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Sécurité: la police municipale, 5e roue du carrosse?

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 police municipale Béziers

Causeur. Après les attentats de janvier 2015, la ville de Béziers a armé ses policiers municipaux. Dix mois plus tard, quel bilan peut-on tirer de cette mesure ? 

Fabrice Cantele. Même si les policiers municipaux de Béziers n’ont été armés qu’après les attentats de janvier, la décision avait été prise auparavant. Pour Robert Ménard, le policier municipal de 2016 se doit d’être armé s’il veut pouvoir exercer ses missions de sécurité publique et répondre à l’attente des citoyens.

Après un an de mise en place, le processus d’armement est presque achevé. Un processus surtout administratif puisque la plupart des policiers avaient une expérience du port d’armes. Nous les avons d’ailleurs recrutés au regard de cette qualification. Quant à ceux qui n’avaient jamais porté une arme, nous avons dû les former. Ce qui est quasiment chose faite aujourd’hui.

Les armes ne répondent donc pas uniquement à une menace terroriste ? 

Non. Aujourd’hui, malheureusement, le policier municipal est exposé dans son travail quotidien à des risques beaucoup plus importants qu’auparavant. Qu’il s’agisse de crimes ou délits – braquages, vols à main armée – nous avons souvent affaire à des gens armés et décidés à aller jusqu’au bout. En conséquence, un policier armé est apte à intervenir dans tous les cas possibles, quel que soit le niveau de risque, alors qu’un policier non armé est plus limité et ne peut pas être affecté à toutes les missions.

Vos fonctionnaires ont-ils déjà fait usage de leur arme ?

A Béziers, non, pas encore. Mais certains l’ont déjà fait par le passé, dans le cadre de leurs précédentes affectations.

Concernant la menace terroriste, avez-vous une doctrine permettant aux agents armés d’agir s’ils se trouvent dans une situation d’attentat ?

Il existe des directives de l’Etat pour la préservation des civils, la priorité étant de les mettre en sécurité : tenter de contenir les terroristes dans un endroit le plus confiné possible et attendre l’arrivée d’une unité spécialisée, lourdement équipée, qui prend le relais. A notre niveau, la difficulté est de bien identifier une situation d’attentat. Il s’agit de faire la différence entre un braquage, des coups de feu dans un contexte criminel et une attaque terroriste. S’il y a plusieurs rafales d’armes automatiques, ou des déflagrations importantes, on peut supposer qu’on est face à un risque « attentat ». Et des coups de feu, il y en a…

Vos fonctionnaires ont-ils participé à des exercices de mise en situation d’attentats ?

Non. On s’exerce régulièrement sur les techniques d’intervention, et la riposte face à des individus armés. Les deux attaques terroristes que l’on a subies en 2015 modifient un peu nos méthodologies d’entraînement, mais nous n’avons pas encore toutes les données. Nous n’avons donc pas pu tirer les leçons tactiques et techniques, ni améliorer nos capacités dans ce genre de scénario. Il ne faut pas oublier non plus que les moyens dont on dispose sont assez limités par rapport aux forces de l’Etat.

Lors des attentats de janvier et de novembre, des policiers municipaux et nationaux en repos ou en mission de routine ont croisé par hasard le chemin des terroristes. Certains étaient les premiers sur le terrain. Leur action a parfois modifié les projets terroristes. Par définition, dans le cas d’un attentat à Béziers, vos agents seront les premiers à faire face aux terroristes, bien avant le GIGN et le RAID… On sait que la rencontre entre Amedy Coulibaly et les policiers municipaux de Montrouge l’a fait changer de projet…

Oui et en plus, contrairement au policier du RAID qui sait sur quel théâtre d’opération il va intervenir, le policier « généraliste » – municipal ou national – ne sait jamais ce qui l’attend dans la rue et devra prendre très rapidement des décisions très lourdes de conséquences. La logique qui nous guide est donc la suivante : protéger le public en premier lieu, puis se protéger. Ensuite – mais cette idée n’engage que moi – face à un terroriste qui vient de se servir de sa kalachnikov, il faudra à mon avis tirer le premier, faire feu très rapidement. Le temps de prise de décision pour les fonctionnaires doit être très, très court.

Puisque ce sont les premiers intervenants en cas d’attentat, quand la confusion est au maximum et qu’on peut influencer le cours des évènements, existe-t-il une réflexion tactique et technique au niveau national pour élaborer, à partir de l’expérience de 2015 – mais aussi du passé plus lointain et d’autres pays –, une doctrine commune pour toutes les forces municipales et nationales « généralistes » ?

Non. J’en ai discuté récemment avec le Commissaire central de la Police Nationale à Béziers : le problème, aujourd’hui, est que les gendarmes travaillent d’une certaine façon et la police nationale d’une autre. La police municipale peut faire une demande ponctuelle de formation spécifique pour acquérir une compétence particulière mais il faut la solliciter, aller chercher l’information et la formation. Cela reste difficile de faire descendre l’information et la formation, et les retours d’expérience sont rares en direction de la police municipale. Il existe toujours un gros problème de liaison entre les trois forces de sécurité publique – police nationale, gendarmerie nationale  et police municipale – et l’information met beaucoup de temps pour cheminer.

S’agit-il du partage de l’information immédiate, dans le cas d’un événement en cours, ou  de l’analyse d’expérience et des leçons tirées des attentats qui ont déjà eu lieu ? 

Les deux. Même après un « simple » hold-up, le partage de l’information est toujours très long. La communication entre états-majors est lente, alors que les fonctionnaires, qui sont eux sur le terrain, peuvent faire face à tout moment à des situations particulièrement dangereuses où les leçons récemment tirées de cas semblables sont vitales.

Robert Ménard a annoncé récemment la création d’une « garde biterroise » pour épauler la police locale. Est-ce de votre responsabilité ?

Non. Le maire m’a demandé de participer au jury de recrutement de cette garde pour  sélectionner au mieux les personnes qui pourraient postuler. Mais dans l’état actuel des choses, ils ne sont pas sous la direction de la police municipale.

C’est une force composée des anciens de différentes forces de l’ordre, une sorte de force de réserve auxiliaire ?

Compte tenu de la législation française, elle servirait de force d’alerte. Elle pourrait occuper le terrain et alerter les forces de l’ordre nationales ou municipales pour nous permettre d’agir avec plus de précision.

Vous êtes engagé dans la police municipale depuis 25 ans et avez déjà eu l’occasion de servir dans plusieurs villes différentes. Quelle est votre vision du rôle d’une force de police municipale ? S’agit-il de s’occuper de la circulation, de régler les conflits de voisinage et de faire la police des commerces et marchés, ou bien de suppléer aux carences de la police nationale, et d’être plus efficace grâce à la proximité ?

Je ne dirais en aucun cas que la police municipale serait plus efficace que la police nationale, car nous ne disposons absolument pas des mêmes moyens matériels, logistiques, humains et judiciaires. En revanche, la police municipale est sans nul doute une police de proximité. Elle rassure la population et se place aux premières loges pour intervenir. D’où, pour moi, la nécessité d’avoir des fonctionnaires de police particulièrement bien formés dans un certain nombre de domaines comme le judiciaire, l’administratif mais également les techniques liées aux interventions de police. Car justement, cette proximité permet d’être les premiers sollicités, et souvent les premiers sur les lieux. La police municipale est une police de terrain, elle multiplie ses chances d’être confrontée à des situations très variées. Un gardien de la paix peut avoir une charge « administrative » très lourde qui l’éloigne un peu plus de la voie publique. L’habilitation judiciaire supplémentaire a amené les gardiens de la paix de la police nationale à recevoir des plaintes, effectuer des enquêtes, organiser des confrontations, etc. Ce sont des missions administratives différentes de celles qu’ils traitaient auparavant, et pendant ce temps-là, le gardien de la paix de la police nationale n’est pas présent sur le terrain. Toutefois, ce que réclame la population, c’est une présence physique sur la voie publique de policiers aptes à intervenir dans les minutes qui suivent l’appel. On sait aujourd’hui que la population est exigeante, que beaucoup de gens ont peur. On ressent une perte de confiance de la part de nos concitoyens envers la police parce que « ils ne sont jamais là quand il faut », ou « qu’ils mettent trois quarts d’heure à venir ». La police municipale a encore la chance d’être capable d’intervenir rapidement, à condition d’avoir un maire, comme à Béziers, qui lui en donne les moyens. Elle peut être une force présente et réactive dans un délai toujours très court.

Vos 25 ans de carrière correspondent à la montée en puissance de la police municipale en France. Assez marginale dans les années 80, elle prend de plus en plus d’importance. Comment expliquez-vous ce phénomène ?

Il y a plusieurs facteurs : la décentralisation, les difficultés financières de l’Etat, le rôle du maire – très important dans la sécurité de sa ville dont il est le point central et a le devoir d’y assurer le bon ordre, la tranquillité, la sécurité de ses administrés, comme les textes de loi le précisent. L’Etat a transféré un certain nombre de missions et de responsabilités supplémentaires aux maires, qui disposaient déjà du pouvoir de police. Depuis 1991, la police municipale est devenue une force incontournable sur le territoire français notamment parce que, statistiquement, à chaque instant, il y a plus de policiers municipaux dans la rue que de collègues des autres forces de sécurité publique, au prorata de l’effectif total de chacune des trois forces.

C’est étonnant ! Les policiers et gendarmes sont dix fois plus nombreux que leurs collègues municipaux !

Il y a moins de 30.000 policiers municipaux mais ils sont tous voués à être dans la rue. Vous me dites qu’il y a 250.000 policiers et gendarmes nationaux. Mais les missions et tâches de l’ensemble de ces fonctionnaires sont beaucoup plus variés et l’étendue des champs d’intervention particulièrement vaste.

De très nombreux corps de métiers sont représentés au sein de la police nationale ou de la gendarmerie, qu’il s’agisse d’enquêteurs, de groupes d’intervention, de gardes statiques, de techniciens informatiques, d’agents de génie civil, d’analystes, d’encadrants sportifs, de CRS, de gardes mobiles, etc.

Le comparatif, si vous en souhaitez un, porterait essentiellement sur les actions de police de proximité et de « Police Secours ». C’est dans cette configuration que la police municipale prend toute sa dimension au sein de nos villes et villages.

*Photo : Wikipedia.

Quand Charlie charrie

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riss charlie hebdo islam

On le tient chef ! Un an après l’assassinat de quatorze personnes à la rédaction de Charlie Hebdo, Riss nous livre le nom – et la trombine – du coupable à la une du numéro anniversaire. « L’assassin court toujours » et cet assassin c’est Dieu soi-même. Voilà qui est bien pratique : si c’est Dieu le coupable, personne ne l’est. Ou tout le monde. Pas de risque de stigmatiser qui que ce soit. Dieu a le dos et l’esprit larges : il peut endosser les crimes passés et à venir de n’importe qui, sans discrimination liée à la religion.

Tout de même, pour accuser Dieu, il faut sacrément croire en lui. On pensait plutôt que les gens de Charlie Hebdo étaient du genre à proclamer que Dieu est mort et à aller déconner sur sa tombe. Et voilà qu’ils nous annoncent que tout est de sa faute parce qu’il a inspiré les tueurs : en somme les Kouachi et autres n‘étaient que les instruments d’une volonté surpuissante. Donc, Il existe, et il n’est pas content !

D’accord, ce Dieu assassin, c’est juste une image. Une image destinée à en éviter une autre. Attention, que Riss ne veuille pas déclencher une salve de manifestations violentes et d’attaques d’églises de par le monde en désignant et surtout en dessinant le véritable inspirateur du crime, en l’occurrence Mahomet, que les tueurs prétendaient venger, on ne saurait le lui reprocher. Quand on sait que les caricatures de ce Mahomet ont l’étrange pouvoir de rendre dingues des foules musulmanes, on comprend qu’il n’ait guère envie d’y retoucher. Les rouleurs de mécanique qui proclament, dans leur salon, que le droit au blasphème est absolu, dénonceront ce renoncement. Les rouleurs de mécanique ne vivent pas entourés par sept policiers.

J’ai de l’amitié pour Riss. Qu’il me pardonne donc de penser que là, il charrie grave – même s’il est sûr que son édito est meilleur que sa une. Qu’il ne veuille pas dessiner Mahomet, c’est son affaire. Qu’il noie le poisson à ce point, c’est aussi la nôtre. Donc, la violence, les morts, les souffrances – sans parler des heures passées à se déchausser dans les aéroports –, c’est la faute à Dieu. Pas un dieu particulier, Dieu en général. Parce que, j’allais oublier, le Dieu de Riss, l’assassin du 7 janvier, est un dieu indéterminé, sans adresse et sans âge, la preuve, il est aussi franc-mac, raison pour laquelle il a une équerre sur la tête. Enfin, indéterminé, c’est ce qu’a voulu montrer Riss, je crois. Moi, je trouve qu’avec sa barbe fleurie, il ressemble au Dieu des Dix commandements de Cecil B. DeMille, qui est aussi celui de la Bible. Je ne voudrais pas blasphémer au faciès, mais ce dieu assassin a plus la tête du dieu des juifs et des chrétiens (genre vieux mâle blanc) que celle d’Allah – il est vrai que personne ne connaît la tête d’Allah, mais il ne ressemble certainement pas à ça.

Dans le genre amalgame, en voilà un de taille. Parce qu’à ce compte-là, on est tous un peu coupable. Le message hyper-finaud caché derrière le dessin, c’est que l’homme est bon et que c’est la religion qui le corrompt. Et toutes les religions ont leurs criminels… Il me semble qu’il y en a une qui en sécrète plus que d’autres à notre époque, mais ce ne serait pas gentil de le rappeler. On dira donc que c’est la faute à de mauvaises idées qui se promènent en liberté on se demande bien comment. Ah si tous les gars du monde, ma bonne dame.

Cette une anniversaire est donc pavée d’excellentes intentions. Il s’agit de ne froisser personne. Le pire, c’est que ces bonnes manières œcuméniques ne semblent avoir eu aucun effet sur ceux à qui elles étaient destinées. Les professionnels de susceptibilité musulmane et autres experts en dénonciation de l’islamophobie n’ont pas jugé bon d’honorer les victimes en gardant leur mécontentement pour eux. Ils entendent faire savoir qu’ils se sentent offensés et même, pour le président du CFCM, « blessé ». Comme l’observe judicieusement Marco Cohen, blessé, c’est mieux que tué. Et toc.

En attendant, je pense à Charb, à Cabu et aux autres. Déjà, ça doit leur faire bizarre d’être ensevelis sous tant d’hommages, avec tous ces « amis » – quelques vrais et pas mal de faux – qui bataillent pour plastronner en leur nom devant les caméras. Et ce n’est pas cette une gentillette et énervante qui va les faire se gondoler. Alors il reste à espérer qu’ils s’amusent avec les soixante-douze vierges. Même si, depuis un an, elles ont dû cesser de l’être.

Al-Qaïda is back!

