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Si Vichy m’était conté…

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J’ai chez moi le livre de Pascal Jardin, La guerre à neuf ans, dont Jérôme Leroy a récemment rendu compte. Le récit d’une enfance passée à courir dans les couloirs de l’Hôtel du Parc où le maréchal Pétain avait élu domicile. Je suis assez d’accord avec Leroy : c’est exquis, précis, acide. Nul ne peut en effet contester que chez les anarchistes de droite, dont était Jardin, la légèreté du style allait de pair avec le creux de la pensée.

J’ai également chez moi deux autres livres qui déversent un peu de lumière sur cette période réputée sombre de notre Histoire. La vie quotidienne sous l’Occupation d’Henri Amouroux et Chroniques de la vie des Français sous l’Occupation d’Emmanuel Thiébot. Ils complètent utilement le livre de Pascal Jardin. Vous entrez dedans et c’est la caverne d’Ali Baba avec ses pierreries et ses diamants. Une France vivante, élégante et qui s’amuse. Une France qui va au théâtre et au cinéma. Une France qui se vautre dans les salons très courus de la collaboration et trouve que les vainqueurs allemands sont plutôt beaux garçons.

Charles Trénet chantait alors « Y a d’la joie ». Et c’est vrai que dans ces années-là, tout le monde ne pleurait pas à Paris. En cette période de restrictions où le cuir est devenu introuvable, Maurice Chevalier chante « La Symphonie des semelles de bois ». « Les femmes maintenant ont du charme/Jusqu’au bout des doigts de pied/En marchant les midinettes/semblent faire des claquettes. » L’alimentation manque. Invité à déjeuner à la Tour d’Argent par Ernest Jünger, Montherlant fait une confidence émue à l’écrivain allemand : « Vous savez, cher ami, quand on se trouve face à un saucisson à l’ail, on se sent moins seul. »

Continuons de feuilleter au hasard. Le Tout-Paris s’enflamme pour le sculpteur Arno Breker. Aux Champs-Élysées une brillante réception en son honneur est donnée. {…} Jean Cocteau y va et tombe en pâmoison devant tous ces nus si parfaits. {…}. « Je vous salue, Breker. Je vous salue de la haute patrie des poètes. {…} Parce que dans la haute patrie où nous sommes compatriotes, vous me parlez de la France. »

Et puis encore ça. Le 122 rue de Provence, connu sous le nom de One Two Two, laisse s’échapper une cohorte de soldats allemands passablement fatigués par la nuit de plaisir qu’ils ont passée dans cette maison de rendez-vous. Des camions de la Wehrmacht les attendent. Direction la gare de l’Est. Ils partent vers le front. Le vrai. Là où on meurt. Les plaines de Russie. Les filles du One Two Two ont fait de leur mieux pour leur offrir de délicieux moments.

Tout va donc plutôt bien sous Vichy et sous l’Occupation. Mais il y a quand même des choses qui perturbent la belle insouciance de l’époque. Le 3  juin 1942, Le Cri du Peuple de Jacques Doriot s’enthousiasme en apprenant que les juifs seront dorénavant obligés de voyager dans le dernier wagon des rames du métro parisien. « Une saine mesure qui réjouira tous les Français qui ont de bonnes raisons de ne pas côtoyer les frères de race de Blum et consorts. » Encore quelque chose de dérangeant. Le 8 août de la même année, Le Petit Parisien exulte. « Le terroriste David Grunberg, 19 ans, Juif et communiste a été exécuté ce matin. Justice est faite. »

Mais il ne faut quand même pas trop noircir Vichy. On ne va pas jouer les rabat-joie parce que des « frères de race de Blum » ont été obligés de prendre tel wagon plutôt qu’un autre. D’autant plus que dans les trains en partance pour Auschwitz, les gendarmes de Vichy qui les convoyaient leur ont permis de monter dans tous les wagons… Et on ne va pas faire un plat pour un lycéen, Juif et communiste, guillotiné. Il n’avait qu’à aller au cinéma et au théâtre comme tout le monde.

*Photo: wikicommons.

Cours de morale : passe ton bac d’abord!

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Au grand jour de la rentrée scolaire, les parents pensent à remplir les poches de leurs enfants de collations suffisantes pour tenir jusqu’au soir tandis que les instituteurs se chargent de forger le cerveau de ces chères têtes blondes. Avec des maths et du français, mais aussi avec des cours de « sensibilité ». Vincent Peillon l’avait annoncé, l’écolier d’aujourd’hui doit être intégré à un « parcours citoyen » tout au long de son cursus, concrétisé par l’enseignement de « culture morale et civique » censé « amener les élèves à devenir des citoyens responsables et libres ». Voilà qui est fait, à raison d’une heure spécifique par semaine pour les primaires et tous les quinze jours pour les secondaires, notre futur citoyen, suivra quatre volets d’apprentissage: un normatif (culture de la règle et du droit) ; un cognitif (culture du jugement) ; un pratique (culture de l’engagement) et la pierre angulaire de l’ensemble : le volet « sensible ». Si les trois premiers objets d’étude nous semblent tout à fait adaptés à un cours de morale civique, le dernier sujet, la sensibilité, nous laisse dubitatifs.

Pour mieux comprendre de quoi il s’agit, nous avons lu la synthèse du Conseil Supérieur des Programmes sur le projet d’Enseignement National et Physique. Voilà ce qu’il y est dit, sous la rubrique « sensibilité »: « Il n’y a pas de conscience morale qui ne s’émeuve, ne s’enthousiasme ou ne s’indigne. Mais cette sensibilité doit s’éduquer et appelle le retour réflexif sur les expressions premières des émotions et des sentiments, l’élucidation de leurs motifs ou leurs mobiles, leur identification, leur mise en mots et leur discussion. »

Cette belle tirade lyrique n’a que le contenu pompeux et creux qu’elle mérite. En résumé, le ministère explique qu’il faut « éduquer la sensibilité des élèves ». C’est-à-dire, si l’on en croit la définition du petit Larousse, éduquer « l’aptitude à s’émouvoir, à éprouver des sentiments d’humanité, de compassion, de tendresse pour autrui ». L’instituteur n’est plus seulement là pour transmettre les fondamentaux (ce qui serait déjà pas mal) à ses élèves mais aussi pour lui inculquer ce qu’il doit ou non ressentir. Bien sûr, on ne peut s’empêcher de penser aux fameux « Moi,  M’dam, je pense qu’ils ont eu raison » exprimés par de jeunes écoliers à la suite de l’attentat contre Charlie Hebdo. Et le ministère de vouloir empêcher que de telles interventions se renouvellent. Mais est-ce vraiment par un travail sur la sensibilité que l’enseignant y parviendra ?  « Mais non mon enfant, tu aurais dû pleurer, ce qui s’est passé est très triste ».

Un petit tableau concocté par la rue de Grenelle donne les lignes de conduite de l’apprentissage de la sensibilité. Pour appliquer le volet « être capable de nommer ses émotions », le ministère propose des exercices sur le racisme (avec des supports créés par des fondations et associations agréées , rassurez-vous !). De morale, le programme scolaire risque de virer au moralisant, voire au psychologisant. Avec un « Dis-moi ce que tu ressens, je te dirais qui tu es » sacrément prometteur. Aux dernières nouvelles, le Code pénal n’interdit pourtant pas de ressentir de la haine ou de la colère…

Autre point au programme : « Être capable d’exprimer en les contrôlant ses émotions ». Pour se faire, le Ministère recommande de passer par « le soin » : Par exemple « prendre conscience de son corps à travers la danse ».  Là, c’est sûr, on pourra dire que le ministère a tout essayé pour ne plus avoir de petits rebelles au sein de notre société.

Il n’aurait pas été compliqué  de raccrocher à « la sensibilité » des thèmes d’étude classique en suivant le cours des Rêveries d’un Rousseau, par exemple, ou en se plongeant dans les Mémoires d’enfance de Chateaubriand. Malheureusement, on préfère à la lecture des classiques « sensibiliser l’enfant à la sensibilité » (sic).

Sur le blog du Monde, un professeur s’interroge: comment évaluer nos étudiants ? Va-t-on les coller devant Bambi et contrôler le nombre de leurs larmes ? Les larmes sèches seraient moins bien notées que les chaudes larmes ? Le ministère n’a pas prévu de grilles de notation mais on n’est plus à une approximation près.

Si au moins, nos élèves étaient brillants et qu’il n’y avait plus que leur sensibilité à  « éduquer ». Mais l’école d’aujourd’hui n’en est pas là. Plutôt que de soigner nos consciences, de dicter l’heure des « soins » et des  « larmes », qu’elle enseigne l’ABCD tout court. Que nos élèves passent leur bac d’abord ! Pour la sensibilité, on repassera.

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : 00722069_000001.

Mélenchon fait faux bond à Chevènement

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melenchon chevenement dupont aignan tsipras

Faire bouger les lignes, c’est pas si facile. Ce n’est pas Jean-Pierre Chevènement, qui vous dira le contraire. Dimanche dernier, dans une interview au JDD, il annonçait la présence au colloque « Europe et souveraineté » qu’il organise le 26 septembre, de Jean-Luc Mélenchon, Arnaud Montebourg et Nicolas Dupont-Aignan.

Autres invités vedettes, Régis Debray et Michel Onfray, ainsi que le juriste Alain Supiot, professeur au Collège de France. Parmi ces six estimables personnalités, une vient de faire défection. Saurez-vous deviner laquelle ? Eh oui, vous avez gagné, c’est Jean-Luc Mélenchon !

Après avoir dans un premier temps assuré Jean-Pierre de sa présence, Jean-Luc a finalement fait marche arrière toute, ou plutôt, à gauche toute. Il n’a pas du tout apprécié que dans cette même interview au JDD, JPC ait déclaré que la France ne pourra pas « sortir de l’ornière » si « on ne rassemble pas les républicains des deux rives ».

