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Pologne: Duda veut «reconstruire la communauté nationale»

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élection présidentielle Pologne Andrzej Duda

(Avec AFP) – Quand ce ne sont pas de nouveaux partis radicaux et populistes, comme en Grèce ou en Espagne, ce sont les conservateurs qui profitent le plus de la défiance des pays européens à l’égard de l’Union…

Après la réélection de David Cameron au Royaume-Uni, le conservateur Andrzej Duda a été élu dimanche président de la Pologne, avec 52% des suffrages, selon un sondage, battant le chef de l’Etat sortant de centre droit Bronislaw Komorowski (48%) qui a reconnu immédiatement sa défaite.

La victoire du juriste de 43 ans, qui devrait être confirmée officiellement lundi soir, pourrait ouvrir la voie au retour au pouvoir de son maître à penser Jaroslaw Kaczynski, chef du parti conservateur Droit et Justice (PiS), à l’occasion des législatives prévues en automne.

Le premier sondage sortie des urnes de l’institut Ipsos a crédité M. Duda de 53% de suffrages, mais une estimation plus précise, basée sur les résultats officiels d’un certain nombre de bureaux, a réduit ensuite son score à 52%.

M. Komorowski, plus inspiré par le fair play américain que par le sectarisme à la française, a loyalement félicité son adversaire. « Chers amis, on n’a pas réussi cette fois-ci. Les citoyens d’une Pologne libre et démocratique en ont décidé ainsi », a-t-il dit à ses sympathisants. « Je lui souhaite un bon mandat présidentiel, car je souhaite du bien à la Pologne », a ajouté le président sortant qui achèvera son mandat le 6 août.

A l’état-major de M. Duda, l’annonce du résultat a été accueillie par une explosion de joie. Le vainqueur a remercié M. Komorowski pour ses paroles, ainsi que ceux qui ont voté pour lui, en souhaitant qu’ils « soient encore plus nombreux aux prochaines élections ».

« Ceux qui ont voté pour moi ont voté en effet pour le changement, a-t-il poursuivi. Je suis profondément convaincu que nous sommes en mesure de reconstruire la communauté nationale dans notre pays, que nous pouvons être ensemble et redresser ensemble ce pays ».

M. Duda, député européen du PiS quasiment inconnu à la veille de la campagne, était le candidat de son parti, tandis que M. Komorowski, 62 ans, était soutenu par le parti libéral Plateforme civique (PO), au pouvoir depuis bientôt huit ans.

Les pouvoirs du chef de l’Etat sont relativement limités en Pologne, mais la cohabitation du jeune conservateur avec le gouvernement PO de Mme Ewa Kopacz pourrait s’avérer difficile, tant les deux partis ont des politiques divergentes.

M. Duda a fait, lors de la campagne, plusieurs promesses, s’engageant notamment à ramener l’âge de la retraite de 67 à 65 ans – ce qui annulerait une réforme des libéraux – et à réduire les impôts, des projets coûteux qui relèvent cependant de la compétence du gouvernement et du parlement.

Il est resté relativement vague sur l’autre domaine où le chef de l’Etat a son mot à dire, la politique étrangère, promettant toutefois de défendre les intérêts nationaux des Polonais. Son parti étant ouvertement eurosceptique, des experts prévoient de possibles tensions avec l’Union européenne, dont le Conseil est actuellement présidé par l’ancien Premier ministre libéral polonais Donald Tusk.

Chef incontesté du parti Droit et Justice, Jaroslaw Kaczynski, frère jumeau de l’ancien président Lech Kaczynski mort dans un accident d’avion à Smolensk en Russie, ne cache pas son ambition de revenir au pouvoir, alors que depuis huit ans cet ancien Premier ministre n’a accumulé que des défaites électorales.

Il a tout misé sur son candidat, jeune et dynamique, restant pratiquement invisible lors de la campagne et se contentant d’interventions sur la station catholique Radio Maryja et sa télévision Trwam.

Qu’arrivera-t-il aux libéraux ? Le politologue Mikolaj Czesnik entrevoit deux scénarios.

« Le premier, c’est la désintégration de la Plateforme civique : tout le monde se disperse dans la crainte d’un échec aux législatives. A sa place se créent une ou deux formations nouvelles. Le deuxième suppose une réflexion sur la manière de mobiliser ceux, malgré tout très nombreux, qui ont soutenu Bronislaw Komorowski. Si cela réussissait, la PO pourrait encore remporter les élections », estime-t-il.

L’ancien leader de l’opposition anticommuniste de gauche Adam Michnik, aujourd’hui à la tête d’un des plus grands quotidiens polonais, Gazeta Wyborcza, a pris un ton bien plus dramatique dans un commentaire pour son site web, estimant que la Pologne risquait de « prendre un chemin de velours vers la dictature ». Mélenchon, pourtant pas gêné de défiler sous des drapeaux rouges ornés de la faucille et du marteau, n’aurait sans doute pas dit mieux.

Enfin, tandis que l’Irlande vient d’infliger un camouflet à ses instances religieuses, M. Duda, qui lors de la campagne a exprimé sur des problèmes de société des vues proches de ceux de l’Eglise catholique, a été félicité dès dimanche soir par l’épiscopat polonais. Saint Jean-Paul II, priez pour l’Europe…

*Photo : © AFP WOJTEK RADWANSKI

Réforme des heures sup au Japon: mourir dans la culpabilité?

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(Avec AFP) – Au Japon, l’élite des travailleurs en col blanc n’aura bientôt plus droit au paiement des heures sup. Cette réforme kamikaze suscite l’inquiétude dans un pays où le dévouement pour l’entreprise peut conduire au « karoshi », un burnout mortel.

Une telle abnégation au travail a failli coûter la vie à Teruyuki Yamashita. Epuisé d’enchaîner les voyages d’affaires à l’étranger et les nuits blanches, cet ancien chef des ventes a fini à l’hôpital il y a six ans, victime d’une hémorragie méningée.

Il a survécu après trois semaines en soins intensifs mais a perdu la vue. « Quand je me suis réveillé, j’ai dit à l’infirmière qu’il faisait noir. Je ne m’étais pas rendu compte que j’étais devenu aveugle », raconte le cadre commercial de 53 ans.

A l’image de M. Yamashita, de nombreux salariés japonais acceptent de trimer au détriment de leur famille et de leur santé, un surmenage qui aboutit à des centaines de morts chaque année par AVC, crise cardiaque ou suicide.

Ce phénomène est tellement répandu au Japon qu’on lui a donc donné un nom – « karoshi » signifie littéralement « mort par excès de travail » – et qu’il est reconnu comme maladie professionnelle.

Pourtant le mois dernier, le gouvernement conservateur de Shinzo Abe a approuvé une réforme visant à permettre aux entreprises de supprimer purement et simplement le paiement d’heures sup (au-delà de 40 heures par semaine) pour ceux qui gagnent au moins 10,75 millions de yens (80 000 euros), tels que les traders ou consultants.

Japon travail heures supplémentaires burnout

Les salariés concernés seront désormais rémunérés sur leur performance, et non plus sur le temps passé au bureau, expliquent les partisans du texte, qui espèrent sa prochaine adoption par le Parlement.

Inutile donc de s’éterniser le soir ou d’arriver aux aurores si la tâche est accomplie vite et bien, arguent-ils, voyant dans ce projet un moyen d’améliorer la productivité (réputée faible au Japon).

Et de promettre, pour apaiser les critiques, que les employés zélés pourront choisir s’ils le souhaitent de rester soumis à l’ancien système.

Toutefois, dans les faits, il leur sera difficile de refuser, de peur de se faire taper sur les doigts, et au final ils continueront à turbiner plus longtemps sans la moindre compensation, rétorquent des experts.

« Le gouvernement veut créer un système dans lequel les compagnies n’auront plus à rémunérer les heures sup », s’insurge Koji Morioka, professeur émérite à l’université Kwansei Gakuin, qui redoute une « accélération des décès par surmenage ».

La réforme, s’étonne au passage l’universitaire, va à l’encontre d’une précédente loi votée l’été dernier, précisément destinée à prévenir ce type de décès.

Selon les conditions actuelles, seulement 4% des employés du secteur privé – soit 1,85 million de personnes – tomberaient sous le coup de cette mesure, mais la fédération patronale Keidanren ne compte pas s’en tenir là.

« Nous devons réfléchir à abaisser le seuil de revenus pour l’appliquer à un plus grand nombre de personnes », a récemment plaidé le patron du Medef local.

Si une évolution des mentalités se dessine, 22,3% des Japonais s’escriment encore au labeur 50 heures ou plus chaque semaine, bien au-delà des 12,7% recensés en Grande-Bretagne, 11,3% aux Etats-Unis et à peine 8,2% en France, selon l’Organisation pour la coopération et le développement économiques (OCDE).

Quant aux congés payés, 16% des employés à temps plein n’ont pris aucun jour en 2013, rechignant à s’absenter par sentiment de culpabilité, selon une étude du gouvernement. Et en moyenne, les Nippons ne prennent du bon temps que neuf jours par an – la moitié des vacances auxquelles ils ont droit.

La même année, ont été recensés 196 décès et suicides liés à un travail excessif, et ce n’est que la partie émergée de l’iceberg, souligne Shigeru Waki, enseignant à l’université Ryukoku.

« Il y en beaucoup plus qui sont morts ou tombés malade pour cause de surmenage, mais c’est très difficile à prouver », assure-t-il.

Avec cette nouvelle loi, les patrons ne garderont plus trace des heures sup et il sera encore plus difficile d’évaluer l’ampleur du problème, prévient M. Waki.

Parmi les détracteurs de la réforme, figure la mère d’un jeune salarié de 27 ans qui s’est suicidé en 2009 à Tokyo tant il croulait sous le travail, accumulant des centaines d’heures supplémentaires omises du décompte officiel.

« J’étais dans un tel état de choc quand sa compagnie m’a annoncé sa mort », se souvient la sexagénaire. « Mon fils ne reviendra pas, mais je veux me faire la porte-parole des autres jeunes », dit-elle.

Le jeu n’en vaut pas la chandelle, renchérit M. Yamashita. « J’étais tellement occupé que je n’ai même pas vu mes enfants grandir. Il aurait mieux valu que je consacre ma vie à ma famille », lâche-t-il, amer.

