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Gattaz contre le FN, non merci!

Gattaz contre le FN, non merci!

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En France, ces jours-ci, c’est l’union sacrée… contre le FN ! Il y a d’abord les artistes, ce qui est plutôt habituel. Le FN ne brille pas par son programme culturel et il a laissé le souvenir, par exemple, de l’épuration des bibliothèques dans les mairies prises en 1995. Philippe Val, dans son C’était Charlie (Grasset) qui vient de paraître, rappelle ainsi que lorsqu’il avait demandé à la mairie de Toulon d’assurer sa sécurité sur un salon du livre antifasciste qui devait se tenir en ce temps-là, il s’était vu répondre par Serge de Beketch, alors responsable de la communication de la ville : « La municipalité est chargée du ramassage des ordures, pas de leur protection. » Tout cela explique aisément ce tropisme « antifasciste » même si son efficacité est souvent bien limitée.

Outre les artistes, plus surprenant quand on connaît sa prudence et sa révérence pour les autorités locales, il y a la presse régionale. La Voix du Nord a ainsi titré mardi : « Pourquoi une victoire du FN nous inquiète. » Cela fait évidemment un peu sourire jaune, y compris certains de ses journalistes. Qui a un peu lu la VDN ces dernières années sait que son traitement des faits divers tourne systématiquement à la peinture implicite d’une insécurité galopante et, comme le FN fait vendre, le journal a multiplié les publi-reportages sur le Front ou les Unes ambigües. Comme celle du 11 novembre où, sous prétexte de mettre en question une proposition de Marine Le Pen, « dénoncer et éradiquer toute immigration bactérienne » (car les migrants en plus d’être migrants sont porteurs de sales maladies, c’est bien connu), le journal l’a reprise en première page sur fond noir, faisant mine de croire qu’un certain lectorat ne verrait pas ça comme un avertissement frontiste à prendre au sérieux. Bref, on invoque quelques jours avant le scrutin le fait qu’on est un journal « issu de la résistance » comme pour se dédouaner à la dernière minute d’un quelconque rôle dans le triomphe annoncé du Front dans le Nord-Pas-de-Calais-Picardie.

Et, last, but not least, voilà Pierre Gattaz lui-même qui met en garde l’électeur citoyen. Mais il le met en garde de telle manière que cela risque bien de donner encore plus envie à certains de voter FN. En effet, que redoute-t-il dans une éventuelle victoire du Front ? Son programme économique. Et pourquoi le programme économique du Front l’inquiète aussi fort ? On vous le donne en mille : parce qu’il rappelle celui de la gauche en… 1981. Dans une région ouvrière, le programme de la gauche en 81 et sa trop courte application dans la période 81-83, c’est plutôt un bon, voire un très bon souvenir. C’est la trahison du tournant de la rigueur qui a peu à peu désespéré toute une région jusque-là indéfectiblement « socialo-communiste » : les 39 heures, la retraite à 60 ans, les lois Auroux sur les droits des travailleurs dans l’entreprise votées alors que le charismatique maire de Lille Pierre Mauroy était Premier ministre. Bref, Gattaz, consciemment ou non, est en train de dire à toute une région que le FN va leur faire retrouver le paradis perdu de ces années-là. On a vu mieux comme contre-propagande, Marine Le Pen trouvant là un appui inespéré pour insister sur le fait qu’elle est bien la candidate du « million de pauvres » d’une région sinistrée par la désindustrialisation et la mondialisation.

Plus généralement, cela prouve à quel point le patron des patrons, quand il parle de politique, est  déconnecté de la réalité. Sans doute croit-il que parce qu’il entretient d’excellentissimes relations avec Manuel Valls et Emmanuel Macron, en fait, il est de gauche… Hélas, non. On a beaucoup jasé sur le crachat de Benzema à la fin de La Marseillaise lors du match France-Angleterre. On a en revanche été d’une discrétion de violette sur la déclaration de Gattaz moins de quatre jours après les attentats, alors que le gouvernement avait annoncé à Bruxelles qu’il n’allait pas falloir trop chercher la petite bête sur la question des déficits car le pays allait soutenir un effort de sécurité et de défense sans précédent. Voilà ce qu’il avait dit textuellement alors que tous les corps n’étaient pas encore identifiés : « Il est sans doute nécessaire de renforcer les mesures de sécurité et de prévention mais il faut absolument continuer l’optimisation de la sphère publique. On ne peut pas laisser partir à vau-l’eau les dépenses publiques. » C’était parfaitement de bon ton, comme on le voit. On nous permettra de préférer, pour le coup, la déclaration de Matteo Renzi, pourtant d’un rose très pâle : « A chaque euro investi dans la sécurité doit correspondre un euro pour la culture. »

Ce qui n’est, pour le coup, ni une proposition FN, ni une proposition Medef.

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : 00731086_000005.

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Jérôme Leroy est écrivain et membre de la rédaction de Causeur. Dernier roman publié: Vivonne (La Table Ronde, 2021)

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