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Impasse Laurent Fabius

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La politique étrangère de la France ne se décide pas qu’au quai d’Orsay. Sous la Ve République, elle prend aussi sa source à l’Elysée parmi les conseillers diplomatiques du président de la République. Mais tous les observateurs s’accordent à considérer que Laurent Fabius, du fait de son expérience et de son ancienneté dans les hautes fonctions de l’Etat, y exerce une influence décisive. Force est de constater que son inspiration est néfaste et nuit gravement à la crédibilité internationale de la France, car elle nous a conduit dans trois impasses.

L’impasse de la politique syrienne, tout d’abord. Malgré la tension et les désaccords de fond qui séparent Washington et Moscou, Vladimir Poutine vient de renouer le dialogue avec Barack Obama en s’entretenant longuement avec lui sur la question syrienne. Même si l’administration américaine marque encore ses divergences avec la volonté affichée par la Russie de sauver le régime de Bachar Al-Assad, il est clair que la position américaine évolue d’heure en heure vers une coordination avec la Russie sur le terrain pour engager le fer contre Daech. Tous les experts militaires reconnaissent d’ailleurs que cette coordination implique le ministère de la Défense syrien pour réserver des couloirs aériens aux avions qui bombardent les positions de l’Etat islamique en Syrie.

Dès son entrée au quai d’Orsay en 2012, Laurent Fabius n’a eu de cesse d’inviter les Occidentaux à former une coalition pour mettre à bas le régime baasiste de Damas. Sur toutes les ondes ou sur tous les plateaux télévisés Laurent Fabius a dressé le portrait de l’abomination des abominations sans vouloir voir que les rebelles qui étaient en train de ruiner le pays étaient pour beaucoup d’entre eux des djihadistes forcenés qui voulaient instaurer un régime bien pire que celui d’Assad. L’appel à la mobilisation de Fabius atteignit en 2013 un tel paroxysme qu’on peut même considérer qu’il tient une part de responsabilité très élevée dans le départ de plusieurs centaines de jeunes Français pour le djihad.

Dans l’affaire syrienne, il serait un peu rapide de taxer la politique fabiusienne d’atlantiste, car les Américains échaudés par les erreurs commises en Irak se montrèrent, dès le début, beaucoup plus prudents que lui. Mais Fabius était sans doute plus bushiste que les Américains eux-mêmes en renouant avec une politique néo-conservatrice qui entend lutter contre le mal partout où il se trouve quels que soient les dégâts que cela peut causer en termes de vies humaines (près de 600 000 morts en Irak) ou en termes de chaos politique et économique. Les désastres de l’intervention libyenne qui étaient encore tout chauds ne lui avaient rien appris.

Laurent Fabius a donc passé toutes ces dernières années à défendre une politique qui tourne ostensiblement le dos à la realpolitik. Et la réalité se venge aujourd’hui en lui rappelant quelques évidences qu’un enfant de cinq ans comprendrait : on ne lutte pas contre un ennemi implacable (Daech) en affaiblissant ceux qui luttent aussi contre cet ennemi sur le terrain (alors qu’on est soit même dans l’incapacité d’engager des forces conséquentes pour lutter contre cet ennemi) – on n’achève pas de détruire un Etat quand les dernières élites éclairées d’un pays résistent tant bien que mal à l’instauration d’un ordre obscurantiste. Mais Laurent Fabius a usé de son autorité auprès de François Hollande (sans doute était-il consentant) pour maintenir coûte que coûte cette ligne absurde. Nous apprenons d’ailleurs ce matin que sur la base d’un dossier constitué par le quai d’Orsay, le parquet engage des poursuites contre Bachar Al-Assad pour crime de guerre. C’est la fuite en avant dans une impasse : aujourd’hui la France, lâchée par l’Allemagne, est la seule à faire du départ de Bachar Al-Assad un préalable à l’engagement massif d’une coalition contre Daech. Et la situation devient pourtant urgente : si la Syrie tombe, combien de temps faudra-t-il pour que le Liban s’embrase à son tour et que nous voyions déferler en Europe des millions de réfugiés ? Et quelles conséquences funestes faut-il imaginer si un Etat dirigé par des fous furieux menace Israël  sur sa frontière nord et est ? Sans doute fallait-il la sagesse d’un autre ministre socialiste pour rappeler à Laurent Fabius le sens des réalités : hier sur France Inter, Hubert Védrine lui a rappelé que pour abattre Hitler, il avait fallu s’allier avec Staline. À bon entendeur…

L’autre impasse de Fabius est corollaire à la première. Elle concerne la Russie. Par incapacité de mesurer le poids des réalités historiques dans la situation ukrainienne, Laurent Fabius s’est fait l’agent constant de l’hégémonie américaine sur l’Europe de l’est. L’affaire des Mistral a montré à quel point la politique étrangère élaborée au quai d’Orsay nous a conduit dans une voie sans issue : un ultimatum lancé à la Russie, sans définir de critères politiques précis et lisibles (il ne lui a pas été demandé d’évacuer la Crimée, mais seulement de changer d’attitude au Donbass ce qui constitue un objectif flou et difficilement mesurable), ni même sans lui offrir de porte de sortie honorable. Il devait arriver ce qui est arrivé, notre diplomatie s’est ridiculisée : aujourd’hui Vladimir Poutine est à New York et discute en tête à tête avec Obama alors que ce dernier a demandé à la France de tenir tête à Poutine. Et Angela Merkel réclame la levée des sanctions vis-à-vis de la Russie.

Si la France avait encore une politique étrangère digne de ce nom, Poutine ne serait pas à New York, mais à Paris et Obama serait venu l’y rejoindre. Car la France a toujours su jouer par le passé le rôle de pont entre l’est et l’ouest. Notre diplomatie n’a jamais rien eu à gagner à nous aligner sur Washington. Au contraire, à chaque fois que nous avons montré aux Américains que nous savions leur résister quand ils commettaient des erreurs (et Dieu sait qu’ils en commettent souvent), nous leur étions utiles pour les aider à les réparer.

Mais pour pouvoir résister aux Américains, encore faut-il en avoir les moyens. Le retour complet et sans condition de la France dans l’Otan n’est pas du fait de Fabius mais de Juppé et Sarkozy. Il a pourtant adoubé cette politique et nous en payons aujourd’hui le prix. Nous sommes redevenus dépendants des Américains pour des pans entiers de notre politique : compte tenu des territoires d’opérations sur lesquels nous sommes engagés à budget réduit, il est devenu illusoire de résister aux injonctions du Département d’Etat. Comment refuser de mettre un ultimatum sur la vente nos Mistral à la Russie quand nous dépendons de la couverture satellitaire américaine au Mali ou en Libye. Après avoir vendu Alstom à General Electric, il ne sera même plus possible de construire un Mistral sans demander l’accord de Washington car les turbines qui l’équipent sont devenues des brevets américains.

Laurent Fabius aura conduit la France dans deux impasses stratégiques : une perte de crédibilité totale de notre position au Levant et un divorce prononcé avec la Russie qui nous vaut aujourd’hui son dédain – ce qui est sans doute encore plus grave encore que son hostilité. Dans les deux grandes affaires diplomatiques qui structurent ce début de siècle, le basculement du Moyen-Orient dans le chaos et la déstabilisation de l’Europe de l’Est, la position de la France est affaiblie comme elle ne l’a plus été depuis la dernière guerre mondiale. L’irénisme de notre politique étrangère pourrait au moins nous valoir les éloges des bonnes âmes. Mais même pas : la politique migratoire de la France ne nous attire que sarcasmes et mépris.

C’est la troisième impasse dont nous ne sommes pas prêts de sortir. Nous devrions être accueillants sur la forme mais fermes sur les principes. Au lieu de quoi nous nous montrons très frileux sur l’accueil que nous pourrions réserver aux réfugiés tout en étant pusillanimes sur les principes qui régissent le contrôle des frontières externes de la zone Schengen. Et la France, qui s’est honorée par le passé en accueillant les réfugiés arméniens ou espagnols, est montrée du doigt parce qu’elle n’accueille pas assez de réfugiés qui ont franchi la frontière hongroise, frontière dont nous dénonçons par ailleurs la gestion trop dure par le gouvernement hongrois.

Il est temps pour François Hollande de constater que Laurent Fabius n’est plus à sa place au quai d’Orsay. Si tant est qu’il ne l’ait jamais été.  Il paraît qu’il pourrait lui proposer la présidence du Conseil constitutionnel. Ce serait une porte de sortie honorable. Trop honorable sans doute pour celui qui aura ruiné pour de longues années la crédibilité de la France dans le concert des nations.

*Photo : Medef.

Contrats d’avenir : aide-toi, l’Etat t’aidera

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François Hollande misait dessus pour sauver les vieux et les jeunes, c’est-à-dire les tranches de la population les plus touchées par le chômage. Il en avait même fait un engagement de campagne. Rappelez-vous, c’était la piste numéro 33 : « Je proposerai un contrat de génération pour permettre l’embauche par les entreprises, en contrat à durée indéterminée, de jeunes, accompagnés par un salarié plus expérimenté, qui sera ainsi maintenu dans l’emploi jusqu’à son départ à la retraite. Ce « tutorat » permettra de préserver des savoir-faire et d’intégrer durablement les jeunes dans la vie professionnelle. » À sa sortie, le hit avait bien fonctionné. À l’heure des comptes, le bilan est déplorable.

Le 20 septembre, soit deux ans et demi après sa création, seulement 51.768 contrats ont été signés contre les 75.000 annoncés pour une seule année. Pire encore, les jeunes qui ont signé un CDI avec le contrat de génération auraient « de toute manière été embauchés » pointe Eric Heyer, de l’Observatoire français des conjonctures économiques. Conclusion : « On subventionne des emplois qui auraient été créés », avec l’argent du contribuable. Pour sa défense, le ministère du travail préfère couler son propre navire : « On n’a jamais imaginé qu’avec une aide de 4.000 euros par an, on allait créer de nouveaux postes que les employeurs n’auraient pas créés sans l’aide. »

L’engagement 33 n’a donc rien à voir avec la stabilisation des chiffres du chômage chez les jeunes. La preuve, avec le fonctionnement du tutorat jeune-senior, la courbe des chômeurs de plus de 60 ans auraient dû s’aligner sur celle des jeunes or elle n’a pas cessé de grimper (entre 28% selon l’Insee et 45% selon Pôle emploi). Au cabinet de Myriam El Khomri, on arrive quand même à s’enthousiasmer : « Cela a permis de mettre en place, dans les entreprises, une réflexion sur la gestion des âges, la gestion prévisionnelle des emplois et compétences, les conditions de travail des seniors. » À défaut de faire embaucher les entreprises, la mesure a permis de les faire cogiter, youpi !

L’argumentation serait complétement bidon si elle ne permettait pas, en douce, de rediriger le curseur de la responsabilité sur les entreprises « qui n’embauchent pas assez ». Ah, qu’est-ce que la gauche ferait sans elles ?

 

Faire suer le burn-out?

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harcelement travail justice

Il arrive au citoyen juriste d’être asphyxié par l’air du temps. D’étouffer sous la bêtise ambiante. D’être surtout effrayé par un système judiciaire lui-même intoxiqué par une pensée unique capable de broyer les individus. Le citoyen juriste qui signe cet article n’est pas le plus mal placé pour affirmer, par exemple, que la pénalisation de l’infraction de harcèlement au travail a entraîné une inflation de plaintes judiciaires de nature à paralyser des tribunaux correctionnels déjà largement inertes. Avant cette pénalisation, qui a ravi les syndicats, le comportement incriminé – dont il n’est pas question de nier l’existence – était sanctionné par la justice prud’homale, et c’était très bien ainsi.

La création du délit pénal de harcèlement est d’autant plus malvenue que sa définition est évanescente, vague, floue, cotonneuse et que la preuve du comportement dénoncé en est d’autant plus difficile à apporter. Ajoutez à cela que la CGT, dont on connaît l’esprit de tempérance, en a fait un cheval de bataille publicitaire et un fonds de commerce financier, et vous comprendrez pourquoi une foultitude de procédures lourdes et inquiétantes encombrent les chambres correctionnelles.

Parmi celles-ci et à côté d’affaires sérieuses, on trouve des dossiers montés de toutes pièces par des petits malins, syndicalistes ou non, qui n’hésitent pas à alléguer des tentatives de suicide imaginaires ou des arrêts de travail à répétition pour cause de dépression, avalisés et cautionnés par des médecins ou des inspecteurs du travail militants ou naïfs.[access capability= »lire_inedits »]

Dans ce cadre chicanier, et à côté des roublards, on trouve également des malheureux de bonne foi qu’on a réussi à persuader de leur détresse et, plus encore, de la responsabilité du patron dans celle-ci. Car rien n’est plus facile, dans notre système psycho-médiatisé à outrance, boulimique de stéréotypes, que de convaincre quelqu’un de faible qu’il est victime de la méchanceté du salaud de service.

Pour illustrer notre propos d’un seul exemple entre mille, nous pourrions citer cette cliente, responsable d’une école supérieure privée du nord de la France, dont la vie fut gâchée durant des années pour s’être vu reprocher le suicide d’une subordonnée dans lequel elle n’était strictement pour rien. Garde à vue musclée, campagne médiatique des journaux bien-pensants et des télés suivistes, matraquage cégétiste. Relaxe devant le tribunal correctionnel. Appel à la demande du parquet et de la partie civile qui s’en remit publiquement à l’intervention de Mme Taubira. Nouvelle relaxe devant la cour d’appel. Retournement du journal régional, bien à gauche, autrefois prévenu contre elle. La crucifiée ressuscitée deux fois croyait son chemin de calvaire achevé. Coupable naïveté : un an plus tard, France Culture, ignorant avec superbe les décisions judiciaires définitivement intervenues, refaisait le match comme si de rien n’était. Mais cette fois, une seule équipe sur le terrain : interview complaisante et larmoyante des accusateurs. Pas un mot pour la relaxée, pas même avertie du procès radiophonique diligenté par contumace. Affaire en cours…

C’est donc dans ce contexte idéologique, médiatique et victimaire particulier que, dans un domaine très voisin, Benoît Hamon aura tenté de faire porter le chapeau financier du « burn out » à des entreprises françaises au bord de la dépression. Quand un mot n’a pas de traduction véritable dans sa langue vernaculaire, c’est que sa signification n’est rien moins que claire. Personne ne connaît l’origine du big bang, idem pour celle de « l’épuisement professionnel », dont le mystérieux syndrome touche d’ailleurs davantage les dirigeants que les employés. Qu’importe à M. Hamon, celui-ci a voulu en faire une maladie professionnelle rien que pour faire bisquer les patrons et jouir sans entrave les syndicats marxisants… Sauf que cette maladie psychique multiforme et pluricausale n’est pas professionnelle, ou pas exclusivement professionnelle. Fort heureusement, et malgré son désir de ne pas désespérer la gauche de la gauche, le sage M. Rebsamen est resté droit.

Mais c’est encore une fois dans le domaine sexuel que les harceleurs harassants du harcèlement donnent toute la mesure de leur démesure.

