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Le FN face à son destin

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fn regionales philippot lepen

Fausse alerte ! Le bébé ne doit pas encore naître. Pour des raisons qui tiennent autant à la morale qu’au calcul électoral, les forces politiques établies ont, cette fois-ci, arrêté les premières poussées du FN hors de son cocon de protestation. La France a tenu bon. Mais l’échéance n’a été que repoussée.

La France s’offre un sursis. Ce sera cher payé. Elle ne peut pas refuser éternellement de voir poindre le visage de l’enfant non-désiré. Il est désormais bien établi que le FN est une des figures de la protestation en France, se nourrissant de tout le désespoir, de toute la frustration et de toute la colère qu’il trouve sur son passage: chômage de masse, immigration considérée comme incontrôlée et menaçante, sentiment d’insécurité réel ou fantasmé, contrainte européenne, etc. Bref, de tout élément rappelant au peuple que ses représentants ne maîtrisent absolument pas le destin du pays. Cet objet FN n’est pas prêt à crier famine, du moins à court terme, sauf intervention divine en faveur du pouvoir actuel.  Et il a aujourd’hui la prétention de détenir un véritable pouvoir en France. Cette prétention est sérieuse. Nul ne peut désormais imaginer un futur proche où il ne dirigerait pas ou une grande ville, ou un grand département, ou une grande région….voire même l’échelon ultime.

Seulement, personne ne sait vraiment ce qu’est le FN au pouvoir. C’est là le coût de la lutte. Qu’est-ce qui est combattu ? Un projet invisible. Parce qu’il est évident que la pratique du pouvoir modèlerait plus le FN que lui ne modèlerait le pouvoir. Les institutions de la Vème République sont trop solides pour souffrir une quelconque contestation sérieuse. Ce n’est pas Hitler face à Weimar. Philippot n’est pas Göring, Maréchal-Le Pen n’est pas Himmler. Le FN n’est pas un parti de masse, il n’a pas d’idéologie explicative du sens de l’humanité, il ne cherche pas à transformer la société par la politique. Lui trouver un programme clair, une vision bien définie de ce que doit être la France est un exercice périlleux. D’objet informe qu’il est aujourd’hui, entonnoir des protestations, le FN serait comme tiré vers la banalité par la force des institutions. Il deviendrait une instance politique ordinaire, malgré tout ce qu’il a pu charrier de détestable, devant fidéliser un électorat, établir une clientèle, se constituer un réseau d’élu et défendre son bilan. Il abandonnerait les charmes esthétiques de sa radicalité tribunitienne pour défendre son capital électoral si difficilement gagné.

L’émergence du FN est un appel profond d’une partie de la société. Justifier sa marginalisation en mettant en avant sa nocivité potentielle pour le pays n’est pas suffisant. S’il n’a pas d’idéologie, au moins le FN cristallise l’espoir d’un retour, celui de la maîtrise par la politique du destin de la France. Qu’on le veuille ou non, une partie de la France a l’espoir, peut-être illusoire, d’un retour d’un État magistral, gaulliste, père de la société et maître de l’économie. Une partie de la France souhaite qu’on lui offre une nouvelle modalité d’entrée dans la mondialisation. Elle veut le retour de la maîtrise pleine et directe de son destin dans tous les aspects de la vie en société, même dans ceux qui crispent le plus ses adversaires: le contrôle du droit d’entrer et d’établissement sur le territoire national et le pouvoir de maintien de la cohérence de la société. Cette partie de la société a le droit légitime d’avoir une force politique de réprésentation à sa mesure. Le parti-Le Pen aurait pu faire sa mue à une échelle relativement inoffensive et confortable pour l’observateur: la région. Cela ne s’est pas déroulé ainsi.

Au contraire, il est de nouveau rejeté dans sa position de protestataire, sans levier de pouvoir concret. Il est renvoyé dans ses marges et condamné à une radicalité stérile. Il est empêché de devenir ce qu’il doit être : la force représentative de ceux qui désirent contrôler sévèrement la manière dont l’immense accélération de la modernité touche le pays ; ceux qui exigent que ce qui arrive de l’extérieur doit s’adapter à l’intérieur ; ceux qui demandent avant tout à ce que l’Etat soit le protecteur de la cohérence de communauté nationale face à la formidable extension des droits individuels.

En face, les forces politiques ont sanctuarisé un bipolarisme, désormais grabataire. Aucun bloc idéologiquement cohérent, structuré et orienté ne peut se constituer. Le parti (pour l’instant imaginaire) de ceux qui veulent, plus ou moins, adapter la France aux exigences de cette accélération de la modernité, adapter l’intérieur à ce qui arrive de l’extérieur, ne peut pas élaborer de discours franc sur la destination de la France. Il ne peuvent dire authentiquement vers où ils souhaitent la mener. Les libéraux, nomination certes imparfaite (le FN ne souhaite pas, loin s’en faut, le retour à l’Ancien Régime), sont forcés à faire leur politique silencieusement, désespérant jusqu’à leurs soutiens les plus fermes. La véritable teneur des réformes est masquée. L’électeur de base ne s’attendait probablement pas à voir le libéral Emmanuel Macron comme tête de pont intellectuelle du gouvernement en votant pour un parti dit socialiste, encore marqué, malgré l’Histoire, par l’ambition archaïque de l’appropriation collective des moyens de production. Il en résulte un perte de lisibilité dangereuse pour l’électeur qui tend à intégrer profondément la vacuité de la parole politique et à croire que, finalement, la politique n’est qu’une question de gestion des affaires courantes. Or, la politique n’est pas que gestion. La politique a besoin que des conceptions radicalement différentes de ce que doit être notre pays, s’affrontent. Sans cela, elle ne peut décréter de destination claire à la France. Le risque le plus terrifiant, ici, serait que l’individu croie être le seul vecteur de l’avancée de l’Histoire, sans que l’Etat n’ait plus à s’y mêler.

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : AP21834368_000020.

Vive la droite dure!

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fn front gaucche wauquiez

Je sais que la phrase que je vais écrire pourra être retenue contre moi, surtout si on l’isole de son contexte mais enfin il faut que ça sorte. J’en arrive à trouver Nicolas Sarkozy, Marine Le Pen et Laurent Wauquiez sympathiques. Enfin, sympathique est peut-être un bien grand mot, mais je les trouve cohérents, au moins avec eux-mêmes, ce qui est un minimum et avec leurs électeurs, ce qui est plus  rare puisque les promesses, c’est bien connu dans nos post =démocraties depuis Chirac, n’engagent que ceux qui les croient. Wauquiez, MLP et Sarkozy sont de droite. Ils sont de droite dure, voire un peu plus. Et ils le disent. Ils ne trompent pas sur la marchandise, contrairement à leurs adversaires.

Les socialistes, par exemple, ne sont plus socialistes depuis belle lurette, disons le virage de la rigueur en 83. On dit qu’ils sont devenus sociaux-démocrates, ce qui est un abus de langage. La social-démocratie avait encore l’intention de changer un peu la vie en encadrant sévèrement le capitalisme et en redistribuant les profits pour éviter que ne se creusent les inégalités. Désormais, pour eux, il ne s’agit même plus de contrer le libéralisme, mais de l’accompagner, de lui faciliter la vie et de gommer, quand c’est possible, c’est-à-dire pas très souvent, quelques aspects trop criants de ce réaménagement total de nos vies sous le signe de la concurrence libre et non faussée, de la responsabilité, de la précarité repeinte aux couleurs de l’autonomie nomade, façon auto-entrepreneur.

Et encore, s’il n’y avait que les socialistes. Mais il y a le centre. Le centre, en France, c’est un peu comme Dieu dans sa création : il est présent partout même si on ne le voit nulle part. Croire qu’il est circonscrit à l’UDI serait une erreur. Le centre recouvre un prisme très large qui va de Juppé à Cambadélis, en passant par NKM, Valls ou même François Hollande. La différence entre les centristes et les socialistes est assez simple, en fait : un jour lointain, les socialistes ont été de gauche tandis que les centristes ont toujours été centristes.

Comment s’étonner, dans un tel contexte, que tous ces gens traumatisés par 6, 8 millions d’électeurs FN veuillent se faire des mamours en parlant de Front républicain à toutes les sauces? Raffarin veut que tout ce gentil monde se mette autour d’une table et fasse de gentilles propositions pour lutter contre le chômage en cassant le code du travail, par exemple. Ou alors c’est Xavier Bertrand, touché par la Grâce depuis qu’il est devenu président de région avec des voix de gauche, qui rencontre François Hollande à Neuville Saint-Vaast (Pas de Calais) pour rentre hommage aux soldats allemands, français et anglais qui fraternisèrent à Noël 14 entre deux carnages. Le symbole est lourdingue, en plus il indique bien les rapports défaitistes et masochistes que l’on entretient avec notre histoire. On ne parlera plus de la guerre que pour en souligner l’absurdité, la même absurdité sans doute qui force des gens aussi responsables et courtois que les socialistes, les centristes et la droite modérée à se détester alors qu’ils pensent la même chose, en fait. C’est la revanche tardive de Giscard qui rêvait, en son temps de rassembler deux français sur trois sous le signe du libéralisme avancé. Je ne sais pas si cette mollesse dangereuse est due au climat particulièrement douceâtre pour la saison, mais c’est franchement étouffant, cette guimauve de la réconciliation.

Heureusement, Marine Le Pen, Wauquiez et Sarkozy ne tombent pas dans ce piège-là. Ils nous rappellent que la politique, c’est moche, c’est violent, c’est machiavélien, c’est méchant. On ne va pas faire semblant de s’aimer alors que ce qu’on veut c’est le pouvoir. Si on est un grand homme, on veut le pouvoir pour changer la société et si on est moins grand, on veut le pouvoir, parce que le pouvoir, c’est jouissif. Alors Marine Le Pen, Wauquiez et Sarkozy cognent. On compare Marine Le Pen à Daech, elle twitte des photos de décapitations. C’est dégueulasse ? Pas plus que cette comparaison et dieu sait que je n’aime pas le FN. Sarkozy recommande le ni-ni et vire NKM qui dit le contraire ? Il est chef  de parti et un chef de parti n’est plus un chef s’il ne sait plus  donner la punition. Quant à Wauquiez, lui, il n’a pas hésité à diffuser des tracts pendant sa campagne qui étaient de purs démarquages de ceux du FN ? Et alors, ce qui compte, en politique, c’est de gagner.  Les belles défaites sont vite oubliées tandis qu’un vainqueur détestable reste un vainqueur. C’est en ce sens qu’un Jean-Pierre Masseret, pourtant socialiste, en se maintenant au second tour au risque de faire passer Philippot a bien eu raison : il continuait à faire de la politique, pas de la morale.

C’est dégoûtant ? Ça encourage l’abstention ? Et alors, les hommes politiques conséquents savent qu’un abstentionniste a au moins un avantage, et pas des moindres,  il ne vote pas contre eux. Et c’est bien le problème de mon camp, la gauche de la gauche, ces temps-ci : elle est inaudible parce qu’elle n’est pas assez méchante, au fond. Il est temps pour nous, camarades,  en vérité, je vous le dis, de remettre le couteau entre les dents. Comme ceux d’en face.

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : 00734380_000006.

Tais-toi et tombe les filles!

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science bavardage virilité

Je sais que je me fais du mal, mais je lis L’Obs. Par fidélité, par habitude, par reconductions automatiques des abonnements, il est dans le paysage familial depuis toujours. Il y a des familles Renault, d’autres Citroën, nous, nous étions Nouvel Obs. Aujourd’hui, tout le monde a quitté la maison, il reste seul avec ma mère, et comme un vieux mari, il n’a plus besoin d’être à la hauteur pour rester à sa place. Plus personne ne regarde la concurrence, ne se demande s’il convient encore, s’il a gardé toute sa tête. Sauf moi. Forcément, personne ne le lit, le pauvre vieux, sauf moi.

Alors régulièrement, je m’énerve[access capability= »lire_inedits »], je somme ma mère de se désabonner dans l’heure, je lui rédigerais au besoin la lettre de protestation ad hoc : « Maman, tu ne vois pas ce que c’est devenu ? Jean Daniel est hors service et chez eux, c’est la jeunesse qui est un naufrage ! »

Mais ma mère ne veut rien savoir : « Fous-moi la paix, c’est mon journal. Ne le lis pas ! Qu’est-ce que tu m’emmerdes ? » Alors forcément, je surenchéris : « Tu ne comprends donc pas qu’aujourd’hui toute prise de distance avec Finkielkraut est une bêtise ou une lâcheté ? As-tu seulement lu cet article d’Aude Lancelin, ses procès d’intentions, ses insinuations minables ? Je te préviens, c’est lui ou moi. »

Je m’emporte, elle me montre la porte, elle décroche et ne m’écoute plus, et tandis que je déroule mon réquisitoire, mon esprit s’échappe. Je revois Bruce Lee dans la Fureur de vaincre, quand il refroidit à mains nues les assassins de son maître en poussant des cris de chat sauvage, puis je me dis que c’est peut-être excitant d’être couvert de boue par une blonde, mais seulement dans un sketch d’Élie Semoun. Sinon, c’est franchement dégueulasse. Je continue à brailler, je suis un peu amer. Malgré tout le mal que je me donne, je n’ai jamais été référencé comme facho dans les papiers de Renaud Dély. Pas une fois je ne me suis trouvé dans une liste ou dans une rafle. Forcément, il n’y en a que pour les stars, toujours les mêmes, les Lévy, les Zemmour, les Finkielkraut. Et pour les petites mains du néofascisme, les sans-grades de l’extrême droitisation, le lumpenprolétariat de la pensée nauséabonde ? Rien, que dalle. Et ces gens-là se disent de gauche !

