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Gattaz contre le FN, non merci!

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En France, ces jours-ci, c’est l’union sacrée… contre le FN ! Il y a d’abord les artistes, ce qui est plutôt habituel. Le FN ne brille pas par son programme culturel et il a laissé le souvenir, par exemple, de l’épuration des bibliothèques dans les mairies prises en 1995. Philippe Val, dans son C’était Charlie (Grasset) qui vient de paraître, rappelle ainsi que lorsqu’il avait demandé à la mairie de Toulon d’assurer sa sécurité sur un salon du livre antifasciste qui devait se tenir en ce temps-là, il s’était vu répondre par Serge de Beketch, alors responsable de la communication de la ville : « La municipalité est chargée du ramassage des ordures, pas de leur protection. » Tout cela explique aisément ce tropisme « antifasciste » même si son efficacité est souvent bien limitée.

Outre les artistes, plus surprenant quand on connaît sa prudence et sa révérence pour les autorités locales, il y a la presse régionale. La Voix du Nord a ainsi titré mardi : « Pourquoi une victoire du FN nous inquiète. » Cela fait évidemment un peu sourire jaune, y compris certains de ses journalistes. Qui a un peu lu la VDN ces dernières années sait que son traitement des faits divers tourne systématiquement à la peinture implicite d’une insécurité galopante et, comme le FN fait vendre, le journal a multiplié les publi-reportages sur le Front ou les Unes ambigües. Comme celle du 11 novembre où, sous prétexte de mettre en question une proposition de Marine Le Pen, « dénoncer et éradiquer toute immigration bactérienne » (car les migrants en plus d’être migrants sont porteurs de sales maladies, c’est bien connu), le journal l’a reprise en première page sur fond noir, faisant mine de croire qu’un certain lectorat ne verrait pas ça comme un avertissement frontiste à prendre au sérieux. Bref, on invoque quelques jours avant le scrutin le fait qu’on est un journal « issu de la résistance » comme pour se dédouaner à la dernière minute d’un quelconque rôle dans le triomphe annoncé du Front dans le Nord-Pas-de-Calais-Picardie.

Et, last, but not least, voilà Pierre Gattaz lui-même qui met en garde l’électeur citoyen. Mais il le met en garde de telle manière que cela risque bien de donner encore plus envie à certains de voter FN. En effet, que redoute-t-il dans une éventuelle victoire du Front ? Son programme économique. Et pourquoi le programme économique du Front l’inquiète aussi fort ? On vous le donne en mille : parce qu’il rappelle celui de la gauche en… 1981. Dans une région ouvrière, le programme de la gauche en 81 et sa trop courte application dans la période 81-83, c’est plutôt un bon, voire un très bon souvenir. C’est la trahison du tournant de la rigueur qui a peu à peu désespéré toute une région jusque-là indéfectiblement « socialo-communiste » : les 39 heures, la retraite à 60 ans, les lois Auroux sur les droits des travailleurs dans l’entreprise votées alors que le charismatique maire de Lille Pierre Mauroy était Premier ministre. Bref, Gattaz, consciemment ou non, est en train de dire à toute une région que le FN va leur faire retrouver le paradis perdu de ces années-là. On a vu mieux comme contre-propagande, Marine Le Pen trouvant là un appui inespéré pour insister sur le fait qu’elle est bien la candidate du « million de pauvres » d’une région sinistrée par la désindustrialisation et la mondialisation.

Plus généralement, cela prouve à quel point le patron des patrons, quand il parle de politique, est  déconnecté de la réalité. Sans doute croit-il que parce qu’il entretient d’excellentissimes relations avec Manuel Valls et Emmanuel Macron, en fait, il est de gauche… Hélas, non. On a beaucoup jasé sur le crachat de Benzema à la fin de La Marseillaise lors du match France-Angleterre. On a en revanche été d’une discrétion de violette sur la déclaration de Gattaz moins de quatre jours après les attentats, alors que le gouvernement avait annoncé à Bruxelles qu’il n’allait pas falloir trop chercher la petite bête sur la question des déficits car le pays allait soutenir un effort de sécurité et de défense sans précédent. Voilà ce qu’il avait dit textuellement alors que tous les corps n’étaient pas encore identifiés : « Il est sans doute nécessaire de renforcer les mesures de sécurité et de prévention mais il faut absolument continuer l’optimisation de la sphère publique. On ne peut pas laisser partir à vau-l’eau les dépenses publiques. » C’était parfaitement de bon ton, comme on le voit. On nous permettra de préférer, pour le coup, la déclaration de Matteo Renzi, pourtant d’un rose très pâle : « A chaque euro investi dans la sécurité doit correspondre un euro pour la culture. »

Ce qui n’est, pour le coup, ni une proposition FN, ni une proposition Medef.

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : 00731086_000005.

C'était Charlie

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Comment contenir la poussée du FN après les régionales

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Pour les régionales, la parole est aux électeurs. Et après ?

La première chose à faire, et qui n’est jamais vraiment faite, serait d’exposer les points du discours et du programme de Marine le Pen qui  rendent son parti infréquentable par les républicains et les démocrates. Si les quelques points qui composent la ligne rouge séparant notre démocratie de ses ennemi étaient écrits noir sur blanc, ils mettraient Marine le Pen au pied du mur, et, au cas où elle se positionnerait du mauvais côté de cette ligne rouge, il deviendrait facile de dénoncer le danger que son parti fait courir à la démocratie et à la République, et de convaincre ainsi la partie saine de son électorat.

Si, par contre, elle se positionnait clairement et franchement du bon côté, il deviendrait difficile de la rejeter au nom d’un procès d’intention. Mais l’énoncé de cette ligne rouge concernant les fondements de notre société reste à faire.

Quelle que soit la façon dont Marine le Pen se situerait sur les principes fondamentaux de notre société, parmi les autres raisons qui inclinent un fort pourcentage d’électeurs en faveur du Front national, il en est de légitimes, qu’il faut reconnaître sans se pincer le nez.

C’est pourquoi il faut conjuguer vis-à-vis d’elle deux approches contradictoires, mais jamais, je dis bien jamais, l’une sans l’autre.

La première approche consiste à reconnaître ce que Marine Le Pen dit de vrai, avec souvent plus de force et de clarté que les autres responsables politiques, parce qu’elle est la moins inhibée de tous par le politiquement correct. Dans ses interventions d’après le 13 novembre, elle s’est singularisée en appelant l’ennemi par son nom : l’idéologie islamiste qui est terroriste dans ses moyens et  totalitaire dans son objectif. Et elle en a profité pour dénoncer ceux des responsables politiques qui ne s’autorisent toujours pas à désigner l’ennemi islamiste par son nom, pour la raison que ce mot en –isme a le mot islam pour radical. Il faut bien admettre que sur ce thème, elle a marqué un point sur la concurrence, et que c’est à celle-ci de rattraper son retard. C’est cela le bon usage de Madame Sans-Gêne.

L’islam est malade de sa difficulté à s’adapter à la modernité démocratique.

On doit aussi reconnaître qu’elle prend soin de ne pas confondre l’ensemble des musulmans avec les islamistes : Marine Le Pen rejette clairement cet amalgame, lequel n’est d’ailleurs pratiqué par aucun parti, et n’existe que parce qu’il est agité comme un épouvantail sous la pression des islamistes et de leur relais à gauche et même à droite.

Il faut même lui donner raison quand elle refuse de passer de « pas d’amalgame » à « il n’y a pas de rapport  entre l’islam et l’islamisme ». Car la vérité est qu’il  y a évidemment un rapport, ou plutôt différents rapports, entre l’islam – qui est une religion, une culture et souvent une identité – et l’islamisme qui veut imposer au monde entier l’islam archaïque par la terreur. Ce qui fait passer les islamistes de l’un à l’autre n’est pas un pur contresens sur le Coran, sa perversion ou son détournement. L’islamisme est une maladie de l’islam, dont ce dernier ne pourra se guérir que par une réforme portant sur certains de ses principes fondamentaux. L’islam est malade de sa difficulté à s’adapter à la modernité démocratique.

On ne peut pas non plus rejeter entièrement ce que dit Marine le Pen sur le problème posé à la France et à l’Europe par l’immigration musulmane, étant donnés son ampleur et son rapport difficile à la modernité démocratique. Reconnaître la difficulté de cette intégration, au niveau statistique, permettra d’en parler et d’agir à son égard de façon rationnelle, positive et sans hystérie.

Faire l’effort de reconnaître qu’on est d’accord avec Marine le Pen sur ces constats est évidemment la seule façon de prouver qu’elle n’en a pas le monopole, que les autres partis ne sont pas moins déterminés qu’elle à nommer l’ennemi et à le combattre, chez nous et au-dehors, et que les désaccords avec elle commencent après ces constats communs.

La seconde démarche qui s’impose est contradictoire à la première et elle est complémentaire.

Elle consiste à attaquer le Front national sur tous les points où il a gravement tort, et d’abord, selon moi, sur la promesse souverainiste d’une France protectionniste à tous crins, et qui n’aurait magiquement plus de problèmes d’aucune sorte pour peu qu’elle chasse ses dirigeants et qu’elle quitte l’Europe et le marché mondial. Une France qui n’aurait même plus besoin de réduire ses déficits, simplement parce qu’elle se serait retirée de cette Europe qui lui impose une politique d’austérité ! Une France qui appliquerait les recettes sociales qui ont fait gagner la gauche en 1981 et 2002 et à cause desquelles la gauche de gouvernement a dû retourner sa veste en 1983 et en 2014.

Aussi tragique que soit la situation à laquelle ils veulent échapper, les musulmans ne sont pas les juifs d’hier.

Si donc l’on veut faire barrage à l’ascension résistible du Front national, trois conditions s’imposent.

La première est d’apporter les preuves que les partis non-lepénistes luttent résolument et efficacement contre l’ennemi islamiste en France, et à l’étranger, et en particulier grâce à l’Europe. Par exemple, qu’ils entendent profiter urgemment de l’état d’urgence pour reconquérir les quartiers où les dealers et les islamistes font la loi, sans oublier de donner aux enseignants la mission et les moyens de gagner leurs élèves à la culture française.

La deuxième exigence est que les partis non-lepénistes affrontent les problèmes complexes et difficiles posés par la perspective d’une immigration musulmane massive en Europe, sans se laisser  aveugler par la mauvaise conscience, c’est-à-dire sans se tromper d’époque et d’immigrants : aussi tragique que soit la situation à laquelle ils veulent échapper, les musulmans ne sont pas les juifs d’hier. Ils ne sont pas une minorité en voie d’extermination ; ils ne sont pas une goutte d’eau dans la démographie des pays d’accueil ; ils ne sont pas statistiquement aussi intégrables que l’ont été toutes les immigrations précédentes.

La troisième condition est de reconnaître et d’assumer sans barguigner le fait qu’un large accord existe en France entre les deux partis de gouvernement, le PS et les Républicains, sur la base du consensus idéologique, culturel et politique qui constitue le socle de l’Europe. Ce socle est issu des leçons de la seconde guerre mondiale, de la fin du nazisme et du communisme. Cette Europe-là est un espace démocratique et libéral à préserver plus que jamais. Cela implique que ces deux partis, dont la dualité est nécessaire au jeu de l’alternance, cessent de se déconsidérer réciproquement et définissent les bases de leur accord face au FN. Lequel FN aura alors à se prononcer sur les principes et les valeurs affirmés dans cet accord. Devraient faire partie de cet accord la condamnation de la xénophobie, c’est-à-dire le refus de toute discrimination et du deux poids deux mesures, pour quelque raison que ce soit : en particulier, le fait que toutes les religions soient traitées à égalité.

Cela fait, il ne restera plus qu’à se battre clairement contre l’avenir proposé par Marine Le Pen, et par les autres souverainistes de France et d’Europe, projet contre projet, en démontrant que si le programme du FN était mis en application, il mènerait à la catastrophe. Non parce qu’il ne serait pas républicain ou démocratique, mais parce qu’il consiste à faire machine arrière toute, à refermer les portes, comme si le destin de la France était de se constituer sur le modèle du camp retranché d’Astérix, isolé et résistant à l’Europe et au monde.

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : 00732989_000027.

Erdogan le pacha

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Dimanche 29 novembre, toute l’UE s’est réunie à Bruxelles pour accorder à la Turquie une subvention (pas un prêt, non : un don gracieux) de 3 milliards d’euros destinés a priori à s’occuper du million et demi de réfugiés syriens transitant par son territoire — et qui n’ont pas vocation à y rester.
Je dis « a priori », parce qu’il ne fait aucun doute que les subsides en question, tout comme les 6 milliards versés en 2010 pour faciliter la « pré-adhésion » du pays à l’Europe, finiront dans les poches des chefs mafieux qui co-dirigent le pays avec le nouveau Sultan — l’homme qui dézingue les bombardiers russes qui effleurent son espace aérien. Et qui les filme pendant leur chute.

Il manque aux Européens quelques leçons d’Histoire, qui leur feraient comprendre ce que cherche Erdogan. Ce bienfaiteur de l’humanité en général et de l’Islam en particulier a deux ambitions locales. D’un côté exterminer les Kurdes, dont les peshmergas — hommes et femmes — sont les seuls, à l’exception de quelques gardiens de la révolution iraniens, à se battre aux côtés de l’armée syrienne contre l’Etat islamique, et à remporter des succès. C’est une vieille obsession turque — purifier ethniquement leurs frontières. D’un autre côté, renverser Bachar, dont la présence empêche Erdogan de reconstituer l’ancien empire turc (de même, la présence du maréchal Sissi en Egypte lui est une épine dans le pied). Un empire qui irait de la Sublime Porte, comme on disait jadis, jusqu’au Maghreb, longtemps colonie turque — voir l’épopée de Barberousse, et tous les malandrins maures qui ont piraté la Méditerranée au nom de Mehmet ou de Soliman.

Projet à moyen terme, intégrer l’Europe (la France est quasiment le seul Etat qui s’y oppose un peu, l’Allemagne a depuis très longtemps — la Première guerre mondiale au moins — tissé des liens économico-affectifs avec la Turquie) afin de réussir, cette fois, l’invasion arrêtée sous les murs de Vienne par Nicolas von Salm en 1529 et par Ernst Rüdiger von Starhemberg en 1683.Sans oublier Lépante et quelques autres revers historiques — ou l’expédition de Lawrence en Syrie et Arabie en 1917. Depuis le XVIème siècle, l’Europe a constamment battu les Ottomans. Erdogan veut venger cinq siècles de défaites. Et, tant qu’à faire, en profiter pour imposer l’Islam le plus fondamentaliste à tous ces peuples — qu’ils soient ou non musulmans. On parie que l’Europe d’aujourd’hui, qui n’est plus un empire mais un conglomérat d’appétits, applaudira au nom de la mondialisation et de l’économie de marché aux esclaves ? Après tout, ces mêmes Européens ont appuyé les Bosniaques, dont on commence à reconnaître aujourd’hui qu’ils sont eux aussi des mafieux, contre les Serbes, qui luttaient depuis sept siècles contre l’envahisseur.

