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Exit DSK, bonjour Freud!

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Le procès fait à la sexualité de Dominique Strauss-Kahn s’achèvera bientôt. Exceptionnellement, ce politicien de deuxième choix, qui prospéra surtout à l’abri de ses protecteurs, et ne prononça souvent que les formules congelées de ses communicants, a tenu tête avec un certain panache à ses accusateurs. Il a fini par se rebeller, non sans humour, contre celles et ceux qui, croyant qu’il reculait, voulurent… l’acculer.

Il y eut quelque chose d’un atroce voyeurisme, d’une volonté de nuire à un seul dans ce spectacle inutile. Reviendra-t-il, tel un boomerang, à la face des gens de justice, qui furent à son origine ? Quant au niqueur en série, ses plus récents déboires professionnels le renverront peut-être vers un silence médiatique, d’où il n’aurait jamais dû sortir. La gauche de pouvoir, totalement acculturée, le désigna comme son champion. Fabriqué de toutes pièces par les médias à partir de compétences partagées par l’essentiel des économistes français, ne fut-il pas la dupe de son entourage, de ses prétendus amis politiques, de ses acolytes et d’une clientèle prévoyante, qui espérait tirer profit de ses succès ? Nous oublierons donc ce monsieur et ses partouzes tristes : exit DSK non par la sortie des artistes mais par l’issue de secours !

On entendit, à la barre du tribunal de Lille, le témoignage d’une nommée Jade. En rappelant brièvement les raisons matérielles qui l’avaient amenée à l’amour tarifé, elle se livra à un émouvant exercice de remémoration, qui annonçait ce qu’on nomme en médecine et en psychologie l’anamnèse. Il s’agit du récit que produit le patient pour rapporter l’histoire de son mal ou de son malaise. Jade mettant au jour les servitudes des filles naguère qualifiées « de joie » et leur dégradante disponibilité, a mis fin au tour un peu frondeur, « gaulois et festif » que prenaient les débats après l’inénarrable Dodo la saumure. Cela sentait la misère, la détresse et l’exploitation. Cependant, ce « retour du refoulé prostitutionnel » pourrait provoquer un bouleversement des mœurs françaises, jusqu’à présent préservées de l’hygiénisme et de la folie féministe anglo-saxonnes. Nous savons au moins depuis Georges Brassens tout ce que nous devons aux putains. Un Français qui ne leur accorderait pas le respect, même encanaillé, devrait être déchu de sa nationalité. C’est ainsi qu’un gentilhomme, plutôt que la retourner brutalement, suggérera à sa belle d’un jour que, de l’autre côté, la chose est intéressante, et que, bien menée, elle conduit à d’intenses satisfactions chez l’un et chez l’autre. Qu’elle lui réponde non, il n’entendra pas oui !

Demeurera toujours la question du sexe et de la violence. Le bon docteur Sigmund F. a livré un trésor de réflexions, où il est question d’un héros de la mythologie grecque et de son complexe, de scène originaire, bref d’une douloureuse et compliquée organisation œdipienne, qui se met lentement en place chez l’enfant, de la puberté à la fin de l’adolescence. Tout cela, évidemment, est fort discuté et remis régulièrement en cause, mais la finesse du sorcier viennois nous entraîne après lui dans un paysage fascinant de vestiges fantasmagoriques. Au reste, et Sigmund l’avait relevé, il eut un fameux précurseur dans l’exploration de nos « éléments structurants ». On trouve en effet chez Diderot une troublante, pénétrante observation du fondement œdipien de la violence strictement masculine :

Lui : […] tout ce qui vit, sans l’excepter, cherche son bien-être aux dépens de qui il appartiendra, et je suis sûr que si je laissais venir le petit sauvage sans lui parler de rien, il voudrait être richement vêtu, splendidement nourri, chéri des hommes, aimé des femmes, et rassembler sur lui tous les bonheurs de la vie.

Moi : Si le petit sauvage était abandonné à lui-même, qu’il conservât toute son imbécillité et qu’il réunît au peu de raison de l’enfant au berceau la violence des passions de l’homme de trente ans, il tordrait le cou à son père et coucherait avec sa mère.

Lui : Cela prouve la nécessité d’une bonne éducation ; et qui est-ce qui le conteste ? et qu’est-ce qu’une bonne éducation, sinon celle qui conduit à toutes sortes de jouissances sans péril et sans inconvénient ?[1. Denis Diderot, Le Neveu de Rameau, p. 474 du texte établi par J. Assézat et M. Tourneux, éditions Garnier, 1875-77.]

Ah, quel beau démon annonciateur ce jeune assassin de son père, amant de sa mère, et de quelle admirable prescience fait preuve Denis D. ! Quand on s’appelle Freud, ces choses-là vous mettent sur la piste d’une bouleversante révélation !

Dans toute scène sexuelle entre deux partenaires consentants gît la violence ; elle règle une figuration très animée, relancée par le désir. Elle souffle aux amants des initiatives audacieuses. C’est encore elle qui abolit en partie la pudeur innée ou acquise, et c’est toujours elle qui jette l’un contre l’autre des corps affolés, pourtant voués à la souffrance et à la mort. Deux égoïsmes se confrontent alors : la règle muette exige que l’un et l’autre s’acceptent et se fondent dans une même fantaisie. On pressent le fragile équilibre entre soumission et domination, entre violence de création et brutalité d’humiliation. Sa rupture, dramatique, apparaît dans le film Le Dernier tango à Paris, lorsque Marlon Brando impose à Maria Schneider une sodomie douloureuse. Cette scène a considérablement nui au beau film crépusculaire de Bernardo Bertolucci.

Comment sortir de cette impasse, où les amants s’affrontent dangereusement ?

Certainement pas en écoutant Caroline Fourest, qui déclarait : « Avec le Pacs, j’ai milité avec des gays, et il m’arrive de me dire: tiens, il est mignon ! Un hétéro, ce n’est pas possible, à cause de ce qu’il a dans la tête. »[2. Entretien accordé à Libération, en juin 2000, par Caroline Fourest, présentée alors par le journal dans ces termes : « Ex-présidente du Centre gai et lesbien de Paris. Directrice de la publication de Prochoix, « journal et réseau féministe, gay friendly, antifasciste » »]. Un gay, selon Caroline, c’est bien, c’est franc du collier, c’est doux, compréhensif et jamais brutal. “Ce qu’il a dans tête” est fort présentable, se fonde sur une tendre réciprocité. Le gay, c’est joyeux, le pas gay, c’est triste ! Le gay, la gayte ont la gâterie « girly », le pas gay l’a graveleuse.

Qu’est-ce donc que l’amour en France ? Un moment d’abandon à notre magnifique fantaisie animale augmentée de notre imagination rationnelle. Car le plaisir ne s’obtient pas sans le piment de la raison. C’est que, dans ce pays, si nous aimons bien avec le corps, nous aimons mieux encore lorsqu’il s’accorde à l’esprit. Les français s’envoient en l’air… pour prendre de la hauteur ! Aimons nous comme des bêtes, mais ne nous montrons pas stupides au déduit ! Là aussi, il est une place pour l’esprit. C’est d’ailleurs la leçon de notre ami Diderot, lorsqu’il écrit à Sophie Volland : « […] qu’est-ce que les caresses de deux amants, lorsqu’elles ne peuvent être l’expression du cas infini qu’ils font d’eux-mêmes? Qu’il y a de petitesse et de misère dans les transports des amants ordinaires ! Qu’il y a de charmes, d’élévation et d’énergie dans nos embrassements. » (1er juin 1759).

À la fin, que reste-t-il des transports amoureux ? Une bousculade de souvenirs, des corps et des visages fondus dans la brume de la mémoire, et l’émouvante impression de s’être glissé dans la ronde éternelle de la séduction et du désir :

« Adieu, Camille, retourne à ton couvent, et lorsqu’on te fera de ces récits hideux qui t’ont empoisonnée, réponds ce que je vais te dire : tous les hommes sont menteurs, inconstants, faux, bavards, hypocrites, orgueilleux et lâches, méprisables et sensuels ; toutes les femmes sont perfides, artificieuses, vaniteuses, curieuses et dépravées ; le monde n’est qu’un égout sans fond où les phoques les plus informes rampent et se tordent sur des montagnes de fange ; mais il y a au monde une chose sainte et sublime, c’est l’union de deux de ces êtres si imparfaits et si affreux. On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent malheureux ; mais on aime, et quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière ; et on se dit : “ J’ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois, mais j’ai aimé. C’est moi qui ai vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui. ” »[3. Alfred de Musset, On ne badine pas avec l’amour, acte 2, scène V.]

*Photo : Michel Spingler/AP/SIPA. AP21694166_000008.

Ni lâches ni martyrs

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S’exposer à visage découvert en s’exprimant sur l’islamisme, c’est courir le risque de se faire tuer.

L’option héroïque du martyr est d’autant moins recommandable que le risque de mourir va inévitablement peser sur bien des décisions, vu que de notre côté de cette guerre, nous aimons la vie.

Comment ceux qui veulent s’exprimer publiquement et librement sur l’islamisme peuvent-ils échapper au choix d’être ou des lâches ou des martyrs?

Je ne vois qu’une solution : l’anonymat, grâce à un pseudo jamais dévoilé.

À moins que tout le monde signe Edwy Plenel ou Esther Benbassa…

Français comme un Juif en France

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C’est devenu un marronnier : les juifs de France ont peur. Tellement peur qu’ils s’apprêteraient massivement à quitter la France pour aller chercher la sécurité… en Israël – plus un Français n’ignore aujourd’hui le sens du mot « alya ». En réalité, cette interprétation paniquarde, confortée par les indécents appels de Netanyahou, occulte peut-être une déchirure plus profonde : si des juifs français sont de plus en plus nombreux (quoiqu’ultra-minoritaires) à choisir l’exil qu’ils appellent retour, c’est moins sous l’emprise de la peur qu’en raison d’un sentiment grandissant de solitude. Certes, ce sentiment ne compromet nullement l’intégration des Juifs à la société française. Mais il complique imperceptiblement la question de l’appartenance, comme si, pour certains, être juif et français allait un peu moins de soi.

Moments paroxystiques de deuil et d’inquiétude, les agressions et crimes antijuifs ne sont donc pas de tragiques accidents troublant momentanément un vivre-ensemble idyllique. Parallèlement à la montée de l’antisémitisme arabo-musulman accolé à l’antisionisme virulent d’une partie de la gauche, la tendance à l’entre-soi à l’œuvre dans toute la société a progressé dans une partie de « la communauté », en même temps que la pratique religieuse et l’affirmation identitaire. Les « Philippe » et « Alain » nés dans les années 1960 appellent leurs fils « Ilan » ou « Avner » et beaucoup préfèrent désormais, pour leur résidence secondaire, Tel Aviv à Deauville. En somme, de plus en plus de « Français juifs », comme on dit à la télé comme pour leur prodiguer une réassurance, se considèrent comme des « juifs français ».

« Je ne veux pas entendre que les juifs ont peur ! » Les mots de Raphaël Mergui, le président du Consistoire (organisme chargé des questions cultuelles), en ont peut-être ragaillardi quelques-uns. Comme Danielle, quinqua bondissante et chef d’entreprise, qui se dit juive par l’humour : « Marre d’entendre tout le temps parler des juifs comme des victimes ! » Il n’empêche : que certains aient peur, après Merah, après Nemmouche et après la tuerie de l’Hyper Cacher de Vincennes, il faudrait être aveugle ou cynique pour s’en étonner.[access capability= »lire_inedits »] En particulier ceux qui, dans l’étrange guerre où on nous dit que la France est engagée, se retrouvent en première ligne parce qu’ils vivent encore dans les « territoires perdus » – ou « quartiers difficiles ». On l’a peu relevé, ce sont aussi les juifs de synagogue, plus exposés que les juifs de culture car littéralement plus visibles qu’eux – avec leurs barbes, chapeaux, ou redingotes et papillotes, ce que Benny Lévy appelait avec drôlerie « l’attirail de camping ».

Pour autant, les sentiments à l’œuvre au sein d’un groupe de 600 000 personnes, infiniment moins homogène que ce que croient les pourfendeurs du « lobby » ou du « complot », sont beaucoup plus contrastés, ambivalents, divers que ce que les journalistes répètent en boucle. Certes, il y a l’effroi que l’on puisse aujourd’hui, en France, tuer des juifs parce qu’ils sont juifs, le sentiment d’abandon face à l’indifférence d’une partie de la population qui semble vaguement penser que les victimes juives prennent trop de place et qu’on n’en fait pas autant pour tout le monde. Beaucoup observent avec amertume que les juifs formaient l’écrasante majorité de la foule venue rendre hommage aux victimes de Vincennes, au lendemain de la prise d’otages. Mais perce aussi le soulagement d’être enfin entendus par nombre de leurs concitoyens et la confiance renouvelée dans la France, dont les plus hauts représentants ont répété que, sans les juifs, elle ne serait plus tout à fait elle-même.

Ainsi, chez bien des juifs du quotidien, la douleur est tempérée par le fait que l’État désigne enfin l’origine du « nouvel antisémitisme » qui sévit dans les banlieues depuis une bonne quinzaine d’années. Et l’État, c’est d’abord Manuel Valls, qui a toujours été du bon côté de la gauche (ce qui lui vaut d’être dénoncé comme sioniste dans l’islamosphère). « Comment peut-on accepter que des Français soient assassinés parce qu’ils sont juifs ? (…) nous devons là aussi nous rebeller, et en posant le vrai diagnostic. Il y a un antisémitisme que l’on dit historique remontant du fond des siècles mais il y a surtout ce nouvel antisémitisme qui est né dans nos quartiers, sur fond d’Internet, de paraboles, de misère, sur fond des détestations de l’État d’Israël. » : le discours « historique » prononcé par le Premier ministre à la tribune de l’Assemblée nationale le 13 janvier a fait vibrer pas mal de cœurs « franco-juifs ». Comme celui de Nil Symchowicz, avocat issu d’un couple mixte séfarade-ashkénaze, qui ne cache pourtant pas son pessimisme pour l’avenir : « Pas un seul juif de France n’a manqué d’écouter les deux minutes quarante de ce discours. Quelque chose se joue, les choses commencent à être nommées. La solitude est peut-être en train de se briser. » Les mots du Premier ministre parlent à la « rue » juive, partagée entre l’envie de saluer d’une prise de conscience salutaire et la crainte qu’il s’agisse de paroles sans lendemain, comme le croit Emmanuelle, 30 ans. Cette parisienne « juive pas du tout religieuse » laisse sourdre sa colère : « Pourquoi le gouvernement ne s’est-il pas réveillé avant, lorsque des atrocités antisémites ont été commises cet été en marge des manifestations pour Gaza ? Pourquoi les lois contre l’antisémitisme ne sont-elles pas appliquées sur les réseaux sociaux ? » Mère au foyer issue d’un milieu populaire, Emmanuelle veut croire à la volonté des pouvoirs publics, au-delà des effets d’annonce : la lutte contre le racisme et l’antisémitisme décrétée grande cause nationale pour 2015, la nomination d’un préfet pour la sécurité des « sites de la communauté juive » – version bienveillante du commissaire aux questions juives, a-t-on ironisé avant que l’on rattrape cette bévue administrative en étendant les compétences du préfet à tous les lieux de culte. Trop tard, décrète Michel, président de la communauté juive d’une ville du Val-de-Marne et professionnel de la santé : « La France a un cancer généralisé, c’est la dernière chance»

Quelques kilomètres plus loin, l’élu de Vincennes et dirigeant communautaire Franck Serfati est moins alarmiste : « Les institutions de la République fonctionnent bien. Il existe un arsenal juridique réel et les tribunaux ne sont pas aussi cléments qu’on le dit », plaide cet avocat qui a déjà vu un malappris incarcéré pour avoir agressé des juifs et dessiné une croix gammée – ce qui d’ailleurs ne règle pas grand-chose. Ce qui l’inquiète, c’est plutôt la lâcheté trop largement partagée face à l’antisémitisme de ce début de xxie siècle. La lâcheté et l’habitude. « L’attentat de la porte de Vincennes n’étonne personne », explique-t-il, en déroulant le fil de ces dernières années, durant lesquelles on a observé sans vouloir le voir un « antisémitisme qui vient de la base, et s’appelle antisionisme haineux et islamisme radical ! ». Si son épouse, enseignante dans une école post-bac parisienne, n’a senti aucune compassion chez ses élèves musulmans les plus véhéments, Franck Serfati salue, parmi les rares bonnes nouvelles de l’heure, l’acte de bravoure du jeune Lassana Bathily, employé malien musulman de l’Hyper Cacher qui a sauvé plusieurs vies juives en les cachant dans la chambre froide du magasin avant d’alerter la police. Une lueur d’espoir… En attendant, si, à Fontenay-sous-Bois où il réside, Serfati a vu défiler beaucoup de modérés (intellectuels, artistes, recteurs de mosquée) au sein de son association antiraciste Vigil’ance, la base musulmane, elle, n’a pas suivi.

