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La dernière bulle sera-t-elle chinoise ?

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chine crise banques

Tandis que nos économistes hexagonaux consacrés par les médias ergotent sur le rebond de la production en France[1. 0,5% au total, mais 0,2% si l’on défalque l’accroissement des stocks et la production d’énergie liée au printemps pourri.], les économistes internationaux, rendus vigilants par les crises de 2008 et de 2010, tentent d’anticiper le prochain risque majeur pour le système économique mondial. Ils constatent les difficultés sérieuses de la Russie et de l’Inde, le ralentissement du Brésil. Ils s’interrogent surtout à propos de l’opaque économie chinoise qui envoie des signaux de plus en plus contradictoires. Une question les hante et guide leurs recherches : après l’Amérique, après l’Europe, la Chine sera-t-elle le troisième foyer de crise financière et de récession économique mondiales ?

La relance chinoise de 2008

Tout vient de la stratégie adoptée par les autorités chinoises au printemps 2008. À ce moment-là, les grands organismes de prévision, tels que le FMI, l’OCDE, la Commission européenne et le Conseil d’analyse économique français nient tout risque de récession. Dans les faits, elle est à l’œuvre dès avril 2008 dans l’intégralité des économies occidentales. Seulement, à la différence de leurs homologues occidentaux, les économistes chinois diagnostiquent une grave chute de l’activité en Amérique et en Europe.[access capability= »lire_inedits »] Le gouvernement et la Banque centrale sont ainsi confrontés à une situation inédite pour un pays qui connaît alors sa vingt-huitième année consécutive de forte croissance. Il est bien connu en effet que la Chine, convertie au capitalisme, a adopté d’emblée un modèle de développement basé sur l’exportation[2. On voit de mieux en mieux, au fil des années, que ce modèle, dit « mercantiliste », repose sur une ambition politique : rendre à l’empire du Milieu la position historique de puissance économique dominante qu’il occupait encore au XVIIIe siècle.], d’abord en direction de l’Amérique, puis de l’Europe et des autres continents. La chose aurait dû surprendre de la part d’un pays de plus de 1 milliard d’habitants, offrant potentiellement le marché le plus important de la planète. Mais le choix du Parti communiste rallié n’a été ni critiqué ni contrarié par les puissances occidentales, qui s’émerveillaient de voir la Chine s’ouvrir au monde occidental et épouser formellement son modèle, sans s’interroger plus avant sur les desseins des dirigeants de Pékin.

Au moment où la récession s’installe en Amérique, en Europe et au Japon, au fil d’un développement à marche forcée, les exportations chinoises ont fini par représenter quelque 30% du PIB. Or, en ce printemps 2008, les dirigeants chinois doivent faire face au recul inéluctable de leurs débouchés en Occident, voire dans les pays producteurs de matières premières, victimes par ricochet de la récession chez nous. Ils optent sans hésiter pour une politique de relance massive appuyée sur le crédit bancaire et sur la création en nombre d’infrastructures nouvelles. Les projets de construction de logements et de nouvelles lignes ferroviaires à grande vitesse sont amplifiés et accélérés. Les Occidentaux basés en Chine assistent, éberlués, à l’équipement accéléré d’une Chine milliardaire en habitants. Et les JO de Pékin, cette même année, témoignent de la capacité chinoise : les fabricants de baskets et de tee-shirts chers à Pascal Lamy sont aussi les promoteurs du stade en « nid d’oiseau » où se déroulent les compétitions d’athlétisme. Et de bien d’autres choses.

Les chiffres sont éloquents : quelque 3500 milliards de dollars sont investis, au titre de la relance, dans le logement et les infrastructures. La croissance chinoise se rapproche à nouveau du rythme de 10% qui était de rigueur depuis le début de la décennie. Les villes absorbent en nombre croissant les ruraux qui désertent leurs campagnes. Ces résultats favorables permettent à la classe dirigeante d’échapper à la réprobation de l’opinion qui commence à s’alarmer de la montée des nouveaux riches et des dégâts engendrés par la corruption locale et nationale. La propagande nationaliste du régime, qui s’appuie sur ces résultats, trouve alors un écho important dans la population.

Mais depuis, peu se sont interrogés sur la qualité des investissements réalisés. En Chine  comme ailleurs, en Amérique ou en Europe, l’objectif essentiel était de croître, de créer des emplois,  d’engranger les impôts. Les dirigeants préfèrent ne pas voir que la croissance repose sur une dose de plus en plus élevée de ce que Hayek appelait le « bad investment » et sur un excès tendanciel de la dette. Des domaines dans lesquels les chiffres sont également sans appel. La part de l’investissement dans le PIB s’élève de 36% à plus de 50% en l’espace de cinq années[3. À titre de comparaison, il oscille entre 16% et 20% dans les pays occidentaux.]. La dette globale explose : encore située à 115% du PIB en 2008, elle dépasse le double du PIB en 2012. Ce chiffre rapproche la Chine des pays occidentaux dont la dette globale représente près ou plus de trois fois le PIB. Avec une différence majeure, la dette chinoise étant concentrée dans les entreprises et les collectivités territoriales, alors que la nôtre est, pour une part importante, détenues par les États.

En l’an de grâce 2013, le climat a changé. Les responsables chinois placés sous l’autorité du président Xi, élu en 2012, admettent rencontrer une difficulté majeure du fait de la dette accumulée et des risques d’insolvabilité croissants au sein de l’économie. Ils prennent des mesures dirigistes pour freiner la spéculation immobilière qui sévit dans toutes les villes. Dans ce contexte, la Banque populaire de Chine tente, début juin 2013, de durcir les conditions d’accès des banques à ses guichets. Mais son action déclenche un séisme instantané : l’espace de quelques jours, les banques chinoises cessent de se prêter les unes aux autres, situation qui reproduit celles des États-Unis et de l’Europe en 2007 et 2008. Alors, pour rétablir la confiance, la Banque populaire de Chine se résigne à injecter en quantité des liquidités nouvelles[4. Le taux des prêts sur le marché interbancaire venait d’atteindre le chiffre de 14% !].

 

Les « shadow  banks », stigmate de la bulle du crédit chinoise

 

Observées de loin, les turbulences chinoises ressemblent à un remake des perturbations occidentales des années précédentes. Emballement du crédit, montée des prix des immeubles, malaise consécutif sur le marché du crédit interbancaire : rien, dans le processus à l’œuvre en Chine, ne paraît bien nouveau. Rappelons cependant que la décision d’investir massivement est venue d’en haut, concrétisant la volonté expresse des autorités d’échapper à un fort ralentissement économique qui aurait interrompu la création d’emplois par millions[5. Encore 12 millions d’emplois auraient été créés au premier semestre de cette année.]. Insistons aussi sur le fait que cette décision n’entre pas dans le cadre d’une politique dite « keynésienne », qui cherche à répondre à une récession ou à une dépression déjà installée au sein de l’économie chinoise, mais qu’elle répond en fait à notre récession, dont elle cherche à combattre les effets sur la machine économique locale.

Cependant, il y a bel et bien une spécificité de la bulle du crédit qui s’est formée ces derniers temps : c’est le rôle joué par les « shadow banks ». Leur titre est passablement trompeur puisqu’elles agissent au grand jour. Tout Chinois qui le souhaite peut se rendre à leurs guichets, y déposer son épargne ou y demander un prêt. Mais elles ne s’inscrivent pas dans le cadre légal défini pour les autres banques, à capitaux d’État, et ne peuvent accéder ni aux guichets de la Banque populaire de Chine, ni au marché interbancaire où opèrent leurs grandes consœurs plus anciennes. Leurs activités sont tolérées, voire encouragées, par les autorités publiques, sans bénéficier des conditions d’accès au crédit du système bancaire classique.

Elles ont rempli et remplissent encore une fonction particulière au sein de l’économie, en offrant une forte rémunération aux épargnants − c’est l’avantage dont elles jouissent. Si les dirigeants de Pékin ont donné leur bénédiction aux « shadow banks », c’est parce qu’elles jouaient le rôle d’une soupape de sûreté auprès d’un public d’épargnants qui auraient mal accepté de ne pouvoir faire fructifier leurs avoirs. D’ailleurs, les banques classiques, faute de pouvoir offrir de bons rendements, ont souvent pris l’initiative d’orienter leurs clients vers ces nouveaux établissements.

Ces « shadow banks » ont donc été des acteurs essentiels de la grande relance opérée depuis 2008. D’abord en drainant une épargne qui aurait pu s’échapper du système économique, ensuite et surtout en recyclant cette épargne vers des entreprises ambitieuses, décidées à prendre de grands risques. Leur activité a été guidée par un principe simple : prêts à taux très élevés, proches de 20%, investis dans la construction, les infrastructures, et une masse d’entreprises qui fournissent le ciment, l’acier et le bitume nécessaires. Ce modèle a tenu quatre ans durant, avant d’atteindre ses limites. Les mauvais débiteurs, entreprises ou collectivités territoriales, se révèlent[6. Le montant des crédits accordés par les « shadow banks » représente un tiers du total dont on a dit qu’il avait fortement augmenté.].

Le moment est venu de reformuler la question de départ. Va-t-on assister à une troisième crise financière, dont l’épicentre sera situé en Chine, plus précisément dans l’investissement et les crédits mobilisés depuis 2008 ? Ou bien le gouvernement et la Banque centrale peuvent-ils reprendre le contrôle de la situation, avec les moyens dont disposent un gouvernement dictatorial et une Banque centrale qui n’est pas l’otage des marchés financiers occidentaux, comme le sont les nôtres ?

Les informations disponibles en cette rentrée 2013 ne permettent pas de trancher entre les deux réponses, pessimiste ou optimiste. On peut observer que les autorités chinoises ont pris conscience de la gravité de la situation et s’emploient à ralentir le rythme des nouveaux crédits. Cela signifie que l’investissement lié à la grande relance de 2008 entre, en toute hypothèse, dans une phase de repli : un nouveau ralentissement de la machine chinoise se produira à brève échéance. Même si la bulle chinoise devait se résorber sans éclater, l’essor économique ne sera plus ce qu’il était. Une nouvelle ère semble se dessiner pour la Chine. Et pour nous avec elle.[/access]

*Photo : dcmaster.

Moi, Jérôme Leroy, fasciste

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fascisme fn antifas

J’ai beaucoup aimé l’article de Lydie Marion sur le fascisme et l’antifascisme. Sincèrement. Il m’a beaucoup aidé à comprendre les choses en cette période de confusionnisme idéologique.  Je cherchais vainement un parti vraiment antifasciste d’autant plus qu’on s’obstine à m’expliquer autour de moi que vouloir voir du fascisme en France en 2013, c’est vraiment jouer à se faire peur. Que le fascisme n’existe pas, n’existe plus, sauf pour les antifascistes. Mais attention, pas pour les antifascistes du Front National qui luttent contre le vrai fascisme. Non, pour les antifascistes antifascistes. Les antifas, comme on dit. Ceux du groupe où sévissait le sinistre Clément Méric qui a trouvé la mort en agressant un membre des JNR de Serge Ayoub.

Les JNR de Serge Ayoub, dans la logique de Lydie Marion, ne sont pas des fascistes. Il ne faut pas se fier aux apparences. Ce n’est pas parce que les JNR ont les cheveux rasés et des tatouages cryptonazis qu’ils sont fascistes. Bien au contraire. Ce sont des victimes. Après tout, on ne voit pas pourquoi la gauche aurait le monopole de la culture de l’excuse.  Oui, les nervis des Jeunesses Nationalistes Révolutionnaires sont des victimes La preuve, ils sont pauvres et blancs. Tandis que les antifas sont tous des petits bourges de Sciences Po, comme Clément Méric.

