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Les patrons en treillis

Nous, on veut bien admettre que la lutte des classes n’existe plus, que seule la CGT (et encore) et quelques syndicats archaïques refusent un dialogue social modernisé, détendu avec le patronat et que cela donne des accords win win à la clef,  du genre de l’ANI : « Tu te flexibilises quand je te le dis et je te sécurise quand j’aurai le temps ». C’est passé comme une lettre à la poste en janvier pendant que l’on s’étripait allègrement sur le mariage pour tous. Mais si la lutte des classes n’existe plus, il faudrait aussi l’expliquer au Medef qui tient à partir du 28 août son université d’été, la première de l’ère Pierre Gattaz.

Le langage est en effet plutôt guerrier, voire franchement belliciste. On sent que ça manquait de testostérone du temps de Laurence Parisot qui pourtant n’a pas démérité. Il est en effet question d ‘« art de la guerre », de « faire partager le goût du combat », de « chasser en meute ». On trouvera d’ailleurs parmi les intervenants un militaire de haut rang directeur du renseignement militaire et un universitaire, Xavier Raufer, spécialiste des « menaces criminelles contemporaines ». Classes laborieuses, classes dangereuses ?

On objectera qu’il s’agit sans doute de faire face pour nos patrons du Medef à une concurrence internationale féroce. Ca ne nous rassurera pas forcément. On sait bien que dans toutes les guerres, même économiques, c’est toujours la piétaille qui sert de variable d’ajustement et que les généraux meurent assez rarement au combat.

Syrie : Obama adepte de la méthode Clinton?

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obama clinton syrie

L’indignation est bien mauvaise conseillère. Surtout en politique étrangère, où les grandes valeurs humanistes servent souvent de cache-sexe aux intérêts bien compris. Mais si les droits de l’hommistes s’aveuglent derrière des grands mots lénifiants, les souverainistes partisans de la realpolitik peinent à comprendre le poids de l’opinion dans les relations internationales. Ainsi de l’attaque chimique contre des civils qu’auraient perpétrée les troupes d’Assad dans la Ghouta, aux abords de Damas. Bien que la nature de ce bombardement ne soit ni plus ni moins avérée que ceux de ces derniers  mois, Obama, Hollande et les autres dirigeants occidentaux estiment qu’une ligne rouge a été franchie[1. Comme le confirment les archives déclassifiées de la CIA, lorsque Saddam Hussein employait des armes chimiques contre les civils iraniens, l’administration américaine Reagan fermait les yeux. À indignation sélective, ligne rouge sélective…]

Tous jugent l’« action de force » inévitable, dussent-ils se passer de l’aval d’une ONU paralysée par les vetos chinois et russes. Mais les mots sont des pièges : dans l’esprit d’Obama, une « action forte » ne signifie ni une opération militaire terrestre ni même des frappes aériennes massives susceptibles d’extirper Bachar Al-Assad de son palais ou de renverser la vapeur en faveur de l’Armée syrienne libre. Le chef des armées américaines voudrait frapper l’opinion, éviter de se dédire et ne pas pouvoir prêter le flanc aux accusations d’inaction, en ne visant que quelques cibles plus symboliques que stratégiques, histoire de ne pas trop remuer la poudrière moyen-orientale. Bref, justifier son prix Nobel 2008, décerné alors qu’il restait vierge de toute action présidentielle !

D’après certaines sources diplomatiques, on s’acheminerait vers une opération à grand spectacle, une sorte de répétition du rideau de fumée que le président Clinton avait orchestré à la fin de l’été 1998, en réponse au double attentat antiaméricain qui venait de secouer l’est de l’Afrique. Souvenez-vous, alors que l’affaire Monica Lewinsky battait son plein à Washington, deux explosions visèrent les ambassades américaines de Nairobi (Kenya) et Dar-es-Salam (Tanzanie), causant 224 morts et plusieurs milliers de blessés. À l’époque, on entendit pour la première fois parler d’un milliardaire saoudien hébergé par le régime des talibans, un certain Oussama Ben Laden, mécène du terrorisme jihadiste. Pour ne pas rester les bras ballants, Clinton lança précipitamment l’opération « Infinite Reach » moins de quinze jours après les attentats. S’ensuivit une série de bombardements de missiles Tomahawk sur des camps d’entraînement  afghans d’Al Qaïda et une usine pharmaceutique soudanaise suspectée de produire des armes chimiques. Bilan des courses : pas plus d’une trentaine de jihadistes tués, Ben Laden rehaussé d’un prestige international, et des milliers de Soudanais privés de médicaments, alors qu’aucune preuve tangible n’établissait le caractère suspect de l’usine Al-Shifa. Trois ans après ce baroud d’honneur, le 11 septembre 2001 remit sur le tapis la responsabilité du président Clinton : en avait-il vraiment fait assez contre Al Qaïda et son chef ? Les historiens nous le diront.

« Infinite Reach » ne se répétera peut-être pas sur les bords de l’Euphrate et de l’Oronte. C’est du moins ce qu’espère l’opposition syrienne qui, toutes tendances confondues, mise plutôt sur une resucée de la guerre d’Irak déclenchée en 2003, tant du côté des libéraux et des Frères musulmans que des salafistes qui rêvent d’en découdre avec l’armée américaine une fois les forces loyalistes syriennes définitivement défaites.

Obama et ses alliés étant acculés à l’action par la tyrannie médiatique, on peut raisonnablement parier sur une riposte graduée, voire une intervention express, qu’on nous annonce pour jeudi, au détriment de tous les autres scénarii. Contrairement aux apparences, cette hypothèse devrait ravir les tenants du statu quo. Dans une région morcelée par les conflits, ouvrir un nouveau front exposerait Israël sur son flanc nord et redorerait le blason des Frères musulmans après leur fiasco égyptien. Sans parler de ses possibles répercussions sur la situation de l’Irak et la question kurde ni des éventuelles représailles de l’État syrien, affaibli mais toujours debout, contre ses voisins turcs, jordaniens ou israéliens…  Vous avez dit Orient compliqué ? Afin de ne pas attiser le feu, la Maison blanche voudrait agir avec parcimonie, quitte à tourner bride le moment venu. Cela tombe bien, tous les pays indignés par les exactions de l’armée syrienne renâclent à engager leurs combattants sur un terrain d’opération aussi miné.

Ni maître du monde ni humaniste naïf, Obama risque de se comporter en chef d’Etat normal. Trop normal ?

Grand Journal deviendra petit

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grand journal caunesLe « Grand Journal » va mal. Good news !

« Assieds-toi au bord de la rivière, tu verras passer le cadavre de tes ennemis. » Ce proverbe supposément africain est assurément applicable sur tous les continents. Le « Grand Journal » n’est pas encore un cadavre, mais il est bien cabossé.

Pourquoi l’émission-phare de Canal+ serait-elle le symbole de l’ennemi alors qu’elle colle si bien à notre époque ? Eh bien précisément pour cela, même si elle semble aujourd’hui menacée de perdre son statut de porte-parole autorisé de l’air du temps, en l’occurrence du conformisme médiatique paré des atours de la rebellitude.

Le « Grand Journal » a perdu 13% d’audience entre avril 2012 et avril 2013, pendant que les talk-shows de France 5 et de Direct 8 explosaient ! Personnellement, le premier indice de cette chute m’a été fourni par une attachée de presse qui s’occupait d’un de mes livres : « Bon, on a le choix entre le “Grand Journal” et Alexandra Sublet. Y’a pas photo, j’envoie paître Canal, hein ? » Moi, je ne connaissais même pas « C à vous », mais l’idée de me friter avec Jean-Michel Aphatie au « Grand Journal » me plaisait bien. J’ai dû m’incliner.

Côté Canal, cela a commencé à turbuler à l’étage du management : les séquences en clair sont le tiroir-caisse de la chaîne. Évidemment, c’est Michel Denisot, le patron de l’émission, qui a dégusté. Ce qui a nourri dans tout le PAF les discussions de cafétéria. Pour les uns, c’était la mort du « Grand Journal » car une émission, « c’est d’abord un visage ». D’autres se sont félicités du coup de balai, sur le thème « place aux jeunes », ignorant que Denisot, loin de prendre sa retraite, s’apprêtait à lancer avec tambours et trompettes publicitaires un Vanity Fair français assuré d’une grande prospérité grâce au prestige du titre chez les annonceurs et les régies.

Quant au chroniqueur littéraire, Augustin Trapenard, qui a dû se fader la difficile succession d’Ollivier Pourriol, auteur d’un succulent On/Off (NiL), il a soutenu la direction avec toute la puissance de son petit cerveau, en affirmant en substance que, désormais, la culture ne pouvait plus être diffusée que sous forme de « piqûres légères ». Avec de tels défenseurs, la culture n’a pas besoin de fossoyeurs.

Pensant que la crise du « Grand Journal » était la crise du politiquement correct, je me demandais quel concept les dirigeants de Canal allaient sortir de leur chapeau pour sauver l’émission. Je me trompais. Salué par presque toute la profession et les journalistes média comme un génie du PAF, le directeur général de Canal, Rodolphe Belmer, a choisi l’option vintage – autrement appelée « c’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes ». Pour succéder à Denisot, il a choisi Antoine de Caunes, un pionnier du « Grand Journal » : un peu court. En effet, si l’époque demande la fin de l’émission (sujet qui devra être traité au fond), comme elle a naguère exécuté le « Bébête Show » et bien d’autres, Antoine de Caunes aura du mal à la sauver, et ça ne fera pas pleurer dans les chaumières où l’on lit Causeur, en tout cas pas dans la mienne. [access capability= »lire_inedits »]Dans le cas inverse, je mangerai mon chapeau. Mais comme il est confectionné en fraises Tagada, je ne souffrirai pas trop.

L’Obs, au bazar des manifestes

Ce qu’il y a de bien dans la crise de la presse, c’est qu’elle stimule la créativité des éditeurs. Désolé, mais c’est encore Le Nouvel Observateur – après l’affaire Marcela Iacub, ici-même rapportée – que revient ce mois-ci la palme du foutage de gueule des lecteurs. Le 19 juin, veille de la parution de l’hebdomadaire qui, il y a quarante-deux ans, affichait en « une » le Manifeste des « 343 salopes » en faveur de l’avortement, le buzz commence dans les journaux radio : l’Obs s’apprête à publier un appel historique, signé par une dizaine de députés de droite et de gauche. Historique, assurément, à en juger par le titre : « Élus, abolissons nos privilèges ! » Une nouvelle Nuit du 4 août. C’est le moment, en effet, de tondre nos politiques, leurs retraites à double tiroir, leurs frais de mandats, leur réserve parlementaire opaque, etc.

