Image extraite du film "La grande bouffe" de Marco Ferreri.
Le sens de la révolte n’attend point le nombre des années mais il ne se laisse pas non plus oublier par le grand âge. On apprend ainsi par mLyon.fr que la révolte gronde dans une maison de retraite de la Croix-Rousse. On sait, depuis les révoltes des canuts et autres Voraces, que le quartier est réputé pour sa mauvaise tête et sa capacité à s’insurger quand on vient d’un peu trop près lui expliquer comment il faut vivre et comment il faut se taire.
S’inscrivant dans cette aimable tradition historique, les vieux de cet établissement (oui, nous disons les vieux car l’euphémisation « personnes âgées » ou pire, « troisième âge », a quelque chose de glaçant), ont écrit une pétition qu’ils ont envoyé à l’adjointe au maire chargé des vieux, justement, ce qui prouve qu’ils ont toute leur tête. La raison de leur colère : depuis le 1er avril, leurs menus ont changé. On savait les socialistes capables de tout, même le très macronien rose délavé Gérard Collomb, mais tout de même pas d’affamer nos anciens.
Auparavant, le restaurant Hénon, un établissement associatif pour vieux du quartier fournissait des repas merveilleusement caloriques, de vrais et délicieux attentats diététiques dans la plus pure des traditions lyonnaises. Après tout, ce n’est déjà pas drôle d’être vieux, encore moins vieux dans une maison de retraite, alors autant profiter jusqu’au bout des plaisirs de l’existence. On partage pleinement la colère unanime des pétitionnaires dont une dizaine boycottent la nouvelle dictature alimentaire de la maison de retraite : les cochonnailles, les tabliers de sapeur, les gras-doubles sont autant de moyens de tutoyer la Camarde et de la narguer. Elle vient assez souvent avec sa faux dans ce genre d’endroit pour ne pas l’accueillir en rigolant en lui demandant cinq minutes pour terminer son verre de Côtes-du-Rhône et sa cervelle de canut.
Mais voilà, ça ne pouvait pas durer. Il a été décidé que ce n’était pas sain, de manger comme ça. Qui sait ce qui peut arriver à 95 ans si on abuse de la bonne chère : une hypercholestérolémie, un infarctus, de l’hypertension voire un AVC prématuré ? Un pays moderne et civilisé, avec un système de santé encore (un peu) performant, se doit de travailler dans la prévention. Du coup, on leur a servi, depuis avril, des menus équilibrés, c’est-à-dire ennuyeux comme la pluie.
Imaginons donc, un instant, la détresse du vieux qui voit le quinoa se substituer à la rosette, le blanc de poulet en papillote au saucisson chaud et la compote à l’île flottante. On peut aussi se demander quel démon hygiéniste pousse ainsi notre société à traquer le moindre des plaisirs sous le prétexte d’un axiome paradoxal : ce qui est bon serait mauvais. Néopuritanisme mal refoulé, tyrannie de la santé ou tout simplement désir des autorités, quelles qu’elles soient, d’intervenir dans le moindre des détails de notre vie quotidienne pour montrer qu’elles ont encore du pouvoir alors qu’il est de plus en plus manifeste qu’elles n’en ont aucun pour changer l’essentiel ?
On décide qu’il est interdit de fumer dans les bars le jour où l’on s’aperçoit qu’on ne peut rien contre le chômage, on interdit aux vieilles voitures de rouler dans les centres-villes sans trop se demander pourquoi des gens n’ont pas les moyens de s’en acheter une neuve moins polluante ou de vivre près de leur travail, on décrète des couvre-feux pour les mineurs dans certains quartiers parce que c’est plus commode et moins cher de surveiller un ghetto que de favoriser la mixité sociale.
Et pour finir, on explique aux vieux qu’il faut mourir, mais qu’il en va, pour leur bien, qu’ils meurent en bonne santé, le nez dans un yaourt 0 %.
En ce mois de juillet, un nouveau directeur technique a pris ses fonctions au sein d’Airbus Group. C’est un Américain de 36 ans, Paul Eremenko, qui a fait jusqu’ici l’essentiel de sa carrière dans une annexe du Pentagone, la DARPA (Defense advanced research program agency ), chargée des techniques de pointe en matière d’armement : robotique, drones, satellites. Cette nomination appelle plusieurs questions :
– N’y a-t-il en Europe aucun ingénieur qualifié pour occuper ce poste ?
– La réciproque est-elle concevable : Boeing nommant un directeur technique ayant travaillé dans son pays dans le domaine de la défense ? Rappelons que l’armement est dans le périmètre du groupe Airbus, comme de Boeing.
On peut douter de cette réciprocité au vu d’une récente loi américaine qui prescrit qu’en cas de prise de contrôle d’une entreprise stratégique par un groupe étranger (même venu d’un pays de l’OTAN, bien évidemment), le gouvernement américain se réserve de nommer l’ensemble des membres du conseil d’administration et de la direction, les nouveaux actionnaires n’ayant d’autre droit que de connaître les comptes et de percevoir des dividendes.
Voilà un pays où l’« intelligence économique » est un vrai souci, pas un sujet de colloques ! Mais le fait le plus remarquable est qu’avec cette nomination, aucun Français n’occupera désormais une des cinq fonctions majeures de la direction du groupe Airbus. Direction générale : un Allemand (Tom Enders). Finances : un autre Allemand. Affaires juridiques : un Britannique. Marketing : un Américain. Technique : désormais un autre Américain.
Les postes de directeur de la stratégie et de président d’Airbus Industrie, encore détenus par des Français, ont perdu beaucoup de leur contenu depuis la réorganisation du groupe opérée par Tom Enders en 2014.
Cette réorganisation comprenant la fusion de la direction générale d’EADS et de celle d’Airbus industrie au sein d’Airbus Group, s’est accompagnée du transfert du siège à Toulouse, ce qui a fait illusion aux Français , toujours plus sensibles aux symboles qu’aux réalités et qui n’ont pas vu que les deux postes évoqués passaient désormais sous le contrôle étroit du PDG.
Dans la foulée, le même Enders a créé Airbus Defense & Space (ADS), réunion d’Astrium et Cassidian dont le siège a été installé à Munich avec un management presque 100% allemand. Décision d’autant plus étonnante, elle aussi, que les poids lourds dans le domaine considéré sont la France et la Grande-Bretagne. La partie électronique de cette entité vient d’être cédée, sans que personne en France ait eu son mot à dire et alors même que Thalès était candidat, au fonds KKR. Un fonds dont on sait qu’il a recruté en 2013 l’ex-directeur de la CIA David Petraeus.
Une telle situation est d’autant plus paradoxale que l’Etat français est encore actionnaire du groupe à hauteur de 11 % et surtout qu’Airbus est historiquement une création française qui doit son essor, au sortir de la guerre et pratiquement jusqu’à la privatisation, à des investissements publics très importants, payés par le contribuable français. Rien non plus pour l’Espagne actionnaire à 4 %. Ne nous étonnons pas qu’aujourd’hui en Chine, on tienne l’Airbus, créé en France par des ingénieurs français pour un avion allemand !
Il est aujourd’hui politiquement incorrect dans les sphères dirigeantes françaises et au sein du groupe, « à l’heure de la mondialisation », d’entrer dans ce genre de considérations jugées chauvines et reflétant un nationalisme dépassé. Pourtant, savoir qui a le pouvoir dans le groupe Airbus intéresse au premier chef notre pays : la désindustrialisation aidant, l’aéronautique représente aujourd’hui, avec ses sous-traitants, le tiers de l’emploi industriel civil.
Par ailleurs les opérations d’internationalisation du groupe semblent s’être traduites par une diminution continue de la part de l’emploi français (à périmètre constant, c’est-à-dire sans compter les apports initiaux allemands ou autres) dans l’emploi total du groupe. Une voix syndicale autorisée nous dit que depuis quinze ans les plans sociaux touchent principalement la France et le Royaume-Uni, très peu l’Allemagne.
On aimerait que ces considérations, jugées donc chauvines et déplacées dans la classe dirigeante française, soient jugées aussi dépassées à Washington et à Berlin. Mais, entre le nationalisme implacable de l’un et celui, plus rampant de l’autre, on en doute. Peut-être serait-il temps que la France fasse valoir ses intérêts au sein d’Airbus Group ?
Le 2 octobre prochain, le gouvernement hongrois proposera par référendum le rejet de la politique de quotas imposée par Bruxelles (« Approuvez-vous que l’Union européenne puisse imposer l’établissement en Hongrie de ressortissants non Hongrois sans l’accord de l’Assemblée nationale ? »). Référendum dont l’issue en faveur du rejet ne fait pas de doute, mais dont il n’est pas certain qu’il puisse être validé, nécessitant pour ce faire 50 % + 1 voix de participation, ce qui n’est pas acquis. A 18 mois des prochaines législatives.
Quelle que soit l’opinion que l’on aura sur le sujet, il est évident que le thème de l’immigration, cheval de bataille de Viktor Orbán, vient à point pour faire oublier les affaires de corruption qui entachent des proches du gouvernement. A un moment aussi où les grands syndicats et certaines professions se mobilisent (enseignement, santé). C’est de bonne guerre, dira-t-on. Sauf que le combat se déroule à armes inégales. En effet, le gouvernement vient de lancer une impressionnante campagne d’affichage sur la voie publique, d’encarts et de spots dans les médias. Campagne qui coûte une fortune, et ce aux frais du contribuable. Ce que ne peut s’offrir l’opposition.
Une campagne dont les slogans hostiles au migrants grossissent quelque peu la réalité, sur le leitmotiv du « Le saviez-vous ? » Ce qui est habile, mais sournois, est qu’ils reposent sur un fond plus ou moins réel, mais habilement déformé. Quelques exemples : « Le saviez-vous ? L’attentat de Paris a été perpétré par des migrants », « Le saviez-vous ? Depuis le début de la crise migratoire, le nombre des agressions contre les femmes augmente en flèche » ou encore « Le saviez-vous ? Bruxelles entend implanter chez nous des immigrants illégaux équivalant à la population d’une ville. »
Dans ce dernier cas, l’assertion ne traduit pas la réalité, le nombre avancé par Bruxelles étant de 1 900 (sur une population de 10 millions d’habitants), qui plus est non pas des « illégaux », mais des demandeurs d’asile. Quant aux attentats de Paris, les auteurs du slogan jouent habilement sur les mots car, si deux des terroristes du 13 novembre étaient effectivement irakiens, tous les autres assaillants étaient des ressortissants français ou des Belgo-Marocains nés en Belgique…
Mais bon, on peut donner à parier que la campagne va faire mouche. Dans une population hongroise où 72 % des personnes interrogées déclarent avoir une mauvaise opinion des musulmans, dont le nombre ne dépasse pas en Hongrie les 50 000. Par comparaison, en France, qui dénombre une population d’au moins 5 millions de musulmans, 29 % des personnes interrogées déclarent avoir une mauvaise opinion d’eux, le reste établissant un distinguo entre musulmans et islamistes[1. Sondage réalisé par l’institut américain Pew Research Center.].
Face à cela, l’opposition est divisée entre partis prônant d’aller voter pour contrecarrer l’initiative et d’autres de s’abstenir pour la rendre caduque. Sans parler des écologistes du LMP qui viennent de soutenir le référendum.. Une fois de plus, l’opposition montre sa faiblesse et la tactique de Viktor Orbán — « diviser pour mieux régner » — porte ses fruits. Encore qu’il n’ait nul besoin d’intervenir pour ce faire, l’opposition sachant fort bien se diviser toute seule comme une grande, sport dans lequel elle est passée maîtresse.
97 % des investissements hongrois grâce à des subventions européennes !
On peut pratiquement parler d’une campagne de désinformation, mais ce qui choque le plus est qu’elle utilise des fonds publics pour influer sur l’issue du scrutin. Quant au scrutin lui-même, il remet en cause la décision d’une instance européenne dans laquelle avait siégé Viktor Orbán lui-même…
L’immigration, un thème également bienvenu pour descendre une fois de plus en flèche les institutions européennes, voire remettre en cause l’Union européenne. Certes, Viktor Orbán n’est pas le seul et force est de reconnaître que sa critique n’est pas tout à fait infondée. Il est en cela soutenu par deux de ses partenaires du Groupe de Visegrád (le « V4 ») : la Pologne et la Slovaquie, le quatrième, la République tchèque, se tenant prudemment à l’écart.
Il est vrai que les critiques ne sont pas totalement injustifiées, et l’on observe partout ailleurs aussi, à commencer par chez nous en France, des mouvements souverainistes de plus en plus de plus en plus soutenus. Là où le bât blesse est que la Hongrie figure parmi les premiers bénéficiaires des subventions de Bruxelles qui financent 97 % (chiffre officiel) de ses investissements. Pour résumer de façon un peu simpliste et prosaïque cette attitude on croirait entendre un ado dire : « Papa, laisse moi tranquille, mais donne moi mon argent de poche ! »
Mais de là à parler de « Hungexit », on en est loin et il n’en est pour l’instant nullement question. Un récent sondage donne d’ailleurs une majorité de Hongrois en faveur du maintien. Voilà au moins une bonne nouvelle…
Je m’adresse directement à vous plutôt qu’à votre supérieur hiérarchique, qui semble complètement dépassé par les événements. A sa décharge, il nous avait prévenus : il serait un président normal. Manque de bol, ça tombe au moment où la France est en train de vivre l’une des plus sinistres périodes de son histoire.
La gauche Titanic
Je vous écris car vous me semblez être l’un des rares, dans votre camp, à prendre la mesure de la situation. Rassurez-vous, ce n’est pas un réac qui rédige ces lignes. Vous me direz, ce mot a été tellement galvaudé par vos amis, qu’il ne signifie plus grand-chose. Non, l’auteur de cette lettre est même quelqu’un qui a longtemps voté à gauche mais qui, comme des millions de Français, s’en est éloigné progressivement. L’âge et le fait d’être père de famille peut-être. Le discours victimaire de vos amis et leur mollesse face à l’islamisme, sûrement.
La gauche me fait désespérément penser au capitaine du Titanic. Alors que l’eau s’infiltre de toute part et que le bateau coule, l’honorable capitaine préfère sombrer avec, en tenant dignement la barre. Question de principe. Ah, les principes ! Nous avons les mêmes. Je suis, comme vous, attaché aux valeurs de la République et des Lumières, ainsi qu’à l’Etat de droit. Mais lorsque nous sommes en guerre, comme vous nous le martelez quotidiennement, peut-on décemment s’arc-bouter sur ces principes si ceux-ci nous empêchent de combattre efficacement l’ennemi ? C’est notre mode de vie et notre vie tout court qui sont en jeu ici !
Disons-le autrement. L’État de droit est un principe intangible en temps de paix. L’est-il aussi en temps de guerre, lorsque c’est l’existence de nos enfants, de nos femmes, de nos amis juifs, de nos prêtres, de nos dessinateurs, de nos forces de l’ordre qui sont menacées ? Vous avez encore déclaré hier, au journal de TF1, que « ce n’est pas en mettant en cause nos droits que nous gagnerons la guerre contre le terrorisme ». N’y a-t-il pas quelque chose d’effrayant à se priver des mesures adéquates contre ces monstres au nom du sacrosaint droit ? Croyez-vous que Churchill, de Gaulle, Jean Moulin et consorts ont combattu nos ennemis et la barbarie nazie avec délicatesse ? Et Clemenceau – je sais que vous l’admirez -, a-t-il consulté le Conseil d’Etat pour mener la France à la victoire en 1918 ?