Alors Erdogan équipe Al-Nosra et les autres fous de Dieu, et laisse les mafieux évoqués plus haut acheter le pétrole de l’Etat islamique — ou les trésors antiques dérobés au passage. Bien persuadé que 78 millions de Turcs l’emporteront aisément, à l’arrivée, contre des tribus éparses — d’autant qu’il a les mêmes convictions fondamentalistes que les plus radicaux. Voir la façon dont il respecte la liberté d’opinion chez lui. Pour les journalistes d’opposition, pour les dirigeants kurdes de partis soi-disant autorisés, pour tous ceux qui protestent, c’est Midnight Express tous les jours, là-bas — et Erdogan sait envoyer paître l’UE quand elle fait semblant de s’en offusquer. L’Islam conquérant a sa façon tout à lui de vous mettre du plomb dans la tête.

Je suis allé deux fois à Istanbul, à quarante ans de distance. En 1973, il n’y avait pas une femme voilée dans le grand Bazar. Aujourd’hui, il n’y a pour ainsi dire que ça à l’université. L’armée autrefois gage de la laïcité héritée de Mustapha Kemal et des Jeunes Turcs est passée tout entière sous le contrôle d’un parti qui lui achète plein de joujoux coûteux pour faire boum-boum. Et qui tire le maximum de son adhésion à l’OTAN.

En face, au front, j’ai déjà eu l’occasion de le dire, il n’y a pour l’instant que Poutine. Bien sûr, lui aussi a son propre agenda impérial. Si l’un se voit sultan, l’autre se rêve tsar. Les manœuvres en Ukraine, après la Tchétchénie et la Géorgie, n’ont guère d’autre sens. Et le tsar a compris que l’empire américain, échaudé par ses aventures afghanes et irakiennes, lui laissait le champ libre — tout en soutenant le Sultan en sous-main. D’où l’intervention en Syrie : Poutine, qui sait que bon nombre de jihadistes sont d’origine caucasienne, connaît les risques que l’Islam fondamentaliste fait courir au monde — Al-Baghdawi rêve lui aussi de restaurer l’empire d’Haroun al-Rachid.

D’où le coup de semonce d’Erdogan la semaine dernière — j’ai dans l’idée qu’il ne l’emportera pas au paradis, et ça a commencé. D’où l’absence de condamnation européenne de ce qui est de toute évidence un acte de guerre destiné, dit Poutine, à protéger les petits trafics pétroliers d’Ankara. D’où notre quête d’improbables alliés dans cet Orient compliqué, sans voir que nous avons les mêmes intérêts que les Russes. D’où les appels pathétiques de Hollande à l’unité contre Daech, comme il dit, qui se heurtent à la logique des empires.

« Mais… », dit Angela Merkel… « Mêêê… » bêlent en écho Fabius et le Conseil de l’Europe. Continuons ainsi, et nous nous prendrons une déferlante turque dans les dents. Je n’oublie pas, moi, qu’en janvier dernier, à Marseille, les seuls musulmans, ou presque, qui participèrent spontanément aux hommages à Charlie étaient kurdes. Guerriers un jour, guerriers toujours. Certes ils ont leur propre agenda — délimiter enfin un Etat qui soit le leur en rectifiant les frontières tirées au cordeau et un peu au hasard par les Anglo-français dans les années 1920. Et alors ? C’est eux qu’il faut équiper en priorité — même si c’est aussi pour se défendre contre les exactions du Sultan. Et c’est avec Moscou (et avec Téhéran, n’en déplaise aux israéliens, qui ont leur propre agenda et voudraient nous le faire endosser) que nous pouvons tisser les alliances les plus solides.

 *Photo: Sipa. Numéro de reportage : AP21830322_000004.

Molenbeek, le Waterloo de la gauche belge

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En Belgique, la gauche ne s’est pas contentée, comme le think tank Terra Nova en France, de conceptualiser la figure de l’immigré, nouveau prolétaire appelé à remplacer une classe ouvrière déclinante. Depuis vingt ans, Bruxelles est devenue le laboratoire du communautarisme ethnique et religieux. Dopée au cocktail détonnant du multiculturalisme et du déni des réalités, la capitale belge est également devenue celle de l’islamisme radical en Europe et une base arrière du terrorisme djihadiste. Le problème est loin de se résumer à Molenbeek, aujourd’hui symbole de toutes les dérives.

Comment en est-on arrivé là ? Immigration incontrôlée et communautarisme ont causé un dérapage. Pas un de ces petits « dérapages » que les médias belges autant que français aiment traquer avec jouissance. Plutôt une sortie de route fracassante et une collision de valeurs avec des conséquences funestes. Rapportée à la taille de sa population, la Belgique est le pays qui fournit le plus de djihadistes à la Syrie et à… l’Europe. Pourquoi ? Le monde politique belge préfère éviter de se poser la question.

Tentons une explication. L’immigration massive et incontrôlée est une première réponse. Depuis les années 2000, la Belgique, et Bruxelles en particulier, a connu un choc migratoire, pudiquement qualifié de « démographique ».[access capability= »lire_inedits »] En douze ans, plus d’un million de personnes ont immigré dans un pays d’à peine dix millions d’habitants[1. Une partie de cette immigration est d’origine européenne, un élément souvent mis en avant pour masquer l’importance de sa dimension extra-européenne. La population de Molenbeek a augmenté de 30 % en quinze ans, une croissance due en grande partie à une immigration en provenance du Maghreb.]. Sur cette période, en pourcentage, le solde migratoire est quatre fois plus important que celui de la France et de l’Allemagne, et dépasse celui des pays traditionnels d’immigration comme les États-Unis ou le Canada. Regroupement familial (50 % de l’immigration !), mariages blancs, régularisation des clandestins, générosité du système social, acquisition de la nationalité facilitée jusqu’à l’absurde (une simple preuve de résidence suffit à devenir belge), toutes les politiques publiques se renforcent mutuellement pour transformer la population et la physionomie des villes du royaume. Aucun débat public n’accompagne cette évolution majeure[2. Il faudra attendre 2014 et un gouvernement de centre droit dont, pour la première fois depuis vingt ans, les socialistes sont exclus, pour inverser la tendance… avant que la crise des réfugiés ne remette en cause ce tournant.].

S’y ajoute une marche forcée vers le communautarisme. Au pays de Magritte, point de politique d’intégration. Le terme même est contesté, la gauche lui préférant celui d’« inclusion sociale », qui a l’avantage de transférer l’obligation d’intégration du migrant vers la société d’accueil.

Le problème culturel que constitue l’arrivée massive de populations musulmanes, surtout marocaines et turques, a été nié. Sans problème, il ne peut y avoir de solution. L’intégration était censée se faire naturellement grâce au miracle du brassage multiculturel. Il suffisait de l’encourager par des fonds publics et en muselant, par l’accusation d’islamophobie ou de racisme, le téméraire qui oserait le contester. À Molenbeek, ces politiques ont été poussées au paroxysme par les édiles locaux. Visites dans les mosquées, subventions versées à des associations musulmanes, mise à disposition des locaux publics pour des écoles coraniques, grands frères transformés en agents communaux, clientélisme, candidats aux élections proches des mosquées, participation aux fêtes musulmanes (mais jamais à celles catholiques) ainsi qu’à des défilés anti-israéliens où l’on scande des slogans antisémites, sans jamais les condamner.

Un climat de tolérance s’y est instauré, par rapport aux infractions à la loi, à la multiplication des mosquées (une cinquantaine à Molenbeek pour 100.000 habitants), aux discours salafistes et extrémistes. Certains quartiers sont devenus peu à peu des zones de non-droit. De tolérance en renoncements, un terreau favorable au développement de l’islamisme radical puis aux apprentis terroristes s’est progressivement créé.

Encore ne s’agit-il que de la partie émergée de l’iceberg. Sous le radar de la presse et du monde politique, ce sont les valeurs démocratiques qui souffrent en silence dans ces quartiers. La liberté élémentaire d’aller et venir en portant une tenue de son choix n’existe plus, sauf si, comme plus de la moitié des femmes, on porte le voile. La liberté d’exposer des œuvres de nus est inconcevable. Celle d’exprimer une opinion dissonante de la majorité sociologique non plus.

Sexisme et homophobie sont bien présents. Un antisémitisme virulent, généralisé mais nié, sévit dans ces quartiers. Les professeurs identifiés comme juifs ont dû partir. En 2013, l’école juive Maïmonide a décidé de quitter Anderlecht, la ville du célèbre club de football voisine de Molenbeek. Le monument aux déportés juifs qui s’y trouve doit être protégé sous peine d’être vandalisé. Récemment, les écoles publiques de la Ville de Bruxelles[2. La Région de Bruxelles-Capitale est composée de 19 communes dont la ville de Bruxelles, mais aussi Molenbeek, Anderlecht, Schaerbeek, Saint-Josse où, avec Bruxelles, les problèmes de communautarisme sont les plus aigus. Contrairement à la France, les quartiers à problèmes ne sont pas situés dans les banlieues mais au cœur des grandes villes. Il en va de même à Anvers, Liège, Verviers, Charleroi, etc.] sont devenues Judenrein[3. La Commission Bouchard-Taylor a été créée le 8 février 2007 par le Premier ministre du Québec afin d’examiner les questions liées aux accommodements raisonnables consentis au Québec.], le dernier enfant juif ayant quitté ces écoles, à la suite des intimidations de ses « camarades » musulmans. L’histoire de la Shoah n’y est plus enseignée. Un député socialiste de Molenbeek a même pu traiter l’expert en terrorisme Claude Moniquet de « crapule sioniste » sans encourir la moindre sanction. Cerise sur le gâteau, le PS local a produit il y a deux ans une caricature antisémite sur une affiche invitant à un débat. Le décalage entre les discours officiels lors des commémorations de la Shoah – attribuant l’antisémitisme contemporain à l’extrême droite – et la réalité de son contexte musulman dans les quartiers devient abyssal.

Outre cet antisémitisme presque identitaire, l’échec de l’intégration a créé le communautarisme qui lui-même a favorisé le développement de courants radicaux et fondamentalistes qui ont, parfois, sombré dans la violence.

En Wallonie et à Bruxelles, contrairement à la Flandre, le monde politique belge francophone est dominé par la gauche. Le Parti socialiste, le cdH – Centre démocrate humaniste (sic), d’inspiration sociale-chrétienne – et les écologistes (Ecolo) sont, ensemble, largement majoritaires. Pour capter ce nouveau vote immigré – 40 % environ de la population bruxelloise est désormais musulmane –, ils se sont lancés dans une surenchère permanente.

Ecolo est ainsi devenu le champion des « accommodements raisonnables », sur le modèle canadien, issu de la Commission Bouchard-Taylor[4. La Commission Bouchard-Taylor a été créée le 8 février 2007 par le Premier ministre du Québec afin d’examiner les questions liées aux accommodements raisonnables consentis au Québec.]. Le PS compte aujourd’hui une majorité d’élus d’origine étrangère, dont l’élection dépend souvent d’un vote exclusivement communautaire. On trouve désormais des tracts électoraux rédigés en turc, ourdou, arabe… Des candidats utilisent la liste des électeurs pour ne cibler que les Turcs, Congolais, Pakistanais ou autres.

En 2009, le cdH, le parti démocrate-chrétien, fit élire la première femme voilée dans un Parlement européen. La députée belge Mahinur Özdemir, proche du président turc Erdogan, a ainsi joué un rôle important pour faire régresser le statut des femmes en Turquie. Après tout, si le voile est autorisé au Parlement belge, pourquoi ne pas l’autoriser en Turquie où, suivant la ligne d’Atatürk, il était interdit ? Longtemps, la ministre de l’Intérieur de ce parti a traité les départs de jeunes Belges en Syrie sous un angle humanitaire, les présentant comme des victimes de la société plutôt que comme de dangereux terroristes. Elle a été jusqu’à faciliter le retour de Syrie d’une femme enceinte de son compagnon djihadiste, afin qu’elle puisse « accoucher en Belgique dans de bonnes conditions ». Aujourd’hui ministre de l’Enseignement, elle ferme les yeux sur le non-respect des obligations scolaires dans les écoles de ces quartiers : les absences des filles aux cours de sport, les difficultés d’enseigner certaines matières telles que la biologie (Darwin), le français (Voltaire) ou l’histoire de l’art (cachez ces nus indécents!).

La responsabilité de la gauche dans cette descente aux enfers est écrasante, mais elle l’a fait dans un climat médiatique et intellectuel, favorable et complaisant. Les quelques universitaires qui travaillent sur ces questions sont davantage des militants du multiculturalisme que des chercheurs rigoureux. Selon eux, « la Wallonie et Bruxelles sont vouées à être diversifiées tant culturellement qu’au plan des identifications collectives ». Il y a donc lieu de reconnaître ces nouvelles identités et « le fait communautaire » : « c’est la raison pour laquelle nous préférons parler de citoyenneté multiculturelle plutôt qu’interculturelle ». Une évolution dont pourtant la majorité de la population ne veut à aucun prix, mais elle n’a pas vraiment voix au chapitre.

Médias, intellectuels, politiques ont cultivé le mythe du vivre-ensemble et de Bruxelles comme modèle de diversité multiculturelle. Par adhésion à un concept où il fallait à chaque incident « éviter de jeter de l’huile sur le feu », les problèmes ont été minimisés, voire niés[5. Pour ne pas être systématiquement écarté du pouvoir, le parti libéral de centre-droit auquel j’appartiens n’a pas toujours non plus dénoncé assez haut et fort les dérives communautaristes.]. L’immigration de masse couplée à l’absence de politique d’immigration dans un contexte de montée en puissance de l’islamisme s’est transformée en poison mortel.

Il faut ajouter à ces facteurs le morcellement des compétences et même le délitement de l’État belge, ainsi que la présence de coalitions politiques différentes aux nombreux niveaux de pouvoir qui empêchent de mener une politique cohérente contre le radicalisme. L’immigration est ainsi une compétence fédérale, tandis que l’intégration relève des Régions et l’enseignement des Communautés!

Du côté francophone du pays, le système éducatif est encore plus sinistré qu’en France. Des dizaines de milliers de jeunes, surtout issus de l’immigration, végètent dans des « classes poubelles » sans perspective d’obtenir un diplôme valorisé sur le marché de l’emploi. Dans certains quartiers, le chômage des jeunes atteint 40 %. Si souvent invoquée, l’explication sociale du radicalisme – l’arbre qui cache la forêt de la dimension politico-religieuse de l’islamisme radical – ne tient cependant pas quand on analyse le parcours de la majorité des djihadistes.

Avant de céder aux charmes du communautarisme prôné par Terra Nova ou d’autres, la France ferait bien d’analyser de près le « modèle bruxellois », longtemps présenté comme une réussite au prix d’une fable digne d’Orwell. Ou plutôt d’une farce qui se termine en tragédie.[/access]

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : AP21824206_000012.

Algérie: un footballeur puni pour avoir soutenu les victimes des attentats de Paris

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Lofti Dif attentats de Paris

Grâce au site Liberté-Algérie, on vient de prendre connaissance des déboires du footballeur  Lofti Dif. Tout commence le 27 novembre denier, en plein match. Lofti, l’avant centre du Ca-Batna (Ligue 2) était fou de joie, il venait de marquer un but contre L’ASA Chlef.

Comme le font beaucoup de joueurs du monde entier dans ce cas-là, après les embrassades, il soulève son maillot pour laisser apparaître son t-shirt, sur lequel est inscrit un message. Un petit message qui nous va d’ailleurs droit au cœur : « ICI, C PARIS ». Les choses auraient pu en rester là. Mais non !