Niché dans le multiethnique 20e arrondissement de Paris, le quartier Gambetta traverse des turbulences : « Depuis la Seconde Intifada, on entend tous les jours des “sale juif” de la part des musulmans du quartier, lorsqu’on n’assiste pas carrément à des agressions, parfois au cutter », raconte Emmanuelle. À l’instar de leurs cousins anversois, de plus en plus proches d’une mouvance flamingante au lourd passé collaborationniste[1], des pans entiers de la communauté juive française seraient tentés par une alliance à revers avec le Front national : « On connaît des juifs religieux qui vont voter Marine Le Pen, on en est presque à espérer que le FN passe, car on n’en peut plus de l’islamisation de la France », argumente la jeune femme.

À l’abri dans les beaux quartiers de la capitale, Nil n’en éprouve pas moins une forte exaspération devant l’atmosphère délétère qui pourrit la vie quotidienne : « J’en ai marre de la sécurité, marre des militaires devant les synagogues et les institutions juives. Ces petites oppressions quotidiennes, pourtant absolument nécessaires, me donnent l’impression paradoxale de ne pas être un citoyen comme un autre. Les juifs ont le sentiment d’être à part. » Ce n’est pas faute d’aimer la France, car ce quadra vibre au son de La Marseillaise et s’approprie le roman national jusqu’à « faire partie de ces juifs qui pensent que Clovis et Vercingétorix sont leurs ancêtres ! ».

Qu’ils épousent ou non ce patriotisme héritier de Marc Bloch, les juifs évoluant en milieu hostile n’ont d’autre choix que de se soumettre ou de se démettre, selon le théorème du géographe Christophe Guilluy : « Devenir minoritaire, c’est dépendre de la bienveillance d’une majorité »[1. La France périphérique (Fayard, 2014).]. Cas d’école, Épinay-sur-Seine forme un petit îlot au cœur d’une Seine-Saint-Denis pratiquement vidée de ses juifs. Aujourd’hui retraité, Paul y a pratiqué la médecine quarante ans durant. On peine à imaginer que cette ville ghettoïsée fut autrefois une banlieue où il faisait bon vivre, avant l’afflux massif d’immigrés et la construction de barres HLM dans le centre-ville. « La sécurité s’est dégradée à mesure que la mairie socialiste accueillait une nouvelle population arabo-musulmane dont elle voulait faire des électeurs. On peut traverser Épinay sans croiser un Blanc, au point de se croire à Soweto ou à Dakar ! », décrit placidement ce juif religieux. Aux abords de sa synagogue, des jets de bouteilles se font en toute impunité. « Il a fallu apprendre à traverser les rues en essuyant des crachats, des insultes, des regards hostiles. On est obligé de s’écraser, cela donne la rage, c’est insupportable d’endurer ces petits gamins à peine pubères », s’agace Paul. Mais si vous rasez consciencieusement les murs, il ne vous arrivera pas grand-chose, sinon d’entendre quelques abrutis s’égosiller en lançant des « Allahou Akbar » ou « Palestine ! Palestine ! » au lendemain du drame de la porte de Vincennes. Pour la fraternité, on repassera…

La séparation étant parfois la seule façon de vivre ensemble, les juifs d’Épinay s’exilent vers les cités pavillonnaires voisines. Ces déménagements ont pour seul effet de déplacer les difficultés de cohabitation de quelques kilomètres. À l’échelle de l’Île-de-France, la mobilité géographique esquisse une véritable topographie juive, avec ses bastions, ses archipels, et ses îlots éclatés. Les plus cossus investissent l’Ouest parisien, c’est-à-dire le 16e arrondissement et Boulogne-Billancourt, les classes moyennes se regroupent à Saint-Mandé et à Vincennes, tandis que les plus modestes se cloîtrent dans leurs banlieues (Créteil, Sarcelles, etc.). D’après le politologue Jean-Yves Camus, lui-même converti au judaïsme, « il reste, dans ces banlieues, des familles pauvres ou de la classe moyenne qui, tout en ayant envie de bouger, ne le peuvent pas financièrement. La question de fond qui reste un peu taboue, c’est de savoir si les communautés très orthodoxes n’auraient pas dû, comme aux États-Unis, quitter Paris nord-est et la couronne proche pour s’établir en grande périphérie. » L’intellectuel, proche du Parti socialiste, ne mâche pas ses mots face à la sécession culturelle d’une partie de la jeunesse musulmane, laquelle a sombré dans la « détestation du fonds culturel français et le refus d’admettre qu’il existe, et doit continuer à exister, en France, une “leitkultur”, une culture dominante, celle de la majorité. Les juifs ont de tout temps admis qu’ils sont une minorité et ont adapté leur attitude à cette réalité. L’islam doit faire de même ». Reste à savoir si cet appel sera entendu. .

Mais voilà, le 11 janvier, à Marseille, ville symbole de la diversité française, seules 60 000 personnes ont défilé pour rendre hommage aux victimes de l’attentat contre Charlie et l’Hyper Cacher. Le silence parfois complice de la France black-blanc-beur laisse cois les chasseurs de stigmates et d’amalgames, nantis de leur missel républicain dont la devise Liberté, Égalité, Fraternité sonne creux. À force d’invoquer des « valeurs » introuvables, nos ministres ne savent plus quel lapin sortir de leur chapeau. Plongé dans la lecture d’Opération Shylock, j’ai bien songé à contribuer en proposant la création d’une antenne française de l’association des antisémites anonymes imaginée par Philip Roth dans ce roman déluré !

Trêve de blague juive. La réalité, c’est qu’un nombre croissant de juifs français préfère la valise au camp retranché. En 2014, presque 7 000 d’entre eux ont quitté leur mère patrie pour accomplir leur alya (la « montée », en hébreu) vers Israël ; contre 3 280 l’année précédente. Une augmentation de 100 % qui fait de la France le premier pays d’émigration vers Israël. Emmanuelle résume bien l’avis général : « L’alya n’est pas une solution, il ne faut pas partir par peur, mais je comprends que de plus en plus gens y pensent. » Comme Myriam, l’amante de François, héros du dernier Houellebecq, qui quitte une France conquise par la Fraternité musulmane, ils sont nombreux à sauter le pas, moitié par dépit, moitié par attachement identitaire à la terre d’Israël. Chez beaucoup de jeunes juifs français, l’adhésion au projet sioniste représente la promesse d’un « hinterland culturel extranational » (Christophe Guilluy) qui leur offre une forme de sécurité culturelle dans une patrie de substitution. « Malgré la situation sécuritaire, les juifs ont le sentiment d’être mieux protégés en Israël qu’en France. Chaque citoyen doit assistance et protection à l’autre », traduit Nil Symchowicz dans le langage du cœur. Dans le lot, il y a forcément des déceptions, l’alya provoquant parfois son revers, la yerida (la « descente »), sous la forme d’un billet retour Tel-Aviv-Paris. Et, lorsqu’ils ne s’exilent pas aux États-Unis ou au Canada, les juifs français en quête d’ailleurs optent pour une solution hybride : « l’alya Boeing ». Dans le vol El Al Paris-Tel-Aviv du jeudi soir, on retrouve en effet toute une pyramide sociale de Franco-Israéliens qui travaillent la semaine en France puis rejoignent leur famille installée dans l’État juif le week-end, du médecin assis en business aux petits salariés agglutinés en classe éco.

Dans la tourmente, le désarroi des uns, la colère des autres pourraient laisser penser qu’on est désormais malheureux comme un juif en France. Et pourtant, l’alliance de cœur et de raison entre les juifs et la République tient bon. De même que, dans la mémoire collective des juifs français, la France est le pays qui a sauvé la moitié de ses juifs plutôt que celui qui en a envoyé la moitié à la mort, beaucoup préfèrent retenir les mots de Valls que les visages haineux de Merah et de Coulibaly. Car si la France sans les juifs n’est pas la France, ils continuent à penser que les juifs sans la France ne sont pas les juifs, tant la patrie de l’Émancipation occupe une place spéciale dans leur histoire. Alors, en dépit de ses angoisses et de ses griefs, l’immense majorité des 500 000 juifs tricolores n’a pas d’hésitation sur son appartenance à la nation. En guise de pied de nez aux antisémites, Jean-Yves Camus propose aux juifs français de reprendre à leur compte un slogan bien connu : « On est chez nous ! ».[/access]

De la rue Copernic à l’Hyper Cacher : chronologie des attaques antisémites

  • 3 octobre 1980 : une bombe détruit la verrière de la synagogue de la rue Copernic (Paris-16e), causant quatre morts et quarante-six blessés. Imputée hâtivement à l’extrême droite, la responsabilité de l’attaque incomberait au citoyen canadien d’origine palestinienne Hassan Diab, proche du FPLP-OS, extradé en France le 15 novembre 2014.
  • 9 août 1982 : un commando palestinien dégoupille une grenade à l’intérieur du restaurant Goldenberg de la rue des Rosiers (Paris-4e), tuant six personnes et en blessant vingt-deux autres.
  • 7 septembre 1995 : une voiture piégée explose à quelques mètres de l’entrée de l’école juive Nah’alat Moché, à Villeurbanne. Quatorze passants sont blessés dans cet attentat attribué au GIA algérien
  • Janvier 2006 : Ilan Halimi, 24 ans, est enlevé, torturé puis assassiné à Bagneux par le « Gang des barbares », que dirige Youssouf Fofana. Les juges retiennent l’antisémitisme comme circonstance aggravante du crime.
  • 19 mars 2012 : à la sortie de l’école juive Ozar Hatorah de Toulouse, Mohammed Merah assassine quatre personnes, dont une petite fille de 8 ans, tuée à bout portant, et deux jeunes écoliers.
  • 24 mai 2014 : le Français Mehdi Nemmouche, membre présumé de l’État islamique, tue quatre visiteurs du Musée juif de Bruxelles.
  • 20 juillet 2014 : incendie de l’épicerie cachère Naouri à Sarcelles, en marge d’une manifestation pro-palestinienne ayant viré à l’émeute.
  • 1er décembre 2015 : trois braqueurs rackettent un jeune couple à son domicile de Créteil en évoquant ses « origines juives », avant de violer la jeune femme.
  • 9 janvier 2015 : deux jours après le massacre de Charlie Hebdo, Amedy Coulibaly, qui se réclame de l’État islamique, prend en otage la clientèle du magasin Hyper Cacher de la porte de Vincennes. Il tue froidement quatre personnes et meurt dans l’assaut du RAID.

*Photo : Christophe Ena/AP/SIPA. AP21677683_000008.

La France « rance » épinglée

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roms commission europeenne

Connaissez-vous Nils Muiznieks ? Ce monsieur, letton de son état, est l’actuel commissaire aux droits de l’Homme du Conseil de l’Europe. Docteur en sciences politiques, ancien président de la Commission européenne contre le racisme et l’intolérance, il vient de produire l’un de ces rapports déconnectés du réel dont sa maison-mère détient le secret. Le constat dressé après une visite de courtoisie au mois de septembre 2014 y est sans appel : la France doit accueillir plus de réfugiés et, dans le même temps, lutter contre ses penchants racistes et xénophobes. Ceci n’est pas un canular.

Avant tout, il faut savoir que par le passé, Monsieur Muiznieks, appointé pour prodiguer des leçons d’intégration aux États intolérants, a été entre autres « ministre du gouvernement letton, chargé de l’intégration sociale, de la lutte contre la discrimination, des droits des minorités et du développement de la société civile ». Ce fait d’armes grandiloquent retient l’attention sur un curriculum bien garni (nécessaire à tout bon technocrate). Quiconque connaît tant soit peu la démographie lettonne est déjà sur ses gardes : population de deux millions d’habitants (Paris intramuros), exclusivement d’origine est-européenne et ne connaissant l’islam que par pays interposés et images satellite. Il n’est pas certain qu’une si maigre expérience de la notion de promiscuité puisse conférer de l’autorité en matière d’« intégration ».

Par suite, il faut mettre en regard les reproches adressés à la France et l’histoire complexe de ce pays, chose que néglige totalement un commissaire aux droits de l’Homme, tout à ses rêves d’une humanité confraternelle parce que déracinée. Dans l’optique des droits de l’Homme, ne sont en effet reconnus que des individus n’ayant qu’un rapport consumériste à la culture, tous invités à s’identifier à une idole, un homme générique pourvu d’un catalogue de droits sans cesse enrichi et, pour cette raison, objet d’un culte universel. Les peuples, eux, sont répudiés dans la mesure où ils n’entrent pas dans cette grille de lecture mercantile. Tout au plus tolèrera-t-on des identités minoritaires (issues essentiellement d’Afrique noire, du Maghreb et d’Europe de l’est), précisément parce qu’elles sont minoritaires et peuvent participer au ravinement des vieilles identités de masse, réputées sclérosantes et désuètes. La double injonction de Monsieur Muiznieks participe clairement de cette démarche.

Ce dernier enjoint en effet la France non seulement d’accueillir et de protéger davantage de réfugiés (en provenance de Syrie notamment), mais aussi d’intensifier la répression des actes et propos à caractère discriminatoire, et offensant a fortiori. L’accent est mis en particulier (la moitié du rapport) sur les « droits de l’homme des Gens du voyage et des Roms migrants ». En marge du rapport, certains « conseils » avisés du commissaire en disent long. Se montrant « inquiet du fort climat d’antitziganisme qui règne en France de très longue date », il préconise de les voir avant tout comme « victimes de violences commises par des particuliers et parfois même par des membres des forces de l’ordre, notamment lors des évacuations forcées de campements ». Généreux, le commissaire « souligne également l’urgence de garantir aux Roms l’accès aux soins de santé, à l’éducation, au logement et à l’emploi, ainsi qu’à mener des activités de sensibilisation du public afin de combattre les stéréotypes et les préjugés ». L’Aide Médicale d’État, ce gouffre financier doublé d’un appel d’air, est à ses yeux une bonne initiative mais qui peine encore dans sa mise en application. Peu importe qu’elle puisse ouvrir droit aux étrangers en situation irrégulière à des prestations refusées à un chômeur français : les droits de l’Homme ratissent large, et aux frais des péquenots franchouillards.

À présent redescendons sur terre et armons-nous d’un peu de logique, salutaire. Monsieur Muiznieks invite les Français à s’offrir encore davantage et à consentir au « vivre-ensemble ». Or, ceux-ci, dans les urnes, ne cessent de mettre en garde leurs représentants nationaux et de les informer que la coupe est pleine. Ce sont des gens qui ont des yeux. Ce sont des usagers de la France ordinaire, celle qui paie chaque jour que Dieu fait sa bêtise colonialiste d’antan par une immigration de masse en retour. Ce sont des gens qui, chaque jour, constatent la dissolution des repères communs dans les eaux glacées d’une tolérance grand-bourgeoise dont les tenants s’épargnent les désagréments. Ce sont des gens qui ont vu en vingt ans leur environnement social changer sans leur consentement par les exactions successives d’un personnel politique aux ordres de la nébuleuse européenne, soumettant ses administrés aux seules prérogatives marchandes (Bruxelles l’apothicaire), dans l’unique culte que l’homme se rend à lui-même (Strasbourg, Sainte-Chapelle des droits de l’homme).

Lors de son prochain passage dans le pays des discriminations et de l’intolérance, espérons que Monsieur le commissaire se laissera davantage guider dans les lieux reculés de la Socialie, là où les Roms, par exemple, ont droit à tous les égards, inscrivent gratuitement leurs enfants à la cantine (selon la méthode socialiste, y mange qui veut et paie pour tous qui peut) et orientent à tel point le niveau général des classes que les prolétaires autochtones finissent par se ruiner en écoles privées.

Voilà bien une réalité qui ne s’apprend pas dans les grandes universités mondiales mais s’éprouve au long d’une humble vie : le sacro-saint « vivre-ensemble » ne se décrète pas à coup de tolérance, il n’est que l’émanation d’un sentiment d’appartenance nationale, celle-là même que l’Union européenne bat en brèche. Pour elle, la France d’aujourd’hui est un peu comme un homme à qui elle aurait coupé les quatre membres, qu’elle aurait jeté à l’eau et à qui elle viendrait à présent faire le reproche de nager très mal.