Mettre nos ennemis hors d’état de nuire
Il y a un gros problème. Un problème tragique. Les barbares qui égorgent, mitraillent, écrasent nos enfants et nos concitoyens, on les connaît. Ils ont quasi systématiquement le même profil et profitent de notre pudibonderie légaliste, bref de notre faiblesse. Ce sont de jeunes musulmans (disons entre 18 et 45 ans pour faire large), binationaux ou étrangers, avec un casier judiciaire et souvent fichés S. Or, respectueux de « l’Etat de droit », on s’interdit de les empêcher de passer à l’acte et beaucoup se faufilent entre les mailles de notre surveillance policière. Il faut dire qu’ils sont si nombreux sur notre territoire… Combien de temps va-t-on encore accepter cette situation ?
Kennedy disait que la politique consiste à choisir la moins mauvaise des solutions. Raymond Aron ajoutait : « le choix en politique n’est pas entre le Bien et le Mal mais entre le préférable et le détestable. » Le risque zéro n’existera jamais en matière de terrorisme. Mais nous avons la possibilité de réduire fortement la menace en expulsant ou en mettant hors d’état de nuire (par privation de leur liberté, de tuer) ceux qui ne partagent pas les valeurs de la République française, ne respectent pas ses lois et risquent de commettre à tout moment des atrocités. Rien de fascisant, me semble-t-il, à prendre de telles mesures pour sécuriser notre pays et protéger nos familles. Il ne s’agit pas de cibler une communauté entière, mais les délinquants multirécidivistes ou les fichiers S d’une communauté. Dans le cas contraire, nous nous condamnons à mener une guerre asymétrique face à des ennemis qui, eux, n’ont peur de rien, surtout pas de mourir.
Certes, cela présente des inconvénients : la communauté musulmane risquerait de se sentir « stigmatisée », un mot qu’on dégaine si facilement de nos jours. C’est extrêmement regrettable, je vous l’accorde, mais tragiquement secondaire vis-à-vis de la menace à laquelle nous devons faire face. Il n’y a pas de solution idéale monsieur le Premier ministre. Et si nous attendons une mesure qui permette de combattre efficacement la barbarie islamiste, sans que la communauté musulmane ne se sente stigmatisée et en respectant scrupuleusement l’État de droit actuel, on risque d’attendre longtemps et de continuer à se faire massacrer au coin de la rue, à la terrasse d’un café, dans une église, une salle de concert ou ailleurs… Lequel de ces deux choix vous semble le moins détestable ?
Monsieur le Premier ministre, il faut absolument que vous hiérarchisiez les menaces. Le plus grave, ce n’est pas l’amalgame ou la stigmatisation, aussi condamnables soient-ils. Quant à la montée du FN (j’entends cela depuis trente-cinq ans), vous et vos amis contribuez à l’alimenter en égrenant un discours victimaire et en combattant la barbarie avec autant de tabous. En désespoir de cause, une majorité de nos compatriotes se jetteront tôt ou tard dans les bras de ceux qui leur paraissent les plus fermes et décomplexés face à l’horreur. Surtout si, comme c’est malheureusement probable, les attentats se poursuivent ou s’amplifient. Les bougies, les minutes de silence, vos discours martiaux, l’Etat d’urgence ou la réorganisation des services de police ont visiblement le même effet qu’un pansement sur une jambe gangrenée.
Relisez les Mémoires de Churchill, qui écrit dès les premières pages de son livre que « la malveillance des méchants est renforcée par la faiblesse des vertueux ». Ou encore page 165, évoquant la politique de Chamberlain, si faible face à Hitler : « De nobles intentions jugulées par l’inertie et la timidité ne peuvent rien contre une malfaisance résolue et bien armée. » Soyez Churchill plutôt que Chamberlain monsieur le Premier ministre !
Nous sommes confrontés aux nazis du XXIe siècle. Peut-être sont-ils plus redoutables encore. Parce que eux, ils n’ont pas peur de la mort, ils la souhaitent. Allons-nous attendre un 11 septembre à la Française et des milliers de victimes comme le redoutait le juge Trévidic l’an dernier pour agir au lieu de réagir ? Face à la barbarie, l’éthique de responsabilité ne doit-elle pas primer sur l’éthique de conviction ? La lucidité, l’efficacité et l’action sur tout le reste ?
Les prochains attentats briseront encore de nombreuses familles. Ils seront sans doute perpétrés par des jeunes musulmans connus de la justice, voire fichés S. Nous le savons, vous le savez déjà…
Maurice G. Dantec est mort brutalement le 25 juin à Montréal, à l’âge de 57 ans. On retrouvera dans ce texte, publié dans la revue Salamandra le 28 juin 2003, la verve, les outrances, le talent et aussi le caractère visionnaire de cet écrivain attachant. Nous remercions Florence Kuntz, qui a eu la bonne idée de le republier pour lui rendre hommage, ainsi que Sylvie, son épouse qui nous a autorisés à le faire. Et nous lui présentons, ainsi qu’à sa fille, nos affectueuses condoléances.
J’ai vu l’Europe du futur, un soir, alors que le soleil tombait sur Sarajevo dans un silence majestueux, même pas troublé par le tir des snipers.
C’était beau comme un monde qui s’effondrait sous son propre poids. C’était aussi beau, et terrible, sans doute, qu’un trou noir. J’en avais les larmes aux yeux.
J’allais rentrer en France, la Paix de Dayton serait bientôt signée, c’était la FIN, dans tous les sens du terme.
L’Europe du futur, je croisais son uniforme tous les jours, celui des forces de l’ONU, cette maréchaussée des génocides, l’Europe du futur c’était cette impotence assumée comme telle, ce pacifisme de caniveau démocratique, ces vieilles harpies du bolchevisme qui commettaient toutes leurs abominations au nom de l’Homme sous les yeux impassibles des gouvernements libéraux ou sociaux-démocrates qui mettaient la main à la pâte de Schengen et de Maastricht, en laissant s’accomplir sur ce qui était censé devenir leur territoire futur le pire programme de génocide depuis la Seconde guerre mondiale, et alors même que les peuples de l’Europe orientale s’étaient libérés, sans le moindre secours de leur part, évidemment, d’un joug totalitaire demi-centenaire.
Dans un siècle seulement, la honte nous clouera au cercueil de l’histoire, dans un demi-siècle on commencera sans doute à parler ouvertement de trahison, et dans une génération l’Europe connaîtra le prix du sang et des larmes…[access capability= »lire_inedits »]
[…]
Aaah, l’Europe…
L’Europe du futur, lorsque je rentrai de Sarajevo, faisait la grève générale contre un gouvernement et un présent qu’elle venait tout juste d’élire, on me permettra de trouver quelque analogie avec la situation présente.
Les Agents de la Fonction Publique avaient des revendications très pressantes – on les comprend, pauvres diables –, et les Étudiants aussi. À plusieurs d’entre eux, dans la rue, lors de leurs déambulations manifestatoires, je demandais à brûle-pourpoint s’ils n’avaient pas quelques livres à céder pour de malheureux collégiens dont les écoles avaient été rasées et les instituteurs fusillés par une bande de psychopathes communistes, dans un pays EUROPÉEN.
J’évitais de justesse à plusieurs reprises l’incident diplomatique, façon Crise des Missiles.
J’avais vu l’Europe du futur dans le crépuscule de Sarajevo, je voyais maintenant son centre opératif présent, en action, à la lumière de toute la société qui était soi-disant la mienne.
Car l’Europe du futur, c’est la France bien sûr.
Qui pourrait oser penser, sans prendre le risque d’un ridicule cuisant, que quelque chose d’européen – en quelque domaine que ce soit – puisse se faire sans la France ?
Et mieux encore, que quelque chose de français puisse se faire sans l’Europe ? C’est-à-dire sans l’Europe que la France a faite, ou plus précisément encore : sans l’Europe que la France n’a pas faite, n’a pas su faire, ne veut pas faire, et a toujours défait le jour venu ?
Il existe plusieurs pour méthodes pour tuer une civilisation. L’une d’entre elles, et c’est une des meilleures, consiste à la rendre malade puis à lui faire croire qu’on la sauve, et que la médecine administrée, en réalité un très méchant poison, va la remettre sur pied en deux temps, trois mouvements.
C’est ce qu’est en train de nous vendre l’eurocratie bruxelloise, grâce au cartel des barbons giscardiens, avec cet informe papelard que d’aucuns osent dénommer « constitution ».
Oui, j’ai vu l’Europe du futur : une grande zone libérale-socialiste sans plus la moindre souveraineté politique, et encore moins religieuse, sans plus la moindre HISTOIRE : et les Américains, dont on se gausse à ce sujet un peu trop souvent, nous rabattront bien vite le caquet, comme d’habitude depuis un siècle, c’est d’ailleurs déjà fait.
Oui, j’ai vu l’Europe du futur : celle des Borgia et des guerres de Religion fera piètre figure en regard du formidable processus implosif qui attend ce continent qui tourne le dos à lui-même, à l’Occident, au Christianisme, à la Liberté.
Ah, j’entends déjà les voix nasillardes des bonnes de chambre de la République, celle des journalistes aux ordres, venir geindre à mes oreilles : fasciste, Cassandre, « Bushiste », j’en passe, la racaille gauchiste au pouvoir depuis vingt-cinq ans n’aime pas qu’on lui rappelle ses crimes, ses mensonges, ses errements, et encore moins ceux qu’elle se prépare à commettre.
Et pendant que vingt-cinq siècles d’histoire européenne agonisent aux pieds de la bureaucratie bruxelloise, pendant que l’on tente – depuis Paris, tiens ? – de supprimer toute référence active à la civilisation chrétienne dans ce qui est censé modeler la Charte du futur citoyen de la Nouvelle Union, […] les vendeurs d’opérettes sociales et les boutiquiers des avenirs radieux s’affairent autour de sa carcasse, et essaient de lui arracher quelques dernières concessions.
Alors, c’est sûr, en dehors de la ténébreuse certitude de cette extinction prochaine, je ne vois qu’une zone grise, avec en arrière-plan, au loin, une ligne de feu bien rouge, comme si un profond et dense brouillard recouvrait de ses nuées la présente d’un violent incendie à l’horizon.
Un soir, il y a longtemps, c’était vers 1977, ou 78, je roulais avec quelques compagnons dans une ancienne Simca aux alentours de Poissy, lorsque nous étions passés le long des anciennes usines dudit constructeur automobile, puis, sans que je puisse me rappeler où nous étions avec précision, nous avions traversé un très beau pont métallique sur la Seine, dans un décor de friches industrielles et de voies d’autoroutes qui se déploya comme un écran cinémascope sur le pare-brise, irisé par une pluie fine qui tombait d’un ciel aux nuages intermittents, dans une lumière étrange et douce, argentée ; et tandis qu’une cassette de Kraftwerk déroulait ses boucles électroniques dans l’habitacle humide, j’avais alors, sous l’influence ouvertement néoconstructiviste, ou néofuturiste, des musiciens rhénans, et de plusieurs substances illicites, imaginé le même coin anonyme de la banlieue projeté un demi-siècle plus tard, avec des lignes d’aérotrains à sustentation magnétique qui relieraient Paris, Berlin, Moscou, des immeubles géodésiques dédiés à la science spatiale germano-russe plantés sur le terrain des usines désaffectées, des cathédrales en forme de nefs cosmiques s’élevant à l’horizon, puis beaucoup plus tard dans la nuit, alors que la drogue me tenait éveillé dans une maison où tout le monde dormait à poings fermés, une sorte d’urbanisme géopolitique prit forme dans ma tête.
J’imaginai une vaste fédération euro-russe, après que l’Otan eut victorieusement disposé du communisme est-européen, puisqu’une « anti-révolution de 17 » eût remis en place une monarchie impériale constitutionnelle en Russie. Une alliance hémisphérique boréale se dessinerait alors, parallèlement à une unification hémisphérique panaméricaine, de l’Alaska à Ushuaïa. Seule une telle union à « double polarité », est-ouest et nord-sud, me semblait en mesure de contenir le futur géant chinois, et les différentes formes de despotisme oriental qu’il trouverait comme alliées dans le « tiers-monde », ou ailleurs. Seule une telle « construction européenne » me semblait en mesure de proposer un avenir radieux aux populations divisées du continent, et au reste du globe, sans quoi, me disais-je…
J’étais alors très jeune, j’avais encore peu lu, et encore moins vécu, mais je n’allais pas tarder à comprendre.
Au début des années 80, et au fil des ans plus encore, le rêve sombra peu à peu, alors qu’il devenait évident que toutes les trahisons de la civilisation européenne étaient en voie d’être accomplies par nos gouvernements, de gauche comme de droite, socialistes comme libéraux, et que, pire encore, une dialectique mortifère avait fort à propos contaminé les esprits et rendu tout authentique débat impossible : en effet, entre l’Europe de Bruxelles (qui serait bientôt celle de Maastricht) et les diverses rodomontades « souverainistes » qui déjà se faisaient entendre (PCF, FN, néogauchistes, archéogaullistes, etc.), nul autre choix, comprenez-le bien, n’était possible. Entre les merdiques gestionnaires libéraux-socialistes et l’opposition facho-coco, point de salut. Entre la République bourgeoise girondine et ses compromissions, et la République bourgeoise jacobine et ses crimes, pas de troisième terme, je le savais depuis le collège, ne me l’avait-on pas assez répété !
On comprendra dès lors un peu mieux comment l’idée de ce « troisième terme », a priori impossible, n’est-ce pas, a commencé, et à mon corps défendant, à venir trotter dans ma tête, sous la forme d’une couronne, d’un sceptre, et d’un globe terrestre surplombé d’une croix.
Qu’on ne m’en veuille pas si, après Nietzsche, et par lui, j’en vins à Joseph de Maistre, m’accordera-t-on quelque circonstance atténuante si je prétends que le rêve européen est en attente depuis douze siècles d’un nouveau Rex Carolingus ?
Aïe, aïe, aïe, vous n’êtes pas sérieux, dites-nous, jeune homme, quoique que vous soyez déjà quadragénaire, ce qui aggrave d’autant plus votre cas…
Nous voulons du RATIONNEL. Du POLITIQUE, enfin tel que nous comprenons ce mot, i.e. une variation de l’économie ou de la sociologie. Nous voulons un PLAN. Genre quinquennal. Nous voulons la démocratie pour 450 millions d’Européens, et sans que cela nous coûte trop cher, en taxes diverses, comme en pétitions de principe, quoique de ce point de vue là nos réserves soient considérables.
Alors vous comprenez, vous et vos chimériques visions du Saint Empire Romain Germanique…
Je sais, je sais, suis-je dans l’obligation d’avouer, ce n’est pas sérieux, de ce sérieux qu’empruntent (à très bas taux) les bourgeois dès qu’il s’agit de perpétrer leurs méfaits, mais que voulez-vous, ce n’est pas ma faute si je crois que l’Europe est mal barrée depuis le désastreux traité de Verdun de 843, qui non seulement réduisit la France à un minable bandeau de terre s’étendant de la Somme au Languedoc, mais la divisa à tout jamais de sa fonction impériale.
Clovis et la dynastie franque avaient su faire de leur Royaume naissant la fille aînée de l’Église, dès 496, consacrant ainsi le premier État chrétien d’Occident, vingt ans après la chute de l’Empire romain d’Augustule.
