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Un cougar à l’Elysée

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Alors que Najat Vallaud-Belkacem nous assène de belles leçons d’égalité homme/femme, François Hollande répudie sa compagne d’un laconique : «Je fais savoir que j’ai mis fin à la vie commune que je partageais avec Valérie Trierweiler… ».

Dans le même temps, au nom de l’égalité des sexes, véritable serpent de mer idéologique, on justifie une retouche de la loi Veil qui fonctionnait parfaitement en l’état. On y supprime la notion de « situation de détresse » laquelle, en dépit du texte de loi, n’a jamais été déterminante dans le recours à l’avortement. On interdit aux opposants à l’IVG de faire valoir leurs arguments, en qualifiant de «délit d’entrave » la simple évocation de solutions alternatives. Où est donc passée la liberté d’expression si chère à Hollande ?

Au nom de cette égalité toujours, les diktats pleuvent comme autant de carcans. Par exemple, le congé parental est désormais proposé à égale proportion aux hommes et aux femmes (6 mois chacun pour un enfant). Mais si le père ne désire pas rester auprès de son enfant, cette part du congé est perdue. Même chose pour deux enfants, où le congé est rogné de 6 mois au seul bénéfice du père ou parent 2. Car l’Etat s’est donné pour dessein de rééquilibrer la part des tâches et de la vie professionnelle entre hommes et femmes –n’est ce pas une affaire privée ?-. Le tout dans une confusion absolue, puisque subsistent les notions de père et mère en plus des notions de parent 1 et parent 2… Qui est qui, on ne sait pas très bien… Et d’ailleurs, si l’un et l’autre se valent, à quoi bon maintenir un ministère des droits de la femme ? Mais, laissez-les vivre !

Cette soif d’égalité ne manque pas de sel au regard de l’actualité « glamour » de François Hollande, qui nous montre du même coup en quelle haute estime il tient les femmes et comment la redondante « dignité de la personne humaine » –en l’occurrence, appliquée à Valérie- lui a servi de gilet pare-balle pour éviter jusqu’ici les attaques.

Amusons-nous alors d’un peu de fiction : songeons que notre François national est une Françoise et qu’elle délaisse son prince consort. Soyons fous, imaginons même qu’elle se prélasse de 5 à 7 dans les bras d’un autre, plus jeune de surcroît. De « cougar » à « salope », nous entendrions tout ce qui se fait de plus trash en matière d’injure et de jugement sexiste et ce, dans l’indifférence générale. Mieux encore, rêvons que le mariage, dont François Hollande s’est fait le zélateur depuis le début de son mandat, le séduise enfin et qu’il convole avec sa Julie. Et que quelque temps après, cette dernière, lassée de son vieux nounours, se laisse séduire par un beau jeune homme –ce qui serait d’ailleurs justice-. On entend d’ici les commentaires élogieux et probablement très « dignes » qui ne manqueraient pas de fuser à son égard.

Certains observateurs ont noté, avec force sous-entendus égrillards, comme notre Président avait l’air en forme et détendu ces derniers temps, avant d’en attribuer les mérites à son histoire d’alcôve. Un tel consensus serait il-imaginable autour des frasques d’une femme ?

Au nom d’une funeste idéologie égalitaire, peut-on prétendre changer en quelques mois et au prix de lois iniques, une société dont les deux genres sont le fondement depuis des millénaires ? Et ce, alors même que persistent, au plus haut niveau de l’Etat, des comportements d’un sexisme achevé et d’une exemplaire muflerie ?

*Photo : Zacharie Scheurer/AP/SIPA.

Casse-toi, pauv’ conne!

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« Je fais savoir que j’ai mis fin à la vie commune que je partageais avec Valérie Trierweiler » : sérieusement, François Hollande a besoin « d’un agrégé qui sache écrire », comme disait De Gaulle en recrutant Pompidou. Trois fois Je (trois fois rien ?) en une courte phrase, avec une gracieuse redondance des « que » (un psychanalyste lacanien en rirait dans sa barbe), le tout pour annoncer unilatéralement qu’il rompt avec Madame… Tout cela témoigne d’une insuffisance rhétorique pénible à voir, et d’une suffisance psychologique encore plus angoissante. « Inépuisable Moi », disaient Narcisse et le Poète ; « envahissant Moi », proclame Hollande.

Il avait déjà fait le coup pendant la campagne. On se souvient de la litanie des « Moi, Président » — cet insoutenable emprunt à la rhétorique anaphorique de Guaino, qui a fait croire à quelques millions de gogos et de bobos que Hollande était autre chose qu’un ultra-libéral (son discours de fin d’année 2013 n’amorçait aucun virage : il a juste choisi de poser son masque de social-démocrate et de reprendre la dépouille de Tony Blair). Eh bien, rajoutons notre contribution à la liste : « Moi, Président, je répudierai ma concubine à mon gré, et je pisse à la raie de toutes les féministes qui pensent qu’une femme doit être traitée décemment ». Même Louis XIV n’opérait pas avec une telle brutalité : il laissa Mme de Montespan vivre à la Cour après avoir rompu avec elle. Notre président, qui a pourtant dû connaître Gisèle Halimi, ne plaide guère pour la « cause des femmes », comme on disait alors.
Je n’avais pas de sympathie ni d’antipathie particulière pour Valérie Trierweiler. Ma foi, son licenciement sec, comme on dit dans le monde des libéraux, m’inciterait presque à la pitié — et ça ne m’étonnerait guère qu’elle en tire un de ces prochains jours un livre bien saignant, où elle expliquera les dessous chics et chocs de la politique hollandienne. Je ne crois pas qu’elle soit en manque d’éditeurs pour cela — tout en sachant que le Monde et le Nouvel Obs, les deux Pravdadu régime, en diront du mal. Mais on peut vivre sans le Monde et Le Nouvel Obs.

Au passage, cette appellation de « Première dame » m’horripile. Outre le fait qu’elle témoigne de notre inféodation aux Etats-Unis, où la fonction est officielle, elle est sémantiquement connotée : seul un homme peut accéder au pouvoir, parce qu’on n’a rien prévu en sens inverse. Comment appellerait-on demain le compagnon d’une Présidente ? Le Premier Homme ? Le titre est déjà pris — par Camus. Ou faut-il croire que « Première dame » sera désormais une expression figée, comme « sage-femme », qui s’applique aussi aux accoucheurs mâles ?
Dernier point : certains jeunes rompent par SMS — c’est bien pratique de ne pas affronter en face les cris et les chuchotements d’une fille déchaînée, et on ne risque pas de voir son bureau vandalisé. Désormais, ils rompront par l’AFP : c’est plus chic, quand même, même si c’est tout aussi couard.

Rétrospectivement, les affirmations de Pépère sur la fin du règne des paillettes sonnent avec ironie à nos oreilles. Tout pour l’image, tout pour la société du spectacle : pendant dix jours de suspense, on n’a pour ainsi dire plus parlé du chômage qui s’accroît ni de l’industrie qui régresse — à part de l’industrie française du scooter, durement concurrencée par un certain Piaggio sur lequel l’édile en chef partait en vrombissant roucouler près de la nouvelle favorite. Encore moins des patrons qui se frottent les mains à l’idée de faire, grâce à Hollande et Ayrault, de substantielles économies. Plus parlé de l’Ecole qui sombre encore plus vite que d’habitude, toute vaselinée des bonnes intentions du ministère. Plus parlé des gens qui ont faim, des classes moyennes qui glissent vers le moyen-moins, même plus parlé de Dieudonné, dont le filon s’épuisait — il fallait bien trouver de nouvelles paillettes médiatiques pour amuser le bon peuple, auquel on offre des jeux, faute de lui donner du pain.

*Photo : AP/SIPA. AP21514022_000010.

Non-cumul, la fausse bonne idée

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cumul mandats deputes

Après le référendum interne de 2009 approuvé à une large majorité des militants socialistes, les députés socialistes élus aux législatives de 2012 se sont engagés par écrit à ne pas cumuler de mandat. Question de cohérence avec la quarante-huitième promesse du candidat Hollande.

Pourtant, on se souvient que l’hôte de l’Élysée avait cumulé la présidence du conseil général de Corrèze avec son siège de député jusqu’à la veille de sa passation de pouvoir. Pas étonnant que son ami François Rebsamen, un hollandais de la première heure, ait déclaré à l’occasion du vote de la loi sur le non-cumul, jeudi dernier, sa candidature simultanée à la mairie de Dijon et aux sénatoriales de la Côte d’Or.
Mieux, il annonce vouloir cumuler jusqu’en 2020. La loi n’étant pas rétroactive et ne prenant effet qu’en 2017 (voire jusqu’en 2019 pour les eurodéputés), il pourra conserver son titre de sénateur-maire, si les électeurs le décident, bien au-delà du quinquennat. Une provocation de plus pour l’Élysée.

La rébellion de cette figure du PS met les choses au clair. Tandis qu’une écrasante majorité des caciques de son parti votait la loi, tout en cumulant et en espérant secrètement que la droite revienne dessus en 2017,  François Rebsamen approuvait avec 24 autres sénateurs socialistes récalcitrants un amendement  RDSE-UMP-UDI excluant le Sénat de l’application de la réforme.

Une audace partagée avec le sénateur-maire d’Alfortville Luc Carvounas, lequel déclarait pourtant en février 2013 que « l’engagement sera voté durant le quinquennat, alors ne tombons pas dans une posture jusqu’au boutiste« . Un an plus tard, il s’apprête à recevoir son ami Manuel Valls, venu le soutenir dans sa campagne municipale. Le ministre de l’Intérieur porteur du projet de loi électorale, et candidat sur la liste municipale socialiste d’Évry, n’est pas vraiment pas rancunier.

« Après des années de mobilisation militante, fier d’avoir voté le non-cumul des mandats », a tweeté le jeune député PS et candidat à la mairie de Montreuil, Razzy Hammadi. Il faut croire que son enthousiasme n’est pas communicatif car nombre de jeunes parlementaires socialistes ont aux aussi du mal avec le non-cumul.
En plus de Carvounas et Hammadi, les députés Lepetit, Guedj, Feltesse et Da Silva conservent leurs mandats avec la bénédiction de Solférino. À l’approche des municipales, Harlem Désir se fait moins insistant sur ce sujet. Même Sophie Dessus, qui a repris le flambeau de François Hollande dans la première circoncscruption de Corrèze, se représente à Uzerche! Plus anecdotique mais non moins savoureux, le député socialiste de la cinquième circonscription de l’étranger (Espagne, Portugal, Andorre), Arnaud Leroy se présente aux municipales en Gironde où il vient d’acheter une résidence secondaire.
Chez les plus anciens, la liste n’est pas exhaustive: MM. Emmanuelli, Vauzelle, Mennucci, Collomb, Vallini, Claeys, Germain, Destot, Ries… ont discrètement poursuivi leur travail d’élu local et de parlementaire. Au mépris du projet socialiste et de la loi portée par leur majorité. Y a-t-il encore un pilote à Solférino?

Soyons sérieux, un tel double langage ne peut qu’attiser, à terme, le populisme qui sous-tend cette loi sur le non-cumul. Car s’est bien la haine du cumulard », des « tous-pourris » et des « voleurs » qui est à l’origine de cette volonté de réduire les prérogatives des élus. Un antiparlementarisme, qu’on croyait réservé aux poujadistes et aux extrêmes, a ses adeptes au PS. Martine Aubry est l’inspiratrice du projet et Lionel Jospin voulait même supprimer le Sénat. Quant aux trois députés apparentés Front national, ils cherchent à gagner ou conserver un mandat local.

