Tais-toi et tombe les filles!

Tais-toi et tombe les filles!

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Je sais que je me fais du mal, mais je lis L’Obs. Par fidélité, par habitude, par reconductions automatiques des abonnements, il est dans le paysage familial depuis toujours. Il y a des familles Renault, d’autres Citroën, nous, nous étions Nouvel Obs. Aujourd’hui, tout le monde a quitté la maison, il reste seul avec ma mère, et comme un vieux mari, il n’a plus besoin d’être à la hauteur pour rester à sa place. Plus personne ne regarde la concurrence, ne se demande s’il convient encore, s’il a gardé toute sa tête. Sauf moi. Forcément, personne ne le lit, le pauvre vieux, sauf moi.

Alors régulièrement, je m’énerve[access capability=”lire_inedits”], je somme ma mère de se désabonner dans l’heure, je lui rédigerais au besoin la lettre de protestation ad hoc : « Maman, tu ne vois pas ce que c’est devenu ? Jean Daniel est hors service et chez eux, c’est la jeunesse qui est un naufrage ! »

Mais ma mère ne veut rien savoir : « Fous-moi la paix, c’est mon journal. Ne le lis pas ! Qu’est-ce que tu m’emmerdes ? » Alors forcément, je surenchéris : « Tu ne comprends donc pas qu’aujourd’hui toute prise de distance avec Finkielkraut est une bêtise ou une lâcheté ? As-tu seulement lu cet article d’Aude Lancelin, ses procès d’intentions, ses insinuations minables ? Je te préviens, c’est lui ou moi. »

Je m’emporte, elle me montre la porte, elle décroche et ne m’écoute plus, et tandis que je déroule mon réquisitoire, mon esprit s’échappe. Je revois Bruce Lee dans la Fureur de vaincre, quand il refroidit à mains nues les assassins de son maître en poussant des cris de chat sauvage, puis je me dis que c’est peut-être excitant d’être couvert de boue par une blonde, mais seulement dans un sketch d’Élie Semoun. Sinon, c’est franchement dégueulasse. Je continue à brailler, je suis un peu amer. Malgré tout le mal que je me donne, je n’ai jamais été référencé comme facho dans les papiers de Renaud Dély. Pas une fois je ne me suis trouvé dans une liste ou dans une rafle. Forcément, il n’y en a que pour les stars, toujours les mêmes, les Lévy, les Zemmour, les Finkielkraut. Et pour les petites mains du néofascisme, les sans-grades de l’extrême droitisation, le lumpenprolétariat de la pensée nauséabonde ? Rien, que dalle. Et ces gens-là se disent de gauche !

Malgré mes tempêtes, ma mère est restée abonnée. Le dossier sur les Klarsfeld lui a plu, n’en parlons plus. Alors, quand je vais aux toilettes, je le lis. C’est ça ou le livre des Klarsfeld. Je commence par le dossier aux rubriques tourisme, gastronomie ou science. J’y ai trouvé dernièrement une petite information tout à fait à mon goût que je colporte depuis, en fanfaronnant. Des chercheurs ont découvert que « l’augmentation de testostérone diminue la fluidité verbale ». Quelle trouvaille ! Quel soulagement ! Quelle revanche ! Donc, les hommes à haute teneur en hormones mâles seraient, par nature, réduits au silence. Ainsi, les taiseux, les taciturnes, ceux qui ne parlent pas seulement à bon escient mais en dernier recours et en cas d’extrême urgence ne seraient pas affligés d’un handicap mais doués d’un super-pouvoir. Sur les femmes. À l’inverse, on pourrait reconnaître les « mecs » chargés en hormones gonzesses par leur incontinence verbale, leur débit assommant, leur manie du bavardage, leur aptitude à tenir les crachoirs sans jamais les lâcher.

J’aime quand les sciences dures viennent confirmer des intuitions profondes, des convictions restées jusqu’à ce jour sans fondements et sans preuves, mais pas sans exemples. En fait, je l’ai toujours su, vaguement mais sûrement, depuis que, pour me trouver des modèles, j’ai commencé à comparer Charles Bronson à Karl Lagerfeld et Clint Eastwood à Jean-Paul Gaultier. Depuis cette révélation, cette confirmation, je revisite l’histoire et l’actualité à l’aune de cette fabuleuse découverte.

Des Zaza Napoli, les tribuns, les hâbleurs et les bonimenteurs, les habitués des estrades et des micros, les Hitler et les Mussolini ? Et Fidel Castro, maricón maximo, comme on dit là-bas ? Et qu’en est-il des avocats, baveux en robes, le verbe haut et la queue basse, voués à gagner leur croûte en cherchant notre pitié pour des crapules. Vénalité et compassion : des trucs de gonzesses, ou je ne m’y connais pas. Et tous ceux qui, sans relâche, déblatèrent sur le Net, ceux qui l’ouvrent sans jamais la fermer, comme des robinets cassés, qui nous inondent de paroles tant qu’à la fin qu’ils nous les brisent. Une fiotte, Alain Soral ? Il est vrai que je l’ai parfois confondu avec Paris Hilton

Alors Mesdames, qui vous plaignez de nos mutismes, de nos replis et de nos ermitages, de nous autres qui ne parlons pas sous la torture, même conjugale, et qui défendons notre droit de garder le silence après l’amour, échangeriez-vous votre ours contre un rossignol ou un perroquet, avec tout ce que cela implique ? Et vous Messieurs, qui affûtez vos langues bien pendues, qui salivez pour me répondre, pour m’ensevelir sous des flots d’éloquence, allez-y, sans retenue, vos femmes vous écoutent. Et nous regardent.[/access]

*Photo : © Rue des Archives/Collection CSFF.

Décembre 2015 #30

Article extrait du Magazine Causeur


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Cyril Bennasar, anarcho-réactionnaire, est menuisier. Il est également écrivain. Son dernier livre est sorti en février 2021 : "L'arnaque antiraciste expliquée à ma soeur, réponse à Rokhaya Diallo" aux Éditions Mordicus.

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