D’après nos confrères de Liberté-Algérie, cet anodin message de solidarité avec les victimes des attentas islamistes du 13 novembre a déclenché la colère des dirigeants du club : « La direction du CA Batna a, en effet, suspendu, à titre conservatoire, et ce jusqu’à nouvel ordre, le joueur juste après la confrontation, en lui infligeant, en sus, une amende. »

Nos insolents confrères algériens enfoncent le clou avec une question qui n’en est pas vraiment une : « Si le joueur avait exprimé un soutien à la population de Gaza, aurait-il reçu la même punition ? »

Si le jeune Lofti est empêché de jouer encore longtemps dans son pays, je serai ravi que la France lui offre l’asile footballistique et lui accorde une naturalisation express dans la foulée. On pourrait alors l’intégrer dans l’Equipe de France où, paraît-il, il y a une place vacante à l’avant. Je ne sais pas si, techniquement, Lofti est à la hauteur, mais au moins lui, il sait se tenir !

Benzema, forcément coupable?

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Karim Benzema Mathieu Valbuena Justice médias

Hier soir au 20 heures, foin d’État d’urgence, de djihadisme ou de fin des temps climatique. Il fallait laisser la place à l’essentiel. Nous fûmes relancés toute la journée à grand son de trompe pour ne surtout pas rater l’événement : « Sextape, Benzema va parler ». Il a effectivement débité un texte appris par cœur, aux éléments de langage soigneusement usinés. Ce qui ne servira à rien, si ce n’est à alimenter la chronique déchaînée.

Intéressante, cette affaire, en ce qu’elle raconte de passablement déplaisant sur nous. Concernant Karim Benzema, celui-ci a droit à son lynchage médiatique géant en attendant pire. La planète entière, France comprise, se gave de la religion football. Cela fait vivre pas mal de monde et surtout brasse des fortunes. Alors pour nous permettre de nous purifier de cette passion douteuse, il faut offrir au public un petit sacrifice de bouc émissaire de temps en temps. René Girard nous l’a bien expliqué. Cela tombe sur Benzema, parce que c’est vrai qu’il exagère quand même celui-là. Arabe et musulman, gamin des cités acculturé issu de la racaille et privé d’adolescence. Fournissant un travail acharné, qui lui permet d’accéder au haut niveau et de toucher l’argent qui va avec. C’est-à-dire beaucoup. En ce moment, tout cela, ce n’est quand même pas très malin. Parce qu’en France, l’argent on n’aime pas trop. Enfin celui des autres, et encore moins si c’est un arabe.

Il y en a énormément que ça met en rage, en général les mêmes qui se pressent au stade et passent leur vie devant la télé. Benzema aggrave son cas en étant perpétuellement maussade et peu sympathique, pratiquant un jeu qui, pour être efficace, n’est guère spectaculaire. Malgré son nouveau statut et sa fortune, il a gardé la mentalité de la cité et les amis qui vont avec. La petite cour délétère qui fatalement va tourner autour de ce loto ambulant.

Assumant naïvement le statut de mercenaire des joueurs d’aujourd’hui, et par une phrase sortie de son contexte, il a dit son attachement à l’Algérie, pays de ses parents, et le caractère essentiellement sportif de sa contribution à l’équipe de France. À chaque sortie de celle-ci, comme en plus il ne chante pas la Marseillaise, il prend cher. Retourne dans ton pays, blasphémateur ! Alors l’affaire qui vient de lui tomber dessus est une aubaine. Lui qui s’était déjà pris une jolie séquence médiatico-judiciaire avec l’affaire Zahia dont il faut quand même rappeler qu’après quatre ans d’instruction médiatisée pour une frasque sexuelle, il avait été relaxé après que le procureur à l’audience lui eut présenté ses excuses pour cette procédure débile.

Pour Benzema saison II, à nouveau une histoire de sexe, l’enquête et l’instruction sont comme d’habitude faites dans la rue. On se reportera donc aux informations disponibles, essentiellement dans le quotidien vespéral de référence, à la pointe du combat dans ce dossier. Si l’on comprend bien Valbuena, son camarade en équipe de France se serait fait dérober une vidéo de ses ébats sexuels avec sa compagne enregistrée sur son portable, et aurait été victime d’un chantage : la destruction de la vidéo contre une remise d’argent. Benzema est accusé d’avoir joué les intermédiaires entre les maîtres chanteurs et Valbuena. On est en matière pénale, et les éléments dont j’ai pu avoir connaissance me semblent pour l’instant insuffisants pour caractériser une infraction. De toute façon, cette question devrait relever des magistrats qui auront à en connaître et non pas du tribunal médiatique. Lequel alimente quotidiennement la meute, bien décidée à déchiqueter la proie qu’on vient de lui jeter. Parmi les aboyeurs se trouvent des personnes qui auraient peut-être été bien avisées de rester discrètes. Un Premier ministre par exemple, probablement très occupé ces temps-ci, mais qui a quand même trouvé le temps de déclarer Benzema coupable d’une faute morale, et ne devant plus faire partie de l’équipe de France. Il est vrai que sur le plan de la morale, utilisateur des moyens aériens de la République pour ses escapades footbalistiques en famille, Manuel Valls est idéalement placé. On pense aussi à Camille Lacourt qui, sans rien connaître du dossier, a jugé nécessaire de frapper son camarade sportif à terre. Vous avez tout pour vous Monsieur Lacourt, champion du monde de natation encore plus beau qu’Alain Delon au même âge, marié à une Miss France, concentré de grâce et d’intelligence, vous auriez vraiment pu vous dispenser de cette inélégance. Et puis vous savez, la vie est longue et elle n’est pas toujours tendre…

Tenons-en  nous là pour les aboyeurs déjà fort nombreux, et passons maintenant aux ineffables Plic et Ploc. Ce sont les deux journalistes du Monde, gratifiés par leur journal du nom ronflant « d’enquêteurs ». Gerard Davet et David Lhomme forment un duo qui a accédé à une certaine forme de notoriété pour avoir été à la pointe de la chasse au Sarkozy. Non pas qu’ils aient été les seuls, mais ils ont bénéficié de certains privilèges qui leur permettaient d’accéder aux pièces de différents dossiers avant même les avocats de la défense. De ces fuites, ils firent bon usage et remplirent leurs colonnes d’extraits, de citations tronquées, de commentaires orientés, destinés à convaincre le lecteur que Nicolas Sarkozy était un bandit de grand chemin et que la justice allait nous en débarrasser. Ils ont cependant fini par faire une grosse bêtise. Ils ont rapporté dans un livre une conversation avec Jean-Pierre Jouyet au cours de laquelle celui-ci leur aurait confirmé que dans l’affaire de l’amende électorale payée par l’UMP, il avait fait l’objet d’une démarche pressante de François Fillon pour accélérer la procédure pénale contre l’ancien Président. Évidemment, Jouyet a dû démentir. Et c’est là que nos duettistes ont fait très fort en produisant un enregistrement de la conversation réalisée à l’insu de Jouyet, qui n’a pas vraiment apprécié. Résultat, ils sont donc rapidement devenus tricards : fin des entretiens réguliers à l’Élysée avec François Hollande et tarissement  des sources qui alimentaient leur petit fleuve tranquille.

Ils viennent de revenir à la lumière, mais cette fois-ci pour une chasse au très petit gibier. Faute de grives, on mange non pas des merles mais de petits insectes. Malheureusement toujours avec les mêmes méthodes : publications de procès-verbaux, d’extraits tronqués, d’analyses tendancieuses, occupation des plateaux télé pour y délivrer leurs réquisitions. Ils ne vont pas attendre celles du procureur chargé de l’affaire. Ils savent bien, eux, que Benzema est coupable. Et une fois de plus, on assiste au spectacle de la violation quotidienne de libertés publiques fondamentales. Secret de l’instruction, présomption d’innocence, en attendant le secret professionnel des avocats comme pour Sarkozy, tout cela gaiement foulé aux pieds, sans que, comme d’habitude cela n’arrache une remarque à ceux que l’on entend beaucoup sur les dangers de l’état d’urgence. L’article 6 de la Convention européenne des droits de l’homme sur le « droit au procès équitable » et les règles de la procédure pénale française censées protéger les libertés individuelles ? On ne va quand même pas s’encombrer avec ça, quand il y a de l’audience à faire et que l’on tape sur un footeux mal dégrossi, ce qui ne présente aucun danger.

Voyez-vous, Monsieur Benzema, je ne sais pas ce qui s’est passé et dit à Clairefontaine entre Valbuena et vous, et d’ailleurs je m’en fous. Ce que je vois c’est que vous allez vers des moments difficiles. Il suffit de jeter un coup d’œil sur les réseaux pour y voir la meute montrer son vilain visage. Nombreux sont ceux, Premier ministre en tête, qui veulent votre exclusion de l’équipe de France. Je pense que c’est acquis, mais ils ne s’arrêteront pas là. Commencent déjà les pressions sur le Real Madrid pour que lui aussi vous mette à la porte. Il vous reste à faire le gros dos et confiance à vos avocats. Je vous souhaite bon courage.

*Photo : SIPA.00729580_000001.

Place de la République: de Charlie au tricolore…

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Le dos courbé comme en plein jardinage, remettant d’aplomb divers ornements, deux dames rouspètent : « C’est des pourris, c’est un pèlerinage, quand même. » Elles en veulent à ceux des manifestants qui, la veille, se sont servis en bougies et pots de fleurs pour les balancer sur des CRS. On est lundi, et dimanche, ici même Place de la République à Paris, un rassemblement anti-Cop 21, interdit en raison de l’état d’urgence, a dégénéré en affrontements. Mausolée, mémorial, monument aux morts et maintenant lieu de pèlerinage : Marianne en bronze et sa base en pierre polie anthracite gagnent de jour en jour un statut toujours plus funéraire. Les attentats du 13 novembre ont transformé l’ensemble statuaire des frères Morice, inauguré il y a plus d’un siècle, en un quasi-cimetière des victimes parisiennes de l’Etat islamique.

Bottée, juchée sur le rebord circulaire qui cerne la statue, Sabrina donne des consignes à son équipe de bénévoles et demande à la foule de se joindre à l’effort : « Allez ! Venez ! On a besoin d’aide, insiste-t-elle, absorbée par la tâche. Il faut replacer les bougies au premier plan, les fleurs au second, et tous les messages encore lisibles doivent être conservés et rangés dans des pochettes en plastique. N’oubliez pas de les prendre en photo, ça permettra d’en garder une trace quand il n’en restera plus rien. » C’est l’euphorie d’un groupe soudé par le tragique. Un moment rare, il faut en profiter, il ne durera pas. Aussi redouble-t-on d’ardeur. Eisenstein et Renoir sont à la manivelle.

Sabrina, une jeune femme, est la patronne des « 17 plus jamais », une « communauté » avec page Facebook, créée peu de temps après les attentats de janvier, qui avaient fait 17 morts. Ces gardiens du temple se sont promis d’entretenir quotidiennement la statue de la République, où les témoignages affluent dans une anarchie généreuse. L’aspect et pour ainsi dire la nature des lieux ont radicalement changé. Avant le 13 novembre, c’était « Répu » se souvenant de Charlie, bientôt rejoint par des combats et des slogans pacifistes, internationalistes, un peu gauchistes, limite anti-Charlie. Aujourd’hui, c’est très différent. Face au « danger », la patrie est centrale, la nation s’affirme. Les « 17 plus jamais » font en sorte de composer de jolis tableaux de drapeaux français, qui se voient de loin, davantage que le petit drapeau tunisien, l’algérien ou le kabyle.

Egalement présents ce lundi, trois femmes et un homme venus de l’Eure – et n’appartenant pas au collectif des « 17 plus jamais » – ne seraient sans doute pas allés expressément Place de la République si ne s’étaient produites les tueries du 13. Ils ont passé le week-end en banlieue parisienne, chez des connaissances. « On est déjà venu samedi pour participer au nettoyage des abords de la statue, raconte l’une des femmes. On a acheté des gants, des balais et des sacs poubelle à Monoprix et chez Tati. » Ils sortent d’un restaurant et s’apprêtent à regagner la Normandie en voiture. Avec la nuit qui arrive, ils ne vont d’ailleurs pas tarder. Ils tenaient à se recueillir une dernière fois au pied de ce mémorial improvisé.

Ils ne font guère mystère de leur vote à tous quatre, dimanche au premier tour des régionales. Ce sera Front national. « L’état d’urgence, c’est juste, et pour nous, c’est pas fini, il y aura d’autres attaques, prédit l’une des trois femmes. On est quand même envahi. Chez nous, dans l’Eure, c’est le même souci. On se pose des questions, on se demande si on est en France. Pendant notre week-end, on a vu des enfants dormir parterre à 11 heures du soir. Où allons-nous ? » L’homme, entre 50 et 60 ans, visage creusé, ne parle pas beaucoup. « Je suis ouvrier en usine, dans une papeterie, dit-il. J’ai du travail, j’ai de la chance. »

Les attentats devraient profiter au Front national, indiquent les sondages. Philippe, la cinquantaine, assure que le groupe des « 17 plus jamais » qu’il a rejoint « il y a deux semaines », est « apolitique ». « Nous sommes un groupe citoyen et démocratique », dit-il. Lui est chef d’entreprise en région parisienne et dirige plusieurs dizaines de salariés. « J’ai été bouleversé par ce qui s’est passé, confie-t-il. J’ai voulu faire quelque chose, alors que ce n’est pas dans mon habitude. Je donne mon argent mais pas mon temps. Je viens d’un milieu assez bourgeois, je suis peut-être un peu égoïste. »

Depuis le 13 novembre, Philippe est une pile d’émotion. Dimanche, pendant les heurts entre des jeunes cagoulés et la police, il se tenait dans un angle de la place, rageant : « Vous avez profané le monument aux morts », avait-il crié. « Ici c’est comme une tombe, on ne vient pas se servir, c’est un manque de respect, jugeait-il lundi, leur pardonnant toutefois. Ils sont plus violents que méchants, c’est des autonomes, des altermondialistes, 95% c’est des mecs bien. » Dimanche, la bagarre terminée, François-Marie Banier, l’ancien complice de Liliane Bettencourt, débarquait comme de nulle part sur la place, appareil photo autour du cou. « Je déteste tous les blasphèmes », disait-il en coup de vent, apprenant que des bougies avaient volé comme des projectiles.

L’islam. Il est présent parmi les dizaines de milliers de fleurs et de bougies, les centaines de pancartes et de petits mots laissés. Le lycée de l’Hautil, à Jouy-le-Moutier, dans le Val-d’Oise, a déposé au pied du monument une trentaine de messages rédigés sur des bristols jaunes, roses et verts, protégés d’un film plastique sous lequel apparaissent également des colombes coloriées en bleu, blanc, rouge. Pêle-mêle : « Ce soir du 13 novembre, les notes se sont tues mais la musique continue », « Levons-nous peuple de France, il n’est pas essentiel de défendre ses idées en tuant », « Nous sommes des musulmans et nous ne sommes pas des terroristes, ne confondez pas », « Musulmans non terroristes, pray for paris », « Toujours se relever même si l’espoir n’est pas là, il faut du courage et aimer ».