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Al Qaida Pakistan Afghanistan

Début mai 2012, pour marquer le premier anniversaire de l’élimination d’Oussama Ben Laden, Barack Obama avait effectué une visite surprise en Afghanistan afin de signer un accord stratégique entre Kaboul et Washington. « Le but que j’ai fixé de vaincre Al-Qaïda et de l’empêcher de se reconstituer est désormais à notre portée », avait-t-il alors déclaré. Moins de quatre ans plus tard, on peut dire en paraphrasant Mark Twain que les rumeurs sur la mort d’Al-Qaïda sont très exagérées.

Al-Qaïda n’a pas passé l’arme à gauche. Il semblerait même que l’organisation terroriste créée en 1987 par le Palestinien Abdallah Azzam, le mentor de Ben Laden, soit en pleine résurrection. Et cette résurrection, selon le New York Times, surprend et inquiète les Etats-Unis. D’après le quotidien américain, plusieurs camps d’entraînement de l’organisation ont été découverts ces derniers mois en Afghanistan. Des camps aussi grands que ceux de « l’époque Ben Laden », où l’organisation était à son apogée, peu avant les attaques du 11 septembre 2001 et l’invasion américaine qui a suivi. Concentrant leur attention sur l’Etat islamique et la SyRak (Syrie + l’Irak), les États-Unis ont négligé leur ancien ennemi et son vivier, « l’AfPak » (Afghanistan + Pakistan), découvrant ces camps avec retard.

Or, contrairement à Al-Qaïda « canal historique », la nouvelle réincarnation de l’organisation a (jusqu’ici) des visées plus régionales. Nommée AQIS (Al-Qaeda in the Indian Subcontinent), l’organisation vise clairement le Pakistan, l’Inde et les états d’Asie du sud. De toute manière, au Moyen-Orient, dans le monde arabe et en Europe, l’EI semble si bien ancré qu’il laisse peu d’espace à la concurrence. Mais si la (géo)stratégie d’Al-Qaïda s’est renouvelée, sa tactique reste conforme aux méthodes de Ben Laden : des opérations sophistiquées exigeant une capacité importante d’organisation.

Une opération – heureusement ratée et dont la presse française a peu parlé – donne ainsi la mesure des ambitions et du modus operandi d’AQSI. Le 6 septembre 2014, une frégate de la marine pakistanaise a été attaquée par un commando qui a tenté d’en prendre le contrôle. Les assaillants, tous des matelots et des sous-officiers radicalisés de la marine pakistanaise, voulaient utiliser ce navire (2500 tonnes, un équipage de 170 matelots et officiers) pour lancer une  attaque contre un bâtiment de guerre américain en mission dans l’Océan Indien. Si l’opération s’est soldée par un échec – l’équipage ayant opposé une résistance efficace –, elle révèle la capacité d’Al-Qaïda à mettre en place une opération d’envergure. Les retombées stratégiques d’une telle attaque auraient pu être extrêmement importantes.

Avec cet échec inquiétant des services de renseignements pakistanais, les Américains sont tombés de haut. C’est peut-être à la suite de cet incident qu’ils ont commencé à traquer les nouveaux camps d’entraînement d’Al-Qaïda en Afghanistan. Mais le retour de l’organisation islamiste met à mal la stratégie américaine dans la région. Les Etats-Unis, qui avaient déjà entamé leur désengagement dans ce pays, espéraient pouvoir compter sur un gentlemen’s agreement avec les Talibans – à la Maison Blanche, on sait que le gouvernement de Kaboul ne tiendrait pas seul. Washington comptait laisser les Talibans tranquilles (y compris s’ils s’en prenaient aux droits des femmes) aussi longtemps qu’ils n’offrent pas de sanctuaire à Al-Qaïda ou à d’autres organisations djihadistes visant les Etats-Unis et l’Occident.

Aujourd’hui, les Américains sont donc forcés de reconnaître que s’ils peuvent tourner le dos à l’Afghanistan, l’Afghanistan n’est sûrement pas en mesure de faire de même. Autrement dit, avec leur départ du pays, tout risque de redevenir comme avant septembre 2001, voire pire.

Si l’on prend les choses à la racine, le problème n’est ni Al-Qaïda ni l’Etat islamique. Sur le certificat de décès des personnes atteintes de Sida, on ne fait jamais mention de cette maladie, la cause indiquée de la mort est souvent une maladie opportuniste comme la pneumonie. De la même manière, le Sida de la géopolitique de notre époque est la faillite totale des Etats et des sociétés dont ils émanent, de l’Afghanistan au Soudan, en passant par la Libye, le Mali, le Yémen et bien sûr l’Irak et la Syrie. Aussi longtemps que ces corps politiques seront aussi affaiblis qu’aujourd’hui, le nom exact de la pathologie dont ils souffrent importe peu. Or, comme les Etats-Unis sont en train de le découvrir – et la France aussi au Mali et en Libye – un désengagement militaire est illusoire. L’avenir ressemble à un long plan Vigipirate à l’échelle mondiale.

*Photo : SIPA.AP21839989_000011.

Un avenir radieux pour la France?

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banlieues islamisme immigration

Il arrive encore qu’on me demande, à l’étranger surtout, quel avenir je vois pour la France. Faute de boule de cristal, j’erre sur Internet et je me fie à mon intuition. Parfois, elle se trouve en accord si total avec l’expérience que relate tel ou telle Français(se) que j’en viens à me convaincre, momentanément rassurez-vous, de la pertinence de mes analyses.

Hier soir, par exemple, sous la plume de Patricia La Mosca, chroniqueuse judiciaire, j’ai lu deux ou trois choses qui ne m’ont pas vraiment surprises, mais qui m’ont semblé mériter d’être répercutées.

Après avoir noté – et là presque tout le monde en convient – qu’en France un ordre basé sur les semblants et la culture du mensonge, au sommet de l’État et dans la presse, est en train de s’effondrer sous nos yeux et qu’une alternance politique, y compris avec le Front National, n’y changerait pas grand-chose (je lui donne volontiers raison), elle en vient au vif du sujet.

Elle habite en banlieue et, quotidiennement, y rencontre des forces de l’ordre, des immigrés récents ou anciens, voire des réfugiés. « Quiconque, écrit-elle, ne voit pas la réalité que je fréquente ne peut pas imaginer l’univers entier qui se cache derrière l’appellation « jeunes » qui figure dans vos journaux et sur vos écrans TV. »

Ce qu’elle observe, c’est une population qui nous hait, qui ne partage aucune de nos valeurs et qui cherche à les détruire. Même les plus « modérés » se sont réjouis après la nuit du 13 novembre et considèrent leurs auteurs comme des héros. Ceux qui s’imaginent que nous allons tous nous retrouver derrière un idéal républicain sont au mieux de doux rêveurs, car, précise-t-elle, « je n’ai pas trouvé de pont, ni même de passerelle entre les deux mondes. Pourtant, j’en ai cherché, parce que je ne hais personne et n’appartiens à aucun courant politique. »

Ce qui n’est pas faux non plus et plus crédible, car moins excessif, c’est que tous les responsables des services de renseignement, de la police et de la gendarmerie sont parfaitement au courant de la situation qu’elle décrit et que leur malaise est incommensurable. Mais on leur demande de se taire et de continuer à jouer la comédie. Faute de quoi ils sont traités de racistes, d’islamophobes, voire de fascistes, et écartés de toute responsabilité. Les témoignages sur ce point ne manquent pas.

Patricia La Mosca soutient également que l’État islamique a bon dos, car il ne pourrait rien contre nous s’il ne jouissait d’un vaste enclos de culture acquis à son idéologie. Nous assisterons sans doute à un affrontement de plus en plus violent entre des populations françaises diverses mais incompatibles, la religion étant le marqueur principal. Il va de soi que le désastre économique dans lequel les Français sont plongés ne fait qu’aviver les tensions. Mais pire encore : c’est toute la société,  son mode opératoire et ses attentes qui ne sont plus en phase avec la réalité. Une forme insidieuse de schizophrénie politique s’est instaurée avec pour seul remède une formule magique, mais totalement inefficace : le vivre-ensemble. Si les Français en attendent un avenir radieux, qu’ils se préparent plutôt à une guerre civile ou à un suicide collectif.

*Photo : SIPA.00607936_000017.

René Girard et la nouvelle comédie des méprises

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René Girard Philippe Muray

Sans préambule, sans précautions, sans préliminaires oratoires, et avec une espèce de brutalité magnifique, René Girard, en 1961, dès la première page de Mensonge romantique et vérité romanesque, précipitait ses lecteurs sur la piste de l’hypothèse mimétique, c’est-à-dire dans l’enfer du désir, dans les pièges de l’amour et les constructions en miroir de la rivalité ; et entreprenait de démontrer que les plus grands chefs-d’œuvre romanesques n’avaient jamais fait, au cours des siècles, que révéler cette hypothèse, sans qu’elle cesse toutefois de constituer le secret le mieux caché, le plus efficacement protégé de l’histoire du genre humain. [..]

Il affirmait, textes à l’appui, que nous désirions intensément mais que nous ne savions pas exactement quoi ; que nous attendions toujours d’un autre, même si nous ne cessions de prétendre le contraire, qu’il nous dise ce qu’il fallait désirer ; et que cette comédie du désir du modèle désignant au sujet, qui ne veut rien savoir de cette désignation, l’objet devenu désirable parce qu’il est désiré, constituait la substance même du Rouge et le Noir comme de Don Quichotte, de la Recherche du temps perdu comme des Démons.

Le roman était la levée perpétuelle de ce secret de Polichinelle, et Mensonge romantique, à son tour, devenait un fabuleux « roman » sur le secret de l’imitation généralisée, constamment divulgué par les grands romans, puis aussitôt recouvert, réenterré, recamouflé sous l’éternel besoin d’illusion des hommes.

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Un peu plus tard encore, dans ses œuvres ultérieures, Girard allait dévoiler les rapports sacrificiels qui constituent le lien social depuis la nuit des temps ; mais il ne quitterait pas vraiment pour autant la question du roman, c’est-à-dire de la réalité humaine et de la succession infinie de ses masques à arracher : car de même qu’au fondement de toute société il y avait un meurtre, et pas un meurtre imaginaire ou fabuleux mais un meurtre réel, de même dans les rapports entre les êtres il y avait un rival précis, un rival vivant et concret, haï et aimé, un obstacle adoré en même temps que détesté, et c’était d’avoir porté leur éclairage sur son existence obstinément déniée que les plus grandes œuvres romanesques puisaient la lumière qui nous est parvenue.

Contre toutes les pensées dominantes des sciences humaines d’alors, structuralisme, lacanisme, derridisme, etc., qui ne cessaient d’ajourner le réel, de le remettre à plus tard, au lendemain, aux calendes, à la Saint-Glinglin, René Girard seul le plaçait au centre de sa réflexion, au cœur de sa recherche, que ce soit sous la forme de la victime oubliée, mythifiée mais constitutive de toute civilisation, que sous l’apparence du rival abhorré autant qu’adoré qui nous désigne l’objet à désirer, et dont nous mettrons ensuite tout le romantisme, tout le lyrisme, toute l’énergie du monde à nier l’existence ; mais que les romanciers géniaux mettront tout leur génie, en revanche, à dévoiler. Parce qu’un grand romancier, disait encore Girard, ne partage jamais intégralement les illusions de ses personnages.[access capability= »lire_inedits »]

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L’expérience romanesque détruisait sans relâche le mythe de la souveraineté personnelle, lui-même construit sur la base déniée de notre dépendance servile à l’égard d’autrui. Les romanciers avaient toujours travaillé dans la même direction : il s’agissait de traverser une illusion. Et puisque cette illusion, la plupart du temps, se retrouvait divinisée par l’esprit romantique, l’illusion que Girard analysait sans relâche était, pour finir, d’essence religieuse. Entre la croyance et le roman, il ne restait plus rien. Rien que ce champ sans limite des mensonges humains qu’on appelle la vie.

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Les thèses girardiennes sont-elles à même de nous faire comprendre ce monde nouveau qui veut passer pour naturel, et donc feint d’ignorer qu’il ne va pas de soi ? Les forces au travail repérées dans des univers aussi hétérogènes que ceux de Proust, Stendhal, Cervantès ou Dostoïevski, sont-elles encore identifiables aujourd’hui ? Par temps post-historique, les schémas girardiens peuvent-ils être éclairants ? Comment apprécier girardiennement une société telle que la nôtre ? Qu’a-t-elle à nous dire ? Que peut-on en apprendre et en révéler à partir de lui ?

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Si notre temps est celui du progressif désinvestissement de la scène du désir, ou de son explosion par saturation ou surexposition, ce qui revient au même, que reste-t-il au juste de ses conclusions ? Et, pour parler franchement, que serait un roman qui se composerait de moments de « lucidité », au sens où Girard ne cesse de les repérer dans les romans d’autrefois, concernant la nouvelle illusion collective de notre temps ? Un roman qui décrirait « à la Girard » la troublante et progressive décomposition de l’humanité en proie à la perte de toutes les différences, et le camouflage délirant de ce désastre par la présentation constamment positive qui en est faite ?

Est-il possible, en somme, de partir du Girard de 1961, pour tenter de soumettre à ses concepts le monde dit réel d’aujourd’hui ? Ou encore de retourner son commentaire des romans d’hier en commentaire romanesque de notre époque ?

[..]

C’est dans des conditions d’effacement généralisé de la plupart des conflits jusque-là à l’œuvre dans les rapports humains que l’on peut voir s’avancer cette nouvelle civilisation, qui semble à la fois parodier les moments les plus « évangéliques » de la pensée girardienne et illustrer en même temps les plus sombres de ses visions. Si les sentiments que Stendhal appelait « modernes » (l’envie, la jalousie et la haine impuissante) fleurissent plus que jamais, ce n’est pas parce que les natures envieuses ou jalouses, Girard le disait déjà très bien, se sont fâcheusement multipliées ; c’est parce que ce qu’il nomme la médiation interne (il y a médiation interne lorsque les sphères du sujet et du médiateur pénètrent si profondément l’une dans l’autre qu’on peut les dissimuler ou les méconnaître sans risque d’être jamais obligé d’en avouer l’existence) triomphe dans un univers où ne cessent de s’écrouler les dernières démarcations entre les individus.

Nous vivons, selon toute apparence, la deuxième phase girardienne de la tentative d’échapper aux effets destructeurs de la violence et de la contagion mimétiques : après le sacrifice (le lynchage, le meurtre) qui expulse momentanément la violence, nous voilà dans le rejet de la violence ; ou dans son abolition interminable (il n’y a plus de lynchages, on le sait, que médiatiques). Girard a consacré des centaines de pages à décrire les effets dévastateurs de la « crise indifférenciatrice » sur les sociétés dites primitives. Notre temps vit une apothéose d’indifférenciation comme il ne s’en était encore jamais vu ; mais cette apothéose, loin d’être racontée comme une crise, est au contraire considérée, la plupart du temps, comme une sorte d’approche de la perfection. On ne persécute plus, désormais, qu’au nom des victimes (au nom des minorités ensublimées de divergences identitaires et de sacro-saints particularismes) ; et ce n’est qu’à partir des instruments culturels destinés à les supprimer que se créent de nouvelles formes de victimisation. Les boucs émissaires, au lieu de les entretenir puis de les sacrifier en période de calamités, se retrouvent transformés en objets d’adoration perpétuelle. En même temps que se développe un nouveau mimétisme concurrentiel qui se résume à découvrir sans cesse de nouvelles catégories de martyrs (les femmes, les animaux, les enfants, les homosexuels, les jeunes, les immigrés, les handicapés physiques ou mentaux, les obèses, etc.) afin d’occuper son temps libre à lutter contre les dernières discriminations qui pourraient encore les frapper ;

[..]

