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Maigrir: une simple question de volonté?

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Rachel Fredericton, une participante à l'émission «The Biggest Loser» (Photo : SIPA.AP21519351_000003)

Danny Cahill l’a mauvaise. Lui, grand gagnant de la saison 8 de « The Biggest Loser », qui avait fondu de 108 kg en sept mois — treize semaines dans le ranch de l’émission puis quatre mois de régime « en solitaire » — passant de 195 à 86 kg, n’a par la suite jamais réussi à se maintenir au poids qui a fait de lui la coqueluche des talk-shows américains dans la foulée de sa victoire en 2009. Six ans après, le recordman de l’émission affiche 133 kg sur la balance. Mince consolation, il peut se dire qu’il n’est pas le seul : sur les seize participants de la saison 8, seule une femme a réussi à se maintenir en dessous de son poids à la fin de l’émission. Les autres sont tous retombés dans leurs travers ; certains ont même dépassé leur masse d’avant la diète extrême.

Malgré leur désarroi, ces stakhanovistes du régime télévisé pourraient bien rendre un grand service à la science et enfin donner une explication à la théorie du « yoyo » qui condamne tant de personnes à reprendre leurs kilos perdus à la suite des efforts fournis. Le docteur Kevin Hall, expert en métabolisme au National Institute of Diabetes and Digestive and Kidney Diseases (NIDDK), a décidé de suivre pendant six ans les seize candidats de l’édition 2009 afin de comprendre l’évolution physiologique de ces personnes, ayant perdu énormément de poids en un laps de temps très court. Et il l’assure dans les colonnes du New York Times, les résultats sont « effrayants et incroyables. »

Il y a de quoi en effet. Le manque de courage et de volonté est souvent mis en avant pour expliquer la reprise de poids des ex-obèses à la suite d’un régime. Cependant, comme souvent, l’explication scientifique vient contrecarrer les mauvaises langues. L’étude du docteur Hall révèle que ce ne serait pas le mental des participants à l’émission qui est à blâmer mais bien leur métabolisme. Avant d’être enfermés dans le ranch de « The Biggest Loser », chacun avaient un métabolisme en accord avec leur morphologie. Autrement dit, leur organisme brûlait un nombre normal de calories par rapport à leur masse. Il apparaît alors que, à l’instar de l’horloge biologique, notre corps aurait donc une sorte de « balance biologique ». Et comme le premier peut être perturbé par une traversée rapide de fuseaux horaires, le second peut se retrouvé chamboulé par une baisse drastique de poids en un temps record. Nous serions confrontés à une sorte de « jetlag alimentaire ».

Un mécanisme de protection hérité de nos ancêtres

Durant l’aventure, les sept heures de sport journalières et les tablettes d’électrolytes comme seul encas ont eu raison de la surcharge pondérale des « grands perdants » mais ont, dans le même temps, entraîné un ralentissement de leur métabolisme. A la fin de l’émission, leur corps ne brûlaient pas assez de calories pour qu’ils puissent se maintenir au poids qu’ils avaient atteint au prix d’innombrables litres de sueur versés. Danny Cahill, qui est décidément le champion toutes catégories de cette téléréalité, flambe désormais 800 calories de moins par jour par rapport à ce qui est attendu pour un homme de sa morphologie. Même après avoir repris 45 kg six ans après, pour en peser donc 133 à ce jour, son métabolisme au ralenti continue de faire des siennes. Ce dernier lutte pour ainsi dire sans relâche pour revenir au poids initial du pauvre bougre.

Les autres participants ne sont pas en reste : Rudy Pauls, qui a failli ravir la première place à Danny avec 94 kg de moins à la sortie du ranch de la diète, brûle 516 calories de moins que la normale. L’anneau gastrique qu’il s’est fait poser après avoir repris 70 kg en cinq ans n’a en rien atténué le dysfonctionnement de son organisme. De son côté, Amanda Arlauskas, qui était passée de 113 à 73 kg, doit manger 591 calories de moins que ses semblables pour espérer se maintenir à poids constant. Afin de comprendre pourquoi le corps réagit ainsi, il faut se souvenir que ces mécanismes ont évolué pendant des millions d’années quand l’homme et ses ancêtres hominidés vivaient dans des conditions où la nourriture était rare et s’en procurer était difficile et dangereux. Ce qui est vécu aujourd’hui comme une malédiction par Dany et ses amis se révèle être en fait un avantage énorme quand vient la pénurie : face à un régime drastique que le corps vit comme une famine, il réagit en devenant plus efficace, dépensant moins de calories pour se maintenir.

C’est pas moi, c’est la leptine !

En plus du ralentissement inexorable de leur métabolisme, les participants à « The Biggest Loser » ont eu affaire à un autre trouble-fête : la leptine. Cette « hormone de satiété », comme son nom l’indique, régule le sentiment de faim. Un taux élevé de leptine indique au cerveau qu’un taux suffisant de graisses a été stocké dans l’organisme – la satiété intervient quinze minutes après l’ingestion des aliments – ce qui coupe la faim, alors qu’un faible niveau met en garde l’individu sur le peu de graisses présentes dans son corps et le pousse à s’alimenter afin de rééquilibrer les comptes. L’étude du NIDDK a démontré que les candidats de l’émission de téléréalité avaient un taux de leptine relativement normal lors de leur arrivée dans le ranch, mais que le régime draconien subit a totalement changé la donne. Au bout de plusieurs semaines d’efforts acharnés, leur taux de leptine, proche de zéro, les a rendus affamés en permanence. Le retour des kilos s’est ainsi accompagné d’une hausse sensible du niveau de l’hormone, mais celui-ci a stagné à peu près à la moitié de ce qu’il était avant que les candidats ne montent sur le tapis de course.

Additionnée au ralentissement du métabolisme, le faible taux de l’hormone peut donc justifier en grande partie la reprise de poids des participants, qui ne s’attendaient sans doute pas à autant de réticences de la part de leur organisme. Sans véritablement les consoler, ces explications leur ont néanmoins permis d’ôter de leurs épaules la responsabilité de cette reprise de poids. « Ce n’est pas aussi dramatique que si l’on vous disait que vous aviez une maladie, mais cela va dans le même sens. C’est comme entendre que vous avez une peine à perpétuité », déplore Sean Algaier, qui, avec 204 kg, pèse désormais plus lourd que lorsqu’il a débuté la saison 8 de « The Biggest Loser ».

La seule participante à avoir réussi à maintenir son poids à un niveau inférieur à celui de 2009, Erinn Egbert, se bat sans cesse contre son métabolisme et la faim pour ne pas rechuter : « Deux encas peuvent se transformer en une orgie pendant trois jours. C’est ce contre quoi je lutte. »

« Le corps met en place des mécanismes multiples pour vous ramener à votre poids initial. Si vous souhaitez maintenir la perte de poids, vous devez accepter d’avoir faim en permanence. Nous avons désespérément besoin d’agents pouvant supprimer la faim et qui seraient sans danger sur le long terme », explique le docteur Joseph Proietto, un spécialiste australien de l’obésité, qui a mené une étude sur la leptine et quatre autres hormones de satiété. Pfizer, le géant pharmaceutique américain, qui a flairé le bon filon, a commencé à tester une molécule sur des animaux dont l’action est semblable à celle de la leptine. Le but est de piéger les cerveaux de personnes ayant perdu du poids afin que le manque de leptine ne les pousse pas à se ruer vers le premier McDonald’s venu. Son développement n’en est qu’à ses balbutiements mais pourrait, à terme, représenter une grande aide pour les obèses désireux de perdre du poids et surtout une affaire en or pour Pfizer, qui dès lors pourrait inonder le marché américain où près d’un tiers de la population est obèse. En réalité, toute personne complexée par quelques kilos en trop pourrait en faire l’usage afin de faire bonne figure en maillot de bain, tout en espérant que ce remède miracle ne suive pas le même chemin que son cousin français, le Mediator.

Cette accumulation de déconvenues physiologiques pourrait bien décourager certains aspirants à la diète – ce qui est compréhensible –  cependant les experts outre-Atlantique s’accordent pour dire que la perte de poids raisonnable n’est tout de même pas sans espoir ; tous les individus ne réagissent pas de façon identique au régime. Et peut-être même finira-t-on par apprendre que dans notre société, qui a tendance à tout « pathologiser » pour souvent mieux nous déresponsabiliser, il reste encore une petite place pour la volonté, qui sait ?

Équité, solidarité, dignité

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Manifestation à Rennes contre la loi El Khomri (Photo : SIPA.00753533_000017)

Chaque printemps est celui d’une révolution quelque part. À chaque année son avril, mai, juin, « son » mai 68. Cette année, la jeunesse n’emmerde plus tant que ça le Front national et ne passe pas plus de temps que ça à la #NuitDebout place de la République. À moins que ce ne soit le contraire. C’est à n’y rien comprendre. Chacun y va de sa croisade et de ses barricades (surtout mentales), attendant son grand soir et au matin, quand le réveil sonne, il ne s’est toujours rien passé. Si l’inertie des masses est sans doute la principale épine dans le pied des militants et des agitateurs de tous bords, elle n’est pas l’apanage du dernier roman de Jérémie Lefebvre, Avril.

Comme s’il avait crié « Silence – Moteur – Action ! » et regardé cette poudrière paisible qu’est la France de 2016 s’embraser, l’auteur de La Société de consolation (2000) imagine la deuxième Révolution française placée sous le signe de la revanche des opprimés sur les oppresseurs. Comprendre des salariés précaires sur le grand capital. Une anticipation politique qui rappelle Soumission, bien que fondée sur un autre scénario, ni plus ni moins plausible. On y trouve peu de mentions des conflits culturels et religieux qui agitent les banlieues. C’est simplement un autre fusible qui a sauté. De toutes les façons, nous sommes nombreux en France à nous interroger, voire à prendre les paris, sur ce qui déclenchera la secousse finale, arrêtera ou fera se remettre en marche l’Histoire.

Dans Avril, c’est un mélange de bons souvenirs soviétiques, d’idéologie décroissante, de socialisme version XIXème siècle et de féminisme version théorie du genre — « dont les méthodes rappellent les heures les plus sombres de notre Histoire », s’indignent les médias étrangers —, qui pose les fondements du nouveau régime, après la dissolution officielle de la République française. On élit des « citoyens martyrs » qui disposeront des privilèges dont ils étaient auparavant privés et on les distingue des « citoyens sursitaires », entassés à la Courneuve, Villeurbanne, Saint-Denis, ou tout simplement guillotinés.

Dans ce chœur à plusieurs voix anonymes, venues de tous les coins d’un peuple de France ébranlé dans ses fondements émergent des réactions dissonantes. Les jeunes exaltés en conflit avec le désormais vieux monde de leurs parents : « Elle me rappelle que j’ai un BTS et qu’avec le piston de son frère j’ai des chances d’avoir un boulot chez Cofidis. Je ne lui dis pas que Cofidis n’existe plus. » Les défavorisés que leur sens moral refroidit : « Sur le Coran je prends pas la maison des gens ! » Les universitaires pressés de coller du jargon sociologique sur cette nouvelle réalité : « Moi, c’est là-dessus que j’ai envie de faire bosser les troisième année. »

Au milieu de cette cacophonie sociale et diplomatique, des menaces d’intervention militaire extérieure qui évoquent les premières heures de la République en France, le désarroi envahit les consciences, perdues dans ce mouvement collectif qui ne peut, évidemment, pas épouser les contours de toutes les individualités et apaiser tous les doutes. On entend d’un côté « C’est pas un régime communiste, hein, calme-toi ! » et de l’autre côté de la rue, on ressort la guillotine avec des yeux brillants.

Il paraît que les Français ont dans le sang une forme de tolérance envers la persécution des élites, héritée de Mai 68 et de la Commune. Il paraît qu’en parcourant la galerie des dégâts du communisme, les Français oscillent entre tentation et effroi. Le lecteur d’Avril est pris dans l’étau du « c’est horrible, mais… » et au moment où il pourrait y croire, un autre état de choses le rattrape: « On est d’accord, déjà la liberté c’est fini. »

On est d’accord. Soupçons de corruption du nouveau gouvernement, accusations de mauvaise foi, violence des extrêmes, dissensions internes interminables, « le temps revient sur lui-même comme un manège. »

Avril ne se termine pas, il est suspendu arbitrairement, il attend que les hommes fassent autre chose des révolutions que les germes des nouveaux totalitarismes. Nous avons encore de longues journées et de sombres soirées devant nous, à scruter BFMTV en songeant au chaos vers lequel nous fonçons et à répéter le « Qu’est-ce que je peux faire ? Chais pas quoi faire… » dans Pierrot le fou de Godard.

Avril, Jérémie Lefebvre, Ed. Buchet-Chastel, 130 pages.

>>> Retrouvez en cliquant ici l’ensemble de nos articles consacrés à Nuit debout.

Avril

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Les revues littéraires contre le grand remplacement numérique

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(Photo : SIPA.00572343_000023)

A entendre tous les propagandistes enfiévrés du numérique, chaque jour, l’écrit recule. Le digital a fait main basse sur l’information. Le « big data » compile, trie, hiérarchise à la vitesse de buzz l’éclair. Dormez tranquille, la machine travaille pour vous. Le journaliste d’investigation ne porte plus l’imper froissé du détective privé, il ne planque plus dans une 4L en mangeant un sandwich aux rillettes, il pianote sur son clavier à la recherche de l’algorithme vengeur. La lecture ne passera plus par le papier ! L’écran fait aujourd’hui abstraction. Le smartphone est tellement intelligent qu’il aura réussi à tuer Gutenberg et Théophraste Renaudot en une décennie à peine.

La « grande » presse qui n’a de grand que son aveuglement face aux nouvelles technologies a tout misé sur les applis en oubliant les vertus cardinales du papier. Passons sur le confort, le toucher, l’émotion, ce sont des gros mots que détestent les gestionnaires, parlons seulement du contenu. Les magazines historiques ne savent plus sur quel pied danser afin de capter cet être fourbe et versatile qu’est le lecteur aussi appelé consommateur ou client ou source de profit. Ils lui offrent des services essentiellement sur le Net, de la réactivité, de l’interactivité, enfin surtout des vidéos et des diaporamas plus digestes que de longs textes. On m’a volé mes feuillets ! Tous ces milliers de signes qui ont fait le charme de mon enfance, ont disparu. Et dans les kiosques, ces médias de poids ont copié les mêmes recettes lourdingues, des photos légendes et des tunnels de publicité avec de la déontologie et de l’objectivité à revendre, les cache-sexes du politiquement correct.

