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Les tabous scolaires de Palestine, l’heure inversée de Bolivie…

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bolivie heure inversion

Peut-on libérer la Palestine de ses tabous?

 Peut-on parler de la Shoah dans les établissements scolaires palestiniens ? La mésaventure du professeur Mohammed Dajani, patron du département « Études américaines » de l’université d’Al-Qods, récemment contraint à la démission, permet d’en douter. Au printemps 2011, cet intellectuel pacifiste avait bravé un tenace tabou local en publiant dans le Herald Tribune un texte intitulé : « Pourquoi les Palestiniens devraient étudier l’Holocauste ». En mars, il a aggravé son cas en proposant d’organiser –, hors temps scolaire et sans financement public – une visite d’étudiants palestiniens à Auschwitz.[access capability= »lire_inedits »]

Surprise, de très nombreux élèves se sont portés volontaires. Avant de subir toutes sortes de pressions. Résultat : beaucoup changent d’avis, 27 persistant à vouloir en savoir un peu plus sur ce trou noir de leurs programmes scolaires.

Sans surprise cette fois, le retour est plutôt mouvementé pour le professeur Dajani qui, quelques semaines après, annonce au site wasatia.info qu’il a dû présenter sa démission : « Il ne m’est plus possible d’assurer ma mission d’enseignant et d’exercer mes fonctions académiques dans des conditions sereines.» En termes moins feutrés, comprenez qu’il était dénoncé comme « traître » et « collabo » par les syndicats enseignants, et en prime contraint d’être sous protection rapprochée permanente, y compris pendant ses cours.

Cette démission, l’université aurait pu la refuser, ce qui selon Dajani aurait constitué un « message clair et fort » démontrant qu’elle « soutient la liberté académique ». Il n’en a rien été. Parler de l’Holocauste demeurera donc une activité déviante.

La question est donc posée aux Palestiniens, et à leurs autorités : libérer la Palestine, n’est-ce pas aussi, la libérer de des tabous, de la censure et de l’histoire officielle ? Quant aux Européens, il serait temps qu’ils se demandent s’il est bien raisonnable de subventionner par millions d’euros un négationnisme officiel.

Nicolas Routier

 

En Bolivie, l’heure du changement, c’est maintenant !

La Bolivie est un pays d’Amérique du Sud connu pour ses lamas, ses coups d’État, ses vizcachas (lapins à longue queue) et ses musiciens en poncho qui terrorisent nos zones piétonnes avec leurs flûtes de pan. C’est aussi le pays d’Evo Morales, chef charismatique de l’État bolivien, qui présente la particularité d’avoir été proche d’Hugo Chavez, footballeur et syndicaliste − c’est dire s’il a dû entendre des conneries dans sa vie…

Désormais, on connaîtra aussi la Bolivie pour son heure révolutionnaire. Chez nous, le changement d’heure est principalement source de contrariétés bisannuelles (grimper sur des escabeaux, retrouver le mode d’emploi du radio-réveil taïwanais, supporter les interviews télévisées de parents écolos qui imputent à l’heure d’été la cancritude de leurs marmots…) C’est très enquiquinant, mais on a fini par s’y habituer.

Du côté des Andes, les choses sont autrement plus sérieuses : changer d’heure veut dire changer d’ère : on a décidé d’y inverser le sens de rotation des aiguilles ! Désormais, sur la façade du Parlement, en plein cœur de La Paz, les badauds épatés peuvent admirer une horloge à numérotation inversée dont les aiguilles tournent vers la gauche. Une mesure pleine de bon sens, expliquent les autorités : dans l’hémisphère Sud, le soleil  tourne vers la gauche, les horloges doivent donc faire itou.

Si vous trouvez ça seulement absurde ou rigolo, c’est sans doute que vous n’êtes pas un follower de Marcelo Elio, président evomoraliste de la Chambre des députés : « L’horloge inversée, explique-t-il sur son compte Twitter,  signifie que pour nous, le Nord est le Sud. » Et pour les indécrottables mal-comprenants, il a précisé sa pensée dans un autre tweet : le but du jeu est bel et bien de « mettre fin aux injustices au Nord par un nouvel ordre mondial qui naîtrait au Sud ».

En résumé, la gauche est la droite, la vérité est le mensonge, le Nord est le Sud. Une philosophie trop géniale que devrait méditer notre gauche indigène, dont on dit trop souvent qu’elle est déboussolée.[/access]

François-Xavier Ajavon

*Photo: Juan Karita/AP/SIPA.AP21588497_000002

Petites bouchées froides

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mahmoud darwich ramadan pirotte

Lundi 30 juin 2014-2 ramadan 1435

Pas beaucoup dormi. Réveillé par un coup de fil de la direction de l’ENS de Tunis concernant les surveillances et le concours d’entrée qui commence mercredi. Comme je ne fais pas partie du jury du concours, je n’aurai pas à surveiller. Bon débarras, me dis-je en me félicitant, les transports, la chaleur et le ramadan me semblant assez peu propices à des activités de ce genre. Ce n’est certes pas à moi de trancher quant au ramadan en disant que, tel qu’il est pratiqué chez nous et partout dans le monde arabe, il est contre-productif, mais je peux me hasarder en avançant que, comme tout l’indique rien ne va plus. Dans l’état de décrépitude et de déliquescence que vivent notre économie et nos finances, nous devons mettre les bouchées doubles et ne pas céder aux démons de la superstition. Aussi, à cet homme que je respecte tant et envers qui je me sens le devoir de dire la vérité et jusque le fond de ma pensée, me suis-je permis de dire au téléphone : « Merci de vos vœux pour le ramadan, mais à la place de la piété et du recueillement que vous me souhaitez pour le saint mois, je vous propose le travail et l’engagement ! » Il ne s’est certes pas trop attardé sur ma remarque, mais je sais qu’il ne l’a pas mal prise.

Par ailleurs, ce que je dis — et qui choque comme cela a été le cas à plusieurs reprises — vaudra son pensant d’or lorsque, dans deux ans, le ramadan coïncidera avec les examens et concours officiels. Quand les parents verront la prunelle de leurs yeux souffrir le martyre, plus évanouis que sur pied, semblables à ces mouches maladroites et moribondes que l’on aperçoit à la fin des automnes froids, cela donnera suffisamment de raisons pour que les consciences se réveillent enfin et œuvrent pour un véritable changement des choses… Mais je rêve sûrement…

Victoire douloureuse des Bleus contre le Nigéria par deux buts à zéro. Je jubile, je crie, je saute, je chante, je danse, je fais le fou ! Mais, avec des arguments — passez-moi le mot — bidon, certains s’en prennent à la France souhaitant que le Coq se fasse plumer par les Super Eagles ! Tous ceux que j’ai eus sous la dent, faute de les croquer, je les ai mordus, y compris ma petite sœur Imen ! C’est que je suis un fanatique des Bleus et j’avoue que c’est idéologique : « Vous les aigris, les jaloux, les complexés, les inconséquents ! Vous qui rêvez d’elle, la France, de sa lumière, de ses Lumières, de ses papiers ! Vous qui voulez sa perte, sa défaite, sa ruine ! Vous… vous… vous… Qui êtes-vous ? Elle est VICTORIEUSE, la BLACK, BLANC, BEUR, la digne fille de Voltaire ! » — Ce lyrisme-là, si footballistique soit-il, n’est pas sans me déplaire ! Après tout, je m’amuse sérieusement !

Il est 21h25. Je suis entre ces pages de journal et le match qui oppose la  Mannschaft aux Fennecs d’Algérie. Ces derniers tiennent le coup devant cette solide formation allemande qui joue ce soir sans son prestigieux 6, le germano-tunisien Sami Khedira, dont le père est notre voisin à Hammamet. Khedira est absent parce que ses parents ont été victimes d’un braquage à main armée au Brésil. Sûrement traumatisé, le sélectionneur allemand Joachim Löw a préféré le garder sur le banc à l’entame ; mais, vu la prestation algérienne qui contrôle le milieu du terrain, je crois qu’il sera dans l’obligation de le faire rentrer. À suivre…

Une connaissance sur Facebook (pour ne pas employer le très galvaudé « ami ») m’envoie un lien sur Youtube. Il s’agit d’un poème de Mahmoud Darwich récité par le poète lui-même. Elle souhaite que je l’écoute. Sans doute la pièce en question est-elle à l’image de son état d’âme, qui est celui de beaucoup de personnes ces temps-ci. Ramadan oblige… Elle ignore toutefois que j’ai traduit ce poème il y a à peine deux semaines :

Rien ne me plaît

« Rien ne me plaît, dit un voyageur dans le bus, ni la radio
Ni les journaux du matin, ni les citadelles sur les collines.
J’ai envie de pleurer. »
« Attends qu’on arrive et pleure tout ton saoul », répondit le chauffeur
« Moi non plus, dit une dame, rien ne me plaît. J’ai montré ma tombe à mon fils.
Elle lui a plu : il s’y est endormi et ne m’a pas fait ses adieux. »
L’universitaire dit : « Moi non plus, rien ne me plaît.
J’ai étudié l’archéologie et je n’ai jamais trouvé
Mon identité dans une pierre. Suis-je vraiment
Moi-même ? »
Un soldat dit alors : « Moi non plus, rien ne me plaît
Je traque une ombre qui me traque. »
Nerveux, le chauffeur dit alors : « Terminus ! Préparez-vous à descendre.
Tous lui crient : « Nous voulons aller au-delà du terminus,
Continuez donc ! »
Quant à moi, je dis : « Faites-moi descendre. Je suis comme eux, rien ne me plaît, mais je suis fatigué du voyage. »

Une belle pièce, extraite de l’un des derniers recueils de Darwich, Ne t’excuse pas, paru en 2004, soit quatre ans avant la disparition de celui que je considère comme le plus grand poète arabe de la seconde moitié du XXe siècle et du début du XXIe.

L’Algérie a été battue par l’Allemagne au bout d’une partie littéralement épique. Deux buts à un. 120 minutes de jeu. Un régal certes, mais une grande déception. Je suis abattu… La France affrontera l’Allemagne vendredi. Je suis sûr que les Bleus vengeront les Fennecs !

Reçu un courriel d’Anthony Dufraisse, qui dirige la revue Patchwork : il me demande un texte sur feu Jean-Claude Pirotte. C’est Yves [Leclair] qui lui a communiqué mon adresse électronique. Ça tombe bien, vu que j’ai relu Pirotte au cours de ces dernières semaines pour l’hommage que je lui ai rendu mercredi dernier à la Bibliothèque Nationale de Tunisie. Le décès de Jean-Claude, survenu samedi 24 mai, est sûrement l’un des événements qui m’ont le plus affecté depuis la disparition de feu Sadok Morjène jeudi 29 août 2013. Comme j’ai dédié Casuistique de l’égoïsme Journal du ramadan 1434-2013 à la mémoire de feu Sadok Morjène, je compte faire de même avec Pirotte en lui offrant le long poème sur lequel je travaille depuis plusieurs mois. Poème que j’ai décidé d’intituler Tunisité et dont l’ami François Bon a publié des extraits sur son site. Pour Patchwork, je compte écrire un texte intimiste, un souvenir poétique de Pirotte, une évocation de nos échanges, de ma visite chez lui à Arbois en février 2008. Ce sera un texte différent de ma communication « Le goût du vin », lecture proprement académique prononcée dans le cadre d’un colloque à la Manouba en avril 2010 et qui paraît en décembre prochain dans la belle revue dirigée par ma grande amie Mihaela, Alkemie, laquelle revue est née à Sibiu en Roumanie avec de très petits moyens et qui, grâce au courage et à la conviction de l’équipe, est, non seulement publiée désormais chez un prestigieux éditeur parisien, mais encore elle reçoit des textes de grands écrivains, penseurs, traducteurs et chercheurs.

*Photo : ANDERSEN ULF/SIPA. SIPAUSA30051511_000007.

Affaire Taubira : juger ou militer, il faut choisir

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Lorsqu’est tombée l’information sur le jugement du tribunal correctionnel de Cayenne et l’annonce de la condamnation d’une ancienne candidate du Front national à une peine de prison ferme de neuf mois pour injures racistes, la première réaction du praticien fut celle de la réactivation du vieil adage : « une justice pour l’exemple est rarement une justice exemplaire ». Mais, immédiatement, le débat qui fit rage fut celui du quantum de la peine. Répartition des camps en trois tiers : « C’est trop, c’est normal, ce n’est pas assez ». Personnellement, je n’en discuterai pas. Le législateur a donné au juge une fourchette, son interprétation est son problème.
Premier sourire devant certaines contradictions, notamment chez les grands pourfendeurs du laxisme taubirien, qui trouvent que cette fois-ci elle y a été un peu fort. Deuxième sourire lorsque l’on constate que les mêmes redécouvrent le « principe de proportionnalité en matière pénale » après l’avoir oublié pour Nicolas Sarkozy. Le praticien, toujours lui, se demande comment on en est arrivé là, à une décision aussi «clivante» comme on dit aujourd’hui, et quand même tout à fait surprenante. Ce jugement n’est pas tombé du ciel, alors que s’est-il passé ? Beaucoup d’informations dont on dispose quarante-huit heures plus tard sont à prendre au conditionnel. Nous l’emploierons donc souvent. Et puis, il faut également éviter de se voir épinglé sur le « nouveau mur des cons », c’est-à-dire la liste des dangereux propagateurs du « populisme judiciaire des élites ».

Les faits ? Une candidate aux municipales du Front national dans l’est de la France, a «posté » sur son « compte Facebook » une série de photos pour comparer la Garde des Sceaux Christiane Taubira à un singe. Initiative assez dégueulasse qui amena le FN à lui retirer son investiture et les électeurs à la renvoyer à ses chères études…
Le déclenchement de la procédure ? À 10 000 kilomètres de là, une association sur laquelle on a peu de renseignements si ce n’est qu’elle serait l’enveloppe d’un parti indépendantiste guyanais, celui de Christiane Taubira, une petite recherche internet situant le siège social au domicile guyanais de celle-ci, lance une procédure sur citation directe devant le tribunal correctionnel. Premières observations, compte tenu de la diffusion sur Internet des documents incriminés, cette compétence territoriale est possible. Elle aurait dû cependant, au plan du respect des principes et dans la volonté d’une bonne administration de la justice, être soigneusement évitée. Le contexte guyanais, ainsi que le reconnaîtra de façon assez extraordinaire la décision, ne garantissait pas la sérénité des débats. Le devoir du parquet, mais aussi du tribunal était de solliciter auprès de la Cour de Cassation le « dépaysement » de l’affaire ». L’éloignement rendait également difficile pour la prévenue, mais aussi le Front national cité comme coauteur (!) de mettre en place une défense digne de ce nom. En ce qui concerne l’ex-candidate, l’obstacle matériel était probablement insurmontable. On dit que le choix d’un avocat métropolitain s’imposait, car une rumeur insistante, (à laquelle personnellement je ne peux pas croire) prétend que l’ensemble des avocats guyanais aurait refusé de prendre cette défense en charge. Dans une procédure de cette nature, cette présence de proximité était pourtant indispensable. Si ces faits étaient avérés, les avocats guyanais successeurs de Gaston Monnerville se seraient quand même un peu déshonorés. Par conséquent, aucune défense digne de ce nom, que ce soit de Madame Leclère ou du Front national n’a pu être mise en œuvre. La Convention Européenne des Droits de l’Homme, ratifiée par la France et qui par conséquent lui est opposable, prévoit expressément dans son article 6 le « droit au procès équitable ». Une abondante jurisprudence en a bien défini les contours. La procédure de Guyane ne répond pas aux impératifs qui sont supérieurs aux règles techniques locales. Les conditions d’une justice sereine n’étaient pas réunies et la défense nécessaire au débat contradictoire arbitré par le juge n’a pas pu se mettre en place. Les magistrats qui ont statué, n’ont pas les eu moyens d’appliquer le principe de « personnalisation des peines » ne sachant pas qui était Madame Leclère, quelle était son histoire, les raisons de son acte, etc.