Malgré mes tempêtes, ma mère est restée abonnée. Le dossier sur les Klarsfeld lui a plu, n’en parlons plus. Alors, quand je vais aux toilettes, je le lis. C’est ça ou le livre des Klarsfeld. Je commence par le dossier aux rubriques tourisme, gastronomie ou science. J’y ai trouvé dernièrement une petite information tout à fait à mon goût que je colporte depuis, en fanfaronnant. Des chercheurs ont découvert que « l’augmentation de testostérone diminue la fluidité verbale ». Quelle trouvaille ! Quel soulagement ! Quelle revanche ! Donc, les hommes à haute teneur en hormones mâles seraient, par nature, réduits au silence. Ainsi, les taiseux, les taciturnes, ceux qui ne parlent pas seulement à bon escient mais en dernier recours et en cas d’extrême urgence ne seraient pas affligés d’un handicap mais doués d’un super-pouvoir. Sur les femmes. À l’inverse, on pourrait reconnaître les « mecs » chargés en hormones gonzesses par leur incontinence verbale, leur débit assommant, leur manie du bavardage, leur aptitude à tenir les crachoirs sans jamais les lâcher.

J’aime quand les sciences dures viennent confirmer des intuitions profondes, des convictions restées jusqu’à ce jour sans fondements et sans preuves, mais pas sans exemples. En fait, je l’ai toujours su, vaguement mais sûrement, depuis que, pour me trouver des modèles, j’ai commencé à comparer Charles Bronson à Karl Lagerfeld et Clint Eastwood à Jean-Paul Gaultier. Depuis cette révélation, cette confirmation, je revisite l’histoire et l’actualité à l’aune de cette fabuleuse découverte.

Des Zaza Napoli, les tribuns, les hâbleurs et les bonimenteurs, les habitués des estrades et des micros, les Hitler et les Mussolini ? Et Fidel Castro, maricón maximo, comme on dit là-bas ? Et qu’en est-il des avocats, baveux en robes, le verbe haut et la queue basse, voués à gagner leur croûte en cherchant notre pitié pour des crapules. Vénalité et compassion : des trucs de gonzesses, ou je ne m’y connais pas. Et tous ceux qui, sans relâche, déblatèrent sur le Net, ceux qui l’ouvrent sans jamais la fermer, comme des robinets cassés, qui nous inondent de paroles tant qu’à la fin qu’ils nous les brisent. Une fiotte, Alain Soral ? Il est vrai que je l’ai parfois confondu avec Paris Hilton

Alors Mesdames, qui vous plaignez de nos mutismes, de nos replis et de nos ermitages, de nous autres qui ne parlons pas sous la torture, même conjugale, et qui défendons notre droit de garder le silence après l’amour, échangeriez-vous votre ours contre un rossignol ou un perroquet, avec tout ce que cela implique ? Et vous Messieurs, qui affûtez vos langues bien pendues, qui salivez pour me répondre, pour m’ensevelir sous des flots d’éloquence, allez-y, sans retenue, vos femmes vous écoutent. Et nous regardent.[/access]

*Photo : © Rue des Archives/Collection CSFF.

Football: les Chinois à Sochaux

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sochaux ledus bonal

Nous aurions voulu avoir tort, il y a six mois, lorsque nous nous inquiétions de la vente du FC Sochaux à l’entreprise hong-kongaise Ledus. Nous y avions diagnostiqué une volonté du propriétaire Peugeot de bazarder l’un des joyaux historiques de l’entreprise et de la région, une volonté cynique de couper le cordon entre le constructeur automobile et le Pays de Montbéliard. Six mois plus tard, on ne trouve d’ailleurs plus aucune trace du club local dans le Musée Peugeot de Montbéliard. Comme s’il avait fallu faire absolument table rase du passé.

Le destin du FC Sochaux-Montbéliard repose maintenant sur les épaules de Wing-Sang Li. Le patron de Ledus a aussi pris la présidence du club. Il a engagé au mois d’août un directeur général suisse, Ilja Kenzig, qui a eu des fonctions dans différents clubs professionnels helvétiques et allemands. C’est peu dire que Monsieur Li a pu décontenancer les supporteurs locaux, mais aussi les joueurs et le personnel du club aux 66 saisons dans l’élite du football français. De l’amusement, on est passé en quelques mois à la consternation. Le projet sportif du club n’a pas encore été présenté. Envoyé par Ilja Kenzig à Wing-Sang Li il y a déjà deux mois, ce dernier n’a pas encore été validé. On peut même se demander si Li l’a simplement lu.

Disons-le tout net : monsieur Li s’est acheté une danseuse. Et comme il ne connaît rien au football, et que son équipe danse plutôt mal (18e au classement de Ligue 2, ce que je n’avais jamais connu de mon vivant), il tente de faire le spectacle lui-même. C’est ainsi que lors d’une défaite contre Bourg-en-Bresse, il est allé s’agenouiller devant les supporteurs sochaliens pour leur demander pardon. Lors de la première victoire sochalienne en championnat –il a fallu attendre le 2 octobre contre Valenciennes -, il était tellement content que tous les clients de la pizzeria (dont j’étais), où il s’est restauré après le match, ont eu droit à leur coupe de champagne. À Nîmes, il a participé –en complet veston- au décrassage d’après-match. Après la qualification contre Strasbourg en… 128/e de finales de la coupe de France, il a fait le tour d’honneur avec les joueurs avec le même enthousiasme que Bernard Tapie après avoir gagné la Ligue des Champions. On attend, sans impatience, qu’il dérobe le costume de la mascotte locale – le fameux Sochalion– afin d’assurer le spectacle à la mi-temps des matches à Bonal. En revanche, il a retardé d’un mois l’éviction de l’entraîneur Olivier Echouafni, perdant des points précieux, avant de de se résoudre à écouter les conseils de Kaenzig.

Depuis l’arrivée du nouveau coach Albert Cartier, les résultats sont moins mauvais et l’équipe ressemble davantage à une équipe, et cela semble suffire à Monsieur Li. Pour le recrutement en janvier, afin de maintenir le club en Ligue 2 –on en est désormais là-, on craint son manque de réactivité. À vrai dire, il n’est pas pressé de mettre la main au porte-feuilles. Autre motif d’inquiétude, Wing-Sang Li semble se faire conseiller par des néophytes. C’est ainsi qu’on voit de plus en plus, dans les coulisses  et jusque dans la tribune présidentielle, les fameux intermédiaires mulhousiens qui lui avaient permis d’acheter le club en mai dernier. Thomas Lichtenauer, représentant de Ledus-France et ancien marchand de meubles, et Mounir Jawhar, ancien agent de joueurs, ne se cachent désormais plus et ont emporté dans leurs bagages d’autres personnalités peu engageantes, comme Mickaël Gerber, viré avec pertes et fracas par le président du club de Colmar qui en avait fait son conseiller. Et on craint également de voir réapparaître Jean-Luc Witzel qui faisait partie de l’escouade ayant précipité le dépôt de bilan du Racing Club de Strasbourg. Non seulement, Monsieur Li ne connaît rien au foot et souhaite contrôler tout ce que fait le directeur général qu’il a pourtant engagé, mais il prête l’oreille à des gens qui n’ont, au mieux, aucune connaissance en matière de football. C’est ainsi que Bernard Maraval, responsable du recrutement et historique du club, vient d’être licencié, sans doute sur les conseils du duo Jawhar-Lichtenauer.

Du côté des supporteurs, l’inquiétude est de mise. Gageons que l’officialisation de l’entrée Mounir Jawhar dans l’organigramme du club pourrait jeter le feu aux poudres dans les tribunes de Bonal. Une véritable crise avec les supporteurs, monsieur Li ne sait pas encore ce que c’est. Pas sûr que ses guignolades sur la pelouse permettent de l’éviter.

*Photo: wikicommons.

A-t-on le droit de critiquer Tariq Ramadan?

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GIlles Clavreul Tariq Ramadan racisme

Gilles Clavreul, préfet et Délégué interministériel à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme (Dilcra), est un drôle de loustic. Figurez-vous qu’il passe son temps à lutter contre le racisme ET l’antisémitisme, plutôt que de lutter, façon Mrap, contre le racisme ET le racisme, traduisez contre l’« islamophobie » ET l’« islamophobie ».

Pour avoir une idée des combats tous azimuts de ce bonhomme, pas besoin d’envoyer un hacker pirater l’agenda de son iPod : en haut fonctionnaire consciencieux, mais moderne, il rend compte régulièrement de ses activités sur sa page Facebook, où il commente aussi volontiers l’actu de sa zone de chalandise. Voyons voir.

Le 27 novembre, Gilles Clavreul exprime ses inquiétudes face aux actes racistes antimusulmans suite aux attentats du 13 novembre : « 35 actes et menaces ont été recensées en France métropolitaine, hors périmètre préfecture de police, depuis deux semaines. C’est beaucoup, c’est trop, et cela appelle des sanctions exemplaires, telle que celle prononcée en milieu de semaine contre des individus liés à l’extrême-droite qui ont fait feu sur un kebab à Avranches et ont été condamnés à un an de prison ferme. » Dans la foulée, il se félicite que « ce chiffre de 35 actes et menaces doit être rapporté aux 116 faits recensés, sur une même période et un même périmètre, après les attentats de janvier. (…) En somme, la France ne tombe pas dans le piège de la guerre civile où les terroristes rêvaient de nous entraîner. »

Le 29 novembre, Gilles Clavreul prend la parole lors du rassemblement organisé à l’institut du monde arabe par le Conseil français du culte musulman (CFCM). Sur sa page Facebook, il félicite le CFCM et son nouveau président, Anouar Kbibech, pour avoir lancé « un manifeste citoyen » afin de « rappeler solennellement l’attachement des citoyens français de confession musulmane aux valeurs de la République et la condamnation totale du terrorisme ».

Le 6 décembre, au soir du premier tour des régionales, Gilles Clavreul félicite Roland Ries, le maire socialiste de Strasbourg, pour avoir appelé, sans attendre la position officielle du PS,  à faire barrage à Florian Philippot, donc à voter LR au second tour.

Le 8 décembre, le même préfet remet grave à leur place les deux ou trois raclures qui ont osé huer, dans une salle du Palais-Bourbon, pour cause de port du voile, Latifa Ibn Ziaten, mère d’Imad ibn Ziaten, sous-officier para assassiné par Mohamed Merah. Le commentaire de Gilles Clavreul : « Si je me joins à ceux qui se sont indignés à juste titre de ces comportements minables, c’est aussi pour leur rappeler que la courageuse, l’admirable Latifa a aussi été moquée, conspuée et menacée, bien plus souvent et bien plus gravement, pour avoir dénoncé le terrorisme, le fanatisme, le djihadisme, et plus encore, pour avoir parlé de paix et de fraternité, notamment en ma présence il y a six mois, à l’école Or Torah de Toulouse, avec des jeunes juifs. »

Dans un  registre assez proche, le lendemain 9 décembre, alors que le 110e anniversaire de la loi de 1905 semble avoir survolté quelques-uns de mes camarades que je taquine volontiers en les traitant « d’intégristes laïcs », Gilles Clavreul met les points sur les i, en rappelant, avec ses mots à lui, que le trop est parfois l’ennemi du bien : « Je juge inopérante, déclare-t-il, voire dangereuse, la formule « laïcité de combat ». Mais je crois plus que jamais nécessaire le combat pour la laïcité. »

Cette recension n’est pas exhaustive, je vous passe notamment la longue liste des déplacements de Clavreul dans une syna en compagnie d’un imam et d’un curé, dans une mosquée flanqué d’un curé et d’un rabbin ou dans une église aux côtés d’un imam et d’un rabbin. Je dois à la vérité de dire que je n’ai rien trouvé d’aussi compassionnel concernant les chamanistes ou les adventistes, mais je n’ai sans doute pas assez bien disséqué sa page Facebook.

Donc voilà deux ou trois choses que je peux vous dire sur le combat quotidien du préfet Clavreul. Et voilà pourquoi j’ai été sidéré par la campagne déclenchée hier l’accusant d’« islamophobie ». Tout commence avec un texte sur le fameux meeting de Saint-Denis, publié sur sa page Facebook après le second tour, dans le souci, semble-t-il, de ne pas prendre part à la polémique avant le scrutin. Il y fustige « l’offensive antirépublicaine menée par Tariq Ramadan, le Parti des Indigènes et un certain nombre de collectifs anti-démocratiques, racistes et antisémites vendredi soir à Saint-Denis, avec le concours ou la bienveillance de certaines organisations d’extrême-gauche ».

Après quoi le même Clavreul aggrave son cas en expliquant le pourquoi du comment : « Sous couleur d’un antiracisme perverti, cette offensive vise uniquement à légitimer l’islamisme, à défendre des prédicateurs fondamentalistes et à piéger la jeunesse des quartiers dans une radicalité sans issue. La xénophobie, les discriminations, le rejet dont sont victimes les jeunes Français des quartiers populaires sont un sujet trop grave, bien trop grave pour laisser faire cette instrumentalisation pernicieuse. Leur but est clair : faire monter l’extrême-droite, culpabiliser les républicains et enfermer la jeunesse des quartiers populaires dans une opposition culturelle à leur propre pays. »

Il se trouve que ce franc-parler, s’il en a réjoui beaucoup, n’a pas séduit tout le monde. La Ligue des Droits de l’Homme, que Clavreul n’avait pourtant pas attaquée dans son texte, réclame des excuses dans une missive aussi comminatoire que grotesque. On aurait pu croire que la LDH enverrait un courrier furibard à son ancien président, Michel Tubiana, pour avoir pris la parole à Saint-Denis aux côtés de gens et d’organismes un rien douteux. Mais non, la LDH préfère exiger la tête du lanceur d’alerte. Fondée pour défendre l’honneur du capitaine Dreyfus, la Ligue défend aujourd’hui celui de Tariq Ramadan. Le niveau monte…

Depuis, ce lobbying anti Clavreul a été relayé par nombre d’organes de presse. Sans surprise, Libé a tiré en premier, suivi de peu par le site des soraliens d’E&R, puis par l’Huma, Médiapart, Politis et même par l’Express qui dans un long papier non signé, s’indigne tout en finesse : « Le délégué interministériel à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme s’est fait une spécialité de dénoncer les antiracistes. » Je sais bien que Drahi et Barbier serrent les cordons de la bourse. Je préfère donc penser que cette ignominie a été rédigée par un des nombreux robots-rédacteurs qui envahissent de plus en plus de journaux.

Un petit quizz, pour finir : saurez-vous attribuer au bon média le titre de son papier anti-Clavreul ?