Les catastrophes, pour leur part, un avion qui tombe avec trois cent cinquante personnes à bord, un incendie, une inondation ou une avalanche meurtrières, représentent des aubaines qu’aucune autre société n’avait connues puisqu’elles permettent, mais sur de nouvelles bases, et parce que plus rien ne peut arriver par hasard, par intervention divine ou par l’indifférence de Dieu, la réouverture de la chasse : la chasse aux responsables ; c’est-à-dire la création de néo-boucs émissaires à partir de motifs objectivement incontestables (en même temps, bien entendu, que les derniers vrais chasseurs sont traités comme des survivances inadmissibles des âges farouches).

C’est aussi dans ces conditions que l’on croit devoir s’obséder sur des adversaires véritablement indéfendables (le néofascisme, par exemple), sans voir que cet affrontement obsessionnel implique un sol commun, une identité, une gémellité, un objet de désir partagé.

Suivant toujours René Girard, on peut observer que simultanément à la chasse aux néo-coupables et à la transformation des victimes en néo-dieux, nous réinventons à tour de bras d’autres boucs émissaires, mais cette fois dans l’Histoire, c’est-à-dire dans le passé, c’est-à-dire dans ce qui a précédé cette disparition de la réalité (et de l’Histoire) à laquelle nous participons quotidiennement de si bon cœur. Le ton d’assurance invraisemblable avec lequel nous traquons tant de « sorcières » rétroactives est l’indice de notre fascination non dépassée ; et l’occasion, comme toujours, de nous mettre en valeur : ce que nos pères ont fait, nous ne l’aurions pas fait. Au nom de l’éradication définitive de la violence, nous tournons notre violence non liquidable contre nos ancêtres ; et nous tirons de l’inoffensive confrontation avec leurs fantômes un sentiment éclatant de supériorité actuelle. Le groupe, comme de juste, et toujours pour vérifier les thèses girardiennes, se recristallise vertueusement aux dépens de coupables passés dont nul ne saurait, sans se discréditer, prendre la défense une seconde. Nous baignons, dirait Girard, dans l’illusion parfaite de notre indépendance métaphysique, ou dans le mirage de notre autotranscendance, c’est-à-dire dans le triomphe de notre vanité de masse, et toujours dans le leurre de notre autonomie ; laquelle se manifeste sous bien des aspects, à commencer par celui de cette « interactivité » totale qui fait aujourd’hui miroiter aux yeux des utilisateurs des possibilités infinies de « créativité » ou de « démocratie directe » enfin débarrassées des derniers médiateurs.

Mais cette plénitude illusoire, sur les ruines des anciennes hiérarchies, et dans l’abolition de toutes les différences comme de toutes les oppositions, camoufle une crise des doubles gravissime à laquelle nul n’a trouvé encore la moindre issue ; si ce n’est dans l’étonnante réinvention actuelle de la fête comme néosacré, ou comme resacralisation à marches forcées d’un univers en débâcle.

À mesure que ce monde devenait plus franchement invivable, et les rapports entre les êtres plus nettement impossibles, la fête est apparue comme le seul remède universellement préconisable. Des activités festives classiques, dans les civilisations primitives ou antiques, de l’orgie, de la bacchanale ou du carnaval en tant qu’effacements passagers des différences induisant aux transgressions, Girard a souvent parlé au fil de son œuvre. Mais la fête telle qu’aujourd’hui on la vante n’a plus beaucoup de rapport avec les festivités interruptrices du passé, quoique la possession ou la transe en tant que mimesis hystérique y soient observables ; et que la musique, toujours glorifiée comme « fédératrice » parce que sans « message explicite », dans laquelle chacun peut s’abîmer comme dans une sorte de vaste bouddhisme ultime, cotonneux et décibélique, y joue comme dans les « bacchanales meurtrières » de jadis le rôle essentiel de propagatrice de la contagion uniformisante ou unanimisante (celle-ci se présentant, bien entendu, sous les couleurs flatteuses d’un système instable où les positions ne cessent de permuter). La fête a changé en devenant le monde, auquel elle dicte maintenant ses lois et son rythme. Elle n’a même plus besoin de « tourner mal » comme autrefois, donc de retourner pour se conclure à ses origines de violence, puisqu’elle se veut sans fin comme sans origines.

[..]

À la peste sacrificielle, d’ailleurs fort heureusement éliminée, succède la peste conviviale. Et ce phénomène de la fête, devenue depuis quelques années l’obsédant rond-point auquel ne cesse de retourner notre société comme pour y trouver la réponse à une question qu’elle se pose, sans doute celle de sa mutation, ou même de sa disparition, peut être interprété de différentes manières : en tant que « commémoration de la crise sacrificielle » que fut dans son ensemble l’Histoire désormais terminée (et vécue en bloc comme une épouvante) ; en tant qu’agglomérat de Moi divinisés qui ont décidé de noyer romantiquement, et une bonne fois pour toutes, dans l’effervescence festive continuelle, le redoutable problème que pose à chacun l’existence d’autrui ; comme métaphore géante mais déniée du désir de mort de l’Europe actuelle ; comme affirmation de soi aboutissant à la négation de soi ; ou encore comme volonté d’auto-divinisation communautaire débouchant sur une volonté d’auto-destruction personnelle par indifférenciation violente mais positivée.

Dans tous les cas, quoi qu’il en soit, entre l’hyper-collectif et l’infra-individuel, entre l’infiniment petit des sous-unités humaines qui s’éclatent, au sens propre, et l’infiniment grand du festif global devenu civilisation, c’est toute la mimésis désirante que l’on voit s’accomplir, grandir, enfler, se dilater, s’étendre et disparaître dans le même mouvement.

Commence alors sans doute un « mensonge romantique » d’un nouveau type qui ne ressemble plus que de fort loin à celui que Girard avait étudié.

Mais sans Girard, qui le saurait ?[/access]

*Photo : Hannah Assouline.

L'atelier du roman, numéro 16, 1998

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Déchéance de nationalité: la manoeuvre de Hollande

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hollande sarkozy decheance nationalite

François Hollande, tout à ses manœuvres en vue de sa réélection en 2017, vient sans aucun scrupule d’ouvrir une boîte de Pandore : il propose d’inscrire dans la Constitution la possibilité de prononcer la déchéance de nationalité des binationaux « condamnés définitivement pour avoir commis un crime constituant une atteinte grave à la vie de la Nation ». Le débat furieux qui a suivi démontre à quel point, en ces temps d’insécurité culturelle et d’identité malheureuse, cette question est importante.

Or, primo, pour déchoir les terroristes islamistes de leur nationalité française, la modification de la Constitution n’était absolument pas nécessaire. Secundo, chacun sait bien que cette mesure n’aura aucun effet pratique dans la lutte contre le terrorisme. Pour combattre Daech, il vaut mieux balancer des bombes que signer des décrets.

Quant aux nationaux qui font le choix de l’ennemi, nous devrons leur appliquer le traitement que l’on réserve aux traîtres. Un traitement qui, dans certaines circonstances, peut et doit être expéditif. Et l’on ne doit  d’ailleurs pas avoir peur des mots vengeance ou représailles que l’on n’a pas entendus depuis le 13 novembre. Avons-nous oublié les réactions de Churchill après le premier bombardement de quartiers civils de Londres, et le discours de Roosevelt après Pearl Harbour ?

Alors, brandir le chiffon rouge de la déchéance quand l’opinion est sous le coup de l’émotion et de la colère, et proposer, dans les 48 heures qui suivent la tragédie, de changer le texte fondamental de la République pour y inscrire des atteintes à des principes importants, c’est une mauvaise action. Absence de réflexion, proposition faite dans l’urgence, reniement d’engagements précédents : comment, pour François Hollande, mieux faire la démonstration que sa parole ne vaut rien et que son seul souci, en grappillant des voix au Front national et en tentant d’embarrasser l’opposition de droite, n’est que de durer ?

Comme on le voit, de Thévenoud à Bartolone en passant par les ministres chargés de l’ordre et de la protection de la nation, dont la tragédie du 13 novembre a signifié l’échec, sans oublier Christiane Taubira avalant une couleuvre géante, plus personne ne démissionne dans cette République. La responsabilité politique qui impliquerait la démission comme sanction de l’échec, n’existe plus aujourd’hui. Tout le monde souhaite durer, durer encore, garder les postes et les fonctions avec les avantages qui les accompagnent.

Et pourtant, le débat autour de l’appartenance à la nation doit avoir lieu. Je fais partie de ceux qui ont une conception inclusive de la nationalité française. Membre d’une famille qui peut justifier de plus d’un millénaire d’appartenance à la France, je considère malgré tout qu’un Français de papier depuis dix minutes est aussi français que moi. Avec les mêmes droits, et bien sûr les mêmes devoirs. Y compris, si nécessaire, l’impôt du sang. C’était le cas de Dimitri Amilakvari, prince géorgien et Compagnon de la Libération, qui avait dit : « Nous n’avons qu’une seule façon de prouver à la France notre gratitude pour l’accueil qu’elle nous a réservé : nous faire tuer pour elle ». Il régla sa dette à El-Alamein le 24 octobre 1942. Ce fut aussi le cas d’Imad Ibn Ziaten tué par Merah parce que soldat français. Il y a tant d’exemples.

Alors je sais bien qu’aujourd’hui pratiquer la fraternité est difficile, que nombreux sont ceux qui détestent la France, dont certains prêts à la trahir. Soit en ne respectant pas ses règles, soit  en passant carrément à l’ennemi. Je comprends, bien que je ne la partage pas, la conception exclusive de la nation, cette volonté d’un rassurant « entre-nous ». Mais je crains que cela nous éloigne du combat pour l’assimilation dans les conditions d’aujourd’hui, qui est pourtant la seule solution. Un combat qui doit être mené avec sévérité et exigence, loin de la veulerie de ce pouvoir et de ceux qui le soutiennent.

Je fais aussi partie de ceux qui considèrent que si la symbolique est importante, les principes sur lesquels il ne faut jamais céder le sont encore plus. Comme le disait Margaret Thatcher – que j’ai pourtant exécrée de son vivant- « quand on commence à céder sur les principes, on cède sur tout ». En l’occurrence, le projet de loi constitutionnelle porte clairement atteinte au préambule de la Constitution, qui prévoit qu’il n’y a qu’une sorte de français. Or, qu’on le veuille ou non, s’il est adopté, le nouvel article 34 va en créer deux.

Qu’un politicien sans principes décide sur un coin de table de défigurer notre texte fondamental pour ses petits intérêts me heurte profondément. Cela m’inquiète d’autant plus que les mesures proposées sont liberticides par l’utilisation qui pourra en être faite. C’est une simple loi qui décidera ce qu’est un « crime constituant une atteinte grave à la vie de la Nation » permettant la déchéance. Définition suffisamment large pour faire n’importe quoi.

Je m’étais déjà interrogé dans ces colonnes sur les raisons de la haine que provoquait souvent Nicolas Sarkozy. J’avais conclu que le côté parvenu, la fréquente vulgarité et l’absence visible de réelles convictions avaient amené une partie de l’opinion à considérer qu’il avait abaissé la fonction de Président de la République. Qu’il avait tué le premier corps du roi. Son successeur n’a même pas essayé de le ressusciter ou de relever la fonction. La présidence Hollande n’est qu’une longue et pénible punition scandée par des séquences où est démontrée, au-delà des limites du personnage et de son incompétence à occuper ses fonctions, son absence de principes et de scrupules. Une vision terriblement étroite de son intérêt personnel et de celui de ses amis le conduit à toujours prendre les choses par le bas. Hollande ignore les obligations de son statut qui devraient pourtant l’amener à avoir un peu plus d’égards vis-à-vis des principes et des symboles qu’il malmène en permanence[1. Le dernier avatar vient de consister à décerner la Légion d’honneur aux victimes des attentats de janvier, avant de l’attribuer aux victimes du 13 novembre, retirant à cette institution bicentenaire le peu de sens qui lui restait.].

Nicolas Sarkozy, alors Président de la République, fut accusé, probablement à juste titre, d’avoir abaissé la fonction. François Hollande, politicien immoral, se verra-t-il reprocher de l’avoir avilie ?

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : AP21837322_000001.

La révolution scolaire de Najat Vallaud-Belkacem

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najat ecole mao vallaud

Najat-Vallaud Belkacem est moins flamboyante que Christiane Taubira, moins « clivante » que la Garde des Sceaux, mais elle ne mène pas moins, avec constance et une réelle habileté manœuvrière, une entreprise révolutionnaire, visant à faire table rase du système éducatif français, pour lui substituer un modèle égalitariste intégral sous prétexte de lutte contre les inégalités produites, ou perpétuées, par ce système.

L’année 2016 sera celle de la mise en œuvre de la réforme du collège, dont le moins que l’on puisse dire est qu’elle ne suscite pas l’enthousiasme des principaux intéressés, enseignants, parents d’élèves, universitaires et chercheurs dans les disciplines torpillées par la réforme (langues anciennes, allemand, enseignements artistiques…). C’est une réforme foncièrement bureaucratique, conçue et imposée du sommet, pétrie d’idéologie post-bourdieusienne, dont les racines conceptuelles plongent plutôt dans feue la Grande Révolution Culturelle Prolétarienne du grand timonier Mao Zedong, la terreur en moins, que dans les idéaux émancipateurs de Jules Ferry et Ferdinand Buisson.

Il s’agit de forcer la majorité du peuple, dont le souci principal est de donner à ses enfants une éducation de qualité et les armes du savoir pour affronter le monde qui vient, à accepter le principe d’une école où les meilleurs élèves, les plus doués, seront freinés dans leur progression, pour ne pas laisser ceux qui le sont moins sur le bord du chemin. Les « hussards noirs » de la République, qui se faisaient un devoir de faire accéder à l’élite ceux de leurs élèves qui montraient leur capacité à s’approprier la culture dite bourgeoise, en dépit de leur handicap social, seraient aujourd’hui plus près de la porte que de l’augmentation ! Ce que l’on exige d’eux, désormais, c’est de conduire un « groupe classe » hétérogène au maximum de la performance scolaire atteignable par le moins bon de ce groupe. Cela conduit, bien entendu, à abaisser le niveau d’exigence pour atteindre les objectifs du plan quinquennal, comme on faisait jadis dans le monde soviétique, avec les succès que l’on connaît. La dévaluation du baccalauréat, dont le destin est comparable à celui des assignats de la période révolutionnaire, n’a pas suffi à dissuader les bureaucrates et idéologues de persévérer dans leur projet de nivellement généralisé, initié dans les années 70 du siècle dernier, avec l’instauration du collège unique. Le peuple, cette engeance à qui, décidément, on ne peut  jamais se fier, s’est ingénié à utiliser toutes les failles du nouveau système pour saboter la grande idée égalitariste. Il s’est levé en masse, en 1984, pour préserver le reste d’autonomie de l’enseignement privé (recrutement des élèves, enseignements supplémentaires  liés au « caractère propre » de l’établissement). L’instauration insidieuse d’une hiérarchie des lycées et collèges a permis à des parents initiés (dont l’immense majorité des enseignants) à ruser avec la carte scolaire par tous les moyens, licites ou à la limite de la légalité, pour placer leurs rejetons dans les bons établissements.

