Si Paris est la Ville-Lumière, Marseille pourrait être la « Ville-Ombrière ». Il ne faut jamais oublier qu’à Marseille, c’est l’ombre qui est recherchée. « L’Ombrière » : c’est le nom du gigantesque miroir horizontal qui protège les badauds du soleil sur l’esplanade du Vieux-Port. En passant dessous, il suffit de lever le nez pour se voir à l’envers, comme si l’on marchait au plafond. J’ai rarement été séduit par un aménagement urbain de ce type, mais ici, je dois me rendre à l’évidence : l’idée est excellente et la réalisation parfaite. Non seulement cette construction ne gâche en rien le panorama de la ville, par exemple lorsqu’on la regagne en bateau des îles du Frioul, mais en plus elle se révèle utile à peu près toute l’année. En tant que Parisien en goguette, ce n’est pas ma seule découverte étonnante dans la plus grande ville de province française, qui semble être tout entière un miroir inversé de la capitale.

Foin de slogans footballistiques, de guéguerre pagnolesque et autres clichés de haines irréconciliables : entre Paris et Marseille, ce n’est pas la haine qui domine, c’est l’ignorance mutuelle. Deux mondes qui ne parlent pas le même langage.  Le cœur de Paris, c’est le Marais, ses bars gays, ses boutiques fashion, ses épiceries bio et ses hôtels particuliers hors de prix. Le centre de Marseille, c’est Noailles, ses parts de pizza à 2 euros, ses étals de fruits et légumes et ses rues crasseuses peuplées de femmes voilées. D’un côté, un quartier extrêmement friqué, à très forte majorité blanche et branchée. De l’autre, un quartier « populaire », c’est-à-dire très pauvre et presque exclusivement maghrébin d’origine. La première fois qu’on y met les pieds, cette différence radicale saute aux yeux, en commençant par le nez et les oreilles : odeurs d’épices, musique raï à fond… L’équivalent de mon quartier de Barbès, ou de la Goutte d’Or.

*Photo: ROUSSEL/SIPA.00675764_000027

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Pascal Bories
est journaliste.
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