté au préalable aux guichets de la Banque de Francfort) resteront solvables, au prix d’ajustements drastiques des politiques budgétaires.

Toutefois, la rupture de facto de l’Union monétaire est encore mieux illustrée encore par deux autres facteurs dont les médias ne rendent pas compte, ou si peu, tout occupés qu’ils sont à décrypter le jeu des grands protagonistes, Mario Draghi, Angela Merkel, François Hollande, Mario Monti, Mariano Rajoy. Ces médias sont les jouets d’une double illusion : illusion politique sur le pouvoir d’États qui se sont pourtant dessaisis des leviers essentiels de la politique économique et financière ; illusion technique sur le pouvoir des ingénieurs de la monnaie et de la finance, placés auprès de la Banque centrale européenne. Laissons-les à leurs illusions. Il convient, pour notre gouverne, d’insister sur la migration massive de l’épargne du Sud vers le Nord et sur le retrait des banques du Nord imprudemment engagées au Sud.

Que les épargnants grecs, chypriotes, italiens, espagnols, portugais, voire irlandais, retirent massivement leurs avoirs de leurs comptes pour les transférer vers le Luxembourg, les Pays-Bas et l’Allemagne, devrait figurer à la « une » de nos journaux. Car on ne doit pas s’y méprendre : leur comportement ne relève pas d’un phénomène classique de fuite des capitaux . Ce sont moins les fortunes du Sud qui s’enfuient à tire d’aile que l’épargne des classes moyennes qui cherchent à se prémunir contre la faillite potentielle de leurs banques. Tandis que les dirigeants européens affichent leur confiance dans une solution heureuse de la crise des dettes souveraines, les peuples ont déjà compris que, au-delà de la sauvegarde des États et de l’euro, l’enjeu crucial des décisions prises à l’occasion des sommets européens est la sauvegarde des banques.

De ce point de vue, deux grands pays concentrent l’attention : l’Italie et l’Espagne.
Dans le premier, les banques sont, pour l’essentiel, victimes de la récession. La production italienne est aujourd’hui inférieure de quelque 8% à celle du premier trimestre 2008. Et elle baisse toujours, en dépit – ou à cause – des efforts du capitaine du navire, Mario Monti, ancien commissaire européen, ancien conseiller de Goldman Sachs et président de l’université Bocconi de Milan, qui est à la doctrine néolibérale ce que l’École des cadres du Parti communiste était à la doctrine marxiste-léniniste. La récession mine les comptes d’un État qui était déjà l’un des plus endettés d’Europe à la veille de la crise économique. Elle porte atteinte, par un effet collatéral, au crédit des banques italiennes. Comme les Italiens ne voient pas d’issue à l’impasse économique et financière transalpine , ils sont de plus en plus nombreux à redouter une cessation de paiement de leurs banques.

Toutefois, c’est l’Espagne qui est affectée par le mouvement le plus massif de « décollecte », pour employer le jargon consacré. Les chiffres sont tombés le 29 août : durant le seul mois de juin, 54 milliards d’euros ont été retirés par les déposants, ce qui représente une hausse de 40% par rapport au mois de mai, marqué par la faillite retentissante de Bankia. Au total, selon la Banque d’Espagne, ce sont 220 milliards d’euros qui ont disparu des comptes des banques locales durant le premier semestre 2012 − 220 milliards d’euros, soit le cinquième de la valeur du PIB espagnol. Ceux qui ont décidé de faire migrer leur épargne sous d’autres cieux peuvent avancer de puissants arguments. Leurs banques étaient affligées d’un taux de défaut de paiement de leurs débiteurs équivalent en moyenne à 9% des encours, chiffre qui exclut leur retour à la prospérité, à moins d’une transfusion massive de capital nouveau. La récession s’aggrave au point que plus d’un quart des résidents espagnols sont désormais demandeurs d’emploi, avant même que les employeurs de la saison touristique aient renvoyé leurs saisonniers dans leurs foyers pour l’hiver. Facteur plus décisif encore, les Espagnols ont découvert que le Président du conseil et ses ministres ne savaient rien ou presque de la situation des banques au moment de leur entrée en fonction à l’automne 2011. Autant dire que leurs gouvernants leur apparaissent sous les traits d’amateurs propulsés au sommet de l’État à un moment peu propice pour faire leur apprentissage de décideurs politiques.

Pour couronner la détresse des pays dits du Sud, voilà qu’on apprend que les banques françaises et allemandes s’en retirent. Engagées respectivement pour près de 500 milliards et près de 250 milliards d’euros de prêts aux secteurs publics et privés grecs, chypriotes, italiens, espagnols et portugais, elles ont décidé de ne plus octroyer de prêts nouveaux. Leur espoir est toutefois de ne pas subir de pertes trop lourdes sur les prêts déjà consentis . Toute personne sensée comprendra intuitivement qu’elles contribuent ainsi à la spirale récessive qui affecte les pays méridionaux. Entre les difficultés ou la faillite des banques locales et le repli stratégique des banques françaises et allemandes, nos voisins du Sud n’ont guère d’illusions à se faire sur un retour prochain à la prospérité.

Les agents économiques privés placent donc leur épargne au Nord et réduisent ou suppriment leurs engagements au Sud, sans se préoccuper de l’agitation qui règne au sommet de l’édifice. Leurs décisions sont synonymes d’une rupture de l’Union monétaire masquée aux regards des médias et des politiques par la survivance d’un instrument juridique d’échange commun. Combien de temps encore l’euro survivra-t-il à la rupture de la zone monétaire ? Si la réflexion économique peut pronostiquer avec justesse certains événements déterminants, il lui est beaucoup plus difficile de prédire à quel moment précis ils se produiront. Nous pouvons cependant nous risquer à affirmer que la crise définitive surviendra lorsque les opérateurs des marchés financiers prendront acte du basculement de la zone euro vers une récession plus profonde. Car alors, aucun des remèdes palliatifs mis en place jusqu’ici, sous forme de mécanisme de stabilité ou de soutien des dettes publiques, n’empêchera que l’aventure monétaire européenne arrive à sa conclusion.[/access]

*Photo : mlaudisa