Lorsque Charlemagne prend en main le sceptre royal de France, un peu moins de trois siècles plus tard, il accomplit ce processus historial en faisant en sorte d’être ordonné, grâce à la clairvoyance des papes de l’époque, comme premier Empereur chrétien d’Occident, en concurrence certes avec les basileus de Constantinople, représentant l’Empire d’Orient qui durerait jusqu’en 1453, mais uni à eux par la même religion, car en cette lointaine et brillante époque, le Catholicisme s’étendait sans la moindre division intestine de l’Atlantique à la Méditerranée orientale, unifiant une multitude de peuples, de langues, de cultures, dans un projet civilisationnel dont même les échecs futurs stupéfieraient le monde par leur grandeur. Mais en 843, l’union du Royaume de France et de l’Empire d’Occident est brisée, par des Papes de moins en moins clairvoyants, et au xe siècle le Globe Impérial finira dans les mains des puissances germaniques, pour le plus grand malheur des peuples.
Le nationalisme bourgeois ne pouvait que s’étendre, la compétition économique l’envenimer, les guerres ravager le continent, les grandes hérésies se reconstituer, les schismes advenir, et finalement le modernisme social et industriel se propager. Seule la France aurait pu en ces années cruciales fonder, c’est-à-dire fondre, fusionner, une civilisation européenne chrétienne qui se serait étendue de Galway au Bosphore, et plus loin encore. À la fois celte, romaine et germanique, elle seule pouvait prétendre à un catholicisme – c’est-à-dire à un universalisme –politique pour tout l’Occident, elle seule aurait pu devenir l’axis europei qui jamais ne se fixa.
Mais vous vous enfoncez, jeune homme de quarante ans et des poussières, que nous importent en effet vos jérémiades sur un passé datant d’un millénaire ? Ne savez-vous pas que le monde est né aux alentours de 1968, avec la pilule anticonceptionnelle, le double album blanc des Beatles, l’Internationale situationniste et les romans d’Henri Troyat ? Que sans l’invention de l’ampoule électrique, de la machine à vapeur et de la presse à imprimer, nous ne serions tout juste que des êtres à l’apparence simiesque ? Que le christianisme, certes, c’est parfois très beau, n’est-ce pas, mais de là à vouloir en faire un projet de société contemporain, et plus encore pour 25 nations aussi différentes, je crois que la prise de vos médicaments s’impose de toute urgence.
Certes, certes, j’en conviens, je n’ai pas encore pris ma petite pilule au lithium qui m’aide à supporter l’insupportable, sans pour autant me faire tolérer l’intolérable, je me confesse : je me suis laissé emporter.
En effet, […] que pourrait bien accomplir une religion comme le judéo-christianisme pour UNIFIER 25 nations, dont l’une sera d’ailleurs à forte composante islamique ?
Que pourrait faire, c’est vrai, en toute honnêteté, un principe religieux qui durant mille ans avait permis au continent, et à tous ses peuples, de commencer à devenir une civilisation ?
En effet, cher monsieur, nous ne vous le faisons pas dire. On peine à croire qu’un homme comme vous, pourtant né comme nous autres à peu près au moment de la Création-Du-Monde, n’ait pas songé à proposer une version marxiste-léniniste dopée aux phéromones Debordistes, qui font tant fureur aujourd’hui, ou alors une de ces litanies anticapitalistes humanitaires qui rythment le parcours obligé de tout auteur français qui se respecte, voire – comme vous le disiez vous-même, nous semble-t-il – l’épopée d’une vaste confédération euro-russe qui permettrait par exemple aux agriculteurs du Roussillon d’échanger leurs tomates ou leurs poires contre des tonnes de viande de renne venue de Sibérie, vraiment, nous ne comprenons pas, il y a pourtant du bon dans la constitution eurogiscardienne, surtout pour nos Airbus, mais évidemment, si pour vous, seule une RELIGION peut unifier tant de différences, c’est que vraiment vous ne croyez ni aux miracles de la Centrale-à-Charbon, ni à ceux de la Réglementation, et moins encore à ceux de la démocratie parlementaire, il est hautement probable que vous êtes en fait un dangereux réactionnaire, monsieur, et cela, sachez-le, dans la Patrie-des-Droits-de-l’Homme-et-de-l’Urinoir, cela ne se fait pas, nous vous dénoncerons à la Police Intellectuelle dès que vous aurez tourné le dos.
Alors comment imaginer, dites-moi, une Europe du futur, puisque Aix-la-Chapelle n’est plus qu’une petite bourgade folklorique et que c’est à Bruxelles que se dessinent les plans de l’avorton terminal ?
Quiconque a traversé ce non-pays qu’est la Belgique pour se rendre dans sa capitale ne peut, me semble-t-il, que ressentir une terrible impression de dérision et de ridicule, devant la désolante banalité des paysages et des hommes, cette bourgeoisie incarnée génétiquement, et finir par se dire que, pour sûr, l’Europe actuelle ne pouvait surgir que d’un tel endroit, et qu’un tel endroit avait été nécessairement choisi pour accoucher d’une telle Europe.
La Belgique a ainsi été intronisée, on ne sait pourquoi, centre de gravité historique du continent, ce fut une des plus fondamentales manœuvres des artisans de cette « construction européenne », juste après la Seconde Guerre mondiale, que de se servir de cette dernière, et des abominations du nazisme, pour adapter à l’échelle continentale les immondes institutions de l’ONU, et donc éradiquer de la conscience des peuples européens toute notion de souveraineté politique et religieuse.
Le projet suit son cours. Dans une génération, deux grand maximum, la catastrophe démographique post-communiste aura réduit la population russe à environ 100 millions d’individus, pour plus de 150 aujourd’hui, qui n’appelle pas cela un authentique désastre, surtout dans la configuration géopolitique et ethnico-religieuse de l’ex-URSS, est un docteur Knock de la politique.
Une constitution sociale-libérale aura achevé de déchristianiser politiquement et sociologiquement le continent à l’ouest de la Vistule, terminant le travail que le communisme aura accompli en trois quarts de siècle de l’autre bord.
Ce qui se profile aux États-Unis, avec les attaques en règle contre toutes les institutions chrétiennes, et leurs symboles, conduites par la confédération transpolitique du « gauchisme libéral », et qui vaut à ce pays des batailles constitutionnelles toujours recommencées et jamais vraiment terminées (les avis de la Cour suprême peuvent être annulés, ou « amendés »… par la Cour suprême), prendra racine sur le terreau social-libéral de la gauche européenne sans le moindre espoir de retour.
Une idéologie politico-religieuse bien plus dynamique, et violemment opposée aussi bien au judéo-christianisme qu’au modernisme post-chrétien, saura sans doute judicieusement utiliser ce vaste espace vide, peuplé de 450 millions de Bruxellois.[/access]
Arnaud Montebourg et Pierre Laurent. Sipa. Reportage : 00721349_000022. Reportage : 00722942_000020.
C’est désormais avéré : Pierre Laurent, le leader du PCF a pris langue avec Arnaud Montebourg. Et les points de convergence seraient nombreux et réels en vue de 2017.
C’est le communiste qui a fait le premier pas, publiquement, sur LCP, souhaitant une candidature entre « socialistes critiques, communistes, écologistes… » mais aussi « le parti de Jean-Luc Mélenchon ». Et, relancé par les journalistes, il n’a pas fallu le pousser de beaucoup pour qu’il reconnaisse ses convergences avec l’homme à la marinière.
On pourrait en déduire que la candidature de Moi-Mélenchon aura été le meilleur argument pour un rapprochement, somme toute inattendu Laurent/Montebourg, sur l’air de « les ennemis de mes ennemis sont mes amis » ? Oui, mais pas que.
Et Mélenchon cocufia son allié
En effet, il est de notoriété publique que la candidature de JLM annoncée en janvier, sans discussion avec ses alliés communistes, a froissé ceux-ci, pour rester poli. Bien qu’il conserve quelques soutiens au PC, comme Marie-George Buffet, Mélenchon semble s’être mis à dos bon nombre de dirigeants mais aussi de militants communistes, qui ont le sentiment de s’être fait faire un bébé dans le dos par leur « camarade Jean-Luc » parti seul à l’aventure des présidentielles, enterrant de facto le Front de gauche.
Mais les convergences Laurent/Montebourg semblent aller au-delà. D’abord, le PCF voit aussi, et surtout, les législatives de juin 2017, qui s’annoncent très compliquées. Or, si le PC soutenait une fois de plus JLM, quel bénéfice en tirerait-il de ce côté-là? (sauf à ce que JLM gagne la présidentielle, hypothèse volontairement non retenue par l’auteur, qui écrit en général à jeun).
Si la gauche perdait, avec Hollande candidat, les accords seraient fort compliqués entre Solferino et Fabien, le PS en voudrait d’autant plus à Mélenchon et le ferait payer de la seule manière possible en plombant le PC au maximum. Mais si Hollande gagnait, ce serait probablement sur une ligne centriste, avec Macron en étendard/rabatteur de juppéistes et bayrouistes égarés, et l’on voit mal là aussi le PS s’enfermer dans des alliances en contradiction avec un gouvernement macrollandais.
Non, Pierre Laurent, fin politique et placide aux nerfs d’acier, joue la carte Montebourg en vue d’amortir le choc des législatives, prenant le pari que seul celui-ci peut battre Hollande (ou Macron ou Valls) lors des primaires du PS. Et là, ça change tout.
Petits calculs à gauche
Car Montebourg candidat vainqueur des primaires, soutenu donc et par le PS et par le PC, cela aurait de quoi bouleverser la donne politique à gauche, où finalement Mélenchon passerait, du coup, pour le diviseur du candidat qui aurait réussi sur son nom à fédérer les grandes familles de gauche.
Alors, Montebourg, même perdant, aurait probablement les clefs de Solférino, et saurait récompenser les communistes, en repartant sur une sorte de remake du Programme commun, du chemin unitaire, le seul qui vaille pour les futures reconquêtes électorales….
À moins que Montebourg n’y aille malgré tout, hors le PS, et alors le soutien du PC ne lui serait que plus vital, et là encore l’espace pour Mélenchon serait réduit.
Mais il reste un hic : comment convaincre les militants communistes que Montebourg, qui fut deux ans ministre de Hollande avant de claquer la porte, c’est mieux que Mélenchon ? Surtout en repassant par la case primaires PS ? Surtout avec un programme, comme dessiné aux contours de l’Appel du Mont Beuvray, « colbertiste » voire « gaulliste » de gauche, faisant appel aussi bien aux syndicalistes qu’aux patrons de bonne volonté?
C’est là, probablement, que la conversation entre Laurent et Montebourg prend tout son sens. Le grand public, et même les experts, savent peu de choses de la pensée politique « intime » de Pierre Laurent, tant ses prises de positions publiques ne reflètent généralement qu’un compromis entre les courants antagonistes de la direction du PCF, où coexistent difficilement, sur fond de consensus formel antilibéral, maintes sensibilités.
Montebourg, dénominateur commun du PCF ?
Au Conseil national du parti, on retrouve, en vrac, des Nuitdeboutistes enfiévrés, des islamocompatibles résolus, des orphelins de Georges Marchais, des socialophobes hystérisés, des économicistes obsessionnels, des élus locaux prudentissimes et aussi beaucoup de communistes qui se posent des questions sur la situation nouvelle créée par les attentats, le dévissage de Hollande et la mort du Front de gauche – ce qu’on ne saurait leur reprocher.
C’est bien sûr autour de dernière cette mouvance communiste floue, « en recherche », qui reflète probablement l’opinion de la majorité des militants et des sympathisants, que Pierre Laurent devra s’appuyer. De source sûre, on dit ce dernier foncièrement attaché – en privé – aux valeurs républicaines, y compris donc à la laïcité et au patriotisme bien pensés. On comprend mieux, dans cette optique, qu’il préfère mordicus l’option Montebourg au ralliement du PCF à un Hamon, à une Aubry ou à une Taubira, qui tous, quoi qu’ils en disent, feraient bien don de leur personne à la gauche dès la rentrée de septembre.
Le patriotisme économique -et donc la réindustrialisation- qu’incarne – seul chez les frondeurs- Arnaud Montebourg, pourrait être un levier politique pour éviter ces candidatures-là, levier qui donnerait du contenu au consensus antilibéral en vigueur au PCF, et lui donnerait aussi de l’efficacité électorale, vu la popularité des thèses protectionnistes dans ce qu’on pourrait appeler « les territoires perdus de la gauche ».
Ce coup de poker est loin d’être gagné. Mais pour qui aime à la fois son pays et la gauche, il vaut d’être tenté.
Miliciens de l'Etat islamique, Falloujah, Irak. Sipa. Numéro de reportage : AP21800159_000007.
Je ne parlerai pas des martyrs de Charlie. Car je risquerais de parler de l’islam, et l’islam est une religion de paix et d’amour.
Je ne disserterai pas sur les massacres du Bataclan et d’ailleurs. Car je risquerais de parler de l’islam, et l’islam est une religion de paix et d’amour.
Je n’évoquerai pas les tueries de Boko Haram, de l’AQMI, d’Al-Qaïda, d’Al-Nosra et d’une foule d’autres groupes d’assassins organisés, en Syrie et ailleurs, au nom du Prophète, sur lui la paix et la lumière. Car je risquerais de parler de l’islam, et l’islam est une religion de paix et d’amour.
Je ne dirai rien des près de 300 morts tués dans un attentat à Bagdad le 3 juillet, ni des 15 autres tués dans la même ville le 25, ni… Car je risquerais de parler de l’islam, et l’islam est une religion de paix et d’amour.
Et j’ai eu tort de parler ici-même des infidèles tués au musée du Bardo l’année dernière. Car j’ai pris le risque de parler de l’islam, et l’islam est une religion de paix et d’amour.
Je ne rappellerai pas, pas même pour mémoire, les centaines de viols perpétrés à Cologne, entre autres, au dernier jour de l’An — bonne année ! Car je risquerais de parler de l’islam, et l’islam est une religion de paix et d’amour.
Je ne gloserai pas sur les attentats commis en Arabie saoudite, au Yemen, en Syrie, en Irak, en Turquie. Car je risquerais de parler de l’islam, et l’islam est une religion de paix et d’amour.
Ni même ne comptabiliserai-je les 80 morts de Kaboul de samedi dernier — les derniers dans une très longue liste. Car je risquerais de parler de l’islam, et l’islam est une religion de paix et d’amour.
Ne comptez pas sur moi pour condamner les attentats à la hache, à la machette, et autres procédés ingénieux perpétrés en Allemagne ces derniers jours. Car je risquerais de parler de l’islam, et l’islam est une religion de paix et d’amour.
De même ne commenterai-je pas l’utilisation d’acide au Pakistan pour défigurer les jeunes filles « impudiques » — la dernière a été étranglée par son frère. Car je risquerais de parler de l’islam, et l’islam est une religion de paix et d’amour.
Je ne dirai rien, oh non, sur le prêtre octogénaire égorgé ce mardi 26 juillet dans une église normande pendant la messe par deux courageux « soldats » de Daech — tout comme d’autres valeureux combattants de Daech avaient fixé au sommet d’une colonne romaine le corps décapité du conservateur octogénaire de Palmyre — ce sont des hommes qui aiment les vieillards, et ils ont prouvé à Nice qu’ils aiment aussi les enfants. Car je risquerais de parler de l’islam, et l’islam est une religion de paix et d’amour.
