Cette semaine, le groupe parlementaire majoritaire à l’Assemblée Constituante tunisienne, issu du mouvement islamiste Ennahda, a sanctuarisé le Code du Statut personnel hérité de Bourguiba en lui conférant le statut de loi organique, uniquement révocable par une majorité des deux-tiers.
Vous avez bien lu, l’interdiction de la polygamie et l’ensemble des droits accordés aux femmes par Bourguiba (à la regrettable exception de l’héritage, une femme touchant moitié moins qu’un homme) ont été consacrées par les ouailles de Ghannouchi, en nombre à l’Assemblée. Que faut-il en déduire ?

Faute de lire dans le marc de café turc, l’observateur est condamné à conjecturer. D’aucuns soulignent ainsi la nécessité de compromis à laquelle est astreint Ennahda, du fait de sa majorité relative à l’Assemblée et des pressions de ses partenaires de gauche (Takkatol, CPR) peu enclins à enterrer le « modèle tunisien ». D’autres souligneront le poids des députés (et non député-es, la fonction étant neutre, comme le rappellent nos avisés Immortels) femmes au sein même du groupe islamiste qui doivent leurs fauteuils à la version tunisienne de la loi sur la parité. Certains feront enfin l’hypothèse d’un pas tactique de la part d’Ennahda, maître de l’art (pourtant chiite) de la taqqiya. Cette technique de dissimulation sert souvent de grille de lecture aux faits et gestes des barbus, notamment pour comprendre l’apparence de respectabilité de certains intellectuels musulmans…

Toutes ces interprétations se valent et, à ce stade, on ne saurait laquelle favoriser. Il y a aussi d’autres éléments en ligne de compte : qu’Ennahda veuille rassurer Paris en avançant à pas feutrés, ou que le statut de la femme, on pourra toujours en reparler quand les deux-tiers de l’Assemblée seront des islamistes « modérés »…

Côté tracasseries sociétales, si les femmes ne semblent- pour l’instant- pas menacées par le débouché politique de la « Révolution du Jasmin » (appellation d’origine médiatique que ses auteurs n’assument plus, on le comprend !), d’autres catégories de population pourraient passer sous la toise de la piété obligatoire.

Que l’on songe par exemple aux réfractaires au jeûne du Ramadan, déjà sous la pression sociale de leurs compatriotes pratiquants, ou au brave Joseph qui vend discrètement de gras sandwichs au jambon de porc à La Marsa tout en assumant fièrement son identité d’israélite tunisien.
Quant au pèlerinage annuel à la synagogue de la Ghriba à Djerba, il méritera d’être examiné de près… si son organisation est maintenue avec Ennahda au pouvoir.

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