Pas un discours sur la réforme de l’État sans que le mot magique de « décentralisation » ne soit prononcé, mais un Parlement sans ancrage local va paradoxalement affaiblir l’influence des collectivités territoriales. Quant au niveau du travail législatif et à l’indépendance des assemblées, déjà appauvris, ils seront à la merci des partis politiques. Les assemblées se plaignent aujourd’hui d’être le petit doigt sur la couture du pantalon, qu’en sera-t-il demain? N’est-on pas en train de revenir en arrière? La turbulente histoire de la démocratie française a vu la Convention détournée par les clubs, ancêtres des partis modernes. En 1793, celui des jacobins et la commune de Paris firent régner une dictature sur les députés de province dont le le bon sens étaient réputés contre-révolutionnaires. Tirant les leçons du passé, le bicamérisme fut alors instauré pour juguler l’ardeur de l’assemblée ou de l’exécutif. Enfin, le cumul des mandats, une spécificité très française, accorda à la III° République centralisatrice un solide ancrage local: un garde-fou contre toutes les démagogies parisiennes.

*Photo : SIMON ISABELLE/SIPA.00618403_000001.

L’UE est dans une logique de guerre froide

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vladimir fedorovski portrait

Ancien diplomate Russe, Vladimir Fedorovski est aujourd’hui un écrivain français. Son Roman des espionnes paraîtra en janvier 2014 aux éditions du Rocher.

Propos recueillis par Gil Mihaely et Nastia Houdiakova.

Causeur. Pendant  longtemps, l’Occident en général et l’Europe en particulier, ont été un modèle, voire une terre promise, pour les russes. Vingt-cinq ans après la chute de l’ex-URSS, tout a changé de part et d’autre de l’ancien rideau de fer. Quels regard portent les Russes d’aujourd’hui sur l’Europe ?

Vladimir Fedorovski. Un regard ambivalent. D’un côté, les Russes, en particulier les jeunes qui n’ont pas vraiment connu l’URSS, adorent l’Europe en tant que destination touristique. On peut même dire qu’ils aiment bien se sentir européens et qu’ils éprouvent un attachement tout particulier à la France et notamment à Paris. D’un autre côté, il y a une sorte de joie malsaine à voir l’Europe s’enfoncer dans la crise.[access capability= »lire_inedits »]  Il ne faut pas oublier que les Russes ont vécu la fin de l’empire soviétique comme une tragédie et qu’ils n’ont toujours pas digéré l’élargissement de l’Europe à leurs frontières. Poutine surfe sur la nostalgie de l’époque soviétique, dont les mauvais souvenirs s’effacent.

Au-delà des sentiments et des ressentiments, comment explique-t-on l’échec de l’Europe en Russie ?

Tout d’abord par des erreurs politiques. Pour les Russes, l’Europe n’est pas une mauvaise idée en soi mais ils pensent que ce projet aurait dû se développer à partir d’un noyau dur pour s’étendre seulement ensuite, étape par étape. Et puis, il y a une dimension plus profonde : les Russes pensent que les Européens font fausse route parce qu’ils se mentent à eux-mêmes ! Ils considèrent, Poutine le premier, que l’Europe a trahi son âme en rompant avec ses racines chrétiennes – qu’ils pensent partager avec elle. Pour eux, Tolstoï et Tchékhov, Tchaïkovski et Rachmaninov font partie de la culture européenne.

Ils ont raison ! Pensent-ils par ailleurs que l’Europe perd son âme parce qu’elle accueille trop d’immigrés ?

Ils sont surtout allergiques à l’idée de multiculturalisme. Ils pensent bien connaître la question, car l’empire russe était multinational. Ils se considèrent comme un rempart face à l’islamisme. À Moscou, on s’imagine – à mon avis, à tort – que les Européens, surtout les Français, ont abandonné la réflexion stratégique au profit de considérations électoralistes liées à l’immigration et qu’ils soutiennent un « islamisme modéré » qui n’existe pas plus, selon les Russes, que le « bolchevisme modéré ». Poutine et une partie de la presse russe voient dans le vote massif en faveur de Hollande des Français d’origine musulmane la preuve de cette thèse. Selon eux, cette approche est responsable de l’échec du « Printemps arabe » qui, vu de Russie, n’a abouti qu’à instaurer la charia en Libye, semer la pagaille en Tunisie et en Égypte, sans parler de la Syrie…

Que pensent les élites politiques et intellectuelles russes des abandons de souveraineté consentis par les nations européennes ?

Les Russes reconnaissent, à travers le sans-frontiérisme et la méfiance vis-à-vis de la nation, la vieille propagande bolchevique reprise par les gauches européennes. Historiquement, l’idée de la culpabilité innée du bourgeois, du riche exploiteur, a été utilisée comme une arme dans la guerre idéologique contre l’Occident. Petit à petit, l’intelligentsia occidentale a intériorisé ce sentiment de culpabilité qui a fini par façonner sa vision du monde et ses relations avec les damnés de la terre issus du tiers-monde. La France a été intellectuellement dominée par le marxisme, qui est ensuite devenu une sorte de pensée hégémonique dans le milieu de l’Éducation nationale. Ainsi s’est constituée la « pensée unique »…

Décidément, il y a un certain bon sens chez les Russes…Et eux, sont-ils immunisés contre le sentiment de culpabilité qu’ils ont inoculé aux occidentaux ?

Oui, pour la simple raison qu’ils pensent avoir été les victimes de bien pire que la colonisation : pour eux, celle-ci n’est pas grand-chose comparée aux horreurs du stalinisme. Par ailleurs, ils sont choqués par la façon dont on plonge dans l’« historiquement correct » à l’occasion du centenaire de la guerre de 1914. Ils se demandent pourquoi on occulte la question du déclenchement de la guerre et les responsabilités des uns et des autres. Qui rappelle que cette guerre a engendré le communisme et le fascisme ? On parle des Américains, des Australiens et des Néo-Zélandais, mais on oublie que 40 % des morts alliés étaient russes. Pas un seul mot ne leur était consacré le 11-Novembre ! Toutes ces raisons font que les Russes ne comprennent rien au ressassement occidental sur le passé et qu’eux ne se sentent coupables de rien.

C’est bien la Russie, pourtant, qui a asservi toute l’Europe centrale et orientale. Et aujourd’hui, le communisme a disparu mais la domination russe perdure en Asie centrale…

Il est clair que les Russes vivent dans le mensonge. Vladimir Poutine a construit quelque chose qui ne ressemble à rien : un mélange de combat contre le « politiquement correct », de défense – réelle en Syrie, moins ailleurs – des chrétiens d’Orient, et de combat pour la grandeur de la Russie des tsars et de Staline. Pour glorifier son histoire, le pouvoir russe ne craint pas d’occulter les 6 millions de morts ukrainiens et les 25 millions de morts russes imputables à l’action de Lénine, Trotsky et Staline. Et beaucoup de Russes, lassés d’entendre parler de goulag, d’épurations et de bourreaux russes, tombent dans ce travers. Encouragé par leur soutien, Poutine a tourné le dos à l’un des principes fondateurs de la perestroïka : reconstruire dans la vérité. C’est dommage, une réflexion historique sérieuse aurait pu voir le jour, notamment au sujet de l’Asie centrale, où l’empire soviétique a été cause de dommages considérables mais aussi de progrès indéniables.

Diriez-vous que les Européens en font trop dans l’examen de conscience et les Russes, ou en tout cas Poutine, pas assez ?

Ce que je reproche à Poutine, c’est d’empêcher tout débat sur le passé. Mais lui pense que ce débat, nous l’avons eu abondamment pendant la perestroïka et que le seul résultat a été la fin de l’empire. Pour ma part, je crois qu’on peut affronter la vérité sans sombrer dans la culpabilité permanente. Bon an mal an, la jeunesse russe a trouvé un juste équilibre, assumant son passé et ses racines tout en s’ouvrant à l’Occident. Nous avons une jeunesse enthousiaste et dynamique, d’ailleurs de plus en plus opposée à Poutine, qu’elle juge trop vulgaire et simpliste.

 Cet enthousiasme de la jeunesse a-t-il  le moindre impact sur la natalité ?

Non, malheureusement.

Les jeunes Russes ne se sentent pas coupables, ont confiance en l’avenir, mais ils font moins d’enfants que les Français pessimistes et déclinistes. Comment expliquez-vous ce paradoxe ?

Je vous rappelle que les Russes sont toujours sous le choc du traumatisme post-communiste. Ils veulent d’abord survivre et travaillent beaucoup pour réussir, quitte à s’exiler.

Qui  dit « étranger » dit « politique de voisinage ». Les récents événements en Ukraine soulèvent la question des marches de l’Europe. Poutine souhaite-t-il rétablir un cordon sanitaire entre la Russie et l’Union Européenne ?

N’inversez pas les choses : c’est la Russie qu’on encercle ! L’Union soviétique n’existe plus mais la volonté de l’affaiblir demeure. Et le phénomène Poutine est la réponse à cette volonté : si l’Occident veut affaiblir la Russie, la Russie dit : « On ne recule plus. On réagit. On applique notre doctrine Monroe à nous. » L’idée d’un « cordon sanitaire » est d’ailleurs un projet américain inspiré par Zbigniew Brzezinski, ex-conseiller diplomatique du président Carter, qui voulait isoler l’URSS pour gagner la guerre froide. Hélas, cette conception inspire encore bien des diplomates européens.

Europe et Russie sont-elles donc vouées à s’opposer ?

Non, il y a entre l’Europe et la Russie des affinités culturelles fondées sur une longue histoire commune. De plus, le gaz, le pétrole et le grand marché russe étant aussi indispensables aux Allemands, voire bientôt aux Français, que les produits, les technologies et le savoir-faire allemands le sont aux Russes, nous devons créer une interdépendance positive autour de l’énergie et de la technologie. Du côté russe, on sait qu’il n’y a pas vraiment d’alternative stratégique à l’alliance avec l’Europe, notamment du fait de la pression qu’exerce la Chine à l’est. Des centaines de milliers de Chinois, affamés d’espace et de ressources, convoitent nos plaines orientales. Chirac m’a raconté qu’il avait un jour demandé à Deng Xiaoping : « Comment les Chinois vont-ils affronter leur immense défi démographique ? » Celui-ci lui aurait répondu : « Ne vous inquiétez pas, nous avons les territoires du nord… » Autrement dit, la Sibérie !

Et au Proche-Orient, par exemple en Syrie, avons-nous vraiment les mêmes intérêts ?

Autour de la crise syrienne, on a beaucoup disserté sur les bases russes en mers chaudes, mais ce sont des bêtises ! Je pense que nous sommes dans la même barque face à des adversaires communs, notamment l’islamisme. Il faut bien comprendre que les Russes sont hantés par la peur de l’« effet domino », de la création du « califat de Boukhara à Poitiers » – pour reprendre la formule des islamistes…

Lorsque la Russie veut parler à l’Europe, quel numéro de téléphone compose-t-elle ?