Comme il l’explique dans une longue lettre ouverte, Mélenchon réprouve des alliances qu’il considère comme contre-nature et réitère son « refus complet d’être associé de quelque façon que ce soit à l’idée lourdement erronée à mes yeux de l’alliance des républicains des deux rives ».

En clair, il ne veut pas être pris en photo sur la même tribune que Nicolas Dupont-Aignan, qu’il accuse de mille misères dans la même bafouille : « Sais-tu qu’il s’est prononcé pour remettre en cause le droit du sol ? Devra-t-on discuter de sa proposition de choisir Marine Le Pen comme Premier ministre s’il était élu Président de la République ? Si respectable qu’il soit et si estimable que soit sa résistance aux pressions de son camp, il est à mes yeux bien ancré sur une rive où je ne veux pas aller. »

Alors, bien sûr, on pourra dauber sur le sectarisme avéré de JLM. On pourra aussi estimer que le leader du Parti de Gauche a finalement jugé que le temps n’était pas venu pour faire bouger les lignes.

À mon humble avis, c’est la deuxième hypothèse qui est la bonne. Après avoir pensé dans un premier temps qu’en démocratie, tout le monde avait le droit de confronter ses idées –ce qui est après tout la raison d’être d’un colloque- Méluche a finalement jugé qu’un selfie  avec NDA le grillerait à gauche de la gauche. Et de son point de vue, il a raison : l’accusation de pactiser avec « la droite de la droite » pourrait être fatale aux ambitions mélenchoniennes pour la présidentielle.

À mes yeux, ce n’est donc pas tant la pensée Mélenchon qui est en cause, mais l’arthrose idéologique qui cloue la gauche de gauche dans son fauteuil à œillères.

En Grèce, il y a six mois, Tsipras n’a pas hésité une seconde avant de constituer un gouvernement d’alliance avec des souverainistes de droite, antilaïcs graves de surcroît. En France, les correspondants des uns et des autres n’ont pas le droit de papoter dans un colloque sans risquer la crucifixion en « une » des Inrocks, de Libé ou de L’Huma

À mon avis, dans cette affaire, Mélenchon, patriote authentique, est moins coupable que victime. Opinion subjective, certes. Mais on ne m’empêchera pas de penser  qu’un type aussi germanophobe ne peut pas être foncièrement mauvais.

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : 00555414_000022.

P.S : Jean-Pierre Chevènement vient de répondre au niet de Mélenchon dans une lettre ouverte publiée sur son blog.

Daech : les Turcs filent-ils un mauvais coton?

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(Avec AFP) – Non contents de contrôler des champs de gaz et de pétrole, les djihadistes de l’Etat islamique ont mis la main sur la production syrienne de coton. Outre le pétrole et le blé des plaines céréalières, Deach a en effet pris le contrôle des « trois quarts de la production de coton », dont la Syrie était un exportateur relativement important avant la guerre, a indiqué à l’AFP Jean-Charles Brisard, spécialiste du financement du terrorisme.

Etant donné la proximité entre les zones administrées par l’EI et la Turquie, beaucoup craignent que des grossistes turcs utilisent du coton vendu à bas prix par Daech, avide de toute source de financement, et coutumier de la contrebande d’hydrocarbures et de pièces archéologiques. Or, selon des cotonniers syriens, l’EI envoyait jusqu’à très récemment en Turquie le coton non égrené (brut), cultivé dans la région de Raqqa et Deir ez-Zor (soit un tiers de la production syrienne). L’EI revend donc désormais le coton à des intermédiaires qui les transportent vers des centre d’égrenage, où est traité le coton brut, dans des régions tenues par le régime de Bachar Al-Assad, car l’égrenage, tout comme l’exportation, est monopole d’Etat en Syrie. Un petit business lucratif qui fait les choux gras des complotistes tenants d’une collusion entre Damas et Daech.

Bon, il semblerait que les grands groupes textiles européens soient particulièrement précautionneux quant à l’origine du coton qu’ils emploient. Pas de panique, donc : d’ici à ce que vos emplettes financent les étêteurs de Raqqa, de l’eau polluée sera passée sous les ponts de l’Euphrate.

En revanche, tandis que les forces spéciales américaines et l’aviation russe s’attaquent directement aux positions de l’E.I en Syrie, la Turquie n’a pilonné que quelques positions désertées par les djihadistes. Chez les spécialistes de la politique turque, il se dit qu’obsédé par le PKK et jouant son va-tout lors des prochaines élections, Erdogan file un mauvais coton…

L’asile pour tous, une histoire de fous

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asile migrants fn

On s’inquiète souvent que l’Europe ne fasse pas rêver les Européens. Qu’elle fasse rêver tant de monde à l’extérieur de ses frontières est finalement bien plus angoissant. À en croire les experts les plus sérieux, ils seront plus d’un million, cette année, à affluer vers les frontières de l’Union, venus de pays livrés à la guerre et à l’instabilité. Bien sûr, on peut se contenter d’avoir bon cœur, comme la patronne des Verts, Emmanuelle Cosse, qui ne comprend vraiment pas pourquoi un pays riche comme la France n’accueillerait pas tous ceux qui le souhaitent. Ou comme cette journaliste de BFM qui croyait terrasser Marine Le Pen en lui montrant un reportage sur un Africain répétant dans un langage châtié : « La France, c’est mon pays. » « Que voulez-vous lui dire, à cet homme ? » lança l’intervieweuse, convaincue que, face à un tel désir de France, on ne pouvait que s’incliner. « Eh bien, il faut lui dire que non, la France n’est pas son pays », répondit l’interviewée. Je vous l’accorde, ce n’est guère généreux d’assener un truc pareil à des malheureux qui bravent tant de risques parce qu’ils nous aiment (encore que s’ils nous connaissaient vraiment, peut-être qu’ils nous aimeraient moins).

Si les bons sentiments faisaient de la bonne politique, on le saurait. En réalité, en quelques décennies, la plupart des gens raisonnables (ce qui exclut pas mal de journalistes) ont admis la pertinence du théorème de Rocard – la France ne peut pas accueillir toute la misère du monde. Une fois à l’intérieur des frontières de l’Europe, les « migrants » qui ne cherchent à échapper « qu’à la pauvreté » sont des immigrés clandestins et il faut avoir le courage de leur signifier, aussi aimablement que possible, qu’ils sont indésirables. Angela Merkel a affirmé à plusieurs reprises que son pays refusait d’accueillir les « réfugiés économiques ». Certes, cela n’améliore pas l’image de sans-cœur de la dame de fer allemande, mais si ça se trouve, avoir bon cœur n’est pas ce que lui demandent ses concitoyens.

Seulement, aujourd’hui, ce n’est pas la misère du monde, mais le malheur du monde qui frappe à notre porte. Ce n’est pas la pauvreté, mais la guerre et les exactions commises par des régimes ou des rebelles aussi peu fréquentables les uns que les autres qui jettent sur les routes et sur les mers des milliers de familles fuyant la Syrie, l’Érythrée ou les territoires conquis par Daech. Quand ils parviennent dans nos pays, ceux-là deviennent des demandeurs d’asile qui ont toutes les chances d’obtenir un jour le statut de réfugié politique. Le droit d’asile ne relève pas seulement d’une longue tradition humanitaire qui fait de l’Europe et de la France une terre d’accueil pour ceux qui combattent la tyrannie, il est, comme son nom l’indique, un droit. Ouvert à « toute personne qui, craignant avec raison d’être persécutée du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un groupe social ou de ses opinions politiques, se trouve hors du pays dont elle a la nationalité et qui ne peut ou, du fait de cette crainte, ne veut se réclamer de la protection de ce pays ».

L’ennui, c’est qu’un quart de la population de la planète pourrait sans doute prétendre à ce statut – qui oblige le pays d’accueil à offrir des conditions de vie décentes aux candidats. Sous quel prétexte le refuserait-on aux femmes afghanes ou saoudiennes qui voudraient échapper à leur condition inférieure ? Et que ferait-on si les Coréens du Nord décidaient collectivement de fuir le régime ubuesque qui les asservit ? Danger certes fort théorique. De plus, affirment les partisans de l’ouverture à tout va, les réfugiés politiques repartiront quand la paix sera revenue chez eux. Il est permis d’en douter et c’est justement l’une des données du problème : que cela plaise ou non aux belles âmes, les peuples européens ont clairement montré qu’ils veulent en finir avec une immigration de peuplement que leurs sociétés fatiguées ne savent plus comment intégrer. Il ne suffira peut-être pas de leur expliquer que l’asile est un droit sacré pour qu’ils ouvrent leurs portes et leurs cœurs aux nouveaux arrivants.

Il y a dix ans, les néoconservateurs prétendaient construire par les armes un monde démocratique et pacifié. Cette chimère s’est fracassée sur le réel. Mais croire que nous pourrions, faute d’abattre les régimes tyranniques, soustraire les peuples à ces tyrannies, est une autre chimère, bien plus dangereuse encore. Y compris pour tous ceux à qui on fait miroiter une vie meilleure qu’on est incapable de leur offrir. La véritable générosité, parfois, c’est de dire non.

 

Cet article en accès libre est extrait de Causeur n°25.

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*Photo : wikicommons.

Causeur n°27: Tchao Pantins!

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« Subversion en bande organisée » ! C’est sous ce qualificatif tordant que Philippe Muray moquait les bouffons postmodernes qui caressent l’époque dans le sens du poil. Reprenant le mot et à la chose à son compte, Elisabeth  Lévy ironise sur la descente en deuxième division des Guignols de l’Info. Pauvres petits pantins repêchés par les hommes politiques qu’ils prétendent brocarder, ces marionnettes unanimement saluées de Florian Philippot à François Hollande montrent que « les rebelles sont au pouvoir, les bouffons sont devenus rois, et on ne le voit pas », dixit notre chère directrice. L’humour France Inter et Canal+ forme la pointe avancée de cette « guignolisation des esprits » (Elisabeth Lévy) prenant pour cible des statues déboulonnées : l’Eglise catholique, Nadine Morano, les racistes, etc. Un « gloussement unique » ce que la pensée du même nom est au débat, détaille Alain Finkielkraut, dans une tribune enlevée. « Leur rire est sur les rails. Il ne dénonce rien de ce qui mérite d’être dénoncé. Il est l’ami indéfectible du désastre (…) Il accompagne docilement tous les processus en cours », écrit-il de ces amuseurs.

