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Crimée : quand l’Occident réagit, enfin

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Il fallait s’y attendre. Dans la guerre larvée qui sévit en Ukraine, et contrairement à ce que laissent entendre les mauvais esprits, l’Occident ne reste pas inerte et a su ouvrir un nouveau front là où le cauchemar a commencé : en Crimée. Devant l’arrogance sans nom d’un peuple qui s’est jeté dans les bras de l’ogre Poutine et a tourné le dos à un avenir européen radieux, le monde libre a frappé pratiquement sans sommation les trois villes les plus importantes de la péninsule : Yalta, Sébastopol et Simféropol, la capitale. On se doute que la propagande russe les transformera en cités martyres car même lors des bombardements de Belgrade pendant la guerre du Kosovo, l’Ouest n’avait osé aller aussi loin.

En effet, c’est avec horreur que les habitants ont découvert le vendredi 4 avril au matin que le McDonald’s de chacune de ces villes a été fermé sans autre forme de procès. Personne n’est dupe du motif officiel invoqué : McDo Ukraine aurait simplement répondu à un possible embargo sur le gaz russe par un autre embargo, celui sur la mayonnaise, le ketchup et les oignons crus, mettant de fait au chômage technique les trois restaurants. Mais le vrai but de guerre évidemment est ailleurs : d’après tous les observateurs, c’est une fermeture définitive qui a été décidée. Effondrés, les employés ont néanmoins été traités de manière humaine, comme savent le faire des vainqueurs magnanimes : ceux qui décideront de partir travailler en Ukraine auront le droit à un logement payé pendant trois mois.

Il n’en demeure pas moins que la population va souffrir. Fermer un McDo, c’est toujours d’une manière ou d’une autre faire reculer la civilisation et les autorités craignent désormais une épidémie de suicides chez les cardiologues et autres diabétologues criméens. Mais c’est le prix à payer et on finira un jour ou l’autre par remercier McDo qui, en ce centenaire de la guerre de 14, aura peut-être évité une affreuse répétition par cette décision courageuse.

L’Etat de droit, un scandale d’Etat?

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thierry herzog ecoute

Maintenant que, de l’article retentissant de Gérard Davet et Fabrice Lhomme dans Le Monde à la « Lettre aux Français » de Nicolas Sarkozy dans Le Figaro, l’ensemble des données à la fois judiciaires et médiatiques ont été posées sur la table démocratique dans l’affaire des écoutes de l’ancien président de la République, on y voit plus clair.

On sait qu’une information a été ouverte par le parquet de Paris au regard de présomptions d’un financement libyen pour la campagne présidentielle de 2007 après que Nicolas Sarkozy a porté plainte lui-même, pour faux, usage de faux et recel, contre Mediapart qui avait évoqué l’existence de certains documents.

Des écoutes judiciaires de l’ancien président de la République ont été ordonnées par deux magistrats instructeurs à partir du mois de septembre 2013. Il a été constaté que Nicolas Sarkozy et son avocat, Me Thierry Herzog, certains de cette inquisition téléphonique, se sont munis, à l’initiative du second, de portables acquis sous la fausse identité de Paul Bismuth.

Si le conseil n’a jamais été écouté, les échanges retranscrits avec son client ont établi qu’un haut magistrat de la Cour de cassation, contre la promesse de l’obtention d’un poste à Monaco, a communiqué des renseignements et fourni des précisions sur la possible issue d’une demande de restitution des agendas présidentiels saisis dans le dossier Bettencourt. Ce qui a justifié l’ouverture d’une nouvelle instruction pour violation du secret de l’instruction et trafic d’influence.[access capability= »lire_inedits »]

À cet énoncé procédural, qui ne s’est pas traduit pour l’instant par des mises en examen, on a le droit de se demander pourquoi, durant plusieurs jours, un tel cataclysme s’est produit. Risque de coup d’État ? Atteinte grave à la République ? Inégalité scandaleuse entre des justiciables ? Tortures physiques et psychologiques ?

Non, seulement l’État de droit, qui est venu se rappeler depuis le mois de mai 2012 au bon souvenir d’une société qui l’avait oublié, et pour cause, puisque durant cinq ans il avait été foulé aux pieds sans que quiconque, au sein de la majorité d’alors, ne s’en émeuve. L’actuel bâtonnier de l’Ordre des avocats de Paris n’avait-il pas qualifié d’« exceptionnel » le bilan judiciaire de Nicolas Sarkozy !

La fronde menée par le noyau talentueux et médiatiquement reconnu de grands avocats pénalistes, la solidarité amicale pour leur confrère Me Herzog, le corporatisme massif d’une profession qu’on n’a même pas le droit de toucher du bout de la procédure ont laissé croire, un temps, que le secret professionnel des avocats devait être absolu et qu’une ignominie avait été perpétrée parce qu’on avait osé le faire céder face à l’évidence d’infractions.

D’autres avocats, heureusement, ont su apporter une contradiction vigoureuse à cette autarcie plus de confort que d’exigence, et ont démontré que la belle fonction de défendre n’avait pas vocation à couvrir les turpitudes même influencées par un ancien président.

Pour qu’on mesure bien le poids du barreau, qui est trop souvent auréolé par la seule abstraction de sa mission plus que par la qualité et l’intégrité de  ses membres, il est symptomatique que, les choses rétablies dans leur vérité et la normalité du processus judiciaire admise, on n’en ait pas moins continué à débattre sur un durcissement de la protection du secret professionnel de l’avocat. Alors qu’il est déjà comme un étau qui met quasiment le conseil à l’abri. Aussi bien Me Leclerc que Me Mignard, pourtant antagonistes sur l’appréciation du secret professionnel allégué par Me Herzog, vont dans ce sens. Et André Vallini, lors d’une émission, a cru bon d’évoquer le besoin de nouvelles dispositions qu’il proposerait avec Philippe Houillon – Georges Fenech, qui saute sur n’importe quelle piste, leur emboîtant évidemment le pas. Moralité : quand on a été obligé par justice de toucher au barreau, il faut le rendre encore plus intouchable !

Il faut encore, contre l’inculture judiciaire et la partialité politique, souligner que les écoutes d’un ancien président ne sont pas une tare mais le signe d’une bonne santé républicaine et qu’un ministre de la Justice informé par ses services sur le cours de certains dossiers est dans son rôle  dès lors que l’indépendance concrète des magistrats est garantie. Ce qui n’a été dénié par personne depuis le mois de mai 2012 et ce que la droite sarkozyste ne pourrait discuter, sauf à oublier ses propres errements.

Il serait trop commode de ne pas pourfendre, lors de cette interminable controverse, les ravages opérés dans l’esprit public et la perception judiciaire par le tristement fameux « mur des cons » qui a instillé un poison durable dans la considération due aux magistrats. Alors que les juges d’instruction en charge de ces dossiers sont compétents, discrets et, selon moi, impartiaux, cette incroyable et désolante pantalonnade ne cesse pas de rejaillir sur la magistrature qui a beau faire : son objectivité non seulement n’est plus présumée, mais niée par principe.

Étrange conséquence, aussi, pour une démocratie que le président de la République souhaitait voir rassemblée : dans tous les débats qui sont au cœur de notre vie civique et de notre éthique collective, j’ai l’impression qu’on ne sait plus que focaliser sur les doigts qui montrent la lune, et plus du tout sur celle-ci. En témoignent les innombrables dénonciations (notamment dans Causeur !) non seulement de la publication d’extraits procéduraux dans les médias – ce qui en effet est intolérable – mais même de compte rendus fiables et de qualité sur l’évolution de certaines affaires sensibles. J’entends bien que ces transgressions, qui pourraient et devraient d’ailleurs être réprimées, offusquent légitimement le citoyen, mais je ne parviens pas à comprendre les ressorts de l’arbitrage citoyen en l’occurrence. Les infractions, les délits sont relégués au second plan comme si leur dévoilement médiatique leur faisait perdre nocivité et  dangerosité.

Pour ma part, tout en affirmant la nécessité de poursuites à l’encontre de ceux qui battraient en brèche leur obligation de secret, s’il me fallait choisir, je préférerais une démocratie même imparfaite avec des médias audacieux qu’une démocratie amputée avec des médias frileux.

Il n’est pas encore venu, le temps où on traitera banalement les affaires des « grands ».[/access]

*Photo: Thibault Camus/AP/SIPA.AP21538018_000007

Au secours, les cathos investissent un lycée catho!

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lycee gerson ivg hamon

« Dérives intégristes au lycée catholique Gerson », a titré la presse ces derniers jours. Les faits ? Une association hostile à l’avortement (Alliance Vita) a qualifié l’IVG d’ « homicide » pendant un cours de catéchisme, dans un lycée privé. Ce qui, soit en passant, n’est pas une position intégriste, mais celle de l’Eglise depuis toujours.

À la suite de quoi la mairie de Paris s’est fendue d’un communiqué indigné où elle en appelle à la « neutralité de l’éducation scolaire ». Benoît Hamon, bien sûr, a diligenté une enquête.

Cette polémique a éclaté à la veille du vote au Sénat de la loi sur l’égalité femme-homme de Najat Vallaud-Belkacem, avouez que ça tombe bien. On va pouvoir encore une fois brandir l’épouvantail obscurantiste (incarné par l’Opus Dei, accusée d’avoir noyauté le lycée Gerson) pour mieux légitimer une loi qui comporte un volet se proposant de « banaliser l’avortement » (en supprimant notamment la clause de détresse), au motif que celui-ci serait en France, près de quarante ans après sa légalisation, menacé.

« L’IVG est un acte relativement courant dans la vie des femmes, puisqu’un tiers le fera dans sa vie, Pourtant le droit à l’avortement est encore perçu comme à part. Nous voulons en faire un droit à part entière et un acte comme les autres. »  déclarait ainsi Mme Bousquet « auteure » du rapport sur l’IVG remis à la ministre en novembre dernier. On pouvait y lire que l’accès à l’avortement était un véritable parcours de la combattante en France, et qu’il fallait urgemment contribuer à banaliser un acte encore perçu comme problématique. On ne peut que s’étonner de ce combat d’arrière-garde quand on sait que le nombre d’avortements en France se maintient à 200 000 par an depuis trente-huit ans, alors que les progrès de la contraception ont été immenses.

Mais les chiffres n’ont aucune importance pour les néo-féministes, pour qui tout est affaire de « domination symbolique». La légalisation de l’avortement, qui n’était qu’une concession faite au réel, a été idéologisée comme la revendication d’un droit absolu des femmes. Ainsi pouvait-on lire sur le blog de NVB en janvier 2013 « IVG : 37 ans après la loi Veil, mener la bataille idéologique pour garantir ce droit ».

Pourtant l’avortement n’est ni une bataille idéologique, ni un droit. Il suffit de relire le discours de Simone Veil à l’Assemblée Nationale en 1974 pour s’en convaincre, il n’y est pas fait référence une seule fois au mot « droit », mais à la nécessité de répondre à un enjeu de santé publique, celui de la mise en danger de la vie de milliers de femmes par des avortements clandestins pratiqués dans des circonstances épouvantables. « C’est à ce désordre qu’il faut mettre fin. C’est cette injustice qu’il convient de faire cesser. », déclarait Simone Veil à la tribune. Elle ajoutait « Je le dis avec toute ma conviction : l’avortement doit rester l’exception, l’ultime recours pour des situations sans issue. ».

D’ailleurs, la première phrase de la loi Veil ne laisse guère de place au doute : « La loi garantit le respect de tout être humain dès le commencement de la vie. », l’avortement étant précisé n’être que l’exception circonstanciée à ce principe fondamental.

Le problème des questions bioéthiques (que ce soit l’avortement, mais aussi l’euthanasie ou la filiation), est qu’il est impossible d’avoir une position cohérente sans adopter une position radicale. La position libertaire et la position religieuse sont les deux seules cohérentes sur la question. Mais elles sont dénuées de tout principe de réalité. La vision de Simone Veil, qui est celle du bon sens, était de lâcher du lest sur la cohérence idéologique pour en gagner sur l’efficacité politique en mettant en place un fragile compromis entre les droits de la femme et ceux de l’enfant à naître. Ce « moindre mal » est insupportable à nos ayatollettes qui voudraient que le droit vienne toujours célébrer une avancée ou interdire le règne des ténèbres.

La vision triomphaliste de l’avortement (avortement : un droit, mon choix, notre liberté proclament les affichent du Planning Familial) est contraire au bon sens. Personnellement je ne connais aucune femme qui ait vécu son IVG comme un « acte comme les autres ». Par contre j’en connais beaucoup pour qui sa banalisation est devenue une pression sociale,  et à qui on reproche leurs grossesses prématurées ou leurs familles nombreuses comme autant de « trahisons » à la sainte cause de la femme libérée.

Dans son premier discours de candidat en 2007, Sarkozy en appelait, entre des références à Zola et Victor Hugo, à la loi Veil qui « avait sauvé la vie de milliers de femmes » : il y avait eu des tonnerres d’applaudissements dans la salle. 7 ans après, le peuple de droite, radicalisé par des revendications sociétales provocatrices n’applaudirait plus à ce qui restait une avancée raisonnable.

 

À qui la faute ?

 

Surveillance de la NSA: Rien de personnel!

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S’il est un moment où nos princes se seront tous retrouvés nus, c’est bien l’été 2013, quand Edward Snowden a révélé que la NSA interceptait quotidiennement plus de 16 millions de télécommunications en Allemagne. La ziggourat de Berlin n’a eu de cesse de minimiser le phénomène, déclarant qu’elle faisait entièrement confiance aux Américains « qui ont tout de même libéré l’Allemagne » – sans préciser cependant si elle avait à l’esprit la libération de 1945 ou celle de 1989. Son ministre de l’Intérieur, Hans-Peter Friedrich, clama que la sécurité était « un super-droit fondamental au moins aussi important que la liberté » ; et le ministre de la Chancellerie, Ronald Pofalla, affirma que la NSA lui avait assuré « avoir toujours respecté le droit allemand sur le sol allemand » (sur le sol, peut-être, mais apparemment pas dans l’espace), avant d’informer le Bundestag que « l’affaire était classée ».[access capability= »lire_inedits »]

Dès l’automne, cependant, et après que des journalistes de Der Spiegel eurent découvert dans les documents diffusés par Snowden que les Américains avaient placé le téléphone de la Chancelière sur écoute, tout ce beau monde a dû manger son chapeau (tyrolien, évidemment). On ne pouvait plus dire que « l’affaire était classée » ; et la Chancelière offusquée finit par appeler le Président américain – de son téléphone écouté sans doute.