Média A : Libé
Média B : l’Huma
Média C : Egalité & Réconciliation

Titre 1 : Gilles Clavreul, le délégué antiraciste qui n’aime pas certains antiracistes
Titre 2 : Gilles Clavreul suscite la colère des militants antiracistes
Titre 3 : Gilles Clavreul, militant nanti-raciste

Je sais que vous allez penser que ce n’est pas évident de choisir entre Libé et l’Huma pour les titres 1 et 2, mais que le titre 3, où l’on qualifie Clavreul de « nanti » et de « raciste » provient de toute évidence des camarades d’Alain Soral.

Ben non,  vous avez tout faux, ce titre provient de l’Huma. Vous savez, ce quotidien qui se proclame fièrement, chaque jour, en Une : « Journal fondé par Jean Jaurès »

Gilles Clavreul L'Humanité

Laïcité à l’université: Bisounours is back!

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islam laïcité université

L’Observatoire de la laïcité, le « machin » dirigé par Jean-Louis Bianco, après une pleine année d’auditions diverses de responsables bien-pensants et de syndicats ejusdem farinae, a rendu son avis sur les menaces pesant sur la laïcité à l’université.
Je résume : il n’y a pas de menace. Ni réelle, ni fantôme.
Après un long rappel historique de la loi de 1905, le rapport conclut :

« La plupart des auditionnés ont rappelé le caractère « isolé », « marginal » et « sporadique » des incidents impliquant la question plus globale du fait religieux au sein de l’enseignement supérieur public. Il est apparu que, dans chacun des cas mentionnés, une issue a pu être trouvée par le dialogue ou en faisant référence au règlement intérieur (…) Les auditions et les réponses aux questionnaires ont ainsi révélé une situation globale respectueuse de la laïcité (…) La plupart des auditionnés ont, en revanche, souligné et critiqué le traitement médiatique des rares incidents existants : « Cette question a surgi dans la sphère publique à l’occasion d’incidents sporadiques mais fortement médiatisés dans un registre du fait divers à sensation et avec une iconographie qui présente les évènements de façon stéréotypée. » »

Dégagez, il n’y a rien à voir.
Ça valait le coup de s’interroger. Vraiment.
L’Observatoire a ainsi demandé son avis qualifié au Président de la Conférence des Présidents — Jean-Loup Salzmann, le type qui essaie depuis deux ans de dégommer Samuel Mayol à Paris-XIII et traite de billevesées l’emprise constatée par une commission indépendante des intégristes sur cette fac. Il fera un super-recteur de super-région tout à fait convenable.

Le Comité Laïcité République, par la plume de Jean Glavany (député PS des Hautes-Pyrénées), Patrick Kessel (ex-Grand Maître du Grand Orient) et Françoise Laborde (sénatrice PRG de Haute-Garonne), a réagi immédiatement à cette coulée de lubrifiant.

« Nous devons constater que, si l’avis de l’Observatoire prétend le contraire, ce dernier a consulté le Président des Universités mais en aucune sorte les professeurs et ceux qui auraient pu témoigner de situations dégradées dans les établissements où ils travaillent. C’est le cas en particulier de Samuel Mayol, président de l’IUT de St Denis. Il en résulte que les difficultés rencontrées sont minimisées. »

Et de se référer au constat beaucoup plus alarmant réalisé dès 2013 par le Haut Conseil à l’Intégration (dissous depuis par Jean-Marc Ayrault dans une splendide illustration de la vieille technique de la poussière sous le tapis). Il aurait aussi bien pu citer un (bon) article du Monde sur le sujet, où un simple journaliste, sans les énormes moyens du « machin » gouvernemental, dressait en mars dernier un constat tout aussi accablant — et accablé.
Et de conclure :
« Le déni n’est pas la réponse appropriée face à la nouvelle poussée de l’extrême droite qui se nourrit des dégâts occasionnés par les communautarismes, dégâts que ressentent les citoyens sur le terrain avec le sentiment d’être abandonnés. »
Mais, chers amis du Comité, le déni est la parade universelle de ce gouvernement. Que conclut Cambadélis de Régionales marquées par la montée du vote FN et le rejet de la politique gouvernementale ? Un tweet enthousiaste le résume :

tweet PS

C’est comme dans le Malade imaginaire : « Le déni, le déni, vous dis-je… » La politique de « refondation de l’école » a valu au PS des centaines de milliers de votes nuls — ou franchement hostiles — de la part de centaines de milliers d’enseignants, y compris dans des régions stratégiques comme l’Ile-de-France. La politique macronienne lui a valu des millions de voix déplacées sur la droite la plus extrême. Quant aux régions, ma foi, ils ont payé pour voir. Mais rue de Solférino, tout va très bien, madame la marquise.

Soyons sérieux. La loi de 1905 prononçait la séparation de l’Eglise (catholique, essentiellement) et de l’Etat. De l’islam, à l’époque, pas de nouvelles.
Mais face à une religion expansionniste, colonisatrice, impérialiste, sûre d’elle et dominatrice, et génératrice d’horreurs, face à un extrémisme qui en a fait une machine de guerre, peut-être faudrait-il toiletter la loi, répondre par la guerre à la guerre, et cesser de… se voiler la face. Je me fiche pas mal de ce que les gens pensent ou de ce à quoi ils croient — en leur for intérieur, et chez eux. Il en est de la religion comme des pratiques sexuelles — ça ne devrait jamais intervenir dans l’espace public. Ou alors, c’est que l’on tient à faire du prosélytisme — et ça, c’est interdit, ou ça devrait l’être.

*Photo : Pixabay.com.

Yémen: la guerre sans fin

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yemen houthis arabie saoudite

Si vous pensez l’Orient compliqué avec ses chrétiens monophysites, ses druzes et ses alaouites, c’est que vous n’avez jamais consulté un atlas du Yémen, pays éclaté en une myriade de tribus, de clans et de mouvements rebelles dont les allégeances locales s’avèrent difficilement réductibles aux grilles de lectures traditionnelles (atlantistes/prosoviétiques hier, sunnites/chiites aujourd’hui). L’histoire que je vais vous raconter commence au début des années 2000, mais j’aurai tout aussi bien pu la faire démarrer à l’unification – incomplète – du Yémen en 1990, voire une trentaine d’années plus tôt (cf. encadré).

« Allahou Akbar, mort à l’Amérique, mort à Israël, honte aux juifs, victoire à l’islam ! » Les combattants zaydites d’Ansar Allah scandent ce slogan belliqueux tandis que le gouvernement de Sanaa s’engage officiellement aux côtés de l’administration Bush dans la guerre contre le terrorisme[1. En octobre 2000, une attaque-suicide d’Al-Qaïda contre le destroyer américain USS Cole a provoqué 17 morts dans le port d’Aden.]. Exaspéré par l’anti-impérialisme virulent de ses opposants zaydites, un courant théologique assimilé au chiisme, et bien qu’issu de leur communauté, le président Ali Abdallah Saleh joue la politique du pire en les bombardant, tout en soutenant leurs adversaires salafistes. S’ensuit une guerre de six ans (2004-2009) entre le pouvoir central basé à Sanaa et le fief zaydite de Saada, au prix de 10 000 morts et 200 000 déplacés.

Cinq ans plus tard, en septembre 2014, ces mêmes rebelles, également appelés Houthis en raison du patronyme de leur chef, prennent la capitale Sanaa avec l’appui des forces fidèles au désormais ex-président Saleh. Comment un tel renversement d’alliance a-t-il pu s’opérer?[access capability= »lire_inedits »]

Pour le comprendre, il faut remonter au soulèvement pacifique de l’hiver 2011, dans la foulée des « printemps arabes » qui auront raison de Ben Ali et Moubarak. À Sanaa, sur la place du Changement, le « Tahrir » yéménite, de jeunes citoyens réclament le départ du satrape Saleh, en place depuis plus de trente ans. Le 2 juin 2011, Saleh est blessé à la tête dans le bombardement du palais présidentiel par un groupe tribal d’opposition. La mobilisation prend de l’ampleur et contraint l’exécutif à négocier avec une coalition hétéroclite que domine le mouvement Al-Islah (« La Réforme ») réunissant Frères musulmans et tribus conservatrices.

Un accord de transition est signé à Riyad sous l’égide du Conseil de coopération du Golfe, en vertu duquel Saleh cède les rênes du pouvoir à son vice-président Abd Rabbo Mansour Hadi – élu chef d’État pour deux ans en février 2012 avec 99,8 % des voix dans un scrutin « démocratique » à candidat unique ! En contrepartie, le dirigeant déchu bénéficie d’un exil doré aux États-Unis, avec immunité judiciaire à la clé. Si un gouvernement d’unité nationale est rapidement formé, Al-Islah s’approprie en sous-main l’essentiel des leviers du pouvoir tandis que le président Hadi peine à exercer son autorité, une grande partie de l’appareil sécuritaire, dont la Garde républicaine, restant fidèle à son prédécesseur. Tapie dans l’ombre, Al-Qaïda dans la Péninsule arabique (AQPA), jadis centre de formation des frères Kouachi, profite du chaos ambiant pour s’emparer de plusieurs villes du Sud, dont elle sera délogée manu militari avant de se replier dans les campagnes environnantes.

Afin de tracer une feuille de route politique pour le Yémen, les Nations unies soutiennent la réunion d’une conférence de dialogue national de mars à décembre 2013. Le parti Islah joue pleinement le jeu démocratique, du fait de l’affaiblissement des Frères musulmans dans la région depuis l’arrestation du président égyptien Morsi en juillet. Mais les indépendantistes du Sud et le mouvement houthi boycottent le dialogue national, dont le bilan se réduit à une litanie de vœux pieux (future Constitution, fédéralisation, compensations financières au Sud marginalisé, etc.).

Quelques mois plus tard, le cycle des affrontements entre le régime de Sanaa et la rébellion houthie reprend de plus belle. Il suffit que le gouvernement annonce la fin des subventions sur les produits pétroliers pour que le prix de l’essence double. Gonflé à bloc par la grogne de la population, le mouvement zaydite marche sur la capitale qu’il reprend aux autorités le 21 septembre 2014. Bien au-delà de leur représentativité confessionnelle – seuls 45 % des Yéménites se rattachent au zaydisme –, les Houthis surfent sur les frustrations populaires. « Ils expriment un sentiment d’ostracisme qui a monté progressivement depuis la révolution républicaine de 1962 ayant mis fin à un imamat zaydite de mille ans au Nord-Yémen. Le long mandat autoritaire et hypercentraliste de Saleh a renforcé ce sentiment, d’ailleurs partagé par le sud du pays », analyse le géographe Roman Stadnicki, maître de conférences à l’université de Tours. Dans une alliance de revers, Saleh a paradoxalement ouvert la route de Sanaa aux Houthis en appelant les unités militaires qui lui étaient restées fidèles à faire défection de l’armée régulière pour offrir la ville à la guérilla zaydite. Cerné, le Président Hadi a dû s’exiler vers Aden. À défaut de pouvoir reprendre la main, l’ancienne bête noire d’Ansar Allah démontre ainsi sa capacité de nuisance.

D’une seule voix, les puissances sunnites du Golfe dénoncent l’appui logistique iranien – plus important que ce que Téhéran veut bien admettre mais largement inférieur à ce que prétend Riyad – à la rébellion zaydite. En mars 2015, le nouveau roi d’Arabie, Salman, frappe un grand coup en déclenchant l’opération « Tempête de la fermeté » en appui de l’armée régulière yéménite. Selon l’universitaire Fatiha Dazi-Héni, l’offensive saoudienne au Yémen vise non seulement à endiguer l’influence iranienne dans la région mais permet en outre « au fils préféré du nouveau roi, Mohammed bin Salman, nommé ministre de la Défense, de profiter du sentiment fédérateur […] de se propulser en chef de guerre alors même qu’il n’a aucune expérience militaire »[2. « L’intervention militaire saoudienne en plein imbroglio yéménite », Diplomatie no 76, septembre-octobre 2015.].

Aidées par une vaste coalition de pays arabes sunnites, dont le Qatar qui a déployé un millier d’hommes au sol, deux cents blindés et une trentaine d’hélicoptères (du jamais vu !), les troupes loyalistes du président Hadi n’ont pu reconquérir la capitale malgré leur alliance tacite avec certaines milices djihadistes. Au prix de 5 600 morts, majoritairement des civils, la guerre menée par l’Arabie Saoudite vire progressivement au bourbier. D’autant que l’émergence récente de l’État islamique au Yémen et la mainmise d’Al-Qaida sur des pans entiers du Sud-Est renforcent l’intransigeance des Houthis. Arc-boutés sur leurs revendications (renversement du président Hadi, nouvelle Constitution), ces derniers se rêvent en Hezbollah yéménite, dépassant les attentes d’un régime iranien concentré sur son pré carré syro-libanais.

À la périphérie d’un arc de crises qui s’étend du Mali à l’Afghanistan, l’Arabie malheureuse n’est décidément pas sortie de l’auberge.[/access]

Yémen : l’impossible dialogue Nord-Sud 

1517-1918 : Domination ottomane sur le nord du pays.

1839-1967 : Colonisation britannique du sud du Yémen, autour d’Aden.

1962 : Au nord, abolition du royaume du Yémen, fin de l’imamat zaydite et création de la république arabe du Yémen, alliée des États-Unis.

1967 : Création de la république démocratique populaire du Yémen, proche de l’URSS.

1990 : Unification des deux Yémen sous la présidence d’Ali Abdallah Saleh.

1994 : Marginalisé, le Sud tente de faire sécession. Entre 7 000 et 10 000 civils meurent dans la répression de ce mouvement.

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : AP21834697_000001.

Un barrage contre l’Antarctique

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Régionales FN Présidentielle 2017

Il fallait vraiment appartenir à un des derniers peuples fourrageurs de la terre (sur une île isolée, au cœur d’une forêt primaire ou d’une étendue glacée, j’ai vérifié) pour être étonné par les résultats du premier tour des élections régionales. Et sans verser dans le sophisme moqueur pour les Diafoirus qui pansent et soignent le corps malade de la France lepenisée, j’ai dû en conclure en écoutant et lisant les réactions au soir du premier tour que la France était soit une île isolée, soit une forêt primaire, soit une étendue glacée. Ce qui la rattache mécaniquement à l’Antarctique, qui est une grosse île isolée sur laquelle une forêt primaire est prise sous deux kilomètres de glaces. Et après tout, pourquoi pas ? Si on déménageait la France en Antarctique, nous serions tous des immigrés et des colons, ça règlerait au moins le problème sémantique entre toutes ces France qui se regardent en chien de faïence et s’accusent mutuellement d’immigrationisme et de néo-colonialisme.

