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Frappes russes en Syrie : le jeu trouble de la France

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Après un mois de montée en puissance militaire à Lattaquié et Tartous, après les annonces de Vladimir Poutine à la tribune de l’ONU, les premières frappes russes en Syrie ont « surpris les occidentaux ». Les réactions outrées de Laurent Fabius ce matin sur RTL ont fait écho à « la préoccupation » du secrétaire général de l’OTAN. Une sorte de panique semble gagner Paris, comme si l’engagement de Moscou remettait en cause la stratégie française en Syrie. Visiblement, l’intervention russe dérange.

Poutine, en effet, ne se contente pas de frapper Daech. Il frappe aussi Al-Qaïda en Syrie (le Front Al-Nosra) ainsi que ses alliés de « l’armée de la conquête ». Il y a quelques jours, la France a, elle aussi, effectué ses premiers bombardements contre Daech en Syrie. Mais elle se refuse à frapper, comme le font les Etats-Unis et la Russie, d’autres groupes terroristes tout aussi dangereux bien que rivaux : Al-Qaïda en Syrie et les multiples brigades djihadistes qui gravitent autour, en particulier dans la région d’Idleb et de Deraa. Bataillons djihadistes que la diplomatie française persiste à appeler « rebelles », « opposition modérée » et mêmes « résistants ».

Les frappes russes dérangent parce qu’elles mettent en lumière le jeu trouble de la France en Syrie. Et tous les moyens sont bons pour le couvrir d’un écran de fumée oratoire. « Ils ont frappé, pour une bonne part, des résistants et les civils » s’insurge notre ministre de la propagande et des affaires étrangères. Petit-fils de résistante de la première heure, mon sang n’a fait qu’un tour. Ces salauds de russes massacreraient des civils et des « résistants » ? Ce souvenir résonne singulièrement dans le cœur des Français et on ne peut le manipuler sans faire attention. Mais la diabolisation de Vladimir Poutine n’a plus aucune limite ; amalgamer Jean Moulin à des djihadistes sans scrupules, il fallait le faire. Laurent Fabius l’a fait.

Les frappes russes brisent le mythe assez répandu en France d’une guerre à trois où Daech et Bachar Al-Assad se battraient contre des rebelles dont l’opposition démocratique serait la garante du futur radieux de la Syrie. Cette vision écarte le fait qu’une majorité de sunnites se rapprochent du régime pour échapper à la terreur et à la guerre djihadiste. Non seulement celle de Daech mais surtout celle d’Al-Qaïda en Syrie. Les leçons des interventions occidentales en Irak et en Libye sont pourtant claires : non seulement il faudra se débarrasser de Daech mais aussi de tous les groupes djihadistes qui sèment le chaos et la guerre civile. Ceux que Laurent Fabius appelle « les résistants » sont des criminels qui pourraient eux aussi comparaître devant la CPI, mais ils sont soutenus par nos alliés démocratiques turcs, saoudiens ou qataris. Et peut-être encore par la France.

Autre point qui gêne Paris : l’intervention russe en Syrie est légale. Elle s’effectue à la demande du seul gouvernement syrien reconnu par l’ONU, celui de Bachar Al-Assad, chef d’État syrien depuis 1999. Violer la souveraineté syrienne et invoquer comme l’a fait la France une hypothétique légitime défense s’apparente à un détournement de procédure assez énorme. Surtout si l’on considère que, dans le même temps, la Justice française accorde une permission à un de ses djihadistes fiché « S » et jamais rentré à la prison de Meaux.

Il y a ces derniers jours un aveuglement, une peur et une haine de la Russie qui confinent au ridicule. La Russie veut participer à la coalition antiterroriste en Syrie tout en soutenant le régime de Bachar Al-Assad. L’Occident refuse mais n’a plus le monopole de la lutte anti-djihadiste et, vu son bilan depuis quinze ans, pourrait difficilement reprocher à la Russie de reprendre la main.

Life on Mars

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mars eau bradbury

Enfin une bonne nouvelle ! Et quand on est de gauche, ces temps-ci, on a besoin : inutile de rappeler pourquoi. Primo : une droite arrogante, jusque dans le gouvernement puisqu’un infiltré des Républicains nommé Emmanuel Macron se fait passer depuis plusieurs mois pour le ministre des Finances d’un gouvernement socialiste. Il a abusé la confiance d’un président distrait qui ne s’aperçoit pas qu’en moins de quelques semaines ledit Macron, en général devant le Medef ou des journalistes mais jamais devant un congrès syndical ou une assemblée de militants, nous a expliqué que les 35 heures était une aberrrration (avec trois ou quatre r comme aimait à le dire le baron Ernest-Antoine Seillière), que les fonctionnaires étaient des feignasses surprotégées statutairement (sauf la police car la police, ça peut toujours servir), que le libéralisme était de gauche ou que la vraie gauche était libérale, on ne sait plus trop. Et enfin que les élections étaient une vieille chose inutile.

Secundo : une extrême-droite au mieux de sa forme, tellement au mieux de sa forme qu’elle a contaminé la droite. Vous avez entendu Nadine Morano et la race blanche ? Quand bien même elle aurait été envoyée au casse-pipe chez Ruquier, quand bien même elle a été interdite de tête de liste pour les Régionales, on voit bien, comme on dit en psychanalyse, qu’un certain surmoi a sauté (celui qui existait chez Chirac et encore un peu chez Juppé, Fillon, ou Lemaire) et que c’est le ça qui s’est exprimé par sa bouche.

Tertio : la gauche de gauche, qui aurait une chance historique (les Grecs, et pas seulement ceux de Syriza, appellent ça le kaïros) de passer devant le PS, de le « pazokiser » mais qui se balkanise à la veille des régionales comme jamais, abîmées dans des querelles boutiquières alors que le FN est aux portes et du Nord et du Sud.

Tertio : la guerre. Eh oui, la guerre… Qu’il est loin le temps de 2003 quand Villepin demandait à tout le monde de réfléchir avant de dégainer. Que vous émettiez, ces temps-ci, la moindre réserve sur l’opportunité de bombarder l’Etat Islamique au nom de l’Occident parce qu’il y aura forcément des civils qui vont mourir et que les enfants de ces civils, eux, vont trouver que tout ça est quand même un peu difficile à admettre surtout quand ça dure plus ou moins depuis un quart de siècle, vous voilà traité de munichois, de pied plat, de remplaciste, de réformé. Y compris par des gens qui n’ont pas fait leur service militaire et ne savent même pas remonter une tête de Mickey sur un Famas.

Bref, il y a de quoi sérieusement déprimer.

Mais voilà que l’on nous apprend qu’il y a de l’eau sur Mars. Oui, de l’eau ! Qu’il y en a eu, qu’il y en a, qu’il y en aura encore. Cette fois-ci, craché, juré, ce n’est pas un bobard ! On était habitué à ce que la Nasa nous survende le truc, histoire de justifier son budget et de nous faire oublier les rêves de notre enfance sur la conquête spatiale, tout de même plus sexy que l’envoi de boites de conserve dans la stratosphère pour nous permettre de regarder la télé et aussi d’être regardés par toutes les NSA du monde, histoire de vérifier qu’on ne prépare pas un attentat islamiste ou l’occupation d’une ZAD comme du côté du barrage du Testet où l’on va bientôt célébrer la première année de la mort de Rémi Fraisse tué par une grenade des gendarmes mobiles.

Alors, Mars, pourquoi pas ? On nous dit que les voyages habités et l’installation de colonie pourraient être facilités grâce à cette eau. Pourquoi ne pas tout recommencer là-bas, réussir enfin une expérience réellement socialiste, conseilliste ou autonome ? Bâtir des phalanstères dans les Canaux ?  Des Communes sur le Mont Olympe ou sur les Hauts Plateaux de la Terre des Sirènes ? On appellerait la capitale Bradbury, en hommage à Ray et ses Chroniques martiennes.

Là-haut, plus de guerres, plus de tweets, plus de Ruquier, plus de bruits de bottes, plus de chômage de masse, plus de filles qui mangent debout dans la rue avec un casque sur les oreilles.

Et on saurait, enfin, pourquoi elle est surnommée la Planète rouge.

*Photo : Pixabay.

Migrants : ce que dit (vraiment) le Pape

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Le Pape François qui, le 6 septembre 2015, du balcon de Saint-Pierre, demandait à chaque paroisse catholique d’accueillir une famille de réfugiés et suppliait l’Occident d’ouvrir ses portes à la masse des migrants, ne serait-il qu’un doux illuminé ? Un utopiste prêt à tout sacrifier, et notamment les frontières, les Etats et les peuples, au rêve d’une improbable fraternité universelle ? C’est évidemment ce que certains voudraient faire croire, soit pour le lui reprocher, soit pour l’en applaudir. Et c’est en effet ce que ses interventions, astucieusement sorties de leur contexte, semblent parfois laisser croire.

Pourtant, si François peut être considéré comme révolutionnaire, il ne l’est pas plus que le christianisme lui-même, ni que la sainteté. Et pas plus que le christianisme, il n’entend répudier le « réalisme politique », dont il s’est même explicitement réclamé dans son encyclique Laudato si’[1. Pape François, Lettre encyclique Laudato si’, sur la sauvegarde de la maison commune, §180.]. Réalisme politique qui le conduit à des positions moins stéréotypées, moins simplistes et surtout moins émotionnelles que celles que l’on présente, la réalité ainsi prise en compte n’étant jamais toute d’une pièce, mais constituée d’éléments complexes.

Et c’est justement ce que l’on constate à propos du problème des migrants, le Pape, et l’Église, s’efforçant de concilier deux impératifs apparemment incompatibles dans le creuset d’un même réalisme évangélique.

Le première impératif, aime ton prochain comme toi-même, conduit à ouvrir les bras à l’autre. Et en l’occurrence, à refuser l’engrenage de la terreur qui conduit des millions de personnes, créatures de Dieu et faites à son image, à quitter leurs maisons et à demander l’hospitalité. Ceux-là, en tant que chrétien, je ne puis les laisser à la porte, sauf à ressembler au mauvais riche que son égoïsme condamne irrémédiablement au tourment éternel. À l’égard de mes frères souffrants, un devoir s’impose sans discussion, celui que le Pape rappelait à Rome le 6 septembre : « être le plus prochain des plus petits et des plus abandonnés ». Concrètement, ce précepte justifie une pratique de l’accueil qui ne distingue pas entre une migration politique et une migration économique – distinction  moralement contestable, celui qui s’enfuit avec sa famille pour ne pas mourir de faim n’ayant pas moins le droit d’être accueilli que celui qui émigre parce qu’il estime que sa liberté d’expression ou son droit de vote étaient violés dans son pays d’origine. En somme, l’opposition à  la « culture de mort » suggère une politique d’ouverture et de charité.

Mais à ce premier impératif s’en ajoute un second, qui commande de s’aimer soi-même en tant que l’on est une créature de Dieu, et que l’on a par là-même des devoirs envers soi. Benoît XVI soulignait à ce propos que « l’homme aussi possède une nature qu’il doit respecter »[2. Discours au Bundestag, Berlin, 22 septembre 2011.]. Or sa nature est d’être un animal social, qui va constituer avec ses proches un groupe particulier, une société dotée de certaines caractéristiques dont procèdera sa propre identité.

On ne saurait en effet confondre le Peuple de Dieu, composé de tous les hommes en tant qu’ils sont frères, puisqu’issus du même Père céleste, et les peuples humains, qui s’y découpent comme les pièces dans un puzzle, chacune d’entre elles étant dotée de sa propre forme, de sa couleur et de sa place. Tout homme, appartenant au Peuple de Dieu, appartient aussi, simultanément, à un peuple particulier, à une patrie où généralement il est né, à une culture qui l’a modelé, à une terre et à une histoire où il s’enracine.