J’ai déjà dit dans ces colonnes l’importance de la forme dans le procès pénal par application du principe de Rudolf von Jhuring : « adversaire acharnée de l’arbitraire, la forme est la sœur jumelle de la liberté ». Une décision de justice n’est légitime que si elle est l’aboutissement d’une procédure irréprochable. Sinon, elle est un acte d’une autre nature. Et il semble bien que le jugement du tribunal correctionnel de Guyane encoure cette qualification.
Madame Taubira, Garde des Sceaux, était la cible de cette injure inadmissible. Est-il heureux que ce soit une association à laquelle elle serait liée qui engage l’action publique par la voix d’une citation directe, procédure assez rare qui permet à n’importe qui de se substituer au parquet pour engager des poursuites ? Est-il heureux dans, le souci d’une justice sereine, que toute la procédure se soit déroulée dans son département d’origine certes territoire français, mais, ou indiscutablement ces questions de racisme sont particulièrement sensibles ? Faut-il se réjouir de l’absence de défense et de débat contradictoire ? Eh bien non, ce n’est pas comme cela que les choses auraient dû se passer. Tout d’abord, il existe une procédure spécifique aux ministres qui ont fait l’objet de diffamation ou d’injures. Pourquoi n’a-t-elle pas été utilisée ? Pourquoi le parquet territorialement compétent pour la résidence de Madame Leclère est-il resté passif ? Pourquoi les grandes associations habituellement si promptes à réagir (SOS Racisme, LICRA ? MRAP) sont-elles restées coites ? Ceux qui parleront de vendetta ou d’opération politique risquent de trouver leur public.
Et ce n’est pas la lecture de la décision elle-même, maintenant en partie disponible, qui risque de les faire changer d’avis.
J’invite à une lecture attentive de ce qui ressemble plus à un tract qu’à ce qu’on a l’habitude de commenter dans les revues juridiques. On y trouvera cependant quelques nouveautés jurisprudentielles assez ébouriffantes.
« Attendu en effet que l’attaque frontale à la dignité de l’homme justifie une sanction qui ne se limite pas une punition financière… Mais qui s’attache aussi à la personne du délinquant ». Justement, la personnalité du délinquant n’était pas connue du tribunal.

On assiste aussi à la consécration de la responsabilité pénale collective puisqu’il est dit précisément que : « attendu que si le FN n’est pas l’auteur matériel de l’infraction, il sera démontré qu’il y a participé par instigation et fourniture de moyens ; qu’il est évident que l’infraction commise par Madame Leclère aurait eu un retentissement sans commune mesure si elle n’avait pas été candidate du Front National aux élections municipales de Rethel ». Oupsss, donc si on comprend bien, les partis politiques vont être pénalement responsables des infractions commises par leurs militants, candidats ou élus, du fait de la notoriété que donne leur appartenance à l’infraction commise. Mais dites donc, le Parti Socialiste aurait-il du mouron à se faire pour les présumées fraudes fiscales de Jérôme Cahuzac ? Autre facteur d’implication comme coauteur du Front national (qui a immédiatement suspendu la candidate lorsqu’il a appris la publication raciste), les condamnations précédentes de Jean-Marie Le Pen. Petit détail la loi interdit au juge ce genre de pratique.

Le tribunal retient également la responsabilité de ce parti dans la commission de l’infraction par ce que : « en ne s’assurant pas des opinions républicaines (de son candidat)… Le Front national a participé aux délits commis par Madame Leclère. » Royalistes, anarchistes, partisans de la dictature du prolétariat, interdits d’élections. Et désormais, pour les partis, avant de présenter un candidat, vérification de ses opinions profondes. Le jugement ne dit pas par quel moyen (police de la pensée, détecteur de mensonges, utilisation des neurosciences ?). Autre facteur d’incrimination directe du Front national, le fait d’avoir un « programme visant à limiter l’immigration de façon drastique ». Moi qui croyais qu’il s’agissait d’une opinion politique (qui n’est pas la mienne) pouvant librement s’exprimer dans un pays démocratique, j’avais tout faux.

Il y a d’autres perles, mais un peu consterné, on s’en tiendra là. À la première lecture j’espérais que ce fut un fake. Il semble que non. Chacun se fera son opinion.
Tout cela est malheureusement désolant. Bien évidemment, la lutte contre le racisme n’y trouvera pas son compte. Et au contraire, le Front national peut se frotter les mains. Reste la question de savoir si c’est un excès de zèle ou une provocation délibérée. J’espère vraiment l’excès de zèle.

Jugement de Cayenne: comparaison n’est pas raison

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Apparemment, dans la France nouvelle, selon que vous serez noir ou blanc, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir. Plus précisément, selon que vous serez mulâtresse ou blonde, vous serez jugée à des enseignes différentes. Il n’a échappé à personne que la bêtasse ancienne candidate du Front national à Rethel, depuis exclue du parti, vient d’être condamnée, à Cayenne, à neuf mois ferme. Notons que la coupable du nord-est, que tous les commis d’office avaient refusé de défendre, n’avait même pas les moyens de se rendre au tribunal guyanais. Les bagnards, au moins, on leur payait le voyage, à l’époque.

Mais, au-delà de l’apparente iniquité du procès, qui opposait à une petite commerçante de la France oubliée le parti du ministre de la Justice en exercice, laquelle est par ailleurs connue pour ses projets de loi anti-répressifs[1. Procès qui n’est pas sans rappeler dans la disproportion des forces celui que remporta la bourgeoise Rokhaya Diallo contre « Samir », travailleur handicapé et bègue qui avait appelé au viol de la fondatrice des Indivisibles sur Twitter.]  , on peut se poser quelques questions sur la tolérance à l’injure dans ce pays.

J’imagine qu’il ne doit pas être agréable d’être comparé à un singe. Mais l’est-il plus de l’être à un étron ? C’est pourtant à quoi Laurent Ruquier, reprenant un délicat dessin de Charlie Hebdo, avait identifié Marine Le Pen à la télévision. Et pour quoi il a été relaxé. De plus, s’il s’agit de juger la diffusion de la parole haineuse, quel média est le plus performant, d’une émission de très grande écoute sur une chaîne nationale, ou du blog obscur d’une candidate inconnue ? Mais c’est Charlie Hebdo qui en est l’auteur, et comme chacun sait, la mention satirique en haut du magazine confère tous les droits. On ne saurait trop conseiller aux journalistes de Minute, avant qu’ils consacrent leur prochaine Une à la sempiternelle Taubira, d’apposer le mot sur la couv. Fini les ennuis.

Mais en l’occurrence, objectera-t-on, il s’agissait d’une impétrante aux fonctions politiques, que le sérieux de la tâche qu’elle souhaitait exercer aurait dû retenir. Certainement. On espère donc que Jean Bourdeau, attaché parlementaire PS du sénateur Jean-Pierre Michel, qui avait traité Marion Le Pen de « conne » et de « salope » sur Twitter et qui affirmait ne certainement pas le regretter, goûtera aussi aux neuf mois fermes désormais de rigueur dans la France régénérée.

À moins qu’il se trouve quelque historien de haut vol et citoyen pour démontrer que Marion Le Pen est responsable de la Shoah, de Fachoda, de la peste noire et de l’éruption du Vésuve. Et comme l’on sait, dans la République, pas de dignité pour les ennemis de la dignité.

Oui au jihad à la française!

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Il aurait été de bonne guerre que la racaille judéophobe et salafisante finisse sa manifestation pro-palestinienne du 14 juillet sous les fenêtres de l’ambassade israélienne en hurlant « Israël assassin » comme au bon vieux temps de Stéphane Hessel. Au lieu des indignés menaçants, nous avons vu des casseurs armés et enragés, qui auraient pu figurer dans un clip du groupe de rap Sexion d’assaut, attaquer la synagogue de la rue de la Roquette au cocktail Molotov.

J’étais déjà affligé par l’émergence de ce salafisme des banlieues qu’annonçait Askolovitch, à la française : charia modérée, jihad spirituel et respect de la loi, revendications françaises et barbes sur tuniques identiques à d’autres portées par ceux qui nous promettent mille morts et mettent leur monde à feu et à sang, et le nôtre parfois. La réalité dépasse toutes nos désespérances. Un salafisme nouveau, combattant et décomplexé me fait regretter l’obscurantisme d’Asko. Enfin celui décrit par Askolovitch, vous l’aurez compris. De nouveaux Mohamed Merah ou Mehdi Nemmouche sont à craindre. Les spécialistes n’expriment que des inquiétudes et les rares bonnes nouvelles en cachent de bien mauvaises : les centaines de jeunes ou de familles qui ont quitté la France sans indemnités de départ pour combattre en Syrie pourraient bien revenir, armés de mauvaises intentions et de recettes explosives.

Nous avons un problème. Même ceux qui hier, craignaient surtout l’amalgamisme, ceux qui dénonçaient l’islamophobie, les fantasmes et la paranoïa concèdent que nous avons un problème, et une question brûlante : qu’allons-nous en faire ? Qu’allons-nous faire de cette jeunesse française qui rejette son pays et rejoint idéologiquement ou physiquement nos ennemis déclarés ? Voulons-nous, avec le ministre de l’Intérieur, demander l’aide des familles et nous entendre répondre par Abderrahmane Dahmane, qui préside l’association Conseil des démocrates musulmans de France, « Il n’y a pas d’indicateur dans la communauté. La police n’a qu’à faire son travail »? Voulons-nous vraiment récupérer ceux qui nous ont pourri la vie par la délinquance et qui la menacent à présent par le terrorisme ?

En attendant qu’une majorité de Français puisse répondre « non » à toutes ces questions, j’ai réfléchi à des réponses et à des solutions concrètes. Je suis prêt, si le chef de l’état m’appelait pour me demander quoi faire, à mettre mes propositions au service de la France. Je commencerai par financer une filière jihadiste à destination de la Syrie, au départ de mon département (j’habite à deux pas de Brétigny où les blessés et les secouristes se font dépouiller par les autochtones quand les trains déraillent), car j’ai à cœur d’expurger mon environnement proche des délinquants qui y pullulent. Evidemment, comme je suis philanthrope, je ne les lâcherai pas en pleine nature mais les livrerai dès leur arrivée, aux amis de Bachar (quand j’écris son nom, je vois un éléphant, à cause du nom ou des oreilles, va savoir) qui ne les recevront pas en grande pompe mais avec des fusils à pompe, ce qui est mieux que rien.

Pour en faire venir d’autres, j’écrirai à leurs nombreux cousins de fausses lettres que je ferai traduire en français racaille par un survivant de l’expédition en le torturant (on ne fait pas d’omelette sans arracher des couilles), pour les inviter à venir prendre part à la guerre sainte, par le viol et le meurtre d’infidèles. « Eh Mouloud, ici, ça déchire trop sa race, les sœurs sucent comme sur Canal +, on a des guns de oufs et on peut niquer tous les koufars qu’on veut,  (Je reprends le français littéraire qui revient au galop) sans être embarrassés par les tracasseries administratives de l’institution judiciaire française ». « Ne m’en parle pas Rachid, mon frère a encore son bracelet électronique et moi, j’ai eu deux rappels à la loi le mois dernier. La France crève de sa paperasse, je le disais encore hier à l’assistante sociale : pas moyen de toucher une allocation sans remplir un formulaire, alors qu’on sait tout juste écrire « mort aux juifs ». Si ce n’est pas de la discrimination, je me demande ce que c’est. J’appelle le défenseur des droits et je fais ma valise. Il fait beau ? Je prends mon bermuda ?»

En réalité, une mise de départ suffira à amorcer la pompe à racailles islamisées et sanguinaires. Les lettres truquées des uns, morts, attireront les autres aussi sûrement que le joueur de flûte de Hamelin dans le conte des frères Grimm. Et des informateurs appointés n’auront plus qu’à mettre en relation ces engagés dans les brigades internationales de l’Oumma avec les autorités du pays d’accueil pour réduire chez nous la pénurie de logements, le déficit de l’assurance maladie, la courbe du chômage, l’encombrement de la justice, la surpopulation carcérale, les chiffres de la criminalité, la montée de l’antisémitisme, l’effondrement du niveau scolaire et j’en passe. Les disparitions massives finiront par inquiéter ceux de nos compatriotes qui se soucient du sort de leurs coreligionnaires et nous verrons peut être les Indigènes de la République ou les amis des Frères musulmans envoyer des observateurs qui ne manqueront pas de subir le même sort que ces jeunes stigmatisés et discriminés chez nous et éliminés là-bas. Ainsi, un cercle vertueux pourra se mettre à tourner pour nous débarrasser de ceux qui se déclarent nos ennemis sans que nos belles âmes n’aient à se salir les mains. On peut toujours rêver.

Mais mon plan comporte une faille, et de taille. Seul, je ne pourrai vider le pays de tous ces indésirables. Il faudra rendre l’opération « financement de filières djihadistes » accessible  à tous les citoyens volontaires, et déductible des impôts car d’intérêt général. Un petit obstacle d’ordre juridique devra être réglé. Je crois savoir que la loi permet la déchéance de la nationalité pour les auteurs d’actes terroristes mais empêche les Etats de laisser des individus dans des statuts d’apatrides. Il faudra alors reprendre des relations diplomatiques avec le régime de Bachar (sans trompe) et prier son gouvernement de bien vouloir élever nos ressortissants indésirables et expulsés au rang de citoyens syriens pour qu’ils soient accueillis et redirigés vers les vierges d’Allah qu’ils méritent. Je suis volontaire pour  composer leur oraison funèbre. Qu’on ne me remercie pas, c’est de bon cœur. Après tout, ils sont Français. Comme vous et moi.

*Photo : SEVGI/SIPA. 00688396_000008. 

