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France-Allemagne : Oublier Séville

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« Le football est un sport qui se joue à onze et c’est l’Allemagne qui gagne à la fin… » Le cruel adage a pu se vérifier encore une fois à l’occasion du huitième de finale disputé entre la Nationalmannschaft et l’équipe des Fennecs, la sélection nationale algérienne, qui a abandonné la victoire aux Allemands à l’issue d’un match que l’on peut sans peine qualifier d’héroïque. Deux heures de combat acharné et de jeu passionné qui auraient entraîné l’adhésion de l’individu le plus rétif au football ont « redoré le blouson » de l’équipe d’Algérie, pour reprendre la perle désormais célèbre. Au coup de sifflet final, dans le bar de quartier où j’ai regardé l’équipe de France péniblement gagner et celle d’Algérie magnifiquement perdre, l’amertume se lisait sur les visages. Un monsieur d’un certain âge a profité de la mi-temps et de quelques arrêts de jeu pour me faire part de comparaisons savantes entre l’équipe algérienne de 2014 et celle de 1982, l’année du « match de la honte ». Ma connaissance du monde du football étant très loin d’être encyclopédique, et celle du football algérien des années 80 presque inexistante, je me suis contenté d’acquiescer poliment. Fort de son expérience et de sa sagesse, le chibani affecta durant tout le match d’observer l’action d’un air amusé, prédisant une défaite honorable et « le succès en 2018 ». La victoire de l’Allemagne lui a donné raison mais il a tout de même perdu de sa superbe au coup de sifflet final et accusé le coup, comme la majorité des clients du bar. Avant de rentrer dans ses pénates, il a conclu un peu amèrement qu’il valait de toute façon mieux, pour le bien de tous, éviter un France-Algérie en quart de finale.

Le football est le dernier champ de bataille des nations, l’ultime exutoire des peuples irréconciliables et pourtant jetés les uns contre les autres par l’accélération économique dans la grande essoreuse de la mondialisation. En France, la coupe du monde prend une coloration particulière quand l’Algérie manque de peu d’y affronter les Bleus et que l’Allemagne vient réveiller les vieux fantômes. Pendant toute la compétition, il a été difficile d’ignorer les manifestations bruyantes et stupidement agressives de certains supporters algériens, les rodéos, les invectives et les voitures brûlées à chaque victoire des Fennecs. L’antagonisme est-il si grand entre l’Algérie et la France que les médias et les politiques soient paralysés par la crainte de dénoncer les débordements de supporters demeurés qui ont failli comme d’habitude faire plus parler d’eux que de leur équipe ? Las de dénier la réalité, le ministre de l’intérieur a fini par condamner les excès des fans des Fennecs que les bien-pensants s’empressaient de mettre sur le compte des affabulations d’extrême droite, comme si pointer du doigt et dénoncer les abus des Algériens risquait d’entraîner immédiatement une guerre civile ou de livrer le pays à la dictature. On a trop entendu cet argument usé de la part des partisans de la politique de l’autruche : dénoncer les abus fait le jeu du Front national. Comme si leur politique de l’autruche n’avait pas fait plus en vingt ans pour la famille Le Pen que tous les Zemmour et la soi-disant xénophobie viscérale des Français. Il est trop facile de se justifier en repeignant la réalité à son goût, enfermé dans sa forteresse de certitudes.

La répugnance, une nouvelle fois constatée, à dénoncer de manière claire et intelligible les débordements réels à l’occasion de chaque match de l’Algérie lors de la coupe du monde correspond à une politique suicidaire dénoncée récemment par Christian Harbulot, actuel directeur de l’Ecole de Guerre Economique, qui, à propos de la réduction constante du budget de la défense, pointe du doigt : « le coût toujours plus exorbitant de l’achat de la paix sociale. Le reste apparaît comme une broutille en terme de risque d’implosion et c’est bien ce fait qui pousse nos hommes politiques à rogner toujours plus sur des budgets comme ceux de la Défense. On en arrive ainsi à ce paradoxe où nos élites se trouvent prêtes à saborder une partie de notre outil de puissance pour s’épargner les conséquences d’un blocage des différents dispositifs publics (subventions ciblées, situations de rentes, NDLR) qui maintiennent cette paix sociale aujourd’hui. » Au-delà du problème, déjà préoccupant, des moyens militaires de la France, cela signifie que les élites politiques sont prêtes à sacrifier les réformes nécessaires à l’évolution du pays en préférant dans tous les cas un statu quo social instable aux évolutions nécessaires. Dans le cas des tensions entre une partie de la communauté algérienne, ou d’origine algérienne, et la France, à nouveau rendue si visibles, cette fois par la coupe du monde, la logique est sensiblement la même : il vaut mieux privilégier la paix sociale plutôt que de risquer des troubles graves en dénonçant plus vigoureusement l’agitation entretenue par des excités dont on ignore le poids et la force réelle. On abandonnera donc à nouveau aux partisans de « l’inversion des flux migratoires » – expression étrange dont on cherchera vainement la signification concrète en termes démographiques – le traitement de la question épineuse de l’assimilation réelle des enfants de l’immigration qui, après deux ou trois générations, niquent la France et les Français et célèbrent, à l’instar de Franck Ribéry, vrai-faux algérien en plein fantasme identitaire, l’appartenance à une nation qu’ils ne connaissent pas et dans laquelle ils seraient bien plus en peine de s’intégrer qu’en France. On abandonnera donc par la même occasion le petit Français des classes moyennes à la confrontation directe avec ses voisins communautaristes surexcités dans les grandes périphéries des métropoles françaises qui sont devenues des cauchemars péri-urbains et des démentis flagrants du succès supposé de la politique d’intégration de la France depuis trente ans.

Pourquoi cet échec alors ? Pourquoi un simple match de football, une victoire, somme toute anecdotique, contre une Corée du sud déboussolée ou une Russie peu inspirée se transforment-ils en tribune pour les indigènes de la république qui vocifèrent leur dégoût de la France en grimpant sur les toits des voitures ou en y foutant le feu ? Pourquoi, alors que la France conserve, en dépit de tous les procès que lui font les procureurs du multiculturalisme, une politique sociale et migratoire tout à fait généreuse, par rapport à nombre d’Etats de l’OCDE ? Peut-être est-ce dû aux frustrations générées par cet Etat trop centralisé, trop paternaliste, trop figé et trop dirigiste, chez ceux à qui elle demande d’accepter un modèle social et culturel qui ne semble plus être associé qu’à l’impuissance et au déclin ? Peut-être est-il impossible de refermer complètement les plaies de la décolonisation ? Peut-être est-il enfin difficile d’exiger de cette communauté algérienne, sur laquelle pèse déjà l’échec du pays d’origine, d’aimer et de respecter un pays d’accueil qui fait tant profession de se détester ? La nation à la Renan se construit, en dépit même de la langue ou de la naissance par l’adhésion à un passé et à un avenir commun. Le temps est peut-être venu de se demander si ce modèle idéal est toujours viable ou si la société française est toujours apte à fournir la somme des sacrifices nécessaires pour assurer sa pérennité.

Il y avait pourtant, quelque chose de l’idéal de Renan qui flottait dans l’air ce lundi soir alors que sur les champs de bataille footballistique la défaite de l’Algérie laissait place à la menace rhénane. La beauté du combat livré par les malheureux Fennecs et l’inéluctable victoire de la Mannschaft, la responsabilité laissée à la France de vaincre les hommes de Joachim Löw, a fait resurgir des fantômes encore étonnamment présents dans l’inconscient collectif : le « match de la honte » pour les Algériens, l’exécution de Battiston pour les Français. Une double frustration partagée il y a trente-deux ans par les deux pays et les deux équipes face à une Allemagne injustement victorieuse. Après avoir écarté les plus dignes représentants de la génération d’abrutis qui a contribué à l’humiliation de 2010 à Knysna pour les remplacer par une équipe qui se contente de jouer au foot, loin des fausses promesses du « black-blanc-beur », la défaite de l’Algérie face à la Mannschaft est peut-être un passage de relais important. Cela ne suffit pas forcément à rapprocher des peuples qui ne sont pas destinés à s’aimer mais quand vers minuit, le serveur du PMU qui lavait tristement les verres a laissé tomber « je suis écœuré qu’on ait perdu mais on les a quand même rincé les Allemands. Ca va nous faciliter la tâche vendredi », il y avait quelque chose dans cette intrication complexe qui n’était pas décourageant. Il faut se méfier des coupes du monde et des superbes matchs qui rendent même le téléspectateur le plus rétif un peu trop sentimental, surtout quand elle font croire qu’il est au moins possible de changer les règles immuables du football pour que l’Allemagne ne gagne pas toujours à la fin.

*Photo : SICHOV/SIPA. 00102318_000004.

Baby-Loup, exil et victoire

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voile laicite creche

À Conflans-Sainte-Honorine, où les quiètes Yvelines rencontrent le Val-d’Oise, la trop célèbre crèche Baby-Loup s’est installée face à la gare, dans un quartier aux allures petites-bourgeoises que surplombent seulement deux barres HLM à l’air vaguement menaçant.
En ce lendemain de jugement, aussi favorable que les dirigeants de l’institution de puériculture pouvaient le souhaiter, un ordre immuable semble régner. Le petit cube terne, anciennement dévolu à l’assurance-maladie, qui accueille des enfants 24h/24 et 7j/7 – la spécificité de Baby-Loup, encore inégalée en France – bourdonne sourdement, telle une fourmilière, de l’intérieur. L’ingéniosité de l’équipe, mue par la main de fer gantée de velours de Natalia Baleato, a changé le bâtiment autrefois occupé administrativement, c’est-à-dire chichement, en un palais d’enfants où salles de jeu, cuisines, dortoirs et salles à manger se déploient jusque dans l’ancienne cave. Ironiquement, la crèche se trouve mieux logée ici qu’à Chanteloup-les-Vignes, où elle est née. Fuir la cité, au cœur de laquelle elle s’était installée, est-ce une défaite ? Natalia Baleato ne le croit pas : « Déjà, à Chanteloup, nous accueillions les enfants d’une vingtaine de communes environnantes. Et, autant qu’on puisse en juger, ce sont les mêmes qui nous ont suivi ici. »
Malgré l’arrêt de la Cour de cassation qui a réglé définitivement le litige opposant l’association à Mme Afif – à moins que celle-ci n’aille plaider sa cause devant la Cour européenne des droits de l’homme – la nouvelle vie de Baby-Loup n’est pas rose. L’accueil de l’équipe municipale de Conflans, UMP arrivée aux affaires en mars, n’a pas été des plus sympathiques. Dans un courrier du 11 juin, l’adjoint délégué aux affaires sociales oppose une fin de non-recevoir aux demandes de financement de la crèche et d’aménagement de parking aux alentours. Une maladresse, veut croire Julien, jeune homme serein, en charge de la relation avec les parents, qui plaide l’ignorance de la mairie novice. Reste que la crèche, qui a dû emprunter pour financer son déménagement et dont les dotations des pouvoirs publics ont été gelées tant que durait le procès, doit encore trouver 250 000 euros pour boucler son budget 2014. Une situation inédite selon Mme Baleato qui, depuis plus de vingt ans que l’association existe, a toujours réussi à maintenir ses comptes à l’équilibre.

Le contentieux avec Fatima Afif, ouvert depuis fin 2008, aura donc eu, malgré la victoire sur le papier, de lourdes conséquences sur Baby-Loup. Si la crèche n’a migré que de 5 kilomètres, ce qui a priori ne cause guère de désagréments à des parents déjà habitués à se déplacer, comme nombre de banlieusards, en voiture, l’exil forcé prouve au moins symboliquement une chose : que la pression sociale, et ici religieuse, est tellement forte dans certaines cités populaires françaises que les initiatives laïques n’y ont plus leur place. Natalia Baleato rétorque qu’ils ont résisté autant qu’ils ont pu et que la poursuite de l’expérience Baby-Loup est réjouissante de toute façon. Du côté des assistantes maternelles, comme Nathalie, salariée depuis deux ans, on assure avoir été préservé du conflit par la direction, et on se félicite naturellement de l’issue du procès. Et l’on confie aussi à demi-mot que l’installation à Conflans ouvre de nouveaux horizons, comme si c’était un second soulagement que d’avoir définitivement quitté les murs étouffants de la cité.

Alors, certes, la République et les parents, les femmes particulièrement, à qui Baby-Loup offre l’opportunité unique de travailler, même de nuit, peuvent s’enorgueillir de l’arrêt de la Cour de cassation qui autorise une entreprise ou une association dont la tâche l’exige à bannir les revendications religieuses ; mais dans le même temps, sur la cité des Poètes comme dans tant d’autres en France, une nuit plus obscure étend son long manteau que nul ne sait encore vraiment soulever.