Cette réalité, les papes contemporains en ont souligné l’importance dans la construction de l’homme : sans elle, expliquent-ils, l’homme est déraciné, perdu, privé de ce qui le constitue, un être sans ombre et sans épaisseur, victime idéale des nouveaux marchands d’esclaves.

Or, ce second impératif s’oppose, lui, à ce que les portes soient ouvertes de façon inconsidérée à des masses de plus en plus considérables. Si les identités sont indispensables, on ne peut en effet accepter un processus qui conduit de façon certaine des millions de personnes, séduites par le miroir aux alouettes du consumérisme, à rompre avec leurs racines, et des millions d’autres à subir ce qu’ils ressentent comme une invasion, une dilution de leur identité et une mise à mal de leur culture.

Mais comment concilier ces deux impératifs ? Le christianisme distingue à cet égard quatre vertus cardinales, la prudence, la tempérance, le courage et la justice : toutes les quatre sont à l’œuvre pour résoudre cette difficulté.

La justice, qui vise à donner à chacun le sien, pousse à aider ceux qui ont tout perdu et à leur rendre une dignité, celle qui leur appartient en tant que créatures de Dieu ; mais sans pour autant léser ceux qui, ici, souffrent également de la pauvreté sous toutes ses formes.

La prudence consiste à peser le pour et le contre. Et à constater qu’il faut bien entendu recueillir, au moment présent, ceux qui se noient à quelques encablures des côtes européennes. Il faut les recueillir, tout en faisant comprendre aux autres, à tous les autres, qu’il s’agit d’un cas d’exception, d’un moment transitoire. Bref, qu’il n’y a pas de place ici pour les dizaines de millions qui, un jour peut-être, seraient tentés de venir s’installer en Europe. Pas de place, parce qu’un afflux excessif, à la libanaise, entraînerait à coup sûr un surcroît de misère et, à terme, de violence, voire de guerre civile, les envahis ne pouvant accepter indéfiniment l’injustice de leur propre situation. Même Saint Martin ne donna au pauvre que la moitié de son manteau. La prudence consiste donc, du côté des décideurs, à refermer progressivement mais fermement les frontières, tout en agissant dans les pays d’origine de telle sorte que le flux migratoire finisse par se tarir. Bref, à agir en véritables politiques, qui savent que leur rôle est de traiter les causes du mal, pas simplement ses symptômes les plus visibles.

La tempérance, elle, consiste accepter de restreindre notre train de vie afin d’aider, là-bas, des populations si misérables que sans cette aide, elles seraient tentées de tout quitter pour venir chez nous. Elle enseigne qu’en perdant un peu en confort matériel, nous pouvons espérer sauver l’essentiel : notre identité spirituelle, et peut-être notre vie.

Le courage, enfin, est ce qui peut nous conduire, d’une part à ne pas baisser les bras, et de l’autre à ne pas craindre d’intervenir – en prenant une part active à l’éradication des causes du problème. « L’espérance chrétienne est combative », déclarait encore le pape François le 6 septembre. Le christianisme n’est pas une religion de la passivité, et il y a des moments où, au nom de la justice et même de la prudence, le courage commande d’agir. Avant qu’il ne soit trop tard.

Et les catholiques de France, dans tout ça ? Il leur revient, pour rester fidèles à ce réalisme évangélique, de tenir fermement les deux bouts de la corde sans sacrifier l’un à l’autre – le devoir d’amour d’un côté, qui leur commande d’ouvrir les bras et, de l’autre, le devoir de maintenir la cité conditionnant la réalisation de cet amour, qui les pousse à la vigilance. Ni oublier que tous deux constituent des formes complémentaires de la charité.

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : AP21801109_000011.

Maïtena contre les donneurs de leçons

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maitena birabden canal fn

Chez McDonald’s, il y a l’employé du mois. Dans les médias français, il y a le nazi du mois. Sauf que ce mois-ci, ça se bouscule un peu au portillon des nazillons. Entre Michel Onfray et Nadine Morano, c’est à peine si Maïtena Biraben a eu le temps d’accrocher sa médaille. Motif : elle avait omis de faire le geste signifiant « entre guillemets » en parlant du « discours de vérité » du Front National. Supériorité de l’écrit sur la télé…

Ce faisant, cette excellente animatrice – nettement plus punchy qu’un Antoine de Caunes, sans parler du narcoleptique Denisot – a réussi un premier gros coup. En prononçant le nom du parti lepéniste sans se pincer le nez, elle réalisait une performance inédite sur Canal+. Volonté d’imposer un nouveau style, plus professionnel et respectueux à l’égard des téléspectateurs, mais surtout à l’exact opposé de celui qui a fait la réputation de la chaîne bobeauf ? Pour endiguer la chute libre de ses audiences, Maïtena Biraben serait-elle la première à avoir compris que Canal+ devrait changer de ton ? En finir avec la caricature, le ricanement et le mépris du plouc mal-votant ?

Elle n’est pas tout à fait la seule, en tout cas, puisque l’ancien patron de la chaîne à péage lui-même, Xavier Couture, déclarait récemment dans l’émission de l’ami David Abiker, C’est arrivé cette semaine, sur Europe 1, que l’humour Canal est « passé de mode » et « ne plaît plus aux Français ». Et pour cause, selon lui : « La société aujourd’hui, avec 10 millions de personnes en difficulté, n’est plus en phase avec l’humour de la chaîne. » Est-ce à dire que Canal+ pourrait un jour s’intéresser aux Français qui gagnent moins de 5000 euros par mois et n’ont jamais songé à voter PS ou EELV ?

Sans doute ne faut-il pas trop rêver. Quand Canal+ cessera d’être la chaîne de la gauche porno, les poulets auront des canines. N’empêche, en réponse aux chasseurs de nazis qui se sont étranglés en l’entendant dire que « les Français se reconnaissent » dans le discours du FN, « premier parti de France », la Biraben a réalisé un second coup de maître. Invitée de « L’instant M », l’émission matinale consacrée aux médias et animée par Sonia Devillers sur France Inter, elle a patiemment attendu la dernière seconde avant le générique pour balancer un scud à la station publique :

« J’ai grandi face au mépris et aux donneurs de leçons. Je voulais venir ici, avec vous, à France Inter, parce que vous bossez bien mais aussi parce que c’est ici qu’il y a eu la plus grande expression du mépris. Quand Charline Vanhoenacker a parlé de « domestique », c’est la plus grande expression de mépris. Je parle pour tous les salariés de Canal et de iTélé : que faut-il faire pour ne pas essuyer votre mépris ? Il faut démissionner ? Nous ne le ferons pas ! »

L’humoriste belge Charline Vanhoenacker avait, en effet, lourdement cogné sur l’animatrice avant même la diffusion de son premier Grand Journal : « Maïtena Biraben a déclaré qu’elle voulait faire « une émission polie ». Et avec le sourire. C’est parfait. Après tout, on ne demande rien de plus aux domestiques. » Marque de fabrique des bourrins à gros sabots de chez France Inter, cette attaque gratuite signifiait que la dame n’était qu’un pion de son méchant patron, l’abominable mangeur de marionnettes Bolloré.

Seulement décidément, il semblerait que Maïtena Biraben ne soit pas qu’un pion. Non seulement elle a exceptionnellement réussi à faire de Canal+ autre chose que la chaîne du mépris du peuple, au moins quelques secondes, mais en plus elle somme France Inter de suivre son exemple. Ralliez-vous à son panache blond !

Affaire Morano : Valls passe le vernis antidérapant

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Il lui aura fallu six ans. Six ans pour s’excuser des propos inexcusables qu’il avait autrefois tenus. Souvenez-vous, en 2009, à Evry, alors qu’il était maire de la ville et qu’il se promenait dans une brocante, notre cher Premier Ministre s’était sainement étonné que sa ville ne soit peuplée que de personnes de couleur. Il s’était donc fendu d’une petite phrase somme toute inoffensive : « Belle image de la ville d’Evry ! Tu me mets quelques Blancs, quelques Whites, quelques Blancos. » Le petit ricanement qui suivait avait mis le feu aux poudres.

Libération avait alors rapporté la réaction de Faouzi Lamdaoui, membre du Conseil National du PS, qui voyait dans un ces propos « un dérapage scandaleux ». Parlant de l’actuel Premier ministre, il avait ajouté que « la confusion, volontaire ou pas, entre la mixité sociale et l’origine des habitants de la ville ne [l’honorait] pas » et qu’il « [confortait] des thèses chères à l’extrême droite qui prône une hiérarchie absurde entre les « races » ».

À l’époque, Manuel Valls avait tenté maladroitement de se justifier en invoquant le « réel ». Sur Europe 1, il avait notamment déclaré : « Il ne faut pas avoir peur des mots mais dire les choses telles qu’elles correspondent à la réalité. »

Depuis, heureusement, Manuel Valls est revenu à la raison. Hier, il a tenu à rappeler que les propos qu’il avait tenus dans sa jeunesse étaient « intolérables ». A l’Assemblée Nationale, il a donc déclaré qu’il « y a aujourd’hui dans notre pays une course effrayante, une surenchère à l’extrême droite ». Pour aller plus loin et prouver sa vigueur que l’on sait aujourd’hui à toute épreuve, il a mis en garde « de la manière la plus solennelle ceux et celles qui se livrent à cette surenchère » et a affirmé qu’il ne tolérerait plus «
jamais ces outrances ».

Enfin, dans un merveilleux mea culpa, il a su rappeler à quel point son erreur avait été honteuse et dangereuse pour la France : « Quand on parle de ‟race blanche”, (…) quand on veut trier en fonction de la religion (…) on fracture le pays, on n’est pas à la hauteur, on tourne le dos à ce que sont les valeurs de ce pays. »

Et l’agent de circulation Valls d’ânonner qu’« il ne faut plus accepter aucun dérapage ! » tandis que son alter ego Sarkozy répète comme un mainate : « Je n’accepterai aucun dérapage. » Vous en avez marre de cette racaille qui empoisonne le débat avec des mots interdits ? Ça tombe bien, nos deux anciens ministres de l’Intérieur vont vous en débarrasser !

L’Ukraine dit «Touche pas à ma pute» pour plaire à l’UE

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ukraine femen prostitution

Alors qu’en France, la loi sur la pénalisation de la prostitution est en ballotage entre l’Assemblée Nationale et le Sénat, en Ukraine, la Rada a enregistré une proposition de loi sur sa régulation. Aussi étrange que cela puisse paraître aux yeux Français,  le texte ukrainien vise à séduire l’Union Européenne. Comme l’a évoqué le député à l’initiative de ce projet, Andreï Nemirovski, membre du parti du Président Petro Porochenko, le but est de se conformer aux standards bruxellois  : « l’Ukraine doit se mettre au même niveau qu’un pays développé de l’U.E. » Pour appuyer son projet, il énumère les États dont il s’inspire : l’Allemagne, le Pays-Bas, la Belgique…  et la Lettonie.

Au pays où les Femen poussent comme des champignons, la proposition poursuit pourtant son petit bonhomme de chemin. Le président du parti « auto-défense », majoritaire à l’Assemblée et proche du Président, soutient officiellement le projet. D’autres grands noms avaient déjà soutenu cette idée : Victor Iouchtchenko, lorsqu’il était Président, avait exprimé son envie de réguler le marché noir de la sexualité. Une initiative ensuite reprise par le maire de Kiev, Vitali Klitschko, qui rêvait d’un Euro 2012 « propre », histoire de ne pas « faire peur aux Européens ».

