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Audiard dynamite l’édition

michel audiard gabin

Longtemps considéré comme un débile profond, un vulgaire amuseur, un poujado-réactionnaire, un abrutisseur des masses, Michel Audiard connaît une rédemption aussi tardive que mercantile. Bon nombre d’éditeurs, de producteurs et de diffuseurs se lancent donc dans cette entreprise à la finalité marloupine. Vous n’échapperez pas à cette déferlante. A la télévision, chaque semaine ou presque, Maigret et l’Affaire Saint-fiacre, Le Marginal, Un taxi pour Tobrouk ou Mortelle randonnée garantissent un audimat comac. Gabin, Belmondo, Ventura et Serrault en têtes de gondole, ça rassure la ménagère de plus de 50 ans. Mais comment résister à l’éloquence old-school du p’tit cycliste ? Pour apprécier à sa juste valeur la prose du poète de Dourdan et nous éclairer sur certaines de ses formules expéditives, Philippe Durant avait dégainé son «Petit Audiard illustré par l’exemple » en 2011.

Les profondeurs de la langue audiardesque y étaient décortiquées à l’usage des caves. Le cador du box-office avait coutume de dire que, faute d’imagination, il avait des lectures. « J’ai tout piqué » comme il l’affirmait trop souvent pour qu’on le croie. Car, derrière les bons mots d’Audiard, il y a une culture maousse, une boulimie de savoir(s) qui feraient rougir de honte nos « intellectuels » médiatiques. On trouve dans Audiard, Céline le maître vénéré mais aussi Rimbaud, Prévert, Hugo, Musset, Bossuet, Apollinaire, etc… C’était une époque, les années 60-70, où le cinéma avait des Lettres. Dans le recueil de cet étymologiste rigolard, vous appreniez l’origine des expressions aussi chantantes que « BSA (extra-piste) », « mêlé-casse », « chez tonton », « fly-tox », « biribi », etc… Surtout, vous voyagiez dans des contrées exotiques, certaines imaginaires, d’autres empruntées au vocabulaire des hotus de la remonte ou des corps expéditionnaires.

Pour cet irréductible du XIVème, celui qui fit un reportage sur la Chine de Tchang Kaï-chek sans quitter son arrondissement, le voyage ne pouvait être qu’intérieur et le moyen de transport supersonique, les mots of corse. Durant récidive en 2015 accompagné, cette fois-ci, du fils du dialoguiste à casquette, le mystérieux Bruno M. C’est de la dynamite. Les deux spéléologues ont déniché 500 répliques inédites. Alléluia ! Que cette langue est belle, à la fois populaire et aristocratique, joufflue et cristalline, outrancière et si légère. Ces pépites proviennent de scènes coupées. « Ce ne sont ni des scènes mauvaises ni des brouillons mais des scènes qui n’ont pas leur place dans la narration […] Or si la pellicule s’est envolée, les écrits restent » explique Philippe Durant dans sa préface. Fantastique travail de mémoire et une cure de jouvence pour les nombreux fans du cinéma à papa. Appréciez le jet puissant et libérateur de l’artiste :

« Mon petit Simon, vous connaissez ma position : en dessous de 50 000 exemplaires, l’opinion d’une feuille de chou ne m’intéresse pas plus que celle d’une ministre » Noël Schoudler (Jean Gabin) dans Les Grandes Familles.

« Admettons… J’ai dit : admettons. Mais j’irais plus loin : le sens des mots, l’instruction, ça sert à quoi ? A entrer dans les PTT ou dans la gendarmerie » Arsène (Darry Cowl), dans Archimède le clochard

« -Tu lui as parlé des conventions de La Haye ?

-Oui.

-Il t’a dit de te les foutre au cul ?

-Oui.

-Il commence à me plaire ce mec, il est bien. »

Samuel Goldman (Charles Aznavour) et brigadier Théo Dumas (Lino Ventura) dans Un taxi pour Tobrouk.

« Les mauvaises lectures c’est pire que le choléra » Léon Dutilleul (Bourvil) dans Le Passe-muraille

Avec Audiard, vous visiterez Jarnac (le coup), le Vel d’Hiv (celui d’André Pousse), la rue de Lauriston (le numéro 93), vous pourrez même aller jusqu’à Cayenne, Chandernagor, Biên Hoa, Fachoda, Gran Chaco, etc… Quand un type de cinquante kilos a écrit ça : « toute l’encyclopédie de la fiction marloupine sort d’ici : les mines de Phoscao d’Oubangui, le parking géant des Galápagos, le métro de la Cordillère des Andes. Toute la lyre, quoi. » Ceux de 100, la mettent en veilleuse…

 

Le petit Audiard inédit illustré par l’exemple – Bruno M. et Philippe Durant – Nouveau monde éditions.

Le petit Audiard illustré par l'exemple

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Eurovision: à qui profite le kitsch?

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(Avec AFP) – Vienne accueille ce soir le 60e concours Eurovision de la chanson, événement ringard aux 200 millions de téléspectateurs. Dans la patrie du gagnant(e) de l’an passé Conchita Wurst, la diva barbue qui incarnait l’alliance du transgenre et du kitsch, vingt-sept candidats se disputeront les suffrages du jury et du public. Cette année, la France représentée par la poussive Lisa Angell, est encore une fois annoncée dans le peloton de queue des votes, et Marie Myriam peut dormir tranquille en fredonnant « L’oiseau et l’enfant ».

Pour cette nouvelle édition, l’originalité sera à chercher du côté du groupe de trisomiques punks finlandais (sic) PKN, qui bénéficiera sans doute d’un effet  Téléthon. Mais le public voyeuriste gardera également  les yeux tournés vers le vainqueur de l’an passé, le/la désormais célèbre Conchita. Wurst ouvrira ainsi le spectacle, partant de la salle et gagnant la scène suspendue dans l’air par des fils. Il/Elle y sera rejointe par un chœur d’enfants, puis par les présentatrices et tous les candidats.

Le travesti autrichien réapparaîtra ensuite pour poser quelques questions aux candidats à leur descente de scène. Contrairement à de nombreux anciens vainqueurs aussitôt tombés dans l’oubli, Wurst est parvenu à maintenir sa notoriété depuis sa victoire à Copenhague l’an dernier.

Conchita garde ses fans, mais ses détracteurs ne l’ont pas oubliée. Le patriarche de l’Église orthodoxe russe Kirill va jusqu’à espérer une défaite russe à l’Eurovision pour éviter une invasion de « chanteuses à barbe » en Russie l’an prochain. Connaissant le nombre d’Etats est-européens concourant à l’Eurovision, et leur peu d’appétence pour la cause queer, l’adhésion du public lesbien, gay, bi et trans est peut-être la seule chance de succès français…

Extinction de l’espèce

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kierkegaard anne frank

1. Divagations philosophiques

On oublie qu’il n’y a pas si longtemps l’extermination était une idée en vogue. On en trouve des échos chez Wittgenstein et Cioran. Il y eut même un philosophe juif, Théodore N. Kaufman, qui prôna en 1941 l’extinction de la nation allemande et sa complète disparition de la surface de la terre dans un livre qui chagrina Hitler, Germany must perish. Sous les calottes crâniennes, on substitua dans les années 1960 l’idée de Peace and Love à celle d’extermination. Tout aussi fumiste est aujourd’hui l’écologie, qui veut sauvegarder un monde propre pour nos enfants. À tout prendre, je préfère encore l’idée de l’extinction non d’un peuple ou d’une race, mais de l’espèce.[access capability= »lire_inedits »]

Dans le fond, ce que n’ont cessé de proclamer les philosophes nihilistes, c’est que seul le rien peut faire sortir la réalité de l’absurde d’un processus sans but, la réalité ne pouvant s’en libérer qu’en s’annihilant. Mieux vaut le rien que l’absurde. L’indignation contre un monde sanguinaire et injuste devrait logiquement aboutir à une volonté de supprimer l’Être. Il faut d’ailleurs être fou pour vouloir le conserver, car c’est vouloir encore et toujours le mal qui constitue la substance du monde. Évidemment, par pure perversité on peut s’en réjouir et participer à la perpétuation de l’espèce. Ou, par une sorte de naïveté qui m’a toujours échappé, lutter pour un monde meilleur. Peut-être Leibniz a-t-il été encore plus loin que Schopenhauer en disant que ce monde est le meilleur des mondes possibles parce que si l’on suppose qu’on peut l’améliorer, on l’anéantit. Mais je préfère arrêter ici ces divagations philosophiques de peur de m’égarer encore plus que je ne le suis.

Dans un manuscrit que je reçois à l’instant (certains auteurs brouillés avec le temps imaginent que je suis toujours directeur de collection aux Presses universitaires de France), je lis ceci qui m’a toujours semblé évident, mais qu’on oublie trop souvent, à savoir qu’on ne philosophe bien que si notre vie en dépend. Une philosophie qui ne répond pas à une crise personnelle, à une expérience traumatisante, et qui n’est pas menée avec l’énergie du désespoir, ne sera jamais qu’une glose savante, un exercice académique, une contrefaçon. « On ne s’intéresse pas tant à la philosophie qu’on ne le l’attrape, écrit l’auteur, comme on le fait d’une maladie dont on ne sait comment guérir. » Sur l’enseignement, il note ironiquement : « Combien sortent du lycée en ânonnant l’allemand, le russe, voire l’anglais qu’ils ont passé jusqu’à sept ans à apprendre ? Il n’en va pas différemment des sciences. Un an de philosophie suffit en revanche pour en faire des sophistes à vie. » L’auteur de ces lignes se nomme Dominique Vernier. Je l’aurais volontiers édité.

2. Le retour gâché d’Anne Frank

Dans un vieux numéro du journal Le Monde, un très vieux numéro puisqu’il date des années 1950, je lis que si Anne Frank n’était pas morte du typhus dans le camp de Bergen-Belsen, les éditeurs n’auraient jamais publié son Journal, prétextant que ces choses-là n’intéressent plus personne… alors elle aurait noté toutes les nuances de son retour gâché et peut-être aurait-elle regretté les jours où, traquée par la Gestapo, elle vivait dans l’illusoire espérance d’un monde meilleur.

3. Ces citations qui trottent dans ma tête

Ma citation préférée : « Les femmes croient que l’amour mène le monde ; c’est dire à quel point elles ont le cerveau dérangé. » Je l’attribue à Fassbinder, mais je me trompe peut-être. Une autre citation, celle-ci de Kierkegaard, s’insinue aussitôt dans mon cerveau pour revendiquer la première place. Donnons-lui sa chance : « Que la vie est insignifiante et vide ! On enterre un homme, on l’accompagne au cimetière, on jette sur lui trois pelletées de terre, on part de chez soi en voiture, on revient [/access]

Misère à tous les étages

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vincent lindon loi marche

C’est sans doute très injuste de débuter cette critique de cette manière mais commençons par le titre et, puisque l’actualité nous y invite, comparons-le à celui d’autres films présentés à Cannes. Lorsqu’on apprend que le prochain film d’Apichatpong Weerasethakul s’intitule Cemetery of splendour, quelque chose accroche d’emblée et on hume déjà un parfum de poésie, une invitation au voyage. Face à ce titre laissant supposer (peut-être à tort, d’ailleurs), un véritable appel d’air, La loi du marché chausse immédiatement les gros sabots du pragmatisme et d’une certaine routine sociologique. Pire encore, le spectateur voit déjà arriver avec ce titre une œuvre programmatique qui s’emploiera à illustrer de manière prosaïque ce que peut-être la (dure) loi du marché (aujourd’hui).

Pourtant, je dois avouer que j’ai trouvé la scène qui ouvre le film très bonne. Vincent Lindon (Thierry) est face à un conseiller ANPE et ils constatent tous les deux que le stage qu’il a effectué était totalement vain. Le film semble alors plutôt bien documenté et il est surtout porté par l’énergie rageuse de Vincent Lindon. Plutôt que de se livrer à un traditionnel champ/contrechamp, Brizé se focalise sur son acteur et sa colère. On songe au passage de Pater de Cavalier où Lindon évoquait ses problèmes de copropriété et d’ascenseur dans cette manière de s’attarder sur les flots libérateurs de la parole. Parfois, la caméra fait mine de pivoter un peu sur le conseiller mais elle revient rapidement sur l’homme au chômage et ce parti-pris de mise en scène n’agace pas encore.