(Parenthèse. Si un vieil imam avait été tué dans une mosquée par deux connards — ce qui serait difficile vu que les mosquées sont le plus souvent protégées, comme les synagogues, le président de la République et le Premier ministre, si prompts à condamner et à combattre le terrorisme, appelleraient déjà à une manifestation monstre contre la montée des périls d’extrême droite, et envisageraient peut-être de dissoudre tel ou tel groupuscule. Et sans doute auraient-ils raison. Mais ils n’envisagent pas, semble-t-il, de dissoudre l’islam, ni de prendre de vraies mesures contre les milliers de terroristes islamistes potentiels français — ou qui se sont invités en France. Car l’islam est une religion de paix et d’amour. Fin de parenthèse)
Et je ne citerai pas les sourates qui appellent au meurtre des infidèles, par le fer et par le feu. Car l’islam est une religion de paix et d’amour, et seules de méchantes langues propagent ce genre d’information.
Et si jamais demain je me fais égorger par un illuminé, mes amis, ne mettez pas en cause l’islam. Car l’islam est une religion de paix et d’amour.
Saint-Etienne-du-Rouvray, juillet 2016. Sipa. Numéro de reportage : AP21927272_000023 .
Daoud Boughezala.Jusqu’ici, les djihadistes visaient essentiellement des grandes villes (Paris, Nice). Avez-vous été étonnée de voir le terrorisme frapper un petit village a priori paisible comme Saint-Etienne-du-Rouvray ?
Florence M.[1. Pour préserver son anonymat, le prénom a été changé.] Oui et non. On se croyait moins exposé qu’à Paris mais Saint-Etienne-du-Rouvray n’est pas une zone rurale ou pavillonnaire. C’est une ville ouvrière de la banlieue rouennaise de 30 000 habitants qui est peu à peu devenue un ghetto depuis la construction massive de logements sociaux dans les années 1970 et 1980. Le vendredi, j’y croise beaucoup d’hommes barbus et même des petites filles voilées. Dans certaines écoles, on compte 90% de maghrébins et des femmes voilées de pied en cap vont chercher leurs enfants à la sortie. Depuis quelques années, j’assiste à une recrudescence du nombre de musulmans barbus dans la région, y compris à Rouen. Alors que je n’ai aucune animosité envers les populations arabo-musulmane, cela m’interpelle : ces personnes qui, à mon sens, affichent ostensiblement leur pratique excessive de la religion ne seraient-elles pas proches des milieux radicaux qui véhiculent des idées extrémistes ?
De votre propre aveu, l’immigration arabo-musulmane n’a pas débarqué du jour au lendemain en Normandie. Avez-vous vu l’intégration progressivement reculer ?
Il y a vingt ans, j’enseignais à Saint-Etienne-du-Rouvray. C’était déjà une population très majoritairement maghrébine mais la religion n’y était pas présente comme aujourd’hui. D’année en années, les comportements ont évolué, et une partie de la population maghrébine a adopté une attitude beaucoup plus intransigeante dans la pratique de la religion. Au départ, les enfants se contentaient de ne pas manger de porc à la cantine, ce qui est normal. Puis, il y a une dizaine d’années, les parents les ont poussés à refuser les bonbons censés contenir de la gélatine de porc. Depuis trois ou quatre ans, ils ne mettent plus leurs enfants à la cantine certains jours parce que la viande servie n’est pas hallal ou bien demandent qu’on ne serve pas de viande à leurs enfants. Cela fait également cinq ou six ans qu’on nous propose des cours d’arabe sous le nom d’ « enseignements de langue et culture d’origine ». En soi, c’est une très bonne idée, d’autant que l’apprentissage est théoriquement ouvert à tous les élèves, mais je me pose des questions : dans quelles conditions sont-ils habilités ? Qui les recrute ? Qui les paie ? Dispensent-ils un enseignement religieux alors que notre école est laïque ?
J’imagine que de tels cours contribuent à enfermer les deuxième et troisième générations dans leur communauté d’origine. L’agglomération rouennaise, dont sont originaires plusieurs djihadistes de l’Etat islamique, est-elle devenue un foyer immigré à ciel ouvert ?
Dans la petite ville voisine de Saint-Etienne-du-Rouvray où j’enseigne à des enfants de primaire, il y a « seulement » un tiers d’enfants issus de l’immigration arabo-musulmane (turque, maghrébine). On y voit beaucoup de mariages mixtes, et seulement une minorité de femmes voilées. En revanche, mes collègues qui exercent à Saint-Etienne dans un quartier que l’on appelle « Le Château blanc » s’adressent à 90% d’enfants maghrébins dans un contexte beaucoup plus islamisé.
Considérez-vous cette concentration ethnoreligieuse comme une bombe à retardement ?
Mon inquiétude dépasse la question de l’immigration. Les djihadistes sont d’abord des paumés qui ont dérivé vers la violence islamiste. Alors que beaucoup d’enfants ont de grosses difficultés scolaires, l’école dispose de moins en moins de moyens. Que vont devenir ceux qu’on ne peut pas prendre sous notre aile ? Dans dix ans, on risque de se trouver face à des gens, de toutes origines, complètement en marge de notre société, sans aucun repère, qui sauront à peine lire et écrire. Ils risqueront d’être tentés par tous types de dérives : drogue, violence… et islamisme radical.
Surfant sur ces difficultés, aux dernières élections régionales, le Front national a dépassé les 27% à Saint-Etienne-du-Rouvray, dans une région qui lui a pourtant longtemps été rétive. Voyez-vous grandir la défiance entre les communautés ?
Dans le cadre de mon travail, au contact des élèves, parents d’élèves et collègues, aussi bien que dans ma vie personnelle, je ne l’ai pas constaté. Mais, au travers des médias, les choses sont différentes et la montée du FN semble aller dans le sens d’une augmentation du communautarisme et de la haine entre les communautés.
Après ce dernier attentat, j’ai peur que les djihadistes s’en prennent à nos écoles. Il est inévitable qu’une psychose s’installe.
Un suspect interpellé à Saint-Etienne-du-Rouvray (Photo : SIPA.00765831_000004)
Alors que la France a été frappée par un nouvel attentat moins de deux semaines après celui de Nice, et tandis que l’Allemagne a été touchée plusieurs fois durant ce laps de temps, on a la chance de ce côté-ci du Rhin de connaître les coupables des actes terroristes de Nice et de Saint-Etienne-du-Rouvray. L’enquête a été facile puisque les coupables sont les mêmes dans les deux cas de figure, des témoins au-dessus de tout soupçon s’étant exprimés pour les décrire avant même que la police et la justice aient terminé leurs enquêtes.
Pour l’attentat de Nice, dès le samedi 16 juillet comme l’a relaté notre ami Marc Cohen, un témoin s’est manifesté sur la promenade des Anglais pour dénoncer un des coupables. Ce témoin s’appelle Raphaël Liogier, est sociologue de son état, et pour lui, « l’acharnement de Daech sur la France est lié à l’intolérance des Français, seuls en Europe, par exemple à s’offusquer de la mode islamique. » Le premier coupable était donc connu : l’intolérance des Français.
Le mardi 19 juillet, un deuxième témoin s’exprimait au sujet de cet attentat : l’imam de Nice Abdelkader Sadouni. Il y avait en effet un autre coupable dont il dévoilait le nom dans les colonnes du journal transalpin Il Giornaleen y déclarant : « La laïcité française est responsable des attentats. »L’imam nie aujourd’hui avoir tenu ses propos, le témoignage peut donc prêter à caution, mais la laïcité française fait depuis partie des suspects probables dans les attentats qui frappent la France depuis janvier 2015.
Nice nous a donc appris le nom d’un coupable : l’intolérance des Français et le nom d’un suspect qu’il serait urgent d’incarcérer à titre préventif, le bracelet électronique ne servant à rien nous le savons depuis hier : la laïcité française.
L’attentat de Saint-Etienne-du-Rouvray nous a permis avant même que les deux « terroristes présumés » — pour parler comme certains médias — aient été formellement identifiés d’avoir la certitude de la culpabilité de la laïcité et de connaître un autre coupable.
En effet, dès la veille de l’égorgement du Père Hamel dans sa paroisse, l’islamologue Olivier Roy expliquait dans Mediapart au sujet des racines du djihadisme : « La laïcité française n’arrange pas les choses, non pas à cause de sa pratique autoritaire, mais parce qu’elle participe de la déculturation du religieux en refusant sa pratique publique ». Là c’était déjà trop : deux témoignages à charge contre la laïcité française faisaient d’elle une coupable parfaite à envoyer d’urgence à Cayenne ou aux Kerguelen selon qu’on soit plutôt océan Atlantique ou océan Indien !
Le deuxième témoignage désignant sans le moindre doute l’autre coupable de l’attentat de Saint-Etienne-du-Rouvray est arrivé viale communiqué de presse de SOS Racisme, celui-ci accusant « une secte d’extrême droite aux orientations racistes, antisémites, sexistes et homophobes », « secte » par ailleurs nommée Daech. Il fallait oser placer « l’extrême droite » dans ce communiqué. Comme il fallait aussi oser utiliser autant de mots pour ne pas avoir à en prononcer certains et ainsi ne s’aliéner aucune clientèle, voire les satisfaire toutes à la fois. Mais certains osent tout et c’est d’ailleurs à ça qu’on les reconnaît comme le disait le regretté Michel Audiard. En tout cas, à SOS Racisme on ne sait pas si ce qu’ils fument c’est de la bonne, mais en tout cas c’est de la forte !
Donc l’enquête est terminée, les coupables sont connus puisqu’ils s’agit de « l’intolérance des Français », de « la laïcité à la française » et d’une « secte d’extrême droite ». François Molins le procureur de Paris peut donc partir prendre quelques vacances bien méritées, lui qui depuis janvier 2015 poursuit sans relâche des coupables qui sont désormais connus.
Jean-Yves Camus.[2. Jean-Yves Camus est spécialiste de l’extrême droite.] Précisons d’abord que je ne souhaite pas l’implosion de la société française. Au-delà de mon positionnement politique clairement à gauche, je suis avant tout français. C’est la France qui est attaquée depuis des mois, elle n’a pas décidé d’être en état de guerre. J’ignore quelle sera la réaction de la société française à l’acte terroriste d’hier mais je suis certain que les catholiques de France ne se dresseront pas contre une autre partie de la nation. Clairement, le choix du lieu, de la cible et du moment de l’acte manifestent une attaque réfléchie et pensée contre l’Eglise catholique, ses prêtres et ses fidèles. C’est un acte de guerre de religion. On a aussi franchi un nouveau cap dans la localisation géographique des actes : après la capitale, après une très grande ville de province, c’est une petite ville de la France profonde qui est visée. Et la victime est un prêtre égorgé dans son lieu de culte le jour de l’ouverture des Journées mondiales de la jeunesse (JMJ), ce qui n’est pas un hasard.
Est-ce à dire qu’au même titre que l’antisémitisme, l’antichristianisme est aujourd’hui un puissant moteur de la violence djihadiste ?
Même s’il y a une composante spécifiquement antijuive dans le discours de l’islam radical, dès l’époque d’Al-Qaïda, on était face à une organisation se réclamant du « front mondial contre les croisés ». La référence aux Croisades inclut bien évidemment les chrétiens. C’est l’ensemble des sociétés « apostates » qui est visé. Il n’y a qu’à voir le sort réservé aux chrétiens du Proche-Orient qui n’ont même plus aujourd’hui la possibilité de vivre en dhimmitude. Auparavant, ils étaient dans une situation insatisfaisante mais au moins pouvaient-ils vivre sur place. Maintenant, en Syrie ou en Irak, dans les zones contrôlées par Daech du moins – Bachar Al-Assad n’ayant jamais persécuté ni exterminé les chrétiens –, les chrétiens ne peuvent plus survivre. Mais ce n’est pas une raison pour croire que les chrétiens d’Orient doivent venir vivre chez nous. La solution consiste au contraire à ce que nous leur permettions de vivre à nouveau dans ces pays où ils sont implantés depuis deux millénaires, comme le réclame légitimement l’œuvre d’Orient.
Depuis hier, beaucoup de « chrétiens d’Occident » vivent dans la crainte, sinon dans la colère. Jugez-vous crédible l’hypothèse d’une réplique violente d’« ultradroite » au djihadisme ?
Il ne faut pas éliminer la possibilité qu’il existe un fou furieux, un déséquilibré ou un individu ayant par ailleurs des idées qui, demain, commette un acte terrible. Au moment de l’affaire Breivik, j’ai dit que cet homme avait des idées d’extrême droite (qu’il avait d’ailleurs exposées) mais que ce n’était pas une raison pour imputer la responsabilité de son acte au Parti du progrès dont il avait été adhérent. De même, ce n’est pas parce que qu’un de ses membres commettra un acte criminel que cela mettra en cause l’ensemble des mouvances de la droite nationale. Même après l’affaire du prêtre de Saint-Etienne-du-Rouvray, personne ne peut penser que les milieux cathos-tradisou le Front national n’incitent leurs militants à passer à l’action violente. Si une réplique se produisait un jour, compte tenu de la manière dont le paysage politico-médiatique fonctionne, cet acte aurait des répercussions dramatiques pour l’ensemble de la droite.
Pourquoi ?
Quand on réagit sous le coup de l’urgence, sans avoir toutes les informations nécessaires, ou avec un parti pris idéologique, les mises en cause sont toujours générales. Si des représailles se produisaient, tous ceux qui font de l’islamophobie l’alpha et l’omega de la politique française, qui pensent que la France est naturellement islamophobe, que l’Etat a instauré des discriminations, pourraient dire : « Vous voyez bien, nous l’avions annoncé ! » Or, le problème aujourd’hui est l’islam radical et les attentats qu’il commet. On ne peut pas coller le label d’islamophobe à la France tout entière ni à l’Etat. Le risque, c’est qu’un acte isolé efface cette vérité et donne la possibilité aux pyromanes habituels, au lieu de voir le problème auquel la France est confrontée – la guerre que l’islam radical nous a déclarés -, de renverser la perspective en expliquant que l’islamophobie galopante est le problème du pays.
Trouvez-vous donc infondées les critiques de la politique internationale « islamophobe » de la France, engagée sur plusieurs fronts en Afrique et au Proche-Orient ?
On a vu des gens se réunir place de la République à Paris autour du slogan « Leurs guerres, nos morts ». Mais nos guerres sont légitimes ! C’est leur guerre qui est illégitime. Quand on intervient en Syrie ou en Irak sous quelque forme que ce soit, quand des soldats de nos forces spéciales vont en Libye pour éviter que les islamistes en fassent un nouvel Etat sous leur coupe, la France est dans son droit. Depuis vingt ans, on entend toujours les mêmes, d’ailleurs peu nombreux, prétendre que si nous n’étions engagés sur aucun de ces théâtres d’opération, il ne se passerait rien. Malheureusement, on pourrait se retirer demain matin du Mali, de Libye, d’Irak et de Djibouti même, la guerre de civilisations lancée par Daech serait toujours là.
Image extraite du film "La grande bouffe" de Marco Ferreri.
Image extraite du film "La grande bouffe" de Marco Ferreri.
