Accueil Site Page 1924

L’économie française se tiers-mondise

37
greau croissance btp chomage
Chantier à Mâcon, 2017. Sipa. Numéro de reportage : 00793124_000040.

Causeur. Ces derniers jours, trois chiffres macro-économiques importants ont été officialisés : l’économie française a créé 187 000 emplois en 2016 (sa meilleure performance depuis le début de la crise en 2008), la croissance au premier trimestre 2017 a été de 0,4% et enfin le bilan commercial français pour le mois de janvier 2017 s’est élevé à presque 8 milliards d’euros, un record. Que disent ces chiffres de l’état de l’économie réelle ?

Jean-Luc Gréau. Le chiffre favorable des créations d’emplois est en discordance avec le taux de croissance officiel de 1,1% en 2016. En cela, l’économie française offre une étrange similitude avec l’économie américaine qui, avec une croissance de 1,6%, a créé deux millions et demi d’emplois !

Explication logique : comme les Etats-Unis, nous créons de plus en plus d’emplois à faible productivité tout en supprimant des emplois à forte productivité sur le site national. Ce paradoxe est confirmé par le chiffre négatif de notre commerce extérieur : le bas de gamme ne s’exporte pas ! en revanche, il nous coûte très  cher en termes de protection sociale.

Les chiffres dont nous disposons révèlent une tiers-mondisation rampante de notre économie, subventionnée par des allègements de charge et le CICE, ciblés sur les basses rémunérations. Cette évolution est intenable à long terme.

Pourtant, la Banque de France estime à 0,4% la croissance française au premier trimestre 2017 et constate un rebond de l’activité dans le secteur industriel ainsi que dans les services et le bâtiment. N’est-ce pas la preuve d’une réelle reprise ?

Le rebond de l’activité découle pour l’essentiel de trois facteurs. Premier facteur : la baisse de l’euro situé aujourd’hui un peu au-dessus de 1 dollar après avoir connu une parité de 1,4 dollar, voire plus, des années durant, alors que la zone euro connaissait une situation de marasme. Deuxième facteur : l’importante reprise cyclique du marché de l’automobile en Europe après des années particulièrement difficiles. Cette reprise pourrait se poursuivre encore durant 2017. Mais peut-être pas au-delà. Troisième facteur : les livraisons d’avions qui ont battu de nouveaux records. Mais là encore, l’évolution des commandes laisse présager une stabilisation à partir de l’an prochain.

Il faut insister parallèlement sur la continuité du processus de délocalisation, lié au phénomène que j’ai décrit plus haut : la santé retrouvée du groupe PSA masque le fait que les véhicules de moins de 20000 euros ne sont plus ou ne seront plus assemblés en France et que les équipementiers vont se rapprocher des lignes d’assemblage délocalisées. Les fournisseurs de l’aéronautique signalent eux aussi qu’ils subissent les délocalisations de leurs donneurs d’ordre, non plus seulement sur la fabrication, mais sur le développement, vers la Chine et l’Inde.

Cette « tiers-mondisation rampante » de l’économie française explique-t-elle qu’en dépit de la baisse du prix des matières premières importées et de la faiblesse de l’euro, notre balance commerciale souffre d’un énorme déficit en janvier 2017 ?

En quelque sorte. Le point crucial pour notre économie est son manque de compétitivité vis-à-vis de l’Allemagne : la moitié environ de notre déficit provient de nos échanges bilatéraux avec la RFA. L’euro joue le rôle d’une souricière. Pour retrouver un coût du travail compétitif pour l’économie engagée dans la compétition internationale, il faudrait le réduire massivement à hauteur de 20%, soit les salaires, soit les charges. L’allègement de charge nécessaire peut être estimé à 100 milliards d’euros. Mais alors comment payer la maladie, la famille, la vieillesse ?

Observons encore que les baisses de salaires pratiquées dans des pays comme l’Espagne ou le Portugal ont donné lieu à de violentes récessions. Mais ces politiques opportunistes, apparemment couronnées de succès dans le cas de l’Espagne, ont eu aussi pour effet de contrarier l’activité chez leurs voisins. Cependant, malgré ce succès, l’Espagne, qui produit désormais plus de voitures que la France et l’Italie, subit cependant un taux de chômage proche de 20%%. Il était de 8% avant l’éclatement de la bulle immobilière locale. Le sujet de la sortie de l’euro reste évidemment tabou. Marche ou crève !

Quand le banquier Macron jouait à cache-cache avec Le Monde

Emmanuel Macron

Emmanuel Macron aime tellement les médias qu’il est prêt, pour assurer leur indépendance, à se lancer dans le bénévolat. C’est l’anecdote rocambolesque que nous raconte le journaliste du Monde Adrien de Tricornot. En 2010, alors qu’il cherche à boucler son rachat, le quotidien du soir et sa Société des rédacteurs s’entourent de « spécialistes ». Quand surgit des tréfonds de la nuit un jeune homme « formidable, super brillant », prêt à les aider « pro bono ». Il « se présente à nous comme un banquier d’affaires qui fait de l’argent, mais n’y trouve pas du sens, membre de la fondation Jean Jaurès, voulant défendre la liberté de la presse », se souvient le journaliste. « Emmanuel, puisque c’est comme ça qu’on l’appelait à l’époque », les conseille et les pousse à ne pas se focaliser sur l’offre Niel-Bergé-Pigasse.

Mais alors que les journalistes du Monde sortent d’une réunion avec les conseillers de Pierre Bergé, à la même adresse, « coïncidence », que les bureaux d’Alain Minc, avenue George-V, Adrien de Tricornot croise le regard… d’Emmanuel Macron, entouré d’Alain Minc qui « conseille à l’époque le groupe Prisa, un des autres candidats au rachat [du] journal ». Aussitôt, le futur ministre se met en marche : il « disparaît derrière la porte cochère ». Stupéfait, le journaliste décide de le suivre. Et démarre, à travers étages, paliers et couloirs, une partie de cache-cache avec son bon samaritain. « J’avais une sorte de pressentiment. J’avais vu que Macron se cachait […]. Je monte les marches. Mon téléphone sonne en appel masqué. Je n’ai pas su qui c’était, j’ai raccroché. Et puis j’arrive au dernier étage de l’immeuble. Je vois que la porte de l’ascenseur est bloquée. […] Et tout au bout de l’étage, sur le palier, il y avait Emmanuel Macron ! »

Pris au piège, il[access capability= »lire_inedits »] démarre, « pile au moment où j’arrive », une conversation au téléphone et fait mine de ne pas le voir. « Bonjour Emmanuel, s’exclame alors le journaliste en lui tendant la main. Tu ne nous dis plus bonjour ? […] J’ai senti l’angoisse en lui. Il avait du mal à respirer. Son cœur battait à 200 à l’heure. » Adrien de Tricornot apprendra plus tard qu’un courrier de report des négociations adressé à la triplette Niel-Bergé-Pigasse, dont « la trame » avait été « transmise » à la Société des rédacteurs du Monde par Emmanuel Macron, « avait en fait été rédigé à l’origine par Alain Minc Conseil ». Indépendance de la presse toujours, le journaliste ne raconte pas cette anecdote dans son journal mais sur StreetPress, un magazine en ligne participatif.

 

Nb : un autre des protagonistes de la scène la confirme en tous points. EL[/access]

Fillon, entre Finkielkraut et Albator

François Fillon en meeting à Orléans, mars 2017. SIPA. AP22024106_000026

Combien étaient-ils à Besançon pour écouter François Fillon quelques jours après le rassemblement du Trocadéro ? Les orateurs annonçaient 3000 mais nous avons appris à nous méfier. Nous avons plutôt eu l’impression qu’on était beaucoup plus proche de 2000 mais peu importe, en fait. L’essentiel  se trouvait encore dans la composition de la salle. Comme les études d’opinion le démontrent, ce sont les retraités qui constituent le socle de l’électorat de François Fillon et hier soir, cela se voyait à l’œil nu.

Comme l’automne dernier lorsqu’il avait compris que son message économique n’était pas propre à emballer les foules et permettre une dynamique, il est passé très vite sur ses propositions en la matière. A Besançon, il a surtout parlé de l’Ecole. Coïncidence ou volonté, c’est dans la même ville que Nicolas Sarkozy avait prononcé un grand discours thématique sur l’Education il y a dix ans. L’assistance a apprécié, visiblement très préoccupée par l’état du système éducatif de notre pays, au point que, pendant que nous nous mettions à la rédaction de ces lignes, un aimable monsieur nous interpellait : « pas de fautes d’orthographe ! ». L’ancien ministre de l’Education nationale de Jacques Chirac, qui avait naguère laissé Claude Thélot lui dicter une loi d’orientation qui faisait la part belle aux gourous pédagogistes, critique aujourd’hui ces derniers avec la plus grande force. L’influence de la locale de l’étape, la secrétaire générale adjointe de LR, Annie Genevard, y est sans doute pour beaucoup.

Anti-pédagos de babord à tribord

D’une manière générale, sur l’Ecole comme sur les questions régaliennes, mais aussi lorsqu’il a fustigé Emmanuel Macron, le candidat souhaitant « une société d’individus et non plus de citoyens, une société plastique, une société liquide », il nous a souvent fait l’impression de faire du Finkielkraut. Un hebdomadaire avait titré il y a quelques mois sur la « gauche Finkielkraut » représentée par Manuel Valls ; ce soir, il nous a semblé entendre son pendant à droite. Evidemment, dans le détail, il n’est pas certain que l’escouade d’intellectuels qui accompagnent l’auteur de La défaite de la pensée, comme Jean-Paul Brighelli ou Natacha Polony, reprennent à leur compte toutes les propositions énoncées à Besançon, notamment celles qui ont trait à l’autonomie des chefs d’établissement, laquelle proposition reprend davantage à la logique managériale. Mais la tonalité anti-pédagos y était et elle peut être essentielle, surtout si cette campagne commence à aborder les sujets sérieux.

Il demeure que Marine Le Pen sur son flanc droit et même Emmanuel Macron sur son flanc gauche, ne sont pas en reste sur ce sujet et qu’il ne sera pas si aisé d’être leader sur ce thème. Le candidat d’En Marche a même effrayé Najat Vallaud-Belkacem, seule ministre vallso-hollandaise à basculer clairement dans le camp Hamon. Il n’est pas interdit de penser que les propositions éducatives de son ancien collègue du gouvernement pourraient en être la raison principale. François Fillon a aussi passé quelques minutes à fustiger le totalitarisme islamique. Il a rappelé ses propositions en matière de sécurité et de politique pénale. Il a aussi eu quelques mots europhiles, reprenant les termes de Giscard sur la France « qui ne représente qu’1% de la population mondiale ». Pas sûr que Philippe Séguin et Jean-Pierre Chevènement, qu’il a cités dans son discours pour illustrer sa conception de la République, auraient apprécié cette antienne, l’un depuis l’au-delà, l’autre s’il avait été présent à Besançon.

François Fillon n’a pas oublié de faire allusion à ses semaines difficiles. Se présentant tantôt comme un « rebelle que le système n’arrêtera pas » tantôt comme un de « ces combattants balafrés qui n’ont pas appris la vie dans des livres », il est ainsi passé en une dizaine de minutes, de Finkielkraut à Albator.

Dommage.

Retrouvez tous les articles de David Desgouilles sur son blog Antidote.

La défaite de la pensée

Price: ---

0 used & new available from



Saint-Denis: scènes de la vie (barbare) ordinaire

lycee suger saint denis
Lycée Suger, Siant-Denis. Photo: wikipedia.

« Échauffourées » selon Le Parisien, « incidents » pour Libération, une présidente de région qui s’apprête à « porter plainte », « seuil symbolique » franchi d’après Le Monde, une ministre de l’Éducation Nationale et un premier ministre indiquant que le gouvernement fera preuve de « la plus grande fermeté », des dégâts évalués à plus de 70 000 euros, 54 « jeunes » mis en garde à vue dont une quarantaine de lycéens mineurs… Scènes de la vie ordinaire en République française.

Un tir de mortier en guise de récréation

Lycée Suger. Saint-Denis, 93. Mardi 7 mars 2017. Un tir de mortier éclate. Le lycée polyvalent accueille 1300 élèves. Des incendies démarrent dans les toilettes, de l’essence est déversée dans un escalier, des « jeunes » attaquent le lycée. Tirs de fumigènes et de cocktails Molotov. Évacuation. Bataille rangée entre « jeunes » et policiers. Projectiles et barres de fer contre Flash-Ball et gaz lacrymo. Une centaine de « jeunes » prend la direction du centre-ville de Saint-Denis. Cette nuée hostile détruit le mobilier urbain, agresse des policiers et s’attaque aux autres lycées de la commune du 93. Le « 9-3 ». Devenue habituelle, l’expression indique bien que ce département est hors de la République. N’est-ce pas là que l’on rencontre des bars interdits aux femmes ou que des terroristes en fuite viennent se cacher ? Une flambée de violences, un début d’émeute. Des élèves ont peur, d’autres sont « euphoriques » disent les enseignants. Pour certains « jeunes » lycéens de 15 à 19 ans, c’est la fête. Beaucoup se contentent de filmer et de diffuser sur les réseaux sociaux. On accuse la police de violences. Sur Youtube. Ces « jeunes » sont des victimes affirme une mère.

Les institutions de la République sans cesse visées

Une mère en colère ne comprend pas pourquoi son fils a été « ramassé » par la police et emmené au commissariat « alors qu’il était sous la responsabilité de l’Éducation Nationale ». Sur les 54 « jeunes » gardés à vue, 8 sont déférés devant un juge pour violences sur personnes dépositaires de l’autorité publique, attroupement armé et rébellion. Ils sont tous mineurs. Scène de la vie ordinaire : des « jeunes », surtout ne caractériser aucune origine sociale, géographique ou ethnique, mènent une opération de guérilla urbaine. Contre les institutions de la République.  On ne compte plus les occurrences de ces violences. Des émeutes du même genre ont déjà eu lieu à Saint-Denis mi-février aux abords de la basilique. La presse étrangère, éberluée, observe la rue française et parle de scènes de « guerre civile ». Ces violences ne concernent pas seulement la France. Mais ici, elles sont devenues des scènes de la vie ordinaire. Quotidienne. Comparer le Saint-Denis nocturne contemporain à ce que Saint-Denis symbolise n’est pas anodin. Saint-Denis et Suger, grandeur de la France d’hier. Il y a entre les deux toute la distance séparant la civilisation et la barbarie. Cela doit être dit sans tabou.

« Ils sont où les parents ? »

La civilisation repose sur l’autorité. « Ils sont où les parents ? », se demandait sur France Inter, le 15 février dernier, une jeune femme issue de l’immigration. Après deux nuits d’émeutes à Bobigny, Saint-Denis et Aulnay. La jeune femme évoquait les centaines de « jeunes » incendiaires s’attaquant aux forces de l’ordre. En effet : « Ils sont où les parents ? ». La perte de l’autorité, depuis longtemps signalée par des intellectuels comme Finkielkraut, est la principale cause de ces violences. Autorité des parents. Autorité de l’école. Autorité de la République. Difficile, l’autorité, dira-t-on, quand on envisage de pénaliser la fessée. Quand une claque à un élève est une maltraitance, parfois « raciste ». On parle de légaliser le cannabis, d’interdire fessées et claques, de multiplier les salles de shoot… La République a le devoir d’imposer son autorité. Aux familles, d’abord. En responsabilisant les parents. Responsabilisation qui passe par la sanction financière. Les familles ont le devoir d’empêcher leurs adolescents de passer la nuit dehors. Que des « jeunes » de CM2 ou de 6e traînent la nuit est irresponsable. Ces « jeunes » doivent être à leur place : chez eux. Cette responsabilité incombe aux familles. Elles doivent rétablir l’ordre dans leurs appartements. La République a le devoir de mettre des mots sur le réel : les « jeunes » issus de l’immigration qui mettent le bordel dans les rues et les lycées doivent être rappelés à l’ordre et punis. Les familles concernées sont minoritaires et connues des services. Elles doivent être sanctionnées.

Où est la limite ?

Qu’un lycée soit attaqué n’est pas anodin. Les « jeunes » s’en prennent au lieu du savoir. Le lycée Suger est un lycée polyvalent, associant lycée général, technologique et professionnel. Des lycées conçus comme « outils de mixité sociale ». Il sera intéressant de connaître le parcours des « jeunes » en question, tant scolaire qu’ethnique. L’idée peut sembler généreuse : créer des passerelles entre les filières. C’est pourtant mettre la charrue avant les bœufs. L’école ne recommencera pas à jouer son rôle tant que les adolescents ne seront pas réellement encadrés. À commencer par le savoir de base : lire, écrire, compter. Savoir écrire une phrase correcte. Et tant que la notion de limite ne leur sera pas de nouveau imposée. Les adolescents multiplient les incivilités car ces bases ne le sont plus. La limite. Ce qui faisait, jusqu’à une époque récente, que tout jeune savait comment on s’adresse à un adulte, à un représentant du savoir ou de la République en particulier, comment on se comporte en collectivité, où jeter ses canettes et autres papiers de kebab. Tant que le minimum du vivre en commun ne sera plus acquis, aucun prétendu « vivre-ensemble » ne risque d’être possible.