Mais la France n’ayant pas les moyens géologiques de se décrocher de l’Eurasie et de filer plein sud en enjambant le gulfstream pour aller « faire Antarctique » entre immigrés-colons réconciliés, nous nous retrouvons avec les mêmes problèmes qu’avant les élections. Une France totalement à cran mais encore polie, au bord de l’explosion mais dans la retenue pour l’instant, réagissant avec les éléments de dignité qu’on lui laisse : le vote ou l’absence de vote. Et on doit malheureusement entériner un fait : le vote révolutionnaire, en forme de doigt levé convaincu et réfléchi, majoritaire chez les ouvriers, les jeunes et les employés, c’est le vote Front national. Enraciné, profond, durable. Un vote d’adhésion. Un vote de classe. Du 13 novembre au 6 décembre, en quelque sorte, nous avons pris conscience que nous étions pris en otage entre l’Etat islamique et la clique frontiste.

Le soufflet passé, on est entré dans la semaine de « barrage » où chacun y est allé de sa truelle pour édifier en état d’urgence ce fameux rempart de plus en plus friable à chaque élection qui passe, évitant la vague de boue qui aurait fait mauvais genre. Hollande, très chiraquien, a imposé à ses troupes un sabordage là où la vague semblait trop forte. Sur la côte d’Opale et la côte d’Azur, les Le Pen ont buté sur un banc de sable. Débarquement manqué, pour cette fois. Un drôle de personnage a pointé sa trombine dans l’histoire de France, Jean-Pierre Masseret, qui a refusé l’ordre présidentiel de se démettre sans pour autant soumettre l’Alsace-Lorraine-Champagne-Ardenne au Front national. La gauche en fera ce qu’elle veut, mais c’est une leçon. Sarkozy a fait le mal élevé, comme d’habitude, mettant un trait d’égalité entre le Front national et le Parti socialiste, tout à la poursuite de sa stratégie buissonnière.

N’aurait été la froide et ridicule décision de la gauche en Ile-de-France de tenter de réduire son adversaire à une candidature de ghetto ethnique – « Valérie Pécresse, c’est Versailles, Neuilly et la race blanche » – la société des partis républicains s’en serait tirée cabossée mais sans tâche. Peut-être même la gauche serait-elle passée dans la région capitale. Je n’ai pas de statistique assez fiable sous la main pour savoir à quel point cette sortie sans gêne a tué le match, mais mon petit baromètre personnel m’en donne une idée. Une petite foule d’amis de gauche m’a bombardé de SMS m’expliquant, dans un langage aussi fleuri que désabusé, que cette fulgurance les invitait à rester sous la couette dimanche. C’est encore trop impensé, mais l’abstention militante, ça existe. Quand on ne se sent plus représenté, ou mal, on a le droit de se dire que ces urnes-là sont aussi propices à l’espoir que celles du crématorium, et de glisser son bulletin sous la couette. Cette frange d’abstentionnistes de gauche a, sûrement, avec d’autres facteurs, contribué à ce que l’Ile-de-France soit présidée par une Elle de France.

Avouons-le, en dehors de Sarkozy parti voir un match du PSG (il ne déçoit jamais), chacune des interventions le soir du second tour était empreinte d’humilité, le ton était presque à l’excuse : « Désolé, on a merdé. Merci pour cette confiance renouvelée. Promis, cette fois on va tenter de ne pas vous décevoir. » Jusqu’à Christian Estrosi, touché par la grâce, qui a lâché dans Paris Match une sorte de phrase-de-sa-vie, un truc entre la révélation d’un saint et le souffle apaisé d’un bouddhiste arrivé au Nirvana : « Plus on va à droite, plus le FN monte. »

La République-Encore-Sauvée par ce rétablissement de justesse à l’atterrissage, un peu rude mais opéré avec professionnalisme, devrait se réjouir d’avoir des serviteurs aussi avisés. Outre des détails un peu gênants comme le nombre de conseillers régionaux frontistes dépassant celui des socialistes, le nombre d’électeurs frontistes qui n’a jamais été aussi élevé, le gros des apparences est suffisamment maintenu pour faire illusion.

Sans vouloir ternir le sursaut républicain généralisé, l’annonce d’un énième pacte trucmuche rempli de mesures techniques qui seront a priori aussi impeccables que leur portée sera limitée, au moins d’ici à 2017, ne fera pas l’affaire. Le Président de la République sait que pour changer de politique, il faut au minimum changer de Premier ministre. Comme il ne l’a pas fait, on sait à quoi s’en tenir. « Il faut que tout change pour que rien ne bouge », disait le Prince de Salina dans Le Guépard. Tout a changé, donc, on nous l’a promis dimanche soir. La pauvre ministre de l’Emploi continuera, à chaque conférence de presse mensuelle sur les chiffres du chômage, à prendre un air grave et contrit pour tenter de ne pas nourrir notre scepticisme affligé. La forme que prendra la fin de ce quinquennat risque d’être tristissime. La droite va nous offrir un bel opéra bouffe, bien solennel, pour sélectionner celui qui aura la mission d’arriver en second derrière Marine Le Pen. Car on en est là, l’ambition de nos grands partis démocratiques n’est plus que d’arriver second au premier tour à la Présidentielle, reprenez un verre, derrière l’extrême droite, videz la bouteille. François Hollande va continuer à travailler son césarisme d’opportunité (ce qu’il fait admirablement bien, du reste), sauvant la planète et luttant contre la barbarie. La petite musique du gouvernement d’union nationale, rassemblant les meilleurs talents de chaque camp, qui bruisse depuis lundi matin, va prendre de l’ampleur, préparant les esprits en cas de chambre à majorité introuvable sortie des urnes en juin 2017 (le tripartisme s’enracinant, la très plastique Ve République, qui a déjà digéré trois cohabitations, peut voir un ou une présidente sans majorité nommer un chef de gouvernement issu d’un parti adverse au sien pour aller à la recherche d’une coalition dans une sorte de retour contraint à la IVe République).

Bref, comme disait Chirac, « en politique comme en amour, la réussite, c’est la fuite » ! Le problème, c’est qu’en 2017, entre la fonte de l’Antarctique et la montée perpétuelle du Front national et du djihadisme, c’est le barrage qui risque d’avoir des fuites, et la réussite est loin d’être garantie pour ceux qui ont sauvé les meubles le 13 décembre.

*Photo : SIPA.00733553_000012.

Les parents d’élèves délégués indemnisés dès la rentrée prochaine

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Education nationale parents d'élèves

Si la nouvelle peut surprendre au premier abord, quoi de plus juste, en fin de compte, que de payer les seules personnes ayant un peu de pouvoir au sein de l’Education nationale ? Les seules capables, grâce à leurs pleurs, d’influer sur les décisions du chef d’établissement et de le convaincre de faire passer tel élève dans la classe supérieure, ou de retirer à tel autre un avertissement de travail délivré hâtivement par l’équipe éducative ?

Une ex-collègue m’a appris récemment qu’une mère d’élève lui avait demandé si elle pouvait effectuer l’heure de colle à la place de sa fille. C’est bien la preuve que les parents sont les mieux placés pour mettre en pratique la théorie de l’élève au centre…

« Cette indemnisation interviendra dans le cadre d’un décret sur le statut des parents délégués, en cours d’élaboration », a d’ailleurs indiqué la ministre de l’Education nationale, confirmant par là le rôle grandissant des parents au sein de l’école. Après l’avoir entendue assurer que sa réforme du collège était « appélée de ses vœux par la FCPE » le 23 mai lors du 69e congrès de l’association des parents d’élèves, on ne pouvait s’attendre à moins de la part de Najat Vallaud-Belkacem.

Le terme même choisi pour désigner cette journée est extrêmement révélateur : « co-éducation ». La confusion créée par la rebaptisation de l’Instruction publique en Education nationale laisse croire que parents et professeurs auraient le même rôle.

Cette reconnaissance des parents délégués est une vieille revendication des fédérations comme la FCPE ou la PEEP.

Gageons que la ministre saura satisfaire également une autre de leurs revendications : l’organisation des conseils de classe à des horaires compatibles avec leur vie professionnelle. Il serait vraiment dommage, en effet, de se priver de la présence de ces parents qui transforment chaque jour un peu plus le conseil de classe en une instance destinée à évaluer non plus les élèves mais les professeurs.

Le seul regret, c’est qu’on ne soit pas allé un peu plus loin. On aurait aimé, par exemple, que les parents puissent intervenir librement pendant les cours, lorsqu’ils le désirent, afin de prolonger cette co-éducation. On aurait aimé également qu’ils suppléent les inspecteurs, qui n’ont l’occasion de passer que trop rarement dans les classes. Fort heureusement, les parents n’attendent pas les ordres d’en haut pour distiller leurs précieux conseils didactiques et pédagogiques aux enseignants.

« Journée fructueuse consacrée aux représentants de parents d’élèves et co-éducation » a tweeté la ministre. Quand l’école détruit peu à peu les élèves et les enseignants, il est agréable de pouvoir au moins satisfaire les parents.

Car qu’est-ce que la co-éducation sinon l’aveu, en creux, de l’impuissance de l’école ?

On peut toutefois se consoler en se disant qu’on ne pouvait former plus belle équipe que celle constituée par les parents et l’Education nationale. Les uns ont renoncé à éduquer, l’autre a renoncé à instruire.

*Photo : SIPA.00734912_000052.

La jeunesse, bel âge du terrorisme

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daech jeunes jeux video

Dès le lendemain des attentats, le président, son Premier ministre et les médias se sont hâtés de le souligner : ces crimes, par la nature des cibles choisies, ont été perpétrés contre la jeunesse. Comme si le jeune âge des victimes était une circonstance aggravant l’horreur du crime. Personne ne s’était aventuré à suggérer que c’était la vieillesse qui avait été attaquée lorsque les anciens de Charlie Hebdo ont été assassinés le 7 janvier. Personne n’a dit que la France vieillissante était menacée dans son identité lorsque les jeunes frères Kouachi (32 et 34 ans) ont abattu Cabu (76 ans) et Wolinski (80 ans). C’est que la jeunesse, autrefois synonyme d’immaturité, est devenue une valeur en soi. Inutile de souligner la vigueur de l’impératif qui pèse sur nos têtes : « rester jeune ». Liberté, égalité, fraternité, juvénilité.

C’est pour cette raison sans doute que ce qui a tant frappé certains témoins du Bataclan, la jeunesse de leurs bourreaux, a finalement été passé sous silence. Nous étions bien en peine de penser quelque chose de ce qui sautait aux yeux de ceux qui étaient là : la radicale jeunesse des fous d’Allah qui ont voulu tuer puis mourir, le 13 novembre 2015 à Paris. Pourtant, terreur et jeunesse marchent depuis toujours ensemble. En Chine, il n’est qu’à songer à celle répandue par les gardes rouges, souvent des lycéens, délivrés par la révolution des liens et des freins familiaux ou institutionnels. Ils humilièrent leurs pères et leurs professeurs sous les encouragements d’un vieux tyran qui haïssait la culture traditionnelle de son pays. En Europe, Kundera dénoncera le lyrisme juvénile de la terreur. « Si quelque chose m’a toujours profondément écœuré chez l’homme, dit-il, c’est bien de voir comment sa cruauté, sa bassesse et son esprit borné parviennent à revêtir le masque du lyrisme. » Les œuvres numériques de l’État Islamique sont à cet égard édifiantes. Un syncrétisme de religion archaïque et de jeux vidéo se met au service d’un sentimentalisme écœurant, qui sépare les gentils des méchants avec la rigueur d’un gamin de 6 ans à qui on a piqué son pain au chocolat. Malgré sa virtuosité technique inspirée par celle de Hollywood,  le djihadiste ne connait que le noir et blanc moral. Mais en cela, sa propagande reste fidèle à Hollywood et à Luc Besson. Il  nous fait boire jusqu’à la lie son cocktail indigeste d’esthétisme kitsch et de violence ricanante à la Tarantino ; nous pourrions ricaner nous aussi et éloigner de nous cette coupe grotesque, si tout cela restait aussi virtuel que Hollywood ou Luc Besson peuvent l’être, et si nous n’étions pas devenus les victimes, réelles ou potentielles, de cet infantilisme moralisateur et criminel.

André Breton considéra, peut-être en s’inspirant d’Émile Henry, guillotiné à l’âge de 21 ans après avoir, notamment, tenté de massacrer les clients du café Le Terminus près de la gare Saint-Lazare, que « l’acte surréaliste le plus simple consiste, revolvers aux poings, à descendre dans la rue et à tirer au hasard, tant qu’on peut, dans la foule. » André Breton fit aussi de sa démarche artistique « un acte de foi sans limites dans le génie de la jeunesse. » Il haïssait la famille et les formes traditionnelles d’expression qui limitent la créativité des nouvelles générations.

On apprend qu’un des terroristes du Bataclan sermonnait son père venu le chercher en Syrie, en l’incitant à abandonner sa pratique pacifique de l’islam pour le rejoindre dans le « vrai islam » du viol des femmes et de la décapitation des mécréants. Ces jeunes gens, qui font preuve d’une créativité sans limites dans l’exercice de la violence, ne veulent rien apprendre de la France ni des générations qui les précèdent. Adeptes de la transversalité et de l’interdisciplinarité, ces enfants soumis à leur époque autant qu’à l’islam, ont eux-mêmes forgés leurs propres savoirs historiques et religieux, à partir d’une pratique intensive des nouvelles technologies. S’ils pensent trouver dans le djihad de quoi justifier leur soif de vengeance et de sang, ils sont aussi le produit d’une France déboussolée qui ne sait plus que transmettre à une jeunesse qu’elle idolâtre et abandonne d’un même mouvement.

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : AP21823941_000047.