N’imaginez surtout pas que seule la presse féminine ou automobile soit touchée par cette course à la dématérialisation. Devant une telle incurie, des petits malins ont réagi en créant des « mooks », une hybridation réussie entre le magazine et le livre, de Charles à Schnock, ils se sont inscrits en quelques années dans le paysage et ont comblé la vacuité de leurs frères aînés. Même si le filon commence à s’user, ils ont prouvé que le papier comme survivance de l’ancien monde avait de l’avenir.

Pendant ce temps-là, toujours à la traîne, les quotidiens et les « news magazines » ont continué à creuser leur tombe. Ils changent de maquettes comme de chemises et s’enrhument à force de respirer l’air du temps. Les directeurs artistiques ont pris le pouvoir sur les directeurs éditoriaux en réduisant toujours plus la place des articles pour ne pas gêner les annonceurs. Les pages « livres » ressemblent à des vignettes, aux bons points de l’Ecole publique, elles ne sont qu’un prétexte à entretenir le mythe de la « Culture » comme fondement de la démocratie. Personne n’est dupe, quand les sujets de fond abordés sont : « Les écrivains et leurs chats », « Ecrire sur Mac, est-ce bon pour l’imagination ? », « Véganisme et littérature sont-ils compatibles ? » ou « Le tweet, une nouvelle poésie en marche ». Les professionnels ne font plus convenablement leur métier. Alors, ce sont des amateurs très éclairés qui prennent le relais avec des moyens souvent dérisoires. De nombreuses revues, gazettes, feuilles volantes, toutes de conception artisanale, élaborées par des amoureux des arts et des lettres, ont vu le jour.

De Service Littéraire à la dernière-née Raskar Kapac (le numéro 2 vient de sortir) en passant par Livr’arbitres ou le légendaire Bulletin célinien (35ème année d’existence) de nos amis belges, toutes ces fragiles publications ont un point commun : le plaisir des mots sur papier imprimé. Elles sont vendues quelques euros, ont parfois des périodicités foutraques, elles n’ont pas été imaginées par une agence de communication, elles sont brutes donc irrévérencieuses. Et puis, elles n’ont pas opté pour la nouvelle cuisine, elles ne sont pas chichiteuses, elles donnent à lire ! On ressort de la table de lecture, rassasié, heureux, bousculé par la plume de vrais spécialistes qui nous ont parlé de Chaïm Soutine, Alexandre Vialatte, Cervantès ou Céline. Longue vie aux petits papiers, ce sont de précieux lanceurs d’alerte !

Pour plus d’infos :
www.servicelitteraire.fr
www.raskarkapac.wordpress.com
www.livr-arbitres.com
http://bulletincelinien.com/

 

Article réactualisé le 10 mai à 16h10.

Naissance du loup-garou

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Image extraite du «Monstre de Londres» de Stuart Walker

Nouvelle salve de « monstres » chez Elephant films : l’éditeur poursuit avec pugnacité son travail de défrichage et nous permet de redécouvrir des films méconnus produits au sein du studio Universal. Car si certaines œuvres sont devenues de grands classiques comme les deux premiers Frankenstein, Dracula ou La Momie, il est plus difficile de voir aujourd’hui la flopée de séries B engendrées grâce au succès  de ces créatures mythiques.

Le Monstre de Londres est un cas un peu particulier dans la fondation d’un mythe. Historiquement, c’est le premier film de la Universal à faire apparaître la figure du loup-garou mais pourtant, il faudra attendre 1941 et Le Loup-garou pour que George Waggner impose définitivement le personnage à l’écran. C’est d’ailleurs dans ce film que Lon Chaney Jr incarne pour la première fois Larry Talbot et sa prestation lui vaudra de revenir de nombreuses fois sous cette défroque poilue.

Le film de Stuart Walker débute au Tibet où un botaniste et son assistant bravent tous les dangers pour trouver une plante extrêmement rare qui n’éclot qu’au clair de lune. Mais pendant ses investigations, le docteur Glendon (Henry Hull) est attaqué par une mystérieuse créature. Revenu à Londres, il se métamorphose en loup-garou les soirs de pleine lune…

Avec Le Monstre de Londres, le cinéaste pose les bases d’un mythe fécond du cinéma fantastique : les transformations terrifiantes de l’homme en loup lorsqu’arrive la pleine lune, la nécessité de tuer le monstre avec une balle (qui n’est pas encore en argent), la transmission de la malédiction par morsure… Pourtant, le film n’est pas encore un véritable film d’épouvante et ses ruptures de ton restent assez surprenantes.

Dans un premier temps, il débute comme un film d’aventures avec une expédition lointaine et des coolies qui s’enfuient dès qu’un mystérieux homme se présente aux explorateurs. De retour à Londres, le film devient une sorte de comédie mondaine assez drôle, peuplée de vieilles dames indignes adeptes de la bouteille et du clin d’œil égrillard. Il faut voir deux de ces honorables harpies se disputer les faveurs de Glendon qui réclame une chambre pour dormir : l’une d’entre elles assomme l’autre et affirme : « C’est ma meilleure amie mais elle ne connaît pas l’éthique du commerce » (ceci dit, ce passage illustre assez bien la vérité profonde dudit commerce !).

Enfin, le film aborde la thématique fantastique du loup-garou en s’appuyant sur une belle photographie à la limite de l’expressionnisme (éclairage lunaire, jeu avec les ombres portées sur les murs…). Si le loup-garou reste l’un des monstres les plus intéressants du bestiaire fantastique, c’est sans doute pour les tourments qui agitent l’âme de celui qui est victime de la malédiction. Ni grand seigneur méchant comme le vampire, ni créature monstrueuse dénuée de toute humanité comme celle créée par Frankenstein ; la lycanthropie représente à merveille la part d’animalité qui se niche en tout individu.

Alors qu’il est tout à fait normal quoique un peu asocial en journée, le docteur Glendon se laisse dominer par ses instincts bestiaux la nuit. Inutile de préciser la haute teneur sexuelle de ces transformations en loup : les crimes visent essentiellement des femmes (notamment les femmes adultères ou/et de « mauvaise vie ») et la malédiction met en crise l’équilibre du foyer (une épouse délaissée).

Le conflit du docteur Glendon est intéressant dans la mesure où il cherche coûte que coûte à protéger son épouse mais qu’il s’en éloigne irrémédiablement pour cette même raison et en prenant ses distances. Interprété avec talent par Henry Hull, le loup-garou de Stuart Walker présente une image assez nuancée de la nature humaine prisonnière de sa condition.

Que ce soit lorsque les vieilles dames se « lâchent » et s’adonnent à l’ivresse ou lorsque le scientifique se transforme en fauve, le cinéaste montre les frontières floues entre la civilisation et les instincts les plus bestiaux, entre la culture et la nature. C’est cette tension permanente qui fait tout l’intérêt de ce curieux Monstre de Londres

 

Le Monstre de Londres (1935) de Stuart Walker avec Henry Hull, Warner Oland (Éditions Elephant Films). Sortie le 27 avril 2016.

Quand Sollers se prend pour Hegel

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philippe sollers hegel mouvement

Philippe Sollers a un don particulier pour débusquer les « barbouilleurs de littérature » et quand il les décrit, notamment dans son opus magnum Mouvement, il donne l’étrange impression de se dédoubler. Car ces « barbouilleurs » sentent que la poésie serait pour eux le salut. Mais la chose leur fuit entre les mains quand elle ne devient pas de la merde. Peu importe, dans l’empire du marketing, il faut que la pensée, tout comme la poésie, soient impossibles. « C’est la loi des marchés financiers », conclut Sollers qui, une fois encore, est persuadé d’avoir échappé à cette hydre grâce à Hegel et à la poésie chinoise. Certes, il reconnaît être très délabré. Mais indemne. Indemne de quoi ? On ne le saura jamais. Et d’ailleurs, il est douteux que quelqu’un s’intéresse à ce « barbouilleur de littérature », le seul à avoir compris que tous les interprètes de Hegel, y compris ses adversaires, se sont trompés. Car il ne faut pas l’interpréter, mais l’être.

Et Sollers qui veut l’être, qui pense l’être, ne nous aura rien épargné dans ce pensum indigeste, rien à l’exception de sa vanité. « Si la vérité est le mouvement d’elle-même en elle-même », comme le prétendait Hegel, ne prenez pas la peine de la chercher chez les barbouilleurs de littérature. Et moins encore chez Philippe Sollers qui, sans doute sous l’emprise des marchés financiers, a réussi l’exploit d’étaler sa culture en lui retirant toute saveur. La prétention pèse parfois plus que les marchés financiers, mais ce n’est quand même pas notre Hegel bordelais qui s’arrêtera à des détails aussi mesquins, tant il est imbu de son génie. Il est bon de savoir que de si nobles et vertueux esprits veillent sur la littérature française chez Gallimard. Ne serait-ce que pour cela, ils auront droit à notre indulgence et, chez les plus perfides, à quelques égards.

Mouvement, Philippe Soles, Ed. Gallimard, mars 2016, 240 pages.

Mouvement

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Les Nus: légendes bretonnes

DR

Le groupe rennais Les Nus n’avait jusqu’ici sorti qu’un seul album, en 1982. A l’époque, l’objet avait été accueilli par la critique comme un monolithe noir venu de l’espace : avec circonspection. Il n’empêche, le disque a depuis été repêché et applaudi par Miossec, Noir Désir et Étienne Daho (entre autres). A l’occasion de la publication d’un deuxième album remarquable, Les Nus reviennent pour Causeur sur leur odyssée rock et leurs chants un peu clivants.

Sébastien Bataille : Rennes était considérée en France comme la capitale du rock dans les années 80. Vous avez participé à cette effervescence au point de signer chez une major du disque (RCA) en 1982. Quels souvenirs gardez-vous de cette période ? Êtes-vous nostalgiques ?
Christian Dargelos (auteur et chanteur des Nus) : Évidemment que l’on ressent un brin de nostalgie. Ce vent nouveau qui a soufflé sur Rennes fin 70-début 80 reste gravé dans nos mémoires. C’était une belle époque à vivre, on partait de pas grand-chose et cette scène dite rennaise est devenue importante en France. On a su « professionnaliser » notre son et l’on s’est rapproché de nos cousins anglo-saxons dans l’esprit. On a gagné en crédibilité également en cherchant à trouver un angle original, que ce soit avec Marquis de Sade ou Les Nus, mes deux groupes. Mais c’est le passé, aujourd’hui on est en face d’un autre challenge, tout aussi excitant, celui de convaincre avec des chansons !

Tous les groupes français issus de cette scène post-punk foisonnante des années 80 ont disparu, à quelques exceptions près. Que vous inspire votre position de « survivants » ?
Nous arrivions de plus loin, même si le punk fut pour moi un déclic, et m’a désinhibé, le rock des années 70 m’a construit à travers ses groupes et leurs compositions qui allaient au-delà du rock’n’roll. Qui survit aujourd’hui ? Les Stones, Les Who, et même les Kinks qui reviennent à travers une comédie musicale qui se joue à Londres. Je persiste et signe que l’époque la plus créative dans le rock fut fin 60, début 70. Les Beatles et les Stones, ainsi que l’arrivée des studios multipistes ont contribué à cette révolution.  Maintenant, en ce qui nous concerne, nous avons disparu quasiment vingt-cinq ans avant de réapparaître pour un concert qui devait être sans suite. Et puis, le projet d’album a réenclenché la machine et Les Nus refont surface avec un LP onze titres dont on est très fier.

Votre premier album a été un échec critique et commercial mais a laissé des marques vives chez des gens comme Étienne Daho (producteur de votre nouveau singl, Noir Désir (qui a repris votre titre « Johnny Colère » sur leur album Tostaky) ou encore Miossec. La réhabilitation de votre œuvre est en marche semble-t-il…
On avait un répertoire plutôt bien foutu. Très électrique musicalement, enrobé d’une poésie noire. L’enregistrement de l’album n’a rien retenu de cet aspect. C’est de notre faute, on a lissé et négligé ce qui faisait notre force. Au vu du résultat, les gens sont un peu tombés de haut et l’ont dit ou écrit. Heureusement, des personnes de « qualité », Étienne Daho, les Noir Désir ou Miossec ont défendu cet album, ne retenant que la valeur des titres et non ses failles. Merci à eux, notre retour est en partie possible grâce à leur soutien. On se devait de refaire une copie correcte, dont acte.

Sur cet album figurait « La Force de l’islam » avec pour refrain : « La force de l’islam réside dans son fanatisme, son magnétisme, sa cruauté, l’Occident livré aux flammes et à la danse. » Vous avez expliqué en 2013 : « Certains y verront peut-être une attaque en règle contre la montée de l’islamisme, mais il ne s’agit pas du tout de cela. Ce texte fait plus référence au mysticisme chiite du Moyen Âge et à des mouvements comme le soufisme ou la secte des Haschichin. » En 2016, ce titre résonne pourtant comme une prophétie…
J’ai écrit « La force de l’islam » après la chute du Shah en Iran et l’avènement des mollahs. Donc il y a longtemps. Ces rassemblements de fanatiques dans les rues de Téhéran étaient, pour moi, hallucinants et bien sûr inquiétants. On n’avait pas vu ça depuis Nuremberg ou les funérailles de Mao. L’Inquisition nouvelle était en marche. Le présent me donne en partie raison. En revanche, la culture musicale arabisante est pour nous une source d’inspiration de premier ordre. De grands morceaux de rock ont puisé dans ces rythmes orientaux, je pense à « Kashmir » de Led Zep, « Paint it black » des Stones. C’est riche, hypnotisant et émouvant à la fois, donc on s’en sert. « Johnny Colère » est dans cette même veine hybride : mi-rock, mi-arabisant, comme un portrait de Lawrence d’Arabie chevauchant un chopper !