Où est passée la langue ?

Dans les vidéos des événements, filmés avec des smartphones, on entend distinctement de jeunes filles ricaner, s’amuser de ce qu’elles voient dans un vocabulaire qui dit beaucoup de l’état de l’école : « téma, téma… (…) Wesh, ya la chaleur du feu, y sont passés en balles, wesh. Y zont couru wesh ». Le ton est rigolard, l’excitation perceptible. Cela résume la perte de toute autorité, à commencer par celle du langage et de la culture. Passer une heure dans la cour de récréation d’un collège du « 9-3 » suffit pour entendre que la langue française n’y est plus parlée. Plutôt un sabir déculturé. Et nombre de langues étrangères. La culture dominante n’est pas la culture française mais celle des banlieues multiculturelles, du rap, des casquettes et du shit. L’État a le devoir de rétablir l’ordre républicain et l’ordre de la culture française au sein des établissements scolaires. Une remise en ordre qui passe par la transmission de ce qui fait nation et communauté française : une culture, des valeurs et une langue commune.

Dire les mots qui fâchent sans tabous

Dans la France contemporaine, des parents majoritairement issus de l’immigration ne contrôlent pas leurs enfants, ces derniers n’obéissent plus à leurs professeurs, pas plus aux forces de l’ordre. Ces « jeunes », que l’on se refuse à nommer autrement par déni du réel, ont perdu tout sens de la limite, dans tous les aspects du quotidien, plus préoccupés de shit et de « nique la France » que d’autre chose. Ces « jeunes » n’apprennent rien, ne travaillent pas, refusent toute notion d’effort et sont persuadés, « wesh, téma », d’être dans le vrai. Pourquoi ? Le problème est politique. Au lieu d’inscrire ces « jeunes » dans une culture et une civilisation enracinées, on leur répète combien ils sont victimes, combien ils ont raison de « niquer la France », combien il est excusable, après les souffrances dont furent victimes leurs ancêtres et dont la France serait coupable, qu’ils crachent à la figure de leurs enseignants, disent « ferme ta gueule » à un professeur quand il commence un cours sur les Hébreux ou attaquent des policiers à coup de barres de fer. Une époque viendra où des comptes seront demandés aux hommes et aux femmes politiques directement responsables de la situation actuelle, situation d’une gravité sans égale, unique à l’échelle des pays développés, et directement issue de l’idéologie libérale libertaire au pouvoir depuis quarante ans. Pour ladite idéologie, l’avenir est dans le communautarisme tandis que l’autorité serait par nature une forme d’oppression. Ce n’est pas seulement une conception politique, c’est une faute.

« Le travail détaché est dangereux pour tous les ouvriers »

travail detache vincent you ue
Chantier au Mans, 2015. Sipa. Numéro de reportage : 00723234_000002.

Daoud Boughezala. Au total, combien y a-t-il de travailleurs détachés en France ?

Vincent You.[1. Vincent You est adjoint LR au maire d’Angoulême, vice-président de GrandAngoulême.] Suivant qu’on parle de travailleurs détachés légaux ou illégaux, il y a un flou autour du chiffre de 500 000 qu’on évoque régulièrement. D’après les quelques études publiées sur le sujet, la majeure partie d’entre eux travaille dans les secteurs du bâtiment et travaux publics (BTP) et du transport.

Comment avez-vous pris conscience de l’ampleur du phénomène ?

Lorsque j’ai commandé la construction d’un hôpital de proximité, j’ai fait en sorte que les marchés soient attribués à des entreprises de la région. J’étais satisfait de voir des PME locales travailler sur place mais, à ma venue sur le chantier, je ne savais pas à qui parler parce que s’y trouvaient toutes les nationalités (Roumains, Polonais, Espagnols, Chypriotes…). C’est là que je me suis dit qu’on marchait sur la tête : un chantier de 20 millions d’euros payé par la Sécurité sociale française bénéficiait à des entreprises embauchant des gens qui ne cotisaient pas à la Sécurité sociale. On marche sur la tête ! Les travailleurs détachés sont justement embauchés moins cher parce que leur sécurité sociale est payée ailleurs, à moindre coût. J’ai alors pris conscience qu’on sciait la branche sur laquelle on était assis et me suis dit qu’on ne m’y reprendrait plus.

Qu’avez-vous fait ?

Le chantier s’est poursuivi, j’en avais un autre à ouvrir pour rénover un Ehpad (maison de retraite médicalisée). Et j’ai lancé une réflexion avec des architectes et d’autres personnes travaillant sur des chantiers pour trouver la parade au travail détaché. Ils m’ont expliqué que la responsabilité du maître d’œuvre que j’étais était d’assurer la sécurité sur le chantier. C’est sur cet aspect que j’ai joué…

… en rédigeant la « clause Molière » afin de contourner la directive européenne sur le travail détaché. En quoi consiste-t-elle ?

Le travail détaché, au-delà de la dimension purement économique qui rend les gens moins « chers » à engager parce qu’ils paient leurs charges sociales ailleurs, pose un problème de sécurité. Comment comprendre les règles de sécurité, toujours écrites en français, quand on ne parle pas notre langue ?  Des amis juristes ont travaillé, certains m’ont dit que la discrimination était passible de cinq ans de prison et 75 000 euros d’amende. Mais la clause Molière y échappe car elle n’impose pas de pratiquer une langue mais que les ouvriers soient en mesure de comprendre les règles de sécurité du chantier. Soit ils sont francophones, soit ils sont accompagnés d’un interprète, ce qui renchérit de fait le coût d’embauche d’un non-francophone. C’est la subtilité de cette disposition. La discrimination serait d’accepter qu’il y ait deux types d’ouvriers : d’un côté, ceux qui sont correctement payés et comprennent les règles de sécurité ; de l’autre, ceux qui sont moins chers et dont on se fiche des conditions de sécurité puisqu’ils seront repartis dans leur pays trois semaines ou trois mois plus tard.

Est-il envisageable d’étendre l’application de cette clause à la France entière ?

De plus en plus d’élus locaux appliquent la clause Molière. Ils prennent un petit risque politique et juridique. Mais plutôt que de compter sur le courage des élus, il faudrait que la loi française fasse cette clarification. Aujourd’hui, il existe une carte professionnelle du BTP nécessaire aux travailleurs détachés. Pourquoi ne pas ajouter un test de compréhension du français à la procédure d’obtention de cette carte ? Cette mesure s’applique déjà aux médecins et aux infirmiers. En tant que directeur d’hôpital, en situation de pénurie de main d’œuvre, il m’arrive de recruter des médecins roumains ou des infirmières espagnoles. Dans ces métiers-là, le Code de la santé publique exige un test de français préalable.

Certains parlementaires ont tenté de greffer la clause Molière à la loi El Khomri. Pourquoi ont-ils échoué à faire adopter cet amendement ?

A l’Assemblée nationale, l’emploi du 49-3 a arrêté tout débat. Et au Sénat, le résultat fut pitoyable : parmi les quelques sénateurs présents en séance, un certain nombre d’élus UDI ont considéré l’amendement comme inapplicable. Sur un chantier, le coordinateur sécurité-protection de la santé (CSPS) doit vérifier l’application des règles de sécurité. Or, pour être appliquée, une règle doit d’abord être comprise ! Les quatre sénateurs qui ont trouvé l’amendement inapplicable n’ont jamais dû se rendre sur un chantier, passée la pose de la première pierre.

Et dans la campagne présidentielle, y a-t-il des candidats qui prévoient de limiter le travail détaché ?

Beaucoup de candidats affirment qu’il faudra supprimer la directive européenne  « travailleurs détachés », ce qui est une mesure encore plus forte que celle que je préconise. A Matignon, Manuel Valls l’avait déjà promis mais je n’ai pas vu le résultat. Au-delà des promesses de suppression de la directive européenne, j’espère que les candidats trouveront des solutions opérationnelles. J’ai bon espoir parce que les régions qui appliquent la clause Molière sont : les Pays de la Loire présidés par Bruno Retailleau, bras droit de Fillon ; les Hauts-de-France présidés par Xavier Bertrand ; le Centre qui est à gauche et l’a votée à l’unanimité ; la Normandie présidée par Hervé Morin ; et Auvergne-Rhône-Alpes présidée par Laurent Wauquiez, numéro 2 des Républicains et l’Île-de-France qui doit la voter cette semaine.

Pourquoi jugez-vous la gestion du travail détaché emblématique des difficultés françaises ?

D’une part, la question de la maîtrise du français est fondamentale à beaucoup d’égards, notamment par rapport aux problématiques d’intégration des populations issues de l’immigration.

D’autre part, le fossé entre élus locaux et certains responsables politiques nationaux coupés des réalités est l’une des causes de nos problèmes. Globalement, sur notre territoire, il y a beaucoup de gens ingénieux qui trouvent des solutions aux problèmes concrets mais cela ne monte pas à Paris et Bruxelles.

La preuve: le Préfet de Région Auvergne Rhône-Alpes vient de rejeter la clause Molière appliquée par Laurent Wauquiez. Ce grand commis de l’Etat dénonce une discrimination et une atteinte à l’égalité de traitement des candidats. Que lui répondez-vous ?

Sur la discrimination, la question mérite un débat de fond. Je pense que le détachement est une forme légale d’esclavage moderne qui mérite mieux que le recours aux grands principes. En 1994, le Conseil constitutionnel avait considéré que le législateur pouvait « imposer dans les cas et conditions qu’il a prévus l’usage de la langue française, ce qui n’exclut pas l’utilisation de traductions » … nous y sommes ! Tout est une question de proportionnalité, mais personne ne peut concevoir que le cadre existant pour les médecins est discriminatoire. Dans un chantier avec de nombreux corps de métiers, il y a de vrais risques pour le plombier qui travaille sous l’électricien. Nous sommes donc fondés à poser des règles qui protègent les travailleurs.

Pour ce qui est de l’égalité de traitement des candidats, c’est une erreur d’appréciation. La clause est une clause d’exécution et non d’attribution. On ne choisit pas l’entreprise sur ce critère. On impose à celle qui est choisie et à qui on attribue le chantier de respecter cette règle. Les entreprises non retenues ne peuvent donc pas mettre en exergue la clause Molière. Seule celle qui est retenue pourrait choisir de la remettre en question. Cela reviendrait à dire « vous m’avez attribué un marché, laissez-moi le faire sans que les ouvriers en comprennent les risques et les règles ! ». Il est donc très étonnant que le préfet évoque cet argument !

Sur le fond, on voit bien que le gouvernement est impuissant face au travail détaché. Il cherche donc à bloquer ceux qui trouvent des solutions. Je pense que François Fillon a ici un thème de fond pour défendre le sens du travail et soutenir les ouvriers… tout en stoppant une dérive de l’Union européenne qui laisse les pays européens courir vers le moins disant social. Je l’appelle à retrouver la verve de Philippe Séguin pour stopper cette machine infernale!

Macron, candidat des milliardaires et des sous-prolétaires

Emmanuel Macron sert des mains dans un restaurant des Mureaux, mars 2017. SIPA. AP22024106_000005

Emmanuel Macron n’avait pas plutôt installé son bureau de ministre de l’Économie à Bercy que les médias faisaient son éloge préalable. La France était bénie des dieux. Elle disposait d’un homme providentiel, de grande capacité économique, capable de surmonter les difficultés accumulées au long de quarante années de déboires économiques, de déficits et de chômage. Emmanuel Macron nous était présenté comme un Bonaparte économique.

Que cet homme ait fait l’objet de dithyrambes de la part de médias aussi différents en apparence que Les Échos ou Challenges aurait dû nous faire comprendre d’emblée qu’il représentait une nouvelle carte sortie de la manche des organes du système néolibéral pour confirmer les choix de l’euro, de l’Europe, de la globalisation. À partir d’un postulat : les choix stratégiques que nous avons faits avec les deux compères Mitterrand et Chirac ne sont pas en cause dans nos échecs. Nous manquons cependant d’hommes de l’art capables de mettre en œuvre les réformes salvatrices auxquelles le bon peuple ignorant répugne. Mais, enfin Macron vint, et avec lui, l’espoir revint.

A lire aussi >> « Macron: au secours, Hollande revient! », notre dossier spécial est en kiosques

Comme Philippe Cohen nous manque ! Il avait été le premier à diagnostiquer le « parti des médias » comme un parti caché qui gouverne les consciences des dirigeants politiques et formate l’opinion publique. Il aurait vu immédiatement dans Emmanuel Macron le serviteur du système parrainé par les médias pour imposer la continuité de nos choix stratégiques. Il nous aurait appelés à la vigilance face à la mise en scène médiatique et politique du personnage. Et il insisterait sur le fait, inédit, que ce n’est pas seulement dans les médias bien-pensants de la bourgeoisie hexagonale que la promotion du Macron se déploie, mais aussi dans le Financial Times, le Wall Street Journal, le New York Times. Emmanuel Macron y est présenté comme l’antidote français au virus qui a ravagé l’Angleterre du Brexit et l’Amérique de Trump. On le voit, dans les caricatures des médias concernés, mener la contre-offensive idéologique, armé d’un drapeau tricolore ! What a surprise !

On aurait tort, cependant, de croire que le candidat du système néolibéral n’en est que le dernier avatar politique. Il est novateur dans son genre. C’est ce qu’un journaliste du Figaro, Jean-Pierre Robin, nous révèle dans un article informé sur le vrai programme du candidat.

Le programme de France Stratégie

Jean-Pierre Robin nous dit que, loin d’être dissimulé, le programme d’Emmanuel Macron est, comme la lettre volée de Poe, « exposé aux yeux de tous ». Il a été rédigé sous la houlette de Jean Pisani-Ferry par les équipes de France Stratégie, un organisme officiel mais étrange, qui est une sorte de think tank financé par l’argent public. France Stratégie est installé cité Martignac, dans les locaux de l’ancien Commissariat au Plan, en plein cœur du VIIe arrondissement. On ne saurait incarner mieux l’abandon de l’ambition d’après-guerre d’un développement maîtrisé avec l’aide de l’État, au profit d’une prospérité acquise dans le cadre du libre-échange global[1. Comme nous y exhorte Élie Cohen à chacune de ses interventions médiatiques : « Il faut relever les défis et saisir les opportunités de la mondialisation. »].

Jean Pisani-Ferry a quitté la cité Martignac pour se mettre au service de l’ambition présidentielle de notre Bonaparte en complet d’énarque[2. Après avoir été à la tête de l’institut Bruegel, think tank dédié à l’Europe. Il est aussi membre du Cercle des économistes, qui réunit chaque année la tribu des économistes néolibéraux à l’université d’Aix-en-Provence, et membre du Conseil d’analyse économique.]. Mais il a emporté dans ses bagages[access capability= »lire_inedits »] les notes d’orientation de France Stratégie, élaborées en vue du nouveau quinquennat, dans différents domaines : économie, finances, social, éducation, écologie, culture. Nous avons retenu trois propositions majeures qui pourraient être au cœur du programme du candidat : la transformation du crédit d’impôt pour la compétitivité et pour l’emploi en allègements de charges pérennes pour les entreprises, l’exonération de charges sur les bas salaires, l’imposition des loyers fictifs.

La première est la plus anodine en apparence. Elle consisterait à supprimer une sorte d’usine à gaz issue des cerveaux fertiles de Bercy afin de basculer les 22 milliards de coût qu’elle représente vers un dispositif connu d’allègements de charges. Ce serait revenir à la préconisation simple du rapport Gallois. Mais avec une différence de taille. Louis Gallois demandait que l’allègement porte sur les salaires des personnes qualifiées pour toucher les entreprises orientées vers les marchés extérieurs. Tandis que le nouveau dispositif serait réparti sur l’ensemble de la grille salariale.

La deuxième laisse perplexe. L’État supporte présentement le coût d’un allègement de charges spécifique sur les bas salaires évalué à plus de 20 milliards d’euros par la Cour des comptes, coût qui se cumule avec celui du CICE. Un coût que les conseillers jugent prohibitif au regard de son impact sur l’emploi dès lors qu’il est empoché comme un profit d’aubaine par les employeurs concernés. Or la nouvelle proposition instituerait une exonération au lieu d’un allègement, pour les salaires compris entre 0,5 et 1,3 Smic, dont le coût serait forcément supérieur, sans remédier à la tare constitutive de l’allègement actuel. Et sans apporter de solution au manque de compétitivité de nos activités exportatrices dont les salaires sont notoirement plus élevés. Où est donc l’enjeu de ce mistigri sur les charges sociales ?