* Photo : HALEY/SIPA/00611024_000001

Côte de bœuf : non à la barbaque unique !

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cote boeuf origine

 Faudra-t-il ajouter, demain, la côte de bœuf à l’inventaire des chefs-d’œuvre en péril du patrimoine alimentaire français ? La côte de bœuf ? Mais elle va très bien, la côte de bœuf, on en voit dans toutes les vitrines de boucherie et sur les étals des grandes surfaces, alors, où est le problème ? Le problème, c’est l’avenir de l’élevage bovin français et plus particulièrement de son élevage traditionnel, à savoir celui qui voit des vaches se nourrir au pré et donner naissance à des veaux avant d’aller à l’abattoir. Aujourd’hui, pourvu qu’il ait sous les yeux une bonne masse de viande rouge accolée à un os, le client est content. Le drame de la boucherie française, c’est qu’elle oscille entre social-démocratie molle et libéralisme flasque, ce qui se traduit, en termes carnés, par un produit stéréotypé qui obéit aux critères officiels de la neutralité sensorielle du goût mondialisé. L’urgent est de faire du volume à moindre prix en un temps record pour faire tourner le terroir-caisse de l’industrie céréalière. Sans entrer dans la technique, pour qu’une carcasse gonfle rapidement, il faut pousser la croissance de la vache avec des céréales dont les prix ne cessent d’augmenter. Seule solution : remplacer le grain inabordable par du tourteau (farine) de soja, le plus souvent OGM, importé à bas coût d’Amérique latine. [access capability= »lire_inedits »]

C’est ainsi que, sans avoir modifié leur apparence, on transforme nos campagnes en usines. Adieu notre bonne vieille vache de pâturage lentement nourrie à l’herbe et abattue après son troisième veau, dont la viande, finement persillée de ces minuscules filaments de gras sain qui lui donnent une saveur incomparable, et maturée au moins un mois en chambre froide, régalait les amateurs de vraies côtes de bœuf. Faux ! peuvent rétorquer certains, cette qualité-là existe, on la trouve encore. Certes, chez des bouchers de luxe, à 75 ou 100 euros la côte de bœuf importée de Grande-Bretagne, d’Allemagne ou d’Espagne. Eh oui, dans ces pays-là, l’élevage à l’herbe pour la viande de boucherie est reconnu et encouragé.

En France, c’est impensable. La prairie est réservée à la production laitière, le reste du territoire à la carnassière. L’étable française est coupée en deux : races charolaise, limousine et blonde d’Aquitaine, muées en machines à barbaque, race prim’holstein (vache au pelage noir et blanc qui pullule dans les campagnes), programmée en pisseuse de lait. Les lobbies agricoles, les normes de Bruxelles et la FNSEA en ont décidé ainsi, la vache française n’a que deux fonctions : profit et rentabilité. Or la grande époque de l’élevage traditionnel qui donna ses titres de gloire agricoles et alimentaires à la France privilégiait les races mixtes. Première partie de vie : on fait des veaux pour donner du lait. Deuxième époque : on engraisse à l’herbe pour donner de la viande. Elles ont pour nom montbéliarde, normande ou maine-anjou, mais aussi nantaise, pie noir, parthenaise, jersiaise, que quelques héroïques paysans s’obstinent à perpétuer. Mais cela reste l’exception. Nous voici condamnés à ne plus manger que de la barbaque unique, celle des hygiénistes coincés et des peine-à-jouir.

Que nous propose en effet l’immense majorité des bouchers ? Une viande uniformément rosacée, éventuellement tendre et dépourvue, hormis à quelques embouts, de la moindre trace de lipide. Du passe-partout que l’on mâche sans sourciller et avale sans déguster, une viande sans âme et sans goût, à l’image de la politique de l’UMPS.

Libérons l’élevage et la boucherie des oukases du marché bruxellois !

Rendez-nous notre côte de bœuf française à l’herbe, racie et persillée ! [/access]

 

*Image : Soleil.

 

Netanyahou a tort sur un point

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Le Premier ministre d’Israël a eu tort, parlant des assassins des trois jeunes civils Israéliens de dire qu’ils ne sont pas humains, qu’ils sont « des animaux à la forme humaine ».

Il a tort d’abord sur le fond. Ce qui sépare les jeunes assassins islamistes de leurs trois victimes, ce n’est pas l’appartenance à l’humanité : c’est que les uns et les autres n’ont pas la même idée de l’humanité. Les uns excluent les autres de l’humanité, et ce n’est pas réciproque. Les Juifs n’ont moralement pas le droit de nier l’appartenance à l’humanité de leurs ennemis et de leurs bourreaux, qui, eux, les excluent de l’humanité.

Netanyahou a tort politiquement parce que ce n’est pas le terrorisme en général qui trace la ligne de partage entre amis et ennemis dans la guerre qui nous est faite.

Mieux vaut appeler les choses par leur nom.

Les islamistes qui nous font la guerre font certes partie de la même humanité que nous, mais ils ne sont pas de notre culture, ils ne sont pas de notre sensibilité, ils ne sont pas de notre temps.

Ils sont des barbares archaïques resurgis du passé, et ils veulent nous y faire revenir par la violence. C’est pour cette raison qu’ils mènent contre nous une guerre mondiale. Est-ce une guerre de religion ? De culture ? De civilisation ?  Des trois ? L’essentiel est de leur riposter sans mauvaise conscience au nom de notre culture, de notre civilisation.

Pour en revenir aux faits, si le Hamas  ne condamnait pas l’assassinat de trois jeunes civils sans armes, il prouverait qu’il ne mène pas un combat pour un peuple mais une guerre de religion, une guerre barbare et primitive. Il donnerait alors raison au communiqué suivant de France-Israël : « France-Israël s’élève contre l’aveuglement d’une diplomatie européenne qui ne veut toujours pas comprendre que le Hamas, Boko Haram, Al-Qaïda ou Al-Nosra ne sont que le même visage, sous des appellations différentes, de la barbarie islamiste. »

 

Deschamps a purgé l’équipe de ses leaders négatifs

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bleus riolo foot

Déjà auteur de Racaille football club, Daniel Riolo vient de co-publier avec Pierre Ménès L’explication. Clash football (Hugo Sport).

Nicolas Routier : Quatre ans après le vaudeville de Knysna, l’équipe de France semble retrouver un bel état d’esprit collectif. N’est-ce qu’un coup de com’ ou le fruit d’un vrai travail de fond ?

Daniel Riolo : Une page est tournée. L’équipe est fraiche, assainie. Les mauvais garçons ne sont plus là. Peut-être que dans le groupe actuel, certains auraient suivi le mouvement à Knysna mais les quatre ou cinq leaders négatifs du groupe de 2010, qui agissaient par suggestion collective, n’en sont plus. L’absence de Ribéry a responsabilisé les autres, isolé Benzema, qui est un garçon charmant lorsqu’il est seul mais qui a de mauvais réflexes en groupe. Aujourd’hui, les nouveaux « boss » du groupe sont des joueurs positifs qui apportent beaucoup dans la cohésion générale. C’est pour ça que Deschamps appelle Landreau,  qui n’a rien à faire là mais qui est une sorte de « surveillant de l’école », le « Mary Poppins » du groupe comme j’aime dire. Se dégage de cette équipe un vrai élan positif insufflé par Deschamps alors que son prédécesseur, Laurent Blanc, avait plus axé son travail sur le talent brut en s’appuyant sur les Menez, Ben Arfa etc.

On ne reverra donc plus ces trouble-fête ?

Non, c ‘est certain. Les Menez, Ben Arfa, Nasri pourrissent un groupe. Ces garçons  avaient un talent dingue, ils n’en ont rien fait, tant pis pour eux… Anelka est une autre illustration de cette mentalité ; il n’a laissé aucune trace nul part tant il est individualiste, c’est la racaille ultime. Le foot ne produit plus de tels profils, et c’est heureux.

L’état d’esprit de ce sport miné par l’argent-roi a-t-il vraiment changé ?

Il y a une volonté de se réapproprier le maillot, c’est quelque part le peuple qui remet la main sur le foot. Une chose me frappe : l’importance qu’ont prit les hymnes dans le football. Du temps de Platini – qui ne chantait pas La Marseillaise – personne ne lui en faisait la remarque, mais cela est devenu un véritable enjeu. Les Grecs, qui ont lâché leurs primes en signe de solidarité envers leur peuple, peuvent en témoigner. Dans les années 80, on n’avait pas d’attente autour de l’hymne, de l’identité mais trente ans plus tard, les attentes du peuple ont changé. Le problème identitaire est devenu important.

D’ailleurs, la présence de joueurs nés en France dans l’équipe d’Algérie,ne participe-t-elle pas au péril de l’identité nationale ?

Je pense qu’ils n’auraient pas joué pour l’Algérie si la France s’était intéressé à eux, tout simplement. Certains ont joué dans les sélections de jeunes en France, c’est un problème évident mais la FIFA l’a autorisé, que voulez-vous…

Dans nos centres de formation, on a quand même l’impression que les choses ont plutôt changé dans le bon sens…

Depuis deux ans, la fédération a mis en place des programmes pour mesurer l’attachement au maillot, aux clubs, à la région. Car les instances fédérales ont compris que les marseillais voulaient des Marseillais dans l’équipe, que les Lillois souhaitaient recruter dans le Nord, etc. Le public a une vraie attente locale : il compte voir les gens du cru. Reste à savoir comment on mesure cet attachement, mais les responsables fédéraux font très attention aux mentalités,.  D’ailleurs, les médias n’ont eu de cesse de mettre en avant le bon comportement des Bleus pendant leur préparation, avant même d’évoquer le jeu. Alors que Deschamps pense que ce sont les résultats qui ont réconcilié le public français avec son équipe, je crois que c’est ce que dégage cette équipe qui provoque l’adhésion. Et cela participe à ses bons résultats…

À ce propos, qu’avez-vous pensé de la prestation des Bleus face au Nigéria ?

La France a joué seulement un quart d’heure face aux Nigérians, on n’a pas été serein. Si le Nigéria avait été plus habile, on aurait pu morfler. Beaucoup de faits de jeu et d’arbitrage ont tourné en notre faveur. Matuidi aurait pu prendre un carton rouge, Giroud s’en est sorti sans carton alors qu’il mettait des coups de lattes sur un nigérian, etc.  On aurait même pu prendre un pénalty !

Mais les représentations collectives ne s’embarrassent pas de détails : seule la victoire est belle ! Preuve en est, le mythe construit autour de l’équipe de France 98, championne du monde malgré un jeu peu spectaculaire. Le style de jeu compte-t-il vraiment aux yeux du public ?

Dans les années 1980, la France avait un style reconnu, porté vers l’avant. En 98, Aimé Jacquet a tout misé sur la solidité. En 2006, le style a consisté à donner le ballon à Zidane. Puis Blanc a voulu refondre le foot français en s’inspirant du modèle espagnol. Il avait une vraie philosophie de jeu. Aujourd’hui, règne la « méthode Deschamps » : la gagne, l’osmose, l’ossature.

Est-ce parce que ces qualités leur font défaut que la plupart des équipes européennes se sont cassé les dents ?

Attention à l’illusion d’optique : trois grosses équipes sont tombées mais on a six sélections européennes en huitièmes de finale, comme il y a quatre ans. Chaque équipe représente un cas bien différent. L’Angleterre est le pays d’un championnat, la Premier League, qui met en avant un spectacle global mais dont le niveau n’est pas certain. Les clubs anglais n’ont d’ailleurs pas gagné les dernières Ligue des champions. L’Italie a moins de bons joueurs mais paie aussi l’entêtement de Prandelli à mettre Balotelli, un joueur qui cristallise les problèmes. Mario Balotelli c’est un objet politique. l’Italie a de gros problèmes de tolérance, alors je pense que le sélectionneur Prandelli se borne à l’utiliser dans le simple but de contrecarrer les racistes ! Il a fait de la politique plutôt que du sportif, et le pire c’est que Balotelli l’a trahi en l’insultant dans le vestiaire façon Anelka alors même qu’il l’avait soutenu contre vents et marées. Ils sont morts ensemble. Prandelli, c’est un bobo progressiste, qui a pensé politique plutôt que ballon.