Le FN face à son destin

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fn regionales philippot lepen

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Fausse alerte ! Le bébé ne doit pas encore naître. Pour des raisons qui tiennent autant à la morale qu’au calcul électoral, les forces politiques établies ont, cette fois-ci, arrêté les premières poussées du FN hors de son cocon de protestation. La France a tenu bon. Mais l’échéance n’a été que repoussée.

La France s’offre un sursis. Ce sera cher payé. Elle ne peut pas refuser éternellement de voir poindre le visage de l’enfant non-désiré. Il est désormais bien établi que le FN est une des figures de la protestation en France, se nourrissant de tout le désespoir, de toute la frustration et de toute la colère qu’il trouve sur son passage: chômage de masse, immigration considérée comme incontrôlée et menaçante, sentiment d’insécurité réel ou fantasmé, contrainte européenne, etc. Bref, de tout élément rappelant au peuple que ses représentants ne maîtrisent absolument pas le destin du pays. Cet objet FN n’est pas prêt à crier famine, du moins à court terme, sauf intervention divine en faveur du pouvoir actuel.  Et il a aujourd’hui la prétention de détenir un véritable pouvoir en France. Cette prétention est sérieuse. Nul ne peut désormais imaginer un futur proche où il ne dirigerait pas ou une grande ville, ou un grand département, ou une grande région….voire même l’échelon ultime.

Seulement, personne ne sait vraiment ce qu’est le FN au pouvoir. C’est là le coût de la lutte. Qu’est-ce qui est combattu ? Un projet invisible. Parce qu’il est évident que la pratique du pouvoir modèlerait plus le FN que lui ne modèlerait le pouvoir. Les institutions de la Vème République sont trop solides pour souffrir une quelconque contestation sérieuse. Ce n’est pas Hitler face à Weimar. Philippot n’est pas Göring, Maréchal-Le Pen n’est pas Himmler. Le FN n’est pas un parti de masse, il n’a pas d’idéologie explicative du sens de l’humanité, il ne cherche pas à transformer la société par la politique. Lui trouver un programme clair, une vision bien définie de ce que doit être la France est un exercice périlleux. D’objet informe qu’il est aujourd’hui, entonnoir des protestations, le FN serait comme tiré vers la banalité par la force des institutions. Il deviendrait une instance politique ordinaire, malgré tout ce qu’il a pu charrier de détestable, devant fidéliser un électorat, établir une clientèle, se constituer un réseau d’élu et défendre son bilan. Il abandonnerait les charmes esthétiques de sa radicalité tribunitienne pour défendre son capital électoral si difficilement gagné.

L’émergence du FN est un appel profond d’une partie de la société. Justifier sa marginalisation en mettant en avant sa nocivité potentielle pour le pays n’est pas suffisant. S’il n’a pas d’idéologie, au moins le FN cristallise l’espoir d’un retour, celui de la maîtrise par la politique du destin de la France. Qu’on le veuille ou non, une partie de la France a l’espoir, peut-être illusoire, d’un retour d’un État magistral, gaulliste, père de la société et maître de l’économie. Une partie de la France souhaite qu’on lui offre une nouvelle modalité d’entrée dans la mondialisation. Elle veut le retour de la maîtrise pleine et directe de son destin dans tous les aspects de la vie en société, même dans ceux qui crispent le plus ses adversaires: le contrôle du droit d’entrer et d’établissement sur le territoire national et le pouvoir de maintien de la cohérence de la société. Cette partie de la société a le droit légitime d’avoir une force politique de réprésentation à sa mesure. Le parti-Le Pen aurait pu faire sa mue à une échelle relativement inoffensive et confortable pour l’observateur: la région. Cela ne s’est pas déroulé ainsi.

Au contraire, il est de nouveau rejeté dans sa position de protestataire, sans levier de pouvoir concret. Il est renvoyé dans ses marges et condamné à une radicalité stérile. Il est empêché de devenir ce qu’il doit être : la force représentative de ceux qui désirent contrôler sévèrement la manière dont l’immense accélération de la modernité touche le pays ; ceux qui exigent que ce qui arrive de l’extérieur doit s’adapter à l’intérieur ; ceux qui demandent avant tout à ce que l’Etat soit le protecteur de la cohérence de communauté nationale face à la formidable extension des droits individuels.

En face, les forces politiques ont sanctuarisé un bipolarisme, désormais grabataire. Aucun bloc idéologiquement cohérent, structuré et orienté ne peut se constituer. Le parti (pour l’instant imaginaire) de ceux qui veulent, plus ou moins, adapter la France aux exigences de cette accélération de la modernité, adapter l’intérieur à ce qui arrive de l’extérieur, ne peut pas élaborer de discours franc sur la destination de la France. Il ne peuvent dire authentiquement vers où ils souhaitent la mener. Les libéraux, nomination certes imparfaite (le FN ne souhaite pas, loin s’en faut, le retour à l’Ancien Régime), sont forcés à faire leur politique silencieusement, désespérant jusqu’à leurs soutiens les plus fermes. La véritable teneur des réformes est masquée. L’électeur de base ne s’attendait probablement pas à voir le libéral Emmanuel Macron comme tête de pont intellectuelle du gouvernement en votant pour un parti dit socialiste, encore marqué, malgré l’Histoire, par l’ambition archaïque de l’appropriation collective des moyens de production. Il en résulte un perte de lisibilité dangereuse pour l’électeur qui tend à intégrer profondément la vacuité de la parole politique et à croire que, finalement, la politique n’est qu’une question de gestion des affaires courantes. Or, la politique n’est pas que gestion. La politique a besoin que des conceptions radicalement différentes de ce que doit être notre pays, s’affrontent. Sans cela, elle ne peut décréter de destination claire à la France. Le risque le plus terrifiant, ici, serait que l’individu croie être le seul vecteur de l’avancée de l’Histoire, sans que l’Etat n’ait plus à s’y mêler.

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : AP21834368_000020.

Vive la droite dure!

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fn front gaucche wauquiez

fn front gaucche wauquiez

Je sais que la phrase que je vais écrire pourra être retenue contre moi, surtout si on l’isole de son contexte mais enfin il faut que ça sorte. J’en arrive à trouver Nicolas Sarkozy, Marine Le Pen et Laurent Wauquiez sympathiques. Enfin, sympathique est peut-être un bien grand mot, mais je les trouve cohérents, au moins avec eux-mêmes, ce qui est un minimum et avec leurs électeurs, ce qui est plus  rare puisque les promesses, c’est bien connu dans nos post =démocraties depuis Chirac, n’engagent que ceux qui les croient. Wauquiez, MLP et Sarkozy sont de droite. Ils sont de droite dure, voire un peu plus. Et ils le disent. Ils ne trompent pas sur la marchandise, contrairement à leurs adversaires.

Les socialistes, par exemple, ne sont plus socialistes depuis belle lurette, disons le virage de la rigueur en 83. On dit qu’ils sont devenus sociaux-démocrates, ce qui est un abus de langage. La social-démocratie avait encore l’intention de changer un peu la vie en encadrant sévèrement le capitalisme et en redistribuant les profits pour éviter que ne se creusent les inégalités. Désormais, pour eux, il ne s’agit même plus de contrer le libéralisme, mais de l’accompagner, de lui faciliter la vie et de gommer, quand c’est possible, c’est-à-dire pas très souvent, quelques aspects trop criants de ce réaménagement total de nos vies sous le signe de la concurrence libre et non faussée, de la responsabilité, de la précarité repeinte aux couleurs de l’autonomie nomade, façon auto-entrepreneur.

Et encore, s’il n’y avait que les socialistes. Mais il y a le centre. Le centre, en France, c’est un peu comme Dieu dans sa création : il est présent partout même si on ne le voit nulle part. Croire qu’il est circonscrit à l’UDI serait une erreur. Le centre recouvre un prisme très large qui va de Juppé à Cambadélis, en passant par NKM, Valls ou même François Hollande. La différence entre les centristes et les socialistes est assez simple, en fait : un jour lointain, les socialistes ont été de gauche tandis que les centristes ont toujours été centristes.

Comment s’étonner, dans un tel contexte, que tous ces gens traumatisés par 6, 8 millions d’électeurs FN veuillent se faire des mamours en parlant de Front républicain à toutes les sauces? Raffarin veut que tout ce gentil monde se mette autour d’une table et fasse de gentilles propositions pour lutter contre le chômage en cassant le code du travail, par exemple. Ou alors c’est Xavier Bertrand, touché par la Grâce depuis qu’il est devenu président de région avec des voix de gauche, qui rencontre François Hollande à Neuville Saint-Vaast (Pas de Calais) pour rentre hommage aux soldats allemands, français et anglais qui fraternisèrent à Noël 14 entre deux carnages. Le symbole est lourdingue, en plus il indique bien les rapports défaitistes et masochistes que l’on entretient avec notre histoire. On ne parlera plus de la guerre que pour en souligner l’absurdité, la même absurdité sans doute qui force des gens aussi responsables et courtois que les socialistes, les centristes et la droite modérée à se détester alors qu’ils pensent la même chose, en fait. C’est la revanche tardive de Giscard qui rêvait, en son temps de rassembler deux français sur trois sous le signe du libéralisme avancé. Je ne sais pas si cette mollesse dangereuse est due au climat particulièrement douceâtre pour la saison, mais c’est franchement étouffant, cette guimauve de la réconciliation.

Heureusement, Marine Le Pen, Wauquiez et Sarkozy ne tombent pas dans ce piège-là. Ils nous rappellent que la politique, c’est moche, c’est violent, c’est machiavélien, c’est méchant. On ne va pas faire semblant de s’aimer alors que ce qu’on veut c’est le pouvoir. Si on est un grand homme, on veut le pouvoir pour changer la société et si on est moins grand, on veut le pouvoir, parce que le pouvoir, c’est jouissif. Alors Marine Le Pen, Wauquiez et Sarkozy cognent. On compare Marine Le Pen à Daech, elle twitte des photos de décapitations. C’est dégueulasse ? Pas plus que cette comparaison et dieu sait que je n’aime pas le FN. Sarkozy recommande le ni-ni et vire NKM qui dit le contraire ? Il est chef  de parti et un chef de parti n’est plus un chef s’il ne sait plus  donner la punition. Quant à Wauquiez, lui, il n’a pas hésité à diffuser des tracts pendant sa campagne qui étaient de purs démarquages de ceux du FN ? Et alors, ce qui compte, en politique, c’est de gagner.  Les belles défaites sont vite oubliées tandis qu’un vainqueur détestable reste un vainqueur. C’est en ce sens qu’un Jean-Pierre Masseret, pourtant socialiste, en se maintenant au second tour au risque de faire passer Philippot a bien eu raison : il continuait à faire de la politique, pas de la morale.

C’est dégoûtant ? Ça encourage l’abstention ? Et alors, les hommes politiques conséquents savent qu’un abstentionniste a au moins un avantage, et pas des moindres,  il ne vote pas contre eux. Et c’est bien le problème de mon camp, la gauche de la gauche, ces temps-ci : elle est inaudible parce qu’elle n’est pas assez méchante, au fond. Il est temps pour nous, camarades,  en vérité, je vous le dis, de remettre le couteau entre les dents. Comme ceux d’en face.

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : 00734380_000006.

Tais-toi et tombe les filles!

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science bavardage virilité

science bavardage virilité

Je sais que je me fais du mal, mais je lis L’Obs. Par fidélité, par habitude, par reconductions automatiques des abonnements, il est dans le paysage familial depuis toujours. Il y a des familles Renault, d’autres Citroën, nous, nous étions Nouvel Obs. Aujourd’hui, tout le monde a quitté la maison, il reste seul avec ma mère, et comme un vieux mari, il n’a plus besoin d’être à la hauteur pour rester à sa place. Plus personne ne regarde la concurrence, ne se demande s’il convient encore, s’il a gardé toute sa tête. Sauf moi. Forcément, personne ne le lit, le pauvre vieux, sauf moi.

Alors régulièrement, je m’énerve[access capability= »lire_inedits »], je somme ma mère de se désabonner dans l’heure, je lui rédigerais au besoin la lettre de protestation ad hoc : « Maman, tu ne vois pas ce que c’est devenu ? Jean Daniel est hors service et chez eux, c’est la jeunesse qui est un naufrage ! »

Mais ma mère ne veut rien savoir : « Fous-moi la paix, c’est mon journal. Ne le lis pas ! Qu’est-ce que tu m’emmerdes ? » Alors forcément, je surenchéris : « Tu ne comprends donc pas qu’aujourd’hui toute prise de distance avec Finkielkraut est une bêtise ou une lâcheté ? As-tu seulement lu cet article d’Aude Lancelin, ses procès d’intentions, ses insinuations minables ? Je te préviens, c’est lui ou moi. »

Je m’emporte, elle me montre la porte, elle décroche et ne m’écoute plus, et tandis que je déroule mon réquisitoire, mon esprit s’échappe. Je revois Bruce Lee dans la Fureur de vaincre, quand il refroidit à mains nues les assassins de son maître en poussant des cris de chat sauvage, puis je me dis que c’est peut-être excitant d’être couvert de boue par une blonde, mais seulement dans un sketch d’Élie Semoun. Sinon, c’est franchement dégueulasse. Je continue à brailler, je suis un peu amer. Malgré tout le mal que je me donne, je n’ai jamais été référencé comme facho dans les papiers de Renaud Dély. Pas une fois je ne me suis trouvé dans une liste ou dans une rafle. Forcément, il n’y en a que pour les stars, toujours les mêmes, les Lévy, les Zemmour, les Finkielkraut. Et pour les petites mains du néofascisme, les sans-grades de l’extrême droitisation, le lumpenprolétariat de la pensée nauséabonde ? Rien, que dalle. Et ces gens-là se disent de gauche !