C’est désormais ces failles béantes du système que Mme Vallaud-Belkacem et ses acolytes ont décidé d’obturer. Dans un premier temps, il s’est agi de traquer impitoyablement l’élitisme qui s’était installé, avec la complicité de nombreux chefs d’établissements, au sein de collèges situés dans des ZUS (zones urbaines sensibles). Mission accomplie, avec l’élimination des classes bilangues dès la sixième, des langues anciennes réduites à n’apparaître que dans le cadre des EPI (enseignements pratiques interdisciplinaires) avant d’être complètement abandonnées, comme l’induit la suppression, en 2013, du CAPES de lettres classiques.

Deuxième étape, en préparation, la refonte de la carte scolaire destinée à empêcher la ghettoïsation de certains collèges désertés par les enfants des classes moyennes et supérieures dans les secteurs où coexistent des quartiers populaires (entendez peuplés majoritairement de personnes issues de l’immigration) et des zones pavillonnaires où vivent les classes moyennes. Une louable initiative, qui fait écho à la mobilisation constatée dans certaines localités, où des parents maghrébins et africains réclament un « blanchiment » des collèges pour éviter leur déchéance… Sauf que cette exigence de mixité sociale entre en contradiction avec la philosophie de la réforme du collège, qui donne la primeur à la performance du groupe sur celle des individus. Comment, sauf à pratiquer la coercition, peut-on faire accepter, à des parents aimants et responsables, que leurs enfants soient enrôlés dans une entreprise altruiste (servir, par leur sacrifice, à faire progresser les moins favorisés en capital culturel) au détriment de leur propre éducation ? Najat Vallaud-Belkacem et sa garde rapprochée – la directrice de l’enseignement scolaire Florence Robine, les sociologues Pierre Merle et Agnès Van Zanten – ont beau affirmer péremptoirement que les bons élèves ne perdent rien au change, il existe une limite à l’escroquerie intellectuelle : le bon sens populaire.

Les méthodes employées pour imposer ces réformes n’ont rien à envier au dogmatisme de leur conception. Pour ce que l’on peut en percevoir, car l’éducation nationale est une institution opaque et autoritaire[1. Il est aujourd’hui plus difficile à un journaliste, ou à un élu de la nation, de pénétrer dans un établissement scolaire que dans une prison, un commissariat de police ou une base de commandos de l’Armée de terre.], la mobilisation des acteurs de la réforme sur le terrain  n’est pas optimale. Certes, les moyens classiques de manifester sa grogne, comme l’appel à la grève des syndicats opposés à la réforme n’ont pas eu le succès souhaité par leurs organisateurs. Ceux des enseignants qui ont pu préserver leur pré carré disciplinaire et faire échec aux projets les plus insensés, comme les historiens sauvés par Pierre Nora, ne rejoignent pas les grands blessés des reformes, comme les latinistes et les germanistes. Les parents croient toujours – ils ont tort – que les systèmes de débrouille individuelle, comme la fuite vers le privé, les mettra à l’abri de la tornade égalitariste. Mais la rue de Grenelle doit aujourd’hui faire face à une contestation bien plus dangereuse que celle à laquelle elle est accoutumée : les profs viennent au séances obligatoires de formation en vue de la réforme, mais ils se réfugient dans la passivité, ou dans la révolte verbale, lorsqu’ils s’aperçoivent qu’ils sont, en réalité, soumis à une entreprise de formatage rarement observée dans un régime démocratique. Dans les rectorats, comme celui de Grenoble, on est vite passé de la persuasion à la menace de sanctions contre les enseignants rebelles actifs ou passifs. Lorsque cela éclatera, du côté des parents comme des profs, il y aura du sang sur les murs…

Encercler les villes à partir des banlieues, combattre le capital culturel des dominants au lieu de le proposer, avec les moyens adéquats, à ceux qui en sont dépourvu, tel est le programme que notre souriante ministre des écoles entend mener à son terme, avant de se replier, en 2017, sur sa base rose de Villeurbanne. À moins que, dans un sursaut de lucidité, l’Élysée et Matignon ne viennent, comme dans l’affaire de l’état d’urgence, remettre les pendules à l’heure avant qu’il ne soit trop tard.

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : 00734912_000037.

Le Brady, dernières séances

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brady mocky thorens

Dans une ville comme Paris chaque jour un peu plus uniformisée par les convenances de la gentrification, il reste encore des lieux. Inutile ici d’ajouter un adjectif comme « pittoresques » ou « oubliés ». Depuis la classification de l’anthropologue Marc Augé, on sait que notre monde se divise en lieux et en non-lieux, la proportion de ces derniers s’accroissant dangereusement. Le non-lieu est, à tous les sens du terme, un lieu sans histoire, sans identité, sans rencontres possibles. Aux non-lieux appartiennent les hall d’aéroports, les guichets de retrait automatique, les nouvelles gares, les résidences sécurisées, les parkings souterrains, les immeubles de bureaux ou même les monuments, les bistrots, les musées, les restaurants aseptisés par le design pour que l’on s’y sente en permanence de passage, pur spectateur nomade jamais mis en danger par la nostalgie, la peur, la beauté. Le non-lieu nous veut à son image, c’est à dire de petites monades néantisées. À l’inverse, le lieu n’est sous le contrôle d’aucune logique marchande, il réchappe miraculeusement, et pour combien de temps, aux réaménagements urbains autoritaires qui chassent les habitants vers les périphéries, loin de toute vie réellement vécue.

Bien entendu, cette entreprise totalitaire a ses ratés. Il reste des îlots et le Brady, à Paris, en fait partie. C’est un cinéma sur le boulevard de Strasbourg, au milieu des salons de coiffures africains et des épiceries pakistanaises. C’est le dernier cinéma de quartier, le dernier cinéma qui a joué longtemps la carte du cinéma permanent, système disparu dans les années 80. Vous rentriez avec un ticket et vous pouviez y passer la journée pour y dormir, y manger et plus si affinités avec la clientèle que l’on pourra qualifier d’interlope, comme dans les romans populaires du temps jadis. Dans Le Brady, le cinéma des damnés, Jacques Thorens se livre à ce qu’il appelle la « biographie d’un lieu ». Il sait de quoi il parle, il a lui-même été caissier-projectionniste-homme de ménage dans ce cinéma au début des années 2000 quand les deux salles appartenaient à Jean-Pierre Mocky depuis 1994 avant qu’il ne les revende en 2011.

Le provincial cinéphage aux goût un peu spéciaux que j’étais aimait bien, lors de ses journées parisiennes, quitter à pied la gare du Nord pour aller jusqu’au Brady et trouver les introuvables DVD de Mocky en vente à la caisse. Peut-être ai-je croisé Jacques Thorens sans le savoir d’ailleurs. Mais quelle importance, même si je connaissais la réputation sulfureuse du Brady, je ne pouvais imaginer l’étrange richesse mélancolique du lieu telle qu’elle apparaît dans ce livre. Qu’on ne se méprenne pas: Le Brady, cinéma des damnés est d’abord un texte littéraire, pas un simple document ou un simple témoignage.

La composition du livre en courtes vignettes amusées, émouvantes, sordides, poignantes, délirantes mais toujours vraies renseigne le lecteur autant qu’il le fait rêver. Il le renseigne sur ces damnés de la terre qui viennent s’échouer sur les banquettes usées avant d’aller se tripoter dans les toilettes, il le renseigne sur la poésie sauvage et déviante de ces films où les robots en carton-pâte fouettent des détenues japonaises lesbiennes. Sans compter ces portraits de Mocky en nabab calamiteux, drôle, cynique mais littéralement possédé par le désir de tourner fut-ce n’importe quoi à n’importe quel prix.

Thorens, osons ce mot un peu démodé, est un humaniste dans sa façon de décrire une clientèle de clodos, de vieux retraités arabes homosexuels, de travailleurs immigrés en rut et aussi de vrais amateurs de cinéma bis capables de vous citer le chef opérateur ou l’ingénieur son (quand il y en avait un) de Vierges pour Santana, La Vampire nue ou Le médecin dément de l’Ile de sang. Entre le petit vieux au RSA qui passe sa retraite au Brady et la journaliste de Canal + lors d’une avant-première d’un film de Mocky qui voit sortir en cohorte freaks tous les pouilleux copulateurs et hésite ensuite à s’asseoir sur les fauteuils tachés, le tout dans une odeur de fauve, on se rappelle la phrase de Saint-François de Sales: « Là où il  y a des hommes, il y a de l’hommerie. » Y compris chez les CRS qui patrouillent à l’occasion du côté de Château d’Eau: « Un CRS en uniforme nous sollicitait régulièrement pour récupérer des affiches de vieux films d’horreur. (…) En examinant une affiche d’un Mocky de 1994, Robin des mers, où l’on voit un CRS le cul à l’air, il s’exclame:

C’est un collègue, je le reconnais! »

Le Brady, cinéma des damnés de Jacques Thorens (Verticales).

Le Brady: Cinéma des damnés

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*Photo: wiki commons.

Mes premiers haïkus visuels de 2016

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coco chanel schiffter

*Photo: Ŧhe ₵oincidental Ðandy.

Mes vœux 2016

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kurdes radio latin daech

Vœu #1

Une vraie radio rock sur la FM.

C’est-à-dire une radio où on entendra plus souvent Bijou qu’Indochine, les Hellboys que les BB Brunes et Me First and the Gimme Gimmes que U2.

Et donc une radio rock où le premier animateur qui cite le nom de Cali sera licencié sur le champ pour faute grave.

Vœu #2

Pour le droit de réveillonner au champagne à Gaza.

Et pis après d’avoir aussi le droit d’y regarder South Park à la télé  et pis après d’avoir aussi le droit de s’y faire des papouilles variées entre adultes consentants de tous sexes.

On notera que ce dernier souhait vaut pour la plupart des pays arabes, mais aussi pour pas mal d’autres pays d’Afrique et d’Asie et pour un nombre significatif de comtés américains. L’Axe du mal, le vrai, c’est celui qui relie les wahhabites aux néoprotestants US (ces derniers veulent aussi faire interdire South Park, comme ça la boucle des trouducs est bouclée.)

Vœu #3

Le latin et le grec pour tous!

Pourquoi ? Parce que !

Quiconque ne comprend pas immédiatement pourquoi il est impératif de les enseigner est prié d’aller surfer ailleurs pour lire les vœux de Bernard Tapie, de Jacques Attali, d’Edwy Plenel ou de Cyrille Hanouna !

Et que les germanistes me pardonnent de ne pas ajouter à ce vœu, la défense de l’enseignement de l’allemand, mais contrairement au grec et au latin, c’est déjà une langue morte, faute de civilisation qui aille aujourd’hui avec.

Vœu #4

Que la gauche de la gauche -et plus particulièrement le PCF et la JC, dont je suis un enfant perdu- fassent enfin le ménage dans leur ligne comme dans leurs fréquentations.

Combattre les discriminations, c’est indispensable. Mais remplacer Marx et Gramsci par Bourdieu et Derrida, c’est la cata !

La négation de ce que Laurent Bouvet a si bien cristallisé sous le concept d’«insécurité culturelle» mène ce camp au suicide. Idem pour les concessions répétées aux obscurantistes de banlieue sous prétexte de lutte contre l’islamophobie.

En vœu annexe, j’aimerais que les gens qui comme Marie-Christine Vergiat, députée européenne Front de Gauche, sont allés au meeting de Saint-Denis aux côtés de Frère Tariq et du CCIF cessent de nous donner des leçons de maintien antisexistes.

Vœu #5

On se calme et on boit frais, camarades !

Qu’on puisse recommencer à se causer rude mais calmos sur les sujets qui fâchent (Front républicain aux régionales, Corse, Lois Macron, Déchéance de nationalité…)

Pouvoir dire qu’on soutient (ou pas) le maintien de Masseret sans se faire traiter de groupie de Philippot (ou de godillot de l’UMPS)

Pouvoir dire qu’on est contre (ou pour) la déchéance de nationalité sans qu’on vous colle illico l’étiquette de  défaitiste djihadocompatible (ou de cryptopétainiste)

C’est d’autant plus crispant quand le ton monte brutalement à l’intérieur du camp qui est censé être le mien (la gauche républicaine, ou le marxopopulisme pour aller vite).

Notre parti (au sens où on entendait ce mot à l’époque heureuse du Cardinal de Retz) est bien trop riquiqui pour que le débat dégénère en chicaya (j’aurais pu écrire « vendetta » à la place de « chicaya », mais je vais tâcher d’éviter les accusations de corsophilie benête ou de corsophobie aveugle).

Vœu #6

Que ma redevance télé ne serve plus à financer « Plus belle la vie »,

Ni Stéphane Bern et son histoire obscène,  ni « C à Vous », sans oublier l’ «humour citoyen» en vigueur à France Inter. En démocratie, une radio et une télé d’Etat généralistes n’ont pas de raison d’être.

Qu’on se serve des milliards que pourrait rapporter une cession au privé de France 2, aux régions de France 3 et à kikenveu de France Inter pour augmenter brutalement le salaire des profs de ZEP, des flics et des pompiers en mission dangereuse, des jardiniers municipaux, des infirmières, des facteurs, bref des gens qui font que l’expression « service public » n’est pas un oxymore.

Quant à la redevance, elle pourrait, outre France-Mu, France-Cu et Arte servir à financer entre autres urgences :

–        Une véritable télévision scolaire et éducative, ce qu’aurait dû être la 5 et qu’elle n’est qu’à 5%.

–        Une chaine qui rediffuserait les trésors de l’INA pour faire plaisir aux vieux, mais pas que.

–        Une chaine publique, laïque, et patriotique en direction des familles issues de l’immigration pour faciliter l’assimilation et le partage par le plus grand nombre des valeurs républicaines.

 

En bonus track, ma carte de vœux pour 2016

kurdes radio latin daech

Bonne année à tous les amis de la liberté !

Spéciale dédicace à celles et ceux qui, là-bas ou ici, défendent nos valeurs au péril de leur vie.

Gloire aux filles du PKK, gloire aux gars du Rojava et gloire à nos soldats !

Vengez-vous, vengez-nous, Kill’em all !

Ruin Jonny's Bar Mitzvah

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Sécurité: la police municipale, 5e roue du carrosse?