Agacé d’avance par cette débauche de transparence, mais intrigué, on achète le journal, et là, on est scotché par le culot de l’éditeur. En fait de manifeste, les plumitifs se sont contentés de demander (par téléphone, imagine-t-on) à une dizaine de députés quelle réforme du Parlement ils jugeaient prioritaire. Traduction : « Dix propositions choc ». Aucun des députés ne savait que son interview constituerait la partie d’un tout présenté comme un manifeste. Aucun, a fortiori, ne connaissait l’identité de ses « co-signataires ». Toute la subtilité de l’opération, qui frisait la publicité mensongère, résidait dans la répartition prévisible des rôles : le journal annonçait en titre « Le coup de gueule de 10 députés » – qui était presque véridique –, laissant à la buzzosphère le soin de propager le terme « manifeste » – compte tenu de son caractère moutonnier, il suffisait d’un ou deux tweets pour que tout le monde suive. Il faut dire aussi que certains des députés victimes de cette opération de com’ ont trouvé l’idée fort judicieuse puisqu’on les a entendus défendre un appel qu’ils n’avaient pas signé.

Merci Mauroy !

On peut dire merci à Pierre Mauroy ! Le brave vétéran socialiste – dont tout le monde a oublié qu’il a quand même convaincu Mitterrand de prendre le tournant européiste et néolibéral de 1983, mais passons – a eu la vista de décéder au moment où se lançait une formidable campagne autour de la mort du jeune science-potard Clément Méric. Tout était en place : Méric était la victime d’un « printemps facho », perceptible à l’activisme de quelques groupes supposés être la face cachée du marinisme. Comme lors de l’incroyable affaire de Carpentras, où le Front national avait immédiatement été désigné comme le responsable des horreurs commises dans le cimetière juif de la ville, nombre d’éditocrates se tenaient prêts à dérouler l’habituelle rhétorique qui a propulsé le FN là où il est aujourd’hui : le langage de haine et de xénophobie constitue le terreau (qui lui ne ment pas) et entretient le climat propice au passage à l’acte des nazillons. Il y aurait donc une ligne continue allant de Marine Le Pen au skinhead bas du front et plein de bière qui chasse l’immigré ou l’antifa (au fait, quelqu’un peut-il m’expliquer pourquoi et quand a été supprimé le « f » de « faf » ?). Ce qui prouverait bien que le FN est « anti-républicain », et que l’UMP buissonisée prendrait le même chemin. Nous avons échappé à ce Carpentras-bis, de peu. La mort de Pierre Mauroy a raflé tout le gâteau télévisuel pendant trois jours, offrant au public ce que, sans doute, il adore : la nostalgie des années Mitterrand.[/access]

*Photo: Canal Plus

Service athée

Sympatoche, ce graphique de l’athéisme dans le dernier Philosophie Magazine avec Françoise Dastur en guest star rabat-joie (« je ne pense pas que la philosophie puisse devenir populaire », han !). On y apprend que l’athéisme, même s’il croît dans le monde entier, reste partout largement minoritaire, ce qui est une bonne nouvelle, comme dirait l’autre.

Ainsi, 13 % d’athées convaincus sévissent dans le monde contre 23 % d’agnostiques et 59 % de religieux. En France, on a 29 % d’athées, 34 % d’agnostiques et 37 % de croyants, ce qui n’est pas si mal dans un pays où tout le monde ressemble à monsieur de Voltaire. Les gens de bien restent donc majoritaires partout sauf en Chine où là ils sont malheureusement 14 % contre 30 % de sceptiques et 47 % de matérialistes intégristes (il est vrai qu’ils sortent tous de quarante ans de communisme, circonstances exténuantes).

Sinon, il est établi que plus on est riche, plus on est athée – ce qui va de soi mais en dit long sur la condition humaine (parce que les athées riches pensent dur comme fer que ce devrait être les pauvres qui devraient l’être, athées, c’est vrai quoi, Dieu les abandonne et ils prient encore pour Lui, les imbéciles !).

Enfin, les athées se retrouvent aujourd’hui majoritairement chez les jeunes (toujours en tête quand il s’agit de vide et de néant), chez les hommes (65 % des athées), forcément moins cons que les femmes (la croyance, de toutes façons, c’est un truc de bonne femme et un homme, c’est connu, c’est scientifique) et chez les démocrates (75 % des athées), ces gens librézegozendroi qui ne mettent rien au-dessus d’eux et ont décidé récemment que rien n’était plus émouvant que la rencontre fortuite sur une table de dissection d’une machine à coudre et d’un parapluie.

Bref, plus l’athéisme monte, plus le niveau baisse. Bonne journée à tous, même aux athées !

Peines de probation : L’indécence d’Etat

taubira peines probation

Le président de la République, certes, ne fait pas honte à ceux qui l’ont élu à cause de son comportement personnel et de sa pratique du pouvoir. Le fond de sa politique, c’est autre chose !
Le Premier ministre ne cesse de rappeler, tant l’inverse est éclatant, que la seule ligne du gouvernement est de vouloir instaurer une justice à la fois ferme et efficace (France 2).
Mais, quand on a pris acte de cette dignité présidentielle et de cet affichage de rigueur, il y a le reste. Tout le reste.

Ce rapprochement ne regarde que moi mais je n’ai pu m’empêcher de relier ces derniers jours les reniements à répétition faussement habiles de Manuel Valls, le délire des jeunes socialistes éperdus devant Christiane Taubira, le triomphe de celle-ci à La Rochelle, l’annonce de la peine de probation et la mort héroïque, à 61 ans, de Jacques Blondel à la suite d’un vol à main armée à Marignane, dans un bar-tabac, par deux jeunes malfaiteurs dont l’un a tué celui qui avait eu le courage d’intervenir (Le JDD, Le Parisien, Le Figaro).

Une indécence déchirante et scandaleuse entre la réalité d’une société et ses tragédies au quotidien d’une part et de l’autre les jeux politiciens, le laxisme auquel l’idéologie de Christiane Taubira prétend donner ses lettres de noblesse et les applaudissements frénétiques de militants aveuglés.

Il est évident que le garde des Sceaux n’est pas coupable de chaque transgression délictuelle et /ou criminelle. Elle n’est pas embusquée derrière chaque acte odieux, chaque sauvagerie, chaque dysfonctionnement judiciaire mais le climat qu’elle crée par sa politique ou plutôt son absence oralement somptueuse de politique – attendons le 30 août – ne manque pas d’avoir une incidence sur l’inventivité sombre de notre société et de certains de ses membres, tant la faiblesse proclamée, théorisée et approuvée au plus haut niveau facilite la libération des pulsions délétères de citoyens qui s’accommodent fort bien d’une France qui se laisse aller, qui laisse aller.

Comment en effet ne pas s’émouvoir de l’unique préoccupation de la ministre qui est de réduire la surpopulation carcérale au risque, démontré chaque jour, d’amplifier l’insécurité ? Comment les transgresseurs d’aujourd’hui ou de demain, qui ne sont pas tous obtus et engendrés par la désinsertion sociale, seraient-ils retenus d’accomplir le pire quand seule la prison est dénoncée, et ses conséquences néfastes réelles ou fantasmées, mais jamais son utilité et sa triste nécessité affirmées ?

Le problème crucial, en ces temps où, quoi qu’on pense des statistiques, la délinquance et la criminalité ne baissent pas impose non pas d’éviter coûte que coûte l’enfermement à ceux qui le méritent mais au contraire de mettre fin à la scandaleuse inexécution d’au moins 100 000 peines. Si on tient à s’apitoyer avec efficacité, il s’agit au moins en même temps de composer avec cette surpopulation – qui est une donnée incontestable – en tentant par diverses modalités d’y remédier, tout en assurant la sauvegarde des personnes et des biens. La surpopulation ne démontre pas qu’il y a trop de condamnés mais qu’il n’y a pas assez de prisons. Et qu’on me fasse la grâce de ne pas prendre une telle pensée pour une sévérité maladive mais pour un constat lucide.

Ce qui me semble vicier fondamentalement la mansuétude doctrinaire de la garde des Sceaux est le soupçon absurde, implicitement ou explicitement exprimé, qu’une pluralité de possibles, en face des infractions de toutes sortes, est à la disposition des magistrats qui pourraient choisir à tout coup les solutions non carcérales sans offenser l’intérêt social ni sous-estimer la dangerosité de certains parcours de rupture et de violence.

Cette approche si peu fondée est d’autant plus aberrante que notre système judiciaire, gauche et droite confondues, a poussé jusqu’à ses extrêmes limites, voire ses limites insupportables, l’exigence de la répression, notamment avec le recours carcéral, et sa négation immédiate avec les aménagements. Christiane Taubira n’est pas l’initiatrice de cette contradiction entre la fermeté de la décision pénale et, sans attendre, l’indulgence de son exécution. Rachida Dati, le 28 juillet 2008, avait déjà évoqué la prison hors les murs avant de faire voter la loi pénitentiaire, par certains côtés burlesque, du 24 novembre 2009 qui permettait de désavouer sur-le-champ les jugements des tribunaux correctionnels.

La différence considérable entre l’une et l’autre de ces gardes des Sceaux est que la première agissait avec un empirisme dévastateur et sans souci de logique tandis que la seconde se pique de doctrine, de philosophie et de dogmatisme. Dati improvisait avec désinvolture tandis que Taubira prend sans cesse l’air important pour faire illusion. Le flou désordonné puis le flou pédant maintenant.

Maintenant – quelle gloire d’annoncer cela à La Rochelle devant des militants en manque de vraie gauche compassionnelle, abstraite et absolument pas opératoire ! -, Christiane Taubira sort de l’imagination de ses services influencés et de sa Commission du consensus gouvernée, la peine de probation. Comme si elle faisait un cadeau à la société.

Pour les infractions punies par 5 ans d’emprisonnement au maximum, le tribunal correctionnel pourra ajouter à sa panoplie la peine de probation excluant la prison et prévoyant un encadrement et un soutien pour le prévenu laissé en liberté parmi nous.

Cette sanction, outre qu’elle va encombrer une palette répressive déjà fournie et largement suffisante pour des juges capables d’appréhender la complexité des situations et des mis en cause, la nature de leur profil judiciaire – notamment le sursis avec mise à l’épreuve du même registre -, va obérer encore davantage, sur le plan des moyens humains et matériels, la pénurie des services de l’application des peines.
Celle de probation doit être vraiment inadaptée et impraticable puisque la gauche judiciaire, représentée médiatiquement par Le Monde, en dépit de son inconditionnalité pour la ministre et de son hostilité pour son collègue de l’Intérieur, n’a pas hésité à l’apprécier déjà négativement. C’est dire !

