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Les habits neufs du Président Juncker

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J’ai appris qu’on surnommait « Juncker the drunker » le Président de la Commission Européenne. Surnom que sa jovialité active à base, d’embrassades, de claques affectueuses, et de mimiques intempestives semblent justifier. Il paraît que Tsipras avait prévenu François Hollande et Angela Merkel avant l’annonce du référendum. Mais pas Jean-Claude Juncker, « qui plongé dans un profond sommeil n’avait pas décroché ». En pleine montée de la tension dans la crise grecque, le président de la commission, probablement autour de 3 g, ronflait comme un sonneur. Finalement réveillé, il est arrivé tard pour exprimer chagrin et déception. Son vin gai est devenu triste.

Il est vrai que l’Union Européenne semble assez dévêtue, et le Président de la Commission avec. Jérôme Leroy a exprimé la surprise que l’on pouvait ressentir devant la violence des réactions du mainstream face à une démarche de simple bon sens démocratique. Celle d’un Premier ministre grec ayant reçu un mandat et souhaitant le faire revalider par son peuple. Et pour aussi sortir de l’ambiguïté et de la contradiction qui consiste, ce qui n’est pas nouveau concernant la Grèce, à vouloir le beurre et l’argent du beurre. Rester dans l’Europe et dans l’euro, et ne pas rembourser tout ou partie de la dette.

Mais les profiteurs s’inquiètent et jappent. Le retour de la politique et du fonctionnement démocratique par la fenêtre, ça provoque des courants d’air. Et ils ont peur de prendre froid. Cette brave Madame Lagarde, dont on apprend qu’elle a corrigé et raturé au stylo rouge les propositions grecques, ce qui en dit long sur son sens des convenances, n’a rien trouvé de mieux que de proférer cette énormité : « le référendum est illégal ». Pardon Madame? Contraire au droit européen? Ce dernier n’a rien à voir là-dedans, il s’agit d’une négociation entre un groupe informel (l’Eurogroupe) et le gouvernement d’un État pour tenter de trouver des solutions à une crise d’endettement. Cette négociation n’obéit à aucune règle juridique particulière que la Grèce aurait violée. Voulez-vous dire alors que le référendum serait illégal en droit interne grec ? Cette consultation ne concerne que les Grecs. De quoi vous mêlez-vous? Vous pouvez considérer qu’elle est inopportune, déloyale ou immorale, mais pourquoi proférer cette insanité?

Parlons justement un peu de droit. Économistes,  financiers, politologues monopolisent le débat, ce qui est bien normal. Les juristes sont très discrets. C’est dommage, car en se référant au droit, on peut peut-être un peu approcher la réponse à la vraie question: « Quelle partie est-elle en train de se jouer? »

La Grèce est en état « de cessation des paiements ». Son niveau d’endettement est tel qu’elle ne peut plus faire face. Lorsque quelqu’un se trouve dans cette situation, il est soumis à des procédures fondées sur des règles et des principes stricts. Dont l’objectif prioritaire est de le sauver. L’ensemble des dettes sont gelées jusqu’à la mise en place « d’un plan de redressement », permettant l’apurement d’une partie du passif et la poursuite de l’activité. Ce qui veut dire que les créanciers vont se manger des pertes. Et pour eux ce sera ça ou rien. Pour la période d’observation jusqu’à l’adoption du plan de redressement, les dirigeants sont flanqués de mandataires qui les surveillent et assument une partie de leurs responsabilités.

La notion de « période suspecte », permet de fixer la date de l’état de cessation de paiement. En remontant assez loin dans le temps. En conséquence, tout ce qui a été payé par la structure en difficulté pendant cette période doit lui être remboursé et « rapporté à la masse des créanciers ». Si ces règles étaient appliquées à la Grèce, cela pourrait créer quelques situations amusantes. Et en particulier jeter un éclairage sur la magouille Trichet/DSK de 2011. Alors que la Grèce était déjà manifestement insolvable, le FMI en violation de ses statuts lui a prêté  l’argent qui a servi à rembourser les banques françaises et allemandes lourdement exposées. Prêter de l’argent à une entreprise en difficulté porte un nom : « le soutien abusif ». En conséquence, la responsabilité des prêteurs est lourdement engagée. Usant d’un mauvais jeu de mots, on peut dire que DSK s’il n’a, bien sûr jamais été proxénète, est quand même « un souteneur… abusif ». Dont la responsabilité devrait être engagée.

Car, et c’est une autre des caractéristiques des procédures de faillite, on recherche les responsabilités. Celles des créanciers, celles des dirigeants dans la déconfiture. Banqueroute, faillite frauduleuse sont des délits dont la sanction permet d’appeler les auteurs en comblement du passif. En ce qui concerne la Grèce, non seulement il n’y a aucun moyen juridique de revenir sur le passé, mais il est quasiment interdit d’en parler. Qui a fait entrer la Grèce dans l’euro où elle n’avait rien à faire ? Qui a prêté, qui a dépensé ? No comment.

Ces principes juridiques et toutes ces procédures ne sont pas réservés aux seules entités privées. En France par exemple, les collectivités territoriales qui pourtant s’administrent librement en application de la Constitution ne peuvent pas fonctionner avec des budgets en déséquilibre. Si c’est le cas, le préfet, assisté par la Chambre Régionale des Comptes prend la main sur la compétence financière. Fixe les recettes (impôts et taxes) et engage les dépenses. Cette souveraineté limitée fonctionne jusqu’au retour à l’équilibre. Cela peut être ainsi parce que la France est un État unifié, ce que l’UE n’est en aucun cas. Ni de près ni de loin. Et c’est là que réside le nœud du problème.

J’avais dit dans ces colonnes ou se situait à mon sens la contradiction. Qui vient de se révéler brutalement dans toute sa nudité. Pas parce que le méchant Juncker et ses comparses eurocrates refusent le référendum. Mais parce que l’UE NE PEUT PAS l’accepter.  L’UE n’est pas un organisme démocratique. Elle n’est pas anti-démocratique, mais a-démocratique. Conçue comme telle par ses fondateurs et leurs continuateurs. Précisément, par méfiance vis-à-vis des peuples, pour faire échapper toute une série de questions à la délibération démocratique. La démocratie, c’est la moitié des voix plus une qui gouverne. Pour que la moitié moins une accepte, il faut qu’elle sache qu’elle pourra défaire ce que la majorité précédente a fait si elle même arrive au pouvoir. Dans l’UE, l’essentiel de ce qui devrait en relever est ossifié dans des traités à valeur constitutionnelle non modifiables. Circulez, il n’y a plus rien à débattre.

Sur le plan de la théorie constitutionnelle, c’est un drôle de monstre juridique quand même. Ni un État unifié, voire fédéral, ni une fédération ou un simple groupe d’États. Au-delà de la puissance de sa bureaucratie, l’Union n’est pas non plus une tyrannie, le prétendre au-delà de l’effet de tribune, ne serait pas très sérieux. On parle beaucoup du mandat démocratique dont disposerait Tsipras, beaucoup moins de celui, tout aussi démocratique dont dispose Merkel. Et on voit là, le retour du politique, où chacun défend fort normalement les intérêts de son pays. Sauf qu’il y a un rapport de force est que c’est l’Allemagne qui domine. Par sa puissance économique obtenue essentiellement par l’euro qui n’est qu’un Mark étendu.

Mais alors les rêveurs vont nous poser la question, comment faire pour que l’Europe puisse être démocratique. Et redevenir un idéal pour les peuples ? Malheureusement…

L’Europe des 28 constitue-t-elle l’espace pertinent de la délibération démocratique, une nation européenne avec un peuple européen ? Non. Une culture, une histoire, une civilisation, oui. Pas une nation. J’obéis aux normes que produit mon pays, parce que je n’ai pas le choix. Dans les rapports entre Etats, ce n’est pas la même chose. En dernière instance, les États-nations font ce qu’ils veulent, et les pouvoirs de Bruxelles n’existeront que tant que les nations qui composent l’Union le décideront.

Écoutons Charles de Gaulle que l’on interrogeait à propos du silence du traité de Rome sur la possibilité de sortie d’un pays : « C’est de la rigolade ! Vous avez déjà vu un grand pays s’engager à rester couillonné, sous prétexte qu’un traité n’a rien prévu pour le cas où il serait couillonné ? Non. Quand on est couillonné, on dit : « Je suis couillonné. Eh bien, voilà, je fous le camp !  » Ce sont des histoires de juristes et de diplomates, tout ça. »[1. Extrait de C’était de Gaulle d’Alain Peyrefitte – Tome II.].

On a qualifié de « moment gaullien » le choix par le Premier ministre grec du référendum. Que dire du choix conscient d’une éventuelle sortie de la zone euro et même de l’Union. On comprend que Juncker puisse se sentir trahi par Tsipras qui, jouant le rôle du petit garçon dans le conte d’Andersen, vient de lui dire qu’il était tout nu.

*Photo : Virginia Mayo/AP/SIPA. AP21758038_000002.

 

 

Crise grecque: la faute à qui vous savez

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Et voilà. Il fallait bien que ça finisse par fuiter. Devinez qui est responsable du bourbier gréco-européen qui n’en finit plus de diviser les observateurs et d’appauvrir les Grecs. Allez, lancez-vous, ne réfléchissez pas. Oubliez les intox dont tous les médias vous abreuvent et dites la première chose qui vous passe par la tête. Vous y êtes ! Les vrais coupables, les seuls, ce sont évidemment les « sionistes », et plus particulièrement les « Rothschild ». Avouez : c’est tellement évident que vous étiez passé à côté.

La réponse ne sort pas d’un blog de sociologue boxeur ou d’un média-à-part, mais de la bouche d’un citoyen lambda (grec, donc…), interrogé alors qu’il faisait la queue devant un distributeur d’Athènes par le journaliste britannique Mike Bird, de Business Insider. Et l’analyste anonyme d’ajouter : « Nous, les Grecs, sommes des Hellènes, le peuple de la lumière. Maintenant nous n’avons plus qu’une petite lueur, pas comme dans les temps anciens. Ils essaient de nous mettre à la porte. »

Peuple élu contre peuple de la lumière, voilà qui est tout à coup beaucoup plus crédible qu’un improbable bras de fer entre Eurogroupe et Syriza, non ? « Ce n’est pas la faute des Allemands, assure notre expert. Ce n’est pas la faute des Européens. Il faut remonter à la source… Ils veulent écraser la Grèce. » Ah, ces salopards de « Ils », ça faisait longtemps qu’« Ils » ne nous avaient pas dégommé une tour jumelle, ou lancé une épidémie de Sida, tiens.