Petites bouchées froides

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cioran coupe monde tunisie

Dimanche 29 juin 2014-1er ramadan 1435

1h55. À peine une heure et quart avant le début du jeûne dont la rupture aura lieu à, tenez-vous bien, 19h45. Cela fera donc plus de seize heures de jeûne. Seize heures sans boire ni manger surtout. Un véritable calvaire auquel je me plie, ni par foi ni par hypocrisie, mais par communisme ! Sans doute cette raison ne sera-t-elle jamais prise au sérieux, non pas parce qu’elle ne colle pas, mais parce qu’on méprise le communisme et lui flanque des attributs qui lui sont complètement étrangers. À ce titre, la vidéo réalisée par l’ami Roland Jaccard à Paris le 10 février dernier est des plus éloquentes. Intitulée « Aymen Hacen, écrivain tunisien et communiste au Flore… », elle a littéralement cartonné sur Facebook, si bien que Roland m’a récompensé en m’offrant les Œuvres de Jaccottet en Pléiade ! Que cela ait cartonné, cela montre qu’on n’a rien compris à la chose… J’ai en tête Dionys Mascolo, qui ouvre mon journal de l’année dernière, et Blanchot, lui, encore et toujours, qui écrit dans L’Entretien infini : « Écrire en ce sens (en cette direction où il n’est pas possible, seul, de se maintenir, ni même sous le nom de tous, sans des tâtonnements, des relâchements, des tours et des détours dont les textes ici mis ensemble portent trace, et c’est, je crois leur intérêt), suppose un changement radical d’époque — la mort même, l’interruption — ou, pour parler hyperboliquement, “la fin de l’histoire”, et, par là, passe par l’avènement du communisme, reconnu comme l’affirmation ultime, le communisme étant toujours encore au-delà du communisme. Écrire devient alors une responsabilité terrible. »

Peut-être ce que j’appelle communisme, à la suite de Mascolo et de Blanchot, est-il la jonction entre la poétique, la politique et l’écriture en tant que viatique…

Le Brésil a galéré face au Chili. Une victoire des plus hasardeuses, vu que le pays organisateur a été tenu en échec par les très solides et talentueux Chiliens qui ne se sont pliés que suite à une séance de tirs au but. Nous avons été nombreuses et nombreux à encourager le Chili, allant jusqu’à invoquer Allende et Neruda ! Cela dit, avec quelques heures de recul, je me dis que c’est mieux ainsi, une défaite du Brésil aurait été des plus catastrophiques pour ce Mondial dont l’organisation reste entachée de scandales et de sang…

La Colombie, quant à elle, s’est aisément qualifiée en battant l’Uruguay par deux buts à zéro. L’absence de Suarez a été visible, dans la mesure où Diego Forlán, élu meilleur joueur du Mondial 2010 en Afrique du Sud, n’est que l’ombre de lui-même. Je pense que la Colombie battra vendredi le Brésil en quart de finale. À suivre…

Cette après-midi et ce soir deux matches. À 17h, un vrai choc entre la Hollande et le Mexique. Je m’en lèche déjà les babines ! À 21h, un match moins intéressant opposera la révélation de ce Mondial, le Costa Rica, à une équipe franchement modeste et qualifiée par hasard, la Grèce. À suivre également, parce que le foot est beau et bizarre comme la vie…

Réveil à 15h45. Une seule idée en tête : revoir le rapport que Cioran entretenait avec certains écrivains de sa génération, car s’il était ami avec Samuel Beckett, Henri Michaux, Roger Caillois, Armel Guerne, Saint-John Perse, Alain Bosquet, Mircea Eliade et Eugène Ionesco, on ne peut pas en dire autant de quelques autres à l’instar de Maurice Blanchot, Roland Barthes ou Georges Perros… Cioran vs Blanchot et/ou Cioran vs Barthes et/ ou Cioran vs Perros, à creuser, à développer, à analyser, non pas à la lumière du biographique et des humeurs personnelles de l’homme (pour ne pas sombrer dans l’anecdotique…), mais pour dégager le « système » présidant à cette prose cioranienne, laquelle prose gagne en virulence quand il est question de ces noms… Je m’explique : dans ses Œuvres, Cioran ne trace le nom de Blanchot qu’à une seule reprise dans un texte consacré à Roger Caillois. Il s’agit donc d’un hapax, néanmoins il est question de lui à plusieurs reprises dans les Cahiers. La note des Œuvres et toutes celles des Cahiers sont critiques, voire péjoratives, comme celle qui, comparaison n’est pas raison, oppose Blanchot à Caillois : « On ne peut s’empêcher de songer ici à une démarche tout opposée, à celle d’un Maurice Blanchot par exemple, qui dans l’analyse du fait littéraire, a apporté, poussée jusqu’à l’héroïsme ou jusqu’à l’asphyxie, la superstition de la profondeur, de la rumination, qui cumule les avantages du vague et du gouffre. » (in Œuvres, p. 1211.)

Dans les Cahiers, Cioran écrit : « J’explique à Edern Hallier que lire Blanchot, c’est intéressant pour la sensation de se noyer qu’on a toujours, qu’on lise n’importe quoi de lui. À partir d’un certain moment on perd pied, puis on coule sans aucune sensation de vertige, sans non plus l’effroi de l’abîme, puisqu’il ne s’agit que d’un moment inintelligible du texte, où l’on tourne en rond comme dans un tourbillon fade ; — puis on remonte à la surface, on nage, on comprend de nouveau ; après un certain temps, assez bref, on se noie derechef, et ainsi de suite. La faute en est à l’auteur, esprit profond mais fêlé, c’est-à-dire incapable de distinguer entre la pensée et le néant de pensée ; chez lui souvent l’esprit tourne à vide, sans qu’il s’en rende compte. » (p. 454)

« Le style triste — genre M. Blanchot. Pensée insaisissable, prose parfaite et incolore. » (p. 511)

« Blanchot. Il a le génie de tout obscurcir. Le critique le moins lumineux qui soit. Si on veut s’embrouiller les idées sur une œuvre, on n’a qu’à lire le commentaire qu’il en a fait. […] Le rôle d’un critique est de rendre intelligible une œuvre obscure ou volontairement obscure. Le critique doit être plus clair que l’auteur ; à quoi bon lire un commentaire plus difficile que l’œuvre qu’il commente ? (Blanchot est le critique le plus profond et le plus exaspérant que je connaisse.) » (p. 544)

« J’ai appris à taper en me servant du Dernier Homme de Blanchot. La raison en est simple. Le livre est admirablement écrit, chaque phrase est splendide en elle-même, mais ne signifie rien. Il n’y a pas de sens qui vous accroche, qui vous arrête. Il n’y a que des mots. Texte idéal pour tâtonner sur le clavier de la machine. Cet écrivain vide est quand même un des plus profonds d’aujourd’hui. Profond à cause de ce qu’il entrevoit plutôt que de ce qu’il exprime. C’est l’hermétisme élégant; ou plutôt de la rhétorique sans éloquence. Un phraseur énigmatique. Quelqu’un, un journaliste, l’avait bien dit un jour : un bavard. » (p. 622)

À fouiller… À suivre…

18h40. Le Mexique mène par un but à zéro face aux Pays-Bas. Il reste encore dix minutes à jouer. Ça sent mauvais pour Robben, Van Persie, et Cie !

18h47. Wesley Snejder égalise de la plus belle des manières : suite à un nouveau corner des Pays-Bas, Robben centre au second poteau, Huntelaar passe parfaitement en retrait vers Sneijder qui décoche une demi-volée de l’extérieur du pied droit à seize mètres du goal ! Et BUUUT ! Les Pays-Bas sortent la tête de l’eau quelques secondes plus tard, grâce à un penalty justement accordé à Arjen Robben, lequel est transformé par Huntelaar qui a remplacé Van Persie à la 76e minute !

Petit entretien téléphonique avec M.-D. S. Cela fait à peine quatre jours qu’il est agrégé et le voilà déjà en train de penser à un éventuel mastère de recherche et/ou thèse de doctorat. Ce garçon est un oiseau rare et, sans hésitation aucune, dans le monde de ténèbres où nous vivons, je peux l’assimiler sans exagération à une bougie. Ainsi, après avoir consacré un brillant mémoire de fin d’études à l’ENS de Tunis à L’Espèce humaine de Robert Antelme, il compte poursuivre ses travaux en allant à la rencontre de Maurice Blanchot. En lui parlant, j’entendis l’appel à la prière… Je n’en revenais pas et lui posai la question. La première journée s’est très vite passée entre le foot à la télé, Facebook, ces pages et la thèse. Mais, avant de terminer la communication pour aller rompre le jeûne, M.-D. S. me dit, non sans confiance : « C’est drôle que toi le communiste travailles sur un auteur de droite, voire d’extrême-droite, et que moi, qui suis quand même de droite, précisément un anarchiste de droite, je m’intéresse à deux communistes, Antelme et Blanchot… — C’est pour cela que nous sommes amis et que nous faisons bon ménage, lui répondis-je ! »

Le Costa Rica a fini par battre la Grèce après un match des plus fous. Les premiers ayant logiquement dominé et ouvert la marque, se sont vus priver d’un joueur exclu après avoir obtenu un deuxième carton jaune, ce qui a permis aux Grecs de revenir au score. Ces derniers auraient pu doubler la marque et mettre à terre le Costa Rica, n’eût été un gardien d’une agilité et d’une présence d’esprit inouïes. Aussi, suite aux matches disputés hier et d’aujourd’hui, le Brésil affrontera-t-il en quart de finale la Colombie vendredi prochain et les Pays-Bas le Costa Rica samedi. Demain est un grand jour avec deux face-à-face des plus attendus : le Nigéria viendra se mesurer à la France, mon équipe de prédilection, alors que l’Algérie tentera d’entrer dans l’histoire en tentant de s’imposer devant une équipe d’Allemagne au plus haut de son art.

*Photo : OZKOK/SIPA. 00170537_000002. 

Nous ne sommes pas loin de la rupture

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On sait au moins que, sur le plan  de l’organisation territoriale, Hollande a fait un pas vers Merkel puisque le projet de réforme territoriale divise la France en grandes régions semblables aux Länder allemands. Faut-il, selon vous, donner plus de consistance et de poids politique aux régions ?

La réalité historique de la France est très différente de la réalité historique de l’Allemagne. La réalité de l’Allemagne est fédérale, les régions en sont la base. L’identité de la France au contraire passe d’abord par son unité. C’est vrai aussi dans l’univers médiatique. Le journal fédérateur, c’est le 20 heures des grandes chaînes nationales. Je suis un républicain qui aime l’idée d’unité d’un peuple, d’une nation, de son histoire, de son identité. Je considère la division entretenue au sein de la communauté nationale comme le pire des poisons. Cette unité se conjugue, spécialement pour moi, avec des cultures et des identités locales assumées, mais la France est une nation qui rassemble et fédère, pas un puzzle de « chacun pour soi » !

Sauf que son unité, justement, est incarnée par l’Etat central. Quand celui-ci manque à ses missions, qu’il perd en légitimité, quand « Paris » n’inspire plus que de la méfiance, qu’advient-il de l’unité républicaine ?

Quand l’État manque à sa mission d’être l’armature du pays, quand il se perd dans les sables mouvants de l’impuissance ou de l’asthénie, la France est mal. C’est donc le moment de reconstruire ce qui doit l’être.

Compte tenu de tout cela, dessinez-nous un Etat, cher François Bayrou.  Entre les régions, les départements, les intercommunalités et les villes, le tout couronné par l’Etat, comment concilier les intérêts de chaque couche du mille-feuille territorial ?[access capability= »lire_inedits »]

Je propose la fusion des départements avec les régions pour créer un échelon compétent en termes d’aménagement du territoire. Laissons à la ville et à l’intercommunalité la responsabilité des problèmes de la vie quotidienne, de l’école primaire, du social, de la culture et de l’économie locale. Et que l’État soit réellement en charge de la sécurité intérieure et extérieure, de la bonne administration du patrimoine national et de la mission de transmission aux enfants d’une culture commune et des moyens de leur autonomie.

Aujourd’hui, comment les collectivités locales travaillent-elles avec Paris, c’est-à-dire l’Etat ?

Ce dialogue est pagailleux, insuffisant, la décentralisation est désordonnée, les centres de décision se chevauchent. C’est dire si, en prenant la question d’une nouvelle carte territoriale par un découpage arbitraire sans réelle logique ni légitimité, on se trompe de méthode. On ajoute de la confusion au lieu d’imposer de la clarté. La question n’est pas celle de la carte des régions, c’est celle de la simplification dans la répartition des compétences.

Au niveau le plus local, en tant que maire de Pau, quelle est votre conception de l’action politique ?

Une ville peut changer les choses de la vie. À cette échelle de proximité, d’échange, on peut trouver des solutions concrètes et rapides. En trois mois à Pau auront changé les rythmes scolaires, le plan de circulation, la propreté, l’organisation de l’administration. Bientôt la vie culturelle rejoindra le meilleur niveau, l’intégration des chercheurs dans la vie de la cité ou la mise en valeur des entrepreneurs deviendront un élément d’identité de la ville. Et tout cela dans le concret et sans retard. Pour moi, l’action politique locale doit être imaginative et exemplaire. Et chacun des citoyens a droit à la parole sur ses questions ou ses difficultés, droit d’être entendu directement par le maire, sans intermédiaire. Chez nous, c’est tous les vendredis soirs.

Et de quoi vous parlent-ils ?

De la propreté, de la sécurité, des SDF, des feux rouges mal placés, des excès de vitesse qui les embêtent, du fait qu’on ne puisse pas dormir la fenêtre ouverte, du niveau des impôts ! Ils parlent de leur vie, et c’est digne. Pour les rendez-vous individuels organisés tous les jours à la mairie, il est plutôt question d’emploi. Tout est dirigé vers l’action, car je veux qu’on sorte de l’idée qu’une élection ne change rien. J’entends bien démontrer au niveau local qu’on peut rapprocher la décision et l’action.

Certes, mais la fiscalité des Palois, ne se décide pas à Pau… La politique éducative non plus…

La fiscalité générale non, mais l’éducation peut-être que oui ! Nous avons décidé d’offrir des études dirigées tous les jours à tous les enfants du primaire. Vous me direz que ce sont de petites choses. Pour moi non. Ce sont des éléments de la vie qui peuvent contribuer à délivrer les citoyens du sentiment de lassitude infinie qu’ont installé des années d’impuissance politique.

Quoi qu’il pense de leurs politiques, le citoyen identifie sa ville et son département. Mais la région existe-t-elle pour le pays réel ?

Pour l’instant, c’est une échelle qui n’existe pas vraiment. Personne ne connaît ses élus régionaux, pas même moi ! Dans ces conditions, ceux-ci n’ont pas de comptes à rendre aux citoyens, ce qui arrange bien les présidents de région. Il faut que cela change. La fusion que je propose entre conseils régionaux et généraux doit permettre de mettre toutes les questions d’aménagement du territoire et de stratégie économique locale entre les mains d’élus identifiés, connus de leurs concitoyens. En même temps, les grands courants d’opinion pourront être associés à la gestion régionale.

À une époque où on ne sait plus très bien ce que c’est que d’être français, est-il si urgent d’expliquer ce qu’est être Palois ou Béarnais ?