La troisième est potentiellement explosive. L’imposition des loyers fictifs – les loyers qui seraient dus par les propriétaires s’ils devaient payer le loyer du logement qu’ils occupent –, qui existait sous la IVe République, a été abandonnée par la Ve dont les dirigeants s’étaient fixé l’ambition de promouvoir l’accession à la propriété et la consolidation des classes moyennes. Remise à l’étude par le PS dans les années 1970, elle n’a pas revu le jour, par crainte de son impact politique négatif. Mais que dire aujourd’hui ? Les prix des immeubles ont explosé et leurs loyers avec eux. Un appartement de 50 mètres carrés situé à Montmartre supporte un loyer de plus de 1 000 euros. Que l’intéressé fasse le calcul : il devrait ajouter 12 000 euros à son revenu imposable ! Il s’agirait en fait d’un super ISF, tapi au sein de l’IRPP, élargissant dramatiquement le champ de celui-ci, aujourd’hui applicable à partir de 1 300 000 euros. Il frapperait des personnes modestes qui ont pu hériter d’un logement acquis par leurs parents. Dès lors, la question se pose : la proposition émane-t-elle de cerveaux ravagés ou de titulaires d’appartements de fonction ou d’appartements à bas prix tels que ceux obligeamment fournis par la mairie de Paris ?

Les banlieues plutôt que les bobos

Jean-Pierre Robin s’interroge à la fin de son article. Sachant qu’Emmanuel Macron dispose d’un électorat de bobos, comment se fait-il qu’il ouvre la voie à une surimposition de son public fétiche. « Avis aux bobos proprios du baby-boom, c’est eux qui vont raquer. » Certes, mais l’idéologie peut l’emporter sur l’intérêt de classe. Et il faudra bien de l’argent pour couvrir ces opérations d’allègement ou d’exonération de charges qui forment le cœur du dispositif.

Mais si l’on comprend que les grands bénéficiaires de son application sont nos banlieues, nous voyons apparaître un autre électorat officiellement guigné par le candidat Macron. À la faveur de la mondialisation et de la politique d’immigration, une véritable économie du tiers-monde s’est installée en France, triplement subventionnée par la protection sociale la plus coûteuse du monde, les collectivités territoriales et la politique de la ville. Elle serait amenée à prospérer de façon décisive. Là est l’innovation de Macron : non plus appliquer des rustines à notre tissu social déchiré, mais développer une nouvelle forme d’économie enkystée au sein d’une France engagée dans la compétition tous azimuts[3. Comme toujours, il faut renvoyer à La France périphérique de Christophe Guilluy, éditions Flammarion, 2014.]. Le candidat du système coupe le pays en deux : d’une part, la France bénéficiaire de la masse de nos aides sociales, mais exonérée de charges sociales ou fiscales, et, d’autre part, la France qui paie plein pot pour bénéficier de la même protection sociale.

Il convient ici de rappeler la réaction d’Emmanuel Macron au lendemain des attentats du 13 novembre 2015. Il imputait le terrorisme au « manque d’opportunités économiques ». Propos en forme de négationnisme quand on sait que les djihadistes se recrutent dans les couches plutôt instruites issues de nos banlieues. Mais Macron oublie spontanément la dimension idéologique du problème pour retrouver une explication « économiciste ». À l’occasion, le personnage, qui traite élégamment les ouvriers bretons d’« illettrés économiques », nous a apporté la preuve de son crétinisme politique.

L’Europe ou la mort

Macron est aujourd’hui l’incarnation la plus pure, si l’on ose dire, de l’européisme dans notre paysage politique. Il milite pour une intégration européenne plus poussée encore, nonobstant le pouvoir prééminent acquis par l’Allemagne et les échecs de la construction européenne analysés par Hubert Védrine dans son dernier ouvrage[4. Sauver l’Europe, éditions Liana Levi, 2016.].

Le fait le plus singulier est cependant que Macron soit soutenu par le patronat tandis qu’il ne propose rien qui puisse traiter le problème le plus crucial de notre économie : son manque de compétitivité vis-à-vis de l’Allemagne (la moitié de notre déficit commercial, égal à 47 milliards d’euros, résulte du déséquilibre de nos échanges avec notre grand voisin qui a accumulé en 2016 un excédent commercial total de 296 milliards d’euros !). Et l’on ne saurait affirmer sans ridicule que l’allègement du droit du travail constituerait le remède approprié.

Notre histoire récente, sous ses deux angles économique et politique, est aussi celle de l’aveuglement des chefs d’entreprises dont la conscience politique a été prise en otage par l’idéologie dominante. Passe encore que les banquiers et les assureurs s’accommodent d’un système qui les a si bien servis. Mais que dire pour les chefs des entreprises non financières ? L’Europe nous interdit d’alléger les charges sociales des entreprises engagées dans la compétition internationale : il faut alléger corrélativement les charges du bistrot de quartier et des supermarchés ! Elle nous interdit de réduire ou d’annuler l’impôt sur les bénéfices des entreprises réinvestis sur le site national. Car elle se voit, au-delà de son périmètre officiel, comme une sorte de laboratoire de la globalisation, statuant comme si elle était un organe de la gouvernance mondiale.

Le parti des médias ne nous laisse que le choix de poursuivre sur la voie du déclin, sous la conduite du chef de chœur Macron, en scandant : « L’Europe ou la mort. »[/access]

Affaire Fillon: la justice contre l’élection

François Fillon en meeting à Orléans, mars 2017. SIPA. AP22024106_000022

Depuis le déclenchement de l’affaire Fillon, le caractère monté de toutes pièces de l’opération saute aux yeux tous les jours. Dans le but de favoriser la candidature Hollandienne d’Emmanuel Macron, une manipulation montée de longue main a déclenché ce qu’il est désormais commun d’appeler un véritable coup d’État. L’objectif étant bien évidemment de priver la droite républicaine d’un candidat crédible. Que François Fillon ait donné des verges pour se faire battre est une évidence. Mais j’ai dit en son temps ce qu’il fallait en penser tant sur la nature politique de l’opération que sur la vulnérabilité de la cible. Et la dimension judiciaire qui saute désormais aux yeux, n’en est qu’une facette dont il est déplorable que certains acceptent d’en être les instruments.

Détruire le candidat de la droite

François Hollande qui aura tenu à avilir la fonction de président de la République française vient de montrer qu’il le ferait jusqu’aux dernier jours. À l’occasion d’une conférence de presse, il a osé déclarer à propos des critiques qui fusaient de toutes parts contre le comportement du parquet financier et du juge d’instruction : « En tant que garant de l’indépendance de l’autorité judiciaire, je tiens à m’élever solennellement contre toute mise en cause des magistrats dans les enquêtes et les instructions qu’ils mènent dans le respect de l’État de droit. » Est-il nécessaire de lui rappeler ce qu’il a dit dans un livre: « Cette institution, qui est une institution de lâcheté… Parce que c’est quand même ça, tous ces procureurs, tous ces hauts magistrats, on se planque, on joue les vertueux… On n’aime pas le politique ». Est-il nécessaire également de rappeler la façon dont il a bravé la justice, foulé aux pieds une instruction, deux décisions de cour d’assises et deux décisions de juridictions d’application des peines en accordant une grâce scandaleuse à une personne condamnée pour meurtre. On notera d’ailleurs à cette occasion que les braillards à qui il a voulu donner satisfaction, vilipendent sans crainte de la contradiction, ceux qui critiquent le comportement de la justice dans l’affaire Fillon.

Oui, la façon dont s’est déroulée la procédure, tant dans sa célérité tout à fait inhabituelle que dans la nature des mesures prises, témoigne de la volonté de détruire la candidature de la droite à l’élection présidentielle. Depuis le premier jour de cette affaire, j’ai toujours annoncé avec au moins une semaine d’avance ce qui allait se produire sur le plan judiciaire. J’ai pu le faire, non pas pour avoir pris l’option arts divinatoires pendant mes études de droit, mais parce que je connais le fonctionnement de la boutique.

C’est pourquoi ce que nous avons entendu la semaine dernière émanant du monde de la justice est préoccupant.

Il y a tout d’abord le communiqué commun (!) du premier président de la Cour de cassation et de l’avocat général auprès de celle-ci. Certes ils l’ont fait au titre de coprésidents du Conseil supérieur de la magistrature, mais mélanger à cette occasion parquet et magistrature du siège n’était peut-être pas une excellente idée. Au-delà de ce qui est quand même question de fond, on y trouve deux jolies choses. À propos du travail de la justice : « Les uns prétendent qu’elle est instrumentalisée par l’Exécutif. Celui-ci réplique qu’il soutient la liberté d’action des magistrats. En réalité, la justice n’encourt pas plus les reproches outranciers qui lui sont faits qu’elle n’a besoin de soutiens d’où qu’ils viennent. » Prends ça dans les dents Pépère ! Tu te croyais président de la République et par conséquent garant du fonctionnement des institutions, eh bien retourne dans ta niche. Et puis: «Les magistrats suivent leur rythme en toute indépendance sous le seul contrôle des juridictions supérieures. » Répétons pour la énième fois que l’indépendance n’est pas un objectif mais seulement le moyen de l’impartialité. Or c’est justement de ce rythme tout à fait inhabituel que se déduit l’absence criante d’impartialité. L’indépendance n’est pas là pour permettre d’être partial, voyons !

«Ni la Constitution ni aucune loi ne prévoit – heureusement – ce que d’aucuns nomment une « trêve judiciaire ». »

Il y a eu ensuite la tribune signée par la présidente de l’Union syndicale des Magistrats. La violence et l’arrogance du ton, les imprécations lancées à l’égard de la représentation nationale, le choix des mots témoignent non seulement d’une certaine perte de sang-froid, mais également d’une conception inquiétante de la place de la justice dans la cité. On laissera chacun prendre connaissance de ce brûlot, en soulignant que l’on est peut-être encore plus loin que le fameux « mur des cons ». Pour ceux qui auraient la flemme, je précise qu’il n’y a aucune mention du rythme des magistrats qui ont été saisis de la plainte de François Fillon pour violation du secret de l’enquête : la transmission d’urgence aux journalistes du Monde des premiers PV, accomplie sur la base d’une très grave illégalité. Les mauvaises langues prétendent que seuls les magistrats du parquet national financier (PNF) ou les policiers chargés de l’enquête le pouvaient. Là, ce sera un rythme lent, très lent, genre slow langoureux. Et d’ailleurs, probablement pas de rythme du tout, comme d’habitude.

Relevons cependant deux phrases, expression d’un sentiment de toute-puissance qui montre où peuvent mener certaines dérives.

« En réalité, les prétendus arguments procéduraux des uns ou des autres, souvent infondés, ne visent qu’à troubler l’électorat, à des fins purement politiciennes. » Là on est carrément dans l’insulte des professeurs de droit, des avocats, et des praticiens spécialistes, qui se sont exprimés sur les lourds motifs d’illégalité qui semblent peser sur les procédures intentées en particulier par celles du parquet financier. Ensuite on peut s’inquiéter du caractère péremptoire de cette affirmation de la part d’une magistrate. Donc la messe serait dite, les décisions de la chambre d’instruction et de la Cour de cassation seraient-elles déjà prises ?

Et puis il y a ce sommet : «ni la Constitution ni aucune loi ne prévoit – heureusement – ce que d’aucuns nomment une « trêve judiciaire ». »

Pardon ? Lorsque l’on parle de la loi, en termes généraux, on fait référence à l’ordre juridique global dans lequel se déploie le fonctionnement de la République française. Et non pas à la loi votée par le Parlement par opposition aux décrets du gouvernement. C’est ce que l’on appelle là aussi d’un terme général le « Droit français ». Dont les sources, comme on l’apprend en première année de droit sont la loi, la jurisprudence, la doctrine, et la coutume. L’ordre juridique est l’articulation de tous ces éléments, parmi lesquels il existe des règles qui pourraient s’avérer littéralement incompatibles et que l’on s’efforce justement d’harmoniser. Et cette responsabilité incombe au juge. Or il est un principe fondamental, ce que les publicistes appellent un « principe général du droit », qui est celui de la sincérité du scrutin démocratique. Celle-ci est vérifiée par le juge administratif après chaque élection si nécessaire. Si des événements, des manœuvres, des initiatives ont pu altérer la sincérité du scrutin et modifier son résultat, la conséquence en est l’annulation par le juge. Force est de constater que d’ores et déjà l’élection présidentielle 2017 est faussée. Au premier tour la qualification pour le second derrière Marine Le Pen se jouera dans un mouchoir. Tout ce qui s’est passé depuis un mois, cette intervention de l’État en faveur d’un candidat, la conduite des procédures judiciaires, le comportement des médias de service public, seront autant de motifs d’annulation. Si le Conseil constitutionnel passait outre, le candidat élu alors au deuxième tour perdrait toute légitimité. Car celle-ci dépend fondamentalement du caractère régulier du scrutin.

Aucune des procédures ne présente la moindre urgence

Pour permettre un débat politique serein et l’expression régulière du suffrage universel,  surtout pour le scrutin le plus important de la Ve République, il appartient au juge d’adopter une mesure et un tempo prudent même en l’absence de texte express. Et surtout pour des procédures dont aucune ne présente la moindre urgence. Oui, l’exigence de régularité du scrutin est bien au-dessus de cette volonté compulsive d’intervenir sans contrôle dans un processus fondamental. Parce que rappeler que les magistrats n’agissent que sous le contrôle des juridictions supérieures, lorsque l’on sait que celles-ci n’interviendront que dans quelques années, une fois que le mal sera fait est d’une parfaite hypocrisie. Demandons à Éric Woerth ou à Gérard Longuet ce qu’ils en pensent. Et que l’on n’avance pas l’argument trivial : « il faut faire confiance à la justice », celui-ci n’a aucun sens. Tout le dispositif judiciaire repose sur la défiance vis-à-vis de l’homme juge. On ne lui fait aucune confiance, et c’est pour cela que l’on enferme sa décision dans des règles de procédure stricte pour assurer la loyauté du débat, qu’existent les avocats et leur secret professionnel, la collégialité, le double degré de juridiction, la Cour de cassation. Tout ce formalisme qui nous renvoie à la fameuse formule de Von Jhering : « adversaire acharnée de l’arbitraire la forme est la sœur jumelle de la liberté ». C’est l’honneur de ces magistrats français très majoritaires de s’astreindre à cette rigueur dans l’application de ces règles, sachant qu’elle construit le socle de la légitimité de leurs décisions qui sinon ne seraient que de guerre civile.

Je ne sais pas si François Fillon sera condamné définitif en 2023, mais même si je ne voterai pas pour lui à l’élection présidentielle prochaine, je souhaiterais que certains magistrats évitent de faire le tri entre les candidats. C’est à l’électeur que je suis qu’appartient cette compétence.

Féminisme: vivement le 9 mars!

Manifestation féministe à Lyon, janvier 2017. SIPA. 00789773_000003

Cela n’a pas dû vous échapper: nous sommes le 8 mars. Pourquoi cette journée est-elle différente des autres jours ? Parce qu’hier nous étions esclaves et qu’aujourd’hui nous sommes des femmes libres – ce qui mériterait bien quelques festivités et libations ? Que nenni. Tous les autres jours, les femmes pensent, parlent, travaillent, aiment, rient, produisent, quittent, souffrent, s’énervent, énervent, pleurent, en un mot vivent. Mais ce jour-là, elles doivent exclusivement se plaindre et être plaintes. Et n’essayez pas d’en profiter  messieurs (ou mesdames, d’ailleurs), l’ambiance n’est pas à la drague, même légère. Airs graves, statistiques effrayantes et récits apocalyptiques sont de rigueur. « Toutes victimes ! », c’est la devise de cette belle journée. D’ailleurs, je me suis faite avoiner par la secrétaire d’Etat Pascale Boistard pour avoir osé prôner un féminisme joyeux. Joyeux, vous vous rendez compte.

 

Moi j’appelle ça la sainte-chipie, de façon un peu conjuratoire. Parce que, je vous jure, chaque année c’est un calvaire. D’accord, je suis souvent invitée à la télé où je suis gracieusement pomponnée et coiffée par des gens adorables. Cette année, c’était chez Pascal Praud, sur CNews, où j’aime bien aller. Bonne ambiance, rien à dire, même la fille d’Osez le féminisme était aimable (Caroline de Haas, c’était pas vraiment ma copine). En plus, il y avait ma chère Eugénie Bastié, qui se bat comme une lionne. L’ennui, c’est que tout le monde a la même idée super-transgressive : le 8 mars, on fait un plateau de femmes, c’est bon ça chef ! Toute la journée, vous avez donc entendu ou vu des femmes (et le premier qui parle de volière devra en subir les conséquences). Les seuls hommes tolérés sont priés de faire leur autocritique pour toutes leurs mauvaises actions, paroles ou pensées passées, présentes ou futures. Alors, il paraît qu’on vit sous le joug de la domination masculine, mais des femmes qui parlent de problèmes de femmes entre femmes, ça peut évoquer ce que d’aucuns appellent la toute-puissance féminine. Enfin, ça doit être un fantasme de juif viennois. Il ne saurait y avoir de pouvoir des femmes, puisqu’elles sont dominées. En plus, avec tous ces techniciens Orange qui rôdent et risquent d’utiliser votre zéro-six pour vous faire un compliment on n’est plus en sécurité.