Si j’insiste sur le « pas encore », c’est que dès la deuxième scène, tout l’édifice s’effondre en grandes pompes. Parce qu’en plus d’être privé d’emploi, Thierry a un grand fils handicapé. Le cinéaste nous inflige alors une scène de repas familial assez gênante, non pas tant à cause de ce handicap mais parce qu’on sent dès lors que les personnages n’existeront pas comme tel mais comme « types » (symptomatiquement, presque personne n’a de nom et de prénom. Au générique, les protagonistes sont désignés par leur « fonction » : femme de Thierry, conseiller ANPE, caissière…).

Très scolairement, Stéphane Brizé va se contenter d’accumuler des scènes « signifiantes », filmées toujours de la même manière (plans-séquences, caméra portée à l’épaule…) qui n’existent que pour illustrer les conséquences dramatiques de la « loi du marché ».

Le film relève moins du cinéma que d’un  reportage télé où chaque scène doit faire figure de « cas pratique » : Thierry à l’ANPE, Thierry et les syndicalistes, Thierry à la banque, Thierry passe un entretien d’embauche sur Skype, Thierry et sa femme tentent de vendre leur mobil-home, etc. Même les quelques scènes qui pourraient échapper à ce déterminisme social et à cet engrenage de la misère (la scène où Thierry et son épouse prennent des cours de rock) semblent avoir été insérées avec une volonté « signifiante » (montrer que la vie continue malgré tout).

 

Bref, La loi du marché est l’exemple typique de ce cinéma sociologique à la française englué dans son déterminisme et le naturalisme le plus étriqué. Personne ne remet en cause la sincérité de Stéphane Brizé mais rien n’est incarné dans son film qui se révèle n’être qu’une succession de vignettes illustratives sur des « problèmes de société » (un peu comme Polisse de Maïwenn – en moins racoleur- ou Bande de filles de Sciamma – en moins léché-).

 

Cela tient peut-être aussi à une mise en scène que je trouve particulièrement hideuse. Si le parti-pris du plan-séquence et de la caméra baladeuse pouvait interpeller dans la première scène, il devient systématique et plombe complètement le film. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, il ne suffit pas de s’inscrire dans une certaine « réalité sociale » et de tenir la caméra à l’épaule pour égaler les frères Dardenne. Sans être un fan absolu de leur cinéma, on ne peut nier qu’il y a dans Rosetta ou Le silence de Lorna une véritable chorégraphie dans les arabesques que dessine la caméra et que la mise en scène n’a rien d’improvisé. Brizé, lui, utilise constamment des longues focales qui noient la profondeur de champ dans le flou. Et les mouvements de caméra semblent totalement arbitraires, de sorte que le point n’est pas toujours fait (à ce titre, la scène de la formation des chômeurs à l’ANPE est atrocement filmée). Le comble est atteint lors d’une scène dans un bureau de la grande surface où Thierry a réussi à se faire embaucher et où les voleurs sont interpellés par la direction (y compris les caissières qui se servent en « bons de réduction » ou en « points fidélité »!). Comme toujours, la caméra navigue maladroitement en plan-séquence entre trois personnages mais elle perd la netteté et l’on sent que l’opérateur ne parvient pas à la retrouver. Du coup, le cinéaste coupe et provoque un très disgracieux « jump cut » en enchaînant avec le même angle de caméra.

Tout est à l’avenant : la photographie est terne et laide, l’environnement dans lequel évolue les personnages n’existe quasiment pas et le dispositif de la mise en scène est aussi raide qu’artificiel. Seul Vincent Lindon, présence minérale tout en colères rentrées, est impérial et donne un peu de corps à ce personnage beaucoup trop « théorique » pour pouvoir toucher.

Puisque j’ai débuté de manière totalement injuste, terminons de la même façon. Hier soir, j’ai découvert Comment ça va de Jean-Luc Godard, essai tournant autour de la question de l’information et du rapport texte/image. Certes, ce n’est pas un grand film du cinéaste et on peut même le trouver un peu aride, campé qu’il est sur une approche strictement théorique du cinéma. N’empêche que Godard parvient néanmoins à donner du sens à ses images en les confrontant, en jouant sur les rapprochements audacieux et les contrastes. Il parvient à décoller du « réel » pour y poser un véritable point de vue de cinéaste. Or Brizé fait exactement ce que Godard reproche aux journalistes dans ce film : il ne voit pas. La loi du marché, ce sont d’abord des mots de journalistes sur des maux contemporains et des idées pré-requises qui, au fond, pourraient se passer d’images (chaque séquence pourrait-être un article de quotidien : « la difficulté pour les chômeurs d’obtenir un prêt », « l’univers impitoyable du monde du travail », etc.)

Ce qui manque cruellement à La loi du marché, c’est un point de vue qui pourrait transfigurer le Réel et nous donner à voir autrement le monde. Nous n’aurons ici qu’une succession de vignettes qui convaincra les déjà convaincus (les lecteurs de Télérama et du Monde diplomatique) sans offrir la moindre perspective en dépit un dernier plan assez réussi aussi.

La loi du marché, en salles depuis le 19 mai.

La Tour Eiffel fermée suite à une attaque au portefeuille… des visiteurs

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(Avec AFP) – La Tour Eiffel, l’un des monuments les plus visités au monde, a été fermée plusieurs heures vendredi. Non pas à cause d’une alerte à la bombe ou autre menace d’attentat, mais en raison d’un mouvement de protestation de ses agents d’accueil, inquiets de la « recrudescence » des pickpockets.

La Société d’exploitation de la Tour Eiffel (SETE) a annoncé dans un communiqué le « retour à la normale » vendredi à 16h30 de l’activité de l’emblématique tour parisienne, qui accueille plus de 7 millions de visiteurs chaque année, dont environ 75% d’étrangers.

A l’ouverture à 9h30, la majorité des salariés avaient choisi de « faire valoir leur droit de retrait » en raison d’une « recrudescence des agissements des pickpockets sur la Tour Eiffel et suite à plusieurs agressions et menaces ».

Ils exigeaient « des garanties formelles de la part de la direction afin que des mesures pérennes et efficaces soit prises pour mettre fin à ce fléau dont sont victimes quotidiennement de nombreux touristes ».

Après de premières discussions infructueuses avec la direction, la situation s’est débloquée en milieu d’après-midi.

« Des choses ont été mises en place » permettant la reprise du travail », a indiqué à l’AFP un agent d’accueil ayant requis l’anonymat, sans fournir davantage de détails.

Néanmoins, il n’y a « rien de définitif », « on fera un point dans quelques jours » pour voir si des solutions pérennes et satisfaisantes sont trouvées, a-t-il prévenu.

– Des touristes déçus –

Le droit de retrait, invoqué par des salariés qui estiment encourir un « danger grave et imminent » pour leur vie ou leur santé, avait surpris les touristes étonnés de trouver portes closes.

« Nous avions réservé des places, nous sommes assez déçus », avait regretté Tushar Kardile, venu de Londres avec son frère, qui lui venait d’Inde, et accompagné de quatre enfants. « Quand nous sommes arrivés ici, il n’y avait personne pour nous expliquer ce qu’il se passait. Ils ont parfaitement le droit de se mettre en grève mais devraient prévenir le public », avait-il poursuivi.

Les salariés « ont peut-être raison » de réagir, « mais nous aurions préféré avoir été avertis », avait regretté pour sa part Elena Sofronova, une Russe venue « pour l’anniversaire de (son) fils qui a 6 ans ». Et le gamin s’était dit « un peu déçu » de s’être ainsi fait voler… son cadeau d’anniversaire.

Non loin des panneaux lumineux indiquant « la Tour Eiffel est momentanément fermée » en français et en anglais, des agents avaient fait œuvre de pédagogie pour expliquer la situation aux visiteurs.

« On demande des mesures de sécurité, on a beaucoup de problèmes avec les pickpockets », avait ainsi expliqué l’une d’elles à un touriste hispanophone.

« Le public est compréhensif et encourageant. C’est aussi pour eux qu’on fait ça car ce sont les premières victimes », avait développé Mathieu, un salarié. Mais le personnel aussi en souffre : « On se fait menacer, intimider », « le phénomène est exponentiel », donc « on tire la sonnette d’alarme ».

Les revendications des salariés ? « On fait face à des vrais professionnels, on demande à ce que de vrais pros soient mis en face pour endiguer le phénomène », avait-il expliqué.

La direction « est plutôt dans la position d’informer les visiteurs (de la présence de pickpockets, ndlr) pour se déculpabiliser » face à ce problème, avait expliqué à l’AFP un agent d’accueil.

A l’entendre, on pense en effet à l’invraisemblable message diffusé en boucle dans le métro parisien depuis des années : « Pour ne pas tenter les pickpockets, fermez bien votre sac et surveillez vos objets personnels. » Comme si l’usager était d’avance considéré non pas comme victime d’un vol mais comme coupable de « tentation de pickpocket »…

« Quand le patronat veut surveiller ses salariés, il met des clients mystères. Pourquoi n’y aurait-il pas des touristes mystères, asiatiques », afin de « prendre les pickpockets en flagrant délit » ? s’était-il interrogé. Ciel, les voleurs opèreraient donc en plus une sélection de leurs cibles sur une base ethnique !

La direction avait de son côté assuré être « engagée dans une coopération active et durable avec la préfecture de police qui a conduit au renforcement continu des mesures visant à garantir la sécurité du personnel et du public ».

A Paris, 26 000 policiers doivent être déployés cet été sur une dizaine de sites touristiques emblématiques, pour lutter notamment contre les vols à la tire dont sont victimes les touristes.

En avril 2013, les personnels du musée du Louvre avaient pareillement exercé leur droit de retrait au nom de la sécurité des touristes dans la capitale, qui attire près de 30 millions de visiteurs par an.

Et si la solution, finalement, consistait à occuper les malheureux plantons mobilisés dans le cadre du plan Vigipirate en leur confiant en plus une mission intitulée par exemple « Vigipickpockets » ? Avec un peu de chance, ils finiraient peut-être par tomber sur un djihadiste aux poches pleines d’explosifs.

La caméra et le territoire

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noiret girardot broca

Beaucoup d’apprentis-sorciers ont essayé en vain de définir cette identité française : impalpable, malléable, fugace comme le sentiment amoureux. Il suffisait de l’encercler dans une frontière idéologique pour qu’elle s’échappe, vous contredise, vous ridiculise. Débats, colloques, essais, chacun y a été de sa petite théorie fumeuse pour briller en société et embrumer les consciences. Le bon peuple de France n’a rien compris à cet indigeste brouet qui a commencé sous l’ancien quinquennat au grand jour et qui se poursuit, aujourd’hui encore, en toile de fond médiatique. Les français ont la nausée. On leur parle « civilisations », « choc des cultures » ; ils répondent : « chômage », « vie chère », «sécurité », etc… Personne n’a donc réussi à saisir cette identité française qu’elle soit joyeuse, malheureuse, haineuse, victimaire, nombriliste ou partageuse. Notre langue aurait pu être ce creuset national, cet étendard flamboyant venu du fond des âges mais force est de constater que les niveaux de langage à l’écrit ou à l’oral sont tellement disparates qu’il vaut mieux l’oublier.

Si notre langue, notre histoire, notre géographie ne peuvent plus clairement nous différencier, il reste un art populaire qui peut nous rabibocher. Au moins le temps d’un film. Un réalisateur de cinéma est l’incarnation de cette France éternelle, de ses soubresauts, ses élans et ses contradictions. Rassurez-vous, aucun homme politique n’a eu l’audace, l’intelligence, la clairvoyance de commencer une allocution télévisée par une référence à Philippe de Broca (1933-2004) dont la Cinémathèque Française rend hommage du 6 mai au 1er juin. Au programme : table ronde, projection de 23 films (L’Africain, Cartouche, Le Magnifique, Le Cavaleur, Les Caprices de Marie, etc…) et un plaidoyer tardif pour cet immense artiste dont les thuriféraires enfiévrés de la Nouvelle Vague ont snobé l’œuvre. Clair, fluide, épique et subtil, le cinéma de Broca raconte notre Histoire sans nous assommer de théories. Jamais verbeux, toujours pudique dans l’expression du sentiment amoureux, il excellait dans le ton doux-amer qui colle si bien à l’âme française. Pour masquer les blessures intimes, il avait choisi notamment Annie Girardot et Philippe Noiret.