Bien sûr ! Vous commettez une énorme erreur philosophique qui conduit à une névrose en voulant à toute force que chacun d’entre nous soit enfermé dans une seule identité. Or la plupart des êtres humains ont en eux plusieurs identités. Ils ont leur citoyenneté nationale, leur identité régionale ou d’origine et ils ont bien le droit de les faire vivre ensemble ! Si vous soutenez que l’identité est forcément exclusive, qu’il faut être l’un ou l’autre, Breton ou Français, mais qu’on ne peut pas être les deux, vous créez des névroses personnelles et des guerres civiles. Comme disait Simone Weil, un des principaux de nos devoirs envers l’être humain, c’est de lui permettre d’assumer sa ou ses identités,

Nul ne nie la pluralité des identités. Mais ce n’est peut-être pas le moment de relativiser l’identité nationale…

Pour un Français, l’identité nationale est plus importante que pour un citoyen du Royaume-Uni ou un Allemand. C’est notre héritage. Et c’est précisément pourquoi notre identité nationale est un lieu d’intégration. J’ai été frappé, pendant la coupe du monde, du nombre de supporteurs algériens d’origine qui le soir de l’échec de leur équipe disaient tous : « maintenant on soutient la France ! » Ce n’est donc pas le moment d’affaiblir notre identité. Mais il faut refuser de l’hystériser, de la crisper. Il faut la prendre par le haut : notre langue, notre culture, notre histoire. Tout cela est facile dès l’instant qu’on est bien dans sa peau de Français et de républicain.

Si l’on en juge par les résultats des européennes, une frange importante d’électeurs souffre d’un manque de considération.  La carte du vote FN donne ainsi l’impression que Paris – comme centre symbolique du pouvoir – et les provinces sont deux mondes qui s’éloignent. Partagez-vous cette intuition ?

Parfaitement. Mettez-vous à la place d’un citoyen de Pau. Qu’est-ce qu’il voit ? Il allume son poste de télévision, il appuie sur la télécommande, il tombe sur BFM, sur i>Télé et c’est toujours la salle des Quatre Colonnes… Il entend des mots totalement décalés par rapport à sa propre vie. Imaginez les agriculteurs de ma région qui, pour la plupart d’entre eux, n’arrivent pas à gagner le SMIC, entendant qu’à la télévision : « Cette année, le revenu des agriculteurs a augmenté de 30% ». Ça les rend fous. Et quand François Hollande annonce que « la courbe de l’emploi se redressera avant la fin de l’année » imaginez ce qu’on pense dans les quartiers où le taux de chômage est à 30 ou 40 %…

Que vous inspire la démarche de Christian Troadec, maire divers gauche de Carhaix qui a soutenu votre candidature en 2007, et conduit le mouvement des Bonnets rouges cette année ?

Je serais content de parler avec lui. Sa démarche est un symptôme ! On est dans une société dont le degré de déstabilisation et de surdité atteint des sommets. Les Bonnets rouges ont le sentiment que leur vie leur échappe. Ils ressentent confusément un besoin d’identité, de pouvoir légitime et efficace. Je ne peux pas les stigmatiser ni refuser de les entendre.

Éprouve-t-on le même sentiment de défiance à Pau ?

L’indignation est générale, même si elle a parfois des moments de calme entre deux pointes : la fièvre n’est pas à 42° tous les jours… Grosso modo, les gens d’ici pensent qu’à Paris, dans les cercles de pouvoir, on se perd dans des jeux sans intérêt et sans considération pour la vie réelle. Un jour, un mouvement se lèvera parce que notre société n’est pas démocratique. Renzi en Italie vient au moins de montrer qu’on peut récréer la confiance. Je ne suis pas sûr que ses solutions soient les bonnes, mais sur le plan symbolique c’est très fort. Alors bien sûr, ça ne va pas rétablir les finances publiques de l’Italie, mais c’est essentiel ! Une vague semblable secouera la France, parce notre peuple ne va pas rester éternellement dans la frustration. Les deux partis seront placés devant leurs insuffisances. Nous ne sommes plus très loin de la rupture ![/access]

Retrouvez la première partie de l’entretien ici.

*Photo: Hannah

Commission Juncker : les ennuis commencent

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juncker commission guigou moscovici

Mardi après-midi, Jean-Claude Juncker, candidat désigné par les chefs d’Etat pour former le collège de la Commission européenne, a été confirmé dans son rôle par le scrutin  auquel les députés européens étaient invités à prendre part.

Si les tractations du luxembourgeois ces derniers jours ont donné lieu à des supputations sur ses difficultés supposées à dégager une majorité absolue lors du vote (il lui était nécessaire de réunir sur son nom 376 voix sur les 751 que comptent l’hémicycle, l’obligeant à rassembler au-delà de la coalition dont il était candidat), le scrutin n’a finalement pas réservé de surprise.

Il incombe désormais à M. Juncker de désigner les commissaires européens l’accompagnant dans sa mission, sur proposition des dirigeants des Etats-membres. Au nombre de 27 (un représentant par pays) en plus de Juncker, ces commissaires ont la charge des différents portefeuilles européens. La France, qui tient à obtenir un portefeuille important s’est trouvée un allié potentiel avec… la cause féministe. Rassurez-vous, les Femen et autres Osez le féminisme n’ont rien à voir là-dedans. Mais tout de même.

Ainsi Androulla Vassiliou, commissaire à l’éducation depuis 2010 a annoncé avoir écrit une missive, conjointement avec ses huit collègues féminines, pour exiger que dix femmes (au minimum, cela va sans dire) soient nommées au côté de Jean-Claude Juncker, expliquant en sus que ses consoeurs et elle-même «sont très inquiètes que la prochaine Commission ne compte pas suffisamment de femmes». Soit.

Etant bien incapable de déterminer si les femmes subissent ou non des faits de discrimination, et tendant moi aussi, bonne âme, vers l’égalité, cela ne me choque pas. Ce qui m’étonne plus, c’est la volonté, bien connue en France, de décréter l’égalité sans justification particulière. Le fameux « égalitarisme » heureux et obligatoire dont les thuriféraires feignent d’ignorer les dérives, puisqu’ouvrant la voie à d’autres revendications de ce type, de plus en plus absurdes voire dangereuses pour la démocratie. On constate par ailleurs que la Commission est un peu en retard, la poursuite du dessein égalitaire ne passant pas (encore) par la parité absolue. Une femme de plus exigée à la Commission, l’ambition est maigre, concédons le. Step by step (Europe oblige). Mais enfin, passons.

La tâche est plus ardue qu’il n’y parait, la plupart des Etats membres n’ayant désigné que des postulants masculins. Charge donc à Jean-Claude Juncker de respecter un difficile équilibre dans l’attribution des portefeuilles-clés en ménageant parité sexuelle et équilibre entre petits et grands états.

Vous aurez sûrement deviné pourquoi ce lobby féministe pourrait converger avec les intérêts français. En effet, si Jean-Marc Ayrault (si, si, souvenez-vous) et surtout Pierre Moscovici sont candidats à l’attribution d’un portefeuille, Elisabeth Guigou (toujours à la pointe sur le sujet) et Pervenche Berès le sont aussi. Cette dernière s’engouffre dans la brèche féministe « La France n’a pas eu de femme commissaire européenne depuis le départ d’Édith Cresson en 1999 et que depuis l’ensemble des grands États membres ont eu des candidates commissaires qui ont parfaitement exercé leur responsabilité donc je pense qu’il y a une question qui se pose sur l’identité du commissaire français » tonne la parlementaire européenne. Si «l’intérêt de la France est d’avoir un poste économique» comme le rappelle l’Elysée, certaines voix au gouvernement s’interrogeraient sur la pertinence d’un Pierre Moscovici, tout juste débarqué de Bercy, à donner des leçons de bonne tenue économique à son successeur sous l’égide continentale. Ainsi, l’énergie et les transports seraient peut-être plus facilement atteignables, alors même que Pervenche Berès est la candidate toute désignée sur la question énergétique. Ironie de l’histoire, elle expliquait mardi dans une tribune pour Le Huffington Post qu’elle ne voterait pas, à l’instar d’un certain nombre de ses collègues socialistes de l’hémicycle, pour Jean-Claude Juncker. « Pour nous, même s’il est un candidat pro-européen, il ne nous est pas possible, aujourd’hui, de voter en faveur de Monsieur Juncker » jurait-elle dans son texte. Des déclarations qui ont semble-t-il bénéficié à Elisabeth Guigou, laquelle s’appuie sur le même argument féministe pour espérer coiffer Moscovici sur le poteau, alors même que la position d’ultra-favori du député du Doubs s’est confirmée ces dernières heures, avec l’espoir pour Hollande d’obtenir le portefeuille économique, que Guigou brigue également. Des négociations de couloir qui seraient sans intérêt si l’influence diplomatique de notre pays n’était pas sur le déclin, notamment sur la scène européenne. De quoi observer attentivement la décision de François Hollande : faire sien les vœux de parité ou prendre le risque de désigner le favori Moscovici.

*Photo : Christian Lutz/AP/SIPA. AP21597729_000002. 

Islamistes, un mot tabou?

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Inutile de prétendre et de répéter que les manifestations pro-Gaza qui se terminent en violences contre les synagogues n’ont rien à voir avec le conflit du Moyen-Orient.

Ce qui doit être interdit, ce n’est pas l’importation des conflits, c’est la guerre civile menée par les, par les…? par les… comment dire?

Voici le mot qu’on ne trouve ni dans les meilleurs discours de Hollande, de Manuel Valls ou du grands rabbin Korsia.
Ces manifestations sont le fait d’islamistes. Les islamistes sont antisionistes parce qu’ils sont anti-juifs et qu’ils ne supportent pas que des Juifs soient maîtres d’un État sur le sol de l’Islam.
Il y a eu un roi d’Angleterre qui était bègue, et qui est parvenu à force d’exercices à prononcer un magnifique discours de temps de guerre.

Que nos responsables suivent son exemple. Qu’ils s’exercent à dire et à écrire le mot islamistes, quand c’est le mot qui s’impose.

Ce ne sera pas peine perdue. Islamistes est un mot qui a de l’avenir.

Rue de la Roquette, la bien nommée

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manifestation israel palestine

Le conflit israélo-palestinien n’est pas mon problème. En tant que citoyen français, je n’ai jamais été impliqué dans cette guerre sans fin, mon pays n’y ayant jamais été engagé militairement. L’antisémitisme lui-même ne devrait pas être mon problème. Je n’appartiens pas à ce peuple, que je connais presque exclusivement à travers la Bible des chrétiens, et mon éducation fait que je n’admettrai jamais qu’une race soit considérée comme inférieure à une autre. Mes problèmes sont sans doute des « problèmes de riche », comme on dit : la sécurité et la tranquillité, composantes de « l’ordre public » que l’Etat est censé me garantir. Or dimanche dernier, en me promenant dans mon quartier, j’ai pu constater à quel point ma tranquillité et ma sécurité dépendaient de ces problèmes qui me sont étrangers.

Rue de la Roquette, en début d’après-midi, un frisson de malaise me parcourt la colonne vertébrale en croisant une bande de costauds à l’air patibulaire. A première vue, leur look mi-racaille mi-hooligan ne me permet pas de les identifier, mais ils font peur. Leurs regards noirs me dissuadent de m’attarder. Comme j’aperçois une fourgonnette de police, je me dis qu’il pourrait s’agir de flics de la BAC, ces « cow boys » en civil parfois difficiles à distinguer des voyous qu’ils interpellent de façon notoirement musclée. Sauf qu’ils portent rarement des casques de moto, des gants de combat… ou des kippas. En apercevant dans un coin de mon champ de vision la plaque « Ecole Levinas », je comprends : ces mastards nerveux sont les fameux gros bras de la communauté juive, probablement la LDJ.

Je demande ce qui se passe et un maître-chien très tendu m’explique rapidement : « On protège la communauté, parce qu’une autre a déjà été attaquée, et qu’on nous a dit qu’ils comptaient passer par ici… » Inutile de préciser qui « ils » sont. J’en déduis qu’une manifestation anti-Israël doit avoir lieu, suite aux frappes sur la bande de Gaza dont tous les journaux parlent ces jours-ci. En rentrant chez moi, alors que Google Actualités confirme mon intuition, j’entends par la fenêtre des hurlements inquiétants. Puis des sirènes, et des explosions. Et ainsi de suite. Apparemment, le service de sécurité de la synagogue était bien renseigné. Mieux que la police en tout cas. Je n’ai vu en passant qu’une petite poignée d’agents dispersés dans la rue, même pas un cordon de CRS en rang d’oignon devant l’entrée du bâtiment.

La rue de la Roquette, m’apprend Wikipédia, doit son nom à une « petite plante à fleurs jaune pâle ou blanchâtres nervée de violet, et qui poussait dans les décombres, la roquette ». En consultant les vidéos qui ne tardent pas à fleurir sur le web dès le soir-même, je suis atterré : toutes les chaises et les tables des cafés où je traîne si souvent, les poubelles aussi, ont été utilisées comme projectiles par les guérilleros urbains. Il y aurait eu plusieurs blessés. Un ami qui a filmé l’affrontement depuis sa fenêtre me l’assure : la synagogue a été prise d’assaut, et cinquante manifestants de plus auraient pu faire virer l’échauffourée au drame. « Vu le peu de forces de l’ordre en présence, il aurait pu y avoir un ou deux morts », me dit-il.

Le lendemain, c’est le choc : en découvrant les images de la manifestation, je réalise à quel point cette effrayante explosion de violence était prévisible. Parmi la foule de 7000 personnes, presque toutes d’origine arabe, qui ont défilé de Barbès jusqu’à la place de la Bastille, certains portaient des roquettes en carton-pâte. Pas des petites plantes à fleurs pales. Des armes de guerre, régulièrement utilisées par les terroristes islamistes du Hamas ciblant les populations civiles de Tel-Aviv ou d’autres villes. Sur l’une de ces imitations, un manifestant avait dessiné un drapeau israélien, en remplaçant l’étoile de David par une croix gammée. Et le cortège scandait : « Israël, assassin ! Hollande, complice ! » Le président français traité de collabo d’un régime néo-nazi, rien que ça…

L’an dernier à la même époque, des milliers de CRS et de gendarmes mobiles étaient mobilisés, partout en France, pour interpeller toute personne portant un drapeau ou un sweat-shirt rose orné d’un logo représentant un père, une mère et leurs enfants. Pas une roquette à svastika. Un étudiant propret qui tentait de leur échapper avait écopé d’une peine de prison ferme, pour avoir renversé quelques tables en se réfugiant dans un restaurant. A l’automne, un autre s’était fait embarquer pour avoir collé sur sa voiture une affiche « Hollande, démission ! ». Comment est-il possible que l’ancien ministre de l’intérieur, aujourd’hui Premier ministre, soit capable d’étouffer toute opposition à une loi « sociétale », mais pas d’assurer la sécurité de mon quartier, qui est aussi le sien ?

La rue de la Roquette porte bien son nom. J’y ai croisé Manuel Valls récemment, sorti au restaurant avec femme et enfants. Le samedi soir, on y croise plutôt des banlieusards en jogging qui viennent y agresser à trois ou quatre n’importe qui pour s’occuper. Ce dimanche, on y croisait aussi des roquettes en papier mâché symboliquement destinées à des civils étrangers, et l’on y assistait à l’attaque d’un lieu de culte français. Espérons qu’une petite plante à fleurs jaune pâle ou blanchâtres pourra refleurir un de ces jours sur ses trottoirs jonchés de décombres. Quand je bois une pinte en terrasse, je souhaite simplement avoir droit à la sécurité et à la tranquillité que la loi de mon pays me promet.

*Photo: JOBARD/SIPA.00449224_000006

Les tabous scolaires de Palestine, l’heure inversée de Bolivie…

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bolivie heure inversion

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Peut-on libérer la Palestine de ses tabous?