Comme il nous faut néanmoins rester courtois malgré la colère, et puisque c’est de saison, je me permettrai simplement d’inviter tout technocrate, volubile dans le confort d’un beau bureau strasbourgeois, à bien vouloir aller se faire voir chez les Grecs. Nous, peuple français, nous chargerons de trouver les moins incapables des politiciens afin de gérer au mieux l’immense foutoir culturel que l’Europe impose à ses vassaux. En attendant une rupture définitive qui ne saurait tarder.

 *Photo : wikicommons.

Juncker, sors de ton bunker!

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jean claude juncker grece

Jean-Claude Juncker, le nouveau président de la Commission européenne, a le mérite de ne pas être un ectoplasme politique. Ce qui permet de le détester plutôt que de le mépriser comme c’était souvent le cas pour son prédécesseur. Ses interventions sont parfois abruptes, mais au moins elles sont claires. À propos du résultat des élections en Grèce et des demandes de négociations du nouveau gouvernement, interrogé par le Figaro il a déclaré : « Dire que tout va changer parce qu’il y a un nouveau gouvernement à Athènes, c’est prendre ses désirs pour des réalités ». Ce n’est pas très gentil pour ceux qui, comme moi, ont  des bouffées de tendresse pour Tsipras et son ministre des finances, tout de charisme décontracté arborant une calvitie évidemment destinée à rappeler que l’on ne peut pas tondre un œuf. Douche froide de Jean-Claude Juncker : « Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens. » Houle de rage sur les réseaux, souverainistes montant sur leurs grands chevaux, Marine Le Pen buvant du petit lait. Le problème est que le Président de la Commission a raison.

Ce genre de phrase et les réactions qu’elle suscite fait irrésistiblement penser à celle proférée en 1981 après la victoire de la gauche. André Laignel jeune député socialiste avait notamment déclaré à l’adresse d’un membre de la nouvelle minorité : « vous avez juridiquement tort parce que vous êtes politiquement minoritaire ». Sur le plan des institutions démocratiques et de leur fonctionnement cette pétition était irréfutable. En démocratie représentative, le peuple est souverain. Dès lors qu’il donne une majorité à des représentants, ceux-ci sont chargés d’élaborer la loi qui devient celle de tout le monde. Et ce qu’une majorité a fait, une nouvelle majorité peut le défaire (Novus rex, nova lex). Même la Constitution, loi fondamentale qui organise les compétences respectives des différents organes de l’État, n’y échappe pas même si les règles d’adoption sont plus exigeantes (majorité qualifiée). Mais, renforcée ou pas, la majorité est toujours la majorité.

En 1981, notre pays était souverain et l’ensemble des questions concernant le gouvernement de la France relevait de la délibération démocratique entre les citoyens français. 36 ans plus tard ce n’est plus le cas  et André Laignel aurait tort aujourd’hui. C’est Jean-Claude Juncker qui a raison. Et qui peut dire à Tsipras en substance : « vous avez juridiquement tort même si vous êtes politiquement majoritaire (chez vous) ».

Toute la construction européenne depuis le début des années quatre-vingt-dix s’est faite à partir d’abandons de souveraineté des États au profit d’abord de la Communauté puis de l’Union. Mais, le dispositif adopté ne consiste pas à transférer certaines parties de la souveraineté nationale à un organisme supranational ayant capacité de soumettre directement à la délibération démocratique des citoyens de l’Union Européenne les questions relevant de ses nouvelles compétences.

Pour deux raisons essentielles. Tout d’abord les transferts de souveraineté, ont été effectués par la signature de traités à valeur constitutionnelle. Précédée par des révisions des constitutions nationales permettant ces abandons. Ce qui relevait auparavant dans chacun des états de la délibération démocratique est aujourd’hui ossifié dans une constitution. L’indépendance de la banque centrale, la soumission du financement des états aux marchés financiers, la notion de « concurrence libre et non faussée » comme cœur du fonctionnement de toute l’économie et bien d’autres encore sont aujourd’hui quasiment immuables. Le Parlement européen élu au suffrage direct tous les 6 ans, n’a aucune compétence constitutionnelle.

Alors, et c’est la deuxième raison, la Constitution Européenne peut être révisée mais uniquement par la modification des traités. Et pour cela Il faut rassembler l’unanimité des états qui composent l’Union ! Comme elle a été portée tranquillement et discrètement à 25 membres, ceux qui aimeraient voir émerger « une autre Europe » par la voie juridique ne sont pas sortis des ronces.

Le processus de la construction européenne, n’a pas arrangé notre pauvre constitution de la Ve République. Défigurée par près de vingt-deux révisions successives en vingt-cinq ans, elle organise le fonctionnement des pouvoirs publics français dans des conditions qui n’ont plus rien à voir avec celles de 1958. Alors, on l’accuse de la rage et on propose d’en changer.

En oubliant que le problème est bien celui posé par Jean-Claude Juncker. L’Union Européenne n’est pas un dispositif de démocratie représentative. L’Espagne, après la Grèce pourra donner la majorité à Podemos aux Cortes, la France élire Jean-Luc Mélenchon, la situation sera la même. Celle de la Grèce incapable de supporter sa dette, réclamant une remise (un coup de rabot) impossible à accorder. Ce serait la ruée, Italie Espagne Portugal (et France ?) venant demander la même chose. Alors, comme le dit Frédéric Lordon l’alternative de Syriza et simple : « passer sous la table où la renverser ».

La renverser ? Le système construit a verrouillé un modèle économique sans marge de manœuvre, et plaqué sur des pays et des situations qui n’ont rien à voir. Il a instauré une monnaie unique-totem dont il est difficile de nier les effets délétères. Il a créé une bureaucratie bruxelloise choyée de près de 60 000 personnes qui ne peut avoir qu’un objectif, sa reproduction. Mais il rencontre aujourd’hui un obstacle dont la Grèce est un symptôme fort : le retour du politique. Manifestement, les peuples ne veulent plus de cette Europe. Partout, l’euroscepticisme progresse. La dénonciation du populisme et le mépris social qui l’accompagne ne mèneront pas loin. En Grèce, ce sont un peu plus de 30 % des électeurs qui ont élu Syriza. Les sondages lui donnent désormais 70 % de soutien dans la population. Pour une raison simple. Ce pays et ce peuple présentés comme des mendiants viennent de retrouver un peu de fierté. Et ça Monsieur Juncker… Pour l’instant vous avez juridiquement raison, mais probablement politiquement déjà tort. On sait depuis Hobbes que c’est l’autorité du souverain (en l’occurrence le peuple) et non la vérité de ses décisions qui fait la loi (voluntas non veritas facit legem). Ce que l’on appelle trivialement le rapport de force politique.

Et puisque je viens de m’adresser à Jean-Claude Juncker, j’aurais aussi un petit message pour Messieurs Tsipras et Vafourakis.

« Ne lâchez rien. Vous avez été choisis par le peuple grec pour le conduire dans le combat contre l’Union Européenne, sa bureaucratie, son cynisme et sa servilité vis-à-vis de la finance. Elle vient de vous adresser un ultimatum insolent. Vos mandants sont les citoyens grecs, mais désormais pas seulement. Vous représentez beaucoup plus. Les Italiens, les Espagnols, les Portugais qui souffrent de cette Europe, les Français bafoués dans leur vote en 2005, trahis après le 6 mai 2012, et bien d’autres encore. Ils vous regardent. »

« Celui qui est désigné doit marcher. Celui qui est appelé doit répondre. C’est la loi. C’est la règle. C’est le niveau des vies héroïques, c’est le niveau des vies de sainteté.»

C’est du Péguy. Pardonnez-moi cette grandiloquence, mais le moment la mérite.

Et puis soyez sympas, j’ai tellement envie de voir ça.

*Photo : Geert Vanden Wijngaert/AP/SIPA . AP21687985_000012 .

Procès du Carlton : de quoi DSK est-il le nom?

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dsk carlton lille proces

J’avoue ne pas tout comprendre au procès dit du Carlton de Lille. Voilà un gentil garçon qui a du tempérament, qui participe à des partouzes comme il s’en monte sans cesse dans le meilleur monde et dans les autres, qui a peut-être eu recours à des prostitués (est-ce un délit ? Non) et a un goût prononcé pour la sexualité libérée — j’entends celle qui ne sert pas à faire des enfants, comme on dit dans la Genèse. Sodomie ! Les journalistes se sont un peu gargarisés avec le mot, mais ce n’est pas leur faute : le dossier d’instruction n’a apparemment pas raté une pénétration anale — ce qui n’est pas un délit non plus, en France tout au moins, chacun étant libre de faire de ses fesses ce qu’il veut, pourvu qu’il n’y ait pas contrainte.
Or, tout est là : les juges, à rebours du Parquet, qui avait estimé qu’il n’y avait pas matière à poursuite, ont fait de la sodomie l’axe central de leur dossier d’accusation. Voir sur le sujet un article très complet du Parisien.
Raisonnement en trois temps. 1. Seules des prostituées peuvent accepter se faire enculer — hmm… 2. Seules des prostituées peuvent accepter, si jeunes, se faire enculer par un vieux bedonnant — hmm… 3. Aucune tendresse dans ces enculades, menées de façon vigoureuse et parfois même avec une sorte de brutalité.
Hmm…

La dernière Enquête sur la sexualité en France (sous la direction de Nathalie Bajos et Michel Bozon, La Découverte, 2008) révèle (p. 275) chez les femmes, en moyenne, une pratique régulière pour environ 10% d’entre elles (15% pour les hommes), et une pratique irrégulière pour 40% (50 chez les hommes). Dans la tranche d’âge qui préoccupe les juges, les 18-25 ans, les chiffres pour les femmes sont respectivement de 7 et 25%. Et ce sur un très large échantillon sociologique, qui doit bien inclure deux ou trois putes, sur près de 100 000 personnes testées, mais aussi des agriculteurs, des profs, des flics et des économistes du FMI et d’ailleurs. En moyenne, c’est dans la tranche CAP / Bac que l’on se fait le plus sodomiser chez les dames, et que l’on s’y prête volontiers chez les hommes : considérant que DSK a fait des études supérieures, l’ex-directeur du FMI appartient à un créneau qui, en croisant l’âge et le niveau d’études, sodomise à 13%. Ce n’est pas majoritaire, mais ce n’est pas négligeable, c’est plus que jamais Mélenchon n’attira de votes, peut-être davantage que ce qu’aura Hollande en 2017.
Le même ouvrage (pp. 278-279) révèle que le recours à la prostitution ne faiblit pas, mais que l’éventail de drague s’ouvre grâce à Internet, qui procure dans le même temps un accès inédit à la pornographie — j’ai fait un livre sur le sujet, encore disponible sur les sites de soldes, je ne vais pas m’étendre sur la question.

De la prostitution sur le plan consommation, je ne sais rien — rien que ce que m’ont appris les livres : Roger Vailland, homme de gauche indubitable, membre du PC, en faisait grand cas ; il raconte par ailleurs dans Drôle de jeu qu’il faut savoir se servir d’une prostituée pour apprécier ce qu’elle apporte — et autant j’ai pour les maquereaux un mépris souverain (l’un des bons souvenirs de ma vie sera d’avoir cassé les incisives d’un apprenti-barbeau sur la margelle de la fontaine des Danaïdes, en haut de la Canebière), autant je respecte les prostituées, à qui je souris gentiment quand elles croient bon de me proposer leurs services, au hasard des rues.
Quant à la sodomie…

Ce que ce procès révèle, c’est l’épidémie de moraline, comme aurait dit Nietzsche, qui se répand en ce moment plus vite que la grippe — et le succès de Cinquante nuances, cette bleuette du SM rêvé par les impuissants, en témoigne directement. Eric Dupond-Moretti, avocat de David Roquet, a d’ailleurs dénoncé la « dérive puritaine de l’instruction ». Et Valérie de Senneville, journaliste aux Echos, n’a pas manqué de souligner qu’« il y a une sorte de complaisance de la part des juges à s’étendre sur des détails pornographiques qu’[elle] trouve assez dérangeante ».
Ce que les juges reprochent à DSK, c’est ce qu’ils ne font pas, ou ce qu’ils prétendent qu’ils ne font pas — car  la moraline se pimente volontiers d’hypocrisie. Il faudrait les sortir de temps en temps, les amener aux Chandelles ou ailleurs, là où se perdent les philosophes épicuriens contemporains, leur montrer que nombre de filles, et parfois fort jeunes, et tout à fait maîtresses de leur corps, ne jouissent vraiment que par ci ou par là. Et que les mots crus, voire grossiers, et les pratiques « un peu rudes », correspondent chez certaines à des demandes que le Net a d’ailleurs popularisées — « défonce-moi donc le cul » — au-delà même du pur principe de plaisir. Le foutre parle une langue débarrassée des fioritures, Sade a remarqué cela il y a beau temps, et la Philosophie dans le boudoir est un long exercice d’acquisition du vocabulaire pour la jeune Eugénie, en sus (si je puis dire) d’être une initiation de l’envers et de l’endroit.

« Désirs sexuels hors norme » dit l’acte d’accusation. « Hypersexualité », disent les psychiatres convoqués en renfort. Ma foi, ce que ces deux jugements révèlent, c’est la pauvreté des étreintes des juges et des psychiatres — ceux-là tout au moins. « Vu son âge, il devait prendre du Viagra », dit l’un des participants. C’est possible, mais le contraire n’est pas impossible, savez-vous… Les jeunes hommes sont des mitraillettes, les vieux des fusils à un coup — mais ils peuvent indéfiniment retenir l’explosion. Un que je connais, comme dit Brantôme, s’est vu maintes fois accuser de faire exprès de ne pas jouir, pour épuiser sa partenaire. DSK n’a jamais que quatre ans de plus que lui : tout ce que cette affaire proclame, c’est que les juges (et les psychiatres), quoique certainement plus jeunes — sinon, ils seraient à la retraite — n’ont pas ses capacités. Alors, basse jalousie d’hommes aux érections incertaines ?

Quant à l’argument de l’âge… « Que pouvaient-elles faire là avec un type bedonnant, trente ans plus âgé et rustre ? » dit l’une des ex-participantes. Ma foi, des hommes « d’un certain âge » qui sodomisent à leur demande des filles nettement plus jeunes, cela se trouve tous les jours. Trente ans d’écart, cela n’est rien — cela s’est pratiqué durant des siècles, et quand Mahomet à 44 ans a épousé Aïcha, elle était âgée de neuf ans, et Hafsa, épousée l’année suivante, n’avait guère plus, quoique déjà veuve.
DSK n’a peut-être pas pris modèle sur Mohammed, mais depuis l’aube des temps des hommes mûrs se sont retrouvés avec des filles plus jeunes — et bien plus rarement le contraire, parce qu’au fond de l’inconscient gît le désir de reproduction, qui à partir d’un certain âge devient capacité de reproduction, et ne fonctionne plus que dans un seul sens. Trente ans d’écart, cela n’est pas grand-chose.

DSK est le nom sexuel de la crise. J’ai publié dans l’insouciance des années 1990 des ouvrages érotiques. Aujourd’hui, l’éditeur m’a confié que depuis la crise des subprimes il ne pourrait plus les publier : quand tout va mal, les bourses se referment, si je puis dire. Les années 1960-1970 ont été de grandes années de libération, qui s’accordaient au sentiment euphorique née des Trente Glorieuses. Les années 2000-2010 sont des années tristounettes, où un homme aux appétits normaux est cloué au pilori par une conjuration des impuissants et des féministes de seconde génération. Je ne sais pas encore ce que décideront les juges, mais la tenue même du procès, qui n’aurait jamais dû avoir lieu (que l’on juge des pourvoyeurs, c’est autre chose) est inquiétante : nous avions inventé la liberté sexuelle, DSK, enfant du baby-boom, y croyait, le voici, nous voici alpagués par les brigades de la vertu. Triste époque qui s’agite autour d’une question de mœurs pour mieux camoufler ses turpitudes économiques, politiques, idéologiques. Le sexe est devenu la feuille de vigne de l’inavouable — la façon dont nous nous faisons, au jour le jour, enculer.

*Photo : Stephane Vansteenkiste/SIPA. 00705139_000006.

Travail le dimanche : il ne faut jamais désespérer du PS…

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La droite en avait rêvé, et comme pour beaucoup de choses, depuis 2012, le Parti socialiste l’a fait. Le travail le dimanche sera probablement généralisé au nom de la liberté. Il y aura bien quelques frondeurs pour se battre sur le poids des chaînes, à savoir le nombre de dimanches ouvrables dans l’année et le pourtour des zones touristiques mais il semble bien que la messe soit dite.