Malgré mes tempêtes, ma mère est restée abonnée. Le dossier sur les Klarsfeld lui a plu, n’en parlons plus. Alors, quand je vais aux toilettes, je le lis. C’est ça ou le livre des Klarsfeld. Je commence par le dossier aux rubriques tourisme, gastronomie ou science. J’y ai trouvé dernièrement une petite information tout à fait à mon goût que je colporte depuis, en fanfaronnant. Des chercheurs ont découvert que « l’augmentation de testostérone diminue la fluidité verbale ». Quelle trouvaille ! Quel soulagement ! Quelle revanche ! Donc, les hommes à haute teneur en hormones mâles seraient, par nature, réduits au silence. Ainsi, les taiseux, les taciturnes, ceux qui ne parlent pas seulement à bon escient mais en dernier recours et en cas d’extrême urgence ne seraient pas affligés d’un handicap mais doués d’un super-pouvoir. Sur les femmes. À l’inverse, on pourrait reconnaître les « mecs » chargés en hormones gonzesses par leur incontinence verbale, leur débit assommant, leur manie du bavardage, leur aptitude à tenir les crachoirs sans jamais les lâcher.

J’aime quand les sciences dures viennent confirmer des intuitions profondes, des convictions restées jusqu’à ce jour sans fondements et sans preuves, mais pas sans exemples. En fait, je l’ai toujours su, vaguement mais sûrement, depuis que, pour me trouver des modèles, j’ai commencé à comparer Charles Bronson à Karl Lagerfeld et Clint Eastwood à Jean-Paul Gaultier. Depuis cette révélation, cette confirmation, je revisite l’histoire et l’actualité à l’aune de cette fabuleuse découverte.

Des Zaza Napoli, les tribuns, les hâbleurs et les bonimenteurs, les habitués des estrades et des micros, les Hitler et les Mussolini ? Et Fidel Castro, maricón maximo, comme on dit là-bas ? Et qu’en est-il des avocats, baveux en robes, le verbe haut et la queue basse, voués à gagner leur croûte en cherchant notre pitié pour des crapules. Vénalité et compassion : des trucs de gonzesses, ou je ne m’y connais pas. Et tous ceux qui, sans relâche, déblatèrent sur le Net, ceux qui l’ouvrent sans jamais la fermer, comme des robinets cassés, qui nous inondent de paroles tant qu’à la fin qu’ils nous les brisent. Une fiotte, Alain Soral ? Il est vrai que je l’ai parfois confondu avec Paris Hilton

Alors Mesdames, qui vous plaignez de nos mutismes, de nos replis et de nos ermitages, de nous autres qui ne parlons pas sous la torture, même conjugale, et qui défendons notre droit de garder le silence après l’amour, échangeriez-vous votre ours contre un rossignol ou un perroquet, avec tout ce que cela implique ? Et vous Messieurs, qui affûtez vos langues bien pendues, qui salivez pour me répondre, pour m’ensevelir sous des flots d’éloquence, allez-y, sans retenue, vos femmes vous écoutent. Et nous regardent.[/access]

*Photo : © Rue des Archives/Collection CSFF.

Football: les Chinois à Sochaux

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sochaux ledus bonal

sochaux ledus bonal

Nous aurions voulu avoir tort, il y a six mois, lorsque nous nous inquiétions de la vente du FC Sochaux à l’entreprise hong-kongaise Ledus. Nous y avions diagnostiqué une volonté du propriétaire Peugeot de bazarder l’un des joyaux historiques de l’entreprise et de la région, une volonté cynique de couper le cordon entre le constructeur automobile et le Pays de Montbéliard. Six mois plus tard, on ne trouve d’ailleurs plus aucune trace du club local dans le Musée Peugeot de Montbéliard. Comme s’il avait fallu faire absolument table rase du passé.

Le destin du FC Sochaux-Montbéliard repose maintenant sur les épaules de Wing-Sang Li. Le patron de Ledus a aussi pris la présidence du club. Il a engagé au mois d’août un directeur général suisse, Ilja Kenzig, qui a eu des fonctions dans différents clubs professionnels helvétiques et allemands. C’est peu dire que Monsieur Li a pu décontenancer les supporteurs locaux, mais aussi les joueurs et le personnel du club aux 66 saisons dans l’élite du football français. De l’amusement, on est passé en quelques mois à la consternation. Le projet sportif du club n’a pas encore été présenté. Envoyé par Ilja Kenzig à Wing-Sang Li il y a déjà deux mois, ce dernier n’a pas encore été validé. On peut même se demander si Li l’a simplement lu.

Disons-le tout net : monsieur Li s’est acheté une danseuse. Et comme il ne connaît rien au football, et que son équipe danse plutôt mal (18e au classement de Ligue 2, ce que je n’avais jamais connu de mon vivant), il tente de faire le spectacle lui-même. C’est ainsi que lors d’une défaite contre Bourg-en-Bresse, il est allé s’agenouiller devant les supporteurs sochaliens pour leur demander pardon. Lors de la première victoire sochalienne en championnat –il a fallu attendre le 2 octobre contre Valenciennes -, il était tellement content que tous les clients de la pizzeria (dont j’étais), où il s’est restauré après le match, ont eu droit à leur coupe de champagne. À Nîmes, il a participé –en complet veston- au décrassage d’après-match. Après la qualification contre Strasbourg en… 128/e de finales de la coupe de France, il a fait le tour d’honneur avec les joueurs avec le même enthousiasme que Bernard Tapie après avoir gagné la Ligue des Champions. On attend, sans impatience, qu’il dérobe le costume de la mascotte locale – le fameux Sochalion– afin d’assurer le spectacle à la mi-temps des matches à Bonal. En revanche, il a retardé d’un mois l’éviction de l’entraîneur Olivier Echouafni, perdant des points précieux, avant de de se résoudre à écouter les conseils de Kaenzig.

Depuis l’arrivée du nouveau coach Albert Cartier, les résultats sont moins mauvais et l’équipe ressemble davantage à une équipe, et cela semble suffire à Monsieur Li. Pour le recrutement en janvier, afin de maintenir le club en Ligue 2 –on en est désormais là-, on craint son manque de réactivité. À vrai dire, il n’est pas pressé de mettre la main au porte-feuilles. Autre motif d’inquiétude, Wing-Sang Li semble se faire conseiller par des néophytes. C’est ainsi qu’on voit de plus en plus, dans les coulisses  et jusque dans la tribune présidentielle, les fameux intermédiaires mulhousiens qui lui avaient permis d’acheter le club en mai dernier. Thomas Lichtenauer, représentant de Ledus-France et ancien marchand de meubles, et Mounir Jawhar, ancien agent de joueurs, ne se cachent désormais plus et ont emporté dans leurs bagages d’autres personnalités peu engageantes, comme Mickaël Gerber, viré avec pertes et fracas par le président du club de Colmar qui en avait fait son conseiller. Et on craint également de voir réapparaître Jean-Luc Witzel qui faisait partie de l’escouade ayant précipité le dépôt de bilan du Racing Club de Strasbourg. Non seulement, Monsieur Li ne connaît rien au foot et souhaite contrôler tout ce que fait le directeur général qu’il a pourtant engagé, mais il prête l’oreille à des gens qui n’ont, au mieux, aucune connaissance en matière de football. C’est ainsi que Bernard Maraval, responsable du recrutement et historique du club, vient d’être licencié, sans doute sur les conseils du duo Jawhar-Lichtenauer.

Du côté des supporteurs, l’inquiétude est de mise. Gageons que l’officialisation de l’entrée Mounir Jawhar dans l’organigramme du club pourrait jeter le feu aux poudres dans les tribunes de Bonal. Une véritable crise avec les supporteurs, monsieur Li ne sait pas encore ce que c’est. Pas sûr que ses guignolades sur la pelouse permettent de l’éviter.

*Photo: wikicommons.

A-t-on le droit de critiquer Tariq Ramadan?

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GIlles Clavreul Tariq Ramadan racisme

GIlles Clavreul Tariq Ramadan racisme

Gilles Clavreul, préfet et Délégué interministériel à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme (Dilcra), est un drôle de loustic. Figurez-vous qu’il passe son temps à lutter contre le racisme ET l’antisémitisme, plutôt que de lutter, façon Mrap, contre le racisme ET le racisme, traduisez contre l’« islamophobie » ET l’« islamophobie ».

Pour avoir une idée des combats tous azimuts de ce bonhomme, pas besoin d’envoyer un hacker pirater l’agenda de son iPod : en haut fonctionnaire consciencieux, mais moderne, il rend compte régulièrement de ses activités sur sa page Facebook, où il commente aussi volontiers l’actu de sa zone de chalandise. Voyons voir.

Le 27 novembre, Gilles Clavreul exprime ses inquiétudes face aux actes racistes antimusulmans suite aux attentats du 13 novembre : « 35 actes et menaces ont été recensées en France métropolitaine, hors périmètre préfecture de police, depuis deux semaines. C’est beaucoup, c’est trop, et cela appelle des sanctions exemplaires, telle que celle prononcée en milieu de semaine contre des individus liés à l’extrême-droite qui ont fait feu sur un kebab à Avranches et ont été condamnés à un an de prison ferme. » Dans la foulée, il se félicite que « ce chiffre de 35 actes et menaces doit être rapporté aux 116 faits recensés, sur une même période et un même périmètre, après les attentats de janvier. (…) En somme, la France ne tombe pas dans le piège de la guerre civile où les terroristes rêvaient de nous entraîner. »

Le 29 novembre, Gilles Clavreul prend la parole lors du rassemblement organisé à l’institut du monde arabe par le Conseil français du culte musulman (CFCM). Sur sa page Facebook, il félicite le CFCM et son nouveau président, Anouar Kbibech, pour avoir lancé « un manifeste citoyen » afin de « rappeler solennellement l’attachement des citoyens français de confession musulmane aux valeurs de la République et la condamnation totale du terrorisme ».

Le 6 décembre, au soir du premier tour des régionales, Gilles Clavreul félicite Roland Ries, le maire socialiste de Strasbourg, pour avoir appelé, sans attendre la position officielle du PS,  à faire barrage à Florian Philippot, donc à voter LR au second tour.

Le 8 décembre, le même préfet remet grave à leur place les deux ou trois raclures qui ont osé huer, dans une salle du Palais-Bourbon, pour cause de port du voile, Latifa Ibn Ziaten, mère d’Imad ibn Ziaten, sous-officier para assassiné par Mohamed Merah. Le commentaire de Gilles Clavreul : « Si je me joins à ceux qui se sont indignés à juste titre de ces comportements minables, c’est aussi pour leur rappeler que la courageuse, l’admirable Latifa a aussi été moquée, conspuée et menacée, bien plus souvent et bien plus gravement, pour avoir dénoncé le terrorisme, le fanatisme, le djihadisme, et plus encore, pour avoir parlé de paix et de fraternité, notamment en ma présence il y a six mois, à l’école Or Torah de Toulouse, avec des jeunes juifs. »

Dans un  registre assez proche, le lendemain 9 décembre, alors que le 110e anniversaire de la loi de 1905 semble avoir survolté quelques-uns de mes camarades que je taquine volontiers en les traitant « d’intégristes laïcs », Gilles Clavreul met les points sur les i, en rappelant, avec ses mots à lui, que le trop est parfois l’ennemi du bien : « Je juge inopérante, déclare-t-il, voire dangereuse, la formule « laïcité de combat ». Mais je crois plus que jamais nécessaire le combat pour la laïcité. »

Cette recension n’est pas exhaustive, je vous passe notamment la longue liste des déplacements de Clavreul dans une syna en compagnie d’un imam et d’un curé, dans une mosquée flanqué d’un curé et d’un rabbin ou dans une église aux côtés d’un imam et d’un rabbin. Je dois à la vérité de dire que je n’ai rien trouvé d’aussi compassionnel concernant les chamanistes ou les adventistes, mais je n’ai sans doute pas assez bien disséqué sa page Facebook.

Donc voilà deux ou trois choses que je peux vous dire sur le combat quotidien du préfet Clavreul. Et voilà pourquoi j’ai été sidéré par la campagne déclenchée hier l’accusant d’« islamophobie ». Tout commence avec un texte sur le fameux meeting de Saint-Denis, publié sur sa page Facebook après le second tour, dans le souci, semble-t-il, de ne pas prendre part à la polémique avant le scrutin. Il y fustige « l’offensive antirépublicaine menée par Tariq Ramadan, le Parti des Indigènes et un certain nombre de collectifs anti-démocratiques, racistes et antisémites vendredi soir à Saint-Denis, avec le concours ou la bienveillance de certaines organisations d’extrême-gauche ».

Après quoi le même Clavreul aggrave son cas en expliquant le pourquoi du comment : « Sous couleur d’un antiracisme perverti, cette offensive vise uniquement à légitimer l’islamisme, à défendre des prédicateurs fondamentalistes et à piéger la jeunesse des quartiers dans une radicalité sans issue. La xénophobie, les discriminations, le rejet dont sont victimes les jeunes Français des quartiers populaires sont un sujet trop grave, bien trop grave pour laisser faire cette instrumentalisation pernicieuse. Leur but est clair : faire monter l’extrême-droite, culpabiliser les républicains et enfermer la jeunesse des quartiers populaires dans une opposition culturelle à leur propre pays. »

Il se trouve que ce franc-parler, s’il en a réjoui beaucoup, n’a pas séduit tout le monde. La Ligue des Droits de l’Homme, que Clavreul n’avait pourtant pas attaquée dans son texte, réclame des excuses dans une missive aussi comminatoire que grotesque. On aurait pu croire que la LDH enverrait un courrier furibard à son ancien président, Michel Tubiana, pour avoir pris la parole à Saint-Denis aux côtés de gens et d’organismes un rien douteux. Mais non, la LDH préfère exiger la tête du lanceur d’alerte. Fondée pour défendre l’honneur du capitaine Dreyfus, la Ligue défend aujourd’hui celui de Tariq Ramadan. Le niveau monte…

Depuis, ce lobbying anti Clavreul a été relayé par nombre d’organes de presse. Sans surprise, Libé a tiré en premier, suivi de peu par le site des soraliens d’E&R, puis par l’Huma, Médiapart, Politis et même par l’Express qui dans un long papier non signé, s’indigne tout en finesse : « Le délégué interministériel à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme s’est fait une spécialité de dénoncer les antiracistes. » Je sais bien que Drahi et Barbier serrent les cordons de la bourse. Je préfère donc penser que cette ignominie a été rédigée par un des nombreux robots-rédacteurs qui envahissent de plus en plus de journaux.

Un petit quizz, pour finir : saurez-vous attribuer au bon média le titre de son papier anti-Clavreul ?