Pas facile de pratiquer l’humour corrosif à l’abri des facilités. Le barde génial Didier Super me certifie que la subversion se paie au prix de la marginalité : intermittent du spectacle, il canarde antifas et militants de tous bords, fussent-ils antiracistes, mais fait frémir certains directeurs de festival. « Prêt à jouer partout où il y a des pauvres cons » (et cela fait beaucoup !), le camarade Super estime qu’un Desproges aurait du mal à percer aujourd’hui tant notre seuil de tolérance à la provocation s’est abaissé. Equanime, Didier raille autant les prêtres catholiques que le Coran, la CGT que le FN, ce qui ne laisse pas de dérouter ses fans punkachiens ou skinheads ! Un poil moins bravache, le chronique radio Didier Porte assure à Pascal Bories que l’humour est ontologiquement de droite, puisqu’il consiste à tirer sur les faibles. Faire œuvre de comique de gauche relèverait donc de la gageure, surtout lorsqu’il s’agit de soutenir Mélenchon sur une radio de droite.

Vous suivez toujours ? Sans rire, Olivier Malnuit nous confesse sa passion coupable pour les sketches de Dieudonné, qu’il visionne devant son écran, avec la contrition du notable de province allant au bordel le dimanche. Le pire chez cet antisémite patenté, c’est qu’il est toujours aussi drôle, dixit son ancien complice Elie Semoun. Patrick Mandon ne peut en dire autant de Charlie Hebdo qui, toute compassion mise à part, a depuis longtemps tordu le cou à l’esprit de Hara-Kiri. Cavanna et Choron, flanqués de Cabu, Wolinski et quelques autres enchantaient la jeunesse des années 1960 et 1970, là où leurs lointains descendants se contentent de combattre un fascisme introuvable. Hélas, le seul acte de bravoure du Charlie époque Val coûta la vie à Charb et ses amis, mais il paraît qu’on ne les y reprendra plus…

Pour la rentrée, ce numéro atomique passe d’un sujet d’actualité l’autre, de l’accord sur le nucléaire iranien, que le géostratège Bruno Tertrais étrille point par point, à la situation grecque. Chacun dans leur registre, Jean-Luc Gréau et Jérôme Leroy reviennent ainsi sur le feuilleton hellène de l’été : le premier avance que l’énième plan d’aide à Athènes ne résoudra rien à la crise de l’euro, le second en vacances dans les îles a recueilli les témoignages de ses hôtes dans un carnet de bord inédit. Par entretien interposé, philosophe allemand Peter Sloterdijk leur répond que Berlin n’exerce aucune domination sur l’Europe. En amoureux de la France, cet intellectuel regrette notre tendance dépressive à « l’auto-empoisonnement », lors même que nous continuons à nous croire une grande puissance.

Niveau arrogance, le pays des trois cents fromages n’est pas en reste. La fine bouche Henri de Saint Hubert déroge à la règle de sa corporation en nous proposant une « autocritique gastronomique » fort goûtue. Dressez, le repas est prêt !

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Houellebecq ne s’est pas couché

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Laurent Ruquier, l’homo festivus par excellence, avait réuni sur son plateau samedi soir un chroniqueur qui incarne l’Intelligence, Yann Moix, et une caricature de la femme bien- pensante, Léa Salamé. On comprenait difficilement ce que tentait d’exprimer le premier et trop facilement hélas les éléments de langage de la seconde. On avait déjà oublié Aymeric Caron, le méchant de service, reconverti dans la pâtisserie, la meilleure des thérapies pour l’adoucir et éviter que ses bouffées paranoïaques ne le rendent définitivement infréquentable.

On reconnaissait sur le plateau Christine Angot toujours aussi meurtrie même si certains la trouvent apaisée et sereine, ce qui n’est jamais un bon signe pour un écrivain. Il était question de son papa et de sa maman, deux mots à proscrire à la télévision. Il semblerait que la mère comme la fille aient été des victimes,  ce qui est d’ordinaire le lot des femmes, mais que nos sociétés si compassionnelles  et féminisées à outrance ont de plus en plus de peine à admettre. Tout le monde prit en pitié Christine  (il lui faut de l’amour à cette petite ) qui, par ailleurs, écrit bien. Elle refusa pour d’obscures raisons de croiser Michel Houellebecq qui expliqua à juste titre qu’un livre ne naît pas d’expériences, heureuses ou malheureuses, mais d’autres livres. Il jugea sévèrement une journaliste du Monde qui avait, la malheureuse, pris le risque de le portraiturer. Il donna l’impression bizarre pour un mec de sa trempe d’accorder une valeur insigne à sa personne. Mais bref, il arrive que la gloire vous monte à la tête comme un mauvais vin.

En revanche, sur l’islamisation de la France, non seulement il ne recula pas, mais tout en gardant un sourire ironique, reconnut que le scénario d’un califat modéré lui semblait peu probable  (je rappelle que c’est le sujet de son dernier roman Soumission) et que ce que décrit l’écrivain algérien Boualem Sansal dans 2084 (Gallimard) est beaucoup plus vraisemblable. Laurent Ruquier lui avoua qu’il avait lu Soumission au troisième degré et qu’il s’était beaucoup amusé. Savoir que Laurent Ruquier trouve toujours de multiples raisons de s’amuser nous a beaucoup rassurés. Un peu d’émotion, quelques vannes et des fous rires, le peuple n’en demande guère plus.

Soumission

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Ukraine : J’aime Valentina Lisitsa

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La célèbre pianiste d’origine ukrainienne Valentina Lisitsa a été bannie des programmes de divertissement à bord de KLM à la suite de la plainte d’une nationaliste ukrainienne agissant sous un nom d’emprunt. Sa dénonciatrice, Inna Thorn (Platonova), s’est par la suite vantée de son exploit sur le site de l’Euromaidan.

La compagnie néerlandaise a donc biffé Lisitsa sans même la contacter. On peut lire ici le communiqué hypocrite des relations publiques de KLM, rappelant que la compagnie « porte encore le deuil des innombrables vies innocentes perdues à bord du vol MH17 », sous-entendant que Valentina Lisitsa, en allant se produire à Donetsk et en soutenant les rebelles du Donbass, a du même coup glorifié ou approuvé les meurtriers du vol MH17, où ont péri de nombreux citoyens hollandais.

KLM a donc décidé cette censure alors même qu’elle ignore qui a abattu l’avion malais. Sa tartufferie est d’autant plus écoeurante qu’on sait la réticence des autorités néerlandaises à publier les conclusions de leur propre commission d’enquête sur ce crime.

Le comportement de KLM n’est pas seulement honteux, lâche et ignoble. Il dénote aussi l’emprise d’une mentalité agressivement totalitaire sur le mode de pensée occidental. A-t-on vu quiconque en Occident censurer, boycotter ou évincer un enragé ukrainien pour ses propos xénophobes, racistes ou nazis sur les Russes (tel le ministre-polichinelle otanien Yatseniouk, qui les a traités de «sous-hommes» avec la bénédiction de la porte-parole du Département d’Etat américain en personne)? Jamais de la vie! Et verra-t-on une compagnie aérienne — comme le souligne S. Trifković — censurer les enregistrements de Herbert von Karajan, qui fut le grand kappelmeister de l’Allemagne hitlérienne?

Pourquoi donc KLM a-t-elle obéi avec autant d’empressement à une dénonciation aussi partiale, marginale et politiquement orientée? Pour ses prises de position audacieuses en faveur des Russes d’Ukraine, Lisitsa a subi des représailles encore bien plus graves, comme d’être boycottée par l’orchestre symphonique de Toronto. C’est une personnalité magnifique et une interprète de classe mondiale. Elle était de plus politiquement « vierge » jusqu’au coup d’Etat ukrainien. L’engagement public de cette artiste vivant au Canada est dévastateur pour le conte de fées en noir et blanc diffusé en Occident au sujet des gentils démocrates de Maïdan et des méchants envahisseurs russes. Et si elle avait pris les positions qui sont les siennes non pas en dépit mais bien à cause de sa culture, de son talent et de sa sensibilité?

Après avoir imposé un embargo arbitraire et total contre la Serbie en 1992, les Etats-Unis et leurs satellites sont allés jusqu’à interdire toute rencontre internationale à la Fédération serbe des joueurs d’échecs aveugles! Pendant ce temps, leurs propres Gurkhas dans la région avaient carte blanche pour agiter leurs étendards fascistes ou islamistes en toute liberté. Le même filtre se met en place en Ukraine. En matraquant la Russie et les Ukrainiens opposés à l’Euromaïdan, l’Occident protège la renaissance d’une idéologie brutalement régressive qui définit l’identité de cette nation exclusivement par la haine de ses voisins.

De toutes les graines que l’Occident a prétendu semer et arroser en Europe de l’Est et au Moyen-Orient ce dernier quart de siècle, la haine aura été la seule semence fiable. Elle a même envahi la cabane du jardinier. On a commencé par exporter la démocratie, on a fini par importer le totalitarisme.

Que pouvons-nous faire pour enrayer cette spirale de la haine? Le tort commercial semble être l’arme la plus redoutée du totalitarisme de marché occidental. Je recommande donc de diffuser et de marteler les hashtags #boycottKLM et #ILikeValentinaLisitsa jusqu’à ce qu’Air-Tartuffe comprenne qu’il est plus rentable d’être agréable avec les gens civilisés qu’avec les enragés de la guerre civile ukrainienne.