Pour finir, penchons-nous sur le jeune destin – 18 ans – de l’un des deux malfaiteurs, l’autre étant toujours recherché, impliqué dans le vol à main armée et directement ou indirectement dans le meurtre de Jacques Blondel. On a appris qu’il avait été condamné pour une douzaine de délits, notamment pour des vols avec dégradation ou effraction, et à trois reprises par des juges pour enfants. Lors de la perpétration du « braquage », il exécutait une sanction de quatre mois avec sursis probatoire (quasiment la peine de probation !) et avait répondu à la plupart des convocations. Ce contrôle et cette surveillance avaient été aisément compatibles, pour lui, avec l’acte criminel commis avec un jeune inconnu dans l’intervalle de son apparente normalité (nouvelobs.com).

La peine de probation, si elle est adoptée, aura-t-elle cet effet nul et lamentable sur la sécurité de tous et la sauvegarde des commerces ? A force de vouloir éviter la prison même quand elle est nécessaire, va-t-on laisser les citoyens à la discrétion de la seule bonne volonté de tel ou tel, penchant du bon côté ou acharné à récidiver gravement ?

Je ne veux pas voir se multiplier les victimes, les héros comme Jacques Blondel. Dans une démocratie exemplaire, les caractères d’élite et de courage, les civismes admirables renforcent l’action persévérante et efficace de l’État.

Ils ne s’y substituent pas.

Frigide Barjot : Pour tous!

frigide barjot pour tousDepuis le 23 avril, la loi Taubira est votée. Et depuis le 23 avril, l’appareil de La Manif pour Tous ne sait plus où il habite. Les nouveaux dirigeants de LMPT l’ont fait muter en LMPT-SCQSPCN, La Manif Pour Tous-Sauf Ceux Qui Sont Pas Comme Nous.

En continuant d’exiger le retrait pur et simple de la loi Taubira, on joue à faire « comme si ». Comme si le temps s’était arrêté. Comme si cette loi n’avait pas été légalement votée, promulguée et déjà appliquée. Comme si notre mouvement n’avait pas, dès l’origine, mis sur la table la question des droits légitimes des homosexuels.

Pourtant il était convenu de longue date avec l’aile « réseaux-cathos» de  LMPT qu’en cas de vote de la loi, on ne se braquerait pas sur l’ « abrogation sèche » du texte, désormais impensable même en cas de changement de majorité ! On passerait à la phase 2  du mouvement : la revendication d’une réforme de fond inscrivant dans la Constitution la filiation issue de l’union homme/femme, donc du mariage, et le remplacement du psychédélique « mariage-pour-tous » par une loi d’alliance civile, garantissant des droits égaux à tous les couples en tant que tels, quelle que soit leur orientation sexuelle.

Le 23 avril, cette évolution républicaine de la contestation nous été refusée. Une savante orchestration interne de commandos « anti-CUC[1. Contrat d’Union civile]», avec SMS menaçants, lettres anonymes, banderoles et pancartes ad hoc, ont eu raison de notre ligne d’avenir « pour tous », garantie d’origine. Devant l’interdiction de prononcer l’expression désormais blasphématoire d’ « union civile », c’est la mort dans l’âme et les larmes aux yeux que j’ai choisi de ne pas venir manifester le 26 mai dernier.[access capability= »lire_inedits »]

Être interdite de parole dans un mouvement dont on est la porte-parole « historique », surtout quand il se revendique de la liberté d’expression n’est pas bon signe pour le mouvement.

Certes il est normal qu’une telle mobilisation spontanée excite aujourd’hui nombre de convoitises. Elle fut riche à millions de bonnes volontés et d’enthousiasmes désintéressés. Mais qu’en faire maintenant ? Le danger, c’est la mentalité obsidionale, le repli sur soi et finalement la stérilisation – au nom de la vie !

Ainsi les « Hommen » mènent-ils désormais une campagne répugnante contre Hervé Mariton, qui fut pourtant notre meilleur mousquetaire parlementaire. L’impardonnable crime de cet élu du peuple ? Avoir affirmé qu’il respectait la loi, et ne refuserait donc pas de marier des couples homos en sa mairie de Crest. Hérétique, schismatique et scandaleux !

Il y a aussi Laurence Tcheng, pionnière de l’aile gauche de LMPT, instamment priée de retourner en « Noichie » par des « identitaires » qui ne déclinent même pas leur propre identité. Sans parler de ma tignasse menacée d’être « tondue » pour l’exemple.

J’en appelle aux cathos authentiques, sortis enfin des catacombes pour communier avec le pays entier. Ils commettraient une grave erreur en suivant ceux qui les incitent à retourner au chaud dans leur ghetto. Le dogme catholique sans l’humanisme chrétien, c’est la lettre sans l’esprit; c’est la cerise confite sans le gâteau.

Notre mouvement doit rester en phase avec la société tout entière. Depuis le début du débat, celle-ci n’a cessé de dire majoritairement oui à l’union des homosexuels, et massivement non à la perspective d’une procréation artificielle et tarifée. Sous peine de tout perdre, c’est sur cet essentiel qu’il ne faut « rien lâcher ». Ni personne.[/access]

Discours du MJS à La Rochelle : le best of

Aux distraits qui ont raté le discours de Thierry Marchal-Beck, président du MJS, à l’université d’été du PS ce week-end à La Rochelle, nous livrons la substantifique moelle de ce long poème bureaucratique. Puisque l’art de l’éloquence ne connaît aucune règle fixe depuis Cicéron, flânons au gré de nos envies.

Une petite digression utopique : « la plus grande révolution de la France de 2025 c’est que la Nation est devenue un symbole de l’égalité femme-homme à travers le monde. Notre service public de la petite enfance est à faire pâlir ceux d’Europe du nord et on ne compte plus les crèches s’appelant Olympe de Gouges, Suzanne Lacore, Yvette Roudy, Simone Weil, Najat Vallaud-Belkacem ».  Pris par sa faconde progressiste, le jeune homme à l’éternel t-shirt pense sans doute que Simone Weil a légalisé l’IVG, au lieu d’être l’auteur de L’enracinement

Passons du coq à l’âne. Lorsque Marchal-Beck pérore au terme d’une université d’été tout entière axée sur la lutte contre le FN – Harlem Désir n’étant toujours pas décidé à changer une technique qui perd… -, la vérité s’ouvre enfin à nous. Un spectre hante la France : l’islamophobie ! « Permettez-moi, car trop de choses ont été dites depuis dix ans, car trop de mal a été fait, de m’adresser aux français de confession musulmane. Je n’aurais que quelques mots à vous dire : les Jeunes Socialistes feront tout leur possible pour qu’on vous fiche la paix (…) Nous n’accepterons jamais que certains posent une question musulmane comme hier d’autres posaient une question juive. » Bref, back to the thirties !

Last but not least, admirons cette envolée d’une rare audace : « Et si tous ensemble nous affirmons haut et fort que nous sommes le camp du progrès, que nous sommes le camp de l’égalité. » Tout à fait Thierry…

Valls hésitation

manuel valls taubira

Manuel Valls est à la fois remarquable et décevant. Bien avant la primaire socialiste pour l’élection présidentielle, on n’ignorait pas que grâce à lui on aurait l’avantage d’un socialisme de la vérité plutôt que de la vérité d’un socialisme avec tout ce qu’elle impliquerait d’idéalisme et de dogmatisme mêlés. Il y avait déjà, latente, invisible, l’opposition à venir entre lui et une Christiane Taubira.

Omniprésent et rigoureux lors de la campagne victorieuse de François Hollande, il était attendu, espéré comme ministre de l’Intérieur et, pour ma part, je continue à penser que, dans ses actions et ses propos, non seulement il n’a pas déçu mais qu’il est parvenu à porter haut et clair l’affirmation d’un réalisme non cynique et et d’un pragmatisme tentant au mieux de concilier efficacité et humanisme, le cœur et les mains si j’ose dire.

Le reproche qui lui a été souvent fait de « faire » du sarkozysme est absurde. D’une part le bilan de Nicolas Sarkozy comme ministre de l’Intérieur à deux reprises n’a pas été à ce point brillant qu’il puisse servir de modèle et constituer un terreau à partir duquel il aurait fallu forcément concevoir ses entreprises. D’autre part, la structure même du ministère de la Place Beauvau conduit son titulaire à multiplier les interventions, les déplacements et les prises de position.

L’essentiel n’est pas dans la forme de l’action mais dans le fond, dans le contenu de l’action elle-même et dans la substance des discours et des explications qui l’accompagnent, dans le climat qui l’entoure. Sur ce plan, rien à voir entre entre l’exacerbation agitée de Sarkozy et le volontarisme pugnace mais maîtrisé de Valls. Puis-je soutenir que je suis rassuré quand j’entends ou je lis les contradictions que les adversaires de Manuel Valls prétendent lui opposer ?

Pour Razzy Hammadi, « Manuel Valls ne rend pas service à la gauche en mettant au centre de la rentrée les questions de l’immigration, du voile à l’université ou de la compatibilité de l’islam avec la démocratie. » (Libération). Alors que c’est exactement l’inverse. C’est en les faisant entrer dans le débat socialiste, grâce à sa force d’argumentation et au nom de convictions déjà anciennes, que le ministre console ceux qui en ont assez du seul ciel idéal des principes pour compenser la dureté de situations sociales et transgressives, et pas seulement à Marseille. Manuel Valls oblige à un retour au réel pour mieux le transformer une fois qu’il est connu et analysé sans fard. Dur pour les éthérés de rejoindre la terre.

Cécile Duflot et les écologistes se vantent, par ailleurs, d’être très hostiles aux conceptions et à la politique de sécurité et de justice de Manuel Valls. Mais j’ai beau apprécier la première, je ne suis pas étonné que son ignorance de ces problèmes et son rousseauisme superficiel lui fassent prendre parti en faveur de Christiane Taubira. Les poncifs pénitentiaires qu’elle égrène quand elle se pique de se mêler de de ce qui n’est pas son champ de compétence sont navrants (Libération).

Je sais bien aussi qu’on dit le président de la République agacé par l’éclat médiatique et la surabondance ostensible de ce ministre. Mais François Hollande est trop fin pour ne pas vite recouvrer son calme. Il ne peut pas se permettre de perdre à nouveau un ministre brillant alors qu’il a déjà dû se séparer heureusement de Jérôme Cahuzac, malhonnête homme mais professionnel redoutable et avisé.