C’est amusant, la lutte des classes n’existe pas pour la droite et les néo-réacs quand on parle économie et social mais ils retrouvent son utilité il s’agit de relativiser le fait qu’un jeune homme, Morillo, en tue un autre. Clément Méric a été tué par des pauvres, car c’était un petit bourge. Un provocateur. D’ailleurs, c’est lui qui a commencé. L’ami Jacques de Guillebon m’avait vertement tancé à ce sujet. Ensuite il nous avait expliqué que RTL avait des images vidéo exclusives qui prouvaient que l’antifasciste antifa (donc un faux antifasciste dans la logique de Lydie Marion) Clément Méric avait même agressé le pauvre Esteban Morillo. Je dis pauvre à tous les sens du terme. La récente procédure a prouvé que ceci était parfaitement faux, que Morillo avait bien porté le premier coup et j’aurais bien aimé que Jacques de Guillebon nous fasse de lui-même le rectificatif. Mais en même temps, il faut que j’arrête de parler de Clément Méric. J’instrumentalise la mort de ce garçon. C’est un comportement fasciste finalement.

Il faudrait que je suive les conseils de Lydie Marion et que j’aille prendre des leçons d’antifascisme au Front National. Même si le fascisme n’existe plus. La preuve que le Front National est un parti antifasciste d’ailleurs, c’est qu’il s’est débarrassé de tous les fascistes qu’il y avait dans ses rangs notamment les petits cons qui se faisaient poisser par des photographes en faisant des saluts nazis. Des gars comme Esteban Morillo, par exemple. Mais, en même temps, on vient de m’expliquer qu’il n’était pas fasciste car le fascisme est un fantasme d’antifasciste de gauche. Ah, c’est compliqué, on ne s’en sort plus.

C’est sans doute qu’il faut changer de paradigme, comme disent les prétentieux, et redéfinir le fascisme comme le fait intelligemment le Front National qui n’est pas fasciste mais en connaît quand même un rayon sur la question si on regarde la composition de ses bureaux politiques ces trente dernières années. Le fascisme, comme nous l’explique d’ailleurs très bien Lydie Marion, c’est un peu comme Rome dans le Sertorius du vieux Corneille : « Rome n’est plus dans Rome, elle est toute où je suis » Oui, « où je suis… » C’est moi le fasciste, c’est moi qui devrais avoir honte.

Je suis communiste ? Je suis un fasciste rouge. D’ailleurs, le pacte germano-soviétique en est la preuve éclatante.

Je refuse de confondre islam et islamisme ? Je suis un fasciste salafiste, un lapideur de bonnes femmes, un futur collabo dans le Grand Remplacement qui se prépare.

Je pense que la répression n’est rien sans la prévention ? Je suis un fasciste taubiriste, laxiste, ami du crime.

Je trouve que l’instrumentalisation des Roms à l’approche des municipales est à vomir ? Je suis un fasciste bobo qui vit dans 800 mètres carrés et je ferais mieux  de la fermer car ils ne campent pas dans mon dressing-room.

Je suis un fasciste, voilà, c’est sûr. Du coup, même si j’avais voulu adhérer au FN, c’est raté. Jamais des antifascistes comme eux ne voudront d’un fasciste comme moi.

 *Photo : Stencilpedia .

Écolos : dehors les charlots !

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cecile duflot verts

« J’en ai ras’l’bol ! » : madame la ministre des réquisitions de locaux appartenant au clergé et de la nationalisation des loyers tente une diversion en adoptant un style relâché, qu’elle veut conforme à son image d’adolescente tardive. Le 26 septembre, Cécile Duflot invoque les « valeurs » d’un nuageux « pacte républicain », présenté comme le gardien de la cohésion nationale et des qualités gustatives du fromage de tête réunis, menacé par la diatribe (de gauche ?) anti-Roms du ministre de l’Intérieur (Roms, unique objet de ses ressentiments…). Imagine-t-elle qu’on oubliera, avec sa misérable parodie de républicanisme outragé, cette calamiteuse semaine, au terme de laquelle l’image de son parti sortit encore plus dégradée, si cela était possible ?

Dans un entretien au Nouvel Observateur, le 25 septembre, Pascal Durand déclare qu’il abandonne la direction des Verts : direction, vraiment ? La seule direction que M. Durand peut revendiquer, c’est celle de la sortie, que lui ont désignée Cécile Duflot et Jean-Vincent Placé : « La manière dont il a été traité est humiliante. Ça me choque et je n’aime pas ces méthodes. Pascal n’était qu’un patron par procuration […] les vrais patrons sont ceux qu’on appelle la firme : Cécile Duflot et ses amis. Même si Cécile Duflot est une bonne ministre, elle n’a pas lâché la direction des Verts. Mais ces derniers ne se sont pas créés pour être soumis au bon vouloir d’un clan. C’est le contraire de ce que défendent les écologistes. » (Noël Mamère, Le Monde, 25 septembre.)

À la vérité, la démission de M. Durand, pour reprendre une expression fortement expressive et joliment crapuleuse, « on s’en tamponne le coquillart ». Ses déclarations ne passaient que rarement le cercle de ses prétendus amis (à une exception près, qui lui fut fatale, son ultimatum du 14 septembre au gouvernement, auquel il donnait six jours pour fournir les preuves de son engagement en faveur de la transition énergétique), quant à ses jugements, ses observations, ses analyses, ils ne sont restés que dans la mémoire de son ordinateur. L’homme ne manque pas de qualités, mais, dans l’actualité fluctuante, il pesait aussi peu que son parti dans les urnes. Cependant, son éviction est révélatrice des pratiques établies et appliquées par les vrais patrons de ce parti « de cabinet » (aucune allusion, ici, aux toilettes, seulement aux ministères). Exit M. Durand.

Le couteau à la main, Noël Mamère, dans l’entretien au Monde déjà cité, pénètre plus profondément dans la plaie : « J’ai décidé de quitter EELV parce que je ne reconnais pas le parti que j’ai représenté à la présidentielle de 2002. […] Notre parti ne produit plus rien : il est prisonnier de ses calculs et de ses clans. Nous sommes devenus un syndicat d’élus ». Il ne saurait mieux dire, mais que ne l’a-t-il dit avant ! Nous savions que ces prétendus agitateurs d’idées moulinaient l’air et prenaient des poses avantageuses, afin de passer pour ce qu’ils ne sont pas : ni révolutionnaires, ni même réformateurs. Progressistes de congrès encolérés, insurgés de tribunes décentralisées, les écolos de gouvernement abandonnent aux obscurs militants le plaisir des vertes prairies, lui préférant la chlorophylle des jardins à la française de leurs ministères. Si fascinés par eux-mêmes qu’ils mériteraient l’appellation d’égologistes, ils éprouvaient hier la fascination de leur nombril, qu’ils confondaient avec le globe terrestre ; considérant les emplois qu’ils occupent aujourd’hui dans l’appareil d’État, ils sont saisis d’un vertige ascensionnel. Les plus aveugles ou les plus optimistes d’entre eux s’interrogent encore : « Jusqu’où n’atteindrons-nous pas ? ». Mme Duflot, cheftaine infantile et ambitieuse, fayote impudemment avec le Premier ministre et, surtout, avec François Hollande : un maroquin de prestige, c’est à dire régalien, suffirait à contenir ses emportements feints et à entretenir sa soumission réelle. Il n’est plus sûr qu’elle l’obtienne. Car, s’il est vrai que, grâce à Martine Aubry[1. Le 19 novembre 2011, le conseil fédéral d’ Europe Écologie-Les Verts validait l’accord de mandature, élaboré principalement par Mmes Duflot (inspiré par J-V Placé), et Aubry, prévoyant, en cas de victoire de la gauche, une coalition des deux formations à l’Assemblée nationale. Les Verts en tirèrent un immense bénéfice.] et à l’habileté manœuvrière de Jean-Vincent Placé, ces gens ont su faire fructifier la minuscule bourse de confiance que leur avait accordée le suffrage universel, leur trésor pourrait fondre rapidement : pour ces outrecuidants, la roche Tarpéienne est proche du capital

Après la débâcle de ce parti lilliputien, puis sa disparition, on se demandera comment tout cela aura été possible. Hors le navrant spectacle de leur hystérie, de leurs dissensions, de leur appétit des places et des honneurs, les Verts de pouvoir n’auront rien apporté à la société française. Aucune loi digne de ce nom : se sont-ils seulement souciés des conditions de transport des animaux de boucherie, par exemple ? Ont-ils voulu adoucir les procédures d’abattage des bêtes sacrifiées à un Dieu colérique ? Qu’ont-il seulement suggéré pour contrer la folie immobilière, publique et privée, qui ravage le paysage français[2. Dans le cas contraire, qu’ils nous en informent, nous nous ferons un plaisir et un devoir de reconnaître notre erreur (nous parlons ici des députés, ministres et autres Verts de gouvernement, et non pas des militants). Mme Voynet, alors ministre de l’environnement, a effectivement réfléchi à un projet de loi sur la chasse aux oiseaux migrateurs. Cela lui valut des désagréments indignes, des injures et le saccage de son bureau, en février 1999. Une loi fut votée, qui mécontenta tout le monde.] ? Ils ont préféré les épisodes de téléréalité qu’offrent régulièrement les faucheurs de maïs transgénique ! Cette secte de parvenus énervés sombrera dans le néant, d’où ses membres ne sont sortis que grâce à la capacité de nuisance des socialistes entre eux. L’écologie de gouvernement n’aura jamais favorisé que des politiciens subalternes déguisés en rebelles de magazine.


*Photo : moacirpdsp.

Jihad sexuel en Syrie ?

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Après avoir inspiré la vague révolutionnaire dans le monde arabe, la Tunisie se trouve parfois prise dans des rouleaux d’écume au goût bien amer. Si l’on se mettait en quête d’une preuve que le « printemps arabe » est une expression vide de sens, l’affaire du « jihad sexuel » serait-celle-ci.  Des centaines de jeunes Tunisiennes auraient été victimes d’une traite islamiste et envoyées sur le front syrien pour nourrir les fringales libidineuses des membres du front Al-Nosra, un mouvement jihadiste financé par nos chers amis qataris. Le phénomène a pris une telle ampleur que le grand mufti de la République tunisienne a dû publiquement prononcer le caractère haram (illicite) du jihad sexuel tandis que le gouvernement Ennahda annonce déjà l’adoption par les services sociaux tunisiens des enfants nés d’unions aussi éphémères que les étreintes de Woodstock.

Eh oui, si l’on y regarde de près, sous couvert de mener la guerre sainte, ces pauvres péronnelles assurent le repos du guerrier vert avec le stakhanovisme des meilleures courtisanes. L’hebdomadaire tunisien Al-Mijhar publie le récit d’une de ces pauvresses qui a gagné la Syrie la foi au cœur. Cette ancienne étudiante en histoire montrait tous les signes extérieurs de l’orthodoxie islamique, voilée qu’elle était depuis ses 17 printemps. Mais, à 21 ans, embrigadée dans des réseaux broussailleux, la voilà qui se rend sur le front nord syrien en compagnie de son mari. Aussitôt divorcée, elle convole en justes noces avec l’un des chevau-légers d’Al-Nosra, qui consomme l’union, puis la répudie… Le cycle mariage-union-divorce se poursuit… 152 fois. À en croire l’ancienne combattante, les islamistes ne manquaient pas d’assiduité dans leurs alcôves,  contractant jusqu’à cinq mariages par semaine.

La « jihadette » est finalement revenue en Tunisie en juillet dernier, enceinte de six mois, affligée par l’épidémie de Sida et d’autres joyeusetés sexuellement transmissibles qui sévissent parmi la rébellion islamiste. Son premier époux ayant été tué par Al-Nosra pour « rébellion », voilà la jeune jihadette veuve et traumatisée, mais toujours voilée…

Le Front n’est pas franc

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fn lepen fascisme

L’article de Lydie Marion publié dans ces colonnes pouvait au départ susciter une certaine perplexité. S’agissait-il d’une charge contre l’islamisme radical présenté comme un islamo-fascisme, principal défi lancé à la France et qui jetterait les électeurs dans les bras se du Front National ? Ou une valorisation de celui-ci en mouvement antifasciste (!) puisqu’il serait le seul à combattre la nouvelle peste. En fait, le texte poursuivait ces deux objectifs. Et pour cette raison, il n’est pas recevable. Je ne lui ferai aucun procès d’intention ni demande de justification. Ici, je transmettrai simplement l’expression d’un désaccord radical.