 Peut-on parler de la Shoah dans les établissements scolaires palestiniens ? La mésaventure du professeur Mohammed Dajani, patron du département « Études américaines » de l’université d’Al-Qods, récemment contraint à la démission, permet d’en douter. Au printemps 2011, cet intellectuel pacifiste avait bravé un tenace tabou local en publiant dans le Herald Tribune un texte intitulé : « Pourquoi les Palestiniens devraient étudier l’Holocauste ». En mars, il a aggravé son cas en proposant d’organiser –, hors temps scolaire et sans financement public – une visite d’étudiants palestiniens à Auschwitz.[access capability= »lire_inedits »]

Surprise, de très nombreux élèves se sont portés volontaires. Avant de subir toutes sortes de pressions. Résultat : beaucoup changent d’avis, 27 persistant à vouloir en savoir un peu plus sur ce trou noir de leurs programmes scolaires.

Sans surprise cette fois, le retour est plutôt mouvementé pour le professeur Dajani qui, quelques semaines après, annonce au site wasatia.info qu’il a dû présenter sa démission : « Il ne m’est plus possible d’assurer ma mission d’enseignant et d’exercer mes fonctions académiques dans des conditions sereines.» En termes moins feutrés, comprenez qu’il était dénoncé comme « traître » et « collabo » par les syndicats enseignants, et en prime contraint d’être sous protection rapprochée permanente, y compris pendant ses cours.

Cette démission, l’université aurait pu la refuser, ce qui selon Dajani aurait constitué un « message clair et fort » démontrant qu’elle « soutient la liberté académique ». Il n’en a rien été. Parler de l’Holocauste demeurera donc une activité déviante.

La question est donc posée aux Palestiniens, et à leurs autorités : libérer la Palestine, n’est-ce pas aussi, la libérer de des tabous, de la censure et de l’histoire officielle ? Quant aux Européens, il serait temps qu’ils se demandent s’il est bien raisonnable de subventionner par millions d’euros un négationnisme officiel.

Nicolas Routier

 

En Bolivie, l’heure du changement, c’est maintenant !

La Bolivie est un pays d’Amérique du Sud connu pour ses lamas, ses coups d’État, ses vizcachas (lapins à longue queue) et ses musiciens en poncho qui terrorisent nos zones piétonnes avec leurs flûtes de pan. C’est aussi le pays d’Evo Morales, chef charismatique de l’État bolivien, qui présente la particularité d’avoir été proche d’Hugo Chavez, footballeur et syndicaliste − c’est dire s’il a dû entendre des conneries dans sa vie…

Désormais, on connaîtra aussi la Bolivie pour son heure révolutionnaire. Chez nous, le changement d’heure est principalement source de contrariétés bisannuelles (grimper sur des escabeaux, retrouver le mode d’emploi du radio-réveil taïwanais, supporter les interviews télévisées de parents écolos qui imputent à l’heure d’été la cancritude de leurs marmots…) C’est très enquiquinant, mais on a fini par s’y habituer.

Du côté des Andes, les choses sont autrement plus sérieuses : changer d’heure veut dire changer d’ère : on a décidé d’y inverser le sens de rotation des aiguilles ! Désormais, sur la façade du Parlement, en plein cœur de La Paz, les badauds épatés peuvent admirer une horloge à numérotation inversée dont les aiguilles tournent vers la gauche. Une mesure pleine de bon sens, expliquent les autorités : dans l’hémisphère Sud, le soleil  tourne vers la gauche, les horloges doivent donc faire itou.

Si vous trouvez ça seulement absurde ou rigolo, c’est sans doute que vous n’êtes pas un follower de Marcelo Elio, président evomoraliste de la Chambre des députés : « L’horloge inversée, explique-t-il sur son compte Twitter,  signifie que pour nous, le Nord est le Sud. » Et pour les indécrottables mal-comprenants, il a précisé sa pensée dans un autre tweet : le but du jeu est bel et bien de « mettre fin aux injustices au Nord par un nouvel ordre mondial qui naîtrait au Sud ».

En résumé, la gauche est la droite, la vérité est le mensonge, le Nord est le Sud. Une philosophie trop géniale que devrait méditer notre gauche indigène, dont on dit trop souvent qu’elle est déboussolée.[/access]

François-Xavier Ajavon

*Photo: Juan Karita/AP/SIPA.AP21588497_000002

Petites bouchées froides

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mahmoud darwich ramadan pirotte

mahmoud darwich ramadan pirotte

Lundi 30 juin 2014-2 ramadan 1435

Pas beaucoup dormi. Réveillé par un coup de fil de la direction de l’ENS de Tunis concernant les surveillances et le concours d’entrée qui commence mercredi. Comme je ne fais pas partie du jury du concours, je n’aurai pas à surveiller. Bon débarras, me dis-je en me félicitant, les transports, la chaleur et le ramadan me semblant assez peu propices à des activités de ce genre. Ce n’est certes pas à moi de trancher quant au ramadan en disant que, tel qu’il est pratiqué chez nous et partout dans le monde arabe, il est contre-productif, mais je peux me hasarder en avançant que, comme tout l’indique rien ne va plus. Dans l’état de décrépitude et de déliquescence que vivent notre économie et nos finances, nous devons mettre les bouchées doubles et ne pas céder aux démons de la superstition. Aussi, à cet homme que je respecte tant et envers qui je me sens le devoir de dire la vérité et jusque le fond de ma pensée, me suis-je permis de dire au téléphone : « Merci de vos vœux pour le ramadan, mais à la place de la piété et du recueillement que vous me souhaitez pour le saint mois, je vous propose le travail et l’engagement ! » Il ne s’est certes pas trop attardé sur ma remarque, mais je sais qu’il ne l’a pas mal prise.

Par ailleurs, ce que je dis — et qui choque comme cela a été le cas à plusieurs reprises — vaudra son pensant d’or lorsque, dans deux ans, le ramadan coïncidera avec les examens et concours officiels. Quand les parents verront la prunelle de leurs yeux souffrir le martyre, plus évanouis que sur pied, semblables à ces mouches maladroites et moribondes que l’on aperçoit à la fin des automnes froids, cela donnera suffisamment de raisons pour que les consciences se réveillent enfin et œuvrent pour un véritable changement des choses… Mais je rêve sûrement…

Victoire douloureuse des Bleus contre le Nigéria par deux buts à zéro. Je jubile, je crie, je saute, je chante, je danse, je fais le fou ! Mais, avec des arguments — passez-moi le mot — bidon, certains s’en prennent à la France souhaitant que le Coq se fasse plumer par les Super Eagles ! Tous ceux que j’ai eus sous la dent, faute de les croquer, je les ai mordus, y compris ma petite sœur Imen ! C’est que je suis un fanatique des Bleus et j’avoue que c’est idéologique : « Vous les aigris, les jaloux, les complexés, les inconséquents ! Vous qui rêvez d’elle, la France, de sa lumière, de ses Lumières, de ses papiers ! Vous qui voulez sa perte, sa défaite, sa ruine ! Vous… vous… vous… Qui êtes-vous ? Elle est VICTORIEUSE, la BLACK, BLANC, BEUR, la digne fille de Voltaire ! » — Ce lyrisme-là, si footballistique soit-il, n’est pas sans me déplaire ! Après tout, je m’amuse sérieusement !

Il est 21h25. Je suis entre ces pages de journal et le match qui oppose la  Mannschaft aux Fennecs d’Algérie. Ces derniers tiennent le coup devant cette solide formation allemande qui joue ce soir sans son prestigieux 6, le germano-tunisien Sami Khedira, dont le père est notre voisin à Hammamet. Khedira est absent parce que ses parents ont été victimes d’un braquage à main armée au Brésil. Sûrement traumatisé, le sélectionneur allemand Joachim Löw a préféré le garder sur le banc à l’entame ; mais, vu la prestation algérienne qui contrôle le milieu du terrain, je crois qu’il sera dans l’obligation de le faire rentrer. À suivre…

Une connaissance sur Facebook (pour ne pas employer le très galvaudé « ami ») m’envoie un lien sur Youtube. Il s’agit d’un poème de Mahmoud Darwich récité par le poète lui-même. Elle souhaite que je l’écoute. Sans doute la pièce en question est-elle à l’image de son état d’âme, qui est celui de beaucoup de personnes ces temps-ci. Ramadan oblige… Elle ignore toutefois que j’ai traduit ce poème il y a à peine deux semaines :

Rien ne me plaît

« Rien ne me plaît, dit un voyageur dans le bus, ni la radio
Ni les journaux du matin, ni les citadelles sur les collines.
J’ai envie de pleurer. »
« Attends qu’on arrive et pleure tout ton saoul », répondit le chauffeur
« Moi non plus, dit une dame, rien ne me plaît. J’ai montré ma tombe à mon fils.
Elle lui a plu : il s’y est endormi et ne m’a pas fait ses adieux. »
L’universitaire dit : « Moi non plus, rien ne me plaît.
J’ai étudié l’archéologie et je n’ai jamais trouvé
Mon identité dans une pierre. Suis-je vraiment
Moi-même ? »
Un soldat dit alors : « Moi non plus, rien ne me plaît
Je traque une ombre qui me traque. »
Nerveux, le chauffeur dit alors : « Terminus ! Préparez-vous à descendre.
Tous lui crient : « Nous voulons aller au-delà du terminus,
Continuez donc ! »
Quant à moi, je dis : « Faites-moi descendre. Je suis comme eux, rien ne me plaît, mais je suis fatigué du voyage. »

Une belle pièce, extraite de l’un des derniers recueils de Darwich, Ne t’excuse pas, paru en 2004, soit quatre ans avant la disparition de celui que je considère comme le plus grand poète arabe de la seconde moitié du XXe siècle et du début du XXIe.

L’Algérie a été battue par l’Allemagne au bout d’une partie littéralement épique. Deux buts à un. 120 minutes de jeu. Un régal certes, mais une grande déception. Je suis abattu… La France affrontera l’Allemagne vendredi. Je suis sûr que les Bleus vengeront les Fennecs !

Reçu un courriel d’Anthony Dufraisse, qui dirige la revue Patchwork : il me demande un texte sur feu Jean-Claude Pirotte. C’est Yves [Leclair] qui lui a communiqué mon adresse électronique. Ça tombe bien, vu que j’ai relu Pirotte au cours de ces dernières semaines pour l’hommage que je lui ai rendu mercredi dernier à la Bibliothèque Nationale de Tunisie. Le décès de Jean-Claude, survenu samedi 24 mai, est sûrement l’un des événements qui m’ont le plus affecté depuis la disparition de feu Sadok Morjène jeudi 29 août 2013. Comme j’ai dédié Casuistique de l’égoïsme Journal du ramadan 1434-2013 à la mémoire de feu Sadok Morjène, je compte faire de même avec Pirotte en lui offrant le long poème sur lequel je travaille depuis plusieurs mois. Poème que j’ai décidé d’intituler Tunisité et dont l’ami François Bon a publié des extraits sur son site. Pour Patchwork, je compte écrire un texte intimiste, un souvenir poétique de Pirotte, une évocation de nos échanges, de ma visite chez lui à Arbois en février 2008. Ce sera un texte différent de ma communication « Le goût du vin », lecture proprement académique prononcée dans le cadre d’un colloque à la Manouba en avril 2010 et qui paraît en décembre prochain dans la belle revue dirigée par ma grande amie Mihaela, Alkemie, laquelle revue est née à Sibiu en Roumanie avec de très petits moyens et qui, grâce au courage et à la conviction de l’équipe, est, non seulement publiée désormais chez un prestigieux éditeur parisien, mais encore elle reçoit des textes de grands écrivains, penseurs, traducteurs et chercheurs.

*Photo : ANDERSEN ULF/SIPA. SIPAUSA30051511_000007.

Affaire Taubira : juger ou militer, il faut choisir

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Lorsqu’est tombée l’information sur le jugement du tribunal correctionnel de Cayenne et l’annonce de la condamnation d’une ancienne candidate du Front national à une peine de prison ferme de neuf mois pour injures racistes, la première réaction du praticien fut celle de la réactivation du vieil adage : « une justice pour l’exemple est rarement une justice exemplaire ». Mais, immédiatement, le débat qui fit rage fut celui du quantum de la peine. Répartition des camps en trois tiers : « C’est trop, c’est normal, ce n’est pas assez ». Personnellement, je n’en discuterai pas. Le législateur a donné au juge une fourchette, son interprétation est son problème.
Premier sourire devant certaines contradictions, notamment chez les grands pourfendeurs du laxisme taubirien, qui trouvent que cette fois-ci elle y a été un peu fort. Deuxième sourire lorsque l’on constate que les mêmes redécouvrent le « principe de proportionnalité en matière pénale » après l’avoir oublié pour Nicolas Sarkozy. Le praticien, toujours lui, se demande comment on en est arrivé là, à une décision aussi «clivante» comme on dit aujourd’hui, et quand même tout à fait surprenante. Ce jugement n’est pas tombé du ciel, alors que s’est-il passé ? Beaucoup d’informations dont on dispose quarante-huit heures plus tard sont à prendre au conditionnel. Nous l’emploierons donc souvent. Et puis, il faut également éviter de se voir épinglé sur le « nouveau mur des cons », c’est-à-dire la liste des dangereux propagateurs du « populisme judiciaire des élites ».

Les faits ? Une candidate aux municipales du Front national dans l’est de la France, a «posté » sur son « compte Facebook » une série de photos pour comparer la Garde des Sceaux Christiane Taubira à un singe. Initiative assez dégueulasse qui amena le FN à lui retirer son investiture et les électeurs à la renvoyer à ses chères études…
Le déclenchement de la procédure ? À 10 000 kilomètres de là, une association sur laquelle on a peu de renseignements si ce n’est qu’elle serait l’enveloppe d’un parti indépendantiste guyanais, celui de Christiane Taubira, une petite recherche internet situant le siège social au domicile guyanais de celle-ci, lance une procédure sur citation directe devant le tribunal correctionnel. Premières observations, compte tenu de la diffusion sur Internet des documents incriminés, cette compétence territoriale est possible. Elle aurait dû cependant, au plan du respect des principes et dans la volonté d’une bonne administration de la justice, être soigneusement évitée. Le contexte guyanais, ainsi que le reconnaîtra de façon assez extraordinaire la décision, ne garantissait pas la sérénité des débats. Le devoir du parquet, mais aussi du tribunal était de solliciter auprès de la Cour de Cassation le « dépaysement » de l’affaire ». L’éloignement rendait également difficile pour la prévenue, mais aussi le Front national cité comme coauteur (!) de mettre en place une défense digne de ce nom. En ce qui concerne l’ex-candidate, l’obstacle matériel était probablement insurmontable. On dit que le choix d’un avocat métropolitain s’imposait, car une rumeur insistante, (à laquelle personnellement je ne peux pas croire) prétend que l’ensemble des avocats guyanais aurait refusé de prendre cette défense en charge. Dans une procédure de cette nature, cette présence de proximité était pourtant indispensable. Si ces faits étaient avérés, les avocats guyanais successeurs de Gaston Monnerville se seraient quand même un peu déshonorés. Par conséquent, aucune défense digne de ce nom, que ce soit de Madame Leclère ou du Front national n’a pu être mise en œuvre. La Convention Européenne des Droits de l’Homme, ratifiée par la France et qui par conséquent lui est opposable, prévoit expressément dans son article 6 le « droit au procès équitable ». Une abondante jurisprudence en a bien défini les contours. La procédure de Guyane ne répond pas aux impératifs qui sont supérieurs aux règles techniques locales. Les conditions d’une justice sereine n’étaient pas réunies et la défense nécessaire au débat contradictoire arbitré par le juge n’a pas pu se mettre en place. Les magistrats qui ont statué, n’ont pas les eu moyens d’appliquer le principe de « personnalisation des peines » ne sachant pas qui était Madame Leclère, quelle était son histoire, les raisons de son acte, etc.