Ce n’est sûrement pas votre magazine préféré qui leur donnera tort. Nous étions les premiers à prendre la plume pour dénoncer l’hypocrisie gouvernementale derrière sa croisade abolitionniste. Nos 343 salauds, décriés comme les pires phallocrates, invoquaient avant tout le droit des femmes de disposer librement de leurs corps. Une liberté que le prêchi-prêcha féministe n’a pas l’air de vouloir intégrer. Mais voilà, l’Ukraine suit les recommandations d’Amnesty International et, quoiqu’on puisse penser du respect des droits de l’homme au pays de Gogol, force est de reconnaître que cette loi contribuerait à sortir les travailleurs sexuels de la précarité.

Mais ne soyons pas dupes : le parti « auto-défense »  cherche avant tout à ouvrir un marché colossal. En député pointilleux, Nemirovski avait même pensé à joindre à son texte une annexe présentant les tarifs pratiqués dans les pays européens et les taxes correspondantes. Au vu de son économie vacillante, que l’Ukraine z’yeute l’argent sale de la prostitution n’a rien de très étonnant. 12 000 travailleurs sexuels –officiels, ça représente un revenu important, qui tombe, en attendant, direct dans la poche des mafias. Alors, si l’Etat peut faire une pierre trois coups, pourquoi pas ?

Pour une fois, ce ne sont pas les Russes qui feront dresser les cheveux de notre gouvernement. Que dira Najat Vallaud Belkacem qui appelait, en 2013, « à faire bloc » contre « l’exploitation de la personne humaine » ? Pourtant, pour le moment, nous ne voyons aucune gesticulation féministe à l’horizon. Pas non plus de seins nus en vue. Même pas le bout du nombril d’Inna Shevchenko qui clamait il y a deux ans « L’Ukraine n’est pas un bordel ! » sur la place Maïdan. Les Femens auraient-elles compris que la liberté de la femme ne s’arrête pas à là où commence celle de l’homme ?  Inquiet pour leur santé, Causeur a décidé d’enquêter. Le résultat a en effet de quoi préoccuper : plutôt que d’enlever son tee-shirt devant l’Assemblée ukrainienne, Inna Shevchenko a rendez-vous aujourd’hui même à Sciences-Po pour y donner une conférence !

Inna Shevchenko se boboïse ? L’Ukraine évolue ? Le monde change, semble-t-il. Mais chut, ne le dites pas à notre Parlement, désespérément obstiné à pénaliser les clients des prostituées.

*Photo: Sipa. numéro de reportage: REX40306421_000004

Migrants : le communautarisme qui vient

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chretien syrie orient

La guerre, civile ou internationale, a été presque entièrement bannie de l’Europe. Ce progrès décisif de la civilisation est le fruit de la longue histoire des Européens. La bienveillance envers autrui recommandée par les morales grecques et romaines est devenue l’amour obligatoire du prochain que nous impose le christianisme. Celui-ci va jusqu’à nous ordonner d’« aimer nos ennemis », précepte antinaturel qu’on ne trouve dans aucune autre morale. Saint Paul affirme que devant Dieu il n’y a plus « ni homme ni femme », fondement, selon Chantal Delsol, du respect de la faiblesse physique des femmes, respect que les temps modernes ont transformé en exigence d’égalité (Chantal Delsol et Martin Steffens, Le nouvel âge des pères). Les Européens ont peu à peu « désensauvagé » leurs sociétés.

Les monarchies ont fait cesser les conflits féodaux, les Lumières ont entraîné l’émancipation des juifs par Napoléon, qui fut une décommunautarisation en bonne et due forme  (« Ne rien donner aux juifs comme nation, tout leur donner comme individus »). Nous avons obtenu ce miracle européen, tellement évident que nous n’en avons plus conscience : des sociétés sans communautés, des sociétés homogènes sur le plan civil, quoique diverses sur le plan linguistique, religieux, etc. Un Bavarois qui va à la messe et parle son dialecte n’hésitera pas à épouser une Hanovrienne protestante qui jargonne en plattdeutsch s’il en est amoureux. L’intermariage signe la fin des communautarismes.

L’Europe est un long effort pour venir à bout des conflits de toutes sortes, et cet effort a culminé à la fin du XXe siècle avec le bannissement des guerres internationales, du moins à l’ouest du continent. De ce long processus de mise à l’écart de la violence, nous sommes les filles et les fils. Un peu lâches, égoïstes et domestiqués, c’est vrai. Mais du moins l’idée ne vient pas à un propriétaire lésé par la loi Duflot d’aller faire exploser sa ceinture au milieu du groupe écolo de l’Assemblée Nationale ou à un éleveur limousin en colère de tirer à la kalachnikov dans les couloirs du ministère de l’Agriculture.

Et « eux » ? Le Moyen-Orient n’a pas connu cette inlassable pacification des rapports entre individus et entre groupes sociaux à fondement ethnique, religieux ou linguistique. Peut-être à cause d’une religion dominante qui met moins l’accent sur l’amour du prochain que le christianisme. Peut-être à cause de l’humiliation subie lors des colonisations ottomanes, puis européennes. De plus savants que moi trouveront la cause de cet état de fait évident : les communautarismes produisent des guerres en Syrie, en Irak, au Yémen et des violences presque partout ailleurs. L’Etat turc lutte à nouveau contre les Kurdes, les Coptes sont plus menacés que jamais en Egypte, les Chiites sont persécutés dans les Etats sunnites du Golfe et en Arabie Saoudite. Les chrétiens sont partout violentés, même sur les chemins de l’exil, même dans les foyers d’accueil allemands !

Les hommes nés dans la plupart des cultures du Moyen-Orient ne se sentent pas obligés de respecter la faiblesse physique des femmes, ils ne se sentent pas obligés de préserver la paix entre peuples, ethnies, et religions différentes. Les femmes obéissent aux hommes, et s’il se trouve des chrétiens à bord d’une embarcation qui vogue vers l’Europe, on ne se gêne pas pour les noyer. Chacun conçoit les représentants des autres communautés que la sienne comme des ennemis potentiels, non comme des frères à aimer. Un surmoi qui obligerait à vivre fraternellement avec les Autres ne s’est pas construit, et nous ne sommes coupables en rien de ce ratage proche-oriental.

Accuser l’Occident des malheurs de l’Orient (millième édition du sanglot de l’homme blanc que nous resservent les bonnes âmes, avec le méchant Bush et le méchant Sarkozy en semeurs de discorde chez les peuples arabes), ce n’est pas très sérieux et cela sert à éluder une question très gênante : que transportent au juste les migrants dans leurs sacs à dos ?

C’est simple : ils transportent leur culture, comme chaque être humain. Les Syriens installés dans la région de Montbéliard y formeront une nouvelle communauté se défiant des autres. A Audincourt, les Roméo d’origine turque et les Juliette d’origine syrienne auront bien du mal à braver l’hostilité de leurs familles et à se marier. Le Maghreb et le Machrek se rendront compte qu’ils ne parlent pas le même arabe, et ce sera une raison supplémentaire d’hostilité. Je gage, sans avoir de boule de cristal, qu’il y aura des mosquées syriennes et des mosquées maghrébines. Daoud Boughezala, dans un article passionnant mais quelque peu déprimant, vient de décrire sur Causeur la montée des communautarismes dans cette partie de la Franche-Comté. L’histoire occidentale les avait supprimés, ils reviennent dans les sacs à dos des migrants.

On voit ces derniers comme de pauvres victimes. Ils le sont assurément, mais ils sont aussi porteurs d’habitudes sociales qui ne sont pas les nôtres. A qui sera-t-il utile que l’Occident s’orientalise ? A qui sera-t-il utile qu’on vive à Montbéliard avec la même peur des déchaînements communautaires qu’à Alep ou à Baghdad ? A personne. Il faut donc avoir le courage cruel de refuser les migrants. Il faut refuser le déluge de bons sentiments, compréhensible chez les peuples, absurde chez les gouvernants. Ceux-ci doivent se guider sur la raison, la réflexion, et non sur l’émotion. Jean Raspail vient de déclarer au Point que les migrants doivent « se débrouiller » et on est tenté de lui donner raison. Le cynisme fait de meilleurs hommes d’Etat que la compassion. Chamberlain avait promis la paix et il a perdu. Churchill avait promis du sang et des larmes et il a gagné.

*Photo: Sipa: numéro de reportage: 00424240_000016

Mon djihad à Villejuif

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djihad Villejuif Etat islamique

Au départ, je voulais du soleil et de l’exotisme.

Le roi d’Arabie saoudite étant venu en France, je trouvais aimable de lui rendre la politesse en allant passer mes vacances en Arabie saoudite.

Malheureusement, pour une raison qui m’échappe, l’Arabie saoudite ne délivre pas de visas touristiques. On ne peut s’y rendre que pour travailler.

Grâce à un ami entrepreneur et entreprenant, j’ai très vite eu une raison professionnelle et impérieuse de me rendre dans ce beau pays.

Malheureusement, un tampon trahissant une récente visite en Israël m’a promptement disqualifié.

L’Arabie saoudite ne délivre pas de visa à quiconque s’est rendu en Israël.

Grâce à un ami introduit (oui, j’ai beaucoup d’amis), j’ai rapidement obtenu un passeport vierge. Heureusement, nous sommes en 2015 car, jusqu’à fin décembre 2014, l’Arabie saoudite était interdite aux juifs. Mais à en croire Al-Watan, depuis fin décembre 2014, le site du ministère saoudien du Travail répertorie le judaïsme comme l’une des dix religions acceptables que les travailleurs étrangers ont le droit de pratiquer. Parmi les autres religions acceptables on trouve « le communisme ». C’est pas de l’exotisme, ça ?

Maintenant, seuls les Israéliens sont interdits en Arabie saoudite. Enfin, à mon avis, un Palestinien de nationalité israélienne n’aurait pas de problème à aller en Arabie saoudite… Je me demande s’ils ne veulent pas dire « interdit aux juifs » finalement…

Bon, l’Arabie saoudite demeure le seul État du Golfe qui interdit encore la création de lieux de culte de religions différentes de l’islam.

Bon, les villes de La Mecque et de Médine sont interdites aux non-musulmans.

Bon, si vous êtes adultère, homosexuel (ou les deux), vous risquez la peine de mort.

Le pire, ce serait d’être une femme juive, homosexuelle, qui irait là-bas avec sa maîtresse.

Finalement il fait peut-être un peu chaud pour se détendre, dans ce pays…

Après avoir fait un tour des pays où les juifs sont, sinon interdits, du moins pas les bienvenus, je décide de me rabattre sur la France.

Sauf que je n’ai pas assez d’argent.

C’est plus cher, la France.

J’ai besoin de vacances. Il faut que je trouve un moyen de les financer.[access capability= »lire_inedits »]

Je commence par ouvrir un profil Facebook au nom d’Hanane. Ensuite je surfe pour récupérer toutes sortes de photos de filles en hidjab. Je finis par trouver ce que je cherche : le profil d’une Karima, dont les photos montrent l’évolution depuis le jean fitté, gloss et mascara, jusqu’à la plus récente : djilbab (mieux que le hidjab, la longue robe noire couvrant les cheveux et tout le corps hormis les pieds et les mains. Batman quoi). Malheureusement, Karima n’a pas ajouté le petit détail mode qui fait tout : les gants noirs tout fins qui permettent d’effacer aussi les mains. Nul n’est parfait.

