La désignation d’Alain Lamassoure comme tête de liste UMP dans la circonscription-phare de l’Île-de-France, lors des prochaines élections européennes, est une excellente nouvelle. Si je me suis réjoui de la forme, dépourvue de langue de bois, avec laquelle Henri Guaino s’y est opposé, je ne partage pas, pour autant, toutes ses conclusions.

L’investiture du député européen, élu naguère dans la circonscription sud-ouest, qui servira cette année à recaser Michèle Alliot-Marie, a le mérite de clarifier les positions politiques réelles des uns et des autres. Il suffit en fait d’écouter Henri Guaino, qu’il en soit encore remercié, pour se faire son idée. Le député des Yvelines explique que Lamassoure représente des convictions fédéralistes – aux antipodes des siennes – qui rouvriront les plaies de Maastricht et du Traité constitutionnel européen. Il ajoute – et là, Henri, c’est moi qui vais me fâcher- que ces plaies ont été cicatrisées grâce à Nicolas Sarkozy, censé avoir réconcilié la France du oui et celle du non. En tant que citoyen engagé dans ces deux batailles électorales, je n’ai pas le souvenir qu’elles aient occasionné des plaies. Ce fut deux grands rendez-vous démocratiques, auxquels les Français ont massivement participé, certainement parce qu’ils avaient conscience qu’ils étaient déterminants, au contraires d’élections législatives, qu’ils boudent massivement, et pour cause.

J’ai perdu la première fois, de peu. J’ai gagné lors du match retour, largement. Pas de quoi avoir de plaies. En revanche, le 4 février 2008, des parlementaires m’en ont ouvert une, toujours béante. Ce jour-là, en le rebaptisant « traité de Lisbonne », ils faisaient passer quasi à l’identique le texte que j’avais rejeté avec 55 % de mes compatriotes trois ans plus tôt. Six mois auparavant, lors d’une entrevue avec les présidents de groupes parlementaires à Strasbourg, Nicolas Sarkozy avait expliqué qu’il convenait, par esprit de responsabilité (sic), de ne pas consulter les Français sur ce texte, sachant qu’ils auraient toutes les chances de le rejeter. C’est là tout mon désaccord avec Henri Guaino qui veut à tout prix qu’on en reste à son idée fausse, et à vrai dire scandaleuse, de la réconciliation des partisans du oui et du non lors de cette funeste opération de Lisbonne. Les débats n’ont pas lieu parce que Nicolas Sarkozy et le premier secrétaire du PS de l’époque, qui occupe aujourd’hui l’Elysée, se sont mis d’accord à l’époque pour bien cadenasser le couvercle.

Que les dirigeants de l’UMP, grâce à leurs combines, permettent de le rouvrir n’est finalement qu’une ruse habile du destin. Que les militants de l’UMP restent attachés à la souveraineté nationale n’est pas fait nouveau. C’était déjà le cas en 1992 quand 80% d’entre eux faisaient campagne derrière Séguin et Pasqua au contraire de Chirac, Juppé, Balladur… et Sarkozy. Mais au RPR hier et à l’UMP aujourd’hui, l’avis des militants ne pèse pas beaucoup dans les choix de leurs dirigeants. Il suffit de se pencher sur les votes des députés UMP au parlement européen, de constater dans quel groupe ils siègent, de noter que Michel Barnier, eurobéat parmi les eurobéats, sera peut-être le candidat de l’UMP et du Parti populaire européen à la présidence de la Commission européenne pour s’en apercevoir. De toute évidence, les eurodéputés UMP-PPE élus en mai prochain continueront de voter comme ils votent depuis des années. L’honnêteté politique vis-à-vis des citoyens réclame donc que M. Lamassoure soit le porte-drapeau de l’UMP pendant la campagne électorale. Il eût été plus hypocrite de nommer une Rachida Dati qui tient un discours quasi-souverainiste à Paris alors qu’elle siège et vote avec les autres députés du PPE.

*Photo : WITT/SIPA. 00658466_000017.

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