Le sens de la révolte n’attend point le nombre des années mais il ne se laisse pas non plus oublier par le grand âge. On apprend ainsi par mLyon.fr que la révolte gronde dans une maison de retraite de la Croix-Rousse. On sait, depuis les révoltes des canuts et autres Voraces, que le quartier est réputé pour sa mauvaise tête et sa capacité à s’insurger quand on vient d’un peu trop près lui expliquer comment il faut vivre et comment il faut se taire.
S’inscrivant dans cette aimable tradition historique, les vieux de cet établissement (oui, nous disons les vieux car l’euphémisation « personnes âgées » ou pire, « troisième âge », a quelque chose de glaçant), ont écrit une pétition qu’ils ont envoyé à l’adjointe au maire chargé des vieux, justement, ce qui prouve qu’ils ont toute leur tête. La raison de leur colère : depuis le 1er avril, leurs menus ont changé. On savait les socialistes capables de tout, même le très macronien rose délavé Gérard Collomb, mais tout de même pas d’affamer nos anciens.
Auparavant, le restaurant Hénon, un établissement associatif pour vieux du quartier fournissait des repas merveilleusement caloriques, de vrais et délicieux attentats diététiques dans la plus pure des traditions lyonnaises. Après tout, ce n’est déjà pas drôle d’être vieux, encore moins vieux dans une maison de retraite, alors autant profiter jusqu’au bout des plaisirs de l’existence. On partage pleinement la colère unanime des pétitionnaires dont une dizaine boycottent la nouvelle dictature alimentaire de la maison de retraite : les cochonnailles, les tabliers de sapeur, les gras-doubles sont autant de moyens de tutoyer la Camarde et de la narguer. Elle vient assez souvent avec sa faux dans ce genre d’endroit pour ne pas l’accueillir en rigolant en lui demandant cinq minutes pour terminer son verre de Côtes-du-Rhône et sa cervelle de canut.
Mais voilà, ça ne pouvait pas durer. Il a été décidé que ce n’était pas sain, de manger comme ça. Qui sait ce qui peut arriver à 95 ans si on abuse de la bonne chère : une hypercholestérolémie, un infarctus, de l’hypertension voire un AVC prématuré ? Un pays moderne et civilisé, avec un système de santé encore (un peu) performant, se doit de travailler dans la prévention. Du coup, on leur a servi, depuis avril, des menus équilibrés, c’est-à-dire ennuyeux comme la pluie.
Imaginons donc, un instant, la détresse du vieux qui voit le quinoa se substituer à la rosette, le blanc de poulet en papillote au saucisson chaud et la compote à l’île flottante. On peut aussi se demander quel démon hygiéniste pousse ainsi notre société à traquer le moindre des plaisirs sous le prétexte d’un axiome paradoxal : ce qui est bon serait mauvais. Néopuritanisme mal refoulé, tyrannie de la santé ou tout simplement désir des autorités, quelles qu’elles soient, d’intervenir dans le moindre des détails de notre vie quotidienne pour montrer qu’elles ont encore du pouvoir alors qu’il est de plus en plus manifeste qu’elles n’en ont aucun pour changer l’essentiel ?
On décide qu’il est interdit de fumer dans les bars le jour où l’on s’aperçoit qu’on ne peut rien contre le chômage, on interdit aux vieilles voitures de rouler dans les centres-villes sans trop se demander pourquoi des gens n’ont pas les moyens de s’en acheter une neuve moins polluante ou de vivre près de leur travail, on décrète des couvre-feux pour les mineurs dans certains quartiers parce que c’est plus commode et moins cher de surveiller un ghetto que de favoriser la mixité sociale.
Et pour finir, on explique aux vieux qu’il faut mourir, mais qu’il en va, pour leur bien, qu’ils meurent en bonne santé, le nez dans un yaourt 0 %.
En ce mois de juillet, un nouveau directeur technique a pris ses fonctions au sein d’Airbus Group. C’est un Américain de 36 ans, Paul Eremenko, qui a fait jusqu’ici l’essentiel de sa carrière dans une annexe du Pentagone, la DARPA (Defense advanced research program agency ), chargée des techniques de pointe en matière d’armement : robotique, drones, satellites. Cette nomination appelle plusieurs questions :
– N’y a-t-il en Europe aucun ingénieur qualifié pour occuper ce poste ?
– La réciproque est-elle concevable : Boeing nommant un directeur technique ayant travaillé dans son pays dans le domaine de la défense ? Rappelons que l’armement est dans le périmètre du groupe Airbus, comme de Boeing.
On peut douter de cette réciprocité au vu d’une récente loi américaine qui prescrit qu’en cas de prise de contrôle d’une entreprise stratégique par un groupe étranger (même venu d’un pays de l’OTAN, bien évidemment), le gouvernement américain se réserve de nommer l’ensemble des membres du conseil d’administration et de la direction, les nouveaux actionnaires n’ayant d’autre droit que de connaître les comptes et de percevoir des dividendes.
Voilà un pays où l’« intelligence économique » est un vrai souci, pas un sujet de colloques ! Mais le fait le plus remarquable est qu’avec cette nomination, aucun Français n’occupera désormais une des cinq fonctions majeures de la direction du groupe Airbus. Direction générale : un Allemand (Tom Enders). Finances : un autre Allemand. Affaires juridiques : un Britannique. Marketing : un Américain. Technique : désormais un autre Américain.
Les postes de directeur de la stratégie et de président d’Airbus Industrie, encore détenus par des Français, ont perdu beaucoup de leur contenu depuis la réorganisation du groupe opérée par Tom Enders en 2014.
Cette réorganisation comprenant la fusion de la direction générale d’EADS et de celle d’Airbus industrie au sein d’Airbus Group, s’est accompagnée du transfert du siège à Toulouse, ce qui a fait illusion aux Français , toujours plus sensibles aux symboles qu’aux réalités et qui n’ont pas vu que les deux postes évoqués passaient désormais sous le contrôle étroit du PDG.
Dans la foulée, le même Enders a créé Airbus Defense & Space (ADS), réunion d’Astrium et Cassidian dont le siège a été installé à Munich avec un management presque 100% allemand. Décision d’autant plus étonnante, elle aussi, que les poids lourds dans le domaine considéré sont la France et la Grande-Bretagne. La partie électronique de cette entité vient d’être cédée, sans que personne en France ait eu son mot à dire et alors même que Thalès était candidat, au fonds KKR. Un fonds dont on sait qu’il a recruté en 2013 l’ex-directeur de la CIA David Petraeus.
Une telle situation est d’autant plus paradoxale que l’Etat français est encore actionnaire du groupe à hauteur de 11 % et surtout qu’Airbus est historiquement une création française qui doit son essor, au sortir de la guerre et pratiquement jusqu’à la privatisation, à des investissements publics très importants, payés par le contribuable français. Rien non plus pour l’Espagne actionnaire à 4 %. Ne nous étonnons pas qu’aujourd’hui en Chine, on tienne l’Airbus, créé en France par des ingénieurs français pour un avion allemand !
Il est aujourd’hui politiquement incorrect dans les sphères dirigeantes françaises et au sein du groupe, « à l’heure de la mondialisation », d’entrer dans ce genre de considérations jugées chauvines et reflétant un nationalisme dépassé. Pourtant, savoir qui a le pouvoir dans le groupe Airbus intéresse au premier chef notre pays : la désindustrialisation aidant, l’aéronautique représente aujourd’hui, avec ses sous-traitants, le tiers de l’emploi industriel civil.
Par ailleurs les opérations d’internationalisation du groupe semblent s’être traduites par une diminution continue de la part de l’emploi français (à périmètre constant, c’est-à-dire sans compter les apports initiaux allemands ou autres) dans l’emploi total du groupe. Une voix syndicale autorisée nous dit que depuis quinze ans les plans sociaux touchent principalement la France et le Royaume-Uni, très peu l’Allemagne.
On aimerait que ces considérations, jugées donc chauvines et déplacées dans la classe dirigeante française, soient jugées aussi dépassées à Washington et à Berlin. Mais, entre le nationalisme implacable de l’un et celui, plus rampant de l’autre, on en doute. Peut-être serait-il temps que la France fasse valoir ses intérêts au sein d’Airbus Group ?
Le 2 octobre prochain, le gouvernement hongrois proposera par référendum le rejet de la politique de quotas imposée par Bruxelles (« Approuvez-vous que l’Union européenne puisse imposer l’établissement en Hongrie de ressortissants non Hongrois sans l’accord de l’Assemblée nationale ? »). Référendum dont l’issue en faveur du rejet ne fait pas de doute, mais dont il n’est pas certain qu’il puisse être validé, nécessitant pour ce faire 50 % + 1 voix de participation, ce qui n’est pas acquis. A 18 mois des prochaines législatives.
Quelle que soit l’opinion que l’on aura sur le sujet, il est évident que le thème de l’immigration, cheval de bataille de Viktor Orbán, vient à point pour faire oublier les affaires de corruption qui entachent des proches du gouvernement. A un moment aussi où les grands syndicats et certaines professions se mobilisent (enseignement, santé). C’est de bonne guerre, dira-t-on. Sauf que le combat se déroule à armes inégales. En effet, le gouvernement vient de lancer une impressionnante campagne d’affichage sur la voie publique, d’encarts et de spots dans les médias. Campagne qui coûte une fortune, et ce aux frais du contribuable. Ce que ne peut s’offrir l’opposition.
Une campagne dont les slogans hostiles au migrants grossissent quelque peu la réalité, sur le leitmotiv du « Le saviez-vous ? » Ce qui est habile, mais sournois, est qu’ils reposent sur un fond plus ou moins réel, mais habilement déformé. Quelques exemples : « Le saviez-vous ? L’attentat de Paris a été perpétré par des migrants », « Le saviez-vous ? Depuis le début de la crise migratoire, le nombre des agressions contre les femmes augmente en flèche » ou encore « Le saviez-vous ? Bruxelles entend implanter chez nous des immigrants illégaux équivalant à la population d’une ville. »
Dans ce dernier cas, l’assertion ne traduit pas la réalité, le nombre avancé par Bruxelles étant de 1 900 (sur une population de 10 millions d’habitants), qui plus est non pas des « illégaux », mais des demandeurs d’asile. Quant aux attentats de Paris, les auteurs du slogan jouent habilement sur les mots car, si deux des terroristes du 13 novembre étaient effectivement irakiens, tous les autres assaillants étaient des ressortissants français ou des Belgo-Marocains nés en Belgique…
Mais bon, on peut donner à parier que la campagne va faire mouche. Dans une population hongroise où 72 % des personnes interrogées déclarent avoir une mauvaise opinion des musulmans, dont le nombre ne dépasse pas en Hongrie les 50 000. Par comparaison, en France, qui dénombre une population d’au moins 5 millions de musulmans, 29 % des personnes interrogées déclarent avoir une mauvaise opinion d’eux, le reste établissant un distinguo entre musulmans et islamistes[1. Sondage réalisé par l’institut américain Pew Research Center.].
Face à cela, l’opposition est divisée entre partis prônant d’aller voter pour contrecarrer l’initiative et d’autres de s’abstenir pour la rendre caduque. Sans parler des écologistes du LMP qui viennent de soutenir le référendum.. Une fois de plus, l’opposition montre sa faiblesse et la tactique de Viktor Orbán — « diviser pour mieux régner » — porte ses fruits. Encore qu’il n’ait nul besoin d’intervenir pour ce faire, l’opposition sachant fort bien se diviser toute seule comme une grande, sport dans lequel elle est passée maîtresse.
97 % des investissements hongrois grâce à des subventions européennes !
On peut pratiquement parler d’une campagne de désinformation, mais ce qui choque le plus est qu’elle utilise des fonds publics pour influer sur l’issue du scrutin. Quant au scrutin lui-même, il remet en cause la décision d’une instance européenne dans laquelle avait siégé Viktor Orbán lui-même…
L’immigration, un thème également bienvenu pour descendre une fois de plus en flèche les institutions européennes, voire remettre en cause l’Union européenne. Certes, Viktor Orbán n’est pas le seul et force est de reconnaître que sa critique n’est pas tout à fait infondée. Il est en cela soutenu par deux de ses partenaires du Groupe de Visegrád (le « V4 ») : la Pologne et la Slovaquie, le quatrième, la République tchèque, se tenant prudemment à l’écart.
Il est vrai que les critiques ne sont pas totalement injustifiées, et l’on observe partout ailleurs aussi, à commencer par chez nous en France, des mouvements souverainistes de plus en plus de plus en plus soutenus. Là où le bât blesse est que la Hongrie figure parmi les premiers bénéficiaires des subventions de Bruxelles qui financent 97 % (chiffre officiel) de ses investissements. Pour résumer de façon un peu simpliste et prosaïque cette attitude on croirait entendre un ado dire : « Papa, laisse moi tranquille, mais donne moi mon argent de poche ! »
Mais de là à parler de « Hungexit », on en est loin et il n’en est pour l’instant nullement question. Un récent sondage donne d’ailleurs une majorité de Hongrois en faveur du maintien. Voilà au moins une bonne nouvelle…
Je m’adresse directement à vous plutôt qu’à votre supérieur hiérarchique, qui semble complètement dépassé par les événements. A sa décharge, il nous avait prévenus : il serait un président normal. Manque de bol, ça tombe au moment où la France est en train de vivre l’une des plus sinistres périodes de son histoire.
La gauche Titanic
Je vous écris car vous me semblez être l’un des rares, dans votre camp, à prendre la mesure de la situation. Rassurez-vous, ce n’est pas un réac qui rédige ces lignes. Vous me direz, ce mot a été tellement galvaudé par vos amis, qu’il ne signifie plus grand-chose. Non, l’auteur de cette lettre est même quelqu’un qui a longtemps voté à gauche mais qui, comme des millions de Français, s’en est éloigné progressivement. L’âge et le fait d’être père de famille peut-être. Le discours victimaire de vos amis et leur mollesse face à l’islamisme, sûrement.
La gauche me fait désespérément penser au capitaine du Titanic. Alors que l’eau s’infiltre de toute part et que le bateau coule, l’honorable capitaine préfère sombrer avec, en tenant dignement la barre. Question de principe. Ah, les principes ! Nous avons les mêmes. Je suis, comme vous, attaché aux valeurs de la République et des Lumières, ainsi qu’à l’Etat de droit. Mais lorsque nous sommes en guerre, comme vous nous le martelez quotidiennement, peut-on décemment s’arc-bouter sur ces principes si ceux-ci nous empêchent de combattre efficacement l’ennemi ? C’est notre mode de vie et notre vie tout court qui sont en jeu ici !
Disons-le autrement. L’État de droit est un principe intangible en temps de paix. L’est-il aussi en temps de guerre, lorsque c’est l’existence de nos enfants, de nos femmes, de nos amis juifs, de nos prêtres, de nos dessinateurs, de nos forces de l’ordre qui sont menacées ? Vous avez encore déclaré hier, au journal de TF1, que « ce n’est pas en mettant en cause nos droits que nous gagnerons la guerre contre le terrorisme ». N’y a-t-il pas quelque chose d’effrayant à se priver des mesures adéquates contre ces monstres au nom du sacrosaint droit ? Croyez-vous que Churchill, de Gaulle, Jean Moulin et consorts ont combattu nos ennemis et la barbarie nazie avec délicatesse ? Et Clemenceau – je sais que vous l’admirez -, a-t-il consulté le Conseil d’Etat pour mener la France à la victoire en 1918 ?