*Photo : © AFP YOSHIKAZU TSUNO

Espagne: Podemos mieux faire…

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espagne podemos ciudadanos

Avec un peu de succès, les Espagnols se sont retournés vers le passé pour trouver une référence leur permettant de comprendre ce qu’ils vivent. C’est ainsi qu’ils en ont exhumé le terme de régénération, emprunté au vocabulaire politique de leur très instable XIXe siècle. Podemos, qui avait créé la surprise lors des élections européennes de 2014, annonçait pourtant bien plus que cela. Le 31 janvier, au cours d’une grande manifestation dans les rues de Madrid, l’année 2015 avait été  baptisée Año del cambio (« année du changement »). Et Pablo Iglesias, écoutant les sondages, avait même cru pouvoir se présenter comme « le » chef de l’opposition.

Mais les plus farouches ennemis du système en sont aujourd’hui pour leurs frais. Podemos, dont les succès initiaux s’appuyaient sur une habile lutte pour l’hégémonie culturelle, n’atteint pas les objectifs escomptés aux termes des scrutins municipaux et régionaux, même si quelques unes des coalitions auxquelles il s’était associé réussissent à bousculer le bipartisme qui domine le jeu politique espagnol depuis le début des années 1980.

Ada Colua, à Barcelone, et Manuela Carmena, à Madrid, remportent en effet de beaux succès. La première, activiste la plus méritante d’Espagne et longtemps à la tête de la très populaire plate-forme contre les expulsions, arrive en tête dans la capitale de la Catalogne. Mais elle devra composer avec les nationalistes catalans pour conquérir la mairie. La candidate de la gauche de la gauche peut s’imposer dans la capitale, mais moyennant le concours des élus du PSOE. Ainsi, et c’est le premier enseignement majeur du scrutin de dimanche, ni le Parti Populaire ni le Parti socialiste ne se sont écroulés. Ces deux formations rassemblent encore, à elles deux, plus de 50 % des suffrages exprimés. Podemos ne sera pas le grand parti transversal recrutant presque autant à gauche qu’à droite, dont ses fondateurs avaient rêvés…

Ciudadanos, le dernier né de la politique espagnole, affiche également des résultats relativement décevants. Né en Catalogne en 2006, au sein d’une bourgeoisie qui ne souhaite pas suivre les sirènes de l’indépendantisme, ce parti recrute ses électeurs au centre, dans qui reste de notabilités et de classes moyennes.  Ainsi fait-il du mal au Parti Populaire, mais sans le menacer. Le mouvement de Mariano Rajoy reste, en nombre de voix, le premier parti d’Espagne. Ciudadanos ne peut que s’enorgueillir d’être devenu le troisième parti d’Espagne en nombre de conseillers municipaux.

Appelée de ses vœux par le roi Juan Carlos, durant son discours d’abdication, la régénération à laquelle nous assistons consiste donc essentiellement en un renouvellement d’une classe politique, partiellement disqualifiée aux yeux des électeurs par la corruption et son incapacité à lutter efficacement contre la crise économique et ses terribles conséquences sociales. Les hommes du passé sont donc sanctionnés. Mais pas  les partis… Un professeur de droit constitutionnel rappelait très justement, il y a peu : «L’Espagne est un pays en crise, mais ce n’est pas un pays misérable ni même singulièrement rétrograde (…) »[1. Víctor J. Vásquez : Podemos ante el masoquismo español, article paru dans le quotidien Europa Sur le 27 avril 2015.]. Et l’universitaire de signaler que ce pays est l’un des rares Etats européens à ne pas avoir cédé à la tentation l’extrême droite, pas plus au Parlement européen que dans ses régions et ses communes.

Les résultats d’hier soir n’augurent pas clairement des alliances politiques locales qui se noueront dans les prochaines semaines. Ces pactes sonneront comme une répétition générale des élections législatives attendues pour l’automne. Pour préparer le terrain, le nouveau jeune secrétaire général du PSOE remarquait dès dimanche soir que son parti était bien et bien en tête à gauche, dans la plupart des villes et régions d’Espagne. Il sera bien instructif de découvrir les programmes  de coalition qui pourront être élaborés à gauche. À droite, les choses sont plus simples. On murmure que le programme de Ciudadanos ressemble comme deux gouttes d’eau à celui de la fondation Aznar. Mais, à gauche, jusqu’où osera-t-on aller ? Verra-t-on un profond remaniement du programme économique d’une gauche de gouvernement pour l’instant si scrupuleusement attachée aux prescriptions de Bruxelles et de Berlin ? Jusqu’où iront les nouveaux choix de société ? Autant de questions cruciales dans une Europe déboussolée. Espérons que les Espagnols ne laisseront pas la machine politique se gripper.

*Photo : Andres Kudacki/AP/SIPA. AP21739293_000010.

Oui, Sarkozy c’est Joe Dalton!

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Le TSS (Tout Sauf Sarkozy) vit encore de beaux jours. De l’extrême droite à l’extrême gauche, sans négliger le centre et la gauche, il continue à nourrir un ressentiment durable. Il est vrai qu’il fait bon haïr Sarkozy.  Il est petit, nerveux, rageux : une sorte de Joe Dalton. En outre il est un peu métèque sur les bords. Ce que ne sont ni Juppé, ni Fillon, ni Le Maire, ni Wauquiez…

Un sondage de l’Ifop pour Atlantico apporte néanmoins un peu de crédit au « nabot », au « nain » à « naboléon ». Ses résultats sont sans appel. Sous la présidence et sous l’impulsion de Sarkozy, les souhaits d’alliance avec le FN se sont effondrés à l’UMP.

Seuls 30% des électeurs du parti de droite entendent désormais faire route commune avec la formation de Marine Le Pen. 20% de moins que lors d’un précédent et identique sondage ! Jérôme Fourquet le patron de l’Ifop, attribue ce spectaculaire basculement « au républicanisme de combat » de Nicolas Sarkozy. Ce dernier n’a cessé de marteler que le FN n’était pas un allié mais un adversaire. Une machine à casser l’UMP. On connaît sa formule : chaque voix apportée au Front National c’est une voix pour le parti socialiste.

La guerre des droites. La vraie. Sans pitié et sans accommodements techniques, tactiques ou électoraux avec l’ennemi désigné. Et c’est Sarkozy, l’affreux Sarkozy, accusé à gauche, et aussi dans  son propre parti, de lepéniser l’UMP qui la mène. Avec succès semble t-il si l’on en juge par les résultats du sondage.

Et là les bons esprits, pas toujours les plus fins, s’abandonnent à des tourments ravageurs. Comment le «  fasciste Sarkozy » , le « raciste Sarkozy » peut-il mener le combat contre le FN alors que tout plaiderait pour qu’il fasse alliance avec lui ? Tempête sous les crânes ! Pour comprendre il faut avoir lu et savoir lire.

Quand Nicolas Sarkozy entama sa carrière politique, il publia une biographie de Georges Mandel, ministre de l’Intérieur de la IIIème république assassiné par Vichy. Mandel était un homme à poigne, républicain, Juif et de droite. Tout homme politique aspirant à un destin national se doit d’écrire (ou de faire écrire pour lui) un livre. Que Nicolas Sarkozy ait choisi Mandel fait sens.

Mandel fut haï au-delà de toute mesure par l’extrême droite française. Sarkozy, lui, est haï de tous bords. L’homme à abattre. C’est en bonne voie si l’on en juge d’après un autre sondage. Il indique que c’est William, le plus intelligent, et donc le meilleur, des frères Dalton qui l’emporterait contre le petit Joe lors des primaires UMP. Si cela se confirmait, la prospérité du FN serait assurée pour longtemps.

*Photo : NICOLAS MESSYASZ/SIPA. 00712478_000017.

Irlande: mariage pour tous, tous pour le mariage?

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irlande mariage gay

La bière Guinness n’a pas été troublée. Les partisans du mariage gay à Dublin peuvent lever leurs verres en paix : l’Irlande, qui avait déjoué tous les pronostics lors du référendum sur le Traité de Lisbonne de 2008, en opposant un « no » ferme au oui-ouisme de bon ton, ne l’a pas fait pour le référendum légalisant le mariage entre couples de même sexe.

Il faut dire le rouleau compresseur de « l’égalité » avait déjà aplani le terrain. Tous les partis politiques irlandais, des « conservateurs » du Fianna Fail aux nationalistes «rouges» du Sinn Fein, en passant par le libéral Fine Gael actuellement au pouvoir, soutenaient la mesure, relayés par les intellectuels, les artistes, les stars. Les richissimes entreprises tentaculaires américaines qui emploient nombre d’Irlandais, Google, Facebook, Twitter, Uber, ont pesé de tout leur poids en faveur de ce nouveau bond en avant sociétal. Le patron de l’IDA Ireland, une agence mi-publique mi-privée pour le développement industriel en Irlande, Martin Shanahan, avait résumé ce soutien au « oui » : « c’est bon pour le business ».

Cette mobilisation pour étendre toujours plus le libéralisme dans la sphère humaine se vérifie au même moment aux Etats-Unis, où les titans Walmart, Microsoft, Apple, etc. conduisent de véritables frappes de guerre contre les Etats et les institutions qui rechignent au mariage gay. L’Indiana, pour avoir voté une loi protégeant les pâtissiers et photographes chrétiens qui refusent de se prêter aux unions de même sexe, fut pris pour cible par un boycott économique en règle, avant de capituler. On n’ose se demander si ces géants du business prendraient des mesures aussi courageuses  et aussi peu profitables contre les dictatures wahhabites, ou la Chine.

Écrasée par le consensus de l’establishment, saturée par une presse aux abois, qui a inondé le public d’une propagande désarmante, de jeunes Irlandais sympathiques et branchés, se prenant en selfie devant les bureaux de vote, la campagne référendaire n’a guère laissé de place aux opposants. Pourtant, même si les grandes villes et Dublin affichent des scores faramineux en faveur du mariage gay, et que la victoire du « oui » est sans appel, les résultats sont plus serrés dans l’Irlande profonde, où certains comtés sont au coude-à-coude, voire complètement hostiles. Un tel clivage était déjà à l’œuvre lors du Traité de Lisbonne.