Puisqu’on parle de messe, d’ailleurs, on aimerait bien de nouveaux entendre les cathos ou les protestants. Je suis certain qu’avec un peu d’effort, ils pourraient se mobiliser avec la même force impressionnante que contre le mariage pour tous. Finalement, s’ils voyaient dans l’union devant le maire de deux hommes ou de deux femmes « une mutation anthropologique majeure », on leur rappellera que la fin du dimanche devrait l’être tout autant à leurs yeux.  Construire une société où l’idée de la liberté se résume à celle de consommer, y compris  le dimanche et les jours fériés, voire surtout le dimanche et les jours fériés, n’est pas non plus un petit changement.  C’est quand même soumettre la vie de ceux qui travailleront et de ceux qui ne travailleront pas à un temps marchand qui n’a rien à voir avec celui de l’amour, de la famille, de l’amitié, de la réflexion et du repos, Dieu lui-même ayant montré l’exemple dans la Genèse. Mais quelque chose nous dit qu’il ne faudra pas trop compter sur le Printemps français ou les Veilleurs pour monter au créneau avec la même virulence ou la même énergie. On pourra compter sur des évêques, surement, parce que c’est tout de même un peu leur affaire aussi, alors que les églises sont désertées, de voir leurs ouailles se  consacrer plutôt aux caddies qu’au caté.

Gageons qu’à ce moment-là, de bons esprits invoqueront la laïcité. Elle sert beaucoup ces temps-ci, la laïcité, même si on a de plus en plus de mal à la définir. Quoi, quels sont ces affreux curés qui veulent intervenir dans nos vies ! On croyait s’être battus pour la séparation de l’Eglise et de l’Etat et que les choses étaient réglées depuis la loi de 1905, même si on pourrait trouver plus urgent, par les temps qui courent, de faire voter une loi séparant la vie et la marchandise et désignant à la seconde le périmètre qui est le sien pour ne pas coloniser la première.

Mais la liberté, on vous dit ! Et pour la défense des libertés, ils sont champions les socialistes ! Le Medef ne pouvait pas rêver meilleure partenaire, par exemple, que la députée Colette Capdevielle. Avec un mélange de vieux populisme qui joue la Province contre Paris et un soupçon de mépris pour la culture, cette dame refuse qu’on organise ses dimanches et que « l’on statue dans nos vies de manière intrusive ». On pourrait jouer aussi la carte du populisme, avec madame Capdevielle, et lui répondre qu’elle n’est probablement pas smicarde ou précaire et que donc elle ne vivra pas comme une obligation ce qu’elle présente comme une liberté, évidemment.  Mais on préférera lui faire remarquer que sa formulation est profondément absurde. Ce qui est intrusif, en bonne logique, c’est ce qui vient perturber ce qui existe. C’est le travail du dimanche qui est intrusif,  c’est Macron qui est intrusif et pas le fait de vouloir consacrer son dimanche à jouer aux boules, à lire, à voir un musée voire à s’ennuyer car l’ennui est aussi un droit de l’homme.

À moins qu’il y ait une autre explication à cet acharnement de la députée Capdevielle à vouloir faire travailler le dimanche. Etant donné la très probable raclée électorale que vont se prendre les socialistes dans un mois et demi, le travail le dimanche est un moyen comme un autre de rétablir le suffrage censitaire.

Au moins, pendant qu’ils bosseront, ces salauds de pauvres n’iront pas voter FN…

Alain Finkielkraut commente les attentats de Copenhague

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alain finkielkraut bibliothèque

Sur les ondes de RCJ, comme chaque dimanche, Alain Finkielkraut a répondu aux questions d’Elisabeth Lévy. Le double attentat de Copenhague reproduisant le scénario des attaques parisiennes de janvier contre Charlie Hebdo et l’Hyper cacher ainsi que le grand déballage auquel donne lieu le procès de Dominique Strauss-Kahn composaient le programme du jour.

De Paris à Copenhague, la liberté a un prix

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paris copenhague terrorisme

Désormais, en France, au Danemark, vouloir vivre libre, vouloir penser librement signifie prendre un risque mortel. Affirmer ce droit c’est prendre le risque d’être assassiné par des personnes qui veulent imposer leur ordre au prix du sang. On connaît la logique historique de ces projets : le fascisme, le nazisme, le stalinisme, le maoïsme ont déjà terrorisé, massacré ceux qui refusaient cet ordre. Aujourd’hui, au nom de l’islam, certains veulent imposer un ordre totalitaire identique. Ce fascisme islamique adopte un fonctionnement semblable à celui de ses prédécesseurs : d’une main tirer à la kalachnikov contre ses ennemis, d’autre part présenter une face attirant la sympathie ou la compassion. Sous ce masque, se profile un projet proche de celui des tueurs : conquérir. L’Europe est une terre de conquête. La voie de l’islam serait la solution spirituelle pour une Europe désenchantée, déchristianisée. En utilisant la passif de la colonisation les islamistes soft cherchent à culpabiliser. En utilisant l’argument de la relégation sociale les mêmes cherchent à innocenter les auteurs des crimes : ce serait la misère et l’islamophobie qui seraient à la source de ces gestes désespérés. On connaît la musique et les paroles. Le Danemark n’a colonisé personne et pourtant le voilà la cible de cette haine.

Nous ne sommes plus aujourd’hui dans une configuration de débat policé. Certains tuent et d’autres sont tués : les ricaneurs de Mahomet et les Juifs. Pourquoi les juifs danois ? Qu’ont-ils fait aux musulmans ? Ont-ils eu le tort d’avoir eu un roi, Christian X, roi du Danemark, qui incita ses concitoyens en 1942 à porter l’étoile jaune en signe de solidarité avec les juifs danois quand son pays fut occupé par les nazis ? Quelle superbe coïncidence symbolique ! Les nazislamistes partagent, depuis longtemps, les mêmes objectifs que leurs maîtres à penser. On a trop vite oublié que le grand mufti de Jérusalem, Hadj  Amin El Husseini, était un grand admirateur d’Hitler, que le banquier nazi suisse, François Genoud, fut un serviteur zélé des mouvements nationalistes arabes et qu’Aloïs Brunner trouva refuge en Syrie dans une histoire plus récente. Certes c’est du passé, mais le passé rejoint le présent dans les tueries de Paris et de Copenhague. Un écrivain algérien, Boualem Sansal, fut le premier intellectuel issu du monde arabe a avoir eu le courage de dire ces vérités. Mal lui en prit. Pour avoir osé briser le tabou suprême : s’être rendu en Israël à l’invitation d’un rassemblement d’écrivains, le voilà traité de traître, de harki des juifs etc.

Les seuls à ne pas l’avoir fait sont tous ceux qui au contraire voyaient dans le signe arabe le ferment de l’émancipation des peuples en lutte pour leur liberté. Ce qui fut vrai ne l’est plus. Ni la colonisation, ni la supposée islamophobie ne peuvent justifier ou excuser aujourd’hui ce qui est commis au nom de l’islam. Ceux qui ont la mémoire courte devraient y regarder à deux fois avant de faire la leçon car leur responsabilité est immense dans la caution « progressiste » donnée à ces luttes. Algérienne d’abord : en refusant de nommer les crimes du FLN, ils ont donné des gages à toutes les violences passées et présentes commises en Algérie. Les seuls à l’avoir fait furent ces intellectuels algériens premières victimes de la terreur islamiste. Palestinienne ensuite : en refusant de considérer la part antijuive du nationalisme palestinien, en faisant de l’antisionisme un vecteur progressiste, les Etienne Balibar, Alain Badiou et autres Edgar Morin on cautionné des mises en équivalence abjectes, celle de la svastika avec l’étoile juive sur toutes les banderoles « anti impérialistes » des années 2000. Ce sont des « mort aux juifs » très progressistes qui furent criés l’été dernier à Sarcelles. Ceci accompagne cela : Merah, Nemmouche, Kouachi et Coulibaly, n’ont sûrement pas lu ces grands auteurs mais ils ont navigué dans un air du temps qui leur soufflait que le Juif était du côté du Mal parce que le juif était pour Israël et qu’Israël c’était le démon. Ceci n’a rien à voir avec la critique de la politique du gouvernement d’Israël.

Aujourd’hui, nous voilà accablés devant ce champ de ruines et inquiets devant l’avenir et ce n’est certainement pas par l’effet d’annonce d’une « politique de peuplement » que nous réduirons la folie qui gagne certains esprits islamiques. La France et l’Europe font face à une agression, une « guerre » ont même dit quelque temps le Président Hollande et le Premier Ministre Valls. Cette guerre serait le fait de « l’islamisme radical ». Pourquoi ce pléonasme ? Pourquoi dire deux fois une même idée ? Pour réduire la responsabilité de l’islamisme qui serait bien gentil s’il n’était pas radical ? On ne le répètera jamais assez avec Camus : « Mal nommer les choses c’est ajouter au malheur du monde. » Commençons donc à nommer les choses.

La radicalité de l’islam se suffit largement à elle-même. Des penseurs musulmans sont les premiers à le dire. Sans une réforme des canons de l’islam rien ne bougera, et cette réforme ne peut venir que de l’intérieur, elle ne peut être élaborée par ceux qui se réclament de cette culture ou de cette spiritualité. C’est avec le même souci de recentrer la responsabilité première que la culture de l’excuse doit simultanément être abandonnée au profit d’un discours de responsabilité : on ne devient pas un tueur parce que ses grands-parents ont été colonisés ou parce qu’on est né pauvre ou victime du racisme. Déresponsabiliser l’acte criminel au profit d’une explication sociologisante ôte au crime sa part autant réelle que symbolique. L’affirmation de la loi doit être son corollaire à condition d’enraciner ces principes dans une histoire et dans des pratiques : « ici c’est comme ça » pourrait-on faire remarquer à certains, « ici c’est comme ça qu’on s’habille, ici c’est comme ça qu’on se comporte, ici c’est comme ça qu’on parle, c’est comme ça qu’on s’adresse à autrui ». « Obéir aux lois et coutumes de son pays » devrait constituer la règle première d’une pratique commune permettant de vivre ensemble. La démocratie ne consiste pas à accepter tout et n’importe quoi. Rappeler Descartes pour défendre un certain héritage français et affirmer que le rap « Don’t laïk » de Médine relève d’une laideur complémentaire aux mots d’esprit de Dieudonné. Il y a des germes de haine dans ces paroles et ces images. Le film « 24 jours » d’Alexandre Arcady, racontant la barbarie dont fut victime Ilan Halimi en 2006, montre exactement la deshumanisation de certains morceaux de notre humanité. « Ça » s’est passé à côté de chez nous. Pourquoi des jeunes nés en France préfèrent-ils cet autre « ça » ? Shootés à l’Internet, la haine est devenu un support spirituel et la haine du juif un code de conduite. Enracinée dans un très ancien discours commun au Maghreb, cette haine sert d’aliment de base au ressentiment social. Elle s’est approprié les moyens techniques nécessaires à sa prolifération.

Si la France veut faire l’économie de la guerre civile annoncée, elle doit réaffirmer ce qu’elle a de meilleur et assumer son histoire, toute son histoire. La conscience des faiblesses inhérentes à la démocratie devient moins lourde à porter dès lors qu’on ne se ment pas, et cela permet d’exiger des autres un effort similaire. Dans le non-dit des relations franco-arabes ce n’est pas la concurrence des mémoires qui joue mais bien plus la mise en accusation de la France par elle-même autant que par son ancienne colonie. Cette attitude est à l’opposé de ce  que l’âge adulte de l’Algérie aurait le devoir d’assumer et la France le droit d’exiger. En attribuant à la colonisation une responsabilité imprescriptible dans leurs désastres actuels, les anciens colonisés s’interdisent un avenir qui leur soit propre et les supposés Indigènes de la République préfèrent s’enfermer dans un statut de néo colonisés alors qu’ils disposent en France de toutes les libertés formelles et réelles. C’est de cette culture du ressentiment que se nourrissent ceux qui, ici, ont fait du djihad une seconde guerre de libération.

Cette démocratie ne peut croire en elle-même que si elle repense, réinvente son modèle spirituel, autre que technocratique, consumériste et marchand. Or il fait défaut aujourd’hui dans la démocratie française, dans cette Europe en paix fragile, une raison d’être plus exigeante que celles de produire et de consommer. Les libertés dont nous jouissons, notre idéal de liberté, l’esprit de la démocratie, sont indifférents à ceux qui sont en manque de croyance excommunicatrice et espèrent trouver le paradis dans une spiritualité mortifère. C’est donc à une refonte de tout notre appareil conceptuel qu’il faut travailler, et cela va bien au-delà de l’affichage d’une charte de la laïcité dans les écoles. Quel spectacle la démocratie donne-t-elle d’elle-même en Europe aujourd’hui ? Celui du mensonge, de l’imposture, de l’hypocrisie, du double discours. Faut-il donner les titres des affaires : Bettencourt, Wikileaks, HSBC, procès du Carlton, Bygmalion. Les égouts débordent. La démocratie permet sans doute d’en être informé. Quelle triste consolation !

Ceux qui sont aux commandes de l’Europe devraient prendre conscience des fragilités présentes. Les Trente Glorieuses sont très loin derrière nous. Nous avions espéré que la chute du mur de Berlin signifierait la fin d’une histoire, mais sûrement pas ce choc des civilisations que certains s’efforcent de construire patiemment. Voilà que c’est la pire alternative qui est en train de se profiler.  Au lieu de regarder leurs nombrils avec délectation et 2017 comme la fin de leur histoire, nos grands leaders et nos grands penseurs devraient méditer cette formule gravée dans le marbre du monument dédié aux Marines à Washington : « Freedom is not free. » Il manque à l’Europe un Churchill.

La liberté n’est pas gratuite.

*Photo :  OLESEN PETER HOVE/AP/SIPA. AP21676609_000001.

Roland Dumas : Stéphane Hessel version canaille

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bourdin roland dumas valls

La Providence (ou les dieux) ont préservé quelques-uns d’entre nous de la déchéance physique et mentale qui accompagne souvent le très grand âge. Les heureux bénéficiaires de cette élection ne se privent pas, alors, d’en profiter pour se lâcher, et lancer à la face du monde ce qu’ils pensaient in petto sans jamais pu avoir le dire ouvertement. Cela provoque chez eux une jouissance si intense qu’un sourire méphistophélique s’inscrit sur leur visage de « beau vieillard » lorsqu’ils profèrent des énormités. Ce faisant, ils défient la mort qui les hante et se régalent des petits cris offusqués qu’ils suscitent autour d’eux. Stéphane Hessel avait ainsi réussi à se maintenir jusqu’à son tardif trépas sous les feux de la rampe en faisant de son « indignation » (en fait de sa haine inextinguible d’Israël), une bombe éditoriale à fragmentation.

Roland Dumas, hôte de Jean-Jacques Bourdin sur BFM TV ce lundi 16 février, vient de se positionner très sérieusement, à 93 ans, en successeur naturel du défunt Hessel. Sous couvert d’une généalogie impeccable et d’un passé de résistant au nazisme incontestable, l’homme des basses œuvres de François Mitterrand tacle Manuel Valls en l’accusant de gouverner sous l’influence d’une épouse juive. Pour faire bonne mesure, il oppose à Valls les vertus de son père, peintre antifranquiste symbole de la vraie gauche « no pasaran ». De plus, le vicieux Dumas déstabilise Bourdin en faisant de lourdes allusions à l’épouse de ce dernier, la journaliste Anne Nivat, dont les prises de positions hostiles à Poutine ne seraient pas, selon Dumas, étrangères au biais antirusse de la chaîne BFM…

Bourdin n’a pas eu le réflexe de renvoyer cet indigne vieillard aux turpitudes, avouées ou cachées, qui ont entaché la longue existence  de l’ancien ministre des Affaires étrangères de François Mitterrand, de la connivence intéressée avec la fille d’un ministre syrien de la défense, à la forfaiture consistant à avaliser, comme président du Conseil constitutionnel, les comptes bidons de la campagne présidentielle de Jacques Chirac. La liste des filouteries de Dumas aurait pu alimenter un roman-fleuve de son homonyme Alexandre… Mais Bourdin est un faux dur, trop soucieux de préserver le «  bon client » télégénique Roland Dumas pour oser révéler le triste visage d’un antisémite de salon.

Exit DSK, bonjour Freud!