Côté catholique, Louis est venu de l’Essonne, vêtu de sa chemise et de son foulard de chef scout de France. Il dépose une pancarte, pas plus mal faite que les autres, pas mieux non plus : une tour Eiffel tricolore entourée d’une multitude de prénoms, ceux des jeunes scouts dont il a la charge. L’étudiant en biologie d’une vingtaine d’années ne les avait pas revus entre les attentats et dimanche dernier. Ses protégés, âgés de 11 à 14 ans, peuvent bien fréquenter des écoles catholiques, ils surfent sur Internet comme tous les enfants de leur âge. « Sur un site, ils ont vu une photo de l’intérieur du Bataclan, avec des morts, raconte Louis. Cela ne les pas particulièrement effrayés. Pour eux, ça s’apparente à un jeu vidéo, non à quelque chose de réel. Plus préoccupantes sont les théories du complot. On s’attache à les démonter. » Louis s’inquiète de ce que sera l’avenir proche. « Je crains que, comme après les attentats de janvier, l’union du moment ne s’effrite. La montée attendue du Front national va attiser les haines », pense-t-il.

Pour Philippe, le chef d’entreprise voué à la conservation du mémorial de la Place de la République, ce serait une catastrophe, car « on ne garde ici que les messages d’amour et de tendresse ». Paix des cimetières, fureur du monde.

*Photo: DR.

Egypte : Néfertiti contre Daech

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Aussi incroyable que cela puisse paraître, les sites archéologiques égyptiens, fouillés en long, en large et en travers, depuis plus d’un siècle, nous réservent toujours des surprises, et pas des moindres.  Depuis des semaines, un groupe d’explorateurs scanne sans relâche les murs de la tombe la plus célèbre de la Vallée des Rois : celle de Toutankhamon. D’après l’égyptologue britannique Nicolas Reeves, la sépulture du jeune pharaon découverte il y a 93 ans pourrait cacher le tombeau longtemps recherché de la reine Néfertiti. La chambre funéraire du pharaon Toutankhamon, mort à 19 ans, dix ans après son arrivée au pouvoir en 1322 avant notre ère, dissimulerait en réalité un vaste complexe funéraire, jusqu’à alors insoupçonné. En son sein, girait la dépouille de celle qui pourrait être la mère de Toutankhamon – leur arbre généalogique n’a pas été clairement reconstitué.

Pour l’Egypte, cette découverte  tomberait à point nommé. Elle pourrait relancer l’industrie du tourisme égyptien, en berne depuis la série d’attentats qu’a perpétré la branche locale de l’Etat islamique, Ansar Bayt al-Maqdis, dont l’explosion de l’avion russe au-dessus du Sinaï fin octobre. Dès juillet, le groupe revendiquait un attentat à la voiture piégée contre le consulat d’Italie ainsi que plusieurs attaques contre les forces de l’ordre dans le Sinaï. Depuis, les grandes villes touristiques telles que Louxor, Assouan ou Le Caire voient les touristes – et les devises – se raréfier. De 10 milliards d’euros par an avant l’arrivée au pouvoir du général Sissi, les revenus de l’industrie touristique sont tombés à 5 milliards d’euros.

Face à ce marasme, Néfertiti pourrait à nouveau servir son pays. À quoi doit-on ce possible miracle ? À l’origine de la thèse de la « tombe cachée » de Nicolas Reeves, des photographies couleurs haute résolution d’une société espagnole, Factum Arte, publiées en 2014. « Une évaluation minutieuse des scanners de Factum Arte pendant plusieurs mois a donné lieu à des résultats intrigants : la présence probable de deux portes encore jamais découvertes », écrivait cet été  Reeves. Une des portes pourrait mener à un entrepôt, l’autre, située sur le mur nord de la tombe pourrait être la continuation de la chambre funéraire. « Néfertiti elle-même, co-régente et successeur éventuelle du pharaon Akhenaton » s’y trouverait. Mais pourquoi donc ? Le professeur Reeves avance plusieurs éléments de preuves. La tombe de Toutankhamon, découverte par Howard Carter en 1922, aurait en réalité « été à la fois construite et destinée à recevoir la sépulture de Néfertiti ».  La tombe de cette dernière aurait été réaménagée pour accueillir la dépouille de Toutankhamon, mort dix ans plus tard. Découvrir derrière ces murs la dépouille de l’épouse d’Akhénaton pourrait de surcroît apporter des réponses essentielles quant à la filiation de Toutankhamon. Car deux écoles s’opposent. Selon certains, le pharaon serait le fils de Néfertiti. Pour d’autres, il serait le fruit de l’union d’Akhenaton avec l’une de ses sœurs à l’identité inconnue.

Mais les scientifiques cherchent avant tout à prouver la présence d’une cavité derrière les murs de la tombe. Une thèse confortée par les premières explorations de la tombe, ainsi que l’a révélé le New York Times. Ainsi, les scientifiques ont-ils récemment annoncé que leurs radars auraient détecté avec quasi-exactitude la présence d’une cavité derrière les murs de la chambre funéraire. Mamdouh Eldamaty, ministre de la Culture égyptien, a estimé à « 90 % » les chances que les recherches aboutissent à la découverte d’« une autre chambre, une autre tombe », derrière la chambre funéraire de Toutankhamon. Le ministre a par ailleurs annoncé que d’autres explorations auraient lieu dans les prochaines semaines, avant que le mur ne soit percé. Un autre expert, le japonais Hirokatsu Watanabe devrait quant à lui rendre ses conclusions dans un mois.

Mais malgré l’enthousiasme de certains, la thèse ne fait pas consensus parm la communauté scientifique. Elle est même sérieusement remise en cause par les autorités égyptiennes et d’autres égyptologues.  Pour le professeur Zahi Hawass, ancien ministre des Antiquités égyptiennes, sorte d’Indiana Jones bien connu des amateurs des chaines National Geographic et Histoire, le projet de recherche n’aboutira pas. Cette figure du régime de Moubarak n’y croit pas, sans pour autant avancer d’arguments solides. Selon lui, aucune tombe ne se trouverait derrière celle de Toutankhamon. Encore moins celle de Néfertiti. Malgré ses critiques, l’archéologue égyptien concède que les partisans de la thèse de Nicolas Reeves « attendent désespérément une bonne nouvelle ».

Qu’une découverte soit imminente ou non, la recherche suffit à faire renaître l’espoir chez les tour-opérateurs de Louxor, exsangues. Interrogé par le New York Times, Bahaa Youssef, directeur de l’agence de voyage Sunrise tour à Louxor, tente de mettre au point de nouvelles stratégies pour remplir les caisses de sa société. « L’Egypte a besoin d’événements importants, pour que les regards se tournent à nouveau vers nous ».

Un an avant le « printemps » du Caire, chaque jour, quelque 12.000 touristes formaient de longues files d’attente pour visiter les merveilles de Louxor. En 2012, ils n’étaient plus que 300, sans compter la chute du nombre de touristes qui préféraient les croisières culturelles et autres visites de temples et musées dans le reste du pays.

La découverte pourrait donc créer un « choc positif » pour l’économie du pays. Désireux de créer le buzz, le professeur Reeves n’a pas hésité à plastronner : « Si nous trouvons ce que je pense, ce sera une découverte plus importante encore que celle de Toutankhamon ».

Quoi qu’il advienne, si les djihadistes égyptiens ont fait fuir les touristes, ils n’ont pas encore mis la main, comme en Syrie, sur les merveilles archéologiques pour les dynamiter.

 

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : Numéro de reportage : 00515442_000011.

Calendrier Pirelli 2016: et le sexisme, bordel?

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Jusqu’à présent, et depuis 1964, le calendrier annuel du fabricant de pneus italien Pirelli était attendu comme le messie par toute la planète. A sa sortie, on découvrait enfin quel photographe de renommée internationale allait nous gratifier de ses clichés torrides des plus belles filles du monde.

Et puis, un beau jour, quelqu’un a décidé de mettre un terme au culte planétaire de cet objet exceptionnel, initialement destiné aux garagistes. Comment ? Fastoche : en opérant un revirement « féministe » censé lutter contre les stéréotypes « sexistes ». Mais voyez plutôt.

Pour l’année 2015 qui se termine, le calendrier Pirelli, c’était ça :

calendrier Pirelli 2015

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Profitez-en bien jusqu’au 31 décembre… parce que pour l’année 2016, ce sera ça :

calendrier Pirelli 2016

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En lieu et place des superbes nymphettes qui prenaient la pose en tenue d’Eve, vous y découvrirez : la chanteuse Patti Smith en chemise froissée, la sportive Serena Williams en culotte Sloggi, l’humoriste Amy Schumer buvant un café de chez McDo, l’octogénaireYoko Ono cachée derrière ses lunettes rondes, etc.

Annie Leibovitz, qui les a photographiées en noir et blanc, dit avoir voulu mettre à l’honneur des femmes « fortes et naturelles ». Perspicace, Paris Match remarque qu’elle « rhabille le calendrier Pirelli ». Et pour Libération, tout ça, c’est rien que du bonus : les modèles du calendrier 2016 sont juste « plus âgées, plus rondes et plus intello ».

Mais bizarrement, personne ne remarque l’odieux sexisme dont la photographe a fait preuve avec ce casting, 100% féminin. C’est vrai quoi, si les garagistes adorent les femmes mûres enrobées et cultivées, il n’y a pas de raison qu’ils apprécient moins les vieux notaires gras du bide, par exemple. Ah, vivement 2017 !

Non au néocolonialisme libéral qui étouffe l’Afrique!

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Délégué national à la prospective FN, Loup Viallet est responsable du Collectif mer et francophonie au sein du Rassemblement Bleu Marine.

Daniel Saoud. Après les attentats du 13 novembre, François Hollande et le gouvernement ont rétabli les contrôles aux frontières du territoire, expulsé des djihadistes binationaux, décrété l’état d’urgence afin de nettoyer les banlieues de leurs arsenaux. Comme Marion Le Pen, êtes-vous agréablement surpris par la réaction de l’exécutif qui applique une partie du programme du FN ?

Loup Viallet. Je crois surtout que les mesures portées par le FN sont les plus pertinentes pour garantir la sécurité des Français, et cela a été démontré par un gouvernement qui les conspuait. Quant au « nettoyage des banlieues de leurs arsenaux » où circulent illégalement des armes de guerre, cela semble impossible à mener si les contrôles aux frontières nationales ne sont pas rétablis de manière permanente.

Marine Le Pen critique régulièrement l’alliance de la France avec l’Arabie Saoudite et le Qatar. Afin de vaincre l’Etat islamique sur le terrain, quelles solutions militaro-diplomatiques préconisez-vous ?

Cela fait des mois, qu’à contreflots de la meute médiatico-politique, Marine Le Pen a défendu que la coalition contre Daech devait inclure l’Etat syrien. Aussi il semblerait avisé de rouvrir notre ambassade à Damas, fermée en mars 2012 par N. Sarkozy. Une décision sur laquelle François Hollande n’a pas voulu revenir.

Vous avez mis sur pied le Collectif mer et francophonie du Rassemblement Bleu Marine. N’est-ce pas paradoxal de vouloir refermer les frontières de l’hexagone en prétendant défendre la grandeur de la France et de sa langue dans le monde entier ?

D’après vous, est-ce en effaçant ses frontières et en désengageant son Etat de ses missions régaliennes que l’on rendra sa grandeur à la France ? Qui peut sérieusement penser que notre pays rayonne davantage depuis que son pilotage se transfère à Bruxelles ? La France semble plutôt empêtrée dans l’UE, qui fixe même nos quotas annuels de pêche, et qui affaiblit commercialement en plus de la Russie bien des Etats francophones d’Afrique de l’Ouest qui devraient au contraire être nos partenaires stratégiques. C’est la conviction sur laquelle s’est fondé le Collectif Mer et Francophonie, que j’anime avec Gwenael Blancho et Alex Frederiksen : la politique des intérêts nationaux d’une France souveraine se doit de développer les deux atouts qui font de notre pays une puissance mondiale. Notre immense domaine maritime, notre frontière ultramarine sur quatre océans, qui doit être surveillée, explorée et exploitée. Et notre langue, partagée avec 450 millions de francophones dans le monde, qui sert aujourd’hui de lien à un monde francophone grand quatre fois comme l’UE, dont les populations sont étouffées par la « globalization », et avec lesquelles nos intérêts nationaux et les débouchés de nos entreprises nous commandent de mettre en place un développement « co-profitable » respectueux de la diversité des cultures et des modes de vie.

Quelles activités développez-vous en partenariat avec l’Afrique ? Ces liens sont-ils également un moyen de régulier l’émigration subsaharienne ?

Nous nouons des liens avec l’Afrique. Nous multiplions les prises de contact avec les entrepreneurs, ONG, d’anciens responsables politiques, mais aussi avec des ingénieurs et des haut-fonctionnaires. Récemment, un directeur d’ONG de développement agricole durable au Bénin, s’est affilié à l’une de nos campagnes sur les rapports Nord/Sud. Enfin nous publions régulièrement des analyses sur les problèmes qui nous semblent communs, comme l’extension du marché de l’UE à la CEDEAO ou la crise migratoire. Le COMEF a la conviction que la crise migratoire trouvera sa résolution par les Etats, et hors de l’idéologie mondialiste sans frontières. Dans la conduite de nouveaux modes de développement, qui ne doivent ni être assujettis, ni imiter ceux du Nord. Cette victoire se fera sur le nouveau colonialisme ultralibéral qui étouffe l’essor d’industries et notamment de l’industrie textile en Afrique de l’Ouest tout en menaçant ses modèles d’agriculture familiale. Ils sont nombreux à souhaiter que leur prospérité repose sur des bases saines qui ne poussent pas à fuir, et non sur les efforts de leurs diasporas. C’est pourquoi il faut souhaiter que la France retrouve vite sa souveraineté : pour assurer une stabilité loin du chaos que nous connaissons, en coordination avec des Etats souverains prêts à maîtriser leurs frontières, à développer leurs marchés intérieurs comme à repousser le terrorisme islamique de Daech ou de Boko Haram.

Le FN propose de supprimer les compétences internationales des conseils régionaux. Pourquoi vouloir ainsi affaiblir l’ouverture des régions vers l’universel ?

En effet, l’on ne compte plus les candidats FN qui proposent que leurs exécutifs régionaux fassent l’économie du budget alloué à la coopération internationale ou décentralisée. C’est le choix notamment de Marine Le Pen dans le Nord, de Florian Philippot en ACAL et de Wallerand de Saint-Just en Île-de-France. Cette proposition n’affaiblit en rien l’ouverture des régions sur le monde, puisque les compétences en matière de commerce extérieur ne sont pas remises en cause. Pas d’enfermement, donc, mais plutôt l’économie saine d’un poste de dépense superflu qui pourra se traduire par des baisses d’impôts, des investissements publics. Sans nuire à l’indivisibilité de l’Etat par l’entretien de diplomaties régionales.

En cette première semaine de Cop 21, partagez-vous avec le gouvernement l’accent mis sur les énergies renouvelables et la réduction du réchauffement climatique ? N’est-il pas illusoire de défendre un modèle de croissance infinie dans un monde aux ressources finies ?

Ce serait une erreur. Je ne sais pas ce qu’il sortira de cette « Cop », mais elle me semble suspecte dès son ouverture : certains organisateurs font des vœux pieux en réunion sur l’avenir du climat, pendant que leurs équipent négocient ou exécutent ailleurs les volets des accords de libre échange TAFTA, TISA (Accord sur le Commerce des Services), Accords de Partenariat Economique (UE-CEDEAO), autant de textes inéquitables et destructeurs socialement, économiquement et écologiquement.

Gattaz contre le FN, non merci!