PS : Pour illustration, cet échange cocasse avec les crétins des RP de KLM.

klm ukraine facebook

*Photo : wikicommons.

Egypte : L’ennemi intérieur

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Retrouvez la première partie de ce journal ici.

11 juillet- Très tôt le matin, à 6h20, je suis réveillé par une explosion qui fait trembler mon immeuble. Impressionnant. Je sors au balcon, la rue est calme, rien… sauf des gens au balcon, qui regardent, comme moi, dans tous les sens. Sur Twitter, il se dit que la cible est le consulat d’Italie et qu’il y a un mort, un jeune vendeur ambulant. Une vie de prise. Bon, six heures vingt du matin un samedi, les terroristes ne voulaient tuer personne.

On pense que vivre dans une ville où une bombe peut vous faucher est traumatique. Ce n’est pas vrai, tant que vous ne voyez pas la scène. Je fais partie de ceux qui ne peuvent éviter le métro ou les lieux stratégiques – je passe devant le consulat italien une fois par semaine, je vais souvent au siège du groupe de presse étatique Al-Ahram, je fréquente des cafés où l’on sert de l’alcool, autant de cibles potentielles. La ruelle où je vis grouille de flics, dont la présence multiplie par cent les risques d’attentat. Une bombe y a explosé il y a quelques mois. En fait, vous vivez sans penser aux risques. Il n’y a pas de mesures de précaution à prendre. La seule lutte qu’on a des chances de gagner, c’est celle que l’on mène contre l’oubli du sang versé ou contre la joie mauvaise quand vos ennemis se plantent. Et encore…

12 juillet- 5 août : Vivre dans un pays où un compatriote sur dix, ou sur quinze, est un ennemi. Vous le côtoyez, vous lui parlez, vous échangez, vos relations sont courtoises, mais il est votre ennemi. Il y a entre vous une rivière infranchissable de sang versé. Vous avez vos torts. Mais dans le projet de société que vous défendez, il a sa place, alors que vous n’en avez aucune dans le sien. J’en parle avec un des plus brillants esprits du pays, l’historien Shérif Younis, qui a passé sa vie à retracer la généalogie et à déconstruire les discours nationalistes et leurs concurrents islamistes, à souligner leurs potentialités destructrices. Certes, le discours nationaliste ne vous aime pas, mais il vous fait de la place. Les militaires ont tendance à vous prendre pour des mineurs ne saisissant pas l’ampleur des défis et la gravité des enjeux, mais vous pouvez leur prouver le contraire tout en les critiquant. Avec les islamistes, toute discussion est impossible – comment discuter avec quelqu’un dont la vision du monde est structurée par la théorie du complot, par le récit d’une lutte à mort d’une petite élite sainte contre le Démon qui manipule le reste des êtres, un récit qui invente un monde surréaliste, où l’histoire, l’ancienne et celle qui s’écrit au quotidien, est falsifiée tous les jours ? Le divorce entre la confrérie des Frères musulmans et le peuple égyptien est dur et durera.

Dans le monde de la recherche et de la presse égyptiennes, j’ai une demi douzaine d’amis. Cela fait longtemps que je ne les ai pas vus. Notre cantine, le café Riche, a fermé pendant quelques mois, à la suite du décès de son propriétaire. Puis le mois de Ramadan est advenu. Vers le 24 juillet, je recommence à les revoir. Polémiques sur l’accord « iranien ». Il va avoir un énorme impact sur la société iranienne, reste à savoir lequel. Échanges anxieux d’informations sur l’état des relations avec l’Arabie Saoudite : elles sont moins fluides. Non, Le Caire et Riyad ne peuvent s’offrir le luxe d’un divorce. Pourquoi pas la formule « aucun différend n’est porté sur la place publique, éviter les mauvaises surprises et donc informer l’autre de ce qu’on va faire ». Discussions sur la situation dans le Nord Sinaï. Cela durera encore quelque temps.

4-6 août. Inauguration du Canal. Le régime savoure son triomphe, organise sa grand messe. Au mieux, c’est « César offrant au peuple du pain et des BTP ». Au pis, un cérémonial fascisant. Mais le peuple cairote est heureux et participe. Oui, nous l’avons financé, nous l’avons creusé, oui nous emmerdons les Frères et les bien-pensants des pays occidentaux. Le régime s’autocélèbre, le peuple aussi. Parfois ensemble, parfois séparément. Ce soir-là, la place Tahrir ne désemplit pas. Majorité et régime se partagent le même bouc émissaire sur Facebook : les islamistes et les « grincheux » – les ni-ni qui sont dans la dénonciation permanente.

6-20 août. Les cercles diplomatiques sont satisfaits car les Etats-Unis ont livré les F16 avant la tenue du « dialogue stratégique » entre les deux pays. Sur la Syrie, les positions égyptiennes et américaines sont proches. Mais l’Égypte aimerait une prise de position plus ferme sur le terrorisme. Dans la rue, l’agitation sociale reprend – des milliers de fonctionnaires manifestent contre le nouveau statut de la fonction publique.

Je n’ai pas parlé du 14 août. Il y a deux ans, les forces de l’ordre dispersaient le sit-in de Rab’a, faisant environ mille morts. Ce 14 août 2015, les Frères ne réussissent pas à mobiliser. En 2013, le sit-in était composé d’une écrasante majorité de pacifiques et d’une  minorité de miliciens armés. La direction frère et ses composantes extrémistes avaient délibérément joué la politique du pire. Les miliciens frères avaient ouvert le feu en premier. Mais mille morts ! Ce 14 août 2015, le régime multiplie les fuites pour relater l’échec des négociations qui précèdent Rab’a et la responsabilité des islamistes. Sa commission d’enquête vient de publier son rapport et il est de bonne facture. Mais mille morts… ! La population cairote ne supportait plus ce sit-in de quarante jours, les appels au meurtre qui émanaient des chefs, la reprise des attentats mortels dans le Sinaï, ouvertement bénis par la direction frère, les opérations coups de poing au Caire. Mais mille morts ! Ils sont encore là, parmi nous.

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : AP21758460_000046.

Fabius et la crise migratoire: comment peut-on être Orban?

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«Quand je vois un certain nombre de pays d’Europe qui n’acceptent pas les contingents, je trouve ça scandaleux», a déclaré, dimanche, Laurent Fabius. Selon notre ministre des Affaires étrangères, la Hongrie construit « scandaleusement » à la hâte un grillage de barbelés face à une Serbie qui fait tout pour renvoyer vers le nord ses migrants. «La Hongrie fait partie de l’Europe, l’Europe a des valeurs, et on ne respecte pas ces valeurs en posant des grillages» a poursuivi le patron du quai d’Orsay.

La Hongrie fait partie de l’Europe comme la France et il lui appartient autant qu’à elle de définir les valeurs de l’Europe. Mais Laurent Fabius, dans la plus pure tradition française, parle au nom des autres. Comment peut-on être hongrois? Il n’y a que l’Europe aujourd’hui qui vaille, une Europe qui tourne le dos aux nations qui la constituent. Le successeur d’Aristide Briand et de Claude Cheysson souhaite une « diplomatie de gauche » et nous prêche les valeurs anti-grillage de l’Europe. En réalité, ces valeurs sont moins européennes qu’universelles, celle d’un village global où seule la solidarité et le bonheur régneraient. Formidable de naïveté et d’irresponsabilité! À quand un campement du DAL dans les locaux du ministère? Rarement notre brillant chef de la diplomatie n’aura sombré dans un idéalisme aussi béat.

Avec Schengen, on croit devoir ne plus contrôler nos frontières intérieures (ce qui est inexact). Et l’on vit dans l’illusion que les pays frontaliers de cet espace ne sont pas tenus de contrôler les frontières extérieures de l’Union. Partant, leurs gouvernements sont sommés d’ouvrir grandes les portes. Pourtant, la possibilité même de l’ouverture à l’intérieur des frontières de Schengen dépend de la perméabilité de cet espace, sans quoi l’accord est nul. La Bulgarie, l’Espagne et la Grèce l’ont bien compris en érigeant des clôtures à leurs frontières sans que Fabius ne s’en émeuve. Quand les forces de l’ordre françaises ont fermé la frontière franco-italienne à Vintimille, le Quai d’orsay n’a pas manifesté son horreur et son émotion. Pas plus lorsqu’il s’est agi à Calais d’empêcher ces malheureux de rejoindre illégalement l’Angleterre.

La maîtrise de l’immigration illégale, qui passe (ô malheur) par un grillage, est aussi la condition d’une assimilation décente et digne des migrants réguliers et des réfugiés. Le rideau de fer hongrois rappelle sans doute de mauvais souvenirs aux courageux socialistes qui se sont élevés contre l’enfermement soviétique. Mais il n’est pas question ici d’empêcher les Européens de sortir, seulement de protéger leur mode de vie et l’Etat de droit. Aux États-Unis, en Inde et dans bien d’autres parties du monde, une frontière qui filtre les entrées est le meilleur moyen de lutter contre les réseaux de passeurs et d’éviter les tragédies comme celle qui a touchée un camion réfrigéré en Autriche.

Si la frontière entre l’Autriche et la Hongrie avait été mieux suivie, peut être aurait-on pu épargner plus de 70 vies. C’est d’ailleurs la police hongroise qui a interpellé les passeurs. L’Autriche vient tout juste de remettre ses douaniers au travail. Un fait qui a sans doute échappé à Laurent Fabius.

