« Après tant de sang versé et de carnages, il ne peut y avoir un retour au statu quo d’avant la guerre », a déclaré Obama à propos d’Assad. « On ne peut pas faire travailler ensemble les victimes et le bourreau. Bachar al-Assad est à l’origine du problème et il ne peut pas faire partie de la solution », a déclaré pour sa part François Hollande. Quant à Poutine, après sa poignée de main avec le président américain, il y va franco de port : « J’ai le plus grand respect pour mes homologues américain et français mais ils ne sont pas des ressortissants syriens et ne doivent donc pas être impliqués dans le choix des dirigeants d’un autre pays. »

On peut se demander, puisque sur le terrain les choses vont revenir au même, quelle différence il y a entre Obama et Hollande d’un côté et Vladimir Poutine de l’autre. C’est pourtant évident : c’est la morale. L’un ne se sent pas obligé d’en faire avant d’aller bombarder des salopards et des civils. L’un n’aura pas changé d’allié – un autre salopard mais catégorie en-dessous – en cours de route, façon réécriture permanente de l’histoire, comme dans 1984 quand Océania est alliée à Eurasia contre Estasia alors que c’était le contraire un an auparavant mais qu’il ne faut pas le dire et encore moins l’écrire.

Bombarder l’Etat islamique, c’est aider Assad. On aura beau faire comme si, il faut assumer. Ou si vous préférez, quand on fait, tout comme les Russes, de la realpolitik néo-impérialiste, on pourrait au moins avoir la politesse de son cynisme et arrêter de parler des droits de l’homme : c’est encore plus obscène dans son genre.

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Jérôme Leroy
Ecrivain et rédacteur en chef culture de Causeur.Dernier roman publié: Un peu tard dans la saison (La Table Ronde, 2017). Prix Rive Gauche
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