Le président de la République aurait d’autant moins de justification de s’en prendre, fût-ce du bout de son ironie ou de sa causticité, à Manuel Valls et que ce dernier – c’est ce que je lui reproche fondamentalement – ne sort pas d’une Valls hésitation à la longue épuisante pour ceux qui rêvaient de lui voir non seulement une compétence et une excellence ministérielles – elles ont été démontrées – mais un caractère et un courage politiques – on les attend. Tout recadrage présidentiel est inutile puisque Manuel Valls anticipe et se replie.

On va taxer d’immature mon grief en me traitant de naïf ignorant des subtilités de la solidarité gouvernementale, des aléas de la politique politicienne et de la construction d’un destin présidentiel, le moment venu, qui impose des silences, des abstentions, des lâchetés et des rétractations.

Mais tout de même !

Alors qu’il a marqué au fer rouge l’antagonisme fondamental – une vraie fracture au sein de la gauche – entre Christiane Taubira et lui-même en prenant la peine de le formaliser dans un courrier au président de la République, à peine l’orage levé, au lieu de l’exploiter et d’en tirer profit pour son avenir et son identité, il rebrousse chemin, affiche une réconciliation ostensible avec le garde des Sceaux et rentre dans le rang avec une flatterie tactique à l’égard du gouvernement et du président qui trancheront. Je regrette que Manuel Valls propose des avancées, formule des provocations et proclame sa singularité puis qu’il nous contraigne à les tenir pour rien puisque chaque lendemain détruit les fulgurances nécessaires de la veille.

Il a jeté, paraît-il, « un froid polaire » lors du séminaire gouvernemental consacré à cet avenir consolant arrêté en 2025 en évoquant nettement et sans complaisance les risques futurs de l’islam, de l’immigration, si on laissait faire, et les limites du regroupement familial (Le Parisien). Quel bonheur de lire cela pour tous les adeptes, dans notre démocratie, d’une gauche plausible et opératoire, ne se cachant pas derrière ses valeurs qui ne s’usent jamais car trop rarement confrontées à la vie collective et à l’inventivité sociale avec ses effets déplorables.

Mais, à peine l’information dévoilée, Manuel Valls l’a occultée, en a amoindri les conséquences roboratives en déclarant n’avoir jamais parlé du regroupement familial lors de cette réunion gouvernementale. Son intelligence et son intégrité l’incitent à la vérité mais son sens politique, croit-il, lui impose le devoir de la dissimuler ou de l’atténuer. Ses avancées de lucidité sont altérées par ses reculs de manœuvrier.

Pire que tout, les interventions de Manuel Valls, notamment devant les socialistes réunis pour juger de sa conformité à la ligne, ont viré au désastre parce que Christiane Taubira, infiniment plus fine que lui, a obtenu un accueil de star, délirant d’enthousiasme, en flattant les jeunes socialistes dans le sens du poil idéologique et irresponsable et en recueillant une embrassade de son amie Martine Aubry présente et silencieuse à la fois (JDD).

Ne cédant rien au ministre de l’Intérieur, elle a rétrospectivement rendu dérisoires et décalées les protestations de socialisme de ce dernier, son affirmation enflammée sur son appartenance à la gauche et quasiment sa rétractation sur ses propos lucides sur l’islam et l’immigration tenus quelques jours auparavant. Il poussait même le masochisme lors de cette séance de repentance jusqu’à rendre hommage au garde des Sceaux qui elle-même se gardait bien de lui rendre la pareille.

Christiane Taubira a peut-être commis une seule erreur résultant directement de sa certitude de se trouver en terrain conquis à La Rochelle, victorieuse sans avoir été obligée de livrer bataille, son adversaire apparent ayant jeté l’éponge par cette étrange manie, chez lui, de manquer d’audace et de ne jamais oser franchir à temps la ligne d’avantage.Trop préoccupé par la ligne socialiste. La ministre a annoncé ses projets comme si l’arbitrage prévu le 30 août avait déjà été rendu et qu’elle était assurée de l’avoir remporté. Certes, le Premier ministre a rectifié cette arrogance prématurée mais j’espère qu’il n’oubliera pas cette désinvolture si persuadée de son triomphe à venir.

Si Manuel Valls continue sur ce registre, il est clair qu’on ne pourra plus jamais compter sur lui pour opposer la réalité à sa collègue éprise d’elle-même et de ses fantasmes. Mon seul espoir réside en André Vallini qui pour être à l’extérieur du gouvernement développe une vision de la sécurité et de la justice dont notre garde des Sceaux aurait dû s’inspirer.

Je serais désolé si cette Valls hésitation, ces contritions systématiques, en définitive le réduisaient sur les deux plans, celui du socialisme de la vérité et celui de Manuel Valls espoir pour une autre gauche.

Demain.

Fini les cachotteries !

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Eugene-ZamiatineCes derniers mois, la transparence est la grande affaire de la France. Les élus déclarent leur patrimoine et les journaux publient des listes qui ressemblent à des proscriptions. Même le « mariage pour tous », quoi qu’en pensent ses partisans comme ses opposants, répond à cette exigence de transparence. Les homosexuels mariés veulent être vus : ils veulent en finir avec l’opacité et la marge. On peut les comprendre. Mais cela crée un climat étrange, dans lequel tout est surexposé au nom de la pureté des intentions. C’est l’enfer de la gentillesse, l’intrusion bienveillante et permanente dans l’intimité, à l’image de la convivialité obligatoire dans les zones pavillonnaires rurbanisées de la classe moyenne. Un enfer climatisé et translucide anticipé par Eugène Zamiatine dans Nous autres, publié en 1923.

Zamiatine est le moins connu des trois grands prophètes de malheur du XXe siècle. Il est resté dans l’ombre d’Orwell et de Huxley. Tous ont été rattrapés par le réel. La lecture de 1984 a, depuis longtemps, dépassé la dénonciation du stalinisme et s’applique merveilleusement à nos sociétés occidentales : réécriture permanente du passé, « Semaine de la Haine » désignant les monstres du moment à la vindicte universelle, ou encore surveillance panoptique de nos rues et de nos ordinateurs. Le Meilleur des mondes de Huxley érige l’eugénisme en méthode de gouvernement.[access capability= »lire_inedits »] Nous y sommes aussi, ou presque : on s’amuse à faire à peu près n’importe quoi avec le vivant, on congèle des embryons pour d’éventuelles manipulations et des ventres sont loués par des mères porteuses, en attendant que les fœtus se développent dans des utérus artificiels.

Zamiatine décrit une société fondée sur l’harmonie mathématique − on dirait aujourd’hui informatique − d’une fourmilière. Chaque citoyen est désigné par un numéro – le narrateur, par exemple, s’appelle « D-503 ».Mais la fourmilière est transparente. C’est la grande intuition de Nous autres. Le terme n’est pas à prendre de manière métaphorique. Les citoyens vivent vraiment dans les « divins parallélépipèdes des habitations transparentes » d’où ils se voient les uns les autres.

Le système a tout de même prévu deux « Heures personnelles ». Vous pouvez vous promener à votre guise. Ou vous cacher pour faire l’amour : « À ces heures, certains ont baissé sagement les rideaux de leurs chambres. » Mais D-503, comme tous ses concitoyens, espère tôt ou tard en finir avec cet archaïsme des « Heures personnelles ». Pourquoi ai-je la fâcheuse impression que nous autres, ces jours-ci, nous devenons tous des D-503 ?[/access]

*Photo: Playtime, de Jacque Tati

Liban : vous avez dit FPLP-CG ?

Vendredi matin, l’aviation israélienne a bombardé une base libanaise du « Front Populaire de Libération de la Palestine-Commandement Général » en riposte au tir de quatre missiles lancés depuis le sud du pays du Cèdre. Bien qu’un étrange groupuscule affilié à Al-Qaïda ait revendiqué l’attaque anti-israélienne, Tsahal comme des officiers de renseignements libanais montrent du doigt le fameux « FPLP-CG ». Quésaco ? Ce mouvement à l’appellation martiale est une des multiples scissions du Front Populaire de Libération de la Palestine (FPLP) créé par Georges Habache en 1967[1. Parmi les innombrables ramifications issues de cette même souche, citons également le FPLP-Opérations Spéciales de Wadie Haddad, célèbre pour ses attentats spectaculaires commis avec le concours du vénézuélien Carlos, ou encore le Front Démocratique de Libération de la Palestine (FDLP) que Nayef Hawatmeh fonda en 1969 au nom de la lutte idéologique maoïste. Cette dernière branche se voit dénoncée pour sa trop grande modération depuis la poignée de mains entre son fondateur et le président israélien en 1999. Le 11 septembre 2001, il se trouva pourtant un petit plaisantin pour revendiquer les attentats contre l’Amérique au nom du FDLP en téléphonant à une chaîne satellitaire arabe !], qui compta notamment parmi ses compagnons de route le captif amoureux Jean Genet.

Comme Habache, Ahmed Jibril appartient à la diaspora palestinienne et se revendique nationaliste, marxiste et laïc. Mais en 1969, la proximité de Jibril avec le régime syrien (déjà) baathiste – qui emprisonna un temps Habache – provoque le divorce entre les deux hommes, et la création d’un groupe inféodé à Damas, le FPLP-CG. Longtemps, Jibril a vécu dans la capitale syrienne, avant que les remous de la guerre civile ne l’incitent à déménager sur la côte alaouite, à Tartous, près du fief historique des Assad. Sa modeste unité de combat vivant au rythme des intérêts syriens, on entend rarement parler du FPLP-CG depuis la grande réconciliation libanaise scellée à Taëf (1990).

En ce mois d’août, peu après que le président libanais Michel Sleimane a attaqué dans des mots à peines couverts l’Etat dans l’Etat que forme le Hezbollah libanais, une pluie de roquettes s’est abattue aux alentours de son palais de Baabda. L’enquête semble orienter l’origine du tir vers des positions du… FPLP-CG, non loin de la frontière syrienne. À plus de quatre-vingt-cinq ans, Ahmed Jibril vit les dernières heures du terrorisme palestinien d’extrême gauche, aujourd’hui à son crépuscule. Citant Che Guevara, son meilleur ennemi Habache aimait plastronner que «les révolutionnaires ne meurent jamais». On peut sans doute en dire autant des terroristes.