Au passage, depuis mon profil tout neuf d’Hanane, je like à tour de bras les groupes arborant le drapeau de l’État islamique en photo de couverture et autres enfants mutilés par les américano-sionistes. Par parenthèse, j’ai quand même vu la même photo sur trois groupes différents, légendée de trois manières différentes, à trois dates différentes : enfant martyr de Gaza bombardé par qui vous savez, enfant martyr d’Irak bombardé par les Américains, enfant martyr de Syrie bombardé par Assad. En faisant tourner la photo sur Google Images, on découvre que la plus ancienne est celle d’un enfant irakien, ensuite resservie à toutes les sauces. Confronté de nombreuses fois à ces fakes, je me demande toujours pourquoi il est nécessaire d’aller chercher de fausses photos pour illustrer de vrais drames. Je ne doute pas que chaque conflit fasse d’affreux dégâts, mais quoi ? Les dégâts disponibles en photos ne sont-ils pas assez efficaces en termes de marketing ?

L’algorithme de Facebook étant ce qu’il est, mes like obsessionnels pour l’État islamique et des profils de barbus enturbannés me valent rapidement des propositions alléchantes vers des groupes toujours plus radicaux et des profils de plus en plus islamistes.

Les photos de Karima produisent l’effet espéré et je compte bientôt quelques amis compétents en matière de charia.

Les discussions s’engagent, stériles pour la plupart, mais certaines m’encouragent de façon de plus en plus pressante à me rallier à la lutte pour le bien.

De mon côté, je ne manque pas de clamer ma foi, mon admiration pour le combat légitime de l’État islamique et mon envie de m’engager en rejoignant un valeureux combattant qui deviendra mon mari, inch Allah. Je « demande-d’ami » à tour de bras les profils posant avec une kalachnikov ou une ceinture d’explosifs devant un drapeau de l’État islamique. Ceux qui ont le bon goût d’ajouter une ou deux têtes décapitées ont ma préférence. S’il y a en plus un enfant égorgeant un prisonnier orange, je frise l’orgasme et le fais savoir.

Ces appâts me permettent d’attraper une demi-douzaine de poissons.

Se pose maintenant LE problème : je n’ai pas d’argent pour payer mon billet vers la Turquie, d’où des passeurs m’emmèneront en Syrie.

Deux « moudjahidine lovers » sont prêts à me financer.

J’ouvre alors une cagnotte sur « Le pot commun ». J’invente l’anniversaire de Monique et exhorte ses amis à se montrer généreux. Le site aura mes coordonnées bancaires mais pas les donateurs.

Farid (qui s’appelle en réalité Kevin, m’a-t-il avoué maintenant que je suis proche de la félicité matrimoniale avec lui) verse par PayPal 1 200 euros pour le cadeau de Monique.

Sur le pot commun ouvert « pour le départ en retraite de Roger », Farid a déposé de manière aussi anonyme que Kevin 1 000 euros.

Je ferme les deux faux pots communs et, trois jours plus tard, l’argent est viré sur mon compte. Très pratique, ces cagnottes en ligne !

Je ferme alors mon profil Facebook d’Hanane, non sans avoir remercié mes généreux pygmalions, à qui j’ai certifié que j’arriverais à l’hôtel turc qu’ils m’ont indiqué dix jours plus tard, et je boucle mes valises.

Maintenant que j’ai de quoi partir en vacances aux frais de l’État islamique, je crois que je vais craquer pour Villejuif. D’après le nom, c’est un peu chez moi.

En plus, idéalement situé juste à l’extérieur de Paris, près de la ligne de métro 7, le « Park & Suites Élégance Villejuif » propose un hébergement doté d’une connexion wi-fi gratuite et d’une télévision à écran plat. Pour 59 euros ! Si j’ai le mal du pays, je suis chez moi en vingt minutes sans changement. Ça fait moins loin que de revenir de Syrie. L’idéal !

C’est donc de ce merveilleux lieu de villégiature que je vous envoie cette carte postale.

Seulement, quand je rentre, ils vont m’entendre sur TripAdvisor !

C’est très surfait, Villejuif.

La plage est moche, peu de vendeurs de jeans, pas de banques rutilantes, pas un seul usurier, et même pas d’association sportive de domination du monde. On se demande vraiment pourquoi ça s’appelle comme ça !

Je sais que vous ne croyez que très moyennement à mon histoire. Pourtant, trois jeunes filles tchétchènes l’ont réellement fait fin juillet. Elles ont même été arrêtées pour escroquerie, raconte Russia Today. La Tchétchénie, république de la Fédération de Russie à majorité musulmane, est une terre de choix pour les recruteurs et propagandistes de l’État islamique. Le site Lifenews a rencontré l’une d’elles. Une capture d’écran de l’un de ses comptes montre une discussion avec un djihadiste. Elle écrit : « Je n’ai pas assez d’argent pour me payer des vêtements décents, alors un billet d’avion… Que dois-je faire, mon frère ? » Et son interlocuteur de répondre : « Je vais t’aider autant que je peux, ma sœur, c’est ce qu’un frère doit faire. »

Les trois voleuses encourent jusqu’à six ans de prison. Mais pour les inculper il faudrait que la partie lésée porte plainte…

Comment ça se dit « Dans ton culte ! » en nazislamiste ?[/access]

guignols couverture causeur

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La Catalogne, futur pays membre de l’UE?

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Catalogne Union européenne séparatisme

« Quoi qu’il arrive, la Corse restera européenne ». Cette déclaration avait créé un tollé il y a plus de vingt ans, alors que Pierre Joxe souhaitait à la même époque introduire la notion de « peuple corse » dans le Droit français, ce que censura fort justement le Conseil constitutionnel. C’était aussi l’époque où s’installait le fameux « comité des régions », auquel le traité de Maastricht avait donné la faculté de donner son avis sur tous les textes de la Commission européenne. L’auteur de cette déclaration, c’était Jacques Delors, le Père de l’Europe d’aujourd’hui, qui envisageait tranquillement le départ de la Corse de la République, pourvu qu’elle restât dans l’Union européenne. Ce jeu des institutions européennes avec les régions, la faculté nouvelle de ces deux échelons de se parler par-dessus l’épaule des Etats-Nations n’a pas cessé. « A Bruxelles, j’enlève le haut, et le bas à Ajaccio », plaisantait William Abitbol, conseiller de Charles Pasqua. L’Etat-Nation devait être mis à poil. Littéralement. Mais la crise financière l’a remis à la mode, et depuis, la Commission semble à la remorque. A force de passer par-dessus l’épaule de leur Etat-Nation, certaines identités régionales ont pris de l’assurance, au point de réclamer aujourd’hui l’indépendance : La Flandre avant-hier, L’Ecosse hier, la Catalogne aujourd’hui, et d’autres encore demain. L’Union européenne récolte aujourd’hui les fruits de son jeu dangereux. Elle s’affole. Voilà que les institutions de Bruxelles, enfin conscientes du danger que les séparatismes font peser sur la stabilité du continent, menacent. Ceux qui se sépareraient de leur Etat membre de l’UE, la Catalogne, comme l’Ecosse au moment de son référendum, sortiraient aussi de l’Union européenne et de l’euro. Et il faudrait à ces nouveaux Etats déposer une candidature qui prendrait des années à aboutir. De même, Nicolas Sarkozy est allé apporter son soutien aux tenants de l’unité espagnole. Il y a sept ans, le même s’était fait tancer par Madrid pour avoir reconnu unilatéralement l’indépendance du Kosovo. Les pyromanes sont devenus pompiers.

Car c’est bien d’un feu qu’il s’agit. Peut-on vraiment exclure pour l’Espagne un scénario à la yougoslave ? Songeons que si les partis favorables à l’indépendance catalane ont obtenu la majorité en sièges aux élections de dimanche, ils n’ont pas obtenu la majorité en voix. Nous sommes en présence d’une région coupée en deux moitiés de poids équivalents. Pense-t-on que Madrid acceptera une séparation de velours de type tchécoslovaque, alors que le Pays basque ne demanderait alors qu’à imiter les Catalans ? Et si finalement Madrid cédait, la Catalogne indépendante souhaitera-t-elle ensuite sa réunification ? Réclamera-t-elle Perpignan et Collioure ? Alors que de doux rêveurs pensent déjà à récupérer le FC Barcelone dans la Ligue 1 française, prenons garde à ce que notre pays ne devienne pas rapidement une victime collatérale d’une éventuelle déclaration d’indépendance catalane.

Quant à l’Union européenne, elle finirait par s’écrouler sur la tête de ses architectes imprudents, qui avaient tant pris soin d’affaiblir les murs porteurs de la construction.

*Photo : AP21623767_000001

Supporters de football : l’émotion reine

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hooligans chelsea football

« Deux hommes de vingt ans soupçonnés d’avoir violenté un stadier lors du match Marseille-Lyon de dimanche ont été arrêtés jeudi et vendredi 25 septembre au matin dans les quartiers nord de Marseille et placés en garde à vue. » nous apprend Le Monde. Ils viennent s’ajouter aux trois supporters de l’OM déjà condamnés « mardi à des peines de quatre à six mois de prison ferme pour avoir participé à des échauffourées, à proximité du vélodrome, avant la rencontre ».

Faut-il se réjouir de telles décisions ? À première vue, oui. Le comportement d’une partie des virages marseillais à l’occasion de Marseille-Lyon le week-end dernier était si affligeant (projectiles en tous genres, jets de bouteilles en verre…) qu’il a soulevé l’indignation de la twittosphère.

Mais le premier problème est bien là. Il faudrait avoir la mémoire sacrément courte pour ne pas se souvenir des propos de Vincent Labrune, le Président de l’OM, au micro de Canal +, lors de l’interruption du match, qui reprochait à l’arbitre, à la fédération et au président de l’OL d’être en partie responsables de ces « deux ou trois bouteilles de bières jetées sur le terrain ». S’est ensuivie l’indignation et l’obligation pour le président de rectifier le tir et de se servir, pour une fois, des nombreuses caméras du stade pour tenter d’identifier les coupables.

Ce qui nous amène tout naturellement au deuxième problème : l’incroyable timidité avec laquelle les présidents de club ont recours à tous les éléments en leur possession, et notamment la vidéo, pour débarrasser les stades de leurs hooligans. En Angleterre, ce travail a été fait il y a bien longtemps, en France on attend toujours. Seul le PSG s’est livré en 2006 à cet exercice très peu populaire à l’intérieur d’un club.

Le troisième problème concerne la loi et l’application de celle-ci. Les Anglais ont eu le mérite de ne pas imaginer une seule sanction et de choisir des peines adaptées aux circonstances. Le supporter qui dépasse la limite risque tout simplement une suspension de stade à vie et à défaut, une suspension de plusieurs années. C’est ce qui était arrivé à ces supporters de Chelsea pris en flagrant délit de racisme dans le métro parisien en février dernier – rappelant à des journalistes ébahis que le racisme n’était pas l’apanage de la France -, et écopant d’une suspension de stade allant de trois à cinq ans.

Si les supporters de Chelsea avaient étaient jugés en France, ils auraient encouru jusqu’à trois ans de prison et une amende de 45.000 euros environ. Dans les faits, ces lois difficilement applicables, notamment quand on connaît le salaire moyen des supporters les plus ultras, est très rarement appliquée. D’ailleurs, à la même période, en février 2015, Nice matin nous apprenait que 16 supporters niçois interpellés pour avoir blessé « trois supporters de l’AS Monaco pendant qu’ils célébraient, en Principauté, la victoire de leur équipe lors du derby, [avaient] été libérés ». Et ceci est loin d’être un cas isolé.

En France, certains groupes de supporters, comme à Marseille, gèrent la billetterie. En Angleterre, on leur retire leurs billets à vie s’ils dépassent les limites. Mais les Anglais ont attendu trois grandes tragédies avant d’agir (Le Heysel, Bradford, Hillsborough). Il est dommage que l’attentisme soit la seule spécialité british qu’on imite.

*Photo : wikicommons.