Peu importe votre religion, votre classe sociale, votre couleur de peau ou votre degré d’instruction, vous ne pouvez résister à ce duo d’acteurs né dans les années 70. Ils ont été notre miroir déformant. Ils étaient plus beaux, plus intenses, plus libres que nous. Philippe de Broca ne jouait pas la corde misérabiliste ou la mièvrerie modeuse. La comédie à la française recelait tous nos paradoxes, avec humour, légèreté et panache. A cette époque-là, nous ne nous flagellions pas sur l’autel de la mondialisation. Nous poussions notre chansonnette, nous réinventions notre art de la scène, mélange de vaudevilles et de grands classiques, d’impertinence et de rigueur. Nous savions sourire de nous. Annie et Philippe étaient nos modèles les plus attachants, ils ne pontifiaient pas, ils ne bêtifiaient pas non plus. Ils avaient la quarantaine apaisée, le style désuet d’un grand pays. La France vivait alors une parenthèse enchantée où une commissaire de police pouvait tomber amoureuse d’un professeur de grec dans Tendre Poulet (1977) suivi de On a volé la cuisse de Jupiter (1979), où un accident de solex en plein quartier latin donnait lieu à une enquête improbable. La grosse voix de Philippe s’accordait à la furie gouailleuse d’Annie, c’était naïf, plein de charme, de non-dits, de mémoire aussi. Noiret pouvait dire : « ma tête est pleine de tumultes » et Girardot lui répondre du tac-o-tac : « la mienne est pleine de vergers, de rires, d’enfants ». La France, c’était ça. Les jambes interminables de Catherine Alric, les dialogues d’Audiard ou de Boulanger, la fantaisie, la gravité, à mille lieues du gros rire qui tache et de la pesante étude sociologique. Alors, je l’affirme qui ne tombe pas sous le charme de Philippe de Broca, n’est pas vraiment français !

Rétrospective Philippe de Broca, du 6 mai au 1er juin 2015 –  À l’occasion de l’anniversaire des 10 ans de sa disparition – La Cinémathèque Française –

Pour la première fois en Blu-Ray – Le Bossu, Le Cavaleur, Tendre Poulet et On a volé la cuisse de Jupiter – TF1 Vidéo –

DVD – version restaurée – Vipère au poing – Orange Studio  – (sortie 5 mai)

Coffret Philippe de Broca DVD et Blu-Ray – comprenant Les Jeux de l’Amour, le Farceur, L’Amant de cinq jours et Un Monsieur de compagnie – Gaumont – (Sortie le 5 mai) –

 

 

Le PS mobilise 50% de ses adhérents mais en veut 500 000…

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(Avec AFP) – Un exécutif qui espère avoir les coudées plus franches pour la fin du quinquennat, Jean-Christophe Cambadélis assuré d’être élu premier secrétaire : tels étaient vendredi les deux enseignements du vote des militants socialistes consultés jeudi soir pour la première étape du congrès de Poitiers.

La motion A de Jean-Christophe Cambadélis pour le congrès du Parti socialiste a obtenu 60% des voix, et la motion B des frondeurs et de l’aile gauche 29%, a déclaré vendredi à la presse le responsable PS des élections Christophe Borgel.

La motion C de Florence Augier a récolté 1,5% des voix et la motion D de la députée Karine Berger 9,5%, a-t-il ajouté au siège du parti rue de Solférino, précisant que ces chiffres portaient sur 92% du corps électoral dépouillé, et qu’il y avait « peu de chances que les résultats définitifs », qui seront proclamés au congrès de Poitiers (du 5 au 7 juin), « s’éloignent de ces résultats-là ».

La participation a été « de l’ordre de 54,5% », soit sensiblement le même que lors du dernier congrès de Toulouse en 2012 (59%, ndlr), a-t-il ajouté, tout en reconnaissant que le parti avait perdu 40 000 adhérents en trois ans.

Le nombre de militants appelés à voter jeudi soir sur les quatre motions était de 131 000 (170 000 pour Toulouse).

M. Borgel, qui fait partie de la motion A, également soutenue par le gouvernement, s’exprimait devant un responsable de chaque autre motion.

Pascal Cherki (motion B, dont le premier signataire Christian Paul s’était ému de « quelques irrégularités ») a reconnu que les résultats donnés étaient « indiscutables et incontestés ».

 « Il y a une majorité, il y aura une majorité absolue au Bureau national, au Conseil national et maintenant c’est la stabilité pour le Parti socialiste, c’est très important », a estimé M. Cambadélis sur RMC et BFMTV, estimant aussi que « c’est un vote de sortie de crise ».

Même analyse du côté de l’exécutif, qui y voit un blanc-seing pour continuer sa politique : « C’est un score net. On aurait pu avoir un feu rouge ou orange des militants, là il est vert », a-t-on commenté dans l’entourage de François Hollande. « Les militants ont voulu donner un signe de cohérence et de stabilité dans l’action nationale ».

Christian Paul, à la tête de la motion B, affichait la satisfaction d’avoir selon lui « réveillé le Parti socialiste », qui « était en hibernation depuis trois ans », avec des idées qui ont selon lui infusé dans toutes les motions, y compris la motion A, a-t-il dit, citant l’exemple de la réforme fiscale.

D’autres signataires de la motion B regrettent au contraire qu’elle n’ait donc pas eu d’argument propre pour cliver davantage. « Il y a un vote légitimiste, loyaliste », a ainsi reconnu sur RFI le député frondeur Laurent Baumel, qui invoque « une peur de la division (…) quand on est au pouvoir ».

La motion A, signée par Manuel Valls et la quasi-totalité du gouvernement, mais aussi Martine Aubry, prévoit en effet plusieurs inflexions souhaitées par la motion B, comme une réforme fiscale ou une meilleure utilisation des milliards non utilisés du Pacte de responsabilité.

motions PS

Selon M. Paul, il « faut » désormais « tourner la page de ce que les médias ont appelé la fronde parlementaire », et placer le combat dans le parti : il a prévenu qu’il vérifierait que le PS – et donc l’orientation politique de la motion A – soit bien respecté par le gouvernement.

Il a rejeté l’idée d’un blanc-seing pour l’exécutif : « Je ne vois pas dans ce congrès un plébiscite des idées du Premier ministre », a-t-il dit sur iTELE. « Si le Premier ministre avait déposé, avec ceux qui pensent comme lui, une motion au congrès du PS, elle serait loin d’être majoritaire ».

Karine Berger, dont la motion est arrivée en troisième position (autour de 10%), se dit avec ses cosignataires « absolument ravis d’être la troisième force du parti socialiste », et de pouvoir être « présents un peu partout dans les fédérations ».

Les responsables de la motion A se félicitaient de la participation (autour de 55%, sur un corps électoral de 131 000 militants « actifs »), « dans la situation qui est celle du PS à savoir un parti convalescent », selon les termes de M. Borgel.

« 75 000 votants (…), ce n’est jamais satisfaisant », a répondu Jérôme Guedj (motion B) sur Sud Radio. « La moitié des militants qui viennent voter, ce n’est pas normal », a estimé M. Paul.

Autre enseignement du vote de jeudi : Jean-Christophe Cambadélis, qui affrontera lors d’un nouveau vote jeudi prochain Christian Paul pour le poste de premier secrétaire – tous deux ont confirmé leur candidature –, est assuré de rester à la tête du parti.

« Il est assuré d’être élu », affirme M. Borgel. « La question est de savoir à quel niveau », mais « il est considérablement renforcé » par le niveau obtenu par sa motion, selon lui.

D’ores et déjà, M. Cambadélis s’est assigné trois objectifs : « la réussite du gouvernement », « le renouveau des têtes et dans les têtes », et le « rassemblement des gauches et des écologistes ». Il entend aussi « dépasser le cadre du PS » et aller vers un parti de 500 000 adhérents… Avec le seul soutien d’environ 45 000 militants, il lui reste donc un sacré bout de chemin à parcourir.

*Infographie : © AFP L.Saubadu/A.Bommenel/V.Lefai, abm/vl

Le Christ s’est arrêté à Passy

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even passy eglise

Rue de l’Assomption, dans le XVIe arrondissement de Paris, le soleil brûlant écrase tout humain non affalé sur les pelouses ou les quais de la capitale. Avançant vers cette « lumière lointaine », Jean, l’un des responsables de l’EVEN (Ecole du Verbe éternel et nouveau) à la paroisse de Notre-Dame-de-Grâce de Passy, raconte, goguenard, comment il a encore écrit aujourd’hui au père Luc pour « une crise de foi ». « J’ai encore eu un doute, mais seulement pendant deux minutes. Il faut dire, j’avais lu Nietzsche. » Jean sort son portable. Le visage de Léon Bloy s’affiche en même temps qu’un SMS du père Luc. « Il nous attend d’ailleurs. » Après être passés devant un couple béat devant ses nourrissons tétant des biberons, nous rencontrons ce jeune père Luc, d’une trentaine d’années, dont le regard ne se capte pas facilement, qui a fondé l’EVEN pour cette paroisse, il y a quatre ans. « L’EVEN a démarré de l’église de Saint-Germain-des-Prés pour préparer les jeunes aux JMJ de 2006. L’Église constatait que la formation théologique de nos parents avait été presque inexistante, et celle de notre génération pas meilleure. L’EVEN s’adresse à la nouvelle génération en conjuguant trois piliers : la prière, la communauté et la raison.[access capability= »lire_inedits »] La raison, car saint Paul a dit : “Soyez toujours prêts à rendre compte de l’espérance qui est en vous.” Pour cela, les fidèles doivent connaître et comprendre la théologie de l’Église. Démarche concluante, puisque nous comptons 2 000 participants répartis sur 16 paroisses à Paris, 14 en dehors, et même une mission en Chine depuis cette année. »

L’EVEN organise des cycles de deux ans durant lesquels, une fois par semaine, les jeunes se réunissent pour prier, puis pour discuter en petits groupes les thèmes qui leur ont été communiqués, accompagnés de textes évangéliques, théologiques ou littéraires. Le programme, conçu de façon très didactique, commence par un bloc sur l’esprit humain, puis enchaîne sur la révélation de Dieu, la constitution de la religion, les actes qui permettent l’expression de la foi dans la vie, pour se conclure sur les péchés. La deuxième année est consacrée à étudier les grandes figures de l’Église ainsi que l’eschatologie.

Ce jour-là, la question qui occupe cette studieuse assemblée est la confession.

Embrassades, chahut discret, les 150 evenistes de Notre-Dame-de-Grâce de Passy, qui semblent majoritairement âgés de 20 à 25 ans, prennent place pour la prière. Bien habillés – on a envie de dire « distingués ». À l’exception d’un dandy à moustache torsadée et pantalon rouge, aucune excentricité à signaler ici. Le père Luc conseille à l’auditoire de montrer la joie qui habite les croyants – peut-être à notre intention surtout – et rappelle que croire ne suffit pas : il faut comprendre. À l’appui de cette proposition, il cite cette phrase des Évangiles : « Vous, les païens, êtes inexcusables, car vous n’avez pas reconnu l’artisan en voyant l’œuvre. » Il faut reconnaître qu’une petite explication de texte n’est pas superflue…

La prière débute dans un soulèvement de voix qui chantent étonnamment juste, révélant une pratique régulière. Le père Luc prie pour les frères d’Orient persécutés, et aussi pour leurs persécuteurs. Puis les groupes s’organisent pour la discussion, qui démarre après la lecture des quatre textes du jour. « Comment le Christ guérit-il le corps tout entier de l’homme par le pardon ? » Les plus hardis se lancent, sans se soucier de l’orthodoxie de leurs réponses. L’un parle de somatisation, l’autre fait appel à la pensée orientale. Ici, la réflexion s’émancipe de la parole de la famille et de l’Église, qui peut être discutée et contredite avec liberté.

Le pot, qui se prolonge jusqu’à minuit, est l’occasion de les questionner sur leurs motivations. Ce que cherchent la plupart dans la discussion et dans l’étude des textes qui fondent leur tradition, c’est une vérité supérieure délivrée des convenances et des routines. Certains n’ont reçu aucune éducation religieuse, comme cette jeune fille de 20 ans qui veut comprendre le discours de l’Église. « Chez moi, on n’a jamais considéré le mariage gay ou l’avortement comme quelque chose de mal, encore moins comme un péché. Mais réfléchir sur les textes me fait comprendre le point de vue de l’Église. » D’autres ont tout simplement besoin de parler de leur foi, comme ce garçon : « Parfois, j’ai l’impression que le Christ est plein d’ironie, qu’il nous fait des blagues. Mais si j’en parlais à des athées, ils me prendraient pour un fou. » Sa voisine renchérit, avec une pointe de jubilation : « C’est vrai qu’on passe souvent pour des fous. » Pourtant, certains sentent au contraire dans leur entourage une curiosité grandissante pour leur foi. La même curiosité qui a conduit Thomas, autrefois nietzschéen indécrottable, à se faire baptiser à Pâques dernières.