De toute façon, quand je suis arrivée sur le plateau, j’étais déjà bien déprimée. En faisant ma gym – avec le sentiment coupable d’être aliéné aux stéréotypes masculins –, j’ai écouté comme chaque jour ou presque la matinale de Guillaume Erner sur France Culture. Deux minutes après 7 heures, premier chiffre accablant : 26 % de différence salariale, pauvre exploitée, à partir de 15h40 t’es pas payée. Bien sûr, c’est une entourloupe, qui repose sur une moyenne –, et qui, comme l’a rappelé Eugénie, tient au fait, pour l’instant dirimant (quoi que veuillent certaines-et-certains  comme on dit dans le jargon bêtement féminisé de notre époque), que les femmes portent les enfants. D’ailleurs, plus tard j’ai appris que selon l’INSEE, pour les jeunes diplômés, cette différence n’existe quasiment plus, ce qui signifie que les écarts actuels sont un héritage d’époques où l’égalité n’était ni la norme, ni la loi. C’est moche d’annoncer une bonne nouvelle pour les femmes le 8 Mars.

À 7h15, toujours sur Culture, on m’avait promis un bilan à charge et à décharge du quinquennat de Hollande sous ce rapport. Je résume, avec un zeste d’ironie : Hollande comme tous les autres a fait de chouettes lois pour les femmes. Sauf qu’elles ne sont pas appliquées. Conclusion, il faut bien sûr plus de lois, ça ne fait jamais de mal, mais surtout plus de sanctions et plus de contrôles : des Inspecteurs du sexisme au travail, des Brigades des plumeaux dans les foyers pour mesurer le partage des charges domestiques. Sans oublier l’élaboration urgente d’un indice permettant de dénoncer les entreprises sexistes – et accessoirement de faire prospérer quelques entreprises créées par des femmes avisées pour décerner le précieux label. Dans la foulée, on parlera, bien sûr, des violences faites aux femmes – dont il ne s’agit pas de minimiser la gravité, mais peut-être pas non plus d’exagérer l’ampleur. Or, à entendre la litanie de chiffres égrenés tout au long de la journée, avoir échappé à toutes ces violences relève du miracle.

Ma journée n’avait pas commencé depuis une demi-heure que tout l’attirail idéologique et rhétorique du nouveau féminisme s’était déployé : victimisation générale pour les filles, soupçon universel pour les garçons. Et surtout, humour pour personne. Non seulement les héritières présumées de mai 68 adorent les interdits, les sanctions et les contrôles, mais elles détestent les blagues.

En sortant de chez moi, je me sentais maltraitée, mal payée, exploitée. Pour un peu j’serais remontée me coucher. Dans la voiture qui me conduisait à Boulogne, le chauffeur m’entendant parler au téléphone, apprend que c’est la fête des femmes. Il ne savait pas mais il allait, m’a-t-il dit, offrir des fleurs à la sienne. Malheureux ! Il n’avait pas écouté France Culture où une journaliste avait solennellement mis en garde : la « Journée internationale des droits des femmes » (c’est comme ça qu’on dit), ce n’est pas une fête pour offrir des fleurs ou des chocolats à ses copines ou à sa mère et faire marcher le commerce, c’est une journée de lutte. Aujourd’hui les filles, trêve de badineries, l’homme est un ennemi de classe. Pascal Praud a tout de même dû rappeler que les hommes n’étaient pas tous des violeurs en puissance.

Dans notre pays, il y a des femmes qui ne peuvent pas se promener où et quand bon leur semble

Coup de chance, j’avais rendez-vous avec Natacha (la Polonium en personne). On a parlé chiffons, politique et coiffure (et aussi de Orwell TV qu’elle lance bientôt), dit quelques vacheries, ça m’a bien remonté le moral. Et puis je me suis précipitée chez moi pour écrire tant que j’étais payée. Et là, avant de m’y coller, je m’suis accordé mon péché mignon : La Nouvelle Edition, sur CNews. C’est le royaume de la bien-pensance mais il y a plein de filles marrantes, comme la grande Daphné, meneuse de jeu qui réussit l’exploit de rester jolie dans les tenues les plus fantasques. Et puis, Emilie Bez, qui présente le JT de Canal à la mi-journée est, à mon avis, l’une des journalistes les plus compétentes et les plus distinguées du PAF (je n’ose pas dire charmante ou jolie elle trouverait ça sexiste). Elle déteste les blagues graveleuses et les anorexiques exhibées pour vendre des bagnoles, elle est même parfois un brin collet monté, mais ce quant-à-soi tranche délicieusement dans l’atmosphère furieusement cool de Canal. Et voilà qu’elle m’assène le dernier chiffre catastrophe : 87% des femmes auraient déjà subi une agression sexuelle dans les transports en commun. Rokhaya Diallo parle de « sollicitations non désirées » pour désigner ce que le commun des mortels appelle la drague. Peut-être faut-il pour parvenir à ce chiffre de 87 % considérer comme une agression tout regard non désiré.

Inutile de vous énerver, je sais parfaitement que les violences faites aux femmes existent et il me semble même qu’il y a des lois pour les interdire, une police pour les empêcher et une justice pour les sanctionner. De même, ce que le féminisme plaintif oublie dans sa lutte contre une domination masculine dont il ne reste plus, dans nos sociétés, que des lambeaux, c’est que l’égalité entre les sexes est aujourd’hui la norme sociale, politique et même économique (qui renoncerait aujourd’hui à la contribution des femmes ?). Qu’elle ne soit pas pleinement réalisée (comme toute chose en ce bas monde) est indéniable. Cela ne justifie certainement pas de décrire la vie des femmes en France sous le seul signe de l’oppression. Le mâle blanc de plus de cinquante ans, harceleur et amateur de grosses blagues lourdes, que les néo-féministes adorent détester, existe encore mais il n’est pas très en forme. D’ailleurs, la preuve que le féminisme a réussi est qu’il est devenu un vecteur de marketing. Ainsi, pour la sainte-gonzesse, Axa nous a offert une publicité rappelant que, si en grammaire le masculin l’emporte sur le féminin, dans la vie c’est pas vrai… Et que dire de cet hilarant supplément du Monde intitulé « Féminisme la nouvelle vogue » et destiné, avec force photos, à nous vendre de la fripe de luxe ?

Hilarant, sauf que, sous couvert de combat pour l’égalité, c’est la différence des sexes qui est menacée. Les nouvelles dames patronnesses qui aiment fourrer leur nez dans nos chambres à coucher, voudraient soumettre le désir aux bienséances démocratiques, oubliant que celui des hommes et celui des femmes ne paraît pas obéir aux mêmes lois (ni à aucune loi d’ailleurs, même s’il doit s’incliner devant elles). Oubliant aussi que dans le monde occidental, les hommes portent désormais une muselière intérieure qui leur permet de ne pas prendre leur désir pour un consentement. Elles rêvent d’un monde où, enfin affranchis des lois d’airain de la biologie, on pourra se reproduire sans avoir à rencontrer – donc à affronter – l’autre sexe. Ça fait rêver.

Surtout, cette obsession de l‘égalité a fini par rendre le féminisme d’aujourd’hui presque indifférent à un bien, peut-être plus précieux encore, qui est la liberté des femmes. Des hommes gagnent plus que des femmes, d’accord (le contraire est aussi vrai du reste). Mais la plupart des femmes se voient offrir les mêmes chances de réussite, d’épanouissement et de réalisation que les hommes. Or, non seulement nos féministes font mine de ne pas voir les progrès réalisés, mais elles refusent aussi de voir que, dans certains territoires engagés dans un processus de séparatisme culturel sous l’influence d’un islam radical, ces progrès n’ont pas cours. Dans notre pays, il y a des femmes qui ne peuvent pas se promener où et quand bon leur semble, s’habiller comme elles veulent et fréquenter qui elles veulent. Et tant que les féministes préféreront faire la police du langage et de la pensée que de mener ce combat, je les combattrai. En attendant, je pars à RTL. Je crois qu’il n’y aura que des femmes autour de Fogiel, mais on ne parlera pas de femmes. Vous voyez, on progresse.

Malika Sorel-Sutter: « Macron est le digne héritier de Terra Nova »

Malika Sorel-Sutter, 2012. SIPA. 00631901_000044

J’étais en train de lire Décomposition française, le beau livre de Malika Sorel paru le 12 novembre 2015 — la veille des attentats du Bataclan —, qui vient opportunément de paraître en Poche, quand Emmanuel Macron a fait en Algérie les déclarations que nous savons sur la colonisation (« crime contre l’humanité », etc.) et a, quelques jours plus tard, aggravé son cas en reprenant, en meeting à Toulon, la déclaration quelque peu ambiguë de De Gaulle aux Pieds-Noirs en 1958, le célèbre « Je vous ai compris ». Je dis « ambiguë » parce que sur le coup, la foule massée à Alger n’a pas bien compris ce que MonGénéral (comme l’écrivait à l’époque le Canard enchaîné) était en train de lui faire — collectivement. Mais ils ont pigé assez vite.

J’ai donc eu l’idée de demander son avis à Malika Sorel, ancien membre de ce Haut Conseil à l’intégration dissous sur décision du gouvernement Ayrault (on sait que le PS ne joue pas l’intégration, mais la dispersion façon puzzle de l’identité française en communautés susceptibles de voter pour lui).

Je reviendrai sur Décomposition française (beau titre !) en évoquant le livre qui vient de sortir d’Amine El Khatmi (Non, je ne me tairai plus, chez Lattès). En attendant, merci à Malika Sorel d’avoir bien voulu répondre aux questions de Bonnet d’âne

JPB.  De passage à Alger, Emmanuel Macron fait les yeux doux à la télévision algérienne et décrète que le colonialisme est globalement « un crime contre l’humanité ». Que vous inspire cette déclaration péremptoire et unilatérale ?

Sa déclaration constitue une accusation lourde contre plusieurs générations de militaires français. Une accusation qui ravive par ailleurs des plaies encore douloureuses et qui dresse, de fait, les populations les unes contre les autres. Cela ne contribue pas à la pacification des esprits mais entretient la bataille des mémoires et la pente victimaire. L’effet peut être désastreux sur des enfants ou adolescents issus de l’immigration algérienne qui éprouveraient un malaise ou un inconfort sur le plan de leur identité personnelle. La comparaison de la démographie algérienne de 1962 à celle de 1830 met en lumière un fort développement qui invalide le jugement d’Emmanuel Macron. Ce qui est navrant, c’est aussi l’absence de sagesse. Pourquoi ouvrir un tel sujet alors que nous sommes en état d’urgence ? La France se trouve justement ciblée en raison même d’une haine tenace qui puise sa source dans tout ce qu’elle est ou a été.

Quel bénéfice électoral Macron espère-t-il d’une telle prise de position ?

Il convient de rappeler qu’il n’est pas le premier candidat à aller faire la danse du ventre à Alger dans l’espoir de séduire, en France, une portion de l’électorat issue de l’Algérie et plus largement des anciennes colonies. Les politiques parient sur le fait qu’une part conséquente de l’immigration ne s’est pas assimilée et continue de vibrer au diapason de sa terre d’origine. Et pour cause ! Ils ont eux-mêmes créé les conditions d’une quasi impossibilité d’intégration culturelle : flux migratoires si importants qu’ils ont aidé à la duplication des cultures d’origine sur la terre d’accueil ; évolution des programmes scolaires et des horaires alloués à la langue française dans le sens d’une dégradation constante de la transmission du patrimoine culturel fran…

Lisez la suite de l’entretien sur le blog de Jean-Paul Brighelli.

 

 


Voltaire ou le jihad

Price: ---

0 used & new available from

Le nucléaire? Has been!

20
russie armee usa chine nucleaire
Bombardier russe en mission vers la Syrie. Numéro de reportage : AP21977759_000008.

Bon nombre d’œuvres artistiques et littéraires ont agité le spectre de la menace nucléaire, qu’il s’agisse d’œuvres historiques sur la guerre froide ou de récits de science fiction, si bien que l’imaginaire collectif s’attend toujours à voir les champignons atomiques pousser sur la planète lors d’une hypothétique troisième Guerre mondiale entre Russes et Américains.

Moscou aguerri par la guerre en Syrie

Et s’il en était tout autrement ? Le ministre russe de la Défense Sergueï Choïgu a ainsi déclaré le 12 janvier dernier que la Russie pourrait utiliser ses armes de haute précision pour remplacer partiellement les armes nucléaires comme un moyen de dissuasion d’ici à 2021. « Formidable, c’est une avancée vers la paix mondiale ! », réagiront certains. A tort. Car avec ces nouvelles armes, la Russie ne vise pas le désarmement général. Moscou veut prouver qu’elle existe encore face aux Etats-Unis, à la Chine et à l’Inde.

Ces dernières années, les Russes n’ont pas vraiment innové sur les questions militaires. Durant sa campagne en Syrie, l’armée russe a rappelé au monde militaire qu’une campagne de guerre se gagnait à la fois par un soutien aérien massif et indiscriminatoire (quitte à causer des dommages collatéraux…), des renseignements humains recueillis sur le terrain, et l’adhésion d’au moins une partie de la population locale. Bref, tout le contraire des frappes américaines par drones.

A l’instar des Etats-Unis pendant les guerres du Golfe successives (1991, 2003), la Russie a réussi une telle démonstration de force en Syrie que son industrie d’armement a reçu plusieurs commandes fermes de la part d’Etats, notamment dans le domaine de l’aviation militaire.

Dans un secteur en perpétuelle innovation, pour rester dans le jeu diplomatique, la Russie ne peut se satisfaire de sa seule stratégie nucléaire. Non seulement le nucléaire devient sujet à obsolescence, les moyens de contrer ces armes étant de plus en plus perfectionnés, mais la recherche balistique avance à grands pas. Andrei Akulov, expert du Strategic Culture fondation, a dévoilé des projets de missiles hypersoniques ultramaniables comme le Yu-74 qui pourraient contrer le fameux dôme de protection antibalistique de l’OTAN en atteignant une cible à 10 000 kilomètres en seulement une heure.

Radiation générale

Comme l’a écrit Andreï Sakharov, père de la bombe H soviétique, puis dissident devenu prix Nobel de la paix, l’emploi du nucléaire n’est pas sans conséquences sur les Etats neutres restés officiellement à l’abri du conflit : « Ce qui distingue les conséquences biologiques lointaines des explosions nucléaires, surtout lorsqu’elles ont lieu dans l’atmosphère, les retombées radioactives se diffusant sur toute la Terre ou plutôt sur tout l’hémisphère, c’est qu’on peut les calculer, on peut déterminer avec plus ou moins de précision le nombre total des victimes, mais on ne peut pratiquement pas indiquer qui sont ces victimes, car elles sont perdues dans la marée humaine […] à terme, l’ensemble de l’humanité est soumise aux radiations ».
De leurs côtés, les Américains préparent une solution de rechange pour contrer les nouvelles armes russes. Le Pentagone a annoncé qu’il avait essayé un nouveau système d’armes laser, qui pourrait renforcer les forces terrestres et aériennes du pays d’ici à 2025. Les spécialistes militaires américains ont ainsi essayé dans les pays du Golfe le système mobile d’arme laser à haute énergie (High Energy Laser mobile Truck Test, HELMTT) afin de mieux contrer les potentielles menaces de l’ours russe.

Pendant ce temps, les Indiens se préparent à un éventuel affrontement sino-pakistanais au Cachemire et les Chinois multiplient les démonstrations de force en mer de Chine pour récupérer les zones perdues par la révolution maoïste.

Inde et Chine planchent déjà sur des armes d’origines spatiales pour contrer les deux puissances russo-américaines dans de possibles cyber-attaques et autres rayons lasers dignes de Star Wars.

Ainsi, au monde bipolaire de jadis succédera un système quadripolaire (Etats-Unis, Russie, Chine, Inde), conflit latent entre quatre mammouths militaires avec un équilibre de la terreur fondé sur les hautes technologies. Si vis pacem para bellum

L’économie française se tiers-mondise

37
greau croissance btp chomage
Chantier à Mâcon, 2017. Sipa. Numéro de reportage : 00793124_000040.
greau croissance btp chomage
Chantier à Mâcon, 2017. Sipa. Numéro de reportage : 00793124_000040.

Causeur. Ces derniers jours, trois chiffres macro-économiques importants ont été officialisés : l’économie française a créé 187 000 emplois en 2016 (sa meilleure performance depuis le début de la crise en 2008), la croissance au premier trimestre 2017 a été de 0,4% et enfin le bilan commercial français pour le mois de janvier 2017 s’est élevé à presque 8 milliards d’euros, un record. Que disent ces chiffres de l’état de l’économie réelle ?