J’ai déjà dit dans ces colonnes l’importance de la forme dans le procès pénal par application du principe de Rudolf von Jhuring : « adversaire acharnée de l’arbitraire, la forme est la sœur jumelle de la liberté ». Une décision de justice n’est légitime que si elle est l’aboutissement d’une procédure irréprochable. Sinon, elle est un acte d’une autre nature. Et il semble bien que le jugement du tribunal correctionnel de Guyane encoure cette qualification.
Madame Taubira, Garde des Sceaux, était la cible de cette injure inadmissible. Est-il heureux que ce soit une association à laquelle elle serait liée qui engage l’action publique par la voix d’une citation directe, procédure assez rare qui permet à n’importe qui de se substituer au parquet pour engager des poursuites ? Est-il heureux dans, le souci d’une justice sereine, que toute la procédure se soit déroulée dans son département d’origine certes territoire français, mais, ou indiscutablement ces questions de racisme sont particulièrement sensibles ? Faut-il se réjouir de l’absence de défense et de débat contradictoire ? Eh bien non, ce n’est pas comme cela que les choses auraient dû se passer. Tout d’abord, il existe une procédure spécifique aux ministres qui ont fait l’objet de diffamation ou d’injures. Pourquoi n’a-t-elle pas été utilisée ? Pourquoi le parquet territorialement compétent pour la résidence de Madame Leclère est-il resté passif ? Pourquoi les grandes associations habituellement si promptes à réagir (SOS Racisme, LICRA ? MRAP) sont-elles restées coites ? Ceux qui parleront de vendetta ou d’opération politique risquent de trouver leur public.
Et ce n’est pas la lecture de la décision elle-même, maintenant en partie disponible, qui risque de les faire changer d’avis.
J’invite à une lecture attentive de ce qui ressemble plus à un tract qu’à ce qu’on a l’habitude de commenter dans les revues juridiques. On y trouvera cependant quelques nouveautés jurisprudentielles assez ébouriffantes.
« Attendu en effet que l’attaque frontale à la dignité de l’homme justifie une sanction qui ne se limite pas une punition financière… Mais qui s’attache aussi à la personne du délinquant ». Justement, la personnalité du délinquant n’était pas connue du tribunal.

On assiste aussi à la consécration de la responsabilité pénale collective puisqu’il est dit précisément que : « attendu que si le FN n’est pas l’auteur matériel de l’infraction, il sera démontré qu’il y a participé par instigation et fourniture de moyens ; qu’il est évident que l’infraction commise par Madame Leclère aurait eu un retentissement sans commune mesure si elle n’avait pas été candidate du Front National aux élections municipales de Rethel ». Oupsss, donc si on comprend bien, les partis politiques vont être pénalement responsables des infractions commises par leurs militants, candidats ou élus, du fait de la notoriété que donne leur appartenance à l’infraction commise. Mais dites donc, le Parti Socialiste aurait-il du mouron à se faire pour les présumées fraudes fiscales de Jérôme Cahuzac ? Autre facteur d’implication comme coauteur du Front national (qui a immédiatement suspendu la candidate lorsqu’il a appris la publication raciste), les condamnations précédentes de Jean-Marie Le Pen. Petit détail la loi interdit au juge ce genre de pratique.

Le tribunal retient également la responsabilité de ce parti dans la commission de l’infraction par ce que : « en ne s’assurant pas des opinions républicaines (de son candidat)… Le Front national a participé aux délits commis par Madame Leclère. » Royalistes, anarchistes, partisans de la dictature du prolétariat, interdits d’élections. Et désormais, pour les partis, avant de présenter un candidat, vérification de ses opinions profondes. Le jugement ne dit pas par quel moyen (police de la pensée, détecteur de mensonges, utilisation des neurosciences ?). Autre facteur d’incrimination directe du Front national, le fait d’avoir un « programme visant à limiter l’immigration de façon drastique ». Moi qui croyais qu’il s’agissait d’une opinion politique (qui n’est pas la mienne) pouvant librement s’exprimer dans un pays démocratique, j’avais tout faux.

Il y a d’autres perles, mais un peu consterné, on s’en tiendra là. À la première lecture j’espérais que ce fut un fake. Il semble que non. Chacun se fera son opinion.
Tout cela est malheureusement désolant. Bien évidemment, la lutte contre le racisme n’y trouvera pas son compte. Et au contraire, le Front national peut se frotter les mains. Reste la question de savoir si c’est un excès de zèle ou une provocation délibérée. J’espère vraiment l’excès de zèle.

Jugement de Cayenne: comparaison n’est pas raison

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Apparemment, dans la France nouvelle, selon que vous serez noir ou blanc, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir. Plus précisément, selon que vous serez mulâtresse ou blonde, vous serez jugée à des enseignes différentes. Il n’a échappé à personne que la bêtasse ancienne candidate du Front national à Rethel, depuis exclue du parti, vient d’être condamnée, à Cayenne, à neuf mois ferme. Notons que la coupable du nord-est, que tous les commis d’office avaient refusé de défendre, n’avait même pas les moyens de se rendre au tribunal guyanais. Les bagnards, au moins, on leur payait le voyage, à l’époque.

Mais, au-delà de l’apparente iniquité du procès, qui opposait à une petite commerçante de la France oubliée le parti du ministre de la Justice en exercice, laquelle est par ailleurs connue pour ses projets de loi anti-répressifs[1. Procès qui n’est pas sans rappeler dans la disproportion des forces celui que remporta la bourgeoise Rokhaya Diallo contre « Samir », travailleur handicapé et bègue qui avait appelé au viol de la fondatrice des Indivisibles sur Twitter.]  , on peut se poser quelques questions sur la tolérance à l’injure dans ce pays.

J’imagine qu’il ne doit pas être agréable d’être comparé à un singe. Mais l’est-il plus de l’être à un étron ? C’est pourtant à quoi Laurent Ruquier, reprenant un délicat dessin de Charlie Hebdo, avait identifié Marine Le Pen à la télévision. Et pour quoi il a été relaxé. De plus, s’il s’agit de juger la diffusion de la parole haineuse, quel média est le plus performant, d’une émission de très grande écoute sur une chaîne nationale, ou du blog obscur d’une candidate inconnue ? Mais c’est Charlie Hebdo qui en est l’auteur, et comme chacun sait, la mention satirique en haut du magazine confère tous les droits. On ne saurait trop conseiller aux journalistes de Minute, avant qu’ils consacrent leur prochaine Une à la sempiternelle Taubira, d’apposer le mot sur la couv. Fini les ennuis.

Mais en l’occurrence, objectera-t-on, il s’agissait d’une impétrante aux fonctions politiques, que le sérieux de la tâche qu’elle souhaitait exercer aurait dû retenir. Certainement. On espère donc que Jean Bourdeau, attaché parlementaire PS du sénateur Jean-Pierre Michel, qui avait traité Marion Le Pen de « conne » et de « salope » sur Twitter et qui affirmait ne certainement pas le regretter, goûtera aussi aux neuf mois fermes désormais de rigueur dans la France régénérée.

À moins qu’il se trouve quelque historien de haut vol et citoyen pour démontrer que Marion Le Pen est responsable de la Shoah, de Fachoda, de la peste noire et de l’éruption du Vésuve. Et comme l’on sait, dans la République, pas de dignité pour les ennemis de la dignité.

Oui au jihad à la française!

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gaza jihad manif roquette

gaza jihad manif roquette

Il aurait été de bonne guerre que la racaille judéophobe et salafisante finisse sa manifestation pro-palestinienne du 14 juillet sous les fenêtres de l’ambassade israélienne en hurlant « Israël assassin » comme au bon vieux temps de Stéphane Hessel. Au lieu des indignés menaçants, nous avons vu des casseurs armés et enragés, qui auraient pu figurer dans un clip du groupe de rap Sexion d’assaut, attaquer la synagogue de la rue de la Roquette au cocktail Molotov.

J’étais déjà affligé par l’émergence de ce salafisme des banlieues qu’annonçait Askolovitch, à la française : charia modérée, jihad spirituel et respect de la loi, revendications françaises et barbes sur tuniques identiques à d’autres portées par ceux qui nous promettent mille morts et mettent leur monde à feu et à sang, et le nôtre parfois. La réalité dépasse toutes nos désespérances. Un salafisme nouveau, combattant et décomplexé me fait regretter l’obscurantisme d’Asko. Enfin celui décrit par Askolovitch, vous l’aurez compris. De nouveaux Mohamed Merah ou Mehdi Nemmouche sont à craindre. Les spécialistes n’expriment que des inquiétudes et les rares bonnes nouvelles en cachent de bien mauvaises : les centaines de jeunes ou de familles qui ont quitté la France sans indemnités de départ pour combattre en Syrie pourraient bien revenir, armés de mauvaises intentions et de recettes explosives.

Nous avons un problème. Même ceux qui hier, craignaient surtout l’amalgamisme, ceux qui dénonçaient l’islamophobie, les fantasmes et la paranoïa concèdent que nous avons un problème, et une question brûlante : qu’allons-nous en faire ? Qu’allons-nous faire de cette jeunesse française qui rejette son pays et rejoint idéologiquement ou physiquement nos ennemis déclarés ? Voulons-nous, avec le ministre de l’Intérieur, demander l’aide des familles et nous entendre répondre par Abderrahmane Dahmane, qui préside l’association Conseil des démocrates musulmans de France, « Il n’y a pas d’indicateur dans la communauté. La police n’a qu’à faire son travail »? Voulons-nous vraiment récupérer ceux qui nous ont pourri la vie par la délinquance et qui la menacent à présent par le terrorisme ?

En attendant qu’une majorité de Français puisse répondre « non » à toutes ces questions, j’ai réfléchi à des réponses et à des solutions concrètes. Je suis prêt, si le chef de l’état m’appelait pour me demander quoi faire, à mettre mes propositions au service de la France. Je commencerai par financer une filière jihadiste à destination de la Syrie, au départ de mon département (j’habite à deux pas de Brétigny où les blessés et les secouristes se font dépouiller par les autochtones quand les trains déraillent), car j’ai à cœur d’expurger mon environnement proche des délinquants qui y pullulent. Evidemment, comme je suis philanthrope, je ne les lâcherai pas en pleine nature mais les livrerai dès leur arrivée, aux amis de Bachar (quand j’écris son nom, je vois un éléphant, à cause du nom ou des oreilles, va savoir) qui ne les recevront pas en grande pompe mais avec des fusils à pompe, ce qui est mieux que rien.

Pour en faire venir d’autres, j’écrirai à leurs nombreux cousins de fausses lettres que je ferai traduire en français racaille par un survivant de l’expédition en le torturant (on ne fait pas d’omelette sans arracher des couilles), pour les inviter à venir prendre part à la guerre sainte, par le viol et le meurtre d’infidèles. « Eh Mouloud, ici, ça déchire trop sa race, les sœurs sucent comme sur Canal +, on a des guns de oufs et on peut niquer tous les koufars qu’on veut,  (Je reprends le français littéraire qui revient au galop) sans être embarrassés par les tracasseries administratives de l’institution judiciaire française ». « Ne m’en parle pas Rachid, mon frère a encore son bracelet électronique et moi, j’ai eu deux rappels à la loi le mois dernier. La France crève de sa paperasse, je le disais encore hier à l’assistante sociale : pas moyen de toucher une allocation sans remplir un formulaire, alors qu’on sait tout juste écrire « mort aux juifs ». Si ce n’est pas de la discrimination, je me demande ce que c’est. J’appelle le défenseur des droits et je fais ma valise. Il fait beau ? Je prends mon bermuda ?»

En réalité, une mise de départ suffira à amorcer la pompe à racailles islamisées et sanguinaires. Les lettres truquées des uns, morts, attireront les autres aussi sûrement que le joueur de flûte de Hamelin dans le conte des frères Grimm. Et des informateurs appointés n’auront plus qu’à mettre en relation ces engagés dans les brigades internationales de l’Oumma avec les autorités du pays d’accueil pour réduire chez nous la pénurie de logements, le déficit de l’assurance maladie, la courbe du chômage, l’encombrement de la justice, la surpopulation carcérale, les chiffres de la criminalité, la montée de l’antisémitisme, l’effondrement du niveau scolaire et j’en passe. Les disparitions massives finiront par inquiéter ceux de nos compatriotes qui se soucient du sort de leurs coreligionnaires et nous verrons peut être les Indigènes de la République ou les amis des Frères musulmans envoyer des observateurs qui ne manqueront pas de subir le même sort que ces jeunes stigmatisés et discriminés chez nous et éliminés là-bas. Ainsi, un cercle vertueux pourra se mettre à tourner pour nous débarrasser de ceux qui se déclarent nos ennemis sans que nos belles âmes n’aient à se salir les mains. On peut toujours rêver.

Mais mon plan comporte une faille, et de taille. Seul, je ne pourrai vider le pays de tous ces indésirables. Il faudra rendre l’opération « financement de filières djihadistes » accessible  à tous les citoyens volontaires, et déductible des impôts car d’intérêt général. Un petit obstacle d’ordre juridique devra être réglé. Je crois savoir que la loi permet la déchéance de la nationalité pour les auteurs d’actes terroristes mais empêche les Etats de laisser des individus dans des statuts d’apatrides. Il faudra alors reprendre des relations diplomatiques avec le régime de Bachar (sans trompe) et prier son gouvernement de bien vouloir élever nos ressortissants indésirables et expulsés au rang de citoyens syriens pour qu’ils soient accueillis et redirigés vers les vierges d’Allah qu’ils méritent. Je suis volontaire pour  composer leur oraison funèbre. Qu’on ne me remercie pas, c’est de bon cœur. Après tout, ils sont Français. Comme vous et moi.

*Photo : SEVGI/SIPA. 00688396_000008. 