On comprend difficilement le succès de l’EVEN si on ne prend pas en compte sa dimension générationnelle. À l’image de ce Thomas dont les parents sont de fervents athées, mais les grands-parents croyants et pratiquants, beaucoup de ces néo-cathos sont en rupture avec les valeurs postmodernes et le mode de vie libertaire de leurs parents soixante-huitards. Pour autant, ils ne sauraient se contenter de règles et de vérités dispensées par le haut. L’Église a bien compris que pour amener vers elle ces enfants de l’individualisme libéral, il ne s’agissait plus de leur imposer des réponses mais de leur apprendre à poser des questions.[/access]

*Photo : François Grivelet.

Quand la droite sauve le collège unique

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reforme college najat vallaud ump

On retiendra surtout de la bataille singulièrement avortée autour de la dernière réforme du collège que la droite française, qui se porte bien dans les sondages et dans les urnes, qui a les dents sarkozystes qui poussent à l’idée de reprendre le pouvoir en 2017, qui a vu une divine surprise dans le bal tragique à Montretout où s’est déchirée la famille Le Pen, bref une droite qui a le vent en poupe, demeure décidément, selon la célèbre expression de l’un des siens, « la plus bête du monde ». La droite française a en effet sauvé le collège unique puisqu’elle a sauvé la réforme portée par Najat Vallaud-Belkacem qui consacre un désastre égalitariste et la fin de la possibilité, pour les meilleurs élèves des quartiers populaires, de contourner l’enfermement et l’assignation grâce au jeu des options qui permettaient de constituer, de facto, des classes à peu près viables pour jouer une orientation en seconde.

Mais non, la droite française est soit pavlovienne, soit cynique, soit un  mélange des deux. À tout seigneur, tout honneur: l’ouverture du feu, le permis de tirer à vue sur la ministre de l’Éducation Nationale a été donné par Sarkozy lui-même. Il l’a fait  en des termes tellement outranciers que cela prouve que l’Ex n’a décidément rien compris à la fonction présidentielle sous la Cinquième qui est de rassembler plutôt que de diviser. Ses propos ne pouvaient que provoquer des réactions tout aussi exagérées dans le camp d’en face. Que cherchait au juste Nicolas Sarkozy en parlant de « course à la médiocrité entre Christiane Taubira et NVB? » À souder ce qu’il y a de plus xénophobe et machiste dans son propre parti? À draguer, mal comme d’habitude, le FN? Ou à marquer son indignation sincère contre le déclin de notre école? Parce que si un Finkielkraut ou un  Debray parlent de « médiocrité » (mais c’est peu probable, ils ne pratiquent pas l’insulte), on pourrait  leur trouver à la limite une certaine légitimité pour le faire. Quand c’est Sarkozy, entouré d’esprits aussi brillants et nuancés qu’Estrosi, Geoffroy Didier ou Nadine Morano, il y a certains mots qu’on devrait éviter.

Qu’a eu comme conséquence cet acharnement de la droite, cette préemption d’un camp politique sur l’opposition à cette réforme en tapant le plus vite et le plus fort possible? Tout bêtement de recréer le clivage droite-gauche, très artificiel sur la question de l’éducation, et de faire accroire  que l’UMP avait le monopole de l’amour des lettres classiques (on ne rit pas) et que la gauche était peuplée en matière d’éducation d’animateurs socio-culs qui ânonnent Bourdieu et Meirieu comme des Krishna ânonnent des mantras. C’est tellement plus simple comme ça. Tout ceux qui pouvaient vouloir dire non à Najat Vallaud-Belkacem (comme Ségolène Royal) du côté de la gauche se sont retrouvés en porte-à-faux, presque obligés malgré eux de se taire pour ne pas rajouter au pilonnage de la droite qui disait que l’élitisme appartenait forcément à son camp et que l’égalitarisme niveleur était forcément de gauche. Qu’une partie importante des profs, des universitaires, des politiques connus à la fois pour leur engagement à gauche ET leur vision républicaine de l’Ecole, n’aient pu être audibles a permis à la « gauche Najat » qui peut donc dire merci à la droite, de s’offrir même le luxe pervers de sortir le décret d’application au lendemain de la manif du 19 mai et de dire en substance, non sans ironie: « Maintenant que la réforme est dans les tuyaux, on va pouvoir discuter » Sur ce mode là, j’en ai une autre, madame le ministre: « Maintenant que le malade est mort, on va pouvoir le soigner. »

L’autre preuve que la droite a rendu un sacré service à la réforme, via Sarkozy mais aussi Le Maire, c’est que beaucoup de profs ne sont pas allés manifester par peur de donner raison à l’UMP. Pourtant le front syndical anti-réforme était des plus originaux puisqu’il unissait le Snalc, pour les « conservateurs » et le SNES (très majoritaire), SUD, CGT’éduc pour la gauche. Les syndicats partisans de la réforme eux, représentaient plutôt cette deuxième gauche réformiste et pédagogique incarnée par la CFDT, voire FO.

C’est dommage, décidément. Si la droite l’avait jouée un peu plus finement, mais c’est beaucoup demander, elle aurait au contraire fait ressortir ces clivages chez ces adversaires, elle aurait pu aussi s’interroger sur ce qui a mobilisé nombre de profs (droite et gauche confondue) contre cette réforme et notamment la question de « l’autonomie des établissements » qui transforme de plus en plus les proviseurs et principaux en chefs de PME, ce qui là aussi pose un sacré problème puisque cela signifierait à terme que l’éducation s’évaluerait en terme de rentabilité et non d’émancipation de ceux dont elle a la charge.

D’ailleurs, comme par hasard, un fantôme de la droite libérale a ressurgi pour dire qu’il approuvait cette réforme de NVB: c’est Alain Madelin qui, fidèle à ses convictions, trouve que ça va dans le bon sens puisqu’un collège deviendra enfin une entreprise comme les autres.

Catholiques français, si vous saviez…

catholiques francais houellebecq

« C’étaient des identitaires catholiques, souvent royalistes, des nostalgiques, des romantiques au fond – des alcooliques, aussi dans la plupart des cas »[1. Soumission, Michel Houellebecq]. On aura peu remarqué que le dernier Houellebecq pose la question d’un catholicisme politique en France, et répond par son impossibilité – « Ça ne marchait pas », dit-il à Sylvain Bourmeau, en gros, dans une interview – soit que la paresse de l’auteur ait prévalu, soit que sa mélancolie ait une fois encore prédominé, et que dans sa dilection pour la fin du monde, il ait conçu que l’islam politique se prêtait beaucoup mieux à l’achèvement de la République telle qu’on l’a connue ; soit qu’il ait eu raison et que la foi au Christ soit grevée d’une inefficace originelle. Reste que la situation telle qu’il la décrit est peinte de traits véridiques, quoique contradictoires ou superposés, comme un visage cubistes. Le catholique identitaire, tel qu’il le nomme, est très certainement une espèce existante, non pas en voie de disparition, mais bien en voie de réalisation. Le terme lui-même prête à confusion à cause du remploi contemporain du substantif identitaire à l’usage exclusif de ces jeunes gens qui composent des péans à la grande Europe, boréale parfois, enracinée toujours, dans une mythologie reconstituée, pas loin des mirages scientifiques du XIXème siècle inquisiteur, cela mâtiné de christianisme certes, mais réduit en général à sa ritualité supposée et à son folklore. Et un folklore forclos, comme chacun sait. Bref, on ne sait dans sa formule si c’est le catho qui est identitaire, l’identitaire qui est catho, ou les deux qui se conjoignent.

Malgré cela, le catholique concevant sa foi comme une identité au sens du monde existe. On l’a un peu rencontré. Et pourtant, dans la même mouvement, sa recherche d’une séparation qui le ferait semblable en tant que concurrent aux autres identités contemporaines, quoique souvent d’extraction très ancienne, que sont, au hasard, l’islam ou le judaïsme, est s’il est un peu honnête en permanence contrainte et déviée par l’universalité intrinsèque du christianisme (« il n’y a plus ni juif ni grec, ni païens, etc. ») et encore par le peu de ritualisme que contient sa religion. Le peu ne signifiant pas l’absence, sans quoi il retomberait dans la première hérésie calviniste, celle qui dépouilla les temples de toute représentation, de tout ornementation et qui supposant la prédestination, la foi seule, et l’état de grâce accordé comme un don jaloux et arbitraire de Dieu, aurait rendu le monde fou si, comme le relève Chesterton[2. Voir La Chose (Pourquoi je suis catholique), Flammarion/Climats, 2015.], le protestantisme ne s’était lui-même réformé de l’intérieur jusqu’à redevenir un autre catholicisme seulement habité de la haine de Rome.

Bref, le catholique français contemporain est in petto partagé, déchiré même, entre sa soumission à la République comme gardienne éphémère du bien commun, la mémoire qu’il garde des vexations, des persécutions et de la lutte générale qu’elle mena contre lui (ainsi que le savent ces habitants de l’ouest, « la Vendée pardonne mais n’oublie pas »), et une tension révolutionnaire puisque le monde en tant qu’injustice ne peut jamais le satisfaire. En cette dernière qualité, il est loin d’être seul sur terre, on s’en doute : cependant, quand les autres modes de transformation du monde supposent des structures exactes et des calculs précis, des lois immuables et gravées dans le marbre, le christianisme s’est fait fort depuis 2000 ans de révolutionner l’humanité dans ses mouvements immédiats, sans a priori autre que l’amour du prochain.

En quoi cela nous intéresse-t-il aujourd’hui ? En ceci que le substrat français demeure malgré tout chrétien dans ses réflexes – le souci du pauvre, du petit, la mesure contre la loi brutale, l’esprit critique contre le texte, ce qu’on appelle communément « l’esprit contre la lettre », en oubliant que c’est chez S. Paul, et qu’il faut d’ailleurs plutôt lire l’Esprit que l’esprit chez lui, mais peu importe – et que si, selon nous, 20% seulement des Français aujourd’hui peuvent être dits réellement catholiques, c’est-à-dire sacrifiant aux dogmes de base de l’Eglise, ils n’en constituent pas moins la plus grosse minorité en tant qu’unifiée. Car on trouve peut-être plus de libres-penseurs, comme on dit, d’agnostiques ou d’athées dans le pays que de catholiques, mais rien ne dit que de ces qualificatifs l’on puisse inférer une attitude positivement commune chez ces citoyens-ci. Partant, le catholique ne sait plus s’il doit fidélité absolue à la France parce qu’il en incarnerait le rejeton de quinze siècles ; si pour l’aimer il doit abattre la République qui lui nuit ; ou si encore, il la doit tolérer comme un moindre mal alors qu’un plus grand s’avance, celui de l’islam. L’islam concurrent, plus encore peut-être que jadis le communisme qui s’entait directement sur le raisonnement chrétien[3. On lira à ce sujet Défense du catholicisme populaire, du Père Serge Bonnet (Cerf, 2015), dominicain qui vécut les années 60 et 70 parmi les ouvriers sidérurgistes de Lorraine et qui notait qu’à mesure que ces populations adhéraient au communisme leur piété catholique augmentait.], parce qu’il a sa tradition propre où se mêle à la rationalité monothéiste la loi néguentropique des mondes antiques. C’est-à-dire qu’il porte aujourd’hui en lui la violence propre à la création d’une société, selon l’archétype girardien. À quoi par rivalité mimétique, le catholique identitaire va vouloir répondre en se saisissant lui aussi d’une violence originaire. Mais la contradiction est là ab ovo : historiquement d’abord, il recourt aux arguments de traditionalistes – au sens politique – comme Bonald ou de Maistre, même s’il ne les a pas lus, qui font de la religion, et donc de la catholique évidemment, le fondement de toute la société, théorie qui échouera dans le comtisme (cher à Houellebecq d’ailleurs) et dans la sociologie française ; spirituellement ensuite, par le christianisme n’est pas un faiseur de sociétés, mais un défaiseur qui ne prône certes pas le chaos, mais la limitation continuelle de tous les pouvoirs (En quoi il est ferment d’anarchisme, selon nous, mais c’est une autre histoire).

En quoi l’on en revient à la distinction faite par Maritain, entre l’agir en chrétien et l’agir en tant que chrétien : il ne peut y avoir, sans contradiction dans les termes, de parti catholique en France, pas seulement parce que la République s’y opposerait, mais parce que ce serait pour les catholiques se penser comme une communauté semblable et rivale aux autres. Et l’on n’aurait plus que des catholiques de papier.

*Photo : VINCENT WARTNER/20 MINUTE/SIPA. 00667865_000023.