Moscou ne conçoit que les rapports bilatéraux d’État à État ! Au Kremlin, on a identifié l’Allemagne comme le « pays moteur » – les Russes voyant en Mme Merkel le « Bismarck des temps modernes ». Les Russes voient bien qu’il existe deux tendances chez les Allemands. La première est inscrite dans l’Union européenne, la seconde se libère de l’Union, se débarrasse du handicap « Club Med » pour pouvoir se tourner vers l’est. Il ne tient qu’à la France d’emprunter la même voie ! [/access]

* Photo: Hannah

Jour de colère, bêtise grégaire

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« La colère des imbéciles remplit le monde », écrivait Bernanos dans Les Grands Cimetières sous la Lune. Hier, la colère des imbéciles a retenti dans Paris.  On pourrait les traiter de fascistes, invoquer le 6 février 1934 et les heures les plus sombres, se boucher le nez devant tant de nauséabonderies. Pourtant, imbécile semble le mot le plus juste pour qualifier la manifestation grotesque  et inquiétante qui s’est tenue dimanche après-midi dans les rues de la capitale. « Je ne crois même pas aux relatif bienfait des coalitions d’ignorance et de parti pris », ajoutait l’écrivain catholique. L’ignorance, le parti pris et la bêtise s’étaient bien donné rendez-vous pour une grande « coagulation des colères » (selon la très poétique sémantique du collectif) qui aurait rassemblé 17 000 bilieux selon la police (160 000 selon les organisateurs).

Le défilé n’avait rien à voir avec les masses joyeuses et pacifiques soulevées par la Manif pour tous. Peu de chants, pas d’enfants, beaucoup de sifflements, de hurlements, et une ambiance franchement angoissante, le tout sous une pluie sinistre : il fallait vraiment être très énervé pour  marcher jusqu’au bout, de la Bastille aux Invalides.

La cacophonie était aussi idéologique. Des slogans royalistes suivant de près une Marseillaise tonitruante, des drapeaux bretons, corses, occitans, des bonnets rouges et des cols relevés. Parmi les slogans du cru, le révolutionnaire : « monarchie populaire, ni droite ni gauche », le très classique « juifs hors de France » et le plus atypique mais non moins discriminant « socialistes pédophiles », scandés par des groupes divers unis seulement par leur détestation viscérale du président français, rebaptisé « braguette ouverte » à la tribune à cause de ses frasques sexuelles.

Des Hommen enchaînés torse-poil sous la pluie côtoyant des ananas plantés au bout de pique, des entrepreneurs fâchés avec la fiscalité, des quenelliers altermondialistes suivis de catholiques intégristes : la grande Pride des mécontents avait des allures de carnaval postmoderne. Muray aurait adoré.

Confusionnisme idéologique, dictature de l’émotion, vulgarité des slogans, cette manifestation, loin d’être réactionnaire, n’était que le pur produit d’une société moderne déboussolée, sans clivages ni repères, sans projet idéologique alternatif cohérent (contrairement aux troupes de la Manif pour tous qui défendaient un projet de société).

Comme la convergence des luttes à l’extrême gauche unit militants LGBT et femmes voilées dans un même combat contre l’ennemi imaginaire fasciste, la « coagulation des colères », chez cette droite-là, rassemble des combats qui n’ont rien à voir contre un ennemi tout aussi fantasmé, le hollandisme.

À cet égard, les vociférations de Béatrice Bourges sont aussi stériles que les trémolos hesseliens, car la colère, comme l’indignation, la bile comme la bonne conscience  ne sont que les deux faces d’une même médaille, celle de la réduction de la politique au primitivisme de l’émotion.

*Photo : URMAN LIONEL/SIPA. 00674246_000027. 

Européennes : c’est déjà l’heure de vérité

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La désignation d’Alain Lamassoure comme tête de liste UMP dans la circonscription-phare de l’Île-de-France, lors des prochaines élections européennes, est une excellente nouvelle. Si je me suis réjoui de la forme, dépourvue de langue de bois, avec laquelle Henri Guaino s’y est opposé, je ne partage pas, pour autant, toutes ses conclusions.

L’investiture du député européen, élu naguère dans la circonscription sud-ouest, qui servira cette année à recaser Michèle Alliot-Marie, a le mérite de clarifier les positions politiques réelles des uns et des autres. Il suffit en fait d’écouter Henri Guaino, qu’il en soit encore remercié, pour se faire son idée. Le député des Yvelines explique que Lamassoure représente des convictions fédéralistes – aux antipodes des siennes – qui rouvriront les plaies de Maastricht et du Traité constitutionnel européen. Il ajoute – et là, Henri, c’est moi qui vais me fâcher- que ces plaies ont été cicatrisées grâce à Nicolas Sarkozy, censé avoir réconcilié la France du oui et celle du non. En tant que citoyen engagé dans ces deux batailles électorales, je n’ai pas le souvenir qu’elles aient occasionné des plaies. Ce fut deux grands rendez-vous démocratiques, auxquels les Français ont massivement participé, certainement parce qu’ils avaient conscience qu’ils étaient déterminants, au contraires d’élections législatives, qu’ils boudent massivement, et pour cause.

J’ai perdu la première fois, de peu. J’ai gagné lors du match retour, largement. Pas de quoi avoir de plaies. En revanche, le 4 février 2008, des parlementaires m’en ont ouvert une, toujours béante. Ce jour-là, en le rebaptisant « traité de Lisbonne », ils faisaient passer quasi à l’identique le texte que j’avais rejeté avec 55 % de mes compatriotes trois ans plus tôt. Six mois auparavant, lors d’une entrevue avec les présidents de groupes parlementaires à Strasbourg, Nicolas Sarkozy avait expliqué qu’il convenait, par esprit de responsabilité (sic), de ne pas consulter les Français sur ce texte, sachant qu’ils auraient toutes les chances de le rejeter. C’est là tout mon désaccord avec Henri Guaino qui veut à tout prix qu’on en reste à son idée fausse, et à vrai dire scandaleuse, de la réconciliation des partisans du oui et du non lors de cette funeste opération de Lisbonne. Les débats n’ont pas lieu parce que Nicolas Sarkozy et le premier secrétaire du PS de l’époque, qui occupe aujourd’hui l’Elysée, se sont mis d’accord à l’époque pour bien cadenasser le couvercle.

Que les dirigeants de l’UMP, grâce à leurs combines, permettent de le rouvrir n’est finalement qu’une ruse habile du destin. Que les militants de l’UMP restent attachés à la souveraineté nationale n’est pas fait nouveau. C’était déjà le cas en 1992 quand 80% d’entre eux faisaient campagne derrière Séguin et Pasqua au contraire de Chirac, Juppé, Balladur… et Sarkozy. Mais au RPR hier et à l’UMP aujourd’hui, l’avis des militants ne pèse pas beaucoup dans les choix de leurs dirigeants. Il suffit de se pencher sur les votes des députés UMP au parlement européen, de constater dans quel groupe ils siègent, de noter que Michel Barnier, eurobéat parmi les eurobéats, sera peut-être le candidat de l’UMP et du Parti populaire européen à la présidence de la Commission européenne pour s’en apercevoir. De toute évidence, les eurodéputés UMP-PPE élus en mai prochain continueront de voter comme ils votent depuis des années. L’honnêteté politique vis-à-vis des citoyens réclame donc que M. Lamassoure soit le porte-drapeau de l’UMP pendant la campagne électorale. Il eût été plus hypocrite de nommer une Rachida Dati qui tient un discours quasi-souverainiste à Paris alors qu’elle siège et vote avec les autres députés du PPE.

*Photo : WITT/SIPA. 00658466_000017.

Nutella : Ne tournons pas autour du pot

nutella pot malbouffe

Il est convenu depuis belle lurette que les mauvaises pratiques alimentaires, désignées par la langue médiatique comme « malbouffe », nous sont venues des Amériques grâce à la marque au grand M jaune. Érigé en symbole de l’acte gourmand moderne et libéré, le sandwich au gras sucré a su capter l’appétit mondial. Ce n’est pourtant plus du hamburger de McDo, devenu la caricature de lui-même du haut de sa toxicité sanitaire et mentale, dont nous avons le plus à craindre, mais d’une pâte à tartiner chocolatée qui nous vient d’Italie. Le fléau transatlantique n’est rien à côté du mal transalpin.

Sur le plan socio-nutritionnel, Nutella, c’est l’horreur absolue,[access capability= »lire_inedits »] le cinquième cavalier de l’Apocalypse, le Terminator du goût. Il ne corrompt pas que les sens, il plonge jeunes et vieux dans l’addiction aux sucres aliénants tout en imbibant l’organisme humain de ces poisons sournois que sont l’huile de palme et les acides gras saturés. Le problème est que ça plaît, surtout aux niais de la papille. Il existe ainsi des « nutelleria » à Bologne, Francfort et Chicago. L’ouverture d’un « bar à Nutella » à Paris est même planifiée. Pourquoi pas près de la gare du Nord, face à la shiterie ? Créée en 1964 par la firme piémontaise Ferrero Rocher, cette pâte à tartiner, censée être à base de noisettes et de cacao, est en réalité composée à 70 % de saccharoses et de matières grasses.

Une véritable petite machine à fabriquer des obèses et des diabétiques. Qui plus est, le Nutella contient des phtalates, notamment le DEPH, qui s’éclate en perturbant nos glandes reproductrices. Tout cela passerait par pertes et profits de la malbouffe de routine si les Français n’en ingurgitaient 100 millions de pots par an (2,7 kilos par seconde), soit 75 000 tonnes, à savoir un quart de la production mondiale. On a gagné ! La France est en effet le premier consommateur de Nutella puisque 78 % des foyers avec enfants en achètent. Les enfants : cibles principales d’une « marque pleine de vie » jouant sur la gourmandise affective pour prendre les familles par le sentiment du miam-miam rassembleur. Comble de l’humiliation, le Nutella est fabriqué à Villers-Écalles, au cœur de la Normandie. Puisque cette douceur chocolatée confine au paradis des poupons poupins, la firme a beau jeu de s’ériger en rempart du bonheur menacé. Qui sont les méchants qui prétendent priver le peuple d’un plaisir simple et pas cher ? Toucher à la recette du Nutella pour satisfaire Dieu sait quel fantasme hygiéno-puritain relèverait du crime. Laissez-nous nous goinfrer !

Vite, l’amalgame salvateur : pas plus que le fruit de la vigne ne tue, la pâte de noisette au chocolat ne rend malade. Vins de terroir et Nutella, même combat ! Bien joué ! Ajoutez-y une dose de chantage à l’emploi et l’affaire est en boîte. Adopté en novembre 2012 par le Sénat, à l’initiative du socialiste Yves Daubigny, un amendement, dit « Nutella », taxant les produits à base d’huile de palme (soit 2 centimes d’euro d’augmentation par pot, quelle terreur !) était retoqué huit jours plus tard par la commission des Affaires sociales de l’Assemblée nationale, PS en tête, sur injonction de Marisol Touraine, notre ministre de la Santé, une femme d’audace qui sait faire les choix courageux pour ne pas déplaire aux lobbies. Les socialistes, ça vote tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît.[/access]

*Photo: Soleil

Valérie Trierweiler : la Première Dame qui ne voulait pas se taire

valerie trierweiler hollande

Je crois avoir été l’un des premiers intellectuels français à avoir défendu Valérie Trierweiler, alors encore première dame de France, lorsqu’elle fut attaquée de toutes parts, y compris par le Président de la République et son Parti socialiste, lorsqu’elle osa afficher publiquement, lors de son fameux tweet, son soutien à Olivier Falorni, dissident socialiste qui menaçait de battre Ségolène Royal, dans la circonscription de La Rochelle, au second tour des dernières législatives.

Ce que j’y défendais en substance, chez celle que j’avais appelé là, pour sa distinction naturelle comme pour son caractère rebelle, « la dandy de la République », c’était, avant tout, son indomptable esprit de liberté, bien aussi suprême qu’inaliénable, surtout en démocratie, pour tout être humain.