Pourtant, ce référendum enfonce un clou supplémentaire dans le cercueil du catholicisme irlandais, tel qu’il a marqué l’île pendant des siècles. Occupés et réduits à l’état de quasi-servage par les Anglais, les Irlandais n’ont eu jusqu’au XXe siècle que le ciel pour patrie. Leur pays avait embrassé le christianisme aussi pacifiquement que profondément dès le IIIe siècle. Ils opposèrent avec constance une fidélité indéfectible à l’Eglise de Rome, face au protestantisme de la Grande-Bretagne occupante. Un catholicisme populaire, ardent et ancré, qui aida à l’émancipation des Anglais catholiques, en imposant au Parlement britannique de leur accorder des droits civils et politiques, à force de militantisme. Quand l’Etat libre d’Irlande naît enfin, en 1921, après une féroce guerre d’indépendance, l’Eglise catholique est l’institution qui personnifie l’identité nationale, et la seule qui préexiste au gouvernement. La nation irlandaise s’était réfugiée dans les églises, mais le clergé, fort de cette mission historique, a poursuivi son influence sur la société, qui a viré à l’emprise étouffante d’une mère possessive. Le système éducatif fut un monopole clérical, propice aux abus de toutes sortes, qui éclatèrent dans les années 1990, alors que le « miracle économique irlandais », et son cortège consumériste, fournissait le terreau de la sécularisation. Au-delà du scandale des prêtres pédophiles, l’Eglise irlandaise, par son omniprésence sociale, a dégoûté des générations d’Irlandais, qui ont jeté le bébé de la foi avec l’eau saumâtre du cléricalisme. Discréditée, confrontée à une baisse drastique de fidèles et de vocations, elle n’est plus que l’ombre d’elle-même. Ce qui explique le choix fait par le clergé de ne pas s’impliquer dans le référendum.

Signe que les leçons du passé peuvent être fructueuses, l’Eglise irlandaise a laissé le terrain aux laïcs. La poignée d’opposants au mariage gay s’est retrouvée dans le collectif « Mothers and Fathers Matter », qui a retenu les leçons françaises de la Manif pour tous. Ils ont développé un argumentaire laïque, axé sur la question de la filiation, laissée sans réponse par le référendum. Signes supplémentaires de la « French Touch »: la mise en avant d’homosexuels opposés au mariage gay, et la dénonciation de la GPA. Même si elle arrive tardivement, cette stratégie est appelée à être plus efficace que les traditionnels arguments religieux, y compris aux États-Unis.

Le mariage gay à peine sanctifié par l’onction référendaire, certains commentateurs français s’impatientent: vite, que l’Irlande se débarrasse de ses derniers oripeaux catholiques, en abolissant l’actuelle interdiction de l’avortement ! Ils ignorent que, hors des salons parisiens, mariage gay et avortement ne sont pas liés là où les combats « pro-life » ont encore lieu, aux États-Unis et en Irlande. Là où les Français disent « droit à disposer de sa vie et de son corps », on y fait la distinction entre les enjeux, et on y discute autant de la vie du fœtus que de la mère. Néanmoins, la sécularisation irlandaise est telle qu’une disparition de son exception nationale sur l’avortement semble inéluctable.

En apostasiant très vite ces dernières décennies, l’Irlande brise certes des carcans cléricaux historiques, mais se trouve confrontée à un vide moral que ne viennent combler ni le libéralisme qui a mené l’île à sa perte, ni le nationalisme renaissant du Sinn Fein, dénaturé en politique de proximité.

À l’approche de l’anniversaire de l’insurrection de Pâques 1916, qui a conduit leur pays à l’indépendance, les Irlandais doivent réinventer leur plébiscite de tous les jours. Un christianisme purifié des erreurs du passé, éprouvé à la fournaise de l’humiliation, a une opportunité inouïe de renouer avec sa vocation originelle.

Le mariage gay irlandais a achevé de tuer l’Irlande catholique d’antan. Un réveil de la foi peut naître. Il faudra un jour remercier la société post-moderne d’avoir abattu les idoles, et poussé les Églises à se réformer sans cesse.

*Photo : Peter Morrison/AP/SIPA. AP21739616_000019.

La DS descend encore et toujours les Champs-Elysées

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Citroën DS 60 ans Paris

(Avec AFP) – Quelque 700 Citroën DS ont défilé dimanche au centre de Paris pour célébrer les 60 ans de cette automobile emblématique de la France conquérante des Trente glorieuses, et légende sur laquelle PSA tente aujourd’hui de capitaliser dans le haut de gamme.

C’est avec un peu d’avance que les aficionados de la « déesse » ont fêté cet anniversaire : la création du styliste Flaminio Bertoni et de l’ingénieur André Lefèbvre est en effet révélée au public lors du salon de Paris, à l’automne 1955.

Elle y provoque un coup de tonnerre et un afflux de commandes en rapport avec son profil fluide et futuriste, à des lieues des lignes de ses concurrentes, comme la Peugeot 403 ou la Renault Frégate.

Son ramage est à la hauteur de son plumage, avec des solutions techniques inédites, notamment une centrale hydropneumatique qui commande les suspensions, la boîte de vitesses et les freins, lui conférant des prestations et un confort inégalés. Seul le moteur est hérité de la Traction Avant dont la DS reprend le flambeau.

« Qu’un gaz remplace l’élasticité d’un ressort, ça ne s’était jamais vu dans l’automobile », remarque l’historien Jean-Louis Loubet, pour qui la DS de 1955 était une voiture « élitiste, tournée vers la technologie ».

« Quand elle est née, c’était une voiture d’une autre planète », résume Jean-François Raoult, Suisse qui a fait le voyage dans une ID (modèle simplifié de la DS) immaculée, sortie des chaînes en 1968.

« C’était extrêmement audacieux de construire une telle voiture dans les années 1950 et ça m’a toujours fasciné », confesse cet ingénieur travaillant justement dans le secteur automobile.

« Elles sont très bien conçues, et belles comme des œuvres d’art. Elles sont très françaises », s’enthousiasme lui aussi Jacob Bosman, qui a fait le voyage d’Afrique du Sud – en avion – pour l’occasion.

« Si vous aimez vous différencier de la masse, vous les adorerez. Elles étaient extraordinaires quand elles sont sorties, et le sont toujours », ajoute ce médecin de 57 ans, qui possède une DS, rarissime dans son pays, et une poignée d’autres Citroën historiques.

« C’est une voiture dont la modernité est permanente. C’est toujours une inspiration incroyable pour nous », s’enthousiasme de son côté Yves Bonnefont, directeur général de la marque DS, qui a pris il y a un an son indépendance de Citroën avec des ambitions de « premium à la française ».

Novatrice, la DS a aussi correspondu à une période particulière de l’histoire de France, à laquelle elle est étroitement identifiée. « C’est la France industrielle qui marche vers le progrès technique », résume M. Loubet.

Pour lui, « la DS 19 est à l’automobile ce que la Caravelle est à l’aviation, le paquebot France à la navigation maritime ou Serre-Ponçon aux barrages hydro-électriques. C’est tout ce courant modernisateur de la France des années 1950 ». La fin de sa production, après environ 1,4 million d’exemplaires, correspondra peu ou prou à la première crise pétrolière, au milieu des années 1970.

Citroën DS 60 ans Paris

« Elle est en plus, en France, proche du pouvoir. C’est la voiture du général De Gaulle, la voiture de (son successeur Georges) Pompidou », rappelle l’historien. C’est notamment dans une DS, dont il était un inconditionnel, que l’homme du 18-juin échappe à un attentat de l’OAS au Petit-Clamart en 1962.

Une des DS du premier président de la Ve République figure parmi les modèles montrés cette semaine aux Tuileries, dans le cadre de la « DS week », à la fois hommage à la DS historique et vitrine des ambitions du groupe PSA Peugeot Citroën pour sa marque, qui va actuellement de la petite DS3 à la berline DS5, voiture officielle de l’Elysée.

Point d’orgue de la « DS week » : dimanche, 700 DS anciennes venues de toute l’Europe ont descendu les Champs-Elysées et se sont installées sur la place de la Concorde, après un passage quai André-Citroën (XVe arrondissement), site de l’usine d’où elles sont sorties. Hier, elles s’étaient rassemblées sur un autre haut-lieu de l’histoire automobile française : l’autodrome de Linas-Monthléry (Essonne).

« On a 40% de Français, 60% d’autres pays, avec une majorité de Hollandais et d’Allemands », détaillait sur place Marc-André Biehler, responsable du conservatoire de la marque aux Chevrons, alors que des DS berlines, breaks et cabriolets tournaient à belle allure sur le circuit, dans un concert de klaxons.

Les DS sont aujourd’hui très prisées des collectionneurs. La cote des rares cabriolets 21 « usine » atteint 170 000 euros, selon le journal spécialisé La vie de l’auto, même si les plus plébéiennes berlines DSpécial des années 1970 restent sous la barre des 10 000 euros en bon état.

Côté modernes, PSA revendique 550 000 véhicules de la gamme DS vendus dans le monde depuis la commercialisation de la DS3 en 2010. Alors que les performances commerciales en Europe semblent pâtir d’une gamme vieillissante, M. Bonnefont affirme que la priorité est à l’installation de la marque et promet que le nombre de modèles doublera à six d’ici à 2020, avec notamment « des berlines racées ».

Il refuse toutefois de s’engager sur une héritière directe de la « déesse », alors que la dernière grande berline haut de gamme de Citroën, la C6, héritière des Traction, DS, CX et XM, a cessé d’être produite fin 2012 après une carrière confidentielle.

*Photos : © AFP Eric Feferberg

L’Espagne va-t-elle voter ou «botter»?

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élections Espagne Rajoy Aguirre

(Avec AFP) – Les Espagnols votent aujourd’hui dans le cadre d’élections régionales et municipales qui pourraient redessiner le paysage politique national, dominé par la droite, avec l’arrivée de nouveaux partis et d’une génération d’« Indignés » qui espèrent ravir Barcelone, voire même Madrid.

Le chef du gouvernement Mariano Rajoy (Parti populaire, droite) s’est impliqué à fond dans la campagne, tout comme Pedro Sanchez, secrétaire général du Parti socialiste (PSOE). Les deux grands partis de gouvernement espèrent éviter une correction sévère, alors que le mot d’ordre pour beaucoup dimanche était « botar » (botter…) plutôt que « votar » (voter).

Selon les sondages, ces élections pourraient signer la fin du bipartisme entre PP et PSOE en place depuis 1982, au profit d’un « système à l’italienne » où les alliances seront inévitables.

Après presque six ans de crise, l’Espagne 2.0 pourrait commencer à les délaisser « pour la nouvelle politique » incarnée par l’antilibéral Podemos (allié du parti grec Syriza, dont les leaders ne portent pas de cravate), ou Ciudadanos (de centre-droit), deux formations fondées par des trentenaires, le professeur de sciences politiques Pablo Iglesias (956 000 abonnés sur Twitter, soit 150 000 de plus que Rajoy) et l’avocat Albert Rivera.

35 millions d’électeurs – sur 46,5 millions d’habitants – sont appelés aux urnes et une forte hausse du vote des jeunes, attirés par ces partis, est attendue.

Ils devront renouveler 13 des 17 parlements régionaux. L’hégémonie de la droite y est forte : elle tient 13 communautés autonomes.