Ces contre-performances bénéficient aux « petites équipes » …

En effet, c’est super de voir des « petites équipes » se battre comme elles le font. On voit dans ces équipes une vraie culture du don de soi. Regardez l’équipe de l’Algérie qui a tenu en respect l’Allemagne pendant un bon moment. Il y a trois vrais bons joueurs dans cette équipe, c’est incroyable ce qu’ils font. C’est une des leçons de cette Coupe du Monde, avec la récompense du jeu offensif : c’est la prime à l’attaque et à l’abnégation. Cependant, à la fin les gros gagnent, Allemagne, Brésil, France. Mais les écarts sont moins importants que par le passé.

Pour finir, un pronostic pour la victoire finale ?

L’issue de cette Coupe du monde est impossible à pronostiquer, trop folle. La logique de l’histoire voudrait que les Allemands la gagne, ça fait un moment qu’ils ne passent pas loin et qu’ils cultivent leurs certitudes au niveau du jeu. L’Argentine pourrait être un bel adversaire le 13 juillet, si Messi continue de marcher sur l’eau car tout repose sur lui. Ce serait une belle finale, qui irait dans le sens de l’histoire.

*Photo : kyodowc114943.JPG k/NEWSCOM/SIPASIPAUSA31299031_000001.

France-Algérie : Diversité, j’écris ton nom…

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algerie football france

« On a perdu », apprenait-on sur le site du Nouvel Obs hier, au lendemain du huitième de finale de la Coupe du Monde qui opposait l’équipe de France à celle du Nigéria. Ah bon ? Pourtant, bien que le match ait été peu flamboyant pour les Bleus, il me semblait que le score affichait 2-0 en leur faveur à la fin de la partie. Et j’avais même vu défiler quelques voitures ornées de drapeaux bleu-blanc-rouge, klaxonnant joyeusement du côté de la Bastille.
C’est que l’article s’intitulait : « Défaite de l’Algérie : « Maintenant, on compte sur la France pour nous défendre ». » Qui ça, « nous » ? A la lecture, on apprenait que cette phrase était celle d’un supporter de l’équipe d’Algérie. Pourquoi pas, après tout, chacun est libre de s’enflammer pour une équipe étrangère. Et il était assez flatteur de penser que nos amis algériens, désormais éliminés, supportent naturellement la France, ce pays si proche, vers lequel nombre d’entre eux avaient émigré.

Ce qu’il y avait d’étrange, c’était cette histoire de « défendre » l’Algérie. Contre qui ? Contre quoi ? A priori, les « Fennecs » était désormais hors de danger, puisqu’ils avaient perdu… A-t-il voulu dire par là qu’il comptait maintenant sur la France pour « défendre les couleurs » de l’Algérie ? Ce fameux drapeau blanc, rouge et vert devenu omniprésent dans nos villes depuis la victoire sans précédent des Algériens contre la Corée du Sud ? Plus difficile à imaginer. On avait rarement vu qui que ce soit soutenir une équipe après son élimination…

Non, lecture faite de l’article, on découvrait que le supporter interrogé était en réalité un Français : Sami, 25 ans, habitant à Marseille. Et là, tout devenait encore plus confus. Défendre nos couleurs à « nous », c’est bien ce que « nous » avions fait ce soir, en mettant laborieusement deux buts aux Nigérians à la dernière minute, non ? Quant à soutenir l’Algérie, c’est ce que nous avions fait aussi, majoritairement, dans la foulée. Justement parce que beaucoup de nos concitoyens sont d’origine algérienne. Alors de deux choses l’une : soit Sami n’a pas de papiers, soit il mérite un carton.

Parce que sa phrase exacte est rapportée en dernière ligne de l’article : « On a perdu en huitième de finale mais il nous reste la France. On compte sur eux pour nous défendre. » Non seulement ce sympathique jeune homme semble dire que son pays, c’est l’Algérie.

Mais en plus il considère qu’il lui « reste » la France pour « défendre » ses couleurs. Sami, qui ne doute de rien, compte sur « eux ». Et eux, c’est nous. Moins lui, donc. Cette auto-exclusion de la communauté nationale constitue sans doute l’échec le plus triste de l’intégration. Diversité, j’écris ton nom… avec les pieds.

*Photo : NICOLAS MESSYASZ/SIPA. 00687305_000016.

Plutôt Juppé que Guaino : Je rêve ou quoi là ?

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guaino primaires UMP

J’ai lu. J’ai regardé quel était l’auteur. J’ai même appelé la rédaction pour savoir s’il n’y avait pas erreur sur ce dernier. Et puis non… C’était bien le camarade Leroy qui avait signé ce papier. Mais j’imagine que ce doit être sous la torture ; ce n’est pas possible autrement. En fait, c’est surtout le premier paragraphe qui m’a mis sur le séant. Voilà que l’auteur nous explique qu’en cas de primaire UMP, il ira voter – et je ne lui en voudrai pas parce que j’ai fait exactement la même chose pour le PS en 2011- mais qu’en sus, il donnera sa voix au candidat du triumvirat (Juppé ou Fillon) qui serait « moins à droite » qu’un représentant de la ligne aujourd’hui représentée par Henri Guaino, Rachida Dati, Laurent Wauquiez et Guillaume Peltier. Il ajoute – et c’est à ce moment là que j’ai cru à l’écriture sous la torture – qu’il voterait donc pour le représentant d’une ligne « centriste, européenne et raisonnablement libérale ».

Alors que Henri Guaino, le plus charismatique des mousquetaires de Valeurs Actuelles, a défié cette ligne pendant les élections européennes, refusant de voter pour Alain Lamassoure en expliquant que c’est au nom de la détestation de l’Europe telle qu’elle se construit depuis trente ans, pourfendue par Jérôme dans une bonne centaine de papiers sur Causeur. Que Jérôme se sente plus proche de Juppé que de Guaino, c’est déjà un peu fort de café. Après tout, Juppé, c’est la même politique que Valls, la calvitie en plus. Mais alors Fillon… Il a lu, Jérôme, les propositions de l’ex-Premier ministre dans L’Express ? L’ancien chef de gouvernement de Sarkozy ne propose pas moins qu’un choc thatchérien, sans l’euroscepticisme de la Dame de Fer, seul côté qui aurait normalement pu nous le rendre, Jérôme et moi, un peu sympathique. Le plus à droite, le plus libéral économiquement –et je passe sur ses propositions remettant en cause le droit du sol, que Guaino ne cautionnerait jamais – c’est incontestablement François Fillon.

Mais Jérôme, ou celui qui se fait passer pour lui, pourrait me rétorquer : « Il n’y a pas que Guaino ». Passons sur Rachida Dati, qui semble totalement coller à la ligne du député des Yvelines, et ça ne date pas d’aujourd’hui puisqu’elle avait déjà manifesté un véritable élan de sympathie pour les idées de Dupont-Aignan. Terminons par Laurent Wauquiez qui traîne aujourd’hui dans les milieux de gauche une très mauvaise réputation pour avoir un peu fricoté avec Patrick Buisson. Il s’agit d’un exemple très intéressant. J’évoquais son cas avec un chercheur spécialiste de la droite pas plus tard que samedi et il me faisait remarquer que le député de Haute-Loire, bien qu’ayant souvent rencontré Buisson, n’évoque jamais les thèmes identitaires. En revanche, il parle de « décadence ». En fait, il regrette un peu le « monde d’avant ». Un Leroy de droite, en somme. Reste Guillaume Peltier et là, effectivement, je comprends que Jérôme puisse être rebuté par son parcours et son style, mais reconnaissons que ce dernier joue les utilités. D’ailleurs, son nom est cité dans des histoires de formations vendues à prix d’or à des mairies UMP du sud de la France et il pourrait bien disparaître du paysage politique.

Franchement, un communiste maintenu qui voudrait voter à une primaire UMP ne peut que préférer un duo Guaino-Wauquiez à Fillon ou Juppé. Dans le cas contraire, il jouerait vraiment à la politique du pire. Il est pour tout dire étonnant voire incompréhensible que Jérôme se soumette à la grille de lecture droite-gauche des médias mainstream, ce qui le conduit aussi à tomber dans le piège que lui tend Laurence Parisot, dont récent le volte-face autour de la question du SMIC est à mettre sur le compte de sa volonté d’exister dans les médias, alors même qu’elle incarne encore plus que Gattaz la politique contre laquelle Jérôme lutte avec talent depuis que je le lis dans ces colonnes.

*Photo : Hannah

Hors concours

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kouchner euthanasie bac

Au grand concours de la Bêtise de la semaine, il y a bien sûr Benoît Hamon qui a l’air de penser qu’une faute grammaticale et une faute syntaxique sont intrinsèquement différentes. Mais je voudrais ici saluer un sommet, atteint ces derniers jours, en commentaire sur l’affaire Bonnemaison, par un multi-récidiviste, Bernard Kouchner.

Interrogé sur ce qu’il pensait du délicat problème de l’euthanasie, le french doctor ex-PS ex-Sarko-boy s’est exclamé : « « N’employons plus jamais le mot « euthanasie ». D’abord, il y a le mot nazi dedans, ce qui n’est pas très gentil. Et puis on a tout de suite l’impression qu’il y a une agression, qu’on va forcer les gens ». Si ! C’est . Profitez bien de la vidéo. Hmm… Que je sache, le bon docteur Bonnemaison ne les achevait pas au gaz, mais au curare.

Mais Kouchner tenait à remporter à la fois la palme de la khonnerie hebdomadaire (ou mensuelle, ou peut-être annuelle : avant d’en retrouver une de ce format…) tout en pulvérisant le Point Godwin. Euthanazie ! Sachant que les parents de Kouchner ont été malheureusement déportés à Auschwitz en 1944, qu’aurait pensé Lacan d’un tel mot-valise ?

À noter qu’il donne des idées. Les lycéens du Bac S dont je parlais dans ma dernière chronique, ceux qui se plaignaient de la trop grande rigueur de l’épreuve de maths, ont sans douté été trop mathisés.

Mon chat, Whisky, a des puces. Lorsque je le passe au peigne fin, irai-je jusqu’à appeler cela un dépucepelage ? Et dysorthographier, est-ce caresser à rebrousse-poils le chat des aiguilles ?
Et pour en rester aux chats, on sait qu’ils abhorrent les enfants. C’est normal, les chats sont des gastronomes à heures fixes, qui répugnent au mou tard. Enfin, Whisky a quelques puces : c’est mieux que la France, qui ne manque pas de polytiques.
Quant à mon ordinateur, il a commencé par des puces, et maintenant il a des bugs : c’est parce que je m’en sers comme d’un pense-petites-bêtes.

Je parlais il y a peu du Petit Fictionnaire illustré d’Alain Finkielkraut, où l’on trouve le « sapotage » — « soupe servie froide intentionnellement ». Bernard Kouchner nous expliquera un jour que cette soupe froide se mitonne sur du gaz pas chaud. Sans rire.

Ou que les sales gosses qui pissent sur les colonnes de fourmis pratiquent la formication — une forme fréquente de sexualité enfantine…

Pour en revenir au curare du docteur Bonnemaison, je m’étonne que ce détail n’ait pas excité  la verve  de l’ex-ministre. Franchement, qu’un médecin de cette génération (on y faisait encore des études sérieuses, le latin et le grec étaient les langues de référence des carabins d’autrefois) semble ignorer que l’euthanasie, c’est la « bonne mort » (eh oui, il en est des moins goûteuses…), c’est à se taper la tête contre les murs (je précise, dans ce contexte, qu’un fondu enchaîné n’est pas forcément un fou sous camisole). Peut-être est-ce l’âge — « le pourrissement de certaines cellules peu connues », comme disait Boris Vian. Faut-il déjà lui rappeler qu’un ectoplasme n’est pas une plaquette sanguine de 100 grammes ?

La vérité, c’est qu’on ne l’avait pas filmé depuis un certain temps, et que les caméras lui manquaient. On se souvient de son affectation à attendre le soleil d’après-midi pour débarquer du riz en Somalie : c’est à 1mn40, à se passer en boucle.

À l’époque il représentait Mitterrand. Plus tard, il a représenté Sarko. Maintenant qu’il ne représente plus que lui-même, il en est à faire des calembours débiles. Ah, c’est pas bô de vieillir !

PS : Assez décodé. Signez et faites signer la pétition sur la laïcité lancée à l’initiative de Marianne. C’est rédigé en termes mesurés, mais l’essentiel y est dit. Et il y a dans les signataires plein de beau monde fréquentable — le bon docteur Kouchner n’y est pas, dis!

*Photo : Frederic Sierakowski/ISOP/SIPA. 00680249_000007.