Bon, il faut comprendre l’Athénien de la rue. Après tout, on trouve encore de fins limiers pour juger significatif que Mario Draghi ait travaillé chez Goldman Sachs… Avec ce genre d’argument digne des meilleurs documentaires complotistes, il ne faut pas s’étonner que certains « remontent à la source ». D’après notre Grec nostalgique, tout viendrait donc de la City de Londres, base des sionistes et des Rothschild, qui dirigeraient aussi la Réserve fédérale américaine.

Pour ce genre de zozo, qu’importe si la Grande-Bretagne n’appartient pas plus à la zone euro que les Etats-Unis. On sait bien qu’« Ils » sont partout chez les Anglo-saxons, qui ont inventé le capitalisme mondial, ce système ennemi de la démocratie, pour servir exclusivement les intérêts de qui vous savez : « Ils ». Or leur domination sans partage contraint l’Europe à exécuter servilement tous leurs plans. Israël veut que nous écrasions la Grèce alors nous l’écrasons, avec l’aide des juifs de la City. Et c’est tout.

La loi Macron, du nom d’un autre ancien banquier chez Rothschild ? Ne cherchez pas : encore un coup des sionistes ! TAFTA ? Prononcez-le à haute voix, vous entendrez le nom d’un tissu souvent utilisé dans le prêt-à-porter, notamment par l’enseigne « Taffetas et compagnie » installée… dans le quartier du Sentier, à Paris. On vous cache tout, on vous dit rien. Mais tout n’est pas perdu : une aube dorée pourrait bien finir par illuminer le pays des Hellènes, seule vraie démocratie d’Europe persécutée par dix-huit dictatures sionistes européennes.

Vallaud-Belkacem: première au gouvernement, cancre pour l’Académie

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Lorsque François Hollande déclarait le 6 mai dernier avoir entendu le «concert des immobiles», c’est-à-dire les opposants aux réformes du collège et des programmes, il ne devait pas imaginer que ce concert trouverait son apothéose avec l’interprétation magistrale qu’en donnerait l’orchestre des Immortels. Pour cette occasion, cet ensemble, jouant sous la baguette de son Secrétaire perpétuel, Hélène Carrère d’Encausse, a mis ses dissensions en sourdine et a décidé de jouer la partition à l’unisson, sans qu’il y ait une seule note discordante. Pas d’envolées lyriques mais un style presque glacial dans cette musique qui exprime les menaces planant sur les savoirs et la langue française.

Voici donc le Président de la République et son ministre de l’Education nationale pris de court par l’adoption, le 11 juin dernier par l’Académie française et à l’unanimité de ses membres, d’une déclaration intitulée «pour une vraie égalité des chances». Cette déclaration démarre fort en jugeant d’emblée que «l’ensemble de ces projets  n’est pas satisfaisant».  Dénonçant pêle-mêle la dispersion des savoirs, le mauvais coup porté à la littérature et à la langue française, le risque d’accroissement des inégalités et même le jargon utilisé dans les programmes, les Académiciens concluent qu’il est «nécessaire de reconsidérer les principes et les dispositions des réformes proposées».

Chargé de promouvoir cette déclaration dans les médias, l’Académicien Jean-Marie Rouart n’a pas mâché ses mots sur l’absurdité de cette réforme qui instaure « la culture de bazar ». Et Hélène Carrère d’Encausse d’enfoncer le clou : « Je mise toujours sur l’intelligence des gens. Najat Vallaud Belkacem est une femme intelligente, je suis convaincue qu’elle réfléchit. Il est évident qu’elle ne peut pas ignorer les réserves qu’elle entend de tous côtés ». Madame le Secrétaire perpétuel n’avait probablement pas encore lu la réponse du ministre aux Académiciens datée du 23 juin. Visiblement, Najat Vallaud-Belkacem n’a pas trouvé le temps de réfléchir une seule seconde. Pour clore rapidement la discussion et n’ayant à sa disposition qu’un disque rayé, enregistré il y a maintenant quelques mois, c’est encore et toujours ce même disque sur la réussite pour tous (que tout le monde connaît par cœur)  qu’elle a choisi de repasser. Nul doute que l’Académie française n’en restera pas là et ne lâchera pas ce qui est devenu une affaire d’Etat.

On apprend par ailleurs que François Hollande a demandé à  ce que ses ministres soient désormais notés en fonction de la rapidité avec laquelle ils mettent en œuvre les réformes. Najat Vallaud-Belkacem, qui s’est distinguée en cette matière avec l’adoption à la hâte du décret sur la réforme du collège, figure à la tête du classement. Plutôt que d’écouter l’Académie française, le Président a bien raison de consacrer ainsi les capacités de son ministre à agir vite et à …foncer dans le mur.

Islamisme: Sainte Padamalgame est une fieffée salope

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amalgame islam corbiere

Comme saint patron de notre malheureux pays, souffrant, divisé, déchiré, on aurait pu choisir saint Georges terrassant le dragon. On s’est abstenu de le faire : des fois que des gens méchants diraient que le dragon, c’est… Et sagement on a dédié la France à sainte Padamalgame. Elle est pacifique, bonne et donc seule susceptible d’unir les différentes couches de notre population.

On lui a consacré un temple prestigieux : l’Elysée. Là-bas, le président Hollande fait tous les jours brûler de très gros cierges devant sa statue. Et, après chaque attentat, troublé et ému, il s’agenouille et récite la même prière : « Unité, solidarité, fraternité, pas de suspicion. » Son grand chambellan, Jean-Christophe Cambadélis, fait ses dévotions avec les mêmes mots. Mais ses cierges sont plus petits que ceux de l’Elysée : le PS est pauvre.

Manuel Valls, à qui il arrive quand même de faire des infidélités à sainte Padamalgame (n’a-t-il pas dit que l’islam serait « au centre » de la prochaine campagne électorale ?), se comporte pour l’essentiel en bon croyant. Un peu moins bon toutefois que François Hollande et Jean-Christophe Cambadélis… Il vient de faire savoir à la population que « la France n’était pas en guerre contre l’islam ». Sainte Padamalgame a en effet la guerre en horreur. De toute façon, si la France devait faire la guerre contre quelqu’un, ce serait contre les adorateurs du dieu Cargo (il en reste quelques-uns en Papouasie). Car, là au moins, elle aurait une chance de gagner.

Nous ne sommes pas en guerre donc. Mais on a quand même vaguement l’impression que la guerre, on nous la fait. Déjà une tête coupée… Mais qui ? Qui nous fait la guerre ? Toutes les équipes gouvernementales assistées par la DGSI cherchent. Les bouddhistes, les shintoïstes, les hindouistes, les évangélistes, les chamanistes ? On n’a pas encore trouvé. Et ce n’est certainement pas moi, citoyen de base dépourvu de tout moyen d’investigation, qui vais y arriver.

Mais peut-être que sainte Padamalgame est susceptible de nous aider dans cette quête. Eh bien non. On a beau la supplier, l’entourer de cierges et d’offrandes, elle répète toujours la même phrase : « Ce n’est pas l’islam. » Son vocabulaire est très limité car, victime de l’oppression capitaliste et du colonialisme, elle a dû quitter les bancs de l’école avant d’apprendre à lire et à écrire.

Sainte Padamalgame a en apparence une bonne tête. Mais si on l’approche au plus près, on peut s’apercevoir qu’elle bave. Un filet d’eau tiède s’écoule de sa bouche. Et, goutte après goutte, il inonde tout, le personnel politique, les médias, les intermittents de la pensée.

Ainsi, l’autre jour, les flots dégoulinants de sainte Padamalgame ont transformé un studio de France Info en piscine. Alexis Corbière, secrétaire national du Parti de Gauche, y était comme un poisson dans l’eau. Alors qu’on évoquait les attentats, l’islam, le monde arabe, il pointa comme premier responsable le « colonialisme occidental ». Mais il se rendit compte très vite que c’était un peu trop banal.

Et Corbière fit plus fort en s’indignant contre l’inculture des Français ignorant tout du monde et de la civilisation arabes. « Comment se fait-il que les Français ne connaissent que le nom de Bouteflika et même pas celui du Premier ministre algérien ? Pourquoi ne sont-ils pas capables de citer des noms de ministres tunisiens ? » s’emporta-t-il.

Et, toujours très inspiré par sainte Padamalgame, il réclama la présence de policiers « parlant arabe » dans nos banlieues ! Convaincu par ses élans oratoires, j’ai sous les yeux la liste complète des membres des gouvernements algérien et tunisien. J’y ai ajouté à toutes fins utiles la liste des membres du secrétariat national du Parti de Gauche. J’apprends tout par cœur. Et je remercie sainte Padamalgame de ne pas avoir soufflé à Alexis Corbière le nom du Maroc…

P.S. : À ceux qui jugeraient insuffisantes les leçons du professeur Corbière, je suggère cette phrase de Kateb Yacine, un des plus grands écrivains algériens : « À force de parler de Mohamed qui fut prophète, on oublie le Mohamed chômeur, le Mohamed sans logement, le Mohamed sans abri, le Mohamed sans travail et des milliers de Mohamed qui vivent comme des esclaves sous des régimes qui se réclament du prophète Mohamed. »

*Photo : Pixabay.

Charles Pasqua est mort

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pasqua rpr seguin chirac

Charles Pasqua nous a quittés. Il a rejoint son compagnon de route Philippe Séguin, parti il y a cinq ans. Quand vous dites que vous avez été un séguiniste, vous percevez chez votre interlocuteur une certaine admiration. Quand vous dites que vous avez aussi été un compagnon de Charlie, on vous balance le SAC, Malik Oussekine et d’autres amabilités. Et pourtant, je n’ai jamais eu à rougir de ce compagnonnage. Parce qu’à l’âge où j’avais encore de la passion pour mes petites voitures Majorette, lui entrait dans la résistance. Son oncle venait d’être tué. «Un Pasqua tombe, un autre se lève». Il s’en est fallu d’un cheveu pour que l’adolescent Pasqua ne subisse le même sort que son oncle. La chance l’a préservé. Au moment où j’écris ces lignes, le journaliste Jean-Michel Aphatie twitte, satisfait de lui : « Charles Pasqua a été le serviteur zélé de la part d’ombre de la République. ». Il ne croit pas si bien dire. Pasqua fut de l’Armée des ombres. Celle de Joseph Kessel. Mais Aphatie a-t-il seulement lu Kessel ? Certainement pas. Dans le cas contraire, il ne twitterait pas avec ses pieds ce soir.