Pour illustrer son propos plaisamment, et dans la rubrique « mieux vaut en rire », le citoyen juriste propose une promenade guidée à l’intérieur du « plan national de lutte contre le harcèlement sexiste et les violences sexuelles dans les transports en commun » présenté le 9 juillet dernier par une Mme la secrétaire d’État Pascale Boistard, qui mériterait d’être mieux connue.

Mais, avant cette visite récréative, arrêtons-nous à la lettre de saisine de ce rapport. Adressée le 16 juillet par la précitée et Mme Touraine à la présidence du Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes, elle vise exclusivement « le harcèlement sexiste auquel les femmes doivent faire face dans l’espace public ». Il se trouve qu’une étude dans le métro new-yorkais datée de 2014 tend à démontrer que 25 % des victimes de harcèlement sont de sexe masculin (« Stop Street Harassment », Wikipédia). Sauf à penser qu’il s’agit d’une spécificité américaine, les hommes sont également des harcelés, ce chiffre rejoignant au demeurant les statistiques françaises en matière de violence conjugale, ce qui déplaît souverainement à des associations féministes bien en cour, comme « Osez le féminisme ! », qui a participé aux travaux du flamboyant rapport.

Il est donc assez cocasse, mais significatif, hélas, que l’impasse totale sur la douleur masculine soit faite précisément sous l’égide du Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes…

Pourtant, un quart, pour ne pas être tout, c’est loin de n’être rien…

Mais trêve de ruminations, parcourons un texte qui se propose de signaler au parquet pénal, au minimum pour un rappel à la loi, les comportements déviants suivants commis donc exclusivement par des hommes :

– Le « sifflement » : première cause d’embarras juridique. Il enchante les oreilles de Sophie de Menthon, mais exaspère celles de Sophia Aram. Quelle oreille écouter ? Et surtout quel siffleur ? Entre le gentil peintre italien juché sur son échelle qui sifflote d’admiration bienveillante au passage d’une élégante et le sifflet narquois et agressif de deux cailleras frustrées, allez ensuite souffler tout ça dans le cornet acoustique d’un procureur sourd à la subtile nuance.

– Les « commentaires sur le physique ou la tenue vestimentaire ». Voilà qui rappellera à d’aucuns la fameuse pétition signée et publiée par certaines journalistes politiques dans Libération se plaignant du comportement des hommes politiques, en ce compris leurs compliments, à laquelle le citoyen juriste avait fait un sort dans Le Figaro. Le même, dans le même journal, avait confessé piteusement s’être laissé aller, mais il y a prescription, à trousser par beau temps un compliment gratuit à l’une pour une face avenante, à l’autre pour une jupe seyante. Pour tenter d’obtenir l’indulgence publique, le repentant assurait n’avoir jamais espéré recevoir le moindre retour sur un investissement verbal purement désintéressé. Sinon peut-être un sourire. Pour en revenir à la fameuse pétition journalistique, le citoyen juriste avait notamment fait remarquer, non sans gêne pour son immodestie, qu’il avait pu lui arriver de recevoir quelques compliments d’une journaliste pour sa mise ou sa coupe de cheveux et qu’il y avait survécu vertueusement. Il faisait également observer que dans le rapport de force entre une journaliste et un politicien, essentiel pour apprécier le harcèlement putatif, il était loin d’être acquis que le second l’emporte sur la première.

– La « présence envahissante » (jambes écartées). Le citoyen juriste mais perplexe, dans son obligation de conseil précautionneuse, recommande en conséquence à tout usager de sexe mâle du métropolitain de conserver les genoux strictement serrés l’un contre l’autre. En revanche, et dans le silence du texte ministériel, il en déduit que le comportement d’un individu de sexe féminin qui écarterait les jambes ne serait pas constitutif d’un harcèlement répréhensible.

– Le « regard insistant ». Dans le même esprit citoyen, il est recommandé aux mêmes usagers porteurs de chromosomes hétérogamétiques XY (ou s’identifiant librement et socialement à ceux-ci) de regarder fixement leurs genoux serrés afin d’éviter toute dénonciation, fût-elle injustifiée, au représentant du parquet compétent. Les porteuses de chromosomes XX n’étant pas concernées.

– L’« invitation insistante ». Dans un souci, peut-être excessif, de libéralité, le rapport dont il s’agit distingue ladite invitation prohibée d’avec « la drague » qui, selon lui, aurait un aspect consensuel. Toutefois, et toujours au nom du principe de précaution, le citoyen juriste recommande plutôt pour toute prise de contact pouvant déboucher sur un contact l’usage du réseau internet. Il a pu en effet arriver que l’initiative d’un dragueur ne fasse pas consensus.

D’aucuns, lecteurs ou causeurs, pourraient objecter que des unions heureuses et prolifiques se sont nouées dans le métro parisien. Ce point n’est pas contesté. Il s’agit cependant d’un temps révolu. C’était avant que des gens très intelligents et très gentils se préoccupent de nous rendre égaux et heureux.[/access]

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Allemagne : des réfugiés chrétiens persécutés par des musulmans

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Allemagne réfugiés chrétiens musulmans

Les premières répliques du séisme migratoire qui secoue actuellement l’Europe se font sentir. Et on peine à y croire. Des réfugiés fuient aujourd’hui l’Allemagne, pour échapper aux mêmes persécutions que celles qui les avaient poussés à quitter leur pays d’origine.

En Bavière, en Saxe ou dans le Brandebourg, les témoignages s’accumulent. De nombreux réfugiés chrétiens en provenance de Syrie, d’Irak ou du Kurdistan subissent intimidations et agressions de la part de réfugiés musulmans. Dans plusieurs centres d’accueil mis en place par les autorités locales, la charia s’applique et les chrétiens – minoritaires – sont victimes de brimades.

Le pasteur luthérien de l’église de la Trinité de Berlin-Steglitz (sud de Berlin) Gottfried Martens témoigne de la situation très précaire des chrétiens dans l’édition dominicale du quotidien berlinois Die Welt du 27 septembre : « Les musulmans très croyants répandent dans les foyers l’idée suivante : là où nous sommes règne la charia. » Et ceux qui souffrent le plus sont les musulmans convertis au christianisme : « Ceux-là ont 100% de chance d’être agressés », précise le pasteur.

La situation n’est pas récente : l’hebdomadaire Die Zeit s’est lui aussi fait l’écho d’agressions et d’une ambiance délétère dans les foyers de réfugiés dès juillet 2014. Voilà plus d’un an, donc, que les autorités allemandes sont conscientes des dangers qui menacent les réfugiés chrétiens. « Il y a une ambiance d’intimidation et d’hostilité envers les chrétiens », explique le prêtre maronite de Francfort Gaby Magea. L’accès aux cuisines communes est restreint pour les chrétiens, traités de « porcs » par certains musulmans, et leurs enfants sont agressés.

La solution proposée par les autorités locales ? Une ségrégation des réfugiés selon leur religion, y compris entre musulmans chiites et sunnites, qui ont importé pour certains leurs conflits sur le sol allemand. Outre-Rhin, des voix s’y opposent, au nom justement de l’asile, et prônent la distribution d’une charte fondamentale des valeurs allemandes, telles que l’égalité entre les hommes et les femmes, la liberté d’opinion ou de religion. Mais sans beaucoup d’espoir que les migrants y adhèrent, comme l’explique dans le quotidien berlinois Max Klingberg, qui travaille depuis 15 ans pour la Société internationale des droits de l’homme : « La situation va empirer, prévient-il. Les agressions sont le plus souvent le fait des Pakistanais et des Afghans, ils sont encore plus islamistes que les Syriens. » Pour lui, l’aveuglement n’est plus de mise : « Il faut arrêter de croire que tous les réfugiés sont des défenseurs des droits de l’homme. Parmi ceux qui arrivent, une portion non négligeable a des croyances d’une intensité équivalente à celle des frères musulmans. » Rien d’étonnant à ce que les témoignages recueillis en Allemagne, au sein même de foyers de réfugiés, se rapprochent de propos tenus par l’Etat islamique.

Les foyers sont désormais devenus des lieux de violence religieuse, et l’Allemagne ne peut plus l’ignorer. A Suhl, en Thuringe (centre du pays), une cinquantaine de demandeurs d’asile sunnites ont organisé ce que le mensuel bavarois Bayern Kurier (édité par le parti conservateur CSU) décrit comme « une chasse à l’homme » contre un Afghan qui avait déchiré des pages du Coran. Dix-sept personnes, donc six policiers, ont été blessées dans l’émeute qu’ils ont provoquée. L’hebdomadaire de gauche Der Spiegel, qui a consacré à cette émeute un article sur son site web, n’a pour sa part pas indiqué la raison de cette flambée de violence.

S’agit-il pour le journal d’entretenir encore un peu l’illusion, alors que l’Allemagne attend désormais près d’1 million de réfugiés d’ici la fin de l’année ? Sur les six premiers mois de 2015, 20% seulement étaient Syriens, 5,2% Irakiens, les autres provenant surtout du Kosovo et d’Albanie (17 et 13%). En 2014, le pays à accueilli deux fois et demi plus de musulmans que de chrétiens. Ces derniers ont donc été rattrapés par la peur. En Allemagne, ils sont de plus en plus nombreux à réclamer d’être hébergés au sein des églises locales. Mais pour certains, l’aide arrive trop tard. Une famille de chrétiens d’Irak a préféré rentrer à Mossoul : des islamistes présents dans leur foyer, à Geissen, les avaient menacés de les tuer et de « boire leur sang » s’ils ne partaient pas, rapporte Die Welt. Et ce départ est sans retour : tout réfugié qui quitte le pays doit s’engager à ne pas demander l’asile une deuxième fois.

*Photo : SIPA. AP21788852_000006

Syrie: Hollande toujours à contretemps

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On y était presque. Visionnaire ou réaliste, François Hollande avait revu, lors de sa dernière conférence de presse au début du mois, sa copie sur la diplomatie syrienne. La France, « engagée » depuis un an en Irak dans la coalition internationale contre l’État islamique (EI),  refusait jusqu’ici d’attaquer les djihadistes dans leur fief syrien. Car il ne fallait surtout pas «  faire le jeu » de Bachar al-Assad. Dorénavant, l’armée accomplirait en plus de ses habituels vols de reconnaissance,  des frappes aériennes contre Daech.

A cette occasion, le chef des armées françaises avait aussi changé de position vis-à-vis de l’Iran et, indirectement, de la Russie. « Il faut parler avec tous les pays qui peuvent favoriser une issue politique » sur le dossier syrien, avait-il déclaré. Cette annonce avait reçu un accueil positif, résumé par le mot du général Vincent Desportes, professeur à HEC, Sciences Po et ancien directeur de l’École de guerre : « L’évolution de la position dogmatique de la France était nécessaire. » Et au sein de l’Union Européenne, l’idée commençait à prendre. Lundi dernier, la Grande Bretagne a fait savoir que son pays était disposé à coopérer avec la Russie : « Nous sommes bien conscients du fait que Daech représente autant de menace pour la Russie que pour l’Europe et d’autres pays du monde. Il nous revient, donc, de trouver un moyen de coopérer les uns avec les autres pour lutter contre le groupe terroriste Daech », a affirmé le porte-parole du Premier ministre britannique. Le même jour, en Allemagne, le vice-chancelier Sigmar Gabriel en a fait autant : « Nos divergences de vue avec la Russie, sur fond de la crise en Ukraine, ne devraient pas influencer notre coopération au sujet du dossier syrien. Nous devons améliorer nos relations avec le Kremlin afin de mieux nous occuper de la crise ». Et d’ajouter : « L’Europe ne pourra pas boycotter la Russie à jamais et lui demander en même temps d’aider les Etats européens. »

En somme, tout allait bien, jusqu’à ce que – patatras ! – François Hollande n’arrête net sa lancée. Pire encore, doublé par Barack Obama qui a déclaré en grande pompe hier, pendant la conférence des Nations Unies, qu’il était temps de s’allier avec la Russie pour combattre Daech, le président français est revenu sur sa position initiale.

Quelle mouche l’a piqué ? Barack Obama n’a fait que se réapproprier une realpolitik vers laquelle s’orientait déjà l’Europe : « Les Etats-Unis sont prêts à travailler avec tous les pays, y compris la Russie et l’Iran, pour résoudre le conflit en Syrie. » Et voilà que la France, qui pouvait jouer un rôle important dans cette nouvelle coalition, fait sa tête de mule et freine des quatre sabots : « On ne peut pas travailler avec les victimes et le bourreau » assène notre Président. Serait-ce paradoxalement l’envie d’exister sur la scène internationale qui a poussé François Hollande à se rétracter pour mieux se différencier ?

Une chose est sûre, toutes les stratégies ont fonctionné sauf celle de François Hollande. Car le bilan des Nations Unies est clair : Barack Obama a su, en tendant la main à Poutine, déjouer la mise en scène du sauveur de la dernière chance qu’il s’apprêtait à incarner. Et le chef du Kremlin, quant à lui, est revenu de loin : grand absent du dialogue occidental, il s’impose en partenaire nécessaire de la lutte contre l’Etat Islamique. Hollande dans tout ça ? Il apparaît comme l’éternel décalé. Une image légère me vient en tête pour le décrire. En le regardant s’agiter dans son coin, on a envie de fredonner : « En retard, en retard, je suis toujours en retard, j’ai rendez-vous quelque part », l’air d’un certain petit lapin blanc au Pays des Merveilles. Le problème, c’est que nous ne sommes pas au pays des merveilles et que le lapin blanc est notre Président.

*Photo : © AFP DON EMMERT

Grèce : une autre monnaie est possible

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En Grèce, pendant que l’Etat se dépatouille avec ses problèmes économiques et politiques, certains se débrouillent pour trouver des moyens de continuer à vivre et échanger malgré la raréfaction de la monnaie. Ainsi, le troc a pris une ampleur nouvelle en s’appuyant notamment sur Internet.

« En Grèce, nous avons un problème majeur de liquidités » déclare Thodoris Roussos au New York TimesCe boucher a longtemps ajourné la réparation de son camion faute de moyens financiers. Grâce au troc, il a pu échanger sa viande contre les produits dont il avait besoin, notamment des roues neuves pour son véhicule. L’homme auquel il a donné en échange un mois de viande de sa boucherie a lui-même utilisé cette offre pour obtenir un iPad.

Les différents protagonistes se sont rencontrés sur un nouveau service d’échange en ligne, Tradenow. La plateforme, installée à Athènes, a créé sa propre monnaie : les tradepoints. Ceux-ci permettent de continuer à commercer sans recourir à la vraie monnaie qui, comme l’explique M. Roussos, « n’est pas rapidement disponible ».

En supprimant l’intermédiaire monétaire, les échanges redémarrent. Dans la boucherie de M. Roussos, les ventes étaient en berne. Mais, à partir du moment où il a commencé à proposer sa viande contre des tradepoints, il a relancé son activité. Les Grecs, s’ils ont peu de liquidités, ont de nombreuses choses à échanger et proposent toutes sortes de marchandises. Quelqu’un lui a, par exemple, proposé un CD de Madonna. « Mais j’ai dit non, explique le boucher. Un CD de Madonna ne vaut définitivement pas un poulet. » Le troc enseigne donc à valoriser les produits, en plus de redynamiser les échanges.