Les patrons en treillis

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Nous, on veut bien admettre que la lutte des classes n’existe plus, que seule la CGT (et encore) et quelques syndicats archaïques refusent un dialogue social modernisé, détendu avec le patronat et que cela donne des accords win win à la clef,  du genre de l’ANI : « Tu te flexibilises quand je te le dis et je te sécurise quand j’aurai le temps ». C’est passé comme une lettre à la poste en janvier pendant que l’on s’étripait allègrement sur le mariage pour tous. Mais si la lutte des classes n’existe plus, il faudrait aussi l’expliquer au Medef qui tient à partir du 28 août son université d’été, la première de l’ère Pierre Gattaz.

Le langage est en effet plutôt guerrier, voire franchement belliciste. On sent que ça manquait de testostérone du temps de Laurence Parisot qui pourtant n’a pas démérité. Il est en effet question d ‘« art de la guerre », de « faire partager le goût du combat », de « chasser en meute ». On trouvera d’ailleurs parmi les intervenants un militaire de haut rang directeur du renseignement militaire et un universitaire, Xavier Raufer, spécialiste des « menaces criminelles contemporaines ». Classes laborieuses, classes dangereuses ?

On objectera qu’il s’agit sans doute de faire face pour nos patrons du Medef à une concurrence internationale féroce. Ca ne nous rassurera pas forcément. On sait bien que dans toutes les guerres, même économiques, c’est toujours la piétaille qui sert de variable d’ajustement et que les généraux meurent assez rarement au combat.

Syrie : Obama adepte de la méthode Clinton?

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obama clinton syrie

obama clinton syrie

L’indignation est bien mauvaise conseillère. Surtout en politique étrangère, où les grandes valeurs humanistes servent souvent de cache-sexe aux intérêts bien compris. Mais si les droits de l’hommistes s’aveuglent derrière des grands mots lénifiants, les souverainistes partisans de la realpolitik peinent à comprendre le poids de l’opinion dans les relations internationales. Ainsi de l’attaque chimique contre des civils qu’auraient perpétrée les troupes d’Assad dans la Ghouta, aux abords de Damas. Bien que la nature de ce bombardement ne soit ni plus ni moins avérée que ceux de ces derniers  mois, Obama, Hollande et les autres dirigeants occidentaux estiment qu’une ligne rouge a été franchie[1. Comme le confirment les archives déclassifiées de la CIA, lorsque Saddam Hussein employait des armes chimiques contre les civils iraniens, l’administration américaine Reagan fermait les yeux. À indignation sélective, ligne rouge sélective…]

Tous jugent l’« action de force » inévitable, dussent-ils se passer de l’aval d’une ONU paralysée par les vetos chinois et russes. Mais les mots sont des pièges : dans l’esprit d’Obama, une « action forte » ne signifie ni une opération militaire terrestre ni même des frappes aériennes massives susceptibles d’extirper Bachar Al-Assad de son palais ou de renverser la vapeur en faveur de l’Armée syrienne libre. Le chef des armées américaines voudrait frapper l’opinion, éviter de se dédire et ne pas pouvoir prêter le flanc aux accusations d’inaction, en ne visant que quelques cibles plus symboliques que stratégiques, histoire de ne pas trop remuer la poudrière moyen-orientale. Bref, justifier son prix Nobel 2008, décerné alors qu’il restait vierge de toute action présidentielle !

D’après certaines sources diplomatiques, on s’acheminerait vers une opération à grand spectacle, une sorte de répétition du rideau de fumée que le président Clinton avait orchestré à la fin de l’été 1998, en réponse au double attentat antiaméricain qui venait de secouer l’est de l’Afrique. Souvenez-vous, alors que l’affaire Monica Lewinsky battait son plein à Washington, deux explosions visèrent les ambassades américaines de Nairobi (Kenya) et Dar-es-Salam (Tanzanie), causant 224 morts et plusieurs milliers de blessés. À l’époque, on entendit pour la première fois parler d’un milliardaire saoudien hébergé par le régime des talibans, un certain Oussama Ben Laden, mécène du terrorisme jihadiste. Pour ne pas rester les bras ballants, Clinton lança précipitamment l’opération « Infinite Reach » moins de quinze jours après les attentats. S’ensuivit une série de bombardements de missiles Tomahawk sur des camps d’entraînement  afghans d’Al Qaïda et une usine pharmaceutique soudanaise suspectée de produire des armes chimiques. Bilan des courses : pas plus d’une trentaine de jihadistes tués, Ben Laden rehaussé d’un prestige international, et des milliers de Soudanais privés de médicaments, alors qu’aucune preuve tangible n’établissait le caractère suspect de l’usine Al-Shifa. Trois ans après ce baroud d’honneur, le 11 septembre 2001 remit sur le tapis la responsabilité du président Clinton : en avait-il vraiment fait assez contre Al Qaïda et son chef ? Les historiens nous le diront.

« Infinite Reach » ne se répétera peut-être pas sur les bords de l’Euphrate et de l’Oronte. C’est du moins ce qu’espère l’opposition syrienne qui, toutes tendances confondues, mise plutôt sur une resucée de la guerre d’Irak déclenchée en 2003, tant du côté des libéraux et des Frères musulmans que des salafistes qui rêvent d’en découdre avec l’armée américaine une fois les forces loyalistes syriennes définitivement défaites.

Obama et ses alliés étant acculés à l’action par la tyrannie médiatique, on peut raisonnablement parier sur une riposte graduée, voire une intervention express, qu’on nous annonce pour jeudi, au détriment de tous les autres scénarii. Contrairement aux apparences, cette hypothèse devrait ravir les tenants du statu quo. Dans une région morcelée par les conflits, ouvrir un nouveau front exposerait Israël sur son flanc nord et redorerait le blason des Frères musulmans après leur fiasco égyptien. Sans parler de ses possibles répercussions sur la situation de l’Irak et la question kurde ni des éventuelles représailles de l’État syrien, affaibli mais toujours debout, contre ses voisins turcs, jordaniens ou israéliens…  Vous avez dit Orient compliqué ? Afin de ne pas attiser le feu, la Maison blanche voudrait agir avec parcimonie, quitte à tourner bride le moment venu. Cela tombe bien, tous les pays indignés par les exactions de l’armée syrienne renâclent à engager leurs combattants sur un terrain d’opération aussi miné.

Ni maître du monde ni humaniste naïf, Obama risque de se comporter en chef d’Etat normal. Trop normal ?

Grand Journal deviendra petit

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grand journal caunes

grand journal caunesLe « Grand Journal » va mal. Good news !

« Assieds-toi au bord de la rivière, tu verras passer le cadavre de tes ennemis. » Ce proverbe supposément africain est assurément applicable sur tous les continents. Le « Grand Journal » n’est pas encore un cadavre, mais il est bien cabossé.

Pourquoi l’émission-phare de Canal+ serait-elle le symbole de l’ennemi alors qu’elle colle si bien à notre époque ? Eh bien précisément pour cela, même si elle semble aujourd’hui menacée de perdre son statut de porte-parole autorisé de l’air du temps, en l’occurrence du conformisme médiatique paré des atours de la rebellitude.

Le « Grand Journal » a perdu 13% d’audience entre avril 2012 et avril 2013, pendant que les talk-shows de France 5 et de Direct 8 explosaient ! Personnellement, le premier indice de cette chute m’a été fourni par une attachée de presse qui s’occupait d’un de mes livres : « Bon, on a le choix entre le “Grand Journal” et Alexandra Sublet. Y’a pas photo, j’envoie paître Canal, hein ? » Moi, je ne connaissais même pas « C à vous », mais l’idée de me friter avec Jean-Michel Aphatie au « Grand Journal » me plaisait bien. J’ai dû m’incliner.

Côté Canal, cela a commencé à turbuler à l’étage du management : les séquences en clair sont le tiroir-caisse de la chaîne. Évidemment, c’est Michel Denisot, le patron de l’émission, qui a dégusté. Ce qui a nourri dans tout le PAF les discussions de cafétéria. Pour les uns, c’était la mort du « Grand Journal » car une émission, « c’est d’abord un visage ». D’autres se sont félicités du coup de balai, sur le thème « place aux jeunes », ignorant que Denisot, loin de prendre sa retraite, s’apprêtait à lancer avec tambours et trompettes publicitaires un Vanity Fair français assuré d’une grande prospérité grâce au prestige du titre chez les annonceurs et les régies.

Quant au chroniqueur littéraire, Augustin Trapenard, qui a dû se fader la difficile succession d’Ollivier Pourriol, auteur d’un succulent On/Off (NiL), il a soutenu la direction avec toute la puissance de son petit cerveau, en affirmant en substance que, désormais, la culture ne pouvait plus être diffusée que sous forme de « piqûres légères ». Avec de tels défenseurs, la culture n’a pas besoin de fossoyeurs.

Pensant que la crise du « Grand Journal » était la crise du politiquement correct, je me demandais quel concept les dirigeants de Canal allaient sortir de leur chapeau pour sauver l’émission. Je me trompais. Salué par presque toute la profession et les journalistes média comme un génie du PAF, le directeur général de Canal, Rodolphe Belmer, a choisi l’option vintage – autrement appelée « c’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes ». Pour succéder à Denisot, il a choisi Antoine de Caunes, un pionnier du « Grand Journal » : un peu court. En effet, si l’époque demande la fin de l’émission (sujet qui devra être traité au fond), comme elle a naguère exécuté le « Bébête Show » et bien d’autres, Antoine de Caunes aura du mal à la sauver, et ça ne fera pas pleurer dans les chaumières où l’on lit Causeur, en tout cas pas dans la mienne. [access capability= »lire_inedits »]Dans le cas inverse, je mangerai mon chapeau. Mais comme il est confectionné en fraises Tagada, je ne souffrirai pas trop.

L’Obs, au bazar des manifestes

Ce qu’il y a de bien dans la crise de la presse, c’est qu’elle stimule la créativité des éditeurs. Désolé, mais c’est encore Le Nouvel Observateur – après l’affaire Marcela Iacub, ici-même rapportée – que revient ce mois-ci la palme du foutage de gueule des lecteurs. Le 19 juin, veille de la parution de l’hebdomadaire qui, il y a quarante-deux ans, affichait en « une » le Manifeste des « 343 salopes » en faveur de l’avortement, le buzz commence dans les journaux radio : l’Obs s’apprête à publier un appel historique, signé par une dizaine de députés de droite et de gauche. Historique, assurément, à en juger par le titre : « Élus, abolissons nos privilèges ! » Une nouvelle Nuit du 4 août. C’est le moment, en effet, de tondre nos politiques, leurs retraites à double tiroir, leurs frais de mandats, leur réserve parlementaire opaque, etc.