Comment Angela Merkel, qui avait accueilli avec indifférence la nouvelle que des millions de ses concitoyens étaient espionnés par une puissance amie, a-t-elle pu manifester son indignation en apprenant qu’elle avait elle-même été placée sur écoute ? Comment nos princes peuvent-ils penser que ce qui s’applique désormais à tous pourrait ne pas s’appliquer à eux ? Cela tient à leur incompréhension de la vraie nature de la cyber-guerre. Pour eux, elle n’est jamais qu’un simple affrontement entre systèmes informatisés et automatisés, par machines et logiciels interposés. Elle est pourtant bien plus que cela.

Pour bien comprendre ce qu’il en est, il faut se rappeler que « cyber » nous vient du mot « cybernétique », du grec kubernêtikê qui signifie l’« art de gouverner ». En 1948, le mathématicien Norbert Wiener avait défini la cybernétique comme l’étude du contrôle et de la communication,  dans les machines comme chez les êtres vivants. Science des systèmes complexes, la cybernétique s’intéresse moins à leurs composantes qu’à leurs interactions. Ce qu’elle prend en compte, ce n’est pas la nature ou l’identité des différents éléments, mais leur comportement global.

En conséquence, la vérité n’est plus ce qui peut être prouvé mais, comme l’expliquait Michel Savage, ce qui est pertinent, c’est-à-dire ce qui fonctionne et remplit son rôle indépendamment de tout rapport à la vérité. Ainsi, si je surveille mon poids, que m’importe que ma balance soit faussée, qu’elle ne dise pas vrai, tant qu’elle me donne, jour après jour, le même poids de référence.  C’est sur cette base qu’opèrent les systèmes de surveillance par caméras en circuit fermé, dont les logiciels sophistiqués ne cherchent pas à repérer dans la foule quelqu’un en particulier comme un individu identifié et fiché, mais à y détecter un comportement hors norme : par exemple quelqu’un qui court quand tout le monde flâne, ou quelqu’un qui s’attarde quand tout le monde se presse.

On ne s’étonnera pas, après cela, que les « grandes oreilles », la NSA en tête, passent le plus clair (ou devrais-je dire le plus obscur) de leur temps, à écouter et à observer urbi et orbi, en vision et en écoute périphériques, cherchant à établir des relations entre une multitude d’éléments observés sans qu’au départ leur attention ait nécessairement été retenue par un faciès particulier, une voix familière ou un nom suspect.

Ce glissement d’une pensée scientifique fondée sur la recherche de la vérité par la preuve objective à une pensée systémique fondée sur la pertinence comportementale et relationnelle a mis ou remis au goût du jour l’adage : « Dis-moi qui tu fréquentes, je te dirai qui tu es ». Pendant la guerre de Cent ans, les Français et Anglais combattaient un ennemi ;  de même les communistes et les fascistes en Espagne. Pour les puissances cybernétiques, il n’y a pas d’ennemi, mais la menace est partout. Donc tout le monde est un coupable en puissance. Ecoutons la conversation entre Angela Merkel et Barack Obama : elle parle de pratiques inacceptables entre amis. Encouragé par un spin-doctor, il répond: « Mais ma chère, s’il n’y a pas d’ennemis, comment voulez-vous qu’il y ait encore des amis ? » Elle : « Tout de même ! Mon téléphone personnel ! »  Obama, toujours assisté de son souffleur : « Surtout, n’y voyez rien de personnel ! »

Il y a de fait dans la cyber-guerre un basculement qui porte sur la personne : sur l’indivisibilité de l’individu, sur sa spécificité, et plus encore sur la centralité dans l’ordre des choses. La Renaissance avait expulsé Dieu du centre de l’univers pour y placer l’homme, et voilà que celui-ci, devenu individu, est chassé par le système. Dans ces nouvelles coordonnées, le secret et la vie privée, que l’homme avait longtemps tenus pour sacrés, cessent de compter – c’est-à-dire d’être pertinents. Car c’est bien cela, la transparence : non pas la quête de la vérité mais celle de la pertinence. L’impératif de pertinence s’impose même aux princes, contraints d’habiter des palais de verre.

De tout cela, cependant, nos princes entrepreneurs et entreprenants ne semblent guère conscients. Ils passent par des périodes où leurs chevilles gonflent sur leurs pieds d’argile et d’autres où la peur de ne point être reconduits dans leurs fonctions les prend violemment au ventre. Accaparés par leurs objectifs – la croissance économique, l’avancée technologique, le risque zéro, la sécurité, la suprématie –, ils ne voient pas que le système cybernétique qu’ils ont placé au centre de l’univers pour les servir les asservit, faisant d’eux des éléments aussi indifférenciés et remplaçables que le plus humble de leurs sujets. Le pourpre dont ils sont si fiers n’est qu’un cache-misère.

Peut-être qu’un jour, prenant conscience de leur affligeante nudité, ils en viendront à regretter le temps où Dieu trônait encore au centre de l’univers, quand, comme le dit si poétiquement Ishâq Ibn Zubayr, le mathématicien et cosmographe médiéval mis en scène par André Miquel dans ses Entretiens de Bagdad, « la Terre et ses habitants étaient encore au centre de l’infinie tendresse divine ».[/access]

*Photo: markus schreiber/AP/SIPA.AP21485347_000002

Acheter nazi, une honte ou une liberté?

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vente encheres objets nazis

Vendre des objets nazis aux enchères n’est pas un délit. Et, donc, les acheter non plus. Dans une démocratie et un état de droit se flattant d’être à la hauteur, on pourrait penser que c’est le point crucial, décisif. Apparemment non.

En effet, une partie de la vente aux enchères prévue pour le 26 avril, intitulée « Prises de guerre de la 2ème DB au Berghof le 5 mai 1945 », a été annulée le 14 avril. Elle se serait rapportée notamment à des passeports de Göring et de sa femme, à un coffre en bois d’Adolf Hitler incrusté de croix gammées et à un napperon en dentelle orné d’un aigle (Le Parisien).

Les objets mis en vente provenaient de quatre vendeurs dont un sergent de la compagnie du génie de la 2e DB, âgé de 93 ans aujourd’hui.

Le catalogue de la vente, sous l’égide du commissaire-priseur Nathalie Vermot, énonçait qu’une partie des bénéfices serait reversée à l’Union des déportés d’Auschwitz.

Yves Salmon, l’expert de la vente, s’est étonné de cette annulation alors que le Conseil des ventes volontaires (CVV) avait donné son aval et qu’au mois de novembre 2013, quatre livres pris lors de la même opération à Berchtesgaden avaient été vendus à l’initiative d’un ancien de la 2ème division blindée.

Comment cette interdiction pour le 26 avril a-t-elle été décidée ?

Dès le 11 avril, le CRIF s’était « indigné du commerce » de ces pièces nazies et le Bureau national de vigilance contre l’antisémitisme (BNVCA), qui avait jugé la vente « obscène », s’est félicité de l’annulation.

Les associations juives, durant le week-end, ont exigé l’interdiction de la vente et la saisie des objets, car, selon elles, il s’agissait « d’une atteinte à la mémoire des victimes de la barbarie nazie ».

Leur démarche a été appuyée par le ministre de la Culture Aurélie Filippetti. Sous la pression de celle-ci, une réunion de crise a été organisée au CVV, « les gendarmes du marché de l’art ».

Face à une telle situation qui avait pour but de lui faire subir une éprouvante tension, Nathalie Vermot, qui initialement avait résisté à la volonté d’interdiction au nom de la liberté, a cédé et pris les devants alors qu’elle était convoquée par le CVV le 15 avril.

Elle a obtempéré aux injonctions non pas du droit mais de la morale si l’on en croit la ministre qui a salué « une décision nécessaire au regard de l’histoire et de la morale ».

Qu’ai-je donc besoin de me mêler de cela puisqu’apparemment tout est bien qui finit bien dans le meilleur des mondes où l’éthique serait évidente, éclatante et la liberté, pourtant étayée sur le droit, infiniment secondaire ? Je mesure le danger intellectuel qu’il y a à ne pas prendre pour vérité acquise et décret incontestable une interdiction résultant de la pression d’associations juives conjuguée avec un soutien ministériel fort.

Pourtant, il me semble que si personne jamais ne s’émeut au prétexte que la cause serait à la fois dérisoire et réglée et qu’elle concerne des amateurs jugés d’emblée scandaleux de souvenirs historiques frappés d’opprobre, un jour on perdra tout sens de la liberté. Au fil du temps, au jour le jour. La morale ou prétendue telle finira par trôner victorieuse sur un champ de ruines – nos libertés fondamentales détruites et surtout la liberté d’action et d’expression.

Au risque de me faire agonir sur ce sujet périlleux, je ne vois pas au nom de quoi les désirs des associations juives, à considérer certes avec attention et respect, devraient être forcément perçus comme des ordres par l’autorité politique. Je ne la qualifie pas idéologiquement parce que je suis persuadé malheureusement que la droite aurait eu la même attitude soumise que la gauche à propos de cette vente aux enchères.

La malfaisance de l’Histoire est une épouvantable réalité au regard de l’Holocauste. Il n’y a que quelques malades qui en discutent l’ampleur et l’horrible singularité. Mais prétendre sans cesse expulser la malfaisance de nos têtes en feignant d’abolir, de mettre entre parenthèses l’Histoire est une absurdité. Qu’on le veuille ou non, Hitler, Göring et leurs objets relèvent d’aujourd’hui parce qu’ils ont existé hier et que leur condamnation sans appel n’interdit pas à qui que ce soit, s’il en a envie, d’acheter des choses reliées à leur environnement.

Dans notre espace démocratique il y a aussi, à force, quelque chose d’insupportable à voir traités les citoyens que nous sommes comme des enfants éduquer et à protéger. Comme s’il nous fallait à tout instant rendre compte de nos paroles, de nos écrits, de nos goûts, de nos plaisirs et même de nos achats, aussi étranges ou surprenants qu’ils puissent apparaître pour le sens commun.

Décidément le fait que des souffrances particulières, aussi légitimes qu’elles soient, fondées sur une mémoire douloureuse et impérieuse, puissent justifier l’annulation d’un droit fondamental, d’une liberté essentielle ne cessera pas de me stupéfier dans notre République. Celle-ci se pique d’universel mais elle est de plus en plus battue en brèche par la domination des corporations du coeur et de la morale.

Acheter nazi, alors, une honte ou une liberté ? Un choix tout simplement qui, licite, n’aurait pas eu à se justifier.

*Photo : Phil Yeomans/ Rex Feat/REX/SIPA. REX40130432_000002.

Prison pas si con

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La prison, non. Privilégions les méthodes alternatives. C’est vrai, la prison coûte trop cher. Il n’y a plus de place. Le condamné se réinsère plus facilement dans la société s’il n’en a pas été  exclu pendant plusieurs années.  Encore faut-il se donner les moyens d’une méthode alternative efficace. Or, le bracelet électronique, très en vogue aux Etats-Unis, a encore montré ces faiblesses. Le Huffington Post décrit dans un article judiciaire comment deux condamnés qui portaient des bracelets électroniques ont pu récidiver, violer et tuer leurs victime, sans être inquiétés le moins du monde.

Ils devaient pointer tous les mois au commissariat, ils avaient pointé. Même un peu en avance.

Deux premières filles disparaissent. Mais on pense encore disparition et pas meurtre. Les meurtriers-violeurs ne sont pas filés.

Aucune obligation de suivre les condamnés dans leur liberté sous condition. Et sûrement pas les moyens aussi.  On ne va pas mettre un homme derrière chaque délinquant ou meurtrier en puissance.  Ce serait un coup à exploser les tarifs d’une prison haut de gammede capitale.

Un  point positif malgré tout.  Grâce aux bracelets, on les a retrouvés, les meurtriers. Mais un peu tard, déjà  cinq meurtres à leur actif et peut-être d’autres pas encore découverts.

Alors, les méthodes alternatives, d’accord. La théorie fonctionne, mais les outils, pas toujours.

 

Affaire Sarkozy : Méfions-nous des Saint-Just!

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dupont moretti avocat

Avocat pénaliste de renom, Me Éric Dupond-Moretti, membre du barreau de Lille, a notamment plaidé dans l’affaire d’Outreau.

 Causeur. Toute la gauche et une bonne partie des médias ont bruyamment salué la divulgation par Mediapart, de retranscriptions des écoutes téléphoniques de Nicolas Sarkozy. Pourquoi Thierry Herzog et vous-même avez-vous pris la tête de la fronde des avocats. Nos libertés seraient-elles menacées ? Faut-il avoir peur ?

 Éric Dupond-Moretti. Il faut avoir peur, mais cela ne suffit pas : il faut être vigilant ! Nous vivons dans une époque de transparence absolue, que j’appelle la « transperçance », où le secret devient suspect. Pensons par exemple aux émissions de télé-réalité, où il faut étaler par le menu sa filiation, sa sexualité, ses revenus… sous le regard introspectif de millions de téléspectateurs. Et dans le domaine judiciaire, on assiste à une véritable dérive qui concerne tout autant certains juges que certains journalistes.

Voulez-vous dire que c’est le placement sur écoute de Nicolas Sarkozy, et non pas seulement la publicité, est problématique ? On nous a répété sur tous les tons qu’il était parfaitement légal…

 En écoutant Nicolas Sarkozy, on a indirectement écouté son avocat, Thierry Herzog, qui possède un téléphone uniquement dédié à ses communications avec l’ancien président.