Frappes russes en Syrie : le jeu trouble de la France

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Après un mois de montée en puissance militaire à Lattaquié et Tartous, après les annonces de Vladimir Poutine à la tribune de l’ONU, les premières frappes russes en Syrie ont « surpris les occidentaux ». Les réactions outrées de Laurent Fabius ce matin sur RTL ont fait écho à « la préoccupation » du secrétaire général de l’OTAN. Une sorte de panique semble gagner Paris, comme si l’engagement de Moscou remettait en cause la stratégie française en Syrie. Visiblement, l’intervention russe dérange.

Poutine, en effet, ne se contente pas de frapper Daech. Il frappe aussi Al-Qaïda en Syrie (le Front Al-Nosra) ainsi que ses alliés de « l’armée de la conquête ». Il y a quelques jours, la France a, elle aussi, effectué ses premiers bombardements contre Daech en Syrie. Mais elle se refuse à frapper, comme le font les Etats-Unis et la Russie, d’autres groupes terroristes tout aussi dangereux bien que rivaux : Al-Qaïda en Syrie et les multiples brigades djihadistes qui gravitent autour, en particulier dans la région d’Idleb et de Deraa. Bataillons djihadistes que la diplomatie française persiste à appeler « rebelles », « opposition modérée » et mêmes « résistants ».

Les frappes russes dérangent parce qu’elles mettent en lumière le jeu trouble de la France en Syrie. Et tous les moyens sont bons pour le couvrir d’un écran de fumée oratoire. « Ils ont frappé, pour une bonne part, des résistants et les civils » s’insurge notre ministre de la propagande et des affaires étrangères. Petit-fils de résistante de la première heure, mon sang n’a fait qu’un tour. Ces salauds de russes massacreraient des civils et des « résistants » ? Ce souvenir résonne singulièrement dans le cœur des Français et on ne peut le manipuler sans faire attention. Mais la diabolisation de Vladimir Poutine n’a plus aucune limite ; amalgamer Jean Moulin à des djihadistes sans scrupules, il fallait le faire. Laurent Fabius l’a fait.

Les frappes russes brisent le mythe assez répandu en France d’une guerre à trois où Daech et Bachar Al-Assad se battraient contre des rebelles dont l’opposition démocratique serait la garante du futur radieux de la Syrie. Cette vision écarte le fait qu’une majorité de sunnites se rapprochent du régime pour échapper à la terreur et à la guerre djihadiste. Non seulement celle de Daech mais surtout celle d’Al-Qaïda en Syrie. Les leçons des interventions occidentales en Irak et en Libye sont pourtant claires : non seulement il faudra se débarrasser de Daech mais aussi de tous les groupes djihadistes qui sèment le chaos et la guerre civile. Ceux que Laurent Fabius appelle « les résistants » sont des criminels qui pourraient eux aussi comparaître devant la CPI, mais ils sont soutenus par nos alliés démocratiques turcs, saoudiens ou qataris. Et peut-être encore par la France.

Autre point qui gêne Paris : l’intervention russe en Syrie est légale. Elle s’effectue à la demande du seul gouvernement syrien reconnu par l’ONU, celui de Bachar Al-Assad, chef d’État syrien depuis 1999. Violer la souveraineté syrienne et invoquer comme l’a fait la France une hypothétique légitime défense s’apparente à un détournement de procédure assez énorme. Surtout si l’on considère que, dans le même temps, la Justice française accorde une permission à un de ses djihadistes fiché « S » et jamais rentré à la prison de Meaux.

Il y a ces derniers jours un aveuglement, une peur et une haine de la Russie qui confinent au ridicule. La Russie veut participer à la coalition antiterroriste en Syrie tout en soutenant le régime de Bachar Al-Assad. L’Occident refuse mais n’a plus le monopole de la lutte anti-djihadiste et, vu son bilan depuis quinze ans, pourrait difficilement reprocher à la Russie de reprendre la main.

Life on Mars

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mars eau bradbury

mars eau bradbury

Enfin une bonne nouvelle ! Et quand on est de gauche, ces temps-ci, on a besoin : inutile de rappeler pourquoi. Primo : une droite arrogante, jusque dans le gouvernement puisqu’un infiltré des Républicains nommé Emmanuel Macron se fait passer depuis plusieurs mois pour le ministre des Finances d’un gouvernement socialiste. Il a abusé la confiance d’un président distrait qui ne s’aperçoit pas qu’en moins de quelques semaines ledit Macron, en général devant le Medef ou des journalistes mais jamais devant un congrès syndical ou une assemblée de militants, nous a expliqué que les 35 heures était une aberrrration (avec trois ou quatre r comme aimait à le dire le baron Ernest-Antoine Seillière), que les fonctionnaires étaient des feignasses surprotégées statutairement (sauf la police car la police, ça peut toujours servir), que le libéralisme était de gauche ou que la vraie gauche était libérale, on ne sait plus trop. Et enfin que les élections étaient une vieille chose inutile.

Secundo : une extrême-droite au mieux de sa forme, tellement au mieux de sa forme qu’elle a contaminé la droite. Vous avez entendu Nadine Morano et la race blanche ? Quand bien même elle aurait été envoyée au casse-pipe chez Ruquier, quand bien même elle a été interdite de tête de liste pour les Régionales, on voit bien, comme on dit en psychanalyse, qu’un certain surmoi a sauté (celui qui existait chez Chirac et encore un peu chez Juppé, Fillon, ou Lemaire) et que c’est le ça qui s’est exprimé par sa bouche.

Tertio : la gauche de gauche, qui aurait une chance historique (les Grecs, et pas seulement ceux de Syriza, appellent ça le kaïros) de passer devant le PS, de le « pazokiser » mais qui se balkanise à la veille des régionales comme jamais, abîmées dans des querelles boutiquières alors que le FN est aux portes et du Nord et du Sud.

Tertio : la guerre. Eh oui, la guerre… Qu’il est loin le temps de 2003 quand Villepin demandait à tout le monde de réfléchir avant de dégainer. Que vous émettiez, ces temps-ci, la moindre réserve sur l’opportunité de bombarder l’Etat Islamique au nom de l’Occident parce qu’il y aura forcément des civils qui vont mourir et que les enfants de ces civils, eux, vont trouver que tout ça est quand même un peu difficile à admettre surtout quand ça dure plus ou moins depuis un quart de siècle, vous voilà traité de munichois, de pied plat, de remplaciste, de réformé. Y compris par des gens qui n’ont pas fait leur service militaire et ne savent même pas remonter une tête de Mickey sur un Famas.

Bref, il y a de quoi sérieusement déprimer.

Mais voilà que l’on nous apprend qu’il y a de l’eau sur Mars. Oui, de l’eau ! Qu’il y en a eu, qu’il y en a, qu’il y en aura encore. Cette fois-ci, craché, juré, ce n’est pas un bobard ! On était habitué à ce que la Nasa nous survende le truc, histoire de justifier son budget et de nous faire oublier les rêves de notre enfance sur la conquête spatiale, tout de même plus sexy que l’envoi de boites de conserve dans la stratosphère pour nous permettre de regarder la télé et aussi d’être regardés par toutes les NSA du monde, histoire de vérifier qu’on ne prépare pas un attentat islamiste ou l’occupation d’une ZAD comme du côté du barrage du Testet où l’on va bientôt célébrer la première année de la mort de Rémi Fraisse tué par une grenade des gendarmes mobiles.

Alors, Mars, pourquoi pas ? On nous dit que les voyages habités et l’installation de colonie pourraient être facilités grâce à cette eau. Pourquoi ne pas tout recommencer là-bas, réussir enfin une expérience réellement socialiste, conseilliste ou autonome ? Bâtir des phalanstères dans les Canaux ?  Des Communes sur le Mont Olympe ou sur les Hauts Plateaux de la Terre des Sirènes ? On appellerait la capitale Bradbury, en hommage à Ray et ses Chroniques martiennes.

Là-haut, plus de guerres, plus de tweets, plus de Ruquier, plus de bruits de bottes, plus de chômage de masse, plus de filles qui mangent debout dans la rue avec un casque sur les oreilles.

Et on saurait, enfin, pourquoi elle est surnommée la Planète rouge.

*Photo : Pixabay.

Migrants : ce que dit (vraiment) le Pape

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pape francois migrants charite

pape francois migrants charite

Le Pape François qui, le 6 septembre 2015, du balcon de Saint-Pierre, demandait à chaque paroisse catholique d’accueillir une famille de réfugiés et suppliait l’Occident d’ouvrir ses portes à la masse des migrants, ne serait-il qu’un doux illuminé ? Un utopiste prêt à tout sacrifier, et notamment les frontières, les Etats et les peuples, au rêve d’une improbable fraternité universelle ? C’est évidemment ce que certains voudraient faire croire, soit pour le lui reprocher, soit pour l’en applaudir. Et c’est en effet ce que ses interventions, astucieusement sorties de leur contexte, semblent parfois laisser croire.

Pourtant, si François peut être considéré comme révolutionnaire, il ne l’est pas plus que le christianisme lui-même, ni que la sainteté. Et pas plus que le christianisme, il n’entend répudier le « réalisme politique », dont il s’est même explicitement réclamé dans son encyclique Laudato si’[1. Pape François, Lettre encyclique Laudato si’, sur la sauvegarde de la maison commune, §180.]. Réalisme politique qui le conduit à des positions moins stéréotypées, moins simplistes et surtout moins émotionnelles que celles que l’on présente, la réalité ainsi prise en compte n’étant jamais toute d’une pièce, mais constituée d’éléments complexes.

Et c’est justement ce que l’on constate à propos du problème des migrants, le Pape, et l’Église, s’efforçant de concilier deux impératifs apparemment incompatibles dans le creuset d’un même réalisme évangélique.

Le première impératif, aime ton prochain comme toi-même, conduit à ouvrir les bras à l’autre. Et en l’occurrence, à refuser l’engrenage de la terreur qui conduit des millions de personnes, créatures de Dieu et faites à son image, à quitter leurs maisons et à demander l’hospitalité. Ceux-là, en tant que chrétien, je ne puis les laisser à la porte, sauf à ressembler au mauvais riche que son égoïsme condamne irrémédiablement au tourment éternel. À l’égard de mes frères souffrants, un devoir s’impose sans discussion, celui que le Pape rappelait à Rome le 6 septembre : « être le plus prochain des plus petits et des plus abandonnés ». Concrètement, ce précepte justifie une pratique de l’accueil qui ne distingue pas entre une migration politique et une migration économique – distinction  moralement contestable, celui qui s’enfuit avec sa famille pour ne pas mourir de faim n’ayant pas moins le droit d’être accueilli que celui qui émigre parce qu’il estime que sa liberté d’expression ou son droit de vote étaient violés dans son pays d’origine. En somme, l’opposition à  la « culture de mort » suggère une politique d’ouverture et de charité.

Mais à ce premier impératif s’en ajoute un second, qui commande de s’aimer soi-même en tant que l’on est une créature de Dieu, et que l’on a par là-même des devoirs envers soi. Benoît XVI soulignait à ce propos que « l’homme aussi possède une nature qu’il doit respecter »[2. Discours au Bundestag, Berlin, 22 septembre 2011.]. Or sa nature est d’être un animal social, qui va constituer avec ses proches un groupe particulier, une société dotée de certaines caractéristiques dont procèdera sa propre identité.

On ne saurait en effet confondre le Peuple de Dieu, composé de tous les hommes en tant qu’ils sont frères, puisqu’issus du même Père céleste, et les peuples humains, qui s’y découpent comme les pièces dans un puzzle, chacune d’entre elles étant dotée de sa propre forme, de sa couleur et de sa place. Tout homme, appartenant au Peuple de Dieu, appartient aussi, simultanément, à un peuple particulier, à une patrie où généralement il est né, à une culture qui l’a modelé, à une terre et à une histoire où il s’enracine.