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dsk proces carlton lille

dsk proces carlton lille

Le procès fait à la sexualité de Dominique Strauss-Kahn s’achèvera bientôt. Exceptionnellement, ce politicien de deuxième choix, qui prospéra surtout à l’abri de ses protecteurs, et ne prononça souvent que les formules congelées de ses communicants, a tenu tête avec un certain panache à ses accusateurs. Il a fini par se rebeller, non sans humour, contre celles et ceux qui, croyant qu’il reculait, voulurent… l’acculer.

Il y eut quelque chose d’un atroce voyeurisme, d’une volonté de nuire à un seul dans ce spectacle inutile. Reviendra-t-il, tel un boomerang, à la face des gens de justice, qui furent à son origine ? Quant au niqueur en série, ses plus récents déboires professionnels le renverront peut-être vers un silence médiatique, d’où il n’aurait jamais dû sortir. La gauche de pouvoir, totalement acculturée, le désigna comme son champion. Fabriqué de toutes pièces par les médias à partir de compétences partagées par l’essentiel des économistes français, ne fut-il pas la dupe de son entourage, de ses prétendus amis politiques, de ses acolytes et d’une clientèle prévoyante, qui espérait tirer profit de ses succès ? Nous oublierons donc ce monsieur et ses partouzes tristes : exit DSK non par la sortie des artistes mais par l’issue de secours !

On entendit, à la barre du tribunal de Lille, le témoignage d’une nommée Jade. En rappelant brièvement les raisons matérielles qui l’avaient amenée à l’amour tarifé, elle se livra à un émouvant exercice de remémoration, qui annonçait ce qu’on nomme en médecine et en psychologie l’anamnèse. Il s’agit du récit que produit le patient pour rapporter l’histoire de son mal ou de son malaise. Jade mettant au jour les servitudes des filles naguère qualifiées « de joie » et leur dégradante disponibilité, a mis fin au tour un peu frondeur, « gaulois et festif » que prenaient les débats après l’inénarrable Dodo la saumure. Cela sentait la misère, la détresse et l’exploitation. Cependant, ce « retour du refoulé prostitutionnel » pourrait provoquer un bouleversement des mœurs françaises, jusqu’à présent préservées de l’hygiénisme et de la folie féministe anglo-saxonnes. Nous savons au moins depuis Georges Brassens tout ce que nous devons aux putains. Un Français qui ne leur accorderait pas le respect, même encanaillé, devrait être déchu de sa nationalité. C’est ainsi qu’un gentilhomme, plutôt que la retourner brutalement, suggérera à sa belle d’un jour que, de l’autre côté, la chose est intéressante, et que, bien menée, elle conduit à d’intenses satisfactions chez l’un et chez l’autre. Qu’elle lui réponde non, il n’entendra pas oui !

Demeurera toujours la question du sexe et de la violence. Le bon docteur Sigmund F. a livré un trésor de réflexions, où il est question d’un héros de la mythologie grecque et de son complexe, de scène originaire, bref d’une douloureuse et compliquée organisation œdipienne, qui se met lentement en place chez l’enfant, de la puberté à la fin de l’adolescence. Tout cela, évidemment, est fort discuté et remis régulièrement en cause, mais la finesse du sorcier viennois nous entraîne après lui dans un paysage fascinant de vestiges fantasmagoriques. Au reste, et Sigmund l’avait relevé, il eut un fameux précurseur dans l’exploration de nos « éléments structurants ». On trouve en effet chez Diderot une troublante, pénétrante observation du fondement œdipien de la violence strictement masculine :

Lui : […] tout ce qui vit, sans l’excepter, cherche son bien-être aux dépens de qui il appartiendra, et je suis sûr que si je laissais venir le petit sauvage sans lui parler de rien, il voudrait être richement vêtu, splendidement nourri, chéri des hommes, aimé des femmes, et rassembler sur lui tous les bonheurs de la vie.

Moi : Si le petit sauvage était abandonné à lui-même, qu’il conservât toute son imbécillité et qu’il réunît au peu de raison de l’enfant au berceau la violence des passions de l’homme de trente ans, il tordrait le cou à son père et coucherait avec sa mère.

Lui : Cela prouve la nécessité d’une bonne éducation ; et qui est-ce qui le conteste ? et qu’est-ce qu’une bonne éducation, sinon celle qui conduit à toutes sortes de jouissances sans péril et sans inconvénient ?[1. Denis Diderot, Le Neveu de Rameau, p. 474 du texte établi par J. Assézat et M. Tourneux, éditions Garnier, 1875-77.]

Ah, quel beau démon annonciateur ce jeune assassin de son père, amant de sa mère, et de quelle admirable prescience fait preuve Denis D. ! Quand on s’appelle Freud, ces choses-là vous mettent sur la piste d’une bouleversante révélation !

Dans toute scène sexuelle entre deux partenaires consentants gît la violence ; elle règle une figuration très animée, relancée par le désir. Elle souffle aux amants des initiatives audacieuses. C’est encore elle qui abolit en partie la pudeur innée ou acquise, et c’est toujours elle qui jette l’un contre l’autre des corps affolés, pourtant voués à la souffrance et à la mort. Deux égoïsmes se confrontent alors : la règle muette exige que l’un et l’autre s’acceptent et se fondent dans une même fantaisie. On pressent le fragile équilibre entre soumission et domination, entre violence de création et brutalité d’humiliation. Sa rupture, dramatique, apparaît dans le film Le Dernier tango à Paris, lorsque Marlon Brando impose à Maria Schneider une sodomie douloureuse. Cette scène a considérablement nui au beau film crépusculaire de Bernardo Bertolucci.

Comment sortir de cette impasse, où les amants s’affrontent dangereusement ?

Certainement pas en écoutant Caroline Fourest, qui déclarait : « Avec le Pacs, j’ai milité avec des gays, et il m’arrive de me dire: tiens, il est mignon ! Un hétéro, ce n’est pas possible, à cause de ce qu’il a dans la tête. »[2. Entretien accordé à Libération, en juin 2000, par Caroline Fourest, présentée alors par le journal dans ces termes : « Ex-présidente du Centre gai et lesbien de Paris. Directrice de la publication de Prochoix, « journal et réseau féministe, gay friendly, antifasciste » »]. Un gay, selon Caroline, c’est bien, c’est franc du collier, c’est doux, compréhensif et jamais brutal. “Ce qu’il a dans tête” est fort présentable, se fonde sur une tendre réciprocité. Le gay, c’est joyeux, le pas gay, c’est triste ! Le gay, la gayte ont la gâterie « girly », le pas gay l’a graveleuse.

Qu’est-ce donc que l’amour en France ? Un moment d’abandon à notre magnifique fantaisie animale augmentée de notre imagination rationnelle. Car le plaisir ne s’obtient pas sans le piment de la raison. C’est que, dans ce pays, si nous aimons bien avec le corps, nous aimons mieux encore lorsqu’il s’accorde à l’esprit. Les français s’envoient en l’air… pour prendre de la hauteur ! Aimons nous comme des bêtes, mais ne nous montrons pas stupides au déduit ! Là aussi, il est une place pour l’esprit. C’est d’ailleurs la leçon de notre ami Diderot, lorsqu’il écrit à Sophie Volland : « […] qu’est-ce que les caresses de deux amants, lorsqu’elles ne peuvent être l’expression du cas infini qu’ils font d’eux-mêmes? Qu’il y a de petitesse et de misère dans les transports des amants ordinaires ! Qu’il y a de charmes, d’élévation et d’énergie dans nos embrassements. » (1er juin 1759).

À la fin, que reste-t-il des transports amoureux ? Une bousculade de souvenirs, des corps et des visages fondus dans la brume de la mémoire, et l’émouvante impression de s’être glissé dans la ronde éternelle de la séduction et du désir :

« Adieu, Camille, retourne à ton couvent, et lorsqu’on te fera de ces récits hideux qui t’ont empoisonnée, réponds ce que je vais te dire : tous les hommes sont menteurs, inconstants, faux, bavards, hypocrites, orgueilleux et lâches, méprisables et sensuels ; toutes les femmes sont perfides, artificieuses, vaniteuses, curieuses et dépravées ; le monde n’est qu’un égout sans fond où les phoques les plus informes rampent et se tordent sur des montagnes de fange ; mais il y a au monde une chose sainte et sublime, c’est l’union de deux de ces êtres si imparfaits et si affreux. On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent malheureux ; mais on aime, et quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière ; et on se dit : “ J’ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois, mais j’ai aimé. C’est moi qui ai vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui. ” »[3. Alfred de Musset, On ne badine pas avec l’amour, acte 2, scène V.]

*Photo : Michel Spingler/AP/SIPA. AP21694166_000008.

Ni lâches ni martyrs

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S’exposer à visage découvert en s’exprimant sur l’islamisme, c’est courir le risque de se faire tuer.

L’option héroïque du martyr est d’autant moins recommandable que le risque de mourir va inévitablement peser sur bien des décisions, vu que de notre côté de cette guerre, nous aimons la vie.

Comment ceux qui veulent s’exprimer publiquement et librement sur l’islamisme peuvent-ils échapper au choix d’être ou des lâches ou des martyrs?

Je ne vois qu’une solution : l’anonymat, grâce à un pseudo jamais dévoilé.

À moins que tout le monde signe Edwy Plenel ou Esther Benbassa…

Français comme un Juif en France

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juifs banlieues islam

juifs banlieues islam

C’est devenu un marronnier : les juifs de France ont peur. Tellement peur qu’ils s’apprêteraient massivement à quitter la France pour aller chercher la sécurité… en Israël – plus un Français n’ignore aujourd’hui le sens du mot « alya ». En réalité, cette interprétation paniquarde, confortée par les indécents appels de Netanyahou, occulte peut-être une déchirure plus profonde : si des juifs français sont de plus en plus nombreux (quoiqu’ultra-minoritaires) à choisir l’exil qu’ils appellent retour, c’est moins sous l’emprise de la peur qu’en raison d’un sentiment grandissant de solitude. Certes, ce sentiment ne compromet nullement l’intégration des Juifs à la société française. Mais il complique imperceptiblement la question de l’appartenance, comme si, pour certains, être juif et français allait un peu moins de soi.

Moments paroxystiques de deuil et d’inquiétude, les agressions et crimes antijuifs ne sont donc pas de tragiques accidents troublant momentanément un vivre-ensemble idyllique. Parallèlement à la montée de l’antisémitisme arabo-musulman accolé à l’antisionisme virulent d’une partie de la gauche, la tendance à l’entre-soi à l’œuvre dans toute la société a progressé dans une partie de « la communauté », en même temps que la pratique religieuse et l’affirmation identitaire. Les « Philippe » et « Alain » nés dans les années 1960 appellent leurs fils « Ilan » ou « Avner » et beaucoup préfèrent désormais, pour leur résidence secondaire, Tel Aviv à Deauville. En somme, de plus en plus de « Français juifs », comme on dit à la télé comme pour leur prodiguer une réassurance, se considèrent comme des « juifs français ».

« Je ne veux pas entendre que les juifs ont peur ! » Les mots de Raphaël Mergui, le président du Consistoire (organisme chargé des questions cultuelles), en ont peut-être ragaillardi quelques-uns. Comme Danielle, quinqua bondissante et chef d’entreprise, qui se dit juive par l’humour : « Marre d’entendre tout le temps parler des juifs comme des victimes ! » Il n’empêche : que certains aient peur, après Merah, après Nemmouche et après la tuerie de l’Hyper Cacher de Vincennes, il faudrait être aveugle ou cynique pour s’en étonner.[access capability= »lire_inedits »] En particulier ceux qui, dans l’étrange guerre où on nous dit que la France est engagée, se retrouvent en première ligne parce qu’ils vivent encore dans les « territoires perdus » – ou « quartiers difficiles ». On l’a peu relevé, ce sont aussi les juifs de synagogue, plus exposés que les juifs de culture car littéralement plus visibles qu’eux – avec leurs barbes, chapeaux, ou redingotes et papillotes, ce que Benny Lévy appelait avec drôlerie « l’attirail de camping ».

Pour autant, les sentiments à l’œuvre au sein d’un groupe de 600 000 personnes, infiniment moins homogène que ce que croient les pourfendeurs du « lobby » ou du « complot », sont beaucoup plus contrastés, ambivalents, divers que ce que les journalistes répètent en boucle. Certes, il y a l’effroi que l’on puisse aujourd’hui, en France, tuer des juifs parce qu’ils sont juifs, le sentiment d’abandon face à l’indifférence d’une partie de la population qui semble vaguement penser que les victimes juives prennent trop de place et qu’on n’en fait pas autant pour tout le monde. Beaucoup observent avec amertume que les juifs formaient l’écrasante majorité de la foule venue rendre hommage aux victimes de Vincennes, au lendemain de la prise d’otages. Mais perce aussi le soulagement d’être enfin entendus par nombre de leurs concitoyens et la confiance renouvelée dans la France, dont les plus hauts représentants ont répété que, sans les juifs, elle ne serait plus tout à fait elle-même.

Ainsi, chez bien des juifs du quotidien, la douleur est tempérée par le fait que l’État désigne enfin l’origine du « nouvel antisémitisme » qui sévit dans les banlieues depuis une bonne quinzaine d’années. Et l’État, c’est d’abord Manuel Valls, qui a toujours été du bon côté de la gauche (ce qui lui vaut d’être dénoncé comme sioniste dans l’islamosphère). « Comment peut-on accepter que des Français soient assassinés parce qu’ils sont juifs ? (…) nous devons là aussi nous rebeller, et en posant le vrai diagnostic. Il y a un antisémitisme que l’on dit historique remontant du fond des siècles mais il y a surtout ce nouvel antisémitisme qui est né dans nos quartiers, sur fond d’Internet, de paraboles, de misère, sur fond des détestations de l’État d’Israël. » : le discours « historique » prononcé par le Premier ministre à la tribune de l’Assemblée nationale le 13 janvier a fait vibrer pas mal de cœurs « franco-juifs ». Comme celui de Nil Symchowicz, avocat issu d’un couple mixte séfarade-ashkénaze, qui ne cache pourtant pas son pessimisme pour l’avenir : « Pas un seul juif de France n’a manqué d’écouter les deux minutes quarante de ce discours. Quelque chose se joue, les choses commencent à être nommées. La solitude est peut-être en train de se briser. » Les mots du Premier ministre parlent à la « rue » juive, partagée entre l’envie de saluer d’une prise de conscience salutaire et la crainte qu’il s’agisse de paroles sans lendemain, comme le croit Emmanuelle, 30 ans. Cette parisienne « juive pas du tout religieuse » laisse sourdre sa colère : « Pourquoi le gouvernement ne s’est-il pas réveillé avant, lorsque des atrocités antisémites ont été commises cet été en marge des manifestations pour Gaza ? Pourquoi les lois contre l’antisémitisme ne sont-elles pas appliquées sur les réseaux sociaux ? » Mère au foyer issue d’un milieu populaire, Emmanuelle veut croire à la volonté des pouvoirs publics, au-delà des effets d’annonce : la lutte contre le racisme et l’antisémitisme décrétée grande cause nationale pour 2015, la nomination d’un préfet pour la sécurité des « sites de la communauté juive » – version bienveillante du commissaire aux questions juives, a-t-on ironisé avant que l’on rattrape cette bévue administrative en étendant les compétences du préfet à tous les lieux de culte. Trop tard, décrète Michel, président de la communauté juive d’une ville du Val-de-Marne et professionnel de la santé : « La France a un cancer généralisé, c’est la dernière chance»

Quelques kilomètres plus loin, l’élu de Vincennes et dirigeant communautaire Franck Serfati est moins alarmiste : « Les institutions de la République fonctionnent bien. Il existe un arsenal juridique réel et les tribunaux ne sont pas aussi cléments qu’on le dit », plaide cet avocat qui a déjà vu un malappris incarcéré pour avoir agressé des juifs et dessiné une croix gammée – ce qui d’ailleurs ne règle pas grand-chose. Ce qui l’inquiète, c’est plutôt la lâcheté trop largement partagée face à l’antisémitisme de ce début de xxie siècle. La lâcheté et l’habitude. « L’attentat de la porte de Vincennes n’étonne personne », explique-t-il, en déroulant le fil de ces dernières années, durant lesquelles on a observé sans vouloir le voir un « antisémitisme qui vient de la base, et s’appelle antisionisme haineux et islamisme radical ! ». Si son épouse, enseignante dans une école post-bac parisienne, n’a senti aucune compassion chez ses élèves musulmans les plus véhéments, Franck Serfati salue, parmi les rares bonnes nouvelles de l’heure, l’acte de bravoure du jeune Lassana Bathily, employé malien musulman de l’Hyper Cacher qui a sauvé plusieurs vies juives en les cachant dans la chambre froide du magasin avant d’alerter la police. Une lueur d’espoir… En attendant, si, à Fontenay-sous-Bois où il réside, Serfati a vu défiler beaucoup de modérés (intellectuels, artistes, recteurs de mosquée) au sein de son association antiraciste Vigil’ance, la base musulmane, elle, n’a pas suivi.