Ce courageux mais nécessaire esprit d’indépendance, je l’avais en outre illustré à travers ce qu’en écrivit, tout en finesse et nuance, ce grand écrivain du XIXe siècle que fut Jules Barbey d’Aurevilly dans le superbe tableau qu’il brossa, en son petit mais historique essai sur le dandysme, de Lord Brummell, alors surnommé, tout à la fois, le « prince des dandys », l’ « arbitre des élégances » et « Beau Brummell » : « Ce qui fait le Dandy, c’est l’indépendance. Autrement, il y aurait une législation du Dandysme, et il n’y en a pas. », y stipule en effet Barbey.

Aussi pertinent qu’impertinent, il en infère donc, en guise de conclusion : « Ainsi, une des conséquences du Dandysme, un de ses principaux caractères (…) est-il de produire toujours l’imprévu, ce à quoi l’esprit accoutumé au joug des règles ne peut pas s’attendre en bonne logique. (…). C’est une révolution individuelle contre l’ordre établi, quelquefois contre nature (…) Le Dandysme, (…) se joue de la règle et pourtant la respecte encore. Il en souffre et s’en venge tout en la subissant ; il s’en réclame quand il y échappe ; il la domine et en est dominé tour à tour : double muable caractère ! (…) C’était là ce qu’avait Brummell (…) et par-là il répondait aux besoins de caprice des sociétés ennuyées et trop durement ployées sous les strictes rigueurs de la convenance ».

De fait : « cette révolution individuelle contre l’ordre établi », cette très subtile manière de se « jouer de la règle tout en la respectant encore », cette encore plus adroite façon de « s’en venger tout en la subissant » et de « la dominer en étant dominé tour à tour », c’est là l’insigne et immense privilège dont peut se targuer aujourd’hui, tel ce « double muable caractère » qu’incarna jadis le beau Brummell, la belle Valérie !

Cette rare et d’autant plus précieuse insolence, Valérie Trierweiler la réitéra, plus audacieuse encore dans la mesure où elle s’opposait carrément là au premier flic de France, l’omniprésent Manuel Valls, lors de la tristement célèbre affaire Leonarda : ce qui ne fit, bien sûr, qu’aggraver son cas, au grand dam de ce grand méchant mou qu’est François Hollande, aux yeux des bien pensants et autres cols blancs de ce médiocre socialisme à la française.

C’est dire si cette éminente femme dandy des temps modernes, comme je l’ai encore nommée, en a affolé plus d’un parmi ces cerveaux compassés et bustes engoncés de la République, faisant trembler jusqu’aux ors de l’Élysée.

C’est du reste là, insistais-je en ladite tribune, la plus profonde et juste des définitions que l’on ait jamais donnée du dandysme : « le dandysme est le dernier éclat d’héroïsme dans les décadences », établit Baudelaire, maudit d’entre les maudits, dans une critique d’art ayant pour titre Le Peintre de la vie moderne. Nietzsche, dans son Gai Savoir et autre Ainsi parlait Zarathoustra, appelait aussi cela le « grand style ».

Quant à savoir si l’autorité du Président Hollande avait été ainsi, par ce tweet de Trierweiler, écornée, remise en cause ou malmenée, c’est là une question dont un dandy, libertaire et subversif par définition, n’a franchement que faire : « La désobéissance, pour qui connaît l’histoire, est la vertu originelle de l’homme. C’est par la désobéissance que le progrès s’est réalisé, par la désobéissance et par la révolte. », affirme Oscar Wilde, faisant de la rébellion un facteur de progrès pour toute civilisation, dans cette utopie socialo-anarchiste que représente ce petit livre programmatique qu’est le bien nommé « L’âme de l’homme sous le socialisme ». François Hollande, ancien Secrétaire général du PS, devrait, théoriquement, en être ravi !

Mais ce que je mettais alors surtout en exergue, dans mon article, c’est qu’il restait à espérer que Valérie Trierweiler, dont ses ennemis se mirent à être alors toujours plus nombreux et vindicatifs tout autour d’elle, n’aurait pas à payer un jour le trop cher prix de cette liberté qu’elle osait ainsi s’accorder à l’ombre de l’Elysée, mais sous la lumière des projecteurs. Car c’est pour ce type d’impudence, précisément, que Lord Brummell fut naguère répudié par le Prince de Galles, à qui il s’était permis de tenir effrontément tête. Il fut même banni sans ménagement, sous les huées et quolibets des courtisans de Londres, de Buckingham Palace, jusqu’à un exil forcé. Arrivé en France, sur une plage de Normandie, définitivement vaincu, il mourut alors seul et sans ressources, prématurément vieilli et dans la misère la plus noire. Il repose encore aujourd’hui, oublié de tous, sous une humble et anonyme pierre tombale du petit cimetière protestant de Caen.

Certes le lumineux Paris du XXIe siècle n’est-il pas le sordide Londres du XIXe. Mais il n’empêche que si l’on ne coupe certes plus les trop fortes têtes dans la capitale française, on sait néanmoins encore comment y abattre les trop grandes gueules.

C’est là malheureusement le tragique cas, ainsi que je l’avais prédit, de la pauvre Valérie Trierweiler, elle aussi impitoyablement répudiée, sans égards ni tact, sans le moindre geste d’élégance ni de clémence, par un homme que, s’il n’était pas Président de notre respectable République, avant même d’être ce très peu aimable mixte de cruauté et de cynisme, l’on pourrait aisément qualifier, au vu de son détestable machisme envers les femmes, de mufle, voire de goujat.

François Hollande, décidément, ne sait pas se comporter, surtout pas – comble du paradoxe pour le néo social-démocrate qu’il a prétendu être tout récemment – envers les plus faibles ou les plus démunis que lui… quand ils ne sont pas, tout bonnement, ses impuissantes victimes !

Valérie Trierweiler : ancienne première dame de France et femme dandy de la République, certes ; mais surtout, à présent, premier drame sentimental, sinon tout simplement humain, de France.

À elle, en plus de notre sympathie, toute notre compassion. Valérie Trierweiler, que je ne connais pas personnellement, est une amie de cœur, sinon de raison !

Son actuel voyage en Inde, parmi les miséreux de Bombay, est, dans cette tourmente et malgré l’adversité, la plus noble, digne et admirable des réponses.

*Photo : GUIBBAUD-POOL/SIPA. 00649764_000005. 

Robert Redeker, (re)lire Arthur Schnitzler et le Professeur Schulz : mes haïkus visuels

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Bambi Galaxy, album dystopique

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bambi galaxy disque

Près de quinze ans après son émergence, la « Nouvelle scène française » – appelée aussi « Nouvelle chanson française » en référence au renouveau des années 70 incarné par Souchon, Renaud, Simon, Cabrel, Voulzy, Sheller, Bashung, Balavoine, Chédid, etc. – brille par sa décrépitude. Qui se souvient aujourd’hui des principaux représentants de ce mouvement apocalyptique né aux prémices du nouveau millénaire, comme un mauvais présage ? Je ne citerai pas de noms, tout le monde a le droit à l’oubli.

Bien sûr, on dénombre quelques rescapés dans le lot, mais leur état s’avère préoccupant : Bénabar en est réduit à poser nu dans Paris Match (plus classe que dans Entrevue), Cali rivalise avec Ségolène Royal dans la course au grand soir fraternel, Benjamin Biolay fait l’acteur façon Elvis en jouant dans des nanars naïfs et ultra kitsch (remember Le changement c’est maintenant, son Blue Hawaii à lui) qui pourraient ternir son image de chanteur rebelle…

Seul Vincent Delerm a toujours la carte, les journalistes adorent les artistes qui leur ressemblent : drôles, brillants et charismatiques comme eux ! Et surtout visionnaires, autre caractéristique commune. En effet, Delerm déclarait en 2003 : « Je n’ai pas aimé cette image de « chanteur pour bourgeois-bohèmes » que l’on a voulu me coller. Ce qui est gênant avec le mot bobo, c’est qu’il ne sera plus là dans deux ans ».

Néanmoins, il y a quatre ans, le plus discret Florent Marchet sortait un petit chef-d’œuvre de poésie existentialiste, Courchevel, pendant que les médias nous refourguaient à tout va et sans vergogne les Brel-Brassens-Ferré de leur Microcosmos : Katerine, Sébastien Tellier, Grand Corps Malade et consorts.

Souvenons-nous du savoureux aphorisme de Jean-Edern Hallier : « Puisqu’ils se copient les uns les autres, comme aux examens, on devrait interdire aux journalistes de lire les journaux ». Voilà une interdiction frappée de bon sens qui éviterait bien des troubles à l’ordre public. Pour en revenir à l’œuvre de Florent Marchet, elle peut rebuter de prime abord : pochettes étranges (la dernière n’échappe pas à la règle avec le chanteur figuré par une marionnette de la série culte des années 60 The ThunderbirdsLes Sentinelles de l’air), voix furetant inlassablement entre ses influences Souchon et Dominique A, et production datée nous ramenant au début des années 70.

Ce dernier défaut est assez problématique pour un disque conçu en 2013 comme une œuvre d’anticipation sur l’homme « augmenté » et sa déshumanisation. Bambi Galaxy est en effet un concept album reposant sur le contraste entre la vision idéalisée de l’an 2000 que l’on servait aux enfants il y a trente ans et la réalité d’aujourd’hui, comme l’indique la plaquette promo : « Les années 2000 ont montré un tout autre visage, plus inquiétant, plus violent, moins fraternel. On n’a pas vraiment hâte de découvrir les années 2050 et l’homme 2.0 ne fait plus rêver« .

Pour Florent Marchet, la solution face aux nouvelles perspectives désolantes qu’offre le monde réside dans la fuite : « Notre héros ira au bout […] De l’infiniment petit, il se tourne vers l’infiniment grand (le cosmos) […] Alors il est prêt pour le grand départ. Il embarque avec femme et enfants pour un voyage loin au-dessus de nos têtes qui durera plusieurs vies. » Dans une interview accordée au Figaro le 11 mai 2013, Michel Sardou aussi se voyait partir : « Si j’avais 25 ans, je quitterais la France… ». Et il ajoutait dans cet accès d’optimisme qui le caractérise : « Beaucoup de gens pensent que nous avons changé d’époque, alors que nous vivons sur une autre planète. Tout ce que nous avons connu au cours des cinquante dernières années ne reviendra plus ». Si Florent Marchet avait écouté Sardou, il nous aurait épargné le voyage, si intergalactique soit-il. Mais qui écoute Sardou de nos jours ?

Tout porte à croire que nous avons en effet changé de planète depuis quelques temps (le changement de planète, c’est maintenant), qu’elle s’appelle la Planète des singes et qu’elle a même déjà été imaginée par un certain Pierre Boulle en 1963 : les singeries des Femen et autres jacasseries simiesques pourraient finir de nous en convaincre cette année.

Avec un titre pareil, Bambi Galaxy, l’auditeur espère pleurer sa mère. La sublime introduction instrumentale le place sur orbite avec délectation mais ensuite, les oreilles traversent quelques zones de turbulences éprouvantes (« Reste avec moi », « Apollo 21 ») heureusement atténuées par des accalmies souchoniennes planantes (« 647« , « Bambi Galaxy« , « La Dernière seconde« ).

Parfois, les tubes cosmiques trouvent leur vitesse de croisière (« Que font les anges ? », « Space Opéra »), mais certains dérivent vers des trous noirs fatals (« Héliopolis », « Ma particule élémentaire »).

Même s’il n’a pas trop l’air de savoir où il va, Marchet a au moins réussi à quitter la marécageuse planète de la Nouvelle scène française.

Sa survie est assurée.

