« Les Marseillais ont ce sentiment diffus que, historiquement, Paris a toujours voulu du mal à leur ville. Mais la plupart du temps, personne n’arrive à se souvenir d’un événement précis. C’est une impression partagée, qui flotte dans l’air. » C’est ainsi que Pierre Échinard, historien spécialiste de Marseille, explique le désamour des habitants de la cité phocéenne pour la capitale. Étant moi-même marseillais, je vous confirme que c’est exactement ça : une impression partagée qui flotte dans l’air. Pourtant, des raisons objectives, pour Marseille, de se méfier de Paris, il en existe quelques-unes ; et, contrairement à ce que l’on croit dans les bistrots ou dans les virages du stade Vélodrome, elles n’ont rien à voir avec le football.

Si, dans les deux mille six cents ans d’histoire de Marseille, je devais choisir une date, ce serait sans doute le 2 mars 1660, ce jour où, décidé à infliger une punition spectaculaire à cette « ville rebelle » qui échappait encore à son pouvoir absolu, Louis XIV en fit abattre les remparts pour y pénétrer comme dans une ville conquise. L’antique Massalia, autrefois alliée de Rome contre Carthage, perdait définitivement le peu d’indépendance qui lui restait et le roi fit en sorte de graver à jamais ce jour dans la mémoire collective des Marseillais en faisant ériger le fort Saint-Nicolas à l’entrée du port, avec ses canons pointés sur la ville.

*Photo: ROUSSEL/SIPA.00675764_000021

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Guillaume Nicoulaud
est un blogueur et économiste françaisest un blogueur et économiste français
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