Les électeurs devront aussi choisir 8 122 maires, à commencer par ceux de Madrid, Barcelone et Valence, les trois plus grandes villes, toutes dirigées par la droite.

élections Espagne infographie

Ces élections interviennent après une crise ayant entraîné des traumatismes qui n’ont pas encore pu être soignés par la reprise amorcée en 2014 (+1,4% de croissance économique).

Des milliers de jeunes ont émigré pour fuir le chômage touchant la moitié d’entre eux et encore 23,7% de la population active. Le tout dans un climat délétère alimenté par d’innombrables affaires de corruption en pleine cure d’austérité.

D’où les difficultés du PP à convaincre du risque posé par les « expérimentations » des nouveaux partis comme Ciudadanos, accusé d’être prêt à s’allier au PSOE, ou le très populiste Podemos, traité de formation « bolchévique » qui détruira les « libertés ».

« Sortez dans la rue, sortez du jet privé, sortez de votre quartier de luxe et regardez la réalité de ce pays, M. Rajoy », a harangué Pablo Iglesias lors de son dernier meeting, vendredi sous le ciel bleu de Madrid, promettant de défendre les droits à un logement, à la santé, à l’éducation et la lutte contre la corruption.

« Cette campagne pour un changement politique est historique », a quant à lui déclaré le centriste Albert Rivera, qui promet une option « raisonnable, progressiste » et se veut également implacable contre la fraude.

Le scénario est identique pour les municipales avec deux confrontations très attendues à Madrid et Barcelone.

La première oppose essentiellement « l’animal politique » du PP, Esperanza Aguirre, 62 ans, comtesse et ex-présidente du Sénat, capable de danser en robe traditionnelle et de promettre que la mairie « ne fera pas de zèle pour prélever les amendes », à Manuela Carmena, ancienne juge de 71 ans.

Militante communiste opposée à Franco dans ses jeunes années, l’air doux, posé mais ferme, « Manuela » est candidate d’une plateforme rassemblant Podemos et d’autres formations très à gauche.

A Barcelone, Ada Colau, 41 ans, égérie des « Indignés », fondatrice d’une plateforme luttant contre les expulsions de logements, pourrait, elle, ravir la place au conservateur Xavier Trias, 68 ans.

La participation à la mi-journée était en baisse d’un point par rapport aux élections de 2011, à 34,78%. Les deux confrontations très attendues à Madrid et Barcelone mobilisaient cependant davantage que quatre ans plus tôt.

Des résultats partiels sont attendus à partir de 22h30. Restera ensuite à savoir quels résultats obtiendraient les éventuels nouveaux élus de Podemos, mouvement moins comparable à Syriza qu’il n’y paraît…

*Photo : AFP.

La moto, une passion œcuménique

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moto next chapter

En France, pays à la législation florissante et patrie du refoulement mécanique, la moto a aussi mauvaise presse que l’auto. Le plaisir d’enfourcher un deux-roues motorisé est proscrit comme la lecture des écrivains réprouvés et l’apprentissage des langues mortes au collège. Que sommes-nous devenus ? Des censeurs impénitents qui cherchent toujours à contraindre, briser, ravaler tout ce qui fait briller les yeux des Hommes. Nos bienfaiteurs ont chassé inlassablement la motocyclette des campagnes, ce nuisible qui déclenche des passions écolo-citoyennes délirantes. Trop bruyante, trop voyante ou trop polluante, la moto verte voit rouge un peu partout sur notre territoire !

Par manque de culture et démagogie pétaradante, tous ces défenseurs du « bon air » se privent d’un oxygène vital. Car, la conduite d’une moto s’apparente à un art de vivre : la liberté de se mouvoir sans risquer la vie et la santé des autres. La propagande officielle n’a pas ménagé ses efforts depuis vingt ans pour interdire la pratique d’un loisir aussi familial. Le trialiste, l’enduriste ou le crossman du dimanche sont bien plus respectueux de l’environnement que l’urbain « green-compatible » à barbe. Leur cohabitation avec la nature est plus crédible et sincère. La moto et les « espaces verts » comme disent aujourd’hui nos technocrates de la langue de bois ont pourtant jadis coulé des jours très heureux. Ils étaient même les meilleurs amis du monde. En 1971, Bruce Brown a produit un film culte sur cette passion qui comptait, chaque jour, de nouveaux adeptes. Du désert californien aux terres escarpées d’Espagne jusqu’aux plaines enneigées du Canada, il a délivré un message de paix et de tolérance, enfin disponible en DVD. La moto y avait des vertus civilisatrices. Elle rendait à l’homme sa part d’authenticité et de fragilité.

A cette époque-là, la moto entrait en réaction contre la société de consommation. Si vous imaginez le motard disciple du grand défouloir, individualiste forcené, jouisseur sans entraves, passez votre chemin, vous n’avez rien compris à l’histoire des bécanes. Nommé à l’Oscar du Meilleur documentaire 1972, On Any Sunday a déclenché, à travers le monde, un engouement sans précédent. La présence de Steve McQueen à l’écran n’y était pas pour rien. L’acteur avait personnellement participé à son financement. On voyait une star d’Hollywood s’adonner à ce sport de plein air avec des milliers d’autres inconnus. La moto avait droit de cité dans les critiques cinéma des prestigieux quotidiens américains. On Any Sunday marquait également la naissance du BMX avec cette scène d’anthologie où l’on voit de jeunes californiens pédaler sur leurs biclounes rafistolés en imitant le bruit des motos. Il a fallu attendre plus de quarante ans pour voir une suite à ce monument de la culture biker. Dana Brown, le fils de Bruce, réalisateur notamment d’un documentaire très remarqué sur le surf, a relevé le défi.

The Next Chapter ouvre une nouvelle page de l’histoire du motocyclisme. Dans un contexte où les libertés individuelles ont fondu comme la calotte glacière, Dana montre que la passion de la moto n’a pas disparu. Sur le lac salé de Bonneville, dans la montée infernale de Pikes Peak ou sur un terrain de cross abandonné, les pros et les amateurs oublient chaque week-end leurs soucis à coups de kicks et de poignées de gaz. Même si les machines sont plus perfectionnées et les champions entraînés comme des sportifs de haut niveau (les images de Marc Marquez en Moto GP ou du freestyler Robbie Maddison sont ahurissantes), l’esprit de camaraderie demeure. Filmé en 4K ultra HD, The Next Chapter a un rendu phénoménal. Il faut remonter à Claude Lelouch et son court-métrage C’était un rendez-vous pour retrouver ce corps à corps infernal entre l’homme et son cheval mécanique. Dans la circulation enfiévrée de Hô-Chi-Minh-Ville, sur les pistes africaines où les vaccins arrivent dans les villages les plus reculés en deux-roues ou dans l’enceinte de Daytona, les Hommes continuent de communier avec la moto.

Coffret 2 DVD – On Any Sunday (Challenge One) et The Next Chapter – Marco Polo Production.

On Any Sunday + On Any Sunday : The Next Chapter

Prix: 20,93 €

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Si c’est une femme

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genevieve gaulle germaine tillion

« Chacun est à chacun un ennemi et un rival »[1. Si c’est un homme, Folio, 2013.]. Primo Levi nous enseigne qu’au cœur des camps nazis, la condition de victime est loin d’engendrer un sentiment de fraternité systématique. D’un block à l’autre, on se bat qui pour un quignon de pain, qui pour un bouton de chemise, parfois sans compassion aucune.

La solidarité n’en reste pas moins un puissant vecteur d’espoir, singulièrement pour les victimes féminines de la barbarie nazie, dont les témoignages attestent de la grande sentimentalité. « Les femmes qui sont restées seules, je crois qu’elles n’ont pas survécu ; on avait absolument besoin les unes des autres. », déclare une déportée que cite Marie-Josèphe Bonnet dans son nouvel essai Plus forte que la mort.  L’historienne, féministe à la ville, y démêle l’écheveau des amitiés féminines nées à l’ombre des miradors. Si l’instinct de survie donne lieu à des manifestations d’égoïsme parfois abjectes, telles ces déportées communistes de Mauthausen privant une mère et sa fille affamées d’épluchures de pommes de terre par « indifférence pour les malheurs de ceux qui ne sont pas du parti », la meilleure part de la femme a produit des miracles de relations humaines. Parmi les communistes raflées dans la Résistance, certaines communient chaque soir aux côtés de leurs amies catholiques priant en secret.

Ainsi des résistantes néo-panthéonisées Germaine Tillion et Geneviève de Gaulle, sœurs d’infortune à Ravensbrück : en décembre 44, la première, se cotise avec ses co-détenues pour offrir un panier garni de Noël à la seconde, alors enfermée sans lumière dans le bunker du camp. Bouleversée par tant d’altruisme, Geneviève de Gaulle y puisera la force nécessaire pour survivre à l’entreprise de broyage nazi : « m’obsédait la certitude que, bien pire que la mort, c’était la destruction de notre âme qui était le programme de l’univers concentrationnaire », en conclura-t-elle. « Il n’y a pas de salut sans mes frères, la prostituée à côté de moi et l’autre qui a volé mon pain hier, et les vieilles femmes au teint terreux, elles sont moi, elles sont miennes. », enchérit Geneviève de Gaulle en 1946. L’ancienne militante homosexuelle Marie-Josèphe Bonnet ne manque pas de souligner que son sens de la sororité incluait même les « julots », ses voisines lesbiennes que la morale de l’époque réprouvait farouchement…

Les Tillion mère et fille ne laissent pas de fasciner la nièce du Général. Internée avec sa vieille mère, qui finira gazée pour « crime de cheveux blancs » (sic), Germaine n’a jamais dû endurer la souffrance maternelle. Se sachant condamnée, Emilie Tilllion fait en effet preuve d’un courage héroïque qui lui fait accepter son sort la tête haute. « Non, Dieu n’était pas absent, il éclairait le beau visage d’Emilie Tillion », toujours rayonnante malgré les circonstances, témoigne Geneviève de Gaulle.

De ces aventures humaines, Marie-Josèphe Bonnet tire une leçon de survie en milieu hostile : se mettre à la place de l’autre sans s’oublier soi-même, voilà le remède à l’assèchement de l’âme. Souvent émouvant, cet éloge de l’empathie réconcilie histoire et mémoire. Imprescriptible.

Plus forte que la mort. Survivre grâce à l’amitié dans les camps de concentration, Marie-Josèphe Bonnet, Ouest France éditions, 2015.

*Photo : wikicommons.