Mes premiers combats avec Pasqua datent de 1990. Philippe Séguin, dont j’étais le militant dévoué, avait choisi de s’allier avec lui pour infléchir la ligne balladuro-juppéiste que Jacques Chirac infligeait au RPR. Il y eut ensuite Maastricht. Une défaite, sur le fil. Mais une victoire morale vingt–trois ans plus tard. Au moment où Charles Pasqua nous quitte, tout ce que les deux compagnons de route de la souveraineté nationale nous avaient ditsur cette monnaie unique se réalisent. Il y a seize ans, il m’avait choisi pour être l’un de ses colistiers pour la campagne des élections européennes qui le vit terrasser Nicolas Sarkozy. Une si belle campagne. Une victoire au bout, pour une fois. Nous étions les dissidents. Face à un parti organisé. Et nous l’avons dépassé. Parce que nous croyions à ce que nous disions à nos électeurs. Des années plus tard, je crois, comme Marie-France Garaud – qui doit être bien triste en ce lundi soir- que Charles Pasqua aurait dû se rendre rue de Lille et s’asseoir dans le fauteuil de président du RPR, au lieu de créer son parti en tête à tête avec Philippe de Villiers. Il avait acquis la légitimité des urnes. Ce putsch bonapartiste serait passé comme une lettre à la Poste d’Ajaccio.

Il avait donné sa vie au Général de Gaulle, même longtemps, très longtemps après novembre 1970. Charles Pasqua n’a pas seulement été un très grand ministre, dans des moments où les attentats touchaient déjà la France au coeur. Il était avant tout un militant. «Un militant», ce mot qu’il disait lui-même avec son accent irremplaçable. Et inoubliable.

*Photo : FACELLY/SIPA. 00234950_000002.

Sollers 1 – Jaccard 1

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J’aurai connu deux éditeurs dans ma vie : Philippe Sollers et Roland Jaccard. Deux hommes de goût que tout oppose politiquement et littérairement. Comme chacun de ces deux éditeurs a suscité, parisianisme oblige, un camp, et que chaque camp s’exècre, tenir le cap de ma double admiration n’est pas chose facile ; mais ce qui simplifie tout, c’est qu’elle est inconditionnelle.

Hasard du calendrier érotique, chacun publie un livre sur sa compagne. Deux sexualités irréductibles à tout étiquetage clinique ou social s’exposent au grand jour, détails et humour compris. Réponse à l’obscurantisme castrateur et coupeur de tête qui prend d’assaut notre génie pour la gaudriole ? Assurément. Mieux encore, leçon de littérature appliquée.

Avec un talent frontal, mais beaucoup moins catégorique qu’il n’y paraît, Sollers et Jaccard s’appliquent à déplier leurs principes à l’épreuve du féminin, et le résultat, dû sans doute à l’intelligence peu commune du partenaire qui leur tient admirablement tête (Julia Kristeva pour l’un, Marie Céhère pour l’autre) est saisissant de précision. Hasard de la publication simultanée, une clarté pédagogique s’en dégage, donnant à chaque univers de pensée son poids, sa couleur, sa contrepartie érotique précise. Quel lecteur serait assez ingrat pour en demander plus ?

Du mariage considéré comme un des beaux-arts, Julia Kristeva, Philippe Sollers, Fayard, 2015.

Une liaison dangereuse, Marie Céhère, Roland Jaccard, L’Editeur, 2015.

Méritocratie, l’école du crime

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meritocratie ecole reforme college

J’avais décidé, dans cette histoire de réforme des collèges, de ne pas mettre mon grain de sel. Je connaissais la triste comédie, c’était la même à chaque fois qu’un ministre voulait laisser sa marque, à part peut-être avec François Bayrou qui avait réussi l’exploit de rester Rue de Grenelle sous deux présidents de la République. Bayrou avait compris une chose simple : il était impossible d’aller contre les pédagogistes qui avaient fait du ministère leur citadelle et avaient avancé leurs pions depuis la réforme sur le collège unique en 1975, que le gouvernement soit de gauche ou de droite. Il avait certes réussi à stabiliser le front, comme le maréchal Foch lors de la bataille de la Marne. Mais, après son départ, l’offensive avait repris de plus belle.

Donc, cette énième réforme portée par NVB a rallumé l’affrontement entre les élitistes et les égalitaristes, les républicains et les démocrates. Chaque camp a ses noms, qui montent au feu avec les mêmes arguments depuis vingt ans. Déploration décliniste, parfois un peu stérile et répétitive, contre aménagement matois du désastre par le nivellement, qui favorise la reproduction bourdivine contre laquelle, pourtant, ce collège unique était censé lutter. J’ai senti une certaine lassitude. Bien sûr, tout au long de ma carrière de prof, qui a duré une grosse vingtaine d’années, passées pour l’essentiel dans un collège de ZEP, j’étais clairement dans le camp des républicains, des sales élitistes, des pleureuses.[access capability= »lire_inedits »] Comment aurait-il pu en être autrement : je suis le petit-fils d’un hussard noir, pupille de la nation, repéré, durant les années 1920, dans sa classe de petits paysans barbouillés, par le curé et l’instituteur, qui l’avaient envoyé de concert à l’École normale, alors qu’il avait tout juste 16 ans

Et puis il y a eu cette une de Libé, le 12 mai. « Réforme du collège. Et si elle avait raison ? » Avec NVB en une. Pourquoi pas, après tout. Sauf que j’ai vite compris la manip : « La réforme de Najat Vallaud-Belkacem fait ressortir le clivage droite-gauche sur la conception de l’éducation : faut-il privilégier l’égalité ou l’élitisme ? »

Ah, comme tout devient simple ! Ce n’était donc que ça : un bon vieux clivage droite-gauche… Peu importe, finalement, que des personnalités de gauche, et au premier chef Ségolène Royal, aient émis de sérieuses réserves, tout comme des profs de lettres classiques, d’allemand ou d’histoire qui n’ont rien d’affreux réactionnaires. Non, dans le joli monde de Libé, être pour l’élitisme, même républicain, c’est-à-dire pour une sélection fondée sur l’égalité afin de donner leur chance aux meilleurs, c’est être de droite. On en est là.

Je me suis alors rappelé que, dans mon collège de ZEP, on sauvait concrètement l’égalité des chances, en tentant d’offrir à une trentaine de nos cent vingt élèves de troisième les mêmes possibilités qu’à ceux des établissements de centre-ville. Ce n’était pas très glorieux, un peu hypocrite au regard des instructions officielles, mais c’était efficace : on s’arrangeait tout simplement pour faire prendre le latin, et aussi l’allemand en première langue, aux élèves dont on pouvait espérer qu’ils iraient plus loin dans des classes où les conditions de travail permettraient des progrès. En clair, on s’asseyait sur la sacro-sainte hétérogénéité pour créer, en rusant, des « classes de niveau ». Tout le monde le savait, simplement ça ne se disait pas.

Et nous étions républicains en faisant cela, c’est-à-dire sainement élitistes. Nous sauvions ceux qui étaient sauvables en les préservant d’un égalitarisme de façade qui consiste, dans les faits, à sacrifier les meilleurs et à leur interdire de s’en sortir dans le champ de ruines provoqué, surtout dans les quartiers populaires, par le collègue unique et sa jolie politique émancipatrice qui n’émancipe, au bout du compte, que ceux qui rentrent le soir dans des maisons où les parents parlent français et ont des livres.

Alors si, pour Libé, c’est être de droite, je suis de droite. Mais je refuse d’être fiché avec une telle mauvaise foi, car je sais, moi, que notre action correspondait exactement à l’idée que je me fais de la gauche.[/access]

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«Guerre de civilisation»: si tu veux la paix…

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Nous y sommes. Plus qu’un moment de vérité – car un moment ne dure qu’un moment – nous voilà entrés à nouveau dans l’état de vérité ; la vérité d’une nécessité, celle de se battre. Nous y avons toujours été, mais nous ne voulions pas le savoir. Nous avions chassé la guerre et la violence en général de l’histoire à venir, la nôtre en tout cas. Du moins le croyions-nous, puisque nous le voulions, nous l’avions décidé, entre nous. Mais il n’y a qu’une seule espèce humaine, et nous ne pouvons nous tenir exempt et indemnes du combat entre barbarie et humanité qui, depuis les origines, tourmente et convulse celle-ci.

Un type qui a l’inquiétude lucide de l’esprit de l’escalier – ou la nostalgie réactionnaire d’un fossile selon les autres, la majorité conforme – Alain Finkielkraut, a écrit un jour « la barbarie n’appartient pas à la préhistoire de l’humanité, elle est l’ombre qui l’accompagne à chaque pas ». Cette phrase est posée sur mon bureau d’écrivain, devant mes yeux, en permanence. Car elle exprime à mes yeux, une vérité parmi les plus essentielles de la nature humaine. Et, dans la polémique que bien sûr l’interview de Manuel Valls à Europe 1 n’a pas manqué de susciter, il ne s’agit que de cela : oser quitter la pensée conformes des autruches ou de ceux qui espèrent qu’en haïssant nous-même les valeurs et les principes qui ont fondé notre société, quels que soient ses (nombreux) défauts, nous échapperont à la haine des barbares… ou oser regarder et dire la vérité. Manuel Valls n’a pas dit « guerre des civilisations », il a dit « guerre de civilisation », et à part Emmanuel Todd et Edwy Plenel qui sont déjà en train de nous expliquer qu’il ne s’agit là que d’Islamophobie, chacun, avec un peu de sincérité, peut comprendre que par civilisation on entend la contraire d’une idéologie qui veut s’imposer partout par l’ultra-violence et la terreur, qui ne supporte pas la tolérance, la laïcité, l’égalité des sexes, la liberté de conscience et de foi, la liberté en général, et qui proclame d’ailleurs avec une remarquable honnêteté qu’elle « aime plus la mort que nous (Occidentaux) aimons la vie ». Manuel Valls a seulement dit que nous étions engagés, appartenant à l’espèce humaine, dans ce combat entre l’espérance de l’homme et sa part d’ombre qui l’accompagne à chaque pas, et que c’est, et sera, un combat sur la durée.