Mettre nos ennemis hors d’état de nuire
Il y a un gros problème. Un problème tragique. Les barbares qui égorgent, mitraillent, écrasent nos enfants et nos concitoyens, on les connaît. Ils ont quasi systématiquement le même profil et profitent de notre pudibonderie légaliste, bref de notre faiblesse. Ce sont de jeunes musulmans (disons entre 18 et 45 ans pour faire large), binationaux ou étrangers, avec un casier judiciaire et souvent fichés S. Or, respectueux de « l’Etat de droit », on s’interdit de les empêcher de passer à l’acte et beaucoup se faufilent entre les mailles de notre surveillance policière. Il faut dire qu’ils sont si nombreux sur notre territoire… Combien de temps va-t-on encore accepter cette situation ?
Kennedy disait que la politique consiste à choisir la moins mauvaise des solutions. Raymond Aron ajoutait : « le choix en politique n’est pas entre le Bien et le Mal mais entre le préférable et le détestable. » Le risque zéro n’existera jamais en matière de terrorisme. Mais nous avons la possibilité de réduire fortement la menace en expulsant ou en mettant hors d’état de nuire (par privation de leur liberté, de tuer) ceux qui ne partagent pas les valeurs de la République française, ne respectent pas ses lois et risquent de commettre à tout moment des atrocités. Rien de fascisant, me semble-t-il, à prendre de telles mesures pour sécuriser notre pays et protéger nos familles. Il ne s’agit pas de cibler une communauté entière, mais les délinquants multirécidivistes ou les fichiers S d’une communauté. Dans le cas contraire, nous nous condamnons à mener une guerre asymétrique face à des ennemis qui, eux, n’ont peur de rien, surtout pas de mourir.
Certes, cela présente des inconvénients : la communauté musulmane risquerait de se sentir « stigmatisée », un mot qu’on dégaine si facilement de nos jours. C’est extrêmement regrettable, je vous l’accorde, mais tragiquement secondaire vis-à-vis de la menace à laquelle nous devons faire face. Il n’y a pas de solution idéale monsieur le Premier ministre. Et si nous attendons une mesure qui permette de combattre efficacement la barbarie islamiste, sans que la communauté musulmane ne se sente stigmatisée et en respectant scrupuleusement l’État de droit actuel, on risque d’attendre longtemps et de continuer à se faire massacrer au coin de la rue, à la terrasse d’un café, dans une église, une salle de concert ou ailleurs… Lequel de ces deux choix vous semble le moins détestable ?
Monsieur le Premier ministre, il faut absolument que vous hiérarchisiez les menaces. Le plus grave, ce n’est pas l’amalgame ou la stigmatisation, aussi condamnables soient-ils. Quant à la montée du FN (j’entends cela depuis trente-cinq ans), vous et vos amis contribuez à l’alimenter en égrenant un discours victimaire et en combattant la barbarie avec autant de tabous. En désespoir de cause, une majorité de nos compatriotes se jetteront tôt ou tard dans les bras de ceux qui leur paraissent les plus fermes et décomplexés face à l’horreur. Surtout si, comme c’est malheureusement probable, les attentats se poursuivent ou s’amplifient. Les bougies, les minutes de silence, vos discours martiaux, l’Etat d’urgence ou la réorganisation des services de police ont visiblement le même effet qu’un pansement sur une jambe gangrenée.
Relisez les Mémoires de Churchill, qui écrit dès les premières pages de son livre que « la malveillance des méchants est renforcée par la faiblesse des vertueux ». Ou encore page 165, évoquant la politique de Chamberlain, si faible face à Hitler : « De nobles intentions jugulées par l’inertie et la timidité ne peuvent rien contre une malfaisance résolue et bien armée. » Soyez Churchill plutôt que Chamberlain monsieur le Premier ministre !
Nous sommes confrontés aux nazis du XXIe siècle. Peut-être sont-ils plus redoutables encore. Parce que eux, ils n’ont pas peur de la mort, ils la souhaitent. Allons-nous attendre un 11 septembre à la Française et des milliers de victimes comme le redoutait le juge Trévidic l’an dernier pour agir au lieu de réagir ? Face à la barbarie, l’éthique de responsabilité ne doit-elle pas primer sur l’éthique de conviction ? La lucidité, l’efficacité et l’action sur tout le reste ?
Les prochains attentats briseront encore de nombreuses familles. Ils seront sans doute perpétrés par des jeunes musulmans connus de la justice, voire fichés S. Nous le savons, vous le savez déjà…
Maurice G. Dantec est mort brutalement le 25 juin à Montréal, à l’âge de 57 ans. On retrouvera dans ce texte, publié dans la revue Salamandra le 28 juin 2003, la verve, les outrances, le talent et aussi le caractère visionnaire de cet écrivain attachant. Nous remercions Florence Kuntz, qui a eu la bonne idée de le republier pour lui rendre hommage, ainsi que Sylvie, son épouse qui nous a autorisés à le faire. Et nous lui présentons, ainsi qu’à sa fille, nos affectueuses condoléances.
J’ai vu l’Europe du futur, un soir, alors que le soleil tombait sur Sarajevo dans un silence majestueux, même pas troublé par le tir des snipers.
C’était beau comme un monde qui s’effondrait sous son propre poids. C’était aussi beau, et terrible, sans doute, qu’un trou noir. J’en avais les larmes aux yeux.
J’allais rentrer en France, la Paix de Dayton serait bientôt signée, c’était la FIN, dans tous les sens du terme.
L’Europe du futur, je croisais son uniforme tous les jours, celui des forces de l’ONU, cette maréchaussée des génocides, l’Europe du futur c’était cette impotence assumée comme telle, ce pacifisme de caniveau démocratique, ces vieilles harpies du bolchevisme qui commettaient toutes leurs abominations au nom de l’Homme sous les yeux impassibles des gouvernements libéraux ou sociaux-démocrates qui mettaient la main à la pâte de Schengen et de Maastricht, en laissant s’accomplir sur ce qui était censé devenir leur territoire futur le pire programme de génocide depuis la Seconde guerre mondiale, et alors même que les peuples de l’Europe orientale s’étaient libérés, sans le moindre secours de leur part, évidemment, d’un joug totalitaire demi-centenaire.
Dans un siècle seulement, la honte nous clouera au cercueil de l’histoire, dans un demi-siècle on commencera sans doute à parler ouvertement de trahison, et dans une génération l’Europe connaîtra le prix du sang et des larmes…[access capability= »lire_inedits »]
[…]
Aaah, l’Europe…
L’Europe du futur, lorsque je rentrai de Sarajevo, faisait la grève générale contre un gouvernement et un présent qu’elle venait tout juste d’élire, on me permettra de trouver quelque analogie avec la situation présente.
Les Agents de la Fonction Publique avaient des revendications très pressantes – on les comprend, pauvres diables –, et les Étudiants aussi. À plusieurs d’entre eux, dans la rue, lors de leurs déambulations manifestatoires, je demandais à brûle-pourpoint s’ils n’avaient pas quelques livres à céder pour de malheureux collégiens dont les écoles avaient été rasées et les instituteurs fusillés par une bande de psychopathes communistes, dans un pays EUROPÉEN.
J’évitais de justesse à plusieurs reprises l’incident diplomatique, façon Crise des Missiles.
J’avais vu l’Europe du futur dans le crépuscule de Sarajevo, je voyais maintenant son centre opératif présent, en action, à la lumière de toute la société qui était soi-disant la mienne.
Car l’Europe du futur, c’est la France bien sûr.
Qui pourrait oser penser, sans prendre le risque d’un ridicule cuisant, que quelque chose d’européen – en quelque domaine que ce soit – puisse se faire sans la France ?
Et mieux encore, que quelque chose de français puisse se faire sans l’Europe ? C’est-à-dire sans l’Europe que la France a faite, ou plus précisément encore : sans l’Europe que la France n’a pas faite, n’a pas su faire, ne veut pas faire, et a toujours défait le jour venu ?
Il existe plusieurs pour méthodes pour tuer une civilisation. L’une d’entre elles, et c’est une des meilleures, consiste à la rendre malade puis à lui faire croire qu’on la sauve, et que la médecine administrée, en réalité un très méchant poison, va la remettre sur pied en deux temps, trois mouvements.
C’est ce qu’est en train de nous vendre l’eurocratie bruxelloise, grâce au cartel des barbons giscardiens, avec cet informe papelard que d’aucuns osent dénommer « constitution ».
Oui, j’ai vu l’Europe du futur : une grande zone libérale-socialiste sans plus la moindre souveraineté politique, et encore moins religieuse, sans plus la moindre HISTOIRE : et les Américains, dont on se gausse à ce sujet un peu trop souvent, nous rabattront bien vite le caquet, comme d’habitude depuis un siècle, c’est d’ailleurs déjà fait.
Oui, j’ai vu l’Europe du futur : celle des Borgia et des guerres de Religion fera piètre figure en regard du formidable processus implosif qui attend ce continent qui tourne le dos à lui-même, à l’Occident, au Christianisme, à la Liberté.
Ah, j’entends déjà les voix nasillardes des bonnes de chambre de la République, celle des journalistes aux ordres, venir geindre à mes oreilles : fasciste, Cassandre, « Bushiste », j’en passe, la racaille gauchiste au pouvoir depuis vingt-cinq ans n’aime pas qu’on lui rappelle ses crimes, ses mensonges, ses errements, et encore moins ceux qu’elle se prépare à commettre.
Et pendant que vingt-cinq siècles d’histoire européenne agonisent aux pieds de la bureaucratie bruxelloise, pendant que l’on tente – depuis Paris, tiens ? – de supprimer toute référence active à la civilisation chrétienne dans ce qui est censé modeler la Charte du futur citoyen de la Nouvelle Union, […] les vendeurs d’opérettes sociales et les boutiquiers des avenirs radieux s’affairent autour de sa carcasse, et essaient de lui arracher quelques dernières concessions.
Alors, c’est sûr, en dehors de la ténébreuse certitude de cette extinction prochaine, je ne vois qu’une zone grise, avec en arrière-plan, au loin, une ligne de feu bien rouge, comme si un profond et dense brouillard recouvrait de ses nuées la présente d’un violent incendie à l’horizon.
Un soir, il y a longtemps, c’était vers 1977, ou 78, je roulais avec quelques compagnons dans une ancienne Simca aux alentours de Poissy, lorsque nous étions passés le long des anciennes usines dudit constructeur automobile, puis, sans que je puisse me rappeler où nous étions avec précision, nous avions traversé un très beau pont métallique sur la Seine, dans un décor de friches industrielles et de voies d’autoroutes qui se déploya comme un écran cinémascope sur le pare-brise, irisé par une pluie fine qui tombait d’un ciel aux nuages intermittents, dans une lumière étrange et douce, argentée ; et tandis qu’une cassette de Kraftwerk déroulait ses boucles électroniques dans l’habitacle humide, j’avais alors, sous l’influence ouvertement néoconstructiviste, ou néofuturiste, des musiciens rhénans, et de plusieurs substances illicites, imaginé le même coin anonyme de la banlieue projeté un demi-siècle plus tard, avec des lignes d’aérotrains à sustentation magnétique qui relieraient Paris, Berlin, Moscou, des immeubles géodésiques dédiés à la science spatiale germano-russe plantés sur le terrain des usines désaffectées, des cathédrales en forme de nefs cosmiques s’élevant à l’horizon, puis beaucoup plus tard dans la nuit, alors que la drogue me tenait éveillé dans une maison où tout le monde dormait à poings fermés, une sorte d’urbanisme géopolitique prit forme dans ma tête.
J’imaginai une vaste fédération euro-russe, après que l’Otan eut victorieusement disposé du communisme est-européen, puisqu’une « anti-révolution de 17 » eût remis en place une monarchie impériale constitutionnelle en Russie. Une alliance hémisphérique boréale se dessinerait alors, parallèlement à une unification hémisphérique panaméricaine, de l’Alaska à Ushuaïa. Seule une telle union à « double polarité », est-ouest et nord-sud, me semblait en mesure de contenir le futur géant chinois, et les différentes formes de despotisme oriental qu’il trouverait comme alliées dans le « tiers-monde », ou ailleurs. Seule une telle « construction européenne » me semblait en mesure de proposer un avenir radieux aux populations divisées du continent, et au reste du globe, sans quoi, me disais-je…
J’étais alors très jeune, j’avais encore peu lu, et encore moins vécu, mais je n’allais pas tarder à comprendre.
Au début des années 80, et au fil des ans plus encore, le rêve sombra peu à peu, alors qu’il devenait évident que toutes les trahisons de la civilisation européenne étaient en voie d’être accomplies par nos gouvernements, de gauche comme de droite, socialistes comme libéraux, et que, pire encore, une dialectique mortifère avait fort à propos contaminé les esprits et rendu tout authentique débat impossible : en effet, entre l’Europe de Bruxelles (qui serait bientôt celle de Maastricht) et les diverses rodomontades « souverainistes » qui déjà se faisaient entendre (PCF, FN, néogauchistes, archéogaullistes, etc.), nul autre choix, comprenez-le bien, n’était possible. Entre les merdiques gestionnaires libéraux-socialistes et l’opposition facho-coco, point de salut. Entre la République bourgeoise girondine et ses compromissions, et la République bourgeoise jacobine et ses crimes, pas de troisième terme, je le savais depuis le collège, ne me l’avait-on pas assez répété !
On comprendra dès lors un peu mieux comment l’idée de ce « troisième terme », a priori impossible, n’est-ce pas, a commencé, et à mon corps défendant, à venir trotter dans ma tête, sous la forme d’une couronne, d’un sceptre, et d’un globe terrestre surplombé d’une croix.
Qu’on ne m’en veuille pas si, après Nietzsche, et par lui, j’en vins à Joseph de Maistre, m’accordera-t-on quelque circonstance atténuante si je prétends que le rêve européen est en attente depuis douze siècles d’un nouveau Rex Carolingus ?
Aïe, aïe, aïe, vous n’êtes pas sérieux, dites-nous, jeune homme, quoique que vous soyez déjà quadragénaire, ce qui aggrave d’autant plus votre cas…
Nous voulons du RATIONNEL. Du POLITIQUE, enfin tel que nous comprenons ce mot, i.e. une variation de l’économie ou de la sociologie. Nous voulons un PLAN. Genre quinquennal. Nous voulons la démocratie pour 450 millions d’Européens, et sans que cela nous coûte trop cher, en taxes diverses, comme en pétitions de principe, quoique de ce point de vue là nos réserves soient considérables.
Alors vous comprenez, vous et vos chimériques visions du Saint Empire Romain Germanique…
Je sais, je sais, suis-je dans l’obligation d’avouer, ce n’est pas sérieux, de ce sérieux qu’empruntent (à très bas taux) les bourgeois dès qu’il s’agit de perpétrer leurs méfaits, mais que voulez-vous, ce n’est pas ma faute si je crois que l’Europe est mal barrée depuis le désastreux traité de Verdun de 843, qui non seulement réduisit la France à un minable bandeau de terre s’étendant de la Somme au Languedoc, mais la divisa à tout jamais de sa fonction impériale.
Clovis et la dynastie franque avaient su faire de leur Royaume naissant la fille aînée de l’Église, dès 496, consacrant ainsi le premier État chrétien d’Occident, vingt ans après la chute de l’Empire romain d’Augustule.