Jean-Luc Gréau. Le chiffre favorable des créations d’emplois est en discordance avec le taux de croissance officiel de 1,1% en 2016. En cela, l’économie française offre une étrange similitude avec l’économie américaine qui, avec une croissance de 1,6%, a créé deux millions et demi d’emplois !

Explication logique : comme les Etats-Unis, nous créons de plus en plus d’emplois à faible productivité tout en supprimant des emplois à forte productivité sur le site national. Ce paradoxe est confirmé par le chiffre négatif de notre commerce extérieur : le bas de gamme ne s’exporte pas ! en revanche, il nous coûte très  cher en termes de protection sociale.

Les chiffres dont nous disposons révèlent une tiers-mondisation rampante de notre économie, subventionnée par des allègements de charge et le CICE, ciblés sur les basses rémunérations. Cette évolution est intenable à long terme.

Pourtant, la Banque de France estime à 0,4% la croissance française au premier trimestre 2017 et constate un rebond de l’activité dans le secteur industriel ainsi que dans les services et le bâtiment. N’est-ce pas la preuve d’une réelle reprise ?

Le rebond de l’activité découle pour l’essentiel de trois facteurs. Premier facteur : la baisse de l’euro situé aujourd’hui un peu au-dessus de 1 dollar après avoir connu une parité de 1,4 dollar, voire plus, des années durant, alors que la zone euro connaissait une situation de marasme. Deuxième facteur : l’importante reprise cyclique du marché de l’automobile en Europe après des années particulièrement difficiles. Cette reprise pourrait se poursuivre encore durant 2017. Mais peut-être pas au-delà. Troisième facteur : les livraisons d’avions qui ont battu de nouveaux records. Mais là encore, l’évolution des commandes laisse présager une stabilisation à partir de l’an prochain.

Il faut insister parallèlement sur la continuité du processus de délocalisation, lié au phénomène que j’ai décrit plus haut : la santé retrouvée du groupe PSA masque le fait que les véhicules de moins de 20000 euros ne sont plus ou ne seront plus assemblés en France et que les équipementiers vont se rapprocher des lignes d’assemblage délocalisées. Les fournisseurs de l’aéronautique signalent eux aussi qu’ils subissent les délocalisations de leurs donneurs d’ordre, non plus seulement sur la fabrication, mais sur le développement, vers la Chine et l’Inde.

Cette « tiers-mondisation rampante » de l’économie française explique-t-elle qu’en dépit de la baisse du prix des matières premières importées et de la faiblesse de l’euro, notre balance commerciale souffre d’un énorme déficit en janvier 2017 ?

En quelque sorte. Le point crucial pour notre économie est son manque de compétitivité vis-à-vis de l’Allemagne : la moitié environ de notre déficit provient de nos échanges bilatéraux avec la RFA. L’euro joue le rôle d’une souricière. Pour retrouver un coût du travail compétitif pour l’économie engagée dans la compétition internationale, il faudrait le réduire massivement à hauteur de 20%, soit les salaires, soit les charges. L’allègement de charge nécessaire peut être estimé à 100 milliards d’euros. Mais alors comment payer la maladie, la famille, la vieillesse ?

Observons encore que les baisses de salaires pratiquées dans des pays comme l’Espagne ou le Portugal ont donné lieu à de violentes récessions. Mais ces politiques opportunistes, apparemment couronnées de succès dans le cas de l’Espagne, ont eu aussi pour effet de contrarier l’activité chez leurs voisins. Cependant, malgré ce succès, l’Espagne, qui produit désormais plus de voitures que la France et l’Italie, subit cependant un taux de chômage proche de 20%%. Il était de 8% avant l’éclatement de la bulle immobilière locale. Le sujet de la sortie de l’euro reste évidemment tabou. Marche ou crève !

Quand le banquier Macron jouait à cache-cache avec Le Monde

412
Emmanuel Macron
Emmanuel Macron

Emmanuel Macron aime tellement les médias qu’il est prêt, pour assurer leur indépendance, à se lancer dans le bénévolat. C’est l’anecdote rocambolesque que nous raconte le journaliste du Monde Adrien de Tricornot. En 2010, alors qu’il cherche à boucler son rachat, le quotidien du soir et sa Société des rédacteurs s’entourent de « spécialistes ». Quand surgit des tréfonds de la nuit un jeune homme « formidable, super brillant », prêt à les aider « pro bono ». Il « se présente à nous comme un banquier d’affaires qui fait de l’argent, mais n’y trouve pas du sens, membre de la fondation Jean Jaurès, voulant défendre la liberté de la presse », se souvient le journaliste. « Emmanuel, puisque c’est comme ça qu’on l’appelait à l’époque », les conseille et les pousse à ne pas se focaliser sur l’offre Niel-Bergé-Pigasse.

Mais alors que les journalistes du Monde sortent d’une réunion avec les conseillers de Pierre Bergé, à la même adresse, « coïncidence », que les bureaux d’Alain Minc, avenue George-V, Adrien de Tricornot croise le regard… d’Emmanuel Macron, entouré d’Alain Minc qui « conseille à l’époque le groupe Prisa, un des autres candidats au rachat [du] journal ». Aussitôt, le futur ministre se met en marche : il « disparaît derrière la porte cochère ». Stupéfait, le journaliste décide de le suivre. Et démarre, à travers étages, paliers et couloirs, une partie de cache-cache avec son bon samaritain. « J’avais une sorte de pressentiment. J’avais vu que Macron se cachait […]. Je monte les marches. Mon téléphone sonne en appel masqué. Je n’ai pas su qui c’était, j’ai raccroché. Et puis j’arrive au dernier étage de l’immeuble. Je vois que la porte de l’ascenseur est bloquée. […] Et tout au bout de l’étage, sur le palier, il y avait Emmanuel Macron ! »

Pris au piège, il[access capability= »lire_inedits »] démarre, « pile au moment où j’arrive », une conversation au téléphone et fait mine de ne pas le voir. « Bonjour Emmanuel, s’exclame alors le journaliste en lui tendant la main. Tu ne nous dis plus bonjour ? […] J’ai senti l’angoisse en lui. Il avait du mal à respirer. Son cœur battait à 200 à l’heure. » Adrien de Tricornot apprendra plus tard qu’un courrier de report des négociations adressé à la triplette Niel-Bergé-Pigasse, dont « la trame » avait été « transmise » à la Société des rédacteurs du Monde par Emmanuel Macron, « avait en fait été rédigé à l’origine par Alain Minc Conseil ». Indépendance de la presse toujours, le journaliste ne raconte pas cette anecdote dans son journal mais sur StreetPress, un magazine en ligne participatif.

 

Nb : un autre des protagonistes de la scène la confirme en tous points. EL[/access]

Fillon, entre Finkielkraut et Albator

139
François Fillon en meeting à Orléans, mars 2017. SIPA. AP22024106_000026
François Fillon en meeting à Orléans, mars 2017. SIPA. AP22024106_000026

Combien étaient-ils à Besançon pour écouter François Fillon quelques jours après le rassemblement du Trocadéro ? Les orateurs annonçaient 3000 mais nous avons appris à nous méfier. Nous avons plutôt eu l’impression qu’on était beaucoup plus proche de 2000 mais peu importe, en fait. L’essentiel  se trouvait encore dans la composition de la salle. Comme les études d’opinion le démontrent, ce sont les retraités qui constituent le socle de l’électorat de François Fillon et hier soir, cela se voyait à l’œil nu.

Comme l’automne dernier lorsqu’il avait compris que son message économique n’était pas propre à emballer les foules et permettre une dynamique, il est passé très vite sur ses propositions en la matière. A Besançon, il a surtout parlé de l’Ecole. Coïncidence ou volonté, c’est dans la même ville que Nicolas Sarkozy avait prononcé un grand discours thématique sur l’Education il y a dix ans. L’assistance a apprécié, visiblement très préoccupée par l’état du système éducatif de notre pays, au point que, pendant que nous nous mettions à la rédaction de ces lignes, un aimable monsieur nous interpellait : « pas de fautes d’orthographe ! ». L’ancien ministre de l’Education nationale de Jacques Chirac, qui avait naguère laissé Claude Thélot lui dicter une loi d’orientation qui faisait la part belle aux gourous pédagogistes, critique aujourd’hui ces derniers avec la plus grande force. L’influence de la locale de l’étape, la secrétaire générale adjointe de LR, Annie Genevard, y est sans doute pour beaucoup.

Anti-pédagos de babord à tribord

D’une manière générale, sur l’Ecole comme sur les questions régaliennes, mais aussi lorsqu’il a fustigé Emmanuel Macron, le candidat souhaitant « une société d’individus et non plus de citoyens, une société plastique, une société liquide », il nous a souvent fait l’impression de faire du Finkielkraut. Un hebdomadaire avait titré il y a quelques mois sur la « gauche Finkielkraut » représentée par Manuel Valls ; ce soir, il nous a semblé entendre son pendant à droite. Evidemment, dans le détail, il n’est pas certain que l’escouade d’intellectuels qui accompagnent l’auteur de La défaite de la pensée, comme Jean-Paul Brighelli ou Natacha Polony, reprennent à leur compte toutes les propositions énoncées à Besançon, notamment celles qui ont trait à l’autonomie des chefs d’établissement, laquelle proposition reprend davantage à la logique managériale. Mais la tonalité anti-pédagos y était et elle peut être essentielle, surtout si cette campagne commence à aborder les sujets sérieux.

Il demeure que Marine Le Pen sur son flanc droit et même Emmanuel Macron sur son flanc gauche, ne sont pas en reste sur ce sujet et qu’il ne sera pas si aisé d’être leader sur ce thème. Le candidat d’En Marche a même effrayé Najat Vallaud-Belkacem, seule ministre vallso-hollandaise à basculer clairement dans le camp Hamon. Il n’est pas interdit de penser que les propositions éducatives de son ancien collègue du gouvernement pourraient en être la raison principale. François Fillon a aussi passé quelques minutes à fustiger le totalitarisme islamique. Il a rappelé ses propositions en matière de sécurité et de politique pénale. Il a aussi eu quelques mots europhiles, reprenant les termes de Giscard sur la France « qui ne représente qu’1% de la population mondiale ». Pas sûr que Philippe Séguin et Jean-Pierre Chevènement, qu’il a cités dans son discours pour illustrer sa conception de la République, auraient apprécié cette antienne, l’un depuis l’au-delà, l’autre s’il avait été présent à Besançon.

François Fillon n’a pas oublié de faire allusion à ses semaines difficiles. Se présentant tantôt comme un « rebelle que le système n’arrêtera pas » tantôt comme un de « ces combattants balafrés qui n’ont pas appris la vie dans des livres », il est ainsi passé en une dizaine de minutes, de Finkielkraut à Albator.

Dommage.

Retrouvez tous les articles de David Desgouilles sur son blog Antidote.

La défaite de la pensée

Price: ---

0 used & new available from


La Fabrique du Crétin: La mort programmée de l'école

Price: ---

0 used & new available from


Saint-Denis: scènes de la vie (barbare) ordinaire

262
lycee suger saint denis
Lycée Suger, Siant-Denis. Photo: wikipedia.
lycee suger saint denis
Lycée Suger, Siant-Denis. Photo: wikipedia.

« Échauffourées » selon Le Parisien, « incidents » pour Libération, une présidente de région qui s’apprête à « porter plainte », « seuil symbolique » franchi d’après Le Monde, une ministre de l’Éducation Nationale et un premier ministre indiquant que le gouvernement fera preuve de « la plus grande fermeté », des dégâts évalués à plus de 70 000 euros, 54 « jeunes » mis en garde à vue dont une quarantaine de lycéens mineurs… Scènes de la vie ordinaire en République française.

Un tir de mortier en guise de récréation

Lycée Suger. Saint-Denis, 93. Mardi 7 mars 2017. Un tir de mortier éclate. Le lycée polyvalent accueille 1300 élèves. Des incendies démarrent dans les toilettes, de l’essence est déversée dans un escalier, des « jeunes » attaquent le lycée. Tirs de fumigènes et de cocktails Molotov. Évacuation. Bataille rangée entre « jeunes » et policiers. Projectiles et barres de fer contre Flash-Ball et gaz lacrymo. Une centaine de « jeunes » prend la direction du centre-ville de Saint-Denis. Cette nuée hostile détruit le mobilier urbain, agresse des policiers et s’attaque aux autres lycées de la commune du 93. Le « 9-3 ». Devenue habituelle, l’expression indique bien que ce département est hors de la République. N’est-ce pas là que l’on rencontre des bars interdits aux femmes ou que des terroristes en fuite viennent se cacher ? Une flambée de violences, un début d’émeute. Des élèves ont peur, d’autres sont « euphoriques » disent les enseignants. Pour certains « jeunes » lycéens de 15 à 19 ans, c’est la fête. Beaucoup se contentent de filmer et de diffuser sur les réseaux sociaux. On accuse la police de violences. Sur Youtube. Ces « jeunes » sont des victimes affirme une mère.

Les institutions de la République sans cesse visées

Une mère en colère ne comprend pas pourquoi son fils a été « ramassé » par la police et emmené au commissariat « alors qu’il était sous la responsabilité de l’Éducation Nationale ». Sur les 54 « jeunes » gardés à vue, 8 sont déférés devant un juge pour violences sur personnes dépositaires de l’autorité publique, attroupement armé et rébellion. Ils sont tous mineurs. Scène de la vie ordinaire : des « jeunes », surtout ne caractériser aucune origine sociale, géographique ou ethnique, mènent une opération de guérilla urbaine. Contre les institutions de la République.  On ne compte plus les occurrences de ces violences. Des émeutes du même genre ont déjà eu lieu à Saint-Denis mi-février aux abords de la basilique. La presse étrangère, éberluée, observe la rue française et parle de scènes de « guerre civile ». Ces violences ne concernent pas seulement la France. Mais ici, elles sont devenues des scènes de la vie ordinaire. Quotidienne. Comparer le Saint-Denis nocturne contemporain à ce que Saint-Denis symbolise n’est pas anodin. Saint-Denis et Suger, grandeur de la France d’hier. Il y a entre les deux toute la distance séparant la civilisation et la barbarie. Cela doit être dit sans tabou.

« Ils sont où les parents ? »

La civilisation repose sur l’autorité. « Ils sont où les parents ? », se demandait sur France Inter, le 15 février dernier, une jeune femme issue de l’immigration. Après deux nuits d’émeutes à Bobigny, Saint-Denis et Aulnay. La jeune femme évoquait les centaines de « jeunes » incendiaires s’attaquant aux forces de l’ordre. En effet : « Ils sont où les parents ? ». La perte de l’autorité, depuis longtemps signalée par des intellectuels comme Finkielkraut, est la principale cause de ces violences. Autorité des parents. Autorité de l’école. Autorité de la République. Difficile, l’autorité, dira-t-on, quand on envisage de pénaliser la fessée. Quand une claque à un élève est une maltraitance, parfois « raciste ». On parle de légaliser le cannabis, d’interdire fessées et claques, de multiplier les salles de shoot… La République a le devoir d’imposer son autorité. Aux familles, d’abord. En responsabilisant les parents. Responsabilisation qui passe par la sanction financière. Les familles ont le devoir d’empêcher leurs adolescents de passer la nuit dehors. Que des « jeunes » de CM2 ou de 6e traînent la nuit est irresponsable. Ces « jeunes » doivent être à leur place : chez eux. Cette responsabilité incombe aux familles. Elles doivent rétablir l’ordre dans leurs appartements. La République a le devoir de mettre des mots sur le réel : les « jeunes » issus de l’immigration qui mettent le bordel dans les rues et les lycées doivent être rappelés à l’ordre et punis. Les familles concernées sont minoritaires et connues des services. Elles doivent être sanctionnées.

Où est la limite ?

Qu’un lycée soit attaqué n’est pas anodin. Les « jeunes » s’en prennent au lieu du savoir. Le lycée Suger est un lycée polyvalent, associant lycée général, technologique et professionnel. Des lycées conçus comme « outils de mixité sociale ». Il sera intéressant de connaître le parcours des « jeunes » en question, tant scolaire qu’ethnique. L’idée peut sembler généreuse : créer des passerelles entre les filières. C’est pourtant mettre la charrue avant les bœufs. L’école ne recommencera pas à jouer son rôle tant que les adolescents ne seront pas réellement encadrés. À commencer par le savoir de base : lire, écrire, compter. Savoir écrire une phrase correcte. Et tant que la notion de limite ne leur sera pas de nouveau imposée. Les adolescents multiplient les incivilités car ces bases ne le sont plus. La limite. Ce qui faisait, jusqu’à une époque récente, que tout jeune savait comment on s’adresse à un adulte, à un représentant du savoir ou de la République en particulier, comment on se comporte en collectivité, où jeter ses canettes et autres papiers de kebab. Tant que le minimum du vivre en commun ne sera plus acquis, aucun prétendu « vivre-ensemble » ne risque d’être possible.