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pierre gattaz fn medef

pierre gattaz fn medef

En France, ces jours-ci, c’est l’union sacrée… contre le FN ! Il y a d’abord les artistes, ce qui est plutôt habituel. Le FN ne brille pas par son programme culturel et il a laissé le souvenir, par exemple, de l’épuration des bibliothèques dans les mairies prises en 1995. Philippe Val, dans son C’était Charlie (Grasset) qui vient de paraître, rappelle ainsi que lorsqu’il avait demandé à la mairie de Toulon d’assurer sa sécurité sur un salon du livre antifasciste qui devait se tenir en ce temps-là, il s’était vu répondre par Serge de Beketch, alors responsable de la communication de la ville : « La municipalité est chargée du ramassage des ordures, pas de leur protection. » Tout cela explique aisément ce tropisme « antifasciste » même si son efficacité est souvent bien limitée.

Outre les artistes, plus surprenant quand on connaît sa prudence et sa révérence pour les autorités locales, il y a la presse régionale. La Voix du Nord a ainsi titré mardi : « Pourquoi une victoire du FN nous inquiète. » Cela fait évidemment un peu sourire jaune, y compris certains de ses journalistes. Qui a un peu lu la VDN ces dernières années sait que son traitement des faits divers tourne systématiquement à la peinture implicite d’une insécurité galopante et, comme le FN fait vendre, le journal a multiplié les publi-reportages sur le Front ou les Unes ambigües. Comme celle du 11 novembre où, sous prétexte de mettre en question une proposition de Marine Le Pen, « dénoncer et éradiquer toute immigration bactérienne » (car les migrants en plus d’être migrants sont porteurs de sales maladies, c’est bien connu), le journal l’a reprise en première page sur fond noir, faisant mine de croire qu’un certain lectorat ne verrait pas ça comme un avertissement frontiste à prendre au sérieux. Bref, on invoque quelques jours avant le scrutin le fait qu’on est un journal « issu de la résistance » comme pour se dédouaner à la dernière minute d’un quelconque rôle dans le triomphe annoncé du Front dans le Nord-Pas-de-Calais-Picardie.

Et, last, but not least, voilà Pierre Gattaz lui-même qui met en garde l’électeur citoyen. Mais il le met en garde de telle manière que cela risque bien de donner encore plus envie à certains de voter FN. En effet, que redoute-t-il dans une éventuelle victoire du Front ? Son programme économique. Et pourquoi le programme économique du Front l’inquiète aussi fort ? On vous le donne en mille : parce qu’il rappelle celui de la gauche en… 1981. Dans une région ouvrière, le programme de la gauche en 81 et sa trop courte application dans la période 81-83, c’est plutôt un bon, voire un très bon souvenir. C’est la trahison du tournant de la rigueur qui a peu à peu désespéré toute une région jusque-là indéfectiblement « socialo-communiste » : les 39 heures, la retraite à 60 ans, les lois Auroux sur les droits des travailleurs dans l’entreprise votées alors que le charismatique maire de Lille Pierre Mauroy était Premier ministre. Bref, Gattaz, consciemment ou non, est en train de dire à toute une région que le FN va leur faire retrouver le paradis perdu de ces années-là. On a vu mieux comme contre-propagande, Marine Le Pen trouvant là un appui inespéré pour insister sur le fait qu’elle est bien la candidate du « million de pauvres » d’une région sinistrée par la désindustrialisation et la mondialisation.

Plus généralement, cela prouve à quel point le patron des patrons, quand il parle de politique, est  déconnecté de la réalité. Sans doute croit-il que parce qu’il entretient d’excellentissimes relations avec Manuel Valls et Emmanuel Macron, en fait, il est de gauche… Hélas, non. On a beaucoup jasé sur le crachat de Benzema à la fin de La Marseillaise lors du match France-Angleterre. On a en revanche été d’une discrétion de violette sur la déclaration de Gattaz moins de quatre jours après les attentats, alors que le gouvernement avait annoncé à Bruxelles qu’il n’allait pas falloir trop chercher la petite bête sur la question des déficits car le pays allait soutenir un effort de sécurité et de défense sans précédent. Voilà ce qu’il avait dit textuellement alors que tous les corps n’étaient pas encore identifiés : « Il est sans doute nécessaire de renforcer les mesures de sécurité et de prévention mais il faut absolument continuer l’optimisation de la sphère publique. On ne peut pas laisser partir à vau-l’eau les dépenses publiques. » C’était parfaitement de bon ton, comme on le voit. On nous permettra de préférer, pour le coup, la déclaration de Matteo Renzi, pourtant d’un rose très pâle : « A chaque euro investi dans la sécurité doit correspondre un euro pour la culture. »

Ce qui n’est, pour le coup, ni une proposition FN, ni une proposition Medef.

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : 00731086_000005.

C'était Charlie

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Comment contenir la poussée du FN après les régionales

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regionales fn islam immigration lepen

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Pour les régionales, la parole est aux électeurs. Et après ?

La première chose à faire, et qui n’est jamais vraiment faite, serait d’exposer les points du discours et du programme de Marine le Pen qui  rendent son parti infréquentable par les républicains et les démocrates. Si les quelques points qui composent la ligne rouge séparant notre démocratie de ses ennemi étaient écrits noir sur blanc, ils mettraient Marine le Pen au pied du mur, et, au cas où elle se positionnerait du mauvais côté de cette ligne rouge, il deviendrait facile de dénoncer le danger que son parti fait courir à la démocratie et à la République, et de convaincre ainsi la partie saine de son électorat.

Si, par contre, elle se positionnait clairement et franchement du bon côté, il deviendrait difficile de la rejeter au nom d’un procès d’intention. Mais l’énoncé de cette ligne rouge concernant les fondements de notre société reste à faire.

Quelle que soit la façon dont Marine le Pen se situerait sur les principes fondamentaux de notre société, parmi les autres raisons qui inclinent un fort pourcentage d’électeurs en faveur du Front national, il en est de légitimes, qu’il faut reconnaître sans se pincer le nez.

C’est pourquoi il faut conjuguer vis-à-vis d’elle deux approches contradictoires, mais jamais, je dis bien jamais, l’une sans l’autre.

La première approche consiste à reconnaître ce que Marine Le Pen dit de vrai, avec souvent plus de force et de clarté que les autres responsables politiques, parce qu’elle est la moins inhibée de tous par le politiquement correct. Dans ses interventions d’après le 13 novembre, elle s’est singularisée en appelant l’ennemi par son nom : l’idéologie islamiste qui est terroriste dans ses moyens et  totalitaire dans son objectif. Et elle en a profité pour dénoncer ceux des responsables politiques qui ne s’autorisent toujours pas à désigner l’ennemi islamiste par son nom, pour la raison que ce mot en –isme a le mot islam pour radical. Il faut bien admettre que sur ce thème, elle a marqué un point sur la concurrence, et que c’est à celle-ci de rattraper son retard. C’est cela le bon usage de Madame Sans-Gêne.

L’islam est malade de sa difficulté à s’adapter à la modernité démocratique.

On doit aussi reconnaître qu’elle prend soin de ne pas confondre l’ensemble des musulmans avec les islamistes : Marine Le Pen rejette clairement cet amalgame, lequel n’est d’ailleurs pratiqué par aucun parti, et n’existe que parce qu’il est agité comme un épouvantail sous la pression des islamistes et de leur relais à gauche et même à droite.

Il faut même lui donner raison quand elle refuse de passer de « pas d’amalgame » à « il n’y a pas de rapport  entre l’islam et l’islamisme ». Car la vérité est qu’il  y a évidemment un rapport, ou plutôt différents rapports, entre l’islam – qui est une religion, une culture et souvent une identité – et l’islamisme qui veut imposer au monde entier l’islam archaïque par la terreur. Ce qui fait passer les islamistes de l’un à l’autre n’est pas un pur contresens sur le Coran, sa perversion ou son détournement. L’islamisme est une maladie de l’islam, dont ce dernier ne pourra se guérir que par une réforme portant sur certains de ses principes fondamentaux. L’islam est malade de sa difficulté à s’adapter à la modernité démocratique.

On ne peut pas non plus rejeter entièrement ce que dit Marine le Pen sur le problème posé à la France et à l’Europe par l’immigration musulmane, étant donnés son ampleur et son rapport difficile à la modernité démocratique. Reconnaître la difficulté de cette intégration, au niveau statistique, permettra d’en parler et d’agir à son égard de façon rationnelle, positive et sans hystérie.

Faire l’effort de reconnaître qu’on est d’accord avec Marine le Pen sur ces constats est évidemment la seule façon de prouver qu’elle n’en a pas le monopole, que les autres partis ne sont pas moins déterminés qu’elle à nommer l’ennemi et à le combattre, chez nous et au-dehors, et que les désaccords avec elle commencent après ces constats communs.

La seconde démarche qui s’impose est contradictoire à la première et elle est complémentaire.

Elle consiste à attaquer le Front national sur tous les points où il a gravement tort, et d’abord, selon moi, sur la promesse souverainiste d’une France protectionniste à tous crins, et qui n’aurait magiquement plus de problèmes d’aucune sorte pour peu qu’elle chasse ses dirigeants et qu’elle quitte l’Europe et le marché mondial. Une France qui n’aurait même plus besoin de réduire ses déficits, simplement parce qu’elle se serait retirée de cette Europe qui lui impose une politique d’austérité ! Une France qui appliquerait les recettes sociales qui ont fait gagner la gauche en 1981 et 2002 et à cause desquelles la gauche de gouvernement a dû retourner sa veste en 1983 et en 2014.

Aussi tragique que soit la situation à laquelle ils veulent échapper, les musulmans ne sont pas les juifs d’hier.

Si donc l’on veut faire barrage à l’ascension résistible du Front national, trois conditions s’imposent.

La première est d’apporter les preuves que les partis non-lepénistes luttent résolument et efficacement contre l’ennemi islamiste en France, et à l’étranger, et en particulier grâce à l’Europe. Par exemple, qu’ils entendent profiter urgemment de l’état d’urgence pour reconquérir les quartiers où les dealers et les islamistes font la loi, sans oublier de donner aux enseignants la mission et les moyens de gagner leurs élèves à la culture française.

La deuxième exigence est que les partis non-lepénistes affrontent les problèmes complexes et difficiles posés par la perspective d’une immigration musulmane massive en Europe, sans se laisser  aveugler par la mauvaise conscience, c’est-à-dire sans se tromper d’époque et d’immigrants : aussi tragique que soit la situation à laquelle ils veulent échapper, les musulmans ne sont pas les juifs d’hier. Ils ne sont pas une minorité en voie d’extermination ; ils ne sont pas une goutte d’eau dans la démographie des pays d’accueil ; ils ne sont pas statistiquement aussi intégrables que l’ont été toutes les immigrations précédentes.

La troisième condition est de reconnaître et d’assumer sans barguigner le fait qu’un large accord existe en France entre les deux partis de gouvernement, le PS et les Républicains, sur la base du consensus idéologique, culturel et politique qui constitue le socle de l’Europe. Ce socle est issu des leçons de la seconde guerre mondiale, de la fin du nazisme et du communisme. Cette Europe-là est un espace démocratique et libéral à préserver plus que jamais. Cela implique que ces deux partis, dont la dualité est nécessaire au jeu de l’alternance, cessent de se déconsidérer réciproquement et définissent les bases de leur accord face au FN. Lequel FN aura alors à se prononcer sur les principes et les valeurs affirmés dans cet accord. Devraient faire partie de cet accord la condamnation de la xénophobie, c’est-à-dire le refus de toute discrimination et du deux poids deux mesures, pour quelque raison que ce soit : en particulier, le fait que toutes les religions soient traitées à égalité.

Cela fait, il ne restera plus qu’à se battre clairement contre l’avenir proposé par Marine Le Pen, et par les autres souverainistes de France et d’Europe, projet contre projet, en démontrant que si le programme du FN était mis en application, il mènerait à la catastrophe. Non parce qu’il ne serait pas républicain ou démocratique, mais parce qu’il consiste à faire machine arrière toute, à refermer les portes, comme si le destin de la France était de se constituer sur le modèle du camp retranché d’Astérix, isolé et résistant à l’Europe et au monde.

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : 00732989_000027.

Erdogan le pacha

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erdogan otan daech russie

erdogan otan daech russie

Dimanche 29 novembre, toute l’UE s’est réunie à Bruxelles pour accorder à la Turquie une subvention (pas un prêt, non : un don gracieux) de 3 milliards d’euros destinés a priori à s’occuper du million et demi de réfugiés syriens transitant par son territoire — et qui n’ont pas vocation à y rester.
Je dis « a priori », parce qu’il ne fait aucun doute que les subsides en question, tout comme les 6 milliards versés en 2010 pour faciliter la « pré-adhésion » du pays à l’Europe, finiront dans les poches des chefs mafieux qui co-dirigent le pays avec le nouveau Sultan — l’homme qui dézingue les bombardiers russes qui effleurent son espace aérien. Et qui les filme pendant leur chute.

Il manque aux Européens quelques leçons d’Histoire, qui leur feraient comprendre ce que cherche Erdogan. Ce bienfaiteur de l’humanité en général et de l’Islam en particulier a deux ambitions locales. D’un côté exterminer les Kurdes, dont les peshmergas — hommes et femmes — sont les seuls, à l’exception de quelques gardiens de la révolution iraniens, à se battre aux côtés de l’armée syrienne contre l’Etat islamique, et à remporter des succès. C’est une vieille obsession turque — purifier ethniquement leurs frontières. D’un autre côté, renverser Bachar, dont la présence empêche Erdogan de reconstituer l’ancien empire turc (de même, la présence du maréchal Sissi en Egypte lui est une épine dans le pied). Un empire qui irait de la Sublime Porte, comme on disait jadis, jusqu’au Maghreb, longtemps colonie turque — voir l’épopée de Barberousse, et tous les malandrins maures qui ont piraté la Méditerranée au nom de Mehmet ou de Soliman.

Projet à moyen terme, intégrer l’Europe (la France est quasiment le seul Etat qui s’y oppose un peu, l’Allemagne a depuis très longtemps — la Première guerre mondiale au moins — tissé des liens économico-affectifs avec la Turquie) afin de réussir, cette fois, l’invasion arrêtée sous les murs de Vienne par Nicolas von Salm en 1529 et par Ernst Rüdiger von Starhemberg en 1683.Sans oublier Lépante et quelques autres revers historiques — ou l’expédition de Lawrence en Syrie et Arabie en 1917. Depuis le XVIème siècle, l’Europe a constamment battu les Ottomans. Erdogan veut venger cinq siècles de défaites. Et, tant qu’à faire, en profiter pour imposer l’Islam le plus fondamentaliste à tous ces peuples — qu’ils soient ou non musulmans. On parie que l’Europe d’aujourd’hui, qui n’est plus un empire mais un conglomérat d’appétits, applaudira au nom de la mondialisation et de l’économie de marché aux esclaves ? Après tout, ces mêmes Européens ont appuyé les Bosniaques, dont on commence à reconnaître aujourd’hui qu’ils sont eux aussi des mafieux, contre les Serbes, qui luttaient depuis sept siècles contre l’envahisseur.