Un cougar à l’Elysée

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hollande cougar elysee

hollande cougar elysee

Alors que Najat Vallaud-Belkacem nous assène de belles leçons d’égalité homme/femme, François Hollande répudie sa compagne d’un laconique : «Je fais savoir que j’ai mis fin à la vie commune que je partageais avec Valérie Trierweiler… ».

Dans le même temps, au nom de l’égalité des sexes, véritable serpent de mer idéologique, on justifie une retouche de la loi Veil qui fonctionnait parfaitement en l’état. On y supprime la notion de « situation de détresse » laquelle, en dépit du texte de loi, n’a jamais été déterminante dans le recours à l’avortement. On interdit aux opposants à l’IVG de faire valoir leurs arguments, en qualifiant de «délit d’entrave » la simple évocation de solutions alternatives. Où est donc passée la liberté d’expression si chère à Hollande ?

Au nom de cette égalité toujours, les diktats pleuvent comme autant de carcans. Par exemple, le congé parental est désormais proposé à égale proportion aux hommes et aux femmes (6 mois chacun pour un enfant). Mais si le père ne désire pas rester auprès de son enfant, cette part du congé est perdue. Même chose pour deux enfants, où le congé est rogné de 6 mois au seul bénéfice du père ou parent 2. Car l’Etat s’est donné pour dessein de rééquilibrer la part des tâches et de la vie professionnelle entre hommes et femmes –n’est ce pas une affaire privée ?-. Le tout dans une confusion absolue, puisque subsistent les notions de père et mère en plus des notions de parent 1 et parent 2… Qui est qui, on ne sait pas très bien… Et d’ailleurs, si l’un et l’autre se valent, à quoi bon maintenir un ministère des droits de la femme ? Mais, laissez-les vivre !

Cette soif d’égalité ne manque pas de sel au regard de l’actualité « glamour » de François Hollande, qui nous montre du même coup en quelle haute estime il tient les femmes et comment la redondante « dignité de la personne humaine » –en l’occurrence, appliquée à Valérie- lui a servi de gilet pare-balle pour éviter jusqu’ici les attaques.

Amusons-nous alors d’un peu de fiction : songeons que notre François national est une Françoise et qu’elle délaisse son prince consort. Soyons fous, imaginons même qu’elle se prélasse de 5 à 7 dans les bras d’un autre, plus jeune de surcroît. De « cougar » à « salope », nous entendrions tout ce qui se fait de plus trash en matière d’injure et de jugement sexiste et ce, dans l’indifférence générale. Mieux encore, rêvons que le mariage, dont François Hollande s’est fait le zélateur depuis le début de son mandat, le séduise enfin et qu’il convole avec sa Julie. Et que quelque temps après, cette dernière, lassée de son vieux nounours, se laisse séduire par un beau jeune homme –ce qui serait d’ailleurs justice-. On entend d’ici les commentaires élogieux et probablement très « dignes » qui ne manqueraient pas de fuser à son égard.

Certains observateurs ont noté, avec force sous-entendus égrillards, comme notre Président avait l’air en forme et détendu ces derniers temps, avant d’en attribuer les mérites à son histoire d’alcôve. Un tel consensus serait il-imaginable autour des frasques d’une femme ?

Au nom d’une funeste idéologie égalitaire, peut-on prétendre changer en quelques mois et au prix de lois iniques, une société dont les deux genres sont le fondement depuis des millénaires ? Et ce, alors même que persistent, au plus haut niveau de l’Etat, des comportements d’un sexisme achevé et d’une exemplaire muflerie ?

*Photo : Zacharie Scheurer/AP/SIPA.

Casse-toi, pauv’ conne!

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hollande repudiation valerie

hollande repudiation valerie

« Je fais savoir que j’ai mis fin à la vie commune que je partageais avec Valérie Trierweiler » : sérieusement, François Hollande a besoin « d’un agrégé qui sache écrire », comme disait De Gaulle en recrutant Pompidou. Trois fois Je (trois fois rien ?) en une courte phrase, avec une gracieuse redondance des « que » (un psychanalyste lacanien en rirait dans sa barbe), le tout pour annoncer unilatéralement qu’il rompt avec Madame… Tout cela témoigne d’une insuffisance rhétorique pénible à voir, et d’une suffisance psychologique encore plus angoissante. « Inépuisable Moi », disaient Narcisse et le Poète ; « envahissant Moi », proclame Hollande.

Il avait déjà fait le coup pendant la campagne. On se souvient de la litanie des « Moi, Président » — cet insoutenable emprunt à la rhétorique anaphorique de Guaino, qui a fait croire à quelques millions de gogos et de bobos que Hollande était autre chose qu’un ultra-libéral (son discours de fin d’année 2013 n’amorçait aucun virage : il a juste choisi de poser son masque de social-démocrate et de reprendre la dépouille de Tony Blair). Eh bien, rajoutons notre contribution à la liste : « Moi, Président, je répudierai ma concubine à mon gré, et je pisse à la raie de toutes les féministes qui pensent qu’une femme doit être traitée décemment ». Même Louis XIV n’opérait pas avec une telle brutalité : il laissa Mme de Montespan vivre à la Cour après avoir rompu avec elle. Notre président, qui a pourtant dû connaître Gisèle Halimi, ne plaide guère pour la « cause des femmes », comme on disait alors.
Je n’avais pas de sympathie ni d’antipathie particulière pour Valérie Trierweiler. Ma foi, son licenciement sec, comme on dit dans le monde des libéraux, m’inciterait presque à la pitié — et ça ne m’étonnerait guère qu’elle en tire un de ces prochains jours un livre bien saignant, où elle expliquera les dessous chics et chocs de la politique hollandienne. Je ne crois pas qu’elle soit en manque d’éditeurs pour cela — tout en sachant que le Monde et le Nouvel Obs, les deux Pravdadu régime, en diront du mal. Mais on peut vivre sans le Monde et Le Nouvel Obs.

Au passage, cette appellation de « Première dame » m’horripile. Outre le fait qu’elle témoigne de notre inféodation aux Etats-Unis, où la fonction est officielle, elle est sémantiquement connotée : seul un homme peut accéder au pouvoir, parce qu’on n’a rien prévu en sens inverse. Comment appellerait-on demain le compagnon d’une Présidente ? Le Premier Homme ? Le titre est déjà pris — par Camus. Ou faut-il croire que « Première dame » sera désormais une expression figée, comme « sage-femme », qui s’applique aussi aux accoucheurs mâles ?
Dernier point : certains jeunes rompent par SMS — c’est bien pratique de ne pas affronter en face les cris et les chuchotements d’une fille déchaînée, et on ne risque pas de voir son bureau vandalisé. Désormais, ils rompront par l’AFP : c’est plus chic, quand même, même si c’est tout aussi couard.

Rétrospectivement, les affirmations de Pépère sur la fin du règne des paillettes sonnent avec ironie à nos oreilles. Tout pour l’image, tout pour la société du spectacle : pendant dix jours de suspense, on n’a pour ainsi dire plus parlé du chômage qui s’accroît ni de l’industrie qui régresse — à part de l’industrie française du scooter, durement concurrencée par un certain Piaggio sur lequel l’édile en chef partait en vrombissant roucouler près de la nouvelle favorite. Encore moins des patrons qui se frottent les mains à l’idée de faire, grâce à Hollande et Ayrault, de substantielles économies. Plus parlé de l’Ecole qui sombre encore plus vite que d’habitude, toute vaselinée des bonnes intentions du ministère. Plus parlé des gens qui ont faim, des classes moyennes qui glissent vers le moyen-moins, même plus parlé de Dieudonné, dont le filon s’épuisait — il fallait bien trouver de nouvelles paillettes médiatiques pour amuser le bon peuple, auquel on offre des jeux, faute de lui donner du pain.

*Photo : AP/SIPA. AP21514022_000010.

Non-cumul, la fausse bonne idée

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cumul mandats deputes

cumul mandats deputes

Après le référendum interne de 2009 approuvé à une large majorité des militants socialistes, les députés socialistes élus aux législatives de 2012 se sont engagés par écrit à ne pas cumuler de mandat. Question de cohérence avec la quarante-huitième promesse du candidat Hollande.

Pourtant, on se souvient que l’hôte de l’Élysée avait cumulé la présidence du conseil général de Corrèze avec son siège de député jusqu’à la veille de sa passation de pouvoir. Pas étonnant que son ami François Rebsamen, un hollandais de la première heure, ait déclaré à l’occasion du vote de la loi sur le non-cumul, jeudi dernier, sa candidature simultanée à la mairie de Dijon et aux sénatoriales de la Côte d’Or.
Mieux, il annonce vouloir cumuler jusqu’en 2020. La loi n’étant pas rétroactive et ne prenant effet qu’en 2017 (voire jusqu’en 2019 pour les eurodéputés), il pourra conserver son titre de sénateur-maire, si les électeurs le décident, bien au-delà du quinquennat. Une provocation de plus pour l’Élysée.

La rébellion de cette figure du PS met les choses au clair. Tandis qu’une écrasante majorité des caciques de son parti votait la loi, tout en cumulant et en espérant secrètement que la droite revienne dessus en 2017,  François Rebsamen approuvait avec 24 autres sénateurs socialistes récalcitrants un amendement  RDSE-UMP-UDI excluant le Sénat de l’application de la réforme.

Une audace partagée avec le sénateur-maire d’Alfortville Luc Carvounas, lequel déclarait pourtant en février 2013 que « l’engagement sera voté durant le quinquennat, alors ne tombons pas dans une posture jusqu’au boutiste« . Un an plus tard, il s’apprête à recevoir son ami Manuel Valls, venu le soutenir dans sa campagne municipale. Le ministre de l’Intérieur porteur du projet de loi électorale, et candidat sur la liste municipale socialiste d’Évry, n’est pas vraiment pas rancunier.

« Après des années de mobilisation militante, fier d’avoir voté le non-cumul des mandats », a tweeté le jeune député PS et candidat à la mairie de Montreuil, Razzy Hammadi. Il faut croire que son enthousiasme n’est pas communicatif car nombre de jeunes parlementaires socialistes ont aux aussi du mal avec le non-cumul.
En plus de Carvounas et Hammadi, les députés Lepetit, Guedj, Feltesse et Da Silva conservent leurs mandats avec la bénédiction de Solférino. À l’approche des municipales, Harlem Désir se fait moins insistant sur ce sujet. Même Sophie Dessus, qui a repris le flambeau de François Hollande dans la première circoncscruption de Corrèze, se représente à Uzerche! Plus anecdotique mais non moins savoureux, le député socialiste de la cinquième circonscription de l’étranger (Espagne, Portugal, Andorre), Arnaud Leroy se présente aux municipales en Gironde où il vient d’acheter une résidence secondaire.
Chez les plus anciens, la liste n’est pas exhaustive: MM. Emmanuelli, Vauzelle, Mennucci, Collomb, Vallini, Claeys, Germain, Destot, Ries… ont discrètement poursuivi leur travail d’élu local et de parlementaire. Au mépris du projet socialiste et de la loi portée par leur majorité. Y a-t-il encore un pilote à Solférino?

Soyons sérieux, un tel double langage ne peut qu’attiser, à terme, le populisme qui sous-tend cette loi sur le non-cumul. Car s’est bien la haine du cumulard », des « tous-pourris » et des « voleurs » qui est à l’origine de cette volonté de réduire les prérogatives des élus. Un antiparlementarisme, qu’on croyait réservé aux poujadistes et aux extrêmes, a ses adeptes au PS. Martine Aubry est l’inspiratrice du projet et Lionel Jospin voulait même supprimer le Sénat. Quant aux trois députés apparentés Front national, ils cherchent à gagner ou conserver un mandat local.