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police municipale Béziers

 police municipale Béziers

Causeur. Après les attentats de janvier 2015, la ville de Béziers a armé ses policiers municipaux. Dix mois plus tard, quel bilan peut-on tirer de cette mesure ? 

Fabrice Cantele. Même si les policiers municipaux de Béziers n’ont été armés qu’après les attentats de janvier, la décision avait été prise auparavant. Pour Robert Ménard, le policier municipal de 2016 se doit d’être armé s’il veut pouvoir exercer ses missions de sécurité publique et répondre à l’attente des citoyens.

Après un an de mise en place, le processus d’armement est presque achevé. Un processus surtout administratif puisque la plupart des policiers avaient une expérience du port d’armes. Nous les avons d’ailleurs recrutés au regard de cette qualification. Quant à ceux qui n’avaient jamais porté une arme, nous avons dû les former. Ce qui est quasiment chose faite aujourd’hui.

Les armes ne répondent donc pas uniquement à une menace terroriste ? 

Non. Aujourd’hui, malheureusement, le policier municipal est exposé dans son travail quotidien à des risques beaucoup plus importants qu’auparavant. Qu’il s’agisse de crimes ou délits – braquages, vols à main armée – nous avons souvent affaire à des gens armés et décidés à aller jusqu’au bout. En conséquence, un policier armé est apte à intervenir dans tous les cas possibles, quel que soit le niveau de risque, alors qu’un policier non armé est plus limité et ne peut pas être affecté à toutes les missions.

Vos fonctionnaires ont-ils déjà fait usage de leur arme ?

A Béziers, non, pas encore. Mais certains l’ont déjà fait par le passé, dans le cadre de leurs précédentes affectations.

Concernant la menace terroriste, avez-vous une doctrine permettant aux agents armés d’agir s’ils se trouvent dans une situation d’attentat ?

Il existe des directives de l’Etat pour la préservation des civils, la priorité étant de les mettre en sécurité : tenter de contenir les terroristes dans un endroit le plus confiné possible et attendre l’arrivée d’une unité spécialisée, lourdement équipée, qui prend le relais. A notre niveau, la difficulté est de bien identifier une situation d’attentat. Il s’agit de faire la différence entre un braquage, des coups de feu dans un contexte criminel et une attaque terroriste. S’il y a plusieurs rafales d’armes automatiques, ou des déflagrations importantes, on peut supposer qu’on est face à un risque « attentat ». Et des coups de feu, il y en a…

Vos fonctionnaires ont-ils participé à des exercices de mise en situation d’attentats ?

Non. On s’exerce régulièrement sur les techniques d’intervention, et la riposte face à des individus armés. Les deux attaques terroristes que l’on a subies en 2015 modifient un peu nos méthodologies d’entraînement, mais nous n’avons pas encore toutes les données. Nous n’avons donc pas pu tirer les leçons tactiques et techniques, ni améliorer nos capacités dans ce genre de scénario. Il ne faut pas oublier non plus que les moyens dont on dispose sont assez limités par rapport aux forces de l’Etat.

Lors des attentats de janvier et de novembre, des policiers municipaux et nationaux en repos ou en mission de routine ont croisé par hasard le chemin des terroristes. Certains étaient les premiers sur le terrain. Leur action a parfois modifié les projets terroristes. Par définition, dans le cas d’un attentat à Béziers, vos agents seront les premiers à faire face aux terroristes, bien avant le GIGN et le RAID… On sait que la rencontre entre Amedy Coulibaly et les policiers municipaux de Montrouge l’a fait changer de projet…

Oui et en plus, contrairement au policier du RAID qui sait sur quel théâtre d’opération il va intervenir, le policier « généraliste » – municipal ou national – ne sait jamais ce qui l’attend dans la rue et devra prendre très rapidement des décisions très lourdes de conséquences. La logique qui nous guide est donc la suivante : protéger le public en premier lieu, puis se protéger. Ensuite – mais cette idée n’engage que moi – face à un terroriste qui vient de se servir de sa kalachnikov, il faudra à mon avis tirer le premier, faire feu très rapidement. Le temps de prise de décision pour les fonctionnaires doit être très, très court.

Puisque ce sont les premiers intervenants en cas d’attentat, quand la confusion est au maximum et qu’on peut influencer le cours des évènements, existe-t-il une réflexion tactique et technique au niveau national pour élaborer, à partir de l’expérience de 2015 – mais aussi du passé plus lointain et d’autres pays –, une doctrine commune pour toutes les forces municipales et nationales « généralistes » ?

Non. J’en ai discuté récemment avec le Commissaire central de la Police Nationale à Béziers : le problème, aujourd’hui, est que les gendarmes travaillent d’une certaine façon et la police nationale d’une autre. La police municipale peut faire une demande ponctuelle de formation spécifique pour acquérir une compétence particulière mais il faut la solliciter, aller chercher l’information et la formation. Cela reste difficile de faire descendre l’information et la formation, et les retours d’expérience sont rares en direction de la police municipale. Il existe toujours un gros problème de liaison entre les trois forces de sécurité publique – police nationale, gendarmerie nationale  et police municipale – et l’information met beaucoup de temps pour cheminer.

S’agit-il du partage de l’information immédiate, dans le cas d’un événement en cours, ou  de l’analyse d’expérience et des leçons tirées des attentats qui ont déjà eu lieu ? 

Les deux. Même après un « simple » hold-up, le partage de l’information est toujours très long. La communication entre états-majors est lente, alors que les fonctionnaires, qui sont eux sur le terrain, peuvent faire face à tout moment à des situations particulièrement dangereuses où les leçons récemment tirées de cas semblables sont vitales.

Robert Ménard a annoncé récemment la création d’une « garde biterroise » pour épauler la police locale. Est-ce de votre responsabilité ?

Non. Le maire m’a demandé de participer au jury de recrutement de cette garde pour  sélectionner au mieux les personnes qui pourraient postuler. Mais dans l’état actuel des choses, ils ne sont pas sous la direction de la police municipale.

C’est une force composée des anciens de différentes forces de l’ordre, une sorte de force de réserve auxiliaire ?

Compte tenu de la législation française, elle servirait de force d’alerte. Elle pourrait occuper le terrain et alerter les forces de l’ordre nationales ou municipales pour nous permettre d’agir avec plus de précision.

Vous êtes engagé dans la police municipale depuis 25 ans et avez déjà eu l’occasion de servir dans plusieurs villes différentes. Quelle est votre vision du rôle d’une force de police municipale ? S’agit-il de s’occuper de la circulation, de régler les conflits de voisinage et de faire la police des commerces et marchés, ou bien de suppléer aux carences de la police nationale, et d’être plus efficace grâce à la proximité ?

Je ne dirais en aucun cas que la police municipale serait plus efficace que la police nationale, car nous ne disposons absolument pas des mêmes moyens matériels, logistiques, humains et judiciaires. En revanche, la police municipale est sans nul doute une police de proximité. Elle rassure la population et se place aux premières loges pour intervenir. D’où, pour moi, la nécessité d’avoir des fonctionnaires de police particulièrement bien formés dans un certain nombre de domaines comme le judiciaire, l’administratif mais également les techniques liées aux interventions de police. Car justement, cette proximité permet d’être les premiers sollicités, et souvent les premiers sur les lieux. La police municipale est une police de terrain, elle multiplie ses chances d’être confrontée à des situations très variées. Un gardien de la paix peut avoir une charge « administrative » très lourde qui l’éloigne un peu plus de la voie publique. L’habilitation judiciaire supplémentaire a amené les gardiens de la paix de la police nationale à recevoir des plaintes, effectuer des enquêtes, organiser des confrontations, etc. Ce sont des missions administratives différentes de celles qu’ils traitaient auparavant, et pendant ce temps-là, le gardien de la paix de la police nationale n’est pas présent sur le terrain. Toutefois, ce que réclame la population, c’est une présence physique sur la voie publique de policiers aptes à intervenir dans les minutes qui suivent l’appel. On sait aujourd’hui que la population est exigeante, que beaucoup de gens ont peur. On ressent une perte de confiance de la part de nos concitoyens envers la police parce que « ils ne sont jamais là quand il faut », ou « qu’ils mettent trois quarts d’heure à venir ». La police municipale a encore la chance d’être capable d’intervenir rapidement, à condition d’avoir un maire, comme à Béziers, qui lui en donne les moyens. Elle peut être une force présente et réactive dans un délai toujours très court.

Vos 25 ans de carrière correspondent à la montée en puissance de la police municipale en France. Assez marginale dans les années 80, elle prend de plus en plus d’importance. Comment expliquez-vous ce phénomène ?

Il y a plusieurs facteurs : la décentralisation, les difficultés financières de l’Etat, le rôle du maire – très important dans la sécurité de sa ville dont il est le point central et a le devoir d’y assurer le bon ordre, la tranquillité, la sécurité de ses administrés, comme les textes de loi le précisent. L’Etat a transféré un certain nombre de missions et de responsabilités supplémentaires aux maires, qui disposaient déjà du pouvoir de police. Depuis 1991, la police municipale est devenue une force incontournable sur le territoire français notamment parce que, statistiquement, à chaque instant, il y a plus de policiers municipaux dans la rue que de collègues des autres forces de sécurité publique, au prorata de l’effectif total de chacune des trois forces.

C’est étonnant ! Les policiers et gendarmes sont dix fois plus nombreux que leurs collègues municipaux !

Il y a moins de 30.000 policiers municipaux mais ils sont tous voués à être dans la rue. Vous me dites qu’il y a 250.000 policiers et gendarmes nationaux. Mais les missions et tâches de l’ensemble de ces fonctionnaires sont beaucoup plus variés et l’étendue des champs d’intervention particulièrement vaste.

De très nombreux corps de métiers sont représentés au sein de la police nationale ou de la gendarmerie, qu’il s’agisse d’enquêteurs, de groupes d’intervention, de gardes statiques, de techniciens informatiques, d’agents de génie civil, d’analystes, d’encadrants sportifs, de CRS, de gardes mobiles, etc.

Le comparatif, si vous en souhaitez un, porterait essentiellement sur les actions de police de proximité et de « Police Secours ». C’est dans cette configuration que la police municipale prend toute sa dimension au sein de nos villes et villages.

*Photo : Wikipedia.

Quand Charlie charrie

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riss charlie hebdo islam

riss charlie hebdo islam

On le tient chef ! Un an après l’assassinat de quatorze personnes à la rédaction de Charlie Hebdo, Riss nous livre le nom – et la trombine – du coupable à la une du numéro anniversaire. « L’assassin court toujours » et cet assassin c’est Dieu soi-même. Voilà qui est bien pratique : si c’est Dieu le coupable, personne ne l’est. Ou tout le monde. Pas de risque de stigmatiser qui que ce soit. Dieu a le dos et l’esprit larges : il peut endosser les crimes passés et à venir de n’importe qui, sans discrimination liée à la religion.

Tout de même, pour accuser Dieu, il faut sacrément croire en lui. On pensait plutôt que les gens de Charlie Hebdo étaient du genre à proclamer que Dieu est mort et à aller déconner sur sa tombe. Et voilà qu’ils nous annoncent que tout est de sa faute parce qu’il a inspiré les tueurs : en somme les Kouachi et autres n‘étaient que les instruments d’une volonté surpuissante. Donc, Il existe, et il n’est pas content !

D’accord, ce Dieu assassin, c’est juste une image. Une image destinée à en éviter une autre. Attention, que Riss ne veuille pas déclencher une salve de manifestations violentes et d’attaques d’églises de par le monde en désignant et surtout en dessinant le véritable inspirateur du crime, en l’occurrence Mahomet, que les tueurs prétendaient venger, on ne saurait le lui reprocher. Quand on sait que les caricatures de ce Mahomet ont l’étrange pouvoir de rendre dingues des foules musulmanes, on comprend qu’il n’ait guère envie d’y retoucher. Les rouleurs de mécanique qui proclament, dans leur salon, que le droit au blasphème est absolu, dénonceront ce renoncement. Les rouleurs de mécanique ne vivent pas entourés par sept policiers.

J’ai de l’amitié pour Riss. Qu’il me pardonne donc de penser que là, il charrie grave – même s’il est sûr que son édito est meilleur que sa une. Qu’il ne veuille pas dessiner Mahomet, c’est son affaire. Qu’il noie le poisson à ce point, c’est aussi la nôtre. Donc, la violence, les morts, les souffrances – sans parler des heures passées à se déchausser dans les aéroports –, c’est la faute à Dieu. Pas un dieu particulier, Dieu en général. Parce que, j’allais oublier, le Dieu de Riss, l’assassin du 7 janvier, est un dieu indéterminé, sans adresse et sans âge, la preuve, il est aussi franc-mac, raison pour laquelle il a une équerre sur la tête. Enfin, indéterminé, c’est ce qu’a voulu montrer Riss, je crois. Moi, je trouve qu’avec sa barbe fleurie, il ressemble au Dieu des Dix commandements de Cecil B. DeMille, qui est aussi celui de la Bible. Je ne voudrais pas blasphémer au faciès, mais ce dieu assassin a plus la tête du dieu des juifs et des chrétiens (genre vieux mâle blanc) que celle d’Allah – il est vrai que personne ne connaît la tête d’Allah, mais il ne ressemble certainement pas à ça.

Dans le genre amalgame, en voilà un de taille. Parce qu’à ce compte-là, on est tous un peu coupable. Le message hyper-finaud caché derrière le dessin, c’est que l’homme est bon et que c’est la religion qui le corrompt. Et toutes les religions ont leurs criminels… Il me semble qu’il y en a une qui en sécrète plus que d’autres à notre époque, mais ce ne serait pas gentil de le rappeler. On dira donc que c’est la faute à de mauvaises idées qui se promènent en liberté on se demande bien comment. Ah si tous les gars du monde, ma bonne dame.

Cette une anniversaire est donc pavée d’excellentes intentions. Il s’agit de ne froisser personne. Le pire, c’est que ces bonnes manières œcuméniques ne semblent avoir eu aucun effet sur ceux à qui elles étaient destinées. Les professionnels de susceptibilité musulmane et autres experts en dénonciation de l’islamophobie n’ont pas jugé bon d’honorer les victimes en gardant leur mécontentement pour eux. Ils entendent faire savoir qu’ils se sentent offensés et même, pour le président du CFCM, « blessé ». Comme l’observe judicieusement Marco Cohen, blessé, c’est mieux que tué. Et toc.

En attendant, je pense à Charb, à Cabu et aux autres. Déjà, ça doit leur faire bizarre d’être ensevelis sous tant d’hommages, avec tous ces « amis » – quelques vrais et pas mal de faux – qui bataillent pour plastronner en leur nom devant les caméras. Et ce n’est pas cette une gentillette et énervante qui va les faire se gondoler. Alors il reste à espérer qu’ils s’amusent avec les soixante-douze vierges. Même si, depuis un an, elles ont dû cesser de l’être.

Al-Qaïda is back!