Média A : Libé
Média B : l’Huma
Média C : Egalité & Réconciliation

Titre 1 : Gilles Clavreul, le délégué antiraciste qui n’aime pas certains antiracistes
Titre 2 : Gilles Clavreul suscite la colère des militants antiracistes
Titre 3 : Gilles Clavreul, militant nanti-raciste

Je sais que vous allez penser que ce n’est pas évident de choisir entre Libé et l’Huma pour les titres 1 et 2, mais que le titre 3, où l’on qualifie Clavreul de « nanti » et de « raciste » provient de toute évidence des camarades d’Alain Soral.

Ben non,  vous avez tout faux, ce titre provient de l’Huma. Vous savez, ce quotidien qui se proclame fièrement, chaque jour, en Une : « Journal fondé par Jean Jaurès »

Gilles Clavreul L'Humanité

Laïcité à l’université: Bisounours is back!

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islam laïcité université

islam laïcité université

L’Observatoire de la laïcité, le « machin » dirigé par Jean-Louis Bianco, après une pleine année d’auditions diverses de responsables bien-pensants et de syndicats ejusdem farinae, a rendu son avis sur les menaces pesant sur la laïcité à l’université.
Je résume : il n’y a pas de menace. Ni réelle, ni fantôme.
Après un long rappel historique de la loi de 1905, le rapport conclut :

« La plupart des auditionnés ont rappelé le caractère « isolé », « marginal » et « sporadique » des incidents impliquant la question plus globale du fait religieux au sein de l’enseignement supérieur public. Il est apparu que, dans chacun des cas mentionnés, une issue a pu être trouvée par le dialogue ou en faisant référence au règlement intérieur (…) Les auditions et les réponses aux questionnaires ont ainsi révélé une situation globale respectueuse de la laïcité (…) La plupart des auditionnés ont, en revanche, souligné et critiqué le traitement médiatique des rares incidents existants : « Cette question a surgi dans la sphère publique à l’occasion d’incidents sporadiques mais fortement médiatisés dans un registre du fait divers à sensation et avec une iconographie qui présente les évènements de façon stéréotypée. » »

Dégagez, il n’y a rien à voir.
Ça valait le coup de s’interroger. Vraiment.
L’Observatoire a ainsi demandé son avis qualifié au Président de la Conférence des Présidents — Jean-Loup Salzmann, le type qui essaie depuis deux ans de dégommer Samuel Mayol à Paris-XIII et traite de billevesées l’emprise constatée par une commission indépendante des intégristes sur cette fac. Il fera un super-recteur de super-région tout à fait convenable.

Le Comité Laïcité République, par la plume de Jean Glavany (député PS des Hautes-Pyrénées), Patrick Kessel (ex-Grand Maître du Grand Orient) et Françoise Laborde (sénatrice PRG de Haute-Garonne), a réagi immédiatement à cette coulée de lubrifiant.

« Nous devons constater que, si l’avis de l’Observatoire prétend le contraire, ce dernier a consulté le Président des Universités mais en aucune sorte les professeurs et ceux qui auraient pu témoigner de situations dégradées dans les établissements où ils travaillent. C’est le cas en particulier de Samuel Mayol, président de l’IUT de St Denis. Il en résulte que les difficultés rencontrées sont minimisées. »

Et de se référer au constat beaucoup plus alarmant réalisé dès 2013 par le Haut Conseil à l’Intégration (dissous depuis par Jean-Marc Ayrault dans une splendide illustration de la vieille technique de la poussière sous le tapis). Il aurait aussi bien pu citer un (bon) article du Monde sur le sujet, où un simple journaliste, sans les énormes moyens du « machin » gouvernemental, dressait en mars dernier un constat tout aussi accablant — et accablé.
Et de conclure :
« Le déni n’est pas la réponse appropriée face à la nouvelle poussée de l’extrême droite qui se nourrit des dégâts occasionnés par les communautarismes, dégâts que ressentent les citoyens sur le terrain avec le sentiment d’être abandonnés. »
Mais, chers amis du Comité, le déni est la parade universelle de ce gouvernement. Que conclut Cambadélis de Régionales marquées par la montée du vote FN et le rejet de la politique gouvernementale ? Un tweet enthousiaste le résume :

tweet PS

C’est comme dans le Malade imaginaire : « Le déni, le déni, vous dis-je… » La politique de « refondation de l’école » a valu au PS des centaines de milliers de votes nuls — ou franchement hostiles — de la part de centaines de milliers d’enseignants, y compris dans des régions stratégiques comme l’Ile-de-France. La politique macronienne lui a valu des millions de voix déplacées sur la droite la plus extrême. Quant aux régions, ma foi, ils ont payé pour voir. Mais rue de Solférino, tout va très bien, madame la marquise.

Soyons sérieux. La loi de 1905 prononçait la séparation de l’Eglise (catholique, essentiellement) et de l’Etat. De l’islam, à l’époque, pas de nouvelles.
Mais face à une religion expansionniste, colonisatrice, impérialiste, sûre d’elle et dominatrice, et génératrice d’horreurs, face à un extrémisme qui en a fait une machine de guerre, peut-être faudrait-il toiletter la loi, répondre par la guerre à la guerre, et cesser de… se voiler la face. Je me fiche pas mal de ce que les gens pensent ou de ce à quoi ils croient — en leur for intérieur, et chez eux. Il en est de la religion comme des pratiques sexuelles — ça ne devrait jamais intervenir dans l’espace public. Ou alors, c’est que l’on tient à faire du prosélytisme — et ça, c’est interdit, ou ça devrait l’être.

*Photo : Pixabay.com.

Yémen: la guerre sans fin

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yemen houthis arabie saoudite

yemen houthis arabie saoudite

Si vous pensez l’Orient compliqué avec ses chrétiens monophysites, ses druzes et ses alaouites, c’est que vous n’avez jamais consulté un atlas du Yémen, pays éclaté en une myriade de tribus, de clans et de mouvements rebelles dont les allégeances locales s’avèrent difficilement réductibles aux grilles de lectures traditionnelles (atlantistes/prosoviétiques hier, sunnites/chiites aujourd’hui). L’histoire que je vais vous raconter commence au début des années 2000, mais j’aurai tout aussi bien pu la faire démarrer à l’unification – incomplète – du Yémen en 1990, voire une trentaine d’années plus tôt (cf. encadré).

« Allahou Akbar, mort à l’Amérique, mort à Israël, honte aux juifs, victoire à l’islam ! » Les combattants zaydites d’Ansar Allah scandent ce slogan belliqueux tandis que le gouvernement de Sanaa s’engage officiellement aux côtés de l’administration Bush dans la guerre contre le terrorisme[1. En octobre 2000, une attaque-suicide d’Al-Qaïda contre le destroyer américain USS Cole a provoqué 17 morts dans le port d’Aden.]. Exaspéré par l’anti-impérialisme virulent de ses opposants zaydites, un courant théologique assimilé au chiisme, et bien qu’issu de leur communauté, le président Ali Abdallah Saleh joue la politique du pire en les bombardant, tout en soutenant leurs adversaires salafistes. S’ensuit une guerre de six ans (2004-2009) entre le pouvoir central basé à Sanaa et le fief zaydite de Saada, au prix de 10 000 morts et 200 000 déplacés.

Cinq ans plus tard, en septembre 2014, ces mêmes rebelles, également appelés Houthis en raison du patronyme de leur chef, prennent la capitale Sanaa avec l’appui des forces fidèles au désormais ex-président Saleh. Comment un tel renversement d’alliance a-t-il pu s’opérer?[access capability= »lire_inedits »]

Pour le comprendre, il faut remonter au soulèvement pacifique de l’hiver 2011, dans la foulée des « printemps arabes » qui auront raison de Ben Ali et Moubarak. À Sanaa, sur la place du Changement, le « Tahrir » yéménite, de jeunes citoyens réclament le départ du satrape Saleh, en place depuis plus de trente ans. Le 2 juin 2011, Saleh est blessé à la tête dans le bombardement du palais présidentiel par un groupe tribal d’opposition. La mobilisation prend de l’ampleur et contraint l’exécutif à négocier avec une coalition hétéroclite que domine le mouvement Al-Islah (« La Réforme ») réunissant Frères musulmans et tribus conservatrices.

Un accord de transition est signé à Riyad sous l’égide du Conseil de coopération du Golfe, en vertu duquel Saleh cède les rênes du pouvoir à son vice-président Abd Rabbo Mansour Hadi – élu chef d’État pour deux ans en février 2012 avec 99,8 % des voix dans un scrutin « démocratique » à candidat unique ! En contrepartie, le dirigeant déchu bénéficie d’un exil doré aux États-Unis, avec immunité judiciaire à la clé. Si un gouvernement d’unité nationale est rapidement formé, Al-Islah s’approprie en sous-main l’essentiel des leviers du pouvoir tandis que le président Hadi peine à exercer son autorité, une grande partie de l’appareil sécuritaire, dont la Garde républicaine, restant fidèle à son prédécesseur. Tapie dans l’ombre, Al-Qaïda dans la Péninsule arabique (AQPA), jadis centre de formation des frères Kouachi, profite du chaos ambiant pour s’emparer de plusieurs villes du Sud, dont elle sera délogée manu militari avant de se replier dans les campagnes environnantes.

Afin de tracer une feuille de route politique pour le Yémen, les Nations unies soutiennent la réunion d’une conférence de dialogue national de mars à décembre 2013. Le parti Islah joue pleinement le jeu démocratique, du fait de l’affaiblissement des Frères musulmans dans la région depuis l’arrestation du président égyptien Morsi en juillet. Mais les indépendantistes du Sud et le mouvement houthi boycottent le dialogue national, dont le bilan se réduit à une litanie de vœux pieux (future Constitution, fédéralisation, compensations financières au Sud marginalisé, etc.).

Quelques mois plus tard, le cycle des affrontements entre le régime de Sanaa et la rébellion houthie reprend de plus belle. Il suffit que le gouvernement annonce la fin des subventions sur les produits pétroliers pour que le prix de l’essence double. Gonflé à bloc par la grogne de la population, le mouvement zaydite marche sur la capitale qu’il reprend aux autorités le 21 septembre 2014. Bien au-delà de leur représentativité confessionnelle – seuls 45 % des Yéménites se rattachent au zaydisme –, les Houthis surfent sur les frustrations populaires. « Ils expriment un sentiment d’ostracisme qui a monté progressivement depuis la révolution républicaine de 1962 ayant mis fin à un imamat zaydite de mille ans au Nord-Yémen. Le long mandat autoritaire et hypercentraliste de Saleh a renforcé ce sentiment, d’ailleurs partagé par le sud du pays », analyse le géographe Roman Stadnicki, maître de conférences à l’université de Tours. Dans une alliance de revers, Saleh a paradoxalement ouvert la route de Sanaa aux Houthis en appelant les unités militaires qui lui étaient restées fidèles à faire défection de l’armée régulière pour offrir la ville à la guérilla zaydite. Cerné, le Président Hadi a dû s’exiler vers Aden. À défaut de pouvoir reprendre la main, l’ancienne bête noire d’Ansar Allah démontre ainsi sa capacité de nuisance.

D’une seule voix, les puissances sunnites du Golfe dénoncent l’appui logistique iranien – plus important que ce que Téhéran veut bien admettre mais largement inférieur à ce que prétend Riyad – à la rébellion zaydite. En mars 2015, le nouveau roi d’Arabie, Salman, frappe un grand coup en déclenchant l’opération « Tempête de la fermeté » en appui de l’armée régulière yéménite. Selon l’universitaire Fatiha Dazi-Héni, l’offensive saoudienne au Yémen vise non seulement à endiguer l’influence iranienne dans la région mais permet en outre « au fils préféré du nouveau roi, Mohammed bin Salman, nommé ministre de la Défense, de profiter du sentiment fédérateur […] de se propulser en chef de guerre alors même qu’il n’a aucune expérience militaire »[2. « L’intervention militaire saoudienne en plein imbroglio yéménite », Diplomatie no 76, septembre-octobre 2015.].

Aidées par une vaste coalition de pays arabes sunnites, dont le Qatar qui a déployé un millier d’hommes au sol, deux cents blindés et une trentaine d’hélicoptères (du jamais vu !), les troupes loyalistes du président Hadi n’ont pu reconquérir la capitale malgré leur alliance tacite avec certaines milices djihadistes. Au prix de 5 600 morts, majoritairement des civils, la guerre menée par l’Arabie Saoudite vire progressivement au bourbier. D’autant que l’émergence récente de l’État islamique au Yémen et la mainmise d’Al-Qaida sur des pans entiers du Sud-Est renforcent l’intransigeance des Houthis. Arc-boutés sur leurs revendications (renversement du président Hadi, nouvelle Constitution), ces derniers se rêvent en Hezbollah yéménite, dépassant les attentes d’un régime iranien concentré sur son pré carré syro-libanais.

À la périphérie d’un arc de crises qui s’étend du Mali à l’Afghanistan, l’Arabie malheureuse n’est décidément pas sortie de l’auberge.[/access]

Yémen : l’impossible dialogue Nord-Sud 

1517-1918 : Domination ottomane sur le nord du pays.

1839-1967 : Colonisation britannique du sud du Yémen, autour d’Aden.

1962 : Au nord, abolition du royaume du Yémen, fin de l’imamat zaydite et création de la république arabe du Yémen, alliée des États-Unis.

1967 : Création de la république démocratique populaire du Yémen, proche de l’URSS.

1990 : Unification des deux Yémen sous la présidence d’Ali Abdallah Saleh.

1994 : Marginalisé, le Sud tente de faire sécession. Entre 7 000 et 10 000 civils meurent dans la répression de ce mouvement.

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : AP21834697_000001.

Un barrage contre l’Antarctique

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Régionales FN Présidentielle 2017

Régionales FN Présidentielle 2017

Il fallait vraiment appartenir à un des derniers peuples fourrageurs de la terre (sur une île isolée, au cœur d’une forêt primaire ou d’une étendue glacée, j’ai vérifié) pour être étonné par les résultats du premier tour des élections régionales. Et sans verser dans le sophisme moqueur pour les Diafoirus qui pansent et soignent le corps malade de la France lepenisée, j’ai dû en conclure en écoutant et lisant les réactions au soir du premier tour que la France était soit une île isolée, soit une forêt primaire, soit une étendue glacée. Ce qui la rattache mécaniquement à l’Antarctique, qui est une grosse île isolée sur laquelle une forêt primaire est prise sous deux kilomètres de glaces. Et après tout, pourquoi pas ? Si on déménageait la France en Antarctique, nous serions tous des immigrés et des colons, ça règlerait au moins le problème sémantique entre toutes ces France qui se regardent en chien de faïence et s’accusent mutuellement d’immigrationisme et de néo-colonialisme.