Cette réalité, les papes contemporains en ont souligné l’importance dans la construction de l’homme : sans elle, expliquent-ils, l’homme est déraciné, perdu, privé de ce qui le constitue, un être sans ombre et sans épaisseur, victime idéale des nouveaux marchands d’esclaves.

Or, ce second impératif s’oppose, lui, à ce que les portes soient ouvertes de façon inconsidérée à des masses de plus en plus considérables. Si les identités sont indispensables, on ne peut en effet accepter un processus qui conduit de façon certaine des millions de personnes, séduites par le miroir aux alouettes du consumérisme, à rompre avec leurs racines, et des millions d’autres à subir ce qu’ils ressentent comme une invasion, une dilution de leur identité et une mise à mal de leur culture.

Mais comment concilier ces deux impératifs ? Le christianisme distingue à cet égard quatre vertus cardinales, la prudence, la tempérance, le courage et la justice : toutes les quatre sont à l’œuvre pour résoudre cette difficulté.

La justice, qui vise à donner à chacun le sien, pousse à aider ceux qui ont tout perdu et à leur rendre une dignité, celle qui leur appartient en tant que créatures de Dieu ; mais sans pour autant léser ceux qui, ici, souffrent également de la pauvreté sous toutes ses formes.

La prudence consiste à peser le pour et le contre. Et à constater qu’il faut bien entendu recueillir, au moment présent, ceux qui se noient à quelques encablures des côtes européennes. Il faut les recueillir, tout en faisant comprendre aux autres, à tous les autres, qu’il s’agit d’un cas d’exception, d’un moment transitoire. Bref, qu’il n’y a pas de place ici pour les dizaines de millions qui, un jour peut-être, seraient tentés de venir s’installer en Europe. Pas de place, parce qu’un afflux excessif, à la libanaise, entraînerait à coup sûr un surcroît de misère et, à terme, de violence, voire de guerre civile, les envahis ne pouvant accepter indéfiniment l’injustice de leur propre situation. Même Saint Martin ne donna au pauvre que la moitié de son manteau. La prudence consiste donc, du côté des décideurs, à refermer progressivement mais fermement les frontières, tout en agissant dans les pays d’origine de telle sorte que le flux migratoire finisse par se tarir. Bref, à agir en véritables politiques, qui savent que leur rôle est de traiter les causes du mal, pas simplement ses symptômes les plus visibles.

La tempérance, elle, consiste accepter de restreindre notre train de vie afin d’aider, là-bas, des populations si misérables que sans cette aide, elles seraient tentées de tout quitter pour venir chez nous. Elle enseigne qu’en perdant un peu en confort matériel, nous pouvons espérer sauver l’essentiel : notre identité spirituelle, et peut-être notre vie.

Le courage, enfin, est ce qui peut nous conduire, d’une part à ne pas baisser les bras, et de l’autre à ne pas craindre d’intervenir – en prenant une part active à l’éradication des causes du problème. « L’espérance chrétienne est combative », déclarait encore le pape François le 6 septembre. Le christianisme n’est pas une religion de la passivité, et il y a des moments où, au nom de la justice et même de la prudence, le courage commande d’agir. Avant qu’il ne soit trop tard.

Et les catholiques de France, dans tout ça ? Il leur revient, pour rester fidèles à ce réalisme évangélique, de tenir fermement les deux bouts de la corde sans sacrifier l’un à l’autre – le devoir d’amour d’un côté, qui leur commande d’ouvrir les bras et, de l’autre, le devoir de maintenir la cité conditionnant la réalisation de cet amour, qui les pousse à la vigilance. Ni oublier que tous deux constituent des formes complémentaires de la charité.

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : AP21801109_000011.

Maïtena contre les donneurs de leçons

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maitena birabden canal fn

Chez McDonald’s, il y a l’employé du mois. Dans les médias français, il y a le nazi du mois. Sauf que ce mois-ci, ça se bouscule un peu au portillon des nazillons. Entre Michel Onfray et Nadine Morano, c’est à peine si Maïtena Biraben a eu le temps d’accrocher sa médaille. Motif : elle avait omis de faire le geste signifiant « entre guillemets » en parlant du « discours de vérité » du Front National. Supériorité de l’écrit sur la télé…

Ce faisant, cette excellente animatrice – nettement plus punchy qu’un Antoine de Caunes, sans parler du narcoleptique Denisot – a réussi un premier gros coup. En prononçant le nom du parti lepéniste sans se pincer le nez, elle réalisait une performance inédite sur Canal+. Volonté d’imposer un nouveau style, plus professionnel et respectueux à l’égard des téléspectateurs, mais surtout à l’exact opposé de celui qui a fait la réputation de la chaîne bobeauf ? Pour endiguer la chute libre de ses audiences, Maïtena Biraben serait-elle la première à avoir compris que Canal+ devrait changer de ton ? En finir avec la caricature, le ricanement et le mépris du plouc mal-votant ?

Elle n’est pas tout à fait la seule, en tout cas, puisque l’ancien patron de la chaîne à péage lui-même, Xavier Couture, déclarait récemment dans l’émission de l’ami David Abiker, C’est arrivé cette semaine, sur Europe 1, que l’humour Canal est « passé de mode » et « ne plaît plus aux Français ». Et pour cause, selon lui : « La société aujourd’hui, avec 10 millions de personnes en difficulté, n’est plus en phase avec l’humour de la chaîne. » Est-ce à dire que Canal+ pourrait un jour s’intéresser aux Français qui gagnent moins de 5000 euros par mois et n’ont jamais songé à voter PS ou EELV ?

Sans doute ne faut-il pas trop rêver. Quand Canal+ cessera d’être la chaîne de la gauche porno, les poulets auront des canines. N’empêche, en réponse aux chasseurs de nazis qui se sont étranglés en l’entendant dire que « les Français se reconnaissent » dans le discours du FN, « premier parti de France », la Biraben a réalisé un second coup de maître. Invitée de « L’instant M », l’émission matinale consacrée aux médias et animée par Sonia Devillers sur France Inter, elle a patiemment attendu la dernière seconde avant le générique pour balancer un scud à la station publique :

« J’ai grandi face au mépris et aux donneurs de leçons. Je voulais venir ici, avec vous, à France Inter, parce que vous bossez bien mais aussi parce que c’est ici qu’il y a eu la plus grande expression du mépris. Quand Charline Vanhoenacker a parlé de « domestique », c’est la plus grande expression de mépris. Je parle pour tous les salariés de Canal et de iTélé : que faut-il faire pour ne pas essuyer votre mépris ? Il faut démissionner ? Nous ne le ferons pas ! »

L’humoriste belge Charline Vanhoenacker avait, en effet, lourdement cogné sur l’animatrice avant même la diffusion de son premier Grand Journal : « Maïtena Biraben a déclaré qu’elle voulait faire « une émission polie ». Et avec le sourire. C’est parfait. Après tout, on ne demande rien de plus aux domestiques. » Marque de fabrique des bourrins à gros sabots de chez France Inter, cette attaque gratuite signifiait que la dame n’était qu’un pion de son méchant patron, l’abominable mangeur de marionnettes Bolloré.

Seulement décidément, il semblerait que Maïtena Biraben ne soit pas qu’un pion. Non seulement elle a exceptionnellement réussi à faire de Canal+ autre chose que la chaîne du mépris du peuple, au moins quelques secondes, mais en plus elle somme France Inter de suivre son exemple. Ralliez-vous à son panache blond !

Affaire Morano : Valls passe le vernis antidérapant

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Il lui aura fallu six ans. Six ans pour s’excuser des propos inexcusables qu’il avait autrefois tenus. Souvenez-vous, en 2009, à Evry, alors qu’il était maire de la ville et qu’il se promenait dans une brocante, notre cher Premier Ministre s’était sainement étonné que sa ville ne soit peuplée que de personnes de couleur. Il s’était donc fendu d’une petite phrase somme toute inoffensive : « Belle image de la ville d’Evry ! Tu me mets quelques Blancs, quelques Whites, quelques Blancos. » Le petit ricanement qui suivait avait mis le feu aux poudres.

Libération avait alors rapporté la réaction de Faouzi Lamdaoui, membre du Conseil National du PS, qui voyait dans un ces propos « un dérapage scandaleux ». Parlant de l’actuel Premier ministre, il avait ajouté que « la confusion, volontaire ou pas, entre la mixité sociale et l’origine des habitants de la ville ne [l’honorait] pas » et qu’il « [confortait] des thèses chères à l’extrême droite qui prône une hiérarchie absurde entre les « races » ».

À l’époque, Manuel Valls avait tenté maladroitement de se justifier en invoquant le « réel ». Sur Europe 1, il avait notamment déclaré : « Il ne faut pas avoir peur des mots mais dire les choses telles qu’elles correspondent à la réalité. »

Depuis, heureusement, Manuel Valls est revenu à la raison. Hier, il a tenu à rappeler que les propos qu’il avait tenus dans sa jeunesse étaient « intolérables ». A l’Assemblée Nationale, il a donc déclaré qu’il « y a aujourd’hui dans notre pays une course effrayante, une surenchère à l’extrême droite ». Pour aller plus loin et prouver sa vigueur que l’on sait aujourd’hui à toute épreuve, il a mis en garde « de la manière la plus solennelle ceux et celles qui se livrent à cette surenchère » et a affirmé qu’il ne tolérerait plus «
jamais ces outrances ».

Enfin, dans un merveilleux mea culpa, il a su rappeler à quel point son erreur avait été honteuse et dangereuse pour la France : « Quand on parle de ‟race blanche”, (…) quand on veut trier en fonction de la religion (…) on fracture le pays, on n’est pas à la hauteur, on tourne le dos à ce que sont les valeurs de ce pays. »

Et l’agent de circulation Valls d’ânonner qu’« il ne faut plus accepter aucun dérapage ! » tandis que son alter ego Sarkozy répète comme un mainate : « Je n’accepterai aucun dérapage. » Vous en avez marre de cette racaille qui empoisonne le débat avec des mots interdits ? Ça tombe bien, nos deux anciens ministres de l’Intérieur vont vous en débarrasser !

L’Ukraine dit «Touche pas à ma pute» pour plaire à l’UE

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ukraine femen prostitution

ukraine femen prostitution

Alors qu’en France, la loi sur la pénalisation de la prostitution est en ballotage entre l’Assemblée Nationale et le Sénat, en Ukraine, la Rada a enregistré une proposition de loi sur sa régulation. Aussi étrange que cela puisse paraître aux yeux Français,  le texte ukrainien vise à séduire l’Union Européenne. Comme l’a évoqué le député à l’initiative de ce projet, Andreï Nemirovski, membre du parti du Président Petro Porochenko, le but est de se conformer aux standards bruxellois  : « l’Ukraine doit se mettre au même niveau qu’un pays développé de l’U.E. » Pour appuyer son projet, il énumère les États dont il s’inspire : l’Allemagne, le Pays-Bas, la Belgique…  et la Lettonie.

Au pays où les Femen poussent comme des champignons, la proposition poursuit pourtant son petit bonhomme de chemin. Le président du parti « auto-défense », majoritaire à l’Assemblée et proche du Président, soutient officiellement le projet. D’autres grands noms avaient déjà soutenu cette idée : Victor Iouchtchenko, lorsqu’il était Président, avait exprimé son envie de réguler le marché noir de la sexualité. Une initiative ensuite reprise par le maire de Kiev, Vitali Klitschko, qui rêvait d’un Euro 2012 « propre », histoire de ne pas « faire peur aux Européens ».