Agacé d’avance par cette débauche de transparence, mais intrigué, on achète le journal, et là, on est scotché par le culot de l’éditeur. En fait de manifeste, les plumitifs se sont contentés de demander (par téléphone, imagine-t-on) à une dizaine de députés quelle réforme du Parlement ils jugeaient prioritaire. Traduction : « Dix propositions choc ». Aucun des députés ne savait que son interview constituerait la partie d’un tout présenté comme un manifeste. Aucun, a fortiori, ne connaissait l’identité de ses « co-signataires ». Toute la subtilité de l’opération, qui frisait la publicité mensongère, résidait dans la répartition prévisible des rôles : le journal annonçait en titre « Le coup de gueule de 10 députés » – qui était presque véridique –, laissant à la buzzosphère le soin de propager le terme « manifeste » – compte tenu de son caractère moutonnier, il suffisait d’un ou deux tweets pour que tout le monde suive. Il faut dire aussi que certains des députés victimes de cette opération de com’ ont trouvé l’idée fort judicieuse puisqu’on les a entendus défendre un appel qu’ils n’avaient pas signé.

Merci Mauroy !

On peut dire merci à Pierre Mauroy ! Le brave vétéran socialiste – dont tout le monde a oublié qu’il a quand même convaincu Mitterrand de prendre le tournant européiste et néolibéral de 1983, mais passons – a eu la vista de décéder au moment où se lançait une formidable campagne autour de la mort du jeune science-potard Clément Méric. Tout était en place : Méric était la victime d’un « printemps facho », perceptible à l’activisme de quelques groupes supposés être la face cachée du marinisme. Comme lors de l’incroyable affaire de Carpentras, où le Front national avait immédiatement été désigné comme le responsable des horreurs commises dans le cimetière juif de la ville, nombre d’éditocrates se tenaient prêts à dérouler l’habituelle rhétorique qui a propulsé le FN là où il est aujourd’hui : le langage de haine et de xénophobie constitue le terreau (qui lui ne ment pas) et entretient le climat propice au passage à l’acte des nazillons. Il y aurait donc une ligne continue allant de Marine Le Pen au skinhead bas du front et plein de bière qui chasse l’immigré ou l’antifa (au fait, quelqu’un peut-il m’expliquer pourquoi et quand a été supprimé le « f » de « faf » ?). Ce qui prouverait bien que le FN est « anti-républicain », et que l’UMP buissonisée prendrait le même chemin. Nous avons échappé à ce Carpentras-bis, de peu. La mort de Pierre Mauroy a raflé tout le gâteau télévisuel pendant trois jours, offrant au public ce que, sans doute, il adore : la nostalgie des années Mitterrand.[/access]

*Photo: Canal Plus

Service athée

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Sympatoche, ce graphique de l’athéisme dans le dernier Philosophie Magazine avec Françoise Dastur en guest star rabat-joie (« je ne pense pas que la philosophie puisse devenir populaire », han !). On y apprend que l’athéisme, même s’il croît dans le monde entier, reste partout largement minoritaire, ce qui est une bonne nouvelle, comme dirait l’autre.

Ainsi, 13 % d’athées convaincus sévissent dans le monde contre 23 % d’agnostiques et 59 % de religieux. En France, on a 29 % d’athées, 34 % d’agnostiques et 37 % de croyants, ce qui n’est pas si mal dans un pays où tout le monde ressemble à monsieur de Voltaire. Les gens de bien restent donc majoritaires partout sauf en Chine où là ils sont malheureusement 14 % contre 30 % de sceptiques et 47 % de matérialistes intégristes (il est vrai qu’ils sortent tous de quarante ans de communisme, circonstances exténuantes).

Sinon, il est établi que plus on est riche, plus on est athée – ce qui va de soi mais en dit long sur la condition humaine (parce que les athées riches pensent dur comme fer que ce devrait être les pauvres qui devraient l’être, athées, c’est vrai quoi, Dieu les abandonne et ils prient encore pour Lui, les imbéciles !).

Enfin, les athées se retrouvent aujourd’hui majoritairement chez les jeunes (toujours en tête quand il s’agit de vide et de néant), chez les hommes (65 % des athées), forcément moins cons que les femmes (la croyance, de toutes façons, c’est un truc de bonne femme et un homme, c’est connu, c’est scientifique) et chez les démocrates (75 % des athées), ces gens librézegozendroi qui ne mettent rien au-dessus d’eux et ont décidé récemment que rien n’était plus émouvant que la rencontre fortuite sur une table de dissection d’une machine à coudre et d’un parapluie.

Bref, plus l’athéisme monte, plus le niveau baisse. Bonne journée à tous, même aux athées !

Peines de probation : L’indécence d’Etat

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taubira peines probation

taubira peines probation

Le président de la République, certes, ne fait pas honte à ceux qui l’ont élu à cause de son comportement personnel et de sa pratique du pouvoir. Le fond de sa politique, c’est autre chose !
Le Premier ministre ne cesse de rappeler, tant l’inverse est éclatant, que la seule ligne du gouvernement est de vouloir instaurer une justice à la fois ferme et efficace (France 2).
Mais, quand on a pris acte de cette dignité présidentielle et de cet affichage de rigueur, il y a le reste. Tout le reste.

Ce rapprochement ne regarde que moi mais je n’ai pu m’empêcher de relier ces derniers jours les reniements à répétition faussement habiles de Manuel Valls, le délire des jeunes socialistes éperdus devant Christiane Taubira, le triomphe de celle-ci à La Rochelle, l’annonce de la peine de probation et la mort héroïque, à 61 ans, de Jacques Blondel à la suite d’un vol à main armée à Marignane, dans un bar-tabac, par deux jeunes malfaiteurs dont l’un a tué celui qui avait eu le courage d’intervenir (Le JDD, Le Parisien, Le Figaro).

Une indécence déchirante et scandaleuse entre la réalité d’une société et ses tragédies au quotidien d’une part et de l’autre les jeux politiciens, le laxisme auquel l’idéologie de Christiane Taubira prétend donner ses lettres de noblesse et les applaudissements frénétiques de militants aveuglés.

Il est évident que le garde des Sceaux n’est pas coupable de chaque transgression délictuelle et /ou criminelle. Elle n’est pas embusquée derrière chaque acte odieux, chaque sauvagerie, chaque dysfonctionnement judiciaire mais le climat qu’elle crée par sa politique ou plutôt son absence oralement somptueuse de politique – attendons le 30 août – ne manque pas d’avoir une incidence sur l’inventivité sombre de notre société et de certains de ses membres, tant la faiblesse proclamée, théorisée et approuvée au plus haut niveau facilite la libération des pulsions délétères de citoyens qui s’accommodent fort bien d’une France qui se laisse aller, qui laisse aller.

Comment en effet ne pas s’émouvoir de l’unique préoccupation de la ministre qui est de réduire la surpopulation carcérale au risque, démontré chaque jour, d’amplifier l’insécurité ? Comment les transgresseurs d’aujourd’hui ou de demain, qui ne sont pas tous obtus et engendrés par la désinsertion sociale, seraient-ils retenus d’accomplir le pire quand seule la prison est dénoncée, et ses conséquences néfastes réelles ou fantasmées, mais jamais son utilité et sa triste nécessité affirmées ?

Le problème crucial, en ces temps où, quoi qu’on pense des statistiques, la délinquance et la criminalité ne baissent pas impose non pas d’éviter coûte que coûte l’enfermement à ceux qui le méritent mais au contraire de mettre fin à la scandaleuse inexécution d’au moins 100 000 peines. Si on tient à s’apitoyer avec efficacité, il s’agit au moins en même temps de composer avec cette surpopulation – qui est une donnée incontestable – en tentant par diverses modalités d’y remédier, tout en assurant la sauvegarde des personnes et des biens. La surpopulation ne démontre pas qu’il y a trop de condamnés mais qu’il n’y a pas assez de prisons. Et qu’on me fasse la grâce de ne pas prendre une telle pensée pour une sévérité maladive mais pour un constat lucide.

Ce qui me semble vicier fondamentalement la mansuétude doctrinaire de la garde des Sceaux est le soupçon absurde, implicitement ou explicitement exprimé, qu’une pluralité de possibles, en face des infractions de toutes sortes, est à la disposition des magistrats qui pourraient choisir à tout coup les solutions non carcérales sans offenser l’intérêt social ni sous-estimer la dangerosité de certains parcours de rupture et de violence.

Cette approche si peu fondée est d’autant plus aberrante que notre système judiciaire, gauche et droite confondues, a poussé jusqu’à ses extrêmes limites, voire ses limites insupportables, l’exigence de la répression, notamment avec le recours carcéral, et sa négation immédiate avec les aménagements. Christiane Taubira n’est pas l’initiatrice de cette contradiction entre la fermeté de la décision pénale et, sans attendre, l’indulgence de son exécution. Rachida Dati, le 28 juillet 2008, avait déjà évoqué la prison hors les murs avant de faire voter la loi pénitentiaire, par certains côtés burlesque, du 24 novembre 2009 qui permettait de désavouer sur-le-champ les jugements des tribunaux correctionnels.

La différence considérable entre l’une et l’autre de ces gardes des Sceaux est que la première agissait avec un empirisme dévastateur et sans souci de logique tandis que la seconde se pique de doctrine, de philosophie et de dogmatisme. Dati improvisait avec désinvolture tandis que Taubira prend sans cesse l’air important pour faire illusion. Le flou désordonné puis le flou pédant maintenant.

Maintenant – quelle gloire d’annoncer cela à La Rochelle devant des militants en manque de vraie gauche compassionnelle, abstraite et absolument pas opératoire ! -, Christiane Taubira sort de l’imagination de ses services influencés et de sa Commission du consensus gouvernée, la peine de probation. Comme si elle faisait un cadeau à la société.

Pour les infractions punies par 5 ans d’emprisonnement au maximum, le tribunal correctionnel pourra ajouter à sa panoplie la peine de probation excluant la prison et prévoyant un encadrement et un soutien pour le prévenu laissé en liberté parmi nous.

Cette sanction, outre qu’elle va encombrer une palette répressive déjà fournie et largement suffisante pour des juges capables d’appréhender la complexité des situations et des mis en cause, la nature de leur profil judiciaire – notamment le sursis avec mise à l’épreuve du même registre -, va obérer encore davantage, sur le plan des moyens humains et matériels, la pénurie des services de l’application des peines.
Celle de probation doit être vraiment inadaptée et impraticable puisque la gauche judiciaire, représentée médiatiquement par Le Monde, en dépit de son inconditionnalité pour la ministre et de son hostilité pour son collègue de l’Intérieur, n’a pas hésité à l’apprécier déjà négativement. C’est dire !