Pour Yiannis Deligiannis, le fondateur de Tradenow, l’essor du troc est dû à la conjoncture : « L’économie continue de se détériorer », assure-t-il dans le New York Times. Selon lui, la politique actuelle de la Grèce ne peut pas redresser le pays. Aussi se propose-t-il de développer de nouveaux moyens de le faire : « Le contrôle des capitaux était la dernière balle dans notre tête. Les gens doivent trouver de nouveaux moyens de faire fonctionner les choses. Nous leur offrons une alternative. »

L’imposition du contrôle des capitaux a, en tout cas, accéléré la prolifération du troc. Après l’entrée en vigueur de cette mesure, en juin, 6000 nouveaux utilisateurs ont rejoint Tradenow. Même les petites entreprises, qui ont longtemps regardé le troc comme un système utopique, commencent à se rallier aux visions de M. Deligiannis.

Sur son site, un tradepoint vaut un euro. A partir de là, différentes possibilités s’offrent aux utilisateurs. On peut troquer directement des produits, commercer en tradepoints ou, si l’on veut, introduire des euros dans les transactions. C’est cette flexibilité, ajoutée aux potentialités des nouvelles technologies, qui a permis de faire reconnaître l’efficacité du système.

Cependant, cette activité reste relativement marginale et ne peut être conçue comme la solution ultime à la crise monétaire que vit la Grèce. Il fait seulement partie des idées naissantes pour appréhender un avenir incertain. Pour Helen Panagiotopoulos, chercheuse à l’Université de New York travaillant justement sur ce sujet, « il y a un sentiment pressant selon lequel nous avons besoin de travailler ensemble pour former quelque chose qui nous connecte tous, car nous ne savons pas ce qui peut se passer dans l’avenir ».

Logiquement, certains tentent donc de mettre en avant et de développer le troc, non seulement pour pallier l’actuel manque de liquidités mais pour ne pas se retrouver entièrement démuni en cas de sortie de l’euro. Même si le nouveau gouvernement de coalition dirigé par Alexis Tsipras a promis de rester dans la zone euro, les turbulences du mois de juillet ont laissé un souvenir cuisant dans le pays.

Le troc peut donc être vu comme un moyen crédible de construire des alternatives au système actuel. Jorge Kazianis, un électricien de 59 ans au chômage depuis 2010, a retrouvé du travail grâce à une autre plateforme : « Depuis les temps anciens, quand il n’y avait pas d’argent, les transactions se faisaient par le troc. Je n’ai pas confiance en ce que la monnaie est devenue aujourd’hui. La crise en est le sous-produit, quand beaucoup de monnaie est dans les mains de quelques-uns et que la plupart des autres en manquent. »

Dans un monde sans monnaie, ou sans confiance en celle-ci (ce qui revient au même), les solutions du passé pourraient devenir celles du futur.

*Photo : wikicommons.

Syrie : de la morale et de la realpolitik

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« Après tant de sang versé et de carnages, il ne peut y avoir un retour au statu quo d’avant la guerre », a déclaré Obama à propos d’Assad. « On ne peut pas faire travailler ensemble les victimes et le bourreau. Bachar al-Assad est à l’origine du problème et il ne peut pas faire partie de la solution », a déclaré pour sa part François Hollande. Quant à Poutine, après sa poignée de main avec le président américain, il y va franco de port : « J’ai le plus grand respect pour mes homologues américain et français mais ils ne sont pas des ressortissants syriens et ne doivent donc pas être impliqués dans le choix des dirigeants d’un autre pays. »

On peut se demander, puisque sur le terrain les choses vont revenir au même, quelle différence il y a entre Obama et Hollande d’un côté et Vladimir Poutine de l’autre. C’est pourtant évident : c’est la morale. L’un ne se sent pas obligé d’en faire avant d’aller bombarder des salopards et des civils. L’un n’aura pas changé d’allié – un autre salopard mais catégorie en-dessous – en cours de route, façon réécriture permanente de l’histoire, comme dans 1984 quand Océania est alliée à Eurasia contre Estasia alors que c’était le contraire un an auparavant mais qu’il ne faut pas le dire et encore moins l’écrire.

Bombarder l’Etat islamique, c’est aider Assad. On aura beau faire comme si, il faut assumer. Ou si vous préférez, quand on fait, tout comme les Russes, de la realpolitik néo-impérialiste, on pourrait au moins avoir la politesse de son cynisme et arrêter de parler des droits de l’homme : c’est encore plus obscène dans son genre.

France/USA : La guerre du droit aura bien lieu

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tafta alstom bnp

Il ne s’agit pas de simples anecdotes ni de regrettables incidents de parcours. PSA contraint de renoncer au marché iranien ; BNP Paribas condamné à payer une amende de 9,8 milliards de dollars au Trésor américain ; Alstom Énergie vendu à General Electric ; diverses sociétés françaises mises en cause pour des pratiques commerciales jugées banales, tout à coup dénoncées et poursuivies par des procureurs américains – et la liste est infiniment plus longue si on y ajoute les PME déstabilisées par des procès à répétition, des vols de brevets ou des attaques en réputation bien échafaudées. Les malheureuses avaient jugé bon de s’aventurer en Afrique, en Asie, aux Amériques, et de payer en dollars !

De quoi s’agit-il ? Banque française, BNP Paribas a réalisé des opérations avec des pays comme l’Iran ou le Soudan qui n’étaient pas à ce moment-là sous embargo européen, alors qu’ils étaient sous embargo américain. Cependant, ces opérations libellées en dollars tombaient sous le coup d’une juridiction américaine – et BNP Paribas affichait une santé insolente après avoir échappé aux effets de la crise de 2007 grâce à une gestion extrêmement prudente. Constructeur français, PSA vendait avec succès des automobiles sur le marché iranien, mais voilà, Chrysler faisait partie de ses actionnaires. L’Iran étant soumis à un embargo américain, Chrysler a exigé que PSA s’y conforme… tout en vendant non pas des voitures, mais des pièces détachées à l’Iran[1. Conflits, « Entretien avec Alain Juillet », novembre 2014.].

Les accusations de corruption ont conduit des procureurs américains à poursuivre les dirigeants d’Alstom, à placer l’un d’eux en quartier de haute sécurité pendant quatorze mois, et certainement contribué à la vente de la branche énergie d’Alstom à General Electric, ce qui place de fait l’entretien des turbines nucléaires françaises dans les mains d’une entreprise étrangère (Alstom paiera néanmoins, en 2015, 773 millions de dollars d’amende au Trésor américain[2. À ce sujet, lire notamment Jean-Michel Quatrepoint, « La vente d’Alstom à General Electric est un scandale d’Etat », Le Figaro, 3 mars 2015.]). Faut-il aller jusqu’à dire qu’un gouvernement socialiste a sacrifié l’indépendance nucléaire de la France ?[access capability= »lire_inedits »] La question est au moins posée, comme elle est posée par la pression croissante exercée sur le Parlement européen en faveur de la commercialisation des OGM, du brevetage du vivant[3. Décision de l’Office européen des brevets de mai 2015 autorisant deux sociétés à breveter des espèces végétales déjà connues et cultivées, simplement pour y avoir identifié des gènes sans invention ni modification d’aucune sorte.], contre la liberté de réemploi des semences[4. Vote du Parlement européen de mai 2015 supprimant la liberté de réemploi et de vente des semences dites «  semences de ferme ».], ou encore contre les appellations géographiques protégées, spécialité française s’il en est, qui pourraient bien passer à la trappe du traité de libre-échange transatlantique – attendons un peu pour voir.

Pour prendre la mesure de la guerre juridique en cours, il suffit de rappeler qu’en 2014 les entreprises françaises sanctionnées au titre du FCPA (Foreign Corrupt Practices Act) ont versé 11,4 milliards de dollars au Trésor américain, plus que l’impôt qu’elles ont payé au Trésor français ! Votée en 1977 après un scandale international impliquant Lockheed Martin et Exxon, cette loi permet de poursuivre toute tentative de corruption d’un agent public étranger dans le but d’obtenir un marché. En 1998, elle a été étendue aux entreprises non américaines suspectées de recourir à la corruption, même si aucune entreprise américaine n’est lésée. Ainsi un Indonésien a-t-il été jugé passible des tribunaux américains pour allégation de corruption de fonctionnaires indonésiens… parce qu’il avait utilisé un téléphone portable équipé d’une puce américaine ! Ainsi une entreprise française est-elle poursuivie aux États-Unis pour présomption de corruption avec un pays africain qui aurait fait l’objet de courriels transitant par un hébergeur américain ! De même, des dizaines d’entreprises se voient intenter des procès pour des faits n’ayant aucun rapport avec les États-Unis, au simple motif que les transactions incriminées sont libellées et réglées… en dollars ! Un simple message, transmis, stocké ou reçu par un serveur situé aux États-Unis, fait tomber une entreprise sous la compétence de la loi américaine ! Vous voilà prévenus ! Les entreprises qui ont recours à des sociétés de conseil et d’audit, à des hébergeurs, à des fournisseurs de « cloud » américains, connaissent-elles les risques auxquels elles sont exposées ?

Il faut noter que l’indigence des États en matière de lutte anti-corruption ou, à tout le moins, leur coupable tolérance dans ce domaine, fournit une légitimité morale inattaquable à l’intransigeance américaine. Si la France savait soumettre ses banques, ses industriels, ses marchands, à ses lois et à ses intérêts nationaux, cela se saurait ! Nul ne peut reprocher au FCPA de ne pas servir les intérêts du commerce. Du reste, ceux qui ont appelé de leurs vœux, légitimé, célébré la globalisation sont mal avisés de se soustraire à ses conséquences : si l’économie est désormais le principe géopolitique du monde, alors le droit est dicté par la nécessité de faciliter les affaires. Vous avez voulu des dollars, vous ne pouvez pas refuser la loi qui va avec.

Le point déterminant, celui qui emporte tous les autres, c’est l’enjeu moral. C’est au nom de la lutte contre la corruption que le juge américain s’érige en conscience du monde et prétend soumettre l’ensemble des relations contractuelles dans le monde au rouleau compresseur de la conformité – non sans quelque provincialisme, au demeurant : comment appeler autrement que « corruption légale » la capacité des sociétés américaines à financer sans plafond les campagnes électorales ? Les relations commerciales relevaient hier du monde des cultures, elles appartiennent désormais à celui du droit. On peut mettre en cause cet impérialisme moral, ou monothéisme du droit. Au motif d’établir partout des pratiques commerciales copiées sur le « modèle américain », la loi peut-elle contraindre les mœurs, abolir l’histoire, la culture et l’appartenance ? L’uniformité du droit peut-elle effacer l’infinie diversité des pratiques et des relations ?

Une pression insidieuse voudrait nous faire croire que le droit d’origine anglo-américaine, la common law, est meilleur pour les affaires que le droit romain, ce qu’aucune étude crédible n’a démontré. En réalité, la théorie des « origines légales » (« legal origins »), promue par quatre juristes américains, comme les fantaisies sur la « bonne gouvernance » entérinées par la Banque mondiale, ou encore les fumeux classements du type « Doing Business », dont la visibilité médiatique est inversement proportionnelle à la qualité statistique, ont tous la même fonction : délégitimer le droit européen, continental, romain, au profit du droit américain, et justifier la colonisation de l’espace juridique national par des lois, des principes et des logiques qui lui sont étrangers.

 

Conduite par des ONG américaines comme Transparency International, qui rémunèrent avocats et juristes dans le monde, cette offensive habille de grands principes et de haute moralité la volonté de soumettre le monde à l’intérêt national américain. Cette année encore, ces officines ont publié une liste des entreprises d’armement à cibler ; comme par hasard, on y trouve Thales, Dassault, Safran.

Aussi juste et nécessaire soit la lutte contre la corruption, le totalitarisme du Bien made in US menace un bien encore supérieur – la diversité des sociétés, des cultures et des mœurs humaines. Le droit joue un rôle inédit dans la société moderne. Il est supposé organiser la totalité des relations humaines, par le contrat, pour les modalités, et par le marché, pour le prix. Il prétend décider des formes politiques conformes, enjoint aux attardés qui rêvent encore d’État-nation, c’est-à-dire de souveraineté, de frontières tenues et de la capacité à décider qui appartient à la collectivité nationale et qui ne lui appartient pas, d’en finir avec cette forme historiquement dépassée (voir à ce sujet les déclarations de Tony Judt sur le Proche-Orient ou celle du général Wesley Clark en ex-Yougoslavie). Au demeurant, c’est le message que la « communauté internationale » adresse à Israël, avec une insistance désormais pressante. Qui est cet État qui prétend conserver son identité singulière, la défendre et la transmettre ?

L’Europe devrait mener ce débat, qui est un combat. La guerre du droit est déclarée, il faut la livrer, et l’emporter. Et si la première condition est la lutte effective de l’Europe contre les cas manifestes de corruption institutionnalisée, la seconde condition est la séparation de l’Europe libre de l’Amérique, qui entend l’occuper juridiquement. Dès qu’une entreprise repère dans ses activités et son organisation les portes qui donnent accès à la justice américaine, elle doit fermer ces portes, qui sont autant de points de vulnérabilité. Cela signifie couper toute relation avec des prestataires de services, établissements financiers, détenteurs de capitaux, moteurs de recherche, hébergeurs et, plus que tout, bien sûr, avec le dollar. Cela signifie protéger ses comptes, ses messageries, sa mémoire, ses fichiers et ses brevets. Plus aucune entreprise européenne ne devrait utiliser un serveur ou un prestataire américain, admettre des fonds américains à son capital ou employer des prestataires d’audit et de conseil américains, sans savoir qu’elle tombe sous le coup de l’espionnage et du droit américains. Car le Patriot Act fait obligation à un prestataire américain de dévoiler à la justice américaine, et sans en informer son client, toute information susceptible d’intéresser les services de sécurité – et la NSA s’intéresse à beaucoup de choses. L’Europe doit s’allier avec d’autres régions du monde désireuses de s’engager dans la construction d’un système financier, comptable et monétaire indépendant des colons américains. Le mot n’est pas trop fort dès lors qu’il s’agit de l’essentiel – la primauté du politique, c’est-à-dire le choix, par un peuple, de ses priorités et de son destin. Quand l’exigence de « compliance » (conformité) va jusqu’à nomination, au sein d’entreprises françaises, d’agents de l’Amérique – appelés « moniteurs » à BNP Paribas, Total, ou à la Société générale –, cela s’appelle une occupation. Cette occupation a sécrété des collaborateurs, elle doit faire naître des résistants.

J’ai écrit Le mur de l’Ouest n’est pas tombé, parce que des dirigeants européens me faisaient part avec insistance de leur désarroi face à un nouvel ordre – un ordre américain qui s’impose sans débat, sans vote et sans recours. Qu’on ne me soupçonne pas, pour autant, d’antiaméricanisme idéologique. Demain, c’est sans doute à l’intérêt chinois qu’il faudra résister. Aujourd’hui, c’est l’ordre juridique américain qui menace notre liberté, celle de décider de nos lois et de suivre nos principes. Cette alerte est loin d’être anodine. Le droit est en effet la première arme de destruction massive de la modernité. C’est le droit qui affaiblit l’État, le droit de l’individu absolu qui menace la démocratie, le droit positif tiré des déclarations des droits naturels qui détruit la République. La question est donc éminemment politique. Au nom de la facilitation des affaires et de ces notions biaisées que sont la compétitivité et l’attractivité des territoires, excellents moyens pour soumettre le politique à l’agenda du capital, c’est la souveraineté des nations et la démocratie qui sont en question. Nous ne savons plus respecter ces merveilleux édifices juridiques que l’histoire, la culture et les singularités des peuples ont patiemment élaborés. Le droit était la sagesse d’une nation, trésor accumulé de principes, de faits, d’idéaux et de techniques entremêlés. Le droit était un régime de vérité, au cœur de la diversité des sociétés humaines. Le droit globalisé est un droit de nulle part, pour des hommes de nulle part, ou de partout – qui ne se supportent plus nulle part. Le monde même leur est trop petit. Ils rêvent tous les jours de le changer. D‘ailleurs, comme Hannah Arendt l’avait vu, ils le détruisent sans remords et sans retour.