Petites bouchées froides

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cioran coupe monde blanchot

cioran coupe monde tunisie

Dimanche 29 juin 2014-1er ramadan 1435

1h55. À peine une heure et quart avant le début du jeûne dont la rupture aura lieu à, tenez-vous bien, 19h45. Cela fera donc plus de seize heures de jeûne. Seize heures sans boire ni manger surtout. Un véritable calvaire auquel je me plie, ni par foi ni par hypocrisie, mais par communisme ! Sans doute cette raison ne sera-t-elle jamais prise au sérieux, non pas parce qu’elle ne colle pas, mais parce qu’on méprise le communisme et lui flanque des attributs qui lui sont complètement étrangers. À ce titre, la vidéo réalisée par l’ami Roland Jaccard à Paris le 10 février dernier est des plus éloquentes. Intitulée « Aymen Hacen, écrivain tunisien et communiste au Flore… », elle a littéralement cartonné sur Facebook, si bien que Roland m’a récompensé en m’offrant les Œuvres de Jaccottet en Pléiade ! Que cela ait cartonné, cela montre qu’on n’a rien compris à la chose… J’ai en tête Dionys Mascolo, qui ouvre mon journal de l’année dernière, et Blanchot, lui, encore et toujours, qui écrit dans L’Entretien infini : « Écrire en ce sens (en cette direction où il n’est pas possible, seul, de se maintenir, ni même sous le nom de tous, sans des tâtonnements, des relâchements, des tours et des détours dont les textes ici mis ensemble portent trace, et c’est, je crois leur intérêt), suppose un changement radical d’époque — la mort même, l’interruption — ou, pour parler hyperboliquement, “la fin de l’histoire”, et, par là, passe par l’avènement du communisme, reconnu comme l’affirmation ultime, le communisme étant toujours encore au-delà du communisme. Écrire devient alors une responsabilité terrible. »

Peut-être ce que j’appelle communisme, à la suite de Mascolo et de Blanchot, est-il la jonction entre la poétique, la politique et l’écriture en tant que viatique…

Le Brésil a galéré face au Chili. Une victoire des plus hasardeuses, vu que le pays organisateur a été tenu en échec par les très solides et talentueux Chiliens qui ne se sont pliés que suite à une séance de tirs au but. Nous avons été nombreuses et nombreux à encourager le Chili, allant jusqu’à invoquer Allende et Neruda ! Cela dit, avec quelques heures de recul, je me dis que c’est mieux ainsi, une défaite du Brésil aurait été des plus catastrophiques pour ce Mondial dont l’organisation reste entachée de scandales et de sang…

La Colombie, quant à elle, s’est aisément qualifiée en battant l’Uruguay par deux buts à zéro. L’absence de Suarez a été visible, dans la mesure où Diego Forlán, élu meilleur joueur du Mondial 2010 en Afrique du Sud, n’est que l’ombre de lui-même. Je pense que la Colombie battra vendredi le Brésil en quart de finale. À suivre…

Cette après-midi et ce soir deux matches. À 17h, un vrai choc entre la Hollande et le Mexique. Je m’en lèche déjà les babines ! À 21h, un match moins intéressant opposera la révélation de ce Mondial, le Costa Rica, à une équipe franchement modeste et qualifiée par hasard, la Grèce. À suivre également, parce que le foot est beau et bizarre comme la vie…

Réveil à 15h45. Une seule idée en tête : revoir le rapport que Cioran entretenait avec certains écrivains de sa génération, car s’il était ami avec Samuel Beckett, Henri Michaux, Roger Caillois, Armel Guerne, Saint-John Perse, Alain Bosquet, Mircea Eliade et Eugène Ionesco, on ne peut pas en dire autant de quelques autres à l’instar de Maurice Blanchot, Roland Barthes ou Georges Perros… Cioran vs Blanchot et/ou Cioran vs Barthes et/ ou Cioran vs Perros, à creuser, à développer, à analyser, non pas à la lumière du biographique et des humeurs personnelles de l’homme (pour ne pas sombrer dans l’anecdotique…), mais pour dégager le « système » présidant à cette prose cioranienne, laquelle prose gagne en virulence quand il est question de ces noms… Je m’explique : dans ses Œuvres, Cioran ne trace le nom de Blanchot qu’à une seule reprise dans un texte consacré à Roger Caillois. Il s’agit donc d’un hapax, néanmoins il est question de lui à plusieurs reprises dans les Cahiers. La note des Œuvres et toutes celles des Cahiers sont critiques, voire péjoratives, comme celle qui, comparaison n’est pas raison, oppose Blanchot à Caillois : « On ne peut s’empêcher de songer ici à une démarche tout opposée, à celle d’un Maurice Blanchot par exemple, qui dans l’analyse du fait littéraire, a apporté, poussée jusqu’à l’héroïsme ou jusqu’à l’asphyxie, la superstition de la profondeur, de la rumination, qui cumule les avantages du vague et du gouffre. » (in Œuvres, p. 1211.)

Dans les Cahiers, Cioran écrit : « J’explique à Edern Hallier que lire Blanchot, c’est intéressant pour la sensation de se noyer qu’on a toujours, qu’on lise n’importe quoi de lui. À partir d’un certain moment on perd pied, puis on coule sans aucune sensation de vertige, sans non plus l’effroi de l’abîme, puisqu’il ne s’agit que d’un moment inintelligible du texte, où l’on tourne en rond comme dans un tourbillon fade ; — puis on remonte à la surface, on nage, on comprend de nouveau ; après un certain temps, assez bref, on se noie derechef, et ainsi de suite. La faute en est à l’auteur, esprit profond mais fêlé, c’est-à-dire incapable de distinguer entre la pensée et le néant de pensée ; chez lui souvent l’esprit tourne à vide, sans qu’il s’en rende compte. » (p. 454)

« Le style triste — genre M. Blanchot. Pensée insaisissable, prose parfaite et incolore. » (p. 511)

« Blanchot. Il a le génie de tout obscurcir. Le critique le moins lumineux qui soit. Si on veut s’embrouiller les idées sur une œuvre, on n’a qu’à lire le commentaire qu’il en a fait. […] Le rôle d’un critique est de rendre intelligible une œuvre obscure ou volontairement obscure. Le critique doit être plus clair que l’auteur ; à quoi bon lire un commentaire plus difficile que l’œuvre qu’il commente ? (Blanchot est le critique le plus profond et le plus exaspérant que je connaisse.) » (p. 544)

« J’ai appris à taper en me servant du Dernier Homme de Blanchot. La raison en est simple. Le livre est admirablement écrit, chaque phrase est splendide en elle-même, mais ne signifie rien. Il n’y a pas de sens qui vous accroche, qui vous arrête. Il n’y a que des mots. Texte idéal pour tâtonner sur le clavier de la machine. Cet écrivain vide est quand même un des plus profonds d’aujourd’hui. Profond à cause de ce qu’il entrevoit plutôt que de ce qu’il exprime. C’est l’hermétisme élégant; ou plutôt de la rhétorique sans éloquence. Un phraseur énigmatique. Quelqu’un, un journaliste, l’avait bien dit un jour : un bavard. » (p. 622)

À fouiller… À suivre…

18h40. Le Mexique mène par un but à zéro face aux Pays-Bas. Il reste encore dix minutes à jouer. Ça sent mauvais pour Robben, Van Persie, et Cie !

18h47. Wesley Snejder égalise de la plus belle des manières : suite à un nouveau corner des Pays-Bas, Robben centre au second poteau, Huntelaar passe parfaitement en retrait vers Sneijder qui décoche une demi-volée de l’extérieur du pied droit à seize mètres du goal ! Et BUUUT ! Les Pays-Bas sortent la tête de l’eau quelques secondes plus tard, grâce à un penalty justement accordé à Arjen Robben, lequel est transformé par Huntelaar qui a remplacé Van Persie à la 76e minute !

Petit entretien téléphonique avec M.-D. S. Cela fait à peine quatre jours qu’il est agrégé et le voilà déjà en train de penser à un éventuel mastère de recherche et/ou thèse de doctorat. Ce garçon est un oiseau rare et, sans hésitation aucune, dans le monde de ténèbres où nous vivons, je peux l’assimiler sans exagération à une bougie. Ainsi, après avoir consacré un brillant mémoire de fin d’études à l’ENS de Tunis à L’Espèce humaine de Robert Antelme, il compte poursuivre ses travaux en allant à la rencontre de Maurice Blanchot. En lui parlant, j’entendis l’appel à la prière… Je n’en revenais pas et lui posai la question. La première journée s’est très vite passée entre le foot à la télé, Facebook, ces pages et la thèse. Mais, avant de terminer la communication pour aller rompre le jeûne, M.-D. S. me dit, non sans confiance : « C’est drôle que toi le communiste travailles sur un auteur de droite, voire d’extrême-droite, et que moi, qui suis quand même de droite, précisément un anarchiste de droite, je m’intéresse à deux communistes, Antelme et Blanchot… — C’est pour cela que nous sommes amis et que nous faisons bon ménage, lui répondis-je ! »

Le Costa Rica a fini par battre la Grèce après un match des plus fous. Les premiers ayant logiquement dominé et ouvert la marque, se sont vus priver d’un joueur exclu après avoir obtenu un deuxième carton jaune, ce qui a permis aux Grecs de revenir au score. Ces derniers auraient pu doubler la marque et mettre à terre le Costa Rica, n’eût été un gardien d’une agilité et d’une présence d’esprit inouïes. Aussi, suite aux matches disputés hier et d’aujourd’hui, le Brésil affrontera-t-il en quart de finale la Colombie vendredi prochain et les Pays-Bas le Costa Rica samedi. Demain est un grand jour avec deux face-à-face des plus attendus : le Nigéria viendra se mesurer à la France, mon équipe de prédilection, alors que l’Algérie tentera d’entrer dans l’histoire en tentant de s’imposer devant une équipe d’Allemagne au plus haut de son art.

*Photo : OZKOK/SIPA. 00170537_000002. 

Nous ne sommes pas loin de la rupture

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francois bayrou regions pau

francois bayrou regions pau

On sait au moins que, sur le plan  de l’organisation territoriale, Hollande a fait un pas vers Merkel puisque le projet de réforme territoriale divise la France en grandes régions semblables aux Länder allemands. Faut-il, selon vous, donner plus de consistance et de poids politique aux régions ?

La réalité historique de la France est très différente de la réalité historique de l’Allemagne. La réalité de l’Allemagne est fédérale, les régions en sont la base. L’identité de la France au contraire passe d’abord par son unité. C’est vrai aussi dans l’univers médiatique. Le journal fédérateur, c’est le 20 heures des grandes chaînes nationales. Je suis un républicain qui aime l’idée d’unité d’un peuple, d’une nation, de son histoire, de son identité. Je considère la division entretenue au sein de la communauté nationale comme le pire des poisons. Cette unité se conjugue, spécialement pour moi, avec des cultures et des identités locales assumées, mais la France est une nation qui rassemble et fédère, pas un puzzle de « chacun pour soi » !

Sauf que son unité, justement, est incarnée par l’Etat central. Quand celui-ci manque à ses missions, qu’il perd en légitimité, quand « Paris » n’inspire plus que de la méfiance, qu’advient-il de l’unité républicaine ?

Quand l’État manque à sa mission d’être l’armature du pays, quand il se perd dans les sables mouvants de l’impuissance ou de l’asthénie, la France est mal. C’est donc le moment de reconstruire ce qui doit l’être.

Compte tenu de tout cela, dessinez-nous un Etat, cher François Bayrou.  Entre les régions, les départements, les intercommunalités et les villes, le tout couronné par l’Etat, comment concilier les intérêts de chaque couche du mille-feuille territorial ?[access capability= »lire_inedits »]

Je propose la fusion des départements avec les régions pour créer un échelon compétent en termes d’aménagement du territoire. Laissons à la ville et à l’intercommunalité la responsabilité des problèmes de la vie quotidienne, de l’école primaire, du social, de la culture et de l’économie locale. Et que l’État soit réellement en charge de la sécurité intérieure et extérieure, de la bonne administration du patrimoine national et de la mission de transmission aux enfants d’une culture commune et des moyens de leur autonomie.

Aujourd’hui, comment les collectivités locales travaillent-elles avec Paris, c’est-à-dire l’Etat ?

Ce dialogue est pagailleux, insuffisant, la décentralisation est désordonnée, les centres de décision se chevauchent. C’est dire si, en prenant la question d’une nouvelle carte territoriale par un découpage arbitraire sans réelle logique ni légitimité, on se trompe de méthode. On ajoute de la confusion au lieu d’imposer de la clarté. La question n’est pas celle de la carte des régions, c’est celle de la simplification dans la répartition des compétences.

Au niveau le plus local, en tant que maire de Pau, quelle est votre conception de l’action politique ?

Une ville peut changer les choses de la vie. À cette échelle de proximité, d’échange, on peut trouver des solutions concrètes et rapides. En trois mois à Pau auront changé les rythmes scolaires, le plan de circulation, la propreté, l’organisation de l’administration. Bientôt la vie culturelle rejoindra le meilleur niveau, l’intégration des chercheurs dans la vie de la cité ou la mise en valeur des entrepreneurs deviendront un élément d’identité de la ville. Et tout cela dans le concret et sans retard. Pour moi, l’action politique locale doit être imaginative et exemplaire. Et chacun des citoyens a droit à la parole sur ses questions ou ses difficultés, droit d’être entendu directement par le maire, sans intermédiaire. Chez nous, c’est tous les vendredis soirs.

Et de quoi vous parlent-ils ?

De la propreté, de la sécurité, des SDF, des feux rouges mal placés, des excès de vitesse qui les embêtent, du fait qu’on ne puisse pas dormir la fenêtre ouverte, du niveau des impôts ! Ils parlent de leur vie, et c’est digne. Pour les rendez-vous individuels organisés tous les jours à la mairie, il est plutôt question d’emploi. Tout est dirigé vers l’action, car je veux qu’on sorte de l’idée qu’une élection ne change rien. J’entends bien démontrer au niveau local qu’on peut rapprocher la décision et l’action.

Certes, mais la fiscalité des Palois, ne se décide pas à Pau… La politique éducative non plus…

La fiscalité générale non, mais l’éducation peut-être que oui ! Nous avons décidé d’offrir des études dirigées tous les jours à tous les enfants du primaire. Vous me direz que ce sont de petites choses. Pour moi non. Ce sont des éléments de la vie qui peuvent contribuer à délivrer les citoyens du sentiment de lassitude infinie qu’ont installé des années d’impuissance politique.

Quoi qu’il pense de leurs politiques, le citoyen identifie sa ville et son département. Mais la région existe-t-elle pour le pays réel ?

Pour l’instant, c’est une échelle qui n’existe pas vraiment. Personne ne connaît ses élus régionaux, pas même moi ! Dans ces conditions, ceux-ci n’ont pas de comptes à rendre aux citoyens, ce qui arrange bien les présidents de région. Il faut que cela change. La fusion que je propose entre conseils régionaux et généraux doit permettre de mettre toutes les questions d’aménagement du territoire et de stratégie économique locale entre les mains d’élus identifiés, connus de leurs concitoyens. En même temps, les grands courants d’opinion pourront être associés à la gestion régionale.

À une époque où on ne sait plus très bien ce que c’est que d’être français, est-il si urgent d’expliquer ce qu’est être Palois ou Béarnais ?