Ce n’est sûrement pas votre magazine préféré qui leur donnera tort. Nous étions les premiers à prendre la plume pour dénoncer l’hypocrisie gouvernementale derrière sa croisade abolitionniste. Nos 343 salauds, décriés comme les pires phallocrates, invoquaient avant tout le droit des femmes de disposer librement de leurs corps. Une liberté que le prêchi-prêcha féministe n’a pas l’air de vouloir intégrer. Mais voilà, l’Ukraine suit les recommandations d’Amnesty International et, quoiqu’on puisse penser du respect des droits de l’homme au pays de Gogol, force est de reconnaître que cette loi contribuerait à sortir les travailleurs sexuels de la précarité.

Mais ne soyons pas dupes : le parti « auto-défense »  cherche avant tout à ouvrir un marché colossal. En député pointilleux, Nemirovski avait même pensé à joindre à son texte une annexe présentant les tarifs pratiqués dans les pays européens et les taxes correspondantes. Au vu de son économie vacillante, que l’Ukraine z’yeute l’argent sale de la prostitution n’a rien de très étonnant. 12 000 travailleurs sexuels –officiels, ça représente un revenu important, qui tombe, en attendant, direct dans la poche des mafias. Alors, si l’Etat peut faire une pierre trois coups, pourquoi pas ?

Pour une fois, ce ne sont pas les Russes qui feront dresser les cheveux de notre gouvernement. Que dira Najat Vallaud Belkacem qui appelait, en 2013, « à faire bloc » contre « l’exploitation de la personne humaine » ? Pourtant, pour le moment, nous ne voyons aucune gesticulation féministe à l’horizon. Pas non plus de seins nus en vue. Même pas le bout du nombril d’Inna Shevchenko qui clamait il y a deux ans « L’Ukraine n’est pas un bordel ! » sur la place Maïdan. Les Femens auraient-elles compris que la liberté de la femme ne s’arrête pas à là où commence celle de l’homme ?  Inquiet pour leur santé, Causeur a décidé d’enquêter. Le résultat a en effet de quoi préoccuper : plutôt que d’enlever son tee-shirt devant l’Assemblée ukrainienne, Inna Shevchenko a rendez-vous aujourd’hui même à Sciences-Po pour y donner une conférence !

Inna Shevchenko se boboïse ? L’Ukraine évolue ? Le monde change, semble-t-il. Mais chut, ne le dites pas à notre Parlement, désespérément obstiné à pénaliser les clients des prostituées.

*Photo: Sipa. numéro de reportage: REX40306421_000004

Migrants : le communautarisme qui vient

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chretien syrie orient

chretien syrie orient

La guerre, civile ou internationale, a été presque entièrement bannie de l’Europe. Ce progrès décisif de la civilisation est le fruit de la longue histoire des Européens. La bienveillance envers autrui recommandée par les morales grecques et romaines est devenue l’amour obligatoire du prochain que nous impose le christianisme. Celui-ci va jusqu’à nous ordonner d’« aimer nos ennemis », précepte antinaturel qu’on ne trouve dans aucune autre morale. Saint Paul affirme que devant Dieu il n’y a plus « ni homme ni femme », fondement, selon Chantal Delsol, du respect de la faiblesse physique des femmes, respect que les temps modernes ont transformé en exigence d’égalité (Chantal Delsol et Martin Steffens, Le nouvel âge des pères). Les Européens ont peu à peu « désensauvagé » leurs sociétés.

Les monarchies ont fait cesser les conflits féodaux, les Lumières ont entraîné l’émancipation des juifs par Napoléon, qui fut une décommunautarisation en bonne et due forme  (« Ne rien donner aux juifs comme nation, tout leur donner comme individus »). Nous avons obtenu ce miracle européen, tellement évident que nous n’en avons plus conscience : des sociétés sans communautés, des sociétés homogènes sur le plan civil, quoique diverses sur le plan linguistique, religieux, etc. Un Bavarois qui va à la messe et parle son dialecte n’hésitera pas à épouser une Hanovrienne protestante qui jargonne en plattdeutsch s’il en est amoureux. L’intermariage signe la fin des communautarismes.

L’Europe est un long effort pour venir à bout des conflits de toutes sortes, et cet effort a culminé à la fin du XXe siècle avec le bannissement des guerres internationales, du moins à l’ouest du continent. De ce long processus de mise à l’écart de la violence, nous sommes les filles et les fils. Un peu lâches, égoïstes et domestiqués, c’est vrai. Mais du moins l’idée ne vient pas à un propriétaire lésé par la loi Duflot d’aller faire exploser sa ceinture au milieu du groupe écolo de l’Assemblée Nationale ou à un éleveur limousin en colère de tirer à la kalachnikov dans les couloirs du ministère de l’Agriculture.

Et « eux » ? Le Moyen-Orient n’a pas connu cette inlassable pacification des rapports entre individus et entre groupes sociaux à fondement ethnique, religieux ou linguistique. Peut-être à cause d’une religion dominante qui met moins l’accent sur l’amour du prochain que le christianisme. Peut-être à cause de l’humiliation subie lors des colonisations ottomanes, puis européennes. De plus savants que moi trouveront la cause de cet état de fait évident : les communautarismes produisent des guerres en Syrie, en Irak, au Yémen et des violences presque partout ailleurs. L’Etat turc lutte à nouveau contre les Kurdes, les Coptes sont plus menacés que jamais en Egypte, les Chiites sont persécutés dans les Etats sunnites du Golfe et en Arabie Saoudite. Les chrétiens sont partout violentés, même sur les chemins de l’exil, même dans les foyers d’accueil allemands !

Les hommes nés dans la plupart des cultures du Moyen-Orient ne se sentent pas obligés de respecter la faiblesse physique des femmes, ils ne se sentent pas obligés de préserver la paix entre peuples, ethnies, et religions différentes. Les femmes obéissent aux hommes, et s’il se trouve des chrétiens à bord d’une embarcation qui vogue vers l’Europe, on ne se gêne pas pour les noyer. Chacun conçoit les représentants des autres communautés que la sienne comme des ennemis potentiels, non comme des frères à aimer. Un surmoi qui obligerait à vivre fraternellement avec les Autres ne s’est pas construit, et nous ne sommes coupables en rien de ce ratage proche-oriental.

Accuser l’Occident des malheurs de l’Orient (millième édition du sanglot de l’homme blanc que nous resservent les bonnes âmes, avec le méchant Bush et le méchant Sarkozy en semeurs de discorde chez les peuples arabes), ce n’est pas très sérieux et cela sert à éluder une question très gênante : que transportent au juste les migrants dans leurs sacs à dos ?

C’est simple : ils transportent leur culture, comme chaque être humain. Les Syriens installés dans la région de Montbéliard y formeront une nouvelle communauté se défiant des autres. A Audincourt, les Roméo d’origine turque et les Juliette d’origine syrienne auront bien du mal à braver l’hostilité de leurs familles et à se marier. Le Maghreb et le Machrek se rendront compte qu’ils ne parlent pas le même arabe, et ce sera une raison supplémentaire d’hostilité. Je gage, sans avoir de boule de cristal, qu’il y aura des mosquées syriennes et des mosquées maghrébines. Daoud Boughezala, dans un article passionnant mais quelque peu déprimant, vient de décrire sur Causeur la montée des communautarismes dans cette partie de la Franche-Comté. L’histoire occidentale les avait supprimés, ils reviennent dans les sacs à dos des migrants.

On voit ces derniers comme de pauvres victimes. Ils le sont assurément, mais ils sont aussi porteurs d’habitudes sociales qui ne sont pas les nôtres. A qui sera-t-il utile que l’Occident s’orientalise ? A qui sera-t-il utile qu’on vive à Montbéliard avec la même peur des déchaînements communautaires qu’à Alep ou à Baghdad ? A personne. Il faut donc avoir le courage cruel de refuser les migrants. Il faut refuser le déluge de bons sentiments, compréhensible chez les peuples, absurde chez les gouvernants. Ceux-ci doivent se guider sur la raison, la réflexion, et non sur l’émotion. Jean Raspail vient de déclarer au Point que les migrants doivent « se débrouiller » et on est tenté de lui donner raison. Le cynisme fait de meilleurs hommes d’Etat que la compassion. Chamberlain avait promis la paix et il a perdu. Churchill avait promis du sang et des larmes et il a gagné.

*Photo: Sipa: numéro de reportage: 00424240_000016

Mon djihad à Villejuif

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djihad Villejuif Etat islamique

djihad Villejuif Etat islamique

Au départ, je voulais du soleil et de l’exotisme.

Le roi d’Arabie saoudite étant venu en France, je trouvais aimable de lui rendre la politesse en allant passer mes vacances en Arabie saoudite.

Malheureusement, pour une raison qui m’échappe, l’Arabie saoudite ne délivre pas de visas touristiques. On ne peut s’y rendre que pour travailler.

Grâce à un ami entrepreneur et entreprenant, j’ai très vite eu une raison professionnelle et impérieuse de me rendre dans ce beau pays.

Malheureusement, un tampon trahissant une récente visite en Israël m’a promptement disqualifié.

L’Arabie saoudite ne délivre pas de visa à quiconque s’est rendu en Israël.

Grâce à un ami introduit (oui, j’ai beaucoup d’amis), j’ai rapidement obtenu un passeport vierge. Heureusement, nous sommes en 2015 car, jusqu’à fin décembre 2014, l’Arabie saoudite était interdite aux juifs. Mais à en croire Al-Watan, depuis fin décembre 2014, le site du ministère saoudien du Travail répertorie le judaïsme comme l’une des dix religions acceptables que les travailleurs étrangers ont le droit de pratiquer. Parmi les autres religions acceptables on trouve « le communisme ». C’est pas de l’exotisme, ça ?

Maintenant, seuls les Israéliens sont interdits en Arabie saoudite. Enfin, à mon avis, un Palestinien de nationalité israélienne n’aurait pas de problème à aller en Arabie saoudite… Je me demande s’ils ne veulent pas dire « interdit aux juifs » finalement…

Bon, l’Arabie saoudite demeure le seul État du Golfe qui interdit encore la création de lieux de culte de religions différentes de l’islam.

Bon, les villes de La Mecque et de Médine sont interdites aux non-musulmans.

Bon, si vous êtes adultère, homosexuel (ou les deux), vous risquez la peine de mort.

Le pire, ce serait d’être une femme juive, homosexuelle, qui irait là-bas avec sa maîtresse.

Finalement il fait peut-être un peu chaud pour se détendre, dans ce pays…

Après avoir fait un tour des pays où les juifs sont, sinon interdits, du moins pas les bienvenus, je décide de me rabattre sur la France.

Sauf que je n’ai pas assez d’argent.

C’est plus cher, la France.

J’ai besoin de vacances. Il faut que je trouve un moyen de les financer.[access capability= »lire_inedits »]

Je commence par ouvrir un profil Facebook au nom d’Hanane. Ensuite je surfe pour récupérer toutes sortes de photos de filles en hidjab. Je finis par trouver ce que je cherche : le profil d’une Karima, dont les photos montrent l’évolution depuis le jean fitté, gloss et mascara, jusqu’à la plus récente : djilbab (mieux que le hidjab, la longue robe noire couvrant les cheveux et tout le corps hormis les pieds et les mains. Batman quoi). Malheureusement, Karima n’a pas ajouté le petit détail mode qui fait tout : les gants noirs tout fins qui permettent d’effacer aussi les mains. Nul n’est parfait.