Où est la certitude tranquille d’un Marcel Arland, d’un Jakez Hélias, pour qui leur village était le monde – ou en donnait les clés et, en tout cas, suffisait à leur bonheur ? Et qui sommes-nous, pour oublier que nos lois, cette expression ténue de tant d’expériences, de tant de combats, de tant d’histoires et de mémoires, sont une manière de dire « nous » et de durer, contre la confusion, l’indifférenciation et la mort qu’elles appellent ?[/access]

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Le Mur de l'Ouest n'est pas tombé

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Alstom, scandale d'État

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*Photo : Sipa. Numéro de reportage : AP21653817_000001.

Robert Delord: 75% des Français contre la réforme du collège

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latin reforme college arrete char

Causeur. Association de défense des langues et civilisations de l’Antiquité, Arrête ton Char est à la pointe de la contestation de la réforme du collège. Comment vous êtes-vous engagés dans ce combat ?

Robert Delord. Depuis nos débuts, nous avons pris le parti de ne pas adopter le mode de la déploration d’un énième collectif de défense (et illustration) des langues Anciennes. Au contraire, nous essayons depuis septembre 2006 de proposer aux élèves et aux enseignants des ressources variées pour renouveler sans cesse l’enseignement des langues Anciennes et établir des ponts  entre monde antique et monde moderne. C’est bien malgré nous et de façon à relayer les inquiétudes justifiées de tous nos collègues que nous avons été amenés à prendre la parole dans ce débat.

Le choix du nom de notre association, volontairement décalé, nous a facilité la tâche puisque beaucoup de journalistes qui ont commencé à s’intéresser aux Langues Anciennes depuis l’annonce de la réforme, ont, à tort, pensé qu’il signifiait « Arrête ton char Najat Vallaud-Belkacem ! ».

Vous avez déposé un recours devant le Conseil d’État pour demander l’abrogation du décret de la réforme. Quels sont vos principaux griefs ?

Disons qu’après une réaction forcément épidermique à l’annonce du démantèlement pur et simple de nos disciplines, latin et grec ancien, nous avons écouté, lu et analysé le plus objectivement possible toutes les annonces faites, tous les arrêtés, décrets et projets de programmes publiés par la DGESCO (direction générale de l’enseignement scolaire) et le ministère, ce qui nous a amené à nous opposer non plus seulement au sort réservé à nos disciplines, mais à l’ensemble de cette réforme.

Le premier point contesté porte sur la forme et l’absence avérée de consultation du Comité technique ministériel de l’enseignement, une instance de représentants du personnel qui doit impérativement être consultée sur les questions relatives à l’organisation des établissements, à leur fonctionnement, aux évolutions des méthodes de travail et à leur incidence sur les personnels. Cet oubli constitue un vice de forme qui à lui seul remet en cause le décret de la réforme et prouve, s’il en est encore besoin, le manque de considération des personnels, la précipitation et l’amateurisme dont a fait preuve le Ministère lors de la publication de ce texte.

Ensuite, au niveau du contenu même, l’organisation proposée par l’arrêté et le décret portent atteinte à la notion de socle commun puisque les enseignements complémentaires seront retranchés des enseignements communs.

Enfin, l’organisation des enseignements proposés porte atteinte à l’égalité de traitement des citoyens devant le service public puisque les heures d’enseignements complémentaires (Enseignements Pratiques Interdisciplinaires et Accompagnement Personnalisé) seront retranchées des heures d’enseignements communs et cela de manière propre à chaque établissement

Certains affirment que le latin « n’est pas assez sexy », pour reprendre l’expression employée par un conseiller de la ministre.  Quel message voulez-vous faire passer ?

Pseudo-intellectuels, réactionnaires, élitistes, conservateurs, antiréformes, antimodernes, immobiles, électeurs de droite : voilà un petit florilège des qualificatifs dont nous ont gratifié ces derniers mois ministres, députés PS, syndicat pro-réforme et même Président de la République. Il faut se méfier des personnes qui s’autoproclament progressistes et cherchent à confisquer ce terme à leur seul profit. Ces personnes-là font le même hold-up que l’UMP avec le terme « républicain ». J’aimerais qu’on nous présente un seul enseignant qui choisisse ce sacerdoce sans avoir à cœur de faire progresser ses élèves, son métier et l’école de la République.

Les professeurs de langues anciennes font partie de ceux qui ont le plus fait évoluer leurs pratiques pédagogiques ces vingt dernières années. Bien obligés ! Depuis que l’option latin n’est plus obligatoire, le professeur de Latin est le seul qui doit chaque fin d’année prendre son bâton de pèlerin pour aller recruter ses élèves de l’année suivante. Dans ces conditions, il serait assez intéressant de voir si un professeur d’une autre discipline obligatoire réussirait à remplir les trente places de sa salle de classe.

La mobilisation contre la réforme du collège prend des formes inédites. Du côté des enseignants, elle ne se limite plus aux actions syndicales traditionnelles.  Du côté des parents, les grandes fédérations représentatives soutenant plutôt la réforme, nombreux sont ceux qui se tournent aujourd’hui vers les structures locales (associations locales de parents d’élèves, collectifs parents-enseignants). Quel regard portez-vous sur la  mobilisation de la société civile ?

Il est rassurant de voir que la société civile s’empare de cette question de la réforme du collège. Cela montre que les Français sont attachés à l’école de la République, qu’au sortir de trente ans de collège unique, ils attendent qu’on leur propose un autre collège qui repose non sur un principe d’égalitarisme forcené, mais qui offre de vrais moyens et de vrais dispositifs pour aider chaque élève à progresser.

Nous avons bien l’intention de continuer à informer le public en organisant diverses actions médiatiques durant cette année scolaire 2015-2016. Nous vous donnons d’ailleurs rendez-vous dès le 10 octobre à Paris pour la manifestation nationale contre cette réforme du collège. Les profs de Langues Anciennes vous montreront qu’ils ne sont pas aussi poussiéreux qu’on voudrait le faire croire.

Que dites-vous de ce sondage confidentiel commandé par l’Elysée cet été et qui montre la très grande défiance des Français à l’égard de cette réforme ?

Nous risquons d’attendre un bon moment avant de pouvoir le lire et le commenter ! Autant nos responsables politiques n’ont pas de scrupule à répéter que 70% des Français, comme Emmanuel Macron, trouvent injustifié le statut des fonctionnaires, autant ils ont du mal à avouer que 75% des Français sont opposés à la réforme du collège[1. D’après un sondage commandé par le Service d’Information générale (SIG), notamment évoqué au cours de l’émission Rue des Ecoles sur France Culture].

Cet exemple, ainsi que le refus de publier le bilan de la réforme du lycée avant la mise en place effective de la réforme du collège (qui s’en inspire en partie) prouve bien que, contrairement à ce qu’affirme le ministère, cette réforme du collège n’est pas issue du terrain, mais impulsée d’en haut, bref, une réforme Top-Down.

Plusieurs médias ont fait état de pressions sur des enseignants engagés contre la réforme.  Qu’en est-il ?

Face à un rejet massif de cette réforme par les enseignants, le ministère de l’Education National n’a d’autre choix que de verrouiller au maximum la communication pour éviter que le grand public (les utilisateurs du service public d’éducation) ait vent des points d’achoppement de cette réforme pourtant cruciale. Le service de com’ du ministère réclame à ses conseils nationaux la rédaction de panégyriques de la réforme. Les rectorats demandent aux établissements de ne plus communiquer sur le sujet sans autorisation dûment complétée de la DASEN (direction académique des services de l’éducation nationale). Certains vont même jusqu’à convoquer des collègues pour leur stipuler que la diffusion d’un calendrier parodique ou le fait de s’exprimer contre la réforme dans les médias relève de « l’atteinte à la dignité de la fonction publique et de l’enseignement. Enfin, certains chefs d’établissements interdisent aux enseignants qui le souhaitent d’organiser des réunions d’information à destination des parents ou même de tracter aux abords des collèges. On nous a également rapporté des cas de chantage à l’organisation de sorties scolaires exercé par le chef d’établissement sur des enseignants souhaitant se porter grévistes lors des manifestations du 17 septembre dernier.

À propos de cette réforme, Najat Vallaud-Belkacem a parlé d’un malentendu avec les enseignants. Que lui conseillez-vous de faire pour le dissiper ?

Il semble malheureusement que le ministère ne souhaite pas entendre les enseignants. On veut nous faire croire que cette réforme apportera de l’autonomie aux établissements et confiera liberté pédagogique et responsabilités aux enseignants alors que c’est exactement l’inverse. La plus grande preuve de confiance eût été d’associer véritablement tous les personnels de l’Education Nationale à cette formidable et nécessaire entreprise de rénovation du collège et des programmes d’enseignement. Le calendrier politique en a décidé autrement ! Le malentendu est du côté du Ministère. Les enseignants qui sont opposés à cette réforme ne sont pas opposés à toute réforme. Bien au contraire : eux connaissent la nécessité de réformer le collège. Eux sont sur le terrain, dans des salles souvent surchargées, pas dans les bureaux feutrés de la Rue de Grenelle. Eux sont aux côtés des élèves qu’ils connaissent et dont ils connaissent les besoins, pas dans un entre-soi déconnecté de la réalité. Les enseignants veulent une réforme profitable à tous leurs élèves ; s’ils ne l’obtiennent pas, il n’y aura sans doute aucun malentendu aux prochains scrutins.

*Photo: Pixabay.

Onfray – Dupont-Aignan, même combat?

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peuple moix onfray

Bref rappel des faits.

Yann Moix : « Qu’est-ce que vous appelez le peuple, Michel Onfray ? Ça veut rien dire, le mot peuple… »
Michel Onfray : « Ah, si vous ne savez pas, c’est votre affaire… Je trouve assez symptomatique que vous ayez besoin qu’on définisse un mot comme celui-ci… Vous l’avez tellement oublié… Le peuple, c’est ce sur quoi s’exerce le pouvoir. C’est-à-dire que ce n’est pas vous, parce que vous, vous l’exercez, le pouvoir… »

« Le peuple old school », surenchérit Léa Salamé, tout étonnée d’avoir entendu cette expression dans la bouche d’Onfray. Elle n’a pas lu Machiavel — on ne s’en étonnera pas. Elle ignore la distinction qu’opère le Florentin entre le popolo grasso », les gros, les gras, les puissants, et le popolo minuto — les petits, les obscurs, les sans grade. Elle n’a pas lu non plus Michelet (on ne s’en — etc.), qui dans le Peuple justement, explique que c’est le plus grand nombre, opposé aux classes supérieures, dirigeantes, — les favorisés.
Elle n’a pas lu non plus Rousseau (on ne… etc.), le premier à dégager la notion de « peuple souverain » — nous avons perdu aujourd’hui le sentiment de la puissance de cet oxymore énoncé en des temps monarchiques. Et comme le souligne Natacha Polony dans une excellente chronique parue dans Le Figaro ce week-end, « le crime de Michel Onfray, de Jacques Sapir ou de quelques autres porte un nom : souverainisme. »
Le souverainisme, c’est le refus de cette puissance et de cette morgue assénées d’en haut. Le refus du traité de Maastricht, le refus de cet étalage des appétits que l’on appelle aujourd’hui Europe, le refus de l’humiliation de la Grèce, le refus de cet humanisme de façade qui parle avec des trémolos des « migrants » pour mieux ignorer les souffrances au jour le jour du peuple ici présent, le refus du mépris parisien de la « France périphérique », le refus du cirque médiatique où s’agitent des journalistes qui pérorent avec autorité sur tout ce qu’ils ne connaissent pas. Le refus aussi bien de la dégringolade de l’Ecole, pensée par des gens qui ne veulent surtout pas que le peuple pense — on ne sait jamais, il pourrait s’apercevoir que le libéralisme débridé, ou la mondialisation version Goldmann Sachs, ne sont ni souhaitables, ni fatals.
Alors, qui est le pouvoir ? « Tous ceux, répond Polony, qui sous couvert d’expertise et de gouvernance, ont réinventé l’oligarchie censitaire. Les mêmes d’ailleurs, qui ont, des années durant, orchestré la destruction de l’école et interdit aux futurs citoyens tout espoir d’émancipation intellectuelle. »
Le paradoxe (mais ce n’est est déjà plus un), c’est que ce soit le Figaro qui héberge cette tribune. Et qu’au même moment ce soit Libé qui ouvre la chasse à l’Onfray. Libé où Laurent Joffrin (tiens, encore un homme de pouvoir — où est le temps où je défendais ce journal les armes à la main ?) voit Onfray sur « la pente glissante du souverainisme ». Onfray – Dupont-Aignan, même combat.

Mais oui — quand on y pense. Parce que dans « peuple souverain », il n’y a pas forcément « populisme » — le gros mot avec lequel tous ces sycophantes tentent de désamorcer la critique qui pourrait les renvoyer à la rue — ou à la lanterne.

Oui, Polony a raison : ça les effraie rudement. Ils savent que si le peuple se soulève, ils seront pendus — eux les premiers. Eux, les faiseurs d’opinion, les chantres du libéralisme fatal, les panégyristes de Hollande ou de la réforme du collège — parce que la dernière trouvaille de Vallaud-Belkacem pour réduire le peuple est une arme de destruction massive. Participer à la manifestation du 10 octobre est une nécessité vitale — et peu importe qui y sera, il faut oser désormais l’alliance de tous les souverainismes pour chasser cette caste au pouvoir — et la pendre. Comment disait Quilapayun déjà ? « El pueblo unido jamás será vencido ».

C’était en juillet 1973. Deux mois plus tard, le 11 septembre, le libéralisme allait montrer au Chili de quoi il était capable lorsque s’exprimait la souveraineté populaire. Un libéralisme qui n’avait pas encore la tête de Laurent Joffrin, ni le rictus fatal de Yann Moix, ou la mâchoire pendante de Léa Salamé, comme dit B. Guillard dans un éditorial bien senti. Il avait celle de Pinochet, leur grand-papa à tous.