Vous ajoutiez, dans la même interview : « La plupart des textes des Nus, à l’image des « Années Reagan« , ont un fort positionnement politique. » Justement, pouvez-vous nous éclairer sur le sens politique de ce titre produit par Daho, « Les années Reagan » ?
« Les années Reagan » parle des États-Unis et de leur côté pervers. C’est l’eldorado vu de la vieille Europe, Hollywood en cinémascope sauf que sur place c’est une société dure et âpre. Wall Street commande et le peuple américain obéit. Mais en échange, il y a cette magnifique culture qui nous attire, en premier, le rock, en second le cinéma et toute cette littérature (Steinbeck, Bukowski…) et, pour finir, ces grands espaces faits pour les « Pierres qui roulent ». Je trouve nécessaire d’écrire sur les inepties des hommes politiques ou religieux. Plus beaucoup d’artistes se mouillent sur le sujet. Parfois, je m’y essaye. Je ne suis pas encarté, donc libre de pointer du doigt qui je veux.

Ce nouvel album s’inscrit, à trente-quatre ans d’intervalle, dans le droit prolongement du premier. Était-ce une façon pour vous de boucler la boucle ou bien ce disque représente-t-il malgré tout un nouveau départ ?
Les deux. Je l’ai dit plus haut, « il fallait terminer le boulot ». Notre héritage est à spectre large mais on a traversé quelques mouvements. Du psychédélisme au punk, en passant par la new wave et le blues boom, on a de quoi faire. Un programmateur radio a dit des « Années Reagan » que cela sonnait « old school », mais on le revendique. Entre un titre des Doors et un morceau de Stromae, j’ai vite fait mon choix.

Comment se sont passées les retrouvailles en studio après tant d’absence ? Que vous a apporté Étienne Daho sur le titre qu’il a produit ? Avez-vous une anecdote particulière ?
C’est particulier le studio. D’abord des réglages en pagaille puis ensuite garnir les pistes, bien mélanger le tout pour obtenir la chanson idéale. Il faut une patience de Sioux et une concentration que je n’ai pas. Étienne nous a épaté, il est resté 48 heures à la manœuvre et a obtenu le morceau qu’il avait entendu dans sa tête. Il a changé la rythmique, rajouté des guitares et m’a fait chanter cinq fois de suite le morceau. « Fais-le comme un punk » me répétait-il. N’empêche que « Reagan » sonne du tonnerre au final. Étienne est devenu un grand professionnel, c’est le secret de sa réussite à mon avis.

Vous figurez parmi les derniers représentants d’un rock racé, littéraire sans être pédant, mélodieux (la musique évoque les Doors et les Stranglers), au chant habité d’une intensité noire et de poésie décadente. C’est dire à quel point vous tranchez dans le marasme du marché. Qui trouve grâce à vos yeux dans le paysage musical actuel ?
Bizarrement, tout ça reste marginal dans le rock français. Écouter de la musique tout en lisant les paroles sur la pochette intérieure ne semble pas aller de pair. Cantat est resté un bon parolier, avec un peu moins de crédibilité certes mais showman d’exception et grand chanteur. La jeune génération ne m’épate pas. Quelques titres ici et là. Mais j’aimerais retrouver des chansons « tubes » qui redonneraient du lustre à un Top 50 en verve. Je veux réentendre du single ! Des mélodies qu’on chante sous la douche ou en voiture. Chez nous, « Reagan » ou « Le clown triste » ont ce potentiel. Pas beaucoup d’artistes sont capables de fournir un concept album.

A l’époque de votre premier disque, les enjeux n’étaient pas les mêmes qu’aujourd’hui. Comment appréhendez-vous la sortie du nouveau ?
Le premier album devait être un tremplin, il fut un précipice. Aujourd’hui,  nous sommes en phase avec cet album. Dommage que depuis dix ans les ventes de disques aient à ce point diminué !

Une tournée est-elle prévue ? Y aura-t-il un troisième album des Nus ?
Nous avons quelques dates de prévues pour 2016. L’année 2017 devrait être plus fournie. Un troisième LP, pourquoi pas, mais avant trente ans j’espère !

 

Verdict : ce nouvel album des Nus révèle sa belle saveur en effet « old school » au fil des écoutes, évoquant les grands espaces du rock des enfants terribles (Johnny Thunders, Jeffrey Lee Pierce, etc.) et en fait un excellent cru. Le disque a récolté 4 étoiles dans Rock&Folk (on lui en décerne au moins autant), signe des temps ?

 

En concert : à Paris, au Petit Bain, le 31 mai à 20h00.
Album : Les Nus, sorti le 18 mars (Label HYP).

«Dalton Trumbo», une fable hollywoodienne

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(Photo : Hilary Bronwyn Gayle)

Quand on ne supporte plus la production cinématographique française courante oscillant entre le narcissisme intimiste et le lourd prêchi-prêcha écolo-gauchiste, un biopic américain de bonne facture peut vous réconcilier avec le bonheur de se faire une toile, vite fait, bien fait, quand la vraie vie est un peu languissante, voire carrément chiante.

Dalton Trumbo de Jay Roach raconte l’histoire du bonhomme donnant son titre au film, un scénariste vedette d’Hollywood, dont la carrière fut brisée (enfin, pas tout à fait) par la furie épuratrice de la Commission des activités anti-américaines du Congrès des Etats-Unis, dirigée par le sulfureux Joseph McCarthy. Dalton Trumbo est le porte-drapeau de ces « dix d’Hollywood », réalisateurs, scénaristes, acteurs et techniciens qui refusèrent de répondre à cette commission qui exigeaient qu’ils déclarent leur appartenance, même passée, au Parti communiste des Etats-Unis, où à une association liée à ce dernier.

Cette chasse aux sorcières rouges, lancée dans les années 50 du siècle dernier, était un sous-produit de l’affrontement entre Washington et Moscou, au début de cette guerre froide, alors que l’on craignait qu’il n’aboutisse très vite au déclenchement d’une troisième guerre mondiale, alors que l’on était à peine sorti de la seconde…

Le fantasme d’une cinquième colonne, de l’ennemi intérieur minant les forces de résistance militaires et morales de la nation américaine se nourrissait de la peur engendrée par le développement d’armes terrifiantes, dont l’URSS de Staline était en voie de se doter, alors que les Etats-Unis en étaient, jusque-là les seuls possesseurs.

Le maccarthysme est aussi un gramscisme

Cette paranoïa avait quelque justification – même les paranos ont de vrais ennemis ! – si l’on veut bien, après coup, admettre que la bombe atomique soviétique doit beaucoup à l’activité d’espions américains au service de l’URSS, dont les plus emblématiques furent les époux Rosenberg, condamnés à mort et exécutés en 1953. Leur cas avait fait l’objet d’une propagande intense, orchestrée par Moscou, et relayée en Occident par les partis communistes locaux et leurs compagnons de route. Aujourd’hui, il est établi que Julius et Ethel Rosenberg étaient bel et bien des espions de haute volée…

Les anticommunistes américains n’étaient pas seulement des chasseurs d’espions, ils avaient aussi une conception « gramsciste » du combat politique, estimant que la lutte pour l’hégémonie culturelle était aussi importante, sinon plus, que la recherche de la suprématie militaire. Eliminer les « agents d’influence » de Moscou du « saint des saints » de la production culturelle des Etats-Unis, les studios d’Hollywood était, de leur point de vue, un objectif essentiel pour la défense du « monde libre » menacé par Staline.

Se soumettre ou être inscrit sur la  liste noire des interdits professionnels étaient le choix laissé aux sympathisants communistes de l’industrie filmique, qui tenaient, au lendemain de la guerre le haut du pavé  à la MGM, chez Warner Bros ou Paramount. La chasse aux « cocos » était conduite par un certain Ronald Reagan, acteur mineur, mais syndicaliste influent, et soutenue par des vedettes, comme l’acteur John Wayne ou le réalisateur à succès Cecil B. De Mille… Dalton Trumbo et ses dix camarades constituaient le noyau dur de la résistance, alors que d’autres figures d’Hollywood considérée comme « libéraux » c’est-à-dire de gauche, dénigraient leurs amis pour sauver leur job, comme Elia Kazan.

Cette histoire est racontée dans le film de Jay Roach avec maestria : un scénario sans temps morts, une reconstitution minutieuse de l’Amérique des années 50, des acteurs exceptionnels, dont le rôle-titre confié à Bryan Cranston et celui de la venimeuse chroniqueuse (pléonasme !) Hedda Hopper, magistralement interprétée par Helen Mirren… De la belle ouvrage, assurément…

Une histoire plus complexe qu’on nous le montre

Oui, mais… Une fois le charme du spectacle rompu, et un retour studieux vers la réalité des faits tels qu’ils apparaissent aujourd’hui grâce au travail des historiens, on s’aperçoit que l’édifiante histoire des « dix d’Hollywood » est plus complexe et plus contrastée que celle présentée dans le film. Celui-ci fonctionne sur le binôme bons/méchants, le camp du Bien étant incarné par Dalton Trumbo et ses camarades, celui du mal par leurs persécuteurs (McCarthy, Reagan, Wayne), et les lâches comme le grand acteur Edward G. Robinson, qui aurait « balancé » devant la Commission des activités anti-américaines pour sauver sa carrière. Dalton Trumbo ne peut donc qu’être un héros, bon camarade montant un système de prête-noms pour lui-même et ses amis blacklistés, afin de pouvoir continuer à travailler,  bon époux et bon père de famille. Qu’il ait, comme stalinien convaincu, profité, avant sa disgrâce, de son pouvoir à Hollywood pour empêcher l’adaptation à l’écran d’ouvrages dénonciateurs du communisme, comme Le zéro et l’infini et Le yogi et le commissaire, d’Arthur Koestler, ne cadrait pas dans le tableau, pas plus que son combat douteux pour empêcher les Etats-Unis d’entrer en guerre contre les nazis, avant qu’Hitler n’envahisse l’URSS…le film n’en parle donc pas.

A l’inverse, le cliché d’un John Wayne manipulé et complètement stupide, propagé par les « progressistes » est présent, alors que le temps a fait litière de cette simplification outrancière : John Wayne était un patriote américain sincère, dont l’intellect n’était pas le moins développé dans le monde des stars d’Hollywood. Le film est également très injuste envers Edward G. Robinson, qui s’était engagé, malgré son âge avancé, dans l’armée du débarquement en Normandie, à qui il n’est prêté que des motivations matérialistes à son « lâchage » de la bande des Dix, alors qu’une vraie divergence politique avait séparé cet homme de gauche de la fraction ultra-stalinienne du show-biz hollywoodien. Le réel, comme toujours n’est pas noir et blanc, mais se révèle sous plusieurs nuances de gris.

En creux, pourtant, Dalton Trumbo, le film, peut être perçu comme une ode au capitalisme, celui des studios hollywoodiens qui se fichent des opinions de ses serviteurs, pourvu qu’ils lui fournissent un bon travail, sous leur nom de préférence, derrière un homme de paille si nécessaire. Dans l’autre camp, celui de Moscou et de Staline, le sort des artistes de talent déplaisant au pouvoir était scellé d’une manière autrement plus radicale.

Comme a dit John Wayne, alias Tom Doniphon, dans L’homme qui tua Liberty Valance : « This ist the West, Sir, when the legend become fact, print the legend ! » (« Ici c’est l’Ouest, Monsieur, quand la légende devient réalité, imprimez la légende !). Ou faites-en un film…

Le Zéro et l'Infini

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Yogi et le commissaire

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Coupeurs de langue, réducteurs de têtes

Les éditions Hachette, depuis une dizaine d’années, retraduisent la série d’Enid Blyton, le Club des Cinq[1. Merci à mon excellent ami Jean-Rémy Girard pour le travail de dépouillement exhaustif sur le Club des Cinq « nouvelle traduction ». Une toute récente discussion m’a aidé à comprendre combien le traitement infâme infligé par Hachette aux aventures de Claude, Mick, François, Annie et Dagobert l’avait affligé — et je partage entièrement ce sentiment de déperdition. Mais nous au moins savons ce qui se perd. Les enfants voulus par les pédadémagogues modernes ne le sauront malheureusement jamais. Et merci à FG pour la référence à Colette, que j’avais oubliée.]. Non dans un souci de rajeunissement — toute traduction témoigne des modes de son temps, par exemple l’utilisation du « vous » de politesse dans des situations où le français contemporain dirait « tu », le « you » anglais laissant toujours une marge d’interprétation. Non : il s’agit de simplifier la lecture, afin que des gamin(e)s déstructuré(e)s entrent plus facilement dans le récit. En éliminant, par exemple, le passé simple, remplacé uniformément par le présent de narration. En supprimant le « nous » au profit d’un « on » plus immédiatement conforme aux distorsions de l’oral. En « vulgarisant » l’expression — tout en adoptant une pensée politiquement correcte qui élimine parfois des éléments-clés des intrigues — les enfants battus, par exemple, ou la suspicion sur les Gitans, l’un des grands topoi du roman d’aventures enfantines. Ou en raréfiant le vocabulaire — ainsi Le Club des Cinq et les saltimbanques est devenu le Club des Cinq et le Cirque de l’Etoile. « Saltimbanques », c’était trop compliqué. Mais parler avec les mots de l’enfant n’a jamais contribué à améliorer le vocabulaire dudit enfant. Le français des pédagogues, c’est areuh-areuh forever.