Pologne: Duda veut «reconstruire la communauté nationale»

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élection présidentielle Pologne Andrzej Duda

élection présidentielle Pologne Andrzej Duda

(Avec AFP) – Quand ce ne sont pas de nouveaux partis radicaux et populistes, comme en Grèce ou en Espagne, ce sont les conservateurs qui profitent le plus de la défiance des pays européens à l’égard de l’Union…

Après la réélection de David Cameron au Royaume-Uni, le conservateur Andrzej Duda a été élu dimanche président de la Pologne, avec 52% des suffrages, selon un sondage, battant le chef de l’Etat sortant de centre droit Bronislaw Komorowski (48%) qui a reconnu immédiatement sa défaite.

La victoire du juriste de 43 ans, qui devrait être confirmée officiellement lundi soir, pourrait ouvrir la voie au retour au pouvoir de son maître à penser Jaroslaw Kaczynski, chef du parti conservateur Droit et Justice (PiS), à l’occasion des législatives prévues en automne.

Le premier sondage sortie des urnes de l’institut Ipsos a crédité M. Duda de 53% de suffrages, mais une estimation plus précise, basée sur les résultats officiels d’un certain nombre de bureaux, a réduit ensuite son score à 52%.

M. Komorowski, plus inspiré par le fair play américain que par le sectarisme à la française, a loyalement félicité son adversaire. « Chers amis, on n’a pas réussi cette fois-ci. Les citoyens d’une Pologne libre et démocratique en ont décidé ainsi », a-t-il dit à ses sympathisants. « Je lui souhaite un bon mandat présidentiel, car je souhaite du bien à la Pologne », a ajouté le président sortant qui achèvera son mandat le 6 août.

A l’état-major de M. Duda, l’annonce du résultat a été accueillie par une explosion de joie. Le vainqueur a remercié M. Komorowski pour ses paroles, ainsi que ceux qui ont voté pour lui, en souhaitant qu’ils « soient encore plus nombreux aux prochaines élections ».

« Ceux qui ont voté pour moi ont voté en effet pour le changement, a-t-il poursuivi. Je suis profondément convaincu que nous sommes en mesure de reconstruire la communauté nationale dans notre pays, que nous pouvons être ensemble et redresser ensemble ce pays ».

M. Duda, député européen du PiS quasiment inconnu à la veille de la campagne, était le candidat de son parti, tandis que M. Komorowski, 62 ans, était soutenu par le parti libéral Plateforme civique (PO), au pouvoir depuis bientôt huit ans.

Les pouvoirs du chef de l’Etat sont relativement limités en Pologne, mais la cohabitation du jeune conservateur avec le gouvernement PO de Mme Ewa Kopacz pourrait s’avérer difficile, tant les deux partis ont des politiques divergentes.

M. Duda a fait, lors de la campagne, plusieurs promesses, s’engageant notamment à ramener l’âge de la retraite de 67 à 65 ans – ce qui annulerait une réforme des libéraux – et à réduire les impôts, des projets coûteux qui relèvent cependant de la compétence du gouvernement et du parlement.

Il est resté relativement vague sur l’autre domaine où le chef de l’Etat a son mot à dire, la politique étrangère, promettant toutefois de défendre les intérêts nationaux des Polonais. Son parti étant ouvertement eurosceptique, des experts prévoient de possibles tensions avec l’Union européenne, dont le Conseil est actuellement présidé par l’ancien Premier ministre libéral polonais Donald Tusk.

Chef incontesté du parti Droit et Justice, Jaroslaw Kaczynski, frère jumeau de l’ancien président Lech Kaczynski mort dans un accident d’avion à Smolensk en Russie, ne cache pas son ambition de revenir au pouvoir, alors que depuis huit ans cet ancien Premier ministre n’a accumulé que des défaites électorales.

Il a tout misé sur son candidat, jeune et dynamique, restant pratiquement invisible lors de la campagne et se contentant d’interventions sur la station catholique Radio Maryja et sa télévision Trwam.

Qu’arrivera-t-il aux libéraux ? Le politologue Mikolaj Czesnik entrevoit deux scénarios.

« Le premier, c’est la désintégration de la Plateforme civique : tout le monde se disperse dans la crainte d’un échec aux législatives. A sa place se créent une ou deux formations nouvelles. Le deuxième suppose une réflexion sur la manière de mobiliser ceux, malgré tout très nombreux, qui ont soutenu Bronislaw Komorowski. Si cela réussissait, la PO pourrait encore remporter les élections », estime-t-il.

L’ancien leader de l’opposition anticommuniste de gauche Adam Michnik, aujourd’hui à la tête d’un des plus grands quotidiens polonais, Gazeta Wyborcza, a pris un ton bien plus dramatique dans un commentaire pour son site web, estimant que la Pologne risquait de « prendre un chemin de velours vers la dictature ». Mélenchon, pourtant pas gêné de défiler sous des drapeaux rouges ornés de la faucille et du marteau, n’aurait sans doute pas dit mieux.

Enfin, tandis que l’Irlande vient d’infliger un camouflet à ses instances religieuses, M. Duda, qui lors de la campagne a exprimé sur des problèmes de société des vues proches de ceux de l’Eglise catholique, a été félicité dès dimanche soir par l’épiscopat polonais. Saint Jean-Paul II, priez pour l’Europe…

*Photo : © AFP WOJTEK RADWANSKI

Réforme des heures sup au Japon: mourir dans la culpabilité?

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(Avec AFP) – Au Japon, l’élite des travailleurs en col blanc n’aura bientôt plus droit au paiement des heures sup. Cette réforme kamikaze suscite l’inquiétude dans un pays où le dévouement pour l’entreprise peut conduire au « karoshi », un burnout mortel.

Une telle abnégation au travail a failli coûter la vie à Teruyuki Yamashita. Epuisé d’enchaîner les voyages d’affaires à l’étranger et les nuits blanches, cet ancien chef des ventes a fini à l’hôpital il y a six ans, victime d’une hémorragie méningée.

Il a survécu après trois semaines en soins intensifs mais a perdu la vue. « Quand je me suis réveillé, j’ai dit à l’infirmière qu’il faisait noir. Je ne m’étais pas rendu compte que j’étais devenu aveugle », raconte le cadre commercial de 53 ans.

A l’image de M. Yamashita, de nombreux salariés japonais acceptent de trimer au détriment de leur famille et de leur santé, un surmenage qui aboutit à des centaines de morts chaque année par AVC, crise cardiaque ou suicide.

Ce phénomène est tellement répandu au Japon qu’on lui a donc donné un nom – « karoshi » signifie littéralement « mort par excès de travail » – et qu’il est reconnu comme maladie professionnelle.

Pourtant le mois dernier, le gouvernement conservateur de Shinzo Abe a approuvé une réforme visant à permettre aux entreprises de supprimer purement et simplement le paiement d’heures sup (au-delà de 40 heures par semaine) pour ceux qui gagnent au moins 10,75 millions de yens (80 000 euros), tels que les traders ou consultants.

Japon travail heures supplémentaires burnout

Les salariés concernés seront désormais rémunérés sur leur performance, et non plus sur le temps passé au bureau, expliquent les partisans du texte, qui espèrent sa prochaine adoption par le Parlement.

Inutile donc de s’éterniser le soir ou d’arriver aux aurores si la tâche est accomplie vite et bien, arguent-ils, voyant dans ce projet un moyen d’améliorer la productivité (réputée faible au Japon).

Et de promettre, pour apaiser les critiques, que les employés zélés pourront choisir s’ils le souhaitent de rester soumis à l’ancien système.

Toutefois, dans les faits, il leur sera difficile de refuser, de peur de se faire taper sur les doigts, et au final ils continueront à turbiner plus longtemps sans la moindre compensation, rétorquent des experts.

« Le gouvernement veut créer un système dans lequel les compagnies n’auront plus à rémunérer les heures sup », s’insurge Koji Morioka, professeur émérite à l’université Kwansei Gakuin, qui redoute une « accélération des décès par surmenage ».

La réforme, s’étonne au passage l’universitaire, va à l’encontre d’une précédente loi votée l’été dernier, précisément destinée à prévenir ce type de décès.

Selon les conditions actuelles, seulement 4% des employés du secteur privé – soit 1,85 million de personnes – tomberaient sous le coup de cette mesure, mais la fédération patronale Keidanren ne compte pas s’en tenir là.

« Nous devons réfléchir à abaisser le seuil de revenus pour l’appliquer à un plus grand nombre de personnes », a récemment plaidé le patron du Medef local.

Si une évolution des mentalités se dessine, 22,3% des Japonais s’escriment encore au labeur 50 heures ou plus chaque semaine, bien au-delà des 12,7% recensés en Grande-Bretagne, 11,3% aux Etats-Unis et à peine 8,2% en France, selon l’Organisation pour la coopération et le développement économiques (OCDE).

Quant aux congés payés, 16% des employés à temps plein n’ont pris aucun jour en 2013, rechignant à s’absenter par sentiment de culpabilité, selon une étude du gouvernement. Et en moyenne, les Nippons ne prennent du bon temps que neuf jours par an – la moitié des vacances auxquelles ils ont droit.

La même année, ont été recensés 196 décès et suicides liés à un travail excessif, et ce n’est que la partie émergée de l’iceberg, souligne Shigeru Waki, enseignant à l’université Ryukoku.

« Il y en beaucoup plus qui sont morts ou tombés malade pour cause de surmenage, mais c’est très difficile à prouver », assure-t-il.

Avec cette nouvelle loi, les patrons ne garderont plus trace des heures sup et il sera encore plus difficile d’évaluer l’ampleur du problème, prévient M. Waki.

Parmi les détracteurs de la réforme, figure la mère d’un jeune salarié de 27 ans qui s’est suicidé en 2009 à Tokyo tant il croulait sous le travail, accumulant des centaines d’heures supplémentaires omises du décompte officiel.

« J’étais dans un tel état de choc quand sa compagnie m’a annoncé sa mort », se souvient la sexagénaire. « Mon fils ne reviendra pas, mais je veux me faire la porte-parole des autres jeunes », dit-elle.

Le jeu n’en vaut pas la chandelle, renchérit M. Yamashita. « J’étais tellement occupé que je n’ai même pas vu mes enfants grandir. Il aurait mieux valu que je consacre ma vie à ma famille », lâche-t-il, amer.

*Photo : © AFP YOSHIKAZU TSUNO

Espagne: Podemos mieux faire…

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espagne podemos ciudadanos

Avec un peu de succès, les Espagnols se sont retournés vers le passé pour trouver une référence leur permettant de comprendre ce qu’ils vivent. C’est ainsi qu’ils en ont exhumé le terme de régénération, emprunté au vocabulaire politique de leur très instable XIXe siècle. Podemos, qui avait créé la surprise lors des élections européennes de 2014, annonçait pourtant bien plus que cela. Le 31 janvier, au cours d’une grande manifestation dans les rues de Madrid, l’année 2015 avait été  baptisée Año del cambio (« année du changement »). Et Pablo Iglesias, écoutant les sondages, avait même cru pouvoir se présenter comme « le » chef de l’opposition.