Allez, le jour se lève, il est temps d’aller boire un petit noir sur le quai de Rive-Neuve — au Café de la Marine (mais non, ce n’est pas une déclaration d’amour à la patronne du FN !). Il fait beau, ça rougeoie vaguement à l’est. Comme disait Quilapayun à la fin de la chanson,

« La luz de un rojo amanecer
anuncia ya la vida que vendrá. »

Impasse Laurent Fabius

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laurent fabius syrie russie daech

laurent fabius syrie russie daech

La politique étrangère de la France ne se décide pas qu’au quai d’Orsay. Sous la Ve République, elle prend aussi sa source à l’Elysée parmi les conseillers diplomatiques du président de la République. Mais tous les observateurs s’accordent à considérer que Laurent Fabius, du fait de son expérience et de son ancienneté dans les hautes fonctions de l’Etat, y exerce une influence décisive. Force est de constater que son inspiration est néfaste et nuit gravement à la crédibilité internationale de la France, car elle nous a conduit dans trois impasses.

L’impasse de la politique syrienne, tout d’abord. Malgré la tension et les désaccords de fond qui séparent Washington et Moscou, Vladimir Poutine vient de renouer le dialogue avec Barack Obama en s’entretenant longuement avec lui sur la question syrienne. Même si l’administration américaine marque encore ses divergences avec la volonté affichée par la Russie de sauver le régime de Bachar Al-Assad, il est clair que la position américaine évolue d’heure en heure vers une coordination avec la Russie sur le terrain pour engager le fer contre Daech. Tous les experts militaires reconnaissent d’ailleurs que cette coordination implique le ministère de la Défense syrien pour réserver des couloirs aériens aux avions qui bombardent les positions de l’Etat islamique en Syrie.

Dès son entrée au quai d’Orsay en 2012, Laurent Fabius n’a eu de cesse d’inviter les Occidentaux à former une coalition pour mettre à bas le régime baasiste de Damas. Sur toutes les ondes ou sur tous les plateaux télévisés Laurent Fabius a dressé le portrait de l’abomination des abominations sans vouloir voir que les rebelles qui étaient en train de ruiner le pays étaient pour beaucoup d’entre eux des djihadistes forcenés qui voulaient instaurer un régime bien pire que celui d’Assad. L’appel à la mobilisation de Fabius atteignit en 2013 un tel paroxysme qu’on peut même considérer qu’il tient une part de responsabilité très élevée dans le départ de plusieurs centaines de jeunes Français pour le djihad.

Dans l’affaire syrienne, il serait un peu rapide de taxer la politique fabiusienne d’atlantiste, car les Américains échaudés par les erreurs commises en Irak se montrèrent, dès le début, beaucoup plus prudents que lui. Mais Fabius était sans doute plus bushiste que les Américains eux-mêmes en renouant avec une politique néo-conservatrice qui entend lutter contre le mal partout où il se trouve quels que soient les dégâts que cela peut causer en termes de vies humaines (près de 600 000 morts en Irak) ou en termes de chaos politique et économique. Les désastres de l’intervention libyenne qui étaient encore tout chauds ne lui avaient rien appris.

Laurent Fabius a donc passé toutes ces dernières années à défendre une politique qui tourne ostensiblement le dos à la realpolitik. Et la réalité se venge aujourd’hui en lui rappelant quelques évidences qu’un enfant de cinq ans comprendrait : on ne lutte pas contre un ennemi implacable (Daech) en affaiblissant ceux qui luttent aussi contre cet ennemi sur le terrain (alors qu’on est soit même dans l’incapacité d’engager des forces conséquentes pour lutter contre cet ennemi) – on n’achève pas de détruire un Etat quand les dernières élites éclairées d’un pays résistent tant bien que mal à l’instauration d’un ordre obscurantiste. Mais Laurent Fabius a usé de son autorité auprès de François Hollande (sans doute était-il consentant) pour maintenir coûte que coûte cette ligne absurde. Nous apprenons d’ailleurs ce matin que sur la base d’un dossier constitué par le quai d’Orsay, le parquet engage des poursuites contre Bachar Al-Assad pour crime de guerre. C’est la fuite en avant dans une impasse : aujourd’hui la France, lâchée par l’Allemagne, est la seule à faire du départ de Bachar Al-Assad un préalable à l’engagement massif d’une coalition contre Daech. Et la situation devient pourtant urgente : si la Syrie tombe, combien de temps faudra-t-il pour que le Liban s’embrase à son tour et que nous voyions déferler en Europe des millions de réfugiés ? Et quelles conséquences funestes faut-il imaginer si un Etat dirigé par des fous furieux menace Israël  sur sa frontière nord et est ? Sans doute fallait-il la sagesse d’un autre ministre socialiste pour rappeler à Laurent Fabius le sens des réalités : hier sur France Inter, Hubert Védrine lui a rappelé que pour abattre Hitler, il avait fallu s’allier avec Staline. À bon entendeur…

L’autre impasse de Fabius est corollaire à la première. Elle concerne la Russie. Par incapacité de mesurer le poids des réalités historiques dans la situation ukrainienne, Laurent Fabius s’est fait l’agent constant de l’hégémonie américaine sur l’Europe de l’est. L’affaire des Mistral a montré à quel point la politique étrangère élaborée au quai d’Orsay nous a conduit dans une voie sans issue : un ultimatum lancé à la Russie, sans définir de critères politiques précis et lisibles (il ne lui a pas été demandé d’évacuer la Crimée, mais seulement de changer d’attitude au Donbass ce qui constitue un objectif flou et difficilement mesurable), ni même sans lui offrir de porte de sortie honorable. Il devait arriver ce qui est arrivé, notre diplomatie s’est ridiculisée : aujourd’hui Vladimir Poutine est à New York et discute en tête à tête avec Obama alors que ce dernier a demandé à la France de tenir tête à Poutine. Et Angela Merkel réclame la levée des sanctions vis-à-vis de la Russie.

Si la France avait encore une politique étrangère digne de ce nom, Poutine ne serait pas à New York, mais à Paris et Obama serait venu l’y rejoindre. Car la France a toujours su jouer par le passé le rôle de pont entre l’est et l’ouest. Notre diplomatie n’a jamais rien eu à gagner à nous aligner sur Washington. Au contraire, à chaque fois que nous avons montré aux Américains que nous savions leur résister quand ils commettaient des erreurs (et Dieu sait qu’ils en commettent souvent), nous leur étions utiles pour les aider à les réparer.

Mais pour pouvoir résister aux Américains, encore faut-il en avoir les moyens. Le retour complet et sans condition de la France dans l’Otan n’est pas du fait de Fabius mais de Juppé et Sarkozy. Il a pourtant adoubé cette politique et nous en payons aujourd’hui le prix. Nous sommes redevenus dépendants des Américains pour des pans entiers de notre politique : compte tenu des territoires d’opérations sur lesquels nous sommes engagés à budget réduit, il est devenu illusoire de résister aux injonctions du Département d’Etat. Comment refuser de mettre un ultimatum sur la vente nos Mistral à la Russie quand nous dépendons de la couverture satellitaire américaine au Mali ou en Libye. Après avoir vendu Alstom à General Electric, il ne sera même plus possible de construire un Mistral sans demander l’accord de Washington car les turbines qui l’équipent sont devenues des brevets américains.

Laurent Fabius aura conduit la France dans deux impasses stratégiques : une perte de crédibilité totale de notre position au Levant et un divorce prononcé avec la Russie qui nous vaut aujourd’hui son dédain – ce qui est sans doute encore plus grave encore que son hostilité. Dans les deux grandes affaires diplomatiques qui structurent ce début de siècle, le basculement du Moyen-Orient dans le chaos et la déstabilisation de l’Europe de l’Est, la position de la France est affaiblie comme elle ne l’a plus été depuis la dernière guerre mondiale. L’irénisme de notre politique étrangère pourrait au moins nous valoir les éloges des bonnes âmes. Mais même pas : la politique migratoire de la France ne nous attire que sarcasmes et mépris.

C’est la troisième impasse dont nous ne sommes pas prêts de sortir. Nous devrions être accueillants sur la forme mais fermes sur les principes. Au lieu de quoi nous nous montrons très frileux sur l’accueil que nous pourrions réserver aux réfugiés tout en étant pusillanimes sur les principes qui régissent le contrôle des frontières externes de la zone Schengen. Et la France, qui s’est honorée par le passé en accueillant les réfugiés arméniens ou espagnols, est montrée du doigt parce qu’elle n’accueille pas assez de réfugiés qui ont franchi la frontière hongroise, frontière dont nous dénonçons par ailleurs la gestion trop dure par le gouvernement hongrois.

Il est temps pour François Hollande de constater que Laurent Fabius n’est plus à sa place au quai d’Orsay. Si tant est qu’il ne l’ait jamais été.  Il paraît qu’il pourrait lui proposer la présidence du Conseil constitutionnel. Ce serait une porte de sortie honorable. Trop honorable sans doute pour celui qui aura ruiné pour de longues années la crédibilité de la France dans le concert des nations.

*Photo : Medef.

Contrats d’avenir : aide-toi, l’Etat t’aidera

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François Hollande misait dessus pour sauver les vieux et les jeunes, c’est-à-dire les tranches de la population les plus touchées par le chômage. Il en avait même fait un engagement de campagne. Rappelez-vous, c’était la piste numéro 33 : « Je proposerai un contrat de génération pour permettre l’embauche par les entreprises, en contrat à durée indéterminée, de jeunes, accompagnés par un salarié plus expérimenté, qui sera ainsi maintenu dans l’emploi jusqu’à son départ à la retraite. Ce « tutorat » permettra de préserver des savoir-faire et d’intégrer durablement les jeunes dans la vie professionnelle. » À sa sortie, le hit avait bien fonctionné. À l’heure des comptes, le bilan est déplorable.

Le 20 septembre, soit deux ans et demi après sa création, seulement 51.768 contrats ont été signés contre les 75.000 annoncés pour une seule année. Pire encore, les jeunes qui ont signé un CDI avec le contrat de génération auraient « de toute manière été embauchés » pointe Eric Heyer, de l’Observatoire français des conjonctures économiques. Conclusion : « On subventionne des emplois qui auraient été créés », avec l’argent du contribuable. Pour sa défense, le ministère du travail préfère couler son propre navire : « On n’a jamais imaginé qu’avec une aide de 4.000 euros par an, on allait créer de nouveaux postes que les employeurs n’auraient pas créés sans l’aide. »

L’engagement 33 n’a donc rien à voir avec la stabilisation des chiffres du chômage chez les jeunes. La preuve, avec le fonctionnement du tutorat jeune-senior, la courbe des chômeurs de plus de 60 ans auraient dû s’aligner sur celle des jeunes or elle n’a pas cessé de grimper (entre 28% selon l’Insee et 45% selon Pôle emploi). Au cabinet de Myriam El Khomri, on arrive quand même à s’enthousiasmer : « Cela a permis de mettre en place, dans les entreprises, une réflexion sur la gestion des âges, la gestion prévisionnelle des emplois et compétences, les conditions de travail des seniors. » À défaut de faire embaucher les entreprises, la mesure a permis de les faire cogiter, youpi !

L’argumentation serait complétement bidon si elle ne permettait pas, en douce, de rediriger le curseur de la responsabilité sur les entreprises « qui n’embauchent pas assez ». Ah, qu’est-ce que la gauche ferait sans elles ?

 

Faire suer le burn-out?

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harcelement travail justice

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Il arrive au citoyen juriste d’être asphyxié par l’air du temps. D’étouffer sous la bêtise ambiante. D’être surtout effrayé par un système judiciaire lui-même intoxiqué par une pensée unique capable de broyer les individus. Le citoyen juriste qui signe cet article n’est pas le plus mal placé pour affirmer, par exemple, que la pénalisation de l’infraction de harcèlement au travail a entraîné une inflation de plaintes judiciaires de nature à paralyser des tribunaux correctionnels déjà largement inertes. Avant cette pénalisation, qui a ravi les syndicats, le comportement incriminé – dont il n’est pas question de nier l’existence – était sanctionné par la justice prud’homale, et c’était très bien ainsi.

La création du délit pénal de harcèlement est d’autant plus malvenue que sa définition est évanescente, vague, floue, cotonneuse et que la preuve du comportement dénoncé en est d’autant plus difficile à apporter. Ajoutez à cela que la CGT, dont on connaît l’esprit de tempérance, en a fait un cheval de bataille publicitaire et un fonds de commerce financier, et vous comprendrez pourquoi une foultitude de procédures lourdes et inquiétantes encombrent les chambres correctionnelles.

Parmi celles-ci et à côté d’affaires sérieuses, on trouve des dossiers montés de toutes pièces par des petits malins, syndicalistes ou non, qui n’hésitent pas à alléguer des tentatives de suicide imaginaires ou des arrêts de travail à répétition pour cause de dépression, avalisés et cautionnés par des médecins ou des inspecteurs du travail militants ou naïfs.[access capability= »lire_inedits »]

Dans ce cadre chicanier, et à côté des roublards, on trouve également des malheureux de bonne foi qu’on a réussi à persuader de leur détresse et, plus encore, de la responsabilité du patron dans celle-ci. Car rien n’est plus facile, dans notre système psycho-médiatisé à outrance, boulimique de stéréotypes, que de convaincre quelqu’un de faible qu’il est victime de la méchanceté du salaud de service.

Pour illustrer notre propos d’un seul exemple entre mille, nous pourrions citer cette cliente, responsable d’une école supérieure privée du nord de la France, dont la vie fut gâchée durant des années pour s’être vu reprocher le suicide d’une subordonnée dans lequel elle n’était strictement pour rien. Garde à vue musclée, campagne médiatique des journaux bien-pensants et des télés suivistes, matraquage cégétiste. Relaxe devant le tribunal correctionnel. Appel à la demande du parquet et de la partie civile qui s’en remit publiquement à l’intervention de Mme Taubira. Nouvelle relaxe devant la cour d’appel. Retournement du journal régional, bien à gauche, autrefois prévenu contre elle. La crucifiée ressuscitée deux fois croyait son chemin de calvaire achevé. Coupable naïveté : un an plus tard, France Culture, ignorant avec superbe les décisions judiciaires définitivement intervenues, refaisait le match comme si de rien n’était. Mais cette fois, une seule équipe sur le terrain : interview complaisante et larmoyante des accusateurs. Pas un mot pour la relaxée, pas même avertie du procès radiophonique diligenté par contumace. Affaire en cours…

C’est donc dans ce contexte idéologique, médiatique et victimaire particulier que, dans un domaine très voisin, Benoît Hamon aura tenté de faire porter le chapeau financier du « burn out » à des entreprises françaises au bord de la dépression. Quand un mot n’a pas de traduction véritable dans sa langue vernaculaire, c’est que sa signification n’est rien moins que claire. Personne ne connaît l’origine du big bang, idem pour celle de « l’épuisement professionnel », dont le mystérieux syndrome touche d’ailleurs davantage les dirigeants que les employés. Qu’importe à M. Hamon, celui-ci a voulu en faire une maladie professionnelle rien que pour faire bisquer les patrons et jouir sans entrave les syndicats marxisants… Sauf que cette maladie psychique multiforme et pluricausale n’est pas professionnelle, ou pas exclusivement professionnelle. Fort heureusement, et malgré son désir de ne pas désespérer la gauche de la gauche, le sage M. Rebsamen est resté droit.

Mais c’est encore une fois dans le domaine sexuel que les harceleurs harassants du harcèlement donnent toute la mesure de leur démesure.