Délit de culture en Thaïlande

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La Thaïlande est depuis le début du mois de mai gouvernée par une  junte militaire. Si le pays est habitué aux coups d’Etat, l’absence de solutions démocratiques envisagées par le pouvoir en place inquiète sur la scène internationale, comme en témoignent les « sanctions » de l’UE. La puissante police locale, totalement dévouée à l’armée, avait probablement pour idée de faire un « coup » médiatique en procédant à l’interpellation d’un manifestant pas comme les autres.

« L’homme au sandwich » tel qu’il est désormais d’usage de le nommer, a eu maille à partir avec la force publique locale pour s’être rendu coupable de lire 1984 de George Orwell sur la place publique, à quelques encablures d’un immense centre commercial de Bangkok.

Quel manque de pudeur en effet, que de s’afficher ainsi fièrement lecteur dans un pays où la culture étrangère a mauvaise presse et le simple fait de lire un bouquin, comme en Occident, est désormais un truc un peu louche. Ce brave bonhomme (dont l’embonpoint est sans doute pour quelque chose dans son aspect débonnaire) a provoqué un début d’attroupement autour de lui. Lorsque les policiers s’approchèrent pour s’enquérir de son état, il justifia sa lecture par un bref slogan, dans la langue de Molière s’il vous plait « Liberté, égalité, fraternité ». Notre homme au sandwich ne s’arrêta pas en si bon chemin et se saisit de son téléphone devant les nombreux photographes trop heureux de saisir l’instant pour faire retentir la Marseillaise.

C’en était décidément trop. Le malheureux est en plus un crypto-nationaliste français, un potentiel électeur de Marine qui s’ignore sans doute. C’est donc tout naturellement qu’il se fit embarquer manu militari.

« Une société hiérarchisée n’est possible que sur la base de la pauvreté et de l’ignorance. » disait 1984. Les autorités thaïlandaises ont bien lu Orwell, elles aussi.

Ecoles de journalisme : usines à bien-pensants ?

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journalisme police de la pensée

Tous des gauchos ! entend-on régulièrement râler dans tous les PMU de France, au sujet de nos amis les journalistes. Propos de comptoir ? Pas sûr. En juin 2012, le magazine Médias publie un sondage indiquant que pour la présidentielle, chez la très sainte congrégation des journalistes,  74% ont voté François Hollande au second tour. Au premier tour, Mélenchon fait mieux que Sarkozy, et Marine Le Pen ne fait que 3%. La « religion des temps modernes », comme l’appelait Balzac, est monothéiste, et on connaît sa chapelle ! Mais d’où vient cette uniformité idéologique ?

Tout le monde ne peut pas être, comme Nicolas Demorand, agrégé de lettres, et beaucoup de nos apôtres du politiquement correct viennent du même portique : on trouve souvent sur leur CV, la mention « école de journalisme ». Si l’autoroute de la pensée unique a un péage, c’est bien celui-là, précieux sésame qui permet d’accéder aux plus hautes sphères. C’est peut être là, au bercail de nos ouailles médiatiques, qu’il faut chercher la raison de leur conformisme.

Nicolas, 23 ans, (ex-)étudiant à l’ISCPA Blagnac, école de journalisme privée, voulait, le malheureux, faire un stage dans votre magazine préféré. Las, quant il quémanda sa convention de stage à sa directrice, celle-ci refusa tout net, sous le fallacieux prétexte que « c’est trop politisé ». Un professeur de « critique des médias » eu même cette phrase lapidaire « Je ne savais pas que tu étais fasciste » [1. Précisons que le fasciste en question a depuis courageusement démissionné de cette école et rejoint le camp des ténèbres qu’est la rédaction de Causeur, où il se trouve très heureux.]   [access capability= »lire_inedits »]

Un sectarisme inouï, qui, loin d’être une lubie d’un ancien de Libé atrabilaire, se retrouve de manière plus ou moins diffuse, dans beaucoup de ces écoles qui forment le banc et l’arrière des journalistes tenant le haut du pavé. 14 écoles seulement sont reconnues par la Commission paritaire nationale pour l’emploi des journalistes (CPNEJ), composée de représentants de patrons de presse et de syndicats (le SNJ tenant les rênes). Des écoles souvent accusées d’être de véritables usines à « bien-pensants » agents interchangeables d’un pouvoir médiatique immense qui produirait des fantassins du politiquement correct. Alors, complot ou réalité ?

Pour Christophe Deloire, ex-patron du CFJ et directeur de RSF, c’est « un procès injuste ». Il assure qu’il est arrivé au CFJ conscient de la mauvaise réputation de l’école. Soucieux de pluralisme, il veut former l’esprit critique de ses étudiants. Il invite Mélenchon, Tariq Ramadan et même le grand méchant loup, Jean-Marie Le Pen. A cette occasion, le Syndicat des journalistes avait organisé une manifestation avec des banderoles explicites « Le Pen au CFJ – Non au racisme dans les médias » et s’était fendu d’un communiqué rageur s’inquiétant «  que ce soit justement dans une école de formation de journalistes, issue de cette même résistance, que ces funestes retours à un passé qui a causé des millions de morts en Europe puissent être réhabilités. » (sic).  Mais « aucun étudiant ne s’en est indigné », assure l’ancien directeur, ce que plusieurs anciens élèves confirment. Un conflit de générations, entre une vieille garde militante et syndiqué et une nouvelle génération dépolitisée et technicienne ? Pas sûr. Car, derrière la façade pluraliste, facile à mettre en place en invitant un Jean-Marie Le Pen devenu malgré lui la « caution diversité » du système, il reste un fond d’uniformisation idéologique plus réel que jamais.

En effet malgré la bonne volonté de la direction, il semble qu’un climat de bien-pensance se soit installé dans l’école, et ce autant à cause du zèle des étudiants que des reflexes idéologiques de certains formateurs.

Ainsi Vincent, ancien étudiant au CFJ, raconte l’hostilité latente et lancinante rencontrée chez les professeurs. Ainsi, parce qu’il effectue un stage au Figaro magazine, il a le droit régulièrement à un « ça va, pas trop dur ? » qui en dit long. Quand il propose comme parrain de promotion le journaliste Adrien Jaulmes, prix Albert Londres, sa proposition declenche l’indignation, au motif que celui ci travaille pour le Figaro. Les élèves choisissent finalement Laurent Mauduit, cofondateur de Médiapart, autrement plus consensuel…

Autre affaire qui en dit beaucoup sur « l’état d’esprit » régnant dans l’école. Une ancienne élève du CFJ-pro (formation professionnalisante de l’école), qui avait validé tous ses cours, n’a pas été diplômé, parce qu’elle travaillait pour Valeurs Actuelles et Spectacle du monde, et avait fait un long reportage sur la GPA « ils considéraient que ça n’était pas du journalisme », affirme Vincent.

Un cas qui n’est pas isolé. Une étudiante raconte que cette année, quand une des élèves a affirmé son intention d’établir un contrat avec le magazine Valeurs Actuelles, des élèves sont allés voir la direction pour leur demander « si il était normal que l’école accepte des gens qui travaillent avec un journal contraire aux Valeurs de la République ». Bouh les rapporteurs !

Un sectarisme diffus qui prend parfois les allures d’une inquiétante uniformité idéologique à la mode soviétique. Pour les présidentielles en 2012, l’école décide d’organiser une simulation de vote interne. Résultats : 0 voix pour Nicolas Sarkozy, un second tour Hollande/Mélenchon, avec victoire par K.O de la gauche conformiste.  Alexandre, étudiant au CFJ cette année là, avait voté Dupont-Aignan … son vote est parti à la poubelle ! « Les élèves ont cru que c’était un canular, car certains avaient voté Cheminade, « pour rigoler » », explique-t’il. Un cocktail orwellien de nonchalance, de dépolitisation et d’automatismes idéologiques qui fait froid dans le dos.

Pour Deloire, qui relativise ce scrutin interne, la faute n’en est pas à la formation, ouvertement pluraliste, mais aux élèves, qui, il le déplore, affichent souvent une convergence idéologique inexplicable.

Pas si inexplicable que ça en réalité. Pour Philippe Lansade, directeur d’une petite école l’HEJ (Lyon-Montpellier), la faute en est à la vieille garde encartée au SNJ, qui constitue la majorité des formateurs. Une génération militante, qui tient depuis 30 ans l’ensemble de la profession et de ses codes : « Mitterand a karchérisé la presse française en 1981, mettant partout ses affidés », avance-t-il. Depuis, ils ne cessent de se reproduire, attirant dans leur giron ceux-là même qui se sentent à l’aise avec une certaine culture journalistique. Des formateurs formatés, qui font le tri à l’entrée, verrouillent le système et assurent leur reproduction sociale, un sentiment d’appartenance à une caste, un club, avec ses codes, ses automatismes, et en filigrane, la peur d’être exclu.

Plus que des usines à formatage, ces écoles seraient ainsi des aimants à formatés. D’après Laurent Obertone, issu de l’ESJ Lille, qui dû subir les foudres de l’ensemble de la profession à la sortie de La France, orange mécanique, « les écoles de journalisme offrent un panel technique et méthodique de connaissances à des individus pour la plupart déjà formatés. En tout cas idéologiquement compatibles avec ce milieu. » Et d’ajouter : « Soit on adhère avec zèle à cette compétition morale, soit on divise par mille ses chances d’exister dans ce milieu ».

Mais pourquoi les jeunes veulent-ils donc faire du journalisme ? Le rêve du jeune apprenti dans un monde idéal ? D’après les directeurs interrogés, pour les filles c’est plutôt photo reporter, pour les garçons, journaliste sportif. (Visiblement la théorie du genre n’a pas encore pénétré ces écoles). Mais c’est la crise, et le journaliste, comme les autres n’a plus de rêves, mais seulement des peurs, avec pour la première d’entre elles, le chômage. Désormais, c’est un « polyvalent » qui veut aller « là où y a du boulot ».

François Ruffin, dans un livre qui fit scandale Les petits soldats du journalisme, accusait le CFJ en particulier et les écoles en général de développer ce « journalisme insipide, aéfepéisé, routinisé, markétisé, sans risque et sans révolte, dépourvu de toute espérance  », fabriquant des fantassins soumis aux grands méchants patrons de presse.

« Chiens de garde » « valets du capital », cette rengaine propre à une certaine extrême gauche bourdieusienne qui a pour credo « dis moi qui te possède, je te dirai qui tu es » semble pourtant aujourd’hui dépassée. Car le pire censeur pour le journaliste, ce n’est plus le patron de presse, c’est lui-même. Une autocensure inconsciente, diffuse et mécanique, autrement plus efficace qu’un coup de fil de Serge Dassault pour limer les plumes et noyer l’esprit critique.

Chez ces gens-là le problème est bien qu’on ne pense pas, comme chantait Brel. C’est peut être là tout le charme vénéneux du politiquement correct, qui loin de toujours s’imposer sous la forme inquisitoriale d’une tirade d’Aymeric Caron, ressemble bien souvent à la simple reproduction d’automatismes creux et de réflexes systématiques, qui crèvent comme une bulle de savon à la moindre objection, tant il manquent de structure et de culture politique. Ainsi, pour Alexandre, on est loin d’avoir affaire dans ces écoles à des trotskystes embusqués : « On est moins là dans le militantisme que dans une forme de prêt-à-penser, des automatismes ». Il ironise sur le soi-disant gauchisme des étudiants du CFJ : «  C’était plus la promo Bertrand Delanoë que la promo Edwy Plenel, pas des ayatollahs, mais des élèves désidéologisés, consuméristes, hédonistes et liberaux-libertaires ».

Sans doute est-ce le symptôme, d’un journalisme, qui, de métier intellectuel, est passé, à mesure que s’étend le domaine de la lutte, sous la domination du marché, c’est-à-dire de l’immédiateté et de l’empire communicationnel. Une mission d’intellectuels, chargés de comprendre et décrypter le monde, quitte parfois à penser contre soi-même, qui a d’abord été dévoyée par une génération militante qui s’est donné pour mission d’accompagner le changement, puis est devenu le métier fastidieux et technicien de « bots-journalistes » (Obertone), dépossédés de leurs esprits critiques, chargés de relayer les signaux de la société de communication.