*Photo: Numéro de reportage : 00680207_000029

Si Vichy m’était conté…

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paris occupation vichy amouroux

paris occupation vichy amouroux

J’ai chez moi le livre de Pascal Jardin, La guerre à neuf ans, dont Jérôme Leroy a récemment rendu compte. Le récit d’une enfance passée à courir dans les couloirs de l’Hôtel du Parc où le maréchal Pétain avait élu domicile. Je suis assez d’accord avec Leroy : c’est exquis, précis, acide. Nul ne peut en effet contester que chez les anarchistes de droite, dont était Jardin, la légèreté du style allait de pair avec le creux de la pensée.

J’ai également chez moi deux autres livres qui déversent un peu de lumière sur cette période réputée sombre de notre Histoire. La vie quotidienne sous l’Occupation d’Henri Amouroux et Chroniques de la vie des Français sous l’Occupation d’Emmanuel Thiébot. Ils complètent utilement le livre de Pascal Jardin. Vous entrez dedans et c’est la caverne d’Ali Baba avec ses pierreries et ses diamants. Une France vivante, élégante et qui s’amuse. Une France qui va au théâtre et au cinéma. Une France qui se vautre dans les salons très courus de la collaboration et trouve que les vainqueurs allemands sont plutôt beaux garçons.

Charles Trénet chantait alors « Y a d’la joie ». Et c’est vrai que dans ces années-là, tout le monde ne pleurait pas à Paris. En cette période de restrictions où le cuir est devenu introuvable, Maurice Chevalier chante « La Symphonie des semelles de bois ». « Les femmes maintenant ont du charme/Jusqu’au bout des doigts de pied/En marchant les midinettes/semblent faire des claquettes. » L’alimentation manque. Invité à déjeuner à la Tour d’Argent par Ernest Jünger, Montherlant fait une confidence émue à l’écrivain allemand : « Vous savez, cher ami, quand on se trouve face à un saucisson à l’ail, on se sent moins seul. »

Continuons de feuilleter au hasard. Le Tout-Paris s’enflamme pour le sculpteur Arno Breker. Aux Champs-Élysées une brillante réception en son honneur est donnée. {…} Jean Cocteau y va et tombe en pâmoison devant tous ces nus si parfaits. {…}. « Je vous salue, Breker. Je vous salue de la haute patrie des poètes. {…} Parce que dans la haute patrie où nous sommes compatriotes, vous me parlez de la France. »

Et puis encore ça. Le 122 rue de Provence, connu sous le nom de One Two Two, laisse s’échapper une cohorte de soldats allemands passablement fatigués par la nuit de plaisir qu’ils ont passée dans cette maison de rendez-vous. Des camions de la Wehrmacht les attendent. Direction la gare de l’Est. Ils partent vers le front. Le vrai. Là où on meurt. Les plaines de Russie. Les filles du One Two Two ont fait de leur mieux pour leur offrir de délicieux moments.

Tout va donc plutôt bien sous Vichy et sous l’Occupation. Mais il y a quand même des choses qui perturbent la belle insouciance de l’époque. Le 3  juin 1942, Le Cri du Peuple de Jacques Doriot s’enthousiasme en apprenant que les juifs seront dorénavant obligés de voyager dans le dernier wagon des rames du métro parisien. « Une saine mesure qui réjouira tous les Français qui ont de bonnes raisons de ne pas côtoyer les frères de race de Blum et consorts. » Encore quelque chose de dérangeant. Le 8 août de la même année, Le Petit Parisien exulte. « Le terroriste David Grunberg, 19 ans, Juif et communiste a été exécuté ce matin. Justice est faite. »

Mais il ne faut quand même pas trop noircir Vichy. On ne va pas jouer les rabat-joie parce que des « frères de race de Blum » ont été obligés de prendre tel wagon plutôt qu’un autre. D’autant plus que dans les trains en partance pour Auschwitz, les gendarmes de Vichy qui les convoyaient leur ont permis de monter dans tous les wagons… Et on ne va pas faire un plat pour un lycéen, Juif et communiste, guillotiné. Il n’avait qu’à aller au cinéma et au théâtre comme tout le monde.

*Photo: wikicommons.

Cours de morale : passe ton bac d’abord!

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najat vallaud cours morale

najat vallaud cours morale

Au grand jour de la rentrée scolaire, les parents pensent à remplir les poches de leurs enfants de collations suffisantes pour tenir jusqu’au soir tandis que les instituteurs se chargent de forger le cerveau de ces chères têtes blondes. Avec des maths et du français, mais aussi avec des cours de « sensibilité ». Vincent Peillon l’avait annoncé, l’écolier d’aujourd’hui doit être intégré à un « parcours citoyen » tout au long de son cursus, concrétisé par l’enseignement de « culture morale et civique » censé « amener les élèves à devenir des citoyens responsables et libres ». Voilà qui est fait, à raison d’une heure spécifique par semaine pour les primaires et tous les quinze jours pour les secondaires, notre futur citoyen, suivra quatre volets d’apprentissage: un normatif (culture de la règle et du droit) ; un cognitif (culture du jugement) ; un pratique (culture de l’engagement) et la pierre angulaire de l’ensemble : le volet « sensible ». Si les trois premiers objets d’étude nous semblent tout à fait adaptés à un cours de morale civique, le dernier sujet, la sensibilité, nous laisse dubitatifs.

Pour mieux comprendre de quoi il s’agit, nous avons lu la synthèse du Conseil Supérieur des Programmes sur le projet d’Enseignement National et Physique. Voilà ce qu’il y est dit, sous la rubrique « sensibilité »: « Il n’y a pas de conscience morale qui ne s’émeuve, ne s’enthousiasme ou ne s’indigne. Mais cette sensibilité doit s’éduquer et appelle le retour réflexif sur les expressions premières des émotions et des sentiments, l’élucidation de leurs motifs ou leurs mobiles, leur identification, leur mise en mots et leur discussion. »

Cette belle tirade lyrique n’a que le contenu pompeux et creux qu’elle mérite. En résumé, le ministère explique qu’il faut « éduquer la sensibilité des élèves ». C’est-à-dire, si l’on en croit la définition du petit Larousse, éduquer « l’aptitude à s’émouvoir, à éprouver des sentiments d’humanité, de compassion, de tendresse pour autrui ». L’instituteur n’est plus seulement là pour transmettre les fondamentaux (ce qui serait déjà pas mal) à ses élèves mais aussi pour lui inculquer ce qu’il doit ou non ressentir. Bien sûr, on ne peut s’empêcher de penser aux fameux « Moi,  M’dam, je pense qu’ils ont eu raison » exprimés par de jeunes écoliers à la suite de l’attentat contre Charlie Hebdo. Et le ministère de vouloir empêcher que de telles interventions se renouvellent. Mais est-ce vraiment par un travail sur la sensibilité que l’enseignant y parviendra ?  « Mais non mon enfant, tu aurais dû pleurer, ce qui s’est passé est très triste ».

Un petit tableau concocté par la rue de Grenelle donne les lignes de conduite de l’apprentissage de la sensibilité. Pour appliquer le volet « être capable de nommer ses émotions », le ministère propose des exercices sur le racisme (avec des supports créés par des fondations et associations agréées , rassurez-vous !). De morale, le programme scolaire risque de virer au moralisant, voire au psychologisant. Avec un « Dis-moi ce que tu ressens, je te dirais qui tu es » sacrément prometteur. Aux dernières nouvelles, le Code pénal n’interdit pourtant pas de ressentir de la haine ou de la colère…

Autre point au programme : « Être capable d’exprimer en les contrôlant ses émotions ». Pour se faire, le Ministère recommande de passer par « le soin » : Par exemple « prendre conscience de son corps à travers la danse ».  Là, c’est sûr, on pourra dire que le ministère a tout essayé pour ne plus avoir de petits rebelles au sein de notre société.

Il n’aurait pas été compliqué  de raccrocher à « la sensibilité » des thèmes d’étude classique en suivant le cours des Rêveries d’un Rousseau, par exemple, ou en se plongeant dans les Mémoires d’enfance de Chateaubriand. Malheureusement, on préfère à la lecture des classiques « sensibiliser l’enfant à la sensibilité » (sic).

Sur le blog du Monde, un professeur s’interroge: comment évaluer nos étudiants ? Va-t-on les coller devant Bambi et contrôler le nombre de leurs larmes ? Les larmes sèches seraient moins bien notées que les chaudes larmes ? Le ministère n’a pas prévu de grilles de notation mais on n’est plus à une approximation près.

Si au moins, nos élèves étaient brillants et qu’il n’y avait plus que leur sensibilité à  « éduquer ». Mais l’école d’aujourd’hui n’en est pas là. Plutôt que de soigner nos consciences, de dicter l’heure des « soins » et des  « larmes », qu’elle enseigne l’ABCD tout court. Que nos élèves passent leur bac d’abord ! Pour la sensibilité, on repassera.

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : 00722069_000001.

Mélenchon fait faux bond à Chevènement

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melenchon chevenement dupont aignan tsipras

melenchon chevenement dupont aignan tsipras

Faire bouger les lignes, c’est pas si facile. Ce n’est pas Jean-Pierre Chevènement, qui vous dira le contraire. Dimanche dernier, dans une interview au JDD, il annonçait la présence au colloque « Europe et souveraineté » qu’il organise le 26 septembre, de Jean-Luc Mélenchon, Arnaud Montebourg et Nicolas Dupont-Aignan.

Autres invités vedettes, Régis Debray et Michel Onfray, ainsi que le juriste Alain Supiot, professeur au Collège de France. Parmi ces six estimables personnalités, une vient de faire défection. Saurez-vous deviner laquelle ? Eh oui, vous avez gagné, c’est Jean-Luc Mélenchon !

Après avoir dans un premier temps assuré Jean-Pierre de sa présence, Jean-Luc a finalement fait marche arrière toute, ou plutôt, à gauche toute. Il n’a pas du tout apprécié que dans cette même interview au JDD, JPC ait déclaré que la France ne pourra pas « sortir de l’ornière » si « on ne rassemble pas les républicains des deux rives ».