Pour illustrer son propos plaisamment, et dans la rubrique « mieux vaut en rire », le citoyen juriste propose une promenade guidée à l’intérieur du « plan national de lutte contre le harcèlement sexiste et les violences sexuelles dans les transports en commun » présenté le 9 juillet dernier par une Mme la secrétaire d’État Pascale Boistard, qui mériterait d’être mieux connue.

Mais, avant cette visite récréative, arrêtons-nous à la lettre de saisine de ce rapport. Adressée le 16 juillet par la précitée et Mme Touraine à la présidence du Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes, elle vise exclusivement « le harcèlement sexiste auquel les femmes doivent faire face dans l’espace public ». Il se trouve qu’une étude dans le métro new-yorkais datée de 2014 tend à démontrer que 25 % des victimes de harcèlement sont de sexe masculin (« Stop Street Harassment », Wikipédia). Sauf à penser qu’il s’agit d’une spécificité américaine, les hommes sont également des harcelés, ce chiffre rejoignant au demeurant les statistiques françaises en matière de violence conjugale, ce qui déplaît souverainement à des associations féministes bien en cour, comme « Osez le féminisme ! », qui a participé aux travaux du flamboyant rapport.

Il est donc assez cocasse, mais significatif, hélas, que l’impasse totale sur la douleur masculine soit faite précisément sous l’égide du Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes…

Pourtant, un quart, pour ne pas être tout, c’est loin de n’être rien…

Mais trêve de ruminations, parcourons un texte qui se propose de signaler au parquet pénal, au minimum pour un rappel à la loi, les comportements déviants suivants commis donc exclusivement par des hommes :

– Le « sifflement » : première cause d’embarras juridique. Il enchante les oreilles de Sophie de Menthon, mais exaspère celles de Sophia Aram. Quelle oreille écouter ? Et surtout quel siffleur ? Entre le gentil peintre italien juché sur son échelle qui sifflote d’admiration bienveillante au passage d’une élégante et le sifflet narquois et agressif de deux cailleras frustrées, allez ensuite souffler tout ça dans le cornet acoustique d’un procureur sourd à la subtile nuance.

– Les « commentaires sur le physique ou la tenue vestimentaire ». Voilà qui rappellera à d’aucuns la fameuse pétition signée et publiée par certaines journalistes politiques dans Libération se plaignant du comportement des hommes politiques, en ce compris leurs compliments, à laquelle le citoyen juriste avait fait un sort dans Le Figaro. Le même, dans le même journal, avait confessé piteusement s’être laissé aller, mais il y a prescription, à trousser par beau temps un compliment gratuit à l’une pour une face avenante, à l’autre pour une jupe seyante. Pour tenter d’obtenir l’indulgence publique, le repentant assurait n’avoir jamais espéré recevoir le moindre retour sur un investissement verbal purement désintéressé. Sinon peut-être un sourire. Pour en revenir à la fameuse pétition journalistique, le citoyen juriste avait notamment fait remarquer, non sans gêne pour son immodestie, qu’il avait pu lui arriver de recevoir quelques compliments d’une journaliste pour sa mise ou sa coupe de cheveux et qu’il y avait survécu vertueusement. Il faisait également observer que dans le rapport de force entre une journaliste et un politicien, essentiel pour apprécier le harcèlement putatif, il était loin d’être acquis que le second l’emporte sur la première.

– La « présence envahissante » (jambes écartées). Le citoyen juriste mais perplexe, dans son obligation de conseil précautionneuse, recommande en conséquence à tout usager de sexe mâle du métropolitain de conserver les genoux strictement serrés l’un contre l’autre. En revanche, et dans le silence du texte ministériel, il en déduit que le comportement d’un individu de sexe féminin qui écarterait les jambes ne serait pas constitutif d’un harcèlement répréhensible.

– Le « regard insistant ». Dans le même esprit citoyen, il est recommandé aux mêmes usagers porteurs de chromosomes hétérogamétiques XY (ou s’identifiant librement et socialement à ceux-ci) de regarder fixement leurs genoux serrés afin d’éviter toute dénonciation, fût-elle injustifiée, au représentant du parquet compétent. Les porteuses de chromosomes XX n’étant pas concernées.

– L’« invitation insistante ». Dans un souci, peut-être excessif, de libéralité, le rapport dont il s’agit distingue ladite invitation prohibée d’avec « la drague » qui, selon lui, aurait un aspect consensuel. Toutefois, et toujours au nom du principe de précaution, le citoyen juriste recommande plutôt pour toute prise de contact pouvant déboucher sur un contact l’usage du réseau internet. Il a pu en effet arriver que l’initiative d’un dragueur ne fasse pas consensus.

D’aucuns, lecteurs ou causeurs, pourraient objecter que des unions heureuses et prolifiques se sont nouées dans le métro parisien. Ce point n’est pas contesté. Il s’agit cependant d’un temps révolu. C’était avant que des gens très intelligents et très gentils se préoccupent de nous rendre égaux et heureux.[/access]

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Allemagne : des réfugiés chrétiens persécutés par des musulmans

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Allemagne réfugiés chrétiens musulmans

Allemagne réfugiés chrétiens musulmans

Les premières répliques du séisme migratoire qui secoue actuellement l’Europe se font sentir. Et on peine à y croire. Des réfugiés fuient aujourd’hui l’Allemagne, pour échapper aux mêmes persécutions que celles qui les avaient poussés à quitter leur pays d’origine.

En Bavière, en Saxe ou dans le Brandebourg, les témoignages s’accumulent. De nombreux réfugiés chrétiens en provenance de Syrie, d’Irak ou du Kurdistan subissent intimidations et agressions de la part de réfugiés musulmans. Dans plusieurs centres d’accueil mis en place par les autorités locales, la charia s’applique et les chrétiens – minoritaires – sont victimes de brimades.

Le pasteur luthérien de l’église de la Trinité de Berlin-Steglitz (sud de Berlin) Gottfried Martens témoigne de la situation très précaire des chrétiens dans l’édition dominicale du quotidien berlinois Die Welt du 27 septembre : « Les musulmans très croyants répandent dans les foyers l’idée suivante : là où nous sommes règne la charia. » Et ceux qui souffrent le plus sont les musulmans convertis au christianisme : « Ceux-là ont 100% de chance d’être agressés », précise le pasteur.

La situation n’est pas récente : l’hebdomadaire Die Zeit s’est lui aussi fait l’écho d’agressions et d’une ambiance délétère dans les foyers de réfugiés dès juillet 2014. Voilà plus d’un an, donc, que les autorités allemandes sont conscientes des dangers qui menacent les réfugiés chrétiens. « Il y a une ambiance d’intimidation et d’hostilité envers les chrétiens », explique le prêtre maronite de Francfort Gaby Magea. L’accès aux cuisines communes est restreint pour les chrétiens, traités de « porcs » par certains musulmans, et leurs enfants sont agressés.

La solution proposée par les autorités locales ? Une ségrégation des réfugiés selon leur religion, y compris entre musulmans chiites et sunnites, qui ont importé pour certains leurs conflits sur le sol allemand. Outre-Rhin, des voix s’y opposent, au nom justement de l’asile, et prônent la distribution d’une charte fondamentale des valeurs allemandes, telles que l’égalité entre les hommes et les femmes, la liberté d’opinion ou de religion. Mais sans beaucoup d’espoir que les migrants y adhèrent, comme l’explique dans le quotidien berlinois Max Klingberg, qui travaille depuis 15 ans pour la Société internationale des droits de l’homme : « La situation va empirer, prévient-il. Les agressions sont le plus souvent le fait des Pakistanais et des Afghans, ils sont encore plus islamistes que les Syriens. » Pour lui, l’aveuglement n’est plus de mise : « Il faut arrêter de croire que tous les réfugiés sont des défenseurs des droits de l’homme. Parmi ceux qui arrivent, une portion non négligeable a des croyances d’une intensité équivalente à celle des frères musulmans. » Rien d’étonnant à ce que les témoignages recueillis en Allemagne, au sein même de foyers de réfugiés, se rapprochent de propos tenus par l’Etat islamique.

Les foyers sont désormais devenus des lieux de violence religieuse, et l’Allemagne ne peut plus l’ignorer. A Suhl, en Thuringe (centre du pays), une cinquantaine de demandeurs d’asile sunnites ont organisé ce que le mensuel bavarois Bayern Kurier (édité par le parti conservateur CSU) décrit comme « une chasse à l’homme » contre un Afghan qui avait déchiré des pages du Coran. Dix-sept personnes, donc six policiers, ont été blessées dans l’émeute qu’ils ont provoquée. L’hebdomadaire de gauche Der Spiegel, qui a consacré à cette émeute un article sur son site web, n’a pour sa part pas indiqué la raison de cette flambée de violence.

S’agit-il pour le journal d’entretenir encore un peu l’illusion, alors que l’Allemagne attend désormais près d’1 million de réfugiés d’ici la fin de l’année ? Sur les six premiers mois de 2015, 20% seulement étaient Syriens, 5,2% Irakiens, les autres provenant surtout du Kosovo et d’Albanie (17 et 13%). En 2014, le pays à accueilli deux fois et demi plus de musulmans que de chrétiens. Ces derniers ont donc été rattrapés par la peur. En Allemagne, ils sont de plus en plus nombreux à réclamer d’être hébergés au sein des églises locales. Mais pour certains, l’aide arrive trop tard. Une famille de chrétiens d’Irak a préféré rentrer à Mossoul : des islamistes présents dans leur foyer, à Geissen, les avaient menacés de les tuer et de « boire leur sang » s’ils ne partaient pas, rapporte Die Welt. Et ce départ est sans retour : tout réfugié qui quitte le pays doit s’engager à ne pas demander l’asile une deuxième fois.

*Photo : SIPA. AP21788852_000006

Syrie: Hollande toujours à contretemps

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On y était presque. Visionnaire ou réaliste, François Hollande avait revu, lors de sa dernière conférence de presse au début du mois, sa copie sur la diplomatie syrienne. La France, « engagée » depuis un an en Irak dans la coalition internationale contre l’État islamique (EI),  refusait jusqu’ici d’attaquer les djihadistes dans leur fief syrien. Car il ne fallait surtout pas «  faire le jeu » de Bachar al-Assad. Dorénavant, l’armée accomplirait en plus de ses habituels vols de reconnaissance,  des frappes aériennes contre Daech.

A cette occasion, le chef des armées françaises avait aussi changé de position vis-à-vis de l’Iran et, indirectement, de la Russie. « Il faut parler avec tous les pays qui peuvent favoriser une issue politique » sur le dossier syrien, avait-il déclaré. Cette annonce avait reçu un accueil positif, résumé par le mot du général Vincent Desportes, professeur à HEC, Sciences Po et ancien directeur de l’École de guerre : « L’évolution de la position dogmatique de la France était nécessaire. » Et au sein de l’Union Européenne, l’idée commençait à prendre. Lundi dernier, la Grande Bretagne a fait savoir que son pays était disposé à coopérer avec la Russie : « Nous sommes bien conscients du fait que Daech représente autant de menace pour la Russie que pour l’Europe et d’autres pays du monde. Il nous revient, donc, de trouver un moyen de coopérer les uns avec les autres pour lutter contre le groupe terroriste Daech », a affirmé le porte-parole du Premier ministre britannique. Le même jour, en Allemagne, le vice-chancelier Sigmar Gabriel en a fait autant : « Nos divergences de vue avec la Russie, sur fond de la crise en Ukraine, ne devraient pas influencer notre coopération au sujet du dossier syrien. Nous devons améliorer nos relations avec le Kremlin afin de mieux nous occuper de la crise ». Et d’ajouter : « L’Europe ne pourra pas boycotter la Russie à jamais et lui demander en même temps d’aider les Etats européens. »

En somme, tout allait bien, jusqu’à ce que – patatras ! – François Hollande n’arrête net sa lancée. Pire encore, doublé par Barack Obama qui a déclaré en grande pompe hier, pendant la conférence des Nations Unies, qu’il était temps de s’allier avec la Russie pour combattre Daech, le président français est revenu sur sa position initiale.

Quelle mouche l’a piqué ? Barack Obama n’a fait que se réapproprier une realpolitik vers laquelle s’orientait déjà l’Europe : « Les Etats-Unis sont prêts à travailler avec tous les pays, y compris la Russie et l’Iran, pour résoudre le conflit en Syrie. » Et voilà que la France, qui pouvait jouer un rôle important dans cette nouvelle coalition, fait sa tête de mule et freine des quatre sabots : « On ne peut pas travailler avec les victimes et le bourreau » assène notre Président. Serait-ce paradoxalement l’envie d’exister sur la scène internationale qui a poussé François Hollande à se rétracter pour mieux se différencier ?

Une chose est sûre, toutes les stratégies ont fonctionné sauf celle de François Hollande. Car le bilan des Nations Unies est clair : Barack Obama a su, en tendant la main à Poutine, déjouer la mise en scène du sauveur de la dernière chance qu’il s’apprêtait à incarner. Et le chef du Kremlin, quant à lui, est revenu de loin : grand absent du dialogue occidental, il s’impose en partenaire nécessaire de la lutte contre l’Etat Islamique. Hollande dans tout ça ? Il apparaît comme l’éternel décalé. Une image légère me vient en tête pour le décrire. En le regardant s’agiter dans son coin, on a envie de fredonner : « En retard, en retard, je suis toujours en retard, j’ai rendez-vous quelque part », l’air d’un certain petit lapin blanc au Pays des Merveilles. Le problème, c’est que nous ne sommes pas au pays des merveilles et que le lapin blanc est notre Président.

*Photo : © AFP DON EMMERT

Grèce : une autre monnaie est possible

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En Grèce, pendant que l’Etat se dépatouille avec ses problèmes économiques et politiques, certains se débrouillent pour trouver des moyens de continuer à vivre et échanger malgré la raréfaction de la monnaie. Ainsi, le troc a pris une ampleur nouvelle en s’appuyant notamment sur Internet.

« En Grèce, nous avons un problème majeur de liquidités » déclare Thodoris Roussos au New York TimesCe boucher a longtemps ajourné la réparation de son camion faute de moyens financiers. Grâce au troc, il a pu échanger sa viande contre les produits dont il avait besoin, notamment des roues neuves pour son véhicule. L’homme auquel il a donné en échange un mois de viande de sa boucherie a lui-même utilisé cette offre pour obtenir un iPad.

Les différents protagonistes se sont rencontrés sur un nouveau service d’échange en ligne, Tradenow. La plateforme, installée à Athènes, a créé sa propre monnaie : les tradepoints. Ceux-ci permettent de continuer à commercer sans recourir à la vraie monnaie qui, comme l’explique M. Roussos, « n’est pas rapidement disponible ».

En supprimant l’intermédiaire monétaire, les échanges redémarrent. Dans la boucherie de M. Roussos, les ventes étaient en berne. Mais, à partir du moment où il a commencé à proposer sa viande contre des tradepoints, il a relancé son activité. Les Grecs, s’ils ont peu de liquidités, ont de nombreuses choses à échanger et proposent toutes sortes de marchandises. Quelqu’un lui a, par exemple, proposé un CD de Madonna. « Mais j’ai dit non, explique le boucher. Un CD de Madonna ne vaut définitivement pas un poulet. » Le troc enseigne donc à valoriser les produits, en plus de redynamiser les échanges.