« L’évènement sera notre maitre intérieur » : la célèbre phrase d’Emmanuel Mounier pourrait être la devise d’un journalisme éloigné à la fois des ardeurs militantes et de la fausse objectivité technicienne. Ce n’est pas au journaliste de forcer l’évènement à rentrer dans le moule de ses idées préconçues. Il n’est pas là non plus pour s’en faire le simple relais imbécile. Mais pour aider par sa subjectivité et son regard critique à la compréhension des faits. [/access]

Illustration : Soleil

France-Allemagne : Oublier Séville

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france seville allemagne algerie

« Le football est un sport qui se joue à onze et c’est l’Allemagne qui gagne à la fin… » Le cruel adage a pu se vérifier encore une fois à l’occasion du huitième de finale disputé entre la Nationalmannschaft et l’équipe des Fennecs, la sélection nationale algérienne, qui a abandonné la victoire aux Allemands à l’issue d’un match que l’on peut sans peine qualifier d’héroïque. Deux heures de combat acharné et de jeu passionné qui auraient entraîné l’adhésion de l’individu le plus rétif au football ont « redoré le blouson » de l’équipe d’Algérie, pour reprendre la perle désormais célèbre. Au coup de sifflet final, dans le bar de quartier où j’ai regardé l’équipe de France péniblement gagner et celle d’Algérie magnifiquement perdre, l’amertume se lisait sur les visages. Un monsieur d’un certain âge a profité de la mi-temps et de quelques arrêts de jeu pour me faire part de comparaisons savantes entre l’équipe algérienne de 2014 et celle de 1982, l’année du « match de la honte ». Ma connaissance du monde du football étant très loin d’être encyclopédique, et celle du football algérien des années 80 presque inexistante, je me suis contenté d’acquiescer poliment. Fort de son expérience et de sa sagesse, le chibani affecta durant tout le match d’observer l’action d’un air amusé, prédisant une défaite honorable et « le succès en 2018 ». La victoire de l’Allemagne lui a donné raison mais il a tout de même perdu de sa superbe au coup de sifflet final et accusé le coup, comme la majorité des clients du bar. Avant de rentrer dans ses pénates, il a conclu un peu amèrement qu’il valait de toute façon mieux, pour le bien de tous, éviter un France-Algérie en quart de finale.

Le football est le dernier champ de bataille des nations, l’ultime exutoire des peuples irréconciliables et pourtant jetés les uns contre les autres par l’accélération économique dans la grande essoreuse de la mondialisation. En France, la coupe du monde prend une coloration particulière quand l’Algérie manque de peu d’y affronter les Bleus et que l’Allemagne vient réveiller les vieux fantômes. Pendant toute la compétition, il a été difficile d’ignorer les manifestations bruyantes et stupidement agressives de certains supporters algériens, les rodéos, les invectives et les voitures brûlées à chaque victoire des Fennecs. L’antagonisme est-il si grand entre l’Algérie et la France que les médias et les politiques soient paralysés par la crainte de dénoncer les débordements de supporters demeurés qui ont failli comme d’habitude faire plus parler d’eux que de leur équipe ? Las de dénier la réalité, le ministre de l’intérieur a fini par condamner les excès des fans des Fennecs que les bien-pensants s’empressaient de mettre sur le compte des affabulations d’extrême droite, comme si pointer du doigt et dénoncer les abus des Algériens risquait d’entraîner immédiatement une guerre civile ou de livrer le pays à la dictature. On a trop entendu cet argument usé de la part des partisans de la politique de l’autruche : dénoncer les abus fait le jeu du Front national. Comme si leur politique de l’autruche n’avait pas fait plus en vingt ans pour la famille Le Pen que tous les Zemmour et la soi-disant xénophobie viscérale des Français. Il est trop facile de se justifier en repeignant la réalité à son goût, enfermé dans sa forteresse de certitudes.

La répugnance, une nouvelle fois constatée, à dénoncer de manière claire et intelligible les débordements réels à l’occasion de chaque match de l’Algérie lors de la coupe du monde correspond à une politique suicidaire dénoncée récemment par Christian Harbulot, actuel directeur de l’Ecole de Guerre Economique, qui, à propos de la réduction constante du budget de la défense, pointe du doigt : « le coût toujours plus exorbitant de l’achat de la paix sociale. Le reste apparaît comme une broutille en terme de risque d’implosion et c’est bien ce fait qui pousse nos hommes politiques à rogner toujours plus sur des budgets comme ceux de la Défense. On en arrive ainsi à ce paradoxe où nos élites se trouvent prêtes à saborder une partie de notre outil de puissance pour s’épargner les conséquences d’un blocage des différents dispositifs publics (subventions ciblées, situations de rentes, NDLR) qui maintiennent cette paix sociale aujourd’hui. » Au-delà du problème, déjà préoccupant, des moyens militaires de la France, cela signifie que les élites politiques sont prêtes à sacrifier les réformes nécessaires à l’évolution du pays en préférant dans tous les cas un statu quo social instable aux évolutions nécessaires. Dans le cas des tensions entre une partie de la communauté algérienne, ou d’origine algérienne, et la France, à nouveau rendue si visibles, cette fois par la coupe du monde, la logique est sensiblement la même : il vaut mieux privilégier la paix sociale plutôt que de risquer des troubles graves en dénonçant plus vigoureusement l’agitation entretenue par des excités dont on ignore le poids et la force réelle. On abandonnera donc à nouveau aux partisans de « l’inversion des flux migratoires » – expression étrange dont on cherchera vainement la signification concrète en termes démographiques – le traitement de la question épineuse de l’assimilation réelle des enfants de l’immigration qui, après deux ou trois générations, niquent la France et les Français et célèbrent, à l’instar de Franck Ribéry, vrai-faux algérien en plein fantasme identitaire, l’appartenance à une nation qu’ils ne connaissent pas et dans laquelle ils seraient bien plus en peine de s’intégrer qu’en France. On abandonnera donc par la même occasion le petit Français des classes moyennes à la confrontation directe avec ses voisins communautaristes surexcités dans les grandes périphéries des métropoles françaises qui sont devenues des cauchemars péri-urbains et des démentis flagrants du succès supposé de la politique d’intégration de la France depuis trente ans.

Pourquoi cet échec alors ? Pourquoi un simple match de football, une victoire, somme toute anecdotique, contre une Corée du sud déboussolée ou une Russie peu inspirée se transforment-ils en tribune pour les indigènes de la république qui vocifèrent leur dégoût de la France en grimpant sur les toits des voitures ou en y foutant le feu ? Pourquoi, alors que la France conserve, en dépit de tous les procès que lui font les procureurs du multiculturalisme, une politique sociale et migratoire tout à fait généreuse, par rapport à nombre d’Etats de l’OCDE ? Peut-être est-ce dû aux frustrations générées par cet Etat trop centralisé, trop paternaliste, trop figé et trop dirigiste, chez ceux à qui elle demande d’accepter un modèle social et culturel qui ne semble plus être associé qu’à l’impuissance et au déclin ? Peut-être est-il impossible de refermer complètement les plaies de la décolonisation ? Peut-être est-il enfin difficile d’exiger de cette communauté algérienne, sur laquelle pèse déjà l’échec du pays d’origine, d’aimer et de respecter un pays d’accueil qui fait tant profession de se détester ? La nation à la Renan se construit, en dépit même de la langue ou de la naissance par l’adhésion à un passé et à un avenir commun. Le temps est peut-être venu de se demander si ce modèle idéal est toujours viable ou si la société française est toujours apte à fournir la somme des sacrifices nécessaires pour assurer sa pérennité.

Il y avait pourtant, quelque chose de l’idéal de Renan qui flottait dans l’air ce lundi soir alors que sur les champs de bataille footballistique la défaite de l’Algérie laissait place à la menace rhénane. La beauté du combat livré par les malheureux Fennecs et l’inéluctable victoire de la Mannschaft, la responsabilité laissée à la France de vaincre les hommes de Joachim Löw, a fait resurgir des fantômes encore étonnamment présents dans l’inconscient collectif : le « match de la honte » pour les Algériens, l’exécution de Battiston pour les Français. Une double frustration partagée il y a trente-deux ans par les deux pays et les deux équipes face à une Allemagne injustement victorieuse. Après avoir écarté les plus dignes représentants de la génération d’abrutis qui a contribué à l’humiliation de 2010 à Knysna pour les remplacer par une équipe qui se contente de jouer au foot, loin des fausses promesses du « black-blanc-beur », la défaite de l’Algérie face à la Mannschaft est peut-être un passage de relais important. Cela ne suffit pas forcément à rapprocher des peuples qui ne sont pas destinés à s’aimer mais quand vers minuit, le serveur du PMU qui lavait tristement les verres a laissé tomber « je suis écœuré qu’on ait perdu mais on les a quand même rincé les Allemands. Ca va nous faciliter la tâche vendredi », il y avait quelque chose dans cette intrication complexe qui n’était pas décourageant. Il faut se méfier des coupes du monde et des superbes matchs qui rendent même le téléspectateur le plus rétif un peu trop sentimental, surtout quand elle font croire qu’il est au moins possible de changer les règles immuables du football pour que l’Allemagne ne gagne pas toujours à la fin.

*Photo : SICHOV/SIPA. 00102318_000004.

Baby-Loup, exil et victoire

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voile laicite creche

voile laicite creche

À Conflans-Sainte-Honorine, où les quiètes Yvelines rencontrent le Val-d’Oise, la trop célèbre crèche Baby-Loup s’est installée face à la gare, dans un quartier aux allures petites-bourgeoises que surplombent seulement deux barres HLM à l’air vaguement menaçant.
En ce lendemain de jugement, aussi favorable que les dirigeants de l’institution de puériculture pouvaient le souhaiter, un ordre immuable semble régner. Le petit cube terne, anciennement dévolu à l’assurance-maladie, qui accueille des enfants 24h/24 et 7j/7 – la spécificité de Baby-Loup, encore inégalée en France – bourdonne sourdement, telle une fourmilière, de l’intérieur. L’ingéniosité de l’équipe, mue par la main de fer gantée de velours de Natalia Baleato, a changé le bâtiment autrefois occupé administrativement, c’est-à-dire chichement, en un palais d’enfants où salles de jeu, cuisines, dortoirs et salles à manger se déploient jusque dans l’ancienne cave. Ironiquement, la crèche se trouve mieux logée ici qu’à Chanteloup-les-Vignes, où elle est née. Fuir la cité, au cœur de laquelle elle s’était installée, est-ce une défaite ? Natalia Baleato ne le croit pas : « Déjà, à Chanteloup, nous accueillions les enfants d’une vingtaine de communes environnantes. Et, autant qu’on puisse en juger, ce sont les mêmes qui nous ont suivi ici. »
Malgré l’arrêt de la Cour de cassation qui a réglé définitivement le litige opposant l’association à Mme Afif – à moins que celle-ci n’aille plaider sa cause devant la Cour européenne des droits de l’homme – la nouvelle vie de Baby-Loup n’est pas rose. L’accueil de l’équipe municipale de Conflans, UMP arrivée aux affaires en mars, n’a pas été des plus sympathiques. Dans un courrier du 11 juin, l’adjoint délégué aux affaires sociales oppose une fin de non-recevoir aux demandes de financement de la crèche et d’aménagement de parking aux alentours. Une maladresse, veut croire Julien, jeune homme serein, en charge de la relation avec les parents, qui plaide l’ignorance de la mairie novice. Reste que la crèche, qui a dû emprunter pour financer son déménagement et dont les dotations des pouvoirs publics ont été gelées tant que durait le procès, doit encore trouver 250 000 euros pour boucler son budget 2014. Une situation inédite selon Mme Baleato qui, depuis plus de vingt ans que l’association existe, a toujours réussi à maintenir ses comptes à l’équilibre.

Le contentieux avec Fatima Afif, ouvert depuis fin 2008, aura donc eu, malgré la victoire sur le papier, de lourdes conséquences sur Baby-Loup. Si la crèche n’a migré que de 5 kilomètres, ce qui a priori ne cause guère de désagréments à des parents déjà habitués à se déplacer, comme nombre de banlieusards, en voiture, l’exil forcé prouve au moins symboliquement une chose : que la pression sociale, et ici religieuse, est tellement forte dans certaines cités populaires françaises que les initiatives laïques n’y ont plus leur place. Natalia Baleato rétorque qu’ils ont résisté autant qu’ils ont pu et que la poursuite de l’expérience Baby-Loup est réjouissante de toute façon. Du côté des assistantes maternelles, comme Nathalie, salariée depuis deux ans, on assure avoir été préservé du conflit par la direction, et on se félicite naturellement de l’issue du procès. Et l’on confie aussi à demi-mot que l’installation à Conflans ouvre de nouveaux horizons, comme si c’était un second soulagement que d’avoir définitivement quitté les murs étouffants de la cité.

Alors, certes, la République et les parents, les femmes particulièrement, à qui Baby-Loup offre l’opportunité unique de travailler, même de nuit, peuvent s’enorgueillir de l’arrêt de la Cour de cassation qui autorise une entreprise ou une association dont la tâche l’exige à bannir les revendications religieuses ; mais dans le même temps, sur la cité des Poètes comme dans tant d’autres en France, une nuit plus obscure étend son long manteau que nul ne sait encore vraiment soulever.