Le premier roman un peu long que j’ai lu, c’était les Trois Mousquetaires. Rien que dans les deux premiers paragraphes du premier chapitre, combien de mots pouvaient échapper au petit garçon de 7 ou 8 ans que j’étais alors ? Essayons :

« Le premier lundi du mois d’avril 1626, le bourg de Meung, où naquit l’auteur du Roman de la Rose, semblait être dans une révolution aussi entière que si les huguenots en fussent venus faire une seconde Rochelle. Plusieurs bourgeois, voyant s’enfuir les femmes le long de la grande rue, entendant les enfants crier sur le seuil des portes, se hâtaient d’endosser la cuirasse, et appuyant leur contenance quelque peu incertaine d’un mousquet ou d’une pertuisane, se dirigeaient vers l’hôtellerie du Franc-Meunier, devant laquelle s’empressait, en grossissant de minute en minute, un groupe compacte, bruyant et plein de curiosité.
En ce temps-là les paniques étaient fréquentes, et peu de jours se passaient sans qu’une ville ou l’autre enregistrât sur ses archives quelque événement de ce genre. Il y avait les seigneurs qui guerroyaient entre eux ; il y avait le cardinal qui faisait la guerre au roi et aux seigneurs ; il y avait l’Espagnol qui faisait la guerre aux seigneurs, au cardinal et au roi. Puis, outre ces guerres sourdes ou publiques, secrètes ou patentes, il y avait encore les voleurs, les mendiants, les huguenots, les loups et les laquais, qui faisaient la guerre à tout le monde. Les bourgeois s’armaient toujours contre les voleurs, contre les loups, contre les laquais ; — souvent contre les seigneurs et les huguenots ; — quelquefois contre le roi ; — mais jamais contre le cardinal et l’Espagnol. Il résulta donc de ces habitudes prises, que ce susdit premier lundi du mois d’avril 1626, les bourgeois, entendant du bruit, et ne voyant ni le guidon jaune et rouge, ni la livrée du duc de Richelieu, se précipitèrent du côté de l’hôtel du Franc-Meunier. »

Que pouvais-je bien comprendre à huguenotsendossermousquetpertuisane, et hôtellerie sans doute ? Sans compter contenance, que j’ai dû prendre en un premier temps dans son sens quantitatif, appris à l’école… Et je ne parle pas des noms de lieux (Meung ou La Rochelle ne pouvaient rien dire au petit Marseillais que j’étais), des allusions littéraires, forcément obscures (l’auteur du Roman de la Rose — késaco ?) ou des connotations historiques — le Cardinal ? Quel cardinal ? De quoi décourager un enfant d’aujourd’hui, surtout s’il a fait son entrée en littérature via un Club des Cinq à mobilité intellectuelle réduite.

Il faut le dire avec force à tous les Zakhartchouk qui ont rédigé a minima les programmes de français du collège : jamais un mot inconnu n’a découragé un lecteur — quel que soit son âge. Pus vieux, il vérifie dans un dictionnaire. À 8 ans, j’allais de l’avant — et le sens s’éclairait peu à peu, d’autant qu’un enfant orienté vers la lecture lit et relit. On se souvient du petit Poulou racontant dans les Mots comment il avait « lu » Sans famille sans rien connaître du langage, vers 5 ans, et comment il savait lire à la fin du roman. Les mots entrent en nous par leur fréquentation — et certainement pas par leur non-usage.

Dans la Maison de Claudine, Colette s’amuse à se rappeler les contresens de la narratrice sur le mot « presbytère » :

« Le mot « presbytère » venait de tomber, cette année-là, dans mon oreille sensible, et d’y faire des ravages.
« C’est certainement le presbytère le plus gai que je connaisse… » avait dit quelqu’un.
Loin de moi l’idée de demander à l’un de mes parents : « Qu’est-ce que c’est, un presbytère ? » J’avais recueilli en moi le mot mystérieux, comme brodé d’un relief rêche en son commencement, achevé en une longue et rêveuse syllabe… Enrichie d’un secret et d’un doute, je dormais avec le mot et je l’emportais sur mon mur. « Presbytère ! » Je le jetais, par-dessus le toit du poulailler et le jardin de Miton, vers l’horizon toujours brumeux de Moutiers. Du haut de mon mur, le mot sonnait en anathème : « Allez ! vous êtes tous des presbytères ! » criais-je à des bannis invisibles.
Un peu plus tard, le mot perdit de son venin, et je m’avisai que « presbytère » pouvait bien être le nom scientifique du petit escargot rayé jaune et noir… Une imprudence perdit tout, pendant une de ces minutes où une enfant, si grave, si chimérique qu’elle soit, ressemble passagèrement à l’idée que s’en font les grandes personnes…
— Maman ! regarde le joli petit presbytère que j’ai trouvé !
— Le joli petit… quoi ?
— Le joli petit presb…
Je me tus, trop tard. Il me fallut apprendre — « Je me demande si cette enfant a tout son bon sens… » — ce que je tenais tant à ignorer, et appeler « les choses par leur nom… »
— Un presbytère, voyons, c’est la maison du curé.
— La maison du curé… Alors, M. le curé Millot habite dans un presbytère ?
— Naturellement… Ferme ta bouche, respire par le nez… Naturellement, voyons…
J’essayai encore de réagir… Je luttai contre l’effraction, je serrai contre moi les lambeaux de mon extravagance, je voulus obliger M. Millot à habiter, le temps qu’il me plairait, dans la coquille vide du petit escargot nommé « presbytère »…
— Veux-tu prendre l’habitude de fermer la bouche quand tu ne parles pas ? À quoi penses-tu ?
— À rien, maman…
… Et puis je cédai. Je fus lâche, et je composai avec ma déception. Rejetant les débris du petit escargot écrasé, je ramassai le beau mot, je remontai jusqu’à mon étroite terrasse ombragée de vieux lilas, décorée de cailloux polis et de verroteries comme le nid d’une pie voleuse, je la baptisai « Presbytère », et je me fis curé sur le mur. »

Pour Colette non plus (elle publie la Maison de Claudine en 1922, quand elle a déjà presque 50 ans), « le presbytère n’a rien perdu de son charme, ni le jardin de son éclat » — la phrase énigmatique qui avait permis en 1907 à Rouletabille d’élucider le mystère de la chambre jaune. Le mot inconnu ne présente d’autre danger pour l’enfant que d’agrandir soudain démesurément le champ de ses hypothèses, et d’entrer dans le plein royaume de la langue. Les pédagogues qui pensent bercer son ennui en lui épargnant l’angoisse du non-savoir sont des faquins, des bélîtres, des marauds, des manants et des cornegidouilles — inutile de connaître exactement le sens de ces mots pour en deviner l’intention.

Parce qu’éliminer les mots peu fréquentés, c’est priver les déshérités des richesses de la langue. C’est leur dire : « Ce n’est pas pour toi ». C’est le temps du mépris — mais toute cette réforme du collège, comme antérieurement celle du lycée, ne manifeste globalement que du mépris pour ceux qu’elle prétend aider en leur maintenant la tête sous l’eau et l’esprit loin des mots. Ni Dumas ni Colette ne font partie de la liste des 535 titres retenus par le Ministère pour les collégiens — qui s’en étonnera ? Rien que de la littérature-jeunesse — le degré zéro de la littérature. Tout au présent de narration. Sans trop de « nous » — beaucoup de « on ». Politiquement corrects. Pas difficiles — surtout pas difficiles ! La défaite de la pensée en action.

Luta Pela Terra, A (Em Portuguese do Brasil)

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La Maison de Claudine

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Introuvable, la République?

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rome rouvillois republique
«Coriolan supplié par sa famille», Nicolas Poussin.

J’ai lu récemment l’ouvrage de Frédéric Rouvillois intitulé Être (ou ne pas être) républicain (Ed. du Cerf, 2016). C’est un livre intéressant qui a le grand mérite de se démarquer de la bouffonnerie ambiante autour de l’idée de République. Rouvillois y démontre aisément que nos « républicains » revendiqués demeurent bien en peine de définir rigoureusement l’objet de leur commerce. Néanmoins, je suis un peu resté sur ma faim : ce n’est pas parce que l’on usurpe ce terme depuis deux siècles qu’il est en soi vide de sens. Pour le comprendre, il faut non seulement démythifier nos cinq gueuses, il faut aussi enjamber notre passé monarchique dont Frédéric Rouvillois semble parfois nostalgique.

La République, la « vraie », quelle fut-elle ? Rome. Et par définition. C’est à Rome que, pour la première fois, une identité collective, fortifiée par un héritage étranger (grec en l’occurrence), allait devenir un moteur politique. Dans la Rome antique, le mot « citoyen » prenait tout son sens ; on était fier d’être citoyen, on n’était marchand que par indigence. L’exact opposite de la « République » actuelle. Or être citoyen, c’était être ancré dans une communauté qui, elle-même, s’appuyait sur une tradition. En conséquence, être « républicain » consistait à se reconnaître débiteur, non ayant droit. C’est ici qu’il faut chercher les fameuses « valeurs » républicaines, dans cet attachement au commun, à la nécessité du collectif qui est à mille lieues de l’universel. Lorsque la République romaine s’est voulue « universelle », elle a signé son arrêt de mort.

Si Frédéric Rouvillois déconstruit méticuleusement les mécanismes à l’œuvre, à le lire, on finit par se dire que le mot même de « république » devient parfaitement incongru. C’est que la République n’est pas un régime politique, mais un esprit, un sentiment d’appartenance et du devoir induit. Notre « régime politique » – le gouvernement représentatif – lorgne davantage vers le concept de « démocratie », mot autour duquel Rouvillois pourrait écrire exactement le même livre. Un esprit, donc. Mais l’époque présente est totalement sourde à cette idée parce qu’elle s’est construite dans un esprit contraire. Alors que l’antique républicain révérait la Cité, la res publica en tant qu’elle le façonnait, le moderne, lui, fait de l’individu l’alpha et l’oméga de sa condition politique. En définitive, tout ce qui aujourd’hui se réclame à cors et à cris de la république, non seulement n’en est pas, mais emprunte un chemin inverse, c’est-à-dire libéral.

Attachons-nous au bilan sans appel que dresse Frédéric Rouvillois de ces satanées « valeurs », connues, à ce qu’il paraît, comme le loup blanc. L’auteur met judicieusement en rapport liberté et éducation nationale, égalité et suffrage universel, fraternité et universalisme. Or qu’est devenue l’éducation nationale ? La matrice de l’enfant-roi, de l’ayant droit, non celle de l’humble citoyen débiteur. Intrinsèquement, qu’est-ce que le suffrage universel ? L’instrument du bien commun ? Non. Il a été, il est et il demeurera celui des revendications particulières. Quant à l’universalisme, y a-t-il rien de plus fumeux et de plus contraire à la nécessité – toute « républicaine » celle-là – d’un terroir et de traditions à entretenir communément ? Voilà bien des valeurs propres à ne satisfaire qu’un esprit libéral, pas un esprit républicain. Et ne comptez pas sur la laïcité pour relever le niveau, c’est une outre vide. À Rome coexistaient les divinités privées et le culte commun, rien de tel quand on fait de la « tolérance » un article de foi… libéral, encore et toujours !

La République fait de tout individu le produit d’une communauté qui lui impose en retour des devoirs

D’ailleurs, pour ce qui est des deux partis au pouvoir, la cause est entendue. Contre toute attente, le Parti socialiste aura lui-même œuvré, par mandats successifs, à faire de son épithète un synonyme de libéral. Et après tout, c’est aussi dans ce sens que l’entendent les Américains : est libéral celui qui place l’individu et ses moindres désirs au pinacle de tout processus, qu’il fasse ou non intervenir l’État pour y parvenir (ce qui place les mal nommés « républicains » dans le même sac à vilains que les mal nommés « démocrates »). En regard, le républicain fait de tout individu le produit d’une communauté qui lui impose en retour certains devoirs. Prenons le service national. Voilà quelque chose d’essence républicaine ! Durant une année, la communauté était alors en droit d’assigner des individus en leur demandant un an de leur vie rétribué uniquement sous forme de cohésion nationale. Et à la tête de quel parti était, en France, l’esprit génial ayant mis fin à cela ? Du « Rassemblement pour la Ré-pu-blique ». Ça ne s’invente pas !

Si en France comme outre-Atlantique, les mots sont usités en dépit du bon sens, c’est parce qu’en régime de masse, l’activité politique se compromet en courtisant la clientèle à coup de labels et de coquilles vides. C’est d’un même esprit marchand que les « républicains » les plus fins vous diront qu’au bout du compte, « voyons, tout le monde sait que la République est l’antithèse de la monarchie ! » Ce que récuse fort à propos l’ouvrage de Frédéric Rouvillois en rappelant que son plus grand théoricien français, Jean Bodin, vantait déjà la république sous l’égide d’une monarchie. Et c’est ici que notre auteur me déçoit quelque peu, dans le fait de ne pas (vouloir ?) rebondir sur ce caractère protéiforme de l’esprit républicain, sur cette constance du vocable au fil des siècles, bien avant que le parlementarisme ne s’en empare. Rouvillois aurait ainsi pu donner le change à ses poursuivants lors de son grand oral…

Il fallait en effet les entendre, Caroline Broué et Serge Audier, ce 1er décembre 2015 dans le studio de La Grande table (émission intitulée « De quoi la République est-elle le nom ? »). Invité à venir parler de son livre, Frédéric Rouvillois a été très vite sommé de prouver qu’en disqualifiant de la sorte le cordon sanitaire de la « République », il ne faisait pas… « le jeu du Front national ». Le sérieux de l’émission s’en trouvait aussitôt amoindri et le malaise était palpable : on venait dire que la République française n’était qu’un lieu vide et les cerbères se bornaient à se satisfaire qu’au moins l’ennemi de commande en soit tenu à l’écart. « De quoi la république est-elle le nom », disions-nous ? D’une pantalonnade qui court depuis deux siècles. D’un ectoplasme institutionnel qui n’existe que dans l’opposition stérile : hier à la monarchie, au Front national aujourd’hui.

L’essai de Frédéric Rouvillois est donc bienvenu. Mais à la manière de la plupart des ouvrages politiques tant soit peu médiatisés, il déconstruit sans reconstruire. Rouvillois daube sur cette « République » des partis qui fait la pluie et le beau temps depuis bientôt cent-cinquante ans mais le mot même ne lui semble pas mériter, par essence, un regain de légitimité. Que la « République » soit à l’heure actuelle l’apanage des charlots, tous les médias en témoignent. Mais alors que mettre en lieu et place ? Et si la République était à la nation ce que la forme est à la matière ?

Etre (ou ne pas être) républicain

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Maigrir: une simple question de volonté?