Au départ, le Front National était un parti ouvertement fascisant. Tous les fondateurs ou presque qui entouraient Jean-Marie Le Pen à cette époque, étaient issus de la collaboration avec le nazisme c’est-à-dire, de la trahison de 1940 et de ses conséquences. Pour eux, Le Pen ne devait être qu’une marionnette facile à manipuler. Ils sont tombés sur un os. Politicien retors et cupide, c’est lui qui les a roulés. Pour son profit exclusif et celui de sa petite famille. Cette matrice initiale est indélébile. Un parti politique, et surtout celui-là, c’est un appareil strictement verrouillé. Les épisodes Mégret et autres l’ont parfaitement démontré. Les militants sincères mais à la faible culture historique dans une époque troublée, les électeurs égarés qui ne savent plus à quel saint se vouer (à juste titre) ne sont pas en cause. Oui, le noyau dur du FN, encore aujourd’hui, est fascisant. Et c’est ce qui compte.

Il existait en Italie un parti du même genre, le MSI, encore plus marqué que le FN, ouvertement mussolinien. Son leader, d’un autre calibre intellectuel et politique que Le Pen, Gianfranco Fini a clairement rompu avec ce passé, quand il a mesuré que cela lui barrerait toujours la route du pouvoir. Il s’est donc « normalisé », transformé en véritable parti de droite républicaine  (et même moins extrémiste que la ligue du Nord). Malheureusement, le FN  étant d’abord le petit commerce de la famille Le Pen cette mutation sera impossible tant qu’ils seront là, entourés de leurs affidés.

Aucun compromis n’est donc possible. La trahison de 1940 reste toujours un clivage structurant de la vie politique française. Parce que cette trahison ne s’est pas arrêtée au 17 juin  (le pronunciamento de panique décrit par De Gaulle) ou au 10 juillet  (assassinat de la République). Il y a eu Montoire, la collaboration active, la LVF, la Milice, Sigmaringen etc. Mais il y a eu aussi l’après-guerre, les tentatives de réhabilitation, la construction du mensonge sur l’épuration pour présenter les traîtres en victimes, les recyclages au moment de l’Algérie et de la guerre froide. Contrairement à ce que disait Bernard Tapie, les électeurs et la plupart des militants du FN ne sont pas les salauds.  Il importe de les réintégrer à la société politique française, celle née (souvent pour le meilleur, et parfois pour le pire) de la victoire sur la trahison en 1944. Ils en font évidemment partie. La famille Le Pen et leur bande sûrement pas. L’islamisme radical, que j’exècre, n’est pas le principal problème de la société française. Ce n’est qu’un prétexte pour, l’assimilant au fascisme, dire que le Front National étant le seul à le combattre (?), il serait un parti antifasciste respectable. C’est faux.

Mon pays a pas mal de problèmes inquiétants. L’existence de ce parti à ces hauteurs électorales est l’un d’eux.

*Photo : dmonniaux.

Sexe, mensonge et zeugmas

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david di nota

Il faut chercher pourquoi, une fois que l’on a refermé le court roman de David di Nota, nous éprouvons cette sensation d’avoir rêvé, mais d’un de ces rêves particuliers aux contours très précis et à la logique interne apparemment infaillible. Car après tout, si on résume le contenu de Ta femme me trompe, il s’agit d’une histoire assez simple. Un journaliste, le narrateur, part faire un reportage sur une actrice pornographique « reconvertie dans la défense du christianisme ». Il ne la rencontrera pas, mais se liera avec un homme qui l’invite à regarder des films de l’actrice en question dans sa chambre. Ensuite cet homme fait une crise cardiaque, reste à l’hôpital, et le journaliste devient l’amant de sa femme.[access capability= »lire_inedits »] Celle-ci, finalement, trahira le journaliste, qui avait des informations confidentielles révélant les raisons historiques de l’inaction de la France au Darfour.

Raconté par di Nota, cela prend tout de suite une dimension insolite. Il y a d’abord, chez notre auteur, un ton toujours égal quel que soit le sujet abordé : les pratiques pornographiques japonaises comme les lâchetés de Bernard Kouchner aux Affaires étrangères, la conversation avec une maîtresse plus âgée et donc plus aimablement vicieuse et celle avec un général de haut rang qui a servi en Bosnie. Cette égalité de ton s’appelle l’ironie, et l’ironie de di Nota est celle de Swift, une de ses grandes admirations. Swift était capable de vous expliquer de manière très raisonnable, très argumentée, que le meilleur moyen de réduire la surpopulation et la famine était de manger les enfants des pauvres, à condition de bien les cuisiner.

Di Nota, lui, a écrit, comme son titre l’indique, un anti-vaudeville où le triangle amoureux ne fait pas claquer les portes d’appartements bourgeois mais devient le lieu d’une réflexion amusée et effrayée sur une vieille histoire : le sexe, c’est beaucoup plus que le sexe.  C’est de la jalousie, c’est de l’intuition, c’est de la bêtise, c’est de la politique et c’est même une rhétorique : « La sexualité masculine quant à elle est dominée par le zeugma. Un zeugma permet d’accoler deux parties hétérogènes. L’homme n’a nullement besoin qu’une partie renvoie au tout de l’Amour. Ce qu’il cherche, c’est le raccourci qui lui permettra d’accoler deux parties (son propre sexe sur un visage, par exemple.) S’il peut accoler les deux parties, l’homme est content. »

Bien entendu, si vous voulez savoir quelle figure de style représente la sexualité féminine, il vous faudra lire Ta femme me trompe. Et vous pourrez toujours masquer votre curiosité libidineuse en prétextant que l’on croise aussi, dans le roman, la théorie du bouffon de Kafka et des considérations sur Dans les griffes des humanistes, de Stanko Cerovik.[/access]

 

Ta femme me trompe, de David di Nota (Gallimard).

 

Name-dropping #1

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maurice ronet plein soleil

Maurice Ronet :

La flânerie biographique que lui consacre Jean-Pierre Montal – Ronetles vies du feu follet (Pierre-Guillaume de Roux) – est une merveille d’élégance, de style, de légèreté. Ça donne envie de revoir Plein soleil, Raphaël ou le débauché ou La Piscine (scénario d’Alain Page), entre autres. Pour enfoncer le clou, les éditions des Equateurs publient, sous la plume de José-Alain Fralon : Ronet, le splendide désenchanté et le cinéma Le Champollion lui consacre une rétrospective. Ronet pas mort, littérature suit …

Lindsay Lohan :

Alcoolique, droguée et ringarde, la starlette est moquée partout. Rectifions : elle est belle, drôle, a une voix de fumeuse de blonde à se damner et, dans The Canyons, signé Paul Schrader sur un scénario de Bret Easton Ellis, elle nous enchante. Nue ou parée d’une robe noire et de Louboutin, elle y est exquise, comme dans une série de photos mises en scène par Olivier Zahm. C’était en 2012 dans LOfficiel Hommes. Ça ne nous quitte plus.

LUI :

Le meilleur texte de la rentrée date de 1971. Il a paru dans LUI, est signé Paul Gégauff. Ça s’appelle « Salut les coquins ! ». La Nouvelle vague morfle. Les mots à l’assaut, à la caresse sur Godard, Truffaut, Rohmer. On dirait le Hollywood Babylone de Saint-Germain des prés. À lire dans le prochain numéro de Schnock (en décembre). Ca tombe bien : LUI est de retour dans les kiosques. À la direction, Beigbeder, parfait dans son édito et son itévé de Filippachi. Léa Seydoux incarne la dolce vita en couverture et dans les pages intérieures. Libérati la joue piano sur l’inconnue du mois. Iacub est incompréhensible. Nicolas Rey parle avec talent des fesses de Najat Vallaud-Belkacem. Patrick Besson, profitant des séances de cinéma, n’en fait qu’à sa fête. On attend le numéro 2.

Patrick Besson :

Patrick est un cochon. Chez lui, tout est bon. Sa Nouvelle galerie, à paraître aux Mille et une nuits, en est un exemple. Ses mots de flâneur en Iran, récemment dans Le Point, en sont un autre. En six pages, tout est dit. La presse, quand les écrivains s’en mêlent, c’est tout de suite mieux.

Le jeu de quilles :

Meilleure table – sise 45 rue Boulard – du XIVe arrondissement, donc de Paris. Benoît Reix, le chef, nous régale de ses menus dégustations et de ses vins qui rendent meilleur, un Morgon de chez Descombes par exemple. NKM en personne l’encense par-ci par-là. NKM a bon goût. On pourrait bien, pour cette gustative raison, voter pour elle.

Eric Neuhoff :

Les remous salariaux ont parfois du bon. Au Figaro, Yann Moix ne tient plus le feuilleton littéraire et Eric Neuhoff, dans le Figaro Magazine, nous offre chaque semaine ses « Passe-temps ». Il parle de la pluie, de Woody Allen, de la nostalgie des plages ou du sac des filles. Un rendez-vous à ne pas manquer, en attendant la parution en octobre, chez Ecriture, de son Dictionnaire chic du cinéma.

Aurélie Filippetti :

Héroïne cachée, paraît-il, de Moment dun couple, roman de Nelly Alard (Gallimard). Ce qui lui déplaît. Amante hystérique ou pas, il n’empêche : le prix Décembre est en vue. Pour une Ministre de la Culture, ce n’est pas rien. Même par procuration.

*Photo: Plein Soleil.

Vialatte sur un plateau

On parle souvent du franco-auvergnat Alexandre Vialatte dans les colonnes de Causeur. (Nous avons évoqué en 2011 l’«  Année Vialatte » : et tout récemment encore la publication d’un texte inédit du célèbre chroniqueur à l’humour loufoque et à la poésie lunaire) C’est que l’époque actuelle, et nos contemporains, ont grandement besoin de Vialatte ; et que la parole vialattienne doit être encore propagée dans le grand public – au-delà du cercle encore trop restreint de ses admirateurs fanatiques, qui – comme pour toute société secrète – se reconnaissent entre eux par des signes très subtiles et une maîtrise du moindre bon mot ou du moindre faux proverbe bantou du poète.

L’humour de Vialatte est une épatante mécanique de précision mêlant au nonsens à l’anglaise, un sens grave de l’absurde ( il a traduit Kafka…), une posture tout à la fois débonnaire et pince-sans-rire souvent critique mais jamais malveillante, et un génie poétique burlesque – faisant de bien de ses traits des fulgurances d’une grande beauté. Une grâce solaire lorsqu’il chante les femmes…  « Parmi les dames du temps présent, les Auvergnates, qui vivent sur des volcans, rayonnent d’un éclat sulfureux. Elles mesurent 1m60. Elles naissent, comme toutes les dames, en 1933, selon la mode de cette année. L’an prochain, elles naîtront en 1934. Bref, elles auront toujours vingt ans » ; ou parfois un peu cafardeuse : « Le bonheur date de la plus haute Antiquité. Il est quand même tout neuf car il a peu servi« … Une veine bien souvent absurde… « L’idée de s’appeler Napoléon ne pouvait venir qu’à un homme d’exception. »

En 1951, Alexandre Vialatte « rate » de peu le Prix Goncourt ; l’académie Drouant préférant à son délicieux roman Les fruits du Congo Le Rivage des Syrtes de Julien Gracq. A compter de cette époque Vialatte ne parvient plus à mener à terme d’autres projets romanesques. Poursuivant une carrière de journaliste commencée bien avant la seconde guerre mondiale, il commence une série de chroniques littéraires pour le quotidien régional La Montagne. Vivant l’écriture de ce billet hebdomadaire comme un sacerdoce, une corvée, voire une peine (sa correspondance avec son amie Ferny Besson le montre bien), Vialatte écrira entre 1952 et l’année de sa mort, 1971 presque un millier de ces textes truculents abordant tous les sujets imaginables (l’actualité littéraire d’abord, mais aussi la faune amusante, la flore pittoresque, l’homme moderne en congés payés, les grandes villes, la publicité, Brigitte Bardot, etc.) – un trésors de poésie et d’humour qui ne sera publié en volumes qu’après sa mort. Des volumes aux titres délicieux, repris des chroniques elles-mêmes : Dernières nouvelles de l’homme, L’éléphant est irréfutable, Antiquité du grand chosier ou encore Profitons de l’ornithorynque. Ce dernier étant, avec la militante du parti radical de gauche et l’oryctérope ce qu’il y a de plus étrange dans le règne animal. Et Vialatte a longuement chanté l’oryctérope (ses oreilles de lapin, son groin de cochon, sa gueule de fourmilier, ses pattes d’éléphant…).