* Photo : HALEY/SIPA/00611024_000001

Côte de bœuf : non à la barbaque unique !

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cote boeuf origine

cote boeuf origine

 Faudra-t-il ajouter, demain, la côte de bœuf à l’inventaire des chefs-d’œuvre en péril du patrimoine alimentaire français ? La côte de bœuf ? Mais elle va très bien, la côte de bœuf, on en voit dans toutes les vitrines de boucherie et sur les étals des grandes surfaces, alors, où est le problème ? Le problème, c’est l’avenir de l’élevage bovin français et plus particulièrement de son élevage traditionnel, à savoir celui qui voit des vaches se nourrir au pré et donner naissance à des veaux avant d’aller à l’abattoir. Aujourd’hui, pourvu qu’il ait sous les yeux une bonne masse de viande rouge accolée à un os, le client est content. Le drame de la boucherie française, c’est qu’elle oscille entre social-démocratie molle et libéralisme flasque, ce qui se traduit, en termes carnés, par un produit stéréotypé qui obéit aux critères officiels de la neutralité sensorielle du goût mondialisé. L’urgent est de faire du volume à moindre prix en un temps record pour faire tourner le terroir-caisse de l’industrie céréalière. Sans entrer dans la technique, pour qu’une carcasse gonfle rapidement, il faut pousser la croissance de la vache avec des céréales dont les prix ne cessent d’augmenter. Seule solution : remplacer le grain inabordable par du tourteau (farine) de soja, le plus souvent OGM, importé à bas coût d’Amérique latine. [access capability= »lire_inedits »]

C’est ainsi que, sans avoir modifié leur apparence, on transforme nos campagnes en usines. Adieu notre bonne vieille vache de pâturage lentement nourrie à l’herbe et abattue après son troisième veau, dont la viande, finement persillée de ces minuscules filaments de gras sain qui lui donnent une saveur incomparable, et maturée au moins un mois en chambre froide, régalait les amateurs de vraies côtes de bœuf. Faux ! peuvent rétorquer certains, cette qualité-là existe, on la trouve encore. Certes, chez des bouchers de luxe, à 75 ou 100 euros la côte de bœuf importée de Grande-Bretagne, d’Allemagne ou d’Espagne. Eh oui, dans ces pays-là, l’élevage à l’herbe pour la viande de boucherie est reconnu et encouragé.

En France, c’est impensable. La prairie est réservée à la production laitière, le reste du territoire à la carnassière. L’étable française est coupée en deux : races charolaise, limousine et blonde d’Aquitaine, muées en machines à barbaque, race prim’holstein (vache au pelage noir et blanc qui pullule dans les campagnes), programmée en pisseuse de lait. Les lobbies agricoles, les normes de Bruxelles et la FNSEA en ont décidé ainsi, la vache française n’a que deux fonctions : profit et rentabilité. Or la grande époque de l’élevage traditionnel qui donna ses titres de gloire agricoles et alimentaires à la France privilégiait les races mixtes. Première partie de vie : on fait des veaux pour donner du lait. Deuxième époque : on engraisse à l’herbe pour donner de la viande. Elles ont pour nom montbéliarde, normande ou maine-anjou, mais aussi nantaise, pie noir, parthenaise, jersiaise, que quelques héroïques paysans s’obstinent à perpétuer. Mais cela reste l’exception. Nous voici condamnés à ne plus manger que de la barbaque unique, celle des hygiénistes coincés et des peine-à-jouir.

Que nous propose en effet l’immense majorité des bouchers ? Une viande uniformément rosacée, éventuellement tendre et dépourvue, hormis à quelques embouts, de la moindre trace de lipide. Du passe-partout que l’on mâche sans sourciller et avale sans déguster, une viande sans âme et sans goût, à l’image de la politique de l’UMPS.

Libérons l’élevage et la boucherie des oukases du marché bruxellois !

Rendez-nous notre côte de bœuf française à l’herbe, racie et persillée ! [/access]

 

*Image : Soleil.

 

Netanyahou a tort sur un point

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Le Premier ministre d’Israël a eu tort, parlant des assassins des trois jeunes civils Israéliens de dire qu’ils ne sont pas humains, qu’ils sont « des animaux à la forme humaine ».

Il a tort d’abord sur le fond. Ce qui sépare les jeunes assassins islamistes de leurs trois victimes, ce n’est pas l’appartenance à l’humanité : c’est que les uns et les autres n’ont pas la même idée de l’humanité. Les uns excluent les autres de l’humanité, et ce n’est pas réciproque. Les Juifs n’ont moralement pas le droit de nier l’appartenance à l’humanité de leurs ennemis et de leurs bourreaux, qui, eux, les excluent de l’humanité.

Netanyahou a tort politiquement parce que ce n’est pas le terrorisme en général qui trace la ligne de partage entre amis et ennemis dans la guerre qui nous est faite.

Mieux vaut appeler les choses par leur nom.

Les islamistes qui nous font la guerre font certes partie de la même humanité que nous, mais ils ne sont pas de notre culture, ils ne sont pas de notre sensibilité, ils ne sont pas de notre temps.

Ils sont des barbares archaïques resurgis du passé, et ils veulent nous y faire revenir par la violence. C’est pour cette raison qu’ils mènent contre nous une guerre mondiale. Est-ce une guerre de religion ? De culture ? De civilisation ?  Des trois ? L’essentiel est de leur riposter sans mauvaise conscience au nom de notre culture, de notre civilisation.

Pour en revenir aux faits, si le Hamas  ne condamnait pas l’assassinat de trois jeunes civils sans armes, il prouverait qu’il ne mène pas un combat pour un peuple mais une guerre de religion, une guerre barbare et primitive. Il donnerait alors raison au communiqué suivant de France-Israël : « France-Israël s’élève contre l’aveuglement d’une diplomatie européenne qui ne veut toujours pas comprendre que le Hamas, Boko Haram, Al-Qaïda ou Al-Nosra ne sont que le même visage, sous des appellations différentes, de la barbarie islamiste. »

 

Deschamps a purgé l’équipe de ses leaders négatifs

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bleus riolo foot

bleus riolo foot

Déjà auteur de Racaille football club, Daniel Riolo vient de co-publier avec Pierre Ménès L’explication. Clash football (Hugo Sport).

Nicolas Routier : Quatre ans après le vaudeville de Knysna, l’équipe de France semble retrouver un bel état d’esprit collectif. N’est-ce qu’un coup de com’ ou le fruit d’un vrai travail de fond ?

Daniel Riolo : Une page est tournée. L’équipe est fraiche, assainie. Les mauvais garçons ne sont plus là. Peut-être que dans le groupe actuel, certains auraient suivi le mouvement à Knysna mais les quatre ou cinq leaders négatifs du groupe de 2010, qui agissaient par suggestion collective, n’en sont plus. L’absence de Ribéry a responsabilisé les autres, isolé Benzema, qui est un garçon charmant lorsqu’il est seul mais qui a de mauvais réflexes en groupe. Aujourd’hui, les nouveaux « boss » du groupe sont des joueurs positifs qui apportent beaucoup dans la cohésion générale. C’est pour ça que Deschamps appelle Landreau,  qui n’a rien à faire là mais qui est une sorte de « surveillant de l’école », le « Mary Poppins » du groupe comme j’aime dire. Se dégage de cette équipe un vrai élan positif insufflé par Deschamps alors que son prédécesseur, Laurent Blanc, avait plus axé son travail sur le talent brut en s’appuyant sur les Menez, Ben Arfa etc.

On ne reverra donc plus ces trouble-fête ?

Non, c ‘est certain. Les Menez, Ben Arfa, Nasri pourrissent un groupe. Ces garçons  avaient un talent dingue, ils n’en ont rien fait, tant pis pour eux… Anelka est une autre illustration de cette mentalité ; il n’a laissé aucune trace nul part tant il est individualiste, c’est la racaille ultime. Le foot ne produit plus de tels profils, et c’est heureux.

L’état d’esprit de ce sport miné par l’argent-roi a-t-il vraiment changé ?

Il y a une volonté de se réapproprier le maillot, c’est quelque part le peuple qui remet la main sur le foot. Une chose me frappe : l’importance qu’ont prit les hymnes dans le football. Du temps de Platini – qui ne chantait pas La Marseillaise – personne ne lui en faisait la remarque, mais cela est devenu un véritable enjeu. Les Grecs, qui ont lâché leurs primes en signe de solidarité envers leur peuple, peuvent en témoigner. Dans les années 80, on n’avait pas d’attente autour de l’hymne, de l’identité mais trente ans plus tard, les attentes du peuple ont changé. Le problème identitaire est devenu important.

D’ailleurs, la présence de joueurs nés en France dans l’équipe d’Algérie,ne participe-t-elle pas au péril de l’identité nationale ?

Je pense qu’ils n’auraient pas joué pour l’Algérie si la France s’était intéressé à eux, tout simplement. Certains ont joué dans les sélections de jeunes en France, c’est un problème évident mais la FIFA l’a autorisé, que voulez-vous…

Dans nos centres de formation, on a quand même l’impression que les choses ont plutôt changé dans le bon sens…

Depuis deux ans, la fédération a mis en place des programmes pour mesurer l’attachement au maillot, aux clubs, à la région. Car les instances fédérales ont compris que les marseillais voulaient des Marseillais dans l’équipe, que les Lillois souhaitaient recruter dans le Nord, etc. Le public a une vraie attente locale : il compte voir les gens du cru. Reste à savoir comment on mesure cet attachement, mais les responsables fédéraux font très attention aux mentalités,.  D’ailleurs, les médias n’ont eu de cesse de mettre en avant le bon comportement des Bleus pendant leur préparation, avant même d’évoquer le jeu. Alors que Deschamps pense que ce sont les résultats qui ont réconcilié le public français avec son équipe, je crois que c’est ce que dégage cette équipe qui provoque l’adhésion. Et cela participe à ses bons résultats…

À ce propos, qu’avez-vous pensé de la prestation des Bleus face au Nigéria ?

La France a joué seulement un quart d’heure face aux Nigérians, on n’a pas été serein. Si le Nigéria avait été plus habile, on aurait pu morfler. Beaucoup de faits de jeu et d’arbitrage ont tourné en notre faveur. Matuidi aurait pu prendre un carton rouge, Giroud s’en est sorti sans carton alors qu’il mettait des coups de lattes sur un nigérian, etc.  On aurait même pu prendre un pénalty !

Mais les représentations collectives ne s’embarrassent pas de détails : seule la victoire est belle ! Preuve en est, le mythe construit autour de l’équipe de France 98, championne du monde malgré un jeu peu spectaculaire. Le style de jeu compte-t-il vraiment aux yeux du public ?

Dans les années 1980, la France avait un style reconnu, porté vers l’avant. En 98, Aimé Jacquet a tout misé sur la solidité. En 2006, le style a consisté à donner le ballon à Zidane. Puis Blanc a voulu refondre le foot français en s’inspirant du modèle espagnol. Il avait une vraie philosophie de jeu. Aujourd’hui, règne la « méthode Deschamps » : la gagne, l’osmose, l’ossature.

Est-ce parce que ces qualités leur font défaut que la plupart des équipes européennes se sont cassé les dents ?

Attention à l’illusion d’optique : trois grosses équipes sont tombées mais on a six sélections européennes en huitièmes de finale, comme il y a quatre ans. Chaque équipe représente un cas bien différent. L’Angleterre est le pays d’un championnat, la Premier League, qui met en avant un spectacle global mais dont le niveau n’est pas certain. Les clubs anglais n’ont d’ailleurs pas gagné les dernières Ligue des champions. L’Italie a moins de bons joueurs mais paie aussi l’entêtement de Prandelli à mettre Balotelli, un joueur qui cristallise les problèmes. Mario Balotelli c’est un objet politique. l’Italie a de gros problèmes de tolérance, alors je pense que le sélectionneur Prandelli se borne à l’utiliser dans le simple but de contrecarrer les racistes ! Il a fait de la politique plutôt que du sportif, et le pire c’est que Balotelli l’a trahi en l’insultant dans le vestiaire façon Anelka alors même qu’il l’avait soutenu contre vents et marées. Ils sont morts ensemble. Prandelli, c’est un bobo progressiste, qui a pensé politique plutôt que ballon.