Audiard dynamite l’édition

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michel audiard gabin

michel audiard gabin

Longtemps considéré comme un débile profond, un vulgaire amuseur, un poujado-réactionnaire, un abrutisseur des masses, Michel Audiard connaît une rédemption aussi tardive que mercantile. Bon nombre d’éditeurs, de producteurs et de diffuseurs se lancent donc dans cette entreprise à la finalité marloupine. Vous n’échapperez pas à cette déferlante. A la télévision, chaque semaine ou presque, Maigret et l’Affaire Saint-fiacre, Le Marginal, Un taxi pour Tobrouk ou Mortelle randonnée garantissent un audimat comac. Gabin, Belmondo, Ventura et Serrault en têtes de gondole, ça rassure la ménagère de plus de 50 ans. Mais comment résister à l’éloquence old-school du p’tit cycliste ? Pour apprécier à sa juste valeur la prose du poète de Dourdan et nous éclairer sur certaines de ses formules expéditives, Philippe Durant avait dégainé son «Petit Audiard illustré par l’exemple » en 2011.

Les profondeurs de la langue audiardesque y étaient décortiquées à l’usage des caves. Le cador du box-office avait coutume de dire que, faute d’imagination, il avait des lectures. « J’ai tout piqué » comme il l’affirmait trop souvent pour qu’on le croie. Car, derrière les bons mots d’Audiard, il y a une culture maousse, une boulimie de savoir(s) qui feraient rougir de honte nos « intellectuels » médiatiques. On trouve dans Audiard, Céline le maître vénéré mais aussi Rimbaud, Prévert, Hugo, Musset, Bossuet, Apollinaire, etc… C’était une époque, les années 60-70, où le cinéma avait des Lettres. Dans le recueil de cet étymologiste rigolard, vous appreniez l’origine des expressions aussi chantantes que « BSA (extra-piste) », « mêlé-casse », « chez tonton », « fly-tox », « biribi », etc… Surtout, vous voyagiez dans des contrées exotiques, certaines imaginaires, d’autres empruntées au vocabulaire des hotus de la remonte ou des corps expéditionnaires.

Pour cet irréductible du XIVème, celui qui fit un reportage sur la Chine de Tchang Kaï-chek sans quitter son arrondissement, le voyage ne pouvait être qu’intérieur et le moyen de transport supersonique, les mots of corse. Durant récidive en 2015 accompagné, cette fois-ci, du fils du dialoguiste à casquette, le mystérieux Bruno M. C’est de la dynamite. Les deux spéléologues ont déniché 500 répliques inédites. Alléluia ! Que cette langue est belle, à la fois populaire et aristocratique, joufflue et cristalline, outrancière et si légère. Ces pépites proviennent de scènes coupées. « Ce ne sont ni des scènes mauvaises ni des brouillons mais des scènes qui n’ont pas leur place dans la narration […] Or si la pellicule s’est envolée, les écrits restent » explique Philippe Durant dans sa préface. Fantastique travail de mémoire et une cure de jouvence pour les nombreux fans du cinéma à papa. Appréciez le jet puissant et libérateur de l’artiste :

« Mon petit Simon, vous connaissez ma position : en dessous de 50 000 exemplaires, l’opinion d’une feuille de chou ne m’intéresse pas plus que celle d’une ministre » Noël Schoudler (Jean Gabin) dans Les Grandes Familles.

« Admettons… J’ai dit : admettons. Mais j’irais plus loin : le sens des mots, l’instruction, ça sert à quoi ? A entrer dans les PTT ou dans la gendarmerie » Arsène (Darry Cowl), dans Archimède le clochard

« -Tu lui as parlé des conventions de La Haye ?

-Oui.

-Il t’a dit de te les foutre au cul ?

-Oui.

-Il commence à me plaire ce mec, il est bien. »

Samuel Goldman (Charles Aznavour) et brigadier Théo Dumas (Lino Ventura) dans Un taxi pour Tobrouk.

« Les mauvaises lectures c’est pire que le choléra » Léon Dutilleul (Bourvil) dans Le Passe-muraille

Avec Audiard, vous visiterez Jarnac (le coup), le Vel d’Hiv (celui d’André Pousse), la rue de Lauriston (le numéro 93), vous pourrez même aller jusqu’à Cayenne, Chandernagor, Biên Hoa, Fachoda, Gran Chaco, etc… Quand un type de cinquante kilos a écrit ça : « toute l’encyclopédie de la fiction marloupine sort d’ici : les mines de Phoscao d’Oubangui, le parking géant des Galápagos, le métro de la Cordillère des Andes. Toute la lyre, quoi. » Ceux de 100, la mettent en veilleuse…

 

Le petit Audiard inédit illustré par l’exemple – Bruno M. et Philippe Durant – Nouveau monde éditions.

Le petit Audiard illustré par l'exemple

Prix: 14,20 €

2 d'occasion et neuf disponible à partir de 2,47 €

Eurovision: à qui profite le kitsch?

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(Avec AFP) – Vienne accueille ce soir le 60e concours Eurovision de la chanson, événement ringard aux 200 millions de téléspectateurs. Dans la patrie du gagnant(e) de l’an passé Conchita Wurst, la diva barbue qui incarnait l’alliance du transgenre et du kitsch, vingt-sept candidats se disputeront les suffrages du jury et du public. Cette année, la France représentée par la poussive Lisa Angell, est encore une fois annoncée dans le peloton de queue des votes, et Marie Myriam peut dormir tranquille en fredonnant « L’oiseau et l’enfant ».

Pour cette nouvelle édition, l’originalité sera à chercher du côté du groupe de trisomiques punks finlandais (sic) PKN, qui bénéficiera sans doute d’un effet  Téléthon. Mais le public voyeuriste gardera également  les yeux tournés vers le vainqueur de l’an passé, le/la désormais célèbre Conchita. Wurst ouvrira ainsi le spectacle, partant de la salle et gagnant la scène suspendue dans l’air par des fils. Il/Elle y sera rejointe par un chœur d’enfants, puis par les présentatrices et tous les candidats.

Le travesti autrichien réapparaîtra ensuite pour poser quelques questions aux candidats à leur descente de scène. Contrairement à de nombreux anciens vainqueurs aussitôt tombés dans l’oubli, Wurst est parvenu à maintenir sa notoriété depuis sa victoire à Copenhague l’an dernier.

Conchita garde ses fans, mais ses détracteurs ne l’ont pas oubliée. Le patriarche de l’Église orthodoxe russe Kirill va jusqu’à espérer une défaite russe à l’Eurovision pour éviter une invasion de « chanteuses à barbe » en Russie l’an prochain. Connaissant le nombre d’Etats est-européens concourant à l’Eurovision, et leur peu d’appétence pour la cause queer, l’adhésion du public lesbien, gay, bi et trans est peut-être la seule chance de succès français…

Extinction de l’espèce

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kierkegaard anne frank

kierkegaard anne frank

1. Divagations philosophiques

On oublie qu’il n’y a pas si longtemps l’extermination était une idée en vogue. On en trouve des échos chez Wittgenstein et Cioran. Il y eut même un philosophe juif, Théodore N. Kaufman, qui prôna en 1941 l’extinction de la nation allemande et sa complète disparition de la surface de la terre dans un livre qui chagrina Hitler, Germany must perish. Sous les calottes crâniennes, on substitua dans les années 1960 l’idée de Peace and Love à celle d’extermination. Tout aussi fumiste est aujourd’hui l’écologie, qui veut sauvegarder un monde propre pour nos enfants. À tout prendre, je préfère encore l’idée de l’extinction non d’un peuple ou d’une race, mais de l’espèce.[access capability= »lire_inedits »]

Dans le fond, ce que n’ont cessé de proclamer les philosophes nihilistes, c’est que seul le rien peut faire sortir la réalité de l’absurde d’un processus sans but, la réalité ne pouvant s’en libérer qu’en s’annihilant. Mieux vaut le rien que l’absurde. L’indignation contre un monde sanguinaire et injuste devrait logiquement aboutir à une volonté de supprimer l’Être. Il faut d’ailleurs être fou pour vouloir le conserver, car c’est vouloir encore et toujours le mal qui constitue la substance du monde. Évidemment, par pure perversité on peut s’en réjouir et participer à la perpétuation de l’espèce. Ou, par une sorte de naïveté qui m’a toujours échappé, lutter pour un monde meilleur. Peut-être Leibniz a-t-il été encore plus loin que Schopenhauer en disant que ce monde est le meilleur des mondes possibles parce que si l’on suppose qu’on peut l’améliorer, on l’anéantit. Mais je préfère arrêter ici ces divagations philosophiques de peur de m’égarer encore plus que je ne le suis.

Dans un manuscrit que je reçois à l’instant (certains auteurs brouillés avec le temps imaginent que je suis toujours directeur de collection aux Presses universitaires de France), je lis ceci qui m’a toujours semblé évident, mais qu’on oublie trop souvent, à savoir qu’on ne philosophe bien que si notre vie en dépend. Une philosophie qui ne répond pas à une crise personnelle, à une expérience traumatisante, et qui n’est pas menée avec l’énergie du désespoir, ne sera jamais qu’une glose savante, un exercice académique, une contrefaçon. « On ne s’intéresse pas tant à la philosophie qu’on ne le l’attrape, écrit l’auteur, comme on le fait d’une maladie dont on ne sait comment guérir. » Sur l’enseignement, il note ironiquement : « Combien sortent du lycée en ânonnant l’allemand, le russe, voire l’anglais qu’ils ont passé jusqu’à sept ans à apprendre ? Il n’en va pas différemment des sciences. Un an de philosophie suffit en revanche pour en faire des sophistes à vie. » L’auteur de ces lignes se nomme Dominique Vernier. Je l’aurais volontiers édité.

2. Le retour gâché d’Anne Frank

Dans un vieux numéro du journal Le Monde, un très vieux numéro puisqu’il date des années 1950, je lis que si Anne Frank n’était pas morte du typhus dans le camp de Bergen-Belsen, les éditeurs n’auraient jamais publié son Journal, prétextant que ces choses-là n’intéressent plus personne… alors elle aurait noté toutes les nuances de son retour gâché et peut-être aurait-elle regretté les jours où, traquée par la Gestapo, elle vivait dans l’illusoire espérance d’un monde meilleur.

3. Ces citations qui trottent dans ma tête

Ma citation préférée : « Les femmes croient que l’amour mène le monde ; c’est dire à quel point elles ont le cerveau dérangé. » Je l’attribue à Fassbinder, mais je me trompe peut-être. Une autre citation, celle-ci de Kierkegaard, s’insinue aussitôt dans mon cerveau pour revendiquer la première place. Donnons-lui sa chance : « Que la vie est insignifiante et vide ! On enterre un homme, on l’accompagne au cimetière, on jette sur lui trois pelletées de terre, on part de chez soi en voiture, on revient [/access]

Misère à tous les étages

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vincent lindon loi marche

vincent lindon loi marche

C’est sans doute très injuste de débuter cette critique de cette manière mais commençons par le titre et, puisque l’actualité nous y invite, comparons-le à celui d’autres films présentés à Cannes. Lorsqu’on apprend que le prochain film d’Apichatpong Weerasethakul s’intitule Cemetery of splendour, quelque chose accroche d’emblée et on hume déjà un parfum de poésie, une invitation au voyage. Face à ce titre laissant supposer (peut-être à tort, d’ailleurs), un véritable appel d’air, La loi du marché chausse immédiatement les gros sabots du pragmatisme et d’une certaine routine sociologique. Pire encore, le spectateur voit déjà arriver avec ce titre une œuvre programmatique qui s’emploiera à illustrer de manière prosaïque ce que peut-être la (dure) loi du marché (aujourd’hui).

Pourtant, je dois avouer que j’ai trouvé la scène qui ouvre le film très bonne. Vincent Lindon (Thierry) est face à un conseiller ANPE et ils constatent tous les deux que le stage qu’il a effectué était totalement vain. Le film semble alors plutôt bien documenté et il est surtout porté par l’énergie rageuse de Vincent Lindon. Plutôt que de se livrer à un traditionnel champ/contrechamp, Brizé se focalise sur son acteur et sa colère. On songe au passage de Pater de Cavalier où Lindon évoquait ses problèmes de copropriété et d’ascenseur dans cette manière de s’attarder sur les flots libérateurs de la parole. Parfois, la caméra fait mine de pivoter un peu sur le conseiller mais elle revient rapidement sur l’homme au chômage et ce parti-pris de mise en scène n’agace pas encore.