Mais les plus farouches ennemis du système en sont aujourd’hui pour leurs frais. Podemos, dont les succès initiaux s’appuyaient sur une habile lutte pour l’hégémonie culturelle, n’atteint pas les objectifs escomptés aux termes des scrutins municipaux et régionaux, même si quelques unes des coalitions auxquelles il s’était associé réussissent à bousculer le bipartisme qui domine le jeu politique espagnol depuis le début des années 1980.

Ada Colua, à Barcelone, et Manuela Carmena, à Madrid, remportent en effet de beaux succès. La première, activiste la plus méritante d’Espagne et longtemps à la tête de la très populaire plate-forme contre les expulsions, arrive en tête dans la capitale de la Catalogne. Mais elle devra composer avec les nationalistes catalans pour conquérir la mairie. La candidate de la gauche de la gauche peut s’imposer dans la capitale, mais moyennant le concours des élus du PSOE. Ainsi, et c’est le premier enseignement majeur du scrutin de dimanche, ni le Parti Populaire ni le Parti socialiste ne se sont écroulés. Ces deux formations rassemblent encore, à elles deux, plus de 50 % des suffrages exprimés. Podemos ne sera pas le grand parti transversal recrutant presque autant à gauche qu’à droite, dont ses fondateurs avaient rêvés…

Ciudadanos, le dernier né de la politique espagnole, affiche également des résultats relativement décevants. Né en Catalogne en 2006, au sein d’une bourgeoisie qui ne souhaite pas suivre les sirènes de l’indépendantisme, ce parti recrute ses électeurs au centre, dans qui reste de notabilités et de classes moyennes.  Ainsi fait-il du mal au Parti Populaire, mais sans le menacer. Le mouvement de Mariano Rajoy reste, en nombre de voix, le premier parti d’Espagne. Ciudadanos ne peut que s’enorgueillir d’être devenu le troisième parti d’Espagne en nombre de conseillers municipaux.

Appelée de ses vœux par le roi Juan Carlos, durant son discours d’abdication, la régénération à laquelle nous assistons consiste donc essentiellement en un renouvellement d’une classe politique, partiellement disqualifiée aux yeux des électeurs par la corruption et son incapacité à lutter efficacement contre la crise économique et ses terribles conséquences sociales. Les hommes du passé sont donc sanctionnés. Mais pas  les partis… Un professeur de droit constitutionnel rappelait très justement, il y a peu : «L’Espagne est un pays en crise, mais ce n’est pas un pays misérable ni même singulièrement rétrograde (…) »[1. Víctor J. Vásquez : Podemos ante el masoquismo español, article paru dans le quotidien Europa Sur le 27 avril 2015.]. Et l’universitaire de signaler que ce pays est l’un des rares Etats européens à ne pas avoir cédé à la tentation l’extrême droite, pas plus au Parlement européen que dans ses régions et ses communes.

Les résultats d’hier soir n’augurent pas clairement des alliances politiques locales qui se noueront dans les prochaines semaines. Ces pactes sonneront comme une répétition générale des élections législatives attendues pour l’automne. Pour préparer le terrain, le nouveau jeune secrétaire général du PSOE remarquait dès dimanche soir que son parti était bien et bien en tête à gauche, dans la plupart des villes et régions d’Espagne. Il sera bien instructif de découvrir les programmes  de coalition qui pourront être élaborés à gauche. À droite, les choses sont plus simples. On murmure que le programme de Ciudadanos ressemble comme deux gouttes d’eau à celui de la fondation Aznar. Mais, à gauche, jusqu’où osera-t-on aller ? Verra-t-on un profond remaniement du programme économique d’une gauche de gouvernement pour l’instant si scrupuleusement attachée aux prescriptions de Bruxelles et de Berlin ? Jusqu’où iront les nouveaux choix de société ? Autant de questions cruciales dans une Europe déboussolée. Espérons que les Espagnols ne laisseront pas la machine politique se gripper.

*Photo : Andres Kudacki/AP/SIPA. AP21739293_000010.

Oui, Sarkozy c’est Joe Dalton!

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sarkozy juppe mandel

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Le TSS (Tout Sauf Sarkozy) vit encore de beaux jours. De l’extrême droite à l’extrême gauche, sans négliger le centre et la gauche, il continue à nourrir un ressentiment durable. Il est vrai qu’il fait bon haïr Sarkozy.  Il est petit, nerveux, rageux : une sorte de Joe Dalton. En outre il est un peu métèque sur les bords. Ce que ne sont ni Juppé, ni Fillon, ni Le Maire, ni Wauquiez…

Un sondage de l’Ifop pour Atlantico apporte néanmoins un peu de crédit au « nabot », au « nain » à « naboléon ». Ses résultats sont sans appel. Sous la présidence et sous l’impulsion de Sarkozy, les souhaits d’alliance avec le FN se sont effondrés à l’UMP.

Seuls 30% des électeurs du parti de droite entendent désormais faire route commune avec la formation de Marine Le Pen. 20% de moins que lors d’un précédent et identique sondage ! Jérôme Fourquet le patron de l’Ifop, attribue ce spectaculaire basculement « au républicanisme de combat » de Nicolas Sarkozy. Ce dernier n’a cessé de marteler que le FN n’était pas un allié mais un adversaire. Une machine à casser l’UMP. On connaît sa formule : chaque voix apportée au Front National c’est une voix pour le parti socialiste.

La guerre des droites. La vraie. Sans pitié et sans accommodements techniques, tactiques ou électoraux avec l’ennemi désigné. Et c’est Sarkozy, l’affreux Sarkozy, accusé à gauche, et aussi dans  son propre parti, de lepéniser l’UMP qui la mène. Avec succès semble t-il si l’on en juge par les résultats du sondage.

Et là les bons esprits, pas toujours les plus fins, s’abandonnent à des tourments ravageurs. Comment le «  fasciste Sarkozy » , le « raciste Sarkozy » peut-il mener le combat contre le FN alors que tout plaiderait pour qu’il fasse alliance avec lui ? Tempête sous les crânes ! Pour comprendre il faut avoir lu et savoir lire.

Quand Nicolas Sarkozy entama sa carrière politique, il publia une biographie de Georges Mandel, ministre de l’Intérieur de la IIIème république assassiné par Vichy. Mandel était un homme à poigne, républicain, Juif et de droite. Tout homme politique aspirant à un destin national se doit d’écrire (ou de faire écrire pour lui) un livre. Que Nicolas Sarkozy ait choisi Mandel fait sens.

Mandel fut haï au-delà de toute mesure par l’extrême droite française. Sarkozy, lui, est haï de tous bords. L’homme à abattre. C’est en bonne voie si l’on en juge d’après un autre sondage. Il indique que c’est William, le plus intelligent, et donc le meilleur, des frères Dalton qui l’emporterait contre le petit Joe lors des primaires UMP. Si cela se confirmait, la prospérité du FN serait assurée pour longtemps.

*Photo : NICOLAS MESSYASZ/SIPA. 00712478_000017.

Irlande: mariage pour tous, tous pour le mariage?

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irlande mariage gay

irlande mariage gay

La bière Guinness n’a pas été troublée. Les partisans du mariage gay à Dublin peuvent lever leurs verres en paix : l’Irlande, qui avait déjoué tous les pronostics lors du référendum sur le Traité de Lisbonne de 2008, en opposant un « no » ferme au oui-ouisme de bon ton, ne l’a pas fait pour le référendum légalisant le mariage entre couples de même sexe.

Il faut dire le rouleau compresseur de « l’égalité » avait déjà aplani le terrain. Tous les partis politiques irlandais, des « conservateurs » du Fianna Fail aux nationalistes «rouges» du Sinn Fein, en passant par le libéral Fine Gael actuellement au pouvoir, soutenaient la mesure, relayés par les intellectuels, les artistes, les stars. Les richissimes entreprises tentaculaires américaines qui emploient nombre d’Irlandais, Google, Facebook, Twitter, Uber, ont pesé de tout leur poids en faveur de ce nouveau bond en avant sociétal. Le patron de l’IDA Ireland, une agence mi-publique mi-privée pour le développement industriel en Irlande, Martin Shanahan, avait résumé ce soutien au « oui » : « c’est bon pour le business ».

Cette mobilisation pour étendre toujours plus le libéralisme dans la sphère humaine se vérifie au même moment aux Etats-Unis, où les titans Walmart, Microsoft, Apple, etc. conduisent de véritables frappes de guerre contre les Etats et les institutions qui rechignent au mariage gay. L’Indiana, pour avoir voté une loi protégeant les pâtissiers et photographes chrétiens qui refusent de se prêter aux unions de même sexe, fut pris pour cible par un boycott économique en règle, avant de capituler. On n’ose se demander si ces géants du business prendraient des mesures aussi courageuses  et aussi peu profitables contre les dictatures wahhabites, ou la Chine.

Écrasée par le consensus de l’establishment, saturée par une presse aux abois, qui a inondé le public d’une propagande désarmante, de jeunes Irlandais sympathiques et branchés, se prenant en selfie devant les bureaux de vote, la campagne référendaire n’a guère laissé de place aux opposants. Pourtant, même si les grandes villes et Dublin affichent des scores faramineux en faveur du mariage gay, et que la victoire du « oui » est sans appel, les résultats sont plus serrés dans l’Irlande profonde, où certains comtés sont au coude-à-coude, voire complètement hostiles. Un tel clivage était déjà à l’œuvre lors du Traité de Lisbonne.