Ces contre-performances bénéficient aux « petites équipes » …

En effet, c’est super de voir des « petites équipes » se battre comme elles le font. On voit dans ces équipes une vraie culture du don de soi. Regardez l’équipe de l’Algérie qui a tenu en respect l’Allemagne pendant un bon moment. Il y a trois vrais bons joueurs dans cette équipe, c’est incroyable ce qu’ils font. C’est une des leçons de cette Coupe du Monde, avec la récompense du jeu offensif : c’est la prime à l’attaque et à l’abnégation. Cependant, à la fin les gros gagnent, Allemagne, Brésil, France. Mais les écarts sont moins importants que par le passé.

Pour finir, un pronostic pour la victoire finale ?

L’issue de cette Coupe du monde est impossible à pronostiquer, trop folle. La logique de l’histoire voudrait que les Allemands la gagne, ça fait un moment qu’ils ne passent pas loin et qu’ils cultivent leurs certitudes au niveau du jeu. L’Argentine pourrait être un bel adversaire le 13 juillet, si Messi continue de marcher sur l’eau car tout repose sur lui. Ce serait une belle finale, qui irait dans le sens de l’histoire.

*Photo : kyodowc114943.JPG k/NEWSCOM/SIPASIPAUSA31299031_000001.

France-Algérie : Diversité, j’écris ton nom…

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algerie football france

algerie football france

« On a perdu », apprenait-on sur le site du Nouvel Obs hier, au lendemain du huitième de finale de la Coupe du Monde qui opposait l’équipe de France à celle du Nigéria. Ah bon ? Pourtant, bien que le match ait été peu flamboyant pour les Bleus, il me semblait que le score affichait 2-0 en leur faveur à la fin de la partie. Et j’avais même vu défiler quelques voitures ornées de drapeaux bleu-blanc-rouge, klaxonnant joyeusement du côté de la Bastille.
C’est que l’article s’intitulait : « Défaite de l’Algérie : « Maintenant, on compte sur la France pour nous défendre ». » Qui ça, « nous » ? A la lecture, on apprenait que cette phrase était celle d’un supporter de l’équipe d’Algérie. Pourquoi pas, après tout, chacun est libre de s’enflammer pour une équipe étrangère. Et il était assez flatteur de penser que nos amis algériens, désormais éliminés, supportent naturellement la France, ce pays si proche, vers lequel nombre d’entre eux avaient émigré.

Ce qu’il y avait d’étrange, c’était cette histoire de « défendre » l’Algérie. Contre qui ? Contre quoi ? A priori, les « Fennecs » était désormais hors de danger, puisqu’ils avaient perdu… A-t-il voulu dire par là qu’il comptait maintenant sur la France pour « défendre les couleurs » de l’Algérie ? Ce fameux drapeau blanc, rouge et vert devenu omniprésent dans nos villes depuis la victoire sans précédent des Algériens contre la Corée du Sud ? Plus difficile à imaginer. On avait rarement vu qui que ce soit soutenir une équipe après son élimination…

Non, lecture faite de l’article, on découvrait que le supporter interrogé était en réalité un Français : Sami, 25 ans, habitant à Marseille. Et là, tout devenait encore plus confus. Défendre nos couleurs à « nous », c’est bien ce que « nous » avions fait ce soir, en mettant laborieusement deux buts aux Nigérians à la dernière minute, non ? Quant à soutenir l’Algérie, c’est ce que nous avions fait aussi, majoritairement, dans la foulée. Justement parce que beaucoup de nos concitoyens sont d’origine algérienne. Alors de deux choses l’une : soit Sami n’a pas de papiers, soit il mérite un carton.

Parce que sa phrase exacte est rapportée en dernière ligne de l’article : « On a perdu en huitième de finale mais il nous reste la France. On compte sur eux pour nous défendre. » Non seulement ce sympathique jeune homme semble dire que son pays, c’est l’Algérie.

Mais en plus il considère qu’il lui « reste » la France pour « défendre » ses couleurs. Sami, qui ne doute de rien, compte sur « eux ». Et eux, c’est nous. Moins lui, donc. Cette auto-exclusion de la communauté nationale constitue sans doute l’échec le plus triste de l’intégration. Diversité, j’écris ton nom… avec les pieds.

*Photo : NICOLAS MESSYASZ/SIPA. 00687305_000016.

Plutôt Juppé que Guaino : Je rêve ou quoi là ?

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guaino primaires UMP

guaino primaires UMP

J’ai lu. J’ai regardé quel était l’auteur. J’ai même appelé la rédaction pour savoir s’il n’y avait pas erreur sur ce dernier. Et puis non… C’était bien le camarade Leroy qui avait signé ce papier. Mais j’imagine que ce doit être sous la torture ; ce n’est pas possible autrement. En fait, c’est surtout le premier paragraphe qui m’a mis sur le séant. Voilà que l’auteur nous explique qu’en cas de primaire UMP, il ira voter – et je ne lui en voudrai pas parce que j’ai fait exactement la même chose pour le PS en 2011- mais qu’en sus, il donnera sa voix au candidat du triumvirat (Juppé ou Fillon) qui serait « moins à droite » qu’un représentant de la ligne aujourd’hui représentée par Henri Guaino, Rachida Dati, Laurent Wauquiez et Guillaume Peltier. Il ajoute – et c’est à ce moment là que j’ai cru à l’écriture sous la torture – qu’il voterait donc pour le représentant d’une ligne « centriste, européenne et raisonnablement libérale ».

Alors que Henri Guaino, le plus charismatique des mousquetaires de Valeurs Actuelles, a défié cette ligne pendant les élections européennes, refusant de voter pour Alain Lamassoure en expliquant que c’est au nom de la détestation de l’Europe telle qu’elle se construit depuis trente ans, pourfendue par Jérôme dans une bonne centaine de papiers sur Causeur. Que Jérôme se sente plus proche de Juppé que de Guaino, c’est déjà un peu fort de café. Après tout, Juppé, c’est la même politique que Valls, la calvitie en plus. Mais alors Fillon… Il a lu, Jérôme, les propositions de l’ex-Premier ministre dans L’Express ? L’ancien chef de gouvernement de Sarkozy ne propose pas moins qu’un choc thatchérien, sans l’euroscepticisme de la Dame de Fer, seul côté qui aurait normalement pu nous le rendre, Jérôme et moi, un peu sympathique. Le plus à droite, le plus libéral économiquement –et je passe sur ses propositions remettant en cause le droit du sol, que Guaino ne cautionnerait jamais – c’est incontestablement François Fillon.

Mais Jérôme, ou celui qui se fait passer pour lui, pourrait me rétorquer : « Il n’y a pas que Guaino ». Passons sur Rachida Dati, qui semble totalement coller à la ligne du député des Yvelines, et ça ne date pas d’aujourd’hui puisqu’elle avait déjà manifesté un véritable élan de sympathie pour les idées de Dupont-Aignan. Terminons par Laurent Wauquiez qui traîne aujourd’hui dans les milieux de gauche une très mauvaise réputation pour avoir un peu fricoté avec Patrick Buisson. Il s’agit d’un exemple très intéressant. J’évoquais son cas avec un chercheur spécialiste de la droite pas plus tard que samedi et il me faisait remarquer que le député de Haute-Loire, bien qu’ayant souvent rencontré Buisson, n’évoque jamais les thèmes identitaires. En revanche, il parle de « décadence ». En fait, il regrette un peu le « monde d’avant ». Un Leroy de droite, en somme. Reste Guillaume Peltier et là, effectivement, je comprends que Jérôme puisse être rebuté par son parcours et son style, mais reconnaissons que ce dernier joue les utilités. D’ailleurs, son nom est cité dans des histoires de formations vendues à prix d’or à des mairies UMP du sud de la France et il pourrait bien disparaître du paysage politique.

Franchement, un communiste maintenu qui voudrait voter à une primaire UMP ne peut que préférer un duo Guaino-Wauquiez à Fillon ou Juppé. Dans le cas contraire, il jouerait vraiment à la politique du pire. Il est pour tout dire étonnant voire incompréhensible que Jérôme se soumette à la grille de lecture droite-gauche des médias mainstream, ce qui le conduit aussi à tomber dans le piège que lui tend Laurence Parisot, dont récent le volte-face autour de la question du SMIC est à mettre sur le compte de sa volonté d’exister dans les médias, alors même qu’elle incarne encore plus que Gattaz la politique contre laquelle Jérôme lutte avec talent depuis que je le lis dans ces colonnes.

*Photo : Hannah

Hors concours

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kouchner euthanasie bac

kouchner euthanasie bac

Au grand concours de la Bêtise de la semaine, il y a bien sûr Benoît Hamon qui a l’air de penser qu’une faute grammaticale et une faute syntaxique sont intrinsèquement différentes. Mais je voudrais ici saluer un sommet, atteint ces derniers jours, en commentaire sur l’affaire Bonnemaison, par un multi-récidiviste, Bernard Kouchner.

Interrogé sur ce qu’il pensait du délicat problème de l’euthanasie, le french doctor ex-PS ex-Sarko-boy s’est exclamé : « « N’employons plus jamais le mot « euthanasie ». D’abord, il y a le mot nazi dedans, ce qui n’est pas très gentil. Et puis on a tout de suite l’impression qu’il y a une agression, qu’on va forcer les gens ». Si ! C’est . Profitez bien de la vidéo. Hmm… Que je sache, le bon docteur Bonnemaison ne les achevait pas au gaz, mais au curare.

Mais Kouchner tenait à remporter à la fois la palme de la khonnerie hebdomadaire (ou mensuelle, ou peut-être annuelle : avant d’en retrouver une de ce format…) tout en pulvérisant le Point Godwin. Euthanazie ! Sachant que les parents de Kouchner ont été malheureusement déportés à Auschwitz en 1944, qu’aurait pensé Lacan d’un tel mot-valise ?

À noter qu’il donne des idées. Les lycéens du Bac S dont je parlais dans ma dernière chronique, ceux qui se plaignaient de la trop grande rigueur de l’épreuve de maths, ont sans douté été trop mathisés.

Mon chat, Whisky, a des puces. Lorsque je le passe au peigne fin, irai-je jusqu’à appeler cela un dépucepelage ? Et dysorthographier, est-ce caresser à rebrousse-poils le chat des aiguilles ?
Et pour en rester aux chats, on sait qu’ils abhorrent les enfants. C’est normal, les chats sont des gastronomes à heures fixes, qui répugnent au mou tard. Enfin, Whisky a quelques puces : c’est mieux que la France, qui ne manque pas de polytiques.
Quant à mon ordinateur, il a commencé par des puces, et maintenant il a des bugs : c’est parce que je m’en sers comme d’un pense-petites-bêtes.

Je parlais il y a peu du Petit Fictionnaire illustré d’Alain Finkielkraut, où l’on trouve le « sapotage » — « soupe servie froide intentionnellement ». Bernard Kouchner nous expliquera un jour que cette soupe froide se mitonne sur du gaz pas chaud. Sans rire.

Ou que les sales gosses qui pissent sur les colonnes de fourmis pratiquent la formication — une forme fréquente de sexualité enfantine…

Pour en revenir au curare du docteur Bonnemaison, je m’étonne que ce détail n’ait pas excité  la verve  de l’ex-ministre. Franchement, qu’un médecin de cette génération (on y faisait encore des études sérieuses, le latin et le grec étaient les langues de référence des carabins d’autrefois) semble ignorer que l’euthanasie, c’est la « bonne mort » (eh oui, il en est des moins goûteuses…), c’est à se taper la tête contre les murs (je précise, dans ce contexte, qu’un fondu enchaîné n’est pas forcément un fou sous camisole). Peut-être est-ce l’âge — « le pourrissement de certaines cellules peu connues », comme disait Boris Vian. Faut-il déjà lui rappeler qu’un ectoplasme n’est pas une plaquette sanguine de 100 grammes ?

La vérité, c’est qu’on ne l’avait pas filmé depuis un certain temps, et que les caméras lui manquaient. On se souvient de son affectation à attendre le soleil d’après-midi pour débarquer du riz en Somalie : c’est à 1mn40, à se passer en boucle.

À l’époque il représentait Mitterrand. Plus tard, il a représenté Sarko. Maintenant qu’il ne représente plus que lui-même, il en est à faire des calembours débiles. Ah, c’est pas bô de vieillir !

PS : Assez décodé. Signez et faites signer la pétition sur la laïcité lancée à l’initiative de Marianne. C’est rédigé en termes mesurés, mais l’essentiel y est dit. Et il y a dans les signataires plein de beau monde fréquentable — le bon docteur Kouchner n’y est pas, dis!

*Photo : Frederic Sierakowski/ISOP/SIPA. 00680249_000007.