Où est passée la langue ?

Dans les vidéos des événements, filmés avec des smartphones, on entend distinctement de jeunes filles ricaner, s’amuser de ce qu’elles voient dans un vocabulaire qui dit beaucoup de l’état de l’école : « téma, téma… (…) Wesh, ya la chaleur du feu, y sont passés en balles, wesh. Y zont couru wesh ». Le ton est rigolard, l’excitation perceptible. Cela résume la perte de toute autorité, à commencer par celle du langage et de la culture. Passer une heure dans la cour de récréation d’un collège du « 9-3 » suffit pour entendre que la langue française n’y est plus parlée. Plutôt un sabir déculturé. Et nombre de langues étrangères. La culture dominante n’est pas la culture française mais celle des banlieues multiculturelles, du rap, des casquettes et du shit. L’État a le devoir de rétablir l’ordre républicain et l’ordre de la culture française au sein des établissements scolaires. Une remise en ordre qui passe par la transmission de ce qui fait nation et communauté française : une culture, des valeurs et une langue commune.

Dire les mots qui fâchent sans tabous

Dans la France contemporaine, des parents majoritairement issus de l’immigration ne contrôlent pas leurs enfants, ces derniers n’obéissent plus à leurs professeurs, pas plus aux forces de l’ordre. Ces « jeunes », que l’on se refuse à nommer autrement par déni du réel, ont perdu tout sens de la limite, dans tous les aspects du quotidien, plus préoccupés de shit et de « nique la France » que d’autre chose. Ces « jeunes » n’apprennent rien, ne travaillent pas, refusent toute notion d’effort et sont persuadés, « wesh, téma », d’être dans le vrai. Pourquoi ? Le problème est politique. Au lieu d’inscrire ces « jeunes » dans une culture et une civilisation enracinées, on leur répète combien ils sont victimes, combien ils ont raison de « niquer la France », combien il est excusable, après les souffrances dont furent victimes leurs ancêtres et dont la France serait coupable, qu’ils crachent à la figure de leurs enseignants, disent « ferme ta gueule » à un professeur quand il commence un cours sur les Hébreux ou attaquent des policiers à coup de barres de fer. Une époque viendra où des comptes seront demandés aux hommes et aux femmes politiques directement responsables de la situation actuelle, situation d’une gravité sans égale, unique à l’échelle des pays développés, et directement issue de l’idéologie libérale libertaire au pouvoir depuis quarante ans. Pour ladite idéologie, l’avenir est dans le communautarisme tandis que l’autorité serait par nature une forme d’oppression. Ce n’est pas seulement une conception politique, c’est une faute.

« Le travail détaché est dangereux pour tous les ouvriers »

8
travail detache vincent you ue
Chantier au Mans, 2015. Sipa. Numéro de reportage : 00723234_000002.
travail detache vincent you ue
Chantier au Mans, 2015. Sipa. Numéro de reportage : 00723234_000002.

Daoud Boughezala. Au total, combien y a-t-il de travailleurs détachés en France ?

Vincent You.[1. Vincent You est adjoint LR au maire d’Angoulême, vice-président de GrandAngoulême.] Suivant qu’on parle de travailleurs détachés légaux ou illégaux, il y a un flou autour du chiffre de 500 000 qu’on évoque régulièrement. D’après les quelques études publiées sur le sujet, la majeure partie d’entre eux travaille dans les secteurs du bâtiment et travaux publics (BTP) et du transport.

Comment avez-vous pris conscience de l’ampleur du phénomène ?

Lorsque j’ai commandé la construction d’un hôpital de proximité, j’ai fait en sorte que les marchés soient attribués à des entreprises de la région. J’étais satisfait de voir des PME locales travailler sur place mais, à ma venue sur le chantier, je ne savais pas à qui parler parce que s’y trouvaient toutes les nationalités (Roumains, Polonais, Espagnols, Chypriotes…). C’est là que je me suis dit qu’on marchait sur la tête : un chantier de 20 millions d’euros payé par la Sécurité sociale française bénéficiait à des entreprises embauchant des gens qui ne cotisaient pas à la Sécurité sociale. On marche sur la tête ! Les travailleurs détachés sont justement embauchés moins cher parce que leur sécurité sociale est payée ailleurs, à moindre coût. J’ai alors pris conscience qu’on sciait la branche sur laquelle on était assis et me suis dit qu’on ne m’y reprendrait plus.

Qu’avez-vous fait ?

Le chantier s’est poursuivi, j’en avais un autre à ouvrir pour rénover un Ehpad (maison de retraite médicalisée). Et j’ai lancé une réflexion avec des architectes et d’autres personnes travaillant sur des chantiers pour trouver la parade au travail détaché. Ils m’ont expliqué que la responsabilité du maître d’œuvre que j’étais était d’assurer la sécurité sur le chantier. C’est sur cet aspect que j’ai joué…

… en rédigeant la « clause Molière » afin de contourner la directive européenne sur le travail détaché. En quoi consiste-t-elle ?

Le travail détaché, au-delà de la dimension purement économique qui rend les gens moins « chers » à engager parce qu’ils paient leurs charges sociales ailleurs, pose un problème de sécurité. Comment comprendre les règles de sécurité, toujours écrites en français, quand on ne parle pas notre langue ?  Des amis juristes ont travaillé, certains m’ont dit que la discrimination était passible de cinq ans de prison et 75 000 euros d’amende. Mais la clause Molière y échappe car elle n’impose pas de pratiquer une langue mais que les ouvriers soient en mesure de comprendre les règles de sécurité du chantier. Soit ils sont francophones, soit ils sont accompagnés d’un interprète, ce qui renchérit de fait le coût d’embauche d’un non-francophone. C’est la subtilité de cette disposition. La discrimination serait d’accepter qu’il y ait deux types d’ouvriers : d’un côté, ceux qui sont correctement payés et comprennent les règles de sécurité ; de l’autre, ceux qui sont moins chers et dont on se fiche des conditions de sécurité puisqu’ils seront repartis dans leur pays trois semaines ou trois mois plus tard.

Est-il envisageable d’étendre l’application de cette clause à la France entière ?

De plus en plus d’élus locaux appliquent la clause Molière. Ils prennent un petit risque politique et juridique. Mais plutôt que de compter sur le courage des élus, il faudrait que la loi française fasse cette clarification. Aujourd’hui, il existe une carte professionnelle du BTP nécessaire aux travailleurs détachés. Pourquoi ne pas ajouter un test de compréhension du français à la procédure d’obtention de cette carte ? Cette mesure s’applique déjà aux médecins et aux infirmiers. En tant que directeur d’hôpital, en situation de pénurie de main d’œuvre, il m’arrive de recruter des médecins roumains ou des infirmières espagnoles. Dans ces métiers-là, le Code de la santé publique exige un test de français préalable.

Certains parlementaires ont tenté de greffer la clause Molière à la loi El Khomri. Pourquoi ont-ils échoué à faire adopter cet amendement ?

A l’Assemblée nationale, l’emploi du 49-3 a arrêté tout débat. Et au Sénat, le résultat fut pitoyable : parmi les quelques sénateurs présents en séance, un certain nombre d’élus UDI ont considéré l’amendement comme inapplicable. Sur un chantier, le coordinateur sécurité-protection de la santé (CSPS) doit vérifier l’application des règles de sécurité. Or, pour être appliquée, une règle doit d’abord être comprise ! Les quatre sénateurs qui ont trouvé l’amendement inapplicable n’ont jamais dû se rendre sur un chantier, passée la pose de la première pierre.

Et dans la campagne présidentielle, y a-t-il des candidats qui prévoient de limiter le travail détaché ?

Beaucoup de candidats affirment qu’il faudra supprimer la directive européenne  « travailleurs détachés », ce qui est une mesure encore plus forte que celle que je préconise. A Matignon, Manuel Valls l’avait déjà promis mais je n’ai pas vu le résultat. Au-delà des promesses de suppression de la directive européenne, j’espère que les candidats trouveront des solutions opérationnelles. J’ai bon espoir parce que les régions qui appliquent la clause Molière sont : les Pays de la Loire présidés par Bruno Retailleau, bras droit de Fillon ; les Hauts-de-France présidés par Xavier Bertrand ; le Centre qui est à gauche et l’a votée à l’unanimité ; la Normandie présidée par Hervé Morin ; et Auvergne-Rhône-Alpes présidée par Laurent Wauquiez, numéro 2 des Républicains et l’Île-de-France qui doit la voter cette semaine.

Pourquoi jugez-vous la gestion du travail détaché emblématique des difficultés françaises ?

D’une part, la question de la maîtrise du français est fondamentale à beaucoup d’égards, notamment par rapport aux problématiques d’intégration des populations issues de l’immigration.

D’autre part, le fossé entre élus locaux et certains responsables politiques nationaux coupés des réalités est l’une des causes de nos problèmes. Globalement, sur notre territoire, il y a beaucoup de gens ingénieux qui trouvent des solutions aux problèmes concrets mais cela ne monte pas à Paris et Bruxelles.

La preuve: le Préfet de Région Auvergne Rhône-Alpes vient de rejeter la clause Molière appliquée par Laurent Wauquiez. Ce grand commis de l’Etat dénonce une discrimination et une atteinte à l’égalité de traitement des candidats. Que lui répondez-vous ?

Sur la discrimination, la question mérite un débat de fond. Je pense que le détachement est une forme légale d’esclavage moderne qui mérite mieux que le recours aux grands principes. En 1994, le Conseil constitutionnel avait considéré que le législateur pouvait « imposer dans les cas et conditions qu’il a prévus l’usage de la langue française, ce qui n’exclut pas l’utilisation de traductions » … nous y sommes ! Tout est une question de proportionnalité, mais personne ne peut concevoir que le cadre existant pour les médecins est discriminatoire. Dans un chantier avec de nombreux corps de métiers, il y a de vrais risques pour le plombier qui travaille sous l’électricien. Nous sommes donc fondés à poser des règles qui protègent les travailleurs.

Pour ce qui est de l’égalité de traitement des candidats, c’est une erreur d’appréciation. La clause est une clause d’exécution et non d’attribution. On ne choisit pas l’entreprise sur ce critère. On impose à celle qui est choisie et à qui on attribue le chantier de respecter cette règle. Les entreprises non retenues ne peuvent donc pas mettre en exergue la clause Molière. Seule celle qui est retenue pourrait choisir de la remettre en question. Cela reviendrait à dire « vous m’avez attribué un marché, laissez-moi le faire sans que les ouvriers en comprennent les risques et les règles ! ». Il est donc très étonnant que le préfet évoque cet argument !

Sur le fond, on voit bien que le gouvernement est impuissant face au travail détaché. Il cherche donc à bloquer ceux qui trouvent des solutions. Je pense que François Fillon a ici un thème de fond pour défendre le sens du travail et soutenir les ouvriers… tout en stoppant une dérive de l’Union européenne qui laisse les pays européens courir vers le moins disant social. Je l’appelle à retrouver la verve de Philippe Séguin pour stopper cette machine infernale!

Macron, candidat des milliardaires et des sous-prolétaires

98
Emmanuel Macron sert des mains dans un restaurant des Mureaux, mars 2017. SIPA. AP22024106_000005
Emmanuel Macron sert des mains dans un restaurant des Mureaux, mars 2017. SIPA. AP22024106_000005

Emmanuel Macron n’avait pas plutôt installé son bureau de ministre de l’Économie à Bercy que les médias faisaient son éloge préalable. La France était bénie des dieux. Elle disposait d’un homme providentiel, de grande capacité économique, capable de surmonter les difficultés accumulées au long de quarante années de déboires économiques, de déficits et de chômage. Emmanuel Macron nous était présenté comme un Bonaparte économique.

Que cet homme ait fait l’objet de dithyrambes de la part de médias aussi différents en apparence que Les Échos ou Challenges aurait dû nous faire comprendre d’emblée qu’il représentait une nouvelle carte sortie de la manche des organes du système néolibéral pour confirmer les choix de l’euro, de l’Europe, de la globalisation. À partir d’un postulat : les choix stratégiques que nous avons faits avec les deux compères Mitterrand et Chirac ne sont pas en cause dans nos échecs. Nous manquons cependant d’hommes de l’art capables de mettre en œuvre les réformes salvatrices auxquelles le bon peuple ignorant répugne. Mais, enfin Macron vint, et avec lui, l’espoir revint.

A lire aussi >> « Macron: au secours, Hollande revient! », notre dossier spécial est en kiosques

Comme Philippe Cohen nous manque ! Il avait été le premier à diagnostiquer le « parti des médias » comme un parti caché qui gouverne les consciences des dirigeants politiques et formate l’opinion publique. Il aurait vu immédiatement dans Emmanuel Macron le serviteur du système parrainé par les médias pour imposer la continuité de nos choix stratégiques. Il nous aurait appelés à la vigilance face à la mise en scène médiatique et politique du personnage. Et il insisterait sur le fait, inédit, que ce n’est pas seulement dans les médias bien-pensants de la bourgeoisie hexagonale que la promotion du Macron se déploie, mais aussi dans le Financial Times, le Wall Street Journal, le New York Times. Emmanuel Macron y est présenté comme l’antidote français au virus qui a ravagé l’Angleterre du Brexit et l’Amérique de Trump. On le voit, dans les caricatures des médias concernés, mener la contre-offensive idéologique, armé d’un drapeau tricolore ! What a surprise !

On aurait tort, cependant, de croire que le candidat du système néolibéral n’en est que le dernier avatar politique. Il est novateur dans son genre. C’est ce qu’un journaliste du Figaro, Jean-Pierre Robin, nous révèle dans un article informé sur le vrai programme du candidat.

Le programme de France Stratégie

Jean-Pierre Robin nous dit que, loin d’être dissimulé, le programme d’Emmanuel Macron est, comme la lettre volée de Poe, « exposé aux yeux de tous ». Il a été rédigé sous la houlette de Jean Pisani-Ferry par les équipes de France Stratégie, un organisme officiel mais étrange, qui est une sorte de think tank financé par l’argent public. France Stratégie est installé cité Martignac, dans les locaux de l’ancien Commissariat au Plan, en plein cœur du VIIe arrondissement. On ne saurait incarner mieux l’abandon de l’ambition d’après-guerre d’un développement maîtrisé avec l’aide de l’État, au profit d’une prospérité acquise dans le cadre du libre-échange global[1. Comme nous y exhorte Élie Cohen à chacune de ses interventions médiatiques : « Il faut relever les défis et saisir les opportunités de la mondialisation. »].

Jean Pisani-Ferry a quitté la cité Martignac pour se mettre au service de l’ambition présidentielle de notre Bonaparte en complet d’énarque[2. Après avoir été à la tête de l’institut Bruegel, think tank dédié à l’Europe. Il est aussi membre du Cercle des économistes, qui réunit chaque année la tribu des économistes néolibéraux à l’université d’Aix-en-Provence, et membre du Conseil d’analyse économique.]. Mais il a emporté dans ses bagages[access capability= »lire_inedits »] les notes d’orientation de France Stratégie, élaborées en vue du nouveau quinquennat, dans différents domaines : économie, finances, social, éducation, écologie, culture. Nous avons retenu trois propositions majeures qui pourraient être au cœur du programme du candidat : la transformation du crédit d’impôt pour la compétitivité et pour l’emploi en allègements de charges pérennes pour les entreprises, l’exonération de charges sur les bas salaires, l’imposition des loyers fictifs.

La première est la plus anodine en apparence. Elle consisterait à supprimer une sorte d’usine à gaz issue des cerveaux fertiles de Bercy afin de basculer les 22 milliards de coût qu’elle représente vers un dispositif connu d’allègements de charges. Ce serait revenir à la préconisation simple du rapport Gallois. Mais avec une différence de taille. Louis Gallois demandait que l’allègement porte sur les salaires des personnes qualifiées pour toucher les entreprises orientées vers les marchés extérieurs. Tandis que le nouveau dispositif serait réparti sur l’ensemble de la grille salariale.

La deuxième laisse perplexe. L’État supporte présentement le coût d’un allègement de charges spécifique sur les bas salaires évalué à plus de 20 milliards d’euros par la Cour des comptes, coût qui se cumule avec celui du CICE. Un coût que les conseillers jugent prohibitif au regard de son impact sur l’emploi dès lors qu’il est empoché comme un profit d’aubaine par les employeurs concernés. Or la nouvelle proposition instituerait une exonération au lieu d’un allègement, pour les salaires compris entre 0,5 et 1,3 Smic, dont le coût serait forcément supérieur, sans remédier à la tare constitutive de l’allègement actuel. Et sans apporter de solution au manque de compétitivité de nos activités exportatrices dont les salaires sont notoirement plus élevés. Où est donc l’enjeu de ce mistigri sur les charges sociales ?