Niché dans le multiethnique 20e arrondissement de Paris, le quartier Gambetta traverse des turbulences : « Depuis la Seconde Intifada, on entend tous les jours des “sale juif” de la part des musulmans du quartier, lorsqu’on n’assiste pas carrément à des agressions, parfois au cutter », raconte Emmanuelle. À l’instar de leurs cousins anversois, de plus en plus proches d’une mouvance flamingante au lourd passé collaborationniste[1], des pans entiers de la communauté juive française seraient tentés par une alliance à revers avec le Front national : « On connaît des juifs religieux qui vont voter Marine Le Pen, on en est presque à espérer que le FN passe, car on n’en peut plus de l’islamisation de la France », argumente la jeune femme.

À l’abri dans les beaux quartiers de la capitale, Nil n’en éprouve pas moins une forte exaspération devant l’atmosphère délétère qui pourrit la vie quotidienne : « J’en ai marre de la sécurité, marre des militaires devant les synagogues et les institutions juives. Ces petites oppressions quotidiennes, pourtant absolument nécessaires, me donnent l’impression paradoxale de ne pas être un citoyen comme un autre. Les juifs ont le sentiment d’être à part. » Ce n’est pas faute d’aimer la France, car ce quadra vibre au son de La Marseillaise et s’approprie le roman national jusqu’à « faire partie de ces juifs qui pensent que Clovis et Vercingétorix sont leurs ancêtres ! ».

Qu’ils épousent ou non ce patriotisme héritier de Marc Bloch, les juifs évoluant en milieu hostile n’ont d’autre choix que de se soumettre ou de se démettre, selon le théorème du géographe Christophe Guilluy : « Devenir minoritaire, c’est dépendre de la bienveillance d’une majorité »[1. La France périphérique (Fayard, 2014).]. Cas d’école, Épinay-sur-Seine forme un petit îlot au cœur d’une Seine-Saint-Denis pratiquement vidée de ses juifs. Aujourd’hui retraité, Paul y a pratiqué la médecine quarante ans durant. On peine à imaginer que cette ville ghettoïsée fut autrefois une banlieue où il faisait bon vivre, avant l’afflux massif d’immigrés et la construction de barres HLM dans le centre-ville. « La sécurité s’est dégradée à mesure que la mairie socialiste accueillait une nouvelle population arabo-musulmane dont elle voulait faire des électeurs. On peut traverser Épinay sans croiser un Blanc, au point de se croire à Soweto ou à Dakar ! », décrit placidement ce juif religieux. Aux abords de sa synagogue, des jets de bouteilles se font en toute impunité. « Il a fallu apprendre à traverser les rues en essuyant des crachats, des insultes, des regards hostiles. On est obligé de s’écraser, cela donne la rage, c’est insupportable d’endurer ces petits gamins à peine pubères », s’agace Paul. Mais si vous rasez consciencieusement les murs, il ne vous arrivera pas grand-chose, sinon d’entendre quelques abrutis s’égosiller en lançant des « Allahou Akbar » ou « Palestine ! Palestine ! » au lendemain du drame de la porte de Vincennes. Pour la fraternité, on repassera…

La séparation étant parfois la seule façon de vivre ensemble, les juifs d’Épinay s’exilent vers les cités pavillonnaires voisines. Ces déménagements ont pour seul effet de déplacer les difficultés de cohabitation de quelques kilomètres. À l’échelle de l’Île-de-France, la mobilité géographique esquisse une véritable topographie juive, avec ses bastions, ses archipels, et ses îlots éclatés. Les plus cossus investissent l’Ouest parisien, c’est-à-dire le 16e arrondissement et Boulogne-Billancourt, les classes moyennes se regroupent à Saint-Mandé et à Vincennes, tandis que les plus modestes se cloîtrent dans leurs banlieues (Créteil, Sarcelles, etc.). D’après le politologue Jean-Yves Camus, lui-même converti au judaïsme, « il reste, dans ces banlieues, des familles pauvres ou de la classe moyenne qui, tout en ayant envie de bouger, ne le peuvent pas financièrement. La question de fond qui reste un peu taboue, c’est de savoir si les communautés très orthodoxes n’auraient pas dû, comme aux États-Unis, quitter Paris nord-est et la couronne proche pour s’établir en grande périphérie. » L’intellectuel, proche du Parti socialiste, ne mâche pas ses mots face à la sécession culturelle d’une partie de la jeunesse musulmane, laquelle a sombré dans la « détestation du fonds culturel français et le refus d’admettre qu’il existe, et doit continuer à exister, en France, une “leitkultur”, une culture dominante, celle de la majorité. Les juifs ont de tout temps admis qu’ils sont une minorité et ont adapté leur attitude à cette réalité. L’islam doit faire de même ». Reste à savoir si cet appel sera entendu. .

Mais voilà, le 11 janvier, à Marseille, ville symbole de la diversité française, seules 60 000 personnes ont défilé pour rendre hommage aux victimes de l’attentat contre Charlie et l’Hyper Cacher. Le silence parfois complice de la France black-blanc-beur laisse cois les chasseurs de stigmates et d’amalgames, nantis de leur missel républicain dont la devise Liberté, Égalité, Fraternité sonne creux. À force d’invoquer des « valeurs » introuvables, nos ministres ne savent plus quel lapin sortir de leur chapeau. Plongé dans la lecture d’Opération Shylock, j’ai bien songé à contribuer en proposant la création d’une antenne française de l’association des antisémites anonymes imaginée par Philip Roth dans ce roman déluré !

Trêve de blague juive. La réalité, c’est qu’un nombre croissant de juifs français préfère la valise au camp retranché. En 2014, presque 7 000 d’entre eux ont quitté leur mère patrie pour accomplir leur alya (la « montée », en hébreu) vers Israël ; contre 3 280 l’année précédente. Une augmentation de 100 % qui fait de la France le premier pays d’émigration vers Israël. Emmanuelle résume bien l’avis général : « L’alya n’est pas une solution, il ne faut pas partir par peur, mais je comprends que de plus en plus gens y pensent. » Comme Myriam, l’amante de François, héros du dernier Houellebecq, qui quitte une France conquise par la Fraternité musulmane, ils sont nombreux à sauter le pas, moitié par dépit, moitié par attachement identitaire à la terre d’Israël. Chez beaucoup de jeunes juifs français, l’adhésion au projet sioniste représente la promesse d’un « hinterland culturel extranational » (Christophe Guilluy) qui leur offre une forme de sécurité culturelle dans une patrie de substitution. « Malgré la situation sécuritaire, les juifs ont le sentiment d’être mieux protégés en Israël qu’en France. Chaque citoyen doit assistance et protection à l’autre », traduit Nil Symchowicz dans le langage du cœur. Dans le lot, il y a forcément des déceptions, l’alya provoquant parfois son revers, la yerida (la « descente »), sous la forme d’un billet retour Tel-Aviv-Paris. Et, lorsqu’ils ne s’exilent pas aux États-Unis ou au Canada, les juifs français en quête d’ailleurs optent pour une solution hybride : « l’alya Boeing ». Dans le vol El Al Paris-Tel-Aviv du jeudi soir, on retrouve en effet toute une pyramide sociale de Franco-Israéliens qui travaillent la semaine en France puis rejoignent leur famille installée dans l’État juif le week-end, du médecin assis en business aux petits salariés agglutinés en classe éco.

Dans la tourmente, le désarroi des uns, la colère des autres pourraient laisser penser qu’on est désormais malheureux comme un juif en France. Et pourtant, l’alliance de cœur et de raison entre les juifs et la République tient bon. De même que, dans la mémoire collective des juifs français, la France est le pays qui a sauvé la moitié de ses juifs plutôt que celui qui en a envoyé la moitié à la mort, beaucoup préfèrent retenir les mots de Valls que les visages haineux de Merah et de Coulibaly. Car si la France sans les juifs n’est pas la France, ils continuent à penser que les juifs sans la France ne sont pas les juifs, tant la patrie de l’Émancipation occupe une place spéciale dans leur histoire. Alors, en dépit de ses angoisses et de ses griefs, l’immense majorité des 500 000 juifs tricolores n’a pas d’hésitation sur son appartenance à la nation. En guise de pied de nez aux antisémites, Jean-Yves Camus propose aux juifs français de reprendre à leur compte un slogan bien connu : « On est chez nous ! ».[/access]

De la rue Copernic à l’Hyper Cacher : chronologie des attaques antisémites

  • 3 octobre 1980 : une bombe détruit la verrière de la synagogue de la rue Copernic (Paris-16e), causant quatre morts et quarante-six blessés. Imputée hâtivement à l’extrême droite, la responsabilité de l’attaque incomberait au citoyen canadien d’origine palestinienne Hassan Diab, proche du FPLP-OS, extradé en France le 15 novembre 2014.
  • 9 août 1982 : un commando palestinien dégoupille une grenade à l’intérieur du restaurant Goldenberg de la rue des Rosiers (Paris-4e), tuant six personnes et en blessant vingt-deux autres.
  • 7 septembre 1995 : une voiture piégée explose à quelques mètres de l’entrée de l’école juive Nah’alat Moché, à Villeurbanne. Quatorze passants sont blessés dans cet attentat attribué au GIA algérien
  • Janvier 2006 : Ilan Halimi, 24 ans, est enlevé, torturé puis assassiné à Bagneux par le « Gang des barbares », que dirige Youssouf Fofana. Les juges retiennent l’antisémitisme comme circonstance aggravante du crime.
  • 19 mars 2012 : à la sortie de l’école juive Ozar Hatorah de Toulouse, Mohammed Merah assassine quatre personnes, dont une petite fille de 8 ans, tuée à bout portant, et deux jeunes écoliers.
  • 24 mai 2014 : le Français Mehdi Nemmouche, membre présumé de l’État islamique, tue quatre visiteurs du Musée juif de Bruxelles.
  • 20 juillet 2014 : incendie de l’épicerie cachère Naouri à Sarcelles, en marge d’une manifestation pro-palestinienne ayant viré à l’émeute.
  • 1er décembre 2015 : trois braqueurs rackettent un jeune couple à son domicile de Créteil en évoquant ses « origines juives », avant de violer la jeune femme.
  • 9 janvier 2015 : deux jours après le massacre de Charlie Hebdo, Amedy Coulibaly, qui se réclame de l’État islamique, prend en otage la clientèle du magasin Hyper Cacher de la porte de Vincennes. Il tue froidement quatre personnes et meurt dans l’assaut du RAID.

*Photo : Christophe Ena/AP/SIPA. AP21677683_000008.

La France « rance » épinglée

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roms commission europeenne

roms commission europeenne

Connaissez-vous Nils Muiznieks ? Ce monsieur, letton de son état, est l’actuel commissaire aux droits de l’Homme du Conseil de l’Europe. Docteur en sciences politiques, ancien président de la Commission européenne contre le racisme et l’intolérance, il vient de produire l’un de ces rapports déconnectés du réel dont sa maison-mère détient le secret. Le constat dressé après une visite de courtoisie au mois de septembre 2014 y est sans appel : la France doit accueillir plus de réfugiés et, dans le même temps, lutter contre ses penchants racistes et xénophobes. Ceci n’est pas un canular.

Avant tout, il faut savoir que par le passé, Monsieur Muiznieks, appointé pour prodiguer des leçons d’intégration aux États intolérants, a été entre autres « ministre du gouvernement letton, chargé de l’intégration sociale, de la lutte contre la discrimination, des droits des minorités et du développement de la société civile ». Ce fait d’armes grandiloquent retient l’attention sur un curriculum bien garni (nécessaire à tout bon technocrate). Quiconque connaît tant soit peu la démographie lettonne est déjà sur ses gardes : population de deux millions d’habitants (Paris intramuros), exclusivement d’origine est-européenne et ne connaissant l’islam que par pays interposés et images satellite. Il n’est pas certain qu’une si maigre expérience de la notion de promiscuité puisse conférer de l’autorité en matière d’« intégration ».

Par suite, il faut mettre en regard les reproches adressés à la France et l’histoire complexe de ce pays, chose que néglige totalement un commissaire aux droits de l’Homme, tout à ses rêves d’une humanité confraternelle parce que déracinée. Dans l’optique des droits de l’Homme, ne sont en effet reconnus que des individus n’ayant qu’un rapport consumériste à la culture, tous invités à s’identifier à une idole, un homme générique pourvu d’un catalogue de droits sans cesse enrichi et, pour cette raison, objet d’un culte universel. Les peuples, eux, sont répudiés dans la mesure où ils n’entrent pas dans cette grille de lecture mercantile. Tout au plus tolèrera-t-on des identités minoritaires (issues essentiellement d’Afrique noire, du Maghreb et d’Europe de l’est), précisément parce qu’elles sont minoritaires et peuvent participer au ravinement des vieilles identités de masse, réputées sclérosantes et désuètes. La double injonction de Monsieur Muiznieks participe clairement de cette démarche.

Ce dernier enjoint en effet la France non seulement d’accueillir et de protéger davantage de réfugiés (en provenance de Syrie notamment), mais aussi d’intensifier la répression des actes et propos à caractère discriminatoire, et offensant a fortiori. L’accent est mis en particulier (la moitié du rapport) sur les « droits de l’homme des Gens du voyage et des Roms migrants ». En marge du rapport, certains « conseils » avisés du commissaire en disent long. Se montrant « inquiet du fort climat d’antitziganisme qui règne en France de très longue date », il préconise de les voir avant tout comme « victimes de violences commises par des particuliers et parfois même par des membres des forces de l’ordre, notamment lors des évacuations forcées de campements ». Généreux, le commissaire « souligne également l’urgence de garantir aux Roms l’accès aux soins de santé, à l’éducation, au logement et à l’emploi, ainsi qu’à mener des activités de sensibilisation du public afin de combattre les stéréotypes et les préjugés ». L’Aide Médicale d’État, ce gouffre financier doublé d’un appel d’air, est à ses yeux une bonne initiative mais qui peine encore dans sa mise en application. Peu importe qu’elle puisse ouvrir droit aux étrangers en situation irrégulière à des prestations refusées à un chômeur français : les droits de l’Homme ratissent large, et aux frais des péquenots franchouillards.

À présent redescendons sur terre et armons-nous d’un peu de logique, salutaire. Monsieur Muiznieks invite les Français à s’offrir encore davantage et à consentir au « vivre-ensemble ». Or, ceux-ci, dans les urnes, ne cessent de mettre en garde leurs représentants nationaux et de les informer que la coupe est pleine. Ce sont des gens qui ont des yeux. Ce sont des usagers de la France ordinaire, celle qui paie chaque jour que Dieu fait sa bêtise colonialiste d’antan par une immigration de masse en retour. Ce sont des gens qui, chaque jour, constatent la dissolution des repères communs dans les eaux glacées d’une tolérance grand-bourgeoise dont les tenants s’épargnent les désagréments. Ce sont des gens qui ont vu en vingt ans leur environnement social changer sans leur consentement par les exactions successives d’un personnel politique aux ordres de la nébuleuse européenne, soumettant ses administrés aux seules prérogatives marchandes (Bruxelles l’apothicaire), dans l’unique culte que l’homme se rend à lui-même (Strasbourg, Sainte-Chapelle des droits de l’homme).

Lors de son prochain passage dans le pays des discriminations et de l’intolérance, espérons que Monsieur le commissaire se laissera davantage guider dans les lieux reculés de la Socialie, là où les Roms, par exemple, ont droit à tous les égards, inscrivent gratuitement leurs enfants à la cantine (selon la méthode socialiste, y mange qui veut et paie pour tous qui peut) et orientent à tel point le niveau général des classes que les prolétaires autochtones finissent par se ruiner en écoles privées.

Voilà bien une réalité qui ne s’apprend pas dans les grandes universités mondiales mais s’éprouve au long d’une humble vie : le sacro-saint « vivre-ensemble » ne se décrète pas à coup de tolérance, il n’est que l’émanation d’un sentiment d’appartenance nationale, celle-là même que l’Union européenne bat en brèche. Pour elle, la France d’aujourd’hui est un peu comme un homme à qui elle aurait coupé les quatre membres, qu’elle aurait jeté à l’eau et à qui elle viendrait à présent faire le reproche de nager très mal.