Comme il l’explique dans une longue lettre ouverte, Mélenchon réprouve des alliances qu’il considère comme contre-nature et réitère son « refus complet d’être associé de quelque façon que ce soit à l’idée lourdement erronée à mes yeux de l’alliance des républicains des deux rives ».

En clair, il ne veut pas être pris en photo sur la même tribune que Nicolas Dupont-Aignan, qu’il accuse de mille misères dans la même bafouille : « Sais-tu qu’il s’est prononcé pour remettre en cause le droit du sol ? Devra-t-on discuter de sa proposition de choisir Marine Le Pen comme Premier ministre s’il était élu Président de la République ? Si respectable qu’il soit et si estimable que soit sa résistance aux pressions de son camp, il est à mes yeux bien ancré sur une rive où je ne veux pas aller. »

Alors, bien sûr, on pourra dauber sur le sectarisme avéré de JLM. On pourra aussi estimer que le leader du Parti de Gauche a finalement jugé que le temps n’était pas venu pour faire bouger les lignes.

À mon humble avis, c’est la deuxième hypothèse qui est la bonne. Après avoir pensé dans un premier temps qu’en démocratie, tout le monde avait le droit de confronter ses idées –ce qui est après tout la raison d’être d’un colloque- Méluche a finalement jugé qu’un selfie  avec NDA le grillerait à gauche de la gauche. Et de son point de vue, il a raison : l’accusation de pactiser avec « la droite de la droite » pourrait être fatale aux ambitions mélenchoniennes pour la présidentielle.

À mes yeux, ce n’est donc pas tant la pensée Mélenchon qui est en cause, mais l’arthrose idéologique qui cloue la gauche de gauche dans son fauteuil à œillères.

En Grèce, il y a six mois, Tsipras n’a pas hésité une seconde avant de constituer un gouvernement d’alliance avec des souverainistes de droite, antilaïcs graves de surcroît. En France, les correspondants des uns et des autres n’ont pas le droit de papoter dans un colloque sans risquer la crucifixion en « une » des Inrocks, de Libé ou de L’Huma

À mon avis, dans cette affaire, Mélenchon, patriote authentique, est moins coupable que victime. Opinion subjective, certes. Mais on ne m’empêchera pas de penser  qu’un type aussi germanophobe ne peut pas être foncièrement mauvais.

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : 00555414_000022.

P.S : Jean-Pierre Chevènement vient de répondre au niet de Mélenchon dans une lettre ouverte publiée sur son blog.

Daech : les Turcs filent-ils un mauvais coton?

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(Avec AFP) – Non contents de contrôler des champs de gaz et de pétrole, les djihadistes de l’Etat islamique ont mis la main sur la production syrienne de coton. Outre le pétrole et le blé des plaines céréalières, Deach a en effet pris le contrôle des « trois quarts de la production de coton », dont la Syrie était un exportateur relativement important avant la guerre, a indiqué à l’AFP Jean-Charles Brisard, spécialiste du financement du terrorisme.

Etant donné la proximité entre les zones administrées par l’EI et la Turquie, beaucoup craignent que des grossistes turcs utilisent du coton vendu à bas prix par Daech, avide de toute source de financement, et coutumier de la contrebande d’hydrocarbures et de pièces archéologiques. Or, selon des cotonniers syriens, l’EI envoyait jusqu’à très récemment en Turquie le coton non égrené (brut), cultivé dans la région de Raqqa et Deir ez-Zor (soit un tiers de la production syrienne). L’EI revend donc désormais le coton à des intermédiaires qui les transportent vers des centre d’égrenage, où est traité le coton brut, dans des régions tenues par le régime de Bachar Al-Assad, car l’égrenage, tout comme l’exportation, est monopole d’Etat en Syrie. Un petit business lucratif qui fait les choux gras des complotistes tenants d’une collusion entre Damas et Daech.

Bon, il semblerait que les grands groupes textiles européens soient particulièrement précautionneux quant à l’origine du coton qu’ils emploient. Pas de panique, donc : d’ici à ce que vos emplettes financent les étêteurs de Raqqa, de l’eau polluée sera passée sous les ponts de l’Euphrate.

En revanche, tandis que les forces spéciales américaines et l’aviation russe s’attaquent directement aux positions de l’E.I en Syrie, la Turquie n’a pilonné que quelques positions désertées par les djihadistes. Chez les spécialistes de la politique turque, il se dit qu’obsédé par le PKK et jouant son va-tout lors des prochaines élections, Erdogan file un mauvais coton…

L’asile pour tous, une histoire de fous

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asile migrants fn

asile migrants fn

On s’inquiète souvent que l’Europe ne fasse pas rêver les Européens. Qu’elle fasse rêver tant de monde à l’extérieur de ses frontières est finalement bien plus angoissant. À en croire les experts les plus sérieux, ils seront plus d’un million, cette année, à affluer vers les frontières de l’Union, venus de pays livrés à la guerre et à l’instabilité. Bien sûr, on peut se contenter d’avoir bon cœur, comme la patronne des Verts, Emmanuelle Cosse, qui ne comprend vraiment pas pourquoi un pays riche comme la France n’accueillerait pas tous ceux qui le souhaitent. Ou comme cette journaliste de BFM qui croyait terrasser Marine Le Pen en lui montrant un reportage sur un Africain répétant dans un langage châtié : « La France, c’est mon pays. » « Que voulez-vous lui dire, à cet homme ? » lança l’intervieweuse, convaincue que, face à un tel désir de France, on ne pouvait que s’incliner. « Eh bien, il faut lui dire que non, la France n’est pas son pays », répondit l’interviewée. Je vous l’accorde, ce n’est guère généreux d’assener un truc pareil à des malheureux qui bravent tant de risques parce qu’ils nous aiment (encore que s’ils nous connaissaient vraiment, peut-être qu’ils nous aimeraient moins).

Si les bons sentiments faisaient de la bonne politique, on le saurait. En réalité, en quelques décennies, la plupart des gens raisonnables (ce qui exclut pas mal de journalistes) ont admis la pertinence du théorème de Rocard – la France ne peut pas accueillir toute la misère du monde. Une fois à l’intérieur des frontières de l’Europe, les « migrants » qui ne cherchent à échapper « qu’à la pauvreté » sont des immigrés clandestins et il faut avoir le courage de leur signifier, aussi aimablement que possible, qu’ils sont indésirables. Angela Merkel a affirmé à plusieurs reprises que son pays refusait d’accueillir les « réfugiés économiques ». Certes, cela n’améliore pas l’image de sans-cœur de la dame de fer allemande, mais si ça se trouve, avoir bon cœur n’est pas ce que lui demandent ses concitoyens.

Seulement, aujourd’hui, ce n’est pas la misère du monde, mais le malheur du monde qui frappe à notre porte. Ce n’est pas la pauvreté, mais la guerre et les exactions commises par des régimes ou des rebelles aussi peu fréquentables les uns que les autres qui jettent sur les routes et sur les mers des milliers de familles fuyant la Syrie, l’Érythrée ou les territoires conquis par Daech. Quand ils parviennent dans nos pays, ceux-là deviennent des demandeurs d’asile qui ont toutes les chances d’obtenir un jour le statut de réfugié politique. Le droit d’asile ne relève pas seulement d’une longue tradition humanitaire qui fait de l’Europe et de la France une terre d’accueil pour ceux qui combattent la tyrannie, il est, comme son nom l’indique, un droit. Ouvert à « toute personne qui, craignant avec raison d’être persécutée du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un groupe social ou de ses opinions politiques, se trouve hors du pays dont elle a la nationalité et qui ne peut ou, du fait de cette crainte, ne veut se réclamer de la protection de ce pays ».

L’ennui, c’est qu’un quart de la population de la planète pourrait sans doute prétendre à ce statut – qui oblige le pays d’accueil à offrir des conditions de vie décentes aux candidats. Sous quel prétexte le refuserait-on aux femmes afghanes ou saoudiennes qui voudraient échapper à leur condition inférieure ? Et que ferait-on si les Coréens du Nord décidaient collectivement de fuir le régime ubuesque qui les asservit ? Danger certes fort théorique. De plus, affirment les partisans de l’ouverture à tout va, les réfugiés politiques repartiront quand la paix sera revenue chez eux. Il est permis d’en douter et c’est justement l’une des données du problème : que cela plaise ou non aux belles âmes, les peuples européens ont clairement montré qu’ils veulent en finir avec une immigration de peuplement que leurs sociétés fatiguées ne savent plus comment intégrer. Il ne suffira peut-être pas de leur expliquer que l’asile est un droit sacré pour qu’ils ouvrent leurs portes et leurs cœurs aux nouveaux arrivants.

Il y a dix ans, les néoconservateurs prétendaient construire par les armes un monde démocratique et pacifié. Cette chimère s’est fracassée sur le réel. Mais croire que nous pourrions, faute d’abattre les régimes tyranniques, soustraire les peuples à ces tyrannies, est une autre chimère, bien plus dangereuse encore. Y compris pour tous ceux à qui on fait miroiter une vie meilleure qu’on est incapable de leur offrir. La véritable générosité, parfois, c’est de dire non.

 

Cet article en accès libre est extrait de Causeur n°25.

guignols couverture causeur

Également en version numérique avec notre application :

*Photo : wikicommons.

Causeur n°27: Tchao Pantins!