Il aurait  pu ajouter « un combat permanent, car l’idée d’une paix acquise pour toujours est obsolète, et elle l’a toujours été, même si nous avons eu le luxe de pouvoir y croire pendant plusieurs décennies », mais cela lui aurait coûté encore plus cher. Pourtant, à l’horizon gonflent tous les orages. Il n’y a pas que Daech et sa barbarie totalitaire, il y a la Chine et la Russie qui se réarment et passent à l’acte, à l’image d’une grande partie du Moyen-Orient, de l’Afrique (qui hélas ne manquait pourtant pas d’armes), de l’Asie et de l’Océanie. Pendant ce temps, les budgets de défense d’Europe occidentale, pour les plus lucides, commencent juste à freiner leur diminution… Nous avions oublié le « Si vis pacem, para bellum » qui devrait être posé, lui-aussi, sur tout bureau de responsable politique. Mais la réalité nous a rattrapés. La paix et la civilisation, c’est-à dire ce que nous souhaitons à nos enfants, ne sont pas des droits acquis. L’ombre qui accompagne chacun de nos pas ne nous lâchera pas.

*Photo : William Abenhaim/SIPA. 00717028_000006.

Google Über alles

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Qui n’a jamais reproché aux taxis leurs prix indécents ? Leur corporatisme ? Leurs chauffeurs capables d’égayer un banal trajet par leurs anecdotes, comme de racketter un étudiant fauché ? Les motifs d’ironie, voire de jouissance, devant le désarroi des taxis, pris de court devant la percée d’Uber, ne manquent pas, et la violence de certains chauffeurs n’arrange rien. Pourtant, le conflit mérite mieux que des sarcasmes de consommateurs. Il est le symptôme de la guerre menée par le libéralisme sans limites pour continuer de s’étendre.

D’abord, Uber ment, Uber est allemand. Ou plutôt californien. Uber n’est pas une initiative sympa de citoyens branchés et généreux. Simple plate-forme technologique avec application pour smartphones, UberPop vampirise sa commission sur des milliers de chômeurs devenus pseudo-chauffeurs. Ce n’est pas du covoiturage, mais du business hors-sol. Ce n’est pas de « l’économie partagée », mais une l’atomisation de l’activité productive. Ce n’est pas de la concurrence, c’est de la piraterie.  Ces méthodes ont conduit Madrid, Delhi, La Haye et Portland, villes de notoires républiques communistes, à interdire les activités de la société. Même dans son fief de Californie, à Los Angeles, Uber se retrouve en procès pour pratiques déloyales.

Une autre réalité peu connue tarde à surgir : derrière Uber, il y a Google, qui a investi des fortunes dans l’entreprise, plus de 360 millions siège dès février 2013. Le géant du net siège dans son conseil d’administration, et a formé nombre de cadres d’Uber. Non content de s’être assuré, sans un coup de feu, un pouvoir sur les coeurs et les esprits dont aucune dictature n’aurait rêvé, Google cherche à s’imposer sur le marché mondial des conduites, via Uber, en détruisant tout autre concurrent, les taxis en priorité. L’étape suivante, après l’élimination de la concurrence et l’explosion (dites « flexibilité ») du marché, grâce à la percée des Uber, est de supplanter aux voitures avec chauffeur le « self-driving car », la voiture automatique. Outre Uber, qui a son programme de « self-driving car », Google et ses forges maléfiques de la Silicon Valley (dites « the Valley », on est entre nous) planchent jour et nuit sur leur propre robot.

Ce « Google Car » est appelé à se généraliser et à séduire le client-consommateur. Utopie, me direz-vous. Ce n’est pas l’avis d’Obi Felten, directrice du laboratoire Google X, de passage à Paris le 25 juin pour la conférence « Hello Tomorrow ». Devant un public d’entreprises geeks conquises, elle a prêché la bonne parole: « la technologie doit changer l’individu ». La prêtresse en appelle au bon sens: qui refuserait d’être reconduit chez soi après une soirée alcoolisée ? D’échapper aux affres du permis à points ? De permettre à un aveugle de conduire sa propre voiture ? Obi won the point: personne ne relève l’aliénation supplémentaire de l’homme vis-à-vis de la machine. « On ne peut pas empêcher le progrès ». Surtout pas des taxis archaïques, victimes d’une lutte qui les dépasse.

Alors, face à Uber, même si c’est pour conserver les taxis agrippés à leurs privilèges, je préférerai toujours chanter, comme Barbara dans Gare de Lyon, « taxi, emmenez-moi », plutôt que « Google, continue de me mener… »

Tsipras est un voyou communiste

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Grexit Tsipras communiste

On a beau s’y attendre, cela pique toujours un peu les yeux: le traitement de l’affaire grecque par la presse française  de ce week-end relève dans son immense majorité du parti-pris le plus éhonté. Tsipras est un « braqueur de banque » pour les Echos, un « maître chanteur » pour le JDD qui nous explique que c’est normal car il était communiste dans sa jeunesse et il l’est encore un peu maintenant. En effet, c’est bien connu, comme le disait une affiche de propagande des heures les plus sombres de notre histoire : « Si tous les voyous ne sont pas communistes, tous les communistes sont des voyous ». Le JDD précise d’ailleurs en Une : « La Grèce, c’est fini ! » comme Capri sans doute bien que Capri se trouve en Italie, Italie elle-même qui n’est pas à l’abri d’une secousse un peu forte en cas de Grexit, mais c’est une autre histoire. »

Le JDD toujours, en pages intérieures : « L’Europe lâche la Grèce ». C’est tout de même drôle ces questions de perspective : nous avions absurdement eu le sentiment qu’il s’agissait exactement du contraire. De même, il a paru au JDD  utile de s’indigner du passé de Tsipras mais bizarrement il ne s’est pas intéressé au passé des autres protagonistes de cette histoire : pourquoi ne pas signaler par exemple, par souci d’équité, que Mme Lagarde, présidente du FMI qui brigue un deuxième mandat, est mise en examen depuis août 2014 dans l’affaire de l’arbitrage entre Tapie et le Crédit Lyonnais alors qu’elle était ministre des Finances, pourquoi ne pas rappeler que Jean-Claude Junker, président de la Commission Européenne, est l’ancien Premier ministre du Luxembourg qui a fermé les yeux sur le paradis fiscal qu’était son pays  et connaissait forcément les accords fiscaux secrets entre le Luxembourg et 340 multinationales – dont Apple, Amazon, Ikea, Pepsi ou Axa – passés entre 2002 et 2010 comme l’ont révélé près de quarante médias internationaux.

Le même homme, aujourd’hui, demande aux Grecs d’avoir un système fiscal… mais un système fiscal qui ne s’en prenne pas trop aux riches tout de même. On est en droit de sourire, mais on ne sait plus si ce sourire doit être amer ou amusé. Quant à Mario Draghi, président de la BCE, pourquoi le JDD ne rappelle-t-il pas aussi que c’est un ancien de chez Goldman Sachs, vous savez, la banque à l’origine de la crise des  subprimes de 2008 et surtout, pour ce qui nous intéresse, la banque qui conseilla à la Grèce l’utilisation de produits financiers dérivés pour masquer ses déficits. Bref, aujourd’hui, quand nos chers médias reprennent complaisamment l’image d’une Grèce shootée aux emprunts comme la dernière des droguées, pourquoi ne précise-t-on pas, à l’occasion, que c’est son ancien dealer qui est chargé de la cure de désintox ?

Mais qu’avait donc fait Tsipras, ce rouge sectaire, pour mériter une telle haine froide de la part de nos médias ? Il avait décapité des chefs d’entreprises au nom de l’islam ? Il avait fait fusiller les oligarques de Potamia, ce parti soi-disant de centre-gauche à qui l’UE fait les yeux de Chimène ? Il avait mis en prison Antonis Samaras, l’ancien chef de la droite conservatrice de Nouvelle Démocratie, reçu à Bruxelles comme un chef d’Etat alors que sa patrie est en danger?

Même pas. Tsipras a juste dit qu’il allait soumettre à referendum les propositions des « Européens » (je mets des guillemets par facilité : je suis moi-même européen mais je n’ai rien de commun avec ces technocrates non élus).  C’est affreux, un communiste qui demande au peuple son avis ! Les bons esprits objectent que Tsipras devrait poser la question du maintien dans l’Euro : oui, c’est comme ça dans le Disneyland post-démocratique de l’UE, on explique à un chef d’Etat ce qu’il doit poser comme question puisque cette idée absurde de consulter directement son peuple lui est venue. On imagine, au passage, un Jeroen Dijsselbloem expliquer au Général de Gaulle : « Dites donc, mon petit vieux, votre referendum sur l’élection du président au suffrage universel, ça nous plaît pas trop, c’est du césarisme, ça… » Tsipras, lui, veut poser la question de l’acceptation ou non par le peuple grec des propositions de la Troïka. Si celles-ci supposent que la Grèce doive continuer sa tiers-mondisation pour rester dans l’euro, c’est à la Troïka de bouger, pas à la Grèce. Ou alors on finirait par croire que l’« Europe » veut surtout faire un exemple, parce qu’il s’agit d’un gouvernement de gauche et qu’il faut montrer aux autres (Podemos, par exemple) ce qui arrive quand on ne courbe plus assez l’échine…

La seule relative bonne surprise est venue de… DSK ! Eh oui, les voies de la raison, comme celles du Seigneur, sont impénétrables. Il a appelé les créanciers à prendre leurs pertes, comme on dit, à rééchelonner une partie de la dette et à supprimer l’autre qu’il reconnaît lui-même comme illégitime. Il sait de quoi il parle, il est à l’origine du premier plan de 2010 qui a uniquement servi à ce que les banques étrangères récupèrent leurs emprunts, et certainement pas à relancer l’économie grecque. En échange, la Grèce ne recevrait plus d’aide et redeviendrait maîtresse des méthodes et des choix budgétaires pour se tirer d’affaire. Au sein de l’UE ou pas.

C’est tout de même un peu plus digne, comme idée, que ce coup d’Etat au ralenti qui donne l’impression de voir s’écrire sous nos yeux un nouveau chapitre de la Stratégie du Choc de Naomi Klein, où il est expliqué que capitalisme et démocratie n’ont plus rien à voir dès que la démocratie contrarie le capitalisme.

Et nous en sommes-là, aujourd’hui, en Europe.