Pas un discours sur la réforme de l’État sans que le mot magique de « décentralisation » ne soit prononcé, mais un Parlement sans ancrage local va paradoxalement affaiblir l’influence des collectivités territoriales. Quant au niveau du travail législatif et à l’indépendance des assemblées, déjà appauvris, ils seront à la merci des partis politiques. Les assemblées se plaignent aujourd’hui d’être le petit doigt sur la couture du pantalon, qu’en sera-t-il demain? N’est-on pas en train de revenir en arrière? La turbulente histoire de la démocratie française a vu la Convention détournée par les clubs, ancêtres des partis modernes. En 1793, celui des jacobins et la commune de Paris firent régner une dictature sur les députés de province dont le le bon sens étaient réputés contre-révolutionnaires. Tirant les leçons du passé, le bicamérisme fut alors instauré pour juguler l’ardeur de l’assemblée ou de l’exécutif. Enfin, le cumul des mandats, une spécificité très française, accorda à la III° République centralisatrice un solide ancrage local: un garde-fou contre toutes les démagogies parisiennes.

*Photo : SIMON ISABELLE/SIPA.00618403_000001.

L’UE est dans une logique de guerre froide

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vladimir fedorovski portrait

vladimir fedorovski portrait

Ancien diplomate Russe, Vladimir Fedorovski est aujourd’hui un écrivain français. Son Roman des espionnes paraîtra en janvier 2014 aux éditions du Rocher.

Propos recueillis par Gil Mihaely et Nastia Houdiakova.

Causeur. Pendant  longtemps, l’Occident en général et l’Europe en particulier, ont été un modèle, voire une terre promise, pour les russes. Vingt-cinq ans après la chute de l’ex-URSS, tout a changé de part et d’autre de l’ancien rideau de fer. Quels regard portent les Russes d’aujourd’hui sur l’Europe ?

Vladimir Fedorovski. Un regard ambivalent. D’un côté, les Russes, en particulier les jeunes qui n’ont pas vraiment connu l’URSS, adorent l’Europe en tant que destination touristique. On peut même dire qu’ils aiment bien se sentir européens et qu’ils éprouvent un attachement tout particulier à la France et notamment à Paris. D’un autre côté, il y a une sorte de joie malsaine à voir l’Europe s’enfoncer dans la crise.[access capability= »lire_inedits »]  Il ne faut pas oublier que les Russes ont vécu la fin de l’empire soviétique comme une tragédie et qu’ils n’ont toujours pas digéré l’élargissement de l’Europe à leurs frontières. Poutine surfe sur la nostalgie de l’époque soviétique, dont les mauvais souvenirs s’effacent.

Au-delà des sentiments et des ressentiments, comment explique-t-on l’échec de l’Europe en Russie ?

Tout d’abord par des erreurs politiques. Pour les Russes, l’Europe n’est pas une mauvaise idée en soi mais ils pensent que ce projet aurait dû se développer à partir d’un noyau dur pour s’étendre seulement ensuite, étape par étape. Et puis, il y a une dimension plus profonde : les Russes pensent que les Européens font fausse route parce qu’ils se mentent à eux-mêmes ! Ils considèrent, Poutine le premier, que l’Europe a trahi son âme en rompant avec ses racines chrétiennes – qu’ils pensent partager avec elle. Pour eux, Tolstoï et Tchékhov, Tchaïkovski et Rachmaninov font partie de la culture européenne.

Ils ont raison ! Pensent-ils par ailleurs que l’Europe perd son âme parce qu’elle accueille trop d’immigrés ?

Ils sont surtout allergiques à l’idée de multiculturalisme. Ils pensent bien connaître la question, car l’empire russe était multinational. Ils se considèrent comme un rempart face à l’islamisme. À Moscou, on s’imagine – à mon avis, à tort – que les Européens, surtout les Français, ont abandonné la réflexion stratégique au profit de considérations électoralistes liées à l’immigration et qu’ils soutiennent un « islamisme modéré » qui n’existe pas plus, selon les Russes, que le « bolchevisme modéré ». Poutine et une partie de la presse russe voient dans le vote massif en faveur de Hollande des Français d’origine musulmane la preuve de cette thèse. Selon eux, cette approche est responsable de l’échec du « Printemps arabe » qui, vu de Russie, n’a abouti qu’à instaurer la charia en Libye, semer la pagaille en Tunisie et en Égypte, sans parler de la Syrie…

Que pensent les élites politiques et intellectuelles russes des abandons de souveraineté consentis par les nations européennes ?

Les Russes reconnaissent, à travers le sans-frontiérisme et la méfiance vis-à-vis de la nation, la vieille propagande bolchevique reprise par les gauches européennes. Historiquement, l’idée de la culpabilité innée du bourgeois, du riche exploiteur, a été utilisée comme une arme dans la guerre idéologique contre l’Occident. Petit à petit, l’intelligentsia occidentale a intériorisé ce sentiment de culpabilité qui a fini par façonner sa vision du monde et ses relations avec les damnés de la terre issus du tiers-monde. La France a été intellectuellement dominée par le marxisme, qui est ensuite devenu une sorte de pensée hégémonique dans le milieu de l’Éducation nationale. Ainsi s’est constituée la « pensée unique »…

Décidément, il y a un certain bon sens chez les Russes…Et eux, sont-ils immunisés contre le sentiment de culpabilité qu’ils ont inoculé aux occidentaux ?

Oui, pour la simple raison qu’ils pensent avoir été les victimes de bien pire que la colonisation : pour eux, celle-ci n’est pas grand-chose comparée aux horreurs du stalinisme. Par ailleurs, ils sont choqués par la façon dont on plonge dans l’« historiquement correct » à l’occasion du centenaire de la guerre de 1914. Ils se demandent pourquoi on occulte la question du déclenchement de la guerre et les responsabilités des uns et des autres. Qui rappelle que cette guerre a engendré le communisme et le fascisme ? On parle des Américains, des Australiens et des Néo-Zélandais, mais on oublie que 40 % des morts alliés étaient russes. Pas un seul mot ne leur était consacré le 11-Novembre ! Toutes ces raisons font que les Russes ne comprennent rien au ressassement occidental sur le passé et qu’eux ne se sentent coupables de rien.

C’est bien la Russie, pourtant, qui a asservi toute l’Europe centrale et orientale. Et aujourd’hui, le communisme a disparu mais la domination russe perdure en Asie centrale…

Il est clair que les Russes vivent dans le mensonge. Vladimir Poutine a construit quelque chose qui ne ressemble à rien : un mélange de combat contre le « politiquement correct », de défense – réelle en Syrie, moins ailleurs – des chrétiens d’Orient, et de combat pour la grandeur de la Russie des tsars et de Staline. Pour glorifier son histoire, le pouvoir russe ne craint pas d’occulter les 6 millions de morts ukrainiens et les 25 millions de morts russes imputables à l’action de Lénine, Trotsky et Staline. Et beaucoup de Russes, lassés d’entendre parler de goulag, d’épurations et de bourreaux russes, tombent dans ce travers. Encouragé par leur soutien, Poutine a tourné le dos à l’un des principes fondateurs de la perestroïka : reconstruire dans la vérité. C’est dommage, une réflexion historique sérieuse aurait pu voir le jour, notamment au sujet de l’Asie centrale, où l’empire soviétique a été cause de dommages considérables mais aussi de progrès indéniables.

Diriez-vous que les Européens en font trop dans l’examen de conscience et les Russes, ou en tout cas Poutine, pas assez ?

Ce que je reproche à Poutine, c’est d’empêcher tout débat sur le passé. Mais lui pense que ce débat, nous l’avons eu abondamment pendant la perestroïka et que le seul résultat a été la fin de l’empire. Pour ma part, je crois qu’on peut affronter la vérité sans sombrer dans la culpabilité permanente. Bon an mal an, la jeunesse russe a trouvé un juste équilibre, assumant son passé et ses racines tout en s’ouvrant à l’Occident. Nous avons une jeunesse enthousiaste et dynamique, d’ailleurs de plus en plus opposée à Poutine, qu’elle juge trop vulgaire et simpliste.

 Cet enthousiasme de la jeunesse a-t-il  le moindre impact sur la natalité ?

Non, malheureusement.

Les jeunes Russes ne se sentent pas coupables, ont confiance en l’avenir, mais ils font moins d’enfants que les Français pessimistes et déclinistes. Comment expliquez-vous ce paradoxe ?

Je vous rappelle que les Russes sont toujours sous le choc du traumatisme post-communiste. Ils veulent d’abord survivre et travaillent beaucoup pour réussir, quitte à s’exiler.

Qui  dit « étranger » dit « politique de voisinage ». Les récents événements en Ukraine soulèvent la question des marches de l’Europe. Poutine souhaite-t-il rétablir un cordon sanitaire entre la Russie et l’Union Européenne ?

N’inversez pas les choses : c’est la Russie qu’on encercle ! L’Union soviétique n’existe plus mais la volonté de l’affaiblir demeure. Et le phénomène Poutine est la réponse à cette volonté : si l’Occident veut affaiblir la Russie, la Russie dit : « On ne recule plus. On réagit. On applique notre doctrine Monroe à nous. » L’idée d’un « cordon sanitaire » est d’ailleurs un projet américain inspiré par Zbigniew Brzezinski, ex-conseiller diplomatique du président Carter, qui voulait isoler l’URSS pour gagner la guerre froide. Hélas, cette conception inspire encore bien des diplomates européens.

Europe et Russie sont-elles donc vouées à s’opposer ?

Non, il y a entre l’Europe et la Russie des affinités culturelles fondées sur une longue histoire commune. De plus, le gaz, le pétrole et le grand marché russe étant aussi indispensables aux Allemands, voire bientôt aux Français, que les produits, les technologies et le savoir-faire allemands le sont aux Russes, nous devons créer une interdépendance positive autour de l’énergie et de la technologie. Du côté russe, on sait qu’il n’y a pas vraiment d’alternative stratégique à l’alliance avec l’Europe, notamment du fait de la pression qu’exerce la Chine à l’est. Des centaines de milliers de Chinois, affamés d’espace et de ressources, convoitent nos plaines orientales. Chirac m’a raconté qu’il avait un jour demandé à Deng Xiaoping : « Comment les Chinois vont-ils affronter leur immense défi démographique ? » Celui-ci lui aurait répondu : « Ne vous inquiétez pas, nous avons les territoires du nord… » Autrement dit, la Sibérie !

Et au Proche-Orient, par exemple en Syrie, avons-nous vraiment les mêmes intérêts ?

Autour de la crise syrienne, on a beaucoup disserté sur les bases russes en mers chaudes, mais ce sont des bêtises ! Je pense que nous sommes dans la même barque face à des adversaires communs, notamment l’islamisme. Il faut bien comprendre que les Russes sont hantés par la peur de l’« effet domino », de la création du « califat de Boukhara à Poitiers » – pour reprendre la formule des islamistes…

Lorsque la Russie veut parler à l’Europe, quel numéro de téléphone compose-t-elle ?