Un spectacle donné à partir du 10 octobre au Théâtre de la Commune d’Aubervilliers vient nous servir Vialatte sur un plateau : « Résumons-nous, la semaine a été désastreuse« . Mis en scène par Charles Tordjman, avec Christine Murillo, Julie Pilod et Dominique Pinon, d’après les chroniques montagnardes de Vialatte, ce spectacle délectable – créé à Lausanne en 2012 – envahit désormais l’hexagone (Aubervilliers en octobre, mais aussi Clermont en décembre, Sète en janvier, etc.) Un rendez-vous nécessaire pour le plus grand plaisir des gourmets des mots.

Esprit critique, es-tu là ?

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houellebecq grand journal

Le critique littéraire n’est pas prescripteur – pour le dire crument, il ne fait pas vendre : ce constat est devenu un lieu commun. Un livre peut être défendu, voire encensé, par la « grande presse » sans dépasser les quelques milliers d’exemplaires. Inversement, les lecteurs de Musso, Lévy, Werber, Schmitt ou Nothomb se moquent que leurs auteurs aient mauvaise presse, attribuant le mépris du « milieu » à la jalousie, au snobisme, a l’intellectualisme et au parisianisme.

En somme, le succès se rit de la critique. Pour la bonne raison que celle-ci a perdu une grande partie de sa crédibilité, pour ne pas dire de sa respectabilité, auprès du lectorat populaire. Même la télévision, du moins ce qu’il y reste en fait d’émissions littéraires, ne fait plus vendre. Pour faire acheter des livres aux gens qui lisent peu, il faut l’artillerie lourde du marketing et la grosse caisse médiatique – grands prix littéraires et opérations promotionnelles orchestrées par certains éditeurs, qui entassent les piles d’ouvrages dans les supermarchés culturels. Quant aux raisons d’un succès, tout le reste est mystère.[access capability= »lire_inedits »]

Tout cela n’est pas très nouveau. Ce qui l’est un peu plus, c’est que la critique, elle, ne se moque pas du tout du succès. Faute de le susciter, elle vole volontiers à son secours. Certes, elle affiche d’abord un dédain de bon aloi pour les auteurs industriels. Pas question de s’abaisser à lire Marc Lévy, et encore moins à l’attaquer. « Trop facile ! », se récrie-t-on[1.  Dixit notamment Michel Abescat, de Télérama, à propos du Jourde et Naulleau.]. « Tout le monde sait que ce n’est pas un écrivain ! » Tout le monde, sauf le million de personnes qui achète religieusement ses ouvrages, et a qui on pourrait tenter d’expliquer qu’il existe une littérature populaire moins creuse et moins lourdement stéréotypée.

Apres tout, on peut comprendre que les chroniqueurs habitués à fréquenter les bons auteurs ne soient guère enthousiastes à l’idée de s’infliger de mauvais livres dans le seul but d’en dégouter leurs lecteurs. Mais ça ne s’arrête pas là. Car, au bout du compte, le public est roi : un lecteur (ou un acheteur), une voix. A-t-on le droit de dénigrer ses choix ? Insidieusement, les chiffres de vente deviennent un critère de légitimation : si ça « marche », il faut en parler. Le malheureux journaliste littéraire se voit somme de livrer la sociologie du succès. Au-delà de 100 000 exemplaires, il y a « phénomène de société ».

Un livre dont tout le monde parle est forcément, selon un syllogisme boiteux, un livre qui parle du monde. Et puis, il faut « respecter le lecteur ». L’idéologie endémique du respect a imposé la reconnaissance de l’auteur bas de gamme dans des lieux d’où il aurait été naguère exclu. Ainsi a-t-on vu des magazines comme Lire consacrer les meilleures pages de leur numéro à Anna Gavalda, ou Le Monde des livres faire l’éloge d’Alexandre Jardin. Ainsi a-t-on pu entendre Yann Queffelec défendre l’intérêt de l’œuvre de Marc Levy, preuve irréfutable à l’appui : Josyane Savigneau[2.  Josyane Savigneau a dirige Le Monde des livres pendant prés de quinze ans, jusqu’en 2005, exerçant de ce fait un magistère fort conteste dans la République des lettres. (EL)] en faisait l’éloge.

S’agissant de la littérature industrielle, qui se passe fort bien de ses services, la critique semble donc résignée a choisir entre silence et suivisme. On pourrait imaginer que, s’agissant de la littérature dite « exigeante », c’est-à- dire celle dont on parle dans les journaux « sérieux », les critiques conservent un certain magistère. Il n’en est rien. Tout lecteur qui se risque a acheter un livre sur la foi de l’éloge qui en était fait dans un supplément littéraire a de bonnes chances de découvrir un texte qui n’a que très peu à voir avec ce qu’il en a lu ou entendu. C’est que le critique ne s’intéresse pas tant a l’œuvre qu’a son sujet, surtout si c’est, comme le « phénomène » évoque précédemment, un « sujet de société ». Pour le critique, le livre devient prétexte a des considérations sociologiques, ou a des digressions sur la vie de l’auteur, la maison de l’auteur, le chien de l’auteur, tout étant bon pour ne pas se colleter à la force d’un langage, a l’originalité d’une vision – en somme, a ce qui fait une œuvre. La cause est donc entendue : de bonnes critiques ne font pas de bonnes ventes.

Les exemples abondent de « coups » éditoriaux concoctés avec le soutien actif d’un ou plusieurs grands medias, qui n’en ont pas moins été des accidents industriels. À se pâmer devant n’importe quoi, à ressasser jusqu’a l’écœurement les dithyrambes des mêmes auteurs, Angot, BHL, Houellebecq, Zeller, Labro, sans se soucier une  seconde de l’intérêt littéraire véritable de leurs textes, la critique s’est déconsidérée auprès des amateurs. Lors d’une émission radiophonique, sur Europe 1, consacrée à l’anodin récit La Carte et le Territoire, Houellebecq a été comparé a Stendhal, Flaubert, Balzac et Bernanos. Excusez du peu. Et qui peut croire que chaque ouvrage de Philippe Sollers soit un nouveau chef-d’œuvre du plus grand écrivain français ? Ou que, comme l’a écrit Bourmeau, Belle et Bête, de Marcela Iacub, soit un livre « unique, universel », qui « impose la force d’une évidence que seules, depuis Esope, possèdent les fables, avec lesquelles il partage l’art maniaque de l’observation comme l’amour des animaux » ?

L’inflation superlative révèle a quel point la critique a perdu le sens des proportions, pour ne pas parler de celui du ridicule. Dans ces conditions, il n’est guère surprenant qu’on fasse de moins en moins appel, pour parler des livres, aux critiques, auxquels on préfère fréquemment des libraires, des chanteurs ou des comédiens. Il faut noter que la concurrence d’Internet s’est avérée ravageuse pour la critique professionnelle.  On y trouve bien entendu de tout, et principalement n’importe quoi, mais aussi quelques excellents sites ou blogs littéraires.

Reste que quelques oasis numériques (et une petite phalange de journalistes qui doivent souvent batailler contre leur hiérarchie) ne changent pas le tableau. Nous nous trouvons dans une situation étrange ou critique et littérature semblent mener des existences séparées, comme s’il s’agissait d’activités n’ayant rien à voir l’une avec l’autre. Ce malentendu tient en partie au fait qu’un nombre croissant de livres ne sont pas – et ne prétendent même pas être – des œuvres. Telle est la question posée à la critique : il faudra bien qu’elle décide si son rôle est de vendre des livres ou de parler de littérature. [/access]

 

Prise d’otages de Nairobi : la Charia contre le Marché

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islam capitalisme terrorisme

Si le XXème siècle a été traversé par une grande « guerre civile européenne » (selon l’expression d’Ersnt Nolte), en deux phases, mutant ensuite en une guerre mondiale Est-Ouest verrouillée par le feu nucléaire, le XXIème siècle est entré dans une phase de guerre civile mondialisée, et les récents événements au Kenya en sont un symptôme extraordinairement révélateur. Dans un supermarché – métaphore assez littérale de ce que la planète est en passe de devenir -, des civils européens ont été abattus par des jihadistes européens au nom d’une idéologie politico-religieuse d’origine arabo-musulmane, au sein d’un pays d’Afrique noire qui représentait un lieu de tourisme pour certaines victimes, de terrorisme pour les bourreaux, l’assaut ayant été relayé en temps réel sur Twitter, afin que son écho médiatique soit mondial. Comment résumer plus éloquemment la nature du conflit où nous sommes sommés jetés ?

Ce massacre doit être au moins l’occasion du procès d’un certain nombre de lieux communs débiles qui pourrissent depuis trop longtemps dans la pensée dominante. Cette pensée est manichéenne, simpliste, benoîtement optimiste, bref : criminelle. Elle supposait, avec une naïveté touchante, que la relativisation ou la disparition des frontières nationales, signifierait mécaniquement la fin des guerres sous l’égide bienveillante de l’ONU. Résultat : la guerre ne se déroule presque plus entre nations – peut-on appeler « guerre » au sens classique les opérations de gendarmerie menées par les Occidentaux ? -, non, la guerre est civile et elle est mondiale. On chantait les bienfaits de la circulation accélérée des individus sur toute la planète et des nombreux échanges rendus possibles grâce au réseau Internet. Oui, mais cela signifie également la potentielle omniprésence fantôme de l’ennemi, et la diffusion exponentielle des haines. On se pâmait devant la symbolique du métissage, en tant que dissolution des différences par la grâce de l’amour. Le couple mixte qu’a formé la « Veuve blanche » avec son djihadiste de mari, l’a mené à assassiner ses compatriotes, sans distinction de races, au nom de l’universalisme islamique. United colors of total war.

Oui, décidément, il y a quelque chose de pourri dans le village global. Nous qui ne sommes pas bêtement « progressistes » nous nous doutions bien qu’un phénomène – comme celui de la mondialisation -, n’est jamais innocent, et porte toujours son revers, et que là où un certain Bien semble s’affirmer, le mal mute. Aussi ne sommes-nous pas tellement étonnés. Mais permettez tout de même que nous expliquions aux mondialistes béats que si cette guerre présente gagne en intensité, alors sans doute nous n’aurons plus d’armée aux frontières, pas la moindre ligne Maginot, non, mais un flic ou une caméra dans chaque rue et un ennemi dans chaque immeuble. S’il n’y a plus de front, le front est partout. Si nous sommes tous « citoyens du monde », cela implique que désormais, toute guerre sera civile. C’est-à-dire, selon Pascal : le pire des maux.

Moi qui ne suis pas un « citoyen du monde » au sens où ils emploient cette expression, mais un Français héritier de 2000 ans d’Histoire, c’est avec un dédain parfaitement aristocratique que j’observe les bannières des camps en présence, m’interrogeant seulement : « Reste-t-il une voie entre la Charia et le Marché ? » Les deux idéologies sont des hérésies en miroir. La seconde adore un argent devenu bien trop abstrait, la première un esprit franchement lourd, si temporel, tellement littéral. J’ai la nostalgie d’une âme dans un corps. Une culture singulière au sein d’une géographie définie. J’ai la nostalgie de la forme nationale, parce qu’elle est à taille humaine, parce qu’elle est une grande personne avec son tempérament propre, son passé, ses drames, parce qu’on peut la voir, la cerner, parce qu’elle est plus facilement bridée dans ses volontés hégémoniques. Bien entendu, défendre aujourd’hui la forme nationale ne pourrait se faire qu’à condition de s’adapter au paradigme actuel, de viser une sorte d’Internationale des peuples souverains et des cultures, tel que Dominique de Roux voulut le faire avec son « gaullisme révolutionnaire » auquel les gaullistes de son temps n’ont pas compris grand-chose. La France pourrait justement, dans cette optique, jouer un rôle de premier ordre, en tant que modèle, par excellence, de la « vieille nation historique ». Oui, mais pour cela, il faudrait déjà qu’elle se souvienne qu’elle existe.

*Photo: maria zerihoun

La dernière bulle sera-t-elle chinoise ?