Lorsque Charlemagne prend en main le sceptre royal de France, un peu moins de trois siècles plus tard, il accomplit ce processus historial en faisant en sorte d’être ordonné, grâce à la clairvoyance des papes de l’époque, comme premier Empereur chrétien d’Occident, en concurrence certes avec les basileus de Constantinople, représentant l’Empire d’Orient qui durerait jusqu’en 1453, mais uni à eux par la même religion, car en cette lointaine et brillante époque, le Catholicisme s’étendait sans la moindre division intestine de l’Atlantique à la Méditerranée orientale, unifiant une multitude de peuples, de langues, de cultures, dans un projet civilisationnel dont même les échecs futurs stupéfieraient le monde par leur grandeur. Mais en 843, l’union du Royaume de France et de l’Empire d’Occident est brisée, par des Papes de moins en moins clairvoyants, et au xe siècle le Globe Impérial finira dans les mains des puissances germaniques, pour le plus grand malheur des peuples.
Le nationalisme bourgeois ne pouvait que s’étendre, la compétition économique l’envenimer, les guerres ravager le continent, les grandes hérésies se reconstituer, les schismes advenir, et finalement le modernisme social et industriel se propager. Seule la France aurait pu en ces années cruciales fonder, c’est-à-dire fondre, fusionner, une civilisation européenne chrétienne qui se serait étendue de Galway au Bosphore, et plus loin encore. À la fois celte, romaine et germanique, elle seule pouvait prétendre à un catholicisme – c’est-à-dire à un universalisme –politique pour tout l’Occident, elle seule aurait pu devenir l’axis europei qui jamais ne se fixa.
Mais vous vous enfoncez, jeune homme de quarante ans et des poussières, que nous importent en effet vos jérémiades sur un passé datant d’un millénaire ? Ne savez-vous pas que le monde est né aux alentours de 1968, avec la pilule anticonceptionnelle, le double album blanc des Beatles, l’Internationale situationniste et les romans d’Henri Troyat ? Que sans l’invention de l’ampoule électrique, de la machine à vapeur et de la presse à imprimer, nous ne serions tout juste que des êtres à l’apparence simiesque ? Que le christianisme, certes, c’est parfois très beau, n’est-ce pas, mais de là à vouloir en faire un projet de société contemporain, et plus encore pour 25 nations aussi différentes, je crois que la prise de vos médicaments s’impose de toute urgence.
Certes, certes, j’en conviens, je n’ai pas encore pris ma petite pilule au lithium qui m’aide à supporter l’insupportable, sans pour autant me faire tolérer l’intolérable, je me confesse : je me suis laissé emporter.
En effet, […] que pourrait bien accomplir une religion comme le judéo-christianisme pour UNIFIER 25 nations, dont l’une sera d’ailleurs à forte composante islamique ?
Que pourrait faire, c’est vrai, en toute honnêteté, un principe religieux qui durant mille ans avait permis au continent, et à tous ses peuples, de commencer à devenir une civilisation ?
En effet, cher monsieur, nous ne vous le faisons pas dire. On peine à croire qu’un homme comme vous, pourtant né comme nous autres à peu près au moment de la Création-Du-Monde, n’ait pas songé à proposer une version marxiste-léniniste dopée aux phéromones Debordistes, qui font tant fureur aujourd’hui, ou alors une de ces litanies anticapitalistes humanitaires qui rythment le parcours obligé de tout auteur français qui se respecte, voire – comme vous le disiez vous-même, nous semble-t-il – l’épopée d’une vaste confédération euro-russe qui permettrait par exemple aux agriculteurs du Roussillon d’échanger leurs tomates ou leurs poires contre des tonnes de viande de renne venue de Sibérie, vraiment, nous ne comprenons pas, il y a pourtant du bon dans la constitution eurogiscardienne, surtout pour nos Airbus, mais évidemment, si pour vous, seule une RELIGION peut unifier tant de différences, c’est que vraiment vous ne croyez ni aux miracles de la Centrale-à-Charbon, ni à ceux de la Réglementation, et moins encore à ceux de la démocratie parlementaire, il est hautement probable que vous êtes en fait un dangereux réactionnaire, monsieur, et cela, sachez-le, dans la Patrie-des-Droits-de-l’Homme-et-de-l’Urinoir, cela ne se fait pas, nous vous dénoncerons à la Police Intellectuelle dès que vous aurez tourné le dos.
Alors comment imaginer, dites-moi, une Europe du futur, puisque Aix-la-Chapelle n’est plus qu’une petite bourgade folklorique et que c’est à Bruxelles que se dessinent les plans de l’avorton terminal ?
Quiconque a traversé ce non-pays qu’est la Belgique pour se rendre dans sa capitale ne peut, me semble-t-il, que ressentir une terrible impression de dérision et de ridicule, devant la désolante banalité des paysages et des hommes, cette bourgeoisie incarnée génétiquement, et finir par se dire que, pour sûr, l’Europe actuelle ne pouvait surgir que d’un tel endroit, et qu’un tel endroit avait été nécessairement choisi pour accoucher d’une telle Europe.
La Belgique a ainsi été intronisée, on ne sait pourquoi, centre de gravité historique du continent, ce fut une des plus fondamentales manœuvres des artisans de cette « construction européenne », juste après la Seconde Guerre mondiale, que de se servir de cette dernière, et des abominations du nazisme, pour adapter à l’échelle continentale les immondes institutions de l’ONU, et donc éradiquer de la conscience des peuples européens toute notion de souveraineté politique et religieuse.
Le projet suit son cours. Dans une génération, deux grand maximum, la catastrophe démographique post-communiste aura réduit la population russe à environ 100 millions d’individus, pour plus de 150 aujourd’hui, qui n’appelle pas cela un authentique désastre, surtout dans la configuration géopolitique et ethnico-religieuse de l’ex-URSS, est un docteur Knock de la politique.
Une constitution sociale-libérale aura achevé de déchristianiser politiquement et sociologiquement le continent à l’ouest de la Vistule, terminant le travail que le communisme aura accompli en trois quarts de siècle de l’autre bord.
Ce qui se profile aux États-Unis, avec les attaques en règle contre toutes les institutions chrétiennes, et leurs symboles, conduites par la confédération transpolitique du « gauchisme libéral », et qui vaut à ce pays des batailles constitutionnelles toujours recommencées et jamais vraiment terminées (les avis de la Cour suprême peuvent être annulés, ou « amendés »… par la Cour suprême), prendra racine sur le terreau social-libéral de la gauche européenne sans le moindre espoir de retour.
Une idéologie politico-religieuse bien plus dynamique, et violemment opposée aussi bien au judéo-christianisme qu’au modernisme post-chrétien, saura sans doute judicieusement utiliser ce vaste espace vide, peuplé de 450 millions de Bruxellois.[/access]
Arnaud Montebourg et Pierre Laurent. Sipa. Reportage : 00721349_000022. Reportage : 00722942_000020.
Arnaud Montebourg et Pierre Laurent. Sipa. Reportage : 00721349_000022. Reportage : 00722942_000020.
C’est désormais avéré : Pierre Laurent, le leader du PCF a pris langue avec Arnaud Montebourg. Et les points de convergence seraient nombreux et réels en vue de 2017.
C’est le communiste qui a fait le premier pas, publiquement, sur LCP, souhaitant une candidature entre « socialistes critiques, communistes, écologistes… » mais aussi « le parti de Jean-Luc Mélenchon ». Et, relancé par les journalistes, il n’a pas fallu le pousser de beaucoup pour qu’il reconnaisse ses convergences avec l’homme à la marinière.
On pourrait en déduire que la candidature de Moi-Mélenchon aura été le meilleur argument pour un rapprochement, somme toute inattendu Laurent/Montebourg, sur l’air de « les ennemis de mes ennemis sont mes amis » ? Oui, mais pas que.
Et Mélenchon cocufia son allié
En effet, il est de notoriété publique que la candidature de JLM annoncée en janvier, sans discussion avec ses alliés communistes, a froissé ceux-ci, pour rester poli. Bien qu’il conserve quelques soutiens au PC, comme Marie-George Buffet, Mélenchon semble s’être mis à dos bon nombre de dirigeants mais aussi de militants communistes, qui ont le sentiment de s’être fait faire un bébé dans le dos par leur « camarade Jean-Luc » parti seul à l’aventure des présidentielles, enterrant de facto le Front de gauche.
Mais les convergences Laurent/Montebourg semblent aller au-delà. D’abord, le PCF voit aussi, et surtout, les législatives de juin 2017, qui s’annoncent très compliquées. Or, si le PC soutenait une fois de plus JLM, quel bénéfice en tirerait-il de ce côté-là? (sauf à ce que JLM gagne la présidentielle, hypothèse volontairement non retenue par l’auteur, qui écrit en général à jeun).
Si la gauche perdait, avec Hollande candidat, les accords seraient fort compliqués entre Solferino et Fabien, le PS en voudrait d’autant plus à Mélenchon et le ferait payer de la seule manière possible en plombant le PC au maximum. Mais si Hollande gagnait, ce serait probablement sur une ligne centriste, avec Macron en étendard/rabatteur de juppéistes et bayrouistes égarés, et l’on voit mal là aussi le PS s’enfermer dans des alliances en contradiction avec un gouvernement macrollandais.
Non, Pierre Laurent, fin politique et placide aux nerfs d’acier, joue la carte Montebourg en vue d’amortir le choc des législatives, prenant le pari que seul celui-ci peut battre Hollande (ou Macron ou Valls) lors des primaires du PS. Et là, ça change tout.
Petits calculs à gauche
Car Montebourg candidat vainqueur des primaires, soutenu donc et par le PS et par le PC, cela aurait de quoi bouleverser la donne politique à gauche, où finalement Mélenchon passerait, du coup, pour le diviseur du candidat qui aurait réussi sur son nom à fédérer les grandes familles de gauche.
Alors, Montebourg, même perdant, aurait probablement les clefs de Solférino, et saurait récompenser les communistes, en repartant sur une sorte de remake du Programme commun, du chemin unitaire, le seul qui vaille pour les futures reconquêtes électorales….
À moins que Montebourg n’y aille malgré tout, hors le PS, et alors le soutien du PC ne lui serait que plus vital, et là encore l’espace pour Mélenchon serait réduit.
Mais il reste un hic : comment convaincre les militants communistes que Montebourg, qui fut deux ans ministre de Hollande avant de claquer la porte, c’est mieux que Mélenchon ? Surtout en repassant par la case primaires PS ? Surtout avec un programme, comme dessiné aux contours de l’Appel du Mont Beuvray, « colbertiste » voire « gaulliste » de gauche, faisant appel aussi bien aux syndicalistes qu’aux patrons de bonne volonté?
C’est là, probablement, que la conversation entre Laurent et Montebourg prend tout son sens. Le grand public, et même les experts, savent peu de choses de la pensée politique « intime » de Pierre Laurent, tant ses prises de positions publiques ne reflètent généralement qu’un compromis entre les courants antagonistes de la direction du PCF, où coexistent difficilement, sur fond de consensus formel antilibéral, maintes sensibilités.
Montebourg, dénominateur commun du PCF ?
Au Conseil national du parti, on retrouve, en vrac, des Nuitdeboutistes enfiévrés, des islamocompatibles résolus, des orphelins de Georges Marchais, des socialophobes hystérisés, des économicistes obsessionnels, des élus locaux prudentissimes et aussi beaucoup de communistes qui se posent des questions sur la situation nouvelle créée par les attentats, le dévissage de Hollande et la mort du Front de gauche – ce qu’on ne saurait leur reprocher.
C’est bien sûr autour de dernière cette mouvance communiste floue, « en recherche », qui reflète probablement l’opinion de la majorité des militants et des sympathisants, que Pierre Laurent devra s’appuyer. De source sûre, on dit ce dernier foncièrement attaché – en privé – aux valeurs républicaines, y compris donc à la laïcité et au patriotisme bien pensés. On comprend mieux, dans cette optique, qu’il préfère mordicus l’option Montebourg au ralliement du PCF à un Hamon, à une Aubry ou à une Taubira, qui tous, quoi qu’ils en disent, feraient bien don de leur personne à la gauche dès la rentrée de septembre.
Le patriotisme économique -et donc la réindustrialisation- qu’incarne – seul chez les frondeurs- Arnaud Montebourg, pourrait être un levier politique pour éviter ces candidatures-là, levier qui donnerait du contenu au consensus antilibéral en vigueur au PCF, et lui donnerait aussi de l’efficacité électorale, vu la popularité des thèses protectionnistes dans ce qu’on pourrait appeler « les territoires perdus de la gauche ».
Ce coup de poker est loin d’être gagné. Mais pour qui aime à la fois son pays et la gauche, il vaut d’être tenté.
Miliciens de l'Etat islamique, Falloujah, Irak. Sipa. Numéro de reportage : AP21800159_000007.
Miliciens de l'Etat islamique, Falloujah, Irak. Sipa. Numéro de reportage : AP21800159_000007.
Je ne parlerai pas des martyrs de Charlie. Car je risquerais de parler de l’islam, et l’islam est une religion de paix et d’amour.
Je ne disserterai pas sur les massacres du Bataclan et d’ailleurs. Car je risquerais de parler de l’islam, et l’islam est une religion de paix et d’amour.
Je n’évoquerai pas les tueries de Boko Haram, de l’AQMI, d’Al-Qaïda, d’Al-Nosra et d’une foule d’autres groupes d’assassins organisés, en Syrie et ailleurs, au nom du Prophète, sur lui la paix et la lumière. Car je risquerais de parler de l’islam, et l’islam est une religion de paix et d’amour.
Je ne dirai rien des près de 300 morts tués dans un attentat à Bagdad le 3 juillet, ni des 15 autres tués dans la même ville le 25, ni… Car je risquerais de parler de l’islam, et l’islam est une religion de paix et d’amour.
Et j’ai eu tort de parler ici-même des infidèles tués au musée du Bardo l’année dernière. Car j’ai pris le risque de parler de l’islam, et l’islam est une religion de paix et d’amour.
Je ne rappellerai pas, pas même pour mémoire, les centaines de viols perpétrés à Cologne, entre autres, au dernier jour de l’An — bonne année ! Car je risquerais de parler de l’islam, et l’islam est une religion de paix et d’amour.
Je ne gloserai pas sur les attentats commis en Arabie saoudite, au Yemen, en Syrie, en Irak, en Turquie. Car je risquerais de parler de l’islam, et l’islam est une religion de paix et d’amour.
Ni même ne comptabiliserai-je les 80 morts de Kaboul de samedi dernier — les derniers dans une très longue liste. Car je risquerais de parler de l’islam, et l’islam est une religion de paix et d’amour.
Ne comptez pas sur moi pour condamner les attentats à la hache, à la machette, et autres procédés ingénieux perpétrés en Allemagne ces derniers jours. Car je risquerais de parler de l’islam, et l’islam est une religion de paix et d’amour.
De même ne commenterai-je pas l’utilisation d’acide au Pakistan pour défigurer les jeunes filles « impudiques » — la dernière a été étranglée par son frère. Car je risquerais de parler de l’islam, et l’islam est une religion de paix et d’amour.
Je ne dirai rien, oh non, sur le prêtre octogénaire égorgé ce mardi 26 juillet dans une église normande pendant la messe par deux courageux « soldats » de Daech — tout comme d’autres valeureux combattants de Daech avaient fixé au sommet d’une colonne romaine le corps décapité du conservateur octogénaire de Palmyre — ce sont des hommes qui aiment les vieillards, et ils ont prouvé à Nice qu’ils aiment aussi les enfants. Car je risquerais de parler de l’islam, et l’islam est une religion de paix et d’amour.