Pourtant, ce référendum enfonce un clou supplémentaire dans le cercueil du catholicisme irlandais, tel qu’il a marqué l’île pendant des siècles. Occupés et réduits à l’état de quasi-servage par les Anglais, les Irlandais n’ont eu jusqu’au XXe siècle que le ciel pour patrie. Leur pays avait embrassé le christianisme aussi pacifiquement que profondément dès le IIIe siècle. Ils opposèrent avec constance une fidélité indéfectible à l’Eglise de Rome, face au protestantisme de la Grande-Bretagne occupante. Un catholicisme populaire, ardent et ancré, qui aida à l’émancipation des Anglais catholiques, en imposant au Parlement britannique de leur accorder des droits civils et politiques, à force de militantisme. Quand l’Etat libre d’Irlande naît enfin, en 1921, après une féroce guerre d’indépendance, l’Eglise catholique est l’institution qui personnifie l’identité nationale, et la seule qui préexiste au gouvernement. La nation irlandaise s’était réfugiée dans les églises, mais le clergé, fort de cette mission historique, a poursuivi son influence sur la société, qui a viré à l’emprise étouffante d’une mère possessive. Le système éducatif fut un monopole clérical, propice aux abus de toutes sortes, qui éclatèrent dans les années 1990, alors que le « miracle économique irlandais », et son cortège consumériste, fournissait le terreau de la sécularisation. Au-delà du scandale des prêtres pédophiles, l’Eglise irlandaise, par son omniprésence sociale, a dégoûté des générations d’Irlandais, qui ont jeté le bébé de la foi avec l’eau saumâtre du cléricalisme. Discréditée, confrontée à une baisse drastique de fidèles et de vocations, elle n’est plus que l’ombre d’elle-même. Ce qui explique le choix fait par le clergé de ne pas s’impliquer dans le référendum.

Signe que les leçons du passé peuvent être fructueuses, l’Eglise irlandaise a laissé le terrain aux laïcs. La poignée d’opposants au mariage gay s’est retrouvée dans le collectif « Mothers and Fathers Matter », qui a retenu les leçons françaises de la Manif pour tous. Ils ont développé un argumentaire laïque, axé sur la question de la filiation, laissée sans réponse par le référendum. Signes supplémentaires de la « French Touch »: la mise en avant d’homosexuels opposés au mariage gay, et la dénonciation de la GPA. Même si elle arrive tardivement, cette stratégie est appelée à être plus efficace que les traditionnels arguments religieux, y compris aux États-Unis.

Le mariage gay à peine sanctifié par l’onction référendaire, certains commentateurs français s’impatientent: vite, que l’Irlande se débarrasse de ses derniers oripeaux catholiques, en abolissant l’actuelle interdiction de l’avortement ! Ils ignorent que, hors des salons parisiens, mariage gay et avortement ne sont pas liés là où les combats « pro-life » ont encore lieu, aux États-Unis et en Irlande. Là où les Français disent « droit à disposer de sa vie et de son corps », on y fait la distinction entre les enjeux, et on y discute autant de la vie du fœtus que de la mère. Néanmoins, la sécularisation irlandaise est telle qu’une disparition de son exception nationale sur l’avortement semble inéluctable.

En apostasiant très vite ces dernières décennies, l’Irlande brise certes des carcans cléricaux historiques, mais se trouve confrontée à un vide moral que ne viennent combler ni le libéralisme qui a mené l’île à sa perte, ni le nationalisme renaissant du Sinn Fein, dénaturé en politique de proximité.

À l’approche de l’anniversaire de l’insurrection de Pâques 1916, qui a conduit leur pays à l’indépendance, les Irlandais doivent réinventer leur plébiscite de tous les jours. Un christianisme purifié des erreurs du passé, éprouvé à la fournaise de l’humiliation, a une opportunité inouïe de renouer avec sa vocation originelle.

Le mariage gay irlandais a achevé de tuer l’Irlande catholique d’antan. Un réveil de la foi peut naître. Il faudra un jour remercier la société post-moderne d’avoir abattu les idoles, et poussé les Églises à se réformer sans cesse.

*Photo : Peter Morrison/AP/SIPA. AP21739616_000019.

La DS descend encore et toujours les Champs-Elysées

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Citroën DS 60 ans Paris

Citroën DS 60 ans Paris

(Avec AFP) – Quelque 700 Citroën DS ont défilé dimanche au centre de Paris pour célébrer les 60 ans de cette automobile emblématique de la France conquérante des Trente glorieuses, et légende sur laquelle PSA tente aujourd’hui de capitaliser dans le haut de gamme.

C’est avec un peu d’avance que les aficionados de la « déesse » ont fêté cet anniversaire : la création du styliste Flaminio Bertoni et de l’ingénieur André Lefèbvre est en effet révélée au public lors du salon de Paris, à l’automne 1955.

Elle y provoque un coup de tonnerre et un afflux de commandes en rapport avec son profil fluide et futuriste, à des lieues des lignes de ses concurrentes, comme la Peugeot 403 ou la Renault Frégate.

Son ramage est à la hauteur de son plumage, avec des solutions techniques inédites, notamment une centrale hydropneumatique qui commande les suspensions, la boîte de vitesses et les freins, lui conférant des prestations et un confort inégalés. Seul le moteur est hérité de la Traction Avant dont la DS reprend le flambeau.

« Qu’un gaz remplace l’élasticité d’un ressort, ça ne s’était jamais vu dans l’automobile », remarque l’historien Jean-Louis Loubet, pour qui la DS de 1955 était une voiture « élitiste, tournée vers la technologie ».

« Quand elle est née, c’était une voiture d’une autre planète », résume Jean-François Raoult, Suisse qui a fait le voyage dans une ID (modèle simplifié de la DS) immaculée, sortie des chaînes en 1968.

« C’était extrêmement audacieux de construire une telle voiture dans les années 1950 et ça m’a toujours fasciné », confesse cet ingénieur travaillant justement dans le secteur automobile.

« Elles sont très bien conçues, et belles comme des œuvres d’art. Elles sont très françaises », s’enthousiasme lui aussi Jacob Bosman, qui a fait le voyage d’Afrique du Sud – en avion – pour l’occasion.

« Si vous aimez vous différencier de la masse, vous les adorerez. Elles étaient extraordinaires quand elles sont sorties, et le sont toujours », ajoute ce médecin de 57 ans, qui possède une DS, rarissime dans son pays, et une poignée d’autres Citroën historiques.

« C’est une voiture dont la modernité est permanente. C’est toujours une inspiration incroyable pour nous », s’enthousiasme de son côté Yves Bonnefont, directeur général de la marque DS, qui a pris il y a un an son indépendance de Citroën avec des ambitions de « premium à la française ».

Novatrice, la DS a aussi correspondu à une période particulière de l’histoire de France, à laquelle elle est étroitement identifiée. « C’est la France industrielle qui marche vers le progrès technique », résume M. Loubet.

Pour lui, « la DS 19 est à l’automobile ce que la Caravelle est à l’aviation, le paquebot France à la navigation maritime ou Serre-Ponçon aux barrages hydro-électriques. C’est tout ce courant modernisateur de la France des années 1950 ». La fin de sa production, après environ 1,4 million d’exemplaires, correspondra peu ou prou à la première crise pétrolière, au milieu des années 1970.

Citroën DS 60 ans Paris

« Elle est en plus, en France, proche du pouvoir. C’est la voiture du général De Gaulle, la voiture de (son successeur Georges) Pompidou », rappelle l’historien. C’est notamment dans une DS, dont il était un inconditionnel, que l’homme du 18-juin échappe à un attentat de l’OAS au Petit-Clamart en 1962.

Une des DS du premier président de la Ve République figure parmi les modèles montrés cette semaine aux Tuileries, dans le cadre de la « DS week », à la fois hommage à la DS historique et vitrine des ambitions du groupe PSA Peugeot Citroën pour sa marque, qui va actuellement de la petite DS3 à la berline DS5, voiture officielle de l’Elysée.

Point d’orgue de la « DS week » : dimanche, 700 DS anciennes venues de toute l’Europe ont descendu les Champs-Elysées et se sont installées sur la place de la Concorde, après un passage quai André-Citroën (XVe arrondissement), site de l’usine d’où elles sont sorties. Hier, elles s’étaient rassemblées sur un autre haut-lieu de l’histoire automobile française : l’autodrome de Linas-Monthléry (Essonne).

« On a 40% de Français, 60% d’autres pays, avec une majorité de Hollandais et d’Allemands », détaillait sur place Marc-André Biehler, responsable du conservatoire de la marque aux Chevrons, alors que des DS berlines, breaks et cabriolets tournaient à belle allure sur le circuit, dans un concert de klaxons.

Les DS sont aujourd’hui très prisées des collectionneurs. La cote des rares cabriolets 21 « usine » atteint 170 000 euros, selon le journal spécialisé La vie de l’auto, même si les plus plébéiennes berlines DSpécial des années 1970 restent sous la barre des 10 000 euros en bon état.

Côté modernes, PSA revendique 550 000 véhicules de la gamme DS vendus dans le monde depuis la commercialisation de la DS3 en 2010. Alors que les performances commerciales en Europe semblent pâtir d’une gamme vieillissante, M. Bonnefont affirme que la priorité est à l’installation de la marque et promet que le nombre de modèles doublera à six d’ici à 2020, avec notamment « des berlines racées ».

Il refuse toutefois de s’engager sur une héritière directe de la « déesse », alors que la dernière grande berline haut de gamme de Citroën, la C6, héritière des Traction, DS, CX et XM, a cessé d’être produite fin 2012 après une carrière confidentielle.

*Photos : © AFP Eric Feferberg

L’Espagne va-t-elle voter ou «botter»?

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élections Espagne Rajoy Aguirre

élections Espagne Rajoy Aguirre

(Avec AFP) – Les Espagnols votent aujourd’hui dans le cadre d’élections régionales et municipales qui pourraient redessiner le paysage politique national, dominé par la droite, avec l’arrivée de nouveaux partis et d’une génération d’« Indignés » qui espèrent ravir Barcelone, voire même Madrid.

Le chef du gouvernement Mariano Rajoy (Parti populaire, droite) s’est impliqué à fond dans la campagne, tout comme Pedro Sanchez, secrétaire général du Parti socialiste (PSOE). Les deux grands partis de gouvernement espèrent éviter une correction sévère, alors que le mot d’ordre pour beaucoup dimanche était « botar » (botter…) plutôt que « votar » (voter).

Selon les sondages, ces élections pourraient signer la fin du bipartisme entre PP et PSOE en place depuis 1982, au profit d’un « système à l’italienne » où les alliances seront inévitables.

Après presque six ans de crise, l’Espagne 2.0 pourrait commencer à les délaisser « pour la nouvelle politique » incarnée par l’antilibéral Podemos (allié du parti grec Syriza, dont les leaders ne portent pas de cravate), ou Ciudadanos (de centre-droit), deux formations fondées par des trentenaires, le professeur de sciences politiques Pablo Iglesias (956 000 abonnés sur Twitter, soit 150 000 de plus que Rajoy) et l’avocat Albert Rivera.

35 millions d’électeurs – sur 46,5 millions d’habitants – sont appelés aux urnes et une forte hausse du vote des jeunes, attirés par ces partis, est attendue.

Ils devront renouveler 13 des 17 parlements régionaux. L’hégémonie de la droite y est forte : elle tient 13 communautés autonomes.