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chine crise banques

chine crise banques

Tandis que nos économistes hexagonaux consacrés par les médias ergotent sur le rebond de la production en France[1. 0,5% au total, mais 0,2% si l’on défalque l’accroissement des stocks et la production d’énergie liée au printemps pourri.], les économistes internationaux, rendus vigilants par les crises de 2008 et de 2010, tentent d’anticiper le prochain risque majeur pour le système économique mondial. Ils constatent les difficultés sérieuses de la Russie et de l’Inde, le ralentissement du Brésil. Ils s’interrogent surtout à propos de l’opaque économie chinoise qui envoie des signaux de plus en plus contradictoires. Une question les hante et guide leurs recherches : après l’Amérique, après l’Europe, la Chine sera-t-elle le troisième foyer de crise financière et de récession économique mondiales ?

La relance chinoise de 2008

Tout vient de la stratégie adoptée par les autorités chinoises au printemps 2008. À ce moment-là, les grands organismes de prévision, tels que le FMI, l’OCDE, la Commission européenne et le Conseil d’analyse économique français nient tout risque de récession. Dans les faits, elle est à l’œuvre dès avril 2008 dans l’intégralité des économies occidentales. Seulement, à la différence de leurs homologues occidentaux, les économistes chinois diagnostiquent une grave chute de l’activité en Amérique et en Europe.[access capability= »lire_inedits »] Le gouvernement et la Banque centrale sont ainsi confrontés à une situation inédite pour un pays qui connaît alors sa vingt-huitième année consécutive de forte croissance. Il est bien connu en effet que la Chine, convertie au capitalisme, a adopté d’emblée un modèle de développement basé sur l’exportation[2. On voit de mieux en mieux, au fil des années, que ce modèle, dit « mercantiliste », repose sur une ambition politique : rendre à l’empire du Milieu la position historique de puissance économique dominante qu’il occupait encore au XVIIIe siècle.], d’abord en direction de l’Amérique, puis de l’Europe et des autres continents. La chose aurait dû surprendre de la part d’un pays de plus de 1 milliard d’habitants, offrant potentiellement le marché le plus important de la planète. Mais le choix du Parti communiste rallié n’a été ni critiqué ni contrarié par les puissances occidentales, qui s’émerveillaient de voir la Chine s’ouvrir au monde occidental et épouser formellement son modèle, sans s’interroger plus avant sur les desseins des dirigeants de Pékin.

Au moment où la récession s’installe en Amérique, en Europe et au Japon, au fil d’un développement à marche forcée, les exportations chinoises ont fini par représenter quelque 30% du PIB. Or, en ce printemps 2008, les dirigeants chinois doivent faire face au recul inéluctable de leurs débouchés en Occident, voire dans les pays producteurs de matières premières, victimes par ricochet de la récession chez nous. Ils optent sans hésiter pour une politique de relance massive appuyée sur le crédit bancaire et sur la création en nombre d’infrastructures nouvelles. Les projets de construction de logements et de nouvelles lignes ferroviaires à grande vitesse sont amplifiés et accélérés. Les Occidentaux basés en Chine assistent, éberlués, à l’équipement accéléré d’une Chine milliardaire en habitants. Et les JO de Pékin, cette même année, témoignent de la capacité chinoise : les fabricants de baskets et de tee-shirts chers à Pascal Lamy sont aussi les promoteurs du stade en « nid d’oiseau » où se déroulent les compétitions d’athlétisme. Et de bien d’autres choses.

Les chiffres sont éloquents : quelque 3500 milliards de dollars sont investis, au titre de la relance, dans le logement et les infrastructures. La croissance chinoise se rapproche à nouveau du rythme de 10% qui était de rigueur depuis le début de la décennie. Les villes absorbent en nombre croissant les ruraux qui désertent leurs campagnes. Ces résultats favorables permettent à la classe dirigeante d’échapper à la réprobation de l’opinion qui commence à s’alarmer de la montée des nouveaux riches et des dégâts engendrés par la corruption locale et nationale. La propagande nationaliste du régime, qui s’appuie sur ces résultats, trouve alors un écho important dans la population.

Mais depuis, peu se sont interrogés sur la qualité des investissements réalisés. En Chine  comme ailleurs, en Amérique ou en Europe, l’objectif essentiel était de croître, de créer des emplois,  d’engranger les impôts. Les dirigeants préfèrent ne pas voir que la croissance repose sur une dose de plus en plus élevée de ce que Hayek appelait le « bad investment » et sur un excès tendanciel de la dette. Des domaines dans lesquels les chiffres sont également sans appel. La part de l’investissement dans le PIB s’élève de 36% à plus de 50% en l’espace de cinq années[3. À titre de comparaison, il oscille entre 16% et 20% dans les pays occidentaux.]. La dette globale explose : encore située à 115% du PIB en 2008, elle dépasse le double du PIB en 2012. Ce chiffre rapproche la Chine des pays occidentaux dont la dette globale représente près ou plus de trois fois le PIB. Avec une différence majeure, la dette chinoise étant concentrée dans les entreprises et les collectivités territoriales, alors que la nôtre est, pour une part importante, détenues par les États.

En l’an de grâce 2013, le climat a changé. Les responsables chinois placés sous l’autorité du président Xi, élu en 2012, admettent rencontrer une difficulté majeure du fait de la dette accumulée et des risques d’insolvabilité croissants au sein de l’économie. Ils prennent des mesures dirigistes pour freiner la spéculation immobilière qui sévit dans toutes les villes. Dans ce contexte, la Banque populaire de Chine tente, début juin 2013, de durcir les conditions d’accès des banques à ses guichets. Mais son action déclenche un séisme instantané : l’espace de quelques jours, les banques chinoises cessent de se prêter les unes aux autres, situation qui reproduit celles des États-Unis et de l’Europe en 2007 et 2008. Alors, pour rétablir la confiance, la Banque populaire de Chine se résigne à injecter en quantité des liquidités nouvelles[4. Le taux des prêts sur le marché interbancaire venait d’atteindre le chiffre de 14% !].

 

Les « shadow  banks », stigmate de la bulle du crédit chinoise

 

Observées de loin, les turbulences chinoises ressemblent à un remake des perturbations occidentales des années précédentes. Emballement du crédit, montée des prix des immeubles, malaise consécutif sur le marché du crédit interbancaire : rien, dans le processus à l’œuvre en Chine, ne paraît bien nouveau. Rappelons cependant que la décision d’investir massivement est venue d’en haut, concrétisant la volonté expresse des autorités d’échapper à un fort ralentissement économique qui aurait interrompu la création d’emplois par millions[5. Encore 12 millions d’emplois auraient été créés au premier semestre de cette année.]. Insistons aussi sur le fait que cette décision n’entre pas dans le cadre d’une politique dite « keynésienne », qui cherche à répondre à une récession ou à une dépression déjà installée au sein de l’économie chinoise, mais qu’elle répond en fait à notre récession, dont elle cherche à combattre les effets sur la machine économique locale.

Cependant, il y a bel et bien une spécificité de la bulle du crédit qui s’est formée ces derniers temps : c’est le rôle joué par les « shadow banks ». Leur titre est passablement trompeur puisqu’elles agissent au grand jour. Tout Chinois qui le souhaite peut se rendre à leurs guichets, y déposer son épargne ou y demander un prêt. Mais elles ne s’inscrivent pas dans le cadre légal défini pour les autres banques, à capitaux d’État, et ne peuvent accéder ni aux guichets de la Banque populaire de Chine, ni au marché interbancaire où opèrent leurs grandes consœurs plus anciennes. Leurs activités sont tolérées, voire encouragées, par les autorités publiques, sans bénéficier des conditions d’accès au crédit du système bancaire classique.

Elles ont rempli et remplissent encore une fonction particulière au sein de l’économie, en offrant une forte rémunération aux épargnants − c’est l’avantage dont elles jouissent. Si les dirigeants de Pékin ont donné leur bénédiction aux « shadow banks », c’est parce qu’elles jouaient le rôle d’une soupape de sûreté auprès d’un public d’épargnants qui auraient mal accepté de ne pouvoir faire fructifier leurs avoirs. D’ailleurs, les banques classiques, faute de pouvoir offrir de bons rendements, ont souvent pris l’initiative d’orienter leurs clients vers ces nouveaux établissements.

Ces « shadow banks » ont donc été des acteurs essentiels de la grande relance opérée depuis 2008. D’abord en drainant une épargne qui aurait pu s’échapper du système économique, ensuite et surtout en recyclant cette épargne vers des entreprises ambitieuses, décidées à prendre de grands risques. Leur activité a été guidée par un principe simple : prêts à taux très élevés, proches de 20%, investis dans la construction, les infrastructures, et une masse d’entreprises qui fournissent le ciment, l’acier et le bitume nécessaires. Ce modèle a tenu quatre ans durant, avant d’atteindre ses limites. Les mauvais débiteurs, entreprises ou collectivités territoriales, se révèlent[6. Le montant des crédits accordés par les « shadow banks » représente un tiers du total dont on a dit qu’il avait fortement augmenté.].

Le moment est venu de reformuler la question de départ. Va-t-on assister à une troisième crise financière, dont l’épicentre sera situé en Chine, plus précisément dans l’investissement et les crédits mobilisés depuis 2008 ? Ou bien le gouvernement et la Banque centrale peuvent-ils reprendre le contrôle de la situation, avec les moyens dont disposent un gouvernement dictatorial et une Banque centrale qui n’est pas l’otage des marchés financiers occidentaux, comme le sont les nôtres ?

Les informations disponibles en cette rentrée 2013 ne permettent pas de trancher entre les deux réponses, pessimiste ou optimiste. On peut observer que les autorités chinoises ont pris conscience de la gravité de la situation et s’emploient à ralentir le rythme des nouveaux crédits. Cela signifie que l’investissement lié à la grande relance de 2008 entre, en toute hypothèse, dans une phase de repli : un nouveau ralentissement de la machine chinoise se produira à brève échéance. Même si la bulle chinoise devait se résorber sans éclater, l’essor économique ne sera plus ce qu’il était. Une nouvelle ère semble se dessiner pour la Chine. Et pour nous avec elle.[/access]

*Photo : dcmaster.

Moi, Jérôme Leroy, fasciste

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fascisme fn antifas

fascisme fn antifas

J’ai beaucoup aimé l’article de Lydie Marion sur le fascisme et l’antifascisme. Sincèrement. Il m’a beaucoup aidé à comprendre les choses en cette période de confusionnisme idéologique.  Je cherchais vainement un parti vraiment antifasciste d’autant plus qu’on s’obstine à m’expliquer autour de moi que vouloir voir du fascisme en France en 2013, c’est vraiment jouer à se faire peur. Que le fascisme n’existe pas, n’existe plus, sauf pour les antifascistes. Mais attention, pas pour les antifascistes du Front National qui luttent contre le vrai fascisme. Non, pour les antifascistes antifascistes. Les antifas, comme on dit. Ceux du groupe où sévissait le sinistre Clément Méric qui a trouvé la mort en agressant un membre des JNR de Serge Ayoub.

Les JNR de Serge Ayoub, dans la logique de Lydie Marion, ne sont pas des fascistes. Il ne faut pas se fier aux apparences. Ce n’est pas parce que les JNR ont les cheveux rasés et des tatouages cryptonazis qu’ils sont fascistes. Bien au contraire. Ce sont des victimes. Après tout, on ne voit pas pourquoi la gauche aurait le monopole de la culture de l’excuse.  Oui, les nervis des Jeunesses Nationalistes Révolutionnaires sont des victimes La preuve, ils sont pauvres et blancs. Tandis que les antifas sont tous des petits bourges de Sciences Po, comme Clément Méric.

C’est amusant, la lutte des classes n’existe pas pour la droite et les néo-réacs quand on parle économie et social mais ils retrouvent son utilité il s’agit de relativiser le fait qu’un jeune homme, Morillo, en tue un autre. Clément Méric a été tué par des pauvres, car c’était un petit bourge. Un provocateur. D’ailleurs, c’est lui qui a commencé. L’ami Jacques de Guillebon m’avait vertement tancé à ce sujet. Ensuite il nous avait expliqué que RTL avait des images vidéo exclusives qui prouvaient que l’antifasciste antifa (donc un faux antifasciste dans la logique de Lydie Marion) Clément Méric avait même agressé le pauvre Esteban Morillo. Je dis pauvre à tous les sens du terme. La récente procédure a prouvé que ceci était parfaitement faux, que Morillo avait bien porté le premier coup et j’aurais bien aimé que Jacques de Guillebon nous fasse de lui-même le rectificatif. Mais en même temps, il faut que j’arrête de parler de Clément Méric. J’instrumentalise la mort de ce garçon. C’est un comportement fasciste finalement.