Pour finir, penchons-nous sur le jeune destin – 18 ans – de l’un des deux malfaiteurs, l’autre étant toujours recherché, impliqué dans le vol à main armée et directement ou indirectement dans le meurtre de Jacques Blondel. On a appris qu’il avait été condamné pour une douzaine de délits, notamment pour des vols avec dégradation ou effraction, et à trois reprises par des juges pour enfants. Lors de la perpétration du « braquage », il exécutait une sanction de quatre mois avec sursis probatoire (quasiment la peine de probation !) et avait répondu à la plupart des convocations. Ce contrôle et cette surveillance avaient été aisément compatibles, pour lui, avec l’acte criminel commis avec un jeune inconnu dans l’intervalle de son apparente normalité (nouvelobs.com).

La peine de probation, si elle est adoptée, aura-t-elle cet effet nul et lamentable sur la sécurité de tous et la sauvegarde des commerces ? A force de vouloir éviter la prison même quand elle est nécessaire, va-t-on laisser les citoyens à la discrétion de la seule bonne volonté de tel ou tel, penchant du bon côté ou acharné à récidiver gravement ?

Je ne veux pas voir se multiplier les victimes, les héros comme Jacques Blondel. Dans une démocratie exemplaire, les caractères d’élite et de courage, les civismes admirables renforcent l’action persévérante et efficace de l’État.

Ils ne s’y substituent pas.

Frigide Barjot : Pour tous!

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frigide barjot pour tous

frigide barjot pour tousDepuis le 23 avril, la loi Taubira est votée. Et depuis le 23 avril, l’appareil de La Manif pour Tous ne sait plus où il habite. Les nouveaux dirigeants de LMPT l’ont fait muter en LMPT-SCQSPCN, La Manif Pour Tous-Sauf Ceux Qui Sont Pas Comme Nous.

En continuant d’exiger le retrait pur et simple de la loi Taubira, on joue à faire « comme si ». Comme si le temps s’était arrêté. Comme si cette loi n’avait pas été légalement votée, promulguée et déjà appliquée. Comme si notre mouvement n’avait pas, dès l’origine, mis sur la table la question des droits légitimes des homosexuels.

Pourtant il était convenu de longue date avec l’aile « réseaux-cathos» de  LMPT qu’en cas de vote de la loi, on ne se braquerait pas sur l’ « abrogation sèche » du texte, désormais impensable même en cas de changement de majorité ! On passerait à la phase 2  du mouvement : la revendication d’une réforme de fond inscrivant dans la Constitution la filiation issue de l’union homme/femme, donc du mariage, et le remplacement du psychédélique « mariage-pour-tous » par une loi d’alliance civile, garantissant des droits égaux à tous les couples en tant que tels, quelle que soit leur orientation sexuelle.

Le 23 avril, cette évolution républicaine de la contestation nous été refusée. Une savante orchestration interne de commandos « anti-CUC[1. Contrat d’Union civile]», avec SMS menaçants, lettres anonymes, banderoles et pancartes ad hoc, ont eu raison de notre ligne d’avenir « pour tous », garantie d’origine. Devant l’interdiction de prononcer l’expression désormais blasphématoire d’ « union civile », c’est la mort dans l’âme et les larmes aux yeux que j’ai choisi de ne pas venir manifester le 26 mai dernier.[access capability= »lire_inedits »]

Être interdite de parole dans un mouvement dont on est la porte-parole « historique », surtout quand il se revendique de la liberté d’expression n’est pas bon signe pour le mouvement.

Certes il est normal qu’une telle mobilisation spontanée excite aujourd’hui nombre de convoitises. Elle fut riche à millions de bonnes volontés et d’enthousiasmes désintéressés. Mais qu’en faire maintenant ? Le danger, c’est la mentalité obsidionale, le repli sur soi et finalement la stérilisation – au nom de la vie !

Ainsi les « Hommen » mènent-ils désormais une campagne répugnante contre Hervé Mariton, qui fut pourtant notre meilleur mousquetaire parlementaire. L’impardonnable crime de cet élu du peuple ? Avoir affirmé qu’il respectait la loi, et ne refuserait donc pas de marier des couples homos en sa mairie de Crest. Hérétique, schismatique et scandaleux !

Il y a aussi Laurence Tcheng, pionnière de l’aile gauche de LMPT, instamment priée de retourner en « Noichie » par des « identitaires » qui ne déclinent même pas leur propre identité. Sans parler de ma tignasse menacée d’être « tondue » pour l’exemple.

J’en appelle aux cathos authentiques, sortis enfin des catacombes pour communier avec le pays entier. Ils commettraient une grave erreur en suivant ceux qui les incitent à retourner au chaud dans leur ghetto. Le dogme catholique sans l’humanisme chrétien, c’est la lettre sans l’esprit; c’est la cerise confite sans le gâteau.

Notre mouvement doit rester en phase avec la société tout entière. Depuis le début du débat, celle-ci n’a cessé de dire majoritairement oui à l’union des homosexuels, et massivement non à la perspective d’une procréation artificielle et tarifée. Sous peine de tout perdre, c’est sur cet essentiel qu’il ne faut « rien lâcher ». Ni personne.[/access]

Discours du MJS à La Rochelle : le best of

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Aux distraits qui ont raté le discours de Thierry Marchal-Beck, président du MJS, à l’université d’été du PS ce week-end à La Rochelle, nous livrons la substantifique moelle de ce long poème bureaucratique. Puisque l’art de l’éloquence ne connaît aucune règle fixe depuis Cicéron, flânons au gré de nos envies.

Une petite digression utopique : « la plus grande révolution de la France de 2025 c’est que la Nation est devenue un symbole de l’égalité femme-homme à travers le monde. Notre service public de la petite enfance est à faire pâlir ceux d’Europe du nord et on ne compte plus les crèches s’appelant Olympe de Gouges, Suzanne Lacore, Yvette Roudy, Simone Weil, Najat Vallaud-Belkacem ».  Pris par sa faconde progressiste, le jeune homme à l’éternel t-shirt pense sans doute que Simone Weil a légalisé l’IVG, au lieu d’être l’auteur de L’enracinement

Passons du coq à l’âne. Lorsque Marchal-Beck pérore au terme d’une université d’été tout entière axée sur la lutte contre le FN – Harlem Désir n’étant toujours pas décidé à changer une technique qui perd… -, la vérité s’ouvre enfin à nous. Un spectre hante la France : l’islamophobie ! « Permettez-moi, car trop de choses ont été dites depuis dix ans, car trop de mal a été fait, de m’adresser aux français de confession musulmane. Je n’aurais que quelques mots à vous dire : les Jeunes Socialistes feront tout leur possible pour qu’on vous fiche la paix (…) Nous n’accepterons jamais que certains posent une question musulmane comme hier d’autres posaient une question juive. » Bref, back to the thirties !

Last but not least, admirons cette envolée d’une rare audace : « Et si tous ensemble nous affirmons haut et fort que nous sommes le camp du progrès, que nous sommes le camp de l’égalité. » Tout à fait Thierry…

Valls hésitation

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manuel valls taubira

manuel valls taubira

Manuel Valls est à la fois remarquable et décevant. Bien avant la primaire socialiste pour l’élection présidentielle, on n’ignorait pas que grâce à lui on aurait l’avantage d’un socialisme de la vérité plutôt que de la vérité d’un socialisme avec tout ce qu’elle impliquerait d’idéalisme et de dogmatisme mêlés. Il y avait déjà, latente, invisible, l’opposition à venir entre lui et une Christiane Taubira.

Omniprésent et rigoureux lors de la campagne victorieuse de François Hollande, il était attendu, espéré comme ministre de l’Intérieur et, pour ma part, je continue à penser que, dans ses actions et ses propos, non seulement il n’a pas déçu mais qu’il est parvenu à porter haut et clair l’affirmation d’un réalisme non cynique et et d’un pragmatisme tentant au mieux de concilier efficacité et humanisme, le cœur et les mains si j’ose dire.

Le reproche qui lui a été souvent fait de « faire » du sarkozysme est absurde. D’une part le bilan de Nicolas Sarkozy comme ministre de l’Intérieur à deux reprises n’a pas été à ce point brillant qu’il puisse servir de modèle et constituer un terreau à partir duquel il aurait fallu forcément concevoir ses entreprises. D’autre part, la structure même du ministère de la Place Beauvau conduit son titulaire à multiplier les interventions, les déplacements et les prises de position.

L’essentiel n’est pas dans la forme de l’action mais dans le fond, dans le contenu de l’action elle-même et dans la substance des discours et des explications qui l’accompagnent, dans le climat qui l’entoure. Sur ce plan, rien à voir entre entre l’exacerbation agitée de Sarkozy et le volontarisme pugnace mais maîtrisé de Valls. Puis-je soutenir que je suis rassuré quand j’entends ou je lis les contradictions que les adversaires de Manuel Valls prétendent lui opposer ?

Pour Razzy Hammadi, « Manuel Valls ne rend pas service à la gauche en mettant au centre de la rentrée les questions de l’immigration, du voile à l’université ou de la compatibilité de l’islam avec la démocratie. » (Libération). Alors que c’est exactement l’inverse. C’est en les faisant entrer dans le débat socialiste, grâce à sa force d’argumentation et au nom de convictions déjà anciennes, que le ministre console ceux qui en ont assez du seul ciel idéal des principes pour compenser la dureté de situations sociales et transgressives, et pas seulement à Marseille. Manuel Valls oblige à un retour au réel pour mieux le transformer une fois qu’il est connu et analysé sans fard. Dur pour les éthérés de rejoindre la terre.

Cécile Duflot et les écologistes se vantent, par ailleurs, d’être très hostiles aux conceptions et à la politique de sécurité et de justice de Manuel Valls. Mais j’ai beau apprécier la première, je ne suis pas étonné que son ignorance de ces problèmes et son rousseauisme superficiel lui fassent prendre parti en faveur de Christiane Taubira. Les poncifs pénitentiaires qu’elle égrène quand elle se pique de se mêler de de ce qui n’est pas son champ de compétence sont navrants (Libération).