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Al Qaida Pakistan Afghanistan

Al Qaida Pakistan Afghanistan

Début mai 2012, pour marquer le premier anniversaire de l’élimination d’Oussama Ben Laden, Barack Obama avait effectué une visite surprise en Afghanistan afin de signer un accord stratégique entre Kaboul et Washington. « Le but que j’ai fixé de vaincre Al-Qaïda et de l’empêcher de se reconstituer est désormais à notre portée », avait-t-il alors déclaré. Moins de quatre ans plus tard, on peut dire en paraphrasant Mark Twain que les rumeurs sur la mort d’Al-Qaïda sont très exagérées.

Al-Qaïda n’a pas passé l’arme à gauche. Il semblerait même que l’organisation terroriste créée en 1987 par le Palestinien Abdallah Azzam, le mentor de Ben Laden, soit en pleine résurrection. Et cette résurrection, selon le New York Times, surprend et inquiète les Etats-Unis. D’après le quotidien américain, plusieurs camps d’entraînement de l’organisation ont été découverts ces derniers mois en Afghanistan. Des camps aussi grands que ceux de « l’époque Ben Laden », où l’organisation était à son apogée, peu avant les attaques du 11 septembre 2001 et l’invasion américaine qui a suivi. Concentrant leur attention sur l’Etat islamique et la SyRak (Syrie + l’Irak), les États-Unis ont négligé leur ancien ennemi et son vivier, « l’AfPak » (Afghanistan + Pakistan), découvrant ces camps avec retard.

Or, contrairement à Al-Qaïda « canal historique », la nouvelle réincarnation de l’organisation a (jusqu’ici) des visées plus régionales. Nommée AQIS (Al-Qaeda in the Indian Subcontinent), l’organisation vise clairement le Pakistan, l’Inde et les états d’Asie du sud. De toute manière, au Moyen-Orient, dans le monde arabe et en Europe, l’EI semble si bien ancré qu’il laisse peu d’espace à la concurrence. Mais si la (géo)stratégie d’Al-Qaïda s’est renouvelée, sa tactique reste conforme aux méthodes de Ben Laden : des opérations sophistiquées exigeant une capacité importante d’organisation.

Une opération – heureusement ratée et dont la presse française a peu parlé – donne ainsi la mesure des ambitions et du modus operandi d’AQSI. Le 6 septembre 2014, une frégate de la marine pakistanaise a été attaquée par un commando qui a tenté d’en prendre le contrôle. Les assaillants, tous des matelots et des sous-officiers radicalisés de la marine pakistanaise, voulaient utiliser ce navire (2500 tonnes, un équipage de 170 matelots et officiers) pour lancer une  attaque contre un bâtiment de guerre américain en mission dans l’Océan Indien. Si l’opération s’est soldée par un échec – l’équipage ayant opposé une résistance efficace –, elle révèle la capacité d’Al-Qaïda à mettre en place une opération d’envergure. Les retombées stratégiques d’une telle attaque auraient pu être extrêmement importantes.

Avec cet échec inquiétant des services de renseignements pakistanais, les Américains sont tombés de haut. C’est peut-être à la suite de cet incident qu’ils ont commencé à traquer les nouveaux camps d’entraînement d’Al-Qaïda en Afghanistan. Mais le retour de l’organisation islamiste met à mal la stratégie américaine dans la région. Les Etats-Unis, qui avaient déjà entamé leur désengagement dans ce pays, espéraient pouvoir compter sur un gentlemen’s agreement avec les Talibans – à la Maison Blanche, on sait que le gouvernement de Kaboul ne tiendrait pas seul. Washington comptait laisser les Talibans tranquilles (y compris s’ils s’en prenaient aux droits des femmes) aussi longtemps qu’ils n’offrent pas de sanctuaire à Al-Qaïda ou à d’autres organisations djihadistes visant les Etats-Unis et l’Occident.

Aujourd’hui, les Américains sont donc forcés de reconnaître que s’ils peuvent tourner le dos à l’Afghanistan, l’Afghanistan n’est sûrement pas en mesure de faire de même. Autrement dit, avec leur départ du pays, tout risque de redevenir comme avant septembre 2001, voire pire.

Si l’on prend les choses à la racine, le problème n’est ni Al-Qaïda ni l’Etat islamique. Sur le certificat de décès des personnes atteintes de Sida, on ne fait jamais mention de cette maladie, la cause indiquée de la mort est souvent une maladie opportuniste comme la pneumonie. De la même manière, le Sida de la géopolitique de notre époque est la faillite totale des Etats et des sociétés dont ils émanent, de l’Afghanistan au Soudan, en passant par la Libye, le Mali, le Yémen et bien sûr l’Irak et la Syrie. Aussi longtemps que ces corps politiques seront aussi affaiblis qu’aujourd’hui, le nom exact de la pathologie dont ils souffrent importe peu. Or, comme les Etats-Unis sont en train de le découvrir – et la France aussi au Mali et en Libye – un désengagement militaire est illusoire. L’avenir ressemble à un long plan Vigipirate à l’échelle mondiale.

*Photo : SIPA.AP21839989_000011.

Un avenir radieux pour la France?

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banlieues islamisme immigration

Il arrive encore qu’on me demande, à l’étranger surtout, quel avenir je vois pour la France. Faute de boule de cristal, j’erre sur Internet et je me fie à mon intuition. Parfois, elle se trouve en accord si total avec l’expérience que relate tel ou telle Français(se) que j’en viens à me convaincre, momentanément rassurez-vous, de la pertinence de mes analyses.

Hier soir, par exemple, sous la plume de Patricia La Mosca, chroniqueuse judiciaire, j’ai lu deux ou trois choses qui ne m’ont pas vraiment surprises, mais qui m’ont semblé mériter d’être répercutées.

Après avoir noté – et là presque tout le monde en convient – qu’en France un ordre basé sur les semblants et la culture du mensonge, au sommet de l’État et dans la presse, est en train de s’effondrer sous nos yeux et qu’une alternance politique, y compris avec le Front National, n’y changerait pas grand-chose (je lui donne volontiers raison), elle en vient au vif du sujet.

Elle habite en banlieue et, quotidiennement, y rencontre des forces de l’ordre, des immigrés récents ou anciens, voire des réfugiés. « Quiconque, écrit-elle, ne voit pas la réalité que je fréquente ne peut pas imaginer l’univers entier qui se cache derrière l’appellation « jeunes » qui figure dans vos journaux et sur vos écrans TV. »

Ce qu’elle observe, c’est une population qui nous hait, qui ne partage aucune de nos valeurs et qui cherche à les détruire. Même les plus « modérés » se sont réjouis après la nuit du 13 novembre et considèrent leurs auteurs comme des héros. Ceux qui s’imaginent que nous allons tous nous retrouver derrière un idéal républicain sont au mieux de doux rêveurs, car, précise-t-elle, « je n’ai pas trouvé de pont, ni même de passerelle entre les deux mondes. Pourtant, j’en ai cherché, parce que je ne hais personne et n’appartiens à aucun courant politique. »

Ce qui n’est pas faux non plus et plus crédible, car moins excessif, c’est que tous les responsables des services de renseignement, de la police et de la gendarmerie sont parfaitement au courant de la situation qu’elle décrit et que leur malaise est incommensurable. Mais on leur demande de se taire et de continuer à jouer la comédie. Faute de quoi ils sont traités de racistes, d’islamophobes, voire de fascistes, et écartés de toute responsabilité. Les témoignages sur ce point ne manquent pas.

Patricia La Mosca soutient également que l’État islamique a bon dos, car il ne pourrait rien contre nous s’il ne jouissait d’un vaste enclos de culture acquis à son idéologie. Nous assisterons sans doute à un affrontement de plus en plus violent entre des populations françaises diverses mais incompatibles, la religion étant le marqueur principal. Il va de soi que le désastre économique dans lequel les Français sont plongés ne fait qu’aviver les tensions. Mais pire encore : c’est toute la société,  son mode opératoire et ses attentes qui ne sont plus en phase avec la réalité. Une forme insidieuse de schizophrénie politique s’est instaurée avec pour seul remède une formule magique, mais totalement inefficace : le vivre-ensemble. Si les Français en attendent un avenir radieux, qu’ils se préparent plutôt à une guerre civile ou à un suicide collectif.

*Photo : SIPA.00607936_000017.

René Girard et la nouvelle comédie des méprises

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René Girard Philippe Muray

René Girard Philippe Muray

Sans préambule, sans précautions, sans préliminaires oratoires, et avec une espèce de brutalité magnifique, René Girard, en 1961, dès la première page de Mensonge romantique et vérité romanesque, précipitait ses lecteurs sur la piste de l’hypothèse mimétique, c’est-à-dire dans l’enfer du désir, dans les pièges de l’amour et les constructions en miroir de la rivalité ; et entreprenait de démontrer que les plus grands chefs-d’œuvre romanesques n’avaient jamais fait, au cours des siècles, que révéler cette hypothèse, sans qu’elle cesse toutefois de constituer le secret le mieux caché, le plus efficacement protégé de l’histoire du genre humain. [..]

Il affirmait, textes à l’appui, que nous désirions intensément mais que nous ne savions pas exactement quoi ; que nous attendions toujours d’un autre, même si nous ne cessions de prétendre le contraire, qu’il nous dise ce qu’il fallait désirer ; et que cette comédie du désir du modèle désignant au sujet, qui ne veut rien savoir de cette désignation, l’objet devenu désirable parce qu’il est désiré, constituait la substance même du Rouge et le Noir comme de Don Quichotte, de la Recherche du temps perdu comme des Démons.

Le roman était la levée perpétuelle de ce secret de Polichinelle, et Mensonge romantique, à son tour, devenait un fabuleux « roman » sur le secret de l’imitation généralisée, constamment divulgué par les grands romans, puis aussitôt recouvert, réenterré, recamouflé sous l’éternel besoin d’illusion des hommes.

[..]

Un peu plus tard encore, dans ses œuvres ultérieures, Girard allait dévoiler les rapports sacrificiels qui constituent le lien social depuis la nuit des temps ; mais il ne quitterait pas vraiment pour autant la question du roman, c’est-à-dire de la réalité humaine et de la succession infinie de ses masques à arracher : car de même qu’au fondement de toute société il y avait un meurtre, et pas un meurtre imaginaire ou fabuleux mais un meurtre réel, de même dans les rapports entre les êtres il y avait un rival précis, un rival vivant et concret, haï et aimé, un obstacle adoré en même temps que détesté, et c’était d’avoir porté leur éclairage sur son existence obstinément déniée que les plus grandes œuvres romanesques puisaient la lumière qui nous est parvenue.

Contre toutes les pensées dominantes des sciences humaines d’alors, structuralisme, lacanisme, derridisme, etc., qui ne cessaient d’ajourner le réel, de le remettre à plus tard, au lendemain, aux calendes, à la Saint-Glinglin, René Girard seul le plaçait au centre de sa réflexion, au cœur de sa recherche, que ce soit sous la forme de la victime oubliée, mythifiée mais constitutive de toute civilisation, que sous l’apparence du rival abhorré autant qu’adoré qui nous désigne l’objet à désirer, et dont nous mettrons ensuite tout le romantisme, tout le lyrisme, toute l’énergie du monde à nier l’existence ; mais que les romanciers géniaux mettront tout leur génie, en revanche, à dévoiler. Parce qu’un grand romancier, disait encore Girard, ne partage jamais intégralement les illusions de ses personnages.[access capability= »lire_inedits »]

[..]

L’expérience romanesque détruisait sans relâche le mythe de la souveraineté personnelle, lui-même construit sur la base déniée de notre dépendance servile à l’égard d’autrui. Les romanciers avaient toujours travaillé dans la même direction : il s’agissait de traverser une illusion. Et puisque cette illusion, la plupart du temps, se retrouvait divinisée par l’esprit romantique, l’illusion que Girard analysait sans relâche était, pour finir, d’essence religieuse. Entre la croyance et le roman, il ne restait plus rien. Rien que ce champ sans limite des mensonges humains qu’on appelle la vie.

[..]

Les thèses girardiennes sont-elles à même de nous faire comprendre ce monde nouveau qui veut passer pour naturel, et donc feint d’ignorer qu’il ne va pas de soi ? Les forces au travail repérées dans des univers aussi hétérogènes que ceux de Proust, Stendhal, Cervantès ou Dostoïevski, sont-elles encore identifiables aujourd’hui ? Par temps post-historique, les schémas girardiens peuvent-ils être éclairants ? Comment apprécier girardiennement une société telle que la nôtre ? Qu’a-t-elle à nous dire ? Que peut-on en apprendre et en révéler à partir de lui ?

[..]

Si notre temps est celui du progressif désinvestissement de la scène du désir, ou de son explosion par saturation ou surexposition, ce qui revient au même, que reste-t-il au juste de ses conclusions ? Et, pour parler franchement, que serait un roman qui se composerait de moments de « lucidité », au sens où Girard ne cesse de les repérer dans les romans d’autrefois, concernant la nouvelle illusion collective de notre temps ? Un roman qui décrirait « à la Girard » la troublante et progressive décomposition de l’humanité en proie à la perte de toutes les différences, et le camouflage délirant de ce désastre par la présentation constamment positive qui en est faite ?

Est-il possible, en somme, de partir du Girard de 1961, pour tenter de soumettre à ses concepts le monde dit réel d’aujourd’hui ? Ou encore de retourner son commentaire des romans d’hier en commentaire romanesque de notre époque ?

[..]

C’est dans des conditions d’effacement généralisé de la plupart des conflits jusque-là à l’œuvre dans les rapports humains que l’on peut voir s’avancer cette nouvelle civilisation, qui semble à la fois parodier les moments les plus « évangéliques » de la pensée girardienne et illustrer en même temps les plus sombres de ses visions. Si les sentiments que Stendhal appelait « modernes » (l’envie, la jalousie et la haine impuissante) fleurissent plus que jamais, ce n’est pas parce que les natures envieuses ou jalouses, Girard le disait déjà très bien, se sont fâcheusement multipliées ; c’est parce que ce qu’il nomme la médiation interne (il y a médiation interne lorsque les sphères du sujet et du médiateur pénètrent si profondément l’une dans l’autre qu’on peut les dissimuler ou les méconnaître sans risque d’être jamais obligé d’en avouer l’existence) triomphe dans un univers où ne cessent de s’écrouler les dernières démarcations entre les individus.

Nous vivons, selon toute apparence, la deuxième phase girardienne de la tentative d’échapper aux effets destructeurs de la violence et de la contagion mimétiques : après le sacrifice (le lynchage, le meurtre) qui expulse momentanément la violence, nous voilà dans le rejet de la violence ; ou dans son abolition interminable (il n’y a plus de lynchages, on le sait, que médiatiques). Girard a consacré des centaines de pages à décrire les effets dévastateurs de la « crise indifférenciatrice » sur les sociétés dites primitives. Notre temps vit une apothéose d’indifférenciation comme il ne s’en était encore jamais vu ; mais cette apothéose, loin d’être racontée comme une crise, est au contraire considérée, la plupart du temps, comme une sorte d’approche de la perfection. On ne persécute plus, désormais, qu’au nom des victimes (au nom des minorités ensublimées de divergences identitaires et de sacro-saints particularismes) ; et ce n’est qu’à partir des instruments culturels destinés à les supprimer que se créent de nouvelles formes de victimisation. Les boucs émissaires, au lieu de les entretenir puis de les sacrifier en période de calamités, se retrouvent transformés en objets d’adoration perpétuelle. En même temps que se développe un nouveau mimétisme concurrentiel qui se résume à découvrir sans cesse de nouvelles catégories de martyrs (les femmes, les animaux, les enfants, les homosexuels, les jeunes, les immigrés, les handicapés physiques ou mentaux, les obèses, etc.) afin d’occuper son temps libre à lutter contre les dernières discriminations qui pourraient encore les frapper ;

[..]