Il faudrait que je suive les conseils de Lydie Marion et que j’aille prendre des leçons d’antifascisme au Front National. Même si le fascisme n’existe plus. La preuve que le Front National est un parti antifasciste d’ailleurs, c’est qu’il s’est débarrassé de tous les fascistes qu’il y avait dans ses rangs notamment les petits cons qui se faisaient poisser par des photographes en faisant des saluts nazis. Des gars comme Esteban Morillo, par exemple. Mais, en même temps, on vient de m’expliquer qu’il n’était pas fasciste car le fascisme est un fantasme d’antifasciste de gauche. Ah, c’est compliqué, on ne s’en sort plus.

C’est sans doute qu’il faut changer de paradigme, comme disent les prétentieux, et redéfinir le fascisme comme le fait intelligemment le Front National qui n’est pas fasciste mais en connaît quand même un rayon sur la question si on regarde la composition de ses bureaux politiques ces trente dernières années. Le fascisme, comme nous l’explique d’ailleurs très bien Lydie Marion, c’est un peu comme Rome dans le Sertorius du vieux Corneille : « Rome n’est plus dans Rome, elle est toute où je suis » Oui, « où je suis… » C’est moi le fasciste, c’est moi qui devrais avoir honte.

Je suis communiste ? Je suis un fasciste rouge. D’ailleurs, le pacte germano-soviétique en est la preuve éclatante.

Je refuse de confondre islam et islamisme ? Je suis un fasciste salafiste, un lapideur de bonnes femmes, un futur collabo dans le Grand Remplacement qui se prépare.

Je pense que la répression n’est rien sans la prévention ? Je suis un fasciste taubiriste, laxiste, ami du crime.

Je trouve que l’instrumentalisation des Roms à l’approche des municipales est à vomir ? Je suis un fasciste bobo qui vit dans 800 mètres carrés et je ferais mieux  de la fermer car ils ne campent pas dans mon dressing-room.

Je suis un fasciste, voilà, c’est sûr. Du coup, même si j’avais voulu adhérer au FN, c’est raté. Jamais des antifascistes comme eux ne voudront d’un fasciste comme moi.

 *Photo : Stencilpedia .

Écolos : dehors les charlots !

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cecile duflot verts

cecile duflot verts

« J’en ai ras’l’bol ! » : madame la ministre des réquisitions de locaux appartenant au clergé et de la nationalisation des loyers tente une diversion en adoptant un style relâché, qu’elle veut conforme à son image d’adolescente tardive. Le 26 septembre, Cécile Duflot invoque les « valeurs » d’un nuageux « pacte républicain », présenté comme le gardien de la cohésion nationale et des qualités gustatives du fromage de tête réunis, menacé par la diatribe (de gauche ?) anti-Roms du ministre de l’Intérieur (Roms, unique objet de ses ressentiments…). Imagine-t-elle qu’on oubliera, avec sa misérable parodie de républicanisme outragé, cette calamiteuse semaine, au terme de laquelle l’image de son parti sortit encore plus dégradée, si cela était possible ?

Dans un entretien au Nouvel Observateur, le 25 septembre, Pascal Durand déclare qu’il abandonne la direction des Verts : direction, vraiment ? La seule direction que M. Durand peut revendiquer, c’est celle de la sortie, que lui ont désignée Cécile Duflot et Jean-Vincent Placé : « La manière dont il a été traité est humiliante. Ça me choque et je n’aime pas ces méthodes. Pascal n’était qu’un patron par procuration […] les vrais patrons sont ceux qu’on appelle la firme : Cécile Duflot et ses amis. Même si Cécile Duflot est une bonne ministre, elle n’a pas lâché la direction des Verts. Mais ces derniers ne se sont pas créés pour être soumis au bon vouloir d’un clan. C’est le contraire de ce que défendent les écologistes. » (Noël Mamère, Le Monde, 25 septembre.)

À la vérité, la démission de M. Durand, pour reprendre une expression fortement expressive et joliment crapuleuse, « on s’en tamponne le coquillart ». Ses déclarations ne passaient que rarement le cercle de ses prétendus amis (à une exception près, qui lui fut fatale, son ultimatum du 14 septembre au gouvernement, auquel il donnait six jours pour fournir les preuves de son engagement en faveur de la transition énergétique), quant à ses jugements, ses observations, ses analyses, ils ne sont restés que dans la mémoire de son ordinateur. L’homme ne manque pas de qualités, mais, dans l’actualité fluctuante, il pesait aussi peu que son parti dans les urnes. Cependant, son éviction est révélatrice des pratiques établies et appliquées par les vrais patrons de ce parti « de cabinet » (aucune allusion, ici, aux toilettes, seulement aux ministères). Exit M. Durand.

Le couteau à la main, Noël Mamère, dans l’entretien au Monde déjà cité, pénètre plus profondément dans la plaie : « J’ai décidé de quitter EELV parce que je ne reconnais pas le parti que j’ai représenté à la présidentielle de 2002. […] Notre parti ne produit plus rien : il est prisonnier de ses calculs et de ses clans. Nous sommes devenus un syndicat d’élus ». Il ne saurait mieux dire, mais que ne l’a-t-il dit avant ! Nous savions que ces prétendus agitateurs d’idées moulinaient l’air et prenaient des poses avantageuses, afin de passer pour ce qu’ils ne sont pas : ni révolutionnaires, ni même réformateurs. Progressistes de congrès encolérés, insurgés de tribunes décentralisées, les écolos de gouvernement abandonnent aux obscurs militants le plaisir des vertes prairies, lui préférant la chlorophylle des jardins à la française de leurs ministères. Si fascinés par eux-mêmes qu’ils mériteraient l’appellation d’égologistes, ils éprouvaient hier la fascination de leur nombril, qu’ils confondaient avec le globe terrestre ; considérant les emplois qu’ils occupent aujourd’hui dans l’appareil d’État, ils sont saisis d’un vertige ascensionnel. Les plus aveugles ou les plus optimistes d’entre eux s’interrogent encore : « Jusqu’où n’atteindrons-nous pas ? ». Mme Duflot, cheftaine infantile et ambitieuse, fayote impudemment avec le Premier ministre et, surtout, avec François Hollande : un maroquin de prestige, c’est à dire régalien, suffirait à contenir ses emportements feints et à entretenir sa soumission réelle. Il n’est plus sûr qu’elle l’obtienne. Car, s’il est vrai que, grâce à Martine Aubry[1. Le 19 novembre 2011, le conseil fédéral d’ Europe Écologie-Les Verts validait l’accord de mandature, élaboré principalement par Mmes Duflot (inspiré par J-V Placé), et Aubry, prévoyant, en cas de victoire de la gauche, une coalition des deux formations à l’Assemblée nationale. Les Verts en tirèrent un immense bénéfice.] et à l’habileté manœuvrière de Jean-Vincent Placé, ces gens ont su faire fructifier la minuscule bourse de confiance que leur avait accordée le suffrage universel, leur trésor pourrait fondre rapidement : pour ces outrecuidants, la roche Tarpéienne est proche du capital

Après la débâcle de ce parti lilliputien, puis sa disparition, on se demandera comment tout cela aura été possible. Hors le navrant spectacle de leur hystérie, de leurs dissensions, de leur appétit des places et des honneurs, les Verts de pouvoir n’auront rien apporté à la société française. Aucune loi digne de ce nom : se sont-ils seulement souciés des conditions de transport des animaux de boucherie, par exemple ? Ont-ils voulu adoucir les procédures d’abattage des bêtes sacrifiées à un Dieu colérique ? Qu’ont-il seulement suggéré pour contrer la folie immobilière, publique et privée, qui ravage le paysage français[2. Dans le cas contraire, qu’ils nous en informent, nous nous ferons un plaisir et un devoir de reconnaître notre erreur (nous parlons ici des députés, ministres et autres Verts de gouvernement, et non pas des militants). Mme Voynet, alors ministre de l’environnement, a effectivement réfléchi à un projet de loi sur la chasse aux oiseaux migrateurs. Cela lui valut des désagréments indignes, des injures et le saccage de son bureau, en février 1999. Une loi fut votée, qui mécontenta tout le monde.] ? Ils ont préféré les épisodes de téléréalité qu’offrent régulièrement les faucheurs de maïs transgénique ! Cette secte de parvenus énervés sombrera dans le néant, d’où ses membres ne sont sortis que grâce à la capacité de nuisance des socialistes entre eux. L’écologie de gouvernement n’aura jamais favorisé que des politiciens subalternes déguisés en rebelles de magazine.


*Photo : moacirpdsp.

Jihad sexuel en Syrie ?

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Après avoir inspiré la vague révolutionnaire dans le monde arabe, la Tunisie se trouve parfois prise dans des rouleaux d’écume au goût bien amer. Si l’on se mettait en quête d’une preuve que le « printemps arabe » est une expression vide de sens, l’affaire du « jihad sexuel » serait-celle-ci.  Des centaines de jeunes Tunisiennes auraient été victimes d’une traite islamiste et envoyées sur le front syrien pour nourrir les fringales libidineuses des membres du front Al-Nosra, un mouvement jihadiste financé par nos chers amis qataris. Le phénomène a pris une telle ampleur que le grand mufti de la République tunisienne a dû publiquement prononcer le caractère haram (illicite) du jihad sexuel tandis que le gouvernement Ennahda annonce déjà l’adoption par les services sociaux tunisiens des enfants nés d’unions aussi éphémères que les étreintes de Woodstock.

Eh oui, si l’on y regarde de près, sous couvert de mener la guerre sainte, ces pauvres péronnelles assurent le repos du guerrier vert avec le stakhanovisme des meilleures courtisanes. L’hebdomadaire tunisien Al-Mijhar publie le récit d’une de ces pauvresses qui a gagné la Syrie la foi au cœur. Cette ancienne étudiante en histoire montrait tous les signes extérieurs de l’orthodoxie islamique, voilée qu’elle était depuis ses 17 printemps. Mais, à 21 ans, embrigadée dans des réseaux broussailleux, la voilà qui se rend sur le front nord syrien en compagnie de son mari. Aussitôt divorcée, elle convole en justes noces avec l’un des chevau-légers d’Al-Nosra, qui consomme l’union, puis la répudie… Le cycle mariage-union-divorce se poursuit… 152 fois. À en croire l’ancienne combattante, les islamistes ne manquaient pas d’assiduité dans leurs alcôves,  contractant jusqu’à cinq mariages par semaine.

La « jihadette » est finalement revenue en Tunisie en juillet dernier, enceinte de six mois, affligée par l’épidémie de Sida et d’autres joyeusetés sexuellement transmissibles qui sévissent parmi la rébellion islamiste. Son premier époux ayant été tué par Al-Nosra pour « rébellion », voilà la jeune jihadette veuve et traumatisée, mais toujours voilée…

Le Front n’est pas franc

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fn lepen fascisme

fn lepen fascisme

L’article de Lydie Marion publié dans ces colonnes pouvait au départ susciter une certaine perplexité. S’agissait-il d’une charge contre l’islamisme radical présenté comme un islamo-fascisme, principal défi lancé à la France et qui jetterait les électeurs dans les bras se du Front National ? Ou une valorisation de celui-ci en mouvement antifasciste (!) puisqu’il serait le seul à combattre la nouvelle peste. En fait, le texte poursuivait ces deux objectifs. Et pour cette raison, il n’est pas recevable. Je ne lui ferai aucun procès d’intention ni demande de justification. Ici, je transmettrai simplement l’expression d’un désaccord radical.