Moscou ne conçoit que les rapports bilatéraux d’État à État ! Au Kremlin, on a identifié l’Allemagne comme le « pays moteur » – les Russes voyant en Mme Merkel le « Bismarck des temps modernes ». Les Russes voient bien qu’il existe deux tendances chez les Allemands. La première est inscrite dans l’Union européenne, la seconde se libère de l’Union, se débarrasse du handicap « Club Med » pour pouvoir se tourner vers l’est. Il ne tient qu’à la France d’emprunter la même voie ! [/access]

* Photo: Hannah

Jour de colère, bêtise grégaire

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jour colere hollande

jour colere hollande

« La colère des imbéciles remplit le monde », écrivait Bernanos dans Les Grands Cimetières sous la Lune. Hier, la colère des imbéciles a retenti dans Paris.  On pourrait les traiter de fascistes, invoquer le 6 février 1934 et les heures les plus sombres, se boucher le nez devant tant de nauséabonderies. Pourtant, imbécile semble le mot le plus juste pour qualifier la manifestation grotesque  et inquiétante qui s’est tenue dimanche après-midi dans les rues de la capitale. « Je ne crois même pas aux relatif bienfait des coalitions d’ignorance et de parti pris », ajoutait l’écrivain catholique. L’ignorance, le parti pris et la bêtise s’étaient bien donné rendez-vous pour une grande « coagulation des colères » (selon la très poétique sémantique du collectif) qui aurait rassemblé 17 000 bilieux selon la police (160 000 selon les organisateurs).

Le défilé n’avait rien à voir avec les masses joyeuses et pacifiques soulevées par la Manif pour tous. Peu de chants, pas d’enfants, beaucoup de sifflements, de hurlements, et une ambiance franchement angoissante, le tout sous une pluie sinistre : il fallait vraiment être très énervé pour  marcher jusqu’au bout, de la Bastille aux Invalides.

La cacophonie était aussi idéologique. Des slogans royalistes suivant de près une Marseillaise tonitruante, des drapeaux bretons, corses, occitans, des bonnets rouges et des cols relevés. Parmi les slogans du cru, le révolutionnaire : « monarchie populaire, ni droite ni gauche », le très classique « juifs hors de France » et le plus atypique mais non moins discriminant « socialistes pédophiles », scandés par des groupes divers unis seulement par leur détestation viscérale du président français, rebaptisé « braguette ouverte » à la tribune à cause de ses frasques sexuelles.

Des Hommen enchaînés torse-poil sous la pluie côtoyant des ananas plantés au bout de pique, des entrepreneurs fâchés avec la fiscalité, des quenelliers altermondialistes suivis de catholiques intégristes : la grande Pride des mécontents avait des allures de carnaval postmoderne. Muray aurait adoré.

Confusionnisme idéologique, dictature de l’émotion, vulgarité des slogans, cette manifestation, loin d’être réactionnaire, n’était que le pur produit d’une société moderne déboussolée, sans clivages ni repères, sans projet idéologique alternatif cohérent (contrairement aux troupes de la Manif pour tous qui défendaient un projet de société).

Comme la convergence des luttes à l’extrême gauche unit militants LGBT et femmes voilées dans un même combat contre l’ennemi imaginaire fasciste, la « coagulation des colères », chez cette droite-là, rassemble des combats qui n’ont rien à voir contre un ennemi tout aussi fantasmé, le hollandisme.

À cet égard, les vociférations de Béatrice Bourges sont aussi stériles que les trémolos hesseliens, car la colère, comme l’indignation, la bile comme la bonne conscience  ne sont que les deux faces d’une même médaille, celle de la réduction de la politique au primitivisme de l’émotion.

*Photo : URMAN LIONEL/SIPA. 00674246_000027. 

Européennes : c’est déjà l’heure de vérité

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ump europennes lamassoure

ump europennes lamassoure

La désignation d’Alain Lamassoure comme tête de liste UMP dans la circonscription-phare de l’Île-de-France, lors des prochaines élections européennes, est une excellente nouvelle. Si je me suis réjoui de la forme, dépourvue de langue de bois, avec laquelle Henri Guaino s’y est opposé, je ne partage pas, pour autant, toutes ses conclusions.

L’investiture du député européen, élu naguère dans la circonscription sud-ouest, qui servira cette année à recaser Michèle Alliot-Marie, a le mérite de clarifier les positions politiques réelles des uns et des autres. Il suffit en fait d’écouter Henri Guaino, qu’il en soit encore remercié, pour se faire son idée. Le député des Yvelines explique que Lamassoure représente des convictions fédéralistes – aux antipodes des siennes – qui rouvriront les plaies de Maastricht et du Traité constitutionnel européen. Il ajoute – et là, Henri, c’est moi qui vais me fâcher- que ces plaies ont été cicatrisées grâce à Nicolas Sarkozy, censé avoir réconcilié la France du oui et celle du non. En tant que citoyen engagé dans ces deux batailles électorales, je n’ai pas le souvenir qu’elles aient occasionné des plaies. Ce fut deux grands rendez-vous démocratiques, auxquels les Français ont massivement participé, certainement parce qu’ils avaient conscience qu’ils étaient déterminants, au contraires d’élections législatives, qu’ils boudent massivement, et pour cause.

J’ai perdu la première fois, de peu. J’ai gagné lors du match retour, largement. Pas de quoi avoir de plaies. En revanche, le 4 février 2008, des parlementaires m’en ont ouvert une, toujours béante. Ce jour-là, en le rebaptisant « traité de Lisbonne », ils faisaient passer quasi à l’identique le texte que j’avais rejeté avec 55 % de mes compatriotes trois ans plus tôt. Six mois auparavant, lors d’une entrevue avec les présidents de groupes parlementaires à Strasbourg, Nicolas Sarkozy avait expliqué qu’il convenait, par esprit de responsabilité (sic), de ne pas consulter les Français sur ce texte, sachant qu’ils auraient toutes les chances de le rejeter. C’est là tout mon désaccord avec Henri Guaino qui veut à tout prix qu’on en reste à son idée fausse, et à vrai dire scandaleuse, de la réconciliation des partisans du oui et du non lors de cette funeste opération de Lisbonne. Les débats n’ont pas lieu parce que Nicolas Sarkozy et le premier secrétaire du PS de l’époque, qui occupe aujourd’hui l’Elysée, se sont mis d’accord à l’époque pour bien cadenasser le couvercle.

Que les dirigeants de l’UMP, grâce à leurs combines, permettent de le rouvrir n’est finalement qu’une ruse habile du destin. Que les militants de l’UMP restent attachés à la souveraineté nationale n’est pas fait nouveau. C’était déjà le cas en 1992 quand 80% d’entre eux faisaient campagne derrière Séguin et Pasqua au contraire de Chirac, Juppé, Balladur… et Sarkozy. Mais au RPR hier et à l’UMP aujourd’hui, l’avis des militants ne pèse pas beaucoup dans les choix de leurs dirigeants. Il suffit de se pencher sur les votes des députés UMP au parlement européen, de constater dans quel groupe ils siègent, de noter que Michel Barnier, eurobéat parmi les eurobéats, sera peut-être le candidat de l’UMP et du Parti populaire européen à la présidence de la Commission européenne pour s’en apercevoir. De toute évidence, les eurodéputés UMP-PPE élus en mai prochain continueront de voter comme ils votent depuis des années. L’honnêteté politique vis-à-vis des citoyens réclame donc que M. Lamassoure soit le porte-drapeau de l’UMP pendant la campagne électorale. Il eût été plus hypocrite de nommer une Rachida Dati qui tient un discours quasi-souverainiste à Paris alors qu’elle siège et vote avec les autres députés du PPE.

*Photo : WITT/SIPA. 00658466_000017.

Nutella : Ne tournons pas autour du pot

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nutella pot malbouffe

nutella pot malbouffe

Il est convenu depuis belle lurette que les mauvaises pratiques alimentaires, désignées par la langue médiatique comme « malbouffe », nous sont venues des Amériques grâce à la marque au grand M jaune. Érigé en symbole de l’acte gourmand moderne et libéré, le sandwich au gras sucré a su capter l’appétit mondial. Ce n’est pourtant plus du hamburger de McDo, devenu la caricature de lui-même du haut de sa toxicité sanitaire et mentale, dont nous avons le plus à craindre, mais d’une pâte à tartiner chocolatée qui nous vient d’Italie. Le fléau transatlantique n’est rien à côté du mal transalpin.

Sur le plan socio-nutritionnel, Nutella, c’est l’horreur absolue,[access capability= »lire_inedits »] le cinquième cavalier de l’Apocalypse, le Terminator du goût. Il ne corrompt pas que les sens, il plonge jeunes et vieux dans l’addiction aux sucres aliénants tout en imbibant l’organisme humain de ces poisons sournois que sont l’huile de palme et les acides gras saturés. Le problème est que ça plaît, surtout aux niais de la papille. Il existe ainsi des « nutelleria » à Bologne, Francfort et Chicago. L’ouverture d’un « bar à Nutella » à Paris est même planifiée. Pourquoi pas près de la gare du Nord, face à la shiterie ? Créée en 1964 par la firme piémontaise Ferrero Rocher, cette pâte à tartiner, censée être à base de noisettes et de cacao, est en réalité composée à 70 % de saccharoses et de matières grasses.

Une véritable petite machine à fabriquer des obèses et des diabétiques. Qui plus est, le Nutella contient des phtalates, notamment le DEPH, qui s’éclate en perturbant nos glandes reproductrices. Tout cela passerait par pertes et profits de la malbouffe de routine si les Français n’en ingurgitaient 100 millions de pots par an (2,7 kilos par seconde), soit 75 000 tonnes, à savoir un quart de la production mondiale. On a gagné ! La France est en effet le premier consommateur de Nutella puisque 78 % des foyers avec enfants en achètent. Les enfants : cibles principales d’une « marque pleine de vie » jouant sur la gourmandise affective pour prendre les familles par le sentiment du miam-miam rassembleur. Comble de l’humiliation, le Nutella est fabriqué à Villers-Écalles, au cœur de la Normandie. Puisque cette douceur chocolatée confine au paradis des poupons poupins, la firme a beau jeu de s’ériger en rempart du bonheur menacé. Qui sont les méchants qui prétendent priver le peuple d’un plaisir simple et pas cher ? Toucher à la recette du Nutella pour satisfaire Dieu sait quel fantasme hygiéno-puritain relèverait du crime. Laissez-nous nous goinfrer !

Vite, l’amalgame salvateur : pas plus que le fruit de la vigne ne tue, la pâte de noisette au chocolat ne rend malade. Vins de terroir et Nutella, même combat ! Bien joué ! Ajoutez-y une dose de chantage à l’emploi et l’affaire est en boîte. Adopté en novembre 2012 par le Sénat, à l’initiative du socialiste Yves Daubigny, un amendement, dit « Nutella », taxant les produits à base d’huile de palme (soit 2 centimes d’euro d’augmentation par pot, quelle terreur !) était retoqué huit jours plus tard par la commission des Affaires sociales de l’Assemblée nationale, PS en tête, sur injonction de Marisol Touraine, notre ministre de la Santé, une femme d’audace qui sait faire les choix courageux pour ne pas déplaire aux lobbies. Les socialistes, ça vote tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît.[/access]

*Photo: Soleil

Valérie Trierweiler : la Première Dame qui ne voulait pas se taire

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valerie trierweiler hollande

Je crois avoir été l’un des premiers intellectuels français à avoir défendu Valérie Trierweiler, alors encore première dame de France, lorsqu’elle fut attaquée de toutes parts, y compris par le Président de la République et son Parti socialiste, lorsqu’elle osa afficher publiquement, lors de son fameux tweet, son soutien à Olivier Falorni, dissident socialiste qui menaçait de battre Ségolène Royal, dans la circonscription de La Rochelle, au second tour des dernières législatives.

Ce que j’y défendais en substance, chez celle que j’avais appelé là, pour sa distinction naturelle comme pour son caractère rebelle, « la dandy de la République », c’était, avant tout, son indomptable esprit de liberté, bien aussi suprême qu’inaliénable, surtout en démocratie, pour tout être humain.

