Pauvre Pierre Mauroy, il méritait mieux que les regards contrits et les nécros convenues des socialistes de service, car c’est un dinosaure qui disparaît. Il me souvient de l’avoir vu une fois en vrai, à la braderie de Lille, monsieur le maire inaugurant, bon vivant, goûtant outre le contact du peuple les discours interminables farcis de digressions et de blagues, sans oublier l’inévitable berceuse nordiste de fin de banquet. Cet ancien prof de l’enseignement technique a tout de même été premier ministre, trois fois et dans le pur style gauche d’avant : programme commun, nationalisations, 39 heures, retraite à 60 ans, cinquième semaine de congés payés et j’en passe.
De la retraite à soixante ans il pensait qu’elle permettait à ceux qui bossaient dur de profiter un tout petit peu de leurs dernières années avant de crever de silicose : un tel discours n’a plus cours sauf chez les démagogues qui ne seront jamais plus aux affaires. Un dinosaure, vous dis-je , qui prétendait même que « l’austérité c’est la rigueur sans ambition». Querelle sémantique, vite tranchée en sa défaveur : Pierrot prononça cette phrase avant de tirer sa révérence : trois dévaluations de suite, la pression de l’Europe déjà (la comparaison s’arrête là, Mitterrand n’est pas Hollande, Mauroy n’est pas Ayrault) et le liquidateur Delors à la rescousse pour sauver les meubles, solder la facture d’une politique intenable : le social c’est bon pour le peuple pas pour les caisses de l’Etat… Le reste est écrit dans les livres, Il passera la main à la fille Delors, que ce soit la mairie de Lille ou le Parti socialiste :  la malédiction Delors, comme le poltergeist des ch’tis ?
« La vache entière est laitière bien que l’on ne tire du lait que des pis. De même le monde est producteur de sainteté », cette phrase de Simone Weil n’a que peu de rapport avec notre sujet, quoique : j’imagine Pierre Mauroy lecteur de Guilloux et de Navel.
J’ai peu de sympathie pour les socialistes mes contemporains, les encartés, les enragés du sociétal, les thuriféraires honteux du libéralisme débridé ; il me semble que l’Idée socialiste avait du chien, de profundis.
« Quand les partis auront tout pipé, quand les démagogies seront encre plus grossières et plus viles, quand l’infra-spirituel sera patenté par les sectes, les groupuscules et mieux peut-être, exister consistera à refuser désespérément de prendre parti », Dominique de Roux. Je vous laisse le soin d’y penser.
Gros Quinquin nous a quittés et il n’est pas certain qu’au ciel il y retrouve François Mitterrand…

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