*Photo : AP/SIPA.AP21757482_000071

Les habits neufs du Président Juncker

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juncker tsipras grece referendum

juncker tsipras grece referendum

J’ai appris qu’on surnommait « Juncker the drunker » le Président de la Commission Européenne. Surnom que sa jovialité active à base, d’embrassades, de claques affectueuses, et de mimiques intempestives semblent justifier. Il paraît que Tsipras avait prévenu François Hollande et Angela Merkel avant l’annonce du référendum. Mais pas Jean-Claude Juncker, « qui plongé dans un profond sommeil n’avait pas décroché ». En pleine montée de la tension dans la crise grecque, le président de la commission, probablement autour de 3 g, ronflait comme un sonneur. Finalement réveillé, il est arrivé tard pour exprimer chagrin et déception. Son vin gai est devenu triste.

Il est vrai que l’Union Européenne semble assez dévêtue, et le Président de la Commission avec. Jérôme Leroy a exprimé la surprise que l’on pouvait ressentir devant la violence des réactions du mainstream face à une démarche de simple bon sens démocratique. Celle d’un Premier ministre grec ayant reçu un mandat et souhaitant le faire revalider par son peuple. Et pour aussi sortir de l’ambiguïté et de la contradiction qui consiste, ce qui n’est pas nouveau concernant la Grèce, à vouloir le beurre et l’argent du beurre. Rester dans l’Europe et dans l’euro, et ne pas rembourser tout ou partie de la dette.

Mais les profiteurs s’inquiètent et jappent. Le retour de la politique et du fonctionnement démocratique par la fenêtre, ça provoque des courants d’air. Et ils ont peur de prendre froid. Cette brave Madame Lagarde, dont on apprend qu’elle a corrigé et raturé au stylo rouge les propositions grecques, ce qui en dit long sur son sens des convenances, n’a rien trouvé de mieux que de proférer cette énormité : « le référendum est illégal ». Pardon Madame? Contraire au droit européen? Ce dernier n’a rien à voir là-dedans, il s’agit d’une négociation entre un groupe informel (l’Eurogroupe) et le gouvernement d’un État pour tenter de trouver des solutions à une crise d’endettement. Cette négociation n’obéit à aucune règle juridique particulière que la Grèce aurait violée. Voulez-vous dire alors que le référendum serait illégal en droit interne grec ? Cette consultation ne concerne que les Grecs. De quoi vous mêlez-vous? Vous pouvez considérer qu’elle est inopportune, déloyale ou immorale, mais pourquoi proférer cette insanité?

Parlons justement un peu de droit. Économistes,  financiers, politologues monopolisent le débat, ce qui est bien normal. Les juristes sont très discrets. C’est dommage, car en se référant au droit, on peut peut-être un peu approcher la réponse à la vraie question: « Quelle partie est-elle en train de se jouer? »

La Grèce est en état « de cessation des paiements ». Son niveau d’endettement est tel qu’elle ne peut plus faire face. Lorsque quelqu’un se trouve dans cette situation, il est soumis à des procédures fondées sur des règles et des principes stricts. Dont l’objectif prioritaire est de le sauver. L’ensemble des dettes sont gelées jusqu’à la mise en place « d’un plan de redressement », permettant l’apurement d’une partie du passif et la poursuite de l’activité. Ce qui veut dire que les créanciers vont se manger des pertes. Et pour eux ce sera ça ou rien. Pour la période d’observation jusqu’à l’adoption du plan de redressement, les dirigeants sont flanqués de mandataires qui les surveillent et assument une partie de leurs responsabilités.

La notion de « période suspecte », permet de fixer la date de l’état de cessation de paiement. En remontant assez loin dans le temps. En conséquence, tout ce qui a été payé par la structure en difficulté pendant cette période doit lui être remboursé et « rapporté à la masse des créanciers ». Si ces règles étaient appliquées à la Grèce, cela pourrait créer quelques situations amusantes. Et en particulier jeter un éclairage sur la magouille Trichet/DSK de 2011. Alors que la Grèce était déjà manifestement insolvable, le FMI en violation de ses statuts lui a prêté  l’argent qui a servi à rembourser les banques françaises et allemandes lourdement exposées. Prêter de l’argent à une entreprise en difficulté porte un nom : « le soutien abusif ». En conséquence, la responsabilité des prêteurs est lourdement engagée. Usant d’un mauvais jeu de mots, on peut dire que DSK s’il n’a, bien sûr jamais été proxénète, est quand même « un souteneur… abusif ». Dont la responsabilité devrait être engagée.

Car, et c’est une autre des caractéristiques des procédures de faillite, on recherche les responsabilités. Celles des créanciers, celles des dirigeants dans la déconfiture. Banqueroute, faillite frauduleuse sont des délits dont la sanction permet d’appeler les auteurs en comblement du passif. En ce qui concerne la Grèce, non seulement il n’y a aucun moyen juridique de revenir sur le passé, mais il est quasiment interdit d’en parler. Qui a fait entrer la Grèce dans l’euro où elle n’avait rien à faire ? Qui a prêté, qui a dépensé ? No comment.

Ces principes juridiques et toutes ces procédures ne sont pas réservés aux seules entités privées. En France par exemple, les collectivités territoriales qui pourtant s’administrent librement en application de la Constitution ne peuvent pas fonctionner avec des budgets en déséquilibre. Si c’est le cas, le préfet, assisté par la Chambre Régionale des Comptes prend la main sur la compétence financière. Fixe les recettes (impôts et taxes) et engage les dépenses. Cette souveraineté limitée fonctionne jusqu’au retour à l’équilibre. Cela peut être ainsi parce que la France est un État unifié, ce que l’UE n’est en aucun cas. Ni de près ni de loin. Et c’est là que réside le nœud du problème.

J’avais dit dans ces colonnes ou se situait à mon sens la contradiction. Qui vient de se révéler brutalement dans toute sa nudité. Pas parce que le méchant Juncker et ses comparses eurocrates refusent le référendum. Mais parce que l’UE NE PEUT PAS l’accepter.  L’UE n’est pas un organisme démocratique. Elle n’est pas anti-démocratique, mais a-démocratique. Conçue comme telle par ses fondateurs et leurs continuateurs. Précisément, par méfiance vis-à-vis des peuples, pour faire échapper toute une série de questions à la délibération démocratique. La démocratie, c’est la moitié des voix plus une qui gouverne. Pour que la moitié moins une accepte, il faut qu’elle sache qu’elle pourra défaire ce que la majorité précédente a fait si elle même arrive au pouvoir. Dans l’UE, l’essentiel de ce qui devrait en relever est ossifié dans des traités à valeur constitutionnelle non modifiables. Circulez, il n’y a plus rien à débattre.

Sur le plan de la théorie constitutionnelle, c’est un drôle de monstre juridique quand même. Ni un État unifié, voire fédéral, ni une fédération ou un simple groupe d’États. Au-delà de la puissance de sa bureaucratie, l’Union n’est pas non plus une tyrannie, le prétendre au-delà de l’effet de tribune, ne serait pas très sérieux. On parle beaucoup du mandat démocratique dont disposerait Tsipras, beaucoup moins de celui, tout aussi démocratique dont dispose Merkel. Et on voit là, le retour du politique, où chacun défend fort normalement les intérêts de son pays. Sauf qu’il y a un rapport de force est que c’est l’Allemagne qui domine. Par sa puissance économique obtenue essentiellement par l’euro qui n’est qu’un Mark étendu.

Mais alors les rêveurs vont nous poser la question, comment faire pour que l’Europe puisse être démocratique. Et redevenir un idéal pour les peuples ? Malheureusement…

L’Europe des 28 constitue-t-elle l’espace pertinent de la délibération démocratique, une nation européenne avec un peuple européen ? Non. Une culture, une histoire, une civilisation, oui. Pas une nation. J’obéis aux normes que produit mon pays, parce que je n’ai pas le choix. Dans les rapports entre Etats, ce n’est pas la même chose. En dernière instance, les États-nations font ce qu’ils veulent, et les pouvoirs de Bruxelles n’existeront que tant que les nations qui composent l’Union le décideront.

Écoutons Charles de Gaulle que l’on interrogeait à propos du silence du traité de Rome sur la possibilité de sortie d’un pays : « C’est de la rigolade ! Vous avez déjà vu un grand pays s’engager à rester couillonné, sous prétexte qu’un traité n’a rien prévu pour le cas où il serait couillonné ? Non. Quand on est couillonné, on dit : « Je suis couillonné. Eh bien, voilà, je fous le camp !  » Ce sont des histoires de juristes et de diplomates, tout ça. »[1. Extrait de C’était de Gaulle d’Alain Peyrefitte – Tome II.].

On a qualifié de « moment gaullien » le choix par le Premier ministre grec du référendum. Que dire du choix conscient d’une éventuelle sortie de la zone euro et même de l’Union. On comprend que Juncker puisse se sentir trahi par Tsipras qui, jouant le rôle du petit garçon dans le conte d’Andersen, vient de lui dire qu’il était tout nu.

*Photo : Virginia Mayo/AP/SIPA. AP21758038_000002.

 

 

Crise grecque: la faute à qui vous savez

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grece antisemitisme rothschild

grece antisemitisme rothschild

Et voilà. Il fallait bien que ça finisse par fuiter. Devinez qui est responsable du bourbier gréco-européen qui n’en finit plus de diviser les observateurs et d’appauvrir les Grecs. Allez, lancez-vous, ne réfléchissez pas. Oubliez les intox dont tous les médias vous abreuvent et dites la première chose qui vous passe par la tête. Vous y êtes ! Les vrais coupables, les seuls, ce sont évidemment les « sionistes », et plus particulièrement les « Rothschild ». Avouez : c’est tellement évident que vous étiez passé à côté.

La réponse ne sort pas d’un blog de sociologue boxeur ou d’un média-à-part, mais de la bouche d’un citoyen lambda (grec, donc…), interrogé alors qu’il faisait la queue devant un distributeur d’Athènes par le journaliste britannique Mike Bird, de Business Insider. Et l’analyste anonyme d’ajouter : « Nous, les Grecs, sommes des Hellènes, le peuple de la lumière. Maintenant nous n’avons plus qu’une petite lueur, pas comme dans les temps anciens. Ils essaient de nous mettre à la porte. »

Peuple élu contre peuple de la lumière, voilà qui est tout à coup beaucoup plus crédible qu’un improbable bras de fer entre Eurogroupe et Syriza, non ? « Ce n’est pas la faute des Allemands, assure notre expert. Ce n’est pas la faute des Européens. Il faut remonter à la source… Ils veulent écraser la Grèce. » Ah, ces salopards de « Ils », ça faisait longtemps qu’« Ils » ne nous avaient pas dégommé une tour jumelle, ou lancé une épidémie de Sida, tiens.