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Rachel Fredericton, une participante à l'émission «The Biggest Loser» (Photo : SIPA.AP21519351_000003)
Rachel Fredericton, une participante à l'émission «The Biggest Loser» (Photo : SIPA.AP21519351_000003)

Danny Cahill l’a mauvaise. Lui, grand gagnant de la saison 8 de « The Biggest Loser », qui avait fondu de 108 kg en sept mois — treize semaines dans le ranch de l’émission puis quatre mois de régime « en solitaire » — passant de 195 à 86 kg, n’a par la suite jamais réussi à se maintenir au poids qui a fait de lui la coqueluche des talk-shows américains dans la foulée de sa victoire en 2009. Six ans après, le recordman de l’émission affiche 133 kg sur la balance. Mince consolation, il peut se dire qu’il n’est pas le seul : sur les seize participants de la saison 8, seule une femme a réussi à se maintenir en dessous de son poids à la fin de l’émission. Les autres sont tous retombés dans leurs travers ; certains ont même dépassé leur masse d’avant la diète extrême.

Malgré leur désarroi, ces stakhanovistes du régime télévisé pourraient bien rendre un grand service à la science et enfin donner une explication à la théorie du « yoyo » qui condamne tant de personnes à reprendre leurs kilos perdus à la suite des efforts fournis. Le docteur Kevin Hall, expert en métabolisme au National Institute of Diabetes and Digestive and Kidney Diseases (NIDDK), a décidé de suivre pendant six ans les seize candidats de l’édition 2009 afin de comprendre l’évolution physiologique de ces personnes, ayant perdu énormément de poids en un laps de temps très court. Et il l’assure dans les colonnes du New York Times, les résultats sont « effrayants et incroyables. »

Il y a de quoi en effet. Le manque de courage et de volonté est souvent mis en avant pour expliquer la reprise de poids des ex-obèses à la suite d’un régime. Cependant, comme souvent, l’explication scientifique vient contrecarrer les mauvaises langues. L’étude du docteur Hall révèle que ce ne serait pas le mental des participants à l’émission qui est à blâmer mais bien leur métabolisme. Avant d’être enfermés dans le ranch de « The Biggest Loser », chacun avaient un métabolisme en accord avec leur morphologie. Autrement dit, leur organisme brûlait un nombre normal de calories par rapport à leur masse. Il apparaît alors que, à l’instar de l’horloge biologique, notre corps aurait donc une sorte de « balance biologique ». Et comme le premier peut être perturbé par une traversée rapide de fuseaux horaires, le second peut se retrouvé chamboulé par une baisse drastique de poids en un temps record. Nous serions confrontés à une sorte de « jetlag alimentaire ».

Un mécanisme de protection hérité de nos ancêtres

Durant l’aventure, les sept heures de sport journalières et les tablettes d’électrolytes comme seul encas ont eu raison de la surcharge pondérale des « grands perdants » mais ont, dans le même temps, entraîné un ralentissement de leur métabolisme. A la fin de l’émission, leur corps ne brûlaient pas assez de calories pour qu’ils puissent se maintenir au poids qu’ils avaient atteint au prix d’innombrables litres de sueur versés. Danny Cahill, qui est décidément le champion toutes catégories de cette téléréalité, flambe désormais 800 calories de moins par jour par rapport à ce qui est attendu pour un homme de sa morphologie. Même après avoir repris 45 kg six ans après, pour en peser donc 133 à ce jour, son métabolisme au ralenti continue de faire des siennes. Ce dernier lutte pour ainsi dire sans relâche pour revenir au poids initial du pauvre bougre.

Les autres participants ne sont pas en reste : Rudy Pauls, qui a failli ravir la première place à Danny avec 94 kg de moins à la sortie du ranch de la diète, brûle 516 calories de moins que la normale. L’anneau gastrique qu’il s’est fait poser après avoir repris 70 kg en cinq ans n’a en rien atténué le dysfonctionnement de son organisme. De son côté, Amanda Arlauskas, qui était passée de 113 à 73 kg, doit manger 591 calories de moins que ses semblables pour espérer se maintenir à poids constant. Afin de comprendre pourquoi le corps réagit ainsi, il faut se souvenir que ces mécanismes ont évolué pendant des millions d’années quand l’homme et ses ancêtres hominidés vivaient dans des conditions où la nourriture était rare et s’en procurer était difficile et dangereux. Ce qui est vécu aujourd’hui comme une malédiction par Dany et ses amis se révèle être en fait un avantage énorme quand vient la pénurie : face à un régime drastique que le corps vit comme une famine, il réagit en devenant plus efficace, dépensant moins de calories pour se maintenir.

C’est pas moi, c’est la leptine !

En plus du ralentissement inexorable de leur métabolisme, les participants à « The Biggest Loser » ont eu affaire à un autre trouble-fête : la leptine. Cette « hormone de satiété », comme son nom l’indique, régule le sentiment de faim. Un taux élevé de leptine indique au cerveau qu’un taux suffisant de graisses a été stocké dans l’organisme – la satiété intervient quinze minutes après l’ingestion des aliments – ce qui coupe la faim, alors qu’un faible niveau met en garde l’individu sur le peu de graisses présentes dans son corps et le pousse à s’alimenter afin de rééquilibrer les comptes. L’étude du NIDDK a démontré que les candidats de l’émission de téléréalité avaient un taux de leptine relativement normal lors de leur arrivée dans le ranch, mais que le régime draconien subit a totalement changé la donne. Au bout de plusieurs semaines d’efforts acharnés, leur taux de leptine, proche de zéro, les a rendus affamés en permanence. Le retour des kilos s’est ainsi accompagné d’une hausse sensible du niveau de l’hormone, mais celui-ci a stagné à peu près à la moitié de ce qu’il était avant que les candidats ne montent sur le tapis de course.

Additionnée au ralentissement du métabolisme, le faible taux de l’hormone peut donc justifier en grande partie la reprise de poids des participants, qui ne s’attendaient sans doute pas à autant de réticences de la part de leur organisme. Sans véritablement les consoler, ces explications leur ont néanmoins permis d’ôter de leurs épaules la responsabilité de cette reprise de poids. « Ce n’est pas aussi dramatique que si l’on vous disait que vous aviez une maladie, mais cela va dans le même sens. C’est comme entendre que vous avez une peine à perpétuité », déplore Sean Algaier, qui, avec 204 kg, pèse désormais plus lourd que lorsqu’il a débuté la saison 8 de « The Biggest Loser ».

La seule participante à avoir réussi à maintenir son poids à un niveau inférieur à celui de 2009, Erinn Egbert, se bat sans cesse contre son métabolisme et la faim pour ne pas rechuter : « Deux encas peuvent se transformer en une orgie pendant trois jours. C’est ce contre quoi je lutte. »

« Le corps met en place des mécanismes multiples pour vous ramener à votre poids initial. Si vous souhaitez maintenir la perte de poids, vous devez accepter d’avoir faim en permanence. Nous avons désespérément besoin d’agents pouvant supprimer la faim et qui seraient sans danger sur le long terme », explique le docteur Joseph Proietto, un spécialiste australien de l’obésité, qui a mené une étude sur la leptine et quatre autres hormones de satiété. Pfizer, le géant pharmaceutique américain, qui a flairé le bon filon, a commencé à tester une molécule sur des animaux dont l’action est semblable à celle de la leptine. Le but est de piéger les cerveaux de personnes ayant perdu du poids afin que le manque de leptine ne les pousse pas à se ruer vers le premier McDonald’s venu. Son développement n’en est qu’à ses balbutiements mais pourrait, à terme, représenter une grande aide pour les obèses désireux de perdre du poids et surtout une affaire en or pour Pfizer, qui dès lors pourrait inonder le marché américain où près d’un tiers de la population est obèse. En réalité, toute personne complexée par quelques kilos en trop pourrait en faire l’usage afin de faire bonne figure en maillot de bain, tout en espérant que ce remède miracle ne suive pas le même chemin que son cousin français, le Mediator.

Cette accumulation de déconvenues physiologiques pourrait bien décourager certains aspirants à la diète – ce qui est compréhensible –  cependant les experts outre-Atlantique s’accordent pour dire que la perte de poids raisonnable n’est tout de même pas sans espoir ; tous les individus ne réagissent pas de façon identique au régime. Et peut-être même finira-t-on par apprendre que dans notre société, qui a tendance à tout « pathologiser » pour souvent mieux nous déresponsabiliser, il reste encore une petite place pour la volonté, qui sait ?

Équité, solidarité, dignité

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Manifestation à Rennes contre la loi El Khomri (Photo : SIPA.00753533_000017)

Chaque printemps est celui d’une révolution quelque part. À chaque année son avril, mai, juin, « son » mai 68. Cette année, la jeunesse n’emmerde plus tant que ça le Front national et ne passe pas plus de temps que ça à la #NuitDebout place de la République. À moins que ce ne soit le contraire. C’est à n’y rien comprendre. Chacun y va de sa croisade et de ses barricades (surtout mentales), attendant son grand soir et au matin, quand le réveil sonne, il ne s’est toujours rien passé. Si l’inertie des masses est sans doute la principale épine dans le pied des militants et des agitateurs de tous bords, elle n’est pas l’apanage du dernier roman de Jérémie Lefebvre, Avril.

Comme s’il avait crié « Silence – Moteur – Action ! » et regardé cette poudrière paisible qu’est la France de 2016 s’embraser, l’auteur de La Société de consolation (2000) imagine la deuxième Révolution française placée sous le signe de la revanche des opprimés sur les oppresseurs. Comprendre des salariés précaires sur le grand capital. Une anticipation politique qui rappelle Soumission, bien que fondée sur un autre scénario, ni plus ni moins plausible. On y trouve peu de mentions des conflits culturels et religieux qui agitent les banlieues. C’est simplement un autre fusible qui a sauté. De toutes les façons, nous sommes nombreux en France à nous interroger, voire à prendre les paris, sur ce qui déclenchera la secousse finale, arrêtera ou fera se remettre en marche l’Histoire.

Dans Avril, c’est un mélange de bons souvenirs soviétiques, d’idéologie décroissante, de socialisme version XIXème siècle et de féminisme version théorie du genre — « dont les méthodes rappellent les heures les plus sombres de notre Histoire », s’indignent les médias étrangers —, qui pose les fondements du nouveau régime, après la dissolution officielle de la République française. On élit des « citoyens martyrs » qui disposeront des privilèges dont ils étaient auparavant privés et on les distingue des « citoyens sursitaires », entassés à la Courneuve, Villeurbanne, Saint-Denis, ou tout simplement guillotinés.

Dans ce chœur à plusieurs voix anonymes, venues de tous les coins d’un peuple de France ébranlé dans ses fondements émergent des réactions dissonantes. Les jeunes exaltés en conflit avec le désormais vieux monde de leurs parents : « Elle me rappelle que j’ai un BTS et qu’avec le piston de son frère j’ai des chances d’avoir un boulot chez Cofidis. Je ne lui dis pas que Cofidis n’existe plus. » Les défavorisés que leur sens moral refroidit : « Sur le Coran je prends pas la maison des gens ! » Les universitaires pressés de coller du jargon sociologique sur cette nouvelle réalité : « Moi, c’est là-dessus que j’ai envie de faire bosser les troisième année. »

Au milieu de cette cacophonie sociale et diplomatique, des menaces d’intervention militaire extérieure qui évoquent les premières heures de la République en France, le désarroi envahit les consciences, perdues dans ce mouvement collectif qui ne peut, évidemment, pas épouser les contours de toutes les individualités et apaiser tous les doutes. On entend d’un côté « C’est pas un régime communiste, hein, calme-toi ! » et de l’autre côté de la rue, on ressort la guillotine avec des yeux brillants.

Il paraît que les Français ont dans le sang une forme de tolérance envers la persécution des élites, héritée de Mai 68 et de la Commune. Il paraît qu’en parcourant la galerie des dégâts du communisme, les Français oscillent entre tentation et effroi. Le lecteur d’Avril est pris dans l’étau du « c’est horrible, mais… » et au moment où il pourrait y croire, un autre état de choses le rattrape: « On est d’accord, déjà la liberté c’est fini. »

On est d’accord. Soupçons de corruption du nouveau gouvernement, accusations de mauvaise foi, violence des extrêmes, dissensions internes interminables, « le temps revient sur lui-même comme un manège. »

Avril ne se termine pas, il est suspendu arbitrairement, il attend que les hommes fassent autre chose des révolutions que les germes des nouveaux totalitarismes. Nous avons encore de longues journées et de sombres soirées devant nous, à scruter BFMTV en songeant au chaos vers lequel nous fonçons et à répéter le « Qu’est-ce que je peux faire ? Chais pas quoi faire… » dans Pierrot le fou de Godard.

Avril, Jérémie Lefebvre, Ed. Buchet-Chastel, 130 pages.

>>> Retrouvez en cliquant ici l’ensemble de nos articles consacrés à Nuit debout.

Avril

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Les revues littéraires contre le grand remplacement numérique

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(Photo : SIPA.00572343_000023)
(Photo : SIPA.00572343_000023)

A entendre tous les propagandistes enfiévrés du numérique, chaque jour, l’écrit recule. Le digital a fait main basse sur l’information. Le « big data » compile, trie, hiérarchise à la vitesse de buzz l’éclair. Dormez tranquille, la machine travaille pour vous. Le journaliste d’investigation ne porte plus l’imper froissé du détective privé, il ne planque plus dans une 4L en mangeant un sandwich aux rillettes, il pianote sur son clavier à la recherche de l’algorithme vengeur. La lecture ne passera plus par le papier ! L’écran fait aujourd’hui abstraction. Le smartphone est tellement intelligent qu’il aura réussi à tuer Gutenberg et Théophraste Renaudot en une décennie à peine.

La « grande » presse qui n’a de grand que son aveuglement face aux nouvelles technologies a tout misé sur les applis en oubliant les vertus cardinales du papier. Passons sur le confort, le toucher, l’émotion, ce sont des gros mots que détestent les gestionnaires, parlons seulement du contenu. Les magazines historiques ne savent plus sur quel pied danser afin de capter cet être fourbe et versatile qu’est le lecteur aussi appelé consommateur ou client ou source de profit. Ils lui offrent des services essentiellement sur le Net, de la réactivité, de l’interactivité, enfin surtout des vidéos et des diaporamas plus digestes que de longs textes. On m’a volé mes feuillets ! Tous ces milliers de signes qui ont fait le charme de mon enfance, ont disparu. Et dans les kiosques, ces médias de poids ont copié les mêmes recettes lourdingues, des photos légendes et des tunnels de publicité avec de la déontologie et de l’objectivité à revendre, les cache-sexes du politiquement correct.