Pour Yiannis Deligiannis, le fondateur de Tradenow, l’essor du troc est dû à la conjoncture : « L’économie continue de se détériorer », assure-t-il dans le New York Times. Selon lui, la politique actuelle de la Grèce ne peut pas redresser le pays. Aussi se propose-t-il de développer de nouveaux moyens de le faire : « Le contrôle des capitaux était la dernière balle dans notre tête. Les gens doivent trouver de nouveaux moyens de faire fonctionner les choses. Nous leur offrons une alternative. »

L’imposition du contrôle des capitaux a, en tout cas, accéléré la prolifération du troc. Après l’entrée en vigueur de cette mesure, en juin, 6000 nouveaux utilisateurs ont rejoint Tradenow. Même les petites entreprises, qui ont longtemps regardé le troc comme un système utopique, commencent à se rallier aux visions de M. Deligiannis.

Sur son site, un tradepoint vaut un euro. A partir de là, différentes possibilités s’offrent aux utilisateurs. On peut troquer directement des produits, commercer en tradepoints ou, si l’on veut, introduire des euros dans les transactions. C’est cette flexibilité, ajoutée aux potentialités des nouvelles technologies, qui a permis de faire reconnaître l’efficacité du système.

Cependant, cette activité reste relativement marginale et ne peut être conçue comme la solution ultime à la crise monétaire que vit la Grèce. Il fait seulement partie des idées naissantes pour appréhender un avenir incertain. Pour Helen Panagiotopoulos, chercheuse à l’Université de New York travaillant justement sur ce sujet, « il y a un sentiment pressant selon lequel nous avons besoin de travailler ensemble pour former quelque chose qui nous connecte tous, car nous ne savons pas ce qui peut se passer dans l’avenir ».

Logiquement, certains tentent donc de mettre en avant et de développer le troc, non seulement pour pallier l’actuel manque de liquidités mais pour ne pas se retrouver entièrement démuni en cas de sortie de l’euro. Même si le nouveau gouvernement de coalition dirigé par Alexis Tsipras a promis de rester dans la zone euro, les turbulences du mois de juillet ont laissé un souvenir cuisant dans le pays.

Le troc peut donc être vu comme un moyen crédible de construire des alternatives au système actuel. Jorge Kazianis, un électricien de 59 ans au chômage depuis 2010, a retrouvé du travail grâce à une autre plateforme : « Depuis les temps anciens, quand il n’y avait pas d’argent, les transactions se faisaient par le troc. Je n’ai pas confiance en ce que la monnaie est devenue aujourd’hui. La crise en est le sous-produit, quand beaucoup de monnaie est dans les mains de quelques-uns et que la plupart des autres en manquent. »

Dans un monde sans monnaie, ou sans confiance en celle-ci (ce qui revient au même), les solutions du passé pourraient devenir celles du futur.

*Photo : wikicommons.

Syrie : de la morale et de la realpolitik

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« Après tant de sang versé et de carnages, il ne peut y avoir un retour au statu quo d’avant la guerre », a déclaré Obama à propos d’Assad. « On ne peut pas faire travailler ensemble les victimes et le bourreau. Bachar al-Assad est à l’origine du problème et il ne peut pas faire partie de la solution », a déclaré pour sa part François Hollande. Quant à Poutine, après sa poignée de main avec le président américain, il y va franco de port : « J’ai le plus grand respect pour mes homologues américain et français mais ils ne sont pas des ressortissants syriens et ne doivent donc pas être impliqués dans le choix des dirigeants d’un autre pays. »

On peut se demander, puisque sur le terrain les choses vont revenir au même, quelle différence il y a entre Obama et Hollande d’un côté et Vladimir Poutine de l’autre. C’est pourtant évident : c’est la morale. L’un ne se sent pas obligé d’en faire avant d’aller bombarder des salopards et des civils. L’un n’aura pas changé d’allié – un autre salopard mais catégorie en-dessous – en cours de route, façon réécriture permanente de l’histoire, comme dans 1984 quand Océania est alliée à Eurasia contre Estasia alors que c’était le contraire un an auparavant mais qu’il ne faut pas le dire et encore moins l’écrire.

Bombarder l’Etat islamique, c’est aider Assad. On aura beau faire comme si, il faut assumer. Ou si vous préférez, quand on fait, tout comme les Russes, de la realpolitik néo-impérialiste, on pourrait au moins avoir la politesse de son cynisme et arrêter de parler des droits de l’homme : c’est encore plus obscène dans son genre.

France/USA : La guerre du droit aura bien lieu

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tafta alstom bnp

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Il ne s’agit pas de simples anecdotes ni de regrettables incidents de parcours. PSA contraint de renoncer au marché iranien ; BNP Paribas condamné à payer une amende de 9,8 milliards de dollars au Trésor américain ; Alstom Énergie vendu à General Electric ; diverses sociétés françaises mises en cause pour des pratiques commerciales jugées banales, tout à coup dénoncées et poursuivies par des procureurs américains – et la liste est infiniment plus longue si on y ajoute les PME déstabilisées par des procès à répétition, des vols de brevets ou des attaques en réputation bien échafaudées. Les malheureuses avaient jugé bon de s’aventurer en Afrique, en Asie, aux Amériques, et de payer en dollars !

De quoi s’agit-il ? Banque française, BNP Paribas a réalisé des opérations avec des pays comme l’Iran ou le Soudan qui n’étaient pas à ce moment-là sous embargo européen, alors qu’ils étaient sous embargo américain. Cependant, ces opérations libellées en dollars tombaient sous le coup d’une juridiction américaine – et BNP Paribas affichait une santé insolente après avoir échappé aux effets de la crise de 2007 grâce à une gestion extrêmement prudente. Constructeur français, PSA vendait avec succès des automobiles sur le marché iranien, mais voilà, Chrysler faisait partie de ses actionnaires. L’Iran étant soumis à un embargo américain, Chrysler a exigé que PSA s’y conforme… tout en vendant non pas des voitures, mais des pièces détachées à l’Iran[1. Conflits, « Entretien avec Alain Juillet », novembre 2014.].

Les accusations de corruption ont conduit des procureurs américains à poursuivre les dirigeants d’Alstom, à placer l’un d’eux en quartier de haute sécurité pendant quatorze mois, et certainement contribué à la vente de la branche énergie d’Alstom à General Electric, ce qui place de fait l’entretien des turbines nucléaires françaises dans les mains d’une entreprise étrangère (Alstom paiera néanmoins, en 2015, 773 millions de dollars d’amende au Trésor américain[2. À ce sujet, lire notamment Jean-Michel Quatrepoint, « La vente d’Alstom à General Electric est un scandale d’Etat », Le Figaro, 3 mars 2015.]). Faut-il aller jusqu’à dire qu’un gouvernement socialiste a sacrifié l’indépendance nucléaire de la France ?[access capability= »lire_inedits »] La question est au moins posée, comme elle est posée par la pression croissante exercée sur le Parlement européen en faveur de la commercialisation des OGM, du brevetage du vivant[3. Décision de l’Office européen des brevets de mai 2015 autorisant deux sociétés à breveter des espèces végétales déjà connues et cultivées, simplement pour y avoir identifié des gènes sans invention ni modification d’aucune sorte.], contre la liberté de réemploi des semences[4. Vote du Parlement européen de mai 2015 supprimant la liberté de réemploi et de vente des semences dites «  semences de ferme ».], ou encore contre les appellations géographiques protégées, spécialité française s’il en est, qui pourraient bien passer à la trappe du traité de libre-échange transatlantique – attendons un peu pour voir.

Pour prendre la mesure de la guerre juridique en cours, il suffit de rappeler qu’en 2014 les entreprises françaises sanctionnées au titre du FCPA (Foreign Corrupt Practices Act) ont versé 11,4 milliards de dollars au Trésor américain, plus que l’impôt qu’elles ont payé au Trésor français ! Votée en 1977 après un scandale international impliquant Lockheed Martin et Exxon, cette loi permet de poursuivre toute tentative de corruption d’un agent public étranger dans le but d’obtenir un marché. En 1998, elle a été étendue aux entreprises non américaines suspectées de recourir à la corruption, même si aucune entreprise américaine n’est lésée. Ainsi un Indonésien a-t-il été jugé passible des tribunaux américains pour allégation de corruption de fonctionnaires indonésiens… parce qu’il avait utilisé un téléphone portable équipé d’une puce américaine ! Ainsi une entreprise française est-elle poursuivie aux États-Unis pour présomption de corruption avec un pays africain qui aurait fait l’objet de courriels transitant par un hébergeur américain ! De même, des dizaines d’entreprises se voient intenter des procès pour des faits n’ayant aucun rapport avec les États-Unis, au simple motif que les transactions incriminées sont libellées et réglées… en dollars ! Un simple message, transmis, stocké ou reçu par un serveur situé aux États-Unis, fait tomber une entreprise sous la compétence de la loi américaine ! Vous voilà prévenus ! Les entreprises qui ont recours à des sociétés de conseil et d’audit, à des hébergeurs, à des fournisseurs de « cloud » américains, connaissent-elles les risques auxquels elles sont exposées ?

Il faut noter que l’indigence des États en matière de lutte anti-corruption ou, à tout le moins, leur coupable tolérance dans ce domaine, fournit une légitimité morale inattaquable à l’intransigeance américaine. Si la France savait soumettre ses banques, ses industriels, ses marchands, à ses lois et à ses intérêts nationaux, cela se saurait ! Nul ne peut reprocher au FCPA de ne pas servir les intérêts du commerce. Du reste, ceux qui ont appelé de leurs vœux, légitimé, célébré la globalisation sont mal avisés de se soustraire à ses conséquences : si l’économie est désormais le principe géopolitique du monde, alors le droit est dicté par la nécessité de faciliter les affaires. Vous avez voulu des dollars, vous ne pouvez pas refuser la loi qui va avec.

Le point déterminant, celui qui emporte tous les autres, c’est l’enjeu moral. C’est au nom de la lutte contre la corruption que le juge américain s’érige en conscience du monde et prétend soumettre l’ensemble des relations contractuelles dans le monde au rouleau compresseur de la conformité – non sans quelque provincialisme, au demeurant : comment appeler autrement que « corruption légale » la capacité des sociétés américaines à financer sans plafond les campagnes électorales ? Les relations commerciales relevaient hier du monde des cultures, elles appartiennent désormais à celui du droit. On peut mettre en cause cet impérialisme moral, ou monothéisme du droit. Au motif d’établir partout des pratiques commerciales copiées sur le « modèle américain », la loi peut-elle contraindre les mœurs, abolir l’histoire, la culture et l’appartenance ? L’uniformité du droit peut-elle effacer l’infinie diversité des pratiques et des relations ?

Une pression insidieuse voudrait nous faire croire que le droit d’origine anglo-américaine, la common law, est meilleur pour les affaires que le droit romain, ce qu’aucune étude crédible n’a démontré. En réalité, la théorie des « origines légales » (« legal origins »), promue par quatre juristes américains, comme les fantaisies sur la « bonne gouvernance » entérinées par la Banque mondiale, ou encore les fumeux classements du type « Doing Business », dont la visibilité médiatique est inversement proportionnelle à la qualité statistique, ont tous la même fonction : délégitimer le droit européen, continental, romain, au profit du droit américain, et justifier la colonisation de l’espace juridique national par des lois, des principes et des logiques qui lui sont étrangers.

 

Conduite par des ONG américaines comme Transparency International, qui rémunèrent avocats et juristes dans le monde, cette offensive habille de grands principes et de haute moralité la volonté de soumettre le monde à l’intérêt national américain. Cette année encore, ces officines ont publié une liste des entreprises d’armement à cibler ; comme par hasard, on y trouve Thales, Dassault, Safran.

Aussi juste et nécessaire soit la lutte contre la corruption, le totalitarisme du Bien made in US menace un bien encore supérieur – la diversité des sociétés, des cultures et des mœurs humaines. Le droit joue un rôle inédit dans la société moderne. Il est supposé organiser la totalité des relations humaines, par le contrat, pour les modalités, et par le marché, pour le prix. Il prétend décider des formes politiques conformes, enjoint aux attardés qui rêvent encore d’État-nation, c’est-à-dire de souveraineté, de frontières tenues et de la capacité à décider qui appartient à la collectivité nationale et qui ne lui appartient pas, d’en finir avec cette forme historiquement dépassée (voir à ce sujet les déclarations de Tony Judt sur le Proche-Orient ou celle du général Wesley Clark en ex-Yougoslavie). Au demeurant, c’est le message que la « communauté internationale » adresse à Israël, avec une insistance désormais pressante. Qui est cet État qui prétend conserver son identité singulière, la défendre et la transmettre ?

L’Europe devrait mener ce débat, qui est un combat. La guerre du droit est déclarée, il faut la livrer, et l’emporter. Et si la première condition est la lutte effective de l’Europe contre les cas manifestes de corruption institutionnalisée, la seconde condition est la séparation de l’Europe libre de l’Amérique, qui entend l’occuper juridiquement. Dès qu’une entreprise repère dans ses activités et son organisation les portes qui donnent accès à la justice américaine, elle doit fermer ces portes, qui sont autant de points de vulnérabilité. Cela signifie couper toute relation avec des prestataires de services, établissements financiers, détenteurs de capitaux, moteurs de recherche, hébergeurs et, plus que tout, bien sûr, avec le dollar. Cela signifie protéger ses comptes, ses messageries, sa mémoire, ses fichiers et ses brevets. Plus aucune entreprise européenne ne devrait utiliser un serveur ou un prestataire américain, admettre des fonds américains à son capital ou employer des prestataires d’audit et de conseil américains, sans savoir qu’elle tombe sous le coup de l’espionnage et du droit américains. Car le Patriot Act fait obligation à un prestataire américain de dévoiler à la justice américaine, et sans en informer son client, toute information susceptible d’intéresser les services de sécurité – et la NSA s’intéresse à beaucoup de choses. L’Europe doit s’allier avec d’autres régions du monde désireuses de s’engager dans la construction d’un système financier, comptable et monétaire indépendant des colons américains. Le mot n’est pas trop fort dès lors qu’il s’agit de l’essentiel – la primauté du politique, c’est-à-dire le choix, par un peuple, de ses priorités et de son destin. Quand l’exigence de « compliance » (conformité) va jusqu’à nomination, au sein d’entreprises françaises, d’agents de l’Amérique – appelés « moniteurs » à BNP Paribas, Total, ou à la Société générale –, cela s’appelle une occupation. Cette occupation a sécrété des collaborateurs, elle doit faire naître des résistants.