Si j’insiste sur le « pas encore », c’est que dès la deuxième scène, tout l’édifice s’effondre en grandes pompes. Parce qu’en plus d’être privé d’emploi, Thierry a un grand fils handicapé. Le cinéaste nous inflige alors une scène de repas familial assez gênante, non pas tant à cause de ce handicap mais parce qu’on sent dès lors que les personnages n’existeront pas comme tel mais comme « types » (symptomatiquement, presque personne n’a de nom et de prénom. Au générique, les protagonistes sont désignés par leur « fonction » : femme de Thierry, conseiller ANPE, caissière…).

Très scolairement, Stéphane Brizé va se contenter d’accumuler des scènes « signifiantes », filmées toujours de la même manière (plans-séquences, caméra portée à l’épaule…) qui n’existent que pour illustrer les conséquences dramatiques de la « loi du marché ».

Le film relève moins du cinéma que d’un  reportage télé où chaque scène doit faire figure de « cas pratique » : Thierry à l’ANPE, Thierry et les syndicalistes, Thierry à la banque, Thierry passe un entretien d’embauche sur Skype, Thierry et sa femme tentent de vendre leur mobil-home, etc. Même les quelques scènes qui pourraient échapper à ce déterminisme social et à cet engrenage de la misère (la scène où Thierry et son épouse prennent des cours de rock) semblent avoir été insérées avec une volonté « signifiante » (montrer que la vie continue malgré tout).

 

Bref, La loi du marché est l’exemple typique de ce cinéma sociologique à la française englué dans son déterminisme et le naturalisme le plus étriqué. Personne ne remet en cause la sincérité de Stéphane Brizé mais rien n’est incarné dans son film qui se révèle n’être qu’une succession de vignettes illustratives sur des « problèmes de société » (un peu comme Polisse de Maïwenn – en moins racoleur- ou Bande de filles de Sciamma – en moins léché-).

 

Cela tient peut-être aussi à une mise en scène que je trouve particulièrement hideuse. Si le parti-pris du plan-séquence et de la caméra baladeuse pouvait interpeller dans la première scène, il devient systématique et plombe complètement le film. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, il ne suffit pas de s’inscrire dans une certaine « réalité sociale » et de tenir la caméra à l’épaule pour égaler les frères Dardenne. Sans être un fan absolu de leur cinéma, on ne peut nier qu’il y a dans Rosetta ou Le silence de Lorna une véritable chorégraphie dans les arabesques que dessine la caméra et que la mise en scène n’a rien d’improvisé. Brizé, lui, utilise constamment des longues focales qui noient la profondeur de champ dans le flou. Et les mouvements de caméra semblent totalement arbitraires, de sorte que le point n’est pas toujours fait (à ce titre, la scène de la formation des chômeurs à l’ANPE est atrocement filmée). Le comble est atteint lors d’une scène dans un bureau de la grande surface où Thierry a réussi à se faire embaucher et où les voleurs sont interpellés par la direction (y compris les caissières qui se servent en « bons de réduction » ou en « points fidélité »!). Comme toujours, la caméra navigue maladroitement en plan-séquence entre trois personnages mais elle perd la netteté et l’on sent que l’opérateur ne parvient pas à la retrouver. Du coup, le cinéaste coupe et provoque un très disgracieux « jump cut » en enchaînant avec le même angle de caméra.

Tout est à l’avenant : la photographie est terne et laide, l’environnement dans lequel évolue les personnages n’existe quasiment pas et le dispositif de la mise en scène est aussi raide qu’artificiel. Seul Vincent Lindon, présence minérale tout en colères rentrées, est impérial et donne un peu de corps à ce personnage beaucoup trop « théorique » pour pouvoir toucher.

Puisque j’ai débuté de manière totalement injuste, terminons de la même façon. Hier soir, j’ai découvert Comment ça va de Jean-Luc Godard, essai tournant autour de la question de l’information et du rapport texte/image. Certes, ce n’est pas un grand film du cinéaste et on peut même le trouver un peu aride, campé qu’il est sur une approche strictement théorique du cinéma. N’empêche que Godard parvient néanmoins à donner du sens à ses images en les confrontant, en jouant sur les rapprochements audacieux et les contrastes. Il parvient à décoller du « réel » pour y poser un véritable point de vue de cinéaste. Or Brizé fait exactement ce que Godard reproche aux journalistes dans ce film : il ne voit pas. La loi du marché, ce sont d’abord des mots de journalistes sur des maux contemporains et des idées pré-requises qui, au fond, pourraient se passer d’images (chaque séquence pourrait-être un article de quotidien : « la difficulté pour les chômeurs d’obtenir un prêt », « l’univers impitoyable du monde du travail », etc.)

Ce qui manque cruellement à La loi du marché, c’est un point de vue qui pourrait transfigurer le Réel et nous donner à voir autrement le monde. Nous n’aurons ici qu’une succession de vignettes qui convaincra les déjà convaincus (les lecteurs de Télérama et du Monde diplomatique) sans offrir la moindre perspective en dépit un dernier plan assez réussi aussi.

La loi du marché, en salles depuis le 19 mai.

La Tour Eiffel fermée suite à une attaque au portefeuille… des visiteurs

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(Avec AFP) – La Tour Eiffel, l’un des monuments les plus visités au monde, a été fermée plusieurs heures vendredi. Non pas à cause d’une alerte à la bombe ou autre menace d’attentat, mais en raison d’un mouvement de protestation de ses agents d’accueil, inquiets de la « recrudescence » des pickpockets.

La Société d’exploitation de la Tour Eiffel (SETE) a annoncé dans un communiqué le « retour à la normale » vendredi à 16h30 de l’activité de l’emblématique tour parisienne, qui accueille plus de 7 millions de visiteurs chaque année, dont environ 75% d’étrangers.

A l’ouverture à 9h30, la majorité des salariés avaient choisi de « faire valoir leur droit de retrait » en raison d’une « recrudescence des agissements des pickpockets sur la Tour Eiffel et suite à plusieurs agressions et menaces ».

Ils exigeaient « des garanties formelles de la part de la direction afin que des mesures pérennes et efficaces soit prises pour mettre fin à ce fléau dont sont victimes quotidiennement de nombreux touristes ».

Après de premières discussions infructueuses avec la direction, la situation s’est débloquée en milieu d’après-midi.

« Des choses ont été mises en place » permettant la reprise du travail », a indiqué à l’AFP un agent d’accueil ayant requis l’anonymat, sans fournir davantage de détails.

Néanmoins, il n’y a « rien de définitif », « on fera un point dans quelques jours » pour voir si des solutions pérennes et satisfaisantes sont trouvées, a-t-il prévenu.

– Des touristes déçus –

Le droit de retrait, invoqué par des salariés qui estiment encourir un « danger grave et imminent » pour leur vie ou leur santé, avait surpris les touristes étonnés de trouver portes closes.

« Nous avions réservé des places, nous sommes assez déçus », avait regretté Tushar Kardile, venu de Londres avec son frère, qui lui venait d’Inde, et accompagné de quatre enfants. « Quand nous sommes arrivés ici, il n’y avait personne pour nous expliquer ce qu’il se passait. Ils ont parfaitement le droit de se mettre en grève mais devraient prévenir le public », avait-il poursuivi.

Les salariés « ont peut-être raison » de réagir, « mais nous aurions préféré avoir été avertis », avait regretté pour sa part Elena Sofronova, une Russe venue « pour l’anniversaire de (son) fils qui a 6 ans ». Et le gamin s’était dit « un peu déçu » de s’être ainsi fait voler… son cadeau d’anniversaire.

Non loin des panneaux lumineux indiquant « la Tour Eiffel est momentanément fermée » en français et en anglais, des agents avaient fait œuvre de pédagogie pour expliquer la situation aux visiteurs.

« On demande des mesures de sécurité, on a beaucoup de problèmes avec les pickpockets », avait ainsi expliqué l’une d’elles à un touriste hispanophone.

« Le public est compréhensif et encourageant. C’est aussi pour eux qu’on fait ça car ce sont les premières victimes », avait développé Mathieu, un salarié. Mais le personnel aussi en souffre : « On se fait menacer, intimider », « le phénomène est exponentiel », donc « on tire la sonnette d’alarme ».

Les revendications des salariés ? « On fait face à des vrais professionnels, on demande à ce que de vrais pros soient mis en face pour endiguer le phénomène », avait-il expliqué.

La direction « est plutôt dans la position d’informer les visiteurs (de la présence de pickpockets, ndlr) pour se déculpabiliser » face à ce problème, avait expliqué à l’AFP un agent d’accueil.

A l’entendre, on pense en effet à l’invraisemblable message diffusé en boucle dans le métro parisien depuis des années : « Pour ne pas tenter les pickpockets, fermez bien votre sac et surveillez vos objets personnels. » Comme si l’usager était d’avance considéré non pas comme victime d’un vol mais comme coupable de « tentation de pickpocket »…

« Quand le patronat veut surveiller ses salariés, il met des clients mystères. Pourquoi n’y aurait-il pas des touristes mystères, asiatiques », afin de « prendre les pickpockets en flagrant délit » ? s’était-il interrogé. Ciel, les voleurs opèreraient donc en plus une sélection de leurs cibles sur une base ethnique !

La direction avait de son côté assuré être « engagée dans une coopération active et durable avec la préfecture de police qui a conduit au renforcement continu des mesures visant à garantir la sécurité du personnel et du public ».

A Paris, 26 000 policiers doivent être déployés cet été sur une dizaine de sites touristiques emblématiques, pour lutter notamment contre les vols à la tire dont sont victimes les touristes.

En avril 2013, les personnels du musée du Louvre avaient pareillement exercé leur droit de retrait au nom de la sécurité des touristes dans la capitale, qui attire près de 30 millions de visiteurs par an.

Et si la solution, finalement, consistait à occuper les malheureux plantons mobilisés dans le cadre du plan Vigipirate en leur confiant en plus une mission intitulée par exemple « Vigipickpockets » ? Avec un peu de chance, ils finiraient peut-être par tomber sur un djihadiste aux poches pleines d’explosifs.

La caméra et le territoire

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noiret girardot broca

noiret girardot broca

Beaucoup d’apprentis-sorciers ont essayé en vain de définir cette identité française : impalpable, malléable, fugace comme le sentiment amoureux. Il suffisait de l’encercler dans une frontière idéologique pour qu’elle s’échappe, vous contredise, vous ridiculise. Débats, colloques, essais, chacun y a été de sa petite théorie fumeuse pour briller en société et embrumer les consciences. Le bon peuple de France n’a rien compris à cet indigeste brouet qui a commencé sous l’ancien quinquennat au grand jour et qui se poursuit, aujourd’hui encore, en toile de fond médiatique. Les français ont la nausée. On leur parle « civilisations », « choc des cultures » ; ils répondent : « chômage », « vie chère », «sécurité », etc… Personne n’a donc réussi à saisir cette identité française qu’elle soit joyeuse, malheureuse, haineuse, victimaire, nombriliste ou partageuse. Notre langue aurait pu être ce creuset national, cet étendard flamboyant venu du fond des âges mais force est de constater que les niveaux de langage à l’écrit ou à l’oral sont tellement disparates qu’il vaut mieux l’oublier.

Si notre langue, notre histoire, notre géographie ne peuvent plus clairement nous différencier, il reste un art populaire qui peut nous rabibocher. Au moins le temps d’un film. Un réalisateur de cinéma est l’incarnation de cette France éternelle, de ses soubresauts, ses élans et ses contradictions. Rassurez-vous, aucun homme politique n’a eu l’audace, l’intelligence, la clairvoyance de commencer une allocution télévisée par une référence à Philippe de Broca (1933-2004) dont la Cinémathèque Française rend hommage du 6 mai au 1er juin. Au programme : table ronde, projection de 23 films (L’Africain, Cartouche, Le Magnifique, Le Cavaleur, Les Caprices de Marie, etc…) et un plaidoyer tardif pour cet immense artiste dont les thuriféraires enfiévrés de la Nouvelle Vague ont snobé l’œuvre. Clair, fluide, épique et subtil, le cinéma de Broca raconte notre Histoire sans nous assommer de théories. Jamais verbeux, toujours pudique dans l’expression du sentiment amoureux, il excellait dans le ton doux-amer qui colle si bien à l’âme française. Pour masquer les blessures intimes, il avait choisi notamment Annie Girardot et Philippe Noiret.