N’imaginez surtout pas que seule la presse féminine ou automobile soit touchée par cette course à la dématérialisation. Devant une telle incurie, des petits malins ont réagi en créant des « mooks », une hybridation réussie entre le magazine et le livre, de Charles à Schnock, ils se sont inscrits en quelques années dans le paysage et ont comblé la vacuité de leurs frères aînés. Même si le filon commence à s’user, ils ont prouvé que le papier comme survivance de l’ancien monde avait de l’avenir.

Pendant ce temps-là, toujours à la traîne, les quotidiens et les « news magazines » ont continué à creuser leur tombe. Ils changent de maquettes comme de chemises et s’enrhument à force de respirer l’air du temps. Les directeurs artistiques ont pris le pouvoir sur les directeurs éditoriaux en réduisant toujours plus la place des articles pour ne pas gêner les annonceurs. Les pages « livres » ressemblent à des vignettes, aux bons points de l’Ecole publique, elles ne sont qu’un prétexte à entretenir le mythe de la « Culture » comme fondement de la démocratie. Personne n’est dupe, quand les sujets de fond abordés sont : « Les écrivains et leurs chats », « Ecrire sur Mac, est-ce bon pour l’imagination ? », « Véganisme et littérature sont-ils compatibles ? » ou « Le tweet, une nouvelle poésie en marche ». Les professionnels ne font plus convenablement leur métier. Alors, ce sont des amateurs très éclairés qui prennent le relais avec des moyens souvent dérisoires. De nombreuses revues, gazettes, feuilles volantes, toutes de conception artisanale, élaborées par des amoureux des arts et des lettres, ont vu le jour.

De Service Littéraire à la dernière-née Raskar Kapac (le numéro 2 vient de sortir) en passant par Livr’arbitres ou le légendaire Bulletin célinien (35ème année d’existence) de nos amis belges, toutes ces fragiles publications ont un point commun : le plaisir des mots sur papier imprimé. Elles sont vendues quelques euros, ont parfois des périodicités foutraques, elles n’ont pas été imaginées par une agence de communication, elles sont brutes donc irrévérencieuses. Et puis, elles n’ont pas opté pour la nouvelle cuisine, elles ne sont pas chichiteuses, elles donnent à lire ! On ressort de la table de lecture, rassasié, heureux, bousculé par la plume de vrais spécialistes qui nous ont parlé de Chaïm Soutine, Alexandre Vialatte, Cervantès ou Céline. Longue vie aux petits papiers, ce sont de précieux lanceurs d’alerte !

Pour plus d’infos :
www.servicelitteraire.fr
www.raskarkapac.wordpress.com
www.livr-arbitres.com
http://bulletincelinien.com/

 

Article réactualisé le 10 mai à 16h10.

Naissance du loup-garou

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Image extraite du «Monstre de Londres» de Stuart Walker

Nouvelle salve de « monstres » chez Elephant films : l’éditeur poursuit avec pugnacité son travail de défrichage et nous permet de redécouvrir des films méconnus produits au sein du studio Universal. Car si certaines œuvres sont devenues de grands classiques comme les deux premiers Frankenstein, Dracula ou La Momie, il est plus difficile de voir aujourd’hui la flopée de séries B engendrées grâce au succès  de ces créatures mythiques.

Le Monstre de Londres est un cas un peu particulier dans la fondation d’un mythe. Historiquement, c’est le premier film de la Universal à faire apparaître la figure du loup-garou mais pourtant, il faudra attendre 1941 et Le Loup-garou pour que George Waggner impose définitivement le personnage à l’écran. C’est d’ailleurs dans ce film que Lon Chaney Jr incarne pour la première fois Larry Talbot et sa prestation lui vaudra de revenir de nombreuses fois sous cette défroque poilue.

Le film de Stuart Walker débute au Tibet où un botaniste et son assistant bravent tous les dangers pour trouver une plante extrêmement rare qui n’éclot qu’au clair de lune. Mais pendant ses investigations, le docteur Glendon (Henry Hull) est attaqué par une mystérieuse créature. Revenu à Londres, il se métamorphose en loup-garou les soirs de pleine lune…

Avec Le Monstre de Londres, le cinéaste pose les bases d’un mythe fécond du cinéma fantastique : les transformations terrifiantes de l’homme en loup lorsqu’arrive la pleine lune, la nécessité de tuer le monstre avec une balle (qui n’est pas encore en argent), la transmission de la malédiction par morsure… Pourtant, le film n’est pas encore un véritable film d’épouvante et ses ruptures de ton restent assez surprenantes.

Dans un premier temps, il débute comme un film d’aventures avec une expédition lointaine et des coolies qui s’enfuient dès qu’un mystérieux homme se présente aux explorateurs. De retour à Londres, le film devient une sorte de comédie mondaine assez drôle, peuplée de vieilles dames indignes adeptes de la bouteille et du clin d’œil égrillard. Il faut voir deux de ces honorables harpies se disputer les faveurs de Glendon qui réclame une chambre pour dormir : l’une d’entre elles assomme l’autre et affirme : « C’est ma meilleure amie mais elle ne connaît pas l’éthique du commerce » (ceci dit, ce passage illustre assez bien la vérité profonde dudit commerce !).

Enfin, le film aborde la thématique fantastique du loup-garou en s’appuyant sur une belle photographie à la limite de l’expressionnisme (éclairage lunaire, jeu avec les ombres portées sur les murs…). Si le loup-garou reste l’un des monstres les plus intéressants du bestiaire fantastique, c’est sans doute pour les tourments qui agitent l’âme de celui qui est victime de la malédiction. Ni grand seigneur méchant comme le vampire, ni créature monstrueuse dénuée de toute humanité comme celle créée par Frankenstein ; la lycanthropie représente à merveille la part d’animalité qui se niche en tout individu.

Alors qu’il est tout à fait normal quoique un peu asocial en journée, le docteur Glendon se laisse dominer par ses instincts bestiaux la nuit. Inutile de préciser la haute teneur sexuelle de ces transformations en loup : les crimes visent essentiellement des femmes (notamment les femmes adultères ou/et de « mauvaise vie ») et la malédiction met en crise l’équilibre du foyer (une épouse délaissée).

Le conflit du docteur Glendon est intéressant dans la mesure où il cherche coûte que coûte à protéger son épouse mais qu’il s’en éloigne irrémédiablement pour cette même raison et en prenant ses distances. Interprété avec talent par Henry Hull, le loup-garou de Stuart Walker présente une image assez nuancée de la nature humaine prisonnière de sa condition.

Que ce soit lorsque les vieilles dames se « lâchent » et s’adonnent à l’ivresse ou lorsque le scientifique se transforme en fauve, le cinéaste montre les frontières floues entre la civilisation et les instincts les plus bestiaux, entre la culture et la nature. C’est cette tension permanente qui fait tout l’intérêt de ce curieux Monstre de Londres

 

Le Monstre de Londres (1935) de Stuart Walker avec Henry Hull, Warner Oland (Éditions Elephant Films). Sortie le 27 avril 2016.

Quand Sollers se prend pour Hegel

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philippe sollers hegel mouvement

philippe sollers hegel mouvement

Philippe Sollers a un don particulier pour débusquer les « barbouilleurs de littérature » et quand il les décrit, notamment dans son opus magnum Mouvement, il donne l’étrange impression de se dédoubler. Car ces « barbouilleurs » sentent que la poésie serait pour eux le salut. Mais la chose leur fuit entre les mains quand elle ne devient pas de la merde. Peu importe, dans l’empire du marketing, il faut que la pensée, tout comme la poésie, soient impossibles. « C’est la loi des marchés financiers », conclut Sollers qui, une fois encore, est persuadé d’avoir échappé à cette hydre grâce à Hegel et à la poésie chinoise. Certes, il reconnaît être très délabré. Mais indemne. Indemne de quoi ? On ne le saura jamais. Et d’ailleurs, il est douteux que quelqu’un s’intéresse à ce « barbouilleur de littérature », le seul à avoir compris que tous les interprètes de Hegel, y compris ses adversaires, se sont trompés. Car il ne faut pas l’interpréter, mais l’être.

Et Sollers qui veut l’être, qui pense l’être, ne nous aura rien épargné dans ce pensum indigeste, rien à l’exception de sa vanité. « Si la vérité est le mouvement d’elle-même en elle-même », comme le prétendait Hegel, ne prenez pas la peine de la chercher chez les barbouilleurs de littérature. Et moins encore chez Philippe Sollers qui, sans doute sous l’emprise des marchés financiers, a réussi l’exploit d’étaler sa culture en lui retirant toute saveur. La prétention pèse parfois plus que les marchés financiers, mais ce n’est quand même pas notre Hegel bordelais qui s’arrêtera à des détails aussi mesquins, tant il est imbu de son génie. Il est bon de savoir que de si nobles et vertueux esprits veillent sur la littérature française chez Gallimard. Ne serait-ce que pour cela, ils auront droit à notre indulgence et, chez les plus perfides, à quelques égards.

Mouvement, Philippe Soles, Ed. Gallimard, mars 2016, 240 pages.

Mouvement

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Les Nus: légendes bretonnes

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Le groupe rennais Les Nus n’avait jusqu’ici sorti qu’un seul album, en 1982. A l’époque, l’objet avait été accueilli par la critique comme un monolithe noir venu de l’espace : avec circonspection. Il n’empêche, le disque a depuis été repêché et applaudi par Miossec, Noir Désir et Étienne Daho (entre autres). A l’occasion de la publication d’un deuxième album remarquable, Les Nus reviennent pour Causeur sur leur odyssée rock et leurs chants un peu clivants.

Sébastien Bataille : Rennes était considérée en France comme la capitale du rock dans les années 80. Vous avez participé à cette effervescence au point de signer chez une major du disque (RCA) en 1982. Quels souvenirs gardez-vous de cette période ? Êtes-vous nostalgiques ?
Christian Dargelos (auteur et chanteur des Nus) : Évidemment que l’on ressent un brin de nostalgie. Ce vent nouveau qui a soufflé sur Rennes fin 70-début 80 reste gravé dans nos mémoires. C’était une belle époque à vivre, on partait de pas grand-chose et cette scène dite rennaise est devenue importante en France. On a su « professionnaliser » notre son et l’on s’est rapproché de nos cousins anglo-saxons dans l’esprit. On a gagné en crédibilité également en cherchant à trouver un angle original, que ce soit avec Marquis de Sade ou Les Nus, mes deux groupes. Mais c’est le passé, aujourd’hui on est en face d’un autre challenge, tout aussi excitant, celui de convaincre avec des chansons !

Tous les groupes français issus de cette scène post-punk foisonnante des années 80 ont disparu, à quelques exceptions près. Que vous inspire votre position de « survivants » ?
Nous arrivions de plus loin, même si le punk fut pour moi un déclic, et m’a désinhibé, le rock des années 70 m’a construit à travers ses groupes et leurs compositions qui allaient au-delà du rock’n’roll. Qui survit aujourd’hui ? Les Stones, Les Who, et même les Kinks qui reviennent à travers une comédie musicale qui se joue à Londres. Je persiste et signe que l’époque la plus créative dans le rock fut fin 60, début 70. Les Beatles et les Stones, ainsi que l’arrivée des studios multipistes ont contribué à cette révolution.  Maintenant, en ce qui nous concerne, nous avons disparu quasiment vingt-cinq ans avant de réapparaître pour un concert qui devait être sans suite. Et puis, le projet d’album a réenclenché la machine et Les Nus refont surface avec un LP onze titres dont on est très fier.

Votre premier album a été un échec critique et commercial mais a laissé des marques vives chez des gens comme Étienne Daho (producteur de votre nouveau singl, Noir Désir (qui a repris votre titre « Johnny Colère » sur leur album Tostaky) ou encore Miossec. La réhabilitation de votre œuvre est en marche semble-t-il…
On avait un répertoire plutôt bien foutu. Très électrique musicalement, enrobé d’une poésie noire. L’enregistrement de l’album n’a rien retenu de cet aspect. C’est de notre faute, on a lissé et négligé ce qui faisait notre force. Au vu du résultat, les gens sont un peu tombés de haut et l’ont dit ou écrit. Heureusement, des personnes de « qualité », Étienne Daho, les Noir Désir ou Miossec ont défendu cet album, ne retenant que la valeur des titres et non ses failles. Merci à eux, notre retour est en partie possible grâce à leur soutien. On se devait de refaire une copie correcte, dont acte.

Sur cet album figurait « La Force de l’islam » avec pour refrain : « La force de l’islam réside dans son fanatisme, son magnétisme, sa cruauté, l’Occident livré aux flammes et à la danse. » Vous avez expliqué en 2013 : « Certains y verront peut-être une attaque en règle contre la montée de l’islamisme, mais il ne s’agit pas du tout de cela. Ce texte fait plus référence au mysticisme chiite du Moyen Âge et à des mouvements comme le soufisme ou la secte des Haschichin. » En 2016, ce titre résonne pourtant comme une prophétie…
J’ai écrit « La force de l’islam » après la chute du Shah en Iran et l’avènement des mollahs. Donc il y a longtemps. Ces rassemblements de fanatiques dans les rues de Téhéran étaient, pour moi, hallucinants et bien sûr inquiétants. On n’avait pas vu ça depuis Nuremberg ou les funérailles de Mao. L’Inquisition nouvelle était en marche. Le présent me donne en partie raison. En revanche, la culture musicale arabisante est pour nous une source d’inspiration de premier ordre. De grands morceaux de rock ont puisé dans ces rythmes orientaux, je pense à « Kashmir » de Led Zep, « Paint it black » des Stones. C’est riche, hypnotisant et émouvant à la fois, donc on s’en sert. « Johnny Colère » est dans cette même veine hybride : mi-rock, mi-arabisant, comme un portrait de Lawrence d’Arabie chevauchant un chopper !

