Bleuet et poppy. Photo : bpmm.

Si l’envie vous prend de vouloir tirer une leçon de la cérémonie de commémoration du 11 novembre, allez regarder du côté du football. Oui, je dis bien du football. Vendredi 11 novembre, la France a remporté d’un but la victoire face aux Etats-Unis. Samedi 12, c’était au tour de l’Angleterre de gagner le match amical contre l’Espagne.

L’intérêt de ces matchs ne réside ni dans la qualité du jeu ni dans le résultat, mais dans leur dimension symbolique.

Avant le coup d’envoi, le stade de Wembley a observé une minute de silence et le traditionnel poppy (coquelicot) était sur tous les maillots des joueurs de l’équipe d’Angleterre. Rappelons que cette fleur symbolise le sang versé dans les terribles tranchées des Flandres ainsi que le sens du sacrifice et de l’honneur dont firent preuve les anciens combattants. Une semaine auparavant, la Fifa avait néanmoins refusé le port de ce symbole prétextant que le poppy allait à l’encontre des lois internationales du football qui interdisent d’afficher tout signe à caractère politique, religieux ou commercial pendant les matchs internationaux.

Or les Anglais n’apprécient guère qu’on s’en prenne à leurs symboles. Grâce au tollé populaire, au lobbying obstiné du sélectionneur, Fabio Capello, au mécontentement des joueurs diffusant des tweets d’indignation et à l’intervention salutaire de David Cameron et du Prince Williams himself, l’équipe d’Angleterre a finalement obtenu gain de cause.

L’équipe de France de football, elle, a chaussé ses crampons le 11 novembre, mais ce fut comme si elle jouait un match comme les autres. Le timide appel du bleuet lancé par le Député UMP Patrick Beaudouin le 9 novembre n’a visiblement pas été entendu.

Épris d’un patriotisme de la dernière heure, le député du Val-de-Marne, gaulliste de cœur et sarkozyste de raison, avait sollicité le Président de la Fédération Française de Football pour que les joueurs arborent le fameux et trop oublié bleuet lors du match contre les Américains le soir du 11 novembre. En vain. Le député Beaudouin a peut-être cru que l’association de soutien aux victimes de guerre, Bleuet de France, jouissait d’un dynamisme et d’une popularité semblable à la Royal British Legion et que le bleuet, comme le poppy, serait proposé dans tous les magasins et cafés, irait fleurir cravates, écharpes, pulls, déferlerait sur les sites Internet de nos journaux et aurait une page Facebook dédiée.

Bref, le député Beaudouin s’est cru en Angleterre, où la transmission de la mémoire se conjugue au présent, où le 11 novembre ne se commémore pas le jour J, mais est vécu avant et après. Dès la mi-octobre, quelque soit l’âge, le sexe ou le statut social, l’ensemble de la société arbore fièrement le célèbre poppy. Et lorsque la onzième heure du onzième jour du onzième mois sonne, l’agitation de Trafalgar Square cesse, le silence se fait pendant deux longues minutes avant qu’une nappe de milliers de poppies vienne recouvrir l’eau de la fontaine. Chaque année, le Poppy appeal est couronné de succès.

Chez nous, le bleuet, simple fleur sans signification historique, ne fleurit pas nos boutonnières. Ici, le 11 novembre correspond à une commémoration officielle qui fédère le temps d’un rendez-vous cathodique. Chez nous, le lien entre les individus se vit à travers le prisme des luttes sociales, mais n’est pas rattaché à la vision historique d’un passé connu, reconnu, symbolisé, aimé et respecté. La médiasphère arbore bien volontiers le ruban du Sidaction et s’étourdit avec les chiffres du Téléthon, mais n’accorde pas le droit de cité au bleuet. À croire que les 1,4 millions de soldats morts sur le champ de bataille, bilan presque deux fois plus lourd que celui de nos alliés britanniques, ne le méritent pas.

Au lieu de tomber dans l’écueil du patchwork commémoratif, Nicolas Sarkozy aurait peut-être dû remettre au goût du jour le bleuet et faire sienne la phrase du Maréchal Foch :
« Parce qu’un homme sans mémoire est un homme sans vie, un peuple sans mémoire est un peuple sans avenir… »[1. Pour plus d’infos, comparez le site de la Royal British Legion et celui du Bleuet de France.].

PS : Réjouissons nous mais pas trop vite !
L’appel du Député Patrick Beaudouin a bien été entendu par la FFF. Les joueurs de l’équipe de France ont bien porté le Bleuet lors du match contre les Etats-Unis le soir du 11 novembre.
Néanmoins, la comparaison avec nos amis Anglais reste évidente. Les joueurs de l’équipe d’Angleterre ont porté le « poppy » brodé sur un brassard noir pendant les 90 minutes du match après avoir respecté religieusement une minute de silence, tandis que l’équipe de France a arboré le bleuet seulement pendant les hymne nationaux.

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