Délit de culture en Thaïlande

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La Thaïlande est depuis le début du mois de mai gouvernée par une  junte militaire. Si le pays est habitué aux coups d’Etat, l’absence de solutions démocratiques envisagées par le pouvoir en place inquiète sur la scène internationale, comme en témoignent les « sanctions » de l’UE. La puissante police locale, totalement dévouée à l’armée, avait probablement pour idée de faire un « coup » médiatique en procédant à l’interpellation d’un manifestant pas comme les autres.

« L’homme au sandwich » tel qu’il est désormais d’usage de le nommer, a eu maille à partir avec la force publique locale pour s’être rendu coupable de lire 1984 de George Orwell sur la place publique, à quelques encablures d’un immense centre commercial de Bangkok.

Quel manque de pudeur en effet, que de s’afficher ainsi fièrement lecteur dans un pays où la culture étrangère a mauvaise presse et le simple fait de lire un bouquin, comme en Occident, est désormais un truc un peu louche. Ce brave bonhomme (dont l’embonpoint est sans doute pour quelque chose dans son aspect débonnaire) a provoqué un début d’attroupement autour de lui. Lorsque les policiers s’approchèrent pour s’enquérir de son état, il justifia sa lecture par un bref slogan, dans la langue de Molière s’il vous plait « Liberté, égalité, fraternité ». Notre homme au sandwich ne s’arrêta pas en si bon chemin et se saisit de son téléphone devant les nombreux photographes trop heureux de saisir l’instant pour faire retentir la Marseillaise.

C’en était décidément trop. Le malheureux est en plus un crypto-nationaliste français, un potentiel électeur de Marine qui s’ignore sans doute. C’est donc tout naturellement qu’il se fit embarquer manu militari.

« Une société hiérarchisée n’est possible que sur la base de la pauvreté et de l’ignorance. » disait 1984. Les autorités thaïlandaises ont bien lu Orwell, elles aussi.

Ecoles de journalisme : usines à bien-pensants ?

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journalisme police de la pensée

journalisme police de la pensée

Tous des gauchos ! entend-on régulièrement râler dans tous les PMU de France, au sujet de nos amis les journalistes. Propos de comptoir ? Pas sûr. En juin 2012, le magazine Médias publie un sondage indiquant que pour la présidentielle, chez la très sainte congrégation des journalistes,  74% ont voté François Hollande au second tour. Au premier tour, Mélenchon fait mieux que Sarkozy, et Marine Le Pen ne fait que 3%. La « religion des temps modernes », comme l’appelait Balzac, est monothéiste, et on connaît sa chapelle ! Mais d’où vient cette uniformité idéologique ?

Tout le monde ne peut pas être, comme Nicolas Demorand, agrégé de lettres, et beaucoup de nos apôtres du politiquement correct viennent du même portique : on trouve souvent sur leur CV, la mention « école de journalisme ». Si l’autoroute de la pensée unique a un péage, c’est bien celui-là, précieux sésame qui permet d’accéder aux plus hautes sphères. C’est peut être là, au bercail de nos ouailles médiatiques, qu’il faut chercher la raison de leur conformisme.

Nicolas, 23 ans, (ex-)étudiant à l’ISCPA Blagnac, école de journalisme privée, voulait, le malheureux, faire un stage dans votre magazine préféré. Las, quant il quémanda sa convention de stage à sa directrice, celle-ci refusa tout net, sous le fallacieux prétexte que « c’est trop politisé ». Un professeur de « critique des médias » eu même cette phrase lapidaire « Je ne savais pas que tu étais fasciste » [1. Précisons que le fasciste en question a depuis courageusement démissionné de cette école et rejoint le camp des ténèbres qu’est la rédaction de Causeur, où il se trouve très heureux.]   [access capability= »lire_inedits »]

Un sectarisme inouï, qui, loin d’être une lubie d’un ancien de Libé atrabilaire, se retrouve de manière plus ou moins diffuse, dans beaucoup de ces écoles qui forment le banc et l’arrière des journalistes tenant le haut du pavé. 14 écoles seulement sont reconnues par la Commission paritaire nationale pour l’emploi des journalistes (CPNEJ), composée de représentants de patrons de presse et de syndicats (le SNJ tenant les rênes). Des écoles souvent accusées d’être de véritables usines à « bien-pensants » agents interchangeables d’un pouvoir médiatique immense qui produirait des fantassins du politiquement correct. Alors, complot ou réalité ?

Pour Christophe Deloire, ex-patron du CFJ et directeur de RSF, c’est « un procès injuste ». Il assure qu’il est arrivé au CFJ conscient de la mauvaise réputation de l’école. Soucieux de pluralisme, il veut former l’esprit critique de ses étudiants. Il invite Mélenchon, Tariq Ramadan et même le grand méchant loup, Jean-Marie Le Pen. A cette occasion, le Syndicat des journalistes avait organisé une manifestation avec des banderoles explicites « Le Pen au CFJ – Non au racisme dans les médias » et s’était fendu d’un communiqué rageur s’inquiétant «  que ce soit justement dans une école de formation de journalistes, issue de cette même résistance, que ces funestes retours à un passé qui a causé des millions de morts en Europe puissent être réhabilités. » (sic).  Mais « aucun étudiant ne s’en est indigné », assure l’ancien directeur, ce que plusieurs anciens élèves confirment. Un conflit de générations, entre une vieille garde militante et syndiqué et une nouvelle génération dépolitisée et technicienne ? Pas sûr. Car, derrière la façade pluraliste, facile à mettre en place en invitant un Jean-Marie Le Pen devenu malgré lui la « caution diversité » du système, il reste un fond d’uniformisation idéologique plus réel que jamais.

En effet malgré la bonne volonté de la direction, il semble qu’un climat de bien-pensance se soit installé dans l’école, et ce autant à cause du zèle des étudiants que des reflexes idéologiques de certains formateurs.

Ainsi Vincent, ancien étudiant au CFJ, raconte l’hostilité latente et lancinante rencontrée chez les professeurs. Ainsi, parce qu’il effectue un stage au Figaro magazine, il a le droit régulièrement à un « ça va, pas trop dur ? » qui en dit long. Quand il propose comme parrain de promotion le journaliste Adrien Jaulmes, prix Albert Londres, sa proposition declenche l’indignation, au motif que celui ci travaille pour le Figaro. Les élèves choisissent finalement Laurent Mauduit, cofondateur de Médiapart, autrement plus consensuel…

Autre affaire qui en dit beaucoup sur « l’état d’esprit » régnant dans l’école. Une ancienne élève du CFJ-pro (formation professionnalisante de l’école), qui avait validé tous ses cours, n’a pas été diplômé, parce qu’elle travaillait pour Valeurs Actuelles et Spectacle du monde, et avait fait un long reportage sur la GPA « ils considéraient que ça n’était pas du journalisme », affirme Vincent.

Un cas qui n’est pas isolé. Une étudiante raconte que cette année, quand une des élèves a affirmé son intention d’établir un contrat avec le magazine Valeurs Actuelles, des élèves sont allés voir la direction pour leur demander « si il était normal que l’école accepte des gens qui travaillent avec un journal contraire aux Valeurs de la République ». Bouh les rapporteurs !

Un sectarisme diffus qui prend parfois les allures d’une inquiétante uniformité idéologique à la mode soviétique. Pour les présidentielles en 2012, l’école décide d’organiser une simulation de vote interne. Résultats : 0 voix pour Nicolas Sarkozy, un second tour Hollande/Mélenchon, avec victoire par K.O de la gauche conformiste.  Alexandre, étudiant au CFJ cette année là, avait voté Dupont-Aignan … son vote est parti à la poubelle ! « Les élèves ont cru que c’était un canular, car certains avaient voté Cheminade, « pour rigoler » », explique-t’il. Un cocktail orwellien de nonchalance, de dépolitisation et d’automatismes idéologiques qui fait froid dans le dos.

Pour Deloire, qui relativise ce scrutin interne, la faute n’en est pas à la formation, ouvertement pluraliste, mais aux élèves, qui, il le déplore, affichent souvent une convergence idéologique inexplicable.

Pas si inexplicable que ça en réalité. Pour Philippe Lansade, directeur d’une petite école l’HEJ (Lyon-Montpellier), la faute en est à la vieille garde encartée au SNJ, qui constitue la majorité des formateurs. Une génération militante, qui tient depuis 30 ans l’ensemble de la profession et de ses codes : « Mitterand a karchérisé la presse française en 1981, mettant partout ses affidés », avance-t-il. Depuis, ils ne cessent de se reproduire, attirant dans leur giron ceux-là même qui se sentent à l’aise avec une certaine culture journalistique. Des formateurs formatés, qui font le tri à l’entrée, verrouillent le système et assurent leur reproduction sociale, un sentiment d’appartenance à une caste, un club, avec ses codes, ses automatismes, et en filigrane, la peur d’être exclu.

Plus que des usines à formatage, ces écoles seraient ainsi des aimants à formatés. D’après Laurent Obertone, issu de l’ESJ Lille, qui dû subir les foudres de l’ensemble de la profession à la sortie de La France, orange mécanique, « les écoles de journalisme offrent un panel technique et méthodique de connaissances à des individus pour la plupart déjà formatés. En tout cas idéologiquement compatibles avec ce milieu. » Et d’ajouter : « Soit on adhère avec zèle à cette compétition morale, soit on divise par mille ses chances d’exister dans ce milieu ».

Mais pourquoi les jeunes veulent-ils donc faire du journalisme ? Le rêve du jeune apprenti dans un monde idéal ? D’après les directeurs interrogés, pour les filles c’est plutôt photo reporter, pour les garçons, journaliste sportif. (Visiblement la théorie du genre n’a pas encore pénétré ces écoles). Mais c’est la crise, et le journaliste, comme les autres n’a plus de rêves, mais seulement des peurs, avec pour la première d’entre elles, le chômage. Désormais, c’est un « polyvalent » qui veut aller « là où y a du boulot ».

François Ruffin, dans un livre qui fit scandale Les petits soldats du journalisme, accusait le CFJ en particulier et les écoles en général de développer ce « journalisme insipide, aéfepéisé, routinisé, markétisé, sans risque et sans révolte, dépourvu de toute espérance  », fabriquant des fantassins soumis aux grands méchants patrons de presse.

« Chiens de garde » « valets du capital », cette rengaine propre à une certaine extrême gauche bourdieusienne qui a pour credo « dis moi qui te possède, je te dirai qui tu es » semble pourtant aujourd’hui dépassée. Car le pire censeur pour le journaliste, ce n’est plus le patron de presse, c’est lui-même. Une autocensure inconsciente, diffuse et mécanique, autrement plus efficace qu’un coup de fil de Serge Dassault pour limer les plumes et noyer l’esprit critique.

Chez ces gens-là le problème est bien qu’on ne pense pas, comme chantait Brel. C’est peut être là tout le charme vénéneux du politiquement correct, qui loin de toujours s’imposer sous la forme inquisitoriale d’une tirade d’Aymeric Caron, ressemble bien souvent à la simple reproduction d’automatismes creux et de réflexes systématiques, qui crèvent comme une bulle de savon à la moindre objection, tant il manquent de structure et de culture politique. Ainsi, pour Alexandre, on est loin d’avoir affaire dans ces écoles à des trotskystes embusqués : « On est moins là dans le militantisme que dans une forme de prêt-à-penser, des automatismes ». Il ironise sur le soi-disant gauchisme des étudiants du CFJ : «  C’était plus la promo Bertrand Delanoë que la promo Edwy Plenel, pas des ayatollahs, mais des élèves désidéologisés, consuméristes, hédonistes et liberaux-libertaires ».

Sans doute est-ce le symptôme, d’un journalisme, qui, de métier intellectuel, est passé, à mesure que s’étend le domaine de la lutte, sous la domination du marché, c’est-à-dire de l’immédiateté et de l’empire communicationnel. Une mission d’intellectuels, chargés de comprendre et décrypter le monde, quitte parfois à penser contre soi-même, qui a d’abord été dévoyée par une génération militante qui s’est donné pour mission d’accompagner le changement, puis est devenu le métier fastidieux et technicien de « bots-journalistes » (Obertone), dépossédés de leurs esprits critiques, chargés de relayer les signaux de la société de communication.

« L’évènement sera notre maitre intérieur » : la célèbre phrase d’Emmanuel Mounier pourrait être la devise d’un journalisme éloigné à la fois des ardeurs militantes et de la fausse objectivité technicienne. Ce n’est pas au journaliste de forcer l’évènement à rentrer dans le moule de ses idées préconçues. Il n’est pas là non plus pour s’en faire le simple relais imbécile. Mais pour aider par sa subjectivité et son regard critique à la compréhension des faits. [/access]

Illustration : Soleil