Mais la France n’ayant pas les moyens géologiques de se décrocher de l’Eurasie et de filer plein sud en enjambant le gulfstream pour aller « faire Antarctique » entre immigrés-colons réconciliés, nous nous retrouvons avec les mêmes problèmes qu’avant les élections. Une France totalement à cran mais encore polie, au bord de l’explosion mais dans la retenue pour l’instant, réagissant avec les éléments de dignité qu’on lui laisse : le vote ou l’absence de vote. Et on doit malheureusement entériner un fait : le vote révolutionnaire, en forme de doigt levé convaincu et réfléchi, majoritaire chez les ouvriers, les jeunes et les employés, c’est le vote Front national. Enraciné, profond, durable. Un vote d’adhésion. Un vote de classe. Du 13 novembre au 6 décembre, en quelque sorte, nous avons pris conscience que nous étions pris en otage entre l’Etat islamique et la clique frontiste.

Le soufflet passé, on est entré dans la semaine de « barrage » où chacun y est allé de sa truelle pour édifier en état d’urgence ce fameux rempart de plus en plus friable à chaque élection qui passe, évitant la vague de boue qui aurait fait mauvais genre. Hollande, très chiraquien, a imposé à ses troupes un sabordage là où la vague semblait trop forte. Sur la côte d’Opale et la côte d’Azur, les Le Pen ont buté sur un banc de sable. Débarquement manqué, pour cette fois. Un drôle de personnage a pointé sa trombine dans l’histoire de France, Jean-Pierre Masseret, qui a refusé l’ordre présidentiel de se démettre sans pour autant soumettre l’Alsace-Lorraine-Champagne-Ardenne au Front national. La gauche en fera ce qu’elle veut, mais c’est une leçon. Sarkozy a fait le mal élevé, comme d’habitude, mettant un trait d’égalité entre le Front national et le Parti socialiste, tout à la poursuite de sa stratégie buissonnière.

N’aurait été la froide et ridicule décision de la gauche en Ile-de-France de tenter de réduire son adversaire à une candidature de ghetto ethnique – « Valérie Pécresse, c’est Versailles, Neuilly et la race blanche » – la société des partis républicains s’en serait tirée cabossée mais sans tâche. Peut-être même la gauche serait-elle passée dans la région capitale. Je n’ai pas de statistique assez fiable sous la main pour savoir à quel point cette sortie sans gêne a tué le match, mais mon petit baromètre personnel m’en donne une idée. Une petite foule d’amis de gauche m’a bombardé de SMS m’expliquant, dans un langage aussi fleuri que désabusé, que cette fulgurance les invitait à rester sous la couette dimanche. C’est encore trop impensé, mais l’abstention militante, ça existe. Quand on ne se sent plus représenté, ou mal, on a le droit de se dire que ces urnes-là sont aussi propices à l’espoir que celles du crématorium, et de glisser son bulletin sous la couette. Cette frange d’abstentionnistes de gauche a, sûrement, avec d’autres facteurs, contribué à ce que l’Ile-de-France soit présidée par une Elle de France.

Avouons-le, en dehors de Sarkozy parti voir un match du PSG (il ne déçoit jamais), chacune des interventions le soir du second tour était empreinte d’humilité, le ton était presque à l’excuse : « Désolé, on a merdé. Merci pour cette confiance renouvelée. Promis, cette fois on va tenter de ne pas vous décevoir. » Jusqu’à Christian Estrosi, touché par la grâce, qui a lâché dans Paris Match une sorte de phrase-de-sa-vie, un truc entre la révélation d’un saint et le souffle apaisé d’un bouddhiste arrivé au Nirvana : « Plus on va à droite, plus le FN monte. »

La République-Encore-Sauvée par ce rétablissement de justesse à l’atterrissage, un peu rude mais opéré avec professionnalisme, devrait se réjouir d’avoir des serviteurs aussi avisés. Outre des détails un peu gênants comme le nombre de conseillers régionaux frontistes dépassant celui des socialistes, le nombre d’électeurs frontistes qui n’a jamais été aussi élevé, le gros des apparences est suffisamment maintenu pour faire illusion.

Sans vouloir ternir le sursaut républicain généralisé, l’annonce d’un énième pacte trucmuche rempli de mesures techniques qui seront a priori aussi impeccables que leur portée sera limitée, au moins d’ici à 2017, ne fera pas l’affaire. Le Président de la République sait que pour changer de politique, il faut au minimum changer de Premier ministre. Comme il ne l’a pas fait, on sait à quoi s’en tenir. « Il faut que tout change pour que rien ne bouge », disait le Prince de Salina dans Le Guépard. Tout a changé, donc, on nous l’a promis dimanche soir. La pauvre ministre de l’Emploi continuera, à chaque conférence de presse mensuelle sur les chiffres du chômage, à prendre un air grave et contrit pour tenter de ne pas nourrir notre scepticisme affligé. La forme que prendra la fin de ce quinquennat risque d’être tristissime. La droite va nous offrir un bel opéra bouffe, bien solennel, pour sélectionner celui qui aura la mission d’arriver en second derrière Marine Le Pen. Car on en est là, l’ambition de nos grands partis démocratiques n’est plus que d’arriver second au premier tour à la Présidentielle, reprenez un verre, derrière l’extrême droite, videz la bouteille. François Hollande va continuer à travailler son césarisme d’opportunité (ce qu’il fait admirablement bien, du reste), sauvant la planète et luttant contre la barbarie. La petite musique du gouvernement d’union nationale, rassemblant les meilleurs talents de chaque camp, qui bruisse depuis lundi matin, va prendre de l’ampleur, préparant les esprits en cas de chambre à majorité introuvable sortie des urnes en juin 2017 (le tripartisme s’enracinant, la très plastique Ve République, qui a déjà digéré trois cohabitations, peut voir un ou une présidente sans majorité nommer un chef de gouvernement issu d’un parti adverse au sien pour aller à la recherche d’une coalition dans une sorte de retour contraint à la IVe République).

Bref, comme disait Chirac, « en politique comme en amour, la réussite, c’est la fuite » ! Le problème, c’est qu’en 2017, entre la fonte de l’Antarctique et la montée perpétuelle du Front national et du djihadisme, c’est le barrage qui risque d’avoir des fuites, et la réussite est loin d’être garantie pour ceux qui ont sauvé les meubles le 13 décembre.

*Photo : SIPA.00733553_000012.

Les parents d’élèves délégués indemnisés dès la rentrée prochaine

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Education nationale parents d'élèves

Si la nouvelle peut surprendre au premier abord, quoi de plus juste, en fin de compte, que de payer les seules personnes ayant un peu de pouvoir au sein de l’Education nationale ? Les seules capables, grâce à leurs pleurs, d’influer sur les décisions du chef d’établissement et de le convaincre de faire passer tel élève dans la classe supérieure, ou de retirer à tel autre un avertissement de travail délivré hâtivement par l’équipe éducative ?

Une ex-collègue m’a appris récemment qu’une mère d’élève lui avait demandé si elle pouvait effectuer l’heure de colle à la place de sa fille. C’est bien la preuve que les parents sont les mieux placés pour mettre en pratique la théorie de l’élève au centre…

« Cette indemnisation interviendra dans le cadre d’un décret sur le statut des parents délégués, en cours d’élaboration », a d’ailleurs indiqué la ministre de l’Education nationale, confirmant par là le rôle grandissant des parents au sein de l’école. Après l’avoir entendue assurer que sa réforme du collège était « appélée de ses vœux par la FCPE » le 23 mai lors du 69e congrès de l’association des parents d’élèves, on ne pouvait s’attendre à moins de la part de Najat Vallaud-Belkacem.

Le terme même choisi pour désigner cette journée est extrêmement révélateur : « co-éducation ». La confusion créée par la rebaptisation de l’Instruction publique en Education nationale laisse croire que parents et professeurs auraient le même rôle.

Cette reconnaissance des parents délégués est une vieille revendication des fédérations comme la FCPE ou la PEEP.

Gageons que la ministre saura satisfaire également une autre de leurs revendications : l’organisation des conseils de classe à des horaires compatibles avec leur vie professionnelle. Il serait vraiment dommage, en effet, de se priver de la présence de ces parents qui transforment chaque jour un peu plus le conseil de classe en une instance destinée à évaluer non plus les élèves mais les professeurs.

Le seul regret, c’est qu’on ne soit pas allé un peu plus loin. On aurait aimé, par exemple, que les parents puissent intervenir librement pendant les cours, lorsqu’ils le désirent, afin de prolonger cette co-éducation. On aurait aimé également qu’ils suppléent les inspecteurs, qui n’ont l’occasion de passer que trop rarement dans les classes. Fort heureusement, les parents n’attendent pas les ordres d’en haut pour distiller leurs précieux conseils didactiques et pédagogiques aux enseignants.

« Journée fructueuse consacrée aux représentants de parents d’élèves et co-éducation » a tweeté la ministre. Quand l’école détruit peu à peu les élèves et les enseignants, il est agréable de pouvoir au moins satisfaire les parents.

Car qu’est-ce que la co-éducation sinon l’aveu, en creux, de l’impuissance de l’école ?

On peut toutefois se consoler en se disant qu’on ne pouvait former plus belle équipe que celle constituée par les parents et l’Education nationale. Les uns ont renoncé à éduquer, l’autre a renoncé à instruire.

*Photo : SIPA.00734912_000052.

La jeunesse, bel âge du terrorisme

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daech jeunes jeux video

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Dès le lendemain des attentats, le président, son Premier ministre et les médias se sont hâtés de le souligner : ces crimes, par la nature des cibles choisies, ont été perpétrés contre la jeunesse. Comme si le jeune âge des victimes était une circonstance aggravant l’horreur du crime. Personne ne s’était aventuré à suggérer que c’était la vieillesse qui avait été attaquée lorsque les anciens de Charlie Hebdo ont été assassinés le 7 janvier. Personne n’a dit que la France vieillissante était menacée dans son identité lorsque les jeunes frères Kouachi (32 et 34 ans) ont abattu Cabu (76 ans) et Wolinski (80 ans). C’est que la jeunesse, autrefois synonyme d’immaturité, est devenue une valeur en soi. Inutile de souligner la vigueur de l’impératif qui pèse sur nos têtes : « rester jeune ». Liberté, égalité, fraternité, juvénilité.

C’est pour cette raison sans doute que ce qui a tant frappé certains témoins du Bataclan, la jeunesse de leurs bourreaux, a finalement été passé sous silence. Nous étions bien en peine de penser quelque chose de ce qui sautait aux yeux de ceux qui étaient là : la radicale jeunesse des fous d’Allah qui ont voulu tuer puis mourir, le 13 novembre 2015 à Paris. Pourtant, terreur et jeunesse marchent depuis toujours ensemble. En Chine, il n’est qu’à songer à celle répandue par les gardes rouges, souvent des lycéens, délivrés par la révolution des liens et des freins familiaux ou institutionnels. Ils humilièrent leurs pères et leurs professeurs sous les encouragements d’un vieux tyran qui haïssait la culture traditionnelle de son pays. En Europe, Kundera dénoncera le lyrisme juvénile de la terreur. « Si quelque chose m’a toujours profondément écœuré chez l’homme, dit-il, c’est bien de voir comment sa cruauté, sa bassesse et son esprit borné parviennent à revêtir le masque du lyrisme. » Les œuvres numériques de l’État Islamique sont à cet égard édifiantes. Un syncrétisme de religion archaïque et de jeux vidéo se met au service d’un sentimentalisme écœurant, qui sépare les gentils des méchants avec la rigueur d’un gamin de 6 ans à qui on a piqué son pain au chocolat. Malgré sa virtuosité technique inspirée par celle de Hollywood,  le djihadiste ne connait que le noir et blanc moral. Mais en cela, sa propagande reste fidèle à Hollywood et à Luc Besson. Il  nous fait boire jusqu’à la lie son cocktail indigeste d’esthétisme kitsch et de violence ricanante à la Tarantino ; nous pourrions ricaner nous aussi et éloigner de nous cette coupe grotesque, si tout cela restait aussi virtuel que Hollywood ou Luc Besson peuvent l’être, et si nous n’étions pas devenus les victimes, réelles ou potentielles, de cet infantilisme moralisateur et criminel.

André Breton considéra, peut-être en s’inspirant d’Émile Henry, guillotiné à l’âge de 21 ans après avoir, notamment, tenté de massacrer les clients du café Le Terminus près de la gare Saint-Lazare, que « l’acte surréaliste le plus simple consiste, revolvers aux poings, à descendre dans la rue et à tirer au hasard, tant qu’on peut, dans la foule. » André Breton fit aussi de sa démarche artistique « un acte de foi sans limites dans le génie de la jeunesse. » Il haïssait la famille et les formes traditionnelles d’expression qui limitent la créativité des nouvelles générations.

On apprend qu’un des terroristes du Bataclan sermonnait son père venu le chercher en Syrie, en l’incitant à abandonner sa pratique pacifique de l’islam pour le rejoindre dans le « vrai islam » du viol des femmes et de la décapitation des mécréants. Ces jeunes gens, qui font preuve d’une créativité sans limites dans l’exercice de la violence, ne veulent rien apprendre de la France ni des générations qui les précèdent. Adeptes de la transversalité et de l’interdisciplinarité, ces enfants soumis à leur époque autant qu’à l’islam, ont eux-mêmes forgés leurs propres savoirs historiques et religieux, à partir d’une pratique intensive des nouvelles technologies. S’ils pensent trouver dans le djihad de quoi justifier leur soif de vengeance et de sang, ils sont aussi le produit d’une France déboussolée qui ne sait plus que transmettre à une jeunesse qu’elle idolâtre et abandonne d’un même mouvement.

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : AP21823941_000047.