Bon, il faut comprendre l’Athénien de la rue. Après tout, on trouve encore de fins limiers pour juger significatif que Mario Draghi ait travaillé chez Goldman Sachs… Avec ce genre d’argument digne des meilleurs documentaires complotistes, il ne faut pas s’étonner que certains « remontent à la source ». D’après notre Grec nostalgique, tout viendrait donc de la City de Londres, base des sionistes et des Rothschild, qui dirigeraient aussi la Réserve fédérale américaine.

Pour ce genre de zozo, qu’importe si la Grande-Bretagne n’appartient pas plus à la zone euro que les Etats-Unis. On sait bien qu’« Ils » sont partout chez les Anglo-saxons, qui ont inventé le capitalisme mondial, ce système ennemi de la démocratie, pour servir exclusivement les intérêts de qui vous savez : « Ils ». Or leur domination sans partage contraint l’Europe à exécuter servilement tous leurs plans. Israël veut que nous écrasions la Grèce alors nous l’écrasons, avec l’aide des juifs de la City. Et c’est tout.

La loi Macron, du nom d’un autre ancien banquier chez Rothschild ? Ne cherchez pas : encore un coup des sionistes ! TAFTA ? Prononcez-le à haute voix, vous entendrez le nom d’un tissu souvent utilisé dans le prêt-à-porter, notamment par l’enseigne « Taffetas et compagnie » installée… dans le quartier du Sentier, à Paris. On vous cache tout, on vous dit rien. Mais tout n’est pas perdu : une aube dorée pourrait bien finir par illuminer le pays des Hellènes, seule vraie démocratie d’Europe persécutée par dix-huit dictatures sionistes européennes.

Vallaud-Belkacem: première au gouvernement, cancre pour l’Académie

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Lorsque François Hollande déclarait le 6 mai dernier avoir entendu le «concert des immobiles», c’est-à-dire les opposants aux réformes du collège et des programmes, il ne devait pas imaginer que ce concert trouverait son apothéose avec l’interprétation magistrale qu’en donnerait l’orchestre des Immortels. Pour cette occasion, cet ensemble, jouant sous la baguette de son Secrétaire perpétuel, Hélène Carrère d’Encausse, a mis ses dissensions en sourdine et a décidé de jouer la partition à l’unisson, sans qu’il y ait une seule note discordante. Pas d’envolées lyriques mais un style presque glacial dans cette musique qui exprime les menaces planant sur les savoirs et la langue française.

Voici donc le Président de la République et son ministre de l’Education nationale pris de court par l’adoption, le 11 juin dernier par l’Académie française et à l’unanimité de ses membres, d’une déclaration intitulée «pour une vraie égalité des chances». Cette déclaration démarre fort en jugeant d’emblée que «l’ensemble de ces projets  n’est pas satisfaisant».  Dénonçant pêle-mêle la dispersion des savoirs, le mauvais coup porté à la littérature et à la langue française, le risque d’accroissement des inégalités et même le jargon utilisé dans les programmes, les Académiciens concluent qu’il est «nécessaire de reconsidérer les principes et les dispositions des réformes proposées».

Chargé de promouvoir cette déclaration dans les médias, l’Académicien Jean-Marie Rouart n’a pas mâché ses mots sur l’absurdité de cette réforme qui instaure « la culture de bazar ». Et Hélène Carrère d’Encausse d’enfoncer le clou : « Je mise toujours sur l’intelligence des gens. Najat Vallaud Belkacem est une femme intelligente, je suis convaincue qu’elle réfléchit. Il est évident qu’elle ne peut pas ignorer les réserves qu’elle entend de tous côtés ». Madame le Secrétaire perpétuel n’avait probablement pas encore lu la réponse du ministre aux Académiciens datée du 23 juin. Visiblement, Najat Vallaud-Belkacem n’a pas trouvé le temps de réfléchir une seule seconde. Pour clore rapidement la discussion et n’ayant à sa disposition qu’un disque rayé, enregistré il y a maintenant quelques mois, c’est encore et toujours ce même disque sur la réussite pour tous (que tout le monde connaît par cœur)  qu’elle a choisi de repasser. Nul doute que l’Académie française n’en restera pas là et ne lâchera pas ce qui est devenu une affaire d’Etat.

On apprend par ailleurs que François Hollande a demandé à  ce que ses ministres soient désormais notés en fonction de la rapidité avec laquelle ils mettent en œuvre les réformes. Najat Vallaud-Belkacem, qui s’est distinguée en cette matière avec l’adoption à la hâte du décret sur la réforme du collège, figure à la tête du classement. Plutôt que d’écouter l’Académie française, le Président a bien raison de consacrer ainsi les capacités de son ministre à agir vite et à …foncer dans le mur.

Islamisme: Sainte Padamalgame est une fieffée salope

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amalgame islam corbiere

amalgame islam corbiere

Comme saint patron de notre malheureux pays, souffrant, divisé, déchiré, on aurait pu choisir saint Georges terrassant le dragon. On s’est abstenu de le faire : des fois que des gens méchants diraient que le dragon, c’est… Et sagement on a dédié la France à sainte Padamalgame. Elle est pacifique, bonne et donc seule susceptible d’unir les différentes couches de notre population.

On lui a consacré un temple prestigieux : l’Elysée. Là-bas, le président Hollande fait tous les jours brûler de très gros cierges devant sa statue. Et, après chaque attentat, troublé et ému, il s’agenouille et récite la même prière : « Unité, solidarité, fraternité, pas de suspicion. » Son grand chambellan, Jean-Christophe Cambadélis, fait ses dévotions avec les mêmes mots. Mais ses cierges sont plus petits que ceux de l’Elysée : le PS est pauvre.

Manuel Valls, à qui il arrive quand même de faire des infidélités à sainte Padamalgame (n’a-t-il pas dit que l’islam serait « au centre » de la prochaine campagne électorale ?), se comporte pour l’essentiel en bon croyant. Un peu moins bon toutefois que François Hollande et Jean-Christophe Cambadélis… Il vient de faire savoir à la population que « la France n’était pas en guerre contre l’islam ». Sainte Padamalgame a en effet la guerre en horreur. De toute façon, si la France devait faire la guerre contre quelqu’un, ce serait contre les adorateurs du dieu Cargo (il en reste quelques-uns en Papouasie). Car, là au moins, elle aurait une chance de gagner.

Nous ne sommes pas en guerre donc. Mais on a quand même vaguement l’impression que la guerre, on nous la fait. Déjà une tête coupée… Mais qui ? Qui nous fait la guerre ? Toutes les équipes gouvernementales assistées par la DGSI cherchent. Les bouddhistes, les shintoïstes, les hindouistes, les évangélistes, les chamanistes ? On n’a pas encore trouvé. Et ce n’est certainement pas moi, citoyen de base dépourvu de tout moyen d’investigation, qui vais y arriver.

Mais peut-être que sainte Padamalgame est susceptible de nous aider dans cette quête. Eh bien non. On a beau la supplier, l’entourer de cierges et d’offrandes, elle répète toujours la même phrase : « Ce n’est pas l’islam. » Son vocabulaire est très limité car, victime de l’oppression capitaliste et du colonialisme, elle a dû quitter les bancs de l’école avant d’apprendre à lire et à écrire.

Sainte Padamalgame a en apparence une bonne tête. Mais si on l’approche au plus près, on peut s’apercevoir qu’elle bave. Un filet d’eau tiède s’écoule de sa bouche. Et, goutte après goutte, il inonde tout, le personnel politique, les médias, les intermittents de la pensée.

Ainsi, l’autre jour, les flots dégoulinants de sainte Padamalgame ont transformé un studio de France Info en piscine. Alexis Corbière, secrétaire national du Parti de Gauche, y était comme un poisson dans l’eau. Alors qu’on évoquait les attentats, l’islam, le monde arabe, il pointa comme premier responsable le « colonialisme occidental ». Mais il se rendit compte très vite que c’était un peu trop banal.

Et Corbière fit plus fort en s’indignant contre l’inculture des Français ignorant tout du monde et de la civilisation arabes. « Comment se fait-il que les Français ne connaissent que le nom de Bouteflika et même pas celui du Premier ministre algérien ? Pourquoi ne sont-ils pas capables de citer des noms de ministres tunisiens ? » s’emporta-t-il.

Et, toujours très inspiré par sainte Padamalgame, il réclama la présence de policiers « parlant arabe » dans nos banlieues ! Convaincu par ses élans oratoires, j’ai sous les yeux la liste complète des membres des gouvernements algérien et tunisien. J’y ai ajouté à toutes fins utiles la liste des membres du secrétariat national du Parti de Gauche. J’apprends tout par cœur. Et je remercie sainte Padamalgame de ne pas avoir soufflé à Alexis Corbière le nom du Maroc…

P.S. : À ceux qui jugeraient insuffisantes les leçons du professeur Corbière, je suggère cette phrase de Kateb Yacine, un des plus grands écrivains algériens : « À force de parler de Mohamed qui fut prophète, on oublie le Mohamed chômeur, le Mohamed sans logement, le Mohamed sans abri, le Mohamed sans travail et des milliers de Mohamed qui vivent comme des esclaves sous des régimes qui se réclament du prophète Mohamed. »

*Photo : Pixabay.

Charles Pasqua est mort

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pasqua rpr seguin chirac

pasqua rpr seguin chirac

Charles Pasqua nous a quittés. Il a rejoint son compagnon de route Philippe Séguin, parti il y a cinq ans. Quand vous dites que vous avez été un séguiniste, vous percevez chez votre interlocuteur une certaine admiration. Quand vous dites que vous avez aussi été un compagnon de Charlie, on vous balance le SAC, Malik Oussekine et d’autres amabilités. Et pourtant, je n’ai jamais eu à rougir de ce compagnonnage. Parce qu’à l’âge où j’avais encore de la passion pour mes petites voitures Majorette, lui entrait dans la résistance. Son oncle venait d’être tué. «Un Pasqua tombe, un autre se lève». Il s’en est fallu d’un cheveu pour que l’adolescent Pasqua ne subisse le même sort que son oncle. La chance l’a préservé. Au moment où j’écris ces lignes, le journaliste Jean-Michel Aphatie twitte, satisfait de lui : « Charles Pasqua a été le serviteur zélé de la part d’ombre de la République. ». Il ne croit pas si bien dire. Pasqua fut de l’Armée des ombres. Celle de Joseph Kessel. Mais Aphatie a-t-il seulement lu Kessel ? Certainement pas. Dans le cas contraire, il ne twitterait pas avec ses pieds ce soir.