Ce courageux mais nécessaire esprit d’indépendance, je l’avais en outre illustré à travers ce qu’en écrivit, tout en finesse et nuance, ce grand écrivain du XIXe siècle que fut Jules Barbey d’Aurevilly dans le superbe tableau qu’il brossa, en son petit mais historique essai sur le dandysme, de Lord Brummell, alors surnommé, tout à la fois, le « prince des dandys », l’ « arbitre des élégances » et « Beau Brummell » : « Ce qui fait le Dandy, c’est l’indépendance. Autrement, il y aurait une législation du Dandysme, et il n’y en a pas. », y stipule en effet Barbey.

Aussi pertinent qu’impertinent, il en infère donc, en guise de conclusion : « Ainsi, une des conséquences du Dandysme, un de ses principaux caractères (…) est-il de produire toujours l’imprévu, ce à quoi l’esprit accoutumé au joug des règles ne peut pas s’attendre en bonne logique. (…). C’est une révolution individuelle contre l’ordre établi, quelquefois contre nature (…) Le Dandysme, (…) se joue de la règle et pourtant la respecte encore. Il en souffre et s’en venge tout en la subissant ; il s’en réclame quand il y échappe ; il la domine et en est dominé tour à tour : double muable caractère ! (…) C’était là ce qu’avait Brummell (…) et par-là il répondait aux besoins de caprice des sociétés ennuyées et trop durement ployées sous les strictes rigueurs de la convenance ».

De fait : « cette révolution individuelle contre l’ordre établi », cette très subtile manière de se « jouer de la règle tout en la respectant encore », cette encore plus adroite façon de « s’en venger tout en la subissant » et de « la dominer en étant dominé tour à tour », c’est là l’insigne et immense privilège dont peut se targuer aujourd’hui, tel ce « double muable caractère » qu’incarna jadis le beau Brummell, la belle Valérie !

Cette rare et d’autant plus précieuse insolence, Valérie Trierweiler la réitéra, plus audacieuse encore dans la mesure où elle s’opposait carrément là au premier flic de France, l’omniprésent Manuel Valls, lors de la tristement célèbre affaire Leonarda : ce qui ne fit, bien sûr, qu’aggraver son cas, au grand dam de ce grand méchant mou qu’est François Hollande, aux yeux des bien pensants et autres cols blancs de ce médiocre socialisme à la française.

C’est dire si cette éminente femme dandy des temps modernes, comme je l’ai encore nommée, en a affolé plus d’un parmi ces cerveaux compassés et bustes engoncés de la République, faisant trembler jusqu’aux ors de l’Élysée.

C’est du reste là, insistais-je en ladite tribune, la plus profonde et juste des définitions que l’on ait jamais donnée du dandysme : « le dandysme est le dernier éclat d’héroïsme dans les décadences », établit Baudelaire, maudit d’entre les maudits, dans une critique d’art ayant pour titre Le Peintre de la vie moderne. Nietzsche, dans son Gai Savoir et autre Ainsi parlait Zarathoustra, appelait aussi cela le « grand style ».

Quant à savoir si l’autorité du Président Hollande avait été ainsi, par ce tweet de Trierweiler, écornée, remise en cause ou malmenée, c’est là une question dont un dandy, libertaire et subversif par définition, n’a franchement que faire : « La désobéissance, pour qui connaît l’histoire, est la vertu originelle de l’homme. C’est par la désobéissance que le progrès s’est réalisé, par la désobéissance et par la révolte. », affirme Oscar Wilde, faisant de la rébellion un facteur de progrès pour toute civilisation, dans cette utopie socialo-anarchiste que représente ce petit livre programmatique qu’est le bien nommé « L’âme de l’homme sous le socialisme ». François Hollande, ancien Secrétaire général du PS, devrait, théoriquement, en être ravi !

Mais ce que je mettais alors surtout en exergue, dans mon article, c’est qu’il restait à espérer que Valérie Trierweiler, dont ses ennemis se mirent à être alors toujours plus nombreux et vindicatifs tout autour d’elle, n’aurait pas à payer un jour le trop cher prix de cette liberté qu’elle osait ainsi s’accorder à l’ombre de l’Elysée, mais sous la lumière des projecteurs. Car c’est pour ce type d’impudence, précisément, que Lord Brummell fut naguère répudié par le Prince de Galles, à qui il s’était permis de tenir effrontément tête. Il fut même banni sans ménagement, sous les huées et quolibets des courtisans de Londres, de Buckingham Palace, jusqu’à un exil forcé. Arrivé en France, sur une plage de Normandie, définitivement vaincu, il mourut alors seul et sans ressources, prématurément vieilli et dans la misère la plus noire. Il repose encore aujourd’hui, oublié de tous, sous une humble et anonyme pierre tombale du petit cimetière protestant de Caen.

Certes le lumineux Paris du XXIe siècle n’est-il pas le sordide Londres du XIXe. Mais il n’empêche que si l’on ne coupe certes plus les trop fortes têtes dans la capitale française, on sait néanmoins encore comment y abattre les trop grandes gueules.

C’est là malheureusement le tragique cas, ainsi que je l’avais prédit, de la pauvre Valérie Trierweiler, elle aussi impitoyablement répudiée, sans égards ni tact, sans le moindre geste d’élégance ni de clémence, par un homme que, s’il n’était pas Président de notre respectable République, avant même d’être ce très peu aimable mixte de cruauté et de cynisme, l’on pourrait aisément qualifier, au vu de son détestable machisme envers les femmes, de mufle, voire de goujat.

François Hollande, décidément, ne sait pas se comporter, surtout pas – comble du paradoxe pour le néo social-démocrate qu’il a prétendu être tout récemment – envers les plus faibles ou les plus démunis que lui… quand ils ne sont pas, tout bonnement, ses impuissantes victimes !

Valérie Trierweiler : ancienne première dame de France et femme dandy de la République, certes ; mais surtout, à présent, premier drame sentimental, sinon tout simplement humain, de France.

À elle, en plus de notre sympathie, toute notre compassion. Valérie Trierweiler, que je ne connais pas personnellement, est une amie de cœur, sinon de raison !

Son actuel voyage en Inde, parmi les miséreux de Bombay, est, dans cette tourmente et malgré l’adversité, la plus noble, digne et admirable des réponses.

*Photo : GUIBBAUD-POOL/SIPA. 00649764_000005. 

Robert Redeker, (re)lire Arthur Schnitzler et le Professeur Schulz : mes haïkus visuels

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Bambi Galaxy, album dystopique

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bambi galaxy disque

bambi galaxy disque

Près de quinze ans après son émergence, la « Nouvelle scène française » – appelée aussi « Nouvelle chanson française » en référence au renouveau des années 70 incarné par Souchon, Renaud, Simon, Cabrel, Voulzy, Sheller, Bashung, Balavoine, Chédid, etc. – brille par sa décrépitude. Qui se souvient aujourd’hui des principaux représentants de ce mouvement apocalyptique né aux prémices du nouveau millénaire, comme un mauvais présage ? Je ne citerai pas de noms, tout le monde a le droit à l’oubli.

Bien sûr, on dénombre quelques rescapés dans le lot, mais leur état s’avère préoccupant : Bénabar en est réduit à poser nu dans Paris Match (plus classe que dans Entrevue), Cali rivalise avec Ségolène Royal dans la course au grand soir fraternel, Benjamin Biolay fait l’acteur façon Elvis en jouant dans des nanars naïfs et ultra kitsch (remember Le changement c’est maintenant, son Blue Hawaii à lui) qui pourraient ternir son image de chanteur rebelle…

Seul Vincent Delerm a toujours la carte, les journalistes adorent les artistes qui leur ressemblent : drôles, brillants et charismatiques comme eux ! Et surtout visionnaires, autre caractéristique commune. En effet, Delerm déclarait en 2003 : « Je n’ai pas aimé cette image de « chanteur pour bourgeois-bohèmes » que l’on a voulu me coller. Ce qui est gênant avec le mot bobo, c’est qu’il ne sera plus là dans deux ans ».

Néanmoins, il y a quatre ans, le plus discret Florent Marchet sortait un petit chef-d’œuvre de poésie existentialiste, Courchevel, pendant que les médias nous refourguaient à tout va et sans vergogne les Brel-Brassens-Ferré de leur Microcosmos : Katerine, Sébastien Tellier, Grand Corps Malade et consorts.

Souvenons-nous du savoureux aphorisme de Jean-Edern Hallier : « Puisqu’ils se copient les uns les autres, comme aux examens, on devrait interdire aux journalistes de lire les journaux ». Voilà une interdiction frappée de bon sens qui éviterait bien des troubles à l’ordre public. Pour en revenir à l’œuvre de Florent Marchet, elle peut rebuter de prime abord : pochettes étranges (la dernière n’échappe pas à la règle avec le chanteur figuré par une marionnette de la série culte des années 60 The ThunderbirdsLes Sentinelles de l’air), voix furetant inlassablement entre ses influences Souchon et Dominique A, et production datée nous ramenant au début des années 70.

Ce dernier défaut est assez problématique pour un disque conçu en 2013 comme une œuvre d’anticipation sur l’homme « augmenté » et sa déshumanisation. Bambi Galaxy est en effet un concept album reposant sur le contraste entre la vision idéalisée de l’an 2000 que l’on servait aux enfants il y a trente ans et la réalité d’aujourd’hui, comme l’indique la plaquette promo : « Les années 2000 ont montré un tout autre visage, plus inquiétant, plus violent, moins fraternel. On n’a pas vraiment hâte de découvrir les années 2050 et l’homme 2.0 ne fait plus rêver« .

Pour Florent Marchet, la solution face aux nouvelles perspectives désolantes qu’offre le monde réside dans la fuite : « Notre héros ira au bout […] De l’infiniment petit, il se tourne vers l’infiniment grand (le cosmos) […] Alors il est prêt pour le grand départ. Il embarque avec femme et enfants pour un voyage loin au-dessus de nos têtes qui durera plusieurs vies. » Dans une interview accordée au Figaro le 11 mai 2013, Michel Sardou aussi se voyait partir : « Si j’avais 25 ans, je quitterais la France… ». Et il ajoutait dans cet accès d’optimisme qui le caractérise : « Beaucoup de gens pensent que nous avons changé d’époque, alors que nous vivons sur une autre planète. Tout ce que nous avons connu au cours des cinquante dernières années ne reviendra plus ». Si Florent Marchet avait écouté Sardou, il nous aurait épargné le voyage, si intergalactique soit-il. Mais qui écoute Sardou de nos jours ?

Tout porte à croire que nous avons en effet changé de planète depuis quelques temps (le changement de planète, c’est maintenant), qu’elle s’appelle la Planète des singes et qu’elle a même déjà été imaginée par un certain Pierre Boulle en 1963 : les singeries des Femen et autres jacasseries simiesques pourraient finir de nous en convaincre cette année.

Avec un titre pareil, Bambi Galaxy, l’auditeur espère pleurer sa mère. La sublime introduction instrumentale le place sur orbite avec délectation mais ensuite, les oreilles traversent quelques zones de turbulences éprouvantes (« Reste avec moi », « Apollo 21 ») heureusement atténuées par des accalmies souchoniennes planantes (« 647« , « Bambi Galaxy« , « La Dernière seconde« ).

Parfois, les tubes cosmiques trouvent leur vitesse de croisière (« Que font les anges ? », « Space Opéra »), mais certains dérivent vers des trous noirs fatals (« Héliopolis », « Ma particule élémentaire »).

Même s’il n’a pas trop l’air de savoir où il va, Marchet a au moins réussi à quitter la marécageuse planète de la Nouvelle scène française.

Sa survie est assurée.