Certes, la loi autorise d’écouter un avocat. Mais à la condition qu’on ait préalablement des éléments permettant de penser qu’il a commis une infraction punie d’une certaine peine. Or, en l’occurrence, on écoute Thierry Herzog à un moment où rien ne permet d’établir une infraction. Cette nouvelle jurisprudence est en train de vider de sa substance la loi qui protège le secret des échanges entre un avocat et son client. Or, qu’on le veuille ou non, les avocats ne peuvent pas être des justiciables comme les autres, dès lors qu’ils sont dépositaires du secret professionnel.[access capability= »lire_inedits »]

Comment la mise sur écoute d’un justiciable est-elle encadrée ?

 Un juge peut aujourd’hui placer sur écoute n’importe quel individu suspecté d’une infraction punie de plus de deux ans d’emprisonnement. En dehors de cette clause, il n’existe aucun encadrement légal. Cette procédure extrêmement légère fait que le magistrat agit selon son bon vouloir et permet un certain nombre d’abus. En théorie, l’écoute doit être limitée dans le temps, mais on peut la renouveler ad libitum et l’on ne s’en prive pas ! Dans ces conditions, ne nous étonnons pas qu’il y ait de plus en plus d’écoutes judiciaires.

Soyez clair ! Les écoutes de Nicolas Sarkozy sont-elles abusives ?

 Évidemment ! Sarkozy n’est même pas mis en examen dans l’affaire du financement libyen présumé de sa campagne de 2007, ce qui signifie que les juges n’ont pas d’indices graves et concordants. Le dossier de l’affaire libyenne  ne contient qu’un document brandi par Mediapart qui, selon Le Monde, est un faux. Nicolas Sarkozy ayant d’ailleurs déposé plainte pour faux, les journalistes de Mediapart Arfi, Mauduit et Laske sont témoins assistés dans cette procédure.

Au-delà des questions légales, ces écoutes sont-elles politiquement problématiques ?

 Ne tournons pas autour du pot : écouter pendant des mois le chef de l’opposition, c’est quand même extraordinaire ! La séparation des pouvoirs, ça ne marche pas que dans un sens ! De surcroît, en saisissant les agendas que tenait le président de la République à l’époque où il était encore en exercice et qui, donc, sont théoriquement couverts par l’immunité présidentielle, les juges risquent de tomber sur des informations classées « Secret défense » qui ne les regardent pas. C’est parce que la situation est grave que 5000 avocats de toutes obédiences politiques ont manifesté leur soutien à Thierry Herzog.

Votre confrère Jean-Pierre Mignard n’est pas de votre avis. Fustigeant ce « corporatisme malvenu », il a lancé une contre-pétition…tout en admettant qu’il faudrait sans doute mieux protéger le secret professionnel des avocats

 Ça me bouleverse toujours lorsque des avocats, comme Mes Bourdon et Mignard, cautionnent le travail de juges qui ont violé le secret des relations avocat-client. Je me demande s’ils sont plus socialistes qu’avocats ou plus avocats que socialistes… Moi, je suis de gauche et je soutiens totalement Thierry Herzog car je trouve scandaleux le sort qui lui est réservé. Une sommité comme Henri Leclerc est obligée de demander un entretien au Figaro Magazine, parce qu’à Libé, on ne veut pas avoir l’air de défendre Sarkozy et que cette affaire d’avocat écouté serait un mauvais procès ! Pourquoi ? Parce que Me Herzog serait sarkozyste ?  Dans cette histoire, il y a un petit parfum de délit d’opinion. Car lorsqu’un journaliste est placé en garde à vue pour violation du secret de l’instruction, toute la presse s’émeut, à juste titre d’ailleurs.

Ah bon, pourquoi « à juste titre » ? Les journalistes sont-ils au-dessus des lois ?

  Non, mais ils doivent, comme les avocats bénéficier d’une protection particulière, en l’occurrence, pour les journalistes le secret des sources Avocats et journalistes sont deux piliers essentiels d’une société démocratique.

 En maquillant leur ligne téléphonique au nom de « Paul Bismuth », Sarkozy et Herzog ne se sont-ils pas comportés comme des coupables, voire, comme on l’a dit, comme de petits dealers ?

 C’est plutôt la Justice qui les traque comme des vendeurs de shit ! Ils n’avaient pas d’autre choix pour pouvoir parler librement. Sur les deux documents brandis par Mme Taubira en conférence de presse, dont Le Monde prétend avoir eu connaissance en agrandissant les images, l’avocat général Lagauche et le procureur général Houlette mentionnent les écoutes et leur caractère contestable. Autrement dit, ils savent parfaitement que c’est un bricolage et qu’il sera contesté.

Le tableau que vous dressez est terrifiant. Dois-je avoir peur de la Justice de mon pays ?

 Évidemment ! Casamayor,  un des fondateurs du Syndicat de la magistrature, disait : « La Justice est une erreur millénaire qui veut qu’on ait attribué à une administration le nom d’une vertu. » Quand on a compris ça, on a tout compris. Le problème de la Justice, c’est qu’il n’y a aucune responsabilité du juge.

En somme, le problème n’est pas que la Justice soit aux ordres, mais qu’elle soit totalement indépendante ?

 L’indépendance, c’est d’abord dans la tête ! Elle peut être constitutionnellement garantie, mais il y a la réalité, les comportements… L’institution judiciaire a du mal à se contrôler.  Et le corporatisme fait le reste. Quand l’ancien président de la chambre d’instruction de Douai, qui était censé contrôler le travail du juge Burgaud[1.   Fabrice Burgaud est le magistrat qui a instruit l’affaire d’Outreau dans les années 2001-2004, quand il était  juge d’instruction au tribunal de grande instance de Boulogne-sur-Mer. À la suite du  scandale, le Conseil de la magistrature lui a infligé une « réprimande avec inscription au dossier »] , obtient une promotion, on se dit qu’il y a un gros problème. Pour lutter contre ce corporatisme, il faudrait démanteler l’École nationale de la magistrature, car elle « encaste » les futurs magistrats dans cette espèce de groupe singulier et replié sur lui-même qu’est devenue la magistrature.

Selon Edwy Plenel, le pauvre citoyen dispose de deux contre-pouvoirs : la presse et la Justice. Raison pour laquelle on voudrait, selon lui, une Justice soumise et une presse muselée. Mais, aujourd’hui, ces deux contre-pouvoirs – que personne n’a élus – ne sont-ils pas devenus des pouvoirs autonomes et tout-puissants ?


Edwy Plenel m’a ému pendant des années lorsqu’à longueur d’interviews, il nous parlait de sa mise sur écoute à l’époque de François Mitterrand. Mais, aujourd’hui, le même M. Plenel n’hésite pas à diffuser ensuite des enregistrements illégaux qu’un majordome a réalisés dans le dos de Mme Bettencourt. Et ces enregistrements sont d’autant plus illégaux qu’ils comportent des conversations entre Liliane Bettencourt et son avocat, Me Georges Kiejman[2.  Contrairement à la chambre civile de la Cour de cassation, qui les a invalidés, la chambre criminelle a pourtant estimé que ces enregistrements étaient licites.…]
Je n’ai pas envie d’une société dirigée par le gardien du temple qu’est Edwy Plenel. Il me flanque la trouille avec son intégrisme ! J’aimerais bien savoir, moi, ce que MM. Plenel, Arfi et Mauduit peuvent se raconter en privé… dommage que le respect dû à leur intimité me l’interdise ! (Contrairement à la chambre civile de la Cour de cassation, qui les a invalidés, la chambre criminelle a pourtant estimé que ces enregistrements étaient licites)

Plenel est déjà au pouvoir ! Ainsi peut-il aller à la télé et sommer la Justice d’ouvrir telle ou telle enquête : bientôt, il ordonnera lui-même des écoutes !

 M. Plenel a oublié un petit document,  la charte de 1907, qui indique que les journalistes ne doivent pas se comporter comme des flics. Franchement, je préfère Zola défendant Dreyfus à Plenel balançant Cahuzac… Ce n’est pas son boulot ! Il y a des magistrats, au parquet, dont c’est le métier. Écrire au procureur de la République pour demander l’ouverture d’une information, c’est monstrueux ! Il existe une telle proximité entre certains juges et certains pseudo-journalistes devenus procureurs que ces derniers font partie intégrante de la stratégie judiciaire ! Ils sont des collaborateurs de la police et de la Justice, ce qui est à des années-lumière de ce que doit être le journalisme ! Méfions-nous des Saint-Just !

Mais même quand les médias ne prétendent pas dicter leur conduite aux juges, ils divulguent en direct des éléments (à charge) du dossier d’instruction…

 Oui et j’ajoute que, comble de l’ironie, dans les perquisitions menées chez Thierry Herzog,  l’une des justifications évoquées est… la violation du secret de l’instruction ! Or, le lendemain, Nice-Matin bafouait ce secret de l’instruction en rapportant la perquisition qui venait d’avoir lieu. Le champ des possibles auteurs de cette fuite est quand même extrêmement réduit… Il serait donc logique que des policiers ou des juges, perquisitionnent les domiciles de leurs confrères pour trouver l’auteur des violations…

Ne jouez pas les naïfs ! Vous-même, n’avez-vous jamais parlé d’une affaire en cours à des journalistes quand cela pouvait être utile à votre client ?

 Il m’est arrivé, à de très nombreuses reprises, de violer le secret de l’instruction. Mais pas pour bousiller l’honneur d’un homme ! Que font tous les grands moralisateurs médiatiques de la présomption d’innocence ? Quand ces Torquemada se retrouvent devant la Justice, ils en appellent à un principe qu’ils violent allègrement. Ainsi, Plenel, Arfi et Laske essaient d’obtenir l’annulation de leur statut de témoins assistés.

Justement, à partir du moment où aucun tribunal ne condamne un journaliste ou un magistrat pour une fuite, que reste-il du secret de l’instruction, donc de la présomption d’innocence, donc de la Justice elle-même ?

L’œil ne se regarde pas voir….

 Comme disait Lénine, que faire ?

 Je ne veux pas limiter la liberté des journalistes, mais peut-être doivent-ils organiser leur profession en énonçant un certain nombre de règles dans une charte.

Au-delà de la responsabilité des journalistes, certains veulent nous faire entrer dans un monde entièrement transparent. Benoît Hamon a déclaré : « Il n’y a aucun problème à être écouté si l’on n’a rien à cacher. » N’est-ce pas effrayant ?

 Il y a aussi des raisons d’être optimiste. Les Français préfèrent raconter leurs histoires à un Thierry Herzog, qui leur garantit la confidentialité, qu’à un Edwy Plenel qui va tout balancer. Le règne de Plenel et consorts ne peut pas perdurer longtemps, il va y avoir un sursaut. J’étais avec Thierry Herzog ce week-end, et il fallait voir  le nombre de gens qui l’ont arrêté pour le soutenir en disant : « On n’est pas sarkozystes, on est de gauche… Mais on trouve scandaleux que vous ayez été écouté. »

Je ne partage pas votre optimisme. Au nom de la démocratie, un mouvement de fond entend contrôler les « puissants », les empêcher de commettre des turpitudes. Et en même temps, il est vrai que, malgré la nécessaire dimension de secret que recèle le pouvoir, certaines révélations peuvent représenter un progrès démocratique.

 Je ne suis pas d’accord. Quelle différence y a-t-il entre Closer qui diffuse des photos du président de la République qui sort de chez sa copine et Mediapart qui raconte un certain nombre de choses couvertes par le secret professionnel ? Moi, ça m’inspire le même dégoût !

On peut vous rétorquer que, sans des journalistes qui emploient ces méthodes-là, on n’aurait pas su que le ministre du Budget avait un compte en Suisse… 

 Ce n’est pas la révélation du compte en Suisse qui me gêne que la démarche consistant à demander au Procureur de la République d’ouvrir une instruction.

N’empêche, si Mediapart n’avait pas révélé l’existence de ce compte, Cahuzac n’aurait pas été poursuivi…

 Sur les trois « informations » qui ont été livrées par Mediapart concernant Cahuzac, il y en a deux qui sont complètement bidon !

Que les journalistes qui détiennent des informations sur les puissants susceptibles d’intéresser le fonctionnement démocratique fassent leur métier. Mais ils ne doivent pas puiser ces révélations de manière illégale. Il y a des limites à ne pas franchir : la vie privée ou le secret de la correspondance. On ne se rend pas compte du caractère liberticide de certaines méthodes journalistiques !

En somme, vous préférez ne pas savoir que savoir grâce à de telles méthodes ?

 La fin  ne justifie pas tous les moyens.

 Revenons à l’affaire des écoutes Sarkozy. Pour dire les choses clairement, le pouvoir politique instrumentalise-t-il la Justice ?

 Bien sûr, et c’est vieux comme le monde !

Voulez-vous dire que les écoutes auraient pu être ordonnées en haut lieu ?

Ce qui est extrêmement troublant, ce sont les prises de position des juges : l’« appel des 82[3.  En juin 2012, 82 magistrats signent une tribune dans Le Monde où ils dénoncent, à mots à peine couverts, la politique de la droite (2002-2012) en matière de lutte contre la corruption.] » pose un problème en termes de procès équitable. Le « mur des cons », cela vaut bien les « bâtards de Bordeaux » de Thierry Herzog ! Les  juges qui ont eu à intervenir dans les dossiers qui mettent prétendument en cause l’ancien chef de l’État – Thépaut, Daïeff, Tournaire, Gentil –, s’étaient tous exprimés contre lui. C’est quand même stupéfiant !

Donc, le problème n’est pas que le pouvoir instrumentalise les juges mais qu’eux-mêmes aient des opinions politiques ?

 Oui, mais ce n’est même pas l’essentiel. Certains juges rêvent tout simplement d’en découdre avec des personnages importants, ce qui ne peut que servir leur propre notoriété… C’est le fantasme du tableau de chasse. Demain, si François Hollande a des emmerdements, il se retrouvera confronté aux mêmes juges.[/access]

*Photo: Hannah

Qu’est-ce qu’on a fait au cinéma français ?

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clavier lauby bon dieu

On ne dira jamais assez combien Youtube est utile au cinéphile. 95% des films français se résumant à leur bande-annonce, une petite visite sur les sites de vidéo vous épargne un temps et un argent précieux.

Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ?, qui sort aujourd’hui dans toutes les mauvaises salles de cinéma, n’échappe pas à la règle. Comme les meilleurs critiques de cinéma, je me suis contenté de regarder la bande-annonce pour en faire l’exégèse. Je ne vous raconterai donc pas ce que ce film dit, mais ce qu’il veut dire.

‎Ça tombe bien, le « pitch » de cette œuvre oubliable tient à l’aise sur un confetti : un couple de vieux cathos, joués par Christian Clavier et Chantal Lauby (qu’on préférait en Barbara Gourde ou Pénélope Solète…) est poursuivi par une étrange malédiction : toutes ses filles épousent qui un musulman, qui un juif, qui un chinois, qui un noir. Désespérés par leur progéniture, les deux époux font grise mine à chaque mariage, pour le plus grand bonheur des scénaristes qui enfilent les gags éculés comme les grains d’un chapelet. « Les Français sont mauvais et bêtes », entend-on dans la bouche du beau-père africain dit « Amin Dada » (quelle trouvaille humoristique !). Cela va sans dire, toute autre catégorie ethno-raciale aurait crié à la stigmatisation mais comme l’axiome « catholique = français = cible gratuite et sans danger » semble faire l’unanimité, aucune ligue de vertu antiraciste ne portera plainte à l’énoncé de cette réplique un peu raide. Si d’ordinaire vous envisagiez d’adapter les mêmes vannes qui tachent en visant une autre communauté, fût-ce pour faire rire, je vous conseille de vider votre P.E.L et vous souhaite bien du bonheur à la 17e chambre.

Le catho, une cible trop facile ? Il est évidemment bien plus aisé de taper sur la majorité opprimée qui consent à marier ses filles avec des « étrangers », sans pousser à la conversion. Imaginez le même scénario avec un juif ou un musulman, cela eût exigé un peu plus de courage, de celui dont fit preuve Roschdy Zem lorsqu’il écrivit et mit en scène Mauvaise foi, l’histoire toute simple d’un musulman qui épouse une juive, avec les complications familiales que l’aventure comporte. Cela ne donna pas le film du siècle mais une gentille comédie romantique bien plus digeste que les facéties lourdingues du Jamel Comedy Club filmées par l’équipe de Neuilly sa mère.

Espérant décrocher le jackpot, Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ? reproduit la bonne vieille recette terra-noviste d’Intouchables : de manière subliminale, chaque scène suggère que le salut de la vieille tranche passe par l’enfant d’immigré. Ici, les vieux cathos réacs et fachos – rayer la mention inutile – sont tout juste bons à engendrer de sublimes jeunes filles fuyant le carcan familial dans les bras de la France multiculti. Par l’alliance de la droite Neuilly (Clavier) et de la gauche Montreuil (l’ex-« Nuls » Lauby), la production compte certainement drainer toutes les classes sociales. Encore une grosse ficelle pour attraper le spectateur comme un gardon affamé et faire un carton en salles !

Attention, ne me faites pas dire ce que je n’ai ni écrit ni pensé. En tant qu’enfant de couple mixte, avec un pied corrézien et l’autre tunisien (ce qui fait certes beaucoup de défauts pour un seul homme…), le métissage ne me hérisse pas pour deux sous. Mais, contrairement à ses croyants zélés, le pratiquant que je suis se fatigue des prosélytes…

Aymeric Caron, citoyen modèle

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aymeric caron ruquier

À l’issue des municipales, l’alternance reprend ses droits et, alors que le printemps fait son apparition et que les chaises au gouvernement deviennent musicales, nous nous sommes demandés ce qu’il pouvait advenir du vaillant Aymeric Caron, qui aurait certainement mérité une place de ministre.

Il était une fois, dans un royaume fort fort déprimé, un preux chevalier du nom d’Aymeric Caron. De fort belle allure, tenant toujours le verbe haut, le preux Galaad du politiquement vertueux pourfendait avec l’étincelante épée de la rhétorique les malfaisants suppôts de la réaction et les zélés zélotes du traditionalisme passéiste. Chaque samedi soir, devant un auditoire gagné à sa cause et sous l’œil reconnaissant et complice de son mentor, Aymeric ferraillait avec les démons ennemis du Bien, avec leurs robes grises, leurs bonnets carrés, leurs faces terreuses et leurs propos haineux. Roide, tranchant et impitoyable, il renvoyait à leurs accointances nauséabondes les alliés des tyrans, les ennemis de la grande fraternité des peuples, les partisans de la discrimination et les serviteurs de la Bête Immonde. Audacieux jusqu’à l’inconscience, enfonçant avec rage toutes les portes ouvertes, même celles des plus petits cagibis de l’évidence, chambellan de l’ordre de la moraline et grand simplificateur de procès en intention, Saint Aymeric Caron tançait quotidiennement le pays gagné par la sinistrose et la haine de l’autre et levait haut son écu, frappé du blason de l’amour, pour rallier à lui dans sa glorieuse croisade tou-s-t(es) les citoyen-s-nes du Ier au XXe arrondissement, de Montreuil au Marais, des Ami(e)s de la Terre à Terra Nova, tou(s)-tes les défenseur-s-seuses-suze de la communion des cultures, de la déconstruction des stéréotypes identitaires et de l’interopérabilité des transgressions de genre. Bref, Aymeric Caron commençait à taper sur les nerfs d’un peu tout le monde.

Le salut est venu des élections municipales. Au soir du deuxième tour, le peuple assemblé, et ingrat, comme d’habitude, en dépit de tout ce que l’on fait pour lui, a adressé un démenti cinglant à Aymeric Caron. « La Gifle » titrait entre les deux tours un magazine, montrant en couverture un François Hollande faisant la moue, mais cette gifle n’a que très éphémèrement agité les micro-particules du chef de l’Etat décomposé en minces volutes de velléités incertaines et elle est passée également à travers la forme éthérée du spectral premier ministre pour atteindre en plein visage Aymeric Caron. Pauvre Aymeric Caron ! Natacha Polony lui fait déjà bien des misères et le voilà maintenant prisonnier d’une France chassée du paradis sociétal à cause du manque de savoir-vivre d’une province mal embouchée.

Heureusement, il reste Paris, ville-lumière où le FN fait encore sourire et où Anne Hidalgo est à peine menacée par NKM, sorte de Ségolène de droite. Mais si les loups ne sont pas encore entrés dans Paris, ils sont aux portes. Ils occupent le sud de la France, campent en banlieue et lancent même à l’ouest une vaste reconquête. Partout le compteur Geiger de la droitisation des esprits s’affole et le fervent végétarien qu’est Aymeric Caron doit se sentir bien seul dans ce pays qui a mangé de la vache enragée à chaque tour des élections et dédaigne désormais l’onctuosité douceâtre du socialisme saumoné pour les saveurs plus fortes de l’entrecôte au bleu. Le raz-de-marée du mécontentement a tout englouti et il va désormais falloir se montrer bon nageur car quand tout va à l’eau et que les illusions sont détruites, il faut savoir pagayer ferme pour remonter le courant avec elles.

Depuis son arrivée en Ruquierie, Aymeric Caron s’est imposé, au fil de ses interventions, comme le symbole médiatique et cathodique de l’ère Hollande. Le président normal et le chroniqueur nordiste ont accédé aux plus hautes fonctions, chacun dans son domaine, à quatre mois d’intervalle. Et ils ont tous les deux en commun d’être arrivés trop tard. François Hollande a s’est cru en Mitterrandie, dans la France des années 80, de SOS Racisme, du virage libéral de Fabius, des premières envolées du FN et des premières apparitions du beauf de Cabu. Quant à Aymeric Caron, question de génération sans doute, il se croit visiblement encore dans les années 90, avec leur cortège de manifestations antiracistes et d’artistes conscientisés répétant à l’unisson les mêmes slogans et déclinant sur tous les modes et à tout propos les mêmes poses de résistants de pacotille, celles qu’affectait  la jeunesse des années 90 qui ne cessera pas, avec sérieux et bonne conscience, de scander jusqu’à l’aube de la quarantaine assagie qu’elle emmerde le Front national.  Chacun des deux a donc rejoué sa partition comme il pouvait, François Hollande transformant la force tranquille en immobilisme placide et Aymeric Caron passant aléatoirement de la rhétorique « Touche pas à mon pote » aux engueulades  avec Naulleau dans Touche pas à mon poste, des portrait-procès d’On n’est pas couché aux polémiques avec Natacha dont la sensibilité apollinienne semble provoquer en réaction chez le chroniqueur une dérive de plus en plus a-polonyenne.

Les résultats catastrophiques enregistrés dimanche par la gauche ne délivreront sans doute pas tout de suite le pauvre François Hollande de l’exercice bien compliqué du pouvoir mais elles auront peut-être pour effet de nous délivrer, au moins un peu, d’Aymeric Caron. Non pas que Laurent Ruquier, prenant acte du démenti infligé par les électeurs se risque, dans son équipe, à un remaniement de l’ampleur de celui qui guette l’actuel gouvernement, mais parce qu’elle va peut-être amener son chroniqueur vedette à réaliser qu’il ne sert décidément pas à grand-chose d’accuser à tort et à travers ses contradicteurs de banaliser les idées du Front national dans un pays dont une partie de la population supporte de moins en moins qu’on banalise tout simplement le fait de la mépriser.

Le gaz de schiste n’est pas une énergie rentable

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no gazaran schiste

Engagées dans le combat contre l’exploitation du gaz de schiste, Doris Buttignol et Carole Menduni ont réalisé le documentaire No Gazaran en salles depuis la semaine dernière.

Daoud Boughezala : Fruit d’une enquête de trois ans, No Gazaran nous alerte sur les dangers des gaz de schiste. Mais si nous mettions au point une technique d’extraction sûre, pourquoi la France se priverait-elle d’une ressource énergétique domestique?

Doris Buttignol et Carole Menduni  : Il n’existe pas de technique d’exploitation sûre des gaz et huiles de schiste. À partir du moment où on fracture la roche mère, on fait remonter des éléments (métaux lourds, particules radioactives…) du sous-sol profond à la surface en contaminant les couches intermédiaires.

Aux Etats-Unis, l’exploitation s’est faite dans un  cadre de dérégulation (Halliburton loophole) mis en place en 2005 par Dick Cheney lorsqu’il était vice-président sous George W. Bush qui exempte les gaziers pratiquant la fracturation hydraulique de la loi sur l’eau potable. Depuis 2009 plusieurs membres du Congrès tentent de faire invalider cette loi qui explique que la fracturation hydraulique chimique est pratiquée à si grande échelle sans que les dégâts environnementaux et sanitaires soient imputables aux industriels. Exploiter le gaz de schiste en France n’entraînerait pas de gains économiques pour la population, notamment parce que l’expérience américaine n’est pas transposable. Thomas Porcher, auteur du Mirage du gaz de schiste, rappelle que la production de gaz ne crée que très peu d’emplois c’est pour cela que les spécialistes la qualifient de « rente gazière ». Pour créer des emplois, il faut forer massivement et en continu, comme le font les Etats Unis. L’exploitation du gaz de schiste ne ferait pas baisser les prix du gaz en Europe car le marché du gaz européen ne fonctionne pas comme le marché du gaz américain, c’est un marché plus rigide. Pour que le prix baisse, il faudrait produire une part de marché suffisamment forte pour être en position de renégocier les contrats avec nos fournisseurs traditionnels.

La fracturation hydraulique est-elle une technique incontournable? Pourquoi ne gêne-t-elle pas la Pologne alors que la loi française interdit toute expérimentation en la matière?

Pour l’instant, il n’existe pas d’autre technique opérationnelle que la fracturation hydraulique. Celle récemment défendue par Arnaud Montebourg par fracturation au fluoropropane est de la bouche même des pétroliers dangereuse pour l’environnement, aléatoire et très coûteuse.

« La fracturation hydraulique à base d’eau est selon nous la technique fiable et éprouvée », explique Bruno Courme, directeur de Total Shale Gaz Europe. « Il n’y a pas véritablement d’alternatives », acquiesce Pascal Baylocq, président du club de réflexion sur les hydrocarbures de roche mère. « Pour les gaz de schistes, aucune autre technologie n’est disponible, à notre connaissance », renchérit Gilles Pijaudier-Cabot, directeur du laboratoire des fluides complexes et leurs réservoirs. Des avis qui traduisent le message des industriels : la fracturation hydraulique reste incontournable.

De surcroît, une récente étude de l’Office américain de géologie démontre que l’usage de la fracturation hydraulique peut générer des tremblements de terre pouvant atteindre 5,7 sur l’échelle de Richter. Au même moment, la production de gaz issu de la fracturation hydraulique vient d’être stoppée dans le Queensland en Australie après la découverte d’amiante dans les fluides de forage résultant de l’utilisation de la fracturation hydraulique.

Vous vous référez fréquemment à l’exploitation du schiste aux Etats-Unis. Contrairement à une idée reçue, cette industrie n’est plus très florissante. Pourquoi?

La soi-disante “révolution du gaz de schiste” aux Etats Unis se révèle être un échec. L’extraction de gaz de schiste est en train d’être abandonnée par des compagnies comme Shell et BP en raison de sa non-rentabilité. Il faut comprendre que les industriels ont gagné de l’argent sur la spéculation liée au mirage du gaz de schiste et non sur l’exploitation (le gaz est vendu à moitié de son prix de revient).

Différents articles dans la presse américaine sonnent l’alerte. C’est en particulier le cas de William Engdhal dans un texte de NSBC international en date du 9 avril dernier. Il rappelle que les prévisions d’exploitation du gaz de schiste en Amérique sont de plus en plus pessimistes. La fin de la bulle d’exploitation de ces dernières années est désormais en vue. Elle avait fait croire un moment que la dépendance en pétrole d’importation allait cesser. Or les grandes compagnies pétrolières renoncent désormais à investir . Dans quelques années, on peut prévoir que les territoires dévastés par l’exploitation sauvage du « shale gaz » ne comporteront plus que des puits rouillés.

Par ailleurs, l’exportation d’hydrocarbures non conventionnels vers l’Europe pour suppléer au gaz russe nécessiterait des infrastructures très coûteuses qui devraient être amorties sur un demi siècle. Cette solution est donc totalement irréaliste !