La troisième est potentiellement explosive. L’imposition des loyers fictifs – les loyers qui seraient dus par les propriétaires s’ils devaient payer le loyer du logement qu’ils occupent –, qui existait sous la IVe République, a été abandonnée par la Ve dont les dirigeants s’étaient fixé l’ambition de promouvoir l’accession à la propriété et la consolidation des classes moyennes. Remise à l’étude par le PS dans les années 1970, elle n’a pas revu le jour, par crainte de son impact politique négatif. Mais que dire aujourd’hui ? Les prix des immeubles ont explosé et leurs loyers avec eux. Un appartement de 50 mètres carrés situé à Montmartre supporte un loyer de plus de 1 000 euros. Que l’intéressé fasse le calcul : il devrait ajouter 12 000 euros à son revenu imposable ! Il s’agirait en fait d’un super ISF, tapi au sein de l’IRPP, élargissant dramatiquement le champ de celui-ci, aujourd’hui applicable à partir de 1 300 000 euros. Il frapperait des personnes modestes qui ont pu hériter d’un logement acquis par leurs parents. Dès lors, la question se pose : la proposition émane-t-elle de cerveaux ravagés ou de titulaires d’appartements de fonction ou d’appartements à bas prix tels que ceux obligeamment fournis par la mairie de Paris ?

Les banlieues plutôt que les bobos

Jean-Pierre Robin s’interroge à la fin de son article. Sachant qu’Emmanuel Macron dispose d’un électorat de bobos, comment se fait-il qu’il ouvre la voie à une surimposition de son public fétiche. « Avis aux bobos proprios du baby-boom, c’est eux qui vont raquer. » Certes, mais l’idéologie peut l’emporter sur l’intérêt de classe. Et il faudra bien de l’argent pour couvrir ces opérations d’allègement ou d’exonération de charges qui forment le cœur du dispositif.

Mais si l’on comprend que les grands bénéficiaires de son application sont nos banlieues, nous voyons apparaître un autre électorat officiellement guigné par le candidat Macron. À la faveur de la mondialisation et de la politique d’immigration, une véritable économie du tiers-monde s’est installée en France, triplement subventionnée par la protection sociale la plus coûteuse du monde, les collectivités territoriales et la politique de la ville. Elle serait amenée à prospérer de façon décisive. Là est l’innovation de Macron : non plus appliquer des rustines à notre tissu social déchiré, mais développer une nouvelle forme d’économie enkystée au sein d’une France engagée dans la compétition tous azimuts[3. Comme toujours, il faut renvoyer à La France périphérique de Christophe Guilluy, éditions Flammarion, 2014.]. Le candidat du système coupe le pays en deux : d’une part, la France bénéficiaire de la masse de nos aides sociales, mais exonérée de charges sociales ou fiscales, et, d’autre part, la France qui paie plein pot pour bénéficier de la même protection sociale.

Il convient ici de rappeler la réaction d’Emmanuel Macron au lendemain des attentats du 13 novembre 2015. Il imputait le terrorisme au « manque d’opportunités économiques ». Propos en forme de négationnisme quand on sait que les djihadistes se recrutent dans les couches plutôt instruites issues de nos banlieues. Mais Macron oublie spontanément la dimension idéologique du problème pour retrouver une explication « économiciste ». À l’occasion, le personnage, qui traite élégamment les ouvriers bretons d’« illettrés économiques », nous a apporté la preuve de son crétinisme politique.

L’Europe ou la mort

Macron est aujourd’hui l’incarnation la plus pure, si l’on ose dire, de l’européisme dans notre paysage politique. Il milite pour une intégration européenne plus poussée encore, nonobstant le pouvoir prééminent acquis par l’Allemagne et les échecs de la construction européenne analysés par Hubert Védrine dans son dernier ouvrage[4. Sauver l’Europe, éditions Liana Levi, 2016.].

Le fait le plus singulier est cependant que Macron soit soutenu par le patronat tandis qu’il ne propose rien qui puisse traiter le problème le plus crucial de notre économie : son manque de compétitivité vis-à-vis de l’Allemagne (la moitié de notre déficit commercial, égal à 47 milliards d’euros, résulte du déséquilibre de nos échanges avec notre grand voisin qui a accumulé en 2016 un excédent commercial total de 296 milliards d’euros !). Et l’on ne saurait affirmer sans ridicule que l’allègement du droit du travail constituerait le remède approprié.

Notre histoire récente, sous ses deux angles économique et politique, est aussi celle de l’aveuglement des chefs d’entreprises dont la conscience politique a été prise en otage par l’idéologie dominante. Passe encore que les banquiers et les assureurs s’accommodent d’un système qui les a si bien servis. Mais que dire pour les chefs des entreprises non financières ? L’Europe nous interdit d’alléger les charges sociales des entreprises engagées dans la compétition internationale : il faut alléger corrélativement les charges du bistrot de quartier et des supermarchés ! Elle nous interdit de réduire ou d’annuler l’impôt sur les bénéfices des entreprises réinvestis sur le site national. Car elle se voit, au-delà de son périmètre officiel, comme une sorte de laboratoire de la globalisation, statuant comme si elle était un organe de la gouvernance mondiale.

Le parti des médias ne nous laisse que le choix de poursuivre sur la voie du déclin, sous la conduite du chef de chœur Macron, en scandant : « L’Europe ou la mort. »[/access]

Affaire Fillon: la justice contre l’élection

354
François Fillon en meeting à Orléans, mars 2017. SIPA. AP22024106_000022
François Fillon en meeting à Orléans, mars 2017. SIPA. AP22024106_000022

Depuis le déclenchement de l’affaire Fillon, le caractère monté de toutes pièces de l’opération saute aux yeux tous les jours. Dans le but de favoriser la candidature Hollandienne d’Emmanuel Macron, une manipulation montée de longue main a déclenché ce qu’il est désormais commun d’appeler un véritable coup d’État. L’objectif étant bien évidemment de priver la droite républicaine d’un candidat crédible. Que François Fillon ait donné des verges pour se faire battre est une évidence. Mais j’ai dit en son temps ce qu’il fallait en penser tant sur la nature politique de l’opération que sur la vulnérabilité de la cible. Et la dimension judiciaire qui saute désormais aux yeux, n’en est qu’une facette dont il est déplorable que certains acceptent d’en être les instruments.

Détruire le candidat de la droite

François Hollande qui aura tenu à avilir la fonction de président de la République française vient de montrer qu’il le ferait jusqu’aux dernier jours. À l’occasion d’une conférence de presse, il a osé déclarer à propos des critiques qui fusaient de toutes parts contre le comportement du parquet financier et du juge d’instruction : « En tant que garant de l’indépendance de l’autorité judiciaire, je tiens à m’élever solennellement contre toute mise en cause des magistrats dans les enquêtes et les instructions qu’ils mènent dans le respect de l’État de droit. » Est-il nécessaire de lui rappeler ce qu’il a dit dans un livre: « Cette institution, qui est une institution de lâcheté… Parce que c’est quand même ça, tous ces procureurs, tous ces hauts magistrats, on se planque, on joue les vertueux… On n’aime pas le politique ». Est-il nécessaire également de rappeler la façon dont il a bravé la justice, foulé aux pieds une instruction, deux décisions de cour d’assises et deux décisions de juridictions d’application des peines en accordant une grâce scandaleuse à une personne condamnée pour meurtre. On notera d’ailleurs à cette occasion que les braillards à qui il a voulu donner satisfaction, vilipendent sans crainte de la contradiction, ceux qui critiquent le comportement de la justice dans l’affaire Fillon.

Oui, la façon dont s’est déroulée la procédure, tant dans sa célérité tout à fait inhabituelle que dans la nature des mesures prises, témoigne de la volonté de détruire la candidature de la droite à l’élection présidentielle. Depuis le premier jour de cette affaire, j’ai toujours annoncé avec au moins une semaine d’avance ce qui allait se produire sur le plan judiciaire. J’ai pu le faire, non pas pour avoir pris l’option arts divinatoires pendant mes études de droit, mais parce que je connais le fonctionnement de la boutique.

C’est pourquoi ce que nous avons entendu la semaine dernière émanant du monde de la justice est préoccupant.

Il y a tout d’abord le communiqué commun (!) du premier président de la Cour de cassation et de l’avocat général auprès de celle-ci. Certes ils l’ont fait au titre de coprésidents du Conseil supérieur de la magistrature, mais mélanger à cette occasion parquet et magistrature du siège n’était peut-être pas une excellente idée. Au-delà de ce qui est quand même question de fond, on y trouve deux jolies choses. À propos du travail de la justice : « Les uns prétendent qu’elle est instrumentalisée par l’Exécutif. Celui-ci réplique qu’il soutient la liberté d’action des magistrats. En réalité, la justice n’encourt pas plus les reproches outranciers qui lui sont faits qu’elle n’a besoin de soutiens d’où qu’ils viennent. » Prends ça dans les dents Pépère ! Tu te croyais président de la République et par conséquent garant du fonctionnement des institutions, eh bien retourne dans ta niche. Et puis: «Les magistrats suivent leur rythme en toute indépendance sous le seul contrôle des juridictions supérieures. » Répétons pour la énième fois que l’indépendance n’est pas un objectif mais seulement le moyen de l’impartialité. Or c’est justement de ce rythme tout à fait inhabituel que se déduit l’absence criante d’impartialité. L’indépendance n’est pas là pour permettre d’être partial, voyons !

«Ni la Constitution ni aucune loi ne prévoit – heureusement – ce que d’aucuns nomment une « trêve judiciaire ». »

Il y a eu ensuite la tribune signée par la présidente de l’Union syndicale des Magistrats. La violence et l’arrogance du ton, les imprécations lancées à l’égard de la représentation nationale, le choix des mots témoignent non seulement d’une certaine perte de sang-froid, mais également d’une conception inquiétante de la place de la justice dans la cité. On laissera chacun prendre connaissance de ce brûlot, en soulignant que l’on est peut-être encore plus loin que le fameux « mur des cons ». Pour ceux qui auraient la flemme, je précise qu’il n’y a aucune mention du rythme des magistrats qui ont été saisis de la plainte de François Fillon pour violation du secret de l’enquête : la transmission d’urgence aux journalistes du Monde des premiers PV, accomplie sur la base d’une très grave illégalité. Les mauvaises langues prétendent que seuls les magistrats du parquet national financier (PNF) ou les policiers chargés de l’enquête le pouvaient. Là, ce sera un rythme lent, très lent, genre slow langoureux. Et d’ailleurs, probablement pas de rythme du tout, comme d’habitude.

Relevons cependant deux phrases, expression d’un sentiment de toute-puissance qui montre où peuvent mener certaines dérives.

« En réalité, les prétendus arguments procéduraux des uns ou des autres, souvent infondés, ne visent qu’à troubler l’électorat, à des fins purement politiciennes. » Là on est carrément dans l’insulte des professeurs de droit, des avocats, et des praticiens spécialistes, qui se sont exprimés sur les lourds motifs d’illégalité qui semblent peser sur les procédures intentées en particulier par celles du parquet financier. Ensuite on peut s’inquiéter du caractère péremptoire de cette affirmation de la part d’une magistrate. Donc la messe serait dite, les décisions de la chambre d’instruction et de la Cour de cassation seraient-elles déjà prises ?

Et puis il y a ce sommet : «ni la Constitution ni aucune loi ne prévoit – heureusement – ce que d’aucuns nomment une « trêve judiciaire ». »

Pardon ? Lorsque l’on parle de la loi, en termes généraux, on fait référence à l’ordre juridique global dans lequel se déploie le fonctionnement de la République française. Et non pas à la loi votée par le Parlement par opposition aux décrets du gouvernement. C’est ce que l’on appelle là aussi d’un terme général le « Droit français ». Dont les sources, comme on l’apprend en première année de droit sont la loi, la jurisprudence, la doctrine, et la coutume. L’ordre juridique est l’articulation de tous ces éléments, parmi lesquels il existe des règles qui pourraient s’avérer littéralement incompatibles et que l’on s’efforce justement d’harmoniser. Et cette responsabilité incombe au juge. Or il est un principe fondamental, ce que les publicistes appellent un « principe général du droit », qui est celui de la sincérité du scrutin démocratique. Celle-ci est vérifiée par le juge administratif après chaque élection si nécessaire. Si des événements, des manœuvres, des initiatives ont pu altérer la sincérité du scrutin et modifier son résultat, la conséquence en est l’annulation par le juge. Force est de constater que d’ores et déjà l’élection présidentielle 2017 est faussée. Au premier tour la qualification pour le second derrière Marine Le Pen se jouera dans un mouchoir. Tout ce qui s’est passé depuis un mois, cette intervention de l’État en faveur d’un candidat, la conduite des procédures judiciaires, le comportement des médias de service public, seront autant de motifs d’annulation. Si le Conseil constitutionnel passait outre, le candidat élu alors au deuxième tour perdrait toute légitimité. Car celle-ci dépend fondamentalement du caractère régulier du scrutin.

Aucune des procédures ne présente la moindre urgence

Pour permettre un débat politique serein et l’expression régulière du suffrage universel,  surtout pour le scrutin le plus important de la Ve République, il appartient au juge d’adopter une mesure et un tempo prudent même en l’absence de texte express. Et surtout pour des procédures dont aucune ne présente la moindre urgence. Oui, l’exigence de régularité du scrutin est bien au-dessus de cette volonté compulsive d’intervenir sans contrôle dans un processus fondamental. Parce que rappeler que les magistrats n’agissent que sous le contrôle des juridictions supérieures, lorsque l’on sait que celles-ci n’interviendront que dans quelques années, une fois que le mal sera fait est d’une parfaite hypocrisie. Demandons à Éric Woerth ou à Gérard Longuet ce qu’ils en pensent. Et que l’on n’avance pas l’argument trivial : « il faut faire confiance à la justice », celui-ci n’a aucun sens. Tout le dispositif judiciaire repose sur la défiance vis-à-vis de l’homme juge. On ne lui fait aucune confiance, et c’est pour cela que l’on enferme sa décision dans des règles de procédure stricte pour assurer la loyauté du débat, qu’existent les avocats et leur secret professionnel, la collégialité, le double degré de juridiction, la Cour de cassation. Tout ce formalisme qui nous renvoie à la fameuse formule de Von Jhering : « adversaire acharnée de l’arbitraire la forme est la sœur jumelle de la liberté ». C’est l’honneur de ces magistrats français très majoritaires de s’astreindre à cette rigueur dans l’application de ces règles, sachant qu’elle construit le socle de la légitimité de leurs décisions qui sinon ne seraient que de guerre civile.

Je ne sais pas si François Fillon sera condamné définitif en 2023, mais même si je ne voterai pas pour lui à l’élection présidentielle prochaine, je souhaiterais que certains magistrats évitent de faire le tri entre les candidats. C’est à l’électeur que je suis qu’appartient cette compétence.

Féminisme: vivement le 9 mars!

113
Manifestation féministe à Lyon, janvier 2017. SIPA. 00789773_000003
Manifestation féministe à Lyon, janvier 2017. SIPA. 00789773_000003

Cela n’a pas dû vous échapper: nous sommes le 8 mars. Pourquoi cette journée est-elle différente des autres jours ? Parce qu’hier nous étions esclaves et qu’aujourd’hui nous sommes des femmes libres – ce qui mériterait bien quelques festivités et libations ? Que nenni. Tous les autres jours, les femmes pensent, parlent, travaillent, aiment, rient, produisent, quittent, souffrent, s’énervent, énervent, pleurent, en un mot vivent. Mais ce jour-là, elles doivent exclusivement se plaindre et être plaintes. Et n’essayez pas d’en profiter  messieurs (ou mesdames, d’ailleurs), l’ambiance n’est pas à la drague, même légère. Airs graves, statistiques effrayantes et récits apocalyptiques sont de rigueur. « Toutes victimes ! », c’est la devise de cette belle journée. D’ailleurs, je me suis faite avoiner par la secrétaire d’Etat Pascale Boistard pour avoir osé prôner un féminisme joyeux. Joyeux, vous vous rendez compte.