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dieudonne guignols didier porte sloterdijk

dieudonne guignols didier porte sloterdijk

« Subversion en bande organisée » ! C’est sous ce qualificatif tordant que Philippe Muray moquait les bouffons postmodernes qui caressent l’époque dans le sens du poil. Reprenant le mot et à la chose à son compte, Elisabeth  Lévy ironise sur la descente en deuxième division des Guignols de l’Info. Pauvres petits pantins repêchés par les hommes politiques qu’ils prétendent brocarder, ces marionnettes unanimement saluées de Florian Philippot à François Hollande montrent que « les rebelles sont au pouvoir, les bouffons sont devenus rois, et on ne le voit pas », dixit notre chère directrice. L’humour France Inter et Canal+ forme la pointe avancée de cette « guignolisation des esprits » (Elisabeth Lévy) prenant pour cible des statues déboulonnées : l’Eglise catholique, Nadine Morano, les racistes, etc. Un « gloussement unique » ce que la pensée du même nom est au débat, détaille Alain Finkielkraut, dans une tribune enlevée. « Leur rire est sur les rails. Il ne dénonce rien de ce qui mérite d’être dénoncé. Il est l’ami indéfectible du désastre (…) Il accompagne docilement tous les processus en cours », écrit-il de ces amuseurs.

Pas facile de pratiquer l’humour corrosif à l’abri des facilités. Le barde génial Didier Super me certifie que la subversion se paie au prix de la marginalité : intermittent du spectacle, il canarde antifas et militants de tous bords, fussent-ils antiracistes, mais fait frémir certains directeurs de festival. « Prêt à jouer partout où il y a des pauvres cons » (et cela fait beaucoup !), le camarade Super estime qu’un Desproges aurait du mal à percer aujourd’hui tant notre seuil de tolérance à la provocation s’est abaissé. Equanime, Didier raille autant les prêtres catholiques que le Coran, la CGT que le FN, ce qui ne laisse pas de dérouter ses fans punkachiens ou skinheads ! Un poil moins bravache, le chronique radio Didier Porte assure à Pascal Bories que l’humour est ontologiquement de droite, puisqu’il consiste à tirer sur les faibles. Faire œuvre de comique de gauche relèverait donc de la gageure, surtout lorsqu’il s’agit de soutenir Mélenchon sur une radio de droite.

Vous suivez toujours ? Sans rire, Olivier Malnuit nous confesse sa passion coupable pour les sketches de Dieudonné, qu’il visionne devant son écran, avec la contrition du notable de province allant au bordel le dimanche. Le pire chez cet antisémite patenté, c’est qu’il est toujours aussi drôle, dixit son ancien complice Elie Semoun. Patrick Mandon ne peut en dire autant de Charlie Hebdo qui, toute compassion mise à part, a depuis longtemps tordu le cou à l’esprit de Hara-Kiri. Cavanna et Choron, flanqués de Cabu, Wolinski et quelques autres enchantaient la jeunesse des années 1960 et 1970, là où leurs lointains descendants se contentent de combattre un fascisme introuvable. Hélas, le seul acte de bravoure du Charlie époque Val coûta la vie à Charb et ses amis, mais il paraît qu’on ne les y reprendra plus…

Pour la rentrée, ce numéro atomique passe d’un sujet d’actualité l’autre, de l’accord sur le nucléaire iranien, que le géostratège Bruno Tertrais étrille point par point, à la situation grecque. Chacun dans leur registre, Jean-Luc Gréau et Jérôme Leroy reviennent ainsi sur le feuilleton hellène de l’été : le premier avance que l’énième plan d’aide à Athènes ne résoudra rien à la crise de l’euro, le second en vacances dans les îles a recueilli les témoignages de ses hôtes dans un carnet de bord inédit. Par entretien interposé, philosophe allemand Peter Sloterdijk leur répond que Berlin n’exerce aucune domination sur l’Europe. En amoureux de la France, cet intellectuel regrette notre tendance dépressive à « l’auto-empoisonnement », lors même que nous continuons à nous croire une grande puissance.

Niveau arrogance, le pays des trois cents fromages n’est pas en reste. La fine bouche Henri de Saint Hubert déroge à la règle de sa corporation en nous proposant une « autocritique gastronomique » fort goûtue. Dressez, le repas est prêt !

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Houellebecq ne s’est pas couché

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Laurent Ruquier, l’homo festivus par excellence, avait réuni sur son plateau samedi soir un chroniqueur qui incarne l’Intelligence, Yann Moix, et une caricature de la femme bien- pensante, Léa Salamé. On comprenait difficilement ce que tentait d’exprimer le premier et trop facilement hélas les éléments de langage de la seconde. On avait déjà oublié Aymeric Caron, le méchant de service, reconverti dans la pâtisserie, la meilleure des thérapies pour l’adoucir et éviter que ses bouffées paranoïaques ne le rendent définitivement infréquentable.

On reconnaissait sur le plateau Christine Angot toujours aussi meurtrie même si certains la trouvent apaisée et sereine, ce qui n’est jamais un bon signe pour un écrivain. Il était question de son papa et de sa maman, deux mots à proscrire à la télévision. Il semblerait que la mère comme la fille aient été des victimes,  ce qui est d’ordinaire le lot des femmes, mais que nos sociétés si compassionnelles  et féminisées à outrance ont de plus en plus de peine à admettre. Tout le monde prit en pitié Christine  (il lui faut de l’amour à cette petite ) qui, par ailleurs, écrit bien. Elle refusa pour d’obscures raisons de croiser Michel Houellebecq qui expliqua à juste titre qu’un livre ne naît pas d’expériences, heureuses ou malheureuses, mais d’autres livres. Il jugea sévèrement une journaliste du Monde qui avait, la malheureuse, pris le risque de le portraiturer. Il donna l’impression bizarre pour un mec de sa trempe d’accorder une valeur insigne à sa personne. Mais bref, il arrive que la gloire vous monte à la tête comme un mauvais vin.

En revanche, sur l’islamisation de la France, non seulement il ne recula pas, mais tout en gardant un sourire ironique, reconnut que le scénario d’un califat modéré lui semblait peu probable  (je rappelle que c’est le sujet de son dernier roman Soumission) et que ce que décrit l’écrivain algérien Boualem Sansal dans 2084 (Gallimard) est beaucoup plus vraisemblable. Laurent Ruquier lui avoua qu’il avait lu Soumission au troisième degré et qu’il s’était beaucoup amusé. Savoir que Laurent Ruquier trouve toujours de multiples raisons de s’amuser nous a beaucoup rassurés. Un peu d’émotion, quelques vannes et des fous rires, le peuple n’en demande guère plus.

Soumission

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Ukraine : J’aime Valentina Lisitsa

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valentina klm ukraine

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La célèbre pianiste d’origine ukrainienne Valentina Lisitsa a été bannie des programmes de divertissement à bord de KLM à la suite de la plainte d’une nationaliste ukrainienne agissant sous un nom d’emprunt. Sa dénonciatrice, Inna Thorn (Platonova), s’est par la suite vantée de son exploit sur le site de l’Euromaidan.

La compagnie néerlandaise a donc biffé Lisitsa sans même la contacter. On peut lire ici le communiqué hypocrite des relations publiques de KLM, rappelant que la compagnie « porte encore le deuil des innombrables vies innocentes perdues à bord du vol MH17 », sous-entendant que Valentina Lisitsa, en allant se produire à Donetsk et en soutenant les rebelles du Donbass, a du même coup glorifié ou approuvé les meurtriers du vol MH17, où ont péri de nombreux citoyens hollandais.

KLM a donc décidé cette censure alors même qu’elle ignore qui a abattu l’avion malais. Sa tartufferie est d’autant plus écoeurante qu’on sait la réticence des autorités néerlandaises à publier les conclusions de leur propre commission d’enquête sur ce crime.

Le comportement de KLM n’est pas seulement honteux, lâche et ignoble. Il dénote aussi l’emprise d’une mentalité agressivement totalitaire sur le mode de pensée occidental. A-t-on vu quiconque en Occident censurer, boycotter ou évincer un enragé ukrainien pour ses propos xénophobes, racistes ou nazis sur les Russes (tel le ministre-polichinelle otanien Yatseniouk, qui les a traités de «sous-hommes» avec la bénédiction de la porte-parole du Département d’Etat américain en personne)? Jamais de la vie! Et verra-t-on une compagnie aérienne — comme le souligne S. Trifković — censurer les enregistrements de Herbert von Karajan, qui fut le grand kappelmeister de l’Allemagne hitlérienne?

Pourquoi donc KLM a-t-elle obéi avec autant d’empressement à une dénonciation aussi partiale, marginale et politiquement orientée? Pour ses prises de position audacieuses en faveur des Russes d’Ukraine, Lisitsa a subi des représailles encore bien plus graves, comme d’être boycottée par l’orchestre symphonique de Toronto. C’est une personnalité magnifique et une interprète de classe mondiale. Elle était de plus politiquement « vierge » jusqu’au coup d’Etat ukrainien. L’engagement public de cette artiste vivant au Canada est dévastateur pour le conte de fées en noir et blanc diffusé en Occident au sujet des gentils démocrates de Maïdan et des méchants envahisseurs russes. Et si elle avait pris les positions qui sont les siennes non pas en dépit mais bien à cause de sa culture, de son talent et de sa sensibilité?

Après avoir imposé un embargo arbitraire et total contre la Serbie en 1992, les Etats-Unis et leurs satellites sont allés jusqu’à interdire toute rencontre internationale à la Fédération serbe des joueurs d’échecs aveugles! Pendant ce temps, leurs propres Gurkhas dans la région avaient carte blanche pour agiter leurs étendards fascistes ou islamistes en toute liberté. Le même filtre se met en place en Ukraine. En matraquant la Russie et les Ukrainiens opposés à l’Euromaïdan, l’Occident protège la renaissance d’une idéologie brutalement régressive qui définit l’identité de cette nation exclusivement par la haine de ses voisins.

De toutes les graines que l’Occident a prétendu semer et arroser en Europe de l’Est et au Moyen-Orient ce dernier quart de siècle, la haine aura été la seule semence fiable. Elle a même envahi la cabane du jardinier. On a commencé par exporter la démocratie, on a fini par importer le totalitarisme.