Mes premiers combats avec Pasqua datent de 1990. Philippe Séguin, dont j’étais le militant dévoué, avait choisi de s’allier avec lui pour infléchir la ligne balladuro-juppéiste que Jacques Chirac infligeait au RPR. Il y eut ensuite Maastricht. Une défaite, sur le fil. Mais une victoire morale vingt–trois ans plus tard. Au moment où Charles Pasqua nous quitte, tout ce que les deux compagnons de route de la souveraineté nationale nous avaient ditsur cette monnaie unique se réalisent. Il y a seize ans, il m’avait choisi pour être l’un de ses colistiers pour la campagne des élections européennes qui le vit terrasser Nicolas Sarkozy. Une si belle campagne. Une victoire au bout, pour une fois. Nous étions les dissidents. Face à un parti organisé. Et nous l’avons dépassé. Parce que nous croyions à ce que nous disions à nos électeurs. Des années plus tard, je crois, comme Marie-France Garaud – qui doit être bien triste en ce lundi soir- que Charles Pasqua aurait dû se rendre rue de Lille et s’asseoir dans le fauteuil de président du RPR, au lieu de créer son parti en tête à tête avec Philippe de Villiers. Il avait acquis la légitimité des urnes. Ce putsch bonapartiste serait passé comme une lettre à la Poste d’Ajaccio.

Il avait donné sa vie au Général de Gaulle, même longtemps, très longtemps après novembre 1970. Charles Pasqua n’a pas seulement été un très grand ministre, dans des moments où les attentats touchaient déjà la France au coeur. Il était avant tout un militant. «Un militant», ce mot qu’il disait lui-même avec son accent irremplaçable. Et inoubliable.

*Photo : FACELLY/SIPA. 00234950_000002.

Sollers 1 – Jaccard 1

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J’aurai connu deux éditeurs dans ma vie : Philippe Sollers et Roland Jaccard. Deux hommes de goût que tout oppose politiquement et littérairement. Comme chacun de ces deux éditeurs a suscité, parisianisme oblige, un camp, et que chaque camp s’exècre, tenir le cap de ma double admiration n’est pas chose facile ; mais ce qui simplifie tout, c’est qu’elle est inconditionnelle.

Hasard du calendrier érotique, chacun publie un livre sur sa compagne. Deux sexualités irréductibles à tout étiquetage clinique ou social s’exposent au grand jour, détails et humour compris. Réponse à l’obscurantisme castrateur et coupeur de tête qui prend d’assaut notre génie pour la gaudriole ? Assurément. Mieux encore, leçon de littérature appliquée.

Avec un talent frontal, mais beaucoup moins catégorique qu’il n’y paraît, Sollers et Jaccard s’appliquent à déplier leurs principes à l’épreuve du féminin, et le résultat, dû sans doute à l’intelligence peu commune du partenaire qui leur tient admirablement tête (Julia Kristeva pour l’un, Marie Céhère pour l’autre) est saisissant de précision. Hasard de la publication simultanée, une clarté pédagogique s’en dégage, donnant à chaque univers de pensée son poids, sa couleur, sa contrepartie érotique précise. Quel lecteur serait assez ingrat pour en demander plus ?

Du mariage considéré comme un des beaux-arts, Julia Kristeva, Philippe Sollers, Fayard, 2015.

Du mariage considéré comme un des beaux-arts

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Une liaison dangereuse, Marie Céhère, Roland Jaccard, L’Editeur, 2015.

Une liaison dangereuse

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Méritocratie, l’école du crime

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meritocratie ecole reforme college

meritocratie ecole reforme college

J’avais décidé, dans cette histoire de réforme des collèges, de ne pas mettre mon grain de sel. Je connaissais la triste comédie, c’était la même à chaque fois qu’un ministre voulait laisser sa marque, à part peut-être avec François Bayrou qui avait réussi l’exploit de rester Rue de Grenelle sous deux présidents de la République. Bayrou avait compris une chose simple : il était impossible d’aller contre les pédagogistes qui avaient fait du ministère leur citadelle et avaient avancé leurs pions depuis la réforme sur le collège unique en 1975, que le gouvernement soit de gauche ou de droite. Il avait certes réussi à stabiliser le front, comme le maréchal Foch lors de la bataille de la Marne. Mais, après son départ, l’offensive avait repris de plus belle.

Donc, cette énième réforme portée par NVB a rallumé l’affrontement entre les élitistes et les égalitaristes, les républicains et les démocrates. Chaque camp a ses noms, qui montent au feu avec les mêmes arguments depuis vingt ans. Déploration décliniste, parfois un peu stérile et répétitive, contre aménagement matois du désastre par le nivellement, qui favorise la reproduction bourdivine contre laquelle, pourtant, ce collège unique était censé lutter. J’ai senti une certaine lassitude. Bien sûr, tout au long de ma carrière de prof, qui a duré une grosse vingtaine d’années, passées pour l’essentiel dans un collège de ZEP, j’étais clairement dans le camp des républicains, des sales élitistes, des pleureuses.[access capability= »lire_inedits »] Comment aurait-il pu en être autrement : je suis le petit-fils d’un hussard noir, pupille de la nation, repéré, durant les années 1920, dans sa classe de petits paysans barbouillés, par le curé et l’instituteur, qui l’avaient envoyé de concert à l’École normale, alors qu’il avait tout juste 16 ans

Et puis il y a eu cette une de Libé, le 12 mai. « Réforme du collège. Et si elle avait raison ? » Avec NVB en une. Pourquoi pas, après tout. Sauf que j’ai vite compris la manip : « La réforme de Najat Vallaud-Belkacem fait ressortir le clivage droite-gauche sur la conception de l’éducation : faut-il privilégier l’égalité ou l’élitisme ? »

Ah, comme tout devient simple ! Ce n’était donc que ça : un bon vieux clivage droite-gauche… Peu importe, finalement, que des personnalités de gauche, et au premier chef Ségolène Royal, aient émis de sérieuses réserves, tout comme des profs de lettres classiques, d’allemand ou d’histoire qui n’ont rien d’affreux réactionnaires. Non, dans le joli monde de Libé, être pour l’élitisme, même républicain, c’est-à-dire pour une sélection fondée sur l’égalité afin de donner leur chance aux meilleurs, c’est être de droite. On en est là.

Je me suis alors rappelé que, dans mon collège de ZEP, on sauvait concrètement l’égalité des chances, en tentant d’offrir à une trentaine de nos cent vingt élèves de troisième les mêmes possibilités qu’à ceux des établissements de centre-ville. Ce n’était pas très glorieux, un peu hypocrite au regard des instructions officielles, mais c’était efficace : on s’arrangeait tout simplement pour faire prendre le latin, et aussi l’allemand en première langue, aux élèves dont on pouvait espérer qu’ils iraient plus loin dans des classes où les conditions de travail permettraient des progrès. En clair, on s’asseyait sur la sacro-sainte hétérogénéité pour créer, en rusant, des « classes de niveau ». Tout le monde le savait, simplement ça ne se disait pas.

Et nous étions républicains en faisant cela, c’est-à-dire sainement élitistes. Nous sauvions ceux qui étaient sauvables en les préservant d’un égalitarisme de façade qui consiste, dans les faits, à sacrifier les meilleurs et à leur interdire de s’en sortir dans le champ de ruines provoqué, surtout dans les quartiers populaires, par le collègue unique et sa jolie politique émancipatrice qui n’émancipe, au bout du compte, que ceux qui rentrent le soir dans des maisons où les parents parlent français et ont des livres.

Alors si, pour Libé, c’est être de droite, je suis de droite. Mais je refuse d’être fiché avec une telle mauvaise foi, car je sais, moi, que notre action correspondait exactement à l’idée que je me fais de la gauche.[/access]

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«Guerre de civilisation»: si tu veux la paix…

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manuel valls guerre civilisation terrorisme

manuel valls guerre civilisation terrorisme

Nous y sommes. Plus qu’un moment de vérité – car un moment ne dure qu’un moment – nous voilà entrés à nouveau dans l’état de vérité ; la vérité d’une nécessité, celle de se battre. Nous y avons toujours été, mais nous ne voulions pas le savoir. Nous avions chassé la guerre et la violence en général de l’histoire à venir, la nôtre en tout cas. Du moins le croyions-nous, puisque nous le voulions, nous l’avions décidé, entre nous. Mais il n’y a qu’une seule espèce humaine, et nous ne pouvons nous tenir exempt et indemnes du combat entre barbarie et humanité qui, depuis les origines, tourmente et convulse celle-ci.

Un type qui a l’inquiétude lucide de l’esprit de l’escalier – ou la nostalgie réactionnaire d’un fossile selon les autres, la majorité conforme – Alain Finkielkraut, a écrit un jour « la barbarie n’appartient pas à la préhistoire de l’humanité, elle est l’ombre qui l’accompagne à chaque pas ». Cette phrase est posée sur mon bureau d’écrivain, devant mes yeux, en permanence. Car elle exprime à mes yeux, une vérité parmi les plus essentielles de la nature humaine. Et, dans la polémique que bien sûr l’interview de Manuel Valls à Europe 1 n’a pas manqué de susciter, il ne s’agit que de cela : oser quitter la pensée conformes des autruches ou de ceux qui espèrent qu’en haïssant nous-même les valeurs et les principes qui ont fondé notre société, quels que soient ses (nombreux) défauts, nous échapperont à la haine des barbares… ou oser regarder et dire la vérité. Manuel Valls n’a pas dit « guerre des civilisations », il a dit « guerre de civilisation », et à part Emmanuel Todd et Edwy Plenel qui sont déjà en train de nous expliquer qu’il ne s’agit là que d’Islamophobie, chacun, avec un peu de sincérité, peut comprendre que par civilisation on entend la contraire d’une idéologie qui veut s’imposer partout par l’ultra-violence et la terreur, qui ne supporte pas la tolérance, la laïcité, l’égalité des sexes, la liberté de conscience et de foi, la liberté en général, et qui proclame d’ailleurs avec une remarquable honnêteté qu’elle « aime plus la mort que nous (Occidentaux) aimons la vie ». Manuel Valls a seulement dit que nous étions engagés, appartenant à l’espèce humaine, dans ce combat entre l’espérance de l’homme et sa part d’ombre qui l’accompagne à chaque pas, et que c’est, et sera, un combat sur la durée.