Alors Erdogan équipe Al-Nosra et les autres fous de Dieu, et laisse les mafieux évoqués plus haut acheter le pétrole de l’Etat islamique — ou les trésors antiques dérobés au passage. Bien persuadé que 78 millions de Turcs l’emporteront aisément, à l’arrivée, contre des tribus éparses — d’autant qu’il a les mêmes convictions fondamentalistes que les plus radicaux. Voir la façon dont il respecte la liberté d’opinion chez lui. Pour les journalistes d’opposition, pour les dirigeants kurdes de partis soi-disant autorisés, pour tous ceux qui protestent, c’est Midnight Express tous les jours, là-bas — et Erdogan sait envoyer paître l’UE quand elle fait semblant de s’en offusquer. L’Islam conquérant a sa façon tout à lui de vous mettre du plomb dans la tête.

Je suis allé deux fois à Istanbul, à quarante ans de distance. En 1973, il n’y avait pas une femme voilée dans le grand Bazar. Aujourd’hui, il n’y a pour ainsi dire que ça à l’université. L’armée autrefois gage de la laïcité héritée de Mustapha Kemal et des Jeunes Turcs est passée tout entière sous le contrôle d’un parti qui lui achète plein de joujoux coûteux pour faire boum-boum. Et qui tire le maximum de son adhésion à l’OTAN.

En face, au front, j’ai déjà eu l’occasion de le dire, il n’y a pour l’instant que Poutine. Bien sûr, lui aussi a son propre agenda impérial. Si l’un se voit sultan, l’autre se rêve tsar. Les manœuvres en Ukraine, après la Tchétchénie et la Géorgie, n’ont guère d’autre sens. Et le tsar a compris que l’empire américain, échaudé par ses aventures afghanes et irakiennes, lui laissait le champ libre — tout en soutenant le Sultan en sous-main. D’où l’intervention en Syrie : Poutine, qui sait que bon nombre de jihadistes sont d’origine caucasienne, connaît les risques que l’Islam fondamentaliste fait courir au monde — Al-Baghdawi rêve lui aussi de restaurer l’empire d’Haroun al-Rachid.

D’où le coup de semonce d’Erdogan la semaine dernière — j’ai dans l’idée qu’il ne l’emportera pas au paradis, et ça a commencé. D’où l’absence de condamnation européenne de ce qui est de toute évidence un acte de guerre destiné, dit Poutine, à protéger les petits trafics pétroliers d’Ankara. D’où notre quête d’improbables alliés dans cet Orient compliqué, sans voir que nous avons les mêmes intérêts que les Russes. D’où les appels pathétiques de Hollande à l’unité contre Daech, comme il dit, qui se heurtent à la logique des empires.

« Mais… », dit Angela Merkel… « Mêêê… » bêlent en écho Fabius et le Conseil de l’Europe. Continuons ainsi, et nous nous prendrons une déferlante turque dans les dents. Je n’oublie pas, moi, qu’en janvier dernier, à Marseille, les seuls musulmans, ou presque, qui participèrent spontanément aux hommages à Charlie étaient kurdes. Guerriers un jour, guerriers toujours. Certes ils ont leur propre agenda — délimiter enfin un Etat qui soit le leur en rectifiant les frontières tirées au cordeau et un peu au hasard par les Anglo-français dans les années 1920. Et alors ? C’est eux qu’il faut équiper en priorité — même si c’est aussi pour se défendre contre les exactions du Sultan. Et c’est avec Moscou (et avec Téhéran, n’en déplaise aux israéliens, qui ont leur propre agenda et voudraient nous le faire endosser) que nous pouvons tisser les alliances les plus solides.

 *Photo: Sipa. Numéro de reportage : AP21830322_000004.

Molenbeek, le Waterloo de la gauche belge

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belgique molenbeel daech islam

belgique molenbeel daech islam

En Belgique, la gauche ne s’est pas contentée, comme le think tank Terra Nova en France, de conceptualiser la figure de l’immigré, nouveau prolétaire appelé à remplacer une classe ouvrière déclinante. Depuis vingt ans, Bruxelles est devenue le laboratoire du communautarisme ethnique et religieux. Dopée au cocktail détonnant du multiculturalisme et du déni des réalités, la capitale belge est également devenue celle de l’islamisme radical en Europe et une base arrière du terrorisme djihadiste. Le problème est loin de se résumer à Molenbeek, aujourd’hui symbole de toutes les dérives.

Comment en est-on arrivé là ? Immigration incontrôlée et communautarisme ont causé un dérapage. Pas un de ces petits « dérapages » que les médias belges autant que français aiment traquer avec jouissance. Plutôt une sortie de route fracassante et une collision de valeurs avec des conséquences funestes. Rapportée à la taille de sa population, la Belgique est le pays qui fournit le plus de djihadistes à la Syrie et à… l’Europe. Pourquoi ? Le monde politique belge préfère éviter de se poser la question.

Tentons une explication. L’immigration massive et incontrôlée est une première réponse. Depuis les années 2000, la Belgique, et Bruxelles en particulier, a connu un choc migratoire, pudiquement qualifié de « démographique ».[access capability= »lire_inedits »] En douze ans, plus d’un million de personnes ont immigré dans un pays d’à peine dix millions d’habitants[1. Une partie de cette immigration est d’origine européenne, un élément souvent mis en avant pour masquer l’importance de sa dimension extra-européenne. La population de Molenbeek a augmenté de 30 % en quinze ans, une croissance due en grande partie à une immigration en provenance du Maghreb.]. Sur cette période, en pourcentage, le solde migratoire est quatre fois plus important que celui de la France et de l’Allemagne, et dépasse celui des pays traditionnels d’immigration comme les États-Unis ou le Canada. Regroupement familial (50 % de l’immigration !), mariages blancs, régularisation des clandestins, générosité du système social, acquisition de la nationalité facilitée jusqu’à l’absurde (une simple preuve de résidence suffit à devenir belge), toutes les politiques publiques se renforcent mutuellement pour transformer la population et la physionomie des villes du royaume. Aucun débat public n’accompagne cette évolution majeure[2. Il faudra attendre 2014 et un gouvernement de centre droit dont, pour la première fois depuis vingt ans, les socialistes sont exclus, pour inverser la tendance… avant que la crise des réfugiés ne remette en cause ce tournant.].

S’y ajoute une marche forcée vers le communautarisme. Au pays de Magritte, point de politique d’intégration. Le terme même est contesté, la gauche lui préférant celui d’« inclusion sociale », qui a l’avantage de transférer l’obligation d’intégration du migrant vers la société d’accueil.

Le problème culturel que constitue l’arrivée massive de populations musulmanes, surtout marocaines et turques, a été nié. Sans problème, il ne peut y avoir de solution. L’intégration était censée se faire naturellement grâce au miracle du brassage multiculturel. Il suffisait de l’encourager par des fonds publics et en muselant, par l’accusation d’islamophobie ou de racisme, le téméraire qui oserait le contester. À Molenbeek, ces politiques ont été poussées au paroxysme par les édiles locaux. Visites dans les mosquées, subventions versées à des associations musulmanes, mise à disposition des locaux publics pour des écoles coraniques, grands frères transformés en agents communaux, clientélisme, candidats aux élections proches des mosquées, participation aux fêtes musulmanes (mais jamais à celles catholiques) ainsi qu’à des défilés anti-israéliens où l’on scande des slogans antisémites, sans jamais les condamner.

Un climat de tolérance s’y est instauré, par rapport aux infractions à la loi, à la multiplication des mosquées (une cinquantaine à Molenbeek pour 100.000 habitants), aux discours salafistes et extrémistes. Certains quartiers sont devenus peu à peu des zones de non-droit. De tolérance en renoncements, un terreau favorable au développement de l’islamisme radical puis aux apprentis terroristes s’est progressivement créé.

Encore ne s’agit-il que de la partie émergée de l’iceberg. Sous le radar de la presse et du monde politique, ce sont les valeurs démocratiques qui souffrent en silence dans ces quartiers. La liberté élémentaire d’aller et venir en portant une tenue de son choix n’existe plus, sauf si, comme plus de la moitié des femmes, on porte le voile. La liberté d’exposer des œuvres de nus est inconcevable. Celle d’exprimer une opinion dissonante de la majorité sociologique non plus.

Sexisme et homophobie sont bien présents. Un antisémitisme virulent, généralisé mais nié, sévit dans ces quartiers. Les professeurs identifiés comme juifs ont dû partir. En 2013, l’école juive Maïmonide a décidé de quitter Anderlecht, la ville du célèbre club de football voisine de Molenbeek. Le monument aux déportés juifs qui s’y trouve doit être protégé sous peine d’être vandalisé. Récemment, les écoles publiques de la Ville de Bruxelles[2. La Région de Bruxelles-Capitale est composée de 19 communes dont la ville de Bruxelles, mais aussi Molenbeek, Anderlecht, Schaerbeek, Saint-Josse où, avec Bruxelles, les problèmes de communautarisme sont les plus aigus. Contrairement à la France, les quartiers à problèmes ne sont pas situés dans les banlieues mais au cœur des grandes villes. Il en va de même à Anvers, Liège, Verviers, Charleroi, etc.] sont devenues Judenrein[3. La Commission Bouchard-Taylor a été créée le 8 février 2007 par le Premier ministre du Québec afin d’examiner les questions liées aux accommodements raisonnables consentis au Québec.], le dernier enfant juif ayant quitté ces écoles, à la suite des intimidations de ses « camarades » musulmans. L’histoire de la Shoah n’y est plus enseignée. Un député socialiste de Molenbeek a même pu traiter l’expert en terrorisme Claude Moniquet de « crapule sioniste » sans encourir la moindre sanction. Cerise sur le gâteau, le PS local a produit il y a deux ans une caricature antisémite sur une affiche invitant à un débat. Le décalage entre les discours officiels lors des commémorations de la Shoah – attribuant l’antisémitisme contemporain à l’extrême droite – et la réalité de son contexte musulman dans les quartiers devient abyssal.

Outre cet antisémitisme presque identitaire, l’échec de l’intégration a créé le communautarisme qui lui-même a favorisé le développement de courants radicaux et fondamentalistes qui ont, parfois, sombré dans la violence.

En Wallonie et à Bruxelles, contrairement à la Flandre, le monde politique belge francophone est dominé par la gauche. Le Parti socialiste, le cdH – Centre démocrate humaniste (sic), d’inspiration sociale-chrétienne – et les écologistes (Ecolo) sont, ensemble, largement majoritaires. Pour capter ce nouveau vote immigré – 40 % environ de la population bruxelloise est désormais musulmane –, ils se sont lancés dans une surenchère permanente.

Ecolo est ainsi devenu le champion des « accommodements raisonnables », sur le modèle canadien, issu de la Commission Bouchard-Taylor[4. La Commission Bouchard-Taylor a été créée le 8 février 2007 par le Premier ministre du Québec afin d’examiner les questions liées aux accommodements raisonnables consentis au Québec.]. Le PS compte aujourd’hui une majorité d’élus d’origine étrangère, dont l’élection dépend souvent d’un vote exclusivement communautaire. On trouve désormais des tracts électoraux rédigés en turc, ourdou, arabe… Des candidats utilisent la liste des électeurs pour ne cibler que les Turcs, Congolais, Pakistanais ou autres.

En 2009, le cdH, le parti démocrate-chrétien, fit élire la première femme voilée dans un Parlement européen. La députée belge Mahinur Özdemir, proche du président turc Erdogan, a ainsi joué un rôle important pour faire régresser le statut des femmes en Turquie. Après tout, si le voile est autorisé au Parlement belge, pourquoi ne pas l’autoriser en Turquie où, suivant la ligne d’Atatürk, il était interdit ? Longtemps, la ministre de l’Intérieur de ce parti a traité les départs de jeunes Belges en Syrie sous un angle humanitaire, les présentant comme des victimes de la société plutôt que comme de dangereux terroristes. Elle a été jusqu’à faciliter le retour de Syrie d’une femme enceinte de son compagnon djihadiste, afin qu’elle puisse « accoucher en Belgique dans de bonnes conditions ». Aujourd’hui ministre de l’Enseignement, elle ferme les yeux sur le non-respect des obligations scolaires dans les écoles de ces quartiers : les absences des filles aux cours de sport, les difficultés d’enseigner certaines matières telles que la biologie (Darwin), le français (Voltaire) ou l’histoire de l’art (cachez ces nus indécents!).

La responsabilité de la gauche dans cette descente aux enfers est écrasante, mais elle l’a fait dans un climat médiatique et intellectuel, favorable et complaisant. Les quelques universitaires qui travaillent sur ces questions sont davantage des militants du multiculturalisme que des chercheurs rigoureux. Selon eux, « la Wallonie et Bruxelles sont vouées à être diversifiées tant culturellement qu’au plan des identifications collectives ». Il y a donc lieu de reconnaître ces nouvelles identités et « le fait communautaire » : « c’est la raison pour laquelle nous préférons parler de citoyenneté multiculturelle plutôt qu’interculturelle ». Une évolution dont pourtant la majorité de la population ne veut à aucun prix, mais elle n’a pas vraiment voix au chapitre.

Médias, intellectuels, politiques ont cultivé le mythe du vivre-ensemble et de Bruxelles comme modèle de diversité multiculturelle. Par adhésion à un concept où il fallait à chaque incident « éviter de jeter de l’huile sur le feu », les problèmes ont été minimisés, voire niés[5. Pour ne pas être systématiquement écarté du pouvoir, le parti libéral de centre-droit auquel j’appartiens n’a pas toujours non plus dénoncé assez haut et fort les dérives communautaristes.]. L’immigration de masse couplée à l’absence de politique d’immigration dans un contexte de montée en puissance de l’islamisme s’est transformée en poison mortel.

Il faut ajouter à ces facteurs le morcellement des compétences et même le délitement de l’État belge, ainsi que la présence de coalitions politiques différentes aux nombreux niveaux de pouvoir qui empêchent de mener une politique cohérente contre le radicalisme. L’immigration est ainsi une compétence fédérale, tandis que l’intégration relève des Régions et l’enseignement des Communautés!

Du côté francophone du pays, le système éducatif est encore plus sinistré qu’en France. Des dizaines de milliers de jeunes, surtout issus de l’immigration, végètent dans des « classes poubelles » sans perspective d’obtenir un diplôme valorisé sur le marché de l’emploi. Dans certains quartiers, le chômage des jeunes atteint 40 %. Si souvent invoquée, l’explication sociale du radicalisme – l’arbre qui cache la forêt de la dimension politico-religieuse de l’islamisme radical – ne tient cependant pas quand on analyse le parcours de la majorité des djihadistes.

Avant de céder aux charmes du communautarisme prôné par Terra Nova ou d’autres, la France ferait bien d’analyser de près le « modèle bruxellois », longtemps présenté comme une réussite au prix d’une fable digne d’Orwell. Ou plutôt d’une farce qui se termine en tragédie.[/access]

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : AP21824206_000012.

Algérie: un footballeur puni pour avoir soutenu les victimes des attentats de Paris

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Lofti Dif attentats de Paris

Grâce au site Liberté-Algérie, on vient de prendre connaissance des déboires du footballeur  Lofti Dif. Tout commence le 27 novembre denier, en plein match. Lofti, l’avant centre du Ca-Batna (Ligue 2) était fou de joie, il venait de marquer un but contre L’ASA Chlef.

Comme le font beaucoup de joueurs du monde entier dans ce cas-là, après les embrassades, il soulève son maillot pour laisser apparaître son t-shirt, sur lequel est inscrit un message. Un petit message qui nous va d’ailleurs droit au cœur : « ICI, C PARIS ». Les choses auraient pu en rester là. Mais non !

