Chez McDonald’s, il y a l’employé du mois. Dans les médias français, il y a le nazi du mois. Sauf que ce mois-ci, ça se bouscule un peu au portillon des nazillons. Entre Michel Onfray et Nadine Morano, c’est à peine si Maïtena Biraben a eu le temps d’accrocher sa médaille. Motif : elle avait omis de faire le geste signifiant « entre guillemets » en parlant du « discours de vérité » du Front National. Supériorité de l’écrit sur la télé…

Ce faisant, cette excellente animatrice – nettement plus punchy qu’un Antoine de Caunes, sans parler du narcoleptique Denisot – a réussi un premier gros coup. En prononçant le nom du parti lepéniste sans se pincer le nez, elle réalisait une performance inédite sur Canal+. Volonté d’imposer un nouveau style, plus professionnel et respectueux à l’égard des téléspectateurs, mais surtout à l’exact opposé de celui qui a fait la réputation de la chaîne bobeauf ? Pour endiguer la chute libre de ses audiences, Maïtena Biraben serait-elle la première à avoir compris que Canal+ devrait changer de ton ? En finir avec la caricature, le ricanement et le mépris du plouc mal-votant ?

Elle n’est pas tout à fait la seule, en tout cas, puisque l’ancien patron de la chaîne à péage lui-même, Xavier Couture, déclarait récemment dans l’émission de l’ami David Abiker, C’est arrivé cette semaine, sur Europe 1, que l’humour Canal est « passé de mode » et « ne plaît plus aux Français ». Et pour cause, selon lui : « La société aujourd’hui, avec 10 millions de personnes en difficulté, n’est plus en phase avec l’humour de la chaîne. » Est-ce à dire que Canal+ pourrait un jour s’intéresser aux Français qui gagnent moins de 5000 euros par mois et n’ont jamais songé à voter PS ou EELV ?

Sans doute ne faut-il pas trop rêver. Quand Canal+ cessera d’être la chaîne de la gauche porno, les poulets auront des canines. N’empêche, en réponse aux chasseurs de nazis qui se sont étranglés en l’entendant dire que « les Français se reconnaissent » dans le discours du FN, « premier parti de France », la Biraben a réalisé un second coup de maître. Invitée de « L’instant M », l’émission matinale consacrée aux médias et animée par Sonia Devillers sur France Inter, elle a patiemment attendu la dernière seconde avant le générique pour balancer un scud à la station publique :

« J’ai grandi face au mépris et aux donneurs de leçons. Je voulais venir ici, avec vous, à France Inter, parce que vous bossez bien mais aussi parce que c’est ici qu’il y a eu la plus grande expression du mépris. Quand Charline Vanhoenacker a parlé de « domestique », c’est la plus grande expression de mépris. Je parle pour tous les salariés de Canal et de iTélé : que faut-il faire pour ne pas essuyer votre mépris ? Il faut démissionner ? Nous ne le ferons pas ! »

L’humoriste belge Charline Vanhoenacker avait, en effet, lourdement cogné sur l’animatrice avant même la diffusion de son premier Grand Journal : « Maïtena Biraben a déclaré qu’elle voulait faire « une émission polie ». Et avec le sourire. C’est parfait. Après tout, on ne demande rien de plus aux domestiques. » Marque de fabrique des bourrins à gros sabots de chez France Inter, cette attaque gratuite signifiait que la dame n’était qu’un pion de son méchant patron, l’abominable mangeur de marionnettes Bolloré.

Seulement décidément, il semblerait que Maïtena Biraben ne soit pas qu’un pion. Non seulement elle a exceptionnellement réussi à faire de Canal+ autre chose que la chaîne du mépris du peuple, au moins quelques secondes, mais en plus elle somme France Inter de suivre son exemple. Ralliez-vous à son panache blond !

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Pascal Bories
est journaliste.est journaliste.
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