Peu importe votre religion, votre classe sociale, votre couleur de peau ou votre degré d’instruction, vous ne pouvez résister à ce duo d’acteurs né dans les années 70. Ils ont été notre miroir déformant. Ils étaient plus beaux, plus intenses, plus libres que nous. Philippe de Broca ne jouait pas la corde misérabiliste ou la mièvrerie modeuse. La comédie à la française recelait tous nos paradoxes, avec humour, légèreté et panache. A cette époque-là, nous ne nous flagellions pas sur l’autel de la mondialisation. Nous poussions notre chansonnette, nous réinventions notre art de la scène, mélange de vaudevilles et de grands classiques, d’impertinence et de rigueur. Nous savions sourire de nous. Annie et Philippe étaient nos modèles les plus attachants, ils ne pontifiaient pas, ils ne bêtifiaient pas non plus. Ils avaient la quarantaine apaisée, le style désuet d’un grand pays. La France vivait alors une parenthèse enchantée où une commissaire de police pouvait tomber amoureuse d’un professeur de grec dans Tendre Poulet (1977) suivi de On a volé la cuisse de Jupiter (1979), où un accident de solex en plein quartier latin donnait lieu à une enquête improbable. La grosse voix de Philippe s’accordait à la furie gouailleuse d’Annie, c’était naïf, plein de charme, de non-dits, de mémoire aussi. Noiret pouvait dire : « ma tête est pleine de tumultes » et Girardot lui répondre du tac-o-tac : « la mienne est pleine de vergers, de rires, d’enfants ». La France, c’était ça. Les jambes interminables de Catherine Alric, les dialogues d’Audiard ou de Boulanger, la fantaisie, la gravité, à mille lieues du gros rire qui tache et de la pesante étude sociologique. Alors, je l’affirme qui ne tombe pas sous le charme de Philippe de Broca, n’est pas vraiment français !

Rétrospective Philippe de Broca, du 6 mai au 1er juin 2015 –  À l’occasion de l’anniversaire des 10 ans de sa disparition – La Cinémathèque Française –

Pour la première fois en Blu-Ray – Le Bossu, Le Cavaleur, Tendre Poulet et On a volé la cuisse de Jupiter – TF1 Vidéo –

DVD – version restaurée – Vipère au poing – Orange Studio  – (sortie 5 mai)

Coffret Philippe de Broca DVD et Blu-Ray – comprenant Les Jeux de l’Amour, le Farceur, L’Amant de cinq jours et Un Monsieur de compagnie – Gaumont – (Sortie le 5 mai) –

 

 

Le PS mobilise 50% de ses adhérents mais en veut 500 000…

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(Avec AFP) – Un exécutif qui espère avoir les coudées plus franches pour la fin du quinquennat, Jean-Christophe Cambadélis assuré d’être élu premier secrétaire : tels étaient vendredi les deux enseignements du vote des militants socialistes consultés jeudi soir pour la première étape du congrès de Poitiers.

La motion A de Jean-Christophe Cambadélis pour le congrès du Parti socialiste a obtenu 60% des voix, et la motion B des frondeurs et de l’aile gauche 29%, a déclaré vendredi à la presse le responsable PS des élections Christophe Borgel.

La motion C de Florence Augier a récolté 1,5% des voix et la motion D de la députée Karine Berger 9,5%, a-t-il ajouté au siège du parti rue de Solférino, précisant que ces chiffres portaient sur 92% du corps électoral dépouillé, et qu’il y avait « peu de chances que les résultats définitifs », qui seront proclamés au congrès de Poitiers (du 5 au 7 juin), « s’éloignent de ces résultats-là ».

La participation a été « de l’ordre de 54,5% », soit sensiblement le même que lors du dernier congrès de Toulouse en 2012 (59%, ndlr), a-t-il ajouté, tout en reconnaissant que le parti avait perdu 40 000 adhérents en trois ans.

Le nombre de militants appelés à voter jeudi soir sur les quatre motions était de 131 000 (170 000 pour Toulouse).

M. Borgel, qui fait partie de la motion A, également soutenue par le gouvernement, s’exprimait devant un responsable de chaque autre motion.

Pascal Cherki (motion B, dont le premier signataire Christian Paul s’était ému de « quelques irrégularités ») a reconnu que les résultats donnés étaient « indiscutables et incontestés ».

 « Il y a une majorité, il y aura une majorité absolue au Bureau national, au Conseil national et maintenant c’est la stabilité pour le Parti socialiste, c’est très important », a estimé M. Cambadélis sur RMC et BFMTV, estimant aussi que « c’est un vote de sortie de crise ».

Même analyse du côté de l’exécutif, qui y voit un blanc-seing pour continuer sa politique : « C’est un score net. On aurait pu avoir un feu rouge ou orange des militants, là il est vert », a-t-on commenté dans l’entourage de François Hollande. « Les militants ont voulu donner un signe de cohérence et de stabilité dans l’action nationale ».

Christian Paul, à la tête de la motion B, affichait la satisfaction d’avoir selon lui « réveillé le Parti socialiste », qui « était en hibernation depuis trois ans », avec des idées qui ont selon lui infusé dans toutes les motions, y compris la motion A, a-t-il dit, citant l’exemple de la réforme fiscale.

D’autres signataires de la motion B regrettent au contraire qu’elle n’ait donc pas eu d’argument propre pour cliver davantage. « Il y a un vote légitimiste, loyaliste », a ainsi reconnu sur RFI le député frondeur Laurent Baumel, qui invoque « une peur de la division (…) quand on est au pouvoir ».

La motion A, signée par Manuel Valls et la quasi-totalité du gouvernement, mais aussi Martine Aubry, prévoit en effet plusieurs inflexions souhaitées par la motion B, comme une réforme fiscale ou une meilleure utilisation des milliards non utilisés du Pacte de responsabilité.

motions PS

Selon M. Paul, il « faut » désormais « tourner la page de ce que les médias ont appelé la fronde parlementaire », et placer le combat dans le parti : il a prévenu qu’il vérifierait que le PS – et donc l’orientation politique de la motion A – soit bien respecté par le gouvernement.

Il a rejeté l’idée d’un blanc-seing pour l’exécutif : « Je ne vois pas dans ce congrès un plébiscite des idées du Premier ministre », a-t-il dit sur iTELE. « Si le Premier ministre avait déposé, avec ceux qui pensent comme lui, une motion au congrès du PS, elle serait loin d’être majoritaire ».

Karine Berger, dont la motion est arrivée en troisième position (autour de 10%), se dit avec ses cosignataires « absolument ravis d’être la troisième force du parti socialiste », et de pouvoir être « présents un peu partout dans les fédérations ».

Les responsables de la motion A se félicitaient de la participation (autour de 55%, sur un corps électoral de 131 000 militants « actifs »), « dans la situation qui est celle du PS à savoir un parti convalescent », selon les termes de M. Borgel.

« 75 000 votants (…), ce n’est jamais satisfaisant », a répondu Jérôme Guedj (motion B) sur Sud Radio. « La moitié des militants qui viennent voter, ce n’est pas normal », a estimé M. Paul.

Autre enseignement du vote de jeudi : Jean-Christophe Cambadélis, qui affrontera lors d’un nouveau vote jeudi prochain Christian Paul pour le poste de premier secrétaire – tous deux ont confirmé leur candidature –, est assuré de rester à la tête du parti.

« Il est assuré d’être élu », affirme M. Borgel. « La question est de savoir à quel niveau », mais « il est considérablement renforcé » par le niveau obtenu par sa motion, selon lui.

D’ores et déjà, M. Cambadélis s’est assigné trois objectifs : « la réussite du gouvernement », « le renouveau des têtes et dans les têtes », et le « rassemblement des gauches et des écologistes ». Il entend aussi « dépasser le cadre du PS » et aller vers un parti de 500 000 adhérents… Avec le seul soutien d’environ 45 000 militants, il lui reste donc un sacré bout de chemin à parcourir.

*Infographie : © AFP L.Saubadu/A.Bommenel/V.Lefai, abm/vl

Le Christ s’est arrêté à Passy

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even passy eglise

even passy eglise

Rue de l’Assomption, dans le XVIe arrondissement de Paris, le soleil brûlant écrase tout humain non affalé sur les pelouses ou les quais de la capitale. Avançant vers cette « lumière lointaine », Jean, l’un des responsables de l’EVEN (Ecole du Verbe éternel et nouveau) à la paroisse de Notre-Dame-de-Grâce de Passy, raconte, goguenard, comment il a encore écrit aujourd’hui au père Luc pour « une crise de foi ». « J’ai encore eu un doute, mais seulement pendant deux minutes. Il faut dire, j’avais lu Nietzsche. » Jean sort son portable. Le visage de Léon Bloy s’affiche en même temps qu’un SMS du père Luc. « Il nous attend d’ailleurs. » Après être passés devant un couple béat devant ses nourrissons tétant des biberons, nous rencontrons ce jeune père Luc, d’une trentaine d’années, dont le regard ne se capte pas facilement, qui a fondé l’EVEN pour cette paroisse, il y a quatre ans. « L’EVEN a démarré de l’église de Saint-Germain-des-Prés pour préparer les jeunes aux JMJ de 2006. L’Église constatait que la formation théologique de nos parents avait été presque inexistante, et celle de notre génération pas meilleure. L’EVEN s’adresse à la nouvelle génération en conjuguant trois piliers : la prière, la communauté et la raison.[access capability= »lire_inedits »] La raison, car saint Paul a dit : “Soyez toujours prêts à rendre compte de l’espérance qui est en vous.” Pour cela, les fidèles doivent connaître et comprendre la théologie de l’Église. Démarche concluante, puisque nous comptons 2 000 participants répartis sur 16 paroisses à Paris, 14 en dehors, et même une mission en Chine depuis cette année. »

L’EVEN organise des cycles de deux ans durant lesquels, une fois par semaine, les jeunes se réunissent pour prier, puis pour discuter en petits groupes les thèmes qui leur ont été communiqués, accompagnés de textes évangéliques, théologiques ou littéraires. Le programme, conçu de façon très didactique, commence par un bloc sur l’esprit humain, puis enchaîne sur la révélation de Dieu, la constitution de la religion, les actes qui permettent l’expression de la foi dans la vie, pour se conclure sur les péchés. La deuxième année est consacrée à étudier les grandes figures de l’Église ainsi que l’eschatologie.

Ce jour-là, la question qui occupe cette studieuse assemblée est la confession.

Embrassades, chahut discret, les 150 evenistes de Notre-Dame-de-Grâce de Passy, qui semblent majoritairement âgés de 20 à 25 ans, prennent place pour la prière. Bien habillés – on a envie de dire « distingués ». À l’exception d’un dandy à moustache torsadée et pantalon rouge, aucune excentricité à signaler ici. Le père Luc conseille à l’auditoire de montrer la joie qui habite les croyants – peut-être à notre intention surtout – et rappelle que croire ne suffit pas : il faut comprendre. À l’appui de cette proposition, il cite cette phrase des Évangiles : « Vous, les païens, êtes inexcusables, car vous n’avez pas reconnu l’artisan en voyant l’œuvre. » Il faut reconnaître qu’une petite explication de texte n’est pas superflue…

La prière débute dans un soulèvement de voix qui chantent étonnamment juste, révélant une pratique régulière. Le père Luc prie pour les frères d’Orient persécutés, et aussi pour leurs persécuteurs. Puis les groupes s’organisent pour la discussion, qui démarre après la lecture des quatre textes du jour. « Comment le Christ guérit-il le corps tout entier de l’homme par le pardon ? » Les plus hardis se lancent, sans se soucier de l’orthodoxie de leurs réponses. L’un parle de somatisation, l’autre fait appel à la pensée orientale. Ici, la réflexion s’émancipe de la parole de la famille et de l’Église, qui peut être discutée et contredite avec liberté.

Le pot, qui se prolonge jusqu’à minuit, est l’occasion de les questionner sur leurs motivations. Ce que cherchent la plupart dans la discussion et dans l’étude des textes qui fondent leur tradition, c’est une vérité supérieure délivrée des convenances et des routines. Certains n’ont reçu aucune éducation religieuse, comme cette jeune fille de 20 ans qui veut comprendre le discours de l’Église. « Chez moi, on n’a jamais considéré le mariage gay ou l’avortement comme quelque chose de mal, encore moins comme un péché. Mais réfléchir sur les textes me fait comprendre le point de vue de l’Église. » D’autres ont tout simplement besoin de parler de leur foi, comme ce garçon : « Parfois, j’ai l’impression que le Christ est plein d’ironie, qu’il nous fait des blagues. Mais si j’en parlais à des athées, ils me prendraient pour un fou. » Sa voisine renchérit, avec une pointe de jubilation : « C’est vrai qu’on passe souvent pour des fous. » Pourtant, certains sentent au contraire dans leur entourage une curiosité grandissante pour leur foi. La même curiosité qui a conduit Thomas, autrefois nietzschéen indécrottable, à se faire baptiser à Pâques dernières.