 

Crimée : quand l’Occident réagit, enfin

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Il fallait s’y attendre. Dans la guerre larvée qui sévit en Ukraine, et contrairement à ce que laissent entendre les mauvais esprits, l’Occident ne reste pas inerte et a su ouvrir un nouveau front là où le cauchemar a commencé : en Crimée. Devant l’arrogance sans nom d’un peuple qui s’est jeté dans les bras de l’ogre Poutine et a tourné le dos à un avenir européen radieux, le monde libre a frappé pratiquement sans sommation les trois villes les plus importantes de la péninsule : Yalta, Sébastopol et Simféropol, la capitale. On se doute que la propagande russe les transformera en cités martyres car même lors des bombardements de Belgrade pendant la guerre du Kosovo, l’Ouest n’avait osé aller aussi loin.

En effet, c’est avec horreur que les habitants ont découvert le vendredi 4 avril au matin que le McDonald’s de chacune de ces villes a été fermé sans autre forme de procès. Personne n’est dupe du motif officiel invoqué : McDo Ukraine aurait simplement répondu à un possible embargo sur le gaz russe par un autre embargo, celui sur la mayonnaise, le ketchup et les oignons crus, mettant de fait au chômage technique les trois restaurants. Mais le vrai but de guerre évidemment est ailleurs : d’après tous les observateurs, c’est une fermeture définitive qui a été décidée. Effondrés, les employés ont néanmoins été traités de manière humaine, comme savent le faire des vainqueurs magnanimes : ceux qui décideront de partir travailler en Ukraine auront le droit à un logement payé pendant trois mois.

Il n’en demeure pas moins que la population va souffrir. Fermer un McDo, c’est toujours d’une manière ou d’une autre faire reculer la civilisation et les autorités craignent désormais une épidémie de suicides chez les cardiologues et autres diabétologues criméens. Mais c’est le prix à payer et on finira un jour ou l’autre par remercier McDo qui, en ce centenaire de la guerre de 14, aura peut-être évité une affreuse répétition par cette décision courageuse.

L’Etat de droit, un scandale d’Etat?

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thierry herzog ecoute

thierry herzog ecoute

Maintenant que, de l’article retentissant de Gérard Davet et Fabrice Lhomme dans Le Monde à la « Lettre aux Français » de Nicolas Sarkozy dans Le Figaro, l’ensemble des données à la fois judiciaires et médiatiques ont été posées sur la table démocratique dans l’affaire des écoutes de l’ancien président de la République, on y voit plus clair.

On sait qu’une information a été ouverte par le parquet de Paris au regard de présomptions d’un financement libyen pour la campagne présidentielle de 2007 après que Nicolas Sarkozy a porté plainte lui-même, pour faux, usage de faux et recel, contre Mediapart qui avait évoqué l’existence de certains documents.

Des écoutes judiciaires de l’ancien président de la République ont été ordonnées par deux magistrats instructeurs à partir du mois de septembre 2013. Il a été constaté que Nicolas Sarkozy et son avocat, Me Thierry Herzog, certains de cette inquisition téléphonique, se sont munis, à l’initiative du second, de portables acquis sous la fausse identité de Paul Bismuth.

Si le conseil n’a jamais été écouté, les échanges retranscrits avec son client ont établi qu’un haut magistrat de la Cour de cassation, contre la promesse de l’obtention d’un poste à Monaco, a communiqué des renseignements et fourni des précisions sur la possible issue d’une demande de restitution des agendas présidentiels saisis dans le dossier Bettencourt. Ce qui a justifié l’ouverture d’une nouvelle instruction pour violation du secret de l’instruction et trafic d’influence.[access capability= »lire_inedits »]

À cet énoncé procédural, qui ne s’est pas traduit pour l’instant par des mises en examen, on a le droit de se demander pourquoi, durant plusieurs jours, un tel cataclysme s’est produit. Risque de coup d’État ? Atteinte grave à la République ? Inégalité scandaleuse entre des justiciables ? Tortures physiques et psychologiques ?

Non, seulement l’État de droit, qui est venu se rappeler depuis le mois de mai 2012 au bon souvenir d’une société qui l’avait oublié, et pour cause, puisque durant cinq ans il avait été foulé aux pieds sans que quiconque, au sein de la majorité d’alors, ne s’en émeuve. L’actuel bâtonnier de l’Ordre des avocats de Paris n’avait-il pas qualifié d’« exceptionnel » le bilan judiciaire de Nicolas Sarkozy !

La fronde menée par le noyau talentueux et médiatiquement reconnu de grands avocats pénalistes, la solidarité amicale pour leur confrère Me Herzog, le corporatisme massif d’une profession qu’on n’a même pas le droit de toucher du bout de la procédure ont laissé croire, un temps, que le secret professionnel des avocats devait être absolu et qu’une ignominie avait été perpétrée parce qu’on avait osé le faire céder face à l’évidence d’infractions.

D’autres avocats, heureusement, ont su apporter une contradiction vigoureuse à cette autarcie plus de confort que d’exigence, et ont démontré que la belle fonction de défendre n’avait pas vocation à couvrir les turpitudes même influencées par un ancien président.

Pour qu’on mesure bien le poids du barreau, qui est trop souvent auréolé par la seule abstraction de sa mission plus que par la qualité et l’intégrité de  ses membres, il est symptomatique que, les choses rétablies dans leur vérité et la normalité du processus judiciaire admise, on n’en ait pas moins continué à débattre sur un durcissement de la protection du secret professionnel de l’avocat. Alors qu’il est déjà comme un étau qui met quasiment le conseil à l’abri. Aussi bien Me Leclerc que Me Mignard, pourtant antagonistes sur l’appréciation du secret professionnel allégué par Me Herzog, vont dans ce sens. Et André Vallini, lors d’une émission, a cru bon d’évoquer le besoin de nouvelles dispositions qu’il proposerait avec Philippe Houillon – Georges Fenech, qui saute sur n’importe quelle piste, leur emboîtant évidemment le pas. Moralité : quand on a été obligé par justice de toucher au barreau, il faut le rendre encore plus intouchable !

Il faut encore, contre l’inculture judiciaire et la partialité politique, souligner que les écoutes d’un ancien président ne sont pas une tare mais le signe d’une bonne santé républicaine et qu’un ministre de la Justice informé par ses services sur le cours de certains dossiers est dans son rôle  dès lors que l’indépendance concrète des magistrats est garantie. Ce qui n’a été dénié par personne depuis le mois de mai 2012 et ce que la droite sarkozyste ne pourrait discuter, sauf à oublier ses propres errements.

Il serait trop commode de ne pas pourfendre, lors de cette interminable controverse, les ravages opérés dans l’esprit public et la perception judiciaire par le tristement fameux « mur des cons » qui a instillé un poison durable dans la considération due aux magistrats. Alors que les juges d’instruction en charge de ces dossiers sont compétents, discrets et, selon moi, impartiaux, cette incroyable et désolante pantalonnade ne cesse pas de rejaillir sur la magistrature qui a beau faire : son objectivité non seulement n’est plus présumée, mais niée par principe.

Étrange conséquence, aussi, pour une démocratie que le président de la République souhaitait voir rassemblée : dans tous les débats qui sont au cœur de notre vie civique et de notre éthique collective, j’ai l’impression qu’on ne sait plus que focaliser sur les doigts qui montrent la lune, et plus du tout sur celle-ci. En témoignent les innombrables dénonciations (notamment dans Causeur !) non seulement de la publication d’extraits procéduraux dans les médias – ce qui en effet est intolérable – mais même de compte rendus fiables et de qualité sur l’évolution de certaines affaires sensibles. J’entends bien que ces transgressions, qui pourraient et devraient d’ailleurs être réprimées, offusquent légitimement le citoyen, mais je ne parviens pas à comprendre les ressorts de l’arbitrage citoyen en l’occurrence. Les infractions, les délits sont relégués au second plan comme si leur dévoilement médiatique leur faisait perdre nocivité et  dangerosité.

Pour ma part, tout en affirmant la nécessité de poursuites à l’encontre de ceux qui battraient en brèche leur obligation de secret, s’il me fallait choisir, je préférerais une démocratie même imparfaite avec des médias audacieux qu’une démocratie amputée avec des médias frileux.

Il n’est pas encore venu, le temps où on traitera banalement les affaires des « grands ».[/access]

*Photo: Thibault Camus/AP/SIPA.AP21538018_000007

Au secours, les cathos investissent un lycée catho!

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lycee gerson ivg hamon

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« Dérives intégristes au lycée catholique Gerson », a titré la presse ces derniers jours. Les faits ? Une association hostile à l’avortement (Alliance Vita) a qualifié l’IVG d’ « homicide » pendant un cours de catéchisme, dans un lycée privé. Ce qui, soit en passant, n’est pas une position intégriste, mais celle de l’Eglise depuis toujours.

À la suite de quoi la mairie de Paris s’est fendue d’un communiqué indigné où elle en appelle à la « neutralité de l’éducation scolaire ». Benoît Hamon, bien sûr, a diligenté une enquête.

Cette polémique a éclaté à la veille du vote au Sénat de la loi sur l’égalité femme-homme de Najat Vallaud-Belkacem, avouez que ça tombe bien. On va pouvoir encore une fois brandir l’épouvantail obscurantiste (incarné par l’Opus Dei, accusée d’avoir noyauté le lycée Gerson) pour mieux légitimer une loi qui comporte un volet se proposant de « banaliser l’avortement » (en supprimant notamment la clause de détresse), au motif que celui-ci serait en France, près de quarante ans après sa légalisation, menacé.

« L’IVG est un acte relativement courant dans la vie des femmes, puisqu’un tiers le fera dans sa vie, Pourtant le droit à l’avortement est encore perçu comme à part. Nous voulons en faire un droit à part entière et un acte comme les autres. »  déclarait ainsi Mme Bousquet « auteure » du rapport sur l’IVG remis à la ministre en novembre dernier. On pouvait y lire que l’accès à l’avortement était un véritable parcours de la combattante en France, et qu’il fallait urgemment contribuer à banaliser un acte encore perçu comme problématique. On ne peut que s’étonner de ce combat d’arrière-garde quand on sait que le nombre d’avortements en France se maintient à 200 000 par an depuis trente-huit ans, alors que les progrès de la contraception ont été immenses.

Mais les chiffres n’ont aucune importance pour les néo-féministes, pour qui tout est affaire de « domination symbolique». La légalisation de l’avortement, qui n’était qu’une concession faite au réel, a été idéologisée comme la revendication d’un droit absolu des femmes. Ainsi pouvait-on lire sur le blog de NVB en janvier 2013 « IVG : 37 ans après la loi Veil, mener la bataille idéologique pour garantir ce droit ».

Pourtant l’avortement n’est ni une bataille idéologique, ni un droit. Il suffit de relire le discours de Simone Veil à l’Assemblée Nationale en 1974 pour s’en convaincre, il n’y est pas fait référence une seule fois au mot « droit », mais à la nécessité de répondre à un enjeu de santé publique, celui de la mise en danger de la vie de milliers de femmes par des avortements clandestins pratiqués dans des circonstances épouvantables. « C’est à ce désordre qu’il faut mettre fin. C’est cette injustice qu’il convient de faire cesser. », déclarait Simone Veil à la tribune. Elle ajoutait « Je le dis avec toute ma conviction : l’avortement doit rester l’exception, l’ultime recours pour des situations sans issue. ».

D’ailleurs, la première phrase de la loi Veil ne laisse guère de place au doute : « La loi garantit le respect de tout être humain dès le commencement de la vie. », l’avortement étant précisé n’être que l’exception circonstanciée à ce principe fondamental.

Le problème des questions bioéthiques (que ce soit l’avortement, mais aussi l’euthanasie ou la filiation), est qu’il est impossible d’avoir une position cohérente sans adopter une position radicale. La position libertaire et la position religieuse sont les deux seules cohérentes sur la question. Mais elles sont dénuées de tout principe de réalité. La vision de Simone Veil, qui est celle du bon sens, était de lâcher du lest sur la cohérence idéologique pour en gagner sur l’efficacité politique en mettant en place un fragile compromis entre les droits de la femme et ceux de l’enfant à naître. Ce « moindre mal » est insupportable à nos ayatollettes qui voudraient que le droit vienne toujours célébrer une avancée ou interdire le règne des ténèbres.

La vision triomphaliste de l’avortement (avortement : un droit, mon choix, notre liberté proclament les affichent du Planning Familial) est contraire au bon sens. Personnellement je ne connais aucune femme qui ait vécu son IVG comme un « acte comme les autres ». Par contre j’en connais beaucoup pour qui sa banalisation est devenue une pression sociale,  et à qui on reproche leurs grossesses prématurées ou leurs familles nombreuses comme autant de « trahisons » à la sainte cause de la femme libérée.

Dans son premier discours de candidat en 2007, Sarkozy en appelait, entre des références à Zola et Victor Hugo, à la loi Veil qui « avait sauvé la vie de milliers de femmes » : il y avait eu des tonnerres d’applaudissements dans la salle. 7 ans après, le peuple de droite, radicalisé par des revendications sociétales provocatrices n’applaudirait plus à ce qui restait une avancée raisonnable.

 

À qui la faute ?

 

Surveillance de la NSA: Rien de personnel!

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S’il est un moment où nos princes se seront tous retrouvés nus, c’est bien l’été 2013, quand Edward Snowden a révélé que la NSA interceptait quotidiennement plus de 16 millions de télécommunications en Allemagne. La ziggourat de Berlin n’a eu de cesse de minimiser le phénomène, déclarant qu’elle faisait entièrement confiance aux Américains « qui ont tout de même libéré l’Allemagne » – sans préciser cependant si elle avait à l’esprit la libération de 1945 ou celle de 1989. Son ministre de l’Intérieur, Hans-Peter Friedrich, clama que la sécurité était « un super-droit fondamental au moins aussi important que la liberté » ; et le ministre de la Chancellerie, Ronald Pofalla, affirma que la NSA lui avait assuré « avoir toujours respecté le droit allemand sur le sol allemand » (sur le sol, peut-être, mais apparemment pas dans l’espace), avant d’informer le Bundestag que « l’affaire était classée ».[access capability= »lire_inedits »]

Dès l’automne, cependant, et après que des journalistes de Der Spiegel eurent découvert dans les documents diffusés par Snowden que les Américains avaient placé le téléphone de la Chancelière sur écoute, tout ce beau monde a dû manger son chapeau (tyrolien, évidemment). On ne pouvait plus dire que « l’affaire était classée » ; et la Chancelière offusquée finit par appeler le Président américain – de son téléphone écouté sans doute.