Au départ, le Front National était un parti ouvertement fascisant. Tous les fondateurs ou presque qui entouraient Jean-Marie Le Pen à cette époque, étaient issus de la collaboration avec le nazisme c’est-à-dire, de la trahison de 1940 et de ses conséquences. Pour eux, Le Pen ne devait être qu’une marionnette facile à manipuler. Ils sont tombés sur un os. Politicien retors et cupide, c’est lui qui les a roulés. Pour son profit exclusif et celui de sa petite famille. Cette matrice initiale est indélébile. Un parti politique, et surtout celui-là, c’est un appareil strictement verrouillé. Les épisodes Mégret et autres l’ont parfaitement démontré. Les militants sincères mais à la faible culture historique dans une époque troublée, les électeurs égarés qui ne savent plus à quel saint se vouer (à juste titre) ne sont pas en cause. Oui, le noyau dur du FN, encore aujourd’hui, est fascisant. Et c’est ce qui compte.

Il existait en Italie un parti du même genre, le MSI, encore plus marqué que le FN, ouvertement mussolinien. Son leader, d’un autre calibre intellectuel et politique que Le Pen, Gianfranco Fini a clairement rompu avec ce passé, quand il a mesuré que cela lui barrerait toujours la route du pouvoir. Il s’est donc « normalisé », transformé en véritable parti de droite républicaine  (et même moins extrémiste que la ligue du Nord). Malheureusement, le FN  étant d’abord le petit commerce de la famille Le Pen cette mutation sera impossible tant qu’ils seront là, entourés de leurs affidés.

Aucun compromis n’est donc possible. La trahison de 1940 reste toujours un clivage structurant de la vie politique française. Parce que cette trahison ne s’est pas arrêtée au 17 juin  (le pronunciamento de panique décrit par De Gaulle) ou au 10 juillet  (assassinat de la République). Il y a eu Montoire, la collaboration active, la LVF, la Milice, Sigmaringen etc. Mais il y a eu aussi l’après-guerre, les tentatives de réhabilitation, la construction du mensonge sur l’épuration pour présenter les traîtres en victimes, les recyclages au moment de l’Algérie et de la guerre froide. Contrairement à ce que disait Bernard Tapie, les électeurs et la plupart des militants du FN ne sont pas les salauds.  Il importe de les réintégrer à la société politique française, celle née (souvent pour le meilleur, et parfois pour le pire) de la victoire sur la trahison en 1944. Ils en font évidemment partie. La famille Le Pen et leur bande sûrement pas. L’islamisme radical, que j’exècre, n’est pas le principal problème de la société française. Ce n’est qu’un prétexte pour, l’assimilant au fascisme, dire que le Front National étant le seul à le combattre (?), il serait un parti antifasciste respectable. C’est faux.

Mon pays a pas mal de problèmes inquiétants. L’existence de ce parti à ces hauteurs électorales est l’un d’eux.

*Photo : dmonniaux.

Sexe, mensonge et zeugmas

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david di nota

david di nota

Il faut chercher pourquoi, une fois que l’on a refermé le court roman de David di Nota, nous éprouvons cette sensation d’avoir rêvé, mais d’un de ces rêves particuliers aux contours très précis et à la logique interne apparemment infaillible. Car après tout, si on résume le contenu de Ta femme me trompe, il s’agit d’une histoire assez simple. Un journaliste, le narrateur, part faire un reportage sur une actrice pornographique « reconvertie dans la défense du christianisme ». Il ne la rencontrera pas, mais se liera avec un homme qui l’invite à regarder des films de l’actrice en question dans sa chambre. Ensuite cet homme fait une crise cardiaque, reste à l’hôpital, et le journaliste devient l’amant de sa femme.[access capability= »lire_inedits »] Celle-ci, finalement, trahira le journaliste, qui avait des informations confidentielles révélant les raisons historiques de l’inaction de la France au Darfour.

Raconté par di Nota, cela prend tout de suite une dimension insolite. Il y a d’abord, chez notre auteur, un ton toujours égal quel que soit le sujet abordé : les pratiques pornographiques japonaises comme les lâchetés de Bernard Kouchner aux Affaires étrangères, la conversation avec une maîtresse plus âgée et donc plus aimablement vicieuse et celle avec un général de haut rang qui a servi en Bosnie. Cette égalité de ton s’appelle l’ironie, et l’ironie de di Nota est celle de Swift, une de ses grandes admirations. Swift était capable de vous expliquer de manière très raisonnable, très argumentée, que le meilleur moyen de réduire la surpopulation et la famine était de manger les enfants des pauvres, à condition de bien les cuisiner.

Di Nota, lui, a écrit, comme son titre l’indique, un anti-vaudeville où le triangle amoureux ne fait pas claquer les portes d’appartements bourgeois mais devient le lieu d’une réflexion amusée et effrayée sur une vieille histoire : le sexe, c’est beaucoup plus que le sexe.  C’est de la jalousie, c’est de l’intuition, c’est de la bêtise, c’est de la politique et c’est même une rhétorique : « La sexualité masculine quant à elle est dominée par le zeugma. Un zeugma permet d’accoler deux parties hétérogènes. L’homme n’a nullement besoin qu’une partie renvoie au tout de l’Amour. Ce qu’il cherche, c’est le raccourci qui lui permettra d’accoler deux parties (son propre sexe sur un visage, par exemple.) S’il peut accoler les deux parties, l’homme est content. »

Bien entendu, si vous voulez savoir quelle figure de style représente la sexualité féminine, il vous faudra lire Ta femme me trompe. Et vous pourrez toujours masquer votre curiosité libidineuse en prétextant que l’on croise aussi, dans le roman, la théorie du bouffon de Kafka et des considérations sur Dans les griffes des humanistes, de Stanko Cerovik.[/access]

 

Ta femme me trompe, de David di Nota (Gallimard).

 

Name-dropping #1

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maurice ronet plein soleil

maurice ronet plein soleil

Maurice Ronet :

La flânerie biographique que lui consacre Jean-Pierre Montal – Ronetles vies du feu follet (Pierre-Guillaume de Roux) – est une merveille d’élégance, de style, de légèreté. Ça donne envie de revoir Plein soleil, Raphaël ou le débauché ou La Piscine (scénario d’Alain Page), entre autres. Pour enfoncer le clou, les éditions des Equateurs publient, sous la plume de José-Alain Fralon : Ronet, le splendide désenchanté et le cinéma Le Champollion lui consacre une rétrospective. Ronet pas mort, littérature suit …

Lindsay Lohan :

Alcoolique, droguée et ringarde, la starlette est moquée partout. Rectifions : elle est belle, drôle, a une voix de fumeuse de blonde à se damner et, dans The Canyons, signé Paul Schrader sur un scénario de Bret Easton Ellis, elle nous enchante. Nue ou parée d’une robe noire et de Louboutin, elle y est exquise, comme dans une série de photos mises en scène par Olivier Zahm. C’était en 2012 dans LOfficiel Hommes. Ça ne nous quitte plus.

LUI :

Le meilleur texte de la rentrée date de 1971. Il a paru dans LUI, est signé Paul Gégauff. Ça s’appelle « Salut les coquins ! ». La Nouvelle vague morfle. Les mots à l’assaut, à la caresse sur Godard, Truffaut, Rohmer. On dirait le Hollywood Babylone de Saint-Germain des prés. À lire dans le prochain numéro de Schnock (en décembre). Ca tombe bien : LUI est de retour dans les kiosques. À la direction, Beigbeder, parfait dans son édito et son itévé de Filippachi. Léa Seydoux incarne la dolce vita en couverture et dans les pages intérieures. Libérati la joue piano sur l’inconnue du mois. Iacub est incompréhensible. Nicolas Rey parle avec talent des fesses de Najat Vallaud-Belkacem. Patrick Besson, profitant des séances de cinéma, n’en fait qu’à sa fête. On attend le numéro 2.

Patrick Besson :

Patrick est un cochon. Chez lui, tout est bon. Sa Nouvelle galerie, à paraître aux Mille et une nuits, en est un exemple. Ses mots de flâneur en Iran, récemment dans Le Point, en sont un autre. En six pages, tout est dit. La presse, quand les écrivains s’en mêlent, c’est tout de suite mieux.

Le jeu de quilles :

Meilleure table – sise 45 rue Boulard – du XIVe arrondissement, donc de Paris. Benoît Reix, le chef, nous régale de ses menus dégustations et de ses vins qui rendent meilleur, un Morgon de chez Descombes par exemple. NKM en personne l’encense par-ci par-là. NKM a bon goût. On pourrait bien, pour cette gustative raison, voter pour elle.

Eric Neuhoff :

Les remous salariaux ont parfois du bon. Au Figaro, Yann Moix ne tient plus le feuilleton littéraire et Eric Neuhoff, dans le Figaro Magazine, nous offre chaque semaine ses « Passe-temps ». Il parle de la pluie, de Woody Allen, de la nostalgie des plages ou du sac des filles. Un rendez-vous à ne pas manquer, en attendant la parution en octobre, chez Ecriture, de son Dictionnaire chic du cinéma.

Aurélie Filippetti :

Héroïne cachée, paraît-il, de Moment dun couple, roman de Nelly Alard (Gallimard). Ce qui lui déplaît. Amante hystérique ou pas, il n’empêche : le prix Décembre est en vue. Pour une Ministre de la Culture, ce n’est pas rien. Même par procuration.

*Photo: Plein Soleil.

Vialatte sur un plateau

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On parle souvent du franco-auvergnat Alexandre Vialatte dans les colonnes de Causeur. (Nous avons évoqué en 2011 l’«  Année Vialatte » : et tout récemment encore la publication d’un texte inédit du célèbre chroniqueur à l’humour loufoque et à la poésie lunaire) C’est que l’époque actuelle, et nos contemporains, ont grandement besoin de Vialatte ; et que la parole vialattienne doit être encore propagée dans le grand public – au-delà du cercle encore trop restreint de ses admirateurs fanatiques, qui – comme pour toute société secrète – se reconnaissent entre eux par des signes très subtiles et une maîtrise du moindre bon mot ou du moindre faux proverbe bantou du poète.

L’humour de Vialatte est une épatante mécanique de précision mêlant au nonsens à l’anglaise, un sens grave de l’absurde ( il a traduit Kafka…), une posture tout à la fois débonnaire et pince-sans-rire souvent critique mais jamais malveillante, et un génie poétique burlesque – faisant de bien de ses traits des fulgurances d’une grande beauté. Une grâce solaire lorsqu’il chante les femmes…  « Parmi les dames du temps présent, les Auvergnates, qui vivent sur des volcans, rayonnent d’un éclat sulfureux. Elles mesurent 1m60. Elles naissent, comme toutes les dames, en 1933, selon la mode de cette année. L’an prochain, elles naîtront en 1934. Bref, elles auront toujours vingt ans » ; ou parfois un peu cafardeuse : « Le bonheur date de la plus haute Antiquité. Il est quand même tout neuf car il a peu servi« … Une veine bien souvent absurde… « L’idée de s’appeler Napoléon ne pouvait venir qu’à un homme d’exception. »

En 1951, Alexandre Vialatte « rate » de peu le Prix Goncourt ; l’académie Drouant préférant à son délicieux roman Les fruits du Congo Le Rivage des Syrtes de Julien Gracq. A compter de cette époque Vialatte ne parvient plus à mener à terme d’autres projets romanesques. Poursuivant une carrière de journaliste commencée bien avant la seconde guerre mondiale, il commence une série de chroniques littéraires pour le quotidien régional La Montagne. Vivant l’écriture de ce billet hebdomadaire comme un sacerdoce, une corvée, voire une peine (sa correspondance avec son amie Ferny Besson le montre bien), Vialatte écrira entre 1952 et l’année de sa mort, 1971 presque un millier de ces textes truculents abordant tous les sujets imaginables (l’actualité littéraire d’abord, mais aussi la faune amusante, la flore pittoresque, l’homme moderne en congés payés, les grandes villes, la publicité, Brigitte Bardot, etc.) – un trésors de poésie et d’humour qui ne sera publié en volumes qu’après sa mort. Des volumes aux titres délicieux, repris des chroniques elles-mêmes : Dernières nouvelles de l’homme, L’éléphant est irréfutable, Antiquité du grand chosier ou encore Profitons de l’ornithorynque. Ce dernier étant, avec la militante du parti radical de gauche et l’oryctérope ce qu’il y a de plus étrange dans le règne animal. Et Vialatte a longuement chanté l’oryctérope (ses oreilles de lapin, son groin de cochon, sa gueule de fourmilier, ses pattes d’éléphant…).