D’après nos confrères de Liberté-Algérie, cet anodin message de solidarité avec les victimes des attentas islamistes du 13 novembre a déclenché la colère des dirigeants du club : « La direction du CA Batna a, en effet, suspendu, à titre conservatoire, et ce jusqu’à nouvel ordre, le joueur juste après la confrontation, en lui infligeant, en sus, une amende. »

Nos insolents confrères algériens enfoncent le clou avec une question qui n’en est pas vraiment une : « Si le joueur avait exprimé un soutien à la population de Gaza, aurait-il reçu la même punition ? »

Si le jeune Lofti est empêché de jouer encore longtemps dans son pays, je serai ravi que la France lui offre l’asile footballistique et lui accorde une naturalisation express dans la foulée. On pourrait alors l’intégrer dans l’Equipe de France où, paraît-il, il y a une place vacante à l’avant. Je ne sais pas si, techniquement, Lofti est à la hauteur, mais au moins lui, il sait se tenir !

Benzema, forcément coupable?

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Karim Benzema Mathieu Valbuena Justice médias

Karim Benzema Mathieu Valbuena Justice médias

Hier soir au 20 heures, foin d’État d’urgence, de djihadisme ou de fin des temps climatique. Il fallait laisser la place à l’essentiel. Nous fûmes relancés toute la journée à grand son de trompe pour ne surtout pas rater l’événement : « Sextape, Benzema va parler ». Il a effectivement débité un texte appris par cœur, aux éléments de langage soigneusement usinés. Ce qui ne servira à rien, si ce n’est à alimenter la chronique déchaînée.

Intéressante, cette affaire, en ce qu’elle raconte de passablement déplaisant sur nous. Concernant Karim Benzema, celui-ci a droit à son lynchage médiatique géant en attendant pire. La planète entière, France comprise, se gave de la religion football. Cela fait vivre pas mal de monde et surtout brasse des fortunes. Alors pour nous permettre de nous purifier de cette passion douteuse, il faut offrir au public un petit sacrifice de bouc émissaire de temps en temps. René Girard nous l’a bien expliqué. Cela tombe sur Benzema, parce que c’est vrai qu’il exagère quand même celui-là. Arabe et musulman, gamin des cités acculturé issu de la racaille et privé d’adolescence. Fournissant un travail acharné, qui lui permet d’accéder au haut niveau et de toucher l’argent qui va avec. C’est-à-dire beaucoup. En ce moment, tout cela, ce n’est quand même pas très malin. Parce qu’en France, l’argent on n’aime pas trop. Enfin celui des autres, et encore moins si c’est un arabe.

Il y en a énormément que ça met en rage, en général les mêmes qui se pressent au stade et passent leur vie devant la télé. Benzema aggrave son cas en étant perpétuellement maussade et peu sympathique, pratiquant un jeu qui, pour être efficace, n’est guère spectaculaire. Malgré son nouveau statut et sa fortune, il a gardé la mentalité de la cité et les amis qui vont avec. La petite cour délétère qui fatalement va tourner autour de ce loto ambulant.

Assumant naïvement le statut de mercenaire des joueurs d’aujourd’hui, et par une phrase sortie de son contexte, il a dit son attachement à l’Algérie, pays de ses parents, et le caractère essentiellement sportif de sa contribution à l’équipe de France. À chaque sortie de celle-ci, comme en plus il ne chante pas la Marseillaise, il prend cher. Retourne dans ton pays, blasphémateur ! Alors l’affaire qui vient de lui tomber dessus est une aubaine. Lui qui s’était déjà pris une jolie séquence médiatico-judiciaire avec l’affaire Zahia dont il faut quand même rappeler qu’après quatre ans d’instruction médiatisée pour une frasque sexuelle, il avait été relaxé après que le procureur à l’audience lui eut présenté ses excuses pour cette procédure débile.

Pour Benzema saison II, à nouveau une histoire de sexe, l’enquête et l’instruction sont comme d’habitude faites dans la rue. On se reportera donc aux informations disponibles, essentiellement dans le quotidien vespéral de référence, à la pointe du combat dans ce dossier. Si l’on comprend bien Valbuena, son camarade en équipe de France se serait fait dérober une vidéo de ses ébats sexuels avec sa compagne enregistrée sur son portable, et aurait été victime d’un chantage : la destruction de la vidéo contre une remise d’argent. Benzema est accusé d’avoir joué les intermédiaires entre les maîtres chanteurs et Valbuena. On est en matière pénale, et les éléments dont j’ai pu avoir connaissance me semblent pour l’instant insuffisants pour caractériser une infraction. De toute façon, cette question devrait relever des magistrats qui auront à en connaître et non pas du tribunal médiatique. Lequel alimente quotidiennement la meute, bien décidée à déchiqueter la proie qu’on vient de lui jeter. Parmi les aboyeurs se trouvent des personnes qui auraient peut-être été bien avisées de rester discrètes. Un Premier ministre par exemple, probablement très occupé ces temps-ci, mais qui a quand même trouvé le temps de déclarer Benzema coupable d’une faute morale, et ne devant plus faire partie de l’équipe de France. Il est vrai que sur le plan de la morale, utilisateur des moyens aériens de la République pour ses escapades footbalistiques en famille, Manuel Valls est idéalement placé. On pense aussi à Camille Lacourt qui, sans rien connaître du dossier, a jugé nécessaire de frapper son camarade sportif à terre. Vous avez tout pour vous Monsieur Lacourt, champion du monde de natation encore plus beau qu’Alain Delon au même âge, marié à une Miss France, concentré de grâce et d’intelligence, vous auriez vraiment pu vous dispenser de cette inélégance. Et puis vous savez, la vie est longue et elle n’est pas toujours tendre…

Tenons-en  nous là pour les aboyeurs déjà fort nombreux, et passons maintenant aux ineffables Plic et Ploc. Ce sont les deux journalistes du Monde, gratifiés par leur journal du nom ronflant « d’enquêteurs ». Gerard Davet et David Lhomme forment un duo qui a accédé à une certaine forme de notoriété pour avoir été à la pointe de la chasse au Sarkozy. Non pas qu’ils aient été les seuls, mais ils ont bénéficié de certains privilèges qui leur permettaient d’accéder aux pièces de différents dossiers avant même les avocats de la défense. De ces fuites, ils firent bon usage et remplirent leurs colonnes d’extraits, de citations tronquées, de commentaires orientés, destinés à convaincre le lecteur que Nicolas Sarkozy était un bandit de grand chemin et que la justice allait nous en débarrasser. Ils ont cependant fini par faire une grosse bêtise. Ils ont rapporté dans un livre une conversation avec Jean-Pierre Jouyet au cours de laquelle celui-ci leur aurait confirmé que dans l’affaire de l’amende électorale payée par l’UMP, il avait fait l’objet d’une démarche pressante de François Fillon pour accélérer la procédure pénale contre l’ancien Président. Évidemment, Jouyet a dû démentir. Et c’est là que nos duettistes ont fait très fort en produisant un enregistrement de la conversation réalisée à l’insu de Jouyet, qui n’a pas vraiment apprécié. Résultat, ils sont donc rapidement devenus tricards : fin des entretiens réguliers à l’Élysée avec François Hollande et tarissement  des sources qui alimentaient leur petit fleuve tranquille.

Ils viennent de revenir à la lumière, mais cette fois-ci pour une chasse au très petit gibier. Faute de grives, on mange non pas des merles mais de petits insectes. Malheureusement toujours avec les mêmes méthodes : publications de procès-verbaux, d’extraits tronqués, d’analyses tendancieuses, occupation des plateaux télé pour y délivrer leurs réquisitions. Ils ne vont pas attendre celles du procureur chargé de l’affaire. Ils savent bien, eux, que Benzema est coupable. Et une fois de plus, on assiste au spectacle de la violation quotidienne de libertés publiques fondamentales. Secret de l’instruction, présomption d’innocence, en attendant le secret professionnel des avocats comme pour Sarkozy, tout cela gaiement foulé aux pieds, sans que, comme d’habitude cela n’arrache une remarque à ceux que l’on entend beaucoup sur les dangers de l’état d’urgence. L’article 6 de la Convention européenne des droits de l’homme sur le « droit au procès équitable » et les règles de la procédure pénale française censées protéger les libertés individuelles ? On ne va quand même pas s’encombrer avec ça, quand il y a de l’audience à faire et que l’on tape sur un footeux mal dégrossi, ce qui ne présente aucun danger.

Voyez-vous, Monsieur Benzema, je ne sais pas ce qui s’est passé et dit à Clairefontaine entre Valbuena et vous, et d’ailleurs je m’en fous. Ce que je vois c’est que vous allez vers des moments difficiles. Il suffit de jeter un coup d’œil sur les réseaux pour y voir la meute montrer son vilain visage. Nombreux sont ceux, Premier ministre en tête, qui veulent votre exclusion de l’équipe de France. Je pense que c’est acquis, mais ils ne s’arrêteront pas là. Commencent déjà les pressions sur le Real Madrid pour que lui aussi vous mette à la porte. Il vous reste à faire le gros dos et confiance à vos avocats. Je vous souhaite bon courage.

*Photo : SIPA.00729580_000001.

Place de la République: de Charlie au tricolore…

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place republique attentats fn

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Le dos courbé comme en plein jardinage, remettant d’aplomb divers ornements, deux dames rouspètent : « C’est des pourris, c’est un pèlerinage, quand même. » Elles en veulent à ceux des manifestants qui, la veille, se sont servis en bougies et pots de fleurs pour les balancer sur des CRS. On est lundi, et dimanche, ici même Place de la République à Paris, un rassemblement anti-Cop 21, interdit en raison de l’état d’urgence, a dégénéré en affrontements. Mausolée, mémorial, monument aux morts et maintenant lieu de pèlerinage : Marianne en bronze et sa base en pierre polie anthracite gagnent de jour en jour un statut toujours plus funéraire. Les attentats du 13 novembre ont transformé l’ensemble statuaire des frères Morice, inauguré il y a plus d’un siècle, en un quasi-cimetière des victimes parisiennes de l’Etat islamique.

Bottée, juchée sur le rebord circulaire qui cerne la statue, Sabrina donne des consignes à son équipe de bénévoles et demande à la foule de se joindre à l’effort : « Allez ! Venez ! On a besoin d’aide, insiste-t-elle, absorbée par la tâche. Il faut replacer les bougies au premier plan, les fleurs au second, et tous les messages encore lisibles doivent être conservés et rangés dans des pochettes en plastique. N’oubliez pas de les prendre en photo, ça permettra d’en garder une trace quand il n’en restera plus rien. » C’est l’euphorie d’un groupe soudé par le tragique. Un moment rare, il faut en profiter, il ne durera pas. Aussi redouble-t-on d’ardeur. Eisenstein et Renoir sont à la manivelle.

Sabrina, une jeune femme, est la patronne des « 17 plus jamais », une « communauté » avec page Facebook, créée peu de temps après les attentats de janvier, qui avaient fait 17 morts. Ces gardiens du temple se sont promis d’entretenir quotidiennement la statue de la République, où les témoignages affluent dans une anarchie généreuse. L’aspect et pour ainsi dire la nature des lieux ont radicalement changé. Avant le 13 novembre, c’était « Répu » se souvenant de Charlie, bientôt rejoint par des combats et des slogans pacifistes, internationalistes, un peu gauchistes, limite anti-Charlie. Aujourd’hui, c’est très différent. Face au « danger », la patrie est centrale, la nation s’affirme. Les « 17 plus jamais » font en sorte de composer de jolis tableaux de drapeaux français, qui se voient de loin, davantage que le petit drapeau tunisien, l’algérien ou le kabyle.

Egalement présents ce lundi, trois femmes et un homme venus de l’Eure – et n’appartenant pas au collectif des « 17 plus jamais » – ne seraient sans doute pas allés expressément Place de la République si ne s’étaient produites les tueries du 13. Ils ont passé le week-end en banlieue parisienne, chez des connaissances. « On est déjà venu samedi pour participer au nettoyage des abords de la statue, raconte l’une des femmes. On a acheté des gants, des balais et des sacs poubelle à Monoprix et chez Tati. » Ils sortent d’un restaurant et s’apprêtent à regagner la Normandie en voiture. Avec la nuit qui arrive, ils ne vont d’ailleurs pas tarder. Ils tenaient à se recueillir une dernière fois au pied de ce mémorial improvisé.

Ils ne font guère mystère de leur vote à tous quatre, dimanche au premier tour des régionales. Ce sera Front national. « L’état d’urgence, c’est juste, et pour nous, c’est pas fini, il y aura d’autres attaques, prédit l’une des trois femmes. On est quand même envahi. Chez nous, dans l’Eure, c’est le même souci. On se pose des questions, on se demande si on est en France. Pendant notre week-end, on a vu des enfants dormir parterre à 11 heures du soir. Où allons-nous ? » L’homme, entre 50 et 60 ans, visage creusé, ne parle pas beaucoup. « Je suis ouvrier en usine, dans une papeterie, dit-il. J’ai du travail, j’ai de la chance. »

Les attentats devraient profiter au Front national, indiquent les sondages. Philippe, la cinquantaine, assure que le groupe des « 17 plus jamais » qu’il a rejoint « il y a deux semaines », est « apolitique ». « Nous sommes un groupe citoyen et démocratique », dit-il. Lui est chef d’entreprise en région parisienne et dirige plusieurs dizaines de salariés. « J’ai été bouleversé par ce qui s’est passé, confie-t-il. J’ai voulu faire quelque chose, alors que ce n’est pas dans mon habitude. Je donne mon argent mais pas mon temps. Je viens d’un milieu assez bourgeois, je suis peut-être un peu égoïste. »

Depuis le 13 novembre, Philippe est une pile d’émotion. Dimanche, pendant les heurts entre des jeunes cagoulés et la police, il se tenait dans un angle de la place, rageant : « Vous avez profané le monument aux morts », avait-il crié. « Ici c’est comme une tombe, on ne vient pas se servir, c’est un manque de respect, jugeait-il lundi, leur pardonnant toutefois. Ils sont plus violents que méchants, c’est des autonomes, des altermondialistes, 95% c’est des mecs bien. » Dimanche, la bagarre terminée, François-Marie Banier, l’ancien complice de Liliane Bettencourt, débarquait comme de nulle part sur la place, appareil photo autour du cou. « Je déteste tous les blasphèmes », disait-il en coup de vent, apprenant que des bougies avaient volé comme des projectiles.

L’islam. Il est présent parmi les dizaines de milliers de fleurs et de bougies, les centaines de pancartes et de petits mots laissés. Le lycée de l’Hautil, à Jouy-le-Moutier, dans le Val-d’Oise, a déposé au pied du monument une trentaine de messages rédigés sur des bristols jaunes, roses et verts, protégés d’un film plastique sous lequel apparaissent également des colombes coloriées en bleu, blanc, rouge. Pêle-mêle : « Ce soir du 13 novembre, les notes se sont tues mais la musique continue », « Levons-nous peuple de France, il n’est pas essentiel de défendre ses idées en tuant », « Nous sommes des musulmans et nous ne sommes pas des terroristes, ne confondez pas », « Musulmans non terroristes, pray for paris », « Toujours se relever même si l’espoir n’est pas là, il faut du courage et aimer ».