Que pouvons-nous faire pour enrayer cette spirale de la haine? Le tort commercial semble être l’arme la plus redoutée du totalitarisme de marché occidental. Je recommande donc de diffuser et de marteler les hashtags #boycottKLM et #ILikeValentinaLisitsa jusqu’à ce qu’Air-Tartuffe comprenne qu’il est plus rentable d’être agréable avec les gens civilisés qu’avec les enragés de la guerre civile ukrainienne.

PS : Pour illustration, cet échange cocasse avec les crétins des RP de KLM.

klm ukraine facebook

*Photo : wikicommons.

Egypte : L’ennemi intérieur

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egypte sissi freres musulmans

egypte sissi freres musulmans

Retrouvez la première partie de ce journal ici.

11 juillet- Très tôt le matin, à 6h20, je suis réveillé par une explosion qui fait trembler mon immeuble. Impressionnant. Je sors au balcon, la rue est calme, rien… sauf des gens au balcon, qui regardent, comme moi, dans tous les sens. Sur Twitter, il se dit que la cible est le consulat d’Italie et qu’il y a un mort, un jeune vendeur ambulant. Une vie de prise. Bon, six heures vingt du matin un samedi, les terroristes ne voulaient tuer personne.

On pense que vivre dans une ville où une bombe peut vous faucher est traumatique. Ce n’est pas vrai, tant que vous ne voyez pas la scène. Je fais partie de ceux qui ne peuvent éviter le métro ou les lieux stratégiques – je passe devant le consulat italien une fois par semaine, je vais souvent au siège du groupe de presse étatique Al-Ahram, je fréquente des cafés où l’on sert de l’alcool, autant de cibles potentielles. La ruelle où je vis grouille de flics, dont la présence multiplie par cent les risques d’attentat. Une bombe y a explosé il y a quelques mois. En fait, vous vivez sans penser aux risques. Il n’y a pas de mesures de précaution à prendre. La seule lutte qu’on a des chances de gagner, c’est celle que l’on mène contre l’oubli du sang versé ou contre la joie mauvaise quand vos ennemis se plantent. Et encore…

12 juillet- 5 août : Vivre dans un pays où un compatriote sur dix, ou sur quinze, est un ennemi. Vous le côtoyez, vous lui parlez, vous échangez, vos relations sont courtoises, mais il est votre ennemi. Il y a entre vous une rivière infranchissable de sang versé. Vous avez vos torts. Mais dans le projet de société que vous défendez, il a sa place, alors que vous n’en avez aucune dans le sien. J’en parle avec un des plus brillants esprits du pays, l’historien Shérif Younis, qui a passé sa vie à retracer la généalogie et à déconstruire les discours nationalistes et leurs concurrents islamistes, à souligner leurs potentialités destructrices. Certes, le discours nationaliste ne vous aime pas, mais il vous fait de la place. Les militaires ont tendance à vous prendre pour des mineurs ne saisissant pas l’ampleur des défis et la gravité des enjeux, mais vous pouvez leur prouver le contraire tout en les critiquant. Avec les islamistes, toute discussion est impossible – comment discuter avec quelqu’un dont la vision du monde est structurée par la théorie du complot, par le récit d’une lutte à mort d’une petite élite sainte contre le Démon qui manipule le reste des êtres, un récit qui invente un monde surréaliste, où l’histoire, l’ancienne et celle qui s’écrit au quotidien, est falsifiée tous les jours ? Le divorce entre la confrérie des Frères musulmans et le peuple égyptien est dur et durera.

Dans le monde de la recherche et de la presse égyptiennes, j’ai une demi douzaine d’amis. Cela fait longtemps que je ne les ai pas vus. Notre cantine, le café Riche, a fermé pendant quelques mois, à la suite du décès de son propriétaire. Puis le mois de Ramadan est advenu. Vers le 24 juillet, je recommence à les revoir. Polémiques sur l’accord « iranien ». Il va avoir un énorme impact sur la société iranienne, reste à savoir lequel. Échanges anxieux d’informations sur l’état des relations avec l’Arabie Saoudite : elles sont moins fluides. Non, Le Caire et Riyad ne peuvent s’offrir le luxe d’un divorce. Pourquoi pas la formule « aucun différend n’est porté sur la place publique, éviter les mauvaises surprises et donc informer l’autre de ce qu’on va faire ». Discussions sur la situation dans le Nord Sinaï. Cela durera encore quelque temps.

4-6 août. Inauguration du Canal. Le régime savoure son triomphe, organise sa grand messe. Au mieux, c’est « César offrant au peuple du pain et des BTP ». Au pis, un cérémonial fascisant. Mais le peuple cairote est heureux et participe. Oui, nous l’avons financé, nous l’avons creusé, oui nous emmerdons les Frères et les bien-pensants des pays occidentaux. Le régime s’autocélèbre, le peuple aussi. Parfois ensemble, parfois séparément. Ce soir-là, la place Tahrir ne désemplit pas. Majorité et régime se partagent le même bouc émissaire sur Facebook : les islamistes et les « grincheux » – les ni-ni qui sont dans la dénonciation permanente.

6-20 août. Les cercles diplomatiques sont satisfaits car les Etats-Unis ont livré les F16 avant la tenue du « dialogue stratégique » entre les deux pays. Sur la Syrie, les positions égyptiennes et américaines sont proches. Mais l’Égypte aimerait une prise de position plus ferme sur le terrorisme. Dans la rue, l’agitation sociale reprend – des milliers de fonctionnaires manifestent contre le nouveau statut de la fonction publique.

Je n’ai pas parlé du 14 août. Il y a deux ans, les forces de l’ordre dispersaient le sit-in de Rab’a, faisant environ mille morts. Ce 14 août 2015, les Frères ne réussissent pas à mobiliser. En 2013, le sit-in était composé d’une écrasante majorité de pacifiques et d’une  minorité de miliciens armés. La direction frère et ses composantes extrémistes avaient délibérément joué la politique du pire. Les miliciens frères avaient ouvert le feu en premier. Mais mille morts ! Ce 14 août 2015, le régime multiplie les fuites pour relater l’échec des négociations qui précèdent Rab’a et la responsabilité des islamistes. Sa commission d’enquête vient de publier son rapport et il est de bonne facture. Mais mille morts… ! La population cairote ne supportait plus ce sit-in de quarante jours, les appels au meurtre qui émanaient des chefs, la reprise des attentats mortels dans le Sinaï, ouvertement bénis par la direction frère, les opérations coups de poing au Caire. Mais mille morts ! Ils sont encore là, parmi nous.

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : AP21758460_000046.

Fabius et la crise migratoire: comment peut-on être Orban?

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fabius orban hongrie migrants

fabius orban hongrie migrants

«Quand je vois un certain nombre de pays d’Europe qui n’acceptent pas les contingents, je trouve ça scandaleux», a déclaré, dimanche, Laurent Fabius. Selon notre ministre des Affaires étrangères, la Hongrie construit « scandaleusement » à la hâte un grillage de barbelés face à une Serbie qui fait tout pour renvoyer vers le nord ses migrants. «La Hongrie fait partie de l’Europe, l’Europe a des valeurs, et on ne respecte pas ces valeurs en posant des grillages» a poursuivi le patron du quai d’Orsay.

La Hongrie fait partie de l’Europe comme la France et il lui appartient autant qu’à elle de définir les valeurs de l’Europe. Mais Laurent Fabius, dans la plus pure tradition française, parle au nom des autres. Comment peut-on être hongrois? Il n’y a que l’Europe aujourd’hui qui vaille, une Europe qui tourne le dos aux nations qui la constituent. Le successeur d’Aristide Briand et de Claude Cheysson souhaite une « diplomatie de gauche » et nous prêche les valeurs anti-grillage de l’Europe. En réalité, ces valeurs sont moins européennes qu’universelles, celle d’un village global où seule la solidarité et le bonheur régneraient. Formidable de naïveté et d’irresponsabilité! À quand un campement du DAL dans les locaux du ministère? Rarement notre brillant chef de la diplomatie n’aura sombré dans un idéalisme aussi béat.

Avec Schengen, on croit devoir ne plus contrôler nos frontières intérieures (ce qui est inexact). Et l’on vit dans l’illusion que les pays frontaliers de cet espace ne sont pas tenus de contrôler les frontières extérieures de l’Union. Partant, leurs gouvernements sont sommés d’ouvrir grandes les portes. Pourtant, la possibilité même de l’ouverture à l’intérieur des frontières de Schengen dépend de la perméabilité de cet espace, sans quoi l’accord est nul. La Bulgarie, l’Espagne et la Grèce l’ont bien compris en érigeant des clôtures à leurs frontières sans que Fabius ne s’en émeuve. Quand les forces de l’ordre françaises ont fermé la frontière franco-italienne à Vintimille, le Quai d’orsay n’a pas manifesté son horreur et son émotion. Pas plus lorsqu’il s’est agi à Calais d’empêcher ces malheureux de rejoindre illégalement l’Angleterre.

La maîtrise de l’immigration illégale, qui passe (ô malheur) par un grillage, est aussi la condition d’une assimilation décente et digne des migrants réguliers et des réfugiés. Le rideau de fer hongrois rappelle sans doute de mauvais souvenirs aux courageux socialistes qui se sont élevés contre l’enfermement soviétique. Mais il n’est pas question ici d’empêcher les Européens de sortir, seulement de protéger leur mode de vie et l’Etat de droit. Aux États-Unis, en Inde et dans bien d’autres parties du monde, une frontière qui filtre les entrées est le meilleur moyen de lutter contre les réseaux de passeurs et d’éviter les tragédies comme celle qui a touchée un camion réfrigéré en Autriche.

Si la frontière entre l’Autriche et la Hongrie avait été mieux suivie, peut être aurait-on pu épargner plus de 70 vies. C’est d’ailleurs la police hongroise qui a interpellé les passeurs. L’Autriche vient tout juste de remettre ses douaniers au travail. Un fait qui a sans doute échappé à Laurent Fabius.

*Photo: Numéro de reportage : 00680207_000029