(Parenthèse. Si un vieil imam avait été tué dans une mosquée par deux connards — ce qui serait difficile vu que les mosquées sont le plus souvent protégées, comme les synagogues, le président de la République et le Premier ministre, si prompts à condamner et à combattre le terrorisme, appelleraient déjà à une manifestation monstre contre la montée des périls d’extrême droite, et envisageraient peut-être de dissoudre tel ou tel groupuscule. Et sans doute auraient-ils raison. Mais ils n’envisagent pas, semble-t-il, de dissoudre l’islam, ni de prendre de vraies mesures contre les milliers de terroristes islamistes potentiels français — ou qui se sont invités en France. Car l’islam est une religion de paix et d’amour. Fin de parenthèse)
Et je ne citerai pas les sourates qui appellent au meurtre des infidèles, par le fer et par le feu. Car l’islam est une religion de paix et d’amour, et seules de méchantes langues propagent ce genre d’information.
Et si jamais demain je me fais égorger par un illuminé, mes amis, ne mettez pas en cause l’islam. Car l’islam est une religion de paix et d’amour.
Saint-Etienne-du-Rouvray, juillet 2016. Sipa. Numéro de reportage : AP21927272_000023 .
Saint-Etienne-du-Rouvray, juillet 2016. Sipa. Numéro de reportage : AP21927272_000023 .
Daoud Boughezala.Jusqu’ici, les djihadistes visaient essentiellement des grandes villes (Paris, Nice). Avez-vous été étonnée de voir le terrorisme frapper un petit village a priori paisible comme Saint-Etienne-du-Rouvray ?
Florence M.[1. Pour préserver son anonymat, le prénom a été changé.] Oui et non. On se croyait moins exposé qu’à Paris mais Saint-Etienne-du-Rouvray n’est pas une zone rurale ou pavillonnaire. C’est une ville ouvrière de la banlieue rouennaise de 30 000 habitants qui est peu à peu devenue un ghetto depuis la construction massive de logements sociaux dans les années 1970 et 1980. Le vendredi, j’y croise beaucoup d’hommes barbus et même des petites filles voilées. Dans certaines écoles, on compte 90% de maghrébins et des femmes voilées de pied en cap vont chercher leurs enfants à la sortie. Depuis quelques années, j’assiste à une recrudescence du nombre de musulmans barbus dans la région, y compris à Rouen. Alors que je n’ai aucune animosité envers les populations arabo-musulmane, cela m’interpelle : ces personnes qui, à mon sens, affichent ostensiblement leur pratique excessive de la religion ne seraient-elles pas proches des milieux radicaux qui véhiculent des idées extrémistes ?
De votre propre aveu, l’immigration arabo-musulmane n’a pas débarqué du jour au lendemain en Normandie. Avez-vous vu l’intégration progressivement reculer ?
Il y a vingt ans, j’enseignais à Saint-Etienne-du-Rouvray. C’était déjà une population très majoritairement maghrébine mais la religion n’y était pas présente comme aujourd’hui. D’année en années, les comportements ont évolué, et une partie de la population maghrébine a adopté une attitude beaucoup plus intransigeante dans la pratique de la religion. Au départ, les enfants se contentaient de ne pas manger de porc à la cantine, ce qui est normal. Puis, il y a une dizaine d’années, les parents les ont poussés à refuser les bonbons censés contenir de la gélatine de porc. Depuis trois ou quatre ans, ils ne mettent plus leurs enfants à la cantine certains jours parce que la viande servie n’est pas hallal ou bien demandent qu’on ne serve pas de viande à leurs enfants. Cela fait également cinq ou six ans qu’on nous propose des cours d’arabe sous le nom d’ « enseignements de langue et culture d’origine ». En soi, c’est une très bonne idée, d’autant que l’apprentissage est théoriquement ouvert à tous les élèves, mais je me pose des questions : dans quelles conditions sont-ils habilités ? Qui les recrute ? Qui les paie ? Dispensent-ils un enseignement religieux alors que notre école est laïque ?
J’imagine que de tels cours contribuent à enfermer les deuxième et troisième générations dans leur communauté d’origine. L’agglomération rouennaise, dont sont originaires plusieurs djihadistes de l’Etat islamique, est-elle devenue un foyer immigré à ciel ouvert ?
Dans la petite ville voisine de Saint-Etienne-du-Rouvray où j’enseigne à des enfants de primaire, il y a « seulement » un tiers d’enfants issus de l’immigration arabo-musulmane (turque, maghrébine). On y voit beaucoup de mariages mixtes, et seulement une minorité de femmes voilées. En revanche, mes collègues qui exercent à Saint-Etienne dans un quartier que l’on appelle « Le Château blanc » s’adressent à 90% d’enfants maghrébins dans un contexte beaucoup plus islamisé.
Considérez-vous cette concentration ethnoreligieuse comme une bombe à retardement ?
Mon inquiétude dépasse la question de l’immigration. Les djihadistes sont d’abord des paumés qui ont dérivé vers la violence islamiste. Alors que beaucoup d’enfants ont de grosses difficultés scolaires, l’école dispose de moins en moins de moyens. Que vont devenir ceux qu’on ne peut pas prendre sous notre aile ? Dans dix ans, on risque de se trouver face à des gens, de toutes origines, complètement en marge de notre société, sans aucun repère, qui sauront à peine lire et écrire. Ils risqueront d’être tentés par tous types de dérives : drogue, violence… et islamisme radical.
Surfant sur ces difficultés, aux dernières élections régionales, le Front national a dépassé les 27% à Saint-Etienne-du-Rouvray, dans une région qui lui a pourtant longtemps été rétive. Voyez-vous grandir la défiance entre les communautés ?
Dans le cadre de mon travail, au contact des élèves, parents d’élèves et collègues, aussi bien que dans ma vie personnelle, je ne l’ai pas constaté. Mais, au travers des médias, les choses sont différentes et la montée du FN semble aller dans le sens d’une augmentation du communautarisme et de la haine entre les communautés.
Après ce dernier attentat, j’ai peur que les djihadistes s’en prennent à nos écoles. Il est inévitable qu’une psychose s’installe.
Un suspect interpellé à Saint-Etienne-du-Rouvray (Photo : SIPA.00765831_000004)
Un suspect interpellé à Saint-Etienne-du-Rouvray (Photo : SIPA.00765831_000004)
Alors que la France a été frappée par un nouvel attentat moins de deux semaines après celui de Nice, et tandis que l’Allemagne a été touchée plusieurs fois durant ce laps de temps, on a la chance de ce côté-ci du Rhin de connaître les coupables des actes terroristes de Nice et de Saint-Etienne-du-Rouvray. L’enquête a été facile puisque les coupables sont les mêmes dans les deux cas de figure, des témoins au-dessus de tout soupçon s’étant exprimés pour les décrire avant même que la police et la justice aient terminé leurs enquêtes.
Pour l’attentat de Nice, dès le samedi 16 juillet comme l’a relaté notre ami Marc Cohen, un témoin s’est manifesté sur la promenade des Anglais pour dénoncer un des coupables. Ce témoin s’appelle Raphaël Liogier, est sociologue de son état, et pour lui, « l’acharnement de Daech sur la France est lié à l’intolérance des Français, seuls en Europe, par exemple à s’offusquer de la mode islamique. » Le premier coupable était donc connu : l’intolérance des Français.
Le mardi 19 juillet, un deuxième témoin s’exprimait au sujet de cet attentat : l’imam de Nice Abdelkader Sadouni. Il y avait en effet un autre coupable dont il dévoilait le nom dans les colonnes du journal transalpin Il Giornaleen y déclarant : « La laïcité française est responsable des attentats. »L’imam nie aujourd’hui avoir tenu ses propos, le témoignage peut donc prêter à caution, mais la laïcité française fait depuis partie des suspects probables dans les attentats qui frappent la France depuis janvier 2015.
Nice nous a donc appris le nom d’un coupable : l’intolérance des Français et le nom d’un suspect qu’il serait urgent d’incarcérer à titre préventif, le bracelet électronique ne servant à rien nous le savons depuis hier : la laïcité française.
L’attentat de Saint-Etienne-du-Rouvray nous a permis avant même que les deux « terroristes présumés » — pour parler comme certains médias — aient été formellement identifiés d’avoir la certitude de la culpabilité de la laïcité et de connaître un autre coupable.
En effet, dès la veille de l’égorgement du Père Hamel dans sa paroisse, l’islamologue Olivier Roy expliquait dans Mediapart au sujet des racines du djihadisme : « La laïcité française n’arrange pas les choses, non pas à cause de sa pratique autoritaire, mais parce qu’elle participe de la déculturation du religieux en refusant sa pratique publique ». Là c’était déjà trop : deux témoignages à charge contre la laïcité française faisaient d’elle une coupable parfaite à envoyer d’urgence à Cayenne ou aux Kerguelen selon qu’on soit plutôt océan Atlantique ou océan Indien !
Le deuxième témoignage désignant sans le moindre doute l’autre coupable de l’attentat de Saint-Etienne-du-Rouvray est arrivé viale communiqué de presse de SOS Racisme, celui-ci accusant « une secte d’extrême droite aux orientations racistes, antisémites, sexistes et homophobes », « secte » par ailleurs nommée Daech. Il fallait oser placer « l’extrême droite » dans ce communiqué. Comme il fallait aussi oser utiliser autant de mots pour ne pas avoir à en prononcer certains et ainsi ne s’aliéner aucune clientèle, voire les satisfaire toutes à la fois. Mais certains osent tout et c’est d’ailleurs à ça qu’on les reconnaît comme le disait le regretté Michel Audiard. En tout cas, à SOS Racisme on ne sait pas si ce qu’ils fument c’est de la bonne, mais en tout cas c’est de la forte !
Donc l’enquête est terminée, les coupables sont connus puisqu’ils s’agit de « l’intolérance des Français », de « la laïcité à la française » et d’une « secte d’extrême droite ». François Molins le procureur de Paris peut donc partir prendre quelques vacances bien méritées, lui qui depuis janvier 2015 poursuit sans relâche des coupables qui sont désormais connus.
Jean-Yves Camus.[2. Jean-Yves Camus est spécialiste de l’extrême droite.] Précisons d’abord que je ne souhaite pas l’implosion de la société française. Au-delà de mon positionnement politique clairement à gauche, je suis avant tout français. C’est la France qui est attaquée depuis des mois, elle n’a pas décidé d’être en état de guerre. J’ignore quelle sera la réaction de la société française à l’acte terroriste d’hier mais je suis certain que les catholiques de France ne se dresseront pas contre une autre partie de la nation. Clairement, le choix du lieu, de la cible et du moment de l’acte manifestent une attaque réfléchie et pensée contre l’Eglise catholique, ses prêtres et ses fidèles. C’est un acte de guerre de religion. On a aussi franchi un nouveau cap dans la localisation géographique des actes : après la capitale, après une très grande ville de province, c’est une petite ville de la France profonde qui est visée. Et la victime est un prêtre égorgé dans son lieu de culte le jour de l’ouverture des Journées mondiales de la jeunesse (JMJ), ce qui n’est pas un hasard.
Est-ce à dire qu’au même titre que l’antisémitisme, l’antichristianisme est aujourd’hui un puissant moteur de la violence djihadiste ?
Même s’il y a une composante spécifiquement antijuive dans le discours de l’islam radical, dès l’époque d’Al-Qaïda, on était face à une organisation se réclamant du « front mondial contre les croisés ». La référence aux Croisades inclut bien évidemment les chrétiens. C’est l’ensemble des sociétés « apostates » qui est visé. Il n’y a qu’à voir le sort réservé aux chrétiens du Proche-Orient qui n’ont même plus aujourd’hui la possibilité de vivre en dhimmitude. Auparavant, ils étaient dans une situation insatisfaisante mais au moins pouvaient-ils vivre sur place. Maintenant, en Syrie ou en Irak, dans les zones contrôlées par Daech du moins – Bachar Al-Assad n’ayant jamais persécuté ni exterminé les chrétiens –, les chrétiens ne peuvent plus survivre. Mais ce n’est pas une raison pour croire que les chrétiens d’Orient doivent venir vivre chez nous. La solution consiste au contraire à ce que nous leur permettions de vivre à nouveau dans ces pays où ils sont implantés depuis deux millénaires, comme le réclame légitimement l’œuvre d’Orient.
Depuis hier, beaucoup de « chrétiens d’Occident » vivent dans la crainte, sinon dans la colère. Jugez-vous crédible l’hypothèse d’une réplique violente d’« ultradroite » au djihadisme ?
Il ne faut pas éliminer la possibilité qu’il existe un fou furieux, un déséquilibré ou un individu ayant par ailleurs des idées qui, demain, commette un acte terrible. Au moment de l’affaire Breivik, j’ai dit que cet homme avait des idées d’extrême droite (qu’il avait d’ailleurs exposées) mais que ce n’était pas une raison pour imputer la responsabilité de son acte au Parti du progrès dont il avait été adhérent. De même, ce n’est pas parce que qu’un de ses membres commettra un acte criminel que cela mettra en cause l’ensemble des mouvances de la droite nationale. Même après l’affaire du prêtre de Saint-Etienne-du-Rouvray, personne ne peut penser que les milieux cathos-tradisou le Front national n’incitent leurs militants à passer à l’action violente. Si une réplique se produisait un jour, compte tenu de la manière dont le paysage politico-médiatique fonctionne, cet acte aurait des répercussions dramatiques pour l’ensemble de la droite.
Pourquoi ?
Quand on réagit sous le coup de l’urgence, sans avoir toutes les informations nécessaires, ou avec un parti pris idéologique, les mises en cause sont toujours générales. Si des représailles se produisaient, tous ceux qui font de l’islamophobie l’alpha et l’omega de la politique française, qui pensent que la France est naturellement islamophobe, que l’Etat a instauré des discriminations, pourraient dire : « Vous voyez bien, nous l’avions annoncé ! » Or, le problème aujourd’hui est l’islam radical et les attentats qu’il commet. On ne peut pas coller le label d’islamophobe à la France tout entière ni à l’Etat. Le risque, c’est qu’un acte isolé efface cette vérité et donne la possibilité aux pyromanes habituels, au lieu de voir le problème auquel la France est confrontée – la guerre que l’islam radical nous a déclarés -, de renverser la perspective en expliquant que l’islamophobie galopante est le problème du pays.
Trouvez-vous donc infondées les critiques de la politique internationale « islamophobe » de la France, engagée sur plusieurs fronts en Afrique et au Proche-Orient ?
On a vu des gens se réunir place de la République à Paris autour du slogan « Leurs guerres, nos morts ». Mais nos guerres sont légitimes ! C’est leur guerre qui est illégitime. Quand on intervient en Syrie ou en Irak sous quelque forme que ce soit, quand des soldats de nos forces spéciales vont en Libye pour éviter que les islamistes en fassent un nouvel Etat sous leur coupe, la France est dans son droit. Depuis vingt ans, on entend toujours les mêmes, d’ailleurs peu nombreux, prétendre que si nous n’étions engagés sur aucun de ces théâtres d’opération, il ne se passerait rien. Malheureusement, on pourrait se retirer demain matin du Mali, de Libye, d’Irak et de Djibouti même, la guerre de civilisations lancée par Daech serait toujours là.