Au passage, depuis mon profil tout neuf d’Hanane, je like à tour de bras les groupes arborant le drapeau de l’État islamique en photo de couverture et autres enfants mutilés par les américano-sionistes. Par parenthèse, j’ai quand même vu la même photo sur trois groupes différents, légendée de trois manières différentes, à trois dates différentes : enfant martyr de Gaza bombardé par qui vous savez, enfant martyr d’Irak bombardé par les Américains, enfant martyr de Syrie bombardé par Assad. En faisant tourner la photo sur Google Images, on découvre que la plus ancienne est celle d’un enfant irakien, ensuite resservie à toutes les sauces. Confronté de nombreuses fois à ces fakes, je me demande toujours pourquoi il est nécessaire d’aller chercher de fausses photos pour illustrer de vrais drames. Je ne doute pas que chaque conflit fasse d’affreux dégâts, mais quoi ? Les dégâts disponibles en photos ne sont-ils pas assez efficaces en termes de marketing ?

L’algorithme de Facebook étant ce qu’il est, mes like obsessionnels pour l’État islamique et des profils de barbus enturbannés me valent rapidement des propositions alléchantes vers des groupes toujours plus radicaux et des profils de plus en plus islamistes.

Les photos de Karima produisent l’effet espéré et je compte bientôt quelques amis compétents en matière de charia.

Les discussions s’engagent, stériles pour la plupart, mais certaines m’encouragent de façon de plus en plus pressante à me rallier à la lutte pour le bien.

De mon côté, je ne manque pas de clamer ma foi, mon admiration pour le combat légitime de l’État islamique et mon envie de m’engager en rejoignant un valeureux combattant qui deviendra mon mari, inch Allah. Je « demande-d’ami » à tour de bras les profils posant avec une kalachnikov ou une ceinture d’explosifs devant un drapeau de l’État islamique. Ceux qui ont le bon goût d’ajouter une ou deux têtes décapitées ont ma préférence. S’il y a en plus un enfant égorgeant un prisonnier orange, je frise l’orgasme et le fais savoir.

Ces appâts me permettent d’attraper une demi-douzaine de poissons.

Se pose maintenant LE problème : je n’ai pas d’argent pour payer mon billet vers la Turquie, d’où des passeurs m’emmèneront en Syrie.

Deux « moudjahidine lovers » sont prêts à me financer.

J’ouvre alors une cagnotte sur « Le pot commun ». J’invente l’anniversaire de Monique et exhorte ses amis à se montrer généreux. Le site aura mes coordonnées bancaires mais pas les donateurs.

Farid (qui s’appelle en réalité Kevin, m’a-t-il avoué maintenant que je suis proche de la félicité matrimoniale avec lui) verse par PayPal 1 200 euros pour le cadeau de Monique.

Sur le pot commun ouvert « pour le départ en retraite de Roger », Farid a déposé de manière aussi anonyme que Kevin 1 000 euros.

Je ferme les deux faux pots communs et, trois jours plus tard, l’argent est viré sur mon compte. Très pratique, ces cagnottes en ligne !

Je ferme alors mon profil Facebook d’Hanane, non sans avoir remercié mes généreux pygmalions, à qui j’ai certifié que j’arriverais à l’hôtel turc qu’ils m’ont indiqué dix jours plus tard, et je boucle mes valises.

Maintenant que j’ai de quoi partir en vacances aux frais de l’État islamique, je crois que je vais craquer pour Villejuif. D’après le nom, c’est un peu chez moi.

En plus, idéalement situé juste à l’extérieur de Paris, près de la ligne de métro 7, le « Park & Suites Élégance Villejuif » propose un hébergement doté d’une connexion wi-fi gratuite et d’une télévision à écran plat. Pour 59 euros ! Si j’ai le mal du pays, je suis chez moi en vingt minutes sans changement. Ça fait moins loin que de revenir de Syrie. L’idéal !

C’est donc de ce merveilleux lieu de villégiature que je vous envoie cette carte postale.

Seulement, quand je rentre, ils vont m’entendre sur TripAdvisor !

C’est très surfait, Villejuif.

La plage est moche, peu de vendeurs de jeans, pas de banques rutilantes, pas un seul usurier, et même pas d’association sportive de domination du monde. On se demande vraiment pourquoi ça s’appelle comme ça !

Je sais que vous ne croyez que très moyennement à mon histoire. Pourtant, trois jeunes filles tchétchènes l’ont réellement fait fin juillet. Elles ont même été arrêtées pour escroquerie, raconte Russia Today. La Tchétchénie, république de la Fédération de Russie à majorité musulmane, est une terre de choix pour les recruteurs et propagandistes de l’État islamique. Le site Lifenews a rencontré l’une d’elles. Une capture d’écran de l’un de ses comptes montre une discussion avec un djihadiste. Elle écrit : « Je n’ai pas assez d’argent pour me payer des vêtements décents, alors un billet d’avion… Que dois-je faire, mon frère ? » Et son interlocuteur de répondre : « Je vais t’aider autant que je peux, ma sœur, c’est ce qu’un frère doit faire. »

Les trois voleuses encourent jusqu’à six ans de prison. Mais pour les inculper il faudrait que la partie lésée porte plainte…

Comment ça se dit « Dans ton culte ! » en nazislamiste ?[/access]

guignols couverture causeur

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La Catalogne, futur pays membre de l’UE?

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Catalogne Union européenne séparatisme

Catalogne Union européenne séparatisme

« Quoi qu’il arrive, la Corse restera européenne ». Cette déclaration avait créé un tollé il y a plus de vingt ans, alors que Pierre Joxe souhaitait à la même époque introduire la notion de « peuple corse » dans le Droit français, ce que censura fort justement le Conseil constitutionnel. C’était aussi l’époque où s’installait le fameux « comité des régions », auquel le traité de Maastricht avait donné la faculté de donner son avis sur tous les textes de la Commission européenne. L’auteur de cette déclaration, c’était Jacques Delors, le Père de l’Europe d’aujourd’hui, qui envisageait tranquillement le départ de la Corse de la République, pourvu qu’elle restât dans l’Union européenne. Ce jeu des institutions européennes avec les régions, la faculté nouvelle de ces deux échelons de se parler par-dessus l’épaule des Etats-Nations n’a pas cessé. « A Bruxelles, j’enlève le haut, et le bas à Ajaccio », plaisantait William Abitbol, conseiller de Charles Pasqua. L’Etat-Nation devait être mis à poil. Littéralement. Mais la crise financière l’a remis à la mode, et depuis, la Commission semble à la remorque. A force de passer par-dessus l’épaule de leur Etat-Nation, certaines identités régionales ont pris de l’assurance, au point de réclamer aujourd’hui l’indépendance : La Flandre avant-hier, L’Ecosse hier, la Catalogne aujourd’hui, et d’autres encore demain. L’Union européenne récolte aujourd’hui les fruits de son jeu dangereux. Elle s’affole. Voilà que les institutions de Bruxelles, enfin conscientes du danger que les séparatismes font peser sur la stabilité du continent, menacent. Ceux qui se sépareraient de leur Etat membre de l’UE, la Catalogne, comme l’Ecosse au moment de son référendum, sortiraient aussi de l’Union européenne et de l’euro. Et il faudrait à ces nouveaux Etats déposer une candidature qui prendrait des années à aboutir. De même, Nicolas Sarkozy est allé apporter son soutien aux tenants de l’unité espagnole. Il y a sept ans, le même s’était fait tancer par Madrid pour avoir reconnu unilatéralement l’indépendance du Kosovo. Les pyromanes sont devenus pompiers.

Car c’est bien d’un feu qu’il s’agit. Peut-on vraiment exclure pour l’Espagne un scénario à la yougoslave ? Songeons que si les partis favorables à l’indépendance catalane ont obtenu la majorité en sièges aux élections de dimanche, ils n’ont pas obtenu la majorité en voix. Nous sommes en présence d’une région coupée en deux moitiés de poids équivalents. Pense-t-on que Madrid acceptera une séparation de velours de type tchécoslovaque, alors que le Pays basque ne demanderait alors qu’à imiter les Catalans ? Et si finalement Madrid cédait, la Catalogne indépendante souhaitera-t-elle ensuite sa réunification ? Réclamera-t-elle Perpignan et Collioure ? Alors que de doux rêveurs pensent déjà à récupérer le FC Barcelone dans la Ligue 1 française, prenons garde à ce que notre pays ne devienne pas rapidement une victime collatérale d’une éventuelle déclaration d’indépendance catalane.

Quant à l’Union européenne, elle finirait par s’écrouler sur la tête de ses architectes imprudents, qui avaient tant pris soin d’affaiblir les murs porteurs de la construction.

*Photo : AP21623767_000001

Supporters de football : l’émotion reine

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hooligans chelsea football

hooligans chelsea football

« Deux hommes de vingt ans soupçonnés d’avoir violenté un stadier lors du match Marseille-Lyon de dimanche ont été arrêtés jeudi et vendredi 25 septembre au matin dans les quartiers nord de Marseille et placés en garde à vue. » nous apprend Le Monde. Ils viennent s’ajouter aux trois supporters de l’OM déjà condamnés « mardi à des peines de quatre à six mois de prison ferme pour avoir participé à des échauffourées, à proximité du vélodrome, avant la rencontre ».

Faut-il se réjouir de telles décisions ? À première vue, oui. Le comportement d’une partie des virages marseillais à l’occasion de Marseille-Lyon le week-end dernier était si affligeant (projectiles en tous genres, jets de bouteilles en verre…) qu’il a soulevé l’indignation de la twittosphère.

Mais le premier problème est bien là. Il faudrait avoir la mémoire sacrément courte pour ne pas se souvenir des propos de Vincent Labrune, le Président de l’OM, au micro de Canal +, lors de l’interruption du match, qui reprochait à l’arbitre, à la fédération et au président de l’OL d’être en partie responsables de ces « deux ou trois bouteilles de bières jetées sur le terrain ». S’est ensuivie l’indignation et l’obligation pour le président de rectifier le tir et de se servir, pour une fois, des nombreuses caméras du stade pour tenter d’identifier les coupables.

Ce qui nous amène tout naturellement au deuxième problème : l’incroyable timidité avec laquelle les présidents de club ont recours à tous les éléments en leur possession, et notamment la vidéo, pour débarrasser les stades de leurs hooligans. En Angleterre, ce travail a été fait il y a bien longtemps, en France on attend toujours. Seul le PSG s’est livré en 2006 à cet exercice très peu populaire à l’intérieur d’un club.

Le troisième problème concerne la loi et l’application de celle-ci. Les Anglais ont eu le mérite de ne pas imaginer une seule sanction et de choisir des peines adaptées aux circonstances. Le supporter qui dépasse la limite risque tout simplement une suspension de stade à vie et à défaut, une suspension de plusieurs années. C’est ce qui était arrivé à ces supporters de Chelsea pris en flagrant délit de racisme dans le métro parisien en février dernier – rappelant à des journalistes ébahis que le racisme n’était pas l’apanage de la France -, et écopant d’une suspension de stade allant de trois à cinq ans.

Si les supporters de Chelsea avaient étaient jugés en France, ils auraient encouru jusqu’à trois ans de prison et une amende de 45.000 euros environ. Dans les faits, ces lois difficilement applicables, notamment quand on connaît le salaire moyen des supporters les plus ultras, est très rarement appliquée. D’ailleurs, à la même période, en février 2015, Nice matin nous apprenait que 16 supporters niçois interpellés pour avoir blessé « trois supporters de l’AS Monaco pendant qu’ils célébraient, en Principauté, la victoire de leur équipe lors du derby, [avaient] été libérés ». Et ceci est loin d’être un cas isolé.

En France, certains groupes de supporters, comme à Marseille, gèrent la billetterie. En Angleterre, on leur retire leurs billets à vie s’ils dépassent les limites. Mais les Anglais ont attendu trois grandes tragédies avant d’agir (Le Heysel, Bradford, Hillsborough). Il est dommage que l’attentisme soit la seule spécialité british qu’on imite.

*Photo : wikicommons.