Côté catholique, Louis est venu de l’Essonne, vêtu de sa chemise et de son foulard de chef scout de France. Il dépose une pancarte, pas plus mal faite que les autres, pas mieux non plus : une tour Eiffel tricolore entourée d’une multitude de prénoms, ceux des jeunes scouts dont il a la charge. L’étudiant en biologie d’une vingtaine d’années ne les avait pas revus entre les attentats et dimanche dernier. Ses protégés, âgés de 11 à 14 ans, peuvent bien fréquenter des écoles catholiques, ils surfent sur Internet comme tous les enfants de leur âge. « Sur un site, ils ont vu une photo de l’intérieur du Bataclan, avec des morts, raconte Louis. Cela ne les pas particulièrement effrayés. Pour eux, ça s’apparente à un jeu vidéo, non à quelque chose de réel. Plus préoccupantes sont les théories du complot. On s’attache à les démonter. » Louis s’inquiète de ce que sera l’avenir proche. « Je crains que, comme après les attentats de janvier, l’union du moment ne s’effrite. La montée attendue du Front national va attiser les haines », pense-t-il.

Pour Philippe, le chef d’entreprise voué à la conservation du mémorial de la Place de la République, ce serait une catastrophe, car « on ne garde ici que les messages d’amour et de tendresse ». Paix des cimetières, fureur du monde.

*Photo: DR.

Egypte : Néfertiti contre Daech

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nefertiti tourisme egypte daech

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Aussi incroyable que cela puisse paraître, les sites archéologiques égyptiens, fouillés en long, en large et en travers, depuis plus d’un siècle, nous réservent toujours des surprises, et pas des moindres.  Depuis des semaines, un groupe d’explorateurs scanne sans relâche les murs de la tombe la plus célèbre de la Vallée des Rois : celle de Toutankhamon. D’après l’égyptologue britannique Nicolas Reeves, la sépulture du jeune pharaon découverte il y a 93 ans pourrait cacher le tombeau longtemps recherché de la reine Néfertiti. La chambre funéraire du pharaon Toutankhamon, mort à 19 ans, dix ans après son arrivée au pouvoir en 1322 avant notre ère, dissimulerait en réalité un vaste complexe funéraire, jusqu’à alors insoupçonné. En son sein, girait la dépouille de celle qui pourrait être la mère de Toutankhamon – leur arbre généalogique n’a pas été clairement reconstitué.

Pour l’Egypte, cette découverte  tomberait à point nommé. Elle pourrait relancer l’industrie du tourisme égyptien, en berne depuis la série d’attentats qu’a perpétré la branche locale de l’Etat islamique, Ansar Bayt al-Maqdis, dont l’explosion de l’avion russe au-dessus du Sinaï fin octobre. Dès juillet, le groupe revendiquait un attentat à la voiture piégée contre le consulat d’Italie ainsi que plusieurs attaques contre les forces de l’ordre dans le Sinaï. Depuis, les grandes villes touristiques telles que Louxor, Assouan ou Le Caire voient les touristes – et les devises – se raréfier. De 10 milliards d’euros par an avant l’arrivée au pouvoir du général Sissi, les revenus de l’industrie touristique sont tombés à 5 milliards d’euros.

Face à ce marasme, Néfertiti pourrait à nouveau servir son pays. À quoi doit-on ce possible miracle ? À l’origine de la thèse de la « tombe cachée » de Nicolas Reeves, des photographies couleurs haute résolution d’une société espagnole, Factum Arte, publiées en 2014. « Une évaluation minutieuse des scanners de Factum Arte pendant plusieurs mois a donné lieu à des résultats intrigants : la présence probable de deux portes encore jamais découvertes », écrivait cet été  Reeves. Une des portes pourrait mener à un entrepôt, l’autre, située sur le mur nord de la tombe pourrait être la continuation de la chambre funéraire. « Néfertiti elle-même, co-régente et successeur éventuelle du pharaon Akhenaton » s’y trouverait. Mais pourquoi donc ? Le professeur Reeves avance plusieurs éléments de preuves. La tombe de Toutankhamon, découverte par Howard Carter en 1922, aurait en réalité « été à la fois construite et destinée à recevoir la sépulture de Néfertiti ».  La tombe de cette dernière aurait été réaménagée pour accueillir la dépouille de Toutankhamon, mort dix ans plus tard. Découvrir derrière ces murs la dépouille de l’épouse d’Akhénaton pourrait de surcroît apporter des réponses essentielles quant à la filiation de Toutankhamon. Car deux écoles s’opposent. Selon certains, le pharaon serait le fils de Néfertiti. Pour d’autres, il serait le fruit de l’union d’Akhenaton avec l’une de ses sœurs à l’identité inconnue.

Mais les scientifiques cherchent avant tout à prouver la présence d’une cavité derrière les murs de la tombe. Une thèse confortée par les premières explorations de la tombe, ainsi que l’a révélé le New York Times. Ainsi, les scientifiques ont-ils récemment annoncé que leurs radars auraient détecté avec quasi-exactitude la présence d’une cavité derrière les murs de la chambre funéraire. Mamdouh Eldamaty, ministre de la Culture égyptien, a estimé à « 90 % » les chances que les recherches aboutissent à la découverte d’« une autre chambre, une autre tombe », derrière la chambre funéraire de Toutankhamon. Le ministre a par ailleurs annoncé que d’autres explorations auraient lieu dans les prochaines semaines, avant que le mur ne soit percé. Un autre expert, le japonais Hirokatsu Watanabe devrait quant à lui rendre ses conclusions dans un mois.

Mais malgré l’enthousiasme de certains, la thèse ne fait pas consensus parm la communauté scientifique. Elle est même sérieusement remise en cause par les autorités égyptiennes et d’autres égyptologues.  Pour le professeur Zahi Hawass, ancien ministre des Antiquités égyptiennes, sorte d’Indiana Jones bien connu des amateurs des chaines National Geographic et Histoire, le projet de recherche n’aboutira pas. Cette figure du régime de Moubarak n’y croit pas, sans pour autant avancer d’arguments solides. Selon lui, aucune tombe ne se trouverait derrière celle de Toutankhamon. Encore moins celle de Néfertiti. Malgré ses critiques, l’archéologue égyptien concède que les partisans de la thèse de Nicolas Reeves « attendent désespérément une bonne nouvelle ».

Qu’une découverte soit imminente ou non, la recherche suffit à faire renaître l’espoir chez les tour-opérateurs de Louxor, exsangues. Interrogé par le New York Times, Bahaa Youssef, directeur de l’agence de voyage Sunrise tour à Louxor, tente de mettre au point de nouvelles stratégies pour remplir les caisses de sa société. « L’Egypte a besoin d’événements importants, pour que les regards se tournent à nouveau vers nous ».

Un an avant le « printemps » du Caire, chaque jour, quelque 12.000 touristes formaient de longues files d’attente pour visiter les merveilles de Louxor. En 2012, ils n’étaient plus que 300, sans compter la chute du nombre de touristes qui préféraient les croisières culturelles et autres visites de temples et musées dans le reste du pays.

La découverte pourrait donc créer un « choc positif » pour l’économie du pays. Désireux de créer le buzz, le professeur Reeves n’a pas hésité à plastronner : « Si nous trouvons ce que je pense, ce sera une découverte plus importante encore que celle de Toutankhamon ».

Quoi qu’il advienne, si les djihadistes égyptiens ont fait fuir les touristes, ils n’ont pas encore mis la main, comme en Syrie, sur les merveilles archéologiques pour les dynamiter.

 

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : Numéro de reportage : 00515442_000011.

Calendrier Pirelli 2016: et le sexisme, bordel?

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Jusqu’à présent, et depuis 1964, le calendrier annuel du fabricant de pneus italien Pirelli était attendu comme le messie par toute la planète. A sa sortie, on découvrait enfin quel photographe de renommée internationale allait nous gratifier de ses clichés torrides des plus belles filles du monde.

Et puis, un beau jour, quelqu’un a décidé de mettre un terme au culte planétaire de cet objet exceptionnel, initialement destiné aux garagistes. Comment ? Fastoche : en opérant un revirement « féministe » censé lutter contre les stéréotypes « sexistes ». Mais voyez plutôt.

Pour l’année 2015 qui se termine, le calendrier Pirelli, c’était ça :

calendrier Pirelli 2015

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Profitez-en bien jusqu’au 31 décembre… parce que pour l’année 2016, ce sera ça :

calendrier Pirelli 2016

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En lieu et place des superbes nymphettes qui prenaient la pose en tenue d’Eve, vous y découvrirez : la chanteuse Patti Smith en chemise froissée, la sportive Serena Williams en culotte Sloggi, l’humoriste Amy Schumer buvant un café de chez McDo, l’octogénaireYoko Ono cachée derrière ses lunettes rondes, etc.

Annie Leibovitz, qui les a photographiées en noir et blanc, dit avoir voulu mettre à l’honneur des femmes « fortes et naturelles ». Perspicace, Paris Match remarque qu’elle « rhabille le calendrier Pirelli ». Et pour Libération, tout ça, c’est rien que du bonus : les modèles du calendrier 2016 sont juste « plus âgées, plus rondes et plus intello ».

Mais bizarrement, personne ne remarque l’odieux sexisme dont la photographe a fait preuve avec ce casting, 100% féminin. C’est vrai quoi, si les garagistes adorent les femmes mûres enrobées et cultivées, il n’y a pas de raison qu’ils apprécient moins les vieux notaires gras du bide, par exemple. Ah, vivement 2017 !

Non au néocolonialisme libéral qui étouffe l’Afrique!

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fn regionales afrique cop21

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Délégué national à la prospective FN, Loup Viallet est responsable du Collectif mer et francophonie au sein du Rassemblement Bleu Marine.

Daniel Saoud. Après les attentats du 13 novembre, François Hollande et le gouvernement ont rétabli les contrôles aux frontières du territoire, expulsé des djihadistes binationaux, décrété l’état d’urgence afin de nettoyer les banlieues de leurs arsenaux. Comme Marion Le Pen, êtes-vous agréablement surpris par la réaction de l’exécutif qui applique une partie du programme du FN ?

Loup Viallet. Je crois surtout que les mesures portées par le FN sont les plus pertinentes pour garantir la sécurité des Français, et cela a été démontré par un gouvernement qui les conspuait. Quant au « nettoyage des banlieues de leurs arsenaux » où circulent illégalement des armes de guerre, cela semble impossible à mener si les contrôles aux frontières nationales ne sont pas rétablis de manière permanente.

Marine Le Pen critique régulièrement l’alliance de la France avec l’Arabie Saoudite et le Qatar. Afin de vaincre l’Etat islamique sur le terrain, quelles solutions militaro-diplomatiques préconisez-vous ?

Cela fait des mois, qu’à contreflots de la meute médiatico-politique, Marine Le Pen a défendu que la coalition contre Daech devait inclure l’Etat syrien. Aussi il semblerait avisé de rouvrir notre ambassade à Damas, fermée en mars 2012 par N. Sarkozy. Une décision sur laquelle François Hollande n’a pas voulu revenir.

Vous avez mis sur pied le Collectif mer et francophonie du Rassemblement Bleu Marine. N’est-ce pas paradoxal de vouloir refermer les frontières de l’hexagone en prétendant défendre la grandeur de la France et de sa langue dans le monde entier ?

D’après vous, est-ce en effaçant ses frontières et en désengageant son Etat de ses missions régaliennes que l’on rendra sa grandeur à la France ? Qui peut sérieusement penser que notre pays rayonne davantage depuis que son pilotage se transfère à Bruxelles ? La France semble plutôt empêtrée dans l’UE, qui fixe même nos quotas annuels de pêche, et qui affaiblit commercialement en plus de la Russie bien des Etats francophones d’Afrique de l’Ouest qui devraient au contraire être nos partenaires stratégiques. C’est la conviction sur laquelle s’est fondé le Collectif Mer et Francophonie, que j’anime avec Gwenael Blancho et Alex Frederiksen : la politique des intérêts nationaux d’une France souveraine se doit de développer les deux atouts qui font de notre pays une puissance mondiale. Notre immense domaine maritime, notre frontière ultramarine sur quatre océans, qui doit être surveillée, explorée et exploitée. Et notre langue, partagée avec 450 millions de francophones dans le monde, qui sert aujourd’hui de lien à un monde francophone grand quatre fois comme l’UE, dont les populations sont étouffées par la « globalization », et avec lesquelles nos intérêts nationaux et les débouchés de nos entreprises nous commandent de mettre en place un développement « co-profitable » respectueux de la diversité des cultures et des modes de vie.

Quelles activités développez-vous en partenariat avec l’Afrique ? Ces liens sont-ils également un moyen de régulier l’émigration subsaharienne ?

Nous nouons des liens avec l’Afrique. Nous multiplions les prises de contact avec les entrepreneurs, ONG, d’anciens responsables politiques, mais aussi avec des ingénieurs et des haut-fonctionnaires. Récemment, un directeur d’ONG de développement agricole durable au Bénin, s’est affilié à l’une de nos campagnes sur les rapports Nord/Sud. Enfin nous publions régulièrement des analyses sur les problèmes qui nous semblent communs, comme l’extension du marché de l’UE à la CEDEAO ou la crise migratoire. Le COMEF a la conviction que la crise migratoire trouvera sa résolution par les Etats, et hors de l’idéologie mondialiste sans frontières. Dans la conduite de nouveaux modes de développement, qui ne doivent ni être assujettis, ni imiter ceux du Nord. Cette victoire se fera sur le nouveau colonialisme ultralibéral qui étouffe l’essor d’industries et notamment de l’industrie textile en Afrique de l’Ouest tout en menaçant ses modèles d’agriculture familiale. Ils sont nombreux à souhaiter que leur prospérité repose sur des bases saines qui ne poussent pas à fuir, et non sur les efforts de leurs diasporas. C’est pourquoi il faut souhaiter que la France retrouve vite sa souveraineté : pour assurer une stabilité loin du chaos que nous connaissons, en coordination avec des Etats souverains prêts à maîtriser leurs frontières, à développer leurs marchés intérieurs comme à repousser le terrorisme islamique de Daech ou de Boko Haram.

Le FN propose de supprimer les compétences internationales des conseils régionaux. Pourquoi vouloir ainsi affaiblir l’ouverture des régions vers l’universel ?

En effet, l’on ne compte plus les candidats FN qui proposent que leurs exécutifs régionaux fassent l’économie du budget alloué à la coopération internationale ou décentralisée. C’est le choix notamment de Marine Le Pen dans le Nord, de Florian Philippot en ACAL et de Wallerand de Saint-Just en Île-de-France. Cette proposition n’affaiblit en rien l’ouverture des régions sur le monde, puisque les compétences en matière de commerce extérieur ne sont pas remises en cause. Pas d’enfermement, donc, mais plutôt l’économie saine d’un poste de dépense superflu qui pourra se traduire par des baisses d’impôts, des investissements publics. Sans nuire à l’indivisibilité de l’Etat par l’entretien de diplomaties régionales.

En cette première semaine de Cop 21, partagez-vous avec le gouvernement l’accent mis sur les énergies renouvelables et la réduction du réchauffement climatique ? N’est-il pas illusoire de défendre un modèle de croissance infinie dans un monde aux ressources finies ?

Ce serait une erreur. Je ne sais pas ce qu’il sortira de cette « Cop », mais elle me semble suspecte dès son ouverture : certains organisateurs font des vœux pieux en réunion sur l’avenir du climat, pendant que leurs équipent négocient ou exécutent ailleurs les volets des accords de libre échange TAFTA, TISA (Accord sur le Commerce des Services), Accords de Partenariat Economique (UE-CEDEAO), autant de textes inéquitables et destructeurs socialement, économiquement et écologiquement.