Vous ajoutiez, dans la même interview : « La plupart des textes des Nus, à l’image des « Années Reagan« , ont un fort positionnement politique. » Justement, pouvez-vous nous éclairer sur le sens politique de ce titre produit par Daho, « Les années Reagan » ?
« Les années Reagan » parle des États-Unis et de leur côté pervers. C’est l’eldorado vu de la vieille Europe, Hollywood en cinémascope sauf que sur place c’est une société dure et âpre. Wall Street commande et le peuple américain obéit. Mais en échange, il y a cette magnifique culture qui nous attire, en premier, le rock, en second le cinéma et toute cette littérature (Steinbeck, Bukowski…) et, pour finir, ces grands espaces faits pour les « Pierres qui roulent ». Je trouve nécessaire d’écrire sur les inepties des hommes politiques ou religieux. Plus beaucoup d’artistes se mouillent sur le sujet. Parfois, je m’y essaye. Je ne suis pas encarté, donc libre de pointer du doigt qui je veux.

Ce nouvel album s’inscrit, à trente-quatre ans d’intervalle, dans le droit prolongement du premier. Était-ce une façon pour vous de boucler la boucle ou bien ce disque représente-t-il malgré tout un nouveau départ ?
Les deux. Je l’ai dit plus haut, « il fallait terminer le boulot ». Notre héritage est à spectre large mais on a traversé quelques mouvements. Du psychédélisme au punk, en passant par la new wave et le blues boom, on a de quoi faire. Un programmateur radio a dit des « Années Reagan » que cela sonnait « old school », mais on le revendique. Entre un titre des Doors et un morceau de Stromae, j’ai vite fait mon choix.

Comment se sont passées les retrouvailles en studio après tant d’absence ? Que vous a apporté Étienne Daho sur le titre qu’il a produit ? Avez-vous une anecdote particulière ?
C’est particulier le studio. D’abord des réglages en pagaille puis ensuite garnir les pistes, bien mélanger le tout pour obtenir la chanson idéale. Il faut une patience de Sioux et une concentration que je n’ai pas. Étienne nous a épaté, il est resté 48 heures à la manœuvre et a obtenu le morceau qu’il avait entendu dans sa tête. Il a changé la rythmique, rajouté des guitares et m’a fait chanter cinq fois de suite le morceau. « Fais-le comme un punk » me répétait-il. N’empêche que « Reagan » sonne du tonnerre au final. Étienne est devenu un grand professionnel, c’est le secret de sa réussite à mon avis.

Vous figurez parmi les derniers représentants d’un rock racé, littéraire sans être pédant, mélodieux (la musique évoque les Doors et les Stranglers), au chant habité d’une intensité noire et de poésie décadente. C’est dire à quel point vous tranchez dans le marasme du marché. Qui trouve grâce à vos yeux dans le paysage musical actuel ?
Bizarrement, tout ça reste marginal dans le rock français. Écouter de la musique tout en lisant les paroles sur la pochette intérieure ne semble pas aller de pair. Cantat est resté un bon parolier, avec un peu moins de crédibilité certes mais showman d’exception et grand chanteur. La jeune génération ne m’épate pas. Quelques titres ici et là. Mais j’aimerais retrouver des chansons « tubes » qui redonneraient du lustre à un Top 50 en verve. Je veux réentendre du single ! Des mélodies qu’on chante sous la douche ou en voiture. Chez nous, « Reagan » ou « Le clown triste » ont ce potentiel. Pas beaucoup d’artistes sont capables de fournir un concept album.

A l’époque de votre premier disque, les enjeux n’étaient pas les mêmes qu’aujourd’hui. Comment appréhendez-vous la sortie du nouveau ?
Le premier album devait être un tremplin, il fut un précipice. Aujourd’hui,  nous sommes en phase avec cet album. Dommage que depuis dix ans les ventes de disques aient à ce point diminué !

Une tournée est-elle prévue ? Y aura-t-il un troisième album des Nus ?
Nous avons quelques dates de prévues pour 2016. L’année 2017 devrait être plus fournie. Un troisième LP, pourquoi pas, mais avant trente ans j’espère !

 

Verdict : ce nouvel album des Nus révèle sa belle saveur en effet « old school » au fil des écoutes, évoquant les grands espaces du rock des enfants terribles (Johnny Thunders, Jeffrey Lee Pierce, etc.) et en fait un excellent cru. Le disque a récolté 4 étoiles dans Rock&Folk (on lui en décerne au moins autant), signe des temps ?

 

En concert : à Paris, au Petit Bain, le 31 mai à 20h00.
Album : Les Nus, sorti le 18 mars (Label HYP).

«Dalton Trumbo», une fable hollywoodienne

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(Photo : Hilary Bronwyn Gayle)
(Photo : Hilary Bronwyn Gayle)

Quand on ne supporte plus la production cinématographique française courante oscillant entre le narcissisme intimiste et le lourd prêchi-prêcha écolo-gauchiste, un biopic américain de bonne facture peut vous réconcilier avec le bonheur de se faire une toile, vite fait, bien fait, quand la vraie vie est un peu languissante, voire carrément chiante.

Dalton Trumbo de Jay Roach raconte l’histoire du bonhomme donnant son titre au film, un scénariste vedette d’Hollywood, dont la carrière fut brisée (enfin, pas tout à fait) par la furie épuratrice de la Commission des activités anti-américaines du Congrès des Etats-Unis, dirigée par le sulfureux Joseph McCarthy. Dalton Trumbo est le porte-drapeau de ces « dix d’Hollywood », réalisateurs, scénaristes, acteurs et techniciens qui refusèrent de répondre à cette commission qui exigeaient qu’ils déclarent leur appartenance, même passée, au Parti communiste des Etats-Unis, où à une association liée à ce dernier.

Cette chasse aux sorcières rouges, lancée dans les années 50 du siècle dernier, était un sous-produit de l’affrontement entre Washington et Moscou, au début de cette guerre froide, alors que l’on craignait qu’il n’aboutisse très vite au déclenchement d’une troisième guerre mondiale, alors que l’on était à peine sorti de la seconde…

Le fantasme d’une cinquième colonne, de l’ennemi intérieur minant les forces de résistance militaires et morales de la nation américaine se nourrissait de la peur engendrée par le développement d’armes terrifiantes, dont l’URSS de Staline était en voie de se doter, alors que les Etats-Unis en étaient, jusque-là les seuls possesseurs.

Le maccarthysme est aussi un gramscisme

Cette paranoïa avait quelque justification – même les paranos ont de vrais ennemis ! – si l’on veut bien, après coup, admettre que la bombe atomique soviétique doit beaucoup à l’activité d’espions américains au service de l’URSS, dont les plus emblématiques furent les époux Rosenberg, condamnés à mort et exécutés en 1953. Leur cas avait fait l’objet d’une propagande intense, orchestrée par Moscou, et relayée en Occident par les partis communistes locaux et leurs compagnons de route. Aujourd’hui, il est établi que Julius et Ethel Rosenberg étaient bel et bien des espions de haute volée…

Les anticommunistes américains n’étaient pas seulement des chasseurs d’espions, ils avaient aussi une conception « gramsciste » du combat politique, estimant que la lutte pour l’hégémonie culturelle était aussi importante, sinon plus, que la recherche de la suprématie militaire. Eliminer les « agents d’influence » de Moscou du « saint des saints » de la production culturelle des Etats-Unis, les studios d’Hollywood était, de leur point de vue, un objectif essentiel pour la défense du « monde libre » menacé par Staline.

Se soumettre ou être inscrit sur la  liste noire des interdits professionnels étaient le choix laissé aux sympathisants communistes de l’industrie filmique, qui tenaient, au lendemain de la guerre le haut du pavé  à la MGM, chez Warner Bros ou Paramount. La chasse aux « cocos » était conduite par un certain Ronald Reagan, acteur mineur, mais syndicaliste influent, et soutenue par des vedettes, comme l’acteur John Wayne ou le réalisateur à succès Cecil B. De Mille… Dalton Trumbo et ses dix camarades constituaient le noyau dur de la résistance, alors que d’autres figures d’Hollywood considérée comme « libéraux » c’est-à-dire de gauche, dénigraient leurs amis pour sauver leur job, comme Elia Kazan.

Cette histoire est racontée dans le film de Jay Roach avec maestria : un scénario sans temps morts, une reconstitution minutieuse de l’Amérique des années 50, des acteurs exceptionnels, dont le rôle-titre confié à Bryan Cranston et celui de la venimeuse chroniqueuse (pléonasme !) Hedda Hopper, magistralement interprétée par Helen Mirren… De la belle ouvrage, assurément…

Une histoire plus complexe qu’on nous le montre

Oui, mais… Une fois le charme du spectacle rompu, et un retour studieux vers la réalité des faits tels qu’ils apparaissent aujourd’hui grâce au travail des historiens, on s’aperçoit que l’édifiante histoire des « dix d’Hollywood » est plus complexe et plus contrastée que celle présentée dans le film. Celui-ci fonctionne sur le binôme bons/méchants, le camp du Bien étant incarné par Dalton Trumbo et ses camarades, celui du mal par leurs persécuteurs (McCarthy, Reagan, Wayne), et les lâches comme le grand acteur Edward G. Robinson, qui aurait « balancé » devant la Commission des activités anti-américaines pour sauver sa carrière. Dalton Trumbo ne peut donc qu’être un héros, bon camarade montant un système de prête-noms pour lui-même et ses amis blacklistés, afin de pouvoir continuer à travailler,  bon époux et bon père de famille. Qu’il ait, comme stalinien convaincu, profité, avant sa disgrâce, de son pouvoir à Hollywood pour empêcher l’adaptation à l’écran d’ouvrages dénonciateurs du communisme, comme Le zéro et l’infini et Le yogi et le commissaire, d’Arthur Koestler, ne cadrait pas dans le tableau, pas plus que son combat douteux pour empêcher les Etats-Unis d’entrer en guerre contre les nazis, avant qu’Hitler n’envahisse l’URSS…le film n’en parle donc pas.

A l’inverse, le cliché d’un John Wayne manipulé et complètement stupide, propagé par les « progressistes » est présent, alors que le temps a fait litière de cette simplification outrancière : John Wayne était un patriote américain sincère, dont l’intellect n’était pas le moins développé dans le monde des stars d’Hollywood. Le film est également très injuste envers Edward G. Robinson, qui s’était engagé, malgré son âge avancé, dans l’armée du débarquement en Normandie, à qui il n’est prêté que des motivations matérialistes à son « lâchage » de la bande des Dix, alors qu’une vraie divergence politique avait séparé cet homme de gauche de la fraction ultra-stalinienne du show-biz hollywoodien. Le réel, comme toujours n’est pas noir et blanc, mais se révèle sous plusieurs nuances de gris.

En creux, pourtant, Dalton Trumbo, le film, peut être perçu comme une ode au capitalisme, celui des studios hollywoodiens qui se fichent des opinions de ses serviteurs, pourvu qu’ils lui fournissent un bon travail, sous leur nom de préférence, derrière un homme de paille si nécessaire. Dans l’autre camp, celui de Moscou et de Staline, le sort des artistes de talent déplaisant au pouvoir était scellé d’une manière autrement plus radicale.

Comme a dit John Wayne, alias Tom Doniphon, dans L’homme qui tua Liberty Valance : « This ist the West, Sir, when the legend become fact, print the legend ! » (« Ici c’est l’Ouest, Monsieur, quand la légende devient réalité, imprimez la légende !). Ou faites-en un film…

Le Zéro et l'Infini

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Yogi et le commissaire

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Coupeurs de langue, réducteurs de têtes

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Les éditions Hachette, depuis une dizaine d’années, retraduisent la série d’Enid Blyton, le Club des Cinq[1. Merci à mon excellent ami Jean-Rémy Girard pour le travail de dépouillement exhaustif sur le Club des Cinq « nouvelle traduction ». Une toute récente discussion m’a aidé à comprendre combien le traitement infâme infligé par Hachette aux aventures de Claude, Mick, François, Annie et Dagobert l’avait affligé — et je partage entièrement ce sentiment de déperdition. Mais nous au moins savons ce qui se perd. Les enfants voulus par les pédadémagogues modernes ne le sauront malheureusement jamais. Et merci à FG pour la référence à Colette, que j’avais oubliée.]. Non dans un souci de rajeunissement — toute traduction témoigne des modes de son temps, par exemple l’utilisation du « vous » de politesse dans des situations où le français contemporain dirait « tu », le « you » anglais laissant toujours une marge d’interprétation. Non : il s’agit de simplifier la lecture, afin que des gamin(e)s déstructuré(e)s entrent plus facilement dans le récit. En éliminant, par exemple, le passé simple, remplacé uniformément par le présent de narration. En supprimant le « nous » au profit d’un « on » plus immédiatement conforme aux distorsions de l’oral. En « vulgarisant » l’expression — tout en adoptant une pensée politiquement correcte qui élimine parfois des éléments-clés des intrigues — les enfants battus, par exemple, ou la suspicion sur les Gitans, l’un des grands topoi du roman d’aventures enfantines. Ou en raréfiant le vocabulaire — ainsi Le Club des Cinq et les saltimbanques est devenu le Club des Cinq et le Cirque de l’Etoile. « Saltimbanques », c’était trop compliqué. Mais parler avec les mots de l’enfant n’a jamais contribué à améliorer le vocabulaire dudit enfant. Le français des pédagogues, c’est areuh-areuh forever.