Comment Angela Merkel, qui avait accueilli avec indifférence la nouvelle que des millions de ses concitoyens étaient espionnés par une puissance amie, a-t-elle pu manifester son indignation en apprenant qu’elle avait elle-même été placée sur écoute ? Comment nos princes peuvent-ils penser que ce qui s’applique désormais à tous pourrait ne pas s’appliquer à eux ? Cela tient à leur incompréhension de la vraie nature de la cyber-guerre. Pour eux, elle n’est jamais qu’un simple affrontement entre systèmes informatisés et automatisés, par machines et logiciels interposés. Elle est pourtant bien plus que cela.

Pour bien comprendre ce qu’il en est, il faut se rappeler que « cyber » nous vient du mot « cybernétique », du grec kubernêtikê qui signifie l’« art de gouverner ». En 1948, le mathématicien Norbert Wiener avait défini la cybernétique comme l’étude du contrôle et de la communication,  dans les machines comme chez les êtres vivants. Science des systèmes complexes, la cybernétique s’intéresse moins à leurs composantes qu’à leurs interactions. Ce qu’elle prend en compte, ce n’est pas la nature ou l’identité des différents éléments, mais leur comportement global.

En conséquence, la vérité n’est plus ce qui peut être prouvé mais, comme l’expliquait Michel Savage, ce qui est pertinent, c’est-à-dire ce qui fonctionne et remplit son rôle indépendamment de tout rapport à la vérité. Ainsi, si je surveille mon poids, que m’importe que ma balance soit faussée, qu’elle ne dise pas vrai, tant qu’elle me donne, jour après jour, le même poids de référence.  C’est sur cette base qu’opèrent les systèmes de surveillance par caméras en circuit fermé, dont les logiciels sophistiqués ne cherchent pas à repérer dans la foule quelqu’un en particulier comme un individu identifié et fiché, mais à y détecter un comportement hors norme : par exemple quelqu’un qui court quand tout le monde flâne, ou quelqu’un qui s’attarde quand tout le monde se presse.

On ne s’étonnera pas, après cela, que les « grandes oreilles », la NSA en tête, passent le plus clair (ou devrais-je dire le plus obscur) de leur temps, à écouter et à observer urbi et orbi, en vision et en écoute périphériques, cherchant à établir des relations entre une multitude d’éléments observés sans qu’au départ leur attention ait nécessairement été retenue par un faciès particulier, une voix familière ou un nom suspect.

Ce glissement d’une pensée scientifique fondée sur la recherche de la vérité par la preuve objective à une pensée systémique fondée sur la pertinence comportementale et relationnelle a mis ou remis au goût du jour l’adage : « Dis-moi qui tu fréquentes, je te dirai qui tu es ». Pendant la guerre de Cent ans, les Français et Anglais combattaient un ennemi ;  de même les communistes et les fascistes en Espagne. Pour les puissances cybernétiques, il n’y a pas d’ennemi, mais la menace est partout. Donc tout le monde est un coupable en puissance. Ecoutons la conversation entre Angela Merkel et Barack Obama : elle parle de pratiques inacceptables entre amis. Encouragé par un spin-doctor, il répond: « Mais ma chère, s’il n’y a pas d’ennemis, comment voulez-vous qu’il y ait encore des amis ? » Elle : « Tout de même ! Mon téléphone personnel ! »  Obama, toujours assisté de son souffleur : « Surtout, n’y voyez rien de personnel ! »

Il y a de fait dans la cyber-guerre un basculement qui porte sur la personne : sur l’indivisibilité de l’individu, sur sa spécificité, et plus encore sur la centralité dans l’ordre des choses. La Renaissance avait expulsé Dieu du centre de l’univers pour y placer l’homme, et voilà que celui-ci, devenu individu, est chassé par le système. Dans ces nouvelles coordonnées, le secret et la vie privée, que l’homme avait longtemps tenus pour sacrés, cessent de compter – c’est-à-dire d’être pertinents. Car c’est bien cela, la transparence : non pas la quête de la vérité mais celle de la pertinence. L’impératif de pertinence s’impose même aux princes, contraints d’habiter des palais de verre.

De tout cela, cependant, nos princes entrepreneurs et entreprenants ne semblent guère conscients. Ils passent par des périodes où leurs chevilles gonflent sur leurs pieds d’argile et d’autres où la peur de ne point être reconduits dans leurs fonctions les prend violemment au ventre. Accaparés par leurs objectifs – la croissance économique, l’avancée technologique, le risque zéro, la sécurité, la suprématie –, ils ne voient pas que le système cybernétique qu’ils ont placé au centre de l’univers pour les servir les asservit, faisant d’eux des éléments aussi indifférenciés et remplaçables que le plus humble de leurs sujets. Le pourpre dont ils sont si fiers n’est qu’un cache-misère.

Peut-être qu’un jour, prenant conscience de leur affligeante nudité, ils en viendront à regretter le temps où Dieu trônait encore au centre de l’univers, quand, comme le dit si poétiquement Ishâq Ibn Zubayr, le mathématicien et cosmographe médiéval mis en scène par André Miquel dans ses Entretiens de Bagdad, « la Terre et ses habitants étaient encore au centre de l’infinie tendresse divine ».[/access]

*Photo: markus schreiber/AP/SIPA.AP21485347_000002

Acheter nazi, une honte ou une liberté?

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vente encheres objets nazis

vente encheres objets nazis

Vendre des objets nazis aux enchères n’est pas un délit. Et, donc, les acheter non plus. Dans une démocratie et un état de droit se flattant d’être à la hauteur, on pourrait penser que c’est le point crucial, décisif. Apparemment non.

En effet, une partie de la vente aux enchères prévue pour le 26 avril, intitulée « Prises de guerre de la 2ème DB au Berghof le 5 mai 1945 », a été annulée le 14 avril. Elle se serait rapportée notamment à des passeports de Göring et de sa femme, à un coffre en bois d’Adolf Hitler incrusté de croix gammées et à un napperon en dentelle orné d’un aigle (Le Parisien).

Les objets mis en vente provenaient de quatre vendeurs dont un sergent de la compagnie du génie de la 2e DB, âgé de 93 ans aujourd’hui.

Le catalogue de la vente, sous l’égide du commissaire-priseur Nathalie Vermot, énonçait qu’une partie des bénéfices serait reversée à l’Union des déportés d’Auschwitz.

Yves Salmon, l’expert de la vente, s’est étonné de cette annulation alors que le Conseil des ventes volontaires (CVV) avait donné son aval et qu’au mois de novembre 2013, quatre livres pris lors de la même opération à Berchtesgaden avaient été vendus à l’initiative d’un ancien de la 2ème division blindée.

Comment cette interdiction pour le 26 avril a-t-elle été décidée ?

Dès le 11 avril, le CRIF s’était « indigné du commerce » de ces pièces nazies et le Bureau national de vigilance contre l’antisémitisme (BNVCA), qui avait jugé la vente « obscène », s’est félicité de l’annulation.

Les associations juives, durant le week-end, ont exigé l’interdiction de la vente et la saisie des objets, car, selon elles, il s’agissait « d’une atteinte à la mémoire des victimes de la barbarie nazie ».

Leur démarche a été appuyée par le ministre de la Culture Aurélie Filippetti. Sous la pression de celle-ci, une réunion de crise a été organisée au CVV, « les gendarmes du marché de l’art ».

Face à une telle situation qui avait pour but de lui faire subir une éprouvante tension, Nathalie Vermot, qui initialement avait résisté à la volonté d’interdiction au nom de la liberté, a cédé et pris les devants alors qu’elle était convoquée par le CVV le 15 avril.

Elle a obtempéré aux injonctions non pas du droit mais de la morale si l’on en croit la ministre qui a salué « une décision nécessaire au regard de l’histoire et de la morale ».

Qu’ai-je donc besoin de me mêler de cela puisqu’apparemment tout est bien qui finit bien dans le meilleur des mondes où l’éthique serait évidente, éclatante et la liberté, pourtant étayée sur le droit, infiniment secondaire ? Je mesure le danger intellectuel qu’il y a à ne pas prendre pour vérité acquise et décret incontestable une interdiction résultant de la pression d’associations juives conjuguée avec un soutien ministériel fort.

Pourtant, il me semble que si personne jamais ne s’émeut au prétexte que la cause serait à la fois dérisoire et réglée et qu’elle concerne des amateurs jugés d’emblée scandaleux de souvenirs historiques frappés d’opprobre, un jour on perdra tout sens de la liberté. Au fil du temps, au jour le jour. La morale ou prétendue telle finira par trôner victorieuse sur un champ de ruines – nos libertés fondamentales détruites et surtout la liberté d’action et d’expression.

Au risque de me faire agonir sur ce sujet périlleux, je ne vois pas au nom de quoi les désirs des associations juives, à considérer certes avec attention et respect, devraient être forcément perçus comme des ordres par l’autorité politique. Je ne la qualifie pas idéologiquement parce que je suis persuadé malheureusement que la droite aurait eu la même attitude soumise que la gauche à propos de cette vente aux enchères.

La malfaisance de l’Histoire est une épouvantable réalité au regard de l’Holocauste. Il n’y a que quelques malades qui en discutent l’ampleur et l’horrible singularité. Mais prétendre sans cesse expulser la malfaisance de nos têtes en feignant d’abolir, de mettre entre parenthèses l’Histoire est une absurdité. Qu’on le veuille ou non, Hitler, Göring et leurs objets relèvent d’aujourd’hui parce qu’ils ont existé hier et que leur condamnation sans appel n’interdit pas à qui que ce soit, s’il en a envie, d’acheter des choses reliées à leur environnement.

Dans notre espace démocratique il y a aussi, à force, quelque chose d’insupportable à voir traités les citoyens que nous sommes comme des enfants éduquer et à protéger. Comme s’il nous fallait à tout instant rendre compte de nos paroles, de nos écrits, de nos goûts, de nos plaisirs et même de nos achats, aussi étranges ou surprenants qu’ils puissent apparaître pour le sens commun.

Décidément le fait que des souffrances particulières, aussi légitimes qu’elles soient, fondées sur une mémoire douloureuse et impérieuse, puissent justifier l’annulation d’un droit fondamental, d’une liberté essentielle ne cessera pas de me stupéfier dans notre République. Celle-ci se pique d’universel mais elle est de plus en plus battue en brèche par la domination des corporations du coeur et de la morale.

Acheter nazi, alors, une honte ou une liberté ? Un choix tout simplement qui, licite, n’aurait pas eu à se justifier.

*Photo : Phil Yeomans/ Rex Feat/REX/SIPA. REX40130432_000002.

Prison pas si con

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La prison, non. Privilégions les méthodes alternatives. C’est vrai, la prison coûte trop cher. Il n’y a plus de place. Le condamné se réinsère plus facilement dans la société s’il n’en a pas été  exclu pendant plusieurs années.  Encore faut-il se donner les moyens d’une méthode alternative efficace. Or, le bracelet électronique, très en vogue aux Etats-Unis, a encore montré ces faiblesses. Le Huffington Post décrit dans un article judiciaire comment deux condamnés qui portaient des bracelets électroniques ont pu récidiver, violer et tuer leurs victime, sans être inquiétés le moins du monde.

Ils devaient pointer tous les mois au commissariat, ils avaient pointé. Même un peu en avance.

Deux premières filles disparaissent. Mais on pense encore disparition et pas meurtre. Les meurtriers-violeurs ne sont pas filés.

Aucune obligation de suivre les condamnés dans leur liberté sous condition. Et sûrement pas les moyens aussi.  On ne va pas mettre un homme derrière chaque délinquant ou meurtrier en puissance.  Ce serait un coup à exploser les tarifs d’une prison haut de gammede capitale.

Un  point positif malgré tout.  Grâce aux bracelets, on les a retrouvés, les meurtriers. Mais un peu tard, déjà  cinq meurtres à leur actif et peut-être d’autres pas encore découverts.

Alors, les méthodes alternatives, d’accord. La théorie fonctionne, mais les outils, pas toujours.

 

Affaire Sarkozy : Méfions-nous des Saint-Just!

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dupont moretti avocat

dupont moretti avocat

Avocat pénaliste de renom, Me Éric Dupond-Moretti, membre du barreau de Lille, a notamment plaidé dans l’affaire d’Outreau.

 Causeur. Toute la gauche et une bonne partie des médias ont bruyamment salué la divulgation par Mediapart, de retranscriptions des écoutes téléphoniques de Nicolas Sarkozy. Pourquoi Thierry Herzog et vous-même avez-vous pris la tête de la fronde des avocats. Nos libertés seraient-elles menacées ? Faut-il avoir peur ?

 Éric Dupond-Moretti. Il faut avoir peur, mais cela ne suffit pas : il faut être vigilant ! Nous vivons dans une époque de transparence absolue, que j’appelle la « transperçance », où le secret devient suspect. Pensons par exemple aux émissions de télé-réalité, où il faut étaler par le menu sa filiation, sa sexualité, ses revenus… sous le regard introspectif de millions de téléspectateurs. Et dans le domaine judiciaire, on assiste à une véritable dérive qui concerne tout autant certains juges que certains journalistes.

Voulez-vous dire que c’est le placement sur écoute de Nicolas Sarkozy, et non pas seulement la publicité, est problématique ? On nous a répété sur tous les tons qu’il était parfaitement légal…

 En écoutant Nicolas Sarkozy, on a indirectement écouté son avocat, Thierry Herzog, qui possède un téléphone uniquement dédié à ses communications avec l’ancien président.