 

Moi j’appelle ça la sainte-chipie, de façon un peu conjuratoire. Parce que, je vous jure, chaque année c’est un calvaire. D’accord, je suis souvent invitée à la télé où je suis gracieusement pomponnée et coiffée par des gens adorables. Cette année, c’était chez Pascal Praud, sur CNews, où j’aime bien aller. Bonne ambiance, rien à dire, même la fille d’Osez le féminisme était aimable (Caroline de Haas, c’était pas vraiment ma copine). En plus, il y avait ma chère Eugénie Bastié, qui se bat comme une lionne. L’ennui, c’est que tout le monde a la même idée super-transgressive : le 8 mars, on fait un plateau de femmes, c’est bon ça chef ! Toute la journée, vous avez donc entendu ou vu des femmes (et le premier qui parle de volière devra en subir les conséquences). Les seuls hommes tolérés sont priés de faire leur autocritique pour toutes leurs mauvaises actions, paroles ou pensées passées, présentes ou futures. Alors, il paraît qu’on vit sous le joug de la domination masculine, mais des femmes qui parlent de problèmes de femmes entre femmes, ça peut évoquer ce que d’aucuns appellent la toute-puissance féminine. Enfin, ça doit être un fantasme de juif viennois. Il ne saurait y avoir de pouvoir des femmes, puisqu’elles sont dominées. En plus, avec tous ces techniciens Orange qui rôdent et risquent d’utiliser votre zéro-six pour vous faire un compliment on n’est plus en sécurité.

De toute façon, quand je suis arrivée sur le plateau, j’étais déjà bien déprimée. En faisant ma gym – avec le sentiment coupable d’être aliéné aux stéréotypes masculins –, j’ai écouté comme chaque jour ou presque la matinale de Guillaume Erner sur France Culture. Deux minutes après 7 heures, premier chiffre accablant : 26 % de différence salariale, pauvre exploitée, à partir de 15h40 t’es pas payée. Bien sûr, c’est une entourloupe, qui repose sur une moyenne –, et qui, comme l’a rappelé Eugénie, tient au fait, pour l’instant dirimant (quoi que veuillent certaines-et-certains  comme on dit dans le jargon bêtement féminisé de notre époque), que les femmes portent les enfants. D’ailleurs, plus tard j’ai appris que selon l’INSEE, pour les jeunes diplômés, cette différence n’existe quasiment plus, ce qui signifie que les écarts actuels sont un héritage d’époques où l’égalité n’était ni la norme, ni la loi. C’est moche d’annoncer une bonne nouvelle pour les femmes le 8 Mars.

À 7h15, toujours sur Culture, on m’avait promis un bilan à charge et à décharge du quinquennat de Hollande sous ce rapport. Je résume, avec un zeste d’ironie : Hollande comme tous les autres a fait de chouettes lois pour les femmes. Sauf qu’elles ne sont pas appliquées. Conclusion, il faut bien sûr plus de lois, ça ne fait jamais de mal, mais surtout plus de sanctions et plus de contrôles : des Inspecteurs du sexisme au travail, des Brigades des plumeaux dans les foyers pour mesurer le partage des charges domestiques. Sans oublier l’élaboration urgente d’un indice permettant de dénoncer les entreprises sexistes – et accessoirement de faire prospérer quelques entreprises créées par des femmes avisées pour décerner le précieux label. Dans la foulée, on parlera, bien sûr, des violences faites aux femmes – dont il ne s’agit pas de minimiser la gravité, mais peut-être pas non plus d’exagérer l’ampleur. Or, à entendre la litanie de chiffres égrenés tout au long de la journée, avoir échappé à toutes ces violences relève du miracle.

Ma journée n’avait pas commencé depuis une demi-heure que tout l’attirail idéologique et rhétorique du nouveau féminisme s’était déployé : victimisation générale pour les filles, soupçon universel pour les garçons. Et surtout, humour pour personne. Non seulement les héritières présumées de mai 68 adorent les interdits, les sanctions et les contrôles, mais elles détestent les blagues.

En sortant de chez moi, je me sentais maltraitée, mal payée, exploitée. Pour un peu j’serais remontée me coucher. Dans la voiture qui me conduisait à Boulogne, le chauffeur m’entendant parler au téléphone, apprend que c’est la fête des femmes. Il ne savait pas mais il allait, m’a-t-il dit, offrir des fleurs à la sienne. Malheureux ! Il n’avait pas écouté France Culture où une journaliste avait solennellement mis en garde : la « Journée internationale des droits des femmes » (c’est comme ça qu’on dit), ce n’est pas une fête pour offrir des fleurs ou des chocolats à ses copines ou à sa mère et faire marcher le commerce, c’est une journée de lutte. Aujourd’hui les filles, trêve de badineries, l’homme est un ennemi de classe. Pascal Praud a tout de même dû rappeler que les hommes n’étaient pas tous des violeurs en puissance.

Dans notre pays, il y a des femmes qui ne peuvent pas se promener où et quand bon leur semble

Coup de chance, j’avais rendez-vous avec Natacha (la Polonium en personne). On a parlé chiffons, politique et coiffure (et aussi de Orwell TV qu’elle lance bientôt), dit quelques vacheries, ça m’a bien remonté le moral. Et puis je me suis précipitée chez moi pour écrire tant que j’étais payée. Et là, avant de m’y coller, je m’suis accordé mon péché mignon : La Nouvelle Edition, sur CNews. C’est le royaume de la bien-pensance mais il y a plein de filles marrantes, comme la grande Daphné, meneuse de jeu qui réussit l’exploit de rester jolie dans les tenues les plus fantasques. Et puis, Emilie Bez, qui présente le JT de Canal à la mi-journée est, à mon avis, l’une des journalistes les plus compétentes et les plus distinguées du PAF (je n’ose pas dire charmante ou jolie elle trouverait ça sexiste). Elle déteste les blagues graveleuses et les anorexiques exhibées pour vendre des bagnoles, elle est même parfois un brin collet monté, mais ce quant-à-soi tranche délicieusement dans l’atmosphère furieusement cool de Canal. Et voilà qu’elle m’assène le dernier chiffre catastrophe : 87% des femmes auraient déjà subi une agression sexuelle dans les transports en commun. Rokhaya Diallo parle de « sollicitations non désirées » pour désigner ce que le commun des mortels appelle la drague. Peut-être faut-il pour parvenir à ce chiffre de 87 % considérer comme une agression tout regard non désiré.

Inutile de vous énerver, je sais parfaitement que les violences faites aux femmes existent et il me semble même qu’il y a des lois pour les interdire, une police pour les empêcher et une justice pour les sanctionner. De même, ce que le féminisme plaintif oublie dans sa lutte contre une domination masculine dont il ne reste plus, dans nos sociétés, que des lambeaux, c’est que l’égalité entre les sexes est aujourd’hui la norme sociale, politique et même économique (qui renoncerait aujourd’hui à la contribution des femmes ?). Qu’elle ne soit pas pleinement réalisée (comme toute chose en ce bas monde) est indéniable. Cela ne justifie certainement pas de décrire la vie des femmes en France sous le seul signe de l’oppression. Le mâle blanc de plus de cinquante ans, harceleur et amateur de grosses blagues lourdes, que les néo-féministes adorent détester, existe encore mais il n’est pas très en forme. D’ailleurs, la preuve que le féminisme a réussi est qu’il est devenu un vecteur de marketing. Ainsi, pour la sainte-gonzesse, Axa nous a offert une publicité rappelant que, si en grammaire le masculin l’emporte sur le féminin, dans la vie c’est pas vrai… Et que dire de cet hilarant supplément du Monde intitulé « Féminisme la nouvelle vogue » et destiné, avec force photos, à nous vendre de la fripe de luxe ?

Hilarant, sauf que, sous couvert de combat pour l’égalité, c’est la différence des sexes qui est menacée. Les nouvelles dames patronnesses qui aiment fourrer leur nez dans nos chambres à coucher, voudraient soumettre le désir aux bienséances démocratiques, oubliant que celui des hommes et celui des femmes ne paraît pas obéir aux mêmes lois (ni à aucune loi d’ailleurs, même s’il doit s’incliner devant elles). Oubliant aussi que dans le monde occidental, les hommes portent désormais une muselière intérieure qui leur permet de ne pas prendre leur désir pour un consentement. Elles rêvent d’un monde où, enfin affranchis des lois d’airain de la biologie, on pourra se reproduire sans avoir à rencontrer – donc à affronter – l’autre sexe. Ça fait rêver.

Surtout, cette obsession de l‘égalité a fini par rendre le féminisme d’aujourd’hui presque indifférent à un bien, peut-être plus précieux encore, qui est la liberté des femmes. Des hommes gagnent plus que des femmes, d’accord (le contraire est aussi vrai du reste). Mais la plupart des femmes se voient offrir les mêmes chances de réussite, d’épanouissement et de réalisation que les hommes. Or, non seulement nos féministes font mine de ne pas voir les progrès réalisés, mais elles refusent aussi de voir que, dans certains territoires engagés dans un processus de séparatisme culturel sous l’influence d’un islam radical, ces progrès n’ont pas cours. Dans notre pays, il y a des femmes qui ne peuvent pas se promener où et quand bon leur semble, s’habiller comme elles veulent et fréquenter qui elles veulent. Et tant que les féministes préféreront faire la police du langage et de la pensée que de mener ce combat, je les combattrai. En attendant, je pars à RTL. Je crois qu’il n’y aura que des femmes autour de Fogiel, mais on ne parlera pas de femmes. Vous voyez, on progresse.

Malika Sorel-Sutter: « Macron est le digne héritier de Terra Nova »

126
Malika Sorel-Sutter, 2012. SIPA. 00631901_000044

J’étais en train de lire Décomposition française, le beau livre de Malika Sorel paru le 12 novembre 2015 — la veille des attentats du Bataclan —, qui vient opportunément de paraître en Poche, quand Emmanuel Macron a fait en Algérie les déclarations que nous savons sur la colonisation (« crime contre l’humanité », etc.) et a, quelques jours plus tard, aggravé son cas en reprenant, en meeting à Toulon, la déclaration quelque peu ambiguë de De Gaulle aux Pieds-Noirs en 1958, le célèbre « Je vous ai compris ». Je dis « ambiguë » parce que sur le coup, la foule massée à Alger n’a pas bien compris ce que MonGénéral (comme l’écrivait à l’époque le Canard enchaîné) était en train de lui faire — collectivement. Mais ils ont pigé assez vite.

J’ai donc eu l’idée de demander son avis à Malika Sorel, ancien membre de ce Haut Conseil à l’intégration dissous sur décision du gouvernement Ayrault (on sait que le PS ne joue pas l’intégration, mais la dispersion façon puzzle de l’identité française en communautés susceptibles de voter pour lui).

Je reviendrai sur Décomposition française (beau titre !) en évoquant le livre qui vient de sortir d’Amine El Khatmi (Non, je ne me tairai plus, chez Lattès). En attendant, merci à Malika Sorel d’avoir bien voulu répondre aux questions de Bonnet d’âne

JPB.  De passage à Alger, Emmanuel Macron fait les yeux doux à la télévision algérienne et décrète que le colonialisme est globalement « un crime contre l’humanité ». Que vous inspire cette déclaration péremptoire et unilatérale ?

Sa déclaration constitue une accusation lourde contre plusieurs générations de militaires français. Une accusation qui ravive par ailleurs des plaies encore douloureuses et qui dresse, de fait, les populations les unes contre les autres. Cela ne contribue pas à la pacification des esprits mais entretient la bataille des mémoires et la pente victimaire. L’effet peut être désastreux sur des enfants ou adolescents issus de l’immigration algérienne qui éprouveraient un malaise ou un inconfort sur le plan de leur identité personnelle. La comparaison de la démographie algérienne de 1962 à celle de 1830 met en lumière un fort développement qui invalide le jugement d’Emmanuel Macron. Ce qui est navrant, c’est aussi l’absence de sagesse. Pourquoi ouvrir un tel sujet alors que nous sommes en état d’urgence ? La France se trouve justement ciblée en raison même d’une haine tenace qui puise sa source dans tout ce qu’elle est ou a été.

Quel bénéfice électoral Macron espère-t-il d’une telle prise de position ?

Il convient de rappeler qu’il n’est pas le premier candidat à aller faire la danse du ventre à Alger dans l’espoir de séduire, en France, une portion de l’électorat issue de l’Algérie et plus largement des anciennes colonies. Les politiques parient sur le fait qu’une part conséquente de l’immigration ne s’est pas assimilée et continue de vibrer au diapason de sa terre d’origine. Et pour cause ! Ils ont eux-mêmes créé les conditions d’une quasi impossibilité d’intégration culturelle : flux migratoires si importants qu’ils ont aidé à la duplication des cultures d’origine sur la terre d’accueil ; évolution des programmes scolaires et des horaires alloués à la langue française dans le sens d’une dégradation constante de la transmission du patrimoine culturel fran…

Lisez la suite de l’entretien sur le blog de Jean-Paul Brighelli.

 

 

Décomposition française

Price: ---

0 used & new available from


Voltaire ou le jihad

Price: ---

0 used & new available from

Le nucléaire? Has been!

20
russie armee usa chine nucleaire
Bombardier russe en mission vers la Syrie. Numéro de reportage : AP21977759_000008.
russie armee usa chine nucleaire
Bombardier russe en mission vers la Syrie. Numéro de reportage : AP21977759_000008.

Bon nombre d’œuvres artistiques et littéraires ont agité le spectre de la menace nucléaire, qu’il s’agisse d’œuvres historiques sur la guerre froide ou de récits de science fiction, si bien que l’imaginaire collectif s’attend toujours à voir les champignons atomiques pousser sur la planète lors d’une hypothétique troisième Guerre mondiale entre Russes et Américains.

Moscou aguerri par la guerre en Syrie

Et s’il en était tout autrement ? Le ministre russe de la Défense Sergueï Choïgu a ainsi déclaré le 12 janvier dernier que la Russie pourrait utiliser ses armes de haute précision pour remplacer partiellement les armes nucléaires comme un moyen de dissuasion d’ici à 2021. « Formidable, c’est une avancée vers la paix mondiale ! », réagiront certains. A tort. Car avec ces nouvelles armes, la Russie ne vise pas le désarmement général. Moscou veut prouver qu’elle existe encore face aux Etats-Unis, à la Chine et à l’Inde.

Ces dernières années, les Russes n’ont pas vraiment innové sur les questions militaires. Durant sa campagne en Syrie, l’armée russe a rappelé au monde militaire qu’une campagne de guerre se gagnait à la fois par un soutien aérien massif et indiscriminatoire (quitte à causer des dommages collatéraux…), des renseignements humains recueillis sur le terrain, et l’adhésion d’au moins une partie de la population locale. Bref, tout le contraire des frappes américaines par drones.

A l’instar des Etats-Unis pendant les guerres du Golfe successives (1991, 2003), la Russie a réussi une telle démonstration de force en Syrie que son industrie d’armement a reçu plusieurs commandes fermes de la part d’Etats, notamment dans le domaine de l’aviation militaire.

Dans un secteur en perpétuelle innovation, pour rester dans le jeu diplomatique, la Russie ne peut se satisfaire de sa seule stratégie nucléaire. Non seulement le nucléaire devient sujet à obsolescence, les moyens de contrer ces armes étant de plus en plus perfectionnés, mais la recherche balistique avance à grands pas. Andrei Akulov, expert du Strategic Culture fondation, a dévoilé des projets de missiles hypersoniques ultramaniables comme le Yu-74 qui pourraient contrer le fameux dôme de protection antibalistique de l’OTAN en atteignant une cible à 10 000 kilomètres en seulement une heure.

Radiation générale

Comme l’a écrit Andreï Sakharov, père de la bombe H soviétique, puis dissident devenu prix Nobel de la paix, l’emploi du nucléaire n’est pas sans conséquences sur les Etats neutres restés officiellement à l’abri du conflit : « Ce qui distingue les conséquences biologiques lointaines des explosions nucléaires, surtout lorsqu’elles ont lieu dans l’atmosphère, les retombées radioactives se diffusant sur toute la Terre ou plutôt sur tout l’hémisphère, c’est qu’on peut les calculer, on peut déterminer avec plus ou moins de précision le nombre total des victimes, mais on ne peut pratiquement pas indiquer qui sont ces victimes, car elles sont perdues dans la marée humaine […] à terme, l’ensemble de l’humanité est soumise aux radiations ».
De leurs côtés, les Américains préparent une solution de rechange pour contrer les nouvelles armes russes. Le Pentagone a annoncé qu’il avait essayé un nouveau système d’armes laser, qui pourrait renforcer les forces terrestres et aériennes du pays d’ici à 2025. Les spécialistes militaires américains ont ainsi essayé dans les pays du Golfe le système mobile d’arme laser à haute énergie (High Energy Laser mobile Truck Test, HELMTT) afin de mieux contrer les potentielles menaces de l’ours russe.

Pendant ce temps, les Indiens se préparent à un éventuel affrontement sino-pakistanais au Cachemire et les Chinois multiplient les démonstrations de force en mer de Chine pour récupérer les zones perdues par la révolution maoïste.

Inde et Chine planchent déjà sur des armes d’origines spatiales pour contrer les deux puissances russo-américaines dans de possibles cyber-attaques et autres rayons lasers dignes de Star Wars.

Ainsi, au monde bipolaire de jadis succédera un système quadripolaire (Etats-Unis, Russie, Chine, Inde), conflit latent entre quatre mammouths militaires avec un équilibre de la terreur fondé sur les hautes technologies. Si vis pacem para bellum