Je sais bien aussi qu’on dit le président de la République agacé par l’éclat médiatique et la surabondance ostensible de ce ministre. Mais François Hollande est trop fin pour ne pas vite recouvrer son calme. Il ne peut pas se permettre de perdre à nouveau un ministre brillant alors qu’il a déjà dû se séparer heureusement de Jérôme Cahuzac, malhonnête homme mais professionnel redoutable et avisé.

Le président de la République aurait d’autant moins de justification de s’en prendre, fût-ce du bout de son ironie ou de sa causticité, à Manuel Valls et que ce dernier – c’est ce que je lui reproche fondamentalement – ne sort pas d’une Valls hésitation à la longue épuisante pour ceux qui rêvaient de lui voir non seulement une compétence et une excellence ministérielles – elles ont été démontrées – mais un caractère et un courage politiques – on les attend. Tout recadrage présidentiel est inutile puisque Manuel Valls anticipe et se replie.

On va taxer d’immature mon grief en me traitant de naïf ignorant des subtilités de la solidarité gouvernementale, des aléas de la politique politicienne et de la construction d’un destin présidentiel, le moment venu, qui impose des silences, des abstentions, des lâchetés et des rétractations.

Mais tout de même !

Alors qu’il a marqué au fer rouge l’antagonisme fondamental – une vraie fracture au sein de la gauche – entre Christiane Taubira et lui-même en prenant la peine de le formaliser dans un courrier au président de la République, à peine l’orage levé, au lieu de l’exploiter et d’en tirer profit pour son avenir et son identité, il rebrousse chemin, affiche une réconciliation ostensible avec le garde des Sceaux et rentre dans le rang avec une flatterie tactique à l’égard du gouvernement et du président qui trancheront. Je regrette que Manuel Valls propose des avancées, formule des provocations et proclame sa singularité puis qu’il nous contraigne à les tenir pour rien puisque chaque lendemain détruit les fulgurances nécessaires de la veille.

Il a jeté, paraît-il, « un froid polaire » lors du séminaire gouvernemental consacré à cet avenir consolant arrêté en 2025 en évoquant nettement et sans complaisance les risques futurs de l’islam, de l’immigration, si on laissait faire, et les limites du regroupement familial (Le Parisien). Quel bonheur de lire cela pour tous les adeptes, dans notre démocratie, d’une gauche plausible et opératoire, ne se cachant pas derrière ses valeurs qui ne s’usent jamais car trop rarement confrontées à la vie collective et à l’inventivité sociale avec ses effets déplorables.

Mais, à peine l’information dévoilée, Manuel Valls l’a occultée, en a amoindri les conséquences roboratives en déclarant n’avoir jamais parlé du regroupement familial lors de cette réunion gouvernementale. Son intelligence et son intégrité l’incitent à la vérité mais son sens politique, croit-il, lui impose le devoir de la dissimuler ou de l’atténuer. Ses avancées de lucidité sont altérées par ses reculs de manœuvrier.

Pire que tout, les interventions de Manuel Valls, notamment devant les socialistes réunis pour juger de sa conformité à la ligne, ont viré au désastre parce que Christiane Taubira, infiniment plus fine que lui, a obtenu un accueil de star, délirant d’enthousiasme, en flattant les jeunes socialistes dans le sens du poil idéologique et irresponsable et en recueillant une embrassade de son amie Martine Aubry présente et silencieuse à la fois (JDD).

Ne cédant rien au ministre de l’Intérieur, elle a rétrospectivement rendu dérisoires et décalées les protestations de socialisme de ce dernier, son affirmation enflammée sur son appartenance à la gauche et quasiment sa rétractation sur ses propos lucides sur l’islam et l’immigration tenus quelques jours auparavant. Il poussait même le masochisme lors de cette séance de repentance jusqu’à rendre hommage au garde des Sceaux qui elle-même se gardait bien de lui rendre la pareille.

Christiane Taubira a peut-être commis une seule erreur résultant directement de sa certitude de se trouver en terrain conquis à La Rochelle, victorieuse sans avoir été obligée de livrer bataille, son adversaire apparent ayant jeté l’éponge par cette étrange manie, chez lui, de manquer d’audace et de ne jamais oser franchir à temps la ligne d’avantage.Trop préoccupé par la ligne socialiste. La ministre a annoncé ses projets comme si l’arbitrage prévu le 30 août avait déjà été rendu et qu’elle était assurée de l’avoir remporté. Certes, le Premier ministre a rectifié cette arrogance prématurée mais j’espère qu’il n’oubliera pas cette désinvolture si persuadée de son triomphe à venir.

Si Manuel Valls continue sur ce registre, il est clair qu’on ne pourra plus jamais compter sur lui pour opposer la réalité à sa collègue éprise d’elle-même et de ses fantasmes. Mon seul espoir réside en André Vallini qui pour être à l’extérieur du gouvernement développe une vision de la sécurité et de la justice dont notre garde des Sceaux aurait dû s’inspirer.

Je serais désolé si cette Valls hésitation, ces contritions systématiques, en définitive le réduisaient sur les deux plans, celui du socialisme de la vérité et celui de Manuel Valls espoir pour une autre gauche.

Demain.

Fini les cachotteries !

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Eugene-Zamiatine

Eugene-ZamiatineCes derniers mois, la transparence est la grande affaire de la France. Les élus déclarent leur patrimoine et les journaux publient des listes qui ressemblent à des proscriptions. Même le « mariage pour tous », quoi qu’en pensent ses partisans comme ses opposants, répond à cette exigence de transparence. Les homosexuels mariés veulent être vus : ils veulent en finir avec l’opacité et la marge. On peut les comprendre. Mais cela crée un climat étrange, dans lequel tout est surexposé au nom de la pureté des intentions. C’est l’enfer de la gentillesse, l’intrusion bienveillante et permanente dans l’intimité, à l’image de la convivialité obligatoire dans les zones pavillonnaires rurbanisées de la classe moyenne. Un enfer climatisé et translucide anticipé par Eugène Zamiatine dans Nous autres, publié en 1923.

Zamiatine est le moins connu des trois grands prophètes de malheur du XXe siècle. Il est resté dans l’ombre d’Orwell et de Huxley. Tous ont été rattrapés par le réel. La lecture de 1984 a, depuis longtemps, dépassé la dénonciation du stalinisme et s’applique merveilleusement à nos sociétés occidentales : réécriture permanente du passé, « Semaine de la Haine » désignant les monstres du moment à la vindicte universelle, ou encore surveillance panoptique de nos rues et de nos ordinateurs. Le Meilleur des mondes de Huxley érige l’eugénisme en méthode de gouvernement.[access capability= »lire_inedits »] Nous y sommes aussi, ou presque : on s’amuse à faire à peu près n’importe quoi avec le vivant, on congèle des embryons pour d’éventuelles manipulations et des ventres sont loués par des mères porteuses, en attendant que les fœtus se développent dans des utérus artificiels.

Zamiatine décrit une société fondée sur l’harmonie mathématique − on dirait aujourd’hui informatique − d’une fourmilière. Chaque citoyen est désigné par un numéro – le narrateur, par exemple, s’appelle « D-503 ».Mais la fourmilière est transparente. C’est la grande intuition de Nous autres. Le terme n’est pas à prendre de manière métaphorique. Les citoyens vivent vraiment dans les « divins parallélépipèdes des habitations transparentes » d’où ils se voient les uns les autres.

Le système a tout de même prévu deux « Heures personnelles ». Vous pouvez vous promener à votre guise. Ou vous cacher pour faire l’amour : « À ces heures, certains ont baissé sagement les rideaux de leurs chambres. » Mais D-503, comme tous ses concitoyens, espère tôt ou tard en finir avec cet archaïsme des « Heures personnelles ». Pourquoi ai-je la fâcheuse impression que nous autres, ces jours-ci, nous devenons tous des D-503 ?[/access]

*Photo: Playtime, de Jacque Tati

Liban : vous avez dit FPLP-CG ?

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Vendredi matin, l’aviation israélienne a bombardé une base libanaise du « Front Populaire de Libération de la Palestine-Commandement Général » en riposte au tir de quatre missiles lancés depuis le sud du pays du Cèdre. Bien qu’un étrange groupuscule affilié à Al-Qaïda ait revendiqué l’attaque anti-israélienne, Tsahal comme des officiers de renseignements libanais montrent du doigt le fameux « FPLP-CG ». Quésaco ? Ce mouvement à l’appellation martiale est une des multiples scissions du Front Populaire de Libération de la Palestine (FPLP) créé par Georges Habache en 1967[1. Parmi les innombrables ramifications issues de cette même souche, citons également le FPLP-Opérations Spéciales de Wadie Haddad, célèbre pour ses attentats spectaculaires commis avec le concours du vénézuélien Carlos, ou encore le Front Démocratique de Libération de la Palestine (FDLP) que Nayef Hawatmeh fonda en 1969 au nom de la lutte idéologique maoïste. Cette dernière branche se voit dénoncée pour sa trop grande modération depuis la poignée de mains entre son fondateur et le président israélien en 1999. Le 11 septembre 2001, il se trouva pourtant un petit plaisantin pour revendiquer les attentats contre l’Amérique au nom du FDLP en téléphonant à une chaîne satellitaire arabe !], qui compta notamment parmi ses compagnons de route le captif amoureux Jean Genet.

Comme Habache, Ahmed Jibril appartient à la diaspora palestinienne et se revendique nationaliste, marxiste et laïc. Mais en 1969, la proximité de Jibril avec le régime syrien (déjà) baathiste – qui emprisonna un temps Habache – provoque le divorce entre les deux hommes, et la création d’un groupe inféodé à Damas, le FPLP-CG. Longtemps, Jibril a vécu dans la capitale syrienne, avant que les remous de la guerre civile ne l’incitent à déménager sur la côte alaouite, à Tartous, près du fief historique des Assad. Sa modeste unité de combat vivant au rythme des intérêts syriens, on entend rarement parler du FPLP-CG depuis la grande réconciliation libanaise scellée à Taëf (1990).

En ce mois d’août, peu après que le président libanais Michel Sleimane a attaqué dans des mots à peines couverts l’Etat dans l’Etat que forme le Hezbollah libanais, une pluie de roquettes s’est abattue aux alentours de son palais de Baabda. L’enquête semble orienter l’origine du tir vers des positions du… FPLP-CG, non loin de la frontière syrienne. À plus de quatre-vingt-cinq ans, Ahmed Jibril vit les dernières heures du terrorisme palestinien d’extrême gauche, aujourd’hui à son crépuscule. Citant Che Guevara, son meilleur ennemi Habache aimait plastronner que «les révolutionnaires ne meurent jamais». On peut sans doute en dire autant des terroristes.