Comme il nous faut néanmoins rester courtois malgré la colère, et puisque c’est de saison, je me permettrai simplement d’inviter tout technocrate, volubile dans le confort d’un beau bureau strasbourgeois, à bien vouloir aller se faire voir chez les Grecs. Nous, peuple français, nous chargerons de trouver les moins incapables des politiciens afin de gérer au mieux l’immense foutoir culturel que l’Europe impose à ses vassaux. En attendant une rupture définitive qui ne saurait tarder.

 *Photo : wikicommons.

Juncker, sors de ton bunker!

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jean claude juncker grece

jean claude juncker grece

Jean-Claude Juncker, le nouveau président de la Commission européenne, a le mérite de ne pas être un ectoplasme politique. Ce qui permet de le détester plutôt que de le mépriser comme c’était souvent le cas pour son prédécesseur. Ses interventions sont parfois abruptes, mais au moins elles sont claires. À propos du résultat des élections en Grèce et des demandes de négociations du nouveau gouvernement, interrogé par le Figaro il a déclaré : « Dire que tout va changer parce qu’il y a un nouveau gouvernement à Athènes, c’est prendre ses désirs pour des réalités ». Ce n’est pas très gentil pour ceux qui, comme moi, ont  des bouffées de tendresse pour Tsipras et son ministre des finances, tout de charisme décontracté arborant une calvitie évidemment destinée à rappeler que l’on ne peut pas tondre un œuf. Douche froide de Jean-Claude Juncker : « Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens. » Houle de rage sur les réseaux, souverainistes montant sur leurs grands chevaux, Marine Le Pen buvant du petit lait. Le problème est que le Président de la Commission a raison.

Ce genre de phrase et les réactions qu’elle suscite fait irrésistiblement penser à celle proférée en 1981 après la victoire de la gauche. André Laignel jeune député socialiste avait notamment déclaré à l’adresse d’un membre de la nouvelle minorité : « vous avez juridiquement tort parce que vous êtes politiquement minoritaire ». Sur le plan des institutions démocratiques et de leur fonctionnement cette pétition était irréfutable. En démocratie représentative, le peuple est souverain. Dès lors qu’il donne une majorité à des représentants, ceux-ci sont chargés d’élaborer la loi qui devient celle de tout le monde. Et ce qu’une majorité a fait, une nouvelle majorité peut le défaire (Novus rex, nova lex). Même la Constitution, loi fondamentale qui organise les compétences respectives des différents organes de l’État, n’y échappe pas même si les règles d’adoption sont plus exigeantes (majorité qualifiée). Mais, renforcée ou pas, la majorité est toujours la majorité.

En 1981, notre pays était souverain et l’ensemble des questions concernant le gouvernement de la France relevait de la délibération démocratique entre les citoyens français. 36 ans plus tard ce n’est plus le cas  et André Laignel aurait tort aujourd’hui. C’est Jean-Claude Juncker qui a raison. Et qui peut dire à Tsipras en substance : « vous avez juridiquement tort même si vous êtes politiquement majoritaire (chez vous) ».

Toute la construction européenne depuis le début des années quatre-vingt-dix s’est faite à partir d’abandons de souveraineté des États au profit d’abord de la Communauté puis de l’Union. Mais, le dispositif adopté ne consiste pas à transférer certaines parties de la souveraineté nationale à un organisme supranational ayant capacité de soumettre directement à la délibération démocratique des citoyens de l’Union Européenne les questions relevant de ses nouvelles compétences.

Pour deux raisons essentielles. Tout d’abord les transferts de souveraineté, ont été effectués par la signature de traités à valeur constitutionnelle. Précédée par des révisions des constitutions nationales permettant ces abandons. Ce qui relevait auparavant dans chacun des états de la délibération démocratique est aujourd’hui ossifié dans une constitution. L’indépendance de la banque centrale, la soumission du financement des états aux marchés financiers, la notion de « concurrence libre et non faussée » comme cœur du fonctionnement de toute l’économie et bien d’autres encore sont aujourd’hui quasiment immuables. Le Parlement européen élu au suffrage direct tous les 6 ans, n’a aucune compétence constitutionnelle.

Alors, et c’est la deuxième raison, la Constitution Européenne peut être révisée mais uniquement par la modification des traités. Et pour cela Il faut rassembler l’unanimité des états qui composent l’Union ! Comme elle a été portée tranquillement et discrètement à 25 membres, ceux qui aimeraient voir émerger « une autre Europe » par la voie juridique ne sont pas sortis des ronces.

Le processus de la construction européenne, n’a pas arrangé notre pauvre constitution de la Ve République. Défigurée par près de vingt-deux révisions successives en vingt-cinq ans, elle organise le fonctionnement des pouvoirs publics français dans des conditions qui n’ont plus rien à voir avec celles de 1958. Alors, on l’accuse de la rage et on propose d’en changer.

En oubliant que le problème est bien celui posé par Jean-Claude Juncker. L’Union Européenne n’est pas un dispositif de démocratie représentative. L’Espagne, après la Grèce pourra donner la majorité à Podemos aux Cortes, la France élire Jean-Luc Mélenchon, la situation sera la même. Celle de la Grèce incapable de supporter sa dette, réclamant une remise (un coup de rabot) impossible à accorder. Ce serait la ruée, Italie Espagne Portugal (et France ?) venant demander la même chose. Alors, comme le dit Frédéric Lordon l’alternative de Syriza et simple : « passer sous la table où la renverser ».

La renverser ? Le système construit a verrouillé un modèle économique sans marge de manœuvre, et plaqué sur des pays et des situations qui n’ont rien à voir. Il a instauré une monnaie unique-totem dont il est difficile de nier les effets délétères. Il a créé une bureaucratie bruxelloise choyée de près de 60 000 personnes qui ne peut avoir qu’un objectif, sa reproduction. Mais il rencontre aujourd’hui un obstacle dont la Grèce est un symptôme fort : le retour du politique. Manifestement, les peuples ne veulent plus de cette Europe. Partout, l’euroscepticisme progresse. La dénonciation du populisme et le mépris social qui l’accompagne ne mèneront pas loin. En Grèce, ce sont un peu plus de 30 % des électeurs qui ont élu Syriza. Les sondages lui donnent désormais 70 % de soutien dans la population. Pour une raison simple. Ce pays et ce peuple présentés comme des mendiants viennent de retrouver un peu de fierté. Et ça Monsieur Juncker… Pour l’instant vous avez juridiquement raison, mais probablement politiquement déjà tort. On sait depuis Hobbes que c’est l’autorité du souverain (en l’occurrence le peuple) et non la vérité de ses décisions qui fait la loi (voluntas non veritas facit legem). Ce que l’on appelle trivialement le rapport de force politique.

Et puisque je viens de m’adresser à Jean-Claude Juncker, j’aurais aussi un petit message pour Messieurs Tsipras et Vafourakis.

« Ne lâchez rien. Vous avez été choisis par le peuple grec pour le conduire dans le combat contre l’Union Européenne, sa bureaucratie, son cynisme et sa servilité vis-à-vis de la finance. Elle vient de vous adresser un ultimatum insolent. Vos mandants sont les citoyens grecs, mais désormais pas seulement. Vous représentez beaucoup plus. Les Italiens, les Espagnols, les Portugais qui souffrent de cette Europe, les Français bafoués dans leur vote en 2005, trahis après le 6 mai 2012, et bien d’autres encore. Ils vous regardent. »

« Celui qui est désigné doit marcher. Celui qui est appelé doit répondre. C’est la loi. C’est la règle. C’est le niveau des vies héroïques, c’est le niveau des vies de sainteté.»

C’est du Péguy. Pardonnez-moi cette grandiloquence, mais le moment la mérite.

Et puis soyez sympas, j’ai tellement envie de voir ça.

*Photo : Geert Vanden Wijngaert/AP/SIPA . AP21687985_000012 .

Procès du Carlton : de quoi DSK est-il le nom?

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dsk carlton lille proces

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J’avoue ne pas tout comprendre au procès dit du Carlton de Lille. Voilà un gentil garçon qui a du tempérament, qui participe à des partouzes comme il s’en monte sans cesse dans le meilleur monde et dans les autres, qui a peut-être eu recours à des prostitués (est-ce un délit ? Non) et a un goût prononcé pour la sexualité libérée — j’entends celle qui ne sert pas à faire des enfants, comme on dit dans la Genèse. Sodomie ! Les journalistes se sont un peu gargarisés avec le mot, mais ce n’est pas leur faute : le dossier d’instruction n’a apparemment pas raté une pénétration anale — ce qui n’est pas un délit non plus, en France tout au moins, chacun étant libre de faire de ses fesses ce qu’il veut, pourvu qu’il n’y ait pas contrainte.
Or, tout est là : les juges, à rebours du Parquet, qui avait estimé qu’il n’y avait pas matière à poursuite, ont fait de la sodomie l’axe central de leur dossier d’accusation. Voir sur le sujet un article très complet du Parisien.
Raisonnement en trois temps. 1. Seules des prostituées peuvent accepter se faire enculer — hmm… 2. Seules des prostituées peuvent accepter, si jeunes, se faire enculer par un vieux bedonnant — hmm… 3. Aucune tendresse dans ces enculades, menées de façon vigoureuse et parfois même avec une sorte de brutalité.
Hmm…

La dernière Enquête sur la sexualité en France (sous la direction de Nathalie Bajos et Michel Bozon, La Découverte, 2008) révèle (p. 275) chez les femmes, en moyenne, une pratique régulière pour environ 10% d’entre elles (15% pour les hommes), et une pratique irrégulière pour 40% (50 chez les hommes). Dans la tranche d’âge qui préoccupe les juges, les 18-25 ans, les chiffres pour les femmes sont respectivement de 7 et 25%. Et ce sur un très large échantillon sociologique, qui doit bien inclure deux ou trois putes, sur près de 100 000 personnes testées, mais aussi des agriculteurs, des profs, des flics et des économistes du FMI et d’ailleurs. En moyenne, c’est dans la tranche CAP / Bac que l’on se fait le plus sodomiser chez les dames, et que l’on s’y prête volontiers chez les hommes : considérant que DSK a fait des études supérieures, l’ex-directeur du FMI appartient à un créneau qui, en croisant l’âge et le niveau d’études, sodomise à 13%. Ce n’est pas majoritaire, mais ce n’est pas négligeable, c’est plus que jamais Mélenchon n’attira de votes, peut-être davantage que ce qu’aura Hollande en 2017.
Le même ouvrage (pp. 278-279) révèle que le recours à la prostitution ne faiblit pas, mais que l’éventail de drague s’ouvre grâce à Internet, qui procure dans le même temps un accès inédit à la pornographie — j’ai fait un livre sur le sujet, encore disponible sur les sites de soldes, je ne vais pas m’étendre sur la question.

De la prostitution sur le plan consommation, je ne sais rien — rien que ce que m’ont appris les livres : Roger Vailland, homme de gauche indubitable, membre du PC, en faisait grand cas ; il raconte par ailleurs dans Drôle de jeu qu’il faut savoir se servir d’une prostituée pour apprécier ce qu’elle apporte — et autant j’ai pour les maquereaux un mépris souverain (l’un des bons souvenirs de ma vie sera d’avoir cassé les incisives d’un apprenti-barbeau sur la margelle de la fontaine des Danaïdes, en haut de la Canebière), autant je respecte les prostituées, à qui je souris gentiment quand elles croient bon de me proposer leurs services, au hasard des rues.
Quant à la sodomie…

Ce que ce procès révèle, c’est l’épidémie de moraline, comme aurait dit Nietzsche, qui se répand en ce moment plus vite que la grippe — et le succès de Cinquante nuances, cette bleuette du SM rêvé par les impuissants, en témoigne directement. Eric Dupond-Moretti, avocat de David Roquet, a d’ailleurs dénoncé la « dérive puritaine de l’instruction ». Et Valérie de Senneville, journaliste aux Echos, n’a pas manqué de souligner qu’« il y a une sorte de complaisance de la part des juges à s’étendre sur des détails pornographiques qu’[elle] trouve assez dérangeante ».
Ce que les juges reprochent à DSK, c’est ce qu’ils ne font pas, ou ce qu’ils prétendent qu’ils ne font pas — car  la moraline se pimente volontiers d’hypocrisie. Il faudrait les sortir de temps en temps, les amener aux Chandelles ou ailleurs, là où se perdent les philosophes épicuriens contemporains, leur montrer que nombre de filles, et parfois fort jeunes, et tout à fait maîtresses de leur corps, ne jouissent vraiment que par ci ou par là. Et que les mots crus, voire grossiers, et les pratiques « un peu rudes », correspondent chez certaines à des demandes que le Net a d’ailleurs popularisées — « défonce-moi donc le cul » — au-delà même du pur principe de plaisir. Le foutre parle une langue débarrassée des fioritures, Sade a remarqué cela il y a beau temps, et la Philosophie dans le boudoir est un long exercice d’acquisition du vocabulaire pour la jeune Eugénie, en sus (si je puis dire) d’être une initiation de l’envers et de l’endroit.

« Désirs sexuels hors norme » dit l’acte d’accusation. « Hypersexualité », disent les psychiatres convoqués en renfort. Ma foi, ce que ces deux jugements révèlent, c’est la pauvreté des étreintes des juges et des psychiatres — ceux-là tout au moins. « Vu son âge, il devait prendre du Viagra », dit l’un des participants. C’est possible, mais le contraire n’est pas impossible, savez-vous… Les jeunes hommes sont des mitraillettes, les vieux des fusils à un coup — mais ils peuvent indéfiniment retenir l’explosion. Un que je connais, comme dit Brantôme, s’est vu maintes fois accuser de faire exprès de ne pas jouir, pour épuiser sa partenaire. DSK n’a jamais que quatre ans de plus que lui : tout ce que cette affaire proclame, c’est que les juges (et les psychiatres), quoique certainement plus jeunes — sinon, ils seraient à la retraite — n’ont pas ses capacités. Alors, basse jalousie d’hommes aux érections incertaines ?

Quant à l’argument de l’âge… « Que pouvaient-elles faire là avec un type bedonnant, trente ans plus âgé et rustre ? » dit l’une des ex-participantes. Ma foi, des hommes « d’un certain âge » qui sodomisent à leur demande des filles nettement plus jeunes, cela se trouve tous les jours. Trente ans d’écart, cela n’est rien — cela s’est pratiqué durant des siècles, et quand Mahomet à 44 ans a épousé Aïcha, elle était âgée de neuf ans, et Hafsa, épousée l’année suivante, n’avait guère plus, quoique déjà veuve.
DSK n’a peut-être pas pris modèle sur Mohammed, mais depuis l’aube des temps des hommes mûrs se sont retrouvés avec des filles plus jeunes — et bien plus rarement le contraire, parce qu’au fond de l’inconscient gît le désir de reproduction, qui à partir d’un certain âge devient capacité de reproduction, et ne fonctionne plus que dans un seul sens. Trente ans d’écart, cela n’est pas grand-chose.

DSK est le nom sexuel de la crise. J’ai publié dans l’insouciance des années 1990 des ouvrages érotiques. Aujourd’hui, l’éditeur m’a confié que depuis la crise des subprimes il ne pourrait plus les publier : quand tout va mal, les bourses se referment, si je puis dire. Les années 1960-1970 ont été de grandes années de libération, qui s’accordaient au sentiment euphorique née des Trente Glorieuses. Les années 2000-2010 sont des années tristounettes, où un homme aux appétits normaux est cloué au pilori par une conjuration des impuissants et des féministes de seconde génération. Je ne sais pas encore ce que décideront les juges, mais la tenue même du procès, qui n’aurait jamais dû avoir lieu (que l’on juge des pourvoyeurs, c’est autre chose) est inquiétante : nous avions inventé la liberté sexuelle, DSK, enfant du baby-boom, y croyait, le voici, nous voici alpagués par les brigades de la vertu. Triste époque qui s’agite autour d’une question de mœurs pour mieux camoufler ses turpitudes économiques, politiques, idéologiques. Le sexe est devenu la feuille de vigne de l’inavouable — la façon dont nous nous faisons, au jour le jour, enculer.

*Photo : Stephane Vansteenkiste/SIPA. 00705139_000006.

Travail le dimanche : il ne faut jamais désespérer du PS…

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La droite en avait rêvé, et comme pour beaucoup de choses, depuis 2012, le Parti socialiste l’a fait. Le travail le dimanche sera probablement généralisé au nom de la liberté. Il y aura bien quelques frondeurs pour se battre sur le poids des chaînes, à savoir le nombre de dimanches ouvrables dans l’année et le pourtour des zones touristiques mais il semble bien que la messe soit dite.