Il aurait  pu ajouter « un combat permanent, car l’idée d’une paix acquise pour toujours est obsolète, et elle l’a toujours été, même si nous avons eu le luxe de pouvoir y croire pendant plusieurs décennies », mais cela lui aurait coûté encore plus cher. Pourtant, à l’horizon gonflent tous les orages. Il n’y a pas que Daech et sa barbarie totalitaire, il y a la Chine et la Russie qui se réarment et passent à l’acte, à l’image d’une grande partie du Moyen-Orient, de l’Afrique (qui hélas ne manquait pourtant pas d’armes), de l’Asie et de l’Océanie. Pendant ce temps, les budgets de défense d’Europe occidentale, pour les plus lucides, commencent juste à freiner leur diminution… Nous avions oublié le « Si vis pacem, para bellum » qui devrait être posé, lui-aussi, sur tout bureau de responsable politique. Mais la réalité nous a rattrapés. La paix et la civilisation, c’est-à dire ce que nous souhaitons à nos enfants, ne sont pas des droits acquis. L’ombre qui accompagne chacun de nos pas ne nous lâchera pas.

*Photo : William Abenhaim/SIPA. 00717028_000006.

Google Über alles

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Qui n’a jamais reproché aux taxis leurs prix indécents ? Leur corporatisme ? Leurs chauffeurs capables d’égayer un banal trajet par leurs anecdotes, comme de racketter un étudiant fauché ? Les motifs d’ironie, voire de jouissance, devant le désarroi des taxis, pris de court devant la percée d’Uber, ne manquent pas, et la violence de certains chauffeurs n’arrange rien. Pourtant, le conflit mérite mieux que des sarcasmes de consommateurs. Il est le symptôme de la guerre menée par le libéralisme sans limites pour continuer de s’étendre.

D’abord, Uber ment, Uber est allemand. Ou plutôt californien. Uber n’est pas une initiative sympa de citoyens branchés et généreux. Simple plate-forme technologique avec application pour smartphones, UberPop vampirise sa commission sur des milliers de chômeurs devenus pseudo-chauffeurs. Ce n’est pas du covoiturage, mais du business hors-sol. Ce n’est pas de « l’économie partagée », mais une l’atomisation de l’activité productive. Ce n’est pas de la concurrence, c’est de la piraterie.  Ces méthodes ont conduit Madrid, Delhi, La Haye et Portland, villes de notoires républiques communistes, à interdire les activités de la société. Même dans son fief de Californie, à Los Angeles, Uber se retrouve en procès pour pratiques déloyales.

Une autre réalité peu connue tarde à surgir : derrière Uber, il y a Google, qui a investi des fortunes dans l’entreprise, plus de 360 millions siège dès février 2013. Le géant du net siège dans son conseil d’administration, et a formé nombre de cadres d’Uber. Non content de s’être assuré, sans un coup de feu, un pouvoir sur les coeurs et les esprits dont aucune dictature n’aurait rêvé, Google cherche à s’imposer sur le marché mondial des conduites, via Uber, en détruisant tout autre concurrent, les taxis en priorité. L’étape suivante, après l’élimination de la concurrence et l’explosion (dites « flexibilité ») du marché, grâce à la percée des Uber, est de supplanter aux voitures avec chauffeur le « self-driving car », la voiture automatique. Outre Uber, qui a son programme de « self-driving car », Google et ses forges maléfiques de la Silicon Valley (dites « the Valley », on est entre nous) planchent jour et nuit sur leur propre robot.

Ce « Google Car » est appelé à se généraliser et à séduire le client-consommateur. Utopie, me direz-vous. Ce n’est pas l’avis d’Obi Felten, directrice du laboratoire Google X, de passage à Paris le 25 juin pour la conférence « Hello Tomorrow ». Devant un public d’entreprises geeks conquises, elle a prêché la bonne parole: « la technologie doit changer l’individu ». La prêtresse en appelle au bon sens: qui refuserait d’être reconduit chez soi après une soirée alcoolisée ? D’échapper aux affres du permis à points ? De permettre à un aveugle de conduire sa propre voiture ? Obi won the point: personne ne relève l’aliénation supplémentaire de l’homme vis-à-vis de la machine. « On ne peut pas empêcher le progrès ». Surtout pas des taxis archaïques, victimes d’une lutte qui les dépasse.

Alors, face à Uber, même si c’est pour conserver les taxis agrippés à leurs privilèges, je préférerai toujours chanter, comme Barbara dans Gare de Lyon, « taxi, emmenez-moi », plutôt que « Google, continue de me mener… »

Tsipras est un voyou communiste

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Grexit Tsipras communiste

Grexit Tsipras communiste

On a beau s’y attendre, cela pique toujours un peu les yeux: le traitement de l’affaire grecque par la presse française  de ce week-end relève dans son immense majorité du parti-pris le plus éhonté. Tsipras est un « braqueur de banque » pour les Echos, un « maître chanteur » pour le JDD qui nous explique que c’est normal car il était communiste dans sa jeunesse et il l’est encore un peu maintenant. En effet, c’est bien connu, comme le disait une affiche de propagande des heures les plus sombres de notre histoire : « Si tous les voyous ne sont pas communistes, tous les communistes sont des voyous ». Le JDD précise d’ailleurs en Une : « La Grèce, c’est fini ! » comme Capri sans doute bien que Capri se trouve en Italie, Italie elle-même qui n’est pas à l’abri d’une secousse un peu forte en cas de Grexit, mais c’est une autre histoire. »

Le JDD toujours, en pages intérieures : « L’Europe lâche la Grèce ». C’est tout de même drôle ces questions de perspective : nous avions absurdement eu le sentiment qu’il s’agissait exactement du contraire. De même, il a paru au JDD  utile de s’indigner du passé de Tsipras mais bizarrement il ne s’est pas intéressé au passé des autres protagonistes de cette histoire : pourquoi ne pas signaler par exemple, par souci d’équité, que Mme Lagarde, présidente du FMI qui brigue un deuxième mandat, est mise en examen depuis août 2014 dans l’affaire de l’arbitrage entre Tapie et le Crédit Lyonnais alors qu’elle était ministre des Finances, pourquoi ne pas rappeler que Jean-Claude Junker, président de la Commission Européenne, est l’ancien Premier ministre du Luxembourg qui a fermé les yeux sur le paradis fiscal qu’était son pays  et connaissait forcément les accords fiscaux secrets entre le Luxembourg et 340 multinationales – dont Apple, Amazon, Ikea, Pepsi ou Axa – passés entre 2002 et 2010 comme l’ont révélé près de quarante médias internationaux.

Le même homme, aujourd’hui, demande aux Grecs d’avoir un système fiscal… mais un système fiscal qui ne s’en prenne pas trop aux riches tout de même. On est en droit de sourire, mais on ne sait plus si ce sourire doit être amer ou amusé. Quant à Mario Draghi, président de la BCE, pourquoi le JDD ne rappelle-t-il pas aussi que c’est un ancien de chez Goldman Sachs, vous savez, la banque à l’origine de la crise des  subprimes de 2008 et surtout, pour ce qui nous intéresse, la banque qui conseilla à la Grèce l’utilisation de produits financiers dérivés pour masquer ses déficits. Bref, aujourd’hui, quand nos chers médias reprennent complaisamment l’image d’une Grèce shootée aux emprunts comme la dernière des droguées, pourquoi ne précise-t-on pas, à l’occasion, que c’est son ancien dealer qui est chargé de la cure de désintox ?

Mais qu’avait donc fait Tsipras, ce rouge sectaire, pour mériter une telle haine froide de la part de nos médias ? Il avait décapité des chefs d’entreprises au nom de l’islam ? Il avait fait fusiller les oligarques de Potamia, ce parti soi-disant de centre-gauche à qui l’UE fait les yeux de Chimène ? Il avait mis en prison Antonis Samaras, l’ancien chef de la droite conservatrice de Nouvelle Démocratie, reçu à Bruxelles comme un chef d’Etat alors que sa patrie est en danger?

Même pas. Tsipras a juste dit qu’il allait soumettre à referendum les propositions des « Européens » (je mets des guillemets par facilité : je suis moi-même européen mais je n’ai rien de commun avec ces technocrates non élus).  C’est affreux, un communiste qui demande au peuple son avis ! Les bons esprits objectent que Tsipras devrait poser la question du maintien dans l’Euro : oui, c’est comme ça dans le Disneyland post-démocratique de l’UE, on explique à un chef d’Etat ce qu’il doit poser comme question puisque cette idée absurde de consulter directement son peuple lui est venue. On imagine, au passage, un Jeroen Dijsselbloem expliquer au Général de Gaulle : « Dites donc, mon petit vieux, votre referendum sur l’élection du président au suffrage universel, ça nous plaît pas trop, c’est du césarisme, ça… » Tsipras, lui, veut poser la question de l’acceptation ou non par le peuple grec des propositions de la Troïka. Si celles-ci supposent que la Grèce doive continuer sa tiers-mondisation pour rester dans l’euro, c’est à la Troïka de bouger, pas à la Grèce. Ou alors on finirait par croire que l’« Europe » veut surtout faire un exemple, parce qu’il s’agit d’un gouvernement de gauche et qu’il faut montrer aux autres (Podemos, par exemple) ce qui arrive quand on ne courbe plus assez l’échine…

La seule relative bonne surprise est venue de… DSK ! Eh oui, les voies de la raison, comme celles du Seigneur, sont impénétrables. Il a appelé les créanciers à prendre leurs pertes, comme on dit, à rééchelonner une partie de la dette et à supprimer l’autre qu’il reconnaît lui-même comme illégitime. Il sait de quoi il parle, il est à l’origine du premier plan de 2010 qui a uniquement servi à ce que les banques étrangères récupèrent leurs emprunts, et certainement pas à relancer l’économie grecque. En échange, la Grèce ne recevrait plus d’aide et redeviendrait maîtresse des méthodes et des choix budgétaires pour se tirer d’affaire. Au sein de l’UE ou pas.

C’est tout de même un peu plus digne, comme idée, que ce coup d’Etat au ralenti qui donne l’impression de voir s’écrire sous nos yeux un nouveau chapitre de la Stratégie du Choc de Naomi Klein, où il est expliqué que capitalisme et démocratie n’ont plus rien à voir dès que la démocratie contrarie le capitalisme.

Et nous en sommes-là, aujourd’hui, en Europe.

*Photo : AP/SIPA.AP21757482_000071