Berlusconi a donc démissionné. Après une petite décennie de pouvoir, il laisse la place à l’ex-commissaire européen Mario Monti qui dirigera un gouvernement de technos. Puisqu’une page de l’histoire transalpine se tourne, j’aimerais réhabiliter ce grand chêne victime d’une vindicte injustifiée. Je n’ai jamais compris pourquoi le Cavaliere suscitait un tel niveau de haine chez les élites (qui ont fini par lui faire la peau). En y réfléchissant bien, j’ai trouvé la réponse : s’il a toujours été diabolisé et stigmatisé, c’est qu’il était altermondialiste !
Démonstration.

Primo, le fondateur de Forza Italia cède à la pression des marchés financiers et de leur impitoyable aiguillon, les agences de notation. Standard and Poor’s, Moody’s et Fitch ont désavoué celui que démocrates-chrétiens et sociaux-démocrates dépeignent comme un dangereux populiste, à mi chemin entre Poujade et Mussolini. En cause, l’endettement colossal de l’Italie bien sûr, mais surtout l’incapacité de la coalition gouvernementale Berlusconi-Bossi à couper encore davantage dans les dépenses. Des dépenses sociales, notamment.
C’est là qu’entre en jeu le talent de rassembleur de Berlu, dont la majorité parlementaire allait des sociaux-libéraux héritiers de Craxi (son parrain…politique) aux ex-néo-fascistes de Fini[1. Qui a doublement trahi : le Duce puis Berlusconi], en passant par les séparatistes de la Ligue du Nord. Ces derniers, dirigés d’une main de fer par Umberto Bossi, ont d’ailleurs précipité la chute de Berlusconi en refusant mordicus de relever l’âge de la retraite à 67 ans, prouvant une nouvelle fois la vocation sociale de leur alliance. Les anti-mondialisation adeptes des solidarités régionales sauront aussi gré à la droite italienne d’avoir gouvernementalisé l’extrême droite lombarde, laquelle aime tellement l’Italie qu’elle voudrait qu’il y en eût deux (avec une ligne Maginot censée repousser les masses migrantes tunisiennes…).

Dans sa vie privée, Berlusconi appliquait carrément le programme sociétal de la gauche, comme si lui disputer le terrain du social ne lui suffisait pas. On doit en effet au président du Milan AC une spectaculaire et prodigieuse campagne d’agit prop’ en faveur du droit de vit accordé aux jeunes filles de moins de 18 ans, un acquis féministe autrement plus audacieux que le droit de vote dès 16 ans ! Ruby en sait quelque chose, son initiation à la force virile bunga-bunga valant tous les pass contraception du monde…
Autre signe d’anticonformisme, le tropisme russe de Berlusconi lui a valu le salut de Vladimir Poutine, qui a eu l’élégance de regretter son départ. S’il regardait à l’Ouest, en bon atlantiste, Berlu assumait clairement ses amitiés est-européennes, y compris en conviant le premier ministre tchèque Mirek Topolanek à des parties fines filmées en compagnie de jeunes nymphettes. Comme tout homme de goût, Silvio savait apprécier le charme des belles slaves, qui le lui rendaient bien.

Il y a quelques années, le Président du Conseil italien avait provoqué l’indignation des parlementaires européens en traitant l’eurodéputé allemand Martin Schulz de « kapo ». De quoi défriser la gauche sociale-traîtresse et les bancs de la droite planplan, complices dans 97% des votes à Strasbourg. L’histoire était écrite : l’impétueux et fantasque Silvio devait périr par là où il avait pêché, crucifié par Angela la teutonne, qui met l’euro à feu et à sang en refusant de lâcher son emprise sur la BCE.

Ainsi, la chute de Berlusconi marque le début de la colonisation économique de l’Europe par les anciens de Goldman Sachs, multinationale bancaire qui place ses pions à la tête de la Banque Centrale Européenne (Mario Draghi), des gouvernements grec (Papademos) et italien (Monti). Une telle collusion interpelle les esprits aussi peu complotistes que le mien.
Mais soyons un peu plus optimistes. Viré à soixante-quinze ans comme un malpropre, non sans avoir préparé la prochaine récession transalpine, Berlusconi aura témoigné jusqu’au bout de son attachement secret et indéfectible à la notion de décroissance.

Allez Silvio, abandonne définitivement la politique et prends ta retraite chez Tiqqun, Julien Coupat t’attend !

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