Les catastrophes, pour leur part, un avion qui tombe avec trois cent cinquante personnes à bord, un incendie, une inondation ou une avalanche meurtrières, représentent des aubaines qu’aucune autre société n’avait connues puisqu’elles permettent, mais sur de nouvelles bases, et parce que plus rien ne peut arriver par hasard, par intervention divine ou par l’indifférence de Dieu, la réouverture de la chasse : la chasse aux responsables ; c’est-à-dire la création de néo-boucs émissaires à partir de motifs objectivement incontestables (en même temps, bien entendu, que les derniers vrais chasseurs sont traités comme des survivances inadmissibles des âges farouches).

C’est aussi dans ces conditions que l’on croit devoir s’obséder sur des adversaires véritablement indéfendables (le néofascisme, par exemple), sans voir que cet affrontement obsessionnel implique un sol commun, une identité, une gémellité, un objet de désir partagé.

Suivant toujours René Girard, on peut observer que simultanément à la chasse aux néo-coupables et à la transformation des victimes en néo-dieux, nous réinventons à tour de bras d’autres boucs émissaires, mais cette fois dans l’Histoire, c’est-à-dire dans le passé, c’est-à-dire dans ce qui a précédé cette disparition de la réalité (et de l’Histoire) à laquelle nous participons quotidiennement de si bon cœur. Le ton d’assurance invraisemblable avec lequel nous traquons tant de « sorcières » rétroactives est l’indice de notre fascination non dépassée ; et l’occasion, comme toujours, de nous mettre en valeur : ce que nos pères ont fait, nous ne l’aurions pas fait. Au nom de l’éradication définitive de la violence, nous tournons notre violence non liquidable contre nos ancêtres ; et nous tirons de l’inoffensive confrontation avec leurs fantômes un sentiment éclatant de supériorité actuelle. Le groupe, comme de juste, et toujours pour vérifier les thèses girardiennes, se recristallise vertueusement aux dépens de coupables passés dont nul ne saurait, sans se discréditer, prendre la défense une seconde. Nous baignons, dirait Girard, dans l’illusion parfaite de notre indépendance métaphysique, ou dans le mirage de notre autotranscendance, c’est-à-dire dans le triomphe de notre vanité de masse, et toujours dans le leurre de notre autonomie ; laquelle se manifeste sous bien des aspects, à commencer par celui de cette « interactivité » totale qui fait aujourd’hui miroiter aux yeux des utilisateurs des possibilités infinies de « créativité » ou de « démocratie directe » enfin débarrassées des derniers médiateurs.

Mais cette plénitude illusoire, sur les ruines des anciennes hiérarchies, et dans l’abolition de toutes les différences comme de toutes les oppositions, camoufle une crise des doubles gravissime à laquelle nul n’a trouvé encore la moindre issue ; si ce n’est dans l’étonnante réinvention actuelle de la fête comme néosacré, ou comme resacralisation à marches forcées d’un univers en débâcle.

À mesure que ce monde devenait plus franchement invivable, et les rapports entre les êtres plus nettement impossibles, la fête est apparue comme le seul remède universellement préconisable. Des activités festives classiques, dans les civilisations primitives ou antiques, de l’orgie, de la bacchanale ou du carnaval en tant qu’effacements passagers des différences induisant aux transgressions, Girard a souvent parlé au fil de son œuvre. Mais la fête telle qu’aujourd’hui on la vante n’a plus beaucoup de rapport avec les festivités interruptrices du passé, quoique la possession ou la transe en tant que mimesis hystérique y soient observables ; et que la musique, toujours glorifiée comme « fédératrice » parce que sans « message explicite », dans laquelle chacun peut s’abîmer comme dans une sorte de vaste bouddhisme ultime, cotonneux et décibélique, y joue comme dans les « bacchanales meurtrières » de jadis le rôle essentiel de propagatrice de la contagion uniformisante ou unanimisante (celle-ci se présentant, bien entendu, sous les couleurs flatteuses d’un système instable où les positions ne cessent de permuter). La fête a changé en devenant le monde, auquel elle dicte maintenant ses lois et son rythme. Elle n’a même plus besoin de « tourner mal » comme autrefois, donc de retourner pour se conclure à ses origines de violence, puisqu’elle se veut sans fin comme sans origines.

[..]

À la peste sacrificielle, d’ailleurs fort heureusement éliminée, succède la peste conviviale. Et ce phénomène de la fête, devenue depuis quelques années l’obsédant rond-point auquel ne cesse de retourner notre société comme pour y trouver la réponse à une question qu’elle se pose, sans doute celle de sa mutation, ou même de sa disparition, peut être interprété de différentes manières : en tant que « commémoration de la crise sacrificielle » que fut dans son ensemble l’Histoire désormais terminée (et vécue en bloc comme une épouvante) ; en tant qu’agglomérat de Moi divinisés qui ont décidé de noyer romantiquement, et une bonne fois pour toutes, dans l’effervescence festive continuelle, le redoutable problème que pose à chacun l’existence d’autrui ; comme métaphore géante mais déniée du désir de mort de l’Europe actuelle ; comme affirmation de soi aboutissant à la négation de soi ; ou encore comme volonté d’auto-divinisation communautaire débouchant sur une volonté d’auto-destruction personnelle par indifférenciation violente mais positivée.

Dans tous les cas, quoi qu’il en soit, entre l’hyper-collectif et l’infra-individuel, entre l’infiniment petit des sous-unités humaines qui s’éclatent, au sens propre, et l’infiniment grand du festif global devenu civilisation, c’est toute la mimésis désirante que l’on voit s’accomplir, grandir, enfler, se dilater, s’étendre et disparaître dans le même mouvement.

Commence alors sans doute un « mensonge romantique » d’un nouveau type qui ne ressemble plus que de fort loin à celui que Girard avait étudié.

Mais sans Girard, qui le saurait ?[/access]

*Photo : Hannah Assouline.

L'atelier du roman, numéro 16, 1998

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Déchéance de nationalité: la manoeuvre de Hollande

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hollande sarkozy decheance nationalite

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François Hollande, tout à ses manœuvres en vue de sa réélection en 2017, vient sans aucun scrupule d’ouvrir une boîte de Pandore : il propose d’inscrire dans la Constitution la possibilité de prononcer la déchéance de nationalité des binationaux « condamnés définitivement pour avoir commis un crime constituant une atteinte grave à la vie de la Nation ». Le débat furieux qui a suivi démontre à quel point, en ces temps d’insécurité culturelle et d’identité malheureuse, cette question est importante.

Or, primo, pour déchoir les terroristes islamistes de leur nationalité française, la modification de la Constitution n’était absolument pas nécessaire. Secundo, chacun sait bien que cette mesure n’aura aucun effet pratique dans la lutte contre le terrorisme. Pour combattre Daech, il vaut mieux balancer des bombes que signer des décrets.

Quant aux nationaux qui font le choix de l’ennemi, nous devrons leur appliquer le traitement que l’on réserve aux traîtres. Un traitement qui, dans certaines circonstances, peut et doit être expéditif. Et l’on ne doit  d’ailleurs pas avoir peur des mots vengeance ou représailles que l’on n’a pas entendus depuis le 13 novembre. Avons-nous oublié les réactions de Churchill après le premier bombardement de quartiers civils de Londres, et le discours de Roosevelt après Pearl Harbour ?

Alors, brandir le chiffon rouge de la déchéance quand l’opinion est sous le coup de l’émotion et de la colère, et proposer, dans les 48 heures qui suivent la tragédie, de changer le texte fondamental de la République pour y inscrire des atteintes à des principes importants, c’est une mauvaise action. Absence de réflexion, proposition faite dans l’urgence, reniement d’engagements précédents : comment, pour François Hollande, mieux faire la démonstration que sa parole ne vaut rien et que son seul souci, en grappillant des voix au Front national et en tentant d’embarrasser l’opposition de droite, n’est que de durer ?

Comme on le voit, de Thévenoud à Bartolone en passant par les ministres chargés de l’ordre et de la protection de la nation, dont la tragédie du 13 novembre a signifié l’échec, sans oublier Christiane Taubira avalant une couleuvre géante, plus personne ne démissionne dans cette République. La responsabilité politique qui impliquerait la démission comme sanction de l’échec, n’existe plus aujourd’hui. Tout le monde souhaite durer, durer encore, garder les postes et les fonctions avec les avantages qui les accompagnent.

Et pourtant, le débat autour de l’appartenance à la nation doit avoir lieu. Je fais partie de ceux qui ont une conception inclusive de la nationalité française. Membre d’une famille qui peut justifier de plus d’un millénaire d’appartenance à la France, je considère malgré tout qu’un Français de papier depuis dix minutes est aussi français que moi. Avec les mêmes droits, et bien sûr les mêmes devoirs. Y compris, si nécessaire, l’impôt du sang. C’était le cas de Dimitri Amilakvari, prince géorgien et Compagnon de la Libération, qui avait dit : « Nous n’avons qu’une seule façon de prouver à la France notre gratitude pour l’accueil qu’elle nous a réservé : nous faire tuer pour elle ». Il régla sa dette à El-Alamein le 24 octobre 1942. Ce fut aussi le cas d’Imad Ibn Ziaten tué par Merah parce que soldat français. Il y a tant d’exemples.

Alors je sais bien qu’aujourd’hui pratiquer la fraternité est difficile, que nombreux sont ceux qui détestent la France, dont certains prêts à la trahir. Soit en ne respectant pas ses règles, soit  en passant carrément à l’ennemi. Je comprends, bien que je ne la partage pas, la conception exclusive de la nation, cette volonté d’un rassurant « entre-nous ». Mais je crains que cela nous éloigne du combat pour l’assimilation dans les conditions d’aujourd’hui, qui est pourtant la seule solution. Un combat qui doit être mené avec sévérité et exigence, loin de la veulerie de ce pouvoir et de ceux qui le soutiennent.

Je fais aussi partie de ceux qui considèrent que si la symbolique est importante, les principes sur lesquels il ne faut jamais céder le sont encore plus. Comme le disait Margaret Thatcher – que j’ai pourtant exécrée de son vivant- « quand on commence à céder sur les principes, on cède sur tout ». En l’occurrence, le projet de loi constitutionnelle porte clairement atteinte au préambule de la Constitution, qui prévoit qu’il n’y a qu’une sorte de français. Or, qu’on le veuille ou non, s’il est adopté, le nouvel article 34 va en créer deux.

Qu’un politicien sans principes décide sur un coin de table de défigurer notre texte fondamental pour ses petits intérêts me heurte profondément. Cela m’inquiète d’autant plus que les mesures proposées sont liberticides par l’utilisation qui pourra en être faite. C’est une simple loi qui décidera ce qu’est un « crime constituant une atteinte grave à la vie de la Nation » permettant la déchéance. Définition suffisamment large pour faire n’importe quoi.

Je m’étais déjà interrogé dans ces colonnes sur les raisons de la haine que provoquait souvent Nicolas Sarkozy. J’avais conclu que le côté parvenu, la fréquente vulgarité et l’absence visible de réelles convictions avaient amené une partie de l’opinion à considérer qu’il avait abaissé la fonction de Président de la République. Qu’il avait tué le premier corps du roi. Son successeur n’a même pas essayé de le ressusciter ou de relever la fonction. La présidence Hollande n’est qu’une longue et pénible punition scandée par des séquences où est démontrée, au-delà des limites du personnage et de son incompétence à occuper ses fonctions, son absence de principes et de scrupules. Une vision terriblement étroite de son intérêt personnel et de celui de ses amis le conduit à toujours prendre les choses par le bas. Hollande ignore les obligations de son statut qui devraient pourtant l’amener à avoir un peu plus d’égards vis-à-vis des principes et des symboles qu’il malmène en permanence[1. Le dernier avatar vient de consister à décerner la Légion d’honneur aux victimes des attentats de janvier, avant de l’attribuer aux victimes du 13 novembre, retirant à cette institution bicentenaire le peu de sens qui lui restait.].

Nicolas Sarkozy, alors Président de la République, fut accusé, probablement à juste titre, d’avoir abaissé la fonction. François Hollande, politicien immoral, se verra-t-il reprocher de l’avoir avilie ?

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : AP21837322_000001.

La révolution scolaire de Najat Vallaud-Belkacem

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najat ecole mao vallaud

najat ecole mao vallaud

Najat-Vallaud Belkacem est moins flamboyante que Christiane Taubira, moins « clivante » que la Garde des Sceaux, mais elle ne mène pas moins, avec constance et une réelle habileté manœuvrière, une entreprise révolutionnaire, visant à faire table rase du système éducatif français, pour lui substituer un modèle égalitariste intégral sous prétexte de lutte contre les inégalités produites, ou perpétuées, par ce système.

L’année 2016 sera celle de la mise en œuvre de la réforme du collège, dont le moins que l’on puisse dire est qu’elle ne suscite pas l’enthousiasme des principaux intéressés, enseignants, parents d’élèves, universitaires et chercheurs dans les disciplines torpillées par la réforme (langues anciennes, allemand, enseignements artistiques…). C’est une réforme foncièrement bureaucratique, conçue et imposée du sommet, pétrie d’idéologie post-bourdieusienne, dont les racines conceptuelles plongent plutôt dans feue la Grande Révolution Culturelle Prolétarienne du grand timonier Mao Zedong, la terreur en moins, que dans les idéaux émancipateurs de Jules Ferry et Ferdinand Buisson.

Il s’agit de forcer la majorité du peuple, dont le souci principal est de donner à ses enfants une éducation de qualité et les armes du savoir pour affronter le monde qui vient, à accepter le principe d’une école où les meilleurs élèves, les plus doués, seront freinés dans leur progression, pour ne pas laisser ceux qui le sont moins sur le bord du chemin. Les « hussards noirs » de la République, qui se faisaient un devoir de faire accéder à l’élite ceux de leurs élèves qui montraient leur capacité à s’approprier la culture dite bourgeoise, en dépit de leur handicap social, seraient aujourd’hui plus près de la porte que de l’augmentation ! Ce que l’on exige d’eux, désormais, c’est de conduire un « groupe classe » hétérogène au maximum de la performance scolaire atteignable par le moins bon de ce groupe. Cela conduit, bien entendu, à abaisser le niveau d’exigence pour atteindre les objectifs du plan quinquennal, comme on faisait jadis dans le monde soviétique, avec les succès que l’on connaît. La dévaluation du baccalauréat, dont le destin est comparable à celui des assignats de la période révolutionnaire, n’a pas suffi à dissuader les bureaucrates et idéologues de persévérer dans leur projet de nivellement généralisé, initié dans les années 70 du siècle dernier, avec l’instauration du collège unique. Le peuple, cette engeance à qui, décidément, on ne peut  jamais se fier, s’est ingénié à utiliser toutes les failles du nouveau système pour saboter la grande idée égalitariste. Il s’est levé en masse, en 1984, pour préserver le reste d’autonomie de l’enseignement privé (recrutement des élèves, enseignements supplémentaires  liés au « caractère propre » de l’établissement). L’instauration insidieuse d’une hiérarchie des lycées et collèges a permis à des parents initiés (dont l’immense majorité des enseignants) à ruser avec la carte scolaire par tous les moyens, licites ou à la limite de la légalité, pour placer leurs rejetons dans les bons établissements.