Puisqu’on parle de messe, d’ailleurs, on aimerait bien de nouveaux entendre les cathos ou les protestants. Je suis certain qu’avec un peu d’effort, ils pourraient se mobiliser avec la même force impressionnante que contre le mariage pour tous. Finalement, s’ils voyaient dans l’union devant le maire de deux hommes ou de deux femmes « une mutation anthropologique majeure », on leur rappellera que la fin du dimanche devrait l’être tout autant à leurs yeux.  Construire une société où l’idée de la liberté se résume à celle de consommer, y compris  le dimanche et les jours fériés, voire surtout le dimanche et les jours fériés, n’est pas non plus un petit changement.  C’est quand même soumettre la vie de ceux qui travailleront et de ceux qui ne travailleront pas à un temps marchand qui n’a rien à voir avec celui de l’amour, de la famille, de l’amitié, de la réflexion et du repos, Dieu lui-même ayant montré l’exemple dans la Genèse. Mais quelque chose nous dit qu’il ne faudra pas trop compter sur le Printemps français ou les Veilleurs pour monter au créneau avec la même virulence ou la même énergie. On pourra compter sur des évêques, surement, parce que c’est tout de même un peu leur affaire aussi, alors que les églises sont désertées, de voir leurs ouailles se  consacrer plutôt aux caddies qu’au caté.

Gageons qu’à ce moment-là, de bons esprits invoqueront la laïcité. Elle sert beaucoup ces temps-ci, la laïcité, même si on a de plus en plus de mal à la définir. Quoi, quels sont ces affreux curés qui veulent intervenir dans nos vies ! On croyait s’être battus pour la séparation de l’Eglise et de l’Etat et que les choses étaient réglées depuis la loi de 1905, même si on pourrait trouver plus urgent, par les temps qui courent, de faire voter une loi séparant la vie et la marchandise et désignant à la seconde le périmètre qui est le sien pour ne pas coloniser la première.

Mais la liberté, on vous dit ! Et pour la défense des libertés, ils sont champions les socialistes ! Le Medef ne pouvait pas rêver meilleure partenaire, par exemple, que la députée Colette Capdevielle. Avec un mélange de vieux populisme qui joue la Province contre Paris et un soupçon de mépris pour la culture, cette dame refuse qu’on organise ses dimanches et que « l’on statue dans nos vies de manière intrusive ». On pourrait jouer aussi la carte du populisme, avec madame Capdevielle, et lui répondre qu’elle n’est probablement pas smicarde ou précaire et que donc elle ne vivra pas comme une obligation ce qu’elle présente comme une liberté, évidemment.  Mais on préférera lui faire remarquer que sa formulation est profondément absurde. Ce qui est intrusif, en bonne logique, c’est ce qui vient perturber ce qui existe. C’est le travail du dimanche qui est intrusif,  c’est Macron qui est intrusif et pas le fait de vouloir consacrer son dimanche à jouer aux boules, à lire, à voir un musée voire à s’ennuyer car l’ennui est aussi un droit de l’homme.

À moins qu’il y ait une autre explication à cet acharnement de la députée Capdevielle à vouloir faire travailler le dimanche. Etant donné la très probable raclée électorale que vont se prendre les socialistes dans un mois et demi, le travail le dimanche est un moyen comme un autre de rétablir le suffrage censitaire.

Au moins, pendant qu’ils bosseront, ces salauds de pauvres n’iront pas voter FN…

Alain Finkielkraut commente les attentats de Copenhague

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alain finkielkraut bibliothèque

alain finkielkraut bibliothèque

Sur les ondes de RCJ, comme chaque dimanche, Alain Finkielkraut a répondu aux questions d’Elisabeth Lévy. Le double attentat de Copenhague reproduisant le scénario des attaques parisiennes de janvier contre Charlie Hebdo et l’Hyper cacher ainsi que le grand déballage auquel donne lieu le procès de Dominique Strauss-Kahn composaient le programme du jour.

De Paris à Copenhague, la liberté a un prix

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paris copenhague terrorisme

paris copenhague terrorisme

Désormais, en France, au Danemark, vouloir vivre libre, vouloir penser librement signifie prendre un risque mortel. Affirmer ce droit c’est prendre le risque d’être assassiné par des personnes qui veulent imposer leur ordre au prix du sang. On connaît la logique historique de ces projets : le fascisme, le nazisme, le stalinisme, le maoïsme ont déjà terrorisé, massacré ceux qui refusaient cet ordre. Aujourd’hui, au nom de l’islam, certains veulent imposer un ordre totalitaire identique. Ce fascisme islamique adopte un fonctionnement semblable à celui de ses prédécesseurs : d’une main tirer à la kalachnikov contre ses ennemis, d’autre part présenter une face attirant la sympathie ou la compassion. Sous ce masque, se profile un projet proche de celui des tueurs : conquérir. L’Europe est une terre de conquête. La voie de l’islam serait la solution spirituelle pour une Europe désenchantée, déchristianisée. En utilisant la passif de la colonisation les islamistes soft cherchent à culpabiliser. En utilisant l’argument de la relégation sociale les mêmes cherchent à innocenter les auteurs des crimes : ce serait la misère et l’islamophobie qui seraient à la source de ces gestes désespérés. On connaît la musique et les paroles. Le Danemark n’a colonisé personne et pourtant le voilà la cible de cette haine.

Nous ne sommes plus aujourd’hui dans une configuration de débat policé. Certains tuent et d’autres sont tués : les ricaneurs de Mahomet et les Juifs. Pourquoi les juifs danois ? Qu’ont-ils fait aux musulmans ? Ont-ils eu le tort d’avoir eu un roi, Christian X, roi du Danemark, qui incita ses concitoyens en 1942 à porter l’étoile jaune en signe de solidarité avec les juifs danois quand son pays fut occupé par les nazis ? Quelle superbe coïncidence symbolique ! Les nazislamistes partagent, depuis longtemps, les mêmes objectifs que leurs maîtres à penser. On a trop vite oublié que le grand mufti de Jérusalem, Hadj  Amin El Husseini, était un grand admirateur d’Hitler, que le banquier nazi suisse, François Genoud, fut un serviteur zélé des mouvements nationalistes arabes et qu’Aloïs Brunner trouva refuge en Syrie dans une histoire plus récente. Certes c’est du passé, mais le passé rejoint le présent dans les tueries de Paris et de Copenhague. Un écrivain algérien, Boualem Sansal, fut le premier intellectuel issu du monde arabe a avoir eu le courage de dire ces vérités. Mal lui en prit. Pour avoir osé briser le tabou suprême : s’être rendu en Israël à l’invitation d’un rassemblement d’écrivains, le voilà traité de traître, de harki des juifs etc.

Les seuls à ne pas l’avoir fait sont tous ceux qui au contraire voyaient dans le signe arabe le ferment de l’émancipation des peuples en lutte pour leur liberté. Ce qui fut vrai ne l’est plus. Ni la colonisation, ni la supposée islamophobie ne peuvent justifier ou excuser aujourd’hui ce qui est commis au nom de l’islam. Ceux qui ont la mémoire courte devraient y regarder à deux fois avant de faire la leçon car leur responsabilité est immense dans la caution « progressiste » donnée à ces luttes. Algérienne d’abord : en refusant de nommer les crimes du FLN, ils ont donné des gages à toutes les violences passées et présentes commises en Algérie. Les seuls à l’avoir fait furent ces intellectuels algériens premières victimes de la terreur islamiste. Palestinienne ensuite : en refusant de considérer la part antijuive du nationalisme palestinien, en faisant de l’antisionisme un vecteur progressiste, les Etienne Balibar, Alain Badiou et autres Edgar Morin on cautionné des mises en équivalence abjectes, celle de la svastika avec l’étoile juive sur toutes les banderoles « anti impérialistes » des années 2000. Ce sont des « mort aux juifs » très progressistes qui furent criés l’été dernier à Sarcelles. Ceci accompagne cela : Merah, Nemmouche, Kouachi et Coulibaly, n’ont sûrement pas lu ces grands auteurs mais ils ont navigué dans un air du temps qui leur soufflait que le Juif était du côté du Mal parce que le juif était pour Israël et qu’Israël c’était le démon. Ceci n’a rien à voir avec la critique de la politique du gouvernement d’Israël.

Aujourd’hui, nous voilà accablés devant ce champ de ruines et inquiets devant l’avenir et ce n’est certainement pas par l’effet d’annonce d’une « politique de peuplement » que nous réduirons la folie qui gagne certains esprits islamiques. La France et l’Europe font face à une agression, une « guerre » ont même dit quelque temps le Président Hollande et le Premier Ministre Valls. Cette guerre serait le fait de « l’islamisme radical ». Pourquoi ce pléonasme ? Pourquoi dire deux fois une même idée ? Pour réduire la responsabilité de l’islamisme qui serait bien gentil s’il n’était pas radical ? On ne le répètera jamais assez avec Camus : « Mal nommer les choses c’est ajouter au malheur du monde. » Commençons donc à nommer les choses.

La radicalité de l’islam se suffit largement à elle-même. Des penseurs musulmans sont les premiers à le dire. Sans une réforme des canons de l’islam rien ne bougera, et cette réforme ne peut venir que de l’intérieur, elle ne peut être élaborée par ceux qui se réclament de cette culture ou de cette spiritualité. C’est avec le même souci de recentrer la responsabilité première que la culture de l’excuse doit simultanément être abandonnée au profit d’un discours de responsabilité : on ne devient pas un tueur parce que ses grands-parents ont été colonisés ou parce qu’on est né pauvre ou victime du racisme. Déresponsabiliser l’acte criminel au profit d’une explication sociologisante ôte au crime sa part autant réelle que symbolique. L’affirmation de la loi doit être son corollaire à condition d’enraciner ces principes dans une histoire et dans des pratiques : « ici c’est comme ça » pourrait-on faire remarquer à certains, « ici c’est comme ça qu’on s’habille, ici c’est comme ça qu’on se comporte, ici c’est comme ça qu’on parle, c’est comme ça qu’on s’adresse à autrui ». « Obéir aux lois et coutumes de son pays » devrait constituer la règle première d’une pratique commune permettant de vivre ensemble. La démocratie ne consiste pas à accepter tout et n’importe quoi. Rappeler Descartes pour défendre un certain héritage français et affirmer que le rap « Don’t laïk » de Médine relève d’une laideur complémentaire aux mots d’esprit de Dieudonné. Il y a des germes de haine dans ces paroles et ces images. Le film « 24 jours » d’Alexandre Arcady, racontant la barbarie dont fut victime Ilan Halimi en 2006, montre exactement la deshumanisation de certains morceaux de notre humanité. « Ça » s’est passé à côté de chez nous. Pourquoi des jeunes nés en France préfèrent-ils cet autre « ça » ? Shootés à l’Internet, la haine est devenu un support spirituel et la haine du juif un code de conduite. Enracinée dans un très ancien discours commun au Maghreb, cette haine sert d’aliment de base au ressentiment social. Elle s’est approprié les moyens techniques nécessaires à sa prolifération.

Si la France veut faire l’économie de la guerre civile annoncée, elle doit réaffirmer ce qu’elle a de meilleur et assumer son histoire, toute son histoire. La conscience des faiblesses inhérentes à la démocratie devient moins lourde à porter dès lors qu’on ne se ment pas, et cela permet d’exiger des autres un effort similaire. Dans le non-dit des relations franco-arabes ce n’est pas la concurrence des mémoires qui joue mais bien plus la mise en accusation de la France par elle-même autant que par son ancienne colonie. Cette attitude est à l’opposé de ce  que l’âge adulte de l’Algérie aurait le devoir d’assumer et la France le droit d’exiger. En attribuant à la colonisation une responsabilité imprescriptible dans leurs désastres actuels, les anciens colonisés s’interdisent un avenir qui leur soit propre et les supposés Indigènes de la République préfèrent s’enfermer dans un statut de néo colonisés alors qu’ils disposent en France de toutes les libertés formelles et réelles. C’est de cette culture du ressentiment que se nourrissent ceux qui, ici, ont fait du djihad une seconde guerre de libération.

Cette démocratie ne peut croire en elle-même que si elle repense, réinvente son modèle spirituel, autre que technocratique, consumériste et marchand. Or il fait défaut aujourd’hui dans la démocratie française, dans cette Europe en paix fragile, une raison d’être plus exigeante que celles de produire et de consommer. Les libertés dont nous jouissons, notre idéal de liberté, l’esprit de la démocratie, sont indifférents à ceux qui sont en manque de croyance excommunicatrice et espèrent trouver le paradis dans une spiritualité mortifère. C’est donc à une refonte de tout notre appareil conceptuel qu’il faut travailler, et cela va bien au-delà de l’affichage d’une charte de la laïcité dans les écoles. Quel spectacle la démocratie donne-t-elle d’elle-même en Europe aujourd’hui ? Celui du mensonge, de l’imposture, de l’hypocrisie, du double discours. Faut-il donner les titres des affaires : Bettencourt, Wikileaks, HSBC, procès du Carlton, Bygmalion. Les égouts débordent. La démocratie permet sans doute d’en être informé. Quelle triste consolation !

Ceux qui sont aux commandes de l’Europe devraient prendre conscience des fragilités présentes. Les Trente Glorieuses sont très loin derrière nous. Nous avions espéré que la chute du mur de Berlin signifierait la fin d’une histoire, mais sûrement pas ce choc des civilisations que certains s’efforcent de construire patiemment. Voilà que c’est la pire alternative qui est en train de se profiler.  Au lieu de regarder leurs nombrils avec délectation et 2017 comme la fin de leur histoire, nos grands leaders et nos grands penseurs devraient méditer cette formule gravée dans le marbre du monument dédié aux Marines à Washington : « Freedom is not free. » Il manque à l’Europe un Churchill.

La liberté n’est pas gratuite.

*Photo :  OLESEN PETER HOVE/AP/SIPA. AP21676609_000001.

Roland Dumas : Stéphane Hessel version canaille

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bourdin roland dumas valls

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La Providence (ou les dieux) ont préservé quelques-uns d’entre nous de la déchéance physique et mentale qui accompagne souvent le très grand âge. Les heureux bénéficiaires de cette élection ne se privent pas, alors, d’en profiter pour se lâcher, et lancer à la face du monde ce qu’ils pensaient in petto sans jamais pu avoir le dire ouvertement. Cela provoque chez eux une jouissance si intense qu’un sourire méphistophélique s’inscrit sur leur visage de « beau vieillard » lorsqu’ils profèrent des énormités. Ce faisant, ils défient la mort qui les hante et se régalent des petits cris offusqués qu’ils suscitent autour d’eux. Stéphane Hessel avait ainsi réussi à se maintenir jusqu’à son tardif trépas sous les feux de la rampe en faisant de son « indignation » (en fait de sa haine inextinguible d’Israël), une bombe éditoriale à fragmentation.

Roland Dumas, hôte de Jean-Jacques Bourdin sur BFM TV ce lundi 16 février, vient de se positionner très sérieusement, à 93 ans, en successeur naturel du défunt Hessel. Sous couvert d’une généalogie impeccable et d’un passé de résistant au nazisme incontestable, l’homme des basses œuvres de François Mitterrand tacle Manuel Valls en l’accusant de gouverner sous l’influence d’une épouse juive. Pour faire bonne mesure, il oppose à Valls les vertus de son père, peintre antifranquiste symbole de la vraie gauche « no pasaran ». De plus, le vicieux Dumas déstabilise Bourdin en faisant de lourdes allusions à l’épouse de ce dernier, la journaliste Anne Nivat, dont les prises de positions hostiles à Poutine ne seraient pas, selon Dumas, étrangères au biais antirusse de la chaîne BFM…

Bourdin n’a pas eu le réflexe de renvoyer cet indigne vieillard aux turpitudes, avouées ou cachées, qui ont entaché la longue existence  de l’ancien ministre des Affaires étrangères de François Mitterrand, de la connivence intéressée avec la fille d’un ministre syrien de la défense, à la forfaiture consistant à avaliser, comme président du Conseil constitutionnel, les comptes bidons de la campagne présidentielle de Jacques Chirac. La liste des filouteries de Dumas aurait pu alimenter un roman-fleuve de son homonyme Alexandre… Mais Bourdin est un faux dur, trop soucieux de préserver le «  bon client » télégénique Roland Dumas pour oser révéler le triste visage d’un antisémite de salon.