Les électeurs devront aussi choisir 8 122 maires, à commencer par ceux de Madrid, Barcelone et Valence, les trois plus grandes villes, toutes dirigées par la droite.

élections Espagne infographie

Ces élections interviennent après une crise ayant entraîné des traumatismes qui n’ont pas encore pu être soignés par la reprise amorcée en 2014 (+1,4% de croissance économique).

Des milliers de jeunes ont émigré pour fuir le chômage touchant la moitié d’entre eux et encore 23,7% de la population active. Le tout dans un climat délétère alimenté par d’innombrables affaires de corruption en pleine cure d’austérité.

D’où les difficultés du PP à convaincre du risque posé par les « expérimentations » des nouveaux partis comme Ciudadanos, accusé d’être prêt à s’allier au PSOE, ou le très populiste Podemos, traité de formation « bolchévique » qui détruira les « libertés ».

« Sortez dans la rue, sortez du jet privé, sortez de votre quartier de luxe et regardez la réalité de ce pays, M. Rajoy », a harangué Pablo Iglesias lors de son dernier meeting, vendredi sous le ciel bleu de Madrid, promettant de défendre les droits à un logement, à la santé, à l’éducation et la lutte contre la corruption.

« Cette campagne pour un changement politique est historique », a quant à lui déclaré le centriste Albert Rivera, qui promet une option « raisonnable, progressiste » et se veut également implacable contre la fraude.

Le scénario est identique pour les municipales avec deux confrontations très attendues à Madrid et Barcelone.

La première oppose essentiellement « l’animal politique » du PP, Esperanza Aguirre, 62 ans, comtesse et ex-présidente du Sénat, capable de danser en robe traditionnelle et de promettre que la mairie « ne fera pas de zèle pour prélever les amendes », à Manuela Carmena, ancienne juge de 71 ans.

Militante communiste opposée à Franco dans ses jeunes années, l’air doux, posé mais ferme, « Manuela » est candidate d’une plateforme rassemblant Podemos et d’autres formations très à gauche.

A Barcelone, Ada Colau, 41 ans, égérie des « Indignés », fondatrice d’une plateforme luttant contre les expulsions de logements, pourrait, elle, ravir la place au conservateur Xavier Trias, 68 ans.

La participation à la mi-journée était en baisse d’un point par rapport aux élections de 2011, à 34,78%. Les deux confrontations très attendues à Madrid et Barcelone mobilisaient cependant davantage que quatre ans plus tôt.

Des résultats partiels sont attendus à partir de 22h30. Restera ensuite à savoir quels résultats obtiendraient les éventuels nouveaux élus de Podemos, mouvement moins comparable à Syriza qu’il n’y paraît…

*Photo : AFP.

La moto, une passion œcuménique

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moto next chapter

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En France, pays à la législation florissante et patrie du refoulement mécanique, la moto a aussi mauvaise presse que l’auto. Le plaisir d’enfourcher un deux-roues motorisé est proscrit comme la lecture des écrivains réprouvés et l’apprentissage des langues mortes au collège. Que sommes-nous devenus ? Des censeurs impénitents qui cherchent toujours à contraindre, briser, ravaler tout ce qui fait briller les yeux des Hommes. Nos bienfaiteurs ont chassé inlassablement la motocyclette des campagnes, ce nuisible qui déclenche des passions écolo-citoyennes délirantes. Trop bruyante, trop voyante ou trop polluante, la moto verte voit rouge un peu partout sur notre territoire !

Par manque de culture et démagogie pétaradante, tous ces défenseurs du « bon air » se privent d’un oxygène vital. Car, la conduite d’une moto s’apparente à un art de vivre : la liberté de se mouvoir sans risquer la vie et la santé des autres. La propagande officielle n’a pas ménagé ses efforts depuis vingt ans pour interdire la pratique d’un loisir aussi familial. Le trialiste, l’enduriste ou le crossman du dimanche sont bien plus respectueux de l’environnement que l’urbain « green-compatible » à barbe. Leur cohabitation avec la nature est plus crédible et sincère. La moto et les « espaces verts » comme disent aujourd’hui nos technocrates de la langue de bois ont pourtant jadis coulé des jours très heureux. Ils étaient même les meilleurs amis du monde. En 1971, Bruce Brown a produit un film culte sur cette passion qui comptait, chaque jour, de nouveaux adeptes. Du désert californien aux terres escarpées d’Espagne jusqu’aux plaines enneigées du Canada, il a délivré un message de paix et de tolérance, enfin disponible en DVD. La moto y avait des vertus civilisatrices. Elle rendait à l’homme sa part d’authenticité et de fragilité.

A cette époque-là, la moto entrait en réaction contre la société de consommation. Si vous imaginez le motard disciple du grand défouloir, individualiste forcené, jouisseur sans entraves, passez votre chemin, vous n’avez rien compris à l’histoire des bécanes. Nommé à l’Oscar du Meilleur documentaire 1972, On Any Sunday a déclenché, à travers le monde, un engouement sans précédent. La présence de Steve McQueen à l’écran n’y était pas pour rien. L’acteur avait personnellement participé à son financement. On voyait une star d’Hollywood s’adonner à ce sport de plein air avec des milliers d’autres inconnus. La moto avait droit de cité dans les critiques cinéma des prestigieux quotidiens américains. On Any Sunday marquait également la naissance du BMX avec cette scène d’anthologie où l’on voit de jeunes californiens pédaler sur leurs biclounes rafistolés en imitant le bruit des motos. Il a fallu attendre plus de quarante ans pour voir une suite à ce monument de la culture biker. Dana Brown, le fils de Bruce, réalisateur notamment d’un documentaire très remarqué sur le surf, a relevé le défi.

The Next Chapter ouvre une nouvelle page de l’histoire du motocyclisme. Dans un contexte où les libertés individuelles ont fondu comme la calotte glacière, Dana montre que la passion de la moto n’a pas disparu. Sur le lac salé de Bonneville, dans la montée infernale de Pikes Peak ou sur un terrain de cross abandonné, les pros et les amateurs oublient chaque week-end leurs soucis à coups de kicks et de poignées de gaz. Même si les machines sont plus perfectionnées et les champions entraînés comme des sportifs de haut niveau (les images de Marc Marquez en Moto GP ou du freestyler Robbie Maddison sont ahurissantes), l’esprit de camaraderie demeure. Filmé en 4K ultra HD, The Next Chapter a un rendu phénoménal. Il faut remonter à Claude Lelouch et son court-métrage C’était un rendez-vous pour retrouver ce corps à corps infernal entre l’homme et son cheval mécanique. Dans la circulation enfiévrée de Hô-Chi-Minh-Ville, sur les pistes africaines où les vaccins arrivent dans les villages les plus reculés en deux-roues ou dans l’enceinte de Daytona, les Hommes continuent de communier avec la moto.

Coffret 2 DVD – On Any Sunday (Challenge One) et The Next Chapter – Marco Polo Production.

On Any Sunday + On Any Sunday : The Next Chapter

Prix: 20,93 €

1 d'occasion et neuf disponible à partir de

Si c’est une femme

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genevieve gaulle germaine tillion

genevieve gaulle germaine tillion

« Chacun est à chacun un ennemi et un rival »[1. Si c’est un homme, Folio, 2013.]. Primo Levi nous enseigne qu’au cœur des camps nazis, la condition de victime est loin d’engendrer un sentiment de fraternité systématique. D’un block à l’autre, on se bat qui pour un quignon de pain, qui pour un bouton de chemise, parfois sans compassion aucune.

La solidarité n’en reste pas moins un puissant vecteur d’espoir, singulièrement pour les victimes féminines de la barbarie nazie, dont les témoignages attestent de la grande sentimentalité. « Les femmes qui sont restées seules, je crois qu’elles n’ont pas survécu ; on avait absolument besoin les unes des autres. », déclare une déportée que cite Marie-Josèphe Bonnet dans son nouvel essai Plus forte que la mort.  L’historienne, féministe à la ville, y démêle l’écheveau des amitiés féminines nées à l’ombre des miradors. Si l’instinct de survie donne lieu à des manifestations d’égoïsme parfois abjectes, telles ces déportées communistes de Mauthausen privant une mère et sa fille affamées d’épluchures de pommes de terre par « indifférence pour les malheurs de ceux qui ne sont pas du parti », la meilleure part de la femme a produit des miracles de relations humaines. Parmi les communistes raflées dans la Résistance, certaines communient chaque soir aux côtés de leurs amies catholiques priant en secret.

Ainsi des résistantes néo-panthéonisées Germaine Tillion et Geneviève de Gaulle, sœurs d’infortune à Ravensbrück : en décembre 44, la première, se cotise avec ses co-détenues pour offrir un panier garni de Noël à la seconde, alors enfermée sans lumière dans le bunker du camp. Bouleversée par tant d’altruisme, Geneviève de Gaulle y puisera la force nécessaire pour survivre à l’entreprise de broyage nazi : « m’obsédait la certitude que, bien pire que la mort, c’était la destruction de notre âme qui était le programme de l’univers concentrationnaire », en conclura-t-elle. « Il n’y a pas de salut sans mes frères, la prostituée à côté de moi et l’autre qui a volé mon pain hier, et les vieilles femmes au teint terreux, elles sont moi, elles sont miennes. », enchérit Geneviève de Gaulle en 1946. L’ancienne militante homosexuelle Marie-Josèphe Bonnet ne manque pas de souligner que son sens de la sororité incluait même les « julots », ses voisines lesbiennes que la morale de l’époque réprouvait farouchement…

Les Tillion mère et fille ne laissent pas de fasciner la nièce du Général. Internée avec sa vieille mère, qui finira gazée pour « crime de cheveux blancs » (sic), Germaine n’a jamais dû endurer la souffrance maternelle. Se sachant condamnée, Emilie Tilllion fait en effet preuve d’un courage héroïque qui lui fait accepter son sort la tête haute. « Non, Dieu n’était pas absent, il éclairait le beau visage d’Emilie Tillion », toujours rayonnante malgré les circonstances, témoigne Geneviève de Gaulle.

De ces aventures humaines, Marie-Josèphe Bonnet tire une leçon de survie en milieu hostile : se mettre à la place de l’autre sans s’oublier soi-même, voilà le remède à l’assèchement de l’âme. Souvent émouvant, cet éloge de l’empathie réconcilie histoire et mémoire. Imprescriptible.

Plus forte que la mort. Survivre grâce à l’amitié dans les camps de concentration, Marie-Josèphe Bonnet, Ouest France éditions, 2015.

Plus forte que la mort

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*Photo : wikicommons.