J’ai écrit Le mur de l’Ouest n’est pas tombé, parce que des dirigeants européens me faisaient part avec insistance de leur désarroi face à un nouvel ordre – un ordre américain qui s’impose sans débat, sans vote et sans recours. Qu’on ne me soupçonne pas, pour autant, d’antiaméricanisme idéologique. Demain, c’est sans doute à l’intérêt chinois qu’il faudra résister. Aujourd’hui, c’est l’ordre juridique américain qui menace notre liberté, celle de décider de nos lois et de suivre nos principes. Cette alerte est loin d’être anodine. Le droit est en effet la première arme de destruction massive de la modernité. C’est le droit qui affaiblit l’État, le droit de l’individu absolu qui menace la démocratie, le droit positif tiré des déclarations des droits naturels qui détruit la République. La question est donc éminemment politique. Au nom de la facilitation des affaires et de ces notions biaisées que sont la compétitivité et l’attractivité des territoires, excellents moyens pour soumettre le politique à l’agenda du capital, c’est la souveraineté des nations et la démocratie qui sont en question. Nous ne savons plus respecter ces merveilleux édifices juridiques que l’histoire, la culture et les singularités des peuples ont patiemment élaborés. Le droit était la sagesse d’une nation, trésor accumulé de principes, de faits, d’idéaux et de techniques entremêlés. Le droit était un régime de vérité, au cœur de la diversité des sociétés humaines. Le droit globalisé est un droit de nulle part, pour des hommes de nulle part, ou de partout – qui ne se supportent plus nulle part. Le monde même leur est trop petit. Ils rêvent tous les jours de le changer. D‘ailleurs, comme Hannah Arendt l’avait vu, ils le détruisent sans remords et sans retour.

Où est la certitude tranquille d’un Marcel Arland, d’un Jakez Hélias, pour qui leur village était le monde – ou en donnait les clés et, en tout cas, suffisait à leur bonheur ? Et qui sommes-nous, pour oublier que nos lois, cette expression ténue de tant d’expériences, de tant de combats, de tant d’histoires et de mémoires, sont une manière de dire « nous » et de durer, contre la confusion, l’indifférenciation et la mort qu’elles appellent ?[/access]

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Le Mur de l'Ouest n'est pas tombé

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Alstom, scandale d'État

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*Photo : Sipa. Numéro de reportage : AP21653817_000001.

Robert Delord: 75% des Français contre la réforme du collège

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latin reforme college arrete char

latin reforme college arrete char

Causeur. Association de défense des langues et civilisations de l’Antiquité, Arrête ton Char est à la pointe de la contestation de la réforme du collège. Comment vous êtes-vous engagés dans ce combat ?

Robert Delord. Depuis nos débuts, nous avons pris le parti de ne pas adopter le mode de la déploration d’un énième collectif de défense (et illustration) des langues Anciennes. Au contraire, nous essayons depuis septembre 2006 de proposer aux élèves et aux enseignants des ressources variées pour renouveler sans cesse l’enseignement des langues Anciennes et établir des ponts  entre monde antique et monde moderne. C’est bien malgré nous et de façon à relayer les inquiétudes justifiées de tous nos collègues que nous avons été amenés à prendre la parole dans ce débat.

Le choix du nom de notre association, volontairement décalé, nous a facilité la tâche puisque beaucoup de journalistes qui ont commencé à s’intéresser aux Langues Anciennes depuis l’annonce de la réforme, ont, à tort, pensé qu’il signifiait « Arrête ton char Najat Vallaud-Belkacem ! ».

Vous avez déposé un recours devant le Conseil d’État pour demander l’abrogation du décret de la réforme. Quels sont vos principaux griefs ?

Disons qu’après une réaction forcément épidermique à l’annonce du démantèlement pur et simple de nos disciplines, latin et grec ancien, nous avons écouté, lu et analysé le plus objectivement possible toutes les annonces faites, tous les arrêtés, décrets et projets de programmes publiés par la DGESCO (direction générale de l’enseignement scolaire) et le ministère, ce qui nous a amené à nous opposer non plus seulement au sort réservé à nos disciplines, mais à l’ensemble de cette réforme.

Le premier point contesté porte sur la forme et l’absence avérée de consultation du Comité technique ministériel de l’enseignement, une instance de représentants du personnel qui doit impérativement être consultée sur les questions relatives à l’organisation des établissements, à leur fonctionnement, aux évolutions des méthodes de travail et à leur incidence sur les personnels. Cet oubli constitue un vice de forme qui à lui seul remet en cause le décret de la réforme et prouve, s’il en est encore besoin, le manque de considération des personnels, la précipitation et l’amateurisme dont a fait preuve le Ministère lors de la publication de ce texte.

Ensuite, au niveau du contenu même, l’organisation proposée par l’arrêté et le décret portent atteinte à la notion de socle commun puisque les enseignements complémentaires seront retranchés des enseignements communs.

Enfin, l’organisation des enseignements proposés porte atteinte à l’égalité de traitement des citoyens devant le service public puisque les heures d’enseignements complémentaires (Enseignements Pratiques Interdisciplinaires et Accompagnement Personnalisé) seront retranchées des heures d’enseignements communs et cela de manière propre à chaque établissement

Certains affirment que le latin « n’est pas assez sexy », pour reprendre l’expression employée par un conseiller de la ministre.  Quel message voulez-vous faire passer ?

Pseudo-intellectuels, réactionnaires, élitistes, conservateurs, antiréformes, antimodernes, immobiles, électeurs de droite : voilà un petit florilège des qualificatifs dont nous ont gratifié ces derniers mois ministres, députés PS, syndicat pro-réforme et même Président de la République. Il faut se méfier des personnes qui s’autoproclament progressistes et cherchent à confisquer ce terme à leur seul profit. Ces personnes-là font le même hold-up que l’UMP avec le terme « républicain ». J’aimerais qu’on nous présente un seul enseignant qui choisisse ce sacerdoce sans avoir à cœur de faire progresser ses élèves, son métier et l’école de la République.

Les professeurs de langues anciennes font partie de ceux qui ont le plus fait évoluer leurs pratiques pédagogiques ces vingt dernières années. Bien obligés ! Depuis que l’option latin n’est plus obligatoire, le professeur de Latin est le seul qui doit chaque fin d’année prendre son bâton de pèlerin pour aller recruter ses élèves de l’année suivante. Dans ces conditions, il serait assez intéressant de voir si un professeur d’une autre discipline obligatoire réussirait à remplir les trente places de sa salle de classe.

La mobilisation contre la réforme du collège prend des formes inédites. Du côté des enseignants, elle ne se limite plus aux actions syndicales traditionnelles.  Du côté des parents, les grandes fédérations représentatives soutenant plutôt la réforme, nombreux sont ceux qui se tournent aujourd’hui vers les structures locales (associations locales de parents d’élèves, collectifs parents-enseignants). Quel regard portez-vous sur la  mobilisation de la société civile ?

Il est rassurant de voir que la société civile s’empare de cette question de la réforme du collège. Cela montre que les Français sont attachés à l’école de la République, qu’au sortir de trente ans de collège unique, ils attendent qu’on leur propose un autre collège qui repose non sur un principe d’égalitarisme forcené, mais qui offre de vrais moyens et de vrais dispositifs pour aider chaque élève à progresser.

Nous avons bien l’intention de continuer à informer le public en organisant diverses actions médiatiques durant cette année scolaire 2015-2016. Nous vous donnons d’ailleurs rendez-vous dès le 10 octobre à Paris pour la manifestation nationale contre cette réforme du collège. Les profs de Langues Anciennes vous montreront qu’ils ne sont pas aussi poussiéreux qu’on voudrait le faire croire.

Que dites-vous de ce sondage confidentiel commandé par l’Elysée cet été et qui montre la très grande défiance des Français à l’égard de cette réforme ?

Nous risquons d’attendre un bon moment avant de pouvoir le lire et le commenter ! Autant nos responsables politiques n’ont pas de scrupule à répéter que 70% des Français, comme Emmanuel Macron, trouvent injustifié le statut des fonctionnaires, autant ils ont du mal à avouer que 75% des Français sont opposés à la réforme du collège[1. D’après un sondage commandé par le Service d’Information générale (SIG), notamment évoqué au cours de l’émission Rue des Ecoles sur France Culture].

Cet exemple, ainsi que le refus de publier le bilan de la réforme du lycée avant la mise en place effective de la réforme du collège (qui s’en inspire en partie) prouve bien que, contrairement à ce qu’affirme le ministère, cette réforme du collège n’est pas issue du terrain, mais impulsée d’en haut, bref, une réforme Top-Down.

Plusieurs médias ont fait état de pressions sur des enseignants engagés contre la réforme.  Qu’en est-il ?

Face à un rejet massif de cette réforme par les enseignants, le ministère de l’Education National n’a d’autre choix que de verrouiller au maximum la communication pour éviter que le grand public (les utilisateurs du service public d’éducation) ait vent des points d’achoppement de cette réforme pourtant cruciale. Le service de com’ du ministère réclame à ses conseils nationaux la rédaction de panégyriques de la réforme. Les rectorats demandent aux établissements de ne plus communiquer sur le sujet sans autorisation dûment complétée de la DASEN (direction académique des services de l’éducation nationale). Certains vont même jusqu’à convoquer des collègues pour leur stipuler que la diffusion d’un calendrier parodique ou le fait de s’exprimer contre la réforme dans les médias relève de « l’atteinte à la dignité de la fonction publique et de l’enseignement. Enfin, certains chefs d’établissements interdisent aux enseignants qui le souhaitent d’organiser des réunions d’information à destination des parents ou même de tracter aux abords des collèges. On nous a également rapporté des cas de chantage à l’organisation de sorties scolaires exercé par le chef d’établissement sur des enseignants souhaitant se porter grévistes lors des manifestations du 17 septembre dernier.

À propos de cette réforme, Najat Vallaud-Belkacem a parlé d’un malentendu avec les enseignants. Que lui conseillez-vous de faire pour le dissiper ?

Il semble malheureusement que le ministère ne souhaite pas entendre les enseignants. On veut nous faire croire que cette réforme apportera de l’autonomie aux établissements et confiera liberté pédagogique et responsabilités aux enseignants alors que c’est exactement l’inverse. La plus grande preuve de confiance eût été d’associer véritablement tous les personnels de l’Education Nationale à cette formidable et nécessaire entreprise de rénovation du collège et des programmes d’enseignement. Le calendrier politique en a décidé autrement ! Le malentendu est du côté du Ministère. Les enseignants qui sont opposés à cette réforme ne sont pas opposés à toute réforme. Bien au contraire : eux connaissent la nécessité de réformer le collège. Eux sont sur le terrain, dans des salles souvent surchargées, pas dans les bureaux feutrés de la Rue de Grenelle. Eux sont aux côtés des élèves qu’ils connaissent et dont ils connaissent les besoins, pas dans un entre-soi déconnecté de la réalité. Les enseignants veulent une réforme profitable à tous leurs élèves ; s’ils ne l’obtiennent pas, il n’y aura sans doute aucun malentendu aux prochains scrutins.

*Photo: Pixabay.

Onfray – Dupont-Aignan, même combat?

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peuple moix onfray

peuple moix onfray

Bref rappel des faits.

Yann Moix : « Qu’est-ce que vous appelez le peuple, Michel Onfray ? Ça veut rien dire, le mot peuple… »
Michel Onfray : « Ah, si vous ne savez pas, c’est votre affaire… Je trouve assez symptomatique que vous ayez besoin qu’on définisse un mot comme celui-ci… Vous l’avez tellement oublié… Le peuple, c’est ce sur quoi s’exerce le pouvoir. C’est-à-dire que ce n’est pas vous, parce que vous, vous l’exercez, le pouvoir… »

« Le peuple old school », surenchérit Léa Salamé, tout étonnée d’avoir entendu cette expression dans la bouche d’Onfray. Elle n’a pas lu Machiavel — on ne s’en étonnera pas. Elle ignore la distinction qu’opère le Florentin entre le popolo grasso », les gros, les gras, les puissants, et le popolo minuto — les petits, les obscurs, les sans grade. Elle n’a pas lu non plus Michelet (on ne s’en — etc.), qui dans le Peuple justement, explique que c’est le plus grand nombre, opposé aux classes supérieures, dirigeantes, — les favorisés.
Elle n’a pas lu non plus Rousseau (on ne… etc.), le premier à dégager la notion de « peuple souverain » — nous avons perdu aujourd’hui le sentiment de la puissance de cet oxymore énoncé en des temps monarchiques. Et comme le souligne Natacha Polony dans une excellente chronique parue dans Le Figaro ce week-end, « le crime de Michel Onfray, de Jacques Sapir ou de quelques autres porte un nom : souverainisme. »
Le souverainisme, c’est le refus de cette puissance et de cette morgue assénées d’en haut. Le refus du traité de Maastricht, le refus de cet étalage des appétits que l’on appelle aujourd’hui Europe, le refus de l’humiliation de la Grèce, le refus de cet humanisme de façade qui parle avec des trémolos des « migrants » pour mieux ignorer les souffrances au jour le jour du peuple ici présent, le refus du mépris parisien de la « France périphérique », le refus du cirque médiatique où s’agitent des journalistes qui pérorent avec autorité sur tout ce qu’ils ne connaissent pas. Le refus aussi bien de la dégringolade de l’Ecole, pensée par des gens qui ne veulent surtout pas que le peuple pense — on ne sait jamais, il pourrait s’apercevoir que le libéralisme débridé, ou la mondialisation version Goldmann Sachs, ne sont ni souhaitables, ni fatals.
Alors, qui est le pouvoir ? « Tous ceux, répond Polony, qui sous couvert d’expertise et de gouvernance, ont réinventé l’oligarchie censitaire. Les mêmes d’ailleurs, qui ont, des années durant, orchestré la destruction de l’école et interdit aux futurs citoyens tout espoir d’émancipation intellectuelle. »
Le paradoxe (mais ce n’est est déjà plus un), c’est que ce soit le Figaro qui héberge cette tribune. Et qu’au même moment ce soit Libé qui ouvre la chasse à l’Onfray. Libé où Laurent Joffrin (tiens, encore un homme de pouvoir — où est le temps où je défendais ce journal les armes à la main ?) voit Onfray sur « la pente glissante du souverainisme ». Onfray – Dupont-Aignan, même combat.

Mais oui — quand on y pense. Parce que dans « peuple souverain », il n’y a pas forcément « populisme » — le gros mot avec lequel tous ces sycophantes tentent de désamorcer la critique qui pourrait les renvoyer à la rue — ou à la lanterne.

Oui, Polony a raison : ça les effraie rudement. Ils savent que si le peuple se soulève, ils seront pendus — eux les premiers. Eux, les faiseurs d’opinion, les chantres du libéralisme fatal, les panégyristes de Hollande ou de la réforme du collège — parce que la dernière trouvaille de Vallaud-Belkacem pour réduire le peuple est une arme de destruction massive. Participer à la manifestation du 10 octobre est une nécessité vitale — et peu importe qui y sera, il faut oser désormais l’alliance de tous les souverainismes pour chasser cette caste au pouvoir — et la pendre. Comment disait Quilapayun déjà ? « El pueblo unido jamás será vencido ».

C’était en juillet 1973. Deux mois plus tard, le 11 septembre, le libéralisme allait montrer au Chili de quoi il était capable lorsque s’exprimait la souveraineté populaire. Un libéralisme qui n’avait pas encore la tête de Laurent Joffrin, ni le rictus fatal de Yann Moix, ou la mâchoire pendante de Léa Salamé, comme dit B. Guillard dans un éditorial bien senti. Il avait celle de Pinochet, leur grand-papa à tous.

Allez, le jour se lève, il est temps d’aller boire un petit noir sur le quai de Rive-Neuve — au Café de la Marine (mais non, ce n’est pas une déclaration d’amour à la patronne du FN !). Il fait beau, ça rougeoie vaguement à l’est. Comme disait Quilapayun à la fin de la chanson,

« La luz de un rojo amanecer
anuncia ya la vida que vendrá. »