Bien sûr ! Vous commettez une énorme erreur philosophique qui conduit à une névrose en voulant à toute force que chacun d’entre nous soit enfermé dans une seule identité. Or la plupart des êtres humains ont en eux plusieurs identités. Ils ont leur citoyenneté nationale, leur identité régionale ou d’origine et ils ont bien le droit de les faire vivre ensemble ! Si vous soutenez que l’identité est forcément exclusive, qu’il faut être l’un ou l’autre, Breton ou Français, mais qu’on ne peut pas être les deux, vous créez des névroses personnelles et des guerres civiles. Comme disait Simone Weil, un des principaux de nos devoirs envers l’être humain, c’est de lui permettre d’assumer sa ou ses identités,

Nul ne nie la pluralité des identités. Mais ce n’est peut-être pas le moment de relativiser l’identité nationale…

Pour un Français, l’identité nationale est plus importante que pour un citoyen du Royaume-Uni ou un Allemand. C’est notre héritage. Et c’est précisément pourquoi notre identité nationale est un lieu d’intégration. J’ai été frappé, pendant la coupe du monde, du nombre de supporteurs algériens d’origine qui le soir de l’échec de leur équipe disaient tous : « maintenant on soutient la France ! » Ce n’est donc pas le moment d’affaiblir notre identité. Mais il faut refuser de l’hystériser, de la crisper. Il faut la prendre par le haut : notre langue, notre culture, notre histoire. Tout cela est facile dès l’instant qu’on est bien dans sa peau de Français et de républicain.

Si l’on en juge par les résultats des européennes, une frange importante d’électeurs souffre d’un manque de considération.  La carte du vote FN donne ainsi l’impression que Paris – comme centre symbolique du pouvoir – et les provinces sont deux mondes qui s’éloignent. Partagez-vous cette intuition ?

Parfaitement. Mettez-vous à la place d’un citoyen de Pau. Qu’est-ce qu’il voit ? Il allume son poste de télévision, il appuie sur la télécommande, il tombe sur BFM, sur i>Télé et c’est toujours la salle des Quatre Colonnes… Il entend des mots totalement décalés par rapport à sa propre vie. Imaginez les agriculteurs de ma région qui, pour la plupart d’entre eux, n’arrivent pas à gagner le SMIC, entendant qu’à la télévision : « Cette année, le revenu des agriculteurs a augmenté de 30% ». Ça les rend fous. Et quand François Hollande annonce que « la courbe de l’emploi se redressera avant la fin de l’année » imaginez ce qu’on pense dans les quartiers où le taux de chômage est à 30 ou 40 %…

Que vous inspire la démarche de Christian Troadec, maire divers gauche de Carhaix qui a soutenu votre candidature en 2007, et conduit le mouvement des Bonnets rouges cette année ?

Je serais content de parler avec lui. Sa démarche est un symptôme ! On est dans une société dont le degré de déstabilisation et de surdité atteint des sommets. Les Bonnets rouges ont le sentiment que leur vie leur échappe. Ils ressentent confusément un besoin d’identité, de pouvoir légitime et efficace. Je ne peux pas les stigmatiser ni refuser de les entendre.

Éprouve-t-on le même sentiment de défiance à Pau ?

L’indignation est générale, même si elle a parfois des moments de calme entre deux pointes : la fièvre n’est pas à 42° tous les jours… Grosso modo, les gens d’ici pensent qu’à Paris, dans les cercles de pouvoir, on se perd dans des jeux sans intérêt et sans considération pour la vie réelle. Un jour, un mouvement se lèvera parce que notre société n’est pas démocratique. Renzi en Italie vient au moins de montrer qu’on peut récréer la confiance. Je ne suis pas sûr que ses solutions soient les bonnes, mais sur le plan symbolique c’est très fort. Alors bien sûr, ça ne va pas rétablir les finances publiques de l’Italie, mais c’est essentiel ! Une vague semblable secouera la France, parce notre peuple ne va pas rester éternellement dans la frustration. Les deux partis seront placés devant leurs insuffisances. Nous ne sommes plus très loin de la rupture ![/access]

Retrouvez la première partie de l’entretien ici.

*Photo: Hannah

Commission Juncker : les ennuis commencent

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juncker commission guigou moscovici

Mardi après-midi, Jean-Claude Juncker, candidat désigné par les chefs d’Etat pour former le collège de la Commission européenne, a été confirmé dans son rôle par le scrutin  auquel les députés européens étaient invités à prendre part.

Si les tractations du luxembourgeois ces derniers jours ont donné lieu à des supputations sur ses difficultés supposées à dégager une majorité absolue lors du vote (il lui était nécessaire de réunir sur son nom 376 voix sur les 751 que comptent l’hémicycle, l’obligeant à rassembler au-delà de la coalition dont il était candidat), le scrutin n’a finalement pas réservé de surprise.

Il incombe désormais à M. Juncker de désigner les commissaires européens l’accompagnant dans sa mission, sur proposition des dirigeants des Etats-membres. Au nombre de 27 (un représentant par pays) en plus de Juncker, ces commissaires ont la charge des différents portefeuilles européens. La France, qui tient à obtenir un portefeuille important s’est trouvée un allié potentiel avec… la cause féministe. Rassurez-vous, les Femen et autres Osez le féminisme n’ont rien à voir là-dedans. Mais tout de même.

Ainsi Androulla Vassiliou, commissaire à l’éducation depuis 2010 a annoncé avoir écrit une missive, conjointement avec ses huit collègues féminines, pour exiger que dix femmes (au minimum, cela va sans dire) soient nommées au côté de Jean-Claude Juncker, expliquant en sus que ses consoeurs et elle-même «sont très inquiètes que la prochaine Commission ne compte pas suffisamment de femmes». Soit.

Etant bien incapable de déterminer si les femmes subissent ou non des faits de discrimination, et tendant moi aussi, bonne âme, vers l’égalité, cela ne me choque pas. Ce qui m’étonne plus, c’est la volonté, bien connue en France, de décréter l’égalité sans justification particulière. Le fameux « égalitarisme » heureux et obligatoire dont les thuriféraires feignent d’ignorer les dérives, puisqu’ouvrant la voie à d’autres revendications de ce type, de plus en plus absurdes voire dangereuses pour la démocratie. On constate par ailleurs que la Commission est un peu en retard, la poursuite du dessein égalitaire ne passant pas (encore) par la parité absolue. Une femme de plus exigée à la Commission, l’ambition est maigre, concédons le. Step by step (Europe oblige). Mais enfin, passons.

La tâche est plus ardue qu’il n’y parait, la plupart des Etats membres n’ayant désigné que des postulants masculins. Charge donc à Jean-Claude Juncker de respecter un difficile équilibre dans l’attribution des portefeuilles-clés en ménageant parité sexuelle et équilibre entre petits et grands états.

Vous aurez sûrement deviné pourquoi ce lobby féministe pourrait converger avec les intérêts français. En effet, si Jean-Marc Ayrault (si, si, souvenez-vous) et surtout Pierre Moscovici sont candidats à l’attribution d’un portefeuille, Elisabeth Guigou (toujours à la pointe sur le sujet) et Pervenche Berès le sont aussi. Cette dernière s’engouffre dans la brèche féministe « La France n’a pas eu de femme commissaire européenne depuis le départ d’Édith Cresson en 1999 et que depuis l’ensemble des grands États membres ont eu des candidates commissaires qui ont parfaitement exercé leur responsabilité donc je pense qu’il y a une question qui se pose sur l’identité du commissaire français » tonne la parlementaire européenne. Si «l’intérêt de la France est d’avoir un poste économique» comme le rappelle l’Elysée, certaines voix au gouvernement s’interrogeraient sur la pertinence d’un Pierre Moscovici, tout juste débarqué de Bercy, à donner des leçons de bonne tenue économique à son successeur sous l’égide continentale. Ainsi, l’énergie et les transports seraient peut-être plus facilement atteignables, alors même que Pervenche Berès est la candidate toute désignée sur la question énergétique. Ironie de l’histoire, elle expliquait mardi dans une tribune pour Le Huffington Post qu’elle ne voterait pas, à l’instar d’un certain nombre de ses collègues socialistes de l’hémicycle, pour Jean-Claude Juncker. « Pour nous, même s’il est un candidat pro-européen, il ne nous est pas possible, aujourd’hui, de voter en faveur de Monsieur Juncker » jurait-elle dans son texte. Des déclarations qui ont semble-t-il bénéficié à Elisabeth Guigou, laquelle s’appuie sur le même argument féministe pour espérer coiffer Moscovici sur le poteau, alors même que la position d’ultra-favori du député du Doubs s’est confirmée ces dernières heures, avec l’espoir pour Hollande d’obtenir le portefeuille économique, que Guigou brigue également. Des négociations de couloir qui seraient sans intérêt si l’influence diplomatique de notre pays n’était pas sur le déclin, notamment sur la scène européenne. De quoi observer attentivement la décision de François Hollande : faire sien les vœux de parité ou prendre le risque de désigner le favori Moscovici.

*Photo : Christian Lutz/AP/SIPA. AP21597729_000002. 

Islamistes, un mot tabou?

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Inutile de prétendre et de répéter que les manifestations pro-Gaza qui se terminent en violences contre les synagogues n’ont rien à voir avec le conflit du Moyen-Orient.

Ce qui doit être interdit, ce n’est pas l’importation des conflits, c’est la guerre civile menée par les, par les…? par les… comment dire?

Voici le mot qu’on ne trouve ni dans les meilleurs discours de Hollande, de Manuel Valls ou du grands rabbin Korsia.
Ces manifestations sont le fait d’islamistes. Les islamistes sont antisionistes parce qu’ils sont anti-juifs et qu’ils ne supportent pas que des Juifs soient maîtres d’un État sur le sol de l’Islam.
Il y a eu un roi d’Angleterre qui était bègue, et qui est parvenu à force d’exercices à prononcer un magnifique discours de temps de guerre.

Que nos responsables suivent son exemple. Qu’ils s’exercent à dire et à écrire le mot islamistes, quand c’est le mot qui s’impose.

Ce ne sera pas peine perdue. Islamistes est un mot qui a de l’avenir.

Rue de la Roquette, la bien nommée

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manifestation israel palestine

manifestation israel palestine

Le conflit israélo-palestinien n’est pas mon problème. En tant que citoyen français, je n’ai jamais été impliqué dans cette guerre sans fin, mon pays n’y ayant jamais été engagé militairement. L’antisémitisme lui-même ne devrait pas être mon problème. Je n’appartiens pas à ce peuple, que je connais presque exclusivement à travers la Bible des chrétiens, et mon éducation fait que je n’admettrai jamais qu’une race soit considérée comme inférieure à une autre. Mes problèmes sont sans doute des « problèmes de riche », comme on dit : la sécurité et la tranquillité, composantes de « l’ordre public » que l’Etat est censé me garantir. Or dimanche dernier, en me promenant dans mon quartier, j’ai pu constater à quel point ma tranquillité et ma sécurité dépendaient de ces problèmes qui me sont étrangers.

Rue de la Roquette, en début d’après-midi, un frisson de malaise me parcourt la colonne vertébrale en croisant une bande de costauds à l’air patibulaire. A première vue, leur look mi-racaille mi-hooligan ne me permet pas de les identifier, mais ils font peur. Leurs regards noirs me dissuadent de m’attarder. Comme j’aperçois une fourgonnette de police, je me dis qu’il pourrait s’agir de flics de la BAC, ces « cow boys » en civil parfois difficiles à distinguer des voyous qu’ils interpellent de façon notoirement musclée. Sauf qu’ils portent rarement des casques de moto, des gants de combat… ou des kippas. En apercevant dans un coin de mon champ de vision la plaque « Ecole Levinas », je comprends : ces mastards nerveux sont les fameux gros bras de la communauté juive, probablement la LDJ.

Je demande ce qui se passe et un maître-chien très tendu m’explique rapidement : « On protège la communauté, parce qu’une autre a déjà été attaquée, et qu’on nous a dit qu’ils comptaient passer par ici… » Inutile de préciser qui « ils » sont. J’en déduis qu’une manifestation anti-Israël doit avoir lieu, suite aux frappes sur la bande de Gaza dont tous les journaux parlent ces jours-ci. En rentrant chez moi, alors que Google Actualités confirme mon intuition, j’entends par la fenêtre des hurlements inquiétants. Puis des sirènes, et des explosions. Et ainsi de suite. Apparemment, le service de sécurité de la synagogue était bien renseigné. Mieux que la police en tout cas. Je n’ai vu en passant qu’une petite poignée d’agents dispersés dans la rue, même pas un cordon de CRS en rang d’oignon devant l’entrée du bâtiment.

La rue de la Roquette, m’apprend Wikipédia, doit son nom à une « petite plante à fleurs jaune pâle ou blanchâtres nervée de violet, et qui poussait dans les décombres, la roquette ». En consultant les vidéos qui ne tardent pas à fleurir sur le web dès le soir-même, je suis atterré : toutes les chaises et les tables des cafés où je traîne si souvent, les poubelles aussi, ont été utilisées comme projectiles par les guérilleros urbains. Il y aurait eu plusieurs blessés. Un ami qui a filmé l’affrontement depuis sa fenêtre me l’assure : la synagogue a été prise d’assaut, et cinquante manifestants de plus auraient pu faire virer l’échauffourée au drame. « Vu le peu de forces de l’ordre en présence, il aurait pu y avoir un ou deux morts », me dit-il.

Le lendemain, c’est le choc : en découvrant les images de la manifestation, je réalise à quel point cette effrayante explosion de violence était prévisible. Parmi la foule de 7000 personnes, presque toutes d’origine arabe, qui ont défilé de Barbès jusqu’à la place de la Bastille, certains portaient des roquettes en carton-pâte. Pas des petites plantes à fleurs pales. Des armes de guerre, régulièrement utilisées par les terroristes islamistes du Hamas ciblant les populations civiles de Tel-Aviv ou d’autres villes. Sur l’une de ces imitations, un manifestant avait dessiné un drapeau israélien, en remplaçant l’étoile de David par une croix gammée. Et le cortège scandait : « Israël, assassin ! Hollande, complice ! » Le président français traité de collabo d’un régime néo-nazi, rien que ça…

L’an dernier à la même époque, des milliers de CRS et de gendarmes mobiles étaient mobilisés, partout en France, pour interpeller toute personne portant un drapeau ou un sweat-shirt rose orné d’un logo représentant un père, une mère et leurs enfants. Pas une roquette à svastika. Un étudiant propret qui tentait de leur échapper avait écopé d’une peine de prison ferme, pour avoir renversé quelques tables en se réfugiant dans un restaurant. A l’automne, un autre s’était fait embarquer pour avoir collé sur sa voiture une affiche « Hollande, démission ! ». Comment est-il possible que l’ancien ministre de l’intérieur, aujourd’hui Premier ministre, soit capable d’étouffer toute opposition à une loi « sociétale », mais pas d’assurer la sécurité de mon quartier, qui est aussi le sien ?

La rue de la Roquette porte bien son nom. J’y ai croisé Manuel Valls récemment, sorti au restaurant avec femme et enfants. Le samedi soir, on y croise plutôt des banlieusards en jogging qui viennent y agresser à trois ou quatre n’importe qui pour s’occuper. Ce dimanche, on y croisait aussi des roquettes en papier mâché symboliquement destinées à des civils étrangers, et l’on y assistait à l’attaque d’un lieu de culte français. Espérons qu’une petite plante à fleurs jaune pâle ou blanchâtres pourra refleurir un de ces jours sur ses trottoirs jonchés de décombres. Quand je bois une pinte en terrasse, je souhaite simplement avoir droit à la sécurité et à la tranquillité que la loi de mon pays me promet.

*Photo: JOBARD/SIPA.00449224_000006