Le premier roman un peu long que j’ai lu, c’était les Trois Mousquetaires. Rien que dans les deux premiers paragraphes du premier chapitre, combien de mots pouvaient échapper au petit garçon de 7 ou 8 ans que j’étais alors ? Essayons :

« Le premier lundi du mois d’avril 1626, le bourg de Meung, où naquit l’auteur du Roman de la Rose, semblait être dans une révolution aussi entière que si les huguenots en fussent venus faire une seconde Rochelle. Plusieurs bourgeois, voyant s’enfuir les femmes le long de la grande rue, entendant les enfants crier sur le seuil des portes, se hâtaient d’endosser la cuirasse, et appuyant leur contenance quelque peu incertaine d’un mousquet ou d’une pertuisane, se dirigeaient vers l’hôtellerie du Franc-Meunier, devant laquelle s’empressait, en grossissant de minute en minute, un groupe compacte, bruyant et plein de curiosité.
En ce temps-là les paniques étaient fréquentes, et peu de jours se passaient sans qu’une ville ou l’autre enregistrât sur ses archives quelque événement de ce genre. Il y avait les seigneurs qui guerroyaient entre eux ; il y avait le cardinal qui faisait la guerre au roi et aux seigneurs ; il y avait l’Espagnol qui faisait la guerre aux seigneurs, au cardinal et au roi. Puis, outre ces guerres sourdes ou publiques, secrètes ou patentes, il y avait encore les voleurs, les mendiants, les huguenots, les loups et les laquais, qui faisaient la guerre à tout le monde. Les bourgeois s’armaient toujours contre les voleurs, contre les loups, contre les laquais ; — souvent contre les seigneurs et les huguenots ; — quelquefois contre le roi ; — mais jamais contre le cardinal et l’Espagnol. Il résulta donc de ces habitudes prises, que ce susdit premier lundi du mois d’avril 1626, les bourgeois, entendant du bruit, et ne voyant ni le guidon jaune et rouge, ni la livrée du duc de Richelieu, se précipitèrent du côté de l’hôtel du Franc-Meunier. »

Que pouvais-je bien comprendre à huguenotsendossermousquetpertuisane, et hôtellerie sans doute ? Sans compter contenance, que j’ai dû prendre en un premier temps dans son sens quantitatif, appris à l’école… Et je ne parle pas des noms de lieux (Meung ou La Rochelle ne pouvaient rien dire au petit Marseillais que j’étais), des allusions littéraires, forcément obscures (l’auteur du Roman de la Rose — késaco ?) ou des connotations historiques — le Cardinal ? Quel cardinal ? De quoi décourager un enfant d’aujourd’hui, surtout s’il a fait son entrée en littérature via un Club des Cinq à mobilité intellectuelle réduite.

Il faut le dire avec force à tous les Zakhartchouk qui ont rédigé a minima les programmes de français du collège : jamais un mot inconnu n’a découragé un lecteur — quel que soit son âge. Pus vieux, il vérifie dans un dictionnaire. À 8 ans, j’allais de l’avant — et le sens s’éclairait peu à peu, d’autant qu’un enfant orienté vers la lecture lit et relit. On se souvient du petit Poulou racontant dans les Mots comment il avait « lu » Sans famille sans rien connaître du langage, vers 5 ans, et comment il savait lire à la fin du roman. Les mots entrent en nous par leur fréquentation — et certainement pas par leur non-usage.

Dans la Maison de Claudine, Colette s’amuse à se rappeler les contresens de la narratrice sur le mot « presbytère » :

« Le mot « presbytère » venait de tomber, cette année-là, dans mon oreille sensible, et d’y faire des ravages.
« C’est certainement le presbytère le plus gai que je connaisse… » avait dit quelqu’un.
Loin de moi l’idée de demander à l’un de mes parents : « Qu’est-ce que c’est, un presbytère ? » J’avais recueilli en moi le mot mystérieux, comme brodé d’un relief rêche en son commencement, achevé en une longue et rêveuse syllabe… Enrichie d’un secret et d’un doute, je dormais avec le mot et je l’emportais sur mon mur. « Presbytère ! » Je le jetais, par-dessus le toit du poulailler et le jardin de Miton, vers l’horizon toujours brumeux de Moutiers. Du haut de mon mur, le mot sonnait en anathème : « Allez ! vous êtes tous des presbytères ! » criais-je à des bannis invisibles.
Un peu plus tard, le mot perdit de son venin, et je m’avisai que « presbytère » pouvait bien être le nom scientifique du petit escargot rayé jaune et noir… Une imprudence perdit tout, pendant une de ces minutes où une enfant, si grave, si chimérique qu’elle soit, ressemble passagèrement à l’idée que s’en font les grandes personnes…
— Maman ! regarde le joli petit presbytère que j’ai trouvé !
— Le joli petit… quoi ?
— Le joli petit presb…
Je me tus, trop tard. Il me fallut apprendre — « Je me demande si cette enfant a tout son bon sens… » — ce que je tenais tant à ignorer, et appeler « les choses par leur nom… »
— Un presbytère, voyons, c’est la maison du curé.
— La maison du curé… Alors, M. le curé Millot habite dans un presbytère ?
— Naturellement… Ferme ta bouche, respire par le nez… Naturellement, voyons…
J’essayai encore de réagir… Je luttai contre l’effraction, je serrai contre moi les lambeaux de mon extravagance, je voulus obliger M. Millot à habiter, le temps qu’il me plairait, dans la coquille vide du petit escargot nommé « presbytère »…
— Veux-tu prendre l’habitude de fermer la bouche quand tu ne parles pas ? À quoi penses-tu ?
— À rien, maman…
… Et puis je cédai. Je fus lâche, et je composai avec ma déception. Rejetant les débris du petit escargot écrasé, je ramassai le beau mot, je remontai jusqu’à mon étroite terrasse ombragée de vieux lilas, décorée de cailloux polis et de verroteries comme le nid d’une pie voleuse, je la baptisai « Presbytère », et je me fis curé sur le mur. »

Pour Colette non plus (elle publie la Maison de Claudine en 1922, quand elle a déjà presque 50 ans), « le presbytère n’a rien perdu de son charme, ni le jardin de son éclat » — la phrase énigmatique qui avait permis en 1907 à Rouletabille d’élucider le mystère de la chambre jaune. Le mot inconnu ne présente d’autre danger pour l’enfant que d’agrandir soudain démesurément le champ de ses hypothèses, et d’entrer dans le plein royaume de la langue. Les pédagogues qui pensent bercer son ennui en lui épargnant l’angoisse du non-savoir sont des faquins, des bélîtres, des marauds, des manants et des cornegidouilles — inutile de connaître exactement le sens de ces mots pour en deviner l’intention.

Parce qu’éliminer les mots peu fréquentés, c’est priver les déshérités des richesses de la langue. C’est leur dire : « Ce n’est pas pour toi ». C’est le temps du mépris — mais toute cette réforme du collège, comme antérieurement celle du lycée, ne manifeste globalement que du mépris pour ceux qu’elle prétend aider en leur maintenant la tête sous l’eau et l’esprit loin des mots. Ni Dumas ni Colette ne font partie de la liste des 535 titres retenus par le Ministère pour les collégiens — qui s’en étonnera ? Rien que de la littérature-jeunesse — le degré zéro de la littérature. Tout au présent de narration. Sans trop de « nous » — beaucoup de « on ». Politiquement corrects. Pas difficiles — surtout pas difficiles ! La défaite de la pensée en action.

Luta Pela Terra, A (Em Portuguese do Brasil)

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La Maison de Claudine

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Introuvable, la République?

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rome rouvillois republique
"Coriolan supplié par sa famille", Nicolas Poussin.
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«Coriolan supplié par sa famille», Nicolas Poussin.

J’ai lu récemment l’ouvrage de Frédéric Rouvillois intitulé Être (ou ne pas être) républicain (Ed. du Cerf, 2016). C’est un livre intéressant qui a le grand mérite de se démarquer de la bouffonnerie ambiante autour de l’idée de République. Rouvillois y démontre aisément que nos « républicains » revendiqués demeurent bien en peine de définir rigoureusement l’objet de leur commerce. Néanmoins, je suis un peu resté sur ma faim : ce n’est pas parce que l’on usurpe ce terme depuis deux siècles qu’il est en soi vide de sens. Pour le comprendre, il faut non seulement démythifier nos cinq gueuses, il faut aussi enjamber notre passé monarchique dont Frédéric Rouvillois semble parfois nostalgique.

La République, la « vraie », quelle fut-elle ? Rome. Et par définition. C’est à Rome que, pour la première fois, une identité collective, fortifiée par un héritage étranger (grec en l’occurrence), allait devenir un moteur politique. Dans la Rome antique, le mot « citoyen » prenait tout son sens ; on était fier d’être citoyen, on n’était marchand que par indigence. L’exact opposite de la « République » actuelle. Or être citoyen, c’était être ancré dans une communauté qui, elle-même, s’appuyait sur une tradition. En conséquence, être « républicain » consistait à se reconnaître débiteur, non ayant droit. C’est ici qu’il faut chercher les fameuses « valeurs » républicaines, dans cet attachement au commun, à la nécessité du collectif qui est à mille lieues de l’universel. Lorsque la République romaine s’est voulue « universelle », elle a signé son arrêt de mort.

Si Frédéric Rouvillois déconstruit méticuleusement les mécanismes à l’œuvre, à le lire, on finit par se dire que le mot même de « république » devient parfaitement incongru. C’est que la République n’est pas un régime politique, mais un esprit, un sentiment d’appartenance et du devoir induit. Notre « régime politique » – le gouvernement représentatif – lorgne davantage vers le concept de « démocratie », mot autour duquel Rouvillois pourrait écrire exactement le même livre. Un esprit, donc. Mais l’époque présente est totalement sourde à cette idée parce qu’elle s’est construite dans un esprit contraire. Alors que l’antique républicain révérait la Cité, la res publica en tant qu’elle le façonnait, le moderne, lui, fait de l’individu l’alpha et l’oméga de sa condition politique. En définitive, tout ce qui aujourd’hui se réclame à cors et à cris de la république, non seulement n’en est pas, mais emprunte un chemin inverse, c’est-à-dire libéral.

Attachons-nous au bilan sans appel que dresse Frédéric Rouvillois de ces satanées « valeurs », connues, à ce qu’il paraît, comme le loup blanc. L’auteur met judicieusement en rapport liberté et éducation nationale, égalité et suffrage universel, fraternité et universalisme. Or qu’est devenue l’éducation nationale ? La matrice de l’enfant-roi, de l’ayant droit, non celle de l’humble citoyen débiteur. Intrinsèquement, qu’est-ce que le suffrage universel ? L’instrument du bien commun ? Non. Il a été, il est et il demeurera celui des revendications particulières. Quant à l’universalisme, y a-t-il rien de plus fumeux et de plus contraire à la nécessité – toute « républicaine » celle-là – d’un terroir et de traditions à entretenir communément ? Voilà bien des valeurs propres à ne satisfaire qu’un esprit libéral, pas un esprit républicain. Et ne comptez pas sur la laïcité pour relever le niveau, c’est une outre vide. À Rome coexistaient les divinités privées et le culte commun, rien de tel quand on fait de la « tolérance » un article de foi… libéral, encore et toujours !

La République fait de tout individu le produit d’une communauté qui lui impose en retour des devoirs

D’ailleurs, pour ce qui est des deux partis au pouvoir, la cause est entendue. Contre toute attente, le Parti socialiste aura lui-même œuvré, par mandats successifs, à faire de son épithète un synonyme de libéral. Et après tout, c’est aussi dans ce sens que l’entendent les Américains : est libéral celui qui place l’individu et ses moindres désirs au pinacle de tout processus, qu’il fasse ou non intervenir l’État pour y parvenir (ce qui place les mal nommés « républicains » dans le même sac à vilains que les mal nommés « démocrates »). En regard, le républicain fait de tout individu le produit d’une communauté qui lui impose en retour certains devoirs. Prenons le service national. Voilà quelque chose d’essence républicaine ! Durant une année, la communauté était alors en droit d’assigner des individus en leur demandant un an de leur vie rétribué uniquement sous forme de cohésion nationale. Et à la tête de quel parti était, en France, l’esprit génial ayant mis fin à cela ? Du « Rassemblement pour la Ré-pu-blique ». Ça ne s’invente pas !

Si en France comme outre-Atlantique, les mots sont usités en dépit du bon sens, c’est parce qu’en régime de masse, l’activité politique se compromet en courtisant la clientèle à coup de labels et de coquilles vides. C’est d’un même esprit marchand que les « républicains » les plus fins vous diront qu’au bout du compte, « voyons, tout le monde sait que la République est l’antithèse de la monarchie ! » Ce que récuse fort à propos l’ouvrage de Frédéric Rouvillois en rappelant que son plus grand théoricien français, Jean Bodin, vantait déjà la république sous l’égide d’une monarchie. Et c’est ici que notre auteur me déçoit quelque peu, dans le fait de ne pas (vouloir ?) rebondir sur ce caractère protéiforme de l’esprit républicain, sur cette constance du vocable au fil des siècles, bien avant que le parlementarisme ne s’en empare. Rouvillois aurait ainsi pu donner le change à ses poursuivants lors de son grand oral…

Il fallait en effet les entendre, Caroline Broué et Serge Audier, ce 1er décembre 2015 dans le studio de La Grande table (émission intitulée « De quoi la République est-elle le nom ? »). Invité à venir parler de son livre, Frédéric Rouvillois a été très vite sommé de prouver qu’en disqualifiant de la sorte le cordon sanitaire de la « République », il ne faisait pas… « le jeu du Front national ». Le sérieux de l’émission s’en trouvait aussitôt amoindri et le malaise était palpable : on venait dire que la République française n’était qu’un lieu vide et les cerbères se bornaient à se satisfaire qu’au moins l’ennemi de commande en soit tenu à l’écart. « De quoi la république est-elle le nom », disions-nous ? D’une pantalonnade qui court depuis deux siècles. D’un ectoplasme institutionnel qui n’existe que dans l’opposition stérile : hier à la monarchie, au Front national aujourd’hui.

L’essai de Frédéric Rouvillois est donc bienvenu. Mais à la manière de la plupart des ouvrages politiques tant soit peu médiatisés, il déconstruit sans reconstruire. Rouvillois daube sur cette « République » des partis qui fait la pluie et le beau temps depuis bientôt cent-cinquante ans mais le mot même ne lui semble pas mériter, par essence, un regain de légitimité. Que la « République » soit à l’heure actuelle l’apanage des charlots, tous les médias en témoignent. Mais alors que mettre en lieu et place ? Et si la République était à la nation ce que la forme est à la matière ?

Etre (ou ne pas être) républicain

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