Un spectacle donné à partir du 10 octobre au Théâtre de la Commune d’Aubervilliers vient nous servir Vialatte sur un plateau : « Résumons-nous, la semaine a été désastreuse« . Mis en scène par Charles Tordjman, avec Christine Murillo, Julie Pilod et Dominique Pinon, d’après les chroniques montagnardes de Vialatte, ce spectacle délectable – créé à Lausanne en 2012 – envahit désormais l’hexagone (Aubervilliers en octobre, mais aussi Clermont en décembre, Sète en janvier, etc.) Un rendez-vous nécessaire pour le plus grand plaisir des gourmets des mots.

Esprit critique, es-tu là ?

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houellebecq grand journal

houellebecq grand journal

Le critique littéraire n’est pas prescripteur – pour le dire crument, il ne fait pas vendre : ce constat est devenu un lieu commun. Un livre peut être défendu, voire encensé, par la « grande presse » sans dépasser les quelques milliers d’exemplaires. Inversement, les lecteurs de Musso, Lévy, Werber, Schmitt ou Nothomb se moquent que leurs auteurs aient mauvaise presse, attribuant le mépris du « milieu » à la jalousie, au snobisme, a l’intellectualisme et au parisianisme.

En somme, le succès se rit de la critique. Pour la bonne raison que celle-ci a perdu une grande partie de sa crédibilité, pour ne pas dire de sa respectabilité, auprès du lectorat populaire. Même la télévision, du moins ce qu’il y reste en fait d’émissions littéraires, ne fait plus vendre. Pour faire acheter des livres aux gens qui lisent peu, il faut l’artillerie lourde du marketing et la grosse caisse médiatique – grands prix littéraires et opérations promotionnelles orchestrées par certains éditeurs, qui entassent les piles d’ouvrages dans les supermarchés culturels. Quant aux raisons d’un succès, tout le reste est mystère.[access capability= »lire_inedits »]

Tout cela n’est pas très nouveau. Ce qui l’est un peu plus, c’est que la critique, elle, ne se moque pas du tout du succès. Faute de le susciter, elle vole volontiers à son secours. Certes, elle affiche d’abord un dédain de bon aloi pour les auteurs industriels. Pas question de s’abaisser à lire Marc Lévy, et encore moins à l’attaquer. « Trop facile ! », se récrie-t-on[1.  Dixit notamment Michel Abescat, de Télérama, à propos du Jourde et Naulleau.]. « Tout le monde sait que ce n’est pas un écrivain ! » Tout le monde, sauf le million de personnes qui achète religieusement ses ouvrages, et a qui on pourrait tenter d’expliquer qu’il existe une littérature populaire moins creuse et moins lourdement stéréotypée.

Apres tout, on peut comprendre que les chroniqueurs habitués à fréquenter les bons auteurs ne soient guère enthousiastes à l’idée de s’infliger de mauvais livres dans le seul but d’en dégouter leurs lecteurs. Mais ça ne s’arrête pas là. Car, au bout du compte, le public est roi : un lecteur (ou un acheteur), une voix. A-t-on le droit de dénigrer ses choix ? Insidieusement, les chiffres de vente deviennent un critère de légitimation : si ça « marche », il faut en parler. Le malheureux journaliste littéraire se voit somme de livrer la sociologie du succès. Au-delà de 100 000 exemplaires, il y a « phénomène de société ».

Un livre dont tout le monde parle est forcément, selon un syllogisme boiteux, un livre qui parle du monde. Et puis, il faut « respecter le lecteur ». L’idéologie endémique du respect a imposé la reconnaissance de l’auteur bas de gamme dans des lieux d’où il aurait été naguère exclu. Ainsi a-t-on vu des magazines comme Lire consacrer les meilleures pages de leur numéro à Anna Gavalda, ou Le Monde des livres faire l’éloge d’Alexandre Jardin. Ainsi a-t-on pu entendre Yann Queffelec défendre l’intérêt de l’œuvre de Marc Levy, preuve irréfutable à l’appui : Josyane Savigneau[2.  Josyane Savigneau a dirige Le Monde des livres pendant prés de quinze ans, jusqu’en 2005, exerçant de ce fait un magistère fort conteste dans la République des lettres. (EL)] en faisait l’éloge.

S’agissant de la littérature industrielle, qui se passe fort bien de ses services, la critique semble donc résignée a choisir entre silence et suivisme. On pourrait imaginer que, s’agissant de la littérature dite « exigeante », c’est-à- dire celle dont on parle dans les journaux « sérieux », les critiques conservent un certain magistère. Il n’en est rien. Tout lecteur qui se risque a acheter un livre sur la foi de l’éloge qui en était fait dans un supplément littéraire a de bonnes chances de découvrir un texte qui n’a que très peu à voir avec ce qu’il en a lu ou entendu. C’est que le critique ne s’intéresse pas tant a l’œuvre qu’a son sujet, surtout si c’est, comme le « phénomène » évoque précédemment, un « sujet de société ». Pour le critique, le livre devient prétexte a des considérations sociologiques, ou a des digressions sur la vie de l’auteur, la maison de l’auteur, le chien de l’auteur, tout étant bon pour ne pas se colleter à la force d’un langage, a l’originalité d’une vision – en somme, a ce qui fait une œuvre. La cause est donc entendue : de bonnes critiques ne font pas de bonnes ventes.

Les exemples abondent de « coups » éditoriaux concoctés avec le soutien actif d’un ou plusieurs grands medias, qui n’en ont pas moins été des accidents industriels. À se pâmer devant n’importe quoi, à ressasser jusqu’a l’écœurement les dithyrambes des mêmes auteurs, Angot, BHL, Houellebecq, Zeller, Labro, sans se soucier une  seconde de l’intérêt littéraire véritable de leurs textes, la critique s’est déconsidérée auprès des amateurs. Lors d’une émission radiophonique, sur Europe 1, consacrée à l’anodin récit La Carte et le Territoire, Houellebecq a été comparé a Stendhal, Flaubert, Balzac et Bernanos. Excusez du peu. Et qui peut croire que chaque ouvrage de Philippe Sollers soit un nouveau chef-d’œuvre du plus grand écrivain français ? Ou que, comme l’a écrit Bourmeau, Belle et Bête, de Marcela Iacub, soit un livre « unique, universel », qui « impose la force d’une évidence que seules, depuis Esope, possèdent les fables, avec lesquelles il partage l’art maniaque de l’observation comme l’amour des animaux » ?

L’inflation superlative révèle a quel point la critique a perdu le sens des proportions, pour ne pas parler de celui du ridicule. Dans ces conditions, il n’est guère surprenant qu’on fasse de moins en moins appel, pour parler des livres, aux critiques, auxquels on préfère fréquemment des libraires, des chanteurs ou des comédiens. Il faut noter que la concurrence d’Internet s’est avérée ravageuse pour la critique professionnelle.  On y trouve bien entendu de tout, et principalement n’importe quoi, mais aussi quelques excellents sites ou blogs littéraires.

Reste que quelques oasis numériques (et une petite phalange de journalistes qui doivent souvent batailler contre leur hiérarchie) ne changent pas le tableau. Nous nous trouvons dans une situation étrange ou critique et littérature semblent mener des existences séparées, comme s’il s’agissait d’activités n’ayant rien à voir l’une avec l’autre. Ce malentendu tient en partie au fait qu’un nombre croissant de livres ne sont pas – et ne prétendent même pas être – des œuvres. Telle est la question posée à la critique : il faudra bien qu’elle décide si son rôle est de vendre des livres ou de parler de littérature. [/access]

 

Prise d’otages de Nairobi : la Charia contre le Marché

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islam capitalisme terrorisme

islam capitalisme terrorisme

Si le XXème siècle a été traversé par une grande « guerre civile européenne » (selon l’expression d’Ersnt Nolte), en deux phases, mutant ensuite en une guerre mondiale Est-Ouest verrouillée par le feu nucléaire, le XXIème siècle est entré dans une phase de guerre civile mondialisée, et les récents événements au Kenya en sont un symptôme extraordinairement révélateur. Dans un supermarché – métaphore assez littérale de ce que la planète est en passe de devenir -, des civils européens ont été abattus par des jihadistes européens au nom d’une idéologie politico-religieuse d’origine arabo-musulmane, au sein d’un pays d’Afrique noire qui représentait un lieu de tourisme pour certaines victimes, de terrorisme pour les bourreaux, l’assaut ayant été relayé en temps réel sur Twitter, afin que son écho médiatique soit mondial. Comment résumer plus éloquemment la nature du conflit où nous sommes sommés jetés ?

Ce massacre doit être au moins l’occasion du procès d’un certain nombre de lieux communs débiles qui pourrissent depuis trop longtemps dans la pensée dominante. Cette pensée est manichéenne, simpliste, benoîtement optimiste, bref : criminelle. Elle supposait, avec une naïveté touchante, que la relativisation ou la disparition des frontières nationales, signifierait mécaniquement la fin des guerres sous l’égide bienveillante de l’ONU. Résultat : la guerre ne se déroule presque plus entre nations – peut-on appeler « guerre » au sens classique les opérations de gendarmerie menées par les Occidentaux ? -, non, la guerre est civile et elle est mondiale. On chantait les bienfaits de la circulation accélérée des individus sur toute la planète et des nombreux échanges rendus possibles grâce au réseau Internet. Oui, mais cela signifie également la potentielle omniprésence fantôme de l’ennemi, et la diffusion exponentielle des haines. On se pâmait devant la symbolique du métissage, en tant que dissolution des différences par la grâce de l’amour. Le couple mixte qu’a formé la « Veuve blanche » avec son djihadiste de mari, l’a mené à assassiner ses compatriotes, sans distinction de races, au nom de l’universalisme islamique. United colors of total war.

Oui, décidément, il y a quelque chose de pourri dans le village global. Nous qui ne sommes pas bêtement « progressistes » nous nous doutions bien qu’un phénomène – comme celui de la mondialisation -, n’est jamais innocent, et porte toujours son revers, et que là où un certain Bien semble s’affirmer, le mal mute. Aussi ne sommes-nous pas tellement étonnés. Mais permettez tout de même que nous expliquions aux mondialistes béats que si cette guerre présente gagne en intensité, alors sans doute nous n’aurons plus d’armée aux frontières, pas la moindre ligne Maginot, non, mais un flic ou une caméra dans chaque rue et un ennemi dans chaque immeuble. S’il n’y a plus de front, le front est partout. Si nous sommes tous « citoyens du monde », cela implique que désormais, toute guerre sera civile. C’est-à-dire, selon Pascal : le pire des maux.

Moi qui ne suis pas un « citoyen du monde » au sens où ils emploient cette expression, mais un Français héritier de 2000 ans d’Histoire, c’est avec un dédain parfaitement aristocratique que j’observe les bannières des camps en présence, m’interrogeant seulement : « Reste-t-il une voie entre la Charia et le Marché ? » Les deux idéologies sont des hérésies en miroir. La seconde adore un argent devenu bien trop abstrait, la première un esprit franchement lourd, si temporel, tellement littéral. J’ai la nostalgie d’une âme dans un corps. Une culture singulière au sein d’une géographie définie. J’ai la nostalgie de la forme nationale, parce qu’elle est à taille humaine, parce qu’elle est une grande personne avec son tempérament propre, son passé, ses drames, parce qu’on peut la voir, la cerner, parce qu’elle est plus facilement bridée dans ses volontés hégémoniques. Bien entendu, défendre aujourd’hui la forme nationale ne pourrait se faire qu’à condition de s’adapter au paradigme actuel, de viser une sorte d’Internationale des peuples souverains et des cultures, tel que Dominique de Roux voulut le faire avec son « gaullisme révolutionnaire » auquel les gaullistes de son temps n’ont pas compris grand-chose. La France pourrait justement, dans cette optique, jouer un rôle de premier ordre, en tant que modèle, par excellence, de la « vieille nation historique ». Oui, mais pour cela, il faudrait déjà qu’elle se souvienne qu’elle existe.

*Photo: maria zerihoun