C’est désormais ces failles béantes du système que Mme Vallaud-Belkacem et ses acolytes ont décidé d’obturer. Dans un premier temps, il s’est agi de traquer impitoyablement l’élitisme qui s’était installé, avec la complicité de nombreux chefs d’établissements, au sein de collèges situés dans des ZUS (zones urbaines sensibles). Mission accomplie, avec l’élimination des classes bilangues dès la sixième, des langues anciennes réduites à n’apparaître que dans le cadre des EPI (enseignements pratiques interdisciplinaires) avant d’être complètement abandonnées, comme l’induit la suppression, en 2013, du CAPES de lettres classiques.

Deuxième étape, en préparation, la refonte de la carte scolaire destinée à empêcher la ghettoïsation de certains collèges désertés par les enfants des classes moyennes et supérieures dans les secteurs où coexistent des quartiers populaires (entendez peuplés majoritairement de personnes issues de l’immigration) et des zones pavillonnaires où vivent les classes moyennes. Une louable initiative, qui fait écho à la mobilisation constatée dans certaines localités, où des parents maghrébins et africains réclament un « blanchiment » des collèges pour éviter leur déchéance… Sauf que cette exigence de mixité sociale entre en contradiction avec la philosophie de la réforme du collège, qui donne la primeur à la performance du groupe sur celle des individus. Comment, sauf à pratiquer la coercition, peut-on faire accepter, à des parents aimants et responsables, que leurs enfants soient enrôlés dans une entreprise altruiste (servir, par leur sacrifice, à faire progresser les moins favorisés en capital culturel) au détriment de leur propre éducation ? Najat Vallaud-Belkacem et sa garde rapprochée – la directrice de l’enseignement scolaire Florence Robine, les sociologues Pierre Merle et Agnès Van Zanten – ont beau affirmer péremptoirement que les bons élèves ne perdent rien au change, il existe une limite à l’escroquerie intellectuelle : le bon sens populaire.

Les méthodes employées pour imposer ces réformes n’ont rien à envier au dogmatisme de leur conception. Pour ce que l’on peut en percevoir, car l’éducation nationale est une institution opaque et autoritaire[1. Il est aujourd’hui plus difficile à un journaliste, ou à un élu de la nation, de pénétrer dans un établissement scolaire que dans une prison, un commissariat de police ou une base de commandos de l’Armée de terre.], la mobilisation des acteurs de la réforme sur le terrain  n’est pas optimale. Certes, les moyens classiques de manifester sa grogne, comme l’appel à la grève des syndicats opposés à la réforme n’ont pas eu le succès souhaité par leurs organisateurs. Ceux des enseignants qui ont pu préserver leur pré carré disciplinaire et faire échec aux projets les plus insensés, comme les historiens sauvés par Pierre Nora, ne rejoignent pas les grands blessés des reformes, comme les latinistes et les germanistes. Les parents croient toujours – ils ont tort – que les systèmes de débrouille individuelle, comme la fuite vers le privé, les mettra à l’abri de la tornade égalitariste. Mais la rue de Grenelle doit aujourd’hui faire face à une contestation bien plus dangereuse que celle à laquelle elle est accoutumée : les profs viennent au séances obligatoires de formation en vue de la réforme, mais ils se réfugient dans la passivité, ou dans la révolte verbale, lorsqu’ils s’aperçoivent qu’ils sont, en réalité, soumis à une entreprise de formatage rarement observée dans un régime démocratique. Dans les rectorats, comme celui de Grenoble, on est vite passé de la persuasion à la menace de sanctions contre les enseignants rebelles actifs ou passifs. Lorsque cela éclatera, du côté des parents comme des profs, il y aura du sang sur les murs…

Encercler les villes à partir des banlieues, combattre le capital culturel des dominants au lieu de le proposer, avec les moyens adéquats, à ceux qui en sont dépourvu, tel est le programme que notre souriante ministre des écoles entend mener à son terme, avant de se replier, en 2017, sur sa base rose de Villeurbanne. À moins que, dans un sursaut de lucidité, l’Élysée et Matignon ne viennent, comme dans l’affaire de l’état d’urgence, remettre les pendules à l’heure avant qu’il ne soit trop tard.

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : 00734912_000037.

Le Brady, dernières séances

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brady mocky thorens

brady mocky thorens

Dans une ville comme Paris chaque jour un peu plus uniformisée par les convenances de la gentrification, il reste encore des lieux. Inutile ici d’ajouter un adjectif comme « pittoresques » ou « oubliés ». Depuis la classification de l’anthropologue Marc Augé, on sait que notre monde se divise en lieux et en non-lieux, la proportion de ces derniers s’accroissant dangereusement. Le non-lieu est, à tous les sens du terme, un lieu sans histoire, sans identité, sans rencontres possibles. Aux non-lieux appartiennent les hall d’aéroports, les guichets de retrait automatique, les nouvelles gares, les résidences sécurisées, les parkings souterrains, les immeubles de bureaux ou même les monuments, les bistrots, les musées, les restaurants aseptisés par le design pour que l’on s’y sente en permanence de passage, pur spectateur nomade jamais mis en danger par la nostalgie, la peur, la beauté. Le non-lieu nous veut à son image, c’est à dire de petites monades néantisées. À l’inverse, le lieu n’est sous le contrôle d’aucune logique marchande, il réchappe miraculeusement, et pour combien de temps, aux réaménagements urbains autoritaires qui chassent les habitants vers les périphéries, loin de toute vie réellement vécue.

Bien entendu, cette entreprise totalitaire a ses ratés. Il reste des îlots et le Brady, à Paris, en fait partie. C’est un cinéma sur le boulevard de Strasbourg, au milieu des salons de coiffures africains et des épiceries pakistanaises. C’est le dernier cinéma de quartier, le dernier cinéma qui a joué longtemps la carte du cinéma permanent, système disparu dans les années 80. Vous rentriez avec un ticket et vous pouviez y passer la journée pour y dormir, y manger et plus si affinités avec la clientèle que l’on pourra qualifier d’interlope, comme dans les romans populaires du temps jadis. Dans Le Brady, le cinéma des damnés, Jacques Thorens se livre à ce qu’il appelle la « biographie d’un lieu ». Il sait de quoi il parle, il a lui-même été caissier-projectionniste-homme de ménage dans ce cinéma au début des années 2000 quand les deux salles appartenaient à Jean-Pierre Mocky depuis 1994 avant qu’il ne les revende en 2011.

Le provincial cinéphage aux goût un peu spéciaux que j’étais aimait bien, lors de ses journées parisiennes, quitter à pied la gare du Nord pour aller jusqu’au Brady et trouver les introuvables DVD de Mocky en vente à la caisse. Peut-être ai-je croisé Jacques Thorens sans le savoir d’ailleurs. Mais quelle importance, même si je connaissais la réputation sulfureuse du Brady, je ne pouvais imaginer l’étrange richesse mélancolique du lieu telle qu’elle apparaît dans ce livre. Qu’on ne se méprenne pas: Le Brady, cinéma des damnés est d’abord un texte littéraire, pas un simple document ou un simple témoignage.

La composition du livre en courtes vignettes amusées, émouvantes, sordides, poignantes, délirantes mais toujours vraies renseigne le lecteur autant qu’il le fait rêver. Il le renseigne sur ces damnés de la terre qui viennent s’échouer sur les banquettes usées avant d’aller se tripoter dans les toilettes, il le renseigne sur la poésie sauvage et déviante de ces films où les robots en carton-pâte fouettent des détenues japonaises lesbiennes. Sans compter ces portraits de Mocky en nabab calamiteux, drôle, cynique mais littéralement possédé par le désir de tourner fut-ce n’importe quoi à n’importe quel prix.

Thorens, osons ce mot un peu démodé, est un humaniste dans sa façon de décrire une clientèle de clodos, de vieux retraités arabes homosexuels, de travailleurs immigrés en rut et aussi de vrais amateurs de cinéma bis capables de vous citer le chef opérateur ou l’ingénieur son (quand il y en avait un) de Vierges pour Santana, La Vampire nue ou Le médecin dément de l’Ile de sang. Entre le petit vieux au RSA qui passe sa retraite au Brady et la journaliste de Canal + lors d’une avant-première d’un film de Mocky qui voit sortir en cohorte freaks tous les pouilleux copulateurs et hésite ensuite à s’asseoir sur les fauteuils tachés, le tout dans une odeur de fauve, on se rappelle la phrase de Saint-François de Sales: « Là où il  y a des hommes, il y a de l’hommerie. » Y compris chez les CRS qui patrouillent à l’occasion du côté de Château d’Eau: « Un CRS en uniforme nous sollicitait régulièrement pour récupérer des affiches de vieux films d’horreur. (…) En examinant une affiche d’un Mocky de 1994, Robin des mers, où l’on voit un CRS le cul à l’air, il s’exclame:

C’est un collègue, je le reconnais! »

Le Brady, cinéma des damnés de Jacques Thorens (Verticales).

Le Brady: Cinéma des damnés

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*Photo: wiki commons.

Mes premiers haïkus visuels de 2016

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coco chanel schiffter

coco chanel schiffter

*Photo: Ŧhe ₵oincidental Ðandy.

Mes vœux 2016

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kurdes radio latin daech

kurdes radio latin daech

Vœu #1

Une vraie radio rock sur la FM.

C’est-à-dire une radio où on entendra plus souvent Bijou qu’Indochine, les Hellboys que les BB Brunes et Me First and the Gimme Gimmes que U2.

Et donc une radio rock où le premier animateur qui cite le nom de Cali sera licencié sur le champ pour faute grave.

Vœu #2

Pour le droit de réveillonner au champagne à Gaza.

Et pis après d’avoir aussi le droit d’y regarder South Park à la télé  et pis après d’avoir aussi le droit de s’y faire des papouilles variées entre adultes consentants de tous sexes.

On notera que ce dernier souhait vaut pour la plupart des pays arabes, mais aussi pour pas mal d’autres pays d’Afrique et d’Asie et pour un nombre significatif de comtés américains. L’Axe du mal, le vrai, c’est celui qui relie les wahhabites aux néoprotestants US (ces derniers veulent aussi faire interdire South Park, comme ça la boucle des trouducs est bouclée.)

Vœu #3

Le latin et le grec pour tous!

Pourquoi ? Parce que !

Quiconque ne comprend pas immédiatement pourquoi il est impératif de les enseigner est prié d’aller surfer ailleurs pour lire les vœux de Bernard Tapie, de Jacques Attali, d’Edwy Plenel ou de Cyrille Hanouna !

Et que les germanistes me pardonnent de ne pas ajouter à ce vœu, la défense de l’enseignement de l’allemand, mais contrairement au grec et au latin, c’est déjà une langue morte, faute de civilisation qui aille aujourd’hui avec.

Vœu #4

Que la gauche de la gauche -et plus particulièrement le PCF et la JC, dont je suis un enfant perdu- fassent enfin le ménage dans leur ligne comme dans leurs fréquentations.

Combattre les discriminations, c’est indispensable. Mais remplacer Marx et Gramsci par Bourdieu et Derrida, c’est la cata !

La négation de ce que Laurent Bouvet a si bien cristallisé sous le concept d’«insécurité culturelle» mène ce camp au suicide. Idem pour les concessions répétées aux obscurantistes de banlieue sous prétexte de lutte contre l’islamophobie.

En vœu annexe, j’aimerais que les gens qui comme Marie-Christine Vergiat, députée européenne Front de Gauche, sont allés au meeting de Saint-Denis aux côtés de Frère Tariq et du CCIF cessent de nous donner des leçons de maintien antisexistes.

Vœu #5

On se calme et on boit frais, camarades !

Qu’on puisse recommencer à se causer rude mais calmos sur les sujets qui fâchent (Front républicain aux régionales, Corse, Lois Macron, Déchéance de nationalité…)

Pouvoir dire qu’on soutient (ou pas) le maintien de Masseret sans se faire traiter de groupie de Philippot (ou de godillot de l’UMPS)

Pouvoir dire qu’on est contre (ou pour) la déchéance de nationalité sans qu’on vous colle illico l’étiquette de  défaitiste djihadocompatible (ou de cryptopétainiste)

C’est d’autant plus crispant quand le ton monte brutalement à l’intérieur du camp qui est censé être le mien (la gauche républicaine, ou le marxopopulisme pour aller vite).

Notre parti (au sens où on entendait ce mot à l’époque heureuse du Cardinal de Retz) est bien trop riquiqui pour que le débat dégénère en chicaya (j’aurais pu écrire « vendetta » à la place de « chicaya », mais je vais tâcher d’éviter les accusations de corsophilie benête ou de corsophobie aveugle).

Vœu #6

Que ma redevance télé ne serve plus à financer « Plus belle la vie »,

Ni Stéphane Bern et son histoire obscène,  ni « C à Vous », sans oublier l’ «humour citoyen» en vigueur à France Inter. En démocratie, une radio et une télé d’Etat généralistes n’ont pas de raison d’être.

Qu’on se serve des milliards que pourrait rapporter une cession au privé de France 2, aux régions de France 3 et à kikenveu de France Inter pour augmenter brutalement le salaire des profs de ZEP, des flics et des pompiers en mission dangereuse, des jardiniers municipaux, des infirmières, des facteurs, bref des gens qui font que l’expression « service public » n’est pas un oxymore.

Quant à la redevance, elle pourrait, outre France-Mu, France-Cu et Arte servir à financer entre autres urgences :

–        Une véritable télévision scolaire et éducative, ce qu’aurait dû être la 5 et qu’elle n’est qu’à 5%.

–        Une chaine qui rediffuserait les trésors de l’INA pour faire plaisir aux vieux, mais pas que.

–        Une chaine publique, laïque, et patriotique en direction des familles issues de l’immigration pour faciliter l’assimilation et le partage par le plus grand nombre des valeurs républicaines.

 

En bonus track, ma carte de vœux pour 2016

kurdes radio latin daech

Bonne année à tous les amis de la liberté !

Spéciale dédicace à celles et ceux qui, là-bas ou ici, défendent nos valeurs au péril de leur vie.

Gloire aux filles du PKK, gloire aux gars du Rojava et gloire à nos soldats !

Vengez-vous, vengez-nous, Kill’em all !

Ruin Jonny's Bar Mitzvah

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