Certes, la loi autorise d’écouter un avocat. Mais à la condition qu’on ait préalablement des éléments permettant de penser qu’il a commis une infraction punie d’une certaine peine. Or, en l’occurrence, on écoute Thierry Herzog à un moment où rien ne permet d’établir une infraction. Cette nouvelle jurisprudence est en train de vider de sa substance la loi qui protège le secret des échanges entre un avocat et son client. Or, qu’on le veuille ou non, les avocats ne peuvent pas être des justiciables comme les autres, dès lors qu’ils sont dépositaires du secret professionnel.[access capability= »lire_inedits »]

Comment la mise sur écoute d’un justiciable est-elle encadrée ?

 Un juge peut aujourd’hui placer sur écoute n’importe quel individu suspecté d’une infraction punie de plus de deux ans d’emprisonnement. En dehors de cette clause, il n’existe aucun encadrement légal. Cette procédure extrêmement légère fait que le magistrat agit selon son bon vouloir et permet un certain nombre d’abus. En théorie, l’écoute doit être limitée dans le temps, mais on peut la renouveler ad libitum et l’on ne s’en prive pas ! Dans ces conditions, ne nous étonnons pas qu’il y ait de plus en plus d’écoutes judiciaires.

Soyez clair ! Les écoutes de Nicolas Sarkozy sont-elles abusives ?

 Évidemment ! Sarkozy n’est même pas mis en examen dans l’affaire du financement libyen présumé de sa campagne de 2007, ce qui signifie que les juges n’ont pas d’indices graves et concordants. Le dossier de l’affaire libyenne  ne contient qu’un document brandi par Mediapart qui, selon Le Monde, est un faux. Nicolas Sarkozy ayant d’ailleurs déposé plainte pour faux, les journalistes de Mediapart Arfi, Mauduit et Laske sont témoins assistés dans cette procédure.

Au-delà des questions légales, ces écoutes sont-elles politiquement problématiques ?

 Ne tournons pas autour du pot : écouter pendant des mois le chef de l’opposition, c’est quand même extraordinaire ! La séparation des pouvoirs, ça ne marche pas que dans un sens ! De surcroît, en saisissant les agendas que tenait le président de la République à l’époque où il était encore en exercice et qui, donc, sont théoriquement couverts par l’immunité présidentielle, les juges risquent de tomber sur des informations classées « Secret défense » qui ne les regardent pas. C’est parce que la situation est grave que 5000 avocats de toutes obédiences politiques ont manifesté leur soutien à Thierry Herzog.

Votre confrère Jean-Pierre Mignard n’est pas de votre avis. Fustigeant ce « corporatisme malvenu », il a lancé une contre-pétition…tout en admettant qu’il faudrait sans doute mieux protéger le secret professionnel des avocats

 Ça me bouleverse toujours lorsque des avocats, comme Mes Bourdon et Mignard, cautionnent le travail de juges qui ont violé le secret des relations avocat-client. Je me demande s’ils sont plus socialistes qu’avocats ou plus avocats que socialistes… Moi, je suis de gauche et je soutiens totalement Thierry Herzog car je trouve scandaleux le sort qui lui est réservé. Une sommité comme Henri Leclerc est obligée de demander un entretien au Figaro Magazine, parce qu’à Libé, on ne veut pas avoir l’air de défendre Sarkozy et que cette affaire d’avocat écouté serait un mauvais procès ! Pourquoi ? Parce que Me Herzog serait sarkozyste ?  Dans cette histoire, il y a un petit parfum de délit d’opinion. Car lorsqu’un journaliste est placé en garde à vue pour violation du secret de l’instruction, toute la presse s’émeut, à juste titre d’ailleurs.

Ah bon, pourquoi « à juste titre » ? Les journalistes sont-ils au-dessus des lois ?

  Non, mais ils doivent, comme les avocats bénéficier d’une protection particulière, en l’occurrence, pour les journalistes le secret des sources Avocats et journalistes sont deux piliers essentiels d’une société démocratique.

 En maquillant leur ligne téléphonique au nom de « Paul Bismuth », Sarkozy et Herzog ne se sont-ils pas comportés comme des coupables, voire, comme on l’a dit, comme de petits dealers ?

 C’est plutôt la Justice qui les traque comme des vendeurs de shit ! Ils n’avaient pas d’autre choix pour pouvoir parler librement. Sur les deux documents brandis par Mme Taubira en conférence de presse, dont Le Monde prétend avoir eu connaissance en agrandissant les images, l’avocat général Lagauche et le procureur général Houlette mentionnent les écoutes et leur caractère contestable. Autrement dit, ils savent parfaitement que c’est un bricolage et qu’il sera contesté.

Le tableau que vous dressez est terrifiant. Dois-je avoir peur de la Justice de mon pays ?

 Évidemment ! Casamayor,  un des fondateurs du Syndicat de la magistrature, disait : « La Justice est une erreur millénaire qui veut qu’on ait attribué à une administration le nom d’une vertu. » Quand on a compris ça, on a tout compris. Le problème de la Justice, c’est qu’il n’y a aucune responsabilité du juge.

En somme, le problème n’est pas que la Justice soit aux ordres, mais qu’elle soit totalement indépendante ?

 L’indépendance, c’est d’abord dans la tête ! Elle peut être constitutionnellement garantie, mais il y a la réalité, les comportements… L’institution judiciaire a du mal à se contrôler.  Et le corporatisme fait le reste. Quand l’ancien président de la chambre d’instruction de Douai, qui était censé contrôler le travail du juge Burgaud[1.   Fabrice Burgaud est le magistrat qui a instruit l’affaire d’Outreau dans les années 2001-2004, quand il était  juge d’instruction au tribunal de grande instance de Boulogne-sur-Mer. À la suite du  scandale, le Conseil de la magistrature lui a infligé une « réprimande avec inscription au dossier »] , obtient une promotion, on se dit qu’il y a un gros problème. Pour lutter contre ce corporatisme, il faudrait démanteler l’École nationale de la magistrature, car elle « encaste » les futurs magistrats dans cette espèce de groupe singulier et replié sur lui-même qu’est devenue la magistrature.

Selon Edwy Plenel, le pauvre citoyen dispose de deux contre-pouvoirs : la presse et la Justice. Raison pour laquelle on voudrait, selon lui, une Justice soumise et une presse muselée. Mais, aujourd’hui, ces deux contre-pouvoirs – que personne n’a élus – ne sont-ils pas devenus des pouvoirs autonomes et tout-puissants ?


Edwy Plenel m’a ému pendant des années lorsqu’à longueur d’interviews, il nous parlait de sa mise sur écoute à l’époque de François Mitterrand. Mais, aujourd’hui, le même M. Plenel n’hésite pas à diffuser ensuite des enregistrements illégaux qu’un majordome a réalisés dans le dos de Mme Bettencourt. Et ces enregistrements sont d’autant plus illégaux qu’ils comportent des conversations entre Liliane Bettencourt et son avocat, Me Georges Kiejman[2.  Contrairement à la chambre civile de la Cour de cassation, qui les a invalidés, la chambre criminelle a pourtant estimé que ces enregistrements étaient licites.…]
Je n’ai pas envie d’une société dirigée par le gardien du temple qu’est Edwy Plenel. Il me flanque la trouille avec son intégrisme ! J’aimerais bien savoir, moi, ce que MM. Plenel, Arfi et Mauduit peuvent se raconter en privé… dommage que le respect dû à leur intimité me l’interdise ! (Contrairement à la chambre civile de la Cour de cassation, qui les a invalidés, la chambre criminelle a pourtant estimé que ces enregistrements étaient licites)

Plenel est déjà au pouvoir ! Ainsi peut-il aller à la télé et sommer la Justice d’ouvrir telle ou telle enquête : bientôt, il ordonnera lui-même des écoutes !

 M. Plenel a oublié un petit document,  la charte de 1907, qui indique que les journalistes ne doivent pas se comporter comme des flics. Franchement, je préfère Zola défendant Dreyfus à Plenel balançant Cahuzac… Ce n’est pas son boulot ! Il y a des magistrats, au parquet, dont c’est le métier. Écrire au procureur de la République pour demander l’ouverture d’une information, c’est monstrueux ! Il existe une telle proximité entre certains juges et certains pseudo-journalistes devenus procureurs que ces derniers font partie intégrante de la stratégie judiciaire ! Ils sont des collaborateurs de la police et de la Justice, ce qui est à des années-lumière de ce que doit être le journalisme ! Méfions-nous des Saint-Just !

Mais même quand les médias ne prétendent pas dicter leur conduite aux juges, ils divulguent en direct des éléments (à charge) du dossier d’instruction…

 Oui et j’ajoute que, comble de l’ironie, dans les perquisitions menées chez Thierry Herzog,  l’une des justifications évoquées est… la violation du secret de l’instruction ! Or, le lendemain, Nice-Matin bafouait ce secret de l’instruction en rapportant la perquisition qui venait d’avoir lieu. Le champ des possibles auteurs de cette fuite est quand même extrêmement réduit… Il serait donc logique que des policiers ou des juges, perquisitionnent les domiciles de leurs confrères pour trouver l’auteur des violations…

Ne jouez pas les naïfs ! Vous-même, n’avez-vous jamais parlé d’une affaire en cours à des journalistes quand cela pouvait être utile à votre client ?

 Il m’est arrivé, à de très nombreuses reprises, de violer le secret de l’instruction. Mais pas pour bousiller l’honneur d’un homme ! Que font tous les grands moralisateurs médiatiques de la présomption d’innocence ? Quand ces Torquemada se retrouvent devant la Justice, ils en appellent à un principe qu’ils violent allègrement. Ainsi, Plenel, Arfi et Laske essaient d’obtenir l’annulation de leur statut de témoins assistés.

Justement, à partir du moment où aucun tribunal ne condamne un journaliste ou un magistrat pour une fuite, que reste-il du secret de l’instruction, donc de la présomption d’innocence, donc de la Justice elle-même ?

L’œil ne se regarde pas voir….

 Comme disait Lénine, que faire ?

 Je ne veux pas limiter la liberté des journalistes, mais peut-être doivent-ils organiser leur profession en énonçant un certain nombre de règles dans une charte.

Au-delà de la responsabilité des journalistes, certains veulent nous faire entrer dans un monde entièrement transparent. Benoît Hamon a déclaré : « Il n’y a aucun problème à être écouté si l’on n’a rien à cacher. » N’est-ce pas effrayant ?

 Il y a aussi des raisons d’être optimiste. Les Français préfèrent raconter leurs histoires à un Thierry Herzog, qui leur garantit la confidentialité, qu’à un Edwy Plenel qui va tout balancer. Le règne de Plenel et consorts ne peut pas perdurer longtemps, il va y avoir un sursaut. J’étais avec Thierry Herzog ce week-end, et il fallait voir  le nombre de gens qui l’ont arrêté pour le soutenir en disant : « On n’est pas sarkozystes, on est de gauche… Mais on trouve scandaleux que vous ayez été écouté. »

Je ne partage pas votre optimisme. Au nom de la démocratie, un mouvement de fond entend contrôler les « puissants », les empêcher de commettre des turpitudes. Et en même temps, il est vrai que, malgré la nécessaire dimension de secret que recèle le pouvoir, certaines révélations peuvent représenter un progrès démocratique.

 Je ne suis pas d’accord. Quelle différence y a-t-il entre Closer qui diffuse des photos du président de la République qui sort de chez sa copine et Mediapart qui raconte un certain nombre de choses couvertes par le secret professionnel ? Moi, ça m’inspire le même dégoût !

On peut vous rétorquer que, sans des journalistes qui emploient ces méthodes-là, on n’aurait pas su que le ministre du Budget avait un compte en Suisse… 

 Ce n’est pas la révélation du compte en Suisse qui me gêne que la démarche consistant à demander au Procureur de la République d’ouvrir une instruction.

N’empêche, si Mediapart n’avait pas révélé l’existence de ce compte, Cahuzac n’aurait pas été poursuivi…

 Sur les trois « informations » qui ont été livrées par Mediapart concernant Cahuzac, il y en a deux qui sont complètement bidon !

Que les journalistes qui détiennent des informations sur les puissants susceptibles d’intéresser le fonctionnement démocratique fassent leur métier. Mais ils ne doivent pas puiser ces révélations de manière illégale. Il y a des limites à ne pas franchir : la vie privée ou le secret de la correspondance. On ne se rend pas compte du caractère liberticide de certaines méthodes journalistiques !

En somme, vous préférez ne pas savoir que savoir grâce à de telles méthodes ?

 La fin  ne justifie pas tous les moyens.

 Revenons à l’affaire des écoutes Sarkozy. Pour dire les choses clairement, le pouvoir politique instrumentalise-t-il la Justice ?

 Bien sûr, et c’est vieux comme le monde !

Voulez-vous dire que les écoutes auraient pu être ordonnées en haut lieu ?

Ce qui est extrêmement troublant, ce sont les prises de position des juges : l’« appel des 82[3.  En juin 2012, 82 magistrats signent une tribune dans Le Monde où ils dénoncent, à mots à peine couverts, la politique de la droite (2002-2012) en matière de lutte contre la corruption.] » pose un problème en termes de procès équitable. Le « mur des cons », cela vaut bien les « bâtards de Bordeaux » de Thierry Herzog ! Les  juges qui ont eu à intervenir dans les dossiers qui mettent prétendument en cause l’ancien chef de l’État – Thépaut, Daïeff, Tournaire, Gentil –, s’étaient tous exprimés contre lui. C’est quand même stupéfiant !

Donc, le problème n’est pas que le pouvoir instrumentalise les juges mais qu’eux-mêmes aient des opinions politiques ?

 Oui, mais ce n’est même pas l’essentiel. Certains juges rêvent tout simplement d’en découdre avec des personnages importants, ce qui ne peut que servir leur propre notoriété… C’est le fantasme du tableau de chasse. Demain, si François Hollande a des emmerdements, il se retrouvera confronté aux mêmes juges.[/access]

*Photo: Hannah

Qu’est-ce qu’on a fait au cinéma français ?

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clavier lauby bon dieu

On ne dira jamais assez combien Youtube est utile au cinéphile. 95% des films français se résumant à leur bande-annonce, une petite visite sur les sites de vidéo vous épargne un temps et un argent précieux.

Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ?, qui sort aujourd’hui dans toutes les mauvaises salles de cinéma, n’échappe pas à la règle. Comme les meilleurs critiques de cinéma, je me suis contenté de regarder la bande-annonce pour en faire l’exégèse. Je ne vous raconterai donc pas ce que ce film dit, mais ce qu’il veut dire.

‎Ça tombe bien, le « pitch » de cette œuvre oubliable tient à l’aise sur un confetti : un couple de vieux cathos, joués par Christian Clavier et Chantal Lauby (qu’on préférait en Barbara Gourde ou Pénélope Solète…) est poursuivi par une étrange malédiction : toutes ses filles épousent qui un musulman, qui un juif, qui un chinois, qui un noir. Désespérés par leur progéniture, les deux époux font grise mine à chaque mariage, pour le plus grand bonheur des scénaristes qui enfilent les gags éculés comme les grains d’un chapelet. « Les Français sont mauvais et bêtes », entend-on dans la bouche du beau-père africain dit « Amin Dada » (quelle trouvaille humoristique !). Cela va sans dire, toute autre catégorie ethno-raciale aurait crié à la stigmatisation mais comme l’axiome « catholique = français = cible gratuite et sans danger » semble faire l’unanimité, aucune ligue de vertu antiraciste ne portera plainte à l’énoncé de cette réplique un peu raide. Si d’ordinaire vous envisagiez d’adapter les mêmes vannes qui tachent en visant une autre communauté, fût-ce pour faire rire, je vous conseille de vider votre P.E.L et vous souhaite bien du bonheur à la 17e chambre.

Le catho, une cible trop facile ? Il est évidemment bien plus aisé de taper sur la majorité opprimée qui consent à marier ses filles avec des « étrangers », sans pousser à la conversion. Imaginez le même scénario avec un juif ou un musulman, cela eût exigé un peu plus de courage, de celui dont fit preuve Roschdy Zem lorsqu’il écrivit et mit en scène Mauvaise foi, l’histoire toute simple d’un musulman qui épouse une juive, avec les complications familiales que l’aventure comporte. Cela ne donna pas le film du siècle mais une gentille comédie romantique bien plus digeste que les facéties lourdingues du Jamel Comedy Club filmées par l’équipe de Neuilly sa mère.

Espérant décrocher le jackpot, Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ? reproduit la bonne vieille recette terra-noviste d’Intouchables : de manière subliminale, chaque scène suggère que le salut de la vieille tranche passe par l’enfant d’immigré. Ici, les vieux cathos réacs et fachos – rayer la mention inutile – sont tout juste bons à engendrer de sublimes jeunes filles fuyant le carcan familial dans les bras de la France multiculti. Par l’alliance de la droite Neuilly (Clavier) et de la gauche Montreuil (l’ex-« Nuls » Lauby), la production compte certainement drainer toutes les classes sociales. Encore une grosse ficelle pour attraper le spectateur comme un gardon affamé et faire un carton en salles !

Attention, ne me faites pas dire ce que je n’ai ni écrit ni pensé. En tant qu’enfant de couple mixte, avec un pied corrézien et l’autre tunisien (ce qui fait certes beaucoup de défauts pour un seul homme…), le métissage ne me hérisse pas pour deux sous. Mais, contrairement à ses croyants zélés, le pratiquant que je suis se fatigue des prosélytes…

Aymeric Caron, citoyen modèle

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aymeric caron ruquier

aymeric caron ruquier

À l’issue des municipales, l’alternance reprend ses droits et, alors que le printemps fait son apparition et que les chaises au gouvernement deviennent musicales, nous nous sommes demandés ce qu’il pouvait advenir du vaillant Aymeric Caron, qui aurait certainement mérité une place de ministre.

Il était une fois, dans un royaume fort fort déprimé, un preux chevalier du nom d’Aymeric Caron. De fort belle allure, tenant toujours le verbe haut, le preux Galaad du politiquement vertueux pourfendait avec l’étincelante épée de la rhétorique les malfaisants suppôts de la réaction et les zélés zélotes du traditionalisme passéiste. Chaque samedi soir, devant un auditoire gagné à sa cause et sous l’œil reconnaissant et complice de son mentor, Aymeric ferraillait avec les démons ennemis du Bien, avec leurs robes grises, leurs bonnets carrés, leurs faces terreuses et leurs propos haineux. Roide, tranchant et impitoyable, il renvoyait à leurs accointances nauséabondes les alliés des tyrans, les ennemis de la grande fraternité des peuples, les partisans de la discrimination et les serviteurs de la Bête Immonde. Audacieux jusqu’à l’inconscience, enfonçant avec rage toutes les portes ouvertes, même celles des plus petits cagibis de l’évidence, chambellan de l’ordre de la moraline et grand simplificateur de procès en intention, Saint Aymeric Caron tançait quotidiennement le pays gagné par la sinistrose et la haine de l’autre et levait haut son écu, frappé du blason de l’amour, pour rallier à lui dans sa glorieuse croisade tou-s-t(es) les citoyen-s-nes du Ier au XXe arrondissement, de Montreuil au Marais, des Ami(e)s de la Terre à Terra Nova, tou(s)-tes les défenseur-s-seuses-suze de la communion des cultures, de la déconstruction des stéréotypes identitaires et de l’interopérabilité des transgressions de genre. Bref, Aymeric Caron commençait à taper sur les nerfs d’un peu tout le monde.

Le salut est venu des élections municipales. Au soir du deuxième tour, le peuple assemblé, et ingrat, comme d’habitude, en dépit de tout ce que l’on fait pour lui, a adressé un démenti cinglant à Aymeric Caron. « La Gifle » titrait entre les deux tours un magazine, montrant en couverture un François Hollande faisant la moue, mais cette gifle n’a que très éphémèrement agité les micro-particules du chef de l’Etat décomposé en minces volutes de velléités incertaines et elle est passée également à travers la forme éthérée du spectral premier ministre pour atteindre en plein visage Aymeric Caron. Pauvre Aymeric Caron ! Natacha Polony lui fait déjà bien des misères et le voilà maintenant prisonnier d’une France chassée du paradis sociétal à cause du manque de savoir-vivre d’une province mal embouchée.

Heureusement, il reste Paris, ville-lumière où le FN fait encore sourire et où Anne Hidalgo est à peine menacée par NKM, sorte de Ségolène de droite. Mais si les loups ne sont pas encore entrés dans Paris, ils sont aux portes. Ils occupent le sud de la France, campent en banlieue et lancent même à l’ouest une vaste reconquête. Partout le compteur Geiger de la droitisation des esprits s’affole et le fervent végétarien qu’est Aymeric Caron doit se sentir bien seul dans ce pays qui a mangé de la vache enragée à chaque tour des élections et dédaigne désormais l’onctuosité douceâtre du socialisme saumoné pour les saveurs plus fortes de l’entrecôte au bleu. Le raz-de-marée du mécontentement a tout englouti et il va désormais falloir se montrer bon nageur car quand tout va à l’eau et que les illusions sont détruites, il faut savoir pagayer ferme pour remonter le courant avec elles.

Depuis son arrivée en Ruquierie, Aymeric Caron s’est imposé, au fil de ses interventions, comme le symbole médiatique et cathodique de l’ère Hollande. Le président normal et le chroniqueur nordiste ont accédé aux plus hautes fonctions, chacun dans son domaine, à quatre mois d’intervalle. Et ils ont tous les deux en commun d’être arrivés trop tard. François Hollande a s’est cru en Mitterrandie, dans la France des années 80, de SOS Racisme, du virage libéral de Fabius, des premières envolées du FN et des premières apparitions du beauf de Cabu. Quant à Aymeric Caron, question de génération sans doute, il se croit visiblement encore dans les années 90, avec leur cortège de manifestations antiracistes et d’artistes conscientisés répétant à l’unisson les mêmes slogans et déclinant sur tous les modes et à tout propos les mêmes poses de résistants de pacotille, celles qu’affectait  la jeunesse des années 90 qui ne cessera pas, avec sérieux et bonne conscience, de scander jusqu’à l’aube de la quarantaine assagie qu’elle emmerde le Front national.  Chacun des deux a donc rejoué sa partition comme il pouvait, François Hollande transformant la force tranquille en immobilisme placide et Aymeric Caron passant aléatoirement de la rhétorique « Touche pas à mon pote » aux engueulades  avec Naulleau dans Touche pas à mon poste, des portrait-procès d’On n’est pas couché aux polémiques avec Natacha dont la sensibilité apollinienne semble provoquer en réaction chez le chroniqueur une dérive de plus en plus a-polonyenne.

Les résultats catastrophiques enregistrés dimanche par la gauche ne délivreront sans doute pas tout de suite le pauvre François Hollande de l’exercice bien compliqué du pouvoir mais elles auront peut-être pour effet de nous délivrer, au moins un peu, d’Aymeric Caron. Non pas que Laurent Ruquier, prenant acte du démenti infligé par les électeurs se risque, dans son équipe, à un remaniement de l’ampleur de celui qui guette l’actuel gouvernement, mais parce qu’elle va peut-être amener son chroniqueur vedette à réaliser qu’il ne sert décidément pas à grand-chose d’accuser à tort et à travers ses contradicteurs de banaliser les idées du Front national dans un pays dont une partie de la population supporte de moins en moins qu’on banalise tout simplement le fait de la mépriser.

Le gaz de schiste n’est pas une énergie rentable

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no gazaran schiste

no gazaran schiste

Engagées dans le combat contre l’exploitation du gaz de schiste, Doris Buttignol et Carole Menduni ont réalisé le documentaire No Gazaran en salles depuis la semaine dernière.

Daoud Boughezala : Fruit d’une enquête de trois ans, No Gazaran nous alerte sur les dangers des gaz de schiste. Mais si nous mettions au point une technique d’extraction sûre, pourquoi la France se priverait-elle d’une ressource énergétique domestique?

Doris Buttignol et Carole Menduni  : Il n’existe pas de technique d’exploitation sûre des gaz et huiles de schiste. À partir du moment où on fracture la roche mère, on fait remonter des éléments (métaux lourds, particules radioactives…) du sous-sol profond à la surface en contaminant les couches intermédiaires.

Aux Etats-Unis, l’exploitation s’est faite dans un  cadre de dérégulation (Halliburton loophole) mis en place en 2005 par Dick Cheney lorsqu’il était vice-président sous George W. Bush qui exempte les gaziers pratiquant la fracturation hydraulique de la loi sur l’eau potable. Depuis 2009 plusieurs membres du Congrès tentent de faire invalider cette loi qui explique que la fracturation hydraulique chimique est pratiquée à si grande échelle sans que les dégâts environnementaux et sanitaires soient imputables aux industriels. Exploiter le gaz de schiste en France n’entraînerait pas de gains économiques pour la population, notamment parce que l’expérience américaine n’est pas transposable. Thomas Porcher, auteur du Mirage du gaz de schiste, rappelle que la production de gaz ne crée que très peu d’emplois c’est pour cela que les spécialistes la qualifient de « rente gazière ». Pour créer des emplois, il faut forer massivement et en continu, comme le font les Etats Unis. L’exploitation du gaz de schiste ne ferait pas baisser les prix du gaz en Europe car le marché du gaz européen ne fonctionne pas comme le marché du gaz américain, c’est un marché plus rigide. Pour que le prix baisse, il faudrait produire une part de marché suffisamment forte pour être en position de renégocier les contrats avec nos fournisseurs traditionnels.

La fracturation hydraulique est-elle une technique incontournable? Pourquoi ne gêne-t-elle pas la Pologne alors que la loi française interdit toute expérimentation en la matière?

Pour l’instant, il n’existe pas d’autre technique opérationnelle que la fracturation hydraulique. Celle récemment défendue par Arnaud Montebourg par fracturation au fluoropropane est de la bouche même des pétroliers dangereuse pour l’environnement, aléatoire et très coûteuse.

« La fracturation hydraulique à base d’eau est selon nous la technique fiable et éprouvée », explique Bruno Courme, directeur de Total Shale Gaz Europe. « Il n’y a pas véritablement d’alternatives », acquiesce Pascal Baylocq, président du club de réflexion sur les hydrocarbures de roche mère. « Pour les gaz de schistes, aucune autre technologie n’est disponible, à notre connaissance », renchérit Gilles Pijaudier-Cabot, directeur du laboratoire des fluides complexes et leurs réservoirs. Des avis qui traduisent le message des industriels : la fracturation hydraulique reste incontournable.

De surcroît, une récente étude de l’Office américain de géologie démontre que l’usage de la fracturation hydraulique peut générer des tremblements de terre pouvant atteindre 5,7 sur l’échelle de Richter. Au même moment, la production de gaz issu de la fracturation hydraulique vient d’être stoppée dans le Queensland en Australie après la découverte d’amiante dans les fluides de forage résultant de l’utilisation de la fracturation hydraulique.

Vous vous référez fréquemment à l’exploitation du schiste aux Etats-Unis. Contrairement à une idée reçue, cette industrie n’est plus très florissante. Pourquoi?

La soi-disante “révolution du gaz de schiste” aux Etats Unis se révèle être un échec. L’extraction de gaz de schiste est en train d’être abandonnée par des compagnies comme Shell et BP en raison de sa non-rentabilité. Il faut comprendre que les industriels ont gagné de l’argent sur la spéculation liée au mirage du gaz de schiste et non sur l’exploitation (le gaz est vendu à moitié de son prix de revient).

Différents articles dans la presse américaine sonnent l’alerte. C’est en particulier le cas de William Engdhal dans un texte de NSBC international en date du 9 avril dernier. Il rappelle que les prévisions d’exploitation du gaz de schiste en Amérique sont de plus en plus pessimistes. La fin de la bulle d’exploitation de ces dernières années est désormais en vue. Elle avait fait croire un moment que la dépendance en pétrole d’importation allait cesser. Or les grandes compagnies pétrolières renoncent désormais à investir . Dans quelques années, on peut prévoir que les territoires dévastés par l’exploitation sauvage du « shale gaz » ne comporteront plus que des puits rouillés.

Par ailleurs, l’exportation d’hydrocarbures non conventionnels vers l’Europe pour suppléer au gaz russe nécessiterait des infrastructures très coûteuses qui devraient être amorties sur un demi siècle. Cette solution est donc totalement irréaliste !