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Flop art

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pop art world londres

Encore une exposition consacrée au Pop art ! Beaucoup trouveront d’abord que la prestigieuse Modern Tate de Londres pèche par manque d’originalité. Les conserves de Campbell’s soup et les personnages de BD peints à l’acrylique, on les a tellement vus et revus qu’on serait enchantés de pouvoir un peu les oublier. Heureusement la Modern Tate fait le pari de montrer un Pop art totalement inconnu du grand public. Pas de Warhol, pas de Lichtenstein, pas de Jasper Johns. L’exposition « The World Goes Pop » déterre des œuvres conçues dans de lointaines périphéries de l’axe principal du Pop art, tendu entre New York et Londres. Autant dire du jamais-vu. Quant à savoir si l’événement mérite de l’intérêt, c’est une autre affaire.

Si la force du Pop art, comme celle de n’importe quel courant artistique d’ailleurs, tient aux réflexions qu’il développe sur son époque, il faut bien admettre que ce n’est ni à SoHo ni à Chelsea qu’ont émergé des analyses incisives de la société de consommation. La première section de l’exposition met ainsi en évidence la forte contribution au mouvement Pop de pays alors dictatoriaux, républiques populaires en tête. Les œuvres des artistes brésiliens, roumains ou polonais, moins iconiques que leurs sœurs américaines dès lors qu’elles outrepassent la simple dénonciation du consumérisme pour s’intéresser à la censure, à l’émancipation des femmes, aux droits civiques, à la violence et aux nouveaux déséquilibres sociaux, entrent néanmoins dans les critères du genre : même bruit visuel, mêmes techniques, même attention portée aux objets quotidiens, toujours détournés de leur usage habituel, même influence de la publicité et des mass media.[access capability= »lire_inedits »]

L’exemple le plus frappant vient peut-être d’Espagne. Le titre d’une série de collages de l’artiste catalane Eulàlia Grau, Ethnography (1972-73), suggère qu’elle décrit les mœurs et des traditions d’un groupe d’individus, mais en réalité, elle montre la façon dont les Espagnols se sont accommodés du franquisme en s’abandonnant à la consommation. Voici le montage de photos de presse de candidates à un titre de miss, juxtaposées à celles de trois hommes recherchés par le régime (Misses and Gangsters, 1973).  L’ennui, c’est que l’artiste refuse d’être cataloguée « pop » : « Selon moi il est impossible de faire du pop catalan, de la même manière qu’il est impossible de faire un western catalan. Cela pour la simple raison que la Catalogne n’a pas la même histoire que l’Ouest, c’est-à-dire l’histoire des pionniers et des cowboys. » Grau n’est pas la seule à avoir des réticences à s’afficher sous l’étiquette du Pop art. La pièce de Bernard Rancillac, Pilules Capsules Conciliabules (1966) évoque le débat qui a précédé la légalisation de la pilule contraceptive en France. Quand on lui demande s’il se considérait comme un artiste « pop », il esquive habilement: « Je ne me suis jamais considéré moi-même. Je me suis contenté de faire de la peinture. » Il faut noter que la France est reléguée au second rang dans l’histoire du Pop art. Danone n’est pas Coca-Cola. Et l’artiste parisien Erró confirme à sa façon que la grande histoire du XXe siècle s’est jouée ailleurs que sur le boulevard Saint-Germain, avec le cycle American Interiors (1968) qui montre de paisibles intérieurs américains envahis par le Viêt-cong et les troupes maoïstes.

Mais l’ambition des organisateurs de l’exposition londonienne ne se limite pas à une tentative de réévaluation des scènes artistiques mineures ou exotiques du Pop art. La présence d’artistes américains qui n’ont pas eu accès au cercle fermé de la Factory sert ici de pièce à conviction dans le procès fait insidieusement au Pop art en tant que courant dominé par des mâles blancs. Vingt-cinq femmes figurent au catalogue. Parmi elles, Judy Chicago, qui jouit d’une renommée de grande dame de l’art féministe (eh oui, ça existe, à ce qu’il paraît), avec ses motifs intitulés Bigamy, Birth et Flight (1965-2011) reproduits sur des capots de voitures – symbole par excellence du machisme omniprésent. « J’ai déployé de grands efforts pour être prise au sérieux sur la scène artistique californienne, mais mon sexe a été un obstacle majeur. J’ai clairement entendu, et à plusieurs reprises, que je ne pouvais pas être femme et artiste en même temps », affirme-t-elle dans une interview. Martha Rosler, une autre artiste américaine, désigne directement le gotha du Pop comme le coupable de la relégation de la femme au statut d’objet décoratif. Son œuvre Woman with Vacuum (1967-1972) représente une femme soigneusement habillée et maquillée, en train de passer l’aspirateur dans un couloir décoré de tableaux de Tom Wesselmann, figure incontournable du mouvement Pop. Le message est on ne peut plus univoque : face au patriarcat régnant jusque dans les cercles artistiques, les femmes artistes n’ont qu’à sourire gentiment et à se résigner.

Après tout, que la Modern Tate tire la langue à tous les phallocrates du monde artistique, galeristes et critiques compris, pourrait être une chose amusante en soi. Le problème, c’est que l’art de ces femmes qui accèdent enfin à la visibilité parle quasi exclusivement de l’art d’être femme. Les travaux de la Slovaque Jana Zelibska, composés d’images schématiques d’un nez avant et après une opération de chirurgie esthétique ou de silhouettes féminines en rose bonbon, avec plumes, miroirs et jeux des lumières, méritent-ils réellement une salle entière dans un grand musée européen ? Ce n’était visiblement pas, ce jour-là, l’avis des visiteurs qui préféraient admirer la Tamise en contrebas.

En sortant de cette expo-blockbuster automnal de la Modern, on se demande, à l’instar de Tom Wolfe dans son brillant essai Chester Gould versus Roy Lichtenstein, si les médias des années glorieuses du Pop n’étaient pas plus intéressants que l’art qui les exploitait. En regardant froidement « The World Goes Pop », la médiocrité – décomplexée, sinon revendiquée – saute littéralement aux yeux. En réalité, l’unique conséquence de cet événement ne sera pas artistique mais économique : l’élargissement du marché de l’art contemporain à quelques noms qui bénéficient désormais de « l’approbation » de l’institution. Au moment où les Warhol ou autres Rauschenberg deviennent inaccessibles aux plus riches des collectionneurs, en voici de fraîchement canonisés, comme Brudascu et Gonzalez. Hélas, les commissaires de l’exposition n’ont pas découvert de génies injustement ignorés. En revanche, le géant mondial de l’audit financier, le cabinet Ernst & Young, sponsor de la manifestation, a splendidement réussi à ajouter quelques « valeurs sûres » à la liste de courses des investisseurs en art.[/access]

« The World Goes Pop », jusqu’au 24 janvier 2016, The Modern Tate Gallery, Londres (de dimanche à jeudi de 10 à 18 heures, vendredi et samedi de 10 à 22 heures).

*Photo: Sipa. Numéro de reportage: AP21792673_000003

Norvège: l’islamo-critique devenu «chrétien musulman»

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norvege anfiindsen islamnous dit-on, parler d’invasion. Pathétique défense du « citoyen d’Oslo de l’année » (prix décerné par les lecteurs du quotidien Aftenposten), Mohsan Raja, après que celui-ci a utilisé son quart d’heure de célébrité pour rappeler que non, trois fois non, l’islam ne saurait tolérer l’homosexualité (il l’assure, il n’éprouve aucune haine contre les homofil). Et bien sûr, le calvaire des migrantes violées par des policiers syldaves qui nous démontre une fois de plus que, question comm’, nous avons, en face, encore quelques leçons à prendre.

Je croyais avoir tout lu quand, sirotant mon latte à la kaffebrenneriet, je tombai sur une magnifique confession publique publiée par l’hebdomadaire Morgenbladet. L’écrivain islamo-critique Ole Jørgen Anfindsen faisait son coming-out. Il serait en passe de se convertir. À l’islam. J’ai cru à un poisson d’avril en décembre, mais non, c’est sérieux.

Après avoir reconnu, coquet, que la nouvelle pouvait surprendre ceux qui l’avait lu (un peu) et entendu (beaucoup) sur le thème de l’islam, danger-pour-nos-démocraties, ce brave Ole se faisait un plaisir de s’expliquer. Voilà : ses positions islamo-critiques l’avaient amené à discuter avec des amis musulmans, et peu à peu, il avait compris qu’il avait beaucoup à apprendre d’eux. Dans un attendrissant démenti, Ole déclarait qu’il « n’avait courbé le dos ni devant l’islam, ni devant ses amis musulmans ». Là où l’on toucha au sublime, c’est lorsque l’auteur de cette confession précisa qu’il était depuis un chrétien musulman, et non un musulman chrétien (ne confondons pas !), et qu’il était toujours préoccupé, très préoccupé, par le fondamentalisme. Last but not least, Ole Anfindsen, appelait à la rescousse le fransk-jødiske filosofen Emmanuel Levinas, rencontré à travers la lecture du livre d’un certain Oddbjørn Leirvik, Islamsk ettik (L’éthique musulmane).

M’étant moi-même penché, durant quelques années, sur les quatre volumes des Lectures talmudiques (qui ne sont pas un éloge de l’esprit de conversion), j’ai alors pris, en pensée, ce brave Ole par le revers du col et lui ai déclaré avec une brutalité toute gauloise « tu fais ce que tu veux de ta vie, mais tu ne touches pas au fransk-jødiske filosofen. »

Non mais c’est vrai, quoi.

Et puis ma pensée a fait un saut, illogique en apparence. Je me suis souvenu de cet ex-joueur de l’équipe de France qui, pulsion scopique oblige, se serait, semble-t-il, beaucoup intéressé à la vie sexuelle (saisie en vidéo) de l’un de ses camarades de jeu, au point d’être aujourd’hui inquiété par la justice. Rien à voir, a priori. Sauf que lorsqu’on saute du coq à l’âne, il arrive que ce soit par humeur vagabonde, ou tout bonnement, parce qu’on est dans une jolie ferme du Poitou, et que le coq et l’âne y font bon ménage. Bref, que la libre association fasse sens, comme on dit chez les psys.

Mais revenons à Ole Anfindsen. On peut, bien sûr, prendre très au sérieux les discussions que notre écrivain islamo-critique, devenu depuis chrétien-musulman islamo-critique, a eues avec ses chers amis musulmans. Cela donne sans doute des choses très intéressantes :

– Crois tu que Jésus était un prophète ou un messie ?

– Issa, mon cher Ole, dans notre tradition, nous l’appelons Issa.

– Oui, donc crois-tu qu’Issa…?

On peut aussi ne pas être totalement dupe : derrière les grands mots, les grands débats, les positions et les postures, il y a souvent des réalités plus pulsionnelles.

Le narcissisme de la démarche d’Ole Jørgen Anfindsen me saute évidemment aux yeux. Confession publique à fort potentiel buzzique, besoin d’expliquer au grand jour ses convictions religieuses (c’est-à-dire plus que privées : intimes), volonté d’être l’un et l’autre et d’occuper tout l’espace du débat, ex-contradicteurs compris. Le diagnostic est évident.

Je suis sensible à un autre aspect de la conversion d’Ole Anfindsen. Il affirme n’avoir pas courbé le dos. Je le crois. Il ne s’est pas soumis. Je dirais plutôt qu’il s’est emparé de l’objet de l’autre. En adoptant la religion de ses ex-contradicteurs, l’écrivain islamo-critique a volé leur fétiche.

Il y a quelques années, j’ai lu que pour certains musulmans (qui faisaient preuve ici d’une grande lucidité), la conversion de certains Français de souche était pénible. Comme une dépossession. Et que certains réagissaient comme je l’avais fait moi-même quand Ole Anfindsen entendait récupérer à son profit le fransk-jødiske filosofen : sur le mode, violent et canin, du « Bas les pattes ! » La conversion n’est, en effet, pas que l’assujettissement qu’elle proclame, c’est d’abord et au contraire un accaparement fantasmatique, par le converti, de l’espace mental de l’autre, de ses objets d’amour, de crainte et de désir. Il s’agit, pour le converti, de venir à bout de l’altérité. En faisant mine d’assassiner sa propre différence, le converti tente d’en finir non avec lui-même, mais avec cet autre dont il fantasme la puissance.

Au fond, Ole Anfindsen a agi comme ce joueur de foot qui aurait volé la vidéo intime d’un camarade – nous y revoilà – et aurait, nous dit-on, cru tenir ce dernier en son pouvoir – l’autre devenant ainsi, grâce au vol du fétiche, magiquement – magnifique saillie, elle pleinement revendiquée – une tarlouze. En dérobant ton secret, j’ai dérobé ta puissance, tu n’es plus un mystère, tu n’es plus rien, tu es symboliquement mort, croit le voleur de l’objet de l’autre. Ole Anfindsen s’est ainsi approprié la religion de ses amis pour jouir fantasmatiquement d’une nouvelle puissance, celle qu’il prête à l’autre et dont, inconsciemment, il se croit lui-même privé. Fantasme homosexuel, vieux comme le monde. Derrière le frotti-frotta de la confrontation d’idées et d’un pseudo dialogue inter-religieux, peuvent se dissimuler convoitise, haine, désir et haine du désir. On se croyait au presbytère, on était au vestiaire.

Oui, dans les sociétés multiculturelles, on a pas fini de se toucher. Entre potes.

*Photo: wikicommons.

Maison des Métallos: haro sur Jérusalem!

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maison metallos israel msf

Avec ces dernières semaines de terreur, d’angoisse et d’élections régionales, on avait un peu perdu de vue le conflit israélo-palestinien. Bien sûr, en Israël les attaques au couteau, à l’arme automatique ou à la voiture bélier font plusieurs victimes chaque semaine mais ce n’est pas bien grave car ces victimes sont israéliennes. Et puis, selon la classification suédoise en pointe sur le sujet, les attaques de ces derniers mois contre des civils israéliens ne sont pas des actes terroristes. 70 « actes non terroristes » en 3 mois, soit tout de même un toutes les 36 heures. Mais les médias ont le bon goût de rester plutôt discrets.

Alors pour être bien sûr que la propagande anti-israélienne continue d’infuser dans les esprits, la Maison des Métallos, « un établissement culturel de la ville de Paris », organise une exposition multimédia (pièce de théâtre, photos…) sur les Palestiniens avec comme clou du spectacle un parcours grandeur réelle de ce que serait, selon Médecins Sans Frontières, des scènes de la vie quotidienne palestinienne avec photos et vidéos de ruines et de blessés. La désolation sur terre.

La présentation de cet événement laisse peu de doute sur la ligne éditoriale des organisateurs, Israël apparaissant comme un agresseur permanent qui, lors de la dernière opération militaire à Gaza à l’été 2014, « pouvait frapper délibérément la population civile palestinienne, hommes, femmes, enfants, hôpitaux, écoles et même installation de l’ONU, sans la moindre sanction de la Communauté internationale ». Le ton est donné. La noblesse des victimes palestiniennes, la brutalité des bourreaux israéliens. Pour rendre le tout plus réel, l’exposition-photos de MSF se fait avec un audio-guide offrant des enregistrements de pleurs d’enfants, scènes de panique, sifflement de balles et explosion de missiles.

Le visiteur en sortira glacé d’effroi. Mais aussi trompé.

Israël viserait délibérément les zones civiles ? C’est faux.

Israël répond aux tirs de roquettes qui s’abattent sur son territoire et vise pour cela les rampes de lancement, les stocks de munitions et d’armes. Les Nations Unies ont reconnu – dans la douleur – que le Hamas utilisait des zones civiles densément peuplées, des hôpitaux et des écoles de l’ONU pour y cacher des munitions, des armes, des combattants et en faire partir des roquettes sur les populations civiles israéliennes. Pire que cela. De nombreux « courageux martyrs » de la cause palestinienne n’étaient en réalité que de malheureux gazaouis enfermés dans des immeubles par le Hamas et disposant comme choix : le bombardement israélien ou l’exécution sommaire. Ces morts auraient pu être évités, les Israéliens prenant soin de prévenir les civils par sms et appels téléphoniques des bombardements à venir.

Un oubli sans doute.

De même, MSF oublie de préciser que près de 240.000 palestiniens ont été autorisés à se rendre en Israël en 2013 pour s’y faire soigner et que deux millions de shekels ont été dépensés pour former 2.314 médecins et infirmiers palestiniens, et que ces chiffres augmentent chaque année.

MSF oublie que lors de la dernière opération militaire à Gaza, des hôpitaux de campagne étaient dressés et soignaient indistinctement les soldats israéliens et des terroristes du Hamas.

MSF oublie qu’en novembre 2013 et en octobre 2014, ce sont notamment la petite-fille et la fille d’Ismaël Haniyeh, ex-Premier Ministre du Hamas, qui ont été soignées en Israël.

MSF oublie enfin de montrer les photos des villas et hôtels de luxe de Gaza qui ne profitent qu’aux cadres du Hamas.

Pour finir ce rapide tour d’horizon, cette exposition inclut une pièce de théâtre dont la présentation dresse un parallèle entre l’Apartheid, le génocide au Rwanda en 1994 et la situation des palestiniens. Rien que ça.

Peut-on faire plus outrancier ? Oui. Sur place, l’acteur Jean-François Balmer a osé, sans rougir de honte, comparer les photos de cette exposition à Auschwitz-Birkenau. Consternant.

Et de préciser sa pensée : « Mais enfin c’est un peu comme un Birkenau, quand c’est tellement mis en scène, tout d’un coup il y a quelque chose qui fait qu’on n’y croit plus, on n’est plus vraiment dans la réalité ». Abject.

Comparer le génocide rwandais ou la Shoah à la situation des palestiniens trahit une inculture crasse mais est également une insulte à la mémoire de millions de morts.

Sur son site internet, MSF croit se justifier en affirmant que l’exposition « In Between Wars » «est une installation qui restitue la vie quotidienne des Palestiniens à Gaza et en Cisjordanie, à travers plusieurs décors successifs composés d’enregistrements sonores, de témoignages filmés et de photographies. […] Cette exposition […] a comme ambition de rendre compte d’un point de vue humanitaire des difficultés quotidiennes des Palestiniens sous occupation israélienne».

C’est à se demander si MSF dispense vraiment des soins à Gaza. Car ils n’ont manifestement pas remarqué que depuis dix ans, il n’y a plus un soldat israélien à Gaza. Il n’y a donc pas d’occupation de Gaza, pas plus qu’il n’y a d’occupation de la Judée-Samarie mais une répartition provisoire de territoires disputés entre deux parties, territoires sur lesquels les palestiniens n’ont à ce jour aucune légitimité historique ni politique.

Si Gaza est sous occupation, c’est celle du Hamas, cette organisation terroriste islamiste qui inflige aux Gazaouis arrestations arbitraires, torture et exécutions sommaires pour crime de blasphème ou d’homosexualité, mais aussi pour avoir critiqué le Hamas ou parlé aux médias occidentaux. Ce mouvement qui vole l’aide humanitaire gratuite pour la revendre à ses propres habitants, détourne – comme les hiérarques corrompus de l’Autorité Palestinienne, les centaines de millions d’euros versés par l’UE au détriment de la population civile, qui au lieu de reconstruire les maisons détruites lors du dernier conflit, utilise le béton et le matériel de construction pour remettre en état des tunnels de contrebande et d’attaques vers Israël.

Il faudrait peut-être en informer les organisateurs de cette exposition.

La semaine dernière, un bébé d’un an a eu la jambe sectionnée lors d’une attaque à la voiture bélier en Israël. MSF pourrait peut-être faire une exposition sur le côté israélien, dans « la neutralité et en toute impartialité » comme elle s’y engage dans sa charte.

*Photo: wikimedia.

Sauvons la junk-food!

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malbouffe burger quick king

Mes biens chers frères du diabète, des acides gras et du cholestérol, l’heure est grave. Et le suspense insoutenable… Le triple whooper de Burger King et ses oignons frits (onion rings) aux arômes de chewing-gum à la sardine, le double hot-dog au poulet frit de KFC (double down dog) et ses beignets de volailles par bassine de trente, le big breakfast à la margarine et au faux sirop d’érable de chez McDonald’s, la pizza tourte d’Uno Chigaco Grill aussi chargée en sel que vingt-sept mini-paquets de chips Lay’s[1. D’après une étude du magazine Eat this, not that !.], toutes ces merveilles du mauvais goût culinaire à l’américaine, véritables orgasmes à mâcher conçus en laboratoire par des cuistots chimistes qui savaient, eux au moins, nous faire planer, sont purement et simplement menacés de disparition !

Ce n’est pas juste un complot diététique ou un coup d’État des furies en sandalettes du régime « paléo », c’est une agression à grande échelle contre tout un art de vivre, une culture, presque un patrimoine. Une exception plus historique que culturelle, certes. Mais qui nous a tout de même permis de faire du gras pendant trente ans en prenant notre pied (et Dieu, que c’était bon !) : la junk-food… Oui, chers amis candidats à l’obésité morbide et à l’AVC en vol plané, notre sœur de graisse, la malbouffe, si souvent accusée à tort de tous les maux de la mondialisation, est aujourd’hui en danger de mort.[access capability= »lire_inedits »] La faute à qui ? À tous ces couillons de « millenials », ces crétins hyperconnectés, nés avec la fin du siècle dernier et l’Internet dans la culotte, qui ont fait des réseaux sociaux une arme redoutable contre les petits délices empoisonnés des fast-foods et des sodas. Rien qu’aux États-Unis, c’est presque 1,5 million d’honnêtes travailleurs sous-payés et déguisés en soubrettes de mangas pour adultes, qui pourraient ainsi perdre leur emploi à cause de cette génération numérique qui ne respecte plus rien, même pas les plaisirs hautement toxiques et boostés au glutamate de sodium de l’industrie lourde. Selon deux chercheurs américains, les très honorables Hans Taparia et Pamela Koch, professeurs à l’école Stern de New York et à l’université de Columbia, les 20-40 ans aux États-Unis sont, en effet, sur le point de porter un coup fatal aux géants du secteur (Burger King, McDonald’s, Pizza Hut, KFC, Wendy’s, etc) en leur préférant massivement d’obscures chaînes de bars à salades équitables (Sweetgreen), de burgers sans hormones (Shake Shack), de sandwichs sans additifs (Panera Bread) ou de tacos et burritos sans OGM (Chipotle), bien plus en phase avec la culture communautaire, narcissique et souvent très « écolo centrée » (disons le mot) de Facebook, Instagram et consorts. « 42 % des jeunes américains ne croient tout simplement plus au discours des grandes enseignes de fast-food », se désolent les deux chercheurs. « Trop de marketing bidon, de recherche sponsorisée et de lobbying auprès du gouvernement ont rendu leur parole quasi inaudible. Et le résultat se paye cash aujourd’hui ! »

Les ventes de McDonald’s et Burger King sont en chute libre dans de nombreux États (et pas seulement à New York), celles des sodas à volonté ont baissé de 25 % et même les grandes marques de friandises (Oreo, Mars, etc), dont on gave d’habitude les milk-shakes et les sundaes, se font désormais bousculer par Kind Bars, le nouveau géant des barres aux fruits 100 % naturelles. Évidemment. D’un côté de grandes multinationales avec d’immenses responsabilités, qui doivent redoubler d’efforts pour maquiller la nature réelle de leurs produits (poulet aux épices sans épices, etc.) et maintenir leur marge nette dans un marché hyperconcurrentiel avec des prix « plancher ». De l’autre, des start-up du produit frais en circuit court avec un story telling digne de Google (Shake Shack a démarré dans un kiosque à Manhattan, Sweetgreen dans une cabane en bois, etc), qui enflamment les réseaux sociaux dès qu’ils changent de fournisseur de carottes. Et ne dépensent – presque – jamais d’argent en pub tout en se permettant des prix à peine plus élevés pour une qualité incomparable (cinq dollars le burger de bœuf Angus chez Shake Shack).

Un combat inégal ? Depuis l’explosion des marchés de producteurs fermiers et des food hubs (l’équivalent de nos coopératives bio) sur l’ensemble du territoire américain (+ 200 % en dix ans), on peut le penser. D’autant plus que cette offensive harassante contre la junk-food gagne désormais l’ensemble de la restauration et de la grande distribution. Pour s’en sortir, McDonald’s a dû se convertir tant bien que mal au poulet sans antibiotiques, l’ogre des supermarchés General Mills virer les colorants trop voyants de ses céréales au marshmalow (Lucky Charms) et Kraft General Foods faire un grand ménage dans les émulsifiants de ses macaronis en boîte.

Mais le cœur n’y est plus. D’autant qu’au même moment, pour changer d’image ou préparer l’avenir, ces légendes de la malbouffe – pourtant jamais égalées dans leur créativité industrielle et sur leur territoire – doivent racheter à prix d’or des marques écolos à la noix qui ne rapportent pas un rond (820 millions de dollars pour le fabricant de pâtes « naturelles » Annie’s Homegrown) et investir des fortunes (50 millions de dollars pour Nestlé) dans la recherche de produits « plus sains ». Si on n’y prend pas garde et qu’on ne réagit pas assez vite, c’est tout un univers de parfums factices, addictifs et surpuissants – à côté desquelles on sait bien que le sexe n’est qu’un pis-aller – qui pourrait s’évanouir à jamais. Peut-on raisonnablement imaginer une vie sans stabilisants, épaississants, agents de texture, de charges ou de rétention d’eau ? Qui donc rêve d’une existence où le seul point break (la pression idéale d’une chips qui croque sous la dent pour un plaisir maxi) serait une salade romaine certifiée bio ? Tirer un trait sur la « disparition de densité calorique », ce leurre neurologique qui nous fait croire que le Curly n’est pas gras parce qu’il fond plus vite en bouche, est-il forcément un progrès ? Pas sûr.

Car déjà, la résistance à la dictature de la bouffe bien-pensante et proprette qui déprime le célibataire en virée, s’organise. D’abord aux États-Unis où la mode de la dude-food, la tendance des burgers hypercaloriques (plus de 1 000 calories minimum) les soirs de grande beuverie, offre de nouvelles parts de marché (totalement inespérées) au Chilli Cheese Burger X-Tra long, le dernier sandwich à 17,5 cm de long de Burger King. Ensuite en France où la filiale hexagonale de Mac Donald’s, bien plus présentable que sa maison mère américaine (José Bové leur a fait très peur), passerait presque pour une boucherie étable du Mézenc à côté de ses concurrents. Et où tout le monde attend – visiblement avec une certaine impatience – le « vrai » débarquement de Burger King et son King Croissan’Which (double croissant aux saucisses, bacon et œufs) après le rachat du réseau Quick et de ses 400 restaurants (toujours en discussion). Enfin au Japon, où l’on a pas mal d’années de junk-food à rattraper et où la fondue Burger King (sorte de cancoillotte tiédasse au cheddar, mozzarella, parmesan, emmental, bœuf et saucisses grillées) fait désormais un carton.Et aussi en Suisse où le célèbre McGrillschnagg de McDonald’s, la version helvète de l’orgie gallo-romaine à base de porc grillé, bacon, oignons frits, fromage fondu et galettes de pommes de terre (les « rösti »), force toujours le respect des exilés fiscaux. « Pour survivre, les grandes signatures de la restauration rapide sont pourtant contraintes de changer radicalement d’état d’esprit et de système de production, corrigent Hans Taparia et Pamela Koch. Pour certaines d’entre elles, c’est une question de mois ! Avec un devoir de transparence sur toutes les étapes de préparation. Même les marques de plats surgelés s’écroulent aujourd’hui face au rayon frais des supermarchés. » Seulement voilà. Et si l’avenir de la junk-food reposait surtout sur le fait que ses clients n’ont, en réalité, pas du tout envie de survivre ? Comme la drogue ou le tabac (Marlboro possédait autrefois Kraft et Nabisco, le créateur d’Oréo), il est des cuisines qu’on apprécie d’abord parce qu’elles sont vraiment mortelles.[/access]

*Photo: wikicommons.

Djihadisme et obstétrique

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noel terrorisme faux ventre

Il va falloir se faire à l’idée qu’il y a une forme d’humour noir, sans doute inconscient, chez nos amis les apprentis djihadistes. Par exemple, même les plus mécréants d’entre nous savent que Noël est la fête de la Nativité et que c’est somme toute l’histoire d’un petit migrant porté par sa maman. Elle va accoucher dans la Jungle de Bethléem, dans des conditions sanitaires effroyables entourées d’animaux et de nègres comme ce type qui se prétendait roi et que le maire FN d’Hayange, Fabien Engelmann, chez qui l’intelligence théologique le dispute à la vigilance politique, a fait expulser de la crèche. Le tout alors que la police d’Hérode qui bénéficie des facilités accordées par l’état d’urgence décrété par le monarque paranoïaque rôde dans le coin et ne répugne pas à la perquisition nocturne.

Est-ce à cet événement tout de même assez fondateur pour les chiens d’infidèles que nous sommes tous à des degrés divers qu’ont pensé la jeune montpelliéraine de 23 ans et son camarade de jeu en préparant un attentat grâce à un faux ventre ?  

Oui, vous avez bien lu, un faux ventre. Je savais qu’il existait de fausses dents, de faux yeux, de faux nez (très utilisés par le libéralisme quand il se déguise en socialisme), de faux sexes en latex pour remédier à la solitude mais j’ignorais qu’il existait de faux ventres.

Il faut dire que la ruse intéresserait à la fois le psychanalyste et l’auteur de romans populaires, Freud et Fantômas célébrés tous les deux par Breton et les surréalistes, voire Lacan et Houdini qui racontent la même chose, à savoir que l’inconscient est structuré comme un langage et qu’il a tout d’une malle à double-fond ou d’un haut-de-forme dont jaillira un lapin plus ou moins explosif.

Un faux ventre, donc. Il paraît que l’on trouve cet accessoire en vente sur Internet pour les déguisements. Dis-moi comment tu te déguises, je te dirai que tu es. Tout le monde sait ça dans les carnavals, de Nice à Dunkerque. Les hommes se déguisent en femmes, les femmes en animaux, les riches en pauvres, les pauvres en riches et d’après Bakhtine, le carnaval est le moyen de laisser parler, depuis le Moyen âge, ce qu’il appelle « le bas corporel », c’est à dire tout ce qui concerne nos plaisirs animaux : bouffe, sexe et les éventuels déchets et déjections qui en résultent.

Si ça se trouve, la jeune femme convertie radicalisée a trouvé ce moyen pour pallier le manque d’enfants. Ou le manque d’orgasme car elle a raté sans doute la journée mondiale du 22 décembre sur la question. Elle ne pouvait jouir, elle a donc voulu se faire sauter.  Ou elle ne pouvait accoucher de la vie et elle a décidé d’accoucher de la mort.  C’est logique. Le polichinelle dans le tiroir s’est transformé en TNT dans le mouroir. Houdini et Lacan, encore.  J’arrête là, on va encore dire que je suis dans la culture de l’excuse. Mais enfin, on ne me retirera pas de l’idée que lorsqu’elle aura trouvé le septième ciel sur Terre, après un passage par un centre de déradicalisation, elle aura moins envie de le chercher dans l’au-delà.

Pour le reste, il fait évidemment immédiatement réagir et rajouter deux ou trois codicilles à l’état d’urgence. Après tout, depuis qu’on ne recule plus devant la déchéance de la nationalité, on ne voit pas pourquoi on se priverait. Je suggère donc, pour éviter que toute femme enceinte devienne potentiellement une bombe humaine, quelques mesures de bon sens :

-Déclaration préalable de toute grossesse auprès de la préfecture, de la gendarmerie ou du commissariat le plus proche.

-Palpation minutieuse de toutes les femmes enceintes à l’entrée des lieux publics (magasins, salles de spectacle, boites échangistes, etc…)

-Accouchement sous la surveillance d’un OPJ et dans les cas de femmes avec fiches S de plusieurs membres du RAID ou de la BRI.

Normalement, avec ça, on est parés.

*Photo: © AFP/Archives FRANCK FIFE.

La crèche de Noël: dans les mairies ou dans les chaumières?

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creche noel baroin eglise

Installer des crèches de Noël dans les mairies de la République ? L’Association des Maires de France recommande de s’en abstenir au nom de la laïcité. Certains maires de droite protestent et annoncent qu’ils passeront outre cette recommandation.

Christine Boutin, ex-présidente du Parti chrétien-démocrate, déclare que ceux qui veulent interdire les crèches dans les mairies « renient la France ». Christine la bien-nommée ne sait donc pas qu’en France la religion catholique n’est plus la religion d’État, ce qu’elle fut longtemps, y compris pendant l’Occupation. Elle ne sait donc pas qu’en créant un parti politique chrétien-démocrate, elle justifie ceux qui voudraient créer un parti islamo-démocrate de France, instituant des votes confessionnels. Ce serait pour notre pays un merveilleux bond en arrière.

Certes, la recommandation de l’AMF peut être discutée.  Par exemple, au lieu d’interdire les crèches de Noël dans les mairies au nom d’une laïcité s’exerçant par le vide religieux, on pourrait imaginer une laïcité par le pluralisme religieux : une laïcité ouverte à toutes les croyances, comme l’est France Culture le dimanche matin.

Les mairies accueilleraient en même temps ceux qui veulent fêter Noël, Hanouka et autres événements et traditions similaires.

Cela est concevable, car le seul principe sacré de la laïcité est qu’aucune religion ne doit bénéficier d’un privilège dans l’État et sur l’État. Pas de deux poids deux mesures.

Accessoirement, mais vraiment très accessoirement, certains de nos concitoyens que je ne nommerai pas risquent de se déclarer victimes d’une odieuse islamophobie si on commémore dans nos mairies la naissance d’un enfant juif dans une Palestine sans Arabes ni musulmans…

L’état d’urgence énerve des tas d’engeances

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À la maison, c’est ma fille qui a donné l’alerte : « Papa, tu as vu ce qui se passe avec l’état d’urgence ? » -« Oui j’ai vu. on arrête les islamistes et les bandits. Tu préfères l’état normal ? Quand ce sont les bandits et les islamistes qui nous agressent ? » -« Non mais il n’y a pas que ça, va voir les réseaux sociaux, il y a plein de gens qu’on perquisitionne pour rien, qui n’ont rien à voir avec l’état d’urgence. Les flics ont tout cassé chez un maraicher bio. C’est pas normal ». J’ai avalé mon morceau de steak rouge cancer et je me suis servi un coup de beaujolpif sulfaté. – » Ah bon ? Et on persécute qui en fait ? Des barbus en robe de chambre Daech-friendly ? Des altermondialistes casse bonbons ? Des trafiquants d’armes notoires ? Des dealers qui ont pignon sur rue ? ». Et j’ai descendu mon ballon de rouge.

Je ne l’ai pas convaincue mais j’ai réfléchi à ce que ma fille m’avait dit. On trouvait donc en cherchant sur les réseaux sociaux, de l’arbitraire dans les perquisitions, des violences dans les arrestations, des abus dans les assignations, et je n’en savais rien. Je ne pouvais pas laisser faire de telles choses sans aller voir de plus près, les actions et les exactions de cette police qui ne faisait pas de détails.

Je suis tombé sur le blog de Laurent Borredon, journaliste au Monde qui a patiemment recueilli pour nous toutes ces bavures dans la répression, en proposant d’animer « un observatoire de l’état d’urgence ». Comme avec un numéro de Valeurs actuelles, l’affiche est prometteuse mais le contenu un peu décevant. Je ne m’attendais pas au retour de l’Inspecteur Harry mais quand même ! Là où on nous promet « de l’improvisation, des ratés, des brutalités », on tombe sur un festival de jérémiades et de pratiques policières bon enfant. Les policiers laissent parfois en partant un numéro aux « victimes » pour faire une demande d’indemnisation ou une adresse pour formuler un recours. On n’est pas dans The Shield. On y déniche des curiosités comme cette plainte de perquisitionnés : « Après leurs perquisitions, les policiers continuent leur vie comme avant. Mais nous, on devient quoi ? » Faut-il que les policiers se repentent ? Expient ? Se flagellent ? s’exilent en Uruguay ?

Tout ce qu’on y trouve n’est pas tellement plus « brutal » que le récit de cette famille tchétchène qui a cru en entendant le fracas policier contre la porte de son HLM, que « les Russes revenaient ». Quand Laurent raconte, ça donne ça : « Dina, dont la religion veut qu’elle couvre ses cheveux en présence d’un homme, s’est retrouvée en chemise de nuit devant les policiers. Ils ne lui ont pas laissé le temps de s’habiller, assure-t-elle. Ils ont marché avec leurs chaussures sur le tapis de prière, alors que Massoud leur avait demandé de l’éviter ». Quoi ? Il n’y a pas de patins dans la tenue règlementaire du RAID ?

On se souvient que dans la jungle de Calais, il y a peu, les CRS se déchaussaient avant d’investir une tente baptisée mosquée, alors on ne boudera pas son plaisir. Les amateurs pourront trouver leur bonheur dans « l’observatoire de l’état d’urgence » de Laurent Borredon, mais parfois, le décalage entre l’accroche alléchante et le contenu de l’ article vire à l’arnaque. On reste souvent sur sa faim, on a parfois de fausses joies. Comme lorsqu’il titre sur un suisse traine-savates de Tarnac frappé d’expulsion, et qu’on tombe sur ça : « le ministère de l’Intérieur recule aussi, parfois. Lundi 7 décembre, il a retiré l’arrêté d’interdiction de séjour sur le territoire français que nous évoquons ci-dessous… »

Enfin, même si tout ne marche pas comme on le voudrait, toutes ces « brutalités » nous montrent que si on ne fait pas encore respecter la loi à La Courneuve ou à Notre-dame-des-Landes, on en prend le chemin. Plus vite qu’à l’accoutumée, en état d’urgence, l’électeur donne le ton, l’Etat donne des ordres et la police exécute dans un cadre législatif, mais loin du parcours d’obstacles de la législature et débarrassé de la magistrature. Et sans la Justice, ç’est plus efficace.

En un peu plus d’un mois, 2700 perquisitions administratives, 488 procédures judiciaires ouvertes, dont 187 liées à des infractions à la législation sur les armes, 167 à la législation sur les stupéfiants, 334 personnes interpellées dont 287 placées en garde à vue, 73 renvois en comparution immédiate et 50 convocations devant les tribunaux correctionnels, 51 personnes écrouées, soit en détention provisoire, soit en exécution de peine, 58 condamnations déjà prononcées, 431 armes saisies, dont 41 armes de guerre, 279 enquêtes encore en cours.

Et la guerre contre l’islamisme armé a aussi ses bénéfices collatéraux, sans parler des refoulés aux frontières, des imams expulsés et des mosquées fermées : la criminalité qui a baissé en Île-de-France : -32% pour les vols violents sans arme, -24% pour les coups et blessures volontaires, -22% pour les cambriolages.Et, cerise sur le gâteau de l’état d’urgence, plus de manifs du DAL ou du collectif des lesbiennes transgenre et sans papiers, et plus de rassemblements pro-palestiniens place de la république à Paris.

Malgré ces débuts encourageants, ça braille. Maitre Henri Leclerc, ancien président de la Ligue Française des droits de l’homme et du citoyen, a tiré le premier : « Vous rendez-vous compte ? » , en détachant chaque syllabe dans un de ses effets de manche qui passe très bien à la radio, « On a suspendu la Convention européenne des droits de l’homme ! » Depuis, tout ce que le droitdel’hommisme peut mobiliser défile sur les écrans et sur les ondes pour nous mettre en garde. Des journalistes, des avocats ou des magistrats viennent dénoncer une dangereuse farandole de déserts juridiques où sont menacés nos libertés et nos droits.

Font-ils donc semblant de ne pas comprendre que les libertés et les droits ne sont pas un et indivisibles mais qu’ils s’opposent ? La liberté de diffuser ou de préparer le djihad s’oppose à la liberté d’aller voir un concert ou un match de football en sécurité, comme avant. Le droit de dormir sur ses deux oreilles jusqu’à six heures du matin quand on détient des armes de guerre s’oppose au droit de l’homme à inviter sa femme, ou pas sa femme, ou son mari au restaurant, en sécurité, comme avant.

On ne marche pas vers une dictature quand on renforce les droits du peuple contre les libertés de ses traitres et de ses ennemis, de ses assassins et de leurs complices ou de leurs partisans mais vers un ordre juste. L’état d’urgence donne à l’exécutif le pouvoir de manier le glaive sans gêne, de surveiller et de punir sans entraves. Et pour faire pencher la balance de la justice vers plus de justice, l’Etat écarte la Justice. Voici le scandale que les droitdel’hommistes dénoncent à grands cris. Voilà pourquoi le braillomètre est dans le rouge.

Ça ne m’inquiète pas plus que ça. Les girouettes qui nous gouvernent ont senti le vent électoral passer. S’ils n’ont pas compris qu’il faut mettre hors d’état de nuire, de toute urgence, ces lois et ces juges qui ont donné à Mohamed Merah une dix-huitième chance de retrouver le bon chemin, et à tous ses clones, la liberté de tuer en leur laissant le droit d’aller et venir, ils seront balayés aux prochaines élections.

Et au fait, si aux régionales, le Front national avait fait trois pour cent et le Front vert de gauche quarante, au lieu d’en entendre certains brailler contre les dangers de « l’état d’urgence », on les verrait aujourd’hui saluer « un plan d’urgence solidaire de renfort des services publics » pour lutter contre Daech. Alors, on dit merci qui?

 

Corse: l’indépendance n’est pas à l’ordre du jour

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corse jospin erignac

André Fazi est politologue et maître de conférences en science politique à l’Université de Corse.

Céline Revel-Dumas. Après un premier « aménagement du territoire » dans les années 1960, la « décentralisation » a pris un virage décisif en 1982, avec notamment le statut spécial de la Corse. Ce processus a-t-il favorisé le nationalisme/séparatisme corse ou bien est-ce celui-ci qui a, au contraire, encouragé Paris à mettre en place un statut particulier de l’île ? 

André Fazi. D’un côté, à travers la création de régions élues au suffrage proportionnel, la décentralisation de 1982 a permis partout en France de renforcer la représentation politique des outsiders. En Corse, les nationalistes – comme d’autres – en ont profité pour intégrer le jeu institutionnel, alors qu’ils étaient jusque-là un véritable mouvement contestataire, refusant de participer aux élections. D’un autre côté, le statut particulier de 1982 avait bien pour objectif de définir un compromis politique favorisant la cessation de la violence. Toutefois, le PS envisageait un tel statut dès le début des années 1970, avant la radicalisation du mouvement nationaliste et la création du FLNC.

En quoi le statut spécial de la Corse, accordé en 1982, rend l’île différente d’une région métropolitaine ?

Le statut de 1982 donnait à la Corse des compétences supplémentaires par rapport aux régions continentales, par exemple au niveau des transports, de l’aménagement du territoire, des collèges, etc. En revanche, d’un point de vue qualitatif, les pouvoirs restent les mêmes : il n’était pas question de donner à la Corse le pouvoir d’adapter la loi nationale ou d’adopter sa propre loi, à l’instar de certaines collectivités d’outre-mer. Plus tard, le statut de 1991 a renforcé le particularisme en instituant un conseil exécutif politiquement responsable devant l’organe délibérant, créant ainsi une collectivité territoriale spécifique ainsi que le permet la Constitution. En revanche, le principe de l’unité de la loi est demeuré intangible et les nouvelles compétences confiées aux élus corses en 1991 puis en 2002 sont des compétences administratives.

En 1982, quelle vision avait le pouvoir de la politique « corse » ? Qu’envisageaient à l’époque le Président Mitterrand et son Premier ministre Mauroy ? 

En reconnaissant le particularisme corse et en créant une institution où tous pourraient être représentés du fait du mode de scrutin choisi, le pouvoir voulait assurément encourager les nationalistes à participer au jeu institutionnel, et délégitimer l’usage de la violence. Il espérait certainement aussi affaiblir les forces politiques jusque-là hégémoniques – gaullistes et radicaux de gauche – au profit notamment du PS, qui est toujours resté un parti marginal dans l’île.

Depuis lors, comment a évolué le politique de Paris concernant l’île ? Quid également de l’attitude corse depuis les années 1980 quant au « continent » ? 

En plus de trente ans, l’État a naturellement développé diverses stratégies : des stratégies d’affrontement (notamment en 1983-84, en 1986-88, en 1998-99), mais aussi des stratégies d’accommodement, consistant à satisfaire une partie des demandes nationalistes, et établir un compromis de nature à normaliser la situation politique de l’île. Les lois de 1991 et de 2002, réformant le statut de la Corse, sont les concrétisations les plus évidentes de ces stratégies d’accommodement.

De même, les stratégies des acteurs insulaires ont beaucoup varié. Jusqu’au début des années 1990, les forces dominantes ont montré une rigoureuse opposition au développement du particularisme institutionnel, qu’elles voyaient aussi comme un danger pour leur pouvoir. Depuis 1999, et le « processus de Matignon », il en est tout autrement : si les nuances restent importantes, nul n’évoque un retour au droit commun. Au contraire : dans la mandature 2010-2015 de l’Assemblée de Corse, de nombreux élus issus de ces forces dominantes ont repris à leur compte des revendications nationalistes, telles que la co-officialité de la langue corse. Bien évidemment, les nationalistes aussi n’ont pas toujours montré la même attitude, d’autant qu’il existe des sensibilités différentes à l’égard des fins comme des moyens.

De façon globale, on constate avant tout un long processus d’institutionnalisation. Peu à peu, l’action contestataire et les attitudes de rupture cèdent la place à l’action institutionnelle et à des attitudes de compromis. La victoire du 13 décembre 2015, même si elle n’ouvre qu’une mandature de deux ans, constitue un grand défi pour les nationalistes : sauront-ils passer de la contestation à l’exercice du pouvoir tout en maintenant intacte (voire en développant) leur force militante ?

L’assassinat du préfet Erignac le 6 février 1998 a-t-il marqué un tournant dans les rapports entre la Corse et l’Etat? 

Ce sont surtout ses suites politiques qui furent remarquables. Le préfet Bonnet, successeur de Claude Erignac, a développé une stratégie de confrontation très grossière, grâce à laquelle l’État a renforcé ceux qu’il croyait mettre à mal. D’un côté, une large part de la population s’est vite désolidarisée de la politique préfectorale, jugée disproportionnée et mégalomaniaque (cf. le rapport parlementaire de la commission présidée par Raymond Forni), ce qui s’est notamment traduit en 1999 par un succès électoral des nationalistes des plus radicaux. D’un autre côté, face à une répression accrue, les nationalistes, qui se remettaient difficilement d’un affrontement fratricide qui a fait une quinzaine de victimes, ont lancé et mené à bien un processus de réconciliation. Enfin, l’État a été ridiculisé à travers la célèbre « affaire des paillotes », où les plus hautes autorités de la préfecture et de la gendarmerie en Corse ont été condamnées à de la prison ferme, pour avoir organisé la destruction par incendie de biens situés sur le domaine public maritime. Quelques mois après la chute du préfet Bonnet (arrêté le 5 mai 1999), Lionel Jospin lançait en décembre 1999 ledit « processus de Matignon », visant à réformer le statut de la Corse, où pour la première fois l’État et l’ensemble des forces politiques corses représentatives – y compris les indépendantistes soutenant la violence – furent intimement associés.

Aux dernières élections régionales, la liste autonomiste l’a emporté. Le nouveau président (nationaliste) de l’Assemblée de Corse Jean-Guy Talamoni, après avoir déclaré « Mon pays, c’est la Corse », a assuré que l’indépendance de l’île n’était qu’une question de temps. Constitutionnellement parlant, quels sont les moyens dont dispose la Corse pour s’émanciper? A contrario, Paris peut-elle destituer un pouvoir Corse sécessionniste ?  

Il y a des indépendantistes en Corse depuis au moins quarante ans… tout comme il y en a en Martinique et en Polynésie. Faire de l’indépendantisme un délit est typique des régimes autoritaires, pas des démocraties. Le Mouvement Corse pour l’Autodétermination a bien été dissous en 1987 au motif qu’il avait « pour objet de porter atteinte à l’intégrité du territoire national », mais une autre organisation défendant les mêmes objectifs a été immédiatement créée. Aujourd’hui, alors que le FLNC a cessé la violence et que les nationalistes sont des acteurs parfaitement intégrés dans le jeu institutionnel, vouloir interdire un parti indépendantiste serait aventureux. Il y a fort à croire que l’opinion publique corse en serait choquée, et que cela encouragerait les engagements très radicaux.

La Constitution ne prévoit évidemment pas de droit à la sécession, mais elle est régulièrement adaptée aux réalités politiques ; c’est ainsi que le droit à l’autodétermination a été reconnu à la Nouvelle-Calédonie. Toutefois, concernant la Corse, les indépendantistes sont les premiers à dire que la question de l’indépendance n’est pas posée aujourd’hui. L’accord passé avec les autres nationalistes a écarté la question pour cette mandature, et aussi dans l’éventualité d’une seconde mandature au pouvoir. Au reste, comment en serait-il autrement ? Au premier tour, les listes indépendantistes ont réuni environ 10% des voix. Si dans dix ou quinze ans l’indépendantisme triplait son résultat, le débat changerait forcément de nature, mais nous n’en sommes pas là. Après quatre décennies de contestation, les nationalistes corses viennent d’accéder au pouvoir régional, et ils devront convaincre de la qualité de leur gestion, sous peine d’être rapidement écartés de ce même pouvoir.

 *Image: wikimedia.

À Madame Claude, la République reconnaissante

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madame claude fernande manchette

Dans ses irremplaçables Mythologies parues en 1957, Roland Barthes parle entre autres du steak frites, du Guide Bleu, du catch, de la DS et de Poujade. Il aurait pu, quelques années plus tard, lors de la réédition de 1970, ajouter Madame Claude. La plus célèbre mère maquerelle de France, durant les décennies 60 et 70, représenta parfaitement le mythe selon Barthes: « La France tout entière baigne dans cette idéologie anonyme : notre presse, notre cinéma, notre théâtre, notre littérature de grand usage, nos cérémoniaux, notre Justice, notre diplomatie, nos conversations, le temps qu’il fait, est tributaire de la représentation que la bourgeoisie se fait et nous fait des rapports de l’homme et du monde. » Madame Claude incarnait ainsi ce putanat de luxe avec une fausse aura d’interdit puisqu’elle avait, de fait, dans la politique des ces années-là, une fonction aussi importante et reconnue que la dissuasion nucléaire ou le Bottin Mondain dans lequel se recrutait une bonne partie de sa clientèle.

Elle vient de mourir à 92 ans. C’est l’âge où disparaissent les anciens sénateurs de groupes parlementaires qui n’existent plus ou les académiciens français qu’on ne lit plus. Madame Claude, de son vrai nom, s’appelait Fernande Grudet ce qui ressemble aussi, aujourd’hui, à un pseudonyme ou à nom de roman des années 30. Plus personne ne s’appelle Fernande Grudet et plus personne n’occupe la place très particulière que son réseau de prostituées de luxe qu’on imagine toutes ressembler à la Creezy de Félicien Marceau occupa dans la France gaullo-pompidolienne, une France traversée par la modernisation d’une société toute entière fascinée par sa propre vigueur  prométhéenne avec des Concorde, des centrales nucléaires et des voies sur berge. On était loin, de fait, avec Madame Claude, de l’abattage dans les Algeco qui jouxtaient les foyers Sonacotra. Quand on requérait les services de madame Claude, il valait mieux avoir un costume Renoma et rouler en Matra 530 jaune assortie à la cravate. Les fameuses filles de madame Claude n’étaient pas, en effet, des épongeuses de minarets lumpenprolétarisés mais des geisha demi-mondaines qui retiraient leur vison dans des chambres de palace, jouant de tous les scintillements de leur robes Paco Rabane. Elle étaient aussi, plus ou moins, comme le célèbre escadron volant de Catherine de Médicis : elles jouaient de leurs charmes et de leur bonne éducation pour soutirer des confidences sur l’oreiller car le diplomate étranger, l’émir en goguette ou le haut fonctionnaire énarchique ont ceci de commun, comme tous les hommes, qu’ils ont la confidence post-coïtale assez facile. Cela explique la prospérité du « vice joli » selon l’expression de Madame Claude elle-même et la tranquillité dans laquelle il put s’exercer puisque le SDECE (l’ancienne DGSE) trouvait fort utile les renseignements qu’on pouvait récolter de cette manière. C’est pourquoi les barbouzes protégèrent le bizness de Fernande qui ne fut jamais importunée par les barbillons qu’elle avait connu dans sa jeunesse, quand elle-même tapinait dans le Pantruche d’après-guerre. Sans doute pour oublier tout cela, elle avait installé son bobinard cinq étoiles dans les beaux quartiers, du côté du XVIème. On le retrouve à peine transposé dans un roman noir de Jean-Patrick Manchette, Nada (1972) et dans l’excellente adaptation qu’en donna Chabrol deux ans plus tard. Un commando d’extrême gauche veut enlever l’ambassadeur des Etats-Unis et étudie son emploi du temps:

« –L’ambassadeur Poindexter passe chaque semaine la soirée du vendredi dans un club privé, à l’angle de l’avenue Kléber et de la rue Robert-Soulat

  -C’est un bordel, déclara Epaulard.

  -Qu’est-ce que tu veux dire?

  -Une maison de rendez-vous. Une des meilleures de Paris, dans le genre propre et coûteux.

  -Crotte, ricana d’Arcy. Encore une brèche dans les conquêtes du Front Populaire.

  -C’est le claque le plus proche de la Présidence de la République, précisa Epaulard. Protégé par la police, bien entendu et encadré à fond quand un chef d’état africain se pointe à Paris. »

Las, les heures de gloire passèrent très vite quand Giscard arriva au pouvoir et accentua la lutte contre le proxénétisme. Madame Claude et sa PME ne furent même pas défendues par le CNPF alors que finalement elle ne faisait qu’appliquer au sexe les rapports de production inhérents au capitalisme et elle finit par connaître un temps les joies de la zonzon.

On espère que cette injustice ne l’empêcha pas, elle qui termina sa vie à Nice, de voter Christian Estrosi pour sauver la République à laquelle elle avait déjà tant donné.

Le pastafarisme est un humanisme

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pastafarisme eglise laicite

Malgré les apparences, l’humanité progresse, la tolérance gagne du terrain, l’autre est de mieux en mieux, ou en tous cas de plus en plus accepté dans toute sa différence. Et tous les progressistes s’en réjouissent, moi le premier.

Le 10 décembre, le gouvernement de Nouvelle-Zélande a reconnu le droit pour l’Église pastafariste de célébrer des mariages tout à fait officiels, même gays, en autorisant les époux à porter pendant la cérémonie, ce que leur foi leur commande : une passoire sur la tête.

Le pastafarisme est la religion de ceux qui croient que l’univers fut créé par un monstre spaghetti volant totalement ivre, ce qui expliquerait que l’humanité soit bourrée de défauts, ou encore qu’il y ait au paradis un volcan à bière alors que celle qu’on trouve en enfer est éventée.

Attention à ne pas confondre le pastafarisme avec le rastafarisme qui est la religion de ceux qui ont tellement fumé qu’ils croient qu’ils sont juifs et que c’est une bonne nouvelle.

J’en vois qui rigolent. C’est normal. Sur la question des croyances plus que sur toutes les autres, on a du mal à balayer devant sa porte la poutre qu’on a dans l’œil.

Prenez les juifs. (et gardez-les ! dirait Dieudonné).  Les vrais juifs, pas les jean-foutre qui mangent du jambon et prennent l’ascenseur le samedi. Ils croient vraiment que Dieu a ouvert la mer pour faire passer le grand Moïse  mais rient sous cape de ceux qui croient que Dieu a fait passer le petit Jésus sans ouvrir la Vierge.

Les chrétiens, eux, regardent de travers ceux qui croient au Père noël alors que tout le monde sait que chaque année, il y a plus de cadeaux sous les sapins que de paralytiques qui reviennent de Lourdes bon pied bon œil.

Et ainsi va le monde. On se moque des nouvelles croyances alors qu’on ferait tout aussi bien de se foutre des vieilles. Mais on se retient devant ces religions qui ne doivent leurs respectabilité qu’à leur ancienneté et au nombre de leurs ouailles. S’il n’y avait pas sur terre des centaines de millions de bouddhistes, prendrait-on au sérieux la spiritualité de ceux qui s’empêchent d’écraser les mouches à merde de peur de tuer une deuxième fois leurs grands-parents ? Et si l’Islam n’était pas pratiqué par plus d’un milliard d’humains, qui sait s’il ne serait pas traité par le reste de l’humanité comme une secte dangereuse et interdit partout ou les gens sont libres et entendent le rester?

Comme disait l’autre, « le 21ème siècle sera spirituel ou ne sera pas ».  Faut-il bien le prendre ? Mon camarade Jacques de Guillebon nous explique que « la société française (…) est lasse de ce nihilisme Charlie qu’on lui fait un devoir d’adorer. Comme si sa seule identité consistait à dessiner des culs et à boire en terrasse ». Je ne suis pas sûr que nous donnions à cette formule le même sens. Si l’on veut que cette prophétie soit une bonne nouvelle, voici ce que je crois : Continuons à faire de l’esprit sans faiblir, et à botter des culs bénits sans relâche, en commençant par les nôtres. Pour donner l’exemple.

*Photo: Wikimedia.

Flop art

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pop art world londres

pop art world londres

Encore une exposition consacrée au Pop art ! Beaucoup trouveront d’abord que la prestigieuse Modern Tate de Londres pèche par manque d’originalité. Les conserves de Campbell’s soup et les personnages de BD peints à l’acrylique, on les a tellement vus et revus qu’on serait enchantés de pouvoir un peu les oublier. Heureusement la Modern Tate fait le pari de montrer un Pop art totalement inconnu du grand public. Pas de Warhol, pas de Lichtenstein, pas de Jasper Johns. L’exposition « The World Goes Pop » déterre des œuvres conçues dans de lointaines périphéries de l’axe principal du Pop art, tendu entre New York et Londres. Autant dire du jamais-vu. Quant à savoir si l’événement mérite de l’intérêt, c’est une autre affaire.

Si la force du Pop art, comme celle de n’importe quel courant artistique d’ailleurs, tient aux réflexions qu’il développe sur son époque, il faut bien admettre que ce n’est ni à SoHo ni à Chelsea qu’ont émergé des analyses incisives de la société de consommation. La première section de l’exposition met ainsi en évidence la forte contribution au mouvement Pop de pays alors dictatoriaux, républiques populaires en tête. Les œuvres des artistes brésiliens, roumains ou polonais, moins iconiques que leurs sœurs américaines dès lors qu’elles outrepassent la simple dénonciation du consumérisme pour s’intéresser à la censure, à l’émancipation des femmes, aux droits civiques, à la violence et aux nouveaux déséquilibres sociaux, entrent néanmoins dans les critères du genre : même bruit visuel, mêmes techniques, même attention portée aux objets quotidiens, toujours détournés de leur usage habituel, même influence de la publicité et des mass media.[access capability= »lire_inedits »]

L’exemple le plus frappant vient peut-être d’Espagne. Le titre d’une série de collages de l’artiste catalane Eulàlia Grau, Ethnography (1972-73), suggère qu’elle décrit les mœurs et des traditions d’un groupe d’individus, mais en réalité, elle montre la façon dont les Espagnols se sont accommodés du franquisme en s’abandonnant à la consommation. Voici le montage de photos de presse de candidates à un titre de miss, juxtaposées à celles de trois hommes recherchés par le régime (Misses and Gangsters, 1973).  L’ennui, c’est que l’artiste refuse d’être cataloguée « pop » : « Selon moi il est impossible de faire du pop catalan, de la même manière qu’il est impossible de faire un western catalan. Cela pour la simple raison que la Catalogne n’a pas la même histoire que l’Ouest, c’est-à-dire l’histoire des pionniers et des cowboys. » Grau n’est pas la seule à avoir des réticences à s’afficher sous l’étiquette du Pop art. La pièce de Bernard Rancillac, Pilules Capsules Conciliabules (1966) évoque le débat qui a précédé la légalisation de la pilule contraceptive en France. Quand on lui demande s’il se considérait comme un artiste « pop », il esquive habilement: « Je ne me suis jamais considéré moi-même. Je me suis contenté de faire de la peinture. » Il faut noter que la France est reléguée au second rang dans l’histoire du Pop art. Danone n’est pas Coca-Cola. Et l’artiste parisien Erró confirme à sa façon que la grande histoire du XXe siècle s’est jouée ailleurs que sur le boulevard Saint-Germain, avec le cycle American Interiors (1968) qui montre de paisibles intérieurs américains envahis par le Viêt-cong et les troupes maoïstes.

Mais l’ambition des organisateurs de l’exposition londonienne ne se limite pas à une tentative de réévaluation des scènes artistiques mineures ou exotiques du Pop art. La présence d’artistes américains qui n’ont pas eu accès au cercle fermé de la Factory sert ici de pièce à conviction dans le procès fait insidieusement au Pop art en tant que courant dominé par des mâles blancs. Vingt-cinq femmes figurent au catalogue. Parmi elles, Judy Chicago, qui jouit d’une renommée de grande dame de l’art féministe (eh oui, ça existe, à ce qu’il paraît), avec ses motifs intitulés Bigamy, Birth et Flight (1965-2011) reproduits sur des capots de voitures – symbole par excellence du machisme omniprésent. « J’ai déployé de grands efforts pour être prise au sérieux sur la scène artistique californienne, mais mon sexe a été un obstacle majeur. J’ai clairement entendu, et à plusieurs reprises, que je ne pouvais pas être femme et artiste en même temps », affirme-t-elle dans une interview. Martha Rosler, une autre artiste américaine, désigne directement le gotha du Pop comme le coupable de la relégation de la femme au statut d’objet décoratif. Son œuvre Woman with Vacuum (1967-1972) représente une femme soigneusement habillée et maquillée, en train de passer l’aspirateur dans un couloir décoré de tableaux de Tom Wesselmann, figure incontournable du mouvement Pop. Le message est on ne peut plus univoque : face au patriarcat régnant jusque dans les cercles artistiques, les femmes artistes n’ont qu’à sourire gentiment et à se résigner.

Après tout, que la Modern Tate tire la langue à tous les phallocrates du monde artistique, galeristes et critiques compris, pourrait être une chose amusante en soi. Le problème, c’est que l’art de ces femmes qui accèdent enfin à la visibilité parle quasi exclusivement de l’art d’être femme. Les travaux de la Slovaque Jana Zelibska, composés d’images schématiques d’un nez avant et après une opération de chirurgie esthétique ou de silhouettes féminines en rose bonbon, avec plumes, miroirs et jeux des lumières, méritent-ils réellement une salle entière dans un grand musée européen ? Ce n’était visiblement pas, ce jour-là, l’avis des visiteurs qui préféraient admirer la Tamise en contrebas.

En sortant de cette expo-blockbuster automnal de la Modern, on se demande, à l’instar de Tom Wolfe dans son brillant essai Chester Gould versus Roy Lichtenstein, si les médias des années glorieuses du Pop n’étaient pas plus intéressants que l’art qui les exploitait. En regardant froidement « The World Goes Pop », la médiocrité – décomplexée, sinon revendiquée – saute littéralement aux yeux. En réalité, l’unique conséquence de cet événement ne sera pas artistique mais économique : l’élargissement du marché de l’art contemporain à quelques noms qui bénéficient désormais de « l’approbation » de l’institution. Au moment où les Warhol ou autres Rauschenberg deviennent inaccessibles aux plus riches des collectionneurs, en voici de fraîchement canonisés, comme Brudascu et Gonzalez. Hélas, les commissaires de l’exposition n’ont pas découvert de génies injustement ignorés. En revanche, le géant mondial de l’audit financier, le cabinet Ernst & Young, sponsor de la manifestation, a splendidement réussi à ajouter quelques « valeurs sûres » à la liste de courses des investisseurs en art.[/access]

« The World Goes Pop », jusqu’au 24 janvier 2016, The Modern Tate Gallery, Londres (de dimanche à jeudi de 10 à 18 heures, vendredi et samedi de 10 à 22 heures).

*Photo: Sipa. Numéro de reportage: AP21792673_000003

Norvège: l’islamo-critique devenu «chrétien musulman»

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norvege anfiindsen islam

norvege anfiindsen islamnous dit-on, parler d’invasion. Pathétique défense du « citoyen d’Oslo de l’année » (prix décerné par les lecteurs du quotidien Aftenposten), Mohsan Raja, après que celui-ci a utilisé son quart d’heure de célébrité pour rappeler que non, trois fois non, l’islam ne saurait tolérer l’homosexualité (il l’assure, il n’éprouve aucune haine contre les homofil). Et bien sûr, le calvaire des migrantes violées par des policiers syldaves qui nous démontre une fois de plus que, question comm’, nous avons, en face, encore quelques leçons à prendre.

Je croyais avoir tout lu quand, sirotant mon latte à la kaffebrenneriet, je tombai sur une magnifique confession publique publiée par l’hebdomadaire Morgenbladet. L’écrivain islamo-critique Ole Jørgen Anfindsen faisait son coming-out. Il serait en passe de se convertir. À l’islam. J’ai cru à un poisson d’avril en décembre, mais non, c’est sérieux.

Après avoir reconnu, coquet, que la nouvelle pouvait surprendre ceux qui l’avait lu (un peu) et entendu (beaucoup) sur le thème de l’islam, danger-pour-nos-démocraties, ce brave Ole se faisait un plaisir de s’expliquer. Voilà : ses positions islamo-critiques l’avaient amené à discuter avec des amis musulmans, et peu à peu, il avait compris qu’il avait beaucoup à apprendre d’eux. Dans un attendrissant démenti, Ole déclarait qu’il « n’avait courbé le dos ni devant l’islam, ni devant ses amis musulmans ». Là où l’on toucha au sublime, c’est lorsque l’auteur de cette confession précisa qu’il était depuis un chrétien musulman, et non un musulman chrétien (ne confondons pas !), et qu’il était toujours préoccupé, très préoccupé, par le fondamentalisme. Last but not least, Ole Anfindsen, appelait à la rescousse le fransk-jødiske filosofen Emmanuel Levinas, rencontré à travers la lecture du livre d’un certain Oddbjørn Leirvik, Islamsk ettik (L’éthique musulmane).

M’étant moi-même penché, durant quelques années, sur les quatre volumes des Lectures talmudiques (qui ne sont pas un éloge de l’esprit de conversion), j’ai alors pris, en pensée, ce brave Ole par le revers du col et lui ai déclaré avec une brutalité toute gauloise « tu fais ce que tu veux de ta vie, mais tu ne touches pas au fransk-jødiske filosofen. »

Non mais c’est vrai, quoi.

Et puis ma pensée a fait un saut, illogique en apparence. Je me suis souvenu de cet ex-joueur de l’équipe de France qui, pulsion scopique oblige, se serait, semble-t-il, beaucoup intéressé à la vie sexuelle (saisie en vidéo) de l’un de ses camarades de jeu, au point d’être aujourd’hui inquiété par la justice. Rien à voir, a priori. Sauf que lorsqu’on saute du coq à l’âne, il arrive que ce soit par humeur vagabonde, ou tout bonnement, parce qu’on est dans une jolie ferme du Poitou, et que le coq et l’âne y font bon ménage. Bref, que la libre association fasse sens, comme on dit chez les psys.

Mais revenons à Ole Anfindsen. On peut, bien sûr, prendre très au sérieux les discussions que notre écrivain islamo-critique, devenu depuis chrétien-musulman islamo-critique, a eues avec ses chers amis musulmans. Cela donne sans doute des choses très intéressantes :

– Crois tu que Jésus était un prophète ou un messie ?

– Issa, mon cher Ole, dans notre tradition, nous l’appelons Issa.

– Oui, donc crois-tu qu’Issa…?

On peut aussi ne pas être totalement dupe : derrière les grands mots, les grands débats, les positions et les postures, il y a souvent des réalités plus pulsionnelles.

Le narcissisme de la démarche d’Ole Jørgen Anfindsen me saute évidemment aux yeux. Confession publique à fort potentiel buzzique, besoin d’expliquer au grand jour ses convictions religieuses (c’est-à-dire plus que privées : intimes), volonté d’être l’un et l’autre et d’occuper tout l’espace du débat, ex-contradicteurs compris. Le diagnostic est évident.

Je suis sensible à un autre aspect de la conversion d’Ole Anfindsen. Il affirme n’avoir pas courbé le dos. Je le crois. Il ne s’est pas soumis. Je dirais plutôt qu’il s’est emparé de l’objet de l’autre. En adoptant la religion de ses ex-contradicteurs, l’écrivain islamo-critique a volé leur fétiche.

Il y a quelques années, j’ai lu que pour certains musulmans (qui faisaient preuve ici d’une grande lucidité), la conversion de certains Français de souche était pénible. Comme une dépossession. Et que certains réagissaient comme je l’avais fait moi-même quand Ole Anfindsen entendait récupérer à son profit le fransk-jødiske filosofen : sur le mode, violent et canin, du « Bas les pattes ! » La conversion n’est, en effet, pas que l’assujettissement qu’elle proclame, c’est d’abord et au contraire un accaparement fantasmatique, par le converti, de l’espace mental de l’autre, de ses objets d’amour, de crainte et de désir. Il s’agit, pour le converti, de venir à bout de l’altérité. En faisant mine d’assassiner sa propre différence, le converti tente d’en finir non avec lui-même, mais avec cet autre dont il fantasme la puissance.

Au fond, Ole Anfindsen a agi comme ce joueur de foot qui aurait volé la vidéo intime d’un camarade – nous y revoilà – et aurait, nous dit-on, cru tenir ce dernier en son pouvoir – l’autre devenant ainsi, grâce au vol du fétiche, magiquement – magnifique saillie, elle pleinement revendiquée – une tarlouze. En dérobant ton secret, j’ai dérobé ta puissance, tu n’es plus un mystère, tu n’es plus rien, tu es symboliquement mort, croit le voleur de l’objet de l’autre. Ole Anfindsen s’est ainsi approprié la religion de ses amis pour jouir fantasmatiquement d’une nouvelle puissance, celle qu’il prête à l’autre et dont, inconsciemment, il se croit lui-même privé. Fantasme homosexuel, vieux comme le monde. Derrière le frotti-frotta de la confrontation d’idées et d’un pseudo dialogue inter-religieux, peuvent se dissimuler convoitise, haine, désir et haine du désir. On se croyait au presbytère, on était au vestiaire.

Oui, dans les sociétés multiculturelles, on a pas fini de se toucher. Entre potes.

*Photo: wikicommons.

Maison des Métallos: haro sur Jérusalem!

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maison metallos israel msf

maison metallos israel msf

Avec ces dernières semaines de terreur, d’angoisse et d’élections régionales, on avait un peu perdu de vue le conflit israélo-palestinien. Bien sûr, en Israël les attaques au couteau, à l’arme automatique ou à la voiture bélier font plusieurs victimes chaque semaine mais ce n’est pas bien grave car ces victimes sont israéliennes. Et puis, selon la classification suédoise en pointe sur le sujet, les attaques de ces derniers mois contre des civils israéliens ne sont pas des actes terroristes. 70 « actes non terroristes » en 3 mois, soit tout de même un toutes les 36 heures. Mais les médias ont le bon goût de rester plutôt discrets.

Alors pour être bien sûr que la propagande anti-israélienne continue d’infuser dans les esprits, la Maison des Métallos, « un établissement culturel de la ville de Paris », organise une exposition multimédia (pièce de théâtre, photos…) sur les Palestiniens avec comme clou du spectacle un parcours grandeur réelle de ce que serait, selon Médecins Sans Frontières, des scènes de la vie quotidienne palestinienne avec photos et vidéos de ruines et de blessés. La désolation sur terre.

La présentation de cet événement laisse peu de doute sur la ligne éditoriale des organisateurs, Israël apparaissant comme un agresseur permanent qui, lors de la dernière opération militaire à Gaza à l’été 2014, « pouvait frapper délibérément la population civile palestinienne, hommes, femmes, enfants, hôpitaux, écoles et même installation de l’ONU, sans la moindre sanction de la Communauté internationale ». Le ton est donné. La noblesse des victimes palestiniennes, la brutalité des bourreaux israéliens. Pour rendre le tout plus réel, l’exposition-photos de MSF se fait avec un audio-guide offrant des enregistrements de pleurs d’enfants, scènes de panique, sifflement de balles et explosion de missiles.

Le visiteur en sortira glacé d’effroi. Mais aussi trompé.

Israël viserait délibérément les zones civiles ? C’est faux.

Israël répond aux tirs de roquettes qui s’abattent sur son territoire et vise pour cela les rampes de lancement, les stocks de munitions et d’armes. Les Nations Unies ont reconnu – dans la douleur – que le Hamas utilisait des zones civiles densément peuplées, des hôpitaux et des écoles de l’ONU pour y cacher des munitions, des armes, des combattants et en faire partir des roquettes sur les populations civiles israéliennes. Pire que cela. De nombreux « courageux martyrs » de la cause palestinienne n’étaient en réalité que de malheureux gazaouis enfermés dans des immeubles par le Hamas et disposant comme choix : le bombardement israélien ou l’exécution sommaire. Ces morts auraient pu être évités, les Israéliens prenant soin de prévenir les civils par sms et appels téléphoniques des bombardements à venir.

Un oubli sans doute.

De même, MSF oublie de préciser que près de 240.000 palestiniens ont été autorisés à se rendre en Israël en 2013 pour s’y faire soigner et que deux millions de shekels ont été dépensés pour former 2.314 médecins et infirmiers palestiniens, et que ces chiffres augmentent chaque année.

MSF oublie que lors de la dernière opération militaire à Gaza, des hôpitaux de campagne étaient dressés et soignaient indistinctement les soldats israéliens et des terroristes du Hamas.

MSF oublie qu’en novembre 2013 et en octobre 2014, ce sont notamment la petite-fille et la fille d’Ismaël Haniyeh, ex-Premier Ministre du Hamas, qui ont été soignées en Israël.

MSF oublie enfin de montrer les photos des villas et hôtels de luxe de Gaza qui ne profitent qu’aux cadres du Hamas.

Pour finir ce rapide tour d’horizon, cette exposition inclut une pièce de théâtre dont la présentation dresse un parallèle entre l’Apartheid, le génocide au Rwanda en 1994 et la situation des palestiniens. Rien que ça.

Peut-on faire plus outrancier ? Oui. Sur place, l’acteur Jean-François Balmer a osé, sans rougir de honte, comparer les photos de cette exposition à Auschwitz-Birkenau. Consternant.

Et de préciser sa pensée : « Mais enfin c’est un peu comme un Birkenau, quand c’est tellement mis en scène, tout d’un coup il y a quelque chose qui fait qu’on n’y croit plus, on n’est plus vraiment dans la réalité ». Abject.

Comparer le génocide rwandais ou la Shoah à la situation des palestiniens trahit une inculture crasse mais est également une insulte à la mémoire de millions de morts.

Sur son site internet, MSF croit se justifier en affirmant que l’exposition « In Between Wars » «est une installation qui restitue la vie quotidienne des Palestiniens à Gaza et en Cisjordanie, à travers plusieurs décors successifs composés d’enregistrements sonores, de témoignages filmés et de photographies. […] Cette exposition […] a comme ambition de rendre compte d’un point de vue humanitaire des difficultés quotidiennes des Palestiniens sous occupation israélienne».

C’est à se demander si MSF dispense vraiment des soins à Gaza. Car ils n’ont manifestement pas remarqué que depuis dix ans, il n’y a plus un soldat israélien à Gaza. Il n’y a donc pas d’occupation de Gaza, pas plus qu’il n’y a d’occupation de la Judée-Samarie mais une répartition provisoire de territoires disputés entre deux parties, territoires sur lesquels les palestiniens n’ont à ce jour aucune légitimité historique ni politique.

Si Gaza est sous occupation, c’est celle du Hamas, cette organisation terroriste islamiste qui inflige aux Gazaouis arrestations arbitraires, torture et exécutions sommaires pour crime de blasphème ou d’homosexualité, mais aussi pour avoir critiqué le Hamas ou parlé aux médias occidentaux. Ce mouvement qui vole l’aide humanitaire gratuite pour la revendre à ses propres habitants, détourne – comme les hiérarques corrompus de l’Autorité Palestinienne, les centaines de millions d’euros versés par l’UE au détriment de la population civile, qui au lieu de reconstruire les maisons détruites lors du dernier conflit, utilise le béton et le matériel de construction pour remettre en état des tunnels de contrebande et d’attaques vers Israël.

Il faudrait peut-être en informer les organisateurs de cette exposition.

La semaine dernière, un bébé d’un an a eu la jambe sectionnée lors d’une attaque à la voiture bélier en Israël. MSF pourrait peut-être faire une exposition sur le côté israélien, dans « la neutralité et en toute impartialité » comme elle s’y engage dans sa charte.

*Photo: wikimedia.

Sauvons la junk-food!

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malbouffe burger quick king

malbouffe burger quick king

Mes biens chers frères du diabète, des acides gras et du cholestérol, l’heure est grave. Et le suspense insoutenable… Le triple whooper de Burger King et ses oignons frits (onion rings) aux arômes de chewing-gum à la sardine, le double hot-dog au poulet frit de KFC (double down dog) et ses beignets de volailles par bassine de trente, le big breakfast à la margarine et au faux sirop d’érable de chez McDonald’s, la pizza tourte d’Uno Chigaco Grill aussi chargée en sel que vingt-sept mini-paquets de chips Lay’s[1. D’après une étude du magazine Eat this, not that !.], toutes ces merveilles du mauvais goût culinaire à l’américaine, véritables orgasmes à mâcher conçus en laboratoire par des cuistots chimistes qui savaient, eux au moins, nous faire planer, sont purement et simplement menacés de disparition !

Ce n’est pas juste un complot diététique ou un coup d’État des furies en sandalettes du régime « paléo », c’est une agression à grande échelle contre tout un art de vivre, une culture, presque un patrimoine. Une exception plus historique que culturelle, certes. Mais qui nous a tout de même permis de faire du gras pendant trente ans en prenant notre pied (et Dieu, que c’était bon !) : la junk-food… Oui, chers amis candidats à l’obésité morbide et à l’AVC en vol plané, notre sœur de graisse, la malbouffe, si souvent accusée à tort de tous les maux de la mondialisation, est aujourd’hui en danger de mort.[access capability= »lire_inedits »] La faute à qui ? À tous ces couillons de « millenials », ces crétins hyperconnectés, nés avec la fin du siècle dernier et l’Internet dans la culotte, qui ont fait des réseaux sociaux une arme redoutable contre les petits délices empoisonnés des fast-foods et des sodas. Rien qu’aux États-Unis, c’est presque 1,5 million d’honnêtes travailleurs sous-payés et déguisés en soubrettes de mangas pour adultes, qui pourraient ainsi perdre leur emploi à cause de cette génération numérique qui ne respecte plus rien, même pas les plaisirs hautement toxiques et boostés au glutamate de sodium de l’industrie lourde. Selon deux chercheurs américains, les très honorables Hans Taparia et Pamela Koch, professeurs à l’école Stern de New York et à l’université de Columbia, les 20-40 ans aux États-Unis sont, en effet, sur le point de porter un coup fatal aux géants du secteur (Burger King, McDonald’s, Pizza Hut, KFC, Wendy’s, etc) en leur préférant massivement d’obscures chaînes de bars à salades équitables (Sweetgreen), de burgers sans hormones (Shake Shack), de sandwichs sans additifs (Panera Bread) ou de tacos et burritos sans OGM (Chipotle), bien plus en phase avec la culture communautaire, narcissique et souvent très « écolo centrée » (disons le mot) de Facebook, Instagram et consorts. « 42 % des jeunes américains ne croient tout simplement plus au discours des grandes enseignes de fast-food », se désolent les deux chercheurs. « Trop de marketing bidon, de recherche sponsorisée et de lobbying auprès du gouvernement ont rendu leur parole quasi inaudible. Et le résultat se paye cash aujourd’hui ! »

Les ventes de McDonald’s et Burger King sont en chute libre dans de nombreux États (et pas seulement à New York), celles des sodas à volonté ont baissé de 25 % et même les grandes marques de friandises (Oreo, Mars, etc), dont on gave d’habitude les milk-shakes et les sundaes, se font désormais bousculer par Kind Bars, le nouveau géant des barres aux fruits 100 % naturelles. Évidemment. D’un côté de grandes multinationales avec d’immenses responsabilités, qui doivent redoubler d’efforts pour maquiller la nature réelle de leurs produits (poulet aux épices sans épices, etc.) et maintenir leur marge nette dans un marché hyperconcurrentiel avec des prix « plancher ». De l’autre, des start-up du produit frais en circuit court avec un story telling digne de Google (Shake Shack a démarré dans un kiosque à Manhattan, Sweetgreen dans une cabane en bois, etc), qui enflamment les réseaux sociaux dès qu’ils changent de fournisseur de carottes. Et ne dépensent – presque – jamais d’argent en pub tout en se permettant des prix à peine plus élevés pour une qualité incomparable (cinq dollars le burger de bœuf Angus chez Shake Shack).

Un combat inégal ? Depuis l’explosion des marchés de producteurs fermiers et des food hubs (l’équivalent de nos coopératives bio) sur l’ensemble du territoire américain (+ 200 % en dix ans), on peut le penser. D’autant plus que cette offensive harassante contre la junk-food gagne désormais l’ensemble de la restauration et de la grande distribution. Pour s’en sortir, McDonald’s a dû se convertir tant bien que mal au poulet sans antibiotiques, l’ogre des supermarchés General Mills virer les colorants trop voyants de ses céréales au marshmalow (Lucky Charms) et Kraft General Foods faire un grand ménage dans les émulsifiants de ses macaronis en boîte.

Mais le cœur n’y est plus. D’autant qu’au même moment, pour changer d’image ou préparer l’avenir, ces légendes de la malbouffe – pourtant jamais égalées dans leur créativité industrielle et sur leur territoire – doivent racheter à prix d’or des marques écolos à la noix qui ne rapportent pas un rond (820 millions de dollars pour le fabricant de pâtes « naturelles » Annie’s Homegrown) et investir des fortunes (50 millions de dollars pour Nestlé) dans la recherche de produits « plus sains ». Si on n’y prend pas garde et qu’on ne réagit pas assez vite, c’est tout un univers de parfums factices, addictifs et surpuissants – à côté desquelles on sait bien que le sexe n’est qu’un pis-aller – qui pourrait s’évanouir à jamais. Peut-on raisonnablement imaginer une vie sans stabilisants, épaississants, agents de texture, de charges ou de rétention d’eau ? Qui donc rêve d’une existence où le seul point break (la pression idéale d’une chips qui croque sous la dent pour un plaisir maxi) serait une salade romaine certifiée bio ? Tirer un trait sur la « disparition de densité calorique », ce leurre neurologique qui nous fait croire que le Curly n’est pas gras parce qu’il fond plus vite en bouche, est-il forcément un progrès ? Pas sûr.

Car déjà, la résistance à la dictature de la bouffe bien-pensante et proprette qui déprime le célibataire en virée, s’organise. D’abord aux États-Unis où la mode de la dude-food, la tendance des burgers hypercaloriques (plus de 1 000 calories minimum) les soirs de grande beuverie, offre de nouvelles parts de marché (totalement inespérées) au Chilli Cheese Burger X-Tra long, le dernier sandwich à 17,5 cm de long de Burger King. Ensuite en France où la filiale hexagonale de Mac Donald’s, bien plus présentable que sa maison mère américaine (José Bové leur a fait très peur), passerait presque pour une boucherie étable du Mézenc à côté de ses concurrents. Et où tout le monde attend – visiblement avec une certaine impatience – le « vrai » débarquement de Burger King et son King Croissan’Which (double croissant aux saucisses, bacon et œufs) après le rachat du réseau Quick et de ses 400 restaurants (toujours en discussion). Enfin au Japon, où l’on a pas mal d’années de junk-food à rattraper et où la fondue Burger King (sorte de cancoillotte tiédasse au cheddar, mozzarella, parmesan, emmental, bœuf et saucisses grillées) fait désormais un carton.Et aussi en Suisse où le célèbre McGrillschnagg de McDonald’s, la version helvète de l’orgie gallo-romaine à base de porc grillé, bacon, oignons frits, fromage fondu et galettes de pommes de terre (les « rösti »), force toujours le respect des exilés fiscaux. « Pour survivre, les grandes signatures de la restauration rapide sont pourtant contraintes de changer radicalement d’état d’esprit et de système de production, corrigent Hans Taparia et Pamela Koch. Pour certaines d’entre elles, c’est une question de mois ! Avec un devoir de transparence sur toutes les étapes de préparation. Même les marques de plats surgelés s’écroulent aujourd’hui face au rayon frais des supermarchés. » Seulement voilà. Et si l’avenir de la junk-food reposait surtout sur le fait que ses clients n’ont, en réalité, pas du tout envie de survivre ? Comme la drogue ou le tabac (Marlboro possédait autrefois Kraft et Nabisco, le créateur d’Oréo), il est des cuisines qu’on apprécie d’abord parce qu’elles sont vraiment mortelles.[/access]

*Photo: wikicommons.

Djihadisme et obstétrique

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noel terrorisme faux ventre

noel terrorisme faux ventre

Il va falloir se faire à l’idée qu’il y a une forme d’humour noir, sans doute inconscient, chez nos amis les apprentis djihadistes. Par exemple, même les plus mécréants d’entre nous savent que Noël est la fête de la Nativité et que c’est somme toute l’histoire d’un petit migrant porté par sa maman. Elle va accoucher dans la Jungle de Bethléem, dans des conditions sanitaires effroyables entourées d’animaux et de nègres comme ce type qui se prétendait roi et que le maire FN d’Hayange, Fabien Engelmann, chez qui l’intelligence théologique le dispute à la vigilance politique, a fait expulser de la crèche. Le tout alors que la police d’Hérode qui bénéficie des facilités accordées par l’état d’urgence décrété par le monarque paranoïaque rôde dans le coin et ne répugne pas à la perquisition nocturne.

Est-ce à cet événement tout de même assez fondateur pour les chiens d’infidèles que nous sommes tous à des degrés divers qu’ont pensé la jeune montpelliéraine de 23 ans et son camarade de jeu en préparant un attentat grâce à un faux ventre ?  

Oui, vous avez bien lu, un faux ventre. Je savais qu’il existait de fausses dents, de faux yeux, de faux nez (très utilisés par le libéralisme quand il se déguise en socialisme), de faux sexes en latex pour remédier à la solitude mais j’ignorais qu’il existait de faux ventres.

Il faut dire que la ruse intéresserait à la fois le psychanalyste et l’auteur de romans populaires, Freud et Fantômas célébrés tous les deux par Breton et les surréalistes, voire Lacan et Houdini qui racontent la même chose, à savoir que l’inconscient est structuré comme un langage et qu’il a tout d’une malle à double-fond ou d’un haut-de-forme dont jaillira un lapin plus ou moins explosif.

Un faux ventre, donc. Il paraît que l’on trouve cet accessoire en vente sur Internet pour les déguisements. Dis-moi comment tu te déguises, je te dirai que tu es. Tout le monde sait ça dans les carnavals, de Nice à Dunkerque. Les hommes se déguisent en femmes, les femmes en animaux, les riches en pauvres, les pauvres en riches et d’après Bakhtine, le carnaval est le moyen de laisser parler, depuis le Moyen âge, ce qu’il appelle « le bas corporel », c’est à dire tout ce qui concerne nos plaisirs animaux : bouffe, sexe et les éventuels déchets et déjections qui en résultent.

Si ça se trouve, la jeune femme convertie radicalisée a trouvé ce moyen pour pallier le manque d’enfants. Ou le manque d’orgasme car elle a raté sans doute la journée mondiale du 22 décembre sur la question. Elle ne pouvait jouir, elle a donc voulu se faire sauter.  Ou elle ne pouvait accoucher de la vie et elle a décidé d’accoucher de la mort.  C’est logique. Le polichinelle dans le tiroir s’est transformé en TNT dans le mouroir. Houdini et Lacan, encore.  J’arrête là, on va encore dire que je suis dans la culture de l’excuse. Mais enfin, on ne me retirera pas de l’idée que lorsqu’elle aura trouvé le septième ciel sur Terre, après un passage par un centre de déradicalisation, elle aura moins envie de le chercher dans l’au-delà.

Pour le reste, il fait évidemment immédiatement réagir et rajouter deux ou trois codicilles à l’état d’urgence. Après tout, depuis qu’on ne recule plus devant la déchéance de la nationalité, on ne voit pas pourquoi on se priverait. Je suggère donc, pour éviter que toute femme enceinte devienne potentiellement une bombe humaine, quelques mesures de bon sens :

-Déclaration préalable de toute grossesse auprès de la préfecture, de la gendarmerie ou du commissariat le plus proche.

-Palpation minutieuse de toutes les femmes enceintes à l’entrée des lieux publics (magasins, salles de spectacle, boites échangistes, etc…)

-Accouchement sous la surveillance d’un OPJ et dans les cas de femmes avec fiches S de plusieurs membres du RAID ou de la BRI.

Normalement, avec ça, on est parés.

*Photo: © AFP/Archives FRANCK FIFE.

La crèche de Noël: dans les mairies ou dans les chaumières?

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Installer des crèches de Noël dans les mairies de la République ? L’Association des Maires de France recommande de s’en abstenir au nom de la laïcité. Certains maires de droite protestent et annoncent qu’ils passeront outre cette recommandation.

Christine Boutin, ex-présidente du Parti chrétien-démocrate, déclare que ceux qui veulent interdire les crèches dans les mairies « renient la France ». Christine la bien-nommée ne sait donc pas qu’en France la religion catholique n’est plus la religion d’État, ce qu’elle fut longtemps, y compris pendant l’Occupation. Elle ne sait donc pas qu’en créant un parti politique chrétien-démocrate, elle justifie ceux qui voudraient créer un parti islamo-démocrate de France, instituant des votes confessionnels. Ce serait pour notre pays un merveilleux bond en arrière.

Certes, la recommandation de l’AMF peut être discutée.  Par exemple, au lieu d’interdire les crèches de Noël dans les mairies au nom d’une laïcité s’exerçant par le vide religieux, on pourrait imaginer une laïcité par le pluralisme religieux : une laïcité ouverte à toutes les croyances, comme l’est France Culture le dimanche matin.

Les mairies accueilleraient en même temps ceux qui veulent fêter Noël, Hanouka et autres événements et traditions similaires.

Cela est concevable, car le seul principe sacré de la laïcité est qu’aucune religion ne doit bénéficier d’un privilège dans l’État et sur l’État. Pas de deux poids deux mesures.

Accessoirement, mais vraiment très accessoirement, certains de nos concitoyens que je ne nommerai pas risquent de se déclarer victimes d’une odieuse islamophobie si on commémore dans nos mairies la naissance d’un enfant juif dans une Palestine sans Arabes ni musulmans…

L’état d’urgence énerve des tas d’engeances

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Manifestation à Rennes. SIPA. 00732552_000005

À la maison, c’est ma fille qui a donné l’alerte : « Papa, tu as vu ce qui se passe avec l’état d’urgence ? » -« Oui j’ai vu. on arrête les islamistes et les bandits. Tu préfères l’état normal ? Quand ce sont les bandits et les islamistes qui nous agressent ? » -« Non mais il n’y a pas que ça, va voir les réseaux sociaux, il y a plein de gens qu’on perquisitionne pour rien, qui n’ont rien à voir avec l’état d’urgence. Les flics ont tout cassé chez un maraicher bio. C’est pas normal ». J’ai avalé mon morceau de steak rouge cancer et je me suis servi un coup de beaujolpif sulfaté. – » Ah bon ? Et on persécute qui en fait ? Des barbus en robe de chambre Daech-friendly ? Des altermondialistes casse bonbons ? Des trafiquants d’armes notoires ? Des dealers qui ont pignon sur rue ? ». Et j’ai descendu mon ballon de rouge.

Je ne l’ai pas convaincue mais j’ai réfléchi à ce que ma fille m’avait dit. On trouvait donc en cherchant sur les réseaux sociaux, de l’arbitraire dans les perquisitions, des violences dans les arrestations, des abus dans les assignations, et je n’en savais rien. Je ne pouvais pas laisser faire de telles choses sans aller voir de plus près, les actions et les exactions de cette police qui ne faisait pas de détails.

Je suis tombé sur le blog de Laurent Borredon, journaliste au Monde qui a patiemment recueilli pour nous toutes ces bavures dans la répression, en proposant d’animer « un observatoire de l’état d’urgence ». Comme avec un numéro de Valeurs actuelles, l’affiche est prometteuse mais le contenu un peu décevant. Je ne m’attendais pas au retour de l’Inspecteur Harry mais quand même ! Là où on nous promet « de l’improvisation, des ratés, des brutalités », on tombe sur un festival de jérémiades et de pratiques policières bon enfant. Les policiers laissent parfois en partant un numéro aux « victimes » pour faire une demande d’indemnisation ou une adresse pour formuler un recours. On n’est pas dans The Shield. On y déniche des curiosités comme cette plainte de perquisitionnés : « Après leurs perquisitions, les policiers continuent leur vie comme avant. Mais nous, on devient quoi ? » Faut-il que les policiers se repentent ? Expient ? Se flagellent ? s’exilent en Uruguay ?

Tout ce qu’on y trouve n’est pas tellement plus « brutal » que le récit de cette famille tchétchène qui a cru en entendant le fracas policier contre la porte de son HLM, que « les Russes revenaient ». Quand Laurent raconte, ça donne ça : « Dina, dont la religion veut qu’elle couvre ses cheveux en présence d’un homme, s’est retrouvée en chemise de nuit devant les policiers. Ils ne lui ont pas laissé le temps de s’habiller, assure-t-elle. Ils ont marché avec leurs chaussures sur le tapis de prière, alors que Massoud leur avait demandé de l’éviter ». Quoi ? Il n’y a pas de patins dans la tenue règlementaire du RAID ?

On se souvient que dans la jungle de Calais, il y a peu, les CRS se déchaussaient avant d’investir une tente baptisée mosquée, alors on ne boudera pas son plaisir. Les amateurs pourront trouver leur bonheur dans « l’observatoire de l’état d’urgence » de Laurent Borredon, mais parfois, le décalage entre l’accroche alléchante et le contenu de l’ article vire à l’arnaque. On reste souvent sur sa faim, on a parfois de fausses joies. Comme lorsqu’il titre sur un suisse traine-savates de Tarnac frappé d’expulsion, et qu’on tombe sur ça : « le ministère de l’Intérieur recule aussi, parfois. Lundi 7 décembre, il a retiré l’arrêté d’interdiction de séjour sur le territoire français que nous évoquons ci-dessous… »

Enfin, même si tout ne marche pas comme on le voudrait, toutes ces « brutalités » nous montrent que si on ne fait pas encore respecter la loi à La Courneuve ou à Notre-dame-des-Landes, on en prend le chemin. Plus vite qu’à l’accoutumée, en état d’urgence, l’électeur donne le ton, l’Etat donne des ordres et la police exécute dans un cadre législatif, mais loin du parcours d’obstacles de la législature et débarrassé de la magistrature. Et sans la Justice, ç’est plus efficace.

En un peu plus d’un mois, 2700 perquisitions administratives, 488 procédures judiciaires ouvertes, dont 187 liées à des infractions à la législation sur les armes, 167 à la législation sur les stupéfiants, 334 personnes interpellées dont 287 placées en garde à vue, 73 renvois en comparution immédiate et 50 convocations devant les tribunaux correctionnels, 51 personnes écrouées, soit en détention provisoire, soit en exécution de peine, 58 condamnations déjà prononcées, 431 armes saisies, dont 41 armes de guerre, 279 enquêtes encore en cours.

Et la guerre contre l’islamisme armé a aussi ses bénéfices collatéraux, sans parler des refoulés aux frontières, des imams expulsés et des mosquées fermées : la criminalité qui a baissé en Île-de-France : -32% pour les vols violents sans arme, -24% pour les coups et blessures volontaires, -22% pour les cambriolages.Et, cerise sur le gâteau de l’état d’urgence, plus de manifs du DAL ou du collectif des lesbiennes transgenre et sans papiers, et plus de rassemblements pro-palestiniens place de la république à Paris.

Malgré ces débuts encourageants, ça braille. Maitre Henri Leclerc, ancien président de la Ligue Française des droits de l’homme et du citoyen, a tiré le premier : « Vous rendez-vous compte ? » , en détachant chaque syllabe dans un de ses effets de manche qui passe très bien à la radio, « On a suspendu la Convention européenne des droits de l’homme ! » Depuis, tout ce que le droitdel’hommisme peut mobiliser défile sur les écrans et sur les ondes pour nous mettre en garde. Des journalistes, des avocats ou des magistrats viennent dénoncer une dangereuse farandole de déserts juridiques où sont menacés nos libertés et nos droits.

Font-ils donc semblant de ne pas comprendre que les libertés et les droits ne sont pas un et indivisibles mais qu’ils s’opposent ? La liberté de diffuser ou de préparer le djihad s’oppose à la liberté d’aller voir un concert ou un match de football en sécurité, comme avant. Le droit de dormir sur ses deux oreilles jusqu’à six heures du matin quand on détient des armes de guerre s’oppose au droit de l’homme à inviter sa femme, ou pas sa femme, ou son mari au restaurant, en sécurité, comme avant.

On ne marche pas vers une dictature quand on renforce les droits du peuple contre les libertés de ses traitres et de ses ennemis, de ses assassins et de leurs complices ou de leurs partisans mais vers un ordre juste. L’état d’urgence donne à l’exécutif le pouvoir de manier le glaive sans gêne, de surveiller et de punir sans entraves. Et pour faire pencher la balance de la justice vers plus de justice, l’Etat écarte la Justice. Voici le scandale que les droitdel’hommistes dénoncent à grands cris. Voilà pourquoi le braillomètre est dans le rouge.

Ça ne m’inquiète pas plus que ça. Les girouettes qui nous gouvernent ont senti le vent électoral passer. S’ils n’ont pas compris qu’il faut mettre hors d’état de nuire, de toute urgence, ces lois et ces juges qui ont donné à Mohamed Merah une dix-huitième chance de retrouver le bon chemin, et à tous ses clones, la liberté de tuer en leur laissant le droit d’aller et venir, ils seront balayés aux prochaines élections.

Et au fait, si aux régionales, le Front national avait fait trois pour cent et le Front vert de gauche quarante, au lieu d’en entendre certains brailler contre les dangers de « l’état d’urgence », on les verrait aujourd’hui saluer « un plan d’urgence solidaire de renfort des services publics » pour lutter contre Daech. Alors, on dit merci qui?

 

Corse: l’indépendance n’est pas à l’ordre du jour

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corse jospin erignac

corse jospin erignac

André Fazi est politologue et maître de conférences en science politique à l’Université de Corse.

Céline Revel-Dumas. Après un premier « aménagement du territoire » dans les années 1960, la « décentralisation » a pris un virage décisif en 1982, avec notamment le statut spécial de la Corse. Ce processus a-t-il favorisé le nationalisme/séparatisme corse ou bien est-ce celui-ci qui a, au contraire, encouragé Paris à mettre en place un statut particulier de l’île ? 

André Fazi. D’un côté, à travers la création de régions élues au suffrage proportionnel, la décentralisation de 1982 a permis partout en France de renforcer la représentation politique des outsiders. En Corse, les nationalistes – comme d’autres – en ont profité pour intégrer le jeu institutionnel, alors qu’ils étaient jusque-là un véritable mouvement contestataire, refusant de participer aux élections. D’un autre côté, le statut particulier de 1982 avait bien pour objectif de définir un compromis politique favorisant la cessation de la violence. Toutefois, le PS envisageait un tel statut dès le début des années 1970, avant la radicalisation du mouvement nationaliste et la création du FLNC.

En quoi le statut spécial de la Corse, accordé en 1982, rend l’île différente d’une région métropolitaine ?

Le statut de 1982 donnait à la Corse des compétences supplémentaires par rapport aux régions continentales, par exemple au niveau des transports, de l’aménagement du territoire, des collèges, etc. En revanche, d’un point de vue qualitatif, les pouvoirs restent les mêmes : il n’était pas question de donner à la Corse le pouvoir d’adapter la loi nationale ou d’adopter sa propre loi, à l’instar de certaines collectivités d’outre-mer. Plus tard, le statut de 1991 a renforcé le particularisme en instituant un conseil exécutif politiquement responsable devant l’organe délibérant, créant ainsi une collectivité territoriale spécifique ainsi que le permet la Constitution. En revanche, le principe de l’unité de la loi est demeuré intangible et les nouvelles compétences confiées aux élus corses en 1991 puis en 2002 sont des compétences administratives.

En 1982, quelle vision avait le pouvoir de la politique « corse » ? Qu’envisageaient à l’époque le Président Mitterrand et son Premier ministre Mauroy ? 

En reconnaissant le particularisme corse et en créant une institution où tous pourraient être représentés du fait du mode de scrutin choisi, le pouvoir voulait assurément encourager les nationalistes à participer au jeu institutionnel, et délégitimer l’usage de la violence. Il espérait certainement aussi affaiblir les forces politiques jusque-là hégémoniques – gaullistes et radicaux de gauche – au profit notamment du PS, qui est toujours resté un parti marginal dans l’île.

Depuis lors, comment a évolué le politique de Paris concernant l’île ? Quid également de l’attitude corse depuis les années 1980 quant au « continent » ? 

En plus de trente ans, l’État a naturellement développé diverses stratégies : des stratégies d’affrontement (notamment en 1983-84, en 1986-88, en 1998-99), mais aussi des stratégies d’accommodement, consistant à satisfaire une partie des demandes nationalistes, et établir un compromis de nature à normaliser la situation politique de l’île. Les lois de 1991 et de 2002, réformant le statut de la Corse, sont les concrétisations les plus évidentes de ces stratégies d’accommodement.

De même, les stratégies des acteurs insulaires ont beaucoup varié. Jusqu’au début des années 1990, les forces dominantes ont montré une rigoureuse opposition au développement du particularisme institutionnel, qu’elles voyaient aussi comme un danger pour leur pouvoir. Depuis 1999, et le « processus de Matignon », il en est tout autrement : si les nuances restent importantes, nul n’évoque un retour au droit commun. Au contraire : dans la mandature 2010-2015 de l’Assemblée de Corse, de nombreux élus issus de ces forces dominantes ont repris à leur compte des revendications nationalistes, telles que la co-officialité de la langue corse. Bien évidemment, les nationalistes aussi n’ont pas toujours montré la même attitude, d’autant qu’il existe des sensibilités différentes à l’égard des fins comme des moyens.

De façon globale, on constate avant tout un long processus d’institutionnalisation. Peu à peu, l’action contestataire et les attitudes de rupture cèdent la place à l’action institutionnelle et à des attitudes de compromis. La victoire du 13 décembre 2015, même si elle n’ouvre qu’une mandature de deux ans, constitue un grand défi pour les nationalistes : sauront-ils passer de la contestation à l’exercice du pouvoir tout en maintenant intacte (voire en développant) leur force militante ?

L’assassinat du préfet Erignac le 6 février 1998 a-t-il marqué un tournant dans les rapports entre la Corse et l’Etat? 

Ce sont surtout ses suites politiques qui furent remarquables. Le préfet Bonnet, successeur de Claude Erignac, a développé une stratégie de confrontation très grossière, grâce à laquelle l’État a renforcé ceux qu’il croyait mettre à mal. D’un côté, une large part de la population s’est vite désolidarisée de la politique préfectorale, jugée disproportionnée et mégalomaniaque (cf. le rapport parlementaire de la commission présidée par Raymond Forni), ce qui s’est notamment traduit en 1999 par un succès électoral des nationalistes des plus radicaux. D’un autre côté, face à une répression accrue, les nationalistes, qui se remettaient difficilement d’un affrontement fratricide qui a fait une quinzaine de victimes, ont lancé et mené à bien un processus de réconciliation. Enfin, l’État a été ridiculisé à travers la célèbre « affaire des paillotes », où les plus hautes autorités de la préfecture et de la gendarmerie en Corse ont été condamnées à de la prison ferme, pour avoir organisé la destruction par incendie de biens situés sur le domaine public maritime. Quelques mois après la chute du préfet Bonnet (arrêté le 5 mai 1999), Lionel Jospin lançait en décembre 1999 ledit « processus de Matignon », visant à réformer le statut de la Corse, où pour la première fois l’État et l’ensemble des forces politiques corses représentatives – y compris les indépendantistes soutenant la violence – furent intimement associés.

Aux dernières élections régionales, la liste autonomiste l’a emporté. Le nouveau président (nationaliste) de l’Assemblée de Corse Jean-Guy Talamoni, après avoir déclaré « Mon pays, c’est la Corse », a assuré que l’indépendance de l’île n’était qu’une question de temps. Constitutionnellement parlant, quels sont les moyens dont dispose la Corse pour s’émanciper? A contrario, Paris peut-elle destituer un pouvoir Corse sécessionniste ?  

Il y a des indépendantistes en Corse depuis au moins quarante ans… tout comme il y en a en Martinique et en Polynésie. Faire de l’indépendantisme un délit est typique des régimes autoritaires, pas des démocraties. Le Mouvement Corse pour l’Autodétermination a bien été dissous en 1987 au motif qu’il avait « pour objet de porter atteinte à l’intégrité du territoire national », mais une autre organisation défendant les mêmes objectifs a été immédiatement créée. Aujourd’hui, alors que le FLNC a cessé la violence et que les nationalistes sont des acteurs parfaitement intégrés dans le jeu institutionnel, vouloir interdire un parti indépendantiste serait aventureux. Il y a fort à croire que l’opinion publique corse en serait choquée, et que cela encouragerait les engagements très radicaux.

La Constitution ne prévoit évidemment pas de droit à la sécession, mais elle est régulièrement adaptée aux réalités politiques ; c’est ainsi que le droit à l’autodétermination a été reconnu à la Nouvelle-Calédonie. Toutefois, concernant la Corse, les indépendantistes sont les premiers à dire que la question de l’indépendance n’est pas posée aujourd’hui. L’accord passé avec les autres nationalistes a écarté la question pour cette mandature, et aussi dans l’éventualité d’une seconde mandature au pouvoir. Au reste, comment en serait-il autrement ? Au premier tour, les listes indépendantistes ont réuni environ 10% des voix. Si dans dix ou quinze ans l’indépendantisme triplait son résultat, le débat changerait forcément de nature, mais nous n’en sommes pas là. Après quatre décennies de contestation, les nationalistes corses viennent d’accéder au pouvoir régional, et ils devront convaincre de la qualité de leur gestion, sous peine d’être rapidement écartés de ce même pouvoir.

 *Image: wikimedia.

À Madame Claude, la République reconnaissante

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madame claude fernande manchette

madame claude fernande manchette

Dans ses irremplaçables Mythologies parues en 1957, Roland Barthes parle entre autres du steak frites, du Guide Bleu, du catch, de la DS et de Poujade. Il aurait pu, quelques années plus tard, lors de la réédition de 1970, ajouter Madame Claude. La plus célèbre mère maquerelle de France, durant les décennies 60 et 70, représenta parfaitement le mythe selon Barthes: « La France tout entière baigne dans cette idéologie anonyme : notre presse, notre cinéma, notre théâtre, notre littérature de grand usage, nos cérémoniaux, notre Justice, notre diplomatie, nos conversations, le temps qu’il fait, est tributaire de la représentation que la bourgeoisie se fait et nous fait des rapports de l’homme et du monde. » Madame Claude incarnait ainsi ce putanat de luxe avec une fausse aura d’interdit puisqu’elle avait, de fait, dans la politique des ces années-là, une fonction aussi importante et reconnue que la dissuasion nucléaire ou le Bottin Mondain dans lequel se recrutait une bonne partie de sa clientèle.

Elle vient de mourir à 92 ans. C’est l’âge où disparaissent les anciens sénateurs de groupes parlementaires qui n’existent plus ou les académiciens français qu’on ne lit plus. Madame Claude, de son vrai nom, s’appelait Fernande Grudet ce qui ressemble aussi, aujourd’hui, à un pseudonyme ou à nom de roman des années 30. Plus personne ne s’appelle Fernande Grudet et plus personne n’occupe la place très particulière que son réseau de prostituées de luxe qu’on imagine toutes ressembler à la Creezy de Félicien Marceau occupa dans la France gaullo-pompidolienne, une France traversée par la modernisation d’une société toute entière fascinée par sa propre vigueur  prométhéenne avec des Concorde, des centrales nucléaires et des voies sur berge. On était loin, de fait, avec Madame Claude, de l’abattage dans les Algeco qui jouxtaient les foyers Sonacotra. Quand on requérait les services de madame Claude, il valait mieux avoir un costume Renoma et rouler en Matra 530 jaune assortie à la cravate. Les fameuses filles de madame Claude n’étaient pas, en effet, des épongeuses de minarets lumpenprolétarisés mais des geisha demi-mondaines qui retiraient leur vison dans des chambres de palace, jouant de tous les scintillements de leur robes Paco Rabane. Elle étaient aussi, plus ou moins, comme le célèbre escadron volant de Catherine de Médicis : elles jouaient de leurs charmes et de leur bonne éducation pour soutirer des confidences sur l’oreiller car le diplomate étranger, l’émir en goguette ou le haut fonctionnaire énarchique ont ceci de commun, comme tous les hommes, qu’ils ont la confidence post-coïtale assez facile. Cela explique la prospérité du « vice joli » selon l’expression de Madame Claude elle-même et la tranquillité dans laquelle il put s’exercer puisque le SDECE (l’ancienne DGSE) trouvait fort utile les renseignements qu’on pouvait récolter de cette manière. C’est pourquoi les barbouzes protégèrent le bizness de Fernande qui ne fut jamais importunée par les barbillons qu’elle avait connu dans sa jeunesse, quand elle-même tapinait dans le Pantruche d’après-guerre. Sans doute pour oublier tout cela, elle avait installé son bobinard cinq étoiles dans les beaux quartiers, du côté du XVIème. On le retrouve à peine transposé dans un roman noir de Jean-Patrick Manchette, Nada (1972) et dans l’excellente adaptation qu’en donna Chabrol deux ans plus tard. Un commando d’extrême gauche veut enlever l’ambassadeur des Etats-Unis et étudie son emploi du temps:

« –L’ambassadeur Poindexter passe chaque semaine la soirée du vendredi dans un club privé, à l’angle de l’avenue Kléber et de la rue Robert-Soulat

  -C’est un bordel, déclara Epaulard.

  -Qu’est-ce que tu veux dire?

  -Une maison de rendez-vous. Une des meilleures de Paris, dans le genre propre et coûteux.

  -Crotte, ricana d’Arcy. Encore une brèche dans les conquêtes du Front Populaire.

  -C’est le claque le plus proche de la Présidence de la République, précisa Epaulard. Protégé par la police, bien entendu et encadré à fond quand un chef d’état africain se pointe à Paris. »

Las, les heures de gloire passèrent très vite quand Giscard arriva au pouvoir et accentua la lutte contre le proxénétisme. Madame Claude et sa PME ne furent même pas défendues par le CNPF alors que finalement elle ne faisait qu’appliquer au sexe les rapports de production inhérents au capitalisme et elle finit par connaître un temps les joies de la zonzon.

On espère que cette injustice ne l’empêcha pas, elle qui termina sa vie à Nice, de voter Christian Estrosi pour sauver la République à laquelle elle avait déjà tant donné.

Le pastafarisme est un humanisme

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pastafarisme eglise laicite

pastafarisme eglise laicite

Malgré les apparences, l’humanité progresse, la tolérance gagne du terrain, l’autre est de mieux en mieux, ou en tous cas de plus en plus accepté dans toute sa différence. Et tous les progressistes s’en réjouissent, moi le premier.

Le 10 décembre, le gouvernement de Nouvelle-Zélande a reconnu le droit pour l’Église pastafariste de célébrer des mariages tout à fait officiels, même gays, en autorisant les époux à porter pendant la cérémonie, ce que leur foi leur commande : une passoire sur la tête.

Le pastafarisme est la religion de ceux qui croient que l’univers fut créé par un monstre spaghetti volant totalement ivre, ce qui expliquerait que l’humanité soit bourrée de défauts, ou encore qu’il y ait au paradis un volcan à bière alors que celle qu’on trouve en enfer est éventée.

Attention à ne pas confondre le pastafarisme avec le rastafarisme qui est la religion de ceux qui ont tellement fumé qu’ils croient qu’ils sont juifs et que c’est une bonne nouvelle.

J’en vois qui rigolent. C’est normal. Sur la question des croyances plus que sur toutes les autres, on a du mal à balayer devant sa porte la poutre qu’on a dans l’œil.

Prenez les juifs. (et gardez-les ! dirait Dieudonné).  Les vrais juifs, pas les jean-foutre qui mangent du jambon et prennent l’ascenseur le samedi. Ils croient vraiment que Dieu a ouvert la mer pour faire passer le grand Moïse  mais rient sous cape de ceux qui croient que Dieu a fait passer le petit Jésus sans ouvrir la Vierge.

Les chrétiens, eux, regardent de travers ceux qui croient au Père noël alors que tout le monde sait que chaque année, il y a plus de cadeaux sous les sapins que de paralytiques qui reviennent de Lourdes bon pied bon œil.

Et ainsi va le monde. On se moque des nouvelles croyances alors qu’on ferait tout aussi bien de se foutre des vieilles. Mais on se retient devant ces religions qui ne doivent leurs respectabilité qu’à leur ancienneté et au nombre de leurs ouailles. S’il n’y avait pas sur terre des centaines de millions de bouddhistes, prendrait-on au sérieux la spiritualité de ceux qui s’empêchent d’écraser les mouches à merde de peur de tuer une deuxième fois leurs grands-parents ? Et si l’Islam n’était pas pratiqué par plus d’un milliard d’humains, qui sait s’il ne serait pas traité par le reste de l’humanité comme une secte dangereuse et interdit partout ou les gens sont libres et entendent le rester?

Comme disait l’autre, « le 21ème siècle sera spirituel ou ne sera pas ».  Faut-il bien le prendre ? Mon camarade Jacques de Guillebon nous explique que « la société française (…) est lasse de ce nihilisme Charlie qu’on lui fait un devoir d’adorer. Comme si sa seule identité consistait à dessiner des culs et à boire en terrasse ». Je ne suis pas sûr que nous donnions à cette formule le même sens. Si l’on veut que cette prophétie soit une bonne nouvelle, voici ce que je crois : Continuons à faire de l’esprit sans faiblir, et à botter des culs bénits sans relâche, en commençant par les nôtres. Pour donner l’exemple.

*Photo: Wikimedia.