On comprend difficilement le succès de l’EVEN si on ne prend pas en compte sa dimension générationnelle. À l’image de ce Thomas dont les parents sont de fervents athées, mais les grands-parents croyants et pratiquants, beaucoup de ces néo-cathos sont en rupture avec les valeurs postmodernes et le mode de vie libertaire de leurs parents soixante-huitards. Pour autant, ils ne sauraient se contenter de règles et de vérités dispensées par le haut. L’Église a bien compris que pour amener vers elle ces enfants de l’individualisme libéral, il ne s’agissait plus de leur imposer des réponses mais de leur apprendre à poser des questions.[/access]

*Photo : François Grivelet.

Quand la droite sauve le collège unique

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reforme college najat vallaud ump

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On retiendra surtout de la bataille singulièrement avortée autour de la dernière réforme du collège que la droite française, qui se porte bien dans les sondages et dans les urnes, qui a les dents sarkozystes qui poussent à l’idée de reprendre le pouvoir en 2017, qui a vu une divine surprise dans le bal tragique à Montretout où s’est déchirée la famille Le Pen, bref une droite qui a le vent en poupe, demeure décidément, selon la célèbre expression de l’un des siens, « la plus bête du monde ». La droite française a en effet sauvé le collège unique puisqu’elle a sauvé la réforme portée par Najat Vallaud-Belkacem qui consacre un désastre égalitariste et la fin de la possibilité, pour les meilleurs élèves des quartiers populaires, de contourner l’enfermement et l’assignation grâce au jeu des options qui permettaient de constituer, de facto, des classes à peu près viables pour jouer une orientation en seconde.

Mais non, la droite française est soit pavlovienne, soit cynique, soit un  mélange des deux. À tout seigneur, tout honneur: l’ouverture du feu, le permis de tirer à vue sur la ministre de l’Éducation Nationale a été donné par Sarkozy lui-même. Il l’a fait  en des termes tellement outranciers que cela prouve que l’Ex n’a décidément rien compris à la fonction présidentielle sous la Cinquième qui est de rassembler plutôt que de diviser. Ses propos ne pouvaient que provoquer des réactions tout aussi exagérées dans le camp d’en face. Que cherchait au juste Nicolas Sarkozy en parlant de « course à la médiocrité entre Christiane Taubira et NVB? » À souder ce qu’il y a de plus xénophobe et machiste dans son propre parti? À draguer, mal comme d’habitude, le FN? Ou à marquer son indignation sincère contre le déclin de notre école? Parce que si un Finkielkraut ou un  Debray parlent de « médiocrité » (mais c’est peu probable, ils ne pratiquent pas l’insulte), on pourrait  leur trouver à la limite une certaine légitimité pour le faire. Quand c’est Sarkozy, entouré d’esprits aussi brillants et nuancés qu’Estrosi, Geoffroy Didier ou Nadine Morano, il y a certains mots qu’on devrait éviter.

Qu’a eu comme conséquence cet acharnement de la droite, cette préemption d’un camp politique sur l’opposition à cette réforme en tapant le plus vite et le plus fort possible? Tout bêtement de recréer le clivage droite-gauche, très artificiel sur la question de l’éducation, et de faire accroire  que l’UMP avait le monopole de l’amour des lettres classiques (on ne rit pas) et que la gauche était peuplée en matière d’éducation d’animateurs socio-culs qui ânonnent Bourdieu et Meirieu comme des Krishna ânonnent des mantras. C’est tellement plus simple comme ça. Tout ceux qui pouvaient vouloir dire non à Najat Vallaud-Belkacem (comme Ségolène Royal) du côté de la gauche se sont retrouvés en porte-à-faux, presque obligés malgré eux de se taire pour ne pas rajouter au pilonnage de la droite qui disait que l’élitisme appartenait forcément à son camp et que l’égalitarisme niveleur était forcément de gauche. Qu’une partie importante des profs, des universitaires, des politiques connus à la fois pour leur engagement à gauche ET leur vision républicaine de l’Ecole, n’aient pu être audibles a permis à la « gauche Najat » qui peut donc dire merci à la droite, de s’offrir même le luxe pervers de sortir le décret d’application au lendemain de la manif du 19 mai et de dire en substance, non sans ironie: « Maintenant que la réforme est dans les tuyaux, on va pouvoir discuter » Sur ce mode là, j’en ai une autre, madame le ministre: « Maintenant que le malade est mort, on va pouvoir le soigner. »

L’autre preuve que la droite a rendu un sacré service à la réforme, via Sarkozy mais aussi Le Maire, c’est que beaucoup de profs ne sont pas allés manifester par peur de donner raison à l’UMP. Pourtant le front syndical anti-réforme était des plus originaux puisqu’il unissait le Snalc, pour les « conservateurs » et le SNES (très majoritaire), SUD, CGT’éduc pour la gauche. Les syndicats partisans de la réforme eux, représentaient plutôt cette deuxième gauche réformiste et pédagogique incarnée par la CFDT, voire FO.

C’est dommage, décidément. Si la droite l’avait jouée un peu plus finement, mais c’est beaucoup demander, elle aurait au contraire fait ressortir ces clivages chez ces adversaires, elle aurait pu aussi s’interroger sur ce qui a mobilisé nombre de profs (droite et gauche confondue) contre cette réforme et notamment la question de « l’autonomie des établissements » qui transforme de plus en plus les proviseurs et principaux en chefs de PME, ce qui là aussi pose un sacré problème puisque cela signifierait à terme que l’éducation s’évaluerait en terme de rentabilité et non d’émancipation de ceux dont elle a la charge.

D’ailleurs, comme par hasard, un fantôme de la droite libérale a ressurgi pour dire qu’il approuvait cette réforme de NVB: c’est Alain Madelin qui, fidèle à ses convictions, trouve que ça va dans le bon sens puisqu’un collège deviendra enfin une entreprise comme les autres.

Catholiques français, si vous saviez…

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catholiques francais houellebecq

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« C’étaient des identitaires catholiques, souvent royalistes, des nostalgiques, des romantiques au fond – des alcooliques, aussi dans la plupart des cas »[1. Soumission, Michel Houellebecq]. On aura peu remarqué que le dernier Houellebecq pose la question d’un catholicisme politique en France, et répond par son impossibilité – « Ça ne marchait pas », dit-il à Sylvain Bourmeau, en gros, dans une interview – soit que la paresse de l’auteur ait prévalu, soit que sa mélancolie ait une fois encore prédominé, et que dans sa dilection pour la fin du monde, il ait conçu que l’islam politique se prêtait beaucoup mieux à l’achèvement de la République telle qu’on l’a connue ; soit qu’il ait eu raison et que la foi au Christ soit grevée d’une inefficace originelle. Reste que la situation telle qu’il la décrit est peinte de traits véridiques, quoique contradictoires ou superposés, comme un visage cubistes. Le catholique identitaire, tel qu’il le nomme, est très certainement une espèce existante, non pas en voie de disparition, mais bien en voie de réalisation. Le terme lui-même prête à confusion à cause du remploi contemporain du substantif identitaire à l’usage exclusif de ces jeunes gens qui composent des péans à la grande Europe, boréale parfois, enracinée toujours, dans une mythologie reconstituée, pas loin des mirages scientifiques du XIXème siècle inquisiteur, cela mâtiné de christianisme certes, mais réduit en général à sa ritualité supposée et à son folklore. Et un folklore forclos, comme chacun sait. Bref, on ne sait dans sa formule si c’est le catho qui est identitaire, l’identitaire qui est catho, ou les deux qui se conjoignent.

Malgré cela, le catholique concevant sa foi comme une identité au sens du monde existe. On l’a un peu rencontré. Et pourtant, dans la même mouvement, sa recherche d’une séparation qui le ferait semblable en tant que concurrent aux autres identités contemporaines, quoique souvent d’extraction très ancienne, que sont, au hasard, l’islam ou le judaïsme, est s’il est un peu honnête en permanence contrainte et déviée par l’universalité intrinsèque du christianisme (« il n’y a plus ni juif ni grec, ni païens, etc. ») et encore par le peu de ritualisme que contient sa religion. Le peu ne signifiant pas l’absence, sans quoi il retomberait dans la première hérésie calviniste, celle qui dépouilla les temples de toute représentation, de tout ornementation et qui supposant la prédestination, la foi seule, et l’état de grâce accordé comme un don jaloux et arbitraire de Dieu, aurait rendu le monde fou si, comme le relève Chesterton[2. Voir La Chose (Pourquoi je suis catholique), Flammarion/Climats, 2015.], le protestantisme ne s’était lui-même réformé de l’intérieur jusqu’à redevenir un autre catholicisme seulement habité de la haine de Rome.

Bref, le catholique français contemporain est in petto partagé, déchiré même, entre sa soumission à la République comme gardienne éphémère du bien commun, la mémoire qu’il garde des vexations, des persécutions et de la lutte générale qu’elle mena contre lui (ainsi que le savent ces habitants de l’ouest, « la Vendée pardonne mais n’oublie pas »), et une tension révolutionnaire puisque le monde en tant qu’injustice ne peut jamais le satisfaire. En cette dernière qualité, il est loin d’être seul sur terre, on s’en doute : cependant, quand les autres modes de transformation du monde supposent des structures exactes et des calculs précis, des lois immuables et gravées dans le marbre, le christianisme s’est fait fort depuis 2000 ans de révolutionner l’humanité dans ses mouvements immédiats, sans a priori autre que l’amour du prochain.

En quoi cela nous intéresse-t-il aujourd’hui ? En ceci que le substrat français demeure malgré tout chrétien dans ses réflexes – le souci du pauvre, du petit, la mesure contre la loi brutale, l’esprit critique contre le texte, ce qu’on appelle communément « l’esprit contre la lettre », en oubliant que c’est chez S. Paul, et qu’il faut d’ailleurs plutôt lire l’Esprit que l’esprit chez lui, mais peu importe – et que si, selon nous, 20% seulement des Français aujourd’hui peuvent être dits réellement catholiques, c’est-à-dire sacrifiant aux dogmes de base de l’Eglise, ils n’en constituent pas moins la plus grosse minorité en tant qu’unifiée. Car on trouve peut-être plus de libres-penseurs, comme on dit, d’agnostiques ou d’athées dans le pays que de catholiques, mais rien ne dit que de ces qualificatifs l’on puisse inférer une attitude positivement commune chez ces citoyens-ci. Partant, le catholique ne sait plus s’il doit fidélité absolue à la France parce qu’il en incarnerait le rejeton de quinze siècles ; si pour l’aimer il doit abattre la République qui lui nuit ; ou si encore, il la doit tolérer comme un moindre mal alors qu’un plus grand s’avance, celui de l’islam. L’islam concurrent, plus encore peut-être que jadis le communisme qui s’entait directement sur le raisonnement chrétien[3. On lira à ce sujet Défense du catholicisme populaire, du Père Serge Bonnet (Cerf, 2015), dominicain qui vécut les années 60 et 70 parmi les ouvriers sidérurgistes de Lorraine et qui notait qu’à mesure que ces populations adhéraient au communisme leur piété catholique augmentait.], parce qu’il a sa tradition propre où se mêle à la rationalité monothéiste la loi néguentropique des mondes antiques. C’est-à-dire qu’il porte aujourd’hui en lui la violence propre à la création d’une société, selon l’archétype girardien. À quoi par rivalité mimétique, le catholique identitaire va vouloir répondre en se saisissant lui aussi d’une violence originaire. Mais la contradiction est là ab ovo : historiquement d’abord, il recourt aux arguments de traditionalistes – au sens politique – comme Bonald ou de Maistre, même s’il ne les a pas lus, qui font de la religion, et donc de la catholique évidemment, le fondement de toute la société, théorie qui échouera dans le comtisme (cher à Houellebecq d’ailleurs) et dans la sociologie française ; spirituellement ensuite, par le christianisme n’est pas un faiseur de sociétés, mais un défaiseur qui ne prône certes pas le chaos, mais la limitation continuelle de tous les pouvoirs (En quoi il est ferment d’anarchisme, selon nous, mais c’est une autre histoire).

En quoi l’on en revient à la distinction faite par Maritain, entre l’agir en chrétien et l’agir en tant que chrétien : il ne peut y avoir, sans contradiction dans les termes, de parti catholique en France, pas seulement parce que la République s’y opposerait, mais parce que ce serait pour les catholiques se penser comme une communauté semblable et rivale aux autres. Et l’on n’aurait plus que des catholiques de papier.

*Photo : VINCENT